0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
175 vues8 pages

Premiers Philosophes

Le document explore les origines de la pensée rationnelle dans la civilisation grecque, soulignant le passage des mythes à la philosophie et les contributions de penseurs comme Thalès, Héraclite et Parménide. Il aborde également la figure de Socrate, considéré comme le père de la philosophie occidentale, et sa méthode dialectique visant à aider les individus à se connaître eux-mêmes. Enfin, il met en lumière la dualité de Socrate entre rationalité et mysticisme, illustrée par son 'démon' intérieur.

Transféré par

Cédric Cagnat
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
175 vues8 pages

Premiers Philosophes

Le document explore les origines de la pensée rationnelle dans la civilisation grecque, soulignant le passage des mythes à la philosophie et les contributions de penseurs comme Thalès, Héraclite et Parménide. Il aborde également la figure de Socrate, considéré comme le père de la philosophie occidentale, et sa méthode dialectique visant à aider les individus à se connaître eux-mêmes. Enfin, il met en lumière la dualité de Socrate entre rationalité et mysticisme, illustrée par son 'démon' intérieur.

Transféré par

Cédric Cagnat
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

1

Les précurseurs :
pourquoi penser ?

La pensée commence, pour le monde occidental, dans la civilisation


grecque lorsqu’elle passe du mythique ou du symbolique à la rationalité comme
moyen de compréhension. Aux cosmogonies, contes, proverbes, épopées, les
Grecs substituent la philosophie. L’éclair n’exprime plus la colère de Zeus,
c’est un simple phénomène naturel. Les routes de la science et de la démo-
cratie sont ouvertes. Ce passage de l’événement inexplicable et merveilleux,
révélation d’une présence divine, à une lecture où l’essentiel est la réflexion
et l’explication par l’homme, Ernest Renan, philosophe du XIXe siècle, le
nomme « le miracle grec », moment très court entre le Ve et le IIIe siècle
av. J.-C., entre Parménide et Aristote.

Une voie commune

La question primordiale pour les premiers penseurs grecs est l’opposition


qui existe entre ce principe unique, l’être, l’Un, et l’évolution permanente des
choses du monde, le multiple. Qu’est-ce qui est immuable et comment se
font les combinaisons ? De quelle matière est la nature ? Où est l’Homme au
travers de tous les hommes ? Quelle est l’identité de chacun au travers de ses
mutations ? Question vitale, question permanente qui fait dire à Kant, vingt-
cinq siècles plus tard : « L’homme, grâce à l’unité de la conscience dans tous les
changements qui peuvent lui arriver, est une seule et même personne. »
Ce qui persiste à travers les changements, c’est la substance, répond l’école
de Milet, la plus ancienne école de philosophie, fondée en Asie Mineure par
Thalès en 600 av. J.-C. Certes la diversité du monde se constate mais l’uni-
fication en est possible en faisant appel à des éléments, à des principes, qui
sont l’origine matérielle de toutes choses. Pour Thalès, ce principe est l’eau,
pour Anaximène l’air, pour Héraclite le feu, et pour Xénophane la terre. Pour
Anaximandre, c’est l’infini qui est principe et gouverne tout le reste pour
8 J'assure en philo !

parvenir à l’équilibre entre éléments opposés. Ainsi, il introduit l’idée qui


perdurera dans la pensée grecque : le monde est un et multiple, mais régi par
une loi d’équilibre et d’harmonie qui permet à des éléments antagonistes de
coexister.

Un duo : Héraclite et Parménide

À la question : « Y a-t-il du mouvement dans les choses ? », leur réponse


est en totale opposition. Pour Héraclite (540-480), le changement est l’être
des choses : « Tout devient, tout est changement. » Le monde est en perpé-
tuel devenir « car on ne peut se baigner deux fois dans le même fleuve. »
Tout passe, rien ne demeure. La première idée d’Héraclite est le mouvement
permanent. La deuxième est l’unité des contraires, leur inséparabilité, ce qui
revient à dire que tout ne se conçoit qu’en liaison avec son contraire : vie/
mort, jour/nuit, bien/mal.
Pour Parménide (544-470), il existe un Être inébranlable, indestructible,
identifié à une sphère et qui ignore le temps et l’espace. La réalité de l’univers
réside dans des formes parfaitement immuables, invariantes par nature. Il est
aimé des philosophes parce qu’il énonce dans son poème De la nature « Être
est… Non-être n’est pas ». L’ontologie est née, mot complexe qui désigne en
philosophie tout ce qui a trait à la connaissance de ce qui est.

Ils nous parlent toujours

Que cette question de l’Un et du Multiple ne vous apparaisse pas surannée.


Le grand mathématicien Henri Poincaré est, en 1902, comme eux : « Nous
n’avons pas à nous demander si la nature est une, mais comment elle est une. »
Les sciences physiques vivent mal leurs divergences entre relativité et méca-
nique quantique. « Le problème de l’unicité de la réalité est posé ; la physique
quantique, contrairement à la physique classique, crée de la “multiplicité” ce
qui n’est pas satisfaisant » (Thierry Masson, physicien, site union-rationaliste).
À l’opposé, écoutez la joie intellectuelle de François Jacob, prix Nobel
de médecine : « Le monde vivant comprend des bactéries, des virus et des
éléphants, des organismes vivants dans les régions polaires mais tous ces orga-
nismes présentent une remarquable unité de structures et de fonctions. Les
gènes qui mettent en place le plan d’un être humain sont les mêmes que ceux
qui fonctionnent chez une mouche ou un ver. Tous les organismes existant
Les précurseurs : pourquoi penser ? 9

aujourd’hui sur cette Terre descendent d’un même organisme ayant vécu il y
a 600 millions d’années. »
L’homme moderne continue d’adopter la posture de l’homme pythagori-
cien qui sait exprimer la réalité du monde par des lois abstraites, d’où la place
des mathématiques en sciences expérimentales et humaines. « La physique
moderne est, à un certain point de vue, très proche des doctrines d’Héraclite :
si nous remplaçons le mot “feu” par le mot “énergie”, nous pouvons presque
répéter ses paroles mot pour mot » (Heisenberg, Physique et philosophie).
L’appétit d’universel a une autre dimension, politique celle-là, et donc
plus conflictuelle. Une illustration : la conception universelle de l’égalité dans
la République française qui transcenderait les multiples catégories de citoyens.
La représentation nationale est indifférente à la nature de ceux ou celles qui la
composent, et même transcende les différences. C’est un représentant abstrait,
universel, dont on n’a pas à considérer le sexe par exemple. Or, chaque fois que
la différence est face à l’universel – ce qui se discute dans la parité politique
homme/femme, dans l’analyse du couple hétérosexuel/homosexuel, dans le
rôle des communautés dans la nation – il se produit un choc entre l’unité (le
citoyen) et le multiple (les Français réels), entre l’abstraction et la réalité.

Mais ils sont aussi très différents

Il ne faut quand même pas exagérer notre proximité avec ces Grecs anciens ;
Pythagore nous le montre. Situé au VIe siècle av. J.-C., c’est une figure mysté-
rieuse, fondateur d’une communauté à la fois religieuse et politique dont
aucun écrit ne nous est parvenu. Ses disciples et la tradition lui attribuent
la paternité de découvertes mathématiques telles que la démonstration du
théorème qui porte son nom sur le carré de l’hypoténuse, celui concernant
la somme des angles d’un triangle, le calcul des proportions – la proportion
idéale étant à la base de l’accord musical, et pour Chateaubriand, il est « un
des plus beaux génies de l’antiquité, il avait puisé ses lumières parmi les prêtres
de l’Égypte, de la Perse et des Indes » (Essai sur les révolutions). L’originalité de
la pensée pythagoricienne est d’avoir dégagé l’arithmétique des applications
strictement utilitaires qu’en faisaient les Égyptiens, pour ouvrir la voie à la
spéculation mathématique abstraite. Pour les pythagoriciens, la nature obéit
à une harmonie dont la forme et la mesure s’expriment par le nombre. Le
nombre manifeste sa présence active dans les mouvements des corps célestes
et divins, dans l’homme, dans sa vie et dans tout ce qu’il produit : arts et
industrie. La réalité profonde est donc celle des nombres, accès privilégié au
10 J'assure en philo !

divin et modèle d’ordre pour la cité. Chaque chose est liée à un nombre et la
connaissance des nombres donne le secret du réel.
Sa philosophie consiste aussi en des pratiques ; manger, s’habiller sont des
actes philosophiques. Le lin est prescrit, la fève est proscrite pour diverses
raisons (symbole du fœtus ou du sexe féminin, réceptacle de l’âme des morts
en route vers la réincarnation). Sorcellerie, théories de la transmigration, de la
réincarnation, corps souillure, interdits magiques, valeur des états de transes ou
de semi-démence des mystères orphiques… Faire cohabiter discours rationnel
et éléments magico-religieux ne gêne personne. Pythagore meurt parce que,
poursuivi, il refuse de traverser un champ de fèves ; légende ou connaissance
du réel danger d’intoxication que fait courir à certains la fève en fleur ? La
double nature de Pythagore est bien illustrée par cette anecdote.
2

Socrate
Le connaît-on ?

Pour le philosophe allemand Hegel, l’Athénien Socrate (env. 469-399) est


le « père fondateur de la philosophie occidentale ». Tout semble ainsi dit sur
l’importance de ce fils d’un tailleur de pierre et d’une sage-femme. En réalité,
ce que nous savons de lui nous a été transmis par certains disciples, comme le
philosophe Platon qui l’a tant aimé, aussi bien que par l’historien Xénophon,
ou par Aristophane, poète comique, qui le chahute et s’en moque. Les textes
de Platon et d’Aristophane se recoupent ou se contredisent ; ces auteurs ont
sûrement tous deux déformé la personnalité de Socrate. Platon l’a mis en
scène dans des dialogues dont le caractère fictionnel est indéniable. Il était
libre de faire de lui son porte-parole, de lui prêter des doctrines qui n’étaient
pas celles du Socrate historique. De surcroît, Socrate soutient parfois, d’un
dialogue à l’autre, des positions inconciliables. Pour ces raisons, il est impos-
sible de dégager une doctrine socratique homogène. Les recoupements entre
les textes des trois auteurs cités, qui ont connu Socrate, ont permis cependant
un accord sur certains aspects de sa vie et de sa pensée.
Il est vraisemblable que Socrate a étudié la nature, en particulier auprès
d’Anaxagore (env. 499-428), le premier grand philosophe qui tente de faire
carrière à Athènes où il est menacé de procès d’impiété pour avoir affirmé
que la Lune est une pierre, non une déesse. Plus tard, Socrate abandonne la
connaissance physique du monde au profit de l’intériorité : s’il délaisse l’étude
de la nature, c’est qu’il a eu révélation de sa « mission ». Socrate nie être un
maître car il ne fait jamais payer son enseignement et qu’il ne dispose d’aucun
savoir positif, d’aucune doctrine, qu’il serait susceptible d’enseigner. « Moi
qui ne sais rien, je ne vais pas m’imaginer que je sais quelque chose », phrase
souvent reformulée par les commentateurs ainsi : « Tout ce que je sais, c’est
que je ne sais rien. » Il raconte qu’un de ses amis, Chéréphon, lors d’un voyage
à Delphes, consulte l’oracle (la Pythie) sur la question suivante : existe-t-il au
monde un homme plus sage que Socrate ? Ce à quoi la Pythie répond par
la négative. L’épisode, dûment rapporté à Socrate par Chéréphon, le plonge
dans la plus profonde perplexité car il estime n’avoir en lui aucune sagesse,
petite ou grande. Désemparé, Socrate se rend chez un important Athénien
12 J'assure en philo !

qui passait pour sage, afin de montrer que ce personnage l’était plus que lui
et ainsi confondre l’oracle erroné. Quelle ne fut pas sa surprise de constater
que, par ses questions, il embarrassait considérablement le « sage » en ques-
tion ! Celui-ci, homme politique de renom, ne savait en fait rien du tout.
Platon lui fait dire, dans l’Apologie de Socrate : « Il me semble donc que je suis
plus sage que cet homme-là par le fait même que ce que je ne sais pas, je ne
pense pas non plus le savoir. » Or, au fronton du temple d’Apollon à Delphes,
on lit la sentence : « Connais-toi toi-même, laisse le monde aux Dieux » qui
rappelle à l’homme qu’il doit se contenter de sa condition, ne pas chercher
à se rapprocher du divin. Socrate ne retient que le « connais-toi toi-même »
et fait figure de contestataire : pendant les vingt dernières années de sa vie, sa
mission consiste à aider ses concitoyens à accéder à la connaissance intérieure.
Se connaître soi-même, c’est se soucier de soi : l’homme doit détourner son
attention de ce qui n’est pas son être véritable pour la tourner vers ce qu’il est
réellement, ou plutôt vers ce qu’il doit être. Il ne s’agit pas de se complaire
dans ses opinions mais de se hausser jusqu’à ce qui appartient à la nature
humaine en général. En tout esprit humain existe un savoir qui n’attend que
d’être extrait. C’est la voie pour échapper à ce que Platon appelle « la double
ignorance » : ne pas avoir conscience de son ignorance.

L’accoucheur des âmes

Socrate est un antimaître : pas de doctrine, pas d’enseignement, mais


une méthode systématique pour connaître l’âme et atteindre le bien qu’il ne
définit d’ailleurs jamais. Il n’utilise que le dialogue qu’il considère comme un
outil d’artisan, le plus adapté à son but. Il n’a rien laissé d’écrit par méfiance
envers cet accès autonome à la pensée qui supprime le maître spirituel. Il est
à l’image de toute la tradition philosophique de l’Orient qui aime la parole
vivante et non l’écrit figé, et s’inscrit, dans une certaine mesure, dans la tradi-
tion de l’ésotérisme. L’écrit dispense de vivre ce que l’on pense ; or pour penser
la justice, il faut être juste. Pour ne pas inquiéter l’interlocuteur, Socrate se met
à son niveau en affirmant ne rien savoir : c’est ce que l’on désigne par « ironie
socratique ».
La méthode est entièrement intellectuelle et rationnelle, soumettant
toute chose au crible de l’intelligence au fil d’une argumentation graduée qui
progresse avec l’assentiment de l’autre.
Socrate 13

Le maître questionne
Le disciple répond avec un savoir faux
Le maître examine et réfute la réponse
Le disciple constate son ignorance par aporie
Le maître reformule la question
Le disciple recherche le savoir en lui-même parce qu’il a des
dispositions et est intelligent.
Mais le dialogue ne se conclut pas sur une définition du courage, de la
beauté ou de la vertu qui n’aurait été que provisoire. Socrate refuse toute
conclusion dogmatique, son action consistant à progresser vers une plus
grande clarté dans une enquête qu’il faut pousser toujours plus loin. Cette
absence de définition ou de conclusion produit une trompeuse impression
d’aporie, d’échec. Au reste, le dialogue n’est pas uniquement une méthode
intellectuelle rationnelle visant à atteindre le vrai ; il est aussi examen pour
tenter d’agir sur le comportement moral de l’interlocuteur en le détournant
de l’erreur.

Ce que l’on ne veut pas trop savoir de lui :


Socrate le sorcier

De fait, il n’est pas un absolu rationaliste ; il est aussi un mystique car il


fait souvent référence à son « démon », voix divine qui a commencé à se faire
entendre dès son enfance, n’intervenant que pour le détourner d’une action
lorsque le bien de l’âme est en jeu, jamais pour le conseiller. C’est son démon
qui l’éloigne de la vie politique ; sa façon personnelle d’être citoyen est de
rendre meilleurs ses concitoyens. Il travaille à transformer sa cité à travers les
hommes. Dans la comédie d’Aristophane, Les Nuées, dont Socrate, qui a alors
quarante-six ans, est le personnage principal, il explique les phénomènes de la
nature sans faire intervenir les dieux : la pluie est due à l’orage, non à l’action
de Zeus ; il est donc impie. Quand on l’en accuse, c’est-à-dire de ne pas croire
aux dieux de la cité et d’en introduire d’autres, il est probable qu’il est ques-
tion de son démon. « Et des divinités nouvelles, serait-ce en introduire que de
déclarer qu’une voix divine se fait entendre en moi pour m’indiquer ce que
je dois faire ?… Je l’appelle signe divin et j’estime qu’en usant de ce nom, je
m’explique avec plus de vérité et de piété que ceux qui attribuent aux oiseaux
le pouvoir qui appartient aux dieux. »
Pour Aristophane encore, Socrate pratique la sophistique qui permet de
« rendre plus forte la cause la plus faible ». Socrate pervertit ainsi la jeunesse
en lui offrant un moyen commode d’échapper aux conséquences pénales de
14 J'assure en philo !

ses fautes. Impiété et corruption de la jeunesse : c’est l’exact contenu de l’acte


d’accusation porté contre lui, vingt-quatre ans plus tard, par trois citoyens
d’Athènes ; cela semble donc caractériser Socrate aux yeux de ses contempo-
rains. Socrate paraît bien un sophiste, ces « maîtres du doute, démolisseurs de
toute vérité bien assise, semeurs d’impiété et d’immoralité, bref des corrup-
teurs de jeunesse » (André Bonnard, Socrate selon Platon). Socrate le discuteur
oblige, comme les sophistes, à remettre en question les notions traditionnel-
lement admises, instruit la jeunesse et traite en public des mêmes questions.
Il apparaît manifestement à ses contemporains comme un sophiste parmi
d’autres, mais plus coupable que les autres parce qu’il n’est pas étranger mais
athénien.
Cependant, plusieurs points, d’ordre matériel ou intellectuel, distinguent
Socrate des sophistes. Soucieux de son indépendance, il refuse tout argent et
vit dans la pauvreté, contrairement aux sophistes que le succès de leurs leçons
peut rendre très riches. Ils font payer leur savoir prétendument encyclopédique,
alors que Socrate proclame inlassablement son ignorance. Par la dialectique
et la réfutation, il cherche à détruire les illusions, à initier à l’interrogation, à
dégager la vérité de l’âme, alors que la réfutation sophistique, polémique et
indifférente à la vérité, tend seulement à la victoire sur les arguments de l’ad-
versaire. Pendant plus de vingt ans, il consacre sa vie à aider ses concitoyens
dans la quête de la vertu et de l’essence du bien, obéissant scrupuleusement
aux lois et prescriptions de la cité, accomplissant ses obligations militaires et
religieuses, même s’il critique la démocratie quand elle est peu soucieuse de la
justice ou utilise mal les compétences. Il est à l’opposé du refus d’engagement
du relativisme sophistique.

Le procès : une mort qui lui donne l’immortalité

Le procès de Socrate conduit à son acte déterminant : boire la ciguë.


Reconnu coupable par le Tribunal démocratique d’Athènes à une faible majo-
rité (281 voix sur 500 citoyens), il peut demander amende, prison ou exil pour
éviter la mort réclamée par ses accusateurs. Il refuse ce choix qui aurait prouvé
sa culpabilité. Il réclame même une récompense en tant que bienfaiteur de la
cité. « Quel traitement sied à un homme pauvre, lequel est un bienfaiteur ?
Il n’y en a pas » (Apologie de Socrate). La mort est alors prononcée. Il aurait
encore, grâce à ses amis, l’occasion de s’enfuir, mais repousse cette éventualité.
Il ne lui importe pas de sauver sa vie mais de trouver le plus parfait accord
de son âme avec elle-même. Comme il l’a toujours professé, il ne veut pas se
soustraire aux lois, même injustement appliquées dans son cas. Convaincu
que notre âme est une partie de l’intelligence universelle, qui est divine, il

Vous aimerez peut-être aussi