L’impressionnisme : 1860-1880
(Edouard Manet, Edgard Degas, Paul Cézanne,
Claude Monet, Auguste Renoir, Gustave Caillebotte)
Le mouvement Impressionniste tient son nom du
tableau impression, Soleil levant, réalisé par
Claude Monet. Le tableau, daté de 1872, montre
le port du Havre au lever du soleil,
Le mouvement vise à représenter le caractère éphémère de
la lumière et ses effets sur les couleurs et les formes. Les
artistes impressionnistes font primer la couleur sur le
dessin, utilisent des compositions inhabituelles et une
touche rapide, et composent généralement en plein air sur
le motif. Tournés vers des sujets modernes, ils
représentent principalement des paysages, des scènes de la
vie intime et les loisirs de leur époque.
Claude Monet, Impression, Soleil
levant
Le symbolisme (Gérard de Nerval, Baudelaire, Paul
Verlaine, Arthur Rimbaud, Stéphane Mallarmé).
Le symbolisme peut être constaté dans les
premières formes enregistrées de narration
humaine, peintures rupestres et hiéroglyphes qui
sont littéralement des symboles représentant des
récits ou des croyances plus complexes.
Le symbolisme (Gérard de Nerval, Baudelaire, Paul
Verlaine, Arthur Rimbaud, Stéphane Mallarmé).
Le mouvement apparait en poésie vers la fin du
XIXe siècle. Il naît en réaction au positivisme. Les
symbolistes s'opposent à une vision mécaniste de
l'homme et de l'Univers en développant un art amer
et pessimiste, transcrivant un doute profond, un
sentiment d’échec ou de décadence face au progrès
récent. Il a ainsi recours à un monde imaginaire,
immatériel, dont l’évocation est permise par
l’intermédiaire du rêve (Le rêve de Redon), de la
vision ou de la représentation d’un monde de l’au-
delà.
Le positivisme
• Le positivisme est un courant philosophique
fondé au XIXe siècle par Auguste Comte, à la fois
héritier et critique des Lumières du XVIIIe siècle
et qui soumet de manière rigoureuse les
connaissances acquises à l'épreuve des faits.
• Le positivisme scientifique d'Auguste Comte s'en
tient donc aux relations entre les phénomènes et
ne cherche pas à connaître leur nature intrinsèque
: il met l'accent sur les lois scientifiques et refuse
la recherche des causes premières.
Le symbolisme face au positivisme
Le positivisme Le symbolisme
• Le référent : La science, le • Le référent : les cultes, les
progrès croyances théologiques et les
explications métaphysiques
• Le concept, rigide et froid • L’idée, la métaphore,
l’imaginaire, le rêve, la vision
• L’abstraction • L’image d’une excitation
nerveuse
• La raison, l’expérience, la • L’irrationnel, l’intuition
logique
• La réalité matérielle • L’inconscient
• L’objectivité • L’énergie affective
• Une vision mécaniste de • L’évocation d’un monde
l’homme et de l’univers imaginaire, immatériel,
Une écriture suggestive
Ils rejettent le naturalisme (caractérisé par un attachement aux sujets
sociaux et par un traitement pictural classique ou impressionniste et sa
description objective du monde concret). À l'expérience et à la raison,
ils préfèrent la suggestion, l'irrationnel, la dérision. Ils cherchent à
représenter l’Idée, la vie spirituelle et intérieure de l’homme.
« Ennemie de l'enseignement, la déclamation, la fausse sensibilité, la
description objective, la poésie symbolique cherche à vêtir l'Idée
d'une forme sensible qui, néanmoins, ne serait pas son but à elle-
même, mais qui, tout en servant à exprimer l'Idée, demeurerait sujette.
L'Idée, à son tour, ne doit point se laisser voir privée des somptueuses
simarres des analogies extérieures ; car le caractère essentiel de l'art
symbolique consiste à ne jamais aller jusqu'à la conception de l'Idée en
soi. »
Le mouvement remet l’imaginaire et le
fantastique au goût du jour. Il propose d’explorer
l’invisible du monde et le mysticisme. Il fait
prévaloir l’idée et la subjectivité.
Le symbolisme face au naturalisme
Le naturalisme Le symbolisme
• Le réel • l’imaginaire et le
fantastique
• Le monde concret • Le monde invisible
• La science • le mysticisme
• L’objectivité • la subjectivité
• La description • La suggestion
directe
Le mouvement est fondé sur l’idée que le monde
n’est que le reflet d’une réalité supérieure que le
poète/l’artiste peut transporter par des analogies
suggestives.
Le symbolisme est une recherche du sens caché
de la réalité, un idéal caché.
Les auteurs souhaitent établir une analogie entre
l’idée abstraite et l’image chargée de l’exprimer.
Le mouvement a pour objectif de fonder l’art sur
une conception spirituelle du monde et lui offrir
des moyens d’expression autres que ceux de la
simple représentation réaliste utilisée par les
autres mouvements littéraires de l’époque,
notamment, le naturalisme et l’impressionnisme.
Ainsi, dans cet art, les tableaux de la nature, les actions
des humains, tous les phénomènes concrets ne sauraient
se manifester eux-mêmes ; ce sont là des apparences
sensibles destinées à représenter leurs affinités ésotériques
avec des Idées primordiales. » (Jean Moréas, Manifeste du
Symbolisme). Ce mouvement accorde beaucoup
d'importance à la relation entre une idée abstraite et la
manière de la représenter. À l’opposé de
l’Impressionnisme, cette peinture rejette l’inspiration par
la nature. Le Symbolisme ne s’adresse pas au regard de
l’homme, mais à son esprit et à l’imagination que ce
dernier est à même de produire.
→ intérêt pour la métaphysique, l’invisible
→poésie obscure et difficilement
compréhensible,
→culte de « l'Idée » et du signe (/ le réel et la
matière)
→la suggestion prend le pas sur la représentation
→ Le poète symboliste a pour volonté d’avouer
sans honte tout ce qu’il porte en lui de plus
intime et de plus riche.
Le symbolisme permet aux écrivains d’exprimer
des idées complexes tout en offrant au lecteur
une expérience visuelle et sensorielle.
Le symbolisme dans la peinture
Le courant pictural symboliste se caractérise par une production
d’images différente de la réalité visible grâce au recours aux «
symboles » comme l’allégorie ou l’emblème. L’image doit provoquer
ou suggérer des significations nouvelles et mystérieuses, autres que
celles représentées. Bien souvent dans le paysage symboliste, la fiction
et le réel sont mêlés. L’espace pictural n’est plus un simple espace du
monde terrestre. Le paysage est traité de manière subversive la plupart
du temps. À la fin du XIXème siècle, on observe une quête de hauteur
tout comme les peintres romantiques. Le paysage symboliste oscille
entre deux pôles : une vision de la totalité du cosmos d'une part, et une
projection intégrale du psychisme d'autre part. Il n’y a pas de traitement
différent pour le fond et le 1er plan. Cette conception du paysage remet
en cause le paysage en tant que genre descriptif.
Charles Baudelaire, « Correspondances »
La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
II est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,
Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.
Charles Baudelaire, « L’Albatros »
Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.
A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.
Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !
Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
Stéphane Mallarmé, « Brise marine »
La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux,
Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe,
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend,
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l’ancre pour une exotique nature !
Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages,
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots…
Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots !
Stéphane Mallarmé, « Brise marine »
Le poème traduit l’impossible quête de
l’absolu qui hantait Mallarmé toute sa vie.
Le poème se présente comme une opposition
entre le monde des réalités et de la banalité
quotidienne qui est celui du spleen, et l’appel
de la mer qui traduit la soif de l’idéal et du
voyage. Ce divorce entre la vie et l’art, dans
la perspective symboliste, débouche sur une
réflexion essentielle quant au pouvoir
évocateur de la poésie.
Stéphane Mallarmé, « Le tombeau d'Edgar Poe »
Tel qu'en Lui-même enfin l'éternité le change,
Le Poète suscite avec un glaive nu
Son siècle épouvanté de n'avoir pas connu
Que la mort triomphait dans cette voix étrange !
Eux, comme un vil sursaut d'hydre oyant jadis l'ange
Donner un sens plus pur aux mots de la tribu,
Proclamèrent très haut le sortilège bu
Dans le flot sans honneur de quelque noir mélange.
Du sol et de la nue hostiles, ô grief !
Si notre idée avec ne sculpte un bas-relief
Dont la tombe de Poe éblouissante s'orne
Calme bloc ici-bas chu d'un désastre obscur
Que ce granit du moins montre à jamais sa borne
Aux noirs vols du Blasphème épars dans le futur.
Odilon Redon, Les yeux-clos (1890)
Les Yeux clos est le manifeste du symbolisme en
peinture. À rebours des impressionnistes qui
fuient les ateliers pour capter le visible, Redon
interprète le monde extérieur et propose une
œuvre subjective et contemplative d'une grande
force.
Le tableau représente le buste d’une femme au
visage blême, les paupières baissées du sommeil ou
bien de la mort, la bouche mutique. Ces éléments
évoquent le rêve, le voyage intérieur, la méditation,
l'absence ou l'apparition (thèmes centraux)
La peinture, extrêmement diluée, rend le portrait
presque immatériel. La femme semble flotter dans
un espace vaporeux et onirique volontairement
indéfini. Le buste dégage une impression de calme
et de sérénité.
Odilon Redon, Caliban (1881)
Odilon Redon, Sommeil de Caliban (1895-1900)
Caliban
L'un des personnages de La Tempête de
Shakespeare.
Gnome aux grandes oreilles, sauvage et
difforme, Caliban, fils de sorcière, est un esprit
insoumis et rebelle.
Il est l’esclave de Prospero, duc de Milan exilé
sur une île déserte et maléfique.
Le sommeil
Caliban s'est endormi au pied d'un arbre, le bras relevé et
appuyé sur le gros tronc blanc. Il est surveillé par trois petits
visages flottants. La plus grande des têtes est enfermée dans
une double auréole verte et jaune, la deuxième est munie de
petites ailes, tandis que la troisième se réduit à une tâche
claire. Sans doute s'agit-il d'Ariel, esprit des airs au service de
Prospero et de ses aides, venus espionner Caliban.
Le ciel est d'un bleu intense, sur lequel se détachent branches
et feuilles légèrement esquissées, aux nuances de vert, violet et
ocre. Le sol est parcouru d'un semis de couleurs rouge, bleu,
vert, violet... fleurs irréelles et informes, comme sorties du
rêve de Caliban.
Redon réinvente le monde shakespearien par le
recours aux symboles et au mystère
Redon explore la vie intérieur, le rêve et
l'imaginaire.
Le rêve est représenté par l’analogie
La représentation du corps humain en fragments
se retrouve dans les petites têtes flottantes.
Les couleurs flamboyantes