Cours 1 Poly
Cours 1 Poly
.
Daniel Perrin
Introduction
Les références
Dans ce premier cours, je vais aborder beaucoup de thèmes, de manière très sommaire. Pour
des détails le lecteur pourra consulter ma page web :
[Link]
Il y a beaucoup de choses qui concernent la géométrie sur ce site 1 . Je signale notamment
les rubriques : sur la géométrie, conférences, livre de géométrie projective, projet de géométrie,
préparation au CAPES, etc.
Une autre référence importante est le rapport de la commission Kahane (L’enseignement
des sciences mathématiques, Odile Jacob, 2002). La partie géométrie est sur ma page web :
[Link]
pdf
Il faut aussi signaler la brochure du groupe IREM “géométrie” :
[Link]
Enfin, il y a beaucoup de choses dans mon livre [5] (Mathématiques d’École). Ce livre a
été écrit au départ pour de futurs professeurs des écoles, ce qui peut sembler élémentaire,
mais il comporte néanmoins beaucoup de choses qui peuvent être intéressantes, même pour les
agrégatifs et les agrégatives.
Mes objectifs
Mon principal objectif, depuis de nombreuses années, est de défendre l’enseignement de la
géométrie et former les professeurs sur ce thème. Voir là-dessus le rapport de la commission
Kahane et la Postface de mon projet de livre de géométrie projective.
Précisément, le cours d’aujourd’hui est une introduction à la géométrie 2 . On abordera les
thèmes suivants : le programme d’Erlangen (vous connaissez ?), les groupes, la transitivité, les
invariants (longueurs, angles, aires), les cas d’isométrie et de similitude (vous connaissez ?).
1. Le lecteur perspicace y reconnaı̂tra bien des points de ce qui suit.
2. Il peut notamment être utile pour traiter la leçon 191 (Exemples d’utilisation des techniques d’algèbre en
géométrie).
1
1 Le programme d’Erlangen
1.1 Retour à Euclide
Avant de parler du programme d’Erlangen, je voudrais expliquer pourquoi il me semble déjà
en germe dans les éléments d’Euclide. Examinons donc la preuve du premier cas d’égalité des
triangles (Livre 1, proposition 4) :
Si deux triangles ont deux côtés égaux respectivement et les angles compris
entre ces côtés égaux, ils auront de même égaux les troisièmes côtés, ainsi que
leurs angles restants opposés aux côtés égaux.
Voici, recopiée intégralement, la preuve d’Euclide (voir figure 1) :
Soient ABΓ et ∆EZ deux triangles tels que l’on ait : AB = ∆E, AΓ = ∆Z et BAΓ [ = E∆Z.\
Je dis qu’il est aussi BΓ = EZ et que ces triangles ont tous leurs autres éléments homologues
égaux, c’est-à-dire que l’on aura aussi : BΓ = EZ, ABΓ [ = ∆EZ \ et AΓB [ = ∆ZE. \
En effet, si l’on appliquait le triangle ABΓ sur le triangle ∆EZ de manière à faire coı̈ncider
d’abord les points A et ∆, puis les côtés AB et ∆E, le point B coı̈nciderait avec E, car AB =
∆E. Les côtés AΓ et ∆Z coı̈ncideraient alors aussi, à cause de l’égalité entre les angles BAΓ
[ =
E∆Z,
\ de sorte que le point Γ à son tour coı̈nciderait avec Z, car AΓ = ∆Z. D’autre part, les
points B et E ayant déjà coı̈ncidé, les côtés BΓ et EZ coı̈ncideront aussi.
Par conséquent, le triangle ABΓ tout entier coı̈ncidera avec le triangle ∆EZ tout entier et
La preuve
les angles restants de l’und'Euclide du premier
coı̈ncideront avec lescas d'égalité
angles des triangles
restants de l’autre et ils seront respecti-
vement égaux entre eux, à savoir : ABΓ[ = ∆EZ \ et AΓB [ = ∆ZE. \
" B
A
! E
Cette “preuve”, qui utilise la méthode dite de superposition, est celle que l’on donnait
autrefois en classe de cinquième et elle convainquait la plupart des élèves. Cependant, le
2
mathématicien attentif y décèle évidemment un point faible : que signifie le fait d’appliquer 3 le
triangle ABΓ sur ∆EZ 4 ?
Cette faille dans Euclide a été notée depuis longtemps et, en tous cas, David Hilbert, quand
il a entrepris la refonte de l’œuvre d’Euclide (voir [2]), en était parfaitement conscient. La
solution qu’il a adoptée est de prendre le premier cas d’égalité des triangles comme axiome
et de bâtir le reste de la géométrie dessus. C’est une solution correcte, mais trop brutale à
mon goût, car elle masque nombre de difficultés. Je serais plutôt en faveur d’une axiomatique
qui permette de rendre valide la preuve d’Euclide et la méthode de superposition, si naturelle.
Ce qui est nécessaire pour cela est de donner un sens à l’opération consistant à appliquer ou
transporter une demi-droite sur une autre, propriété qui manifeste l’homogénéité du plan. Avec
nos connaissances actuelles, on sent bien que derrière cela il y a la nécessité de la présence
d’un groupe de transformations. Précisément, je propose de postuler qu’il existe un tel groupe
qui opère transitivement 5 sur les drapeaux (un point, une demi-droite d’origine ce point,
un demi-plan limité par cette demi-droite), voir [6] un jour peut-être. Un groupe qui opère
transitivement sur un ensemble : on est au cœur du programme d’Erlangen, comme on va le
voir.
3
“étant donnés une multiplicité et un groupe de transformations de cette multiplicité, en
étudier les êtres au point de vue des propriétés qui ne sont pas altérées par les transformations
du groupe.”
b
a
u
w v
a'
b'
c'
4
On peut dire, en quelque sorte, que chaque théorème possède une niche écologique pri-
vilégiée, qui correspond au cadre dans lequel il s’énonce avec le plus de généralité et, souvent,
où il se démontre avec le plus de facilité.
L’exemple du théorème de Pascal sur l’hexagone inscrit, frère jumeau de Pappus, illustre
bien cette idée. Ce théorème s’énonce d’abord avec a, b, c, a0 , b0 , c0 sur un cercle, voir figure 3 (la
suite du théorème est identique à celle de Pappus).
b
b
c
u
c'
a
a
u c
w v
c' w
v
b'
b'
a'
a'
Théorème de Pascal : u,v,w sont alignés
Il n’est pas difficile de montrer ce théorème dans ce cadre en utilisant le théorème de l’angle
inscrit, il apparaı̂t alors comme un théorème euclidien.
Il est clair cependant que ce théorème n’est pas énoncé là dans sa plus grande généralité
puisqu’il vaut aussi pour une ellipse. C’est alors devenu un théorème affine. On peut enfin
l’énoncer pour une parabole ou une hyperbole et il devient un théorème projectif. C’est d’ailleurs
dans ce cadre qu’il est le plus facile à prouver ce qui est, somme toute, moral, puisque le théorème
est ici débarrassé de la gangue des notions affines et euclidiennes inutiles. Deux preuves me
semblent particulièrement pertinentes :
• Celle qui utilise l’invariant fondamental associé à une conique : le birapport.
• Celle qui consiste à prouver le résultat dans le cas euclidien et à utiliser un argument de
transitivité pour passer au cas général : il existe une homographie qui transforme un cercle
en une conique quelconque (c’est essentiellement la méthode de Pascal).
5
2) De plus, lorsqu’il s’agit de proposer une preuve abordable par les élèves, le programme
d’Erlangen permet d’avoir une claire conscience des outils à utiliser.
Nous allons illustrer cela sur l’exemple de la géométrie affine du plan.
où f~ est l’application linéaire associée à f . Elles forment le groupe affine qui comprend les
translations et les applications “linéaires” bijectives et leurs composées.
Dans le cas réel euclidien le groupe affine contient les isométries, les homothéties, mais aussi
d’autres transformations, qui l’engendrent : les affinités (ou dilatations) et les transvections.
Une affinité est une
application qui a un point fixe et dont l’application linéaire associée
a
1 0 1 λ
pour matrice avec λ 6= 0, 1 tandis qu’une transvection a pour matrice avec
0 λ 0 1
λ 6= 0. Le lecteur fera les figures nécessaires pour comprendre le sens géométrique de ces
applications et il trouvera des détails dans [4] par exemple (voir aussi la leçon 106).
Toutes ces transformations conservent les propriétés qui s’expriment en termes de vec-
teurs (sans produit scalaire) : alignement, concours, parallélisme, milieux, rapports de me-
sures algébriques (attention, seulement sur une même droite ou des droites parallèles), rapports
d’aires, mais ni angles, ni longueurs.
6
2.2.1 Le principe
1) On repère que le problème est un problème affine. Cela signifie qu’il peut mettre en
jeu les notions d’alignement, de concours, de parallélisme, de milieux, de rapports de mesures
algébriques sur des droites parallèles, de barycentres, d’aires (mais pas de longueur, d’angle et
d’orthogonalité qui sont des notions euclidiennes). Exemples : le concours des médianes d’un
triangle, l’ellipse de Steiner, le problème des tiers, etc.
2) On effectue une transformation affine f (qui conserve les notions ci-dessus) de façon à
transformer le problème en un problème plus simple. Le plus souvent cela revient à traiter un
cas particulier du problème présentant une propriété euclidienne supplémentaire (on transforme
un triangle quelconque en un triangle équilatéral, un parallélogramme en un carré, une ellipse
en un cercle, etc.). Dans cette phase on utilise des résultats de transitivité.
3) On résout le problème ainsi simplifié (y compris, éventuellement, avec des outils eucli-
diens) et on revient au cas initial par la transformation inverse f −1 .
Voici un exemple, élémentaire mais révélateur, d’application de cette technique. On veut
montrer que les médianes d’un triangle sont concourantes. Comme la notion de médiane est
affine, on aura gagné si l’on montre qu’on peut transformer le triangle en un triangle équilatéral
par une application affine. En effet, les médianes seront alors aussi les médiatrices et on montre
facilement que celles-ci sont concourantes. Le point crucial est donc le lemme suivant :
(ab) afin de rendre le triangle isocèle, enfin une affinité pour finir le travail.
7
D C
E F
D C
A
B
Aire de EBA = 9.31
A B
Aire de EBA = 19.79
Figure 4 –
Figure 5 –
notion de bissectrice n’est pas affine. Mais ici, cette bissectrice est la diagonale du carré et
par la transformation affine inverse elle reste diagonale du parallélogramme. Le lecteur-futur-
professeur instruit a donc aussitôt le résultat (la diagonale) et il sait aussi quels outils employer
pour une preuve élémentaire : les résultats sur les aires (les “lemmes du collège”) de [5], voir
ci-dessous. Ce qu’il ne manquera pas de faire.
8
a
a
k k
q q
j
j
p
r p
r
b i c
b i c
d’aire double de aqb, donc que les aires jaunes et roses sont égales. En définitive, l’aire de pqr
est le septième de celle de abc.
Pour une preuve élémentaire directe, voir [5] exercice 225 ou exercice 4.3 ci-dessous.
a
M
b
M'
O a T
A' A
Figure 7 –
2 2
Pour cette construction, on voit l’ellipse d’équation xa2 + yb2 = 1 comme image du cercle x2 +y 2 =
a2 par l’affinité orthogonale d’axe Ox (les points fixes) et de rapport λ = b/a et la construction
de la tangente à l’ellipse en M 0 résulte de celle de la tangente au cercle en M , voir figure 7.
9
2.2.5 Un exemple projectif
Pour terminer sur ce thème, en sortant du cadre affine, voici un exemple projectif très
simple, le “théorème à quatre points”. Un mot sur le plan projectif. Il est obtenu en complétant
le plan affine par une droite de points à l’infini de telle sorte que deux droites affines parallèles
se coupent sur la droite de l’infini. En projectif, toutes les droites sont identiques, elles sont
permutées par le groupe des homographies et il n’y a pas de parallèles. Enfin, un repère c’est
4 points en position générale (c’est-à-dire tels que trois quelconques d’entre eux ne soient pas
alignés) et le groupe des homographies est transitif sur les repères. Le théorème à quatre points
s’obtient en effectuant les constructions les plus simples à partir de quatre points A, B, C, D :
on trace les droites (BC), (CA), (AB) ainsi que (DA), (DB), (DC) et on appelle A0 , B 0 , C 0
les intersections de (BC) et (DA), (CA) et (DB), (AB) et (DC). Les droites (BC) et (B 0 C 0 ),
(CA) et (C 0 A0 ), (AB) et (A0 B 0 ) se coupent en A00 , B 00 , C 00 respectivement. Alors A00 , B 00 , C 00 sont
alignés.
C'
B''
D
C'' B'
A'
G
B
A''
Figure 8 –
Le problème est projectif, de sorte qu’on peut envoyer A, B, C, D sur un repère quelconque.
On laisse fixes A, B, C et l’on envoie D au centre de gravité de ABC. Les points A0 , B 0 , C 0 sont
alors les milieux des côtés de ABC et les droites (A0 B 0 ), etc. sont les droites des milieux, donc
parallèles aux côtés. Leurs points d’intersection A00 , B 00 , C 00 sont donc alignés sur la droite de
l’infini. Comme la propriété est projective, cela vaut dans tous les cas.
Pour d’autres exemples concernant la transitivité et notamment l’ellipse de Steiner, voir :
[Link]
pdf
Cette méthode a été formulée notamment par Poncelet (1822), dans le cas projectif :
Une figure étant donnée, si l’on veut rechercher quelles sont les propriétés de position dont
elle jouit, on examinera si elle peut être projetée suivant une figure plus simple ; si cela a lieu,
10
on cessera de s’occuper de la première figure et on recherchera seulement, sur sa projection plus
simple, les propriétés que l’on avait particulièrement en vue ; car d’après ce qui précède, ces
propriétés appartiendront aussi à la figure considérée d’abord.
11
I) Polygones inscrits dans un polygone
1) Un carré dans un triangle - Exercice 3ème
Soit ABC un triangle. On veut construire un carré MNOP inscrit dans le triangle ABC tel
que : P [AB], O [AC], M [BC] et N [BC].
3URSRVHUXQSURJUDPPHGHFRQVWUXFWLRQHWSURXYHUTX¶LOconstruit le résultat voulu.
(Aide préalable avec un logiciel et abandon de la contrainte O [AC])
Figure 9 –
12
géométrie donnée correspond à une relation entre les invariants (algébriques) de cette géométrie.
Le lecteur intéressé par cet aspect des choses ira lire :
[Link]
D’aucuns en ont même déduit la mort de la géométrie. C’est ce que dit Bourbaki dans ses
éléments d’histoire des mathématiques :
Mais la situation devient bien plus nette avec les progrès de la théorie des invariants qui
parvient enfin à formuler des méthodes générales permettant en principe d’écrire tous les co-
variants algébriques et toutes leurs “syzygies” [ou relations] de façon purement automatique ;
victoire qui, du même coup, marque la mort, comme champ de recherches, de la géométrie
“élémentaire”.
Sans doute, rien ne permet de prévoir a priori, parmi l’infinité de théorèmes que l’on peut
ainsi dérouler à volonté, quels seront ceux dont l’énoncé, dans un langage géométrique appro-
prié, aura une simplicité et une élégance comparables aux résultats classiques, et il reste là un
domaine restreint où continuent à s’exercer avec bonheur de nombreux amateurs (géométrie
du triangle, du tétraèdre, des courbes et surfaces algébriques de bas degré, etc.) Mais pour le
mathématicien professionnel, la mine est tarie ...
3.2 Exemples
Je ne partage pas entièrement le point de vue de Bourbaki, mais l’importance des relations
entre invariants est indéniable. En voici déjà un exemple élémentaire :
Soit ABC un triangle du plan euclidien et H un point quelconque. La symétrie et la linéarité
du produit scalaire donnent la relation :
−−→ −−→ −−→ −−→ −−→ −−→ −−→ −−→ −−→
(HB − HC)|HA + (HC − HA)|HB + (HA − HB)|HC = 0.
Cette relation fournit aussitôt le concours des hauteurs du triangle. En effet, si l’on choisit
pour H l’intersection des hauteurs issues de A et B, les deux premiers produits scalaires sont
−−→ −−→
nuls (par exemple, le premier n’est autre que (CB|HA) par la relation de Chasles), donc aussi
le troisième, et H est sur la troisième hauteur.
Voici un autre exemple : Soit ABC un triangle et G un point du plan. On a la relation :
−→ −−→ −→ −−→ −→ −→ −→ −→ −−→
det(GA, GB + GC) + det(GB, GC + GA) + det(GC, GA + GB) = 0.
Toute relation est un théorème, d’après Bourbaki. Le lecteur précisera duquel il s’agit ici.
Voici mon exemple préféré : le théorème des six birapports 8 . Il faut d’abord rappeler ce
qu’est le birapport de quatre points a, b, c, d ∈ C ∪ {∞}, c’est la quantité (éventuellement
infinie) :
c−a d−a c−a d−b
[[a, b, c, d]] = : = × .
c−b d−b c−b d−a
8. Pour des détails, voir [1] exercice VI-40.
13
Le résultat principal concernant cet objet c’est que les points a, b, c, d sont cocycliques ou
alignés si et seulement si leur birapport est réel. (C’est une conséquence du théorème de l’angle
inscrit que vous connaissez 9 sans doute, non ?) Voici le théorème des 6 birapports :
3.1 Théorème. Si on a 8 points a, b, c, d, p, q, r, s on a la relation :
[[a, b, r, s]] [[b, c, p, s]] [[c, a, q, s]] [[p, q, c, d]] [[q, r, a, d]] [[r, p, b, d]] = 1.
Démonstration. C’est pas dur, on écrit :
[[a, b, r, s]] [[b, c, p, s]] [[c, a, q, s]] [[p, q, c, d]] [[q, r, a, d]] [[r, p, b, d]] =
r−a s−b p−b s−c q−c s−a
× × × × ×
r−b s−a p−c s−b q−a s−c
c−p d−q a−q d−r b−r d−p
× × × × × ×
c−q d−p a−r d−q b−p d−r
et on simplifie !
Ce théorème a une foule de conséquences géométriques grâce au corollaire :
3.2 Corollaire. Avec les notations précédentes, si cinq des quadruplets sont cocycliques ou
pivot le sixième aussi.
alignés,
Voici deux exemples que le lecteur traitera à titre d’exercices :
Miquel
[a,b,r,s] [b,c,p,s] [c,a,q,s] [p,q,c,d] [q,r,a,d] [r,p,b,d]= 1
a
A'
r
B B'
D
q D'
d C
C'
b
p c
3.3 Théorème. (Le lemme du pivot) Soit abc un triangle et p, q, r trois points sur les côtés.
Les cercles circonscrits aux triangles aqr, brp et cpq ont un point commun.
3.4 Théorème. (Le théorème de Miquel) Soient A, B, C, D ; A0 , B 0 , C 0 , D0 huit points du
plan. On suppose les quadruplets suivants cocycliques : AA0 BB 0 , BB 0 CC 0 , CC 0 DD0 et DD0 AA0 .
Alors ABCD sont cocycliques si et seulement si A0 B 0 C 0 D0 le sont.
9. Sinon, courez lire : [Link]
[Link].
14
3.3 Utiliser les invariants, le cas de la géométrie affine
Comme on l’a dit, l’unique invariant de la géométrie affine est l’aire et cet invariant permet
de traiter tous les problèmes de nature affine. La recette pour cela est d’utiliser les “lemmes du
collège” de [5] (la plupart de ces lemmes sont déjà dans Euclide). Nous avons vu le lemme des
proportions et celui du chevron, en voici d’autres :
3.5 Lemme. (Lemme du demi-parallélogramme) Les diagonales d’un parallélogramme le
partagent en deux triangles de même aire.
3.6 Lemme. (Lemme de la médiane) La médiane d’un triangle le partage en deux triangles
de même aire.
3.7 Lemme. (Lemme du trapèze) Deux triangles de même base et dont les sommets sont
situés sur une parallèle à la base ont même aire.
Ces lemmes, associés à la propriété d’additivité des aires, permettent de montrer tous les
résultats de nature affine. Nous verrons en cours le théorème de Thalès. Voici une démonstration
du théorème de Ménélaüs utilisant les aires (nous en verrons d’autres).
A0 B B0C C 0A B'
Il s’agit de montrer 0C
× 0A
× 0B
= 1. On
A B C
A0 B A(A0 BC 0 ) C 0A A(C 0 AA0 )
écrit 0 = et = C'
AC A(A0 CC 0 ) C 0B A(C 0 BA0 )
par le lemme des proportions et on conclut par C
le lemme du chevron.
B
A'
15
d’affirmer l’existence d’une isométrie échangeant deux triangles (avec comme conséquence
l’égalité des éléments autres que ceux utilisés) sans être obligé 10 d’exhiber celle-ci.
Côté didactique, je me contenterai d’un exemple très simple, mais révélateur de l’intérêt des
cas d’isométrie.
A
Soit ABC un triangle isocèle avec
AB = AC > BC. On porte des
points D et E sur [AB) et [BC)
tels que BD = CE = AB − BC.
Montrer que ADE est isocèle.
C’est très facile avec les cas
d’isométrie. En effet, on
considère ACE et EBD.
Ils sont isométriques (deux
B C E
côtés et un angle, vu comme
supplémentaire). On en déduit
AE = DE.
D
Figure 11 –
Bien entendu, on peut aussi traiter le problème par les transformations. Le lecteur ne man-
quera pas de s’y exercer mais il constatera que les raisonnements à produire sont nettement
plus compliqués que celui ci-dessus. Pour des détails, voir :
[Link]
4 Exercices
Le signe ¶ indique un exercice plus difficile.
4.1 Pappus
4.1 Exercice. Soient ∆, ∆0 deux droites du plan affine sur un corps k, concourantes en O, et
soient A, B, C (resp. A0 , B 0 , C 0 ) des points de ∆ (resp. ∆0 ) distincts et distincts de O.
1) On suppose que les droites (BC 0 ) et (B 0 C), (resp. (CA0 ) et (C 0 A)) sont parallèles. Montrer
que (AB 0 ) et (B 0 A) sont parallèles. (On utilisera un repère adapté.)
2) ¶ On suppose que les droites (BC 0 ) et (B 0 C), (resp. (CA0 ) et (C 0 A), resp. (AB 0 ) et (B 0 A))
se coupent en D (resp. E, resp. F ). Montrer que D, E, F sont alignés.
10. Envoyer ce triangle sur cet autre ? Il peut le faire ! comme auraient dit Pierre Dac et Francis Blanche, voir
[Link]
16
4.2 Autour des aires
L’aire d’une partie X du plan est notée A(X).
4.2 Exercice. Soient a, b des réels positifs. Dans le plan euclidien rapporté à un repère ortho-
x2 y 2
normé on considère l’ellipse E d’équation 2 + 2 = 1. Calculer l’aire limitée par E.
a b
4.3 Exercice. (Les tiers, sans se ramener au cas équilatéral)
Soit ABC un triangle et soit I (resp. J, resp. K) le point situé au tiers de [BC] du côté
de B (resp. de [CA] du côté de C, resp. de [AB] du côté de A). On appelle E, F, G les points
d’intersection de (BJ) et (CK), (CK) et (AI), (AI) et (BJ) respectivement. On pose T =
A(ABC), a = A(AEF ), b = A(BF G), c = A(CGE) et t = A(EF G).
Montrer les formules t + c = 2b, t + a = 2c, t + b = 2a. En déduire qu’on a a = b = c = t
(on pourra supposer, par exemple, a ≤ b). Calculer t en fonction de T .
4.4 Exercice. Soient ABC un triangle et O un point intérieur au triangle. Les droites (AO), (BO), (CO)
recoupent les côtés du triangle en A0 , B 0 , C 0 .
a) Montrer la relation suivante (dite de Gergonne) en utilisant les aires :
OA0 OB 0 OC 0
+ + = 1.
AA0 BB 0 CC 0
b) Montrer la relation suivante (dite de Céva) 11 :
A0 B B 0 C C 0A
× × = −1.
A0 C B0A C 0B
4.5 Exercice. Soient ABC un triangle, G son centre de gravité et F le point symétrique de G
par rapport au milieu A0 de [BC].
a) Calculer A(BGF ) en fonction de A(ABC).
b) On considère un triangle T dont les côtés ont pour longueurs les longueurs des médianes
de ABC. Calculer A(T ) en fonction de A(ABC).
4.6 Exercice. Soient ABCD un rectangle, I et J les milieux des côtés [AD] et [CD], M le point
d’intersection de [CI] et [AJ]. Comparer les aires des quadrilatères DIM J et ABCM .
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4.8 Exercice. Un pentagone convexe ABCDE dont les diagonales sont égales est-il régulier ?
1) Et si l’on suppose en plus qu’on a AB = BC = CD = DE = EA ?
2) Et si l’on suppose en plus que A, B, C, D, E sont sur un même cercle ?
3) Et si l’on suppose en plus que les angles ABC,
[ BCD,\ CDE, \ DEA,\ EAB [ sont égaux ?
4.9 Exercice. Soit ABC un triangle. Construire, sur les côtés [AB] et [AC] et à l’extérieur
du triangle, deux triangles rectangles isocèles P AB et QAC. Soit M le milieu de [BC]. Que
peut-on dire du triangle P M Q ?
4.10 Exercice. On considère un quadrilatère croisé ABCD dont les côtés [BC] et [AD] se
coupent en O. On suppose qu’on a AB = CD et AD = BC. Montrer qu’on a OA = OC et
OB = OD.
4.11 Exercice. 1) Soit ABC un triangle rectangle en A et soit H le pied de la hauteur issue de
A. Montrer les égalités de moyennes géométriques : AH 2 = BH × CH, AB 2 = BH × BC et
AC 2 = CH × CB de plusieurs manières (en utilisant les triangles semblables, la trigonométrie,
Pythagore, le produit scalaire, etc.)
2) On suppose qu’on a montré 1) en utilisant les triangles semblables. En déduire une preuve
de Pythagore.
3) Construire à la règle et au compas un carré d’aire égale à celle d’un rectangle donné.
4) On donne deux longueurs m et s. Construire à la règle et au compas des longueurs x, y
telles que l’on ait s = x + y et m2 = xy. Discuter.
4.12 Exercice. ¶ (Le triangle 36 − 72 − 72 d’Euclide)
Soit ABC un triangle dont les angles en A, B, C sont respectivement égaux à 36, 72 et 72
degrés. On pose a = BC et b = AB = AC. On construit D ∈ [AC] tel que AD = BD. Calculer
les angles de BDC et en déduire le rapport b/a.
Comment peut-on construire un tel triangle à la règle et au compas ? Comment peut-on en
déduire la construction du pentagone régulier ?
4.13 Exercice. ¶
Soit ABCD un carré de centre E, F le milieu de [DE] et G celui de [AB]. Que peut-on dire
du triangle CF G ?
Références
[1] Audin Michèle, Géométrie, EDP Sciences, 2006.
[2] Hilbert David, Les fondements de la géométrie, Dunod, Paris, 1971.
[3] Klein Felix, Le programme d’Erlangen, Jacques Gabay, Paris, 1974.
[4] Perrin Daniel, Cours d’algèbre, Ellipses, Paris, 1996.
[5] Perrin Daniel, Mathématiques d’École, Cassini, Paris, 2011.
[6] Perrin Daniel, Une axiomatique pour la géométrie euclidienne plane, Saint-Tricotin sur
Pelote (Marne et Garonne), 2050.
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