Monnaie - PDF Livre
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MONNAIE
& CRÉDIT
les deux faces d’une même pièce
TOUT COMPRENDRE (OU PRESQUE) SUR LA MONNAIE ET LE
CRÉDIT POUR SE RÉAPPROPRIER COLLECTIVEMENT CES OUTILS
ET LES METTRE AU SERVICE DE TOUS
FINANCES
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INTRODUCTION
La monnaie ? Quoi de plus banal ! que ces experts n’étaient pas infail- auprès des décideurs politiques
Nous avons tous quelques pièces ou libles et que les financiers étaient pour comprendre que la monnaie
billets dans notre poche ou notre plus motivés par l’appât du gain que nous concerne tous directement.
sac. Nous ne nous déplaçons pas par l’intérêt général. Peut-on donc Et l’argument de la complexité, s’il
sans notre carte bancaire et nous laisser entre leurs mains un bien, n’est pas totalement dénué de fon-
faisons encore régulièrement des la monnaie, aussi indispensable à dement, apparaît largement exagéré
chèques même si leur utilisation la vie de tous ? D’ailleurs la place et surtout dressé comme un rideau
devient moins fréquente. Ces objets qu’occupe la monnaie dans nos de fumée pour dissuader notre cu-
font partie de notre vie quotidienne sociétés n’en fait-elle pas une ques- riosité et notre éventuelle interven-
et on imagine difficilement pouvoir tion éminemment politique, qui tion dans le débat monétaire.
s’en passer. D’ailleurs ne pas y avoir devrait intéresser au premier chef
accès, ce qui est malheureusement les citoyens ? À bien des égards, la L’objet de cette brochure est pré-
toujours le cas pour certains, y monnaie apparaît comme un sujet cisément de dissiper ce rideau de
compris dans un pays comme la trop important pour être laissée à fumée, de décrypter les termes de
France, constitue un signe, et aus- la seule discrétion de ceux qui s’en ce débat et de permettre à chacun
si souvent un facteur, d’exclusion proclament spécialistes. Il suffit de d’appréhender les enjeux que porte
sociale. voir l’impact des décisions moné- la monnaie. Ainsi espérons-nous
taires (hausse ou baisse des taux contribuer à ce qu’ensemble nous
Mais lorsque nous essayons d’al- d’intérêt, du taux de change…), le nous réapproprions ce bien public
ler au-delà de ces bouts de papier rôle joué par la Banque centrale qu’est la monnaie afin de le mettre
ou de plastique, de comprendre européenne dans l’imposition des au service d’un développement hu-
pourquoi ils ont une telle valeur politiques d’austérité ou l’inter- main durable et non plus de la cupi-
et un tel pouvoir, et surtout pour- ventionnisme du lobby bancaire dité sans fin d’une minorité.
quoi la monnaie coule à flot pour
certains alors que nous sommes
si nombreux à n’en avoir jamais
assez, nous nous heurtons à l’ar-
gument imparable d’une tech-
BANQUE
nicité qui nous dépasse. Les
questions monétaires, nous
dit-on, sont d’une telle
complexité qu’il faut les
laisser aux experts et à
ceux, banquiers et finan-
ciers, qui font profes-
sion de leur gestion. La
monnaie repose sur la
confiance ? Alors faisons
confiance à ces spécia-
listes et contentons-nous
de jouir des bienfaits
des outils qu’ils mettent à
notre disposition !
4. L’Euro 48
4.1 – L’Union monétaire ........................................................................................................ 48
4.1.1 – La zone euro .................................................................................................... 48
4.1.2 – l’Eurosystème .................................................................................................. 50
4.1.3 – Un projet politique derrière le récit officiel ................................................. 52
4.2 – Vers une Union bancaire et financière ....................................................................... 55
4.2.1 – Une réglementation bancaire inachevée et menacée .................................. 55
4.2.2 – L’Union bancaire ............................................................................................. 55
4.2.3 – L’Union des marchés de capitaux (UMC) .................................................... 58
5. Des alternatives ? 60
5.1 – Les monnaies locales et complémentaires ................................................................. 60
5.2 – Les monnaies numériques ........................................................................................... 63
5.2.1 – Le Bitcoin ......................................................................................................... 63
5.2.2 – L’idéologie derrière la technique ................................................................... 64
5.2.3 – Le Bitcoin est-il vraiment une monnaie ? .................................................... 64
5.2.4 – Une alternative régressive ............................................................................... 65
5.3 – La micro-finance ............................................................................................................ 65
5.3.1 – Le microcrédit personnel ............................................................................... 66
5.3.2 – Le microcrédit professionnel ....................................................................... 67
5.3.3 – Un bilan positif à améliorer .......................................................................... 67
5.4 – La finance participative ................................................................................................ 68
5.4.1 – Un nouveau mode de financement ............................................................. 68
5.4.2 – Un complément plus qu’une alternative au crédit bancaire ..................... 68
Conclusion 71
Pour en savoir plus... 72
01 QU'EST-CE
QUE LA
MONNAIE ?
1.1 - Une longue Son apparition est d’ailleurs plus
ou moins concomitante de celle de
rendit nécessaire leur enregistre-
ment. Ce sont naturellement les
04
avaient une valeur symbolique 1.1.2 – LA MONNAIE En prenant la main sur la création
forte, de richesse et de puissance, MÉTALLIQUE de monnaie, le pouvoir royal as-
et qui étaient déjà utilisés comme surait non seulement la confiance
offrandes rituelles, comme dot ou L'or et l'argent ont d'abord circulé nécessaire à sa circulation mais se
pour régler les impôts, voire les sous forme de lingots dont il fal- procurait en même temps des res-
rançons. Antérieure au développe- lait mesurer le poids et la pureté à sources non négligeables à travers
ment des échanges, la monnaie a chaque transaction. C'est ce qu'on ce que les économistes appellent
d'abord rempli un rôle social avant appelle la monnaie pesée. Pour fa- le seigneuriage, c'est-à-dire la dif-
de devenir un outil économique. ciliter les échanges et le transport, férence entre la valeur faciale de la
ces lingots furent progressivement monnaie et son coût de production.
Ces monnaies primitives, quali- standardisés et divisés en pièces Battre monnaie est ainsi devenu
fiées aussi de monnaies marchan- de poids déterminé : c'est la mon- progressivement un privilège du
dises, ne circulaient d’ailleurs pas naie comptée. Ces monnaies mé- souverain même si les monnaies
en tant que telles. Simples unités de talliques furent ensuite marquées royales ont souvent coexisté avec
compte, elles étaient peu utilisées d'une inscription indiquant leur des monnaies privées, notamment
dans les échanges et les dettes pou- poids, c'est-à-dire leur valeur : c'est lorsque le pouvoir était faible ou
vaient être payées avec n’importe la monnaie frappée. quand il abusait de la pratique
quel bien ou service. consistant à minorer la teneur des
Au début, ces pièces ont été émises pièces en métaux précieux sans
Ce n’est que lorsque les échanges, par de riches commerçants dont modifier leur valeur faciale (une
notamment entre communautés, se elles symbolisaient la puissance. forme de dévaluation).
développèrent que la monnaie-éta- Mais pour être acceptées par tous,
lon devint également un moyen de encore fallait-il qu'il n'y ait au-
règlement. Les métaux précieux, cun doute sur leur valeur et sur la 1.1.3 - LA MONNAIE
l'or et l'argent en particulier, se probité de leur émetteur. Il y avait PAPIER
sont alors imposés car, outre leur donc nécessité qu'une autorité (po-
statut social reconnu dans de nom- litique ou religieuse) garantisse Le transport de grandes quanti-
breuses sociétés, ils avaient pour cette valeur. C'est ce que fit Alyat- tés d'or constituait un risque pour
caractéristiques d'être inaltérables tès, roi de Lydie (Ouest de l'actuelle les marchands qui se déplaçaient
et divisibles, c'est-à-dire qu'ils pou- Turquie) et père de Crésus, au VIe de foire en foire. Aussi, ceux-ci
vaient être conservés sans perdre de siècle avant notre ère, en décidant prirent-ils l'habitude de déposer
valeur et s'adaptaient aisément aux de contrôler directement la frappe leur or auprès de banquiers (ap-
montants des transactions. des monnaies. pelés banquiers-changeurs parce
LE MYTHE DU TROC
Les économistes ont longtemps situé l’origine de la dont la monnaie s’est effondrée suite à une grave
monnaie dans le troc. Selon eux, les sociétés primitives crise. L’origine de cette fable est imputable à Adam
auraient développé les échanges sous forme de troc Smith, le fondateur de l’économie en tant que
avant de considérer qu’il serait plus pratique qu’une discipline à prétention scientifique. Le monde primitif
seule et même marchandise, acceptée par tous, serve imaginaire qu’il décrit, et que les économistes ont
d’intermédiaire dans les transactions. Le problème repris sans sourciller, ressemble d’ailleurs beaucoup
est que les anthropologues ont largement confirmé aux communautés villageoises de son époque dont on
aujourd’hui que le monde du troc n’a jamais existé. aurait simplement supprimé la monnaie. Sa démarche
Certes, le troc est une réalité parfois constatée mais, n’était toutefois pas innocente. Il s’agissait pour lui de
dans les sociétés primitives, il n’a jamais structuré les démontrer que la propriété, le marché et la monnaie
relations sociales et n’était pratiqué, occasionnellement, préexistaient aux institutions publiques et constituaient
qu’avec des communautés extérieures, voire ennemies. les fondements de toute société humaine. Or nous
Les seuls exemples d’économies de troc véritables savons désormais que la monnaie est une construction
concernent des économies déjà monétarisées et sociale dans laquelle l’État joue un rôle majeur.
05
qu'ils faisaient aussi le change souverain. Les banquiers devinrent 1.1.4 - LA MONNAIE
entre les différentes monnaies) ainsi des personnages puissants SCRIPTURALE
qui le conservaient en sécurité, en et influents, prêtant notamment
échange d'une commission (rien aux princes dont ils recevaient en Les banquiers n'ont toutefois pas
n'est gratuit en ce bas monde !...) échange honneurs et privilèges dit leur dernier mot. N'ayant plus le
et d'un reçu. Ce « billet », qui était fiscaux. pouvoir d'émettre des billets, ils se
en fait une reconnaissance de dette sont tournés vers une autre forme
par laquelle le banquier s'engageait Cette situation n'était pas sans de monnaie, la monnaie scriptu-
à payer à son porteur une somme risques (faillites de banques, spécu- rale. Contrairement aux pièces et
d'or déterminée, pouvait être trans- lation…) ni complexité (circulation aux billets qui sont matérialisés par
mis à une tierce personne (un four- de nombreuses monnaies privées). un objet, cette monnaie consiste en
nisseur par exemple), à charge pour Au XIXe siècle, les États voulurent une simple écriture sur les registres
celle-ci d'en demander le rembour- remettre de l'ordre et surtout re- des banques et elle circule par débit
sement au banquier. prendre la main sur la monnaie et crédit de ces comptes.
car ils y voyaient un outil pour dé-
Il devint ainsi un moyen de règle- velopper l'économie. C'est le rôle Ses premières formes sont anté-
ment dont l'acceptation dépendait assigné aux banques centrales qui rieures à l'apparition des billets
de la confiance accordée au ban- se voient attribuer le monopole de puisque les Grecs et les Romains
quier qui l'avait émis, d'où le nom l'émission des billets. Leurs billets connaissaient déjà les virements
de monnaie fiduciaire (fiducia si- acquièrent « cours légal », ce qui entre comptes, de même que les
gnifie confiance en latin) donné au signifie que personne ne peut les Arabes qui les utilisaient au IXe
billet. refuser. Initialement, ils sont rem- siècle.
boursables en or, ce qui oblige les
Si, au début, le montant des billets banques centrales à proportionner La lettre de change, instrument
émis était, par définition, égal à la la quantité de billets émis à leurs ré- de règlement à distance inventé
quantité d'or déposée, les banquiers serves d'or. au XIVe siècle par les marchands
réalisèrent assez vite qu'il était peu et banquiers italiens et flamands,
probable que tous les clients récla- Pour éviter que celles-ci ne fondent puis l'escompte, opération de cré-
ment leur or en même temps. Ils excessivement lors de certaines pé- dit apparue au XVIIIe siècle et par
pouvaient donc émettre plus de riodes de crise (troubles politiques, laquelle une banque achète une
billets qu'ils n'avaient d'or en caisse. guerres…), l'État impose parfois le traite à son client contre des bil-
« cours forcé », c'est-à-dire la non lets, ont fortement contribué à son
C'est ce qu'ils firent à travers leurs convertibilité des billets en or. C'est développement.
opérations de crédit pour lesquelles aujourd'hui la règle, ce qui signifie
il n'y avait pas de dépôt d'or préa- que l'émission des billets ne dépend Ne pouvant plus remettre à leurs
lable à la remise des billets. Ils de- plus que des besoins de l'économie clients la preuve de leurs dépôts
vaient simplement conserver un et des choix de politique monétaire. sous forme de billets, les banques
stock d'or suffisant pour répondre La valeur du billet ne réside plus prirent l'habitude d'en garder elles-
aux demandes de remboursement que dans son pouvoir d'achat dont mêmes la trace sur leurs livres. Les
des billets en or. Ils créaient ainsi l'État et la banque centrale sont les dépôts et les retraits sont alors ma-
une véritable monnaie privée, com- garants. La création et la gestion de térialisés par le crédit et le débit du
plémentaire de la monnaie métal- la monnaie relèvent à nouveau de la compte du client.
lique qui restait sous le contrôle du sphère publique.
06
Répartition des masses monétaires de l’euro
Source : BCE, données fin 2016 pour la zone euro
C'est ensuite tout naturellement privée circulant en parallèle avec monnaie scripturale, c'est-à-dire
que les banques proposent à leurs la monnaie publique que sont les les dépôts à vue, qui est largement
clients des instruments (chèques, billets et les pièces. Elles s'imposent prépondérante.
domiciliation de traites…) leur en même temps comme des inter-
permettant d'effectuer des règle- médiaires chargés de collecter des
ments sans avoir à retirer de l'or dépôts, d'octroyer des crédits et de 1.2.1.1 - LA MONNAIE
ou des billets. Et elles s'organisent gérer les moyens de paiement. FIDUCIAIRE
pour assurer la circulation de ces
instruments d'une banque à l'autre. Les billets sont émis (mis à la dis-
Elles peuvent alors franchir un pas
supplémentaire en accordant des 1.2 - La monnaie position du public) par les Banques
centrales nationales (BCN), c'est-
crédits par simple inscription aux
comptes des clients, sans décais-
ser d'or ni de billets, sous la seule
aujourd'hui à-dire en France par la Banque
de France, en lien avec la Banque
centrale européenne (BCE) qui
réserve de disposer d'une encaisse 1.2.1 - LES FORMES décide du volume mis en circula-
globale suffisante pour faire face ACTUELLES DE LA tion chaque année et définit le type
aux demandes de remboursement. MONNAIE et la nature des coupures, iden-
tiques pour tous les pays de la zone
Les banques retrouvent ainsi le Deux formes de monnaie coexistent euro. Leur production est assurée
pouvoir de créer de la monnaie, de aujourd'hui : la monnaie fiduciaire, conjointement par les banques
la monnaie scripturale en l'occur- qui regroupe les billets et les pièces, centrales nationales sur la base
rence, qui constitue une monnaie dont la part tend à diminuer, et la d'un quota attribué à chacune et
(suite page 9)
07
LA BANQUE DE FRANCE, 1ER PRODUCTEUR DE
BILLETS EN EUROS
La Banque de France a la particularité, unique Pour cela elle a fait le choix de filialiser la papeterie,
en Europe, de disposer d’une papeterie et d’une devenue Europafi, et de sacrifier les droits et garanties
imprimerie fiduciaire localisées, depuis le début du XXe des personnels. Elle envisage désormais de regrouper
siècle, respectivement à Vic-le-Comte et à Chamalières, l’imprimerie et la papeterie sur le site de cette dernière,
près de Clermont-Ferrand. Plusieurs banques centrales ce qui est cohérent d’un point de vue technique mais
nationales ont leur propre imprimerie - même si la suscite de fortes inquiétudes non seulement pour les
tendance est de plus en plus à les filialiser, voire à les salariés mais quant à l’avenir même du maintien de
privatiser – mais aucune ne possède de papeterie. cette fabrication au sein de la banque centrale.
L’existence d’un tel pôle intégré de fabrication des
billets en son sein lui permet d’être à la pointe de la En 2015, la Banque de France a fabriqué 2,8 milliards
recherche sur la sécurité des billets et de tester de de billets en euros. Depuis 2002, elle en a produit près
multiples innovations qui seront ensuite introduites de 20 milliards (22 % du volume total) et, s’agissant de
dans le papier ou lors de l’impression des coupures. Elle la nouvelle série de coupures, elle assure 36 % de la
dispose en outre du plus grand centre européen de fabrication du billet de 5 euros, 25 % du 10 euros, 44 %
recherche sur la contrefaçon des billets. du 20 euros et 15 % du 50 euros.
Cette spécificité devrait conduire la Banque de France Elle consacre par ailleurs la moitié de sa capacité de
à jouer un rôle central dans le pôle fiduciaire public production à l’impression de billets pour une vingtaine
européen que revendique la CGT pour garantir que la de pays étrangers. Depuis longtemps, la CGT réclame
sécurité des billets ne soit pas tributaire des contraintes la création d’un billet de 1 euro, équivalent symbolique
et des intérêts des imprimeurs et papetiers fiduciaires du billet de 1 dollar qui serait cohérent avec le pouvoir
privés, qui sont aussi souvent fabricants des machines d’achat de nombreuses populations européennes.
à trier les billets et exercent un intense lobbying
auprès de la Banque centrale européenne. La Banque Malgré le soutien de la quasi-totalité des formations
de France s’est effectivement inscrite dans cette politiques des pays de la zone euro, cette proposition,
perspective mais elle l’a fait de la plus mauvaise des votée à une écrasante majorité par le Parlement
manières. Elle a en effet conclu en 2015 un partenariat européen, est toujours rejetée par les dirigeants de la
stratégique avec 5 banques centrales nationales Banque centrale européenne.
possédant leur propre imprimerie afin de leur fournir
40 % du papier dont elles ont besoin.
08
d'une répartition entre elles des dif- et d'éliminer ceux qui s’avéreraient européenne doit approuver le mon-
férentes coupures. Elles font pour faux ou détériorés. Elle tend toute- tant mis en circulation chaque an-
cela appel, soit à leurs propres ate- fois de plus en plus à déléguer cette née. Elles ont une face commune
liers d'impression, soit à des impri- tâche à des acteurs privés (banques et une face propre à chaque pays.
meurs privés ou publics. et transporteurs de fonds), se Elles ont toutefois toutes cours légal
contentant de veiller au respect par dans l'ensemble de la zone euro. En
La Banque de France, qui a pour ceux-ci des normes qu'elle édicte. France, elles sont fabriquées par la
mission de veiller à la bonne qua- Monnaie de Paris, dans son usine
lité de la circulation fiduciaire, as- L'émission des pièces, appelées de Pessac près de Bordeaux, pour le
sure l'entretien des billets. Pour aussi monnaies divisionnaires, compte de l'État qui les vend ensuite
cela, elle organise leur retour régu- est sous la responsabilité des à la Banque de France, chargée de
lier dans ses caisses afin de les trier États, même si la Banque centrale les mettre en circulation. Cette der-
nière n'assure plus désormais le tri
des pièces qu'elle effectuait autrefois
mais veille à la qualité de leur entre-
tien effectué par les acteurs privés.
Part des transactions, en nombre,
effectuées en espèces (2007)
1.2.1.2 - LA MONNAIE
The McKinsey Global Payments Map Avril 2009 SCRIPTURALE
LE DROIT AU COMPTE
Toute personne (particulier, professionnel, société autorisation systématique, 2 chèques de banque par
ou association) qui se voit refuser l'ouverture d'un mois…) qui ne comprendra toutefois ni chéquier, ni
compte peut saisir la Banque de France afin que celle- découvert. Pour remédier au caractère trop restrictif
ci désigne un établissement qui sera tenu d'ouvrir des services proposés dans ce cadre et éviter que
un compte dans un délai de 3 jours. Ce compte cette procédure ne stigmatise certaines catégories de
permettra d'accéder à un service bancaire de base population, la CGT propose l'instauration d'un service
gratuit (domiciliation de virements, paiements par bancaire de base universel et gratuit qui garantirait
prélèvement ou virement, encaissement de chèques l'accès de tous aux moyens de paiement indispensables
ou virements, dépôts et retraits au guichet, carte à pour mener une vie normale dans notre société.
09
Son développement tient bien sûr à compte bancaire, nécessite le re- temps en fonction des évolutions
sa facilité d'utilisation, notamment cours à des outils spécifiques pour technologiques et de modifications
pour les paiements à distance, via pouvoir circuler : ce sont les instru- des comportements. Elle diffère
les instruments qui seront dé- ments de paiement. Leur rôle est également d'un pays à l'autre, re-
crits plus loin, mais aussi à sa plus de matérialiser l'ordre, donné par flétant des pratiques et des cadres
grande sécurité (protection contre le débiteur au gestionnaire de son réglementaires différents. Une ten-
le vol, preuve des paiements) même compte, de verser une somme dé- dance forte se dégage néanmoins
si les fraudeurs s'adaptent aux évo- terminée à un tiers ou à lui-même. en faveur de leur dématérialisation.
lutions des comportements et des
techniques. Les règlements se font Ces instruments sont de plusieurs Des efforts d'harmonisation sont
par de simples jeux d'écriture. types, certains étant davantage uti- par ailleurs en cours au niveau de
Toutes les entreprises et les admi- lisés par les particuliers, d'autres la zone euro dans le cadre du pro-
nistrations ont en effet un compte par les entreprises. Leur impor- jet d'espace unique de paiement en
bancaire, de même que la quasi-to- tance relative a varié au cours du euros (SEPA, Single Euro Payments
talité des particuliers. La loi a favo-
risé cette évolution en instaurant
le droit au compte (cf encadré) et
interdisant les paiements en es-
pèces au-delà d'un certain mon-
tant, pour des raisons de contrôle répartition des moyens de paiement
fiscal et de lutte contre le blanchi- scripturaux en volume en france (2015)
ment d'argent. Le versement des sa- Source : Banque de France
laires et des allocations se fait ainsi AUTRES
en monnaie scripturale, même si CHÈQUES 1%
celle-ci est parfois immédiatement 11%
transformée en monnaie fiduciaire
par certains bénéficiaires.
VIREMENTS
1.2.2 - LES INSTRUMENTS 18% CARTES DE
DE PAIEMENT PAIEMENT
51%
Contrairement à la monnaie fidu-
ciaire qui peut être directement uti-
lisée pour effectuer des paiements,
PRÉLÈVEMENTS
la monnaie scripturale, c'est-à-
dire la provision disponible sur un
19%
10
Area) dont l'ambition est de créer Il peut être ponctuel ou permanent « tiré », à payer une somme d'argent
une gamme unique de moyens de (paiement régulier de la même à une date déterminée) et le billet
paiement en euros, commune à somme à la même personne) ; à ordre (écrit constatant l'engage-
l'ensemble des pays européens. ment d'un payeur, le « souscrip-
ÎÎ le prélèvement : débit d'un teur », de payer à l'ordre d'un tiers,
Les principaux instruments de compte à l'initiative d'un créancier le « bénéficiaire », une somme
paiement utilisables en France sont après que celui-ci ait obtenu l'au- d'argent à une date déterminée)
les suivants : torisation permanente donnée par sont des instruments de paiement
le débiteur à sa banque de payer les entre entreprises qui, même sous
ÎÎ la carte de paiement : repré- factures qu'il présente. Particuliè- leurs formes automatisées (lettre
sentant 50 % des transactions, c'est rement adapté aux paiements ré- de change relevé et billet à ordre
le moyen de paiement préféré des currents (électricité, abonnements relevé), sont de moins en moins
Français de par sa facilité d'utili- téléphoniques et Internet…), c'est utilisées ;
sation et l'étendue de son réseau le deuxième moyen de paiement le
d'acceptation. Elle permet non plus utilisé en France ; ÎÎ la monnaie électronique ou
seulement les paiements mais aussi monétique : définie officiellement
les retraits de billets dans les dis- ÎÎ le Titre interbancaire de paie- comme « une valeur monétaire
tributeurs automatiques de billets ment (TIP) : très proche du pré- stockée sous une forme électronique,
(DAB). Elle peut également avoir lèvement, il s'en différencie par le y compris magnétique, représen-
une fonction de crédit : carte à dé- fait que le débiteur doit obligatoi- tant une créance et émise contre la
bit différé ou associée à un crédit rement donner son accord pour remise de fonds aux fins d'opéra-
renouvelable. Lorsqu'elle est à au- chaque règlement ; tions de paiement », ce n'est pas une
torisation systématique, le solde nouvelle forme de monnaie, à côté
du compte est vérifié avant chaque ÎÎ le chèque : si la France reste de de la monnaie fiduciaire et de la
opération. Pour l'anecdote, c'est le loin le pays où l'on utilise le plus monnaie scripturale, mais bien un
français Roland Moreno qui a in- le chèque, son utilisation ne cesse moyen de mobiliser cette dernière
venté la carte à puce ; de décliner depuis une vingtaine en utilisant les possibilités ouvertes
d'années et l'objectif des autorités par Internet et les technologies de
ÎÎ le virement : transfert de fonds comme des banques est sa dispa- l'information. En permettant de ré-
entre deux comptes initié par le rition. Le coût de son traitement aliser les opérations en temps réel,
payeur, cet instrument est large- demeure en effet élevé compara- la monétique confère à la monnaie
ment utilisé par les entreprises et les tivement aux autres instruments scripturale une liquidité équiva-
administrations (VGM, virements pouvant être gérés électronique- lente à celle de la monnaie fidu-
de gros montants). Sa dématéria- ment ; ciaire. En rapide évolution, les ins-
lisation (ordre passé sur Internet) truments relevant de cette catégorie
permet une utilisation croissante ÎÎ la lettre de change (écrit par regroupent notamment :
par les particuliers pour qui il lequel un créancier, dénommé « ti- ÎÎ les cartes prépayées multi-presta-
s'avère plus souple que le chèque. reur », invite un débiteur, appelé taires (porte-monnaie électronique
11
type Moneo) : cartes contenant une décrites pour la première fois par (la thésauriser dans le langage des
réserve de valeur alimentée par Aristote, sont au nombre de trois : économistes), la faisant ainsi sortir
transfert d'un compte bancaire per- ÎÎ unité de compte, elle est la ré- du circuit économique. La monnaie
mettant de régler de petits achats férence que les individus utilisent est par ailleurs à la base du finan-
auprès de divers fournisseurs ; pour exprimer les prix et enregis- cement de l'économie, la création
ÎÎ les paiements sans contact qui trer les dettes. C'est une unité de monétaire, via le crédit, étant à la
permettent de payer de petits mon- mesure de la valeur d'échange des base de l'accumulation du capital.
tants en approchant une carte ou biens et services ;
un téléphone mobile d'un terminal ÎÎ instrument d'échange, la mon- Le rôle essentiel qu'elle joue dans
de paiement sans saisir un code naie est un intermédiaire accep- l'économie fait ainsi de la monnaie
confidentiel ; té par tous qui permet l'achat et un véritable bien public. C'est pour-
ÎÎ les portefeuilles électroniques la vente de tous les autres biens et quoi elle bénéficie d'une reconnais-
qui permettent d'effectuer des services ; sance légale de ses fonctions à tra-
paiements sur Internet sans saisir ÎÎ réserve de valeur, elle permet de vers le cours légal et libératoire par
les références de la carte (numéro, transférer du pouvoir d'achat du lequel la loi impose qu'elle soit ac-
date de validité, cryptogramme), présent vers le futur. C'est le proces- ceptée par tous pour régler les tran-
ces données ayant été enregistrées sus d'épargne qui consiste à conser- sactions. C'est également ce qui ex-
contre remise d'un identifiant et ver un revenu perçu aujourd'hui plique que sa création, sa gestion et
d'un mot de passe lors de la créa- pour le dépenser ultérieurement. sa circulation, qu'elles soient le fait
tion du portefeuille auprès d'un d'acteurs publics ou privés, soient
tiers de confiance (banque, site In- La monnaie n'est donc pas une strictement encadrées par les pou-
ternet, opérateur télécoms …) qui marchandise comme les autres. voirs publics.
ne les communiquent pas aux com- C'est un bien commun qui possède
merçants. Un exemple : PayPal. en outre deux autres caractéris- Définir la monnaie par ce qu'elle
tiques : sa liquidité et sa fonction fait n'est toutefois pas suffisant et
de financement. La liquidité est la ne permet pas de saisir les enjeux
1.2.3 - LA MONNAIE, UN facilité et la rapidité avec laquelle dont elle est porteuse. Pour appré-
BIEN PUBLIC ET UNE un actif, c'est-à-dire un élément hender ceux-ci, il faut s'intéresser
INSTITUTION SOCIALE du patrimoine d'un individu, peut à ce qu'elle est, une construction
être transformé en instrument sociale.
1.2.3.1 - LES FONCTIONS DE LA d'échange.
MONNAIE
De ce point de vue, la monnaie 1.2.3.2 - UNE INSTITUTION
La monnaie apparaît d'abord est liquide par nature et elle peut SOCIALE
comme un bien particulier qui as- être désirée pour elle-même. Dans
sure des fonctions économiques certaines situations, les agents La monnaie est d’abord une institu-
spécifiques et indispensables à la économiques peuvent en effet re- tion sociale dans la mesure où elle
vie économique. Ces fonctions, fuser de l'utiliser et la conserver ne peut remplir ses fonctions que
12
parce qu’elle fait l’objet d’un consen- Sa nature est donc éminemment sa souveraineté. Monnaie et reli-
sus. Elle est en effet une créance politique. L'histoire et l'actualité gion ont d’ailleurs souvent accom-
sur ceux qui l'émettent (banques, montrent que sa création comme pagné les conquêtes militaires. Plus
banque centrale). Elle suppose son appropriation sont un enjeu de fondamentalement, c'est toujours le
donc que ceux-ci bénéficient de la pouvoir. Comme le résume un éco- souverain, c'est-à-dire l'État en tant
confiance des utilisateurs. L'accep- nomiste américain(1) : « Le pouvoir que représentant du peuple dans les
tation de faire circuler cette dette appartient à ceux qui créent la mon- sociétés démocratiques, qui garan-
constitue un élément fort de l'unité naie et à ceux qui la contrôlent. Au tit la confiance dans la monnaie.
d'une société. La monnaie est ain- niveau politique, la monnaie est tout
si porteuse de lien social. Elle peut sauf neutre ». C’est bien pour cela Le contrat social sur lequel elle re-
aussi naturellement être un vecteur que le pouvoir de battre monnaie a pose demeure toutefois fragile. Il
d'exclusion pour ceux qui n'y ont longtemps été l’apanage du pouvoir peut être rompu lorsque la légiti-
pas accès. régalien et un attribut essentiel de mité des autorités est contestée ou
lorsqu'il apparaît que, loin de fa-
voriser la cohésion sociale, l'ordre
monétaire dominant ne profite qu'à
une minorité et ne fait qu'accentuer
les inégalités sociales. C'est notam-
Évolution des moyens de paiement ment le cas lors des crises moné-
scripturaux en volume en france taires. La monnaie peut alors être
Source : Banque de France un vecteur de contestation sociale :
revendication d'un meilleur accès à
12
EN MILLIARDS D’EUROS
0
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(1) - Benjamin J. Cohen, cité par Christian Chavagneux, Alternatives Economiques, hors-série n° 105, avril 2015
13
02 QUI
CRÉÉ LA
MONNAIE ?
2.1 - Le pouvoir La monnaie est donc à la fois une
dette vis-à-vis des banques et une
principalement le fait des banques,
permet le lancement de la pro-
14
Cette situation est d’autant plus solvabilité du débiteur c’est-à-dire par leurs banques, celles-ci doivent
préoccupante que la financiarisa- sa capacité à rembourser le crédit. donc disposer d’un compte crédi-
tion de l’économie que l’on observe C’est le b.a.-ba du métier de ban- teur auprès de la banque centrale
depuis quelques décennies a ga- quier. Elles font d’ailleurs preuve à qu’elles alimentent en empruntant
gné et perverti le processus de la cet égard d’une prudence souvent auprès de cette dernière (refinance-
création monétaire. Les banques excessive qui les conduit, en ne ment) ou auprès d’autres banques
peuvent créer de la monnaie non voulant prendre aucun risque, à (mais cela leur coûte plus cher). Le
seulement en octroyant des cré- privilégier les grandes entreprises solde de ce compte doit permettre
dits mais également en achetant aux petites, les clients fortunés de faire face aux « fuites », ce qui
des titres financiers (obligations aux ménages modestes, justifiant implique qu’il soit proportionné
émises par des entreprises, des l’adage selon lequel on ne prête au volume des crédits accordés. La
États…). Il leur suffit de créditer le qu’aux riches. Cette attitude est banque centrale peut en outre ac-
compte du vendeur en contrepartie confortée par un autre critère qui croître ce besoin en imposant aux
de l’inscription du titre à l’actif de guide leur politique de crédit, le banques de déposer auprès d’elle un
leur bilan. Or depuis une trentaine profit qu’elles en escomptent. Le pourcentage déterminé de leurs dé-
d’années, à côté de leur activité tra- rendement des crédits doit cou- pôts (réserves obligatoires).
ditionnelle, les banques ont forte- vrir en effet le coût des dépôts et
ment développé leurs activités sur générer un bénéfice suffisant pour
les marchés, au point que celles-ci rémunérer des actionnaires de plus 2.1.2.3 - L’IMPACT DE LA
sont devenues prédominantes. Dé- en plus gourmands. RÉGLEMENTATION
sormais les banques créent davan-
tage de monnaie en finançant des La monnaie n’étant pas une mar-
opérations sur les marchés finan- 2.1.2.2 - LES « FUITES » DE chandise comme les autres, les
ciers qu’à l’occasion de leurs opéra- LIQUIDITÉ banques ne sont pas non plus tout-
tions de crédit. Elles utilisent leur à-fait des entreprises comme les
pouvoir monétaire moins pour fi- Lorsqu’une banque crédite le autres. Non seulement elles doivent
nancer l’économie réelle et l’emploi, compte de son client en contrepar- obtenir un agrément pour exercer
que pour alimenter la spéculation tie du prêt qu’elle lui accorde, elle leurs activités, lesquelles sont sou-
et l’économie de casino (cf. 3.3.1). sait que ce dépôt ne restera pas en mises à un contrôle permanent
totalité sur ses livres. Le client l’uti- des autorité dites de supervision
Fort heureusement, ce pouvoir n’est lisera en effet en partie pour retirer bancaire (en France, l’Autorité de
pas sans limites et il s’exerce dans des billets que la banque se procu- contrôle prudentiel et de résolution
un cadre défini et contrôlé par les rera auprès de la banque centrale – ACPR) en lien avec les banques
banques centrales. moyennant une diminution du centrales, mais elles doivent respec-
solde de son propre compte auprès ter un certain nombre de règles spé-
de cette dernière. Le mécanisme est cifiques (dites règles prudentielles).
2.1.2 - LES LIMITES DE LA le même si le client veut convertir
CRÉATION MONÉTAIRE une partie de son avoir en devises Élaborées au niveau internatio-
DES BANQUES étrangères puisque c’est la banque nal par le Comité de Bâle (forum
centrale qui détient les réserves de regroupant les banques centrales
Plusieurs facteurs contraignent les change. La principale fuite réside et les contrôleurs bancaires d’une
banques à faire preuve de prudence toutefois dans le fait que le client va trentaine de pays et siégeant auprès
et de modération dans leur activité utiliser son compte de dépôt pour de la Banque des règlement inter-
de crédit et limitent en conséquence régler ses dépenses auprès de per- nationaux à Bâle), ces règles pru-
la quantité de monnaie qu’elles sont sonnes ou d’entreprises titulaires de dentielles, qui ont été renforcées
en capacité de créer. comptes dans d’autres banques. La depuis la crise financière de 2008,
banque qui a initié le crédit va donc consistent pour l’essentiel à exi-
transférer une part de la monnaie ger que le capital des banques soit
2.1.2.1 - LA SOLVABILITÉ DES qu’elle a créée à ses concurrentes via proportionné au montant des cré-
DÉBITEURS ET LA RENTABILITÉ un mécanisme dit de compensation dits qu’elles accordent. L’objectif est
DES CRÉDITS qui va consister à débiter/créditer qu’en cas de faillite d’une banque,
leurs comptes respectifs auprès de due à une prise de risque exces-
Les banques n’accordent jamais la banque centrale. Pour que le sys- sive, ce soient d’abord les action-
des crédits à guichet ouvert. Elles tème fonctionne et que les clients naires qui supportent les pertes. La
prennent d’abord en compte la puissent utiliser la monnaie créée création monétaire par le crédit se
(suite page 18)
15
E 1
QU
BA
N
€
1. PRÊT 100 €
CRÉATION MONÉTAIRE
2. RETRAIT DE 10 € DE BILLETS
4. ACHAT
JOUET
80 €
PAR CARTE
OU CHÈQUE E2
U
NQ
BA €
MAGASIN 5. DÉPÔT À LA BANQUE 80 €
6. ACHAT
JOUET
40 €
PAR
VIREMENT
UE3
NQ
BA €
7. DÉPÔT À LA BANQUE 40 €
USINE
LA CRÉATION
MONÉTAIRE
16
BANQUE 1
ACTIF
1. CRÉDIT +100
3. MISE EN CIRCULATION
3. COMPTE BANQUE CENTRALE - 10 DE BILLETS DE 10€
PASSIF
CRÉATION DE
1. DÉPÔT À VUE + 100 MONNAIE CENTRALE
2. DÉPÔT À VUE - 10
4. DÉPÔT À VUE - 80
5. DETTE ENVERS BANQUE 2 + 80
BANQUE 2
TOUTES LES BANQUES ONT
UN COMPTE DANS LEUR
ACTIF BANQUE CENTRALE POUR :
5. CRÉANCE SUR BANQUE 1 + 80 • répondre aux demandes
de billets (ou de devises),
• satisfaire aux réserves
PASSIF obligataires exigées par
5. DÉPÔT À VUE + 80 la banque centrale,
6. DÉPÔT À VUE - 40 • permettre les règlements
7. DETTE ENVERS BANQUE 3 + 40 interbancaires.
BANQUE 3
ACTIF
7. CRÉANCE SUR BANQUE 2 + 40 8. MARCHÉ
INTERBANCAIRE
(PLACE D’ÉCHANGE DE MONNAIE
PASSIF CENTRALE ENTRE LES BANQUES)
7. DÉPÔT À VUE + 40
17
trouve ainsi contrainte par la né- ce sens qu’elle leur est indispen- de la banque centrale. Celle-ci leur
cessité de trouver du capital supplé- sable. En effet, la monnaie créée par accorde ces prêts selon des modali-
mentaire et d’en payer le prix. les banques ne peut pas circuler si tés et des conditions qui dépendent
celles-ci ne disposent pas de mon- de la politique qu’elle poursuit. En
On peut également citer l’obliga- naie centrale pour répondre à la relevant ses taux d’intérêt, elle ren-
tion pour les banques de financer demande de billets (ou de devises chérit le refinancement des banques
le Fonds de garantie des dépôts et étrangères) de leurs clients et assu- et les incite à répercuter ce coût sur
de résolution (FGDR) qui a pour rer les échanges entre elles. Le sys- leurs clients, ce qui a pour effet de
objet d’indemniser (à hauteur de tème bancaire ne peut fonctionner restreindre leur demande de crédit.
100 000 € par personne) les clients que si la banque centrale met suffi-
d’une banque qui ferait faillite, c’est- samment de monnaie centrale à sa À l’inverse, en les baissant, elle fa-
à-dire de garantir en toutes circons- disposition. vorise l’octroi de nouveaux crédits.
tances la convertibilité des dépôts Elle peut également jouer sur le
bancaires en billets. Leur cotisation C’est ce qui permet d’assurer le volume de ses concours. En les li-
à ce Fonds tient compte du mon- bouclage de la liquidité du système mitant, elle contraint les banques à
tant de leurs dépôts et de la nature monétaire, c’est-à-dire la cohérence se tourner davantage vers le marché
de leurs risques. Elle est donc pro- et l’unité d’un système dans lequel interbancaire où les taux sont alors
portionnée à leur activité de crédit. chaque banque crée sa propre mon- poussés à la hausse, ce qui a pour
naie. L’assurance de disposer à tout effet de freiner leur activité de cré-
Au total, le pouvoir monétaire des moment de la monnaie centrale né- dit. A contrario, en ouvrant large-
banques n’est pas aussi absolu qu’il cessaire constitue un préalable à la ment ses guichets, elle les incite à la
pourrait paraître de prime abord. création monétaire des banques et développer.
Leur création monétaire est une une condition de la confiance que
activité encadrée et soumise à la leur accordent leurs clients. En contrepartie, les banques lui ap-
tutelle plus ou moins stricte de la portent en garantie des titres que la
banque centrale. Si la demande de billets, forte- banque centrale juge de bonne qua-
ment saisonnière et variable selon lité. Il peut s’agir de titres publics
les pays, relève de facteurs large- (bons du Trésor) sous réserve que
18
créanciers, maintenir la confiance longtemps, celles-ci agissaient dans indiquant à propos de la Banque de
de ses déposants et éviter la faillite. le cadre des orientations définies France qu’il venait de créer qu’elle
De même, lorsqu’il y a un risque par leurs gouvernements dont devait être « entre les mains du gou-
grave dans l’ensemble du système, elles n’étaient que les exécutants, vernement mais point trop ». Cela
comme ce fut le cas en 2008, quand même si elles disposaient généra- permettait d’articuler de façon co-
les banques ne se faisant plus lement d’une importante marge de hérente la politique monétaire et la
confiance, le marché interbancaire manœuvre quant aux moyens à uti- politique budgétaire.
était bloqué, c’est encore la banque liser pour atteindre les objectifs qui
centrale qui est sollicitée pour four- leur étaient fixés. C’est ce que reflé- Cette conception a été contestée,
nir les liquidités nécessaires au bon tait la déclaration de Napoléon 1er, lors du tournant libéral des années
fonctionnement du système de
paiement.
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même titre que la régulation moné-
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taire dont elle est complémentaire.
monétaire 180
COÛT DE LA VIE (CHIFFRES INSEE + CALCULS CGT)
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1980, par un courant d’économistes n’avait aucun effet sur la production que l’inflation était le mal absolu
(les monétaristes) pour lesquels la ni sur l’emploi mais n’agissait que et persuadés que les responsables
quantité de monnaie en circulation sur le niveau des prix. Considérant politiques ne pouvaient pas le com-
battre car soumis aux pressions
populaires pour leur élection, ils
préconisaient de confier la poli-
tique monétaire à des banques cen-
Inflation annuelle dans l’union européenne, trales indépendantes des pouvoirs
la zone euro et la France politiques. Devenue dominante,
source : eurostat cette idée a effectivement conduit
+4,0 la plupart des pays à donner son
ZONE EURO indépendance à leur banque cen-
UNION EUROPÉENNE trale. Conçue à cette époque, la
+3,0 FRANCE BCE a porté à son paroxysme un tel
schéma.
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INFLATION ET DÉFLATION
L’inflation est une augmentation générale et économiques ne sont toutefois pas égaux face à
durable des prix qui se traduit par une perte du l’inflation. Les salariés ont pendant longtemps su s’en
pouvoir d’achat de la monnaie. Le taux d’inflation prémunir grâce à l’échelle mobile des salaires (cette
est mesuré par l’évolution de l’indice des prix à indexation automatique a été supprimée en France en
la consommation. L’inflation peut être due à un 1983). L’inflation favorise également les emprunteurs au
déséquilibre entre l’offre et la demande ou à un détriment des épargnants, ce qui est un facteur plutôt
renchérissement des coûts de production, lui-même positif car cela incite à l’investissement. Mais elle tend à
provoqué par une hausse des prix des matières éroder les patrimoines, d’où la réaction des rentiers qui
premières (pénuries, spéculation…), une augmentation ont imposé le tournant néolibéral et le choix de la lutte
des salaires, une croissance des frais financiers ou un contre l’inflation comme priorité absolue.
envol des profits. Pour les monétaristes, elle provient
d’un excès de monnaie. La déflation est une baisse générale et durable des
Révélatrice des tensions qui existent entre travail et prix. Cela peut paraître a priori favorable aux ménages
capital pour le partage des richesses, l’inflation peut dont le pouvoir d’achat est ainsi accru. C’est en fait un
être un moyen de les atténuer en mettant un peu phénomène très dangereux qui, en s’auto-entretenant,
d’huile dans les rouages. Le problème est qu’elle conduit à la récession. Anticipant la poursuite de la
est difficile à contenir et peut vite dégénérer en un baisse des prix, les consommateurs diffèrent leurs
processus cumulatif. Or une hausse excessive des achats, ce qui a pour effet de freiner la production et
prix ampute le pouvoir d’achat des consommateurs l’investissement et de peser à nouveau sur les prix. Un
et perturbe les calculs économiques des entreprises, cercle vicieux s’enclenche alors engendrant diminution
générant un risque de ralentissement de de l’emploi, baisse des revenus et moindres rentrées
l’investissement et de la production. Tous les agents fiscales.
20
2.3.1 – LES OBJECTIFS Pour atteindre ces objectifs, les 2.3.2 – LES AGRÉGATS
DE LA POLITIQUE banques centrales ont longtemps MONÉTAIRES
MONÉTAIRE focalisé leur action sur la quantité
de monnaie (la masse monétaire) Les agrégats monétaires sont des
La stabilité des prix est désormais considérant, à l’instar de la doc- indicateurs statistiques élaborés par
l’objectif prioritaire des banques trine monétariste alors dominante, les banques centrales pour mesurer
centrales. C’est même l’objectif que celle-ci était sous leur contrôle la quantité de monnaie en circu-
exclusif de la BCE qui l’a défini et influait directement sur le niveau lation. Si la définition de la mon-
comme « un taux d’inflation infé- de l’inflation. Malheureusement ces naie paraît assez claire en théorie
rieur à, mais proche de 2 % à moyen deux hypothèses ne se sont guère (cf. chapitre 1.2), en pratique sa
terme ». Ses statuts précisent certes vérifiées dans la réalité. mesure n’est pas aussi évidente. La
qu’elle apporte son soutien aux po- monnaie est à la fois un actif pour
litiques générales de l’Union euro- Sans renoncer bien sûr à suivre ceux qui la détiennent et une dette,
péenne… mais à condition que cela les évolutions de la masse mo- inscrite à leur passif, pour ceux
ne s’oppose pas à son objectif prin- nétaire (cf. ci-dessous le chapitre qui l’émettent (banque centrale et
cipal qui est de maintenir la stabilité sur les agrégats monétaires), elles banques commerciales). Comme
des prix. D’autres objectifs peuvent cherchent aujourd’hui à agir di- il est impossible d’évaluer la quan-
être assignés aux banques centrales rectement sur le taux d’inflation en tité de monnaie que possèdent les
comme la croissance, l’emploi ou influant sur le comportement des agents économiques, c’est par le
le taux de change. Ainsi la banque agents économiques via le niveau bilan du système bancaire qu’on
centrale américaine, la Réserve fé- des taux d’intérêt, c’est-à-dire via le l’appréhende.
dérale, doit agir pour permettre à prix de la monnaie.
la fois un taux d’emploi maximum, Pour la monnaie fiduciaire, c’est re-
des prix stables et des taux d’intérêt Toutefois, lorsque ce n’est plus lativement simple puisque les pièces
à long terme peu élevés. l’inflation qui menace mais la dé- et billets mis en circulation figurent
flation, cette stratégie s’avère im- au passif du bilan de la banque cen-
Depuis la crise de 2008, la stabilité puissante, conduisant les banques trale. Ce montant ne reflète toute-
financière est également devenue centrales à rechercher de nouveaux fois pas exactement la quantité qui
une préoccupation essentielle des moyens d’actions aux effets incer- circule sur le territoire (la zone euro
banques centrales, même si cet ob- tains. Cela confirme l’idée que le pour ce qui nous concerne) car une
jectif peut parfois entrer en conflit modèle de banques centrales qui partie, inconnue par définition, part
avec la lutte contre l’inflation : in- s’est imposé dans les années 1990 à l’étranger (hors zone euro). Cette
tervenir pour éviter la faillite d’une – indépendance et focalisation sur fuite peut être due à des touristes
banque ou éviter sa contagion aux la stabilité des prix – avait surtout qui emportent chez eux les euros
autres peut conduire à créer plus de pour finalité la défense des rentiers qu’ils n’ont pas dépensés mais sur-
monnaie que ne l’exigerait la lutte dont le patrimoine était menacé par tout au fait que l’euro (comme le
contre l’inflation. l’inflation. dollar) circule hors de ses frontières.
21
mois, c’est à dire essentiellement les
AGRÉGATS MONÉTAIRES DE LA ZONE EURO livrets d’épargne à taux réglementé
Source : Banque centrale européenne
12000 (livret A, livret de développement
MILLIARDS D’EUROS
22
qu’elle ne pouvait dépasser sous Le taux d’intérêt auquel les banques un coût plus élevé ;
peine de sanctions. commerciales peuvent emprunter ÎÎ le taux de la facilité de dépôt,
(se refinancer) auprès des banques plus faible (voire négatif), qui ré-
De même, le contrôle des changes, centrales influence leur demande munère les dépôts à 24 heures que
qui avait pour objet de limiter les de « monnaie centrale » et donc leur les banques peuvent faire auprès de
entrées et sorties de capitaux, a été capacité à octroyer des crédits, d’au- la BCE.
supprimé en France en 1989 dans le tant que les autorités monétaires
cadre de la mise en place de l’Union décident également des montants Les deux derniers taux encadrent
économique et monétaire. À cet qu’elles leur prêtent. Ce taux direc- le premier autour duquel fluctue
égard, il est intéressant de noter teur conditionne les taux pratiqués le taux du marché monétaire, taux
que le FMI, ardent promoteur de la par les banques mais influe aussi, à 24 heures (EONIA – Euro over-
libéralisation des mouvements de de façon plus indirecte, sur les taux night index average) auquel les
capitaux, reconnaît désormais que des marchés. Servant de référence banques se prêtent entre elles.
le contrôle des changes est un ou- à tous les autres taux d’intérêt, ses
til utile pour lutter contre les effets variations incitent les agents éco- En contrepartie de leurs emprunts
déstabilisants de la spéculation. nomiques à solliciter plus ou moins auprès de la BCE, les banques lui
de crédits. Dans des délais variables apportent en garantie des titres
Cette évolution des instruments selon le contexte économique, il appelés « collatéral ». Ceux-ci, qui
de la politique monétaire, qui re- produit ainsi des effets sur l’écono- peuvent être des titres publics ou
posent dorénavant sur une logique mie réelle, freinant ou stimulant la des créances sur des entreprises,
d’incitation dans le cadre des mé- consommation et l’investissement, doivent respecter des critères de
canismes de marché, reflète la place et donc l’activité productive et qualité définis par la BCE (note at-
prise par les marchés financiers l’emploi. tribuée par les agences de notation
dans nos économies et le triomphe ou cotation attribuée à l’entreprise
de la conception libérale selon la- La BCE a 3 taux directeurs : par la banque centrale).
quelle les interventions publiques ÎÎ le taux principal qui est celui au-
doivent perturber le moins possible quel les banques se refinancent en Pour renforcer son efficacité, la
le jeu des acteurs privés. La crise a temps normal en répondant aux politique monétaire s’appuie éga-
cependant montré les limites de appels d’offres lancés toutes les se- lement sur un système de réserves
cette approche, contraignant les maines par la BCE ; obligatoires qui contraint les
banques centrales à recourir à ÎÎ le taux de la facilité de prêt mar- banques à déposer à la banque cen-
des instruments qualifiés de non ginal qui permet aux banques d’ob- trale une certain pourcentage des
conventionnels. tenir des liquidités pour 24 heures à dépôts provenant de leurs clients.
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Transmission MANDAT DE LA
de la politique
BANQUE CENTRALE :
STABILITÉ DES PRIX
monétaire
INSTRUMENT PRINCIPAL :
LES TAUX DIRECTEURS
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Ces réserves, qui peuvent ou non des banques centrales ne stimulent mie qu’elle refinance et incite les
être rémunérées (elles le sont à la plus le crédit bancaire et sont im- banques à prendre plus de risques.
BCE), augmentent les besoins des puissants à enrayer les tendances Mais elle peut aussi acheter direc-
banques en « monnaie centrale » et à la déflation. La BCE, comme les tement des titres sur le marché, y
renforcent ainsi l’impact des condi- autres grandes banques centrales, compris sur le marché primaire
tions que la banque centrale impose essaie de surmonter cette impuis- pour les titres privés, ce qui a pour
pour y accéder. Elles peuvent égale- sance en adoptant des mesures effet de procurer des financements
ment porter sur les crédits accordés dites non conventionnelles. Cette directs aux entreprises et de faire
par les banques, comme la Banque appellation recouvre trois types baisser les taux d’intérêt à long
de France l’a pratiqué dans le passé. d’actions : terme, ce qui est censé stimuler l’in-
vestissement.
Dans la plupart des pays, les ÎÎ l’assouplissement quantitatif
banques centrales surveillent et ré- (« quantitative easing ») : il s’agit ÎÎ l’action sur les anticipations
gularisent les cours de change. En pour la banque centrale d’augmen- (« forward guidance ») : en annon-
régime de changes flottants, qui est ter considérablement la quantité de çant que son taux directeur reste-
désormais le cadre général, elles ne « monnaie centrale » qu’elle met à ra très bas, voire nul, pendant une
fixent plus directement la parité de la disposition des banques, en es- longue période ou au moins tant
leur monnaie mais peuvent agir sur pérant que celles-ci en profiteront que l’inflation n’aura pas retrouvé
les cours du marché à travers les pour intensifier l’octroi de crédits son niveau optimal (2 %), la banque
taux d’intérêt : une hausse du taux aux entreprises et aux ménages. centrale rassure les acteurs des mar-
directeur a pour effet d’attirer les Pour ce faire, la BCE leur prête chés financiers et favorise la baisse
capitaux et donc de faire monter des montants quasi illimités pour des taux d’intérêt à long terme.
le taux de change, et vice et versa. des durées de plus en plus longues
Elles interviennent aussi directe- (jusqu’à 3 ans) et elle leur achète
ment sur le marché des changes en
vendant ou en achetant des devises
d’importantes quantités de titres
financiers, essentiellement publics. 2.4 – Reprendre
contre leur monnaie.
ÎÎ l’assouplissement du crédit
(« credit easing ») : il s’agit pour la
le contrôle
2.3.3.2 - LES INSTRUMENTS
NON CONVENTIONNELS
banque centrale de se substituer sur le pouvoir
Depuis la crise de 2008, les instru-
aux banques et au marché pour
financer directement l’économie.
Concrètement, en assouplissant
monétaire
ments habituels de la politique mo- les critères qu’elle impose aux titres Le pouvoir de création monétaire
nétaire ont perdu toute efficacité. qu’elle admet en garantie, elle élar- est un pouvoir exorbitant. Il permet
Réduits à zéro, les taux directeurs git la gamme des crédits à l’écono- non seulement de conditionner et
(suite page 27)
25
QUANTITATIVE EASING FOR PEOPLE
Partant du constat selon lequel les énormes financier public, et son extension au niveau européen
quantités de monnaie offertes aux banques par la autour de la Banque européenne d’investissement
BCE ne contribuent pas au financement de l’activité (banque de l’Union européenne dont le capital
économique réelle mais alimentent la spéculation appartient aux États membres et qui est chargée
sur les marchés financiers, plusieurs organisations de de mettre en œuvre la politique de l’UE) serait
la société civile, en Europe, ont lancé une campagne particulièrement cohérente avec cette proposition, à la
sous le slogan « Quantitative easing for people » fois en termes d’efficacité et de contrôle démocratique.
(« Assouplissement quantitatif pour le peuple ». Il s’agit de
mettre directement la création monétaire de la banque Si elle peut constituer un moyen, parmi d’autres, d’une
centrale au service de la population en court-circuitant réappropriation citoyenne de la création monétaire,
les banques. Certains évoquent également un cette proposition ne saurait toutefois occulter
« Quantitative easing vert » pour souligner l’affectation la nécessité d’une profonde transformation des
qui devrait être donnée à cette monnaie. On parle aussi institutions exerçant le pouvoir monétaire (banques et
de « monnaie hélicoptère » en référence à l’image d’une banque centrale) et leur mise sous contrôle social.
banque centrale larguant des billets de banque sur les
populations.
Quantitative easing...
Comment une telle proposition pourrait-elle être mise
en œuvre ? Le plus simple, au moins en apparence,
serait que la BCE crédite le compte bancaire de LA BANQUE
CENTRALE UE
chaque habitant de la zone euro d’une somme qu’elle NQ
INJECTE DES
BA €
déciderait. Cette solution comporte toutefois le risque
que le pouvoir d’achat ainsi distribué soit en partie LIQUIDITÉS...
épargné ou dépensé en importations, ce qui limiterait
son impact sur l’activité économique en Europe.
L’efficacité commanderait en outre que les sommes
distribuées soient modulées pour tenir compte de la
situation des différents pays, voire du niveau de revenu ...LES TAUX
des ménages concernés. Or, pour souhaitable qu’elle BAISSENT...
soit, une telle redistribution des revenus au sein de la
zone euro ne relève pas des prérogatives de la BCE.
Cela reviendrait en effet à faire jouer à une institution
non élue un rôle que les gouvernements ne veulent
pas jouer, qu’il s’agisse de mettre en place un plan de ...LES ENTREPRISES
relance budgétaire au niveau européen ou d’organiser
des transferts financiers entre pays membres. Cela
INVESTISSENT ET
EMBAUCHENT... %
constituerait une nouvelle atteinte à la démocratie et
un pas supplémentaire, toujours au nom de l’efficacité ...LES GENS
économique, vers un fédéralisme technocratique dans DÉPENSENT
lequel les experts priment sur les citoyens et leurs PLUS D’ARGENT
représentants. ET CRÉENT
DE L’EMPLOI...
Une autre solution consisterait, pour la BCE, à financer
directement des investissements répondant à des
besoins d’intérêt général. On pense notamment à des
projets relatifs à la transition écologique. Elle pourrait
s’appuyer pour ce faire sur des institutions financières ...L’ÉCONOMIE
publiques (Banque publique d’investissement et REPART...
Caisse des dépôts en France) dont c’est précisément
la mission et qui apporteraient un certaine garantie
quant au choix des projets. La mise en place d’un pôle
...en théorie !
26
d’orienter l’activité économique à Comment articuler l’implication mais les développer pour répondre
travers son financement, mais éga- des acteurs au plus près du terrain aux besoins (par exemple la transi-
lement de structurer de nombreux et le maintien d’une cohérence à tion énergétique…), et surtout ren-
aspects de la vie sociale. La ques- une échelle plus large ? Il ne s’agit forcer leur efficacité en les mettant
tion de son contrôle par la société, pas simplement d’un transfert de en réseau dans le cadre d’un pôle fi-
c’est-à-dire par les citoyens ou leurs la propriété du capital des banques nancier public et en améliorant leur
représentants, se pose donc. L’his- mais d’une profonde restructu- contrôle social par une présence
toire nous montre d’ailleurs qu’il y ration de leur organisation pour accrue des différents acteurs éco-
a toujours eu conflit entre la puis- laquelle il conviendra de tirer les nomiques et sociaux dans leurs or-
sance publique et le secteur privé à leçons des nationalisations anté- ganes dirigeants. La création de la
ce propos, avec des résultats fonc- rieures qui n’ont modifié ni leurs Banque publique d’investissement
tion de l’évolution des rapports de objectifs, ni leur fonctionnement. (BPI) constitue un premier pas en
force. Aujourd’hui, nous sommes ce sens mais il faut aller plus loin.
dans une situation où le pouvoir Plusieurs mesures peuvent néan-
monétaire est largement entre les moins être prises à court terme, qui ÎÎ Mieux encadrer, orienter et
mains d’acteurs privés. Le bien permettraient de reprendre la main contrôler l’activité des banques
public qu’est la monnaie se trouve sur la création monétaire et de pré- En créant la monnaie, les banques
ainsi de fait en grande partie pri- parer une future socialisation : remplissent de fait une mission
vatisé, ce qui n’est bien sûr pas sans d’intérêt général. Cela justifie qu’en
rapport avec le contexte néolibéral ÎÎ Conforter et élargir le secteur contrepartie, l’État leur impose des
qui domine depuis une quarantaine bancaire public contraintes particulières quant à
d’années. Il existe encore, en France comme la façon dont elles exercent cette
dans d’autres pays, des établisse- mission. Il ne s’agit pas seulement
Reprendre la maîtrise du pouvoir ments bancaires et financiers pu- de leur demander de respecter des
monétaire suppose de remettre blics dont la recherche du profit règles prudentielles (cf. 2.1.2) qui
sous contrôle social les acteurs qui n’est pas l’objectif principal, même visent d’abord à les protéger contre
le détiennent, à savoir les banques si la libéralisation de l’économie a leurs propres errements, mais de
commerciales et les banques cen- influé sur leur fonctionnement. Ils leur interdire certaines opéra-
trales, mais aussi de redéfinir les permettent de financer des investis- tions, pratiques et produits jugés
objectifs et les moyens de la poli- sements (infrastructures, logement néfastes pour leurs clients ou dan-
tique monétaire. social…) qui relèvent de l’intérêt gereux pour la stabilité financière
général et que les banques privées de l’économie (trading haute-fré-
ne peuvent prendre en charge. Il quence, titrisation, produits déri-
2.4.1 – SOCIALISER LE faut non seulement les préserver vés, crédits toxiques…), et surtout
SECTEUR BANCAIRE
27
de les contraindre à orienter une que les pouvoirs publics intervien- 2.4.2 – REVENIR SUR
partie de leurs crédits vers les ob- dront toujours pour les empêcher L’INDÉPENDANCE DES
jectifs définis par les pouvoirs pu- de faire faillite (cf. aussi 3.3.4). En BANQUES CENTRALES
blics. Comme ce fut le cas dans le développant leurs activités sur les
passé, elles devraient ainsi se voir marchés financiers, elles utilisent Cette mesure permettrait de
obligées de détenir un minimum ces privilèges pour mener des opé- rompre le lien incestueux qui s’est
de titres de la dette publique ou rations qui non seulement ne sont créé entre les banques centrales et
d’affecter une partie de leurs prêts pas indispensables mais font peser les marchés financiers et dont la no-
à des secteurs ou projets reconnus des risques démesurés sur ce qui mination de Mario Draghi, ancien
comme prioritaires. Cet encadre- constitue leur raison d’être, le fi- responsable de Goldman Sachs, à la
ment de leur stratégie de crédit nancement de l’économie. Il faut tête de la BCE a été un révélateur
devrait s’accompagner d’une modi- donc séparer structurellement (et éclatant. Dépourvues de légitimité
fication de la composition de leurs non de façon symbolique comme politique ou sociale, les banques
conseils d’administration afin qu’à l’a fait la France) les activités de centrales ont en effet besoin de l’ap-
côté des actionnaires puissent y banque commerciale des activités pui des marchés pour asseoir leur
siéger des représentants des sala- de banque d’affaires et de marché. crédibilité, ce qui confère à ces der-
riés et des usagers ainsi que des élus niers une capacité redoutable à in-
politiques. Ainsi seules les premières relève- fluer sur les objectifs et les décisions
ront de la création monétaire et de des politiques monétaires.
ÎÎ Séparer les activités de dépôt la garantie publique, tandis que les
des activités de marchés secondes (dont il faudra bien sûr Supprimer leur indépendance re-
Le rôle essentiel et indispensable renforcer la réglementation et en viendrait à les remettre à la place
des banques consiste à octroyer interdire certaines) s’exerceront qu’elles n’auraient jamais dû quitter,
des crédits, à collecter des dépôts aux risques et périls de leurs seuls celle d’un instrument au service de
et à gérer les moyens de paiement. actionnaires. Cette séparation sera l’ensemble de la société. Cela per-
C’est dans ce cadre qu’elles créent aussi un moyen de réduire la taille mettrait aux autorités politiques
la monnaie, en s’appuyant sur des banques et de diminuer ainsi élues de retrouver la maîtrise de
leur accès au refinancement de la leur pouvoir politique et leur capa- la politique monétaire, facilitant
banque centrale, et qu’elles béné- cité de nuisance. sa coordination avec les autres
ficient de surcroît de la garantie outils de politique économique et
28
notamment avec la politique bud- que si l’on conçoit la politique mo- aux politiques environnementales
gétaire. Le débat sur la politique nétaire autrement, tant au niveau pourront ainsi bénéficier de taux
monétaire cesserait ainsi d’être de ses objectifs que de ses mé- faibles, voire nuls, tandis que ceux
confisqué, ou réservé à quelques thodes. Sans exclure la stabilité des destinés à financer des projets inu-
technocrates, et réintégrerait natu- prix, ses objectifs doivent viser un tiles, des opérations purement fi-
rellement le débat politique. financement durable d’une activité nancières ou la spéculation seront
économique à même de répondre pénalisés par des taux élevés, voire
Ce retour sous contrôle public de- aux besoins des populations, de prohibitifs.
vrait toutefois être élargi à un réel créer des emplois stables et bien
contrôle social permettant aux rémunérés et de faire face aux défis De même, les taux des réserves
différents acteurs économiques environnementaux. Mais l’essentiel obligatoires imposées aux banques
et sociaux de participer aux déci- est que ces objectifs et leur priorisa- devraient être différenciés selon le
sions monétaires et de construire tion soient issus d’un véritable dé- type de dépôts que celles-ci col-
ensemble l’intérêt général auquel bat public qui les légitime. lectent ou de crédits qu’elles ac-
celles-ci devraient répondre. Cela cordent. Les banques centrales
est d’autant plus nécessaire que, Dans le cadre des objectifs ain- devraient enfin pouvoir prêter
pour être efficace, la politique mo- si définis, les banques centrales directement aux collectivités pu-
nétaire doit inscrire son action dans doivent utiliser leur pouvoir pour bliques à des taux modérés, mettant
une perspective à moyen terme et orienter directement le finance- ainsi directement leur création mo-
pouvoir s’appuyer sur une crédibi- ment de l’économie. Pour ce faire, nétaire au service du financement
lité qui, à défaut d’être garantie par elles doivent refinancer les banques de projets d’intérêt général.
les marchés, dépend de sa légitimité de façon sélective en modulant
politique et sociale. les taux d’intérêt qu’elles leurs im- Cette intervention directe des
posent en fonction de la nature des banques centrales dans le finance-
créances que celles-ci apportent ment de l’économie rend d’autant
2.4.3 – UNE AUTRE en garantie. Les crédits affectés plus nécessaire l’ouverture de leurs
CONCEPTION DE LA aux investissement socialement instances aux représentants des dif-
POLITIQUE MONÉTAIRE utiles, à la promotion de l’emploi férents acteurs sociaux afin que les
et de la formation des salariés, au critères retenus et les choix opérés
Remettre en cause l’indépendance développement harmonieux des répondent aux priorités définies
des banques centrales n’a de sens territoires, aux services publics ou collectivement dans la société.
PRÊT 2% PRÊT 0%
Formation, embauche
mesures environnement,
recherche et développement, etc...
E2
NQU
BA €
PRÊT 12% PRÊT 10%
Versement important de
dividendes, licenciements
sans raison, etc...
La modulation du crédit est une technique permettant de modifier le taux auquel les banques se financent auprès de
la Banque centrale européenne en fonction de ce qu’elles font de cet argent. S’il sert à investir dans le développement
durable de l’entreprise alors le taux peut être baissé. S’il sert, au contraitre, à investir dans le paiement de dividendes aux
actionnaires ou à licencier sans aucune raison, alors le taux peut être majoré. Les banques sont ainsi naturellement
incitées à financcer l’économie réelle plutôt que la spéculation.
29
03 MONNAIE
ET FINANCE :
QUELS RAPPORTS ?
L
a monnaie est un actif fi- qui ont des besoins d’argent (les des acteurs financiers majeurs que
nancier dont la caractéris- entreprises et les États ou collec- demeurent les banques.
tique est d’être totalement tivités publiques). En orientant
liquide, c’est-à-dire immé- ainsi l’épargne des uns vers les pro-
diatement utilisable comme moyen
de paiement. Mais nous avons vu
jets d’investissement des autres,
ils contribuent au financement de 3.1 – Les
que cette propriété n’opère pas une
séparation rigoureuse avec certains
l’économie en complément, voire
parfois en substitution, du crédit marchés de
autres actifs financiers.
30
exemple) organise la confrontation ÎÎ le marché monétaire au sens Ces marchés eux-mêmes sont
des ordres d’achat et de vente, as- large, dit aussi marché des titres scindés en deux compartiments :
sure le respect d’un certain nombre de créances négociables (TCN), le marché primaire (« marché du
de règles et publie les prix et les qui est ouvert à tous les agents éco- neuf ») où sont émis et souscrits les
volumes des transactions réalisées. nomiques (banques, assurances, titres nouveaux, et le marché secon-
Les échanges s’y font sur des pro- gestionnaires de fonds, État, en- daire (« marché de l’occasion ») où
duits standardisés et une chambre treprises) et leur permet de col- sont échangés les titres déjà émis.
de compensation assure la bonne lecter ou de placer des ressources C’est sur le marché secondaire que
fin des engagements. Les marchés pour des durées allant du très la confrontation de l’offre et de la
organisés sont souvent aussi des court terme (24h) au moyen terme demande définit le niveau des taux
marchés réglementés, ce qui si- (7 ans). d’intérêt à long terme. Ce sont des
gnifie qu’ils fonctionnent sous le marchés réglementés.
contrôle d’une autorité de régula-
tion (en France l’AMF, l’Autorité 3.1.2 – LE MARCHÉ
des marchés financiers) dont ils ap- FINANCIER 3.1.3 – LE MARCHÉ DES
pliquent la réglementation. CHANGES
C’est le marché des capitaux à long
Dans un marché de gré à gré, dit terme, que l’on appelle communé- Ce marché, sur lequel sont échan-
aussi OTC (over the counter), ment la bourse. Il comprend deux gées les monnaies des différents
l’acheteur et le vendeur sont en marchés distincts : pays, est un marché des capitaux
relation directe et négocient eux- ÎÎ le marché des actions où sont planétaire car il n’y en a qu’un seul
mêmes les termes de la transac- émises et échangées les actions, dans le monde. C’est de loin le mar-
tion. Plus souples, souvent moins c’est-à-dire les parts de capital des ché financier le plus important.
onéreux, ces marchés sont moins sociétés cotées. Chaque jour, 5 100 milliards de dol-
réglementés et moins contrôlés et ÎÎ le marché obligataire où sont lars s’y échangent, soit l’équivalent
les transactions y sont moins trans- émises et échangées les obligations, de deux fois la richesse annuelle
parentes. Mais ils sont exposés aux c’est-à-dire les titres représentatifs (PIB) produite en France. Entiè-
risques de contrepartie (faillite de des emprunts des entreprises ou rement dématérialisé et décentra-
l’acheteur ou du vendeur) et de des collectivités publiques. lisé, il fonctionne 24h/24 et n’est
règlement-livraison (l’acheteur ne
paie pas ou le vendeur ne livre pas
les titres).
ACTIONS
542%
C’est le marché de l’argent à court OBLIGATIONS ET
terme. Il regroupe en fait deux TITRES DE CRÉANCE NÉGOCIABLES 515%
10000
marchés : xx% TOTAL EN POURCENTAGE DU PIB
31
UN MARCHÉ DES CHANGES DE PLUS EN PLUS DÉCONNECTÉ
DE L’ACTIVITÉ PRODUCTIVE ET DU COMMERCE X 68
PROGRESSION ENTRE 1975 ET 2015
X 7,6 X 12
PIB MONDIAL MONTANT ANNUEL DES MONTANT QUOTIDIEN
EXPORTATIONS MONDIALES DES TRANSACTIONS
SUR LE MARCHÉ DES CHANGES
rattaché à aucune place financière Il existe aussi les swaps qui sont des levier), avec à la clef de grandes
particulière, même s’il est dominé contrats d’échange de flux finan- perspectives de profits mais aussi
par la City de Londres qui accueille ciers conclus essentiellement entre des risques de pertes considérables.
un tiers des opérations (3 % seule- banques, y compris entre banques
ment pour la France). C’est essen- centrales. Ce marché a donc littéralement ex-
tiellement un marché interbancaire plosé et si la crise l’a provisoirement
et de gré à gré. Il est extrêmement Tous les actifs financiers (actions, ralenti, il a depuis progressé encore
concentré : 80 % des transactions obligations, devises, taux, indices de 20 %. Quasi inexistant en 1990,
sont effectuées par 40 banques opé- boursiers…) peuvent servir de sup- la valeur notionnelle des produits
rant à partir de 8 principales places port à des produits dérivés. Initia- dérivés, c’est-à-dire la valeur des
financières. lement, l’objectif était de permettre actifs sur lesquels ils reposent, est
aux acteurs économiques de se pro- estimée aujourd’hui entre 710 000
téger contre certains risques (évolu- milliards et 1 200 000 milliards de
3.1.4 – LE MARCHÉ DES tion des taux de change ou des taux dollars, soit entre 9 et 16 fois le PIB
PRODUITS DÉRIVÉS d’intérêt). Un exportateur peut, par mondial. Destinés à l’origine à se
exemple, vouloir se prémunir d’une prémunir contre des risques, les
Au contraire des marchés au comp- baisse du cours du dollar alors qu’il produits dérivés sont aujourd’hui
tant, sur lesquels le dénouement sait qu’il va recevoir un paiement un facteur de risque systémique
des opérations (paiement et livrai- dans cette monnaie dans trois mois. majeur compte tenu de leurs effets
son des titres) est concomitant de Pour cela, il va conclure un contrat déstabilisateurs sur les marchés
la conclusion de la transaction, les pour vendre dans trois mois ces dont on a vu les conséquences éco-
marchés de produits dérivés sont dollars, à un cours déterminé au- nomiques et sociales lors de la crise
des marchés à terme, c’est-à-dire jourd’hui, à un acheteur qui fait le financière de 2008. Un expert en la
des marchés sur lesquels les ache- pari inverse. Ou bien il va acquérir matière, Warren Buffet, les qualifie
teurs et les vendeurs s’engagent sur une option lui ouvrant le droit de d’ailleurs d’« armes de destruction
une transaction qui aura lieu dans vendre ces dollars à un cours don- massive ».
le futur. Plus précisément, ce qui né si le taux du marché descend
s’échange sur ces marchés, ce sont au-dessous.
des contrats portant sur des actifs
financiers dénommés sous-jacents. Reposant par nature sur un pari, 3.2 – Une
On distingue deux grands types de
contrats : les futures qui consti-
les produits dérivés sont devenus,
l’imagination des financiers et la économie
tuent un engagement ferme des
technologie aidant, les instruments
privilégiés de la spéculation, d’au- de marchés
deux parties à réaliser l’opération à
la date convenue et les options où
tant que la grande majorité de ces
contrats sont négociés de gré à financiers
l’acheteur acquiert le droit, et non
l’obligation, d’acheter ou de vendre
un titre dans le délai convenu (le-
gré, hors de tout contrôle et dans
l’opacité la plus totale. Leur inté-
rêt est, en effet, de nécessiter une
libéralisée
ver l’option) moyennant paiement mise de fonds modeste par rapport L’explosion des marchés financiers
d’une prime au vendeur de l’option. aux montants manipulés (effet de n’est pas le fruit du hasard ou d’une
(suite page 34)
32
LES TRADERS REMPLACÉS PAR DES
ORDINATEURS
Vous pensez qu’il s’agit de science fiction ? Détrompez- en 2010 faisant perdre près de 10 % à la bourse de New-
vous. Aux États-Unis, le courtage à haute-fréquence York en quelques minutes seulement.
ou flash-trading (achat et vente d’actions par des
ordinateurs) représente près de 60 % des échanges Si cette technique peut s’avérer très lucrative pour
sur les places de marchés. Pourquoi le terme de ses utilisateurs, elle accroît la volatilité des marchés,
« haute fréquence » ? Parce qu’il s’agit d’acheter et de favorisant en outre leur manipulation et les crash
vendre des actions le plus rapidement possible. Il suffit informatiques. Mais surtout, elle n’a aucune utilité
de quelques microsecondes pour un achat ou une sociale, stérilisant au contraire des ressources
vente. Toutes ces opérations sont effectuées par des financières qui seraient mieux employées ailleurs. La
ordinateurs sans intervention humaine autre que la CGT condamne ce type de pratique et demande son
programmation du logiciel. interdiction.
Exemple de pratique, un ordinateur peut être KRACH ÉCLAIR DU 6 MAI 2010 // INDICE DOW JONES
NIVEAU DE CLOTURE DE LA VEILLE 10.868 POINTS
programmé pour comparer le prix d’une même action
entre deux places boursières et jouer sur le faible écart CLÔTURE
10.520 POINTS
de prix qui peut exister entre les deux. Un achat et une 10.600 -3,2%
revente en un éclair et la plus-value est empochée. LE 6 MAI 2010, LES ORDINATEURS
CHARGÉS DU TRADING À HAUTE
Merci la technologie ! Il ne s’agit dès lors plus du tout 10.400 FRÉQUENCE PROVOQUENT UN
KRACH BOURSIER ÉCLAIR
d’acheter une action pour investir dans une entreprise ENTRAINANT UNE CHUTE BRUTALE
mais de développer des algorithmes informatiques 10.200 EN QUELQUES MINUTES SEULEMENT.
33
POIDS DES DIFFÉRENTS MARCHÉS DANS L’ÉCONOMIE MONDIALE (2015)
CHAQUE CARRÉ ÉQUIVAUT À 1000 MILLIARDS DE DOLLARS.
PIÈCES ET
BILLETS (*)
évolution naturelle de l’économie. 4e D : dématérialisation. Sous des plutôt que par des crédits bancaires.
Elle résulte très directement de dé- modalités et à des rythmes diffé- C’était censé leur coûter moins cher
cisions politiques et s’inscrit dans rents, ces réformes ont touché tous et leur donner plus de liberté.
la vague néolibérale qui, en sacrali- les pays industrialisés.
sant le rôle du marché, a profondé- ÎÎ Décloisonnement : cela consis-
ment transformé l’organisation et le ÎÎ Déréglementation : c’est la sup- tait à unifier l’ensemble des marchés
fonctionnement de nos économies. pression de l’encadrement du crédit de capitaux, tant au niveau national
Conjuguée aux évolutions techno- (1987 en France), du contrôle des qu’international, afin de permettre
logiques, cette révolution libérale changes et de toute restriction aux une confrontation globale de l’offre
a conduit à la domination d’une mouvements de capitaux (1989), et de la demande de capitaux qui,
sphère financière hypertrophiée, mais aussi des prêts bonifiés (1985) selon les économistes libéraux, de-
déconnectée de l’économie réelle qui permettaient aux pouvoirs pu- vait favoriser leur allocation opti-
et guidée par la seule recherche blics d’imposer des taux d’intérêt male. On a donc supprimé les sépa-
du profit à court terme. Le rôle des inférieurs aux conditions du mar- rations existant entre les marchés à
banques et de la monnaie s’en est ché. Ces mesures visaient à sti- court terme et à long terme ou entre
trouvé également modifié. muler la concurrence au sein du les marchés en monnaie nationale
secteur financier, voire à favoriser et en devises (interconnexion des
l’apparition de nouveaux acteurs. places financières favorisée par
3.2.1 – LES RÉFORMES Ce mouvement a profité également les évolutions technologiques), de
FINANCIÈRES DES de la privatisation des banques et même que la distinction entre les
ANNÉES 1980 institutions financières (1986). banques de dépôt et banques d’af-
faire ou d’investissement.
Ces réformes ont été synthétisées ÎÎ Désintermédiation : il s’agissait
par les économistes à travers l’ex- de permettre aux entreprises d’ac- ÎÎ Dématérialisation : ce terme fait
pression 3 D : déréglementation, céder directement aux marchés référence aux nouvelles technolo-
désintermédiation, décloisonne- financiers, c’est-à-dire de pouvoir gies de l’information qui ont émer-
ment. Certains y ajoutent même un se financer par l’émission de titres gé à cette époque et qui ont à la fois
34
amplifié l’impact des mesures de entreprises (la situation était très s’adresse à sa banque, celle-ci la
libération et profité de ce nouveau différente aux États-Unis mais si- connaît et leurs relations s’ins-
contexte pour stimuler les innova- milaire dans la plupart des autres crivent souvent dans la durée. La
tions financières. pays européens), la proportion s’est banque est en capacité d’apprécier
aujourd’hui inversée au profit du la réalité de ses besoins et d’analy-
On est ainsi passé d’une économie marché. Et tel était bien l’objectif ser ses projets en les situant dans
d’endettement administrée, où le recherché. Plus précisément, si l’on leur environnement géographique
financement de l’activité écono- tient compte des crédits que les en- et sectoriel et dans une perspective
mique passe principalement par les treprises se font entre elles (25 % à moyen terme. Sur le marché, les
banques, et donc notamment par de leur financement), le recours au investisseurs ne connaissent l’entre-
la création monétaire, avec un fort marché représente désormais 65 % prise qu’au travers de son analyse
contrôle public, à une économie de de leurs ressources financières to- financière et de la cotation que lui
marchés financiers libéralisée où il tales et le crédit bancaire 10% accordent les agences de notation.
repose essentiellement sur les mar- seulement.
chés et où il est donc tributaire des Ce qui leur importe ce n’est pas tant
exigences des rentiers. Bien évidemment, ce constat est à la pertinence de sa stratégie ou ses
nuancer selon la taille des entre- liens avec son territoire que la ren-
prises, les plus grandes utilisant de tabilité à court terme du placement
3.2.2 – FINANCEMENT plus en plus le marché tandis que les qu’ils vont effectuer. L’entreprise
DES ENTREPRISES : DU plus petites continuent à dépendre devient moins un lieu de produc-
CRÉDIT AU MARCHÉ principalement des banques. tion de richesses qu’un actif finan-
cier à valoriser, quitte d’ailleurs à
Si à la fin des années 1970, le Cette substitution d’une source la déstructurer et à en vendre des
crédit bancaire représentait en de financement par une autre n’est morceaux si tel est l’intérêt immé-
France 80 % du financement des pas neutre. Lorsqu’une entreprise diat des actionnaires.
25 %
1E GUERRE
20 % MONDIALE
PANIQUE
15 % DE 1907
10 %
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3.2.3 – DETTE PUBLIQUE : Constitué d’un ensemble d’établis- organismes et administrations
LE RECOURS OBLIGÉ AU sements bancaires et financiers publiques (collectivités locales,
MARCHÉ sous tutelle publique et du réseau comptes chèques postaux…), le
des comptables publics, qui gé- Trésor fonctionnait comme une vé-
Cette évolution n’a pas épargné le raient les trésoreries de nombreux ritable banque. Dans la mesure où
financement de l’État. En France,
les décisions prises en la matière y
ont même joué un rôle moteur.
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circuit monétaire.
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20
TITRISATION : UNE MACHINE INFERNALE
La titrisation consiste à transformer une créance en titre du financement de certains de leurs crédits, elle leur
négociable sur un marché. Concrètement, lorsqu’une permet aussi de sortir de leur bilan certains risques
banque veut titriser des créances qu’elle détient sur qui sont alors portés par les investisseurs (autres
ses clients, elle les vend à une société créée pour banques, particuliers, fonds de pensions…) qui en
l’occasion (fonds commun de titrisation), laquelle va ignorent la nature exacte. Plus qu’une répartition des
financer cet achat en émettant des obligations sur risques, il s’agit de leur dispersion aveugle qui fragilise
le marché. Celles-ci seront adossées sur les créances l’ensemble du système financier. La titrisation accroît
qui auront été préalablement découpées en tranches même les risques car les banques, ne portant plus sur
puis regroupées en lots de façon à mélanger les leur durée les crédits qu’elles consentent, sont enclines
actifs plus et moins risqués au sein d’un produit à être moins regardantes quant à la qualité de leurs
financier assorti d’une évaluation par une agence débiteurs. C’est ce qu’a montré la crise de 2008 dont
de notation. L’acquéreur de ces obligations devient l’origine réside précisément dans la titrisation de crédits
ainsi propriétaire d’une fraction des créances dont il immobiliers très risqués (subprimes). Refusant de tirer
perçoit une partie des intérêts, mais il n’en connaît les leçons de cette crise, la Commission européenne
le risque qu’à travers leur notation. Introduite aux veut pourtant relancer cette technique, sous une forme
États-Unis dans les années 70, cette technique visait à soi-disant simple, transparente et standardisée au
l’origine à permettre aux banques de refinancer sur le prétexte d’améliorer le financement des PME. Il s’agit
marché leurs créances hypothécaires et à reconstituer en fait de répondre à la cupidité de banques accro à
ainsi leur capacité de prêts à long terme. Elle s’est ce qu’un financier a qualifié de « crack de cocaïne de
depuis étendue à tous les types de créances et s’est l’industrie financière », quitte à mettre en péril la stabilité
beaucoup complexifiée. En déchargeant les banques de l’ensemble du système.
36
ses dépenses (paiement des fonc- Aujourd’hui, la quasi-totalité de et de titres à long terme (jusqu’à
tionnaires, des fournisseurs…) la dette publique est placée sur le 50 ans) qui en représentent l’essen-
aboutissaient à créditer des comptes marché. Elle est constituée de titres tiel, les obligations assimilables du
dont il assurait lui-même la gestion, à très court terme (moins d’un an), Trésor (OAT). L’État n’est pas seul
il créait directement de la monnaie. les bons du Trésor à taux fixe et à à faire ainsi appel aux marchés. De
intérêts précomptés (BTF), de titres plus en plus de collectivités locales
S’il permettait à l’État de se procu- à moyen terme (2 à 5 ans), les bons (Régions, grandes villes…) y re-
rer des ressources à bon compte, du Trésor à intérêt annuel (BTAN), courent également.
ce système n’était guère compatible
avec les idées libérales qui com-
mençaient à s’imposer, ni avec la
doctrine monétariste qui le consi-
dérait comme inflationniste. Dès
1967, les banques ont donc été li- PArt de la dette française detenue
bérées de l’obligation de détenir par des non-résidents
de la dette publique, même si elles Source : Banque de France
80%
continuèrent à en acquérir car ces
titres, outre leur sécurité, avaient 70%
l’avantage d’être un support utile
pour leur refinancement auprès de 60%
la Banque de France.
50%
Quant au réseau du Trésor, il fut
progressivement démantelé, ce qui 40%
contraignit l’État à se tourner vers 30%
les marchés financiers pour se fi-
nancer. Et c’est précisément pour fa- 20%
ciliter la gestion de la dette publique
dans ce nouveau contexte qu’un 10%
certain nombre des réformes évo- 0%
quées ci-dessus ont été introduites.
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Ce que l’on appelle LBO (« leveraged buy out », soit objectif n’est pas, en effet, de la développer mais
en français « rachat d’entreprise par effet de levier » d’en tirer le maximum de profit à court terme, en
ou, plus concrètement « rachat d’entreprise à crédit ») ponctionnant ses bénéfices (versement de dividendes)
constitue une illustration de la financiarisation des et en la restructurant (réduction d’effectifs, cessions
entreprises et de ses effets. Il s’agit d’une opération partielles...) afin de la valoriser au mieux pour la céder
financière consistant pour un investisseur, souvent à un autre prédateur. Les entreprises concernées, qui
un fonds d’investissement, à acquérir une entreprise sont des PME rentables, connaissent ainsi souvent une
en recourant principalement à l’emprunt (souvent succession de rachats dont les effets sont destructeurs
à hauteur de 75 à 90 % du prix d’acquisition) via pour leur pérennité (absence d’investissements), pour
une société holding. C’est le « levier d’endettement », les salariés (licenciements, précarisation, dégradation
qui minimise le capital à engager par l’acquéreur. des conditions de travail…) mais aussi pour les finances
Le coût de l’emprunt étant prélevé sur les résultats publiques dans la mesure où les intérêts d’emprunt
de l’entreprise, cette technique permet au nouveau sont déductibles de l’impôt sur les sociétés (« levier
propriétaire d’obtenir une rentabilité financière fiscal »). Un temps ralenties par la crise financière, les
maximum pour une mise de fond minimum. Il peut opérations de LBO sont à nouveau en pleine expansion,
même dégager une forte plus-value en revendant favorisée par l’abondance des liquidités créées par les
rapidement l’entreprise à un autre investisseur. Son banques centrales et la faiblesse des taux d’intérêt.
37
Cette situation a pour effet de financement, les intérêts payés sur 98,4 % du PIB). Mais les richesses
mettre ces collectivités publiques la dette oscillent entre 40 et 50 mil- ainsi ponctionnées ne sont pas per-
sous la dépendance de leurs créan- liards d’euros par an pendant la dé- dues pour tout le monde. Elles pro-
ciers, lesquels sont alors en capacité cennie 2000. Selon le Collectif pour fitent bien sûr à ceux qui peuvent
de leur imposer leurs propres cri- un audit citoyen de la dette, si l’État, acheter des titres publics et qui sont
tères comme en témoigne le rôle au lieu de se financer depuis 30 ans souvent ceux-là mêmes dont les
joué par les agences de notation et, sur les marchés financiers, avait re- baisses d’impôts ont accru les ca-
de façon plus dramatique, la situa- couru à des emprunts directement pacités financières en même temps
tion de la Grèce. Cela a aussi pour auprès des ménages ou des banques qu’elles creusaient les déficits pu-
conséquence de renchérir le coût à un taux d’intérêt réel de 2 %, la blics et gonflaient la dette.
des ressources financières obtenues. dette publique serait aujourd’hui
Alors que les intérêts sur la dette inférieure de 29 points de PIB (soit
publique étaient quasiment nuls 589 milliards d’euros) à son niveau 3.2.4 – LE SYSTÈME
dans le mécanisme administré de actuel (2 170 milliards d’euros, MONÉTAIRE
INTERNATIONAL LIVRÉ
AUX MARCHÉS
85
90
95
00
05
10
15
19
19
19
19
20
20
20
20
38
exchange standard) et créèrent une pour ce pays un atout considé- engranger dans leurs réserves des
nouvelle institution de régulation, rable. Cela supprime en effet toute dollars dont la valeur diminuait et
le Fonds monétaire international. contrainte d’équilibre de sa balance de plus en plus préoccupées par les
des paiement puisqu’il peut régler risques inflationnistes et spéculatifs
Dans ce nouveau régime, l’or de- ses dépenses à l’étranger par une de ces liquidités surabondantes.
meure à la base du système mo- simple émission de dollars supplé-
nétaire international mais seul le mentaires. Cette situation a permis Plusieurs pays, dont la France, de-
dollar est défini par sa valeur en or de financer les investissements in- mandèrent alors la conversion en
(35 dollars l’once), le taux de change ternationaux des grandes firmes or d’une partie de leurs réserves
des autres monnaies étant établi américaines ainsi que l’expansion en dollars. Confrontés à l’amenui-
par rapport au dollar. Ces taux de des dépenses militaires (guerre sement de leur stock d’or, puis à la
change sont fixes mais ajustables, du Vietnam). Mais elle a abouti à décision de la Bundesbank de sor-
chaque pays gardant la possibilité une accumulation de dollars hors tir du système de Bretton Woods
de modifier le cours de sa devise des États-Unis (euro-dollars) qui en laissant flotter le deutschemark,
avec l’accord de ses partenaires. Le finit par inquiéter les banques cen- les États-Unis suspendirent en 1971
dollar devient donc la monnaie in- trales des autres pays, réticentes à toute convertibilité du dollar en or.
ternationale, reconnue et utilisée (suite page 42)
par tous à la fois comme moyen de
règlement et comme instrument de
réserve. Les États-Unis s’engagent
néanmoins à rembourser en or les Valeur du dollar pour 1 euro
dollars que lui présenteraient les
banques centrales des autres pays. 1,6
04
06
08
10
12
14
20 6
17
1
20
20
20
20
20
20
20
20
39
DES INSTITUTIONS POUR METTRE EN ŒUVRE LA
STRATÉGIE NÉOLIBÉRALE
Les accords de Bretton Woods ont créé deux nouvelles leurs conséquences dramatiques, ce sont les mêmes
institutions, le Fonds monétaire international (FMI) recettes qu’il a appliquées en Asie puis dans les pays
et la Banque mondiale (BM), qui se sont ajoutées à de l’Est et enfin en Europe lorsque les dirigeants de
la Banque des règlements internationaux (BRI) déjà l’UE lui demandèrent de cautionner les programmes
existante. d’austérité qu’ils imposaient à certains pays membres
pour les « aider » à résorber leur dette. Les ressources
Le FMI, qui regroupe aujourd’hui 189 pays, avait du FMI sont constituées par les contributions des
à l’origine pour mission de garantir la stabilité pays membres (les quotes-parts, calculées selon le
du système monétaire international en veillant poids économique et géopolitique de chacun et dont
notamment au respect de la stabilité des taux de le montant total s’élève aujourd’hui à 650 milliards
change. Pour ce faire, il pouvait intervenir lorsqu’un de dollars) et par l’émission d’une sorte de monnaie
pays connaissait un déséquilibre de sa balance des internationale, le droit de tirage spécial (DTS), dont
paiements en lui accordant crédits et conseils. C’était le volume avoisine 283 milliards de dollars. Il peut
l’ébauche d’une autorité de régulation mondiale également contracter des emprunts auprès des pays
même si le projet de Keynes, plus radical, de création membres dans le cadre d’accords qui lui ouvrent des
d’une véritable banque centrale mondiale et d’une compléments de ressources pouvant atteindre le
monnaie mondiale, le bankor, fut rejeté par les États- total des quotes-parts. Ces montants sont à mettre en
Unis dont il aurait menacé la suprématie. L’adoption relation avec les crédits actuellement engagés (120
des changes flottants a toutefois profondément milliards de dollars), dont les principaux « bénéficiaires »
modifié son rôle. Sollicité pour venir en aide aux pays sont le Portugal, la Grèce, l’Ukraine et l’Irlande.
en développement surendettés, notamment en
Amérique latine, il a conditionné ses prêts à l’adoption Les missions assignées à la Banque mondiale (189 pays
de purges néolibérales, les fameux programmes membres) étaient explicites dans sa dénomination
d’ajustement structurel. Fondé pour réguler les initiale, Banque internationale de reconstruction
marchés dont on connaissait les insuffisances et et de développement. Après avoir soutenu par ses
les risques depuis la crise de 1929, il en devint alors prêts la reconstruction de l’Europe et du Japon, elle
l’ardent promoteur. Malgré leur échec patent et s’est intéressée aux pays venant d’accéder à leur
indépendance, auxquels elle a prodigué concours
financiers, assistance technique et conseils politiques.
Droits de vote au FMI Une complémentarité s’est ainsi établie avec
Les grandes décisions doivent être prises à au moins l’action du FMI sur la base d’une convergence des
85% des voix, ce qui confère un droit de véto aux États-Unis politiques économiques que les deux institutions
imposaient aux pays « bénéficiant » de leur
aide, en cohérence avec l’action menée sur
AUTRES PAYS ÉTATS-UNIS le terrain par le Trésor américain. Connu sous
35,9% 17,7%
l’appellation de consensus de Washington, ce
programme préconisait une stricte discipline
budgétaire, la baisse des dépenses publiques,
la privatisation des services et entreprises
publiques, la libéralisation des échanges et la
déréglementation des marchés. Si la lutte
contre la pauvreté et le développement
RUSSIE
2,5% durable constituent aujourd’hui les
objectifs de la Banque mondiale,
CHINE UNION 31,9% les moyens qu’elle propose pour
4% EUROPÉENNE les atteindre renvoient toujours
AUTRES PAYS ALLEMAGNE : 6,1% à la boîte-à-outils néolibérale.
OCCIDENTAUX FRANCE : 4,5% La Banque mondiale regroupe
3,6% ROYAUME-UNI : 4,5% en fait 5 filiales : la BIRD
JAPON PAYS HORS-UE ITALIE : 3,3%
6,6% 3,6%
40
(Banque internationale pour la reconstruction et le Si le premier objectif est rapidement devenu obsolète,
développement), l’IDA (Association internationale le second pouvait paraître faire double emploi avec
de développement), l’IFC (Société financière le FMI. L’acte final de la Conférence de Bretton Woods
internationale), la MIGA (Agence multilatérale de avait d’ailleurs préconisé la dissolution de la Banque des
garantie des investissements) et le CIRDI (Centre règlements internationaux. Elle a néanmoins subsisté
international pour le règlement des différends relatifs en devenant essentiellement un lieu de coopération
aux investissements). Les deux premières s’adressent monétaire et financière internationale. Elle permet ainsi
aux pouvoirs publics des pays en développement, aux banquiers centraux de confronter mensuellement
tandis que les trois autres visent à aider les entreprises leurs points de vue et leurs politiques. Mais elle joue
privées de ces pays. En 2016, le montant des prêts et aussi un rôle normatif via plusieurs comités. Le plus
garanties accordés par la Banque mondiale s’élevait connu est le Comité de Bâle pour le contrôle bancaire,
à 65 milliards de dollars, financés essentiellement par créé en 1974, qui est devenu l’instance internationale
recours aux marchés. où se construisent les règles prudentielles que doivent
respecter les banques. Elle héberge également le
La Banque des règlements internationaux est la plus Conseil de stabilité financière, créé par le G20 en 2009
ancienne des institutions financières internationales. (en remplacement du Forum de stabilité financière dont
Surnommée « la banque des banques centrales », c’est il élargit la composition et les prérogatives), qui a pour
une société anonyme dont le siège est à Bâle (Suisse) mission d’identifier les vulnérabilités du système financier
et dont les actionnaires sont les banques centrales mondial en coordonnant les travaux des autorités
de 60 pays. Fondée en 1930 pour gérer le paiement financières nationales et des organisations internationales
des réparations de guerre dues par l’Allemagne en élaborant des normes en matière financière. Enfin, la BRI
application du traité de Versailles de 1919, ses statuts collecte, centralise et analyse de nombreuses statistiques
lui attribuaient également pour mission « de faciliter la sur le système financier international.
coopération des banques centrales et de fournir des facilités
additionnelles pour les interventions internationales ».
EUROPE ET
ASIE CENTRALE
11,4
AMÉRIQUE LATINE
ET CARAÏBES
11,4
6,3 11,3
13,3
MOYEN-ORIENT ET
AFRIQUE DU NORD ASIE DU SUD
AFRIQUE
SUBSAHARIENNE
41
Bilan des banques françaises (1980/2015)
Source : Banque de France
3.3 – Les
ACTIFS (EN POURCENTAGE)
Divers
PASSIF (EN POURCENTAGE)
Divers
banques au
Valeurs immobilisées
Titres
Fonds propres
Titres
cœur de la
%
Crédits à la clientèle
Opérations interbancaires (net)
Dépôts de la clientèle
Opérations interbancaires (net) finance
100 3.3.1 – LE NOUVEAU
90 RÔLE DES BANQUES
80 On aurait pu penser que le dévelop-
pement des marchés se serait fait au
70 détriment des banques. En fait, il a
60 modifié leur rôle mais sans réduire
leur pouvoir, bien au contraire.
50
Certes, leur activité traditionnelle
40
de crédit et de dépôt a diminué.
30 Comme le montre le graphique
ci-dessus, les crédits ne repré-
20 sentent plus que 36 % de l’actif des
banques en 2015, contre 84 % en
10
1980. Sur la même période, les dé-
0 pôts sont revenus de 73 % à 37 %
1980 2000 2010 2015 1980 2000 2010 2015 de leur passif. Mais dans le même
temps, les banques ont développé
leur activité d’intermédiaires sur
les marchés financiers. Elles parti-
cipent désormais au financement
Après quelques années de tergiver- et le yuan plus récemment. Mais ce de l’économie autant par l’achat de
sations et de premiers accords sur nouveau rôle se heurte à une régu- titres, dont la part à l’actif de leur
le flottement des monnaies en 1973, lation qui reste nationale et cette bilan a été multipliée par 7, passant
les accords de la Jamaïque actent en contradiction devient d’autant plus de 5 % à 36 %, que par l’octroi de
1976 le flottement généralisé des flagrante que les mouvements de crédits. Parallèlement, leurs res-
grandes monnaies convertibles capitaux sont dans le même temps sources proviennent davantage de
entre elles. Leur taux de change est libéralisés, ce qui accroît l’instabili- l’émission de titres, qui sont passés
désormais déterminé librement sur té des marchés. de 6 % à 40 % de leur passif, que des
le marché des changes en fonction dépôts de leurs clients.
de l’offre et de la demande. C’est dans ce contexte, et pour
maintenir un minimum de ré- Cette évolution a eu pour effet de
La gestion de la liquidité interna- gulation au sein du nouvel ordre modifier les modalités de la créa-
tionale se trouve ainsi transférée monétaire international, qu’est ap- tion monétaire. Aujourd’hui, les
d’une autorité publique, la banque parue l’idée de rendre les banques banques créent de la monnaie non
centrale des États-Unis, aux acteurs centrales indépendantes des États. seulement à l’occasion de leurs opé-
privés qui animent les marchés, es- Plus en phase avec les préoccupa- rations de crédit (intermédiation
sentiellement les grandes banques tions des financiers qu’avec celles traditionnelle) mais également, et
internationales. des populations de leurs territoires, de plus en plus, en contrepartie de
elles étaient supposées constituer leurs achats de titres émis par les
Si le dollar demeure dominant, des interlocuteurs publics crédibles entreprises et les États (intermédia-
d’autres monnaies s’imposent au ni- face aux marchés et pouvoir ainsi tion de marché).
veau international, comme instru- en contenir les errements. La crise
ments de règlement et de réserve : financière de 2008 a montré l’effica- Or, si une partie des opérations
le yen, le deutschemark puis l’euro, cité d’une telle croyance ! sur titres contribue effectivement
42
au financement de l’économie, une du niveau de risque des actifs déte- en œuvre du nouveau cadre pruden-
part croissante relève de la spécula- nus par les banques. Ce qui paraît tiel applicable aux banques soulève
tion pure et simple. relever du bon sens traduit en fait la question de son adéquation au
une stratégie plus perverse. En ef- modèle de financement intermédié
La transformation du rôle des fet, pour limiter leurs besoins en dominant en Europe continentale. »
banques a ainsi pour conséquence fonds propres et maximiser leur (Revue de la Stabilité financière
d’alimenter la spéculation par une rentabilité, les banques vont être – avril 2015). Cette évolution est
création monétaire que les banques incitées à délaisser les actifs consi- d’ailleurs explicitement souhaitée
centrales contrôlent d’autant moins dérés comme les plus risqués (prêts par les autorités européennes. C’est
qu’elles se refusent à conditionner aux entreprises et tout particulière- dans cet esprit que la Commission
leur refinancement à l’usage qu’en ment aux PME) au profit de ceux européenne promeut son Union
font les banques. jugés peu risqués (titres publics ou des marchés de capitaux et soutient
de grandes entreprises). De leur le retour en grâce de la titrisation,
côté, les entreprises qui ne trouve- censée favoriser le financement des
3.3.2 – UNE ront pas réponse à leurs besoins au- PME (cf. 4.2.3).
RÉGLEMENTATION QUI près des banques, seront incitées à
FAVORISE LE RECOURS diversifier leurs sources de finance-
AU MARCHÉ ment et à se tourner davantage vers 3.3.3 – LES BANQUES DE
les marchés. L’OMBRE
La crise financière de 2008 a eu
pour effet de provoquer un mou- On voit dès lors se dessiner une La « banque de l’ombre » (shadow
vement de re-réglementation du tendance au développement accé- banking), ou « système bancaire
système bancaire dont l’objectif léré de l’intermédiation de marché, parallèle » désigne des institutions
était moins de le remettre au ser- conduisant vers le modèle de finan- qui participent au financement
vice de l’économie que de le proté- cement anglo-saxon où celle-ci pré- de l’économie, collectent et gèrent
ger contre ses propres errements. domine, au détriment du modèle des fonds sans être des banques.
Cela s’est traduit par de nouvelles prévalant jusqu’alors en Europe et On y trouve par exemple des or-
normes prudentielles (normes basé principalement sur l’intermé- ganismes de placement collectifs
dites Bâle 3 édictées par le Comité diation bancaire. Comme indiqué monétaires, des fonds d’investisse-
de Bâle et transposées en Europe avec euphémisme dans une revue ment, des fonds immobiliers, des
par la directive CRD4) qui obligent de la Banque de France : « La mise fonds spéculatifs (hedge funds),
notamment les banques à augmen- (suite page 46)
ter leur capital afin que leurs pertes
éventuelles puissent être épongées
par leurs actionnaires et non par les
contribuables.
ÉVOLUTION DU SHADOW BANKING en ZONE EURO
Même si le métier des banques Sources : Banque de France, Eurostat
consiste à prendre des risques, MILLIARDS D’EUROS
ceux-ci doivent naturellement être 25 000
maîtrisés et proportionnés à leur ACTIFS GÉRÉS PAR LE SHADOW BANKING
capacité à les assumer. De ce point PIB ZONE EURO
de vue, il était légitime qu’on leur 20 000
demande de renforcer leurs fonds
propres afin de limiter l’effet de
levier, c’est-à-dire leur capacité à 15 000
prendre un maximum de risques
avec un minimum de capital, qui
avait pour effet d’amplifier leurs 10 000
profits, mais aussi leurs pertes po-
tentielles. Mais les régulateurs n’en
sont pas restés là. Simple souci de 5 000
précision ou influence du lobby
bancaire, ils ont modulé les exi-
gences de fonds propres en fonction
0
99
00
02
04
06
08
10
12
14
15
19
20
20
20
20
20
20
20
20
20
43
LES BANQUES AU CŒUR DES PARADIS FISCAUX
La finance offshore (terme désignant, selon le Larousse, taux d’imposition en y transférant, comme toutes les
le secteur bancaire établi à l’étranger et non soumis à multinationales, une partie de leurs bénéfices. Elle
la législation nationale, c’est-à-dire en fait les paradis vise aussi à faciliter l’évasion fiscale de leurs clients en
fiscaux) s’est fortement développée depuis les années leur fournissant les outils clé en main (sociétés écran,
1980 en parallèle avec la mondialisation financière. prête-noms…) pour échapper au fisc, voire pour
En effet, les paradis fiscaux ne sont pas seulement blanchir des fonds aux origines douteuses. Mais leur
des îles exotiques où quelques milliardaires viennent motivation principale est de pouvoir y faire ce qu’elles
mettre leur fortune à l’abri du fisc. Ce sont également ne peuvent pas faire dans leur pays et contourner
des paradis réglementaires et judiciaires, situés pour la réglementation et les obligations qui leur sont
beaucoup bien plus près de nous, qui permettent de imposées afin de mener des opérations spéculatives
réaliser des opérations économiques et financières plus risquées mais aussi plus lucratives. Ce n’est pas
avec moins de contraintes et en toute opacité. un hasard si 60 % des hedge funds (fonds spéculatifs),
Favorisés par la déréglementation financière et les dont beaucoup sont filiales ou débiteurs de banques
évolutions technologiques, ils sont consubstantiels et sont gérés depuis Londres ou New-York, ont leur
au capitalisme financier. La moitié des transactions siège aux Îles Caïman, aux Îles Vierges britanniques ou
financières passent par eux et plus du tiers des avoirs aux Bermudes. C’est ainsi que si les paradis fiscaux n’ont
des plus riches y est déposé. La moitié du commerce pas été à l’origine de la crise financière de 2008, ils ont
mondial transite aussi par eux via les pratiques des largement contribué à l’amplifier (la banque Lehman
multinationales : c’est ainsi que l’île anglo-normande Brothers avait son siège dans l’État du Delaware). Dans
de Jersey est le principal exportateur mondial de un monde financier très concurrentiel, ils constituent
bananes ! Selon le magazine américain Forbes, les également une pression continue en faveur d’un
dix plus importants paradis fiscaux, par le volume de allègement de la régulation de ce secteur.
leurs activités financières, sont le Delaware (USA), le
Luxembourg, la Suisse, les Îles Caïman, la City (Londres), Les banques françaises participent pleinement à
l’Irlande, les Bermudes, Singapour, la Belgique et ce mouvement. Désormais obligées de publier des
Hong-Kong. informations détaillées par pays sur leurs activités
internationales, les 5 plus grandes, dont 31 % des
Les banques sont bien sûr actives dans les paradis filiales à l’étranger sont dans des paradis fiscaux, y ont
fiscaux. Elles en constituent même des acteurs majeurs engrangé le tiers de leurs bénéfices à l’international
sans lesquels ceux-ci n’auraient pu prendre l’ampleur alors qu’elles n’y ont réalisé que le quart de ces activités,
qu’ils ont aujourd’hui. Leur présence dans ces territoires n’y ont payé que 1/5 de leurs impôts et n’y ont employé
a d’abord pour objectif de profiter de leurs faibles que 1/6 de leurs effectifs.
44
Bénéfices déclarés par les 20 plus grandes banques européennes
dans les paradis fiscaux
Chiffres en millions d’euros
2334
IRLANDE
215
PAYS-BAS
LUXEMBOURG
JERSEY, 4833
GUERNESEY BELGIQUE AUTRICHE
ILE DE MAN 3157
BERMUDES SUISSE 543
543 896 -228
BAHAMAS MONACO
358
19 20
ILES VIERGES
BRITANNIQUES MALTE
142
ILES CAÏMAN SAINT-MARTIN
189 1 38
CHYPRE LIBAN
1 JORDANIE
5 BARHEIN HONG-KONG
MACAO
53 67 10551
CURAÇAO
PANAMA 54
1
MALDIVES SINGAPOUR
SEYCHELLES 19 986
14 VANUATU
France Royaume-Uni Allemagne Italie Espagne MAURICE 5
• BNP Paribas • HSBC • Deutsche bank • Unicredit • Santander 471
• Groupe BPCE • Barclays • Commerzbank • Intesa Sanpaolo • BBVA
• Crédit agricole • RBS • KFW IPEX bank
• Crédit mutuel • Llyods bank
• CIC • Standard chartered Pays-bas Suède
• Société générale • ING • Nordea
45
• Rabobank
des véhicules de titrisation, mais ayant leur siège dans des paradis Bien que cette « banque de l’ombre »
aussi des sociétés de capital-risque, fiscaux. Mais ces institutions ne aie joué un rôle majeur dans la crise
des sociétés de garantie de crédit, sont pas soumises à la réglemen- de 2008, le mouvement de re-régle-
des organismes de gestion d’ac- tation et au contrôle imposés aux mentation que celle-ci a provoqué
tifs, voire des sites de financement banques. Elles échappent même lui a ouvert de nouveaux horizons
participatifs (crowdfunding) ou pour la plupart à toute réglemen- et son développement ne s’est pas
des plateformes de monnaies vir- tation. C’est d’ailleurs leur raison démenti depuis. Selon un rapport
tuelles… La liste est longue, va- d’être. Apparues à la faveur de la récent du Conseil de stabilité finan-
riable selon les périmètres retenus libéralisation financière des années cière, la « finance parallèle » pèse
et en constante évolution. Le rôle 1980 et dopées par les innovations aujourd’hui 92 000 milliards de
de ces acteurs consiste à emprun- technologiques des années 2000, dollars, soit l’équivalent de 150 %
ter sur les marchés financiers des elles ont constitué pour les banques du PIB mondial et plus de la moitié
sommes qu’ils prêtent ensuite à un moyen de contourner la régle- du système bancaire traditionnel.
l’économie en utilisant massive- mentation en sortant de leurs bi- L’Europe (hors le Luxembourg qui
ment l’effet de levier afin d’obtenir lans, et donc des radars des auto- n’a pas fourni d’informations) ar-
une rentabilité maximale pour une rités de contrôle, leurs activités les rive en tête avec 30 000 milliards
prise de risque elle aussi maximale. plus risquées (c’est-à-dire les plus de dollars, suivie par les États-
profitables). Ces institutions sont Unis (26 000 milliards) puis par le
Il ne s’agit pas nécessairement d’ac- en effet souvent filiales de banques Royaume-Uni et la Chine (8 000
tivités occultes ou illégales, même ou d’assurances et même lors- milliards chacun). Les fonds d’in-
si la frontière n’est pas toujours qu’elles sont juridiquement indé- vestissements en sont les princi-
très nette, certains de ces acteurs pendantes, elles en dépendent pour paux acteurs (40 % des actifs).
(fonds spéculatifs notamment) leur financement.
402 158
CAISSES DE organismes BANQUE DE
CRÉDIT
MUNICIPAL
FINANCEMENT ET
D’INVESTISSEMENT milliards
d’euros
BANQUES
MUTUALISTES
SUCCURSALES BANQUE
DE BANQUES DE DÉTAIL
DE PAYS TIERS
Quelques chiffres
LIVRET A PRÊT
46
Son poids dans le financement l’avons vu, pour leurs activités de Ces effets pervers des banques uni-
global de l’économie, l’interdépen- marché ; verselles sont d’autant plus impor-
dance de ses acteurs et surtout leurs ÎÎ il leur assure ensuite la garantie tants qu’un certain nombre d’entre
liens étroits avec le système ban- que les pouvoirs publics ne les lais- elles sont devenues « trop grandes
caire classique font de la « banque seront pas tomber en cas de diffi- pour faire faillite » (too big to fail),
de l’ombre » un risque systémique cultés. ce qui signifie que leur disparition
majeur, la défaillance d’une de ses est tout simplement impensable
institutions pouvant affecter l’en- Ce dernier point mérite d’être un compte tenu des conséquences
semble du système financier mon- peu explicité. Les activités bancaires qu’elle aurait et que les pouvoirs
dial comme l’a montré la crise de traditionnelles sont absolument in- publics feront tout pour qu’elle ne
2008. Malheureusement toutes les dispensables au fonctionnement se réalise pas. D’une taille surdi-
leçons de celle-ci n’ont pas encore de l’économie. Nul n’imagine que mensionnée, elles entretiennent
été tirées. les systèmes de paiement s’inter- de multiples connexions les unes
rompent ne serait-ce qu’une jour- avec les autres. C’est pourquoi on
née, que les dépôts des particuliers les qualifie de banques systémiques
3.3.4 – DES STRUCTURES ne soient plus disponibles et que pour pointer le fait que la chute de
BANCAIRES QUI les entreprises n’aient plus accès au l’une entraînerait celle de toutes les
CONSACRENT LE crédit. autres et donc du système financier
POUVOIR D’UN dans son ensemble.
OLIGOPOLE Et c’est précisément pour garantir
cette continuité que l’État s’engage Leur poids économique leur
Conciliant leurs fonctions tra- à intervenir, en derniers recours, confère en outre un réel poids poli-
ditionnelles (octroi de crédits, pour éviter toute faillite bancaire. tique qui leur permet de prendre en
collecte des dépôts, gestion de la Mais lorsque les banques re- otage l’intérêt général au profit de
monnaie) avec leurs activités de groupent au sein d’une même enti- leurs propres intérêts. Si elles n’ont
marché, la plupart des banques sont té ces activités traditionnelles et des pas pu empêcher la re-réglemen-
devenues des banques universelles. activités de marchés qui, sans être tation qui a suivi la crise de 2008,
Intervenant sur tous les marchés toutes forcément inutiles, ne sont elles ont depuis largement repris la
(titres, changes, dérivés), dans de pas absolument indispensables, main et continuent à dicter l’essen-
nombreux pays, elles sont capables cette garantie publique s’applique à tiel des législations les concernant.
d’offrir à leurs clients (du particu- l’ensemble de leurs activités.
lier à la multinationale) tous les Au niveau mondial, on recense
services dont ils ont besoin, du plus C’est ce qui a conduit les contri- 28 banques systémiques qui, se-
basique au plus sophistiqué, du plus buables, lors de la dernière crise lon François Morin, constituent
sûr au plus risqué, du moins rému- financière, à prendre en charge les un « oligopole omnipotent et systé-
nérateur au plus rentable. Elles in- pertes provoquées par les dérives mique », exerçant « une dictature
cluent également souvent des acti- spéculatives de certains établisse- dévastatrice » et prenant les États en
vités d’assurance (bancassurance) ments. Cette garantie a aussi pour otage. « Par rapport à la période des
et on a vu qu’elles n’hésitaient pas effet de faire baisser les taux d’inté- Trente Glorieuses où les États et leurs
à recourir à la « banque de l’ombre » rêt auquel les banques universelles banques centrales fixaient les condi-
pour conforter leurs profits. peuvent emprunter sur les marchés tions monétaires de l’activité éco-
car elle diminue le risque qu’elles nomique en gérant taux de change
Ce statut de banque universelle a représentent pour les prêteurs. et d’intérêt, la période actuelle se
un triple avantage pour elles : caractérise, de fait, par un renver-
ÎÎ il permet d’abord à ces établis- Il s’agit d’une subvention publique sement complet : c’est un oligopole
sements de disposer à la fois de la implicite dont le montant est loin de banques privées et systémiques
masse des dépôts de la clientèle d’être négligeable (50 milliards qui fixe les conditions monétaires
pour investir sur les marchés et de d’euros annuels pour les 4 princi- de l’activité économique mondiale,
la stabilité de la banque de détail pales banques françaises) et qui a non seulement en raison de ses po-
pour compenser la volatilité des pour conséquence, en abaissant le sitions dominantes sur les marchés
activités de marché et leurs pertes coût du risque, d’inciter les banques monétaires et financiers, mais aussi,
éventuelles ; à en prendre davantage et à déve- et peut-être surtout, en abusant de
ÎÎ il leur permet ensuite d’accéder lopper leurs activités de marchés ces positions. » (François Morin –
au refinancement de la banque au détriment du financement de L’hydre mondiale - 2015).
centrale, y compris, comme nous l’économie.
47
04 L’EURO
1 4.1 – L’Union
9 pays européens ont au- ÎÎ le taux d’inflation ne doit pas
jourd’hui une même mon- dépasser de plus de 1,5 % celui des
naie, l’Euro, et sont soumis
à une politique monétaire
unique conduite par la Banque cen-
monétaire trois États membres ayant eu la
plus faible hausse des prix l’année
précédente ;
trale européenne (BCE). 4.1.1 – LA ZONE EURO ÎÎ le déficit public ne doit pas dé-
passer 3 % du PIB ;
Amorcée en 1990 par la libéralisa- 4.1.1.1 – DES CRITÈRES ÎÎ la dette publique ne doit pas ex-
tion des mouvements de capitaux CONTRAIGNANTS céder 60 % du PIB ;
au sein de l’Union européenne, ÎÎ le pays doit avoir participé au
cette union monétaire a vu le jour le Pour faire partie des « heureux mécanisme de change MCE II (cf.
1er janvier 1999 avec l’adoption de élus », les pays doivent satisfaire à encadré) durant les deux
l’Euro, utilisé alors seulement pour plusieurs critères censés établir que années précédentes, ce qui implique
les transactions financières, par un leurs économies sont suffisamment que sa monnaie ait été stable par
groupe de 11 pays. convergentes pour supporter une rapport à l’euro ;
monnaie et une politique moné- ÎÎ les taux d’intérêt ne doivent pas
Elle est devenue une réalité tan- taire unique. Ce sont les fameux être supérieurs de plus de 2 % à
gible pour les citoyens de ces pays critères de Maastricht, du nom du ceux des trois pays présentant l’in-
le 1er janvier 2002 avec la mise en traité de Maastricht qui les a codi- flation la plus faible.
circulation des billets et des pièces fiés pour la première fois en établis-
en euro. sant les modalités de mise en place On remarquera que ces critères
de l’Union économique et moné- sont exclusivement financiers. Ils
De cette union monétaire, qui a vo- taire (UEM). ne concernent ni le niveau de chô-
cation à rassembler toute l’Union mage, ni le taux de croissance, ni
européenne, à une union finan- Ces critères sont au nombre de 5, même le solde de la balance com-
cière, il n’y a qu’un pas qui est en si l’on exclut l’indépendance de la merciale, signe que la convergence
train d’être franchi dans une lo- banque centrale qui fait désormais recherchée est moins celle des éco-
gique qui privilégie l’Europe de la partie des conditions exigées pour nomies réelles que celle qui répond
finance à l’Europe des peuples. adhérer à l’Union européenne : aux préoccupations du monde de
48
la finance. Et on verra plus loin en référendum en 2003, elle contourne 4.1.1.3 – UNE ZONE QUI
quoi ces critères constituent des l’obligation en ne respectant pas vo- S’ÉTEND
outils redoutables pour imposer lontairement un des critères (elle
des politiques d’austérité et servir le ne participe pas au mécanisme de Depuis sa création en 1999, la
projet néolibéral. change). zone euro s’est agrandie de 11 à
19 membres. Les premiers États
4.1.1.2 – UN PROCESSUS EN Si l’entrée dans la zone euro est clai- membres, dont les taux de conver-
THÉORIE IRRÉVERSIBLE rement balisée et quasi-automa- sion de leurs monnaies nationales
tique, les traités ne prévoient au- en euro ont été irrévocablement
Dès qu’un pays remplit ces critères, cune possibilité d’en sortir. A priori, fixés le 31 décembre 1998, étaient
et sous réserve que la Commission le seul moyen de quitter la zone l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique,
européenne et la BCE en valident euro serait de sortir de l’Union eu- l’Espagne, la Finlande, la France,
le respect, il intègre d’office la zone ropéenne, procédure qui, elle, est l’Irlande, l’Italie, le Luxembourg,
euro. Selon les termes du traité de prévue par les textes. les Pays-Bas et le Portugal.
Maastricht, tous les États membres
se sont en effet engagés à adopter Il est évident toutefois que le droit La Grèce a rejoint ce groupe en
l’euro lorsqu’ils en remplissent les ne serait pas déterminant dans un 2001, juste à temps pour participer
conditions. tel cas de figure et devrait s’effacer à l’introduction des premiers billets
face à une forte volonté politique. en euros, dans des conditions que
Seuls le Danemark et le Royaume- Mais cette absence de porte de sor- l’on connaît aujourd’hui (présenta-
Uni bénéficient d’une clause de tie montre clairement que, pour ses tion d’un déficit public sous-estimé
non-participation, prévue par le concepteurs, la crédibilité et l’exis- grâce aux astuces comptables or-
Traité, leur permettant d’en être tence de l’euro sont intimement ganisées par Goldman Sachs) mais
dispensés même s’ils respectent les liées à son irréversibilité. que ses partenaires n’ignoraient pas
critères. à l’époque.
La survenue d’une telle situation La Slovénie a intégré la zone en
Ils peuvent toutefois demander soulèverait donc des enjeux par- 2007, Chypre et Malte en 2008, la
leur adhésion s’ils le souhaitent. ticulièrement importants, qui dé- Slovaquie en 2009, l’Estonie en
Quant à la Suède, dont la popula- passeraient la simple question de la 2011, la Lettonie en 2014 et la Li-
tion a refusé l’adoption de l’euro par monnaie unique. tuanie en 2015.
49
Pays de la zone euro, de l’union européenne et demandant l’adhésion
Outre ces 19 pays, l’euro est aussi françaises de l’Océan Pacifique monétaire unique de tous les pays
utilisé dans les départements et ter- (Nouvelle-Calédonie, Polynésie…) ayant adopté l’euro. Il se compose
ritoires d’outre-mer qui font partie dont l’unité monétaire, le franc de la Banque centrale européenne
des États membres de la zone euro. pacifique, est dans un rapport fixe (BCE), créée le 1er juin 1998 et
Quatre micro-États (Andorre, Mo- avec l’euro. dont le siège est à Francfort, et
naco, Saint-Martin et le Vatican) des banques centrales nationales
sont en outre autorisés à utiliser (BCN) des pays de la zone euro.
l’euro et deux autres pays européens 4.1.2 – L’EUROSYSTÈME
(le Monténégro et le Kosovo) lui Les décisions sont prises par le
ont donné unilatéralement cours 4.1.2.1 – LE CADRE Conseil des gouverneurs (qui re-
légal chez eux. Plusieurs autres INSTITUTIONNEL groupe les 6 membres du Direc-
pays ont par ailleurs lié leurs mon- toire de la BCE et les gouverneurs
naies nationales à l’euro, ce qui est L’Eurosystème est chargé de définir des banques centrales nationales de
également le cas des collectivités et de mettre en œuvre la politique la zone euro), leur mise en œuvre
DE L’ECU À L’EURO
Créé avec le Système monétaire européen en 1979, européennes et les banques centrales nationales, elle
l’ECU (European Currency Unit) était une unité de servait aussi à libeller des emprunts et des placements
compte dont la valeur était déterminée par un sur les marchés internationaux, remplissant ainsi
panier constitué des monnaies participant au SME, certaines fonctions d’une monnaie. Mais elle n’avait
pondérées par le poids économique de chaque pays. aucune existence tangible pour les citoyens. L’ECU a été
Utilisée comme unité de compte par les institutions remplacé par l’Euro au cours de 1 pour 1.
50
étant décentralisée au niveau des responsables ne peuvent sollici- spécifiées dans le Traité en distin-
banques centrales nationales. ter ni accepter aucune instruction guant celles qui sont fondamentales
d’une instance politique et qu’elles et les autres.
Afin de tenir compte du fait que ne peuvent financer aucune entité
plusieurs pays de l’Union euro- publique. Leur seule obligation est Les missions fondamentales de
péenne (UE) n’ont pas encore un rapport annuel sur leurs acti- l’Eurosystème consistent à :
adopté l’euro, le Système européen vités et la participation périodique ÎÎ définir et mettre en œuvre la
de banques centrales (SEBC) ras- à des auditions organisées par les politique monétaire de la zone
semble la BCE et toutes les banques parlements nationaux et le parle- euro. Les décisions sont prises par
centrales de l’Union européenne. ment européen. la BCE (Conseil des gouverneurs)
Il est dirigé par le Conseil général, et exécutées par les banques cen-
composé du Directoire de la BCE Rien n’interdit en revanche qu’elles trales nationales qui conservent
et des gouverneurs des 28 banques soient à l’écoute et au service du l’exclusivité des relations avec les
centrales. monde financier. C’est même, à les banques de leur pays, celles-ci
entendre, une des conditions de ayant leur compte auprès de leur
Le texte du traité sur le fonction- la crédibilité de leur politique. On banque centrale nationale et non
nement de l’Union européenne comprend dès lors que ces ban- de la BCE ;
(TFUE) fait généralement réfé- quiers centraux ne voient aucune ÎÎ conduire les opérations de
rence au Système européen de objection à ce que la BCE soit pré- change. Formellement, la défi-
banques centrales plutôt qu’à l’Eu- sidée par un ancien responsable de nition de la politique de change
rosystème, car il a été rédigé en Goldman Sachs. L’intérêt général (faut-il fixer un niveau pour l’euro,
partant du principe que l’ensemble se confond probablement pour eux et si oui lequel ?) relève du Conseil
des États membres de l’Union euro- avec celui de la finance ! de l’UE, c’est-à-dire des politiques,
péenne adopteraient l’euro. En fait mais la BCE a très vite préempté
il est réellement contraignant pour cette question en arguant de l’im-
l’Eurosystème, le Système européen 4.1.2.2 – LES MISSIONS DE pact du taux de change sur la sta-
de banques centrales étant plutôt L’EUROSYSTÈME bilité des prix. Concrètement les
un cadre de coopération avec les interventions sur le marché des
banques centrales nationales hors L’objectif de l’Eurosystème, comme changes sont réalisées soit par la
zone euro. du Système européen de banques BCE, soit par les banques centrales
centrales, est de maintenir la sta- nationales agissant au nom de la
La BCE et les banques centrales bilité des prix que la BCE a définie BCE ;
nationales sont indépendantes de comme une inflation proche mais ÎÎ détenir et gérer les réserves of-
tout pouvoir politique, national ou inférieure à 2 %. C’est dans cette ficielles de change des pays par-
européen. Cela signifie que leurs perspective que ses missions ont été ticipants. Une partie des réserves
51
de change des pays de la zone euro centrales nationales. Elle assure litée à autoriser l’émission de billets
a en effet été transférée à la BCE. aussi, via plusieurs banques cen- de banque dans la zone euro. Dans
Elles sont gérées à la fois par la trales nationales, certains services la pratique, ce sont les banques
BCE et par certaines banques cen- aux acteurs financiers en gérant centrales nationales qui procèdent
trales nationales agissant pour son par exemple la plateforme Target 2, à leur émission et à leur retrait phy-
compte ; système de paiements qui permet le siques.
ÎÎ promouvoir le bon fonctionne- règlement des transactions liées à la ÎÎ les statistiques : assistée par les
ment des systèmes de paiement. politique monétaire ou au marché banques centrales nationales, la
À ce titre, la BCE fixe les normes interbancaire. BCE collecte les informations sta-
que doivent respecter les systèmes tistiques nécessaires à l’accomplis-
de paiement et les infrastructures Les autres missions concernent sement des missions du Système
des marchés financiers, et en as- notamment : européen de banques centrales, soit
sure la surveillance via les banques ÎÎ les billets : la BCE est seule habi- auprès des autorités nationales, soit
directement auprès des agents éco-
nomiques.
9,14 457,1
Le Conseil européen a ainsi fait de
la BCE l’autorité unique de surveil-
2,46 245,5 lance des banques, mission qu’elle
assure en coopération avec les au-
torités compétentes nationales, lui
0,24 47,1
confiant même le contrôle direct
des 123 groupes bancaires les plus
0,53 264,0 importants (cf. 4.2.2.1).
source : BCE
52
4.1.3 – UN PROJET propres à faciliter le rattrapage des Comme l’écrit la Banque de France
POLITIQUE DERRIÈRE LE pays les moins développés et sur- dans ses fiches pédagogiques, l’euro
RÉCIT OFFICIEL tout la politique non coopérative « est la partie monétaire d’un pro-
menée par l’Allemagne ont forte- jet plus global de nature politique
On nous a vendu l’euro comme le ment contribué à cette évolution. et économique ». Mais contraire-
complément et le prolongement na- ment à ce qu’elle indique ensuite, ce
turel et nécessaire du marché unique Mais la perte de l’outil que consti- projet vise moins à rapprocher les
et comme un moyen de forcer les tuait le taux de change n’a plus per- peuples qu’à permettre une nou-
feux vers une Europe politique. Et mis aux pays les moins compéti- velle avancée, si possible irréver-
il n’est effectivement pas contes- tifs de compenser leurs handicaps sible, des politiques néolibérales.
table qu’en supprimant les coûts et tandis que l’imposition à tous d’un
les risques de change, la monnaie même taux d’intérêt a généré chez Le recours à la dévaluation n’étant
unique favorise les échanges de certains des bulles financières et plus possible au sein de la zone
biens et services. De même, elle per- immobilières dont on a vu les effets euro, les pays les moins compéti-
met de limiter les attaques spécula- lorsque la crise a éclaté. tifs n’ont d’autre solution que de
tives, même si, depuis, l’expérience a pratiquer ce que les économistes
montré qu’elle ne les empêche pas et Tout cela n’a rien de surprenant. appelle la « dévaluation interne »,
que les spéculateurs savent trouver Outre le fait qu’il n’existe pas c’est-à-dire la baisse de leurs coûts
les failles pour s’en prendre aux pays d’exemple de monnaie existant hors de production et notamment de
qu’ils considèrent comme des mail- d’un cadre politique souverain as- leurs coûts salariaux. Cette stratégie
lons faibles. surant sa légitimité et garantissant peut aussi être celle de pays souhai-
le lien social qu’elle constitue, les tant conforter leurs positions sur
On nous a surtout vanté la monnaie économistes ont depuis longtemps les marchés à l’instar de la politique
unique comme le moyen d’unifier défini les critères de ce qu’ils ap- menée par l’Allemagne au début des
l’espace européen en favorisant la pellent une zone monétaire opti- années 2000.
convergence des économies. Cet male sur laquelle il serait bénéfique
argument s’appuyait sur le cercle d’établir une monnaie unique. L’euro facilitant la concurrence, ces
vertueux que devaient enclencher politiques ont généré une pression
une politique monétaire unique et Or la zone euro ne remplit pas ces généralisée sur les salaires. Mais
la pression concurrentielle générée conditions : cycles économiques elles sont également à l’origine des
par la transparence des prix désor- pas toujours en phase, faible mobi- réformes adoptées par la plupart
mais libellés dans la même unité lité des salariés entre pays, absence des pays européens pour « assou-
et donc aisément comparables. Or de budget européen permettant des plir le marché du travail », selon la
rien de tout cela n’est advenu. Au transferts financiers vers les pays terminologie officielle, c’est-à-dire
contraire, les économies des pays rencontrant des difficultés… supprimer les obstacles réglemen-
de la zone, déjà très hétérogènes, taires s’opposant à la baisse du coût
ont continué à diverger. Les concepteurs de l’UEM étaient- du travail. L’euro apparaît ainsi
ils donc incompétents ? Aveuglés comme un outil visant à amoindrir
Certes, l’euro n’est pas seul en cause. par leur idéologie assurément mais la rémunération et les protections
L’absence de transferts financiers très conscients de ce qu’ils faisaient. des salariés.
53
La nécessité de réduire les coûts de que les finances publiques sont et de croissance dont le caractère
production dans le contexte d’une elles-mêmes soumises au car- contraignant, automatique et pu-
concurrence exacerbée par la mon- can que constituent les critères de nitif a été durci au fur et à mesure
naie unique pèse également sur la convergences. de ses révisions successives. La
fiscalité, et tout particulièrement crise a montré, toutefois, que cela
sur la fiscalité des entreprises. Ce C’est d’ailleurs pour s’assurer du n’était pas suffisant pour garantir la
dumping fiscal n’est bien sûr pas respect de ces critères, considé- pérennité de l’euro. C’est la raison
sans effet sur les services publics rés comme consubstantiels de la pour laquelle de nouvelles règles
dont le financement devient de monnaie unique, que celle-ci a ont été introduites (Six-Pack, Two-
plus en plus contraint. D’autant été adossée à un Pacte de stabilité Pack, TSCG – Traité sur la stabilité,
la coordination et la gouvernance)
afin, au prétexte d’améliorer la gou-
vernance de l’euro, de renforcer la
discipline budgétaire (interdiction
pièces euro en circulation (mars 2017) des déficits, soumission des bud-
EN MILLIARDS gets des États à la Commission eu-
DE PIÈCES EN MILLIARDS
D’EUROS ropéenne avant leur examen par
1 cent
0,5
avec notamment l’obligation de
mettre en œuvre ce que le jargon
5 cent
54
les marges de manœuvre des po- volonté de réglementer davantage réellement cherché à réglementer
litiques au profit d’instances non le secteur qui en était à l’origine. la banque de l’ombre. Rien n’a été
élues (Commission européenne, Sous l’impulsion notamment du fait non plus vis-à-vis des paradis
BCE, Cour de justice de l’UE…) commissaire Michel Barnier, 41 di- fiscaux dont certains sont nichés au
et de règles contraignantes. C’est rectives ou règlements ont ainsi été cœur même de l’Europe.
la mise en place d’un fédéralisme adoptés durant son mandat (2010-
technocratique au service de la fi- 2014). Ces réformes ont toutefois Mais surtout deux dossiers ont été
nance. La monnaie unique appa- été très incomplètes et leur mise en bloqués par l’action conjuguée du
raît ainsi comme le vecteur d’une œuvre étalée sur plusieurs années, lobby bancaire et de certains gou-
austérité permanente et de la des- ce qui laisse craindre que leurs vernements, dont le gouvernement
truction de l’État social. Monnaie ambitions soient revues à la baisse français : la séparation des activités
incomplète selon les économistes, d’ici-là. Cette crainte est d’autant des banques pour laquelle la Com-
car privée de la souveraineté d’un plus fondée que, depuis, la Com- mission avait fait une proposition
État, l’euro ne peut perdurer qu’en mission, sensible aux récrimina- relativement ambitieuse et la taxe
dépossédant les citoyens de tout tions des banques, a proclamé une sur les transactions financières que
pouvoir économique. « pause réglementaire », estimant onze pays se sont engagés à instau-
que l’on avait probablement été trop rer mais qui achoppe toujours sur
loin en la matière. la volonté de chacun d’en limiter
55
bancaire qui vise à renforcer, har- également au sein de la zone euro, de la production de normes com-
moniser et centraliser la surveil- ÎÎ l’harmonisation et le renforce- munes, avant d’en arriver à l’instau-
lance des banques ainsi que le ment des systèmes de garantie des ration d’une autorité unique. Les
traitement des difficultés qu’elles dépôts bancaires au sein de l’UE. réformes se sont donc succédées à
peuvent rencontrer afin de limi- un rythme de plus en plus rapide, la
ter, et si possible éviter, la mise à précédente étant entrée en vigueur
contribution des États et donc des 4.2.2.1 – LE MÉCANISME DE en 2011.
contribuables. SURVEILLANCE UNIQUE (MSU)
Il s’agit en fait de prolonger la Depuis novembre 2014, la BCE
monnaie unique en imposant aux Le MSU est l’aboutissement d’un est le superviseur unique des
banques de la zone euro un cadre processus d’intégration progressive banques de la zone euro. Elle ne
unique de réglementation et de sur- de la supervision bancaire que la contrôle toutefois directement que
veillance propre à faciliter la mise crise n’a fait qu’accélérer. Évidente 123 groupes bancaires considérés
en œuvre de la politique monétaire dès la mise en place de la monnaie comme significatifs (bilan supé-
unique. unique, la nécessité d’une étroite rieur à 30 milliards d’euros ou équi-
coopération en la matière s’est ren- valent à plus de 20 % du PIB de leur
L’Union bancaire repose sur trois forcée parallèlement à l’approfon- pays) qui représentent ensemble
piliers : dissement de l’intégration finan- 85 % des actifs bancaires de la zone
ÎÎ un mécanisme de surveillance cière. On est donc passé d’accords euro. En France 10 groupes sont
unique (MSU) au sein de la zone de coopération entre autorités de concernés (BNP Paribas, BPCE,
euro, contrôle nationales à une coordi- BPI France, Crédit mutuel, Caisse
ÎÎ un mécanisme de résolution nation de plus en plus formalisée, de refinancement de l’habitat,
(gestion des crises) unique (MRU) progressivement accompagnée Crédit agricole, HSBC France, La
2500
2000
1500
1000
500
0
HSBC BNP Crédit Deutsche Barclays Santander Société BPCE RBS Lloyds
Paribas Agricole Bank Générale
56
Banque postale, Société de finance- prudentiel des banques, c’est-à- dont les décisions doivent être vali-
ment local, Société générale), soit dire à vérifier qu’elles respectent dées par le Conseil des gouverneurs
95 % du système bancaire français. les règles qui leur sont imposées en de la BCE. Son financement est as-
matière de capital, de liquidité, de suré par une contribution prélevée
Le suivi quotidien de ces groupes solvabilité et de risques. Les autres sur les banques dont le montant est
est assuré par des équipes dédiées missions (protection des consom- fonction de leur taille.
associant des personnels de la BCE mateurs, lutte contre le blanchi-
et des autorités de contrôle na- ment des capitaux et le finance-
tionales (en France, l’Autorité de ment du terrorisme…) continuent 4.2.2.2 – LE MÉCANISME DE
contrôle prudentiel et de résolution à être exercées par les autorités RÉSOLUTION UNIQUE (MRU)
– ACPR – adossée à la Banque de nationales.
France). Les autres établissements Dans le jargon technocratique, réso-
restent sous le contrôle direct des Pour éviter tout conflit d’intérêt lution signifie faillite. Le MRU vise
autorités nationales, même si la avec la conduite de la politique mo- donc à définir un cadre unifié et des
BCE fixe le cadre de cette sur- nétaire, cette nouvelle fonction a été règles communes permettant d’anti-
veillance et conserve un droit de confiée à un Conseil de surveillance ciper et de gérer les défaillances ban-
regard. prudentielle, logé au sein de la BCE, caires au sein de la zone euro.
composé des contrôleurs natio-
Le rôle de la BCE consiste essen- naux, de 4 membres de la BCE, d’un Depuis 2014, une nouvelle
tiellement à assurer un contrôle président et d’un vice-président et agence européenne, le Conseil de
Censée éviter le recours aux contribuables pour peut imaginer sur l’activité économique et sur l’emploi.
renflouer les banques, l’Union bancaire serait-elle Cet exemple montre que la liquidation d’une banque
mort-née ? La question peut se poser quand on est une question éminemment politique qui ne
constate qu’au cours de sa première année d’existence, peut être réglée par des instances technocratiques.
le MRU a déjà été contourné par trois pays (Grèce, Il confirme surtout que, quelles que soient les règles
Portugal et Italie). Le cas le plus emblématique, et qui mises en place, le lobby bancaire imposera toujours la
constituait le 1er test d’ampleur, est celui de la banque socialisation de ses pertes tant que l’on ne s’attaquera
Monte dei Paschi, 3ème établissement bancaire pas à la structure même des banques, en séparant les
italien. La plus vieille banque du monde, déjà sauvée activités traditionnelles, qui justifient un soutien public,
deux fois par les pouvoirs publics, en 2009 et 2012, des activités de marché qui doivent être exercées aux
vient en effet d’être recapitalisée par l’État italien. risques et périls des actionnaires.
Certes, le MRU prévoit ce type de « recapitalisation À cet égard, le rôle de la BCE doit aussi être dénoncé.
préventive » à condition toutefois qu’il s’agisse d’une Non seulement c’est elle qui initie le processus
aide temporaire à un établissement structurellement conduisant à la liquidation mais, dans le cas présent, elle
viable, ce qui ne semble pas vraiment le cas pour la a contribué à l’aggravation des difficultés de la Monte
banque en question. Mais le gouvernement italien dei Paschi en exigeant sa recapitalisation immédiate. Or
avait de solides arguments pour agir ainsi. Faire payer peut-on traiter de la même façon, voire en l’occurrence
les créanciers aurait abouti à pénaliser gravement plus durement, une banque dont l’activité essentielle
des milliers de citoyens, souvent modestes, qui ont est le crédit et qui se trouve plombée par des créances
souscrit massivement des obligations que la Monte dei douteuses dans le contexte d’une économie qui tourne
Paschi, comme les autres banques de la Péninsule, leur au ralenti et une banque (comme la Deutsche Bank)
a vendues comme des produits d’épargne sûrs. C’est dont les difficultés proviennent surtout de ses activités
d’ailleurs ce qui a conduit un retraité ruiné à se suicider spéculatives sur les marchés ? Là encore la question de
lors de la mise en faillite de quatre petites banques la structure des banques est posée.
régionales fin 2015. En outre, la mise à contribution des Ne pas s’intéresser à cette question condamne l’Union
dépôts des entreprises risquait de provoquer la faillite bancaire à des méthodes contestables et à un état
de nombreuses PME avec les conséquences que l’on d’exception permanent.
57
résolution unique (CRU) est char- toute contagion. Ces plans de ré- 4.2.2.3 – L’HARMONISATION
gée de gérer la restructuration ou solution privilégieront désormais DES SYSTÈMES DE GARANTIE
la liquidation des banques en dif- le renflouement interne (bail in), DES DÉPÔTS BANCAIRES
ficulté lorsque celles-ci relèvent du c’est-à-dire l’appel aux actionnaires
contrôle direct de la BCE ou ont et aux créanciers, voire aux très gros La mise en place d’un système
des activités dans au moins deux déposants, plutôt que le renfloue- unique de garantie des dépôts au
États membres de l’Union ban- ment externe (bail out), c’est-à-dire sein de l’Union européenne consti-
caire. Les autres établissements le recours aux contribuables. Au cas tuerait un facteur déterminant pour
sont pris en charge par les autorités où cela ne suffirait pas, ils pourront assurer la confiance des épargnants
de résolution nationales (en France, recourir au Fonds de résolution et des déposants dans la solidité
l’ACPR) qui appliquent les mêmes unique (FRU) ou aux fonds de ré- du système bancaire européen. La
procédures. solution nationaux alimentés par Commission européenne n’a toute-
des contributions des banques. fois pas encore réussi à l’imposer, se
Toutes les banques européennes heurtant à l’opposition de certains
sont tenues d’établir un plan pré- La mutualisation progressive de ces pays (Allemagne) et des grandes
ventif de rétablissement prévoyant fonds devrait permettre au FRU de banques (françaises notamment)
les mesures qu’elles prendraient en disposer d’une dotation représen- qui craignent qu’une telle mutua-
cas de détérioration significative de tant au moins 1 % des dépôts des lisation ne les conduise éventuelle-
leur situation financière et permet- banques de la zone euro en 2024, ment à « payer pour les autres ».
tant au CRU, ainsi qu’aux autorités soit environ 55 milliards d’euros,
nationales de résolution, d’élaborer montant qui apparaît toutefois re- Ce troisième pilier de l’Union ban-
des plans préventifs de résolution lativement faible au regard du bi- caire repose donc actuellement
destinés à garantir leurs fonctions lan des grandes banques que leur sur une simple harmonisation des
critiques (accès aux comptes et aux taille ne met pourtant pas à l’abri de règles de fonctionnement et de fi-
services de paiement) et à éviter difficultés. nancement des systèmes nationaux
1 Mécanisme
de supervision
bancaire
BANQUE CENTRALE EUROPÉENNE
2 Mécanisme
de résolution
unique
AGENCE EUROPÉENNE
3 Système unifié
de garantie
des dépôts
HARMONISATION
DES SYSTÈMES
SUPERVISION DE GARANTIE
EN CAS DE DES DÉPÔTS
FAILLITE
BANCAIRE
DIRECTE €
VIA LES BANQUES €
€ CENTRALES
NATIONALES
58
de garantie des dépôts (en France, le financiers en relançant notamment « l’objectif est que, dans dix ans,
Fonds de garantie des dépôts et de la titrisation dont on connaît pour- 40 % des besoins de financement des
résolution – FGDR). Dans ce cadre, tant la dangerosité. entreprises soient financés par les
les dépôts bancaires dans tous les marchés, contre 20 % aujourd’hui ».
pays de l’UE devraient être garantis Si on ne peut nier que les PME Il s’agit en réalité d’abandonner le
à hauteur de 100 000 euros à l’hori- éprouvent parfois des difficultés à modèle européen de financement
zon de 2024 et leur remboursement obtenir les crédits bancaires dont de l’économie, qui dépend à 80 %
assuré dans un délai de 7 jours ou- elles ont besoin, ce qui renvoie au des banques et à 20 % des marchés,
vrés. À cet effet, les ressources des fonctionnement et à la stratégie des pour engager le rapprochement
fonds de garantie, abondées par les banques, l’argument de la Com- vers le modèle américain qui a les
banques, devraient couvrir 0,8 % mission est hautement contestable. proportions inverses, 80 % par les
des dépôts à cette échéance. Le seul Outre le fait que la BCE inonde ac- marchés et 20 % par les banques.
élément de « mutualisation » est la tuellement les banques de liquidi-
possibilité pour les fonds nationaux tés et incite celles-ci à prêter, toutes Cohérente avec la stratégie néolibé-
de se consentir des prêts. les enquêtes, y compris celles de rale qui sous-tend la construction
la BCE, montrent que ce dont se européenne, une telle évolution
plaignent les PME, c’est moins d’un n’est toutefois guère susceptible de
4.2.3 – L’UNION DES manque de crédit que d’un manque favoriser la croissance et l’emploi.
MARCHÉS DE CAPITAUX de demande, ce qui est somme Elle risque en revanche d’accen-
(UMC) toute assez logique dans le contexte tuer l’instabilité financière, dont on
d’austérité qu’impose précisément connaît les conséquences sur l’éco-
Au motif de stimuler la croissance l’UE. Plutôt que de s’en prendre aux nomie réelle, et de conforter la do-
et les créations d’emplois, la Com- banques, de réformer leur struc- mination de la finance.
mission européenne a lancé, à l’au- ture et leur organisation, la Com-
tomne 2015, le projet d’une Union mission et le Conseil européen, Comme l’analyse la Confédération
des marchés de capitaux qui devrait qui a validé le projet, préfèrent les européenne des syndicats (CES),
être effective en 2019. S’inscrivant contourner et faire appel aux mar- « le projet d’UMC, en particulier à
dans une démarche de déréglemen- chés (où les banques, nous le sa- travers la relance de la titrisation,
tation financière, ce projet vise offi- vons, sont largement présentes). En encouragera les acteurs financiers
ciellement à renforcer l’intégration fait, sous couvert d’aider les PME et à retourner vers une économie casi-
financière et à favoriser l’investisse- de stimuler la création d’emplois, no en se focalisant sur les bénéfices
ment ainsi que la libre circulation le but de l’UMC est clairement de à court terme et les frais de condi-
des capitaux en Europe. Estimant promouvoir le développement des tionnement, laissant ainsi l’éco-
que le principal obstacle à la reprise marchés financiers et de mettre le nomie réelle de côté. En d’autres
de l’activité économique tient aux financement de l’économie euro- mots, la Commission européenne
difficultés que rencontreraient les péenne sous leur coupe, avec tous reconstruit un modèle propice à la
entreprises, et singulièrement les les risques que l’on peut imaginer. crise, ce qui est exactement ce qui
PME, pour financer leurs investis- nous a menés là où nous en sommes
sements, la Commission souhaite Comme l’explique un rapport remis aujourd’hui ».
faciliter leur accès aux marchés au ministre français de l’économie,
59
05 DES ALTERNATIVES ?
I
nstitution sociale, la monnaie populations ont parfois été amenées reconnaissance légale à travers la
est au cœur des affrontements à créer leur propre monnaie pour loi Hamon sur l’économie sociale
sociaux. Intimement liée au assurer le maintien des échanges au et solidaire en 2014, une trentaine
pouvoir politique, elle en est sein d’un territoire donné. Des ex- ont été mises en circulation depuis
un des attributs les plus symbo- périences de ce type existent ou ont 2010 (mais certaines ont déjà dis-
liques et elle est souvent utilisée existé en Allemagne, en Suisse, en paru) et probablement autant sont
comme instrument de domination. Argentine, au Brésil ou en Grèce. en préparation.
Sa réappropriation constitue donc
un enjeu important dans la contes- Si elles plongent leurs racines dans Concrètement, ce sont surtout des
tation de l’ordre établi et pour la des idées et des expériences qui monnaies papier, portées par des
construction d’une organisation remontent au deuxième quart du associations et/ou des collectivités
sociale alternative. C’est dans cette XIXe siècle mais surtout aux an- locales, et dont la valeur est fixée à
perspective, mais avec une philo- nées 1930, ces monnaies explosent parité avec la monnaie nationale.
sophie et des objectifs différents, depuis 2010 en France. Elles consti- En France, elles relèvent du Code
que l’on peut analyser un certain tuent la 3e génération d’un mouve- monétaire et financier et doivent
nombre d’expériences en cours. ment international qui a démar- être émises et gérées par un acteur
ré au début des années 1990 aux de l’économie sociale et solidaire.
États-Unis. Après les SEL (système Selon leur nature, elles peuvent
d’échange local) puis les banques nécessiter un agrément de l’ACPR
5. 1 – Les du temps, qui ne concernaient que (Autorité de contrôle prudentiel et
des échanges non professionnels, de résolution) mais en règle géné-
monnaies les monnaies locales et complé- rale, cette autorisation n’est pas né-
mentaires (MLC) ont une vocation cessaire s’il s’agit d’une monnaie pa-
locales et commerciale et circulent auprès des pier, non reconvertible en euros et
entreprises et des commerçants. On circulant au sein d’un réseau limi-
complémentaires en recense un peu plus de 200 dans té. Leur émission est couverte par
le monde, dont une moitié au Bré- une réserve équivalente en euros
Lors des crises, face à la défaillance sil et un tiers en Europe. En France, déposée sur un compte bancaire.
des systèmes de paiements, les où ces monnaies ont obtenu une La conversion d’euros en monnaie
60
locale est parfois favorisée par un aucune création monétaire. Ce ne décider et d’organiser de façon col-
taux bonifié (11 MLC pour 10 € sont donc pas de véritables mon- lective et contractuelle une partie de
par exemple). La reconversion en naies mais de simples moyens de leurs relations économiques, elles ré-
euros, lorsqu’elle est possible, est li- paiement alternatifs, ce qui n’enlève pondent à une aspiration montante,
mitée aux professionnels et assortie rien à l’intérêt de leur démarche. chez nos contemporains, à maîtriser
de pénalités afin de favoriser l’im- ces phénomènes monétaires et finan-
pact sur le commerce local et éviter Leur bilan quantitatif demeure de ciers qui provoquent tant de dégâts
toute spéculation. Pour favoriser sa ce fait relativement limité. Fin 2014, dans nos économies... » (avis CGT
circulation, et stimuler ainsi le dé- les MLC représentaient en France sur le rapport du Cese « Nouvelles
veloppement de l’économie du ter- une masse monétaire de l’ordre de monnaies : les enjeux macro-écono-
ritoire, sa détention dans la durée 500 000 euros pour environ 9 000 miques, financiers et sociétaux »).
peut parfois être aussi pénalisée par usagers et 2 000 professionnels.
une réduction de sa valeur au-delà Leur développement récent et leur Les MLC constituent des initia-
d’une certaine échéance (on parle poids très modeste ne permettent tives territorialisées qui cherchent
de monnaie fondante). pas d’évaluer précisément leurs à s’approprier l’outil monétaire
impacts économiques et sociaux, dans une volonté de transforma-
Si elles jouent parfaitement, dans pas plus qu’ils ne permettent de tion sociale en mettant l’accent sur
un cadre géographique restreint, mesurer les risques que ces mon- la lutte contre la toute puissance
leur rôle d’unité de compte et d’ins- naies pourraient éventuellement des banques et l’économie casino,
trument d’échange, en parallèle à la comporter (contrefaçon des billets, la promotion de l’économie locale
monnaie nationale, les MLC n’ont blanchiment de fonds, fraude à la sur la base d’exigences environne-
pas vocation à être des réserves de TVA...). mentales et la construction d’une
valeur. Par définition, ce ne sont pas citoyenneté en action.
des instruments d’épargne. Ce ne Leur objectif est toutefois plus qua-
sont pas non plus des instruments litatif que quantitatif. « Donnant Ce faisant, elles s’inscrivent
de crédit. Elle ne donnent lieu à à leurs participants le pouvoir de dans une démarche d’éducation
61
populaire permettant de question- numérique. Gérées par le Crédit prorata du nombre de leurs salariés
ner et de redéfinir le lien des ci- municipal de Nantes, les transac- et pouvant aller jusqu’à 2 000 euros
toyens à la monnaie. tions se font sur une plateforme par an.
informatique en ligne et via des
applications mobiles ou une carte En mars 2017, c’est la monnaie lo-
LES MLC : DU PAPIER AU bancaire utilisable sur les termi- cale basque, l’eusko, existant sous
NUMÉRIQUE naux des commerçants. forme de billets depuis janvier
2013, qui a pris le tournant du
Si les MLC existent aujourd’hui Un an après sa création, elle avait numérique.
presque uniquement sous forme séduit 800 particuliers mais seu-
papier, leur dématérialisation est lement 150 entreprises pour un Les consommateurs peuvent dé-
clairement à l’ordre du jour. Deux volume de transactions de 41 000 sormais effectuer des virements en
MLC numériques existent depuis
Source : Financement euros. Une de ses difficulté est que
participatif France ligne et sont équipés de cartes de
peu en France. si l’adhésion est gratuite pour les paiement. L’eusko est aujourd’hui
particuliers, elle est payante pour la troisième monnaie complé-
La SoNantes, lancée en avril 2015 les entreprises qui financent donc mentaire d’Europe par son réseau
et s’inspirant de l’exemple du WIR, le modèle économique de la So- (3 000 particuliers et 660 entre-
est une monnaie exclusivement Nantes, selon un tarif établi au prises, commerces et associations)
MONNAIE EN CIRCULATION
MONNAIE EN PROJET
NE CIRCULE PLUS
Source : http://monnaie-locale-complementaire-citoyenne.net
62
et par la masse monétaire en cir- alternatif permettant de se passer à la monnaie légale. C’est en même
culation (550 000 euros), à côté du des banques et de toute autorité de temps un système de paiement to-
Chiemgauer en Bavière et du Bris- régulation. talement décentralisé fonctionnant
tol pound anglais. sans intermédiaires (banques ou
On qualifie souvent ces dernières de États), les transactions se faisant di-
Par ailleurs, un projet de monnaie cryptomonnaies car elles utilisent rectement entre les ordinateurs des
nationale d’intérêt local, le Coopek, des procédés cryptographiques utilisateurs (pair à pair).
totalement dématérialisée et uti- pour contrôler la création moné-
lisable dans toute la France, est en taire et sécuriser les transactions. Il La création de bitcoins est prédéter-
préparation. Une de ses ambitions en existe plusieurs centaines dont le minée par un protocole informa-
est de contribuer à faire passer les bitcoin est la plus connue et la plus tique qui récompense ainsi un ré-
MLC à l’électronique. importante (90 % de l’activité). seau d’internautes (les mineurs) qui
consacrent la puissance de calcul de
Ces monnaies numériques ou vir- leurs ordinateurs à la validation des
63
permettant de crypter et décryp- la sphère privée de toute immixtion 5.2.3 – LE BITCOIN
ter les messages correspondant aux de l’État. EST-IL VRAIMENT UNE
transactions. MONNAIE ?
Leur ambition était d’établir un sys-
L’ensemble des transactions est tème de paiement libéré de toute Le bitcoin n’est pas une monnaie
inscrit dans une sorte de re- influence étatique, intraçable et ayant cours légal et peut donc être
gistre public, la chaîne de blocs désintermédié. Ils rejoignaient refusé lors d’un paiement. Mais
(blockchain), présent sur les or- ainsi les préoccupations des théo- rien ne l’empêche de circuler auprès
dinateurs de tous les utilisateurs. riciens néolibéraux pour qui la de tous ceux qui l’acceptent.
Mais cette transparence s’accom- concurrence et le marché suffisent
pagne de l’anonymat des parti- à permettre l’autorégulation de la Ce n’est pas non plus un moyen de
cipants garanti par le recours à la monnaie. paiement, à la différence de la mon-
cryptographie. naie électronique, dans la mesure
La présentation du bitcoin comme où il n’est pas émis contre remise
une « monnaie saine », pure de de fonds et où il n’est pas assorti
5.2.2 – L’IDÉOLOGIE toute manipulation ou défaillance d’une garantie légale de rembour-
DERRIÈRE LA TECHNIQUE humaine, renvoie en outre à l’idée sement à tout moment et à la valeur
que la monnaie s’inscrit dans un nominale.
Les promoteurs du bitcoin le pré- ordre naturel qu’il faudrait éviter
sentent comme une technique de perturber par des interventions Il remplit pourtant les trois fonc-
neutre, exploitant les innovations politiques. Cette filiation appa- tions qui définissent a priori une
technologiques pour rendre la raît clairement dans la référence à monnaie : unité de compte, instru-
monnaie enfin libre. l’or, omniprésente à la fois dans la ment d’échange et réserve de valeur.
conception du bitcoin (quantité Mais pour le considérer comme un
En fait, derrière l’apparente neu- limitée et « extraction » indépen- réel système de paiement, il faut
tralité du code informatique et des dante de toute décision politique), répondre à deux questions : com-
algorithmes, il y a une idéologie. dans sa représentation (pièce dorée ment accède-t-on à cette monnaie
Le bitcoin véhicule des valeurs et frappée du symbole du bitcoin), et quels en sont les risques ?
rassemble une communauté por- dans le vocabulaire (« mineur »,
teuse d’un projet politique : libérer « extraction », « pièce » (coin) dans La question de l’accès à la monnaie
la monnaie de l’État et des banques. le nom lui-même…) et dans les dis- est fondamentale car elle détermine
cours où il est parfois qualifié d’« or sa capacité à répondre aux besoins
Le bitcoin a été porté à la fois par numérique ». de l’économie. Or de ce point de
le mouvement libertarien, ennemi vue, la conception même du bit-
de toute intervention publique dans Si le bitcoin porte bien une alterna- coin pose problème. La quantité
l’économie, et par un courant cryp- tive à l’ordre existant, celle-ci s’ap- de monnaie créée par le système
to-anarchiste pour lequel la cryp- parente plus à un retour en arrière est limitée par le programme à 21
tographie permet de renforcer les qu’à une vision d’avenir en dépit de millions de bitcoins, montant qui
libertés individuelles en protégeant la modernité des outils utilisés. pourrait être atteint aux alentours
ÎÎ le bitcoin est en concurrence avec les monnaies sont des outils de solidarité,
légales, alors que les monnaies locales en sont ÎÎ il incite à thésauriser la monnaie pour en tirer profit,
complémentaires, alors que les MLC incitent à la dépenser et à stimuler
ÎÎ il est dé-territorialisé alors que les MLC sont ancrées ainsi l’activité économique,
dans un territoire, ÎÎ la volatilité du bitcoin s’oppose à la stabilité des MLC
ÎÎ il est conçu comme un bien privé alors que les MLC (parité avec la monnaie légale),
se veulent des biens communs, ÎÎ son opacité (anonymat) s’oppose à la transparence
ÎÎ c’est un instrument de spéculation alors que les MLC promue par les MLC.
64
Fonctionnement d’un paiement en bitcoin
ELLE UTILISE SON L’ACHETEUR
UNE PERSONNE PORTE-MONNAIE ENVOIE UN
FAIT UN ACHAT ÉLECTRONIQUE ORDRE D’ACHAT
SUR INTERNET DOTÉ DE CRYPTÉ
BITCOINS
LE PORTE-MONNAIE LE PROPRIÉTAIRE
LE BLOC DE TRANSACTION
ÉLECTRONIQUE DE L’ORDINATEUR EST VÉRIFIÉ ET VALIDÉ
DU VENDEUR
EST CRÉDITÉ
DU MONTANT
DE LA TRANSACTION
AYANT FINALISÉ
LA VALIDATION DE
LA TRANSACTION
EST PAYÉ EN BITCOINS
PAR LES ORDINATEURS
DU RÉSEAU BITCOIN
PUIS AJOUTÉ
À LA CHAINE DE BLOC
des années 2140. Et, le rythme de détenteurs à des risques que plu- le bitcoin reproduit les caracté-
création des bitcoins est réglé pour sieurs incidents ont déjà illustré : ristiques d’une « monnaie capita-
diminuer au fur et à mesure que le risques juridiques en cas de faillite liste » : accumulation, inégalités
nombre de « mineurs » et la capa- d’une contrepartie par exemple, ou et concentration des richesses.
cité de calcul de leurs ordinateurs risque de piratage informatique. 60 % des bitcoins sont en effet
augmentent. « dormants », signe que leurs dé-
En outre, l’anonymat des transac- tenteurs cherchent plus à les stoc-
En organisant la pénurie de cette tions ouvre la voie à son utilisation ker qu’à les dépenser. 97 % des
monnaie virtuelle, ses concepteurs à des fins criminelles (vente sur In- comptes possèdent moins de 10
lui ont conféré un caractère haute- ternet de biens ou services illicites) bitcoins tandis que 78 comptes
ment spéculatif qui ne lui permet ou à des fins de blanchiment ou de dans le monde en concentrent plus
pas d’être un véritable instrument financement du terrorisme. de 10 000 chacun, et 1 % seulement
de paiement et de contribuer effi- des utilisateurs possèdent 50 %
cacement au financement de l’ac- des bitcoins en circulation. Enfin
tivité économique. L’extrême vola- 5.2.4 – UNE ALTERNATIVE des chercheurs ont découvert que
tilité du bitcoin sur les plateformes RÉGRESSIVE les premières transactions impor-
Internet où il s’échange contre des tantes provenaient toutes d’une
devises officielles confirme que sa L’apparition du bitcoin confirme transaction initiale et avaient per-
détention relève pour beaucoup ce que l’histoire enseigne, à savoir mis à un seul compte, celui du fon-
davantage de la spéculation que de que l’appropriation et la gestion dateur, d’accaparer près de 980 000
la contribution au commerce. de la monnaie sont l’objet d’une bitcoins.
lutte permanente entre la sphère
Même en tant qu’actif financier, le publique et la sphère privée. Mais
bitcoin présente un intérêt limité.
Outre sa volatilité, accentuée par le
cette monnaie privée, qui repose
sur une conception réactionnaire 5. 3 – La micro-
fait qu’il n’est adossé à aucune acti-
vité réelle, les incertitudes quant à
sa convertibilité dans les différentes
de la monnaie inspirée de la « re-
lique barbare » que constituait l’or
selon Keynes, est essentiellement
finance
monnaies légales, indispensable pour l’instant un actif spéculatif. La micro-finance vise à permettre
pour en tirer bénéfice mais qu’au- l’accès à des services financiers à
cun organisme ne garantit, rendent On peut douter également de la des personnes exclues du système
sa détention risquée. Plus généra- réalité de l’alternative censée être bancaire traditionnel. Son princi-
lement, son développement hors portée par cette monnaie virtuelle pal objet est l’octroi de microcré-
de toute réglementation expose ses quand des études montrent que dits mais elle propose aussi d’autres
65
services comme la micro-épargne, En France, plusieurs associations 5.3.1 – LE MICROCRÉDIT
la micro-assurance, voire des – France Initiative, France Active, PERSONNEL
moyens de paiements dans certains l’Adie (Association pour le droit à
pays peu bancarisés. l’initiative économique) – ont initié Les microcrédits personnels sont
ce type de prêts à la fin des années destinés aux personnes dont les
Elle est apparue dans les années 1980 afin d’aider à l’intégration éco- revenus sont trop faibles pour pou-
1970 dans les pays en développe- nomique et sociale de personnes en voir accéder au crédit classique ou
ment, avec notamment la création grande précarité. dont la situation sociale et profes-
de la Grameen Bank, en 1976 au sionnelle est fragile.
Bangladesh, par Muhammad Yu- L’appui des pouvoirs publics qui
nus (prix Nobel de la Paix en 2006). sont intervenus pour sécuriser ju- Ils financent le plus souvent des
Afin de permettre aux femmes les ridiquement, financièrement et projets relatifs à l’accès à l’emploi
plus pauvres d’échapper à la préca- socialement ces microcrédits (lois (achat ou réparation d’un véhi-
rité et notamment à la dépendance sur la cohésion sociale en 2005 et cule, permis de conduire...) mais
par rapport à leurs fournisseurs, qui sur le crédit à la consommation en également des travaux de rénova-
leur vendaient à crédit et à des prix 2010) a grandement facilité leur tion du logement, voire des soins
très élevés les matières premières développement. de santé. Leur montant maximum
nécessaires à leurs petites activités est de 5 000 euros mais la moyenne
artisanales, cette banque leur ac- On distingue les microcrédits per- avoisine 2 200 euros. Leur durée
cordait des prêts de faible montant sonnels, destinés à financer des est comprise entre 6 et 36 mois et
en s’appuyant sur la caution d’un projets permettant d’améliorer la leurs taux d’intérêt, variables selon
groupe de personnes solidaires situation professionnelle ou l’inser- les banques, allaient de 2,8 % à 4 %
pour en garantir le remboursement. tion sociale des personnes concer- en 2015.
nées, et les microcrédits profession-
Ce système s’est répandu dans de nels, destinés à faciliter la création Le Fonds de cohésion sociale (FCS),
nombreux pays en développement d’entreprises, même si la frontière créé en 2005 et géré par la Caisse
avant de gagner les pays industria- entre les deux n’est pas toujours des dépôts pour le compte de l’État,
lisés au cours des années 1990. évidente. apporte sa garantie, à hauteur de
66
« caractère de fonds propres », d’un
RÉPARTITION DES MICRO-CRÉDITS PERSONNELS montant inférieur à 10 000 euros,
EN FRANCE 2014 Source : Convergences parfois octroyé sans intérêt (prêts
d’honneur) : il sert de levier pour
obtenir d’autres prêts bancaires.
EMPLOI ET Les microcrédits professionnels
MOBILITÉ sont remboursables sur une durée
76% maximale de 5 ans. Leur montant
AUTRES
7% moyen est légèrement supérieur à
6 000 euros.
SANTÉ EN 2014
1% 14774
MICRO-CRÉDITS 5.3.3 – UN BILAN POSITIF
ÉDUCATION À AMÉLIORER
FORMATION ONT ÉTÉ
3% ATTRIBUÉS
Bien qu’en rapide progression, le
microcrédit reste toutefois à un
LOGEMENT niveau minime. Fin 2015, son en-
13% cours total atteignait 1 284 millions
d’euros, en augmentation de 8 %
sur un an, mais il ne représentait
que 0,07 % des crédits distribués
par les banques. Les microcrédits
personnels (165 millions d’euros),
en hausse de 20 % par rapport à
50 %. C’est un moyen d’inciter les 5.3.2 – LE MICROCRÉDIT 2014, représentaient 0,1 % des cré-
banques à octroyer ces microcré- PROFESSIONNEL dits à la consommation accordés
dits en limitant leurs risques. Ceux- aux particuliers.
ci sont toutefois modestes puisque Les microcrédits professionnels
le taux de sinistralité, c’est-à-dire le s’adressent à des personnes (chô- Sans être une solution miracle, le
nombre de microcrédits accordés meurs ou bénéficiaires des mi- microcrédit a des effets positifs
ayant nécessité un recours à la ga- nima sociaux notamment) qui pour ses bénéficiaires, tant en ce
rantie, se situe autour de 5 %, ce qui souhaitent créer ou conforter leur qui concerne leur insertion so-
reste « relativement faible » selon le propre emploi mais ne peuvent ob- ciale qu’en matière d’emploi et de
Fonds de cohésion sociale. tenir le concours des banques. Ils revenu. Il devrait donc être bien
constituent une alternative pour plus largement développé compte
Une autre caractéristique essen- financer la création ou la reprise tenu de l’ampleur des besoins à sa-
tielle du microcrédit personnel est d’entreprises, voire le développe- tisfaire. Au-delà de la dimension
la nécessité pour l’emprunteur de ment de petites entreprises. L’ac- strictement financière, c’est surtout
faire l’objet d’un accompagnement compagnement préalable des bé- l’accompagnement social qui fait
social, via des associations ou les néficiaires par les organismes qui la différence. Or toutes les études
centres communaux d’action so- accordent ou garantissent ces prêts montrent que celui-ci n’est pas tou-
ciale. Ces organismes jouent un rôle est indispensable. Il se poursuit jours à la hauteur, faute à la fois
d’intermédiaires entre les banques après le déblocage du microcrédit d’un manque de moyens et de com-
et les emprunteurs et suivent ces afin de contribuer à la pérennité de pétences au sein des associations et
derniers sur toute la durée du prêt. l’entreprise financée. des organismes sociaux, et d’une
faible implication de la plupart des
C’est là encore un moyen de rassu- On distingue : banques, qui s’intéressent à ce cré-
rer les banquiers mais aussi les em- ÎÎ le microcrédit professionnel « à neau surtout pour l’image valori-
prunteurs, qui sont par définition caractère général » d’un montant in- sante qu’il leur donne mais sans en
des personnes fragiles, en les aidant férieur à 25 000 euros : il est accor- faire un véritable axe stratégique.
dans leurs démarches et la gestion dé avec un taux d’intérêt souvent
de leur budget et en les protégeant un peu plus élevé que la moyenne On pourrait donc envisager d’im-
notamment contre le risque de des taux, poser aux banques, au titre des
surendettement. ÎÎ le microcrédit professionnel à missions d’intérêt général qu’elles
67
doivent assurer en contrepartie de
leur pouvoir de création monétaire, 5. 4 – La finance Apparu d’abord pour financer des
projets artistiques (disques, livres,
de contribuer à la fois à l’alimenta-
tion du FCS (ce qui soulagerait les
finances publiques) et à la prise en
participative films…) ou humanitaires (écono-
mie solidaire, projets caritatifs…),
ce phénomène s’est étendu à la
charge des coûts de formation des 5.4.1 – UN NOUVEAU création d’entreprises (start-up…)
accompagnants. Cette contribution MODE DE FINANCEMENT et même à l’immobilier.
pourrait même être modulée pour
tenir compte du degré d’engage- La finance participative (crowd- On distingue 3 types de plates-
ment des établissements bancaires funding ou « financement par la formes suivant la nature des ap-
dans l’octroi de microcrédits : ceux foule ») permet à des porteurs de ports de fonds :
dont la proportion de ces prêts dans projets de se procurer des fonds ÎÎ collecte de dons, avec ou sans
l’ensemble de leurs crédits serait in- directement auprès de prêteurs, via contreparties (places de concert,
férieure à la moyenne verraient leur une plateforme Internet, sans pas- objet symbolique...) ;
contribution augmenter. ser par les banques. ÎÎ octroi de prêts, avec ou sans in-
térêts ;
En outre, afin d’éviter que, sous pré- Venu des États-Unis au début des ÎÎ souscription de titres.
texte que cette clientèle serait plus années 2000, ce mode de finance-
risquée, les banques n’imposent aux ment privilégie le lien social et la Quel que soit le modèle de finance-
plus démunis des taux d’intérêt su- proximité et concerne souvent des ment et les services offerts par les
périeurs à ceux qu’elles pratiquent projets revendiquant des valeurs plateformes de finance participa-
habituellement (ce qui est le cas et auxquelles les prêteurs sont atta- tive, celles-ci doivent respecter la
ne se justifie pas puisqu’il y a une chés. Les fonds sont généralement réglementation et les obligations
garantie publique), il conviendrait collectés auprès d’un grand nombre correspondant aux activités exer-
de fixer un plafond en référence aux d’internautes sous la forme de cées : collecte de fonds, conser-
taux moyens constatés. contributions relativement faibles. vation et gestion de fonds, appel
public à l’épargne, distribution de
produits financiers… Un cadre
réglementaire spécifique a été mis
en place en 2014 pour s’adapter à
ÉVOLUTION DU FINANCEMENT PARTICIPATIF cette innovation et en permettre le
développement tout en sécurisant
EN FRANCE (2015/2016) Source : Financement participatif France
les prêteurs et les emprunteurs.
Il précise le type d’agrément et les
règles dont relèvent les plateformes
+37% +46% suivant la nature de leurs activités
+36%
et institue un statut d’« intermé-
diaire en financement participatif »
100 pour celles qui ne proposent que
2016 des financements sous forme de
233,8 MILLIONS D’EUROS dons. Leur supervision est assurée
80 par l’ACPR (Autorité de contrôle
prudentiel et de résolution) ou par
2016 2016 l’AMF (Autorité des marchés finan-
2015
60 ciers) suivant les cas, et un label
« Plateforme de financement parti-
2015 2015 cipatif régulée par les autorités fran-
40 çaises » est censé assurer aux clients
le respect de ces règles.
68
millions en 2014 et 78,3 millions RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DU
en 2013. Leur répartition a été la
suivante : 196,3 millions d’euros FINANCEMENT PARTICIPATIF EN MÉTROPOLE
(+122 % sur un an) sous forme de Source : Financement participatif France
prêts, 50,2 millions d’euros (+31 %)
sous forme de dons et 50,3 millions
d’euros (+98 %) en investissement
en capital. 2,3 millions de Français
ont participé au financement d’un
projet sous cette forme depuis 2008.
5.4.2 – UN COMPLÉMENT
PLUS QU’UNE
ALTERNATIVE AU CRÉDIT
BANCAIRE 0 à 5%
5 à 10%
Malgré sa croissance rapide, la fi-
nance participative, comme le mi-
10 à 15%
crocrédit, représente une goutte + de 20%
d’eau comparée au crédit bancaire
qu’elle a moins vocation à rempla-
cer qu’à compléter en permettant
à certains acteurs de trouver par
cette voie des financements que les
banques leur procurent peu ou pas.
69
participative. Au-delà de son im-
pact quantitatif, cette participation
financière, qui constitue une opéra-
tion de crédit, est intéressante en ce
qu’elle met la création monétaire au
service de la finance participative,
c’est-à-dire de projets soutenus par
des collectifs d’épargnants.
70
06 CONCLUSION
L
a monnaie n’est pas seule- affrontement pour son appropria- cœur du processus de création mo-
ment un objet, aussi im- tion et sa mise au service de tous. nétaire, c’est-à-dire leur permettre
portant soit-il pour notre de l’orienter en fonction de leurs
vie quotidienne et pour C’est dans cette perspective que besoins et de leurs choix dans une
le fonctionnement de l’économie. s’inscrit cette brochure dont l’ob- relation de proximité qui ne doit
Son utilisation et sa gestion ne re- jectif consiste à armer ses lecteurs bien sûr pas ignorer la nécessité
lèvent pas de simples considéra- en leur donnant quelques clés d’une solidarité à plus large échelle.
tions techniques. Elle constitue un pour comprendre les enjeux et les
élément structurant de toute socié- moyens de mener ce combat. L’expérience des monnaies locales
té et elle est à la base du lien social. et de la finance participative ouvre
C’est ce que certains appellent « un Se réapproprier la monnaie, c’est à cet égard des voies intéressantes
fait social total » en ce sens qu’elle d’abord reprendre le contrôle sous réserve de les articuler à une
concerne tous les membres de la des institutions qui la créent, les réelle reprise en main collective sur
société et en conditionne les rela- banques et les banques centrales. le pouvoir monétaire au niveau glo-
tions sous toutes leurs dimensions Nous avons esquissé quelques pro- bal. Il convient également de sortir
(économique, sociale, politique, positions en ce sens (cf. 2.4). C’est la monnaie de sa gangue techno-
morale…). Son utilisation s’inscrit aussi faire de la monnaie un bien cratique et de remettre au premier
ainsi au cœur des affrontements so- réellement commun et partagé, plan sa dimension fondamentale-
ciaux dont elle est à la fois le reflet et c’est-à-dire permettre à tous d’y ac- ment sociale et politique.
un des instruments. céder tant sous sa forme de moyens
de paiement (mise en place d’un Se réapproprier la monnaie, c’est
Elle peut donc être un outil au ser- service bancaire de base universel finalement jeter les bases d’un vé-
vice de politiques visant à asser- et gratuit) que dans sa dimension ritable service public de la monnaie
vir les peuples et à les soumettre de financement (revendication au service et sous le contrôle des
aux conditions imposées par les d’un droit au crédit à définir). citoyens.
classes dominantes. L’exemple de
l’euro est à cet égard significatif. Mais se réapproprier la monnaie,
Mais elle peut aussi être l’objet d’un c’est aussi mettre les citoyens au
71
07 REPÈRES
HISTORIQUES
335 333 av. JC
Quelques repères Aristote théorise les trois fonctions de la
monnaie : unité de compte, intermédiaire des
72
781 1668
Après des décennies de désordres Création de la première Banque centrale, la
monétaires, Charlemagne restaure le Banque de Suède.
monopole royal de frapper monnaie.
1701 1716
806 821 Premières émissions de papier-monnaie en
La Chine recours à la monnaie de papier pour France, notamment par le banquier écossais
faire face à une pénurie de cuivre. Celle-ci John Law qui fait faillite en 1720 ne pouvant
obtiendra cours légal en 1024 mais sera faire face aux demandes de remboursement
abandonnée en 1455. des billets en or.
73
1865
Création de l'Union latine : union monétaire
entre la France, la Belgique, la Suisse et
l'Italie, rejoints par la Grèce en 1868. Elle sera
dissoute en 1927.
1913
Création de la Federal Reserve, banque
centrale des États-Unis.
1928
Le franc Germinal est remplacé par le Franc
Poincarré : dévaluation de 80 %.
1932 1933
Première expérience de monnaie locale à
Wörgl (Tyrol), conçue pour perdre 1 % de sa
valeur chaque mois afin de lutter contre la
1960
Création du Nouveau franc, équivalant à 100
anciens francs.
1966
Première carte de crédit à usage général
lancée par 14 banques américaines. En
France, le Groupement Carte Bleue se
constitue en 1967.
1971
Le dollar cesse d’être convertible en or. Cela
entraîne la fin du système des changes fixes
en 1973. Les monnaies « flottent » les unes par
rapport aux autres et l’or perd définitivement
tout rôle monétaire en 1976.
1979
0
thésaurisation dans le contexte de la Grande Création du Système monétaire européen,
dépression. Elle sera interdite fin 1933. En système de changes fixes mais ajustables
1934, le Wir est lancé en Suisse et circule qui limite à ± 2,25 % les fluctuations des
toujours. monnaies européennes entre elles.
1944 1998
Accords de Bretton Woods qui réorganisent Création de la Banque centrale européenne.
le système monétaire international. Le dollar,
seul convertible en or, devient la monnaie
de référence par rapport à laquelle les autres 1999
sont définies. Création du Fonds monétaire Introduction de l’Euro. Les pièces et billets en
international et de la Banque mondiale. euros seront mis en circulation en 2002.
74
08
GLOSSAIRE
§§ ACTIF §§ BANQUE DE L’OMBRE
Tout élément du patrimoine ayant une valeur écono- Dite aussi « banque parallèle » ou « shadow banking »,
mique. On distingue les actifs financiers (monnaie, elle regroupe des institutions qui exercent des activités
titres financiers) et les actifs réels (immeubles, ma- proches de celles des banques sans être soumises aux
chines, œuvres d’art...). mêmes règles et à la même surveillance. Créées pour la
plupart par les grandes banques, dépendantes d’elles et
agissant pour leur compte, elles constituent un moyen
§§ ACTION de contourner la réglementation bancaire.
Titre de propriété représentant une fraction du capital
d’une entreprise. Il donne à son détenteur (actionnaire)
le droit de recevoir une part, variable, des bénéfices (di- §§ BANQUE SYSTÉMIQUE
vidende) et, théoriquement, de participer aux assem- Banque dont le poids et les interactions avec les autres
blées générales. sont tels que sa faillite menacerait l’ensemble du sys-
tème financier mondial. 30 banques sont dans ce cas,
dont 4 françaises (BNP-Paribas, Crédit agricole, Socié-
§§ AGRÉGAT té générale, BPCE).
Grandeur synthétique mesurant l’activité économique
et ses composantes (exemple : le PIB). Les agrégats
monétaires mesurent les différentes composantes de la §§ BANQUE UNIVERSELLE
masse monétaire. Grand conglomérat financier, dit aussi « banque géné-
raliste », regroupant et exerçant les différents métiers
de la banque de détail (dépôts, épargne, placements,
§§ ASSOUPLISSEMENT QUANTITATIF (QUANTITATIVE crédit), de la gestion d’actifs, et de la banque d’affaires
EASING) (trading, émission d’actions, émission d’emprunt, fu-
Politique monétaire non conventionnelle consistant, sions-acquisitions), voire souvent aussi de l’assurance
pour la banque centrale, à tenter de stimuler l’écono- (bancassurance).
mie en injectant des liquidités via des rachats massifs
de titres sur le marché.
75
§§ BULLE SPÉCULATIVE sociale). Selon le Pacte de stabilité et de croissance, il ne
Hausse continue, excessive et artificielle du prix d’un doit pas dépasser 3 % du PIB. Le déficit public primaire
actif sous l’effet de comportements spéculatifs. Comme ne tient pas compte des charges d’intérêt liées au rem-
une bulle de savon qui s’élève puis éclate, le prix risque boursement de la dette publique ni des revenus d’actifs
de chuter brutalement, provoquant des pertes pour les financiers reçus. Il mesure plus précisément le besoin
investisseurs et les banques qui les ont financés et pou- de financement d’un État. Le TSCG (Traité sur la sta-
vant engendrer une crise majeure pour l’économie. bilité, la coordination et la gouvernance) impose de ra-
mener le déficit public structurel (corrigé des effets de
la conjoncture) à 0,5 % du PIB.
§§ BON DU TRÉSOR
Titre émis par l’État pour financer sa dette.
§§ DÉPÔT À VUE
Dépôt de fonds sur un compte bancaire dont la dispo-
§§ CHANGE nibilité est immédiate.
Opération de conversion d’une monnaie dans une
autre. Le régime de change désigne les règles en fonc-
tion desquelles sont déterminés les taux de change. §§ DETTE PUBLIQUE
Dans un régime de changes fixes, le cours des monnaies Ensemble des emprunts contractés par les administra-
est fixé par rapport à un étalon et dépend de décisions tions publiques (État, collectivités territoriales et orga-
politiques. Dans un régime de changes flottants, les taux nismes de sécurité sociale). Dans le cadre du Pacte de
de change fluctuent au gré de l’offre et de la demande. stabilité et de croissance, elle ne doit pas excéder 60 %
du PIB.
§§ COLLATÉRAL
Actif financier apporté en garantie dans une transac- §§ DÉVALUATION
tion financière pour le cas où le débiteur ne pourrait Réduction de la parité d’une monnaie par rapport
faire face à ses engagements. aux autres, décidée par les autorités monétaires dans
le cadre d’un régime de changes fixes. En régime de
changes flottants, la baisse du cours d’une monnaie est
§§ COURS FORCÉ une dépréciation.
Inconvertibilité en or d’une monnaie.
§§ EFFET DE LEVIER
§§ COURS LÉGAL Recours à l’endettement pour augmenter la capacité
Caractère d’une monnaie qui ne peut être refusée d’investissement d’un opérateur : investir 100 en ne dé-
comme moyen de paiement. tenant que 20 (levier de 5 pour 1). Cette technique ac-
croît la rentabilité des capitaux engagés mais peut aussi
amplifier les pertes.
§§ CRÉANCE
Somme d’argent qu’une personne (créancier) a le droit
d’exiger d’une autre (débiteur). §§ EMPRUNT TOXIQUE
Prêt dit « structuré » combinant dans un seul et même
contrat un prêt bancaire classique et un ou plusieurs
§§ DÉFAUT produits dérivés qui ont pour effet de faire évoluer le
Non-paiement par un débiteur, à une échéance don- coût du crédit selon des formules complexes et des réfé-
née, du principal et/ou de l’intérêt de sa dette. Contrai- rences peu maîtrisables. En règle générale, il comporte
rement à une entreprise, un État ne peut pas faire fail- une première période très attractive, suivie d’une deu-
lite. Il fait défaut lorsqu’il annonce à ses créanciers qu’il xième partie plus coûteuse pour le souscripteur.
ne peut pas les rembourser.
§§ ÉTALON-OR
§§ DÉFICIT PUBLIC Système monétaire dans lequel la valeur des monnaies
Solde négatif du budget des administrations publiques est définie par leur poids en or.
(État, collectivités territoriales et organismes de sécurité
76
§§ ÉTALON DE CHANGE-OR §§ INSTRUMENT FINANCIER
Système monétaire international instauré par les Titre financier (action, obligation) ou contrat financier
Accords de Bretton-Woods (1944), dans lequel le (produit dérivé).
dollar américain, seule devise définie par son poids
d’or, sert de référence pour fixer la valeur des autres
monnaies. §§ INTÉRÊT
Somme versée en rémunération d’un placement ou
perçue par un prêteur. Elle est calculée en fonction du
§§ FINANCIARISATION montant placé ou emprunté, de la durée de l’opération
Terme désignant l’influence croissante des institutions et du taux retenu.
et des marchés financiers dans le fonctionnement de
l’économie. Elle favorise les comportements spécu-
latifs et la recherche d’une rentabilité à court terme §§ LIQUIDITÉ
au détriment du développement à long terme des Qualité d’un actif qui peut être rapidement transformé
entreprises. en monnaie sans perte significative de valeur.
§§ MONNAIE FIDUCIAIRE
§§ FONDS DE PENSION Pièces et billets de banque.
Fonds d’investissement dont la vocation est de gérer un
régime de retraite par capitalisation.
§§ MONNAIE SCRIPTURALE
Dépôts à vue auprès des banques.
§§ FONDS PROPRES (CAPITAUX PROPRES)
Ressources inscrites au passif du bilan d’une entre-
prise, qui correspondent aux fonds apportés par les §§ NÉOLIBÉRALISME
actionnaires. Courant de pensée développé dans l’entre-deux-
guerres et devenu dominant avec l’arrivée au pouvoir
de Thatcher en 1979 et Reagan en 1980. Considérant
§§ FONDS SPÉCULATIF (HEDGE FUND) que les mécanismes du marché, laissés entièrement
Fonds d’investissement à haut risque portant princi- libres, conduisent au plus haut niveau d’efficacité et de
palement sur des produits à effet de levier particuliè- richesse, il préconise la réduction du rôle de l’État, des
rement élevé, c’est-à-dire permettant, pour des mises dépenses publiques et de la fiscalité, la dérégulation des
limitées, d’opérer sur des montants beaucoup plus im- marchés, la libéralisation des mouvements de capitaux,
portants, mais avec des risques considérables. un contrôle strict de l’évolution de la masse monétaire
pour prévenir les effets inflationnistes, la privatisation
des entreprises publiques et l’abaissement du coût du
§§ INFLATION travail.
Augmentation générale et durable des prix qui se tra-
duit par une perte du pouvoir d’achat de la monnaie.
Le taux d’inflation est mesuré par l’évolution de l’indice §§ OBLIGATION
des prix à la consommation. Cet indice ne doit pas être Part d’un emprunt émis par une entreprise ou une col-
confondu avec un indice du coût de la vie qui vise à lectivité publique. Son détenteur perçoit un intérêt et
refléter l’évolution des dépenses des ménages. peut revendre son titre en Bourse.
77
§§ PARADIS FISCAL
Territoire caractérisé par son opacité (secret bancaire),
une fiscalité réduite ou nulle, des facilités pour créer
des sociétés-écrans sans justification d’une activité
réelle, la faiblesse ou l’absence de régulation financière
et le manque de coopération fiscale, douanière et/ou
judiciaire avec d’autres pays.
§§ PRODUIT DÉRIVÉ
Instrument financier consistant en un contrat d’achat
ou de vente à terme dont la valeur « dérive » de celle
d’un autre actif, le « sous-jacent » (action, obligation,
matière première, taux d’intérêt, cours de change…).
Moyen pour les acteurs économiques de se protéger
contre les variations des taux de change et d’intérêt,
c’est devenu un vecteur de spéculation.
§§ REFINANCEMENT
Ensemble des opérations effectuées par les banques
§§ TAUX D’INTÉRÊT DIRECTEUR
Taux d’intérêt pratiqué par la banque centrale afin de
réguler le refinancement des banques et orienter les
taux du marché.
§§ TITRE DE CRÉANCE
Reconnaissance de dette standardisée émise sur un
marché négociable.
§§ TITRE FINANCIER
Actif négociable sur un marché financier, représentant
une partie du capital d’une société (action) ou une dette
(obligations). Appelé aussi valeur mobilière ou instru-
ment financier.
§§ TITRISATION
Technique financière consistant à transformer des
créances (prêts immobiliers, crédits à la consomma-
0
commerciales pour se procurer de la monnaie centrale tion, aux entreprises…), illiquides c’est-à-dire non ven-
(émise par la banque centrale) soit sur le marché inter- dables, en titres financiers négociables sur les marchés.
bancaire, soit directement auprès de la banque centrale, Les risques afférents aux crédits sont transférés du prê-
afin de rembourser leurs dettes ou d’octroyer de nou- teur, le plus souvent une banque, à l’acheteur des titres
veaux crédits. qui n’a souvent pas les moyens d’en mesurer l’ampleur.
§§ SEIGNEURIAGE
Différence entre le coût de production d’une pièce ou
d’un billet et sa valeur faciale.
§§ SPÉCULATION
Achat ou vente d’un bien ou d’un actif avec intention de
le revendre à une date ultérieure, lorsque l’opération est
motivée par l’espoir d’une variation de son prix et non
par l’avantage lié à son usage ou à sa détention. Pro-
cédant d’un pari, la spéculation est par nature risquée.
Déstabilisant les marchés, elle est à l’origine des crises
financières.
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09 BIBLIOGRAPHIE
II L’HYDRE MONDIALE. L’OLIGOPOLE BANCAIRE
II LA MONNAIE ET SES MÉCANISMES François Morin, Lux Éditeur
Dominique Plihon, coll. Repères, La Découverte
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FINANCES