PICORNAVIRUS
CLINIQUE
PICORNAVIRUS Les EV se fixent à de nombreux récepteurs cellulaires, ce
qui explique la grande variété des organes cibles
pouvant être atteints : système nerveux central,
respiratoire, peau et muqueuse, système digestif,
myocarde, muscles…
DEFINITION L’incubation dure de 7 à 15 jours pour les infections
transmises par voie orale. La multiplication peut être
Les picornavirus ou entérovirus humains (EV) limitée à la porte d’entrée et aux formations lymphoïdes
appartiennent à la famille des Picornaviridae et au proches. En cas de multiplication massive, les virus
genre Enterovirus. D’après la nouvelle classification du passent dans la circulation (virémie) et atteignent les
Comité international de taxonomie (2000), ils organes cibles. La majorité des infections sont
contiennent 5 espèces (poliovirus et entérovirus asymptomatiques. Les formes cliniques sont très variées
humains A, B, C et D) et regroupent actuellement plus : elles sont aiguës, souvent banales et
de 65 sérotypes (tableau 1). Les entérovirus E 22 et E23 paucisymptomatiques (syndrome grippal,
sont classés à part et appartiennent au genre des rhinopharyngite…), mais sont parfois plus sévères
Parechovirus (PV). Ce sont de petits virus à ARN (méningite, paralysie, péricardite, myocardite). Elles
monocaténaire et linéaire dont le génome est très peuvent, sous certaines conditions
variable selon les espèces. L’ARN messager code une (immunodépression), devenir chroniques avec un
protéine géante qui se divise en 4 protéines structurales caractère de gravité supérieur (tableau 2).
de capside (VP1 à VP4) et en protéines non structurales ;
il possède aussi 2 régions non codantes aux extrémités Pathologies aiguës Pathologies chroniques
5’et 3’. Leur capside est icosaédrique. Ils n’ont pas Infections Très fréquentes (tous les EV et PV)
inapparentes
d’enveloppe et sont ainsi très résistants au milieu
Infections Syndromes fébriles Syndrome de fatigue
extérieur. généralisées (tous les EV et PV) chronique post-viral (CVB ?)
Nombre de Noms et numéros des Maladie de Bornholm (CVB)
Genre Espèce Infections néonatales
sérotypes sérotypes
(CVB, ECV, PV)
Enterovirus Poliovirus 3 poliovirus 1-3
Infections du Méningites lymphocytaires Syndrome post-polio (PoV ?)
Human enterovirus coxsackievirus A2 à A8,10, SNC (tous les EV et PV) Méningoencéphalites chez
12 Méningoencéphalites l’immunodéprimé (PoV, CVA,
A 12,14,16, entérovirus 71
(CVA, CVB, ECV, EV 70-71, PV) ECV)
coxsackievirus A9, B1-6 Paralysies
Human enterovirus
36 echovirus 1 à 7, 9,11 à 21, 24 (PoV, CVA, CVB, ECV, EV 70-71,
B
à 27,29 à 33. entérovirus 69 PV)
Human enterovirus coxsackievirus A1 à Rhumes, bronchiolites,
11 Infections
C 11,13 ,15 ,17 à 22,24 pneumonies (CVA, CVB, ECV,
respiratoires
EV68, PV)
Human enterovirus
2 entérovirus 68,70 Infections Herpangine (CVA)
D
cutanéo- Syndrome pied-main-bouche
Tableau 1 : classification actualisée (2000) des Enterovirus pathogènes pour muqueuses (CVA, CVB, EV71)
l’homme. Exanthèmes, rash éruptifs
(tous les EV et PV)
Conjonctivite hémorragique
BIOPATHOLOGIE (EV 70)
Infections du Diarrhées (CVB, ECV, PV) Diabète insulinodépendant
EPIDEMIOLOGIE tractus Hépatites néonatales (CVB, (CVB ?)
digestif ECV)
Les Entérovirus sont ubiquitaires. Ils sont résistants dans Infections Péricardites (CVB) Myocardites (CVB)
le milieu extérieur et circulent largement dans la nature. musculaires Myocardites (CVB, ECV) Cardiomyopathies dilatées
et cardiaques Myosites (CVB) (CVB)
Les infections sont très fréquentes, à prédominance
estivo-automnale. L’homme est atteint à tous les âges, PoV : poliovirus ; CVA : coxsackie A ; CVB : coxsackie B ; ECV : echovirus ; PV :
notamment pendant l’enfance. La multiplicité des parechovirus
sérotypes rend possible l’existence de plusieurs
infections à EV au cours de la vie. La transmission des INDICATIONS DE LA RECHERCHE
infections se fait selon un mode endémique pour
certains sérotypes ou un mode endémo-épidémique Diagnostic d’une affection neuroméningée aiguë.
voire épidémique pour d’autres. Elle a lieu Diagnostic d’une myocardite ou péricardite aiguë.
principalement par voie féco-orale (par ingestion d’eau Diagnostic d’une éruption cutanéomuqueuse.
ou d’aliments contaminés), mais aussi par voie
respiratoire ou cutanéo-muqueuse. Diagnostic d’une infection materno-fœtale ou
néonatale.
La transmission transplacentaire est possible, avec
risque de conséquences cliniques graves chez le
nouveau-né.
© 2013 Biomnis – PRÉCIS DE BIOPATHOLOGIE ANALYSES MÉDICALES SPÉCIALISÉES 1/3
PICORNAVIRUS
révélation immunoenzymatique à l’aide d’un anticorps
RECOMMANDATIONS PREANALYTIQUES monoclonal dirigé contre un antigène de capside
commun à la majorité des entérovirus. L’identification
PRELEVEMENT - CONSERVATION - TRANSPORT
du sérotype en cause est possible dans certains
Les prélèvements doivent être effectués au début des laboratoires spécialisés par séroneutralisation de l’ECP
signes cliniques, le plus tôt possible et réalisés sur au moyen d’anticorps polyclonaux. Elle permet
plusieurs sites, en fonction de la localisation constatée. d’éliminer la présence d’un poliovirus.
– Selles, écouvillonnage ou aspiration nasopharyngée,
sécrétions respiratoires, LCR, lésions cutanées ou DIAGNOSTIC INDIRECT
muqueuses, prélèvement conjonctival, plus rarement L’apparition retardée des anticorps, la persistance
biopsies, ou liquide amniotique. Sur ces prélèvements, prolongée possible des IgM et la diversité des sérotypes
pourra être effectuée une recherche par isolement viral. confèrent au diagnostic sérologique un intérêt limité.
– Un prélèvement de selles (dans un pot maintenu à Les anticorps neutralisants sont protecteurs et
température du réfrigérateur) doit être persistent durablement. Ils sont réputés spécifiques du
systématiquement réalisé en cas de suspicion type viral en cause. Cependant, des réactions
d’entérovirose, quelle que soit la localisation. En effet, hétérotypiques ont été signalées en cas d’infections
les entérovirus sont éliminés durablement par voie successives par des EV différents.
digestive. Les indications de la sérologie sont les suivantes :
– LCR, sang total, liquide amniotique ou biopsies pour la - mise en évidence de la présence d’anticorps
recherche du génome viral. neutralisants dirigés contre les 3 types de
– Sérum pour la pratique de sérologies chez la mère et poliovirus afin d’évaluer la protection post-
l’enfant en cas d’infection maternofoetale. vaccinale ;
Se reporter au référentiel des examens de biologie - diagnostic sérologique a posteriori d’une infection
médicale Biomnis en ligne pour les conditions précises à EV en cas d’épidémie due à un sérotype donné.
de prélèvement et conservation-transport. Les techniques utilisées sont les suivantes :
– la réaction de fixation du complément (RFC) utilise un
QUESTIONS A POSER AU PATIENT
mélange d’antigènes d’entérovirus différents. Compte-
Symptomatologie clinique ? tenu des réactions croisées détectées par ce test, elle
Grossesse ? permet de titrer les anticorps totaux du «groupe EV»,
sans préjuger du sérotype responsable. Elle est peu
sensible, et les anticorps détectés ne persistent que
METHODES DE DIAGNOSTIC
quelques mois après l’infection. En dehors de la
DIAGNOSTIC DIRECT constatation d’une séroconversion, la découverte d’un
titre d’anticorps significatif permet le diagnostic
Amplification génique : c’est la technique de référence. présomptif d’une infection à EV récente ou semi-
L’amplification de l’ARN viral permet de faire un récente ;
diagnostic rapide d’une infection aiguë ou chronique à – la technique ELISA donne globalement les mêmes
EV. Elle est surtout utilisée pour le diagnostic des indications que la RFC, mais elle est plus sensible,
méningites à EV à partir du LCR. La technique de RT-PCR automatisable et permet de détecter les anticorps IgM.
est très sensible et permet de faire un diagnostic de Les antigènes sont en général constitués d’un mélange
groupe. de particules virales purifiées. Cependant son usage est
Pour identifier le type viral en cause, il faut avoir recours limité par le manque de réactifs commercialisés.
au séquençage du génome viral, ce qui est rarement
réalisé en dehors des centres de référence. Des tests de
TRAITEMENT - PROPHYLAXIE
quantification de la charge virale par PCR en temps réel
ont récemment été développés. Il n’y a pas de traitement spécifique et efficace. Des
Culture cellulaire : Le prélèvement est inoculé sur molécules antivirales sont en cours d’étude. Seule la
cellules fibroblastiques diploïdes humaines (type prophylaxie existe : elle implique la surveillance des
MRC5), sur cellules en lignée continue d’origine eaux usées et des aliments ainsi que la veille
simienne (BGM, Vero, MK2) ou humaine (KB, Hela, HEp2, épidémiologique de la circulation des EV, en particulier
RD…). Noter que la majorité des virus coxsackie A ne se des poliovirus.
multiplie pas sur culture cellulaire. L’effet cytopathique La vaccination anti-poliovirus est obligatoire. Elle est
(ECP) apparaît en 2 à 12 jours de culture. Les lésions très efficace et a permis la disparition de la maladie dans
cellulaires sont caractéristiques pour un observateur les pays industrialisés. L’OMS envisage l’éradication
averti. Il existe une technique de culture rapide totale de la poliomyélite à moyen terme. La
permettant un diagnostic de genre (EV) : elle utilise une conservation et la manipulation des virus
© 2013 Biomnis – PRÉCIS DE BIOPATHOLOGIE ANALYSES MÉDICALES SPÉCIALISÉES 2/3
PICORNAVIRUS
poliomyélitiques sauvages a été récemment
réglementée, et réservée à quelques laboratoires de
référence identifiés.
Centre National de Référence des Entérovirus et
Parechovirus :
- Laboratoire de Virologie Est- CHU de Lyon (Pr B. Lina),
Centre de Biologie et de Pathologie Est, Groupement
Hospitalier Est, 59 boulevard Pinel, 69677 BRON cedex.
Contacts : Isabelle Schuffenecker et Geneviève Billaud :
T : 04 72 12 96 47 / 96 55 ; F : 04 72 12 95 00
- Laboratoire de Virologie– CHU de Clermont-Ferrand
(Pr H. Peigue-Lafeuille), Centre de Biologie, 58 rue
Montalembert 63003 Clermont-Ferrand Cedex
Contacts : Audrey Mirand et Cécile Henquell
T : 04 73 754 850 ; F : 04 73 754 851
POUR EN SAVOIR PLUS
Pozetto B., Bourlet T., Enterovirus et Parechovirus, Encycl
Méd Biol (Elsevier Paris), 2003.
Société française de microbiologie, Entérovirus, In :
REMIC : Société Française de Microbiologie Ed ;2015 :629-
634.
Société française de microbiologie, Parechovirus, In :
REMIC : Société Française de Microbiologie Ed ;2015 :635-
640.
http://www.microbe-edu.org/etudiant/picornaviridae2.html
© 2013 Biomnis – PRÉCIS DE BIOPATHOLOGIE ANALYSES MÉDICALES SPÉCIALISÉES 3/3