Objet d’étude : Roman
Parcours : Personnages en marge, plaisir du romanesque
Œuvre : Manon Lescaut
Auteur : L’Abbé Prévost
Texte : La rencontre
Introduction
Présentation de l’auteur et de l’œuvre : L’extrait que vous m’avez demandé d’analyser est tiré du roman-
mémoires Manon Lescaut de l’abbé Prévost. L’abbé Prévost est un ecclésiaste, romancier dont la vie
tumultueuse se retrouve dans le destin de Des Grieux, l’un des personnages principaux du roman. Ce roman
narre les mésaventures de ce personnage qui quitte son milieu social par amour.
Présentation de l’extrait : L’extrait qui nous concerne évoque la rencontre de Des Grieux et Manon, vers le
début du roman. C’est Des Grieux qui raconte la scène, de façon rétrospective, avec regret et passion,
puisque ce moment va modifier le cours de sa vie : il devait étudier au séminaire et ce coup de foudre va faire
qu’il va tout abandonner, au péril de sa vie.
Problématique : Comment la narration de Des Grieux de sa rencontre avec Manon annonce déjà une relation
tragique ?
Mouvements :
1/ Les circonstances de la rencontre
2/ La rencontre visuelle / Le coup de foudre
3/ Le dialogue
LECTURE
Conclusion:
Bilan : Des Grieux annonce une relation tragique dès sa rencontre avec Manon ; en effet, il semble regretter le
hasard de leur rencontre, même s’il montre qu’il a ressenti un coup de foudre pour l’héroïne. Il exprime
également à la fin du texte la suite houleuse de leur relation qui se terminera mal. On sait également qu’il
raconte ici la rencontre à Renoncour à son retour des Amériques, alors que Manon est déjà morte.
Ouverture : On peut faire référence à une autre scène de rencontre de la littérature, comme celle de Charles
et Emma Bovary dans le roman de Flaubert Madame Bovary ; en effet, Charles avait lui aussi ressenti un
coup de foudre pour sa femme, mais qui n’était pas réciproque. Emma, comme Manon, est un personnage
marginal et toutes deux auront une fin tragique : Emma se suicide, ne pouvant assumer ses erreurs, Manon
mourra d’épuisement suite à ses aventures avec Des Grieux.
1. Les circonstances de la rencontre
a/ Un récit empreint de regrets
- « Hélas ! » : interjection prévient déjà le lecteur que le récit qui débute sera sous le signe du regret + effet d’attente : le lecteur se demande
alors ce qui peut bien provoquer ce regret.
- emphase et solennité à travers l’exclamation « Que ne le marquais-je un jour plus tôt ! »
- conditionnel passé « j’aurais porté ». Ce regret suscite encore davantage la curiosité du lecteur.
- Le mot “innocence” qui achève la phrase indique la nature de ce regret : la perte de son innocence.
b/ Le cadre spatio-temporel
- verbe “avait marqué” qui signifie avait retardé. Le choix du verbe est assez significatif car le mot renvoie aussi à la notion de signe, de croix à
reporter sur un document + le début de sa relation amoureuse avec Manon = double sens du mot, importance de ce jour.
- effet de réel rendant le récit authentique : « coche d’Arras ».
c/ Un spectacle curieux
- En employant la première personne du pluriel, il implique Tiberge, l’ami qui saura le sortir de nombreuses situations: le « Nous » le dégage
ainsi de toute responsabilité. C’est la curiosité qui l’a guidé, et rien d’autre.
- brièveté des phrases permet de mettre en exergue la phrase suivante qui évoque la rencontre visuelle.
- proximité entre « curiosité » et « femmes » : Des Grieux qui, sorti du séminaire, semble vouloir découvrir les choses de la vie.
2. La rencontre visuelle
a/ Une apparition
- la conjonction de coordination « Mais » marque un basculement, c’est la rencontre visuelle. distingue la jeune femme des autres, effet de
zoom sur Manon
- redondance « resta une » / « seule ». Tout semble avoir disparu autour de Des Grieux, seule Manon compte.
- locution verbale « me parut » : évocation d’un coup de foudre visuel (subjectivité, perception de Des Grieux, le jeune homme de 17 ans)
- L’hyperbole « si charmante » : polysémie belle ou ensorceleuse, le narrateur suggère que Manon lui a jeté un sort, l’a envoûté.
Ici, c’est bien Des Grieux narrateur qui parle, et qui avec le recul peut juger de ce qu’il en est.
b/ Le mécanisme du coup de foudre
- métaphore “enflammé” = passion amoureuse.
- adverbe « tout d’un coup » + passé simple « je me trouvai » = instantané, coup de foudre.
c/ De la retenue à l’audace
- La longueur de cette phrase illustre l’attirance de Des Grieux pour cette femme : phrase complexe, longue, par opposition aux deux courtes
phrases qui la précèdent.
- La longueur de la phrase, sa complexité, permet de souligner le processus qui s’opère chez le personnage qui se transforme sous le charme
de l’héroïne. Il passe de garçon timide à un amoureux fou d’un seul regard.
- La répétition du pronom personnel « moi » souligne cette transformation, opposant le moi d’avant, sage et qui agissait dans la retenue, au
moi enflammé. (antithèse)
- “jusqu’au transport ». (hyperbole) + périphrase “maîtresse de mon cœur” idée de passion.
- On a à nouveau l’opposition entre le moi « timide » (ligne 10) d’avant et celui qui est entreprenant face à l’objet de son amour (ligne 11).
- Cette opposition avec le connecteur « mais » départage la phrase entre ce que le personnage était et ce qu’il fait (l 11et 12)
→ Dans l’évocation de la rencontre, on ne note aucun véritable portrait de Manon qui puisse expliquer le coup foudre, comme si ce qui
comptait c’était la forte impression qu’elle a faite sur DG. Seules ses impressions sont données, nous ne connaissons rien de celles de Manon.
3. Le dialogue
a/ Pas de dialogue au style direct
Compte tenu de l’importance de la scène (scène de rencontre), un dialogue au style direct aurait été des plus judicieux, rendant la scène
vivante DG ne laisse entrevoir que ses impressions et pas celles de Manon.
style indirect pour évoquer leur échange (lignes 13-14),
style narrativisé pour retranscrire ses propres paroles (lignes 12 et 16),
style indirect libre pour les dernières paroles de Manon (lignes 17-18).
b/ des indications sur la personnalité de Manon
- On devine une jeune femme expérimentée : litote « elle reçut mes politesses sans paraître embarrassée » + prop sub circonstancielle de
concession « Quoiqu’elle fût encore moins âgée que moi » + comparatif « plus expérimentée que moi » (loin d’être une ingénue, Manon
connaît les choses de la vie. Ce n’est pas le jeune Des Grieux qui trouve Manon expérimentée, mais le narrateur Des Grieux après coup)
- adverbe « ingénument » (ligne 14) qui nous donne une indication sur Manon : elle apparaît être une personne franche (parle franchement)
aux yeux du jeune Des Grieux.
- Le lecteur découvre une nouvelle indication sur Manon : elle a un « penchant au plaisir », euphémisme qui suggère une dépravation des
mœurs qu’on peut deviner par la litote « elle reçut mes politesses sans paraître embarrassée » (ligne 12).
c/ les prémices d’une relation tragique
- avec le terme « religieuse » en fin de phrase, qui apparaît comme une révélation, cette rencontre amoureuse est placée sous le signe de
l’amour impossible, avec l’obstacle du couvent.
- hyperboles « si éclairé » (ligne 15) et « coup mortel » (ligne 16) désespoir face à ce coup du sort : rencontrer l’amour de sa vie, et ne pas
pouvoir l’avoir auprès de lui.
- La métaphore hyperbolique « coup mortel » inscrit la rencontre sous le signe de la fatalité, du tragique, annonçant les malheurs à venir.
- prolepse qui anticipe la suite des événements, et inscrit cette rencontre sous le signe du malheur : prop sub relative « qui a causé par la suite
tous ses malheurs et les miens » Des Grieux, tout en suscitant la curiosité du lecteur, donne à cette rencontre un aspect tragique.