ire plus qu’aux cycles, et conçoit une “fin des temps”.
La philosophie thomiste (Thomas d’Aquin,
1225-1274), s’appuyant largement sur Aristote,a retrouvé dans le logos la parole de Dieu,le Verbe. Le
rôle de l’être humain est d’aimer Dieu et respecter ses commandements. La Réforme va induire une
conception différente, qui met en avant un lien direct avec Dieu, évinçant ainsi le rôle médiateur du
clergé. Dans cette évolution, le travail est perçu à la fois comme rédempteur, permettant de purger
le péché originel, et comme distinctif, la réussite matérielle indiquant l’identité des élus au Paradis.
Max Weber (1864-1920) a montré que cette évolution éthique a été l’une des conditions de la
naissance du capitalisme. Marx met aussi le travail au cœur de l’identité humaine : ce qui permet de
faire société,c’est l’ouvrage collectif,la transformation de la nature – et non la participation
commune à un logos. En cela Marx rejoint Adam Smith et les économistes classiques qui élaborent
les fondements de leur science. Jusque-là le travail “productif” n’avait pas joui d’une telle réputation,
le christianisme ne s’y intéressait que pour ses capacités méditatives ou plus prosaïquement de
maintien de l’ordre, et les penseurs de la Grèce antique le méprisaient au profit des activités de
l’esprit, politiques et philosophiques. Les Lumières mettent en outre mis l’accent sur la société civile,
comme ordre autonome par rapport à l’Etat. Celui-ci doit lui être soumis, il doit obéir à la “volonté
générale” (Jean-Jacques Rousseau, 1712-1778), issue des citoyens dont la caractéristique,par
nature,est de vouloir leur propre bien. Thomas Hobbes (1588-1679) était moins optimiste puisqu’il
affirmait que c’est plutôt l’instinct de conservation qui est au fondement des motivations humaines.
Les liens entre nature et politique vont plus loin. Donald Worster a remarqué l’homomorphisme qui
existe entre l’observation de la nature sauvage et les jugements sur les sociétés. La théorie
anarchiste de Pierre Kropotkine est fondée sur l’observation d’une nature comme lieu de
collaboration et d’interdépendance, de relations mutuellement bénéfiques. Les partisans de la
concurrence et de l’affrontement ne manquent jamais de montrer à quel point la les économistes
classiques. Plus récemment, Bruno Latour montre que, dans bon nombre de controverses
scientifiques et technologiques, les experts naturalisent leurs arguments et leur prêtent une
universalité et une rationalité abusive, comme si leur raison était l’incarnation de la raison naturelle
et universelle. Cette attitude soustrait du débat politique des questions qui sont pourtant bien de
nature politique. La vérité d’une décision politique est la majorité ou un quelconque système
permettant de dégager “la volonté générale”, alors que la vérité d’un phénomène de nature tel que
la loi de la gravité s’impose à tous sans qu’il y ait besoin de débat, par définition. Et même plus :
vouloir soumettre un phénomène de nature au vote ou à la majorité est absurde, puisqu’il est
indépendant des opinions. En appeler à “la nature” est donc une technique qui peut avoir pour
finalité d’éviter un débat dont l’issue est incertaine. Peut-on pour autant abolir toute référence à la
nature, et ainsi abolir l’aliénation ? Ce serait alors affirmer que la science n’existe pas, le lyssenkisme
soviétique a montré les risques d’une telle conclusion. U