DENDROCHRONOLOGIE
Il est relativement facile de connaître l’âge du bois en comptant les anneaux de
croissance. Mais les cernes gardent aussi la trace des événements importants qui ont
marqué la vie d’un l’arbre. Leur épaisseur témoigne notamment des variations
climatiques qui ont affecté à un moment ou à un autre sa croissance : plus les
conditions sont néfastes, plus les cernes sont étroits, plus les conditions sont
favorables, plus les cernes sont larges.
La dendrochronologie est une méthode scientifique qui utilise ces fluctuations dans
la croissance des arbres pour faire des datations. Les premières séquences de
références ont été établies en 1930 par l'astronome américain Andrew Douglas sur
des séquoias vieux de 5000 ans.
En France, un laboratoire de dendrochronologie s’est ouvert à Bordeaux en 1987. Les
recherches menées ont montré les changements climatiques qui sont survenus par le
passé dans notre région. Il a été nécessaire de réaliser de nombreuses séquences de
références en Europe à cause des microclimats et des arbres qui marquent moins en
zone tempérée.
Les conditions climatiques particulièrement difficiles (froid intense, sécheresse
prolongée) sont enregistrées par les arbres sous la forme de microcernes. Ces
années difficiles sont autant de signatures sur un ensemble d’anneaux car une année
difficile a des conséquences pendant plusieurs saisons. Par exemple la sécheresse
de 1976 a eu des conséquences jusqu'en 1982 : un arbre va utiliser ses réserves pour
supporter la sécheresse mais épuisé, il va péricliter pendant 2 ans et produire des
micro cernes avant de reconstituer lentement ses réserves.
En analysant les anneaux
de croissance de nombreux
bois, on peut reconstituer
globalement pour chaque
essence végétale et par
région, des indices de
croissance année par année
pour établir un catalogue de
références. Sur un arbre
actuel, on part de l'écorce
puis on remonte le temps en
suivant les cernes. On
mesure chaque cerne au
1/100 de mm près et on
représente ces mesures par
apport à une moyenne sous
la forme d’une courbe pour
obtenir une carte d'identité
climatique du lieu sur une
période donnée.
Dossier Enseignant. « Du Cœur à l’Ouvrage». CAP SCIENCES 2005.
Pour que les courbes soient représentatives, il faut travailler sur 1000 à 3000
échantillons pour 1000 ans de courbe. Actuellement on possède des données
permettant de remonter jusqu'en -697 en Aquitaine. Pour d’autres régions, on remonte
beaucoup plus loin dans le temps (7000 ans). Afin de disposer de périodes
relativement longues, il est nécessaire de relier plusieurs séquences entre elles en
utilisant le principe de synchronisation.
Pour dater un bois échantillon en utilisant les
méthodes de la dendrochronologie, il faut prélever
une carotte à l'aide d'une tarière.
Ensuite, l'observation minutieuse des cernes à l’aide
d’un appareil qui projette l'image du bois sur un
écran permet d’établir une courbe qui marque les
différentes périodes de croissance de l’arbre.
Enfin, il faut comparer la courbe obtenue à
différentes séquences de références pour trouver
une bonne correspondance. On arrive ainsi à
déterminer précisément en quelle année le bois
analysé a été abattu et la durée de son existence.
La dendrochronologie est une méthode précise permettant des datations à 1 an près.
Elle apporte aussi de nombreuses informations sur l’environnement climatique,
écologique et l’histoire de la région (feux, épidémie d’insectes…) d’où est originaire le
bois. Comme un livre d’histoire, le bois a consigné la trace des impacts humains sur la
forêt : feux, défrichement, élagage...
La recherche des pièces de bois des diverses
époques permet de corréler entre elles les
séquences fournies par chaque bois et d'établir
une courbe continue qui est un véritable calendrier
qui remonte jusqu’à la préhistoire. La méthode de
construction des courbes de référence s'apparente
un peu au jeu des dominos où les points seraient
remplacés par des codes-barres.
Grâce à ces étalons, les archéologues peuvent dater très précisément des structures
en bois : charpentes, cités lacustres, etc. Pour cela, on recherche par comparaison la
position de sa courbe dans la courbe générale. La synchronisation des cernes des
échantillons à dater avec les courbes de référence se fait grâce à des systèmes
informatisés capables de repérer les similitudes possibles. Toutefois, malgré
l’utilisation de ces techniques, un bois sur dix est indatable.
Dossier Enseignant. « Du Cœur à l’Ouvrage». CAP SCIENCES 2005.