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Cours 1 Poly

Ce document présente une introduction à la géométrie par Daniel Perrin, abordant divers thèmes et références pour approfondir le sujet. Il met l'accent sur le programme d'Erlangen de Felix Klein, qui unifie différentes géométries à travers des groupes de transformations. Le cours vise à défendre l'enseignement de la géométrie et à former des professeurs en leur fournissant des outils pour classifier et comprendre les théorèmes géométriques.

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Cours 1 Poly

Ce document présente une introduction à la géométrie par Daniel Perrin, abordant divers thèmes et références pour approfondir le sujet. Il met l'accent sur le programme d'Erlangen de Felix Klein, qui unifie différentes géométries à travers des groupes de transformations. Le cours vise à défendre l'enseignement de la géométrie et à former des professeurs en leur fournissant des outils pour classifier et comprendre les théorèmes géométriques.

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Cours de géométrie, introduction

.
Daniel Perrin

Introduction
Les références
Dans ce premier cours, je vais aborder beaucoup de thèmes, de manière très sommaire. Pour
des détails le lecteur pourra consulter ma page web :
[Link]
Il y a beaucoup de choses qui concernent la géométrie sur ce site 1 . Je signale notamment
les rubriques : sur la géométrie, conférences, livre de géométrie projective, projet de géométrie,
préparation au CAPES, etc.
Une autre référence importante est le rapport de la commission Kahane (L’enseignement
des sciences mathématiques, Odile Jacob, 2002). La partie géométrie est sur ma page web :
[Link]
pdf
Il faut aussi signaler la brochure du groupe IREM “géométrie” :
[Link]
Enfin, il y a beaucoup de choses dans mon livre [5] (Mathématiques d’École). Ce livre a
été écrit au départ pour de futurs professeurs des écoles, ce qui peut sembler élémentaire,
mais il comporte néanmoins beaucoup de choses qui peuvent être intéressantes, même pour les
agrégatifs et les agrégatives.

Mes objectifs
Mon principal objectif, depuis de nombreuses années, est de défendre l’enseignement de la
géométrie et former les professeurs sur ce thème. Voir là-dessus le rapport de la commission
Kahane et la Postface de mon projet de livre de géométrie projective.
Précisément, le cours d’aujourd’hui est une introduction à la géométrie 2 . On abordera les
thèmes suivants : le programme d’Erlangen (vous connaissez ?), les groupes, la transitivité, les
invariants (longueurs, angles, aires), les cas d’isométrie et de similitude (vous connaissez ?).
1. Le lecteur perspicace y reconnaı̂tra bien des points de ce qui suit.
2. Il peut notamment être utile pour traiter la leçon 191 (Exemples d’utilisation des techniques d’algèbre en
géométrie).

1
1 Le programme d’Erlangen
1.1 Retour à Euclide
Avant de parler du programme d’Erlangen, je voudrais expliquer pourquoi il me semble déjà
en germe dans les éléments d’Euclide. Examinons donc la preuve du premier cas d’égalité des
triangles (Livre 1, proposition 4) :
Si deux triangles ont deux côtés égaux respectivement et les angles compris
entre ces côtés égaux, ils auront de même égaux les troisièmes côtés, ainsi que
leurs angles restants opposés aux côtés égaux.
Voici, recopiée intégralement, la preuve d’Euclide (voir figure 1) :
Soient ABΓ et ∆EZ deux triangles tels que l’on ait : AB = ∆E, AΓ = ∆Z et BAΓ [ = E∆Z.\
Je dis qu’il est aussi BΓ = EZ et que ces triangles ont tous leurs autres éléments homologues
égaux, c’est-à-dire que l’on aura aussi : BΓ = EZ, ABΓ [ = ∆EZ \ et AΓB [ = ∆ZE. \
En effet, si l’on appliquait le triangle ABΓ sur le triangle ∆EZ de manière à faire coı̈ncider
d’abord les points A et ∆, puis les côtés AB et ∆E, le point B coı̈nciderait avec E, car AB =
∆E. Les côtés AΓ et ∆Z coı̈ncideraient alors aussi, à cause de l’égalité entre les angles BAΓ
[ =
E∆Z,
\ de sorte que le point Γ à son tour coı̈nciderait avec Z, car AΓ = ∆Z. D’autre part, les
points B et E ayant déjà coı̈ncidé, les côtés BΓ et EZ coı̈ncideront aussi.
Par conséquent, le triangle ABΓ tout entier coı̈ncidera avec le triangle ∆EZ tout entier et
La preuve
les angles restants de l’und'Euclide du premier
coı̈ncideront avec lescas d'égalité
angles des triangles
restants de l’autre et ils seront respecti-
vement égaux entre eux, à savoir : ABΓ[ = ∆EZ \ et AΓB [ = ∆ZE. \

" B

A
! E

Figure 1 – Le premier cas d’égalité

Cette “preuve”, qui utilise la méthode dite de superposition, est celle que l’on donnait
autrefois en classe de cinquième et elle convainquait la plupart des élèves. Cependant, le

2
mathématicien attentif y décèle évidemment un point faible : que signifie le fait d’appliquer 3 le
triangle ABΓ sur ∆EZ 4 ?
Cette faille dans Euclide a été notée depuis longtemps et, en tous cas, David Hilbert, quand
il a entrepris la refonte de l’œuvre d’Euclide (voir [2]), en était parfaitement conscient. La
solution qu’il a adoptée est de prendre le premier cas d’égalité des triangles comme axiome
et de bâtir le reste de la géométrie dessus. C’est une solution correcte, mais trop brutale à
mon goût, car elle masque nombre de difficultés. Je serais plutôt en faveur d’une axiomatique
qui permette de rendre valide la preuve d’Euclide et la méthode de superposition, si naturelle.
Ce qui est nécessaire pour cela est de donner un sens à l’opération consistant à appliquer ou
transporter une demi-droite sur une autre, propriété qui manifeste l’homogénéité du plan. Avec
nos connaissances actuelles, on sent bien que derrière cela il y a la nécessité de la présence
d’un groupe de transformations. Précisément, je propose de postuler qu’il existe un tel groupe
qui opère transitivement 5 sur les drapeaux (un point, une demi-droite d’origine ce point,
un demi-plan limité par cette demi-droite), voir [6] un jour peut-être. Un groupe qui opère
transitivement sur un ensemble : on est au cœur du programme d’Erlangen, comme on va le
voir.

1.2 Le programme d’Erlangen


1.2.1 Demandez le programme
Le programme d’Erlangen est la thèse de Felix Klein (voir [3]), soutenue en 1872 dans cette
ville. Le travail de Klein arrive après l’explosion des géométries, survenue dans la première
moitié du dix-neuvième siècle avec la création, à côté de la géométrie euclidienne classique,
de la géométrie projective, des géométries non euclidiennes, etc. et il se veut une tentative
d’unification de ces géométries. Le principe unificateur, adopté par Klein, est qu’une géométrie
consiste, pour l’essentiel, en la donnée d’un ensemble X et d’un groupe G de transformations
de X, autrement dit d’un groupe G opérant sur X. Les éléments de G sont les transforma-
tions “permises” dans la géométrie en question et elles caractérisent cette géométrie. Il s’agit,
par exemple, des isométries (affines) pour la géométrie euclidienne plane (Vous pourriez les
énumérer ?), ou des transformations affines (Exemples ? Nous y revenons ci-dessous et dans les
cours suivants.) pour la géométrie affine plane, ou encore des homographies (Un exemple ?)
pour la géométrie projective. Les propriétés relatives à la géométrie en question (propriétés
affines, euclidiennes, projectives) sont celles qui sont conservées dans l’action du groupe, ainsi
que le dit Klein :
3. On notera que le mot utilisé ici (et qui semble admis par tous les traducteurs) est celui qui sera retenu
dans le langage moderne.
4. Il y a beaucoup d’autres zones d’ombre dans cette démonstration. Par exemple, lorsqu’Euclide parle de
faire coı̈ncider les côtés, il pense sans doute aux demi-droites qui les portent, mais il faut aussi faire attention
aux demi-plans. En particulier, Euclide n’envisage pas le cas où les triangles sont échangés par une isométrie
négative.
5. Ce mot sera un des mots-clés de ce cours.

3
“étant donnés une multiplicité et un groupe de transformations de cette multiplicité, en
étudier les êtres au point de vue des propriétés qui ne sont pas altérées par les transformations
du groupe.”

1.1 Exemples. 1) Les homographies conservent concours et alignement.


2) Les transformations affines conservent en outre le parallélisme, les rapports de mesures
algébriques sur une même droite (tout ce qui se formule avec des vecteurs mais sans produit
scalaire) et les rapports d’aires.
3) Les isométries conservent en outre longueurs et angles.

1.2.2 Classifier les théorèmes


Le programme d’Erlangen, c’est d’abord cela : une méthode de classification des résultats
de géométrie, dont on verra plus bas comment elle peut être utilisée.
Ainsi, pour citer trois résultats célèbres, le théorème de Pappus : (si l’on a 6 a, b, c alignés
sur D et a0 , b0 , c0 sur D0 , si (bc0 ) et (b0 c) (resp. (ca0 ) et (c0 a), resp. (ab0 ) et (a0 b)) se coupent en u
(resp. v, resp. w), voir figure 2 ci-dessous, alors les points u, v, w sont alignés) qui n’emploie que
les notions de concours et d’alignement, est un théorème projectif tandis que Thalès, qui utilise
des parallèles, est un résultat affine et Pythagore, qui met en jeu longueurs et orthogonalité,
est un théorème euclidien.

b
a
u
w v

a'
b'
c'

Figure 2 – Théorème de Pappus : u, v, w sont alignés


6. Dans ce texte on verra cohabiter plusieurs notations pour les points, soit avec des minuscules, soit avec
des majuscules. Cela résulte de nombreux copiés-collés sur des documents différents. Le lecteur est prié de ne
pas s’en inquiéter.

4
On peut dire, en quelque sorte, que chaque théorème possède une niche écologique pri-
vilégiée, qui correspond au cadre dans lequel il s’énonce avec le plus de généralité et, souvent,
où il se démontre avec le plus de facilité.
L’exemple du théorème de Pascal sur l’hexagone inscrit, frère jumeau de Pappus, illustre
bien cette idée. Ce théorème s’énonce d’abord avec a, b, c, a0 , b0 , c0 sur un cercle, voir figure 3 (la
suite du théorème est identique à celle de Pappus).

b
b
c
u

c'
a
a

u c
w v
c' w
v

b'
b'
a'
a'
Théorème de Pascal : u,v,w sont alignés

Figure 3 – Théorème de Pascal : u, v, w sont alignés

Il n’est pas difficile de montrer ce théorème dans ce cadre en utilisant le théorème de l’angle
inscrit, il apparaı̂t alors comme un théorème euclidien.
Il est clair cependant que ce théorème n’est pas énoncé là dans sa plus grande généralité
puisqu’il vaut aussi pour une ellipse. C’est alors devenu un théorème affine. On peut enfin
l’énoncer pour une parabole ou une hyperbole et il devient un théorème projectif. C’est d’ailleurs
dans ce cadre qu’il est le plus facile à prouver ce qui est, somme toute, moral, puisque le théorème
est ici débarrassé de la gangue des notions affines et euclidiennes inutiles. Deux preuves me
semblent particulièrement pertinentes :
• Celle qui utilise l’invariant fondamental associé à une conique : le birapport.
• Celle qui consiste à prouver le résultat dans le cas euclidien et à utiliser un argument de
transitivité pour passer au cas général : il existe une homographie qui transforme un cercle
en une conique quelconque (c’est essentiellement la méthode de Pascal).

1.2.3 Quel intérêt pour de futurs professeurs ?


Pour un enseignant, repérer la niche écologique d’un problème a deux avantages :
1) Cela lui permet de trouver rapidement le résultat cherché, souvent en se ramenant à un
cas particulier. La démonstration n’est pas en général au niveau des élèves, mais on a ainsi un
temps d’avance sur eux.

5
2) De plus, lorsqu’il s’agit de proposer une preuve abordable par les élèves, le programme
d’Erlangen permet d’avoir une claire conscience des outils à utiliser.
Nous allons illustrer cela sur l’exemple de la géométrie affine du plan.

2 L’exemple de la géométrie affine


2.1 Rappels
Nous reviendrons sur tous ces points dans les cours suivants.
La géométrie affine est essentiellement la géométrie des points et des vecteurs (sans distance
ni produit scalaire). Les transformations associées sont les applications affines (disons bijectives)
qui agissent sur les points, mais aussi sur les vecteurs par la formule :
−→ −−−−−−→
f~(AB) = f (A)f (B)

où f~ est l’application linéaire associée à f . Elles forment le groupe affine qui comprend les
translations et les applications “linéaires” bijectives et leurs composées.
Dans le cas réel euclidien le groupe affine contient les isométries, les homothéties, mais aussi
d’autres transformations, qui l’engendrent : les affinités (ou dilatations) et les transvections.
Une affinité est une
 application qui a un point fixe et dont l’application linéaire associée
 a
1 0 1 λ
pour matrice avec λ 6= 0, 1 tandis qu’une transvection a pour matrice avec
0 λ 0 1
λ 6= 0. Le lecteur fera les figures nécessaires pour comprendre le sens géométrique de ces
applications et il trouvera des détails dans [4] par exemple (voir aussi la leçon 106).
Toutes ces transformations conservent les propriétés qui s’expriment en termes de vec-
teurs (sans produit scalaire) : alignement, concours, parallélisme, milieux, rapports de me-
sures algébriques (attention, seulement sur une même droite ou des droites parallèles), rapports
d’aires, mais ni angles, ni longueurs.

2.2 Un exemple d’application du programme d’Erlangen : la géométrie


affine
On a vu que la notion de transitivité était déjà en filigrane dans Euclide et qu’elle menait
à une preuve du théorème de Pascal. En vérité, la question de la transitivité est centrale dans
la perspective du programme d’Erlangen : le groupe G est-il transitif sur les points de X, sur
les droites, sur les drapeaux (couples formés d’une droite et d’un point situé sur cette droite) ?
L’est-il sur les couples de points ou de droites ? Voici quelques exemples de son utilisation,
dans la perspective de la classification des théorèmes proposée par le programme d’Erlangen.
Le cadre est ici celui de la géométrie affine.

6
2.2.1 Le principe
1) On repère que le problème est un problème affine. Cela signifie qu’il peut mettre en
jeu les notions d’alignement, de concours, de parallélisme, de milieux, de rapports de mesures
algébriques sur des droites parallèles, de barycentres, d’aires (mais pas de longueur, d’angle et
d’orthogonalité qui sont des notions euclidiennes). Exemples : le concours des médianes d’un
triangle, l’ellipse de Steiner, le problème des tiers, etc.
2) On effectue une transformation affine f (qui conserve les notions ci-dessus) de façon à
transformer le problème en un problème plus simple. Le plus souvent cela revient à traiter un
cas particulier du problème présentant une propriété euclidienne supplémentaire (on transforme
un triangle quelconque en un triangle équilatéral, un parallélogramme en un carré, une ellipse
en un cercle, etc.). Dans cette phase on utilise des résultats de transitivité.
3) On résout le problème ainsi simplifié (y compris, éventuellement, avec des outils eucli-
diens) et on revient au cas initial par la transformation inverse f −1 .
Voici un exemple, élémentaire mais révélateur, d’application de cette technique. On veut
montrer que les médianes d’un triangle sont concourantes. Comme la notion de médiane est
affine, on aura gagné si l’on montre qu’on peut transformer le triangle en un triangle équilatéral
par une application affine. En effet, les médianes seront alors aussi les médiatrices et on montre
facilement que celles-ci sont concourantes. Le point crucial est donc le lemme suivant :

2.1 Lemme. Le groupe affine est transitif sur les triangles.

Démonstration. Il s’agit d’envoyer trois points a, b, c sur a0 , b0 , c0 (non alignés). On commence


par envoyer a sur a0 par translation. Ensuite, il y a au moins deux façons de faire.
1) Les points b et c sont transformés en b00 et c00 . Il ne reste plus qu’à effectuer la trans-
−−→ −−→ −→ −→
formation linéaire (avec a0 comme origine) qui envoie la base a0 b00 , a0 c00 sur a0 b0 , a0 c0 et on a
gagné.
2) On détaille le processus en utilisant successivement une rotation pour amener (ab) sur
(a b ), une homothétie pour envoyer b en b0 , une transvection pour déplacer c sur la parallèle à
0 0

(ab) afin de rendre le triangle isocèle, enfin une affinité pour finir le travail.

2.2.2 Une application élémentaire


On considère un parallélogramme ABCD et un point intérieur E. La question est de trouver
l’ensemble des points E tels que les aires de EAB et EBC soient égales.
Le problème est affine car son hypothèse (parallélogramme) et sa conclusion (aires égales)
le sont. On peut donc, pour le résoudre, appliquer une transformation affine. Comme le groupe
affine est transitif sur les triangles, on peut imposer que ABC soit rectangle isocèle, de sorte
que ABCD devient un carré.
Là, le problème est facile. Avec la formule base × hauteur/2 on voit que les hauteurs issues
de E sont égales, de sorte que E est sur la bissectrice de l’angle ABC. [ Ah, attention, la

7
D C

E F
D C

E Aire de CEB = 5.27 Aire de CEB = 13.05

A
B
Aire de EBA = 9.31

A B
Aire de EBA = 19.79

Figure 4 –

Figure 5 –

notion de bissectrice n’est pas affine. Mais ici, cette bissectrice est la diagonale du carré et
par la transformation affine inverse elle reste diagonale du parallélogramme. Le lecteur-futur-
professeur instruit a donc aussitôt le résultat (la diagonale) et il sait aussi quels outils employer
pour une preuve élémentaire : les résultats sur les aires (les “lemmes du collège”) de [5], voir
ci-dessous. Ce qu’il ne manquera pas de faire.

2.2.3 Les tiers


Les problèmes d’aires sont sans doute, dans le cas affine, ceux qui se prêtent le mieux à
l’utilisation des principes d’Erlangen. Voici un autre exemple de ce type.
Soit abc un triangle, i, j, k des points situés respectivement sur les côtés [bc], [ca], [ab] au
tiers le plus proche de b, c, a. Les droites (bj) et (ck), (ck) et (ai), (ai) et (bj) se coupent
respectivement en p, q, r. Déterminer l’aire du triangle pqr en fonction de celle de abc.
Le problème est clairement affine (les seules notions mises en jeu sont les rapports 1/3 sur
une même droite et les rapports d’aires). On peut donc, pour le résoudre, le transformer par
une application affine. On peut supposer que l’on est dans le plan euclidien et on transforme
abc en un triangle équilatéral a0 b0 c0 de centre o comme on l’a vu ci-dessus. On dispose alors
d’un outil supplémentaire 7 : les rotations de centre o et d’angles ±2π/3 qui permutent a, b, c ;
i, j, k et p, q, r. On en déduit nombre d’égalités d’aires, dont celles des triangles roses apq, bqr
et crp et des triangles jaunes abq, bcr et cap. Avec ic = 2 ib, on voit que le triangle qcr est
d’aire double de qrb (c’est le lemme du chevron de [5], voir ci-dessous) et on en déduit que le
triangle blanc central a même aire que le rose crp. De la même manière, on voit que aqc est
7. En vérité, cette transformation existe aussi dans le cas général : il existe une application affine qui permute
(encore la transitivité) les points a, b, c et donc aussi les points i, j, k et p, q, r, mais elle est moins évidente, au
sens propre du terme.

8
a
a

k k
q q

j
j
p
r p
r
b i c
b i c

Figure 6 – Les tiers

d’aire double de aqb, donc que les aires jaunes et roses sont égales. En définitive, l’aire de pqr
est le septième de celle de abc.
Pour une preuve élémentaire directe, voir [5] exercice 225 ou exercice 4.3 ci-dessous.

2.2.4 Tangentes à une ellipse

a
M

b
M'

O a T
A' A

Figure 7 –
2 2
Pour cette construction, on voit l’ellipse d’équation xa2 + yb2 = 1 comme image du cercle x2 +y 2 =
a2 par l’affinité orthogonale d’axe Ox (les points fixes) et de rapport λ = b/a et la construction
de la tangente à l’ellipse en M 0 résulte de celle de la tangente au cercle en M , voir figure 7.

9
2.2.5 Un exemple projectif
Pour terminer sur ce thème, en sortant du cadre affine, voici un exemple projectif très
simple, le “théorème à quatre points”. Un mot sur le plan projectif. Il est obtenu en complétant
le plan affine par une droite de points à l’infini de telle sorte que deux droites affines parallèles
se coupent sur la droite de l’infini. En projectif, toutes les droites sont identiques, elles sont
permutées par le groupe des homographies et il n’y a pas de parallèles. Enfin, un repère c’est
4 points en position générale (c’est-à-dire tels que trois quelconques d’entre eux ne soient pas
alignés) et le groupe des homographies est transitif sur les repères. Le théorème à quatre points
s’obtient en effectuant les constructions les plus simples à partir de quatre points A, B, C, D :
on trace les droites (BC), (CA), (AB) ainsi que (DA), (DB), (DC) et on appelle A0 , B 0 , C 0
les intersections de (BC) et (DA), (CA) et (DB), (AB) et (DC). Les droites (BC) et (B 0 C 0 ),
(CA) et (C 0 A0 ), (AB) et (A0 B 0 ) se coupent en A00 , B 00 , C 00 respectivement. Alors A00 , B 00 , C 00 sont
alignés.

C'

B''
D

C'' B'

A'
G
B
A''

Figure 8 –

Le problème est projectif, de sorte qu’on peut envoyer A, B, C, D sur un repère quelconque.
On laisse fixes A, B, C et l’on envoie D au centre de gravité de ABC. Les points A0 , B 0 , C 0 sont
alors les milieux des côtés de ABC et les droites (A0 B 0 ), etc. sont les droites des milieux, donc
parallèles aux côtés. Leurs points d’intersection A00 , B 00 , C 00 sont donc alignés sur la droite de
l’infini. Comme la propriété est projective, cela vaut dans tous les cas.
Pour d’autres exemples concernant la transitivité et notamment l’ellipse de Steiner, voir :
[Link]
pdf
Cette méthode a été formulée notamment par Poncelet (1822), dans le cas projectif :
Une figure étant donnée, si l’on veut rechercher quelles sont les propriétés de position dont
elle jouit, on examinera si elle peut être projetée suivant une figure plus simple ; si cela a lieu,

10
on cessera de s’occuper de la première figure et on recherchera seulement, sur sa projection plus
simple, les propriétés que l’on avait particulièrement en vue ; car d’après ce qui précède, ces
propriétés appartiendront aussi à la figure considérée d’abord.

2.3 L’exemple affine, les outils de preuve


Le principe est encore dans l’esprit d’Erlangen : lorsqu’on travaille dans une géométrie
donnée, les problèmes peuvent être résolus avec les invariants de cette géométrie. C’est plus
qu’un principe car on peut montrer que tous les théorèmes d’une géométrie correspondent à
des relations (polynomiales) entre les invariants de cette géométrie, voir :
[Link]
pdf
ou ci-dessous pour quelques exemples.
Dans le cas de la géométrie affine, on montre qu’il n’y a qu’un invariant qui est l’aire (ou
plutôt les rapports d’aires). On doit donc pouvoir résoudre tous les problèmes de nature affine en
utilisant cet invariant. De plus les résultats à utiliser sont ceux qui décrivent l’invariance de l’aire
par les transformations affines : ce sont exactement les lemmes du collège de Mathématiques
d’école ([5]). En voici deux que le lecteur établira sans peine :
2.2 Lemme. (Lemme des proportions) Le rapport des aires de deux triangles qui ont un
même sommet et des bases alignées est égal au rapport des bases.
2.3 Lemme. (Lemme du chevron) Soit abc un triangle, m un point du plan. On suppose
A(abm) a0 b
que (am) coupe (bc) en a0 6= b, c. Alors on a = 0 .
A(acm) ac
Avec ces résultats, on montre par exemple le concours des médianes d’un triangle : soit
ABC un triangle, A0 , B 0 , C 0 les milieux respectifs de [BC], [CA], [AB]. Les droites (BB 0 ) et
(CC 0 ) se coupent (au fait, pourquoi ?) en G. Alors G est sur (AA0 ). En effet, le lemme du
chevron appliqué dans un sens donne l’égalité A(GAC) = A(GBC) = A(GAB) et appliqué
dans l’autre sens il donne le résultat.
Le lecteur montrera avec les mêmes arguments les résultats sur le parallélogramme et les
tiers évoqués ci-dessus.

2.4 L’exemple affine, les repères


Le principe est toujours dans la ligne d’Erlangen. On suppose qu’on a un problème que l’on
a identifié comme affine. Comme le groupe affine est transitif sur les triangles on peut envoyer
un triangle quelconque (choisi comme repère cartésien) sur un triangle rectangle isocèle (donc
un repère orthonormé). Cela permet de faire les calculs dans le repère initialement choisi. Le
lecteur appliquera ce principe au cas du concours des médianes, ou à la variante affine de Pappus
(voir exercice 4.1) ou au problème de la figure 9 ci-dessous.

11
I) Polygones inscrits dans un polygone
1) Un carré dans un triangle - Exercice 3ème
Soit ABC un triangle. On veut construire un carré MNOP inscrit dans le triangle ABC tel
que : P  [AB], O  [AC], M  [BC] et N  [BC].
3URSRVHUXQSURJUDPPHGHFRQVWUXFWLRQHWSURXYHUTX¶LOconstruit le résultat voulu.
(Aide préalable avec un logiciel et abandon de la contrainte O  [AC])

2) Un triangle dans un triangle - Exercice 2nde (MR 104p283)

Figure 9 –

3 Invariants, relations et transitivité


Ce qui précède montre l’importance de la transitivité dans l’application du programme
d’Erlangen. Mais, bien entendu, l’action d’un groupe G sur un ensemble X n’est pas toujours
transitive, par exemple l’opération du groupe des isométries du plan euclidien sur l’ensemble des
couples de points du plan ne l’est pas, mais ce défaut de transitivité n’est pas moins intéressant,
car il conduit à la notion d’orbite : l’orbite de x est l’ensemble des y ∈ X que l’on peut atteindre
à partir de x via G. La plupart du temps, les orbites sont repérées par des invariants. Dans le
cas de la géométrie élémentaire, il s’agit de notions bien connues. Si l’on ne peut pas toujours
envoyer par une isométrie un couple de points (A, B) sur un autre c’est qu’il y a une obstruction
qui empêche cela, un invariant du couple de points qui ne change pas par isométrie. Pas besoin
d’être grand clerc pour deviner que c’est la longueur AB. De la même manière, on ne peut
envoyer un couple de demi-droites de même origine sur un autre que si leur angle est le même.
La notion d’invariant est donc inhérente à la géométrie. Bien sûr, à un stade un peu plus avancé
il y a des invariants plus sophistiqués, par exemple sur une droite projective, on peut envoyer
trois points distincts sur trois autres par une homographie, mais avec quatre surgit un nouvel
invariant, le birapport.
Nous verrons plus loin que cette notion d’orbite permet de mieux comprendre certains des
outils légués par les Grecs comme les cas d’égalité ou de similitude des triangles.

3.1 Invariants, relations et théorèmes


En restant au niveau théorique, il y a une autre raison qui fonde l’importance des invariants,
c’est qu’ils sont directement liés aux théorèmes. En effet, on montre que tout théorème d’une

12
géométrie donnée correspond à une relation entre les invariants (algébriques) de cette géométrie.
Le lecteur intéressé par cet aspect des choses ira lire :
[Link]
D’aucuns en ont même déduit la mort de la géométrie. C’est ce que dit Bourbaki dans ses
éléments d’histoire des mathématiques :
Mais la situation devient bien plus nette avec les progrès de la théorie des invariants qui
parvient enfin à formuler des méthodes générales permettant en principe d’écrire tous les co-
variants algébriques et toutes leurs “syzygies” [ou relations] de façon purement automatique ;
victoire qui, du même coup, marque la mort, comme champ de recherches, de la géométrie
“élémentaire”.
Sans doute, rien ne permet de prévoir a priori, parmi l’infinité de théorèmes que l’on peut
ainsi dérouler à volonté, quels seront ceux dont l’énoncé, dans un langage géométrique appro-
prié, aura une simplicité et une élégance comparables aux résultats classiques, et il reste là un
domaine restreint où continuent à s’exercer avec bonheur de nombreux amateurs (géométrie
du triangle, du tétraèdre, des courbes et surfaces algébriques de bas degré, etc.) Mais pour le
mathématicien professionnel, la mine est tarie ...

3.2 Exemples
Je ne partage pas entièrement le point de vue de Bourbaki, mais l’importance des relations
entre invariants est indéniable. En voici déjà un exemple élémentaire :
Soit ABC un triangle du plan euclidien et H un point quelconque. La symétrie et la linéarité
du produit scalaire donnent la relation :
−−→ −−→ −−→ −−→ −−→ −−→ −−→ −−→ −−→
(HB − HC)|HA + (HC − HA)|HB + (HA − HB)|HC = 0.

Cette relation fournit aussitôt le concours des hauteurs du triangle. En effet, si l’on choisit
pour H l’intersection des hauteurs issues de A et B, les deux premiers produits scalaires sont
−−→ −−→
nuls (par exemple, le premier n’est autre que (CB|HA) par la relation de Chasles), donc aussi
le troisième, et H est sur la troisième hauteur.
Voici un autre exemple : Soit ABC un triangle et G un point du plan. On a la relation :
−→ −−→ −→ −−→ −→ −→ −→ −→ −−→
det(GA, GB + GC) + det(GB, GC + GA) + det(GC, GA + GB) = 0.

Toute relation est un théorème, d’après Bourbaki. Le lecteur précisera duquel il s’agit ici.
Voici mon exemple préféré : le théorème des six birapports 8 . Il faut d’abord rappeler ce
qu’est le birapport de quatre points a, b, c, d ∈ C ∪ {∞}, c’est la quantité (éventuellement
infinie) :
c−a d−a c−a d−b
[[a, b, c, d]] = : = × .
c−b d−b c−b d−a
8. Pour des détails, voir [1] exercice VI-40.

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Le résultat principal concernant cet objet c’est que les points a, b, c, d sont cocycliques ou
alignés si et seulement si leur birapport est réel. (C’est une conséquence du théorème de l’angle
inscrit que vous connaissez 9 sans doute, non ?) Voici le théorème des 6 birapports :
3.1 Théorème. Si on a 8 points a, b, c, d, p, q, r, s on a la relation :
[[a, b, r, s]] [[b, c, p, s]] [[c, a, q, s]] [[p, q, c, d]] [[q, r, a, d]] [[r, p, b, d]] = 1.
Démonstration. C’est pas dur, on écrit :
[[a, b, r, s]] [[b, c, p, s]] [[c, a, q, s]] [[p, q, c, d]] [[q, r, a, d]] [[r, p, b, d]] =
r−a s−b p−b s−c q−c s−a
× × × × ×
r−b s−a p−c s−b q−a s−c
c−p d−q a−q d−r b−r d−p
× × × × × ×
c−q d−p a−r d−q b−p d−r
et on simplifie !
Ce théorème a une foule de conséquences géométriques grâce au corollaire :
3.2 Corollaire. Avec les notations précédentes, si cinq des quadruplets sont cocycliques ou
pivot le sixième aussi.
alignés,
Voici deux exemples que le lecteur traitera à titre d’exercices :
Miquel
[a,b,r,s] [b,c,p,s] [c,a,q,s] [p,q,c,d] [q,r,a,d] [r,p,b,d]= 1

a
A'

r
B B'
D
q D'
d C

C'
b
p c

Figure 10 – Théorèmes du pivot et de Miquel

3.3 Théorème. (Le lemme du pivot) Soit abc un triangle et p, q, r trois points sur les côtés.
Les cercles circonscrits aux triangles aqr, brp et cpq ont un point commun.
3.4 Théorème. (Le théorème de Miquel) Soient A, B, C, D ; A0 , B 0 , C 0 , D0 huit points du
plan. On suppose les quadruplets suivants cocycliques : AA0 BB 0 , BB 0 CC 0 , CC 0 DD0 et DD0 AA0 .
Alors ABCD sont cocycliques si et seulement si A0 B 0 C 0 D0 le sont.
9. Sinon, courez lire : [Link]
[Link].

14
3.3 Utiliser les invariants, le cas de la géométrie affine
Comme on l’a dit, l’unique invariant de la géométrie affine est l’aire et cet invariant permet
de traiter tous les problèmes de nature affine. La recette pour cela est d’utiliser les “lemmes du
collège” de [5] (la plupart de ces lemmes sont déjà dans Euclide). Nous avons vu le lemme des
proportions et celui du chevron, en voici d’autres :
3.5 Lemme. (Lemme du demi-parallélogramme) Les diagonales d’un parallélogramme le
partagent en deux triangles de même aire.
3.6 Lemme. (Lemme de la médiane) La médiane d’un triangle le partage en deux triangles
de même aire.
3.7 Lemme. (Lemme du trapèze) Deux triangles de même base et dont les sommets sont
situés sur une parallèle à la base ont même aire.
Ces lemmes, associés à la propriété d’additivité des aires, permettent de montrer tous les
résultats de nature affine. Nous verrons en cours le théorème de Thalès. Voici une démonstration
du théorème de Ménélaüs utilisant les aires (nous en verrons d’autres).

A0 B B0C C 0A B'
Il s’agit de montrer 0C
× 0A
× 0B
= 1. On
A B C
A0 B A(A0 BC 0 ) C 0A A(C 0 AA0 )
écrit 0 = et = C'
AC A(A0 CC 0 ) C 0B A(C 0 BA0 )
par le lemme des proportions et on conclut par C
le lemme du chevron.
B
A'

3.4 Utiliser la transitivité : les cas d’isométrie et de similitude


Les cas d’isométrie des triangles étaient un des outils essentiels des collégiens d’autrefois
pour faire de la géométrie. Bannis par la réforme des mathématiques modernes, ils ont fait
leur réapparition en seconde dans les années 1990, avant d’être balayés par les modifications de
programmes de lycée de 2008, puis de réapparaı̂tre dans les programmes de collège de 2015 !
Je considère que ces tergiversations sont très préjudiciables à l’enseignement, notamment au
regard de la formation des maı̂tres. Pourtant, il y a en leur faveur de solides arguments, à la
fois théoriques et didactiques.
En effet, que font les cas d’isométrie des triangles ? Ils décrivent les orbites du groupe des
isométries dans son action sur les triangles en donnant des critères commodes qui permettent

15
d’affirmer l’existence d’une isométrie échangeant deux triangles (avec comme conséquence
l’égalité des éléments autres que ceux utilisés) sans être obligé 10 d’exhiber celle-ci.
Côté didactique, je me contenterai d’un exemple très simple, mais révélateur de l’intérêt des
cas d’isométrie.

A
Soit ABC un triangle isocèle avec
AB = AC > BC. On porte des
points D et E sur [AB) et [BC)
tels que BD = CE = AB − BC.
Montrer que ADE est isocèle.
C’est très facile avec les cas
d’isométrie. En effet, on
considère ACE et EBD.
Ils sont isométriques (deux
B C E
côtés et un angle, vu comme
supplémentaire). On en déduit
AE = DE.
D
Figure 11 –

Bien entendu, on peut aussi traiter le problème par les transformations. Le lecteur ne man-
quera pas de s’y exercer mais il constatera que les raisonnements à produire sont nettement
plus compliqués que celui ci-dessus. Pour des détails, voir :
[Link]

4 Exercices
Le signe ¶ indique un exercice plus difficile.

4.1 Pappus
4.1 Exercice. Soient ∆, ∆0 deux droites du plan affine sur un corps k, concourantes en O, et
soient A, B, C (resp. A0 , B 0 , C 0 ) des points de ∆ (resp. ∆0 ) distincts et distincts de O.
1) On suppose que les droites (BC 0 ) et (B 0 C), (resp. (CA0 ) et (C 0 A)) sont parallèles. Montrer
que (AB 0 ) et (B 0 A) sont parallèles. (On utilisera un repère adapté.)
2) ¶ On suppose que les droites (BC 0 ) et (B 0 C), (resp. (CA0 ) et (C 0 A), resp. (AB 0 ) et (B 0 A))
se coupent en D (resp. E, resp. F ). Montrer que D, E, F sont alignés.
10. Envoyer ce triangle sur cet autre ? Il peut le faire ! comme auraient dit Pierre Dac et Francis Blanche, voir
[Link]

16
4.2 Autour des aires
L’aire d’une partie X du plan est notée A(X).

4.2 Exercice. Soient a, b des réels positifs. Dans le plan euclidien rapporté à un repère ortho-
x2 y 2
normé on considère l’ellipse E d’équation 2 + 2 = 1. Calculer l’aire limitée par E.
a b
4.3 Exercice. (Les tiers, sans se ramener au cas équilatéral)
Soit ABC un triangle et soit I (resp. J, resp. K) le point situé au tiers de [BC] du côté
de B (resp. de [CA] du côté de C, resp. de [AB] du côté de A). On appelle E, F, G les points
d’intersection de (BJ) et (CK), (CK) et (AI), (AI) et (BJ) respectivement. On pose T =
A(ABC), a = A(AEF ), b = A(BF G), c = A(CGE) et t = A(EF G).
Montrer les formules t + c = 2b, t + a = 2c, t + b = 2a. En déduire qu’on a a = b = c = t
(on pourra supposer, par exemple, a ≤ b). Calculer t en fonction de T .

4.4 Exercice. Soient ABC un triangle et O un point intérieur au triangle. Les droites (AO), (BO), (CO)
recoupent les côtés du triangle en A0 , B 0 , C 0 .
a) Montrer la relation suivante (dite de Gergonne) en utilisant les aires :

OA0 OB 0 OC 0
+ + = 1.
AA0 BB 0 CC 0
b) Montrer la relation suivante (dite de Céva) 11 :

A0 B B 0 C C 0A
× × = −1.
A0 C B0A C 0B
4.5 Exercice. Soient ABC un triangle, G son centre de gravité et F le point symétrique de G
par rapport au milieu A0 de [BC].
a) Calculer A(BGF ) en fonction de A(ABC).
b) On considère un triangle T dont les côtés ont pour longueurs les longueurs des médianes
de ABC. Calculer A(T ) en fonction de A(ABC).

4.6 Exercice. Soient ABCD un rectangle, I et J les milieux des côtés [AD] et [CD], M le point
d’intersection de [CI] et [AJ]. Comparer les aires des quadrilatères DIM J et ABCM .

4.3 Cas d’isométrie et de similitude


4.7 Exercice. Soit ABC un triangle isocèle en A et DEF des points distincts de A, B, C et
situés respectivement sur [BC], [CA], [AB]. On suppose qu’on a DC = F B et DB = EC. Que
peut-on dire du triangle DEF ?
11. Si vous ne connaissez pas la notion de mesure algébrique (notation AB), vous l’inventerez !

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4.8 Exercice. Un pentagone convexe ABCDE dont les diagonales sont égales est-il régulier ?
1) Et si l’on suppose en plus qu’on a AB = BC = CD = DE = EA ?
2) Et si l’on suppose en plus que A, B, C, D, E sont sur un même cercle ?
3) Et si l’on suppose en plus que les angles ABC,
[ BCD,\ CDE, \ DEA,\ EAB [ sont égaux ?
4.9 Exercice. Soit ABC un triangle. Construire, sur les côtés [AB] et [AC] et à l’extérieur
du triangle, deux triangles rectangles isocèles P AB et QAC. Soit M le milieu de [BC]. Que
peut-on dire du triangle P M Q ?
4.10 Exercice. On considère un quadrilatère croisé ABCD dont les côtés [BC] et [AD] se
coupent en O. On suppose qu’on a AB = CD et AD = BC. Montrer qu’on a OA = OC et
OB = OD.
4.11 Exercice. 1) Soit ABC un triangle rectangle en A et soit H le pied de la hauteur issue de
A. Montrer les égalités de moyennes géométriques : AH 2 = BH × CH, AB 2 = BH × BC et
AC 2 = CH × CB de plusieurs manières (en utilisant les triangles semblables, la trigonométrie,
Pythagore, le produit scalaire, etc.)
2) On suppose qu’on a montré 1) en utilisant les triangles semblables. En déduire une preuve
de Pythagore.
3) Construire à la règle et au compas un carré d’aire égale à celle d’un rectangle donné.
4) On donne deux longueurs m et s. Construire à la règle et au compas des longueurs x, y
telles que l’on ait s = x + y et m2 = xy. Discuter.
4.12 Exercice. ¶ (Le triangle 36 − 72 − 72 d’Euclide)
Soit ABC un triangle dont les angles en A, B, C sont respectivement égaux à 36, 72 et 72
degrés. On pose a = BC et b = AB = AC. On construit D ∈ [AC] tel que AD = BD. Calculer
les angles de BDC et en déduire le rapport b/a.
Comment peut-on construire un tel triangle à la règle et au compas ? Comment peut-on en
déduire la construction du pentagone régulier ?
4.13 Exercice. ¶
Soit ABCD un carré de centre E, F le milieu de [DE] et G celui de [AB]. Que peut-on dire
du triangle CF G ?

Références
[1] Audin Michèle, Géométrie, EDP Sciences, 2006.
[2] Hilbert David, Les fondements de la géométrie, Dunod, Paris, 1971.
[3] Klein Felix, Le programme d’Erlangen, Jacques Gabay, Paris, 1974.
[4] Perrin Daniel, Cours d’algèbre, Ellipses, Paris, 1996.
[5] Perrin Daniel, Mathématiques d’École, Cassini, Paris, 2011.
[6] Perrin Daniel, Une axiomatique pour la géométrie euclidienne plane, Saint-Tricotin sur
Pelote (Marne et Garonne), 2050.

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