D’après le Petit Robert, “nature” est un terme qui est employé en trois sens principaux.
“Nature” se
réfère tout d’abord aux caractéristiques qu’une chose a en propre, indépendamment de la variété
des opinions qui existent à son sujet. Le terme désigne aussi l’ensemble des choses “physiques”,
minérales, végétales et animales qui existent dans le monde, en leur totalité. Enfin il indique le
principe à l’origine du monde ; la nature, c’est, dans la cosmologie contemporaine, la cause dernière
de tout ce qui existe. Le point commun entre ces définitions est que la nature se définit comme
l’ensemble des choses et principes d’action qui ne dépendent pas de “nous”, de notre volonté, de
nos opinions ou de notre action individuelle ou collective, selon les cas. Le concept a donc
principalement deux sens. D’une part, une dimension relative, différentielle : la culture et l’artifice se
différencient de la nature en ce qu’ils dépendent de nous, de notre action. D’autre part, une
dimension absolue : la nature c’est le grand Tout à l’origine de tout ce qui est et donc aussi de ce que
nous sommes ; ici la culture est un attribut de l’humanité, et l’artifice une partie de la nature. Si l’on
suit Kant, à titre de fil conducteur, la nature se décline en dans trois grandes catégories. La première
comprend ce qu’il est possible de connaître de la nature et comment il est possible de le connaître :
c’est l’épistémologie, Mots clés : Philosophie, environnement, modernité, écologie, histoire, science,
technique, technologie, économie. 1. La prise de conscience pour une politique mondiale de
développement durable 1.1 L’émergence du concept de développement durable 1.1.3 Éthique et
valeurs [Link] L’homme et la nature La nature ou “raison pure”, en termes kantiens. La seconde
s’intéresse aux normes de l’action : c’est la “raison pratique”, l’ensemble des normes à partir
desquelles nous pouvons orienter notre action, qui comprend notamment le “droit naturel” comme
ensemble de jugements normatifs indépendants de l’opinion. La dernière pose la question des
finalités de la nature, savoir pourquoi l’ensemble des choses et principes de la nature s’organisent en
un système cohérent, et quelle en est l’origine et la destination ; c’est la “faculté de juger”. Que
pouvons-nous savoir de la nature ? L’origine de ce qui est Les preuves les plus anciennes d’un
questionnement explicite sur l’origine du monde remonte, en Occident, aux présocratiques (700 à
500 avant J.C.). Démocrite, Héraclite, etc. émettent différentes hypothèses sur le ou les principes
actifs expliquant pourquoi la nature change en permanence et pourquoi, cependant, certaines
formes, telles que les astres ou les espèces vivantes, ne changent pas et se reproduisent quasiment à
l’identique. Ils nomment logos le principe organisateur suprême du devenir du monde. Démocrite (-
460 / -370) par exemple défend l’idée que la nature est faite d’atomes (du grec “a-tomos” :
insécable, qu’on ne peut diviser) et que les formes que nous percevons sont le résultat de leur
interaction continue. Cette 2 interaction est entièrement prévisible, car des lois immuables et
impersonnelles régissent les interactions des atomes, à l’exception d’une part de hasard, que Lucrèce
(- 98 / -54), reprenant les thèses du maître, nommera “clinamen”. Platon (-428 / -347) estime quant à
lui que la matière existe de toute éternité mais que l’ordre du monde est le sujet de cycles analogues
à ceux des organismes vivants, avec une jeunesse, une apogée, une maturité, puis une
dégénérescence et la mort - qui est aussi le commencement d’un nouveau cycle. Hors Occident,
l’hindouisme affirme que la substance première du monde est une onde, ce qui explique que l’on
puisse “entrer en résonance” avec l’univers ; la physique quantique semble reprendre cette idée en
admettant que certains phénomènes comme la lumière sont à la fois des ondes et des “corpuscules”.
Le christianisme est fondé principalement sur l’idée d’une création unique, issue d’un Dieu qui a fait
l’Homme à son image, et d’une fin des temps – sauf pour les âmes. Descartes (1596- 1650) pense que
le monde est une “création continuée”, la stabilité des lois de la nature s’expliquant par le fait que
Dieu ne peut se contredire, du fait de son omniscience. Malebranche attribue le nombre limité de
lois de la nature par la préférence de Dieu pour la simplicité. Les théories cosmologiques
contemporaines expliquent que l’univers est apparu il y a 15 milliards d’années, et que poser la
question de “l’avant” n’a pas de sens, car le temps est une dimension de l’univers qui est apparue au
même moment que l’espace. Une autre question est de savoir dans quelle langue sont écrites les lois
de la nature. Platon estime que les formes stables sont issues “d’Idées”intemporelles qui se mêlent à
une matière au sein d’un réceptacle et donnent leur morphologie aux choses et aux êtres que nous
observons. Pour Platon, l’origine des Idées reste mythique : nous ne pouvons pas la connaître, nous
pouvons seulement en produire un récit vraisemblable mais invérifiable. Les Idées sont connaissables
du fait de la participation de l’âme humaine au logos, à la logique de changement des choses. L’âme
des êtres humains participe des Idées et cela explique la coïncidence entre nos idées et les formes du
monde. La théologie chrétienne met le Verbe au centre de la connaissance, et le Verbe est issu de
Dieu. Pour Galilée (1564-1642), la nature est écrite en langage mathématique, une formule qui a eu
une grande postérité. Darwin (1809-1882) pense au contraire que la vie ne peut être réduite à des
lois formelles de type mathématique. Selon Hans Jonas (1903-1993), la vie est une préférence de
l’être sur le non-être, autrement dit l’organisme cherche à conserver sa cohérence interne et à se
perpétuer via l’engendrement. Nicholas Georgescu-Roegen (1906-1994) définit la vie comme un
processus contraire au principe d’entropie qui veut que la matière inanimée aille vers un désordre
croissant. “L’hypothèse Gaïa” formulée par James Lovelock (né en 1919) affirme, quant à elle, que la
biosphère est organisée d’une manière particulière qui tend à son homéostasie, autrement dit
l’ensemble des activités au sein de la biosphère concourent à l’équilibre de celle-ci et non à son
déséquilibre et à sa destruction, comme cela a été le cas © Les éditions des Récollets -
L’encyclopédie du développement durable avec les autres planètes sur lesquelles aucun équilibre n’a
réussi à persister. La nat