Procédure législative en France
Procédure législative en France
La procédure législative
Points-clés
La procédure législative comprend trois phases principales : le dépôt du texte, son examen
par le Parlement et sa promulgation par le Président de la République (après une éventuelle
saisine du Conseil constitutionnel pour examen de la conformité du texte à la Constitution).
L’esprit qui prévaut est la recherche d’un consensus entre les deux assemblées :
- le texte suit un mouvement de va-et-vient entre l’Assemblée nationale et le Sénat, où seuls
demeurent en discussion les articles qui n’ont pas été adoptés dans les mêmes termes par les
deux assemblées : c’est la « navette » ;
- si la navette n’aboutit pas à l’adoption d’un texte commun par les deux assemblées ou si elle
prend trop de temps, le Gouvernement peut décider de recourir à une procédure de conciliation
en convoquant une commission mixte paritaire composée de sept députés et sept sénateurs ;
pour les propositions de loi, les présidents des deux assemblées ont également la faculté de
convoquer une telle commission ; la commission mixte paritaire est chargée de rédiger un
texte de compromis que le Gouvernement pourra éventuellement soumettre aux deux
assemblées.
En cas d’échec de la procédure de conciliation, le Gouvernement use généralement de la
possibilité qui lui est offerte de laisser le dernier mot à l’Assemblée nationale.
Dès son adoption, le texte est transmis au secrétariat général du Gouvernement qui le
présente à la signature du Président de la République pour promulgation. Cependant, la
promulgation peut être retardée si le Conseil constitutionnel est saisi aux fins de vérifier la
conformité du texte à la Constitution (elle peut même être empêchée si le Conseil déclare le
texte inconstitutionnel) ou si, exceptionnellement, le Président de la République demande une
nouvelle délibération.
I. – LE DÉPÔT DU TEXTE
L’initiative des lois appartient au Premier ministre ainsi qu’aux députés et aux
sénateurs. Les initiatives du Premier ministre sont appelées « projets de loi », celles des
parlementaires sont dénommées « propositions de loi ».
Avant son examen, tout texte doit faire l’objet d’un dépôt subordonné à plusieurs
formalités préalables :
– pour les projets, le dépôt est précédé de la consultation pour avis du Conseil
d’État, agissant en ce cas comme conseil du Gouvernement et non comme
juridiction administrative, suivie d’une délibération du Conseil des ministres ;
– les propositions peuvent être déposées par un ou plusieurs députés ou par un ou
plusieurs sénateurs, à la condition que leur adoption n’ait pas pour conséquence
une diminution des ressources publiques ou la création ou l’aggravation d’une
charge publique (article 40 de la Constitution) ; le Bureau de chaque assemblée
parlementaire est chargé de vérifier la recevabilité financière des propositions
de loi. Depuis la révision constitutionnelle de 2008, l’alinéa 5 de l’article 39 de
la Constitution permet au Président d’une assemblée, sauf opposition de
l’auteur, de soumettre pour avis au Conseil d’État une proposition de loi.
À la suite de son dépôt, qui fait l’objet d’une publicité officielle, tout texte est
imprimé et renvoyé à l’examen d’une commission permanente ou spéciale.
II. – LA NAVETTE
Tout projet ou proposition de loi est examiné successivement par les deux
assemblées du Parlement en vue de l’adoption d’un texte identique. Un texte adopté en
termes identiques par les deux assemblées est définitif : il constitue le texte de la loi.
La procédure conduisant à l’adoption définitive d’un texte consiste en un
mouvement de va-et-vient du texte entre les deux assemblées (d’où le nom de navette),
chacune étant appelée à examiner et, éventuellement, à modifier le texte adopté par
l’autre ; à chaque étape, seuls les articles sur lesquels demeure une divergence restent
en discussion. La navette prend fin lorsqu’une assemblée adopte sans modification, pour
chacun de ses articles, le texte précédemment adopté par l’autre. Chaque examen par
une assemblée est appelé « lecture ».
L’examen en première lecture d’un texte déposé devant une assemblée comporte
plusieurs étapes : l’examen par une commission, l’inscription à l’ordre du jour et, enfin,
la discussion en séance publique au terme de laquelle le texte sera transmis à l’autre
assemblée. La transmission du texte à l’autre assemblée ouvre la navette.
Une fois déposé, tout texte est renvoyé à l’examen d’une commission. Sauf
constitution d’une commission spéciale – c’est-à-dire une commission constituée
spécialement pour l’examen d’un projet ou d’une proposition – l’examen est effectué
par l’une des huit commissions permanentes de l’Assemblée nationale (sept au Sénat).
Le renvoi des textes à l’une ou l’autre des commissions permanentes est effectué
par le Président de l’Assemblée nationale en fonction de leurs compétences respectives,
telles qu’elles sont définies par le Règlement de l’Assemblée. Une ou plusieurs autres
commissions permanentes peuvent se saisir pour avis.
La commission saisie d’un texte (dite commission saisie au fond) désigne parmi
ses membres un rapporteur chargé de présenter, au nom de celle-ci, un rapport qui sera
imprimé, distribué et mis à disposition par voie électronique. Il revient en particulier au
rapporteur d’entendre les représentants des différentes organisations (syndicats,
associations, etc.) concernées par le texte dont il a la charge. Depuis 2019 et sauf
exception (projets de loi constitutionnelle, de finances ou de financement de la sécurité
sociale), les avis rendus par les commissions pour avis sont annexés au rapport de la
commission saisie au fond.
Il est également admis depuis 2019 que la commission saisie au fond puisse
prendre l’initiative de solliciter l’avis d’une autre commission permanente sur une partie
d’un texte qui lui est soumis. La pratique veut que, dans ce cas communément qualifié
de « délégation d’articles », la commission saisie au fond reprenne alors à son compte
les amendements présentés par la commission saisie pour avis, afin que ceux-ci soient
intégrés au texte qui servira de base à la discussion en séance publique.
Sur le fondement du dernier alinéa de l’article 39 de la Constitution, dans sa
rédaction issue de la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008, et de l’article 4 bis de
l’ordonnance du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées
parlementaires, le Président d’une assemblée peut soumettre une proposition de loi au
Conseil d’État, avant son examen en commission, sauf si son auteur s’y oppose.
La commission peut procéder à des auditions avant d’engager l’examen d’un texte.
Les règles applicables à cet examen, qu’il s’agisse de son organisation ou de la
recevabilité des amendements, sont similaires à celles prévues pour l’examen en séance
plénière. La présence du Gouvernement aux travaux de la commission est de droit. À
l’issue de ses travaux, la commission saisie au fond adopte un rapport qui présente ses
conclusions. Depuis la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008, la discussion en
séance porte, sauf pour les projets de loi constitutionnelle, de loi de finances et de loi de
financement de la sécurité sociale, sur le texte adopté par la commission et non sur le
texte initialement déposé ou transmis. À cet effet, la commission peut :
– proposer un nouveau texte, intégrant les amendements des députés ou du
Gouvernement acceptés par elle ;
– adopter le texte dans sa rédaction initiale ;
– rejeter le texte.
Pour être discuté en séance publique, un projet ou une proposition de loi doit être
inscrit à l’ordre du jour de l’assemblée.
Par ailleurs, la pratique montre que les domaines respectifs des semaines de
contrôle et de l’Assemblée ne sont pas totalement étanches : le groupe majoritaire peut
demander l’inscription de projets de loi, voire demander l’organisation d’un débat, lors
de la semaine législative de l’Assemblée ; en sens inverse, les créneaux disponibles des
semaines de contrôle sont parfois consacrés à un ordre du jour législatif.
c) L’examen en séance publique
Dans cette phase d’examen peut s’intercaler la discussion d’une motion de rejet
préalable, dont l’adoption, d’ailleurs exceptionnelle, a pour effet d’entraîner le rejet du
texte avant même que ne s’engage son examen détaillé. Les motions de renvoi en
commission et d’ajournement ont été supprimées par la révision du Règlement de 2019.
Les députés sont inscrits dans la discussion générale par leur président de groupe
et l’ordre de passage des orateurs est déterminé par le Président de l’Assemblée en
respectant une alternance entre les groupes.
La phase d’examen détaillé consiste dans la discussion article par article du texte.
Les amendements peuvent être présentés par tous les participants au débat :
Gouvernement, commission saisie au fond et députés à titre individuel. Pour la bonne
organisation des travaux, les amendements, excepté ceux présentés par le Gouvernement
ou la commission saisie au fond, doivent avoir été déposés, sauf décision contraire de la
Conférence des présidents, au plus tard, à 17 heures le troisième jour ouvrable qui
précède le début de l’examen du texte en séance publique (des délais spécifiques
s’appliquent lors de la discussion des lois de finances). À l’exception des amendements
du Gouvernement, les amendements doivent satisfaire, comme les propositions de loi, à
des conditions de recevabilité financière. Ils doivent également respecter les dispositions
de l’article 41 de la Constitution, c’est-à-dire relever du domaine de la loi et ne pas être
contraires à une délégation accordée au Gouvernement en application de l’article 38.
Tout amendement est recevable en première lecture à condition de présenter un lien,
même indirect, avec le texte examiné.
Le président de séance appelle les articles dans l’ordre de leur numérotation, sauf,
exceptionnellement, en cas de réserve ou de priorité. La discussion porte sur chaque
article et sur tous les amendements qui s’y rapportent. Les députés peuvent tout d’abord
s’inscrire, pour deux minutes, dans la discussion d’un article, dans la limite d’un orateur
par groupe et d’un orateur n’appartenant à aucun groupe. Après ces interventions, le
président de séance appelle les amendements. La parole est donnée à l’auteur de
l’amendement, puis au rapporteur de la commission saisie au fond (ou au rapporteur
pour avis lorsqu’il y a une délégation d’articles) et au ministre pour qu’ils donnent leur
avis et, enfin, à deux orateurs, dont au moins un d’avis contraire. Le Règlement autorise
le président de séance à ne donner la parole qu’à un seul orateur par groupe pour
défendre une série d’amendements identiques, le Conseil constitutionnel ayant toutefois
considéré que cette limitation ne pouvait être mise en œuvre « que pour prévenir les
usages abusifs, par les députés d’un même groupe, des prises de parole sur les
amendements dont ils sont les auteurs ». La durée de ces interventions autres que celle
du Gouvernement ne peut excéder deux minutes.
Depuis 2019, les députés ont la possibilité de déposer des contributions écrites
pour exprimer leur avis sur un texte inscrit à l’ordre du jour, l’un de ses articles ou un
amendement. Les contributions écrites, qui présentent un caractère personnel, sont
annexées au compte rendu des débats. Le nombre maximal de contributions écrites
pouvant être déposées par session par chaque député est arrêté par la Conférence des
présidents (il est actuellement fixé à cinq).
Les votes
À l’issue de l’examen des articles, il peut être procédé à une seconde délibération
de tout ou partie du texte, celle-ci étant de droit à la demande du Gouvernement ou de
la commission. Le président de séance met ensuite aux voix l’ensemble du texte,
éventuellement modifié par les amendements précédemment adoptés. Ce dernier vote
peut être précédé d’explications de vote, qui sont accordées à raison d’un orateur par
groupe, pour une durée de cinq minutes.
Les votes ont lieu normalement à main levée. En cas de doute sur le résultat d’un
vote à main levée, le président de séance procède au vote par assis et levé. Dans ces deux
cas, aucune précision sur le sens des votes des députés présents n’apparaît au compte
rendu des débats. Il en va différemment lorsqu’il est procédé par scrutin public, lequel
peut être demandé par le Gouvernement, le président ou le rapporteur de la commission,
les présidents des groupes ou leurs représentants ainsi que le président de séance. Pour
certains textes importants, la Conférence des présidents décide elle-même le scrutin
public, en fixant sa date à un moment favorable à la participation de l’ensemble des
députés. Ce type de scrutin est appelé « vote solennel ». Depuis 2019, la Conférence des
présidents a la possibilité de dissocier les explications de vote – qui se déroulent alors à la
fin de l’examen des articles – du vote par scrutin public sur l’ensemble du texte, qui est
en général reporté au mardi, après les questions au Gouvernement.
Il s’agit de fixer une durée maximale pour l’examen de l’ensemble d’un texte,
60 % du temps étant attribué aux groupes d’opposition puis réparti entre eux à
proportion de leur effectif. Le reste du temps est réparti de la même façon entre les autres
groupes. Les non-inscrits disposent d’un temps de parole spécifique.
Toutes les interventions des députés sont décomptées du temps de leur groupe, à
l’exception de celles des présidents de groupe – qui disposent à titre personnel d’un
temps personnel d’une heure – , des rapporteurs sur les dispositions qui sont de leur
compétence, et du président de la commission saisie au fond. Les présidents de groupe
ont la possibilité de rétrocéder la moitié de leur temps de parole à un député de leur
groupe, désigné pour la durée de la lecture d’un texte.
Les présidents de groupe peuvent obtenir, de droit, qu’une durée minimale soit
consacrée à un texte examiné selon cette procédure, et, une fois par session, ils peuvent
obtenir un allongement exceptionnel de cette durée dans une limite maximale. Ces
durées minimale et maximale ont été fixées respectivement à vingt-cinq et
quarante heures par la Conférence des présidents, qui peut à tout moment augmenter la
durée prévue pour l’examen d’un texte, si elle constate que celle-ci est insuffisante.
Un président de groupe peut en outre obtenir de droit, une fois au cours des douze
mois qui suivent le début d’une session ordinaire, un allongement du temps attribué à
son seul groupe (sur la base du barème de 40 heures actuellement).
Quand le « temps législatif programmé » est appliqué, tous les députés qui le
souhaitent disposent de deux minutes, à l’issue de l’examen des articles, pour une
explication de vote personnelle non décomptée du temps de leur groupe.
Le texte ainsi adopté par la première assemblée saisie est transmis sans délai à
l’autre assemblée qui l’examine à son tour, en première lecture, selon les mêmes
modalités : examen par une commission, inscription à l’ordre du jour, discussion en
séance publique.
Si la seconde assemblée adopte tous les articles du texte qui lui a été transmis sans
modification, ce texte est définitivement adopté.
Dans le cas contraire, la navette se poursuit entre les deux assemblées. À partir de la
deuxième lecture, les articles précédemment votés en termes identiques par l’une et l’autre
assemblée ne sont pas remis en discussion : le champ de la navette ne comprend plus ces
articles dits « conformes ». Seuls restent en discussion les articles du texte pour lesquels
les deux assemblées ne sont pas parvenues à l’adoption d’un texte identique. Après la
première lecture, s’applique la règle de l’« entonnoir » : les amendements doivent être en
relation directe avec une disposition restant en discussion, les seules exceptions
concernant les amendements destinés à assurer le respect de la Constitution, à opérer une
coordination avec des textes en cours d’examen ou à corriger une erreur matérielle. La
navette se poursuit en deuxième, troisième, voire quatrième lecture et plus, tant que tous
les articles n’ont pas été adoptés dans les mêmes termes.
La composition politique des CMP doit refléter celle des assemblées. Depuis 2019,
le Règlement de l’Assemblée nationale prévoit que la désignation des représentants dans
les commissions mixtes paritaires « assure, sous réserve que le groupe qui dispose du
plus grand nombre de sièges de titulaires conserve au moins un siège de suppléant, que
chaque groupe dispose d’au moins un siège de titulaire ou de suppléant ».
Il n’existe pas de règles encadrant impérativement les débats en CMP (les articles
peuvent ainsi être appelés ou non dans leur ordre numérique).
Les votes sont rares (une disposition mise aux voix n’est, par définition, pas
consensuelle) et ont généralement lieu à main levée. Les suppléants ne votent que pour
maintenir la parité entre les deux chambres.
Les travaux de cette commission sont consignés dans un rapport. Si les membres
de la CMP élaborent et adoptent un texte de compromis, ce texte est reproduit dans le
rapport. Dans le cas contraire, le rapport expose les raisons pour lesquelles la
conciliation n’a pas pu se faire.
Lors de la nouvelle lecture, l’Assemblée délibère sur le dernier texte adopté avant
que ne s’engage la procédure de conciliation. Ceci signifie que, dans le cas d’un texte
déposé en première lecture au Sénat, l’Assemblée nationale réexamine le texte qu’elle a
adopté en dernier lieu. Ce texte fait l’objet d’un examen en commission et est discuté
selon la procédure ordinaire. Le texte adopté par l’Assemblée est transmis au Sénat qui
l’examine également selon la procédure ordinaire. Si le Sénat l’adopte sans
modification, le texte est définitivement adopté. Dans le cas contraire, il est transmis à
l’Assemblée en vue de la lecture définitive.
L’Assemblée ne dispose que d’un temps limité pour ses séances publiques. Or, le
Parlement est couramment saisi de textes qui exigent, certes, l’intervention du
législateur, mais n’en présentent pas moins un intérêt plus technique que politique.
C’est d’abord pour la discussion de ces textes, ainsi que pour les projets de loi
autorisant la ratification d’un traité ou l’approbation d’un accord international, que
l’Assemblée dispose d’une procédure d’examen simplifiée. Lorsqu’elle est mise en
œuvre, il n’y a pas de discussion générale. Seuls les articles faisant l’objet
d’amendements sont appelés et mis aux voix ; il n’y a pas d’intervention sur les articles,
et sur chaque amendement, outre le Gouvernement, peuvent seuls intervenir l’un des
auteurs, le président ou le rapporteur de la commission saisie au fond et un orateur
contre. Quand il n’y a pas d’amendements, l’ensemble du texte est immédiatement mis
aux voix, sans explications de vote.
Les règles d’application de cette procédure garantissent le respect des droits
d’expression des députés, notamment de ceux qui appartiennent à l’opposition. En effet,
si la procédure peut être engagée par la Conférence des présidents à la demande du
Président de l’Assemblée, du Gouvernement, du président de la commission saisie au
fond ou du président d’un groupe, un droit d’opposition est ouvert symétriquement à ces
mêmes autorités (à l’exception du Président de l’Assemblée) jusqu’à la veille de la
discussion à 13 heures. Si ce droit est exercé, le texte concerné est examiné suivant la
procédure de droit commun. Une autre garantie est apportée par la disposition selon
laquelle le dépôt par le Gouvernement d’un amendement postérieurement à l’expiration
du délai d’opposition entraîne automatiquement le retrait du texte de l’ordre du jour de
l’Assemblée. Le texte peut alors être inscrit à l’ordre du jour de la séance suivante selon
la procédure de droit commun.
Cette procédure d’examen simplifiée est toujours précédée d’un examen du texte
en commission.
3. - LE « VOTE BLOQUÉ »
La mise en œuvre de cette procédure a pour effet de supprimer le vote sur les
amendements et les articles faisant l’objet du vote unique. Elle ne permet pas de faire
obstacle à la discussion de tous les articles et des amendements qui s’y rapportent, y
compris des amendements non retenus par le Gouvernement.
Comme dans le cas du vote bloqué, le Gouvernement est libre de choisir le moment
où il engage sa responsabilité et de décider du contenu du texte sur lequel il l’engage.
Une motion de censure n’est recevable que si elle est signée par un dixième au
moins des membres de l’Assemblée nationale. Si une motion de censure est déposée, il
est pris acte de son dépôt. Cette motion est ensuite discutée et mise aux voix dans des
délais et des conditions fixées par la Constitution et le Règlement de l’Assemblée (le
vote ne peut intervenir moins de 48 heures après le dépôt et la discussion doit avoir lieu
au plus tard le troisième jour de séance suivant l’expiration de ce délai). La motion n’est
adoptée que si elle recueille la majorité des voix des membres composant l’Assemblée,
seuls les députés favorables à son vote participant au scrutin.
V. – LA PROMULGATION DE LA LOI
1. – LA PROMULGATION
Cependant, la promulgation d’une loi peut être retardée ou empêchée dans deux
cas : le contrôle de la constitutionnalité des lois et la nouvelle délibération de la loi.
Ce contrôle a lieu d’office pour les lois dites organiques, à savoir les lois
expressément visées comme telles par la Constitution et qui ont pour objet d’appliquer
des dispositions constitutionnelles.
Pour les autres lois, dites ordinaires, ce contrôle n’est effectué qu’à la demande de
certaines autorités : le Président de la République, le Premier ministre, le Président du
Sénat, le Président de l’Assemblée nationale et, depuis une révision de la Constitution
de 1974, soixante députés ou soixante sénateurs.
La saisine doit avoir lieu dans le délai de promulgation ; elle suspend ce délai. Le
Conseil constitutionnel, lorsqu’il est saisi, dispose d’un mois pour rendre sa décision ou
de huit jours en cas d’urgence si le Gouvernement en fait la demande. Ses décisions
s’imposent à tous et ne peuvent faire l’objet d’aucun recours.
b) Les effets des décisions du Conseil constitutionnel
Enfin, le Conseil constitutionnel peut décider qu’une loi est en partie conforme à
la Constitution. Dans une telle hypothèse, la loi peut être promulguée, à l’exception de
ses articles ou parties d’articles déclarés contraires à la Constitution.
Cette procédure, qui n’a été utilisée que trois fois depuis 1958, est ouverte par un
décret du Président de la République contresigné par le Premier ministre. Le délai de
promulgation est suspendu. Une phase complémentaire de la procédure législative
s’ouvre alors puisqu’il va être demandé au Parlement de reprendre, en tout ou partie,
l’examen du texte qu’il vient d’adopter : cette phase complémentaire suit les règles de
la procédure législative ordinaire précédemment décrites (dépôt du texte, navette et, le
cas échéant, procédure de conciliation, adoption définitive enfin).
Délibérées en Conseil des ministres, les ordonnances doivent faire l’objet d’un avis
en Conseil d’État et porter le contreseing du Premier ministre et des ministres
responsables, ainsi que la signature du Président de la République.
Septembre 2023