Introduction Les Barbares Les Romains Les Grandes .pdf1
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Michel Kazanski
French National Centre for Scientific Research
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ROMANIA GOTHICA IV
point nodal de la civilisation gréco-romaine, la ville de
l ’Antiquité tardive devient un scénario marquant des
processus de transformation politique et idéologique de
l ’ époque. Cependant, les activités d ’un des principaux
acteurs, les populations d’origine barbare, sont souvent
difficiles à encadrer : dans ce contexte spécifique, leurs
absences dans certains domaines peuvent être aussi
impor tantes que les présences at testées , voire plus . Actes du Congrès International,
Museu d’Història de Catalunya
€ 55,00 (Barcelone, 12-13 novembre 2010)
ISBN 978-88-7814-956-4
e-ISBN 978-88-7814-957-1
La conférence « Romania Gothica IV » a été organisée par l’Associació per la Recerca, Estudi i Difusió
en Antiguitat Tardana avec le soutien et la collaboration de : Museu d’Història de Catalunya, Ministerio
de Educación del Reino de España, Consolat General de la República d’Hongria a Barcelona, Associació
Professional de Venedors de Premsa de Barcelona i Província, Club Natació Atlètic Barceloneta.
ISBN 978-88-7814-956-4
e-ISBN 978-88-7814-957-1
Michel Kazanski*
L’époque des Grandes Migrations marque en Europe le passage de l’Antiquité au Moyen Âge. Presque
tous les peuples connaissent alors de profonds bouleversements, qui sont à l’origine de la carte ethnique et
culturelle de l’Europe d’aujourd’hui. Traditionnellement on fait commencer les Grandes Migrations en 375
ap. J.-C., avec l’arrivée des Huns dans les steppes du Sud de la Russie. La première vague de migrations a eu
lieu entre le dernier tiers du IVe siècle et le dernier tiers du Ve siècle. Elle s’est caractérisée par l’avancée des
nomades steppiques, des Huns et des Alains, ainsi que des Germains orientaux, notamment des Goths, des
Vandales et des Burgondes. On peut considérer la disparition de l’Empire romain d’Occident en 476 comme
le point final de cette première phase des Grandes Migrations. La seconde vague s’étend de la fin du Ve siècle
à la première moitié du VIIe siècle. Elle coïncide avec l’activité des Turcs, des Slaves et des Avars, mais aussi
des Germains de l’Ouest et du Nord, et plus particulièrement des Francs, des Saxons, des Angles, des Jutes et
des Lombards. Notre colloque est consacré à la première phase de cette époque turbulente – la fin du IVe et
le Ve siècles – et traite en premier lieu les Goths, les Vandales et les Suèves.
Pour l’Europe il ne s’agit pas de nouveaux venus. Les nombreux peuples barbares établis le long de la frontière
romaine n’étaient pas inconnus dans l’Antiquité. Étant sous l’influence permanente de la civilisation romaine,
ils connaissent très bien l’Empire et souvent subissent l’expansion militaire romaine. La confrontation avec
Rome favorisa, chez les Barbares, la formation d’unions tribales à vocation militaire – comme celles dirigées
par Marobaude ou Arminius, puis, à l’époque romaine tardive, chez les Goths, les Alamans et les Francs – et,
par la suite, l’influence grandissante des chefs militaires. Ces derniers furent souvent à l’origine de dynasties
royales, autour desquelles s’élaborèrent les royaumes « barbares » du début du Moyen Âge (voir Wolfram
1997).
Durant la première phase des Grandes Migrations les tribus barbares transformées en véritables armées
errantes, avant tout les Goths (cf. par ex. Rouche 1986), entrent sur la terre romaine. D’abord chargés de la
défense de l’Empire en tant qu’auxiliaires militaires, ils reçoivent en contrepartie le droit de s’établir sur le
territoire romain. D’autres Barbares, ceux de la frontière, comme les Francs ou les Alamans, tout en appar-
tenant au système défensif de l’Empire, s’arrachent de plus en plus de l’autonomie et rongent à leur profit les
terres frontalières romaines.
On ne saurait associer systématiquement l’arrivée des Barbares en Occident (Germains occidentaux et
orientaux, peuples de la steppe) à la notion d’invasion. En effet, les Barbares s’y sont également largement établis
par d’autres biais, telle une colonisation agricole, notamment liée à l’évolution des conditions paléo-clima-
tiques et à l’abandon de terres cultivables, comme ce fut le cas dans les provinces romaines de Gaule du Nord,
à partir de la première moitié du IIIe siècle. Le désir des Barbares de s’intégrer à la vie romaine est manifeste.
Les cas d’intégration volontaire et pacifique dans la société romaine de groupes, voire de personnes isolées
d’origine barbare (soldats, esclaves affranchis, otages libérés…) ne manquèrent pas non plus dans l’Empire. Il
est évident que les Barbares, abstraction faite de faits de guerre inévitables, qui d’ailleurs ne leur ont pas été
propres, n’ont pas cherché à détruire la civilisation et le système administratif de l’Empire romain, mais ont
avant tout voulu s’y intégrer au plus haut niveau social possible.
En général, les migrations de la fin du IVe-première moitié du Ve siècle n’ont pas entraîné l’arrivée en
masse des populations barbares dans les provinces romaines, car leurs armées ne comptaient guère plus que
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MICHEL KAZANSKI
quelques milliers de guerriers en raison de faibles possibilités logistiques et de pertes incessantes. Ainsi, l’ar-
mée wisigothique, installée en Gaule méridionale au début du Ve siècle n’arrivait même pas à 10 000 soldats
et tout le peuple vandale venu en Afrique du Nord représentait 80 000 personnes, tandis que la population
romaine de la Gaule du Sud et de l’Afrique était incomparablement plus nombreuse. Ces déplacements n’ont
pas non plus provoqué d’exode massif de la population romaine hors des territoires occupés par les Barbares.
En effet, les traités entre les empereurs et leurs nouveaux sujets, ne fût-ce que théoriques, prévoyaient aussi
la coexistence entre les Romains et les Barbares. Cette coexistence était préservée après la chute de l’Empire
romain, au sein des royaumes occidentaux avec les dynasties d’origine germanique même si la population
romaine était numériquement, culturellement et économiquement dominante.
D’un point de vue ethnique et culturel, les Barbares germaniques et non germaniques (Alains, Sarmates,
Huns, Celtes insulaires) qui se sont installés sur le sol de l’Empire romain au Ve siècle n’étaient pas homogènes.
Les groupes guerriers et les élites dirigeantes, qui se rassemblaient chez les Barbares autour d’un roi ou d’un
chef de guerre puissant, étaient d’origine très diverses, comme en témoignent l’entourage d’Attila, décrit par
Priscus, l’ambassadeur de Constantinople auprès de la cour hunnique, ou encore la composition de l’armée
d’Odoacre en Italie. Il serait donc irréaliste d’attendre des manifestations archéologiques « homogènes » ou
« monoculturelles » de la part de ces Barbares implantés sur le sol romain. Il importe encore de souligner le
décalage ayant pu exister entre la culture d’origine des Barbares, telle qu’elle était avant leur migration, et
celle qui transparaît après leur installation sur le territoire de l’Empire. Au cours de leur migration, en effet,
les divers groupes barbares ont vu l’agrégation progressive d’autres éléments barbares disposant de cultures
différentes et qui se sont naturellement mêlées à celles-ci.
Ainsi, pouvons-nous trouver les traces archéologiques réelles de ces Barbares venus sur le territoire romain ?
L’archéologie étudie les empreintes matérielles des civilisations anciennes, en quelque sorte des « civilisations
mortes ». Il s’agit de recherches relevant du domaine de la « culturogenèse », où cependant les questions d’at-
tribution ethnique des données archéologiques se posent, car tout groupe humain s’étant identifié comme
« peuple » ou « tribu » à part a possédé des particularités culturelles plus au moins visibles. Il est donc tout à
fait légitime d’aborder les questions d’identité ethnique des populations anciennes à partir de leurs vestiges
matériels archéologiques (voir d’après les exemples précis : Bierbrauer 2008). Le tout est de savoir quelles
sont les limites et les possibilités de l’archéologie dans ce genre de démarche (Kazanski-Périn 2008). Il est
évident que l’archéologie ne peut prétendre résoudre à elle seule la question de l’attribution ethnique des
populations anciennes. En effet, sans les témoignages écrits, nous ne saurions jamais quel nom a porté tel
groupe humain défini par des données archéologiques, et si vraiment il se considérait comme différent de ses
voisins. En outre, des différences culturelles marquées ne sont pas obligatoirement le signe d’une différence
ethnique : elles peuvent seulement témoigner d’activités économiques et de modes de vie différents. Ainsi,
l’étude de l’époque des Grandes Migrations implique la prise en compte de la totalité des données textuelles
et archéologiques, mais aussi philologiques et anthropologiques, quand on cherche à identifier les groupes
culturels anciens.
Quand on parle des objets originaires d’Europe centrale et orientale, découverts en Occident romain, la
première question qui se pose est la raison de leur présence. S’agit-il de la présence réelle des ressortissants
de l’Est européen ou bien l’apparition des ces objets est-elle due au hasard des échanges et des emprunts
(mode, commerce, etc.) ? Il est clair que les vestiges, appartenant à une culture prestigieuse, aristocratique ou/
et militaire, font souvent l’objet d’imitation chez les Barbares. Cependant, cette culture de noblesse chez les
Barbares et chez les Romains était différente. Si dans les rangs de l’armée du Bas-Empire, il est pratiquement
impossible de distinguer les militaires germaniques, alains ou romains (il suffit de comparer les représenta-
tions de Stilichon et de Probus), en revanche le costume féminin « princier » barbare ne ressemble pas à celui
de la classe sénatoriale romaine, il suffit de comparer les riches parures des tombes barbares de l’horizon
dit Untersiebenbrunn (par ex. Tejral 2011, pp. 159-194 ; Nothnagel 2013) et celles des trésors romains de
Ténès ou de Carthage (Heurgon 1958 ; Baratte et alii 2002, pp. 76-87), appartenant à la même époque de
la première moitié du Ve siècle. De même, les rites funéraires des « princes » barbares, avec le dépôt d’armes,
de harnachement et de nombreux objets de parure, y compris les symboles du rang social (bracelets en or
massif, fibules cruciformes, torques, etc.) se distinguent nettement des tombes des élites sociales romaines,
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LES BARBARES, LES ROMAINS, LES GRANDES MIGRATIONS ET LEURS TRACES ARCHÉOLOGIQUES (PHASE INITIALE)
pratiquement sans mobilier ou avec un mobilier réduit, mais disposé dans des sarcophages coûteux et des
mausolées en pierre. Ainsi, même pour les groupes sociaux élevés, nous sommes en mesure de distinguer les
Barbares et les Romains.
Les objets sans valeur marchande, appartenant à la culture « populaire », plutôt « ethnographique » en ce
qui concerne le costume, représentent à mon avis les indices les plus importants. En effet, chez les Barbares de
l’époque des Grandes Migrations dont l’organisation sociale est conforme à celles des populations protohis-
toriques, si le vêtement masculin imite le plus souvent le costume militaire prestigieux international, celui
des femmes, à l’exception du costume « princier », est au contraire porteur de la tradition (Kazanski–Périn
2006, 2008 et 2009).
La deuxième question – s’agit il des traces des envahisseurs ou des individus intégrés dans la population
« indigène » ? – est plus facile à résoudre. En effet, la première catégorie apparaît très rarement dans le matériel
archéologique. Les traces archéologiques des invasions sont surtout « négatives » : les niveaux d’incendies et
de destructions et les phases d’abandon des sites, les trésors cachés à la hâte, le dépeuplement de certaines
régions, qui se traduit par la rareté ou l’absence des sites, la réduction des surfaces bâties dans les habitats ou
la décroissance du nombre des tombes dans les nécropoles, etc. C’est donc surtout la deuxième catégorie des
étrangers qui est présente dans le matériel archéologique d’origine étrangère.
Enfin, il faut probablement chercher la réponse à la troisième question – pourquoi les traces archéologiques
de ces Barbares sont peu nombreuses et se manifestent surtout par des objets isolés ? – dans les particularités
de l’installation de nouveaux venus en Occident romain. A partir du moment où les Barbares pénètrent sur
le territoire de l’Empire, ils perdent progressivement les traits qui caractérisent un peuple « ordinaire ». Dans
le contexte des Grandes Migrations, leur structure – avec un nombre réduit de non combattants (femmes,
enfants et vieillards) – devient obligatoirement de plus en plus conforme à celle d’une armée. Comme les
activités économiques habituelles en temps de paix ne leur sont pas accessibles, la guerre et le pillage de la
population autochtone deviennent leur principale occupation (Rouche 1986 ; Kazanski 1991, pp. 65-66).
Dans la mesure où les Barbares sont très minoritaires et où de plus, ils appartiennent à une classe de militaires,
ils sont exclus des activités économiques. Cela signifie que dans la vie quotidienne, ils utilisent des objets
exécutés par d’autres, généralement par des artisans locaux ou plus rarement, du matériel importé de diverses
régions du monde méditerranéen. On ne peut donc s’attendre à ce que les fouilles livrent une production
massive d’objets caractéristiques des Barbares. De même, ceux-ci n’ont pas laissé une architecture qui leur
est propre puisqu’ils n’ont pas l’obligation de construire. Ils ont simplement réquisitionné les habitations des
Romains. Pour déceler leur présence, on ne doit pas non plus fonder trop d’espoirs sur l’archéologie funéraire.
En effet, leurs inhumations, telles qu’on les connaît en Europe centrale et orientale – en position allongée sur
le dos, la tête à l’Ouest ou au Nord, dans des fosses simples, sans aménagement visible – ne se distinguent pas
vraiment des sépultures romaines (Kazanski 1991, p. 92). Ainsi, seulement quelques parures et accessoires
vestimentaires représentent des preuves de la présence barbare sur le territoire de l’Empire à l’époque des
Grandes Migrations (pour le costume « barbare » voir en particulier von Rummel 2007).
On connaît en Occident un nombre considérable d’objets et de traits culturels originaires de la civilisation
de Černjahov (ou Sîntana-de-Mureş, selon la terminologie des archéologues roumains), à dominante ger-
manique orientale, qui occupait du IIIe au début du Ve siècle le territoire de l’Ukraine, de la Moldavie et de la
Roumanie actuelles, ceux venus de la steppe alaine et hunnique ou du Danube moyen. En Gaule la majorité
des découvertes à caractère « oriental » se concentrent dans la zone du limes rhénan, à l’est et au nord de la
Gaule et quelques-uns sur le limes saxon (Fig. 1). De plus, elles ont été souvent mises au jour soit dans les
forteresses, soit dans les nécropoles frontalières, laissées par la population à vocation militaire (Alzey, Sponeck,
Nouvion, Krefeld-Gellep, Mannheim-Neckarau, Polch-Ruitsch, Wiesbaden, Bâle, Kaiseraugst, etc.). Les tombes
« princières » de la première moitié du Ve siècle de l’horizon Untersiebenbrunn, appartenant aux représentants
de familles nobles d’origine ponto-danubienne, se situent pratiquement toutes, elles aussi, soit sur la frontière
orientale de la Gaule et de la Germanie romaines (Hochfelden, Mundolsheim, Wolfsheim, Altlussheim) soit
sur la frontière maritime (Airan : Fig. 2). Il nous paraît donc tout à fait justifié de penser que toutes ces décou-
vertes archéologiques témoignent de l’implantation des Barbares « orientaux », avec leurs familles, chargés
de la défense de la frontière gauloise (Kazanski 1993 ; Kazanski–Périn 1997 ; Kazanski 2013).
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MICHEL KAZANSKI
L a plupar t de ces
découvertes ont été ap-
portées sur la frontière
rhénane par des repré-
sentants de ces peuples
venus de la région pon-
to-danubienne. En effet,
nombre de ces objets (fi-
bules, peignes, miroirs)
appartiennent au cos-
tume féminin et ont donc
une signification « ethno-
graphique ». Soulignons
en outre que ces objets
sont ordinaires et n’ont
pas de valeur intrinsèque.
Ils ne font donc pas l’ob-
Fig. 1. La diffusion des objets originaires de l’Europe orientale (civilisation de Černjahov, jet d’imitations ou d’un
Alano-Sarmates, Huns) en Gaule du Nord et de l’Est. D’après Kazanski 1993, commerce. Les armes,
avec quelques compléments. autre catégorie d’objets
d’origine orientale, se
propagent très rapide-
ment d’un peuple à l’autre. Néanmoins, tout au début, leur diffusion peut être liée à une tradition ethnique/
culturelle. A plus forte raison, la coutume typiquement orientale de la déformation crânienne artificielle est
liée, à l’origine, aux ressortissants alano-sarmates de l’Europe orientale.
Si la présence des Barbares dans l’armée impériale en Occident est évidente, il ne faut pas surestimer leur
rôle ni leur attribuer de façon systématique tout le matériel archéologique à caractère militaire. Les nécropoles
de l’armée frontalière en Gaule et en Germanie, qui ont livré des inhumations avec des ceinturons militaires,
mais le plus souvent sans armes, ne montrent pas de traces importantes de « barbarisation ». Seules certaines
tombes avec armes, comme celle de Misery, ou la marque de fabrication sur l’umbo de bouclier indique la
troupe (Böhme 1974, p. 323, pl. 128 : 6), témoignent de la présence des Germains dans les forces mobiles.
D’après les pratiques funéraires (tombes ayant livré des armes ou des parures « ethnographiques »), la
présence germanique se manifeste également à l’intérieur de la Gaule où les Barbares jouaient le rôle d’une
« gendarmerie ». L’apparition de cette « gendarmerie » est un fait nouveau au Bas-Empire car ces tombes avec
armes ne sont pas connues avant le IVe siècle. Une inhumation féminine, qui a livré deux fibules germaniques
orientales du type Černjahov du IVe siècle tardif-début du Ve siècle et un miroir métallique sarmate, a été mise
au jour à Reims (Fig. 3 : 13, 14). A notre avis la tombe de Reims peut être attribuée aux Sarmates, car pour le
début du Ve siècle la Notitia Dignitatum mentionne le Prefectus Sarmatorum gentilium, inter Renos et Tambianos,
c’est-à-dire entre Reims et Amiens, chargé, avec ses Sarmates, de la sécurité de la route entre ces deux villes
romaines importantes (Kazanski 2013). La découverte d’armes et de détails de ceinturons militaires dans un
contexte purement civil, notamment dans des villae, montre également une certaine insécurité qui entraîne
l’apparition de milices privées et d’une certaine militarisation de la population civile.
La nature des sites sur lesquels on a trouvé les objets « barbares » en Occident romain montre que leurs
possesseurs s’étaient intégrés à la population locale. La plupart de ces objets proviennent en effet de sites
romains. Il peut s’agir de villes ou d’habitats (tels que Trèves, Cologne, Eisenberg, Kaiseraugst), des villae, de
forteresses (par ex. Alzey, Sponeck), de nécropoles rurales et urbaines (Nouvion, Remagen, Krefeld-Gellep
etc.). Les Barbares orientaux ont été assimilés peut-être même dès la première génération. Les caractéristiques
de leurs sépultures sont à cet égard particulièrement significatives. Dans les sociétés anciennes en effet, les
rites funéraires sont toujours porteurs de la tradition. Or les personnes qui se sont chargées des inhumations,
les parents ou les amis du défunt, suivaient les usages romains.
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LES BARBARES, LES ROMAINS, LES GRANDES MIGRATIONS ET LEURS TRACES ARCHÉOLOGIQUES (PHASE INITIALE)
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Fig. 3. Le mobilier des tombes contenant des miroirs sarmates. 1-3 : Sacca di Goito, tombe 214 ;
4, 5 : Sacca di Goito, tombe 206 ; 6-9 : Sacca di Goito, tombe 210 ; 10 : Troyes, tombe 4, 11,
12 : Troyes, tombe 2, 13, 14 : Reims ; 15-20 : Krefeld-Gellep, tombe 4607. D’après Kazanski
2013.
L’éparpillement et la rareté des objets « orientaux » dans la zone frontalière montrent que les Barbares
originaires de l’Est s’engageaient dans l’armée romaine à titre individuel, accompagnés de leurs familles,
puisque de nombreuses pièces relèvent du costume féminin. Aucun des objets « orientaux » n’est antérieur
au IVe siècle, aussi nous permettons-nous de supposer que leurs possesseurs, les Barbares orientaux, sont
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BIBLIOGRAPHIE
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ROMANIA GOTHICA IV
Barbares dans la ville de l’Antiquité tardive
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€ 55,00 (Barcelone, 12-13 novembre 2010)
ISBN 978-88-7814-956-4
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