Livre 4
Livre 4
DE MATHÉMATIQUES
TOME 4 : COMBINATOIRE II
Mohammed AASSILA
Objectif Olympiades de Mathématiques
Livres publiés :
« Objectif Olympiades de Mathématiques » est une série de livres ayant pour but de mettre
entre les mains des élèves des ouvrages où tous les résultats, méthodes et techniques, qu’il est
impératif de connaître sont exposés de manière claire et précise, commentés et mis en relief
par de très nombreux exemples et exercices corrigés en détail. Le contenu de chaque livre est
conçu pour être compréhensible par un élève courageux du collège ou lycée, tous les concepts
sont abordés de façon très progressive, et toutes les notions enseignées au delà du lycée sont
introduites avant d’être utilisées.
Chaque chapitre contient une présentation complète des principaux résultats, méthodes et
techniques, à connaître, commentés et mis en relief par des exemples, des prolongements, et
des mises en garde. De très nombreux exercices, corrigés en détail, et classés en trois niveaux :
- débutant : pour assimiler et mettre en pratique les notions vues en début de chapitre ;
- intermédiaire : avec des exercices d’entraînement dont l’objectif est d’amener le lecteur à la
compréhension et à la bonne maîtrise des notions étudiées ;
- avancé : avec des exercices d’approfondissement destinés à mettre l’élève en situation de
compétition mathématique nationale ou internationale.
Ce livre est le quatrième volume de la série Objectif Olympiades de Mathématiques. Il est consa-
cré au principe de l’extremum, fonctions génératrices, techniques et stratégies de résolution
de problèmes, théorie des graphes, combinatoire et géométrie, et aux jeux mathématiques. Il
comporte plus de 450 exercices, dont la solution est rédigée avec le soin et le souci d’exposer
les idées et les démarches de raisonnement. Enrichies de nombreuses remarques et générali-
sations, les solutions sont à la fois précises et éducatives.
Merci d’avance à ceux qui voudront bien me faire part de leurs remarques, suggestions, cri-
tiques, ou autres solutions plus élégantes que celles proposées. J’accueillerai donc volontiers
les commentaires, corrections ou encouragements qui pourront m’être directement adressés à
l’adresse électronique : [Link]@[Link]
1 Principe de l’extremum 5
1.1 Principe de l’extremum. Exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.2 Quelques méthodes et techniques en combinatoire extrême . . . . . . . . . . . . . . 8
1.3 Combinatoire et inégalités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
1.4 Maximum et minimum en combinatoire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
1.5 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
1.5.1 Niveau débutant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
1.5.2 Niveau intermédiaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
1.5.3 Niveau avancé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
2 Fonctions génératrices 55
2.1 Définition. Propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
2.2 Opérations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
2.3 Suites récurrentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
2.4 Dénombrement sans répétition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
2.5 Dénombrement avec répétition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
2.6 Exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
2.7 Partitions d’un entier naturel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
2.7.1 Exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
2.8 Séries génératrices exponentielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
2.9 Formule de multisection . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
2.10 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
2.10.1 Niveau débutant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
2.10.2 Niveau intermédiaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
2.10.3 Niveau avancé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
1
2 TABLE DES MATIÈRES
7 Exercices 363
7.1 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 363
7.1.1 Niveau débutant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 363
7.1.2 Niveau intermédiaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 372
7.1.3 Niveau avancé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 388
7.2 Solutions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 392
7.2.1 Niveau débutant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 392
7.2.2 Niveau intermédiaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 413
7.2.3 Niveau avancé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 463
4 TABLE DES MATIÈRES
Chapitre
1
Principe de l’extremum
❏ Chaque ensemble non vide fini E d’entiers strictement positifs ou de réels admet tou-
jours un élément minimum min(E) et un élément maximum max(E), qui ne sont pas
nécessairement uniques.
❏ Tout sous-ensemble non vide de l’ensemble des entiers strictement positifs admet un plus
petit élément. On dit que l’ensemble des entiers strictement positifs est bien ordonné. Ce
principe est équivalent au principe bien connu de récurrence.
❏ Un ensemble infini E de réels n’admet pas nécessairement d’élément maximum ni d’élé-
ment minimum. Si E est borné supérieurement, alors il admet un plus petit majorant
appelé borne supérieure, sup(E). Si E est borné inférieurement, alors il admet un plus
grand minorant appelé borne inférieure notée inf(E).
Si sup(E) ∈ E alors sup(E) = max(E), et si inf(E) ∈ E alors inf(E) = min(E).
Exemple
On se donne n points du plan. On suppose que chaque triplet de points forme un triangle
de surface inférieure ou égale à 1. Montrer que les n points sont tous dans un triangle de
surface inférieure ou égale à 4.
Parmi les n3 triplets de points, on chossit un triplet (A, B, C) de sorte que l’aire A du triangle
ABC soit maximale. On a par hypothèse A ≤ 1. En dessinant les parallèles aux côtés opposés par
A, B et C, on trouve un nouveau triangle A1 B1 C1 d’aire A1 = 4 · A ≤ 4.
Nous allons montrer que le triangle A1 B1 C1 contient les n points. Supposons qu’il existe un point
P en dehors du triangle A1 B1 C1 , alors le triangle ABC et P se trouvent sur des côtés différents d’au
5
6 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM
moins une des droites A1 B1 , B1 C1 , C1 A1 , par exemple B1 C1 . Alors le triangle BCP a une surface
strictement plus grande que celle de ABC. Ceci contredit l’hypothèse de maximalité sur ABC.
C1
b
P
b
B A
b b
A1 B1
b b b
Exemple
Soit E un ensemble de points du plan tel que chacun de ses points soit le milieu de deux
autres. Montrer que E a une infinité d’éléments.
Supposons, par l’absurde, que E est fini. Alors E dispose de deux points A et B à distance maxi-
male m = AB. Par hypothèse, B est le milieu d’un segment [C, D] où C et D sans des éléments de
E.
b
C b A′
B
b
A
b
D
b
La figure ci-dessus montre que AC > AB ou AD > AB. Contradiction avec la maximalité de AB.
Donc, E est un ensemble infini.
Exemple
On affecte une valeur entière positive ou nulle à chaque point à coordonnées entières du
plan de sorte que chaque valeur soit la moyenne de ses quatre voisines (au-dessus, en
dessous, à droite et à gauche). Montrer que toutes les valeurs sont égales.
Soient m la plus petite valeur, et P un point du réseau de valeur m. Si ses voisins ont pour
valeurs respectives a, b, c et d, alors par hypothèse on a :
a+b+c+d
m = c’est-à-dire a + b + c + d = 4m.
4
On a, de plus, a ≥ m, b ≥ m, c ≥ m et d ≥ m. Si l’une de ces inégalités était stricte, on aurait alors
a + b + c + d > 4m, en contradiction avec a + b + c + d = 4m. Donc, a = b = c = d = m et, par itération
du procédé, toutes les valeurs sont égales à m.
Exemple
Dans un pays les routes sont à sens unique. Deux villes quelconques sont reliées par exac-
tement une route directe. Montrer qu’il existe une ville qui peut être rejointe de n’importe
quelle autre, soit directement, soit en passant par une seule ville intermédiaire.
Soit m le nombre maximum de routes directes arrivant dans une ville et soit M une ville qui
réalise ce maximum. Soit D l’ensemble des m villes reliées directement à M. Soit R l’ensemble des
villes n’appartenant pas à D et différentes de M.
1.1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM. EXEMPLES 7
Exemple
Sept nains sont assis autour d’une table ronde. Chacun a un verre devant lui. Il y a du
lait dans certains verres et il y a au total 3 litres de lait. L’un des nains partage son lait
uniformément entre les six autres sans en garder pour lui. En parcourant la table dans le
sens trigonométrique, chaque autre nains fait de même. Après que le septième a partagé
son lait, le contenu des verres est le même qu’au départ. Trouver de quelle quantité de lait
chaque nain disposait. (Russie)
6 5 4 3 2 1
La réponse est : , , , , , et 0 litres de lait.
7 7 7 7 7 7
Dans l’ensemble des nains, chacun considéré au moment où il doit partager son lait, il y en a un
qui dispose d’un maximum de lait. Appelons-le Max. Les six autres nains à sa droite disposent
x
respectivement de x1 , x2 , x3 , x4 , x5 , x6 quantités de lait à partager. Max récupère de chacun i uni-
6
tés de lait. On a donc :
x + x2 + x3 + x4 + x5 + x6
x = 1 , (1)
6
si on note xi le lait que le i-ème nain possède au moment où il doit partager. Or, xi ≤ x pour tout i.
Si cette inégalité était stricte, ne serait-ce qu’une fois, on ne pourrait pas avoir l’égalité (1). Donc
x1 = x2 = x3 = x4 = x5 = x6 = x. Donc tous les nains partagent la même quantité de lait quand
c’est leur tour de partager. On en déduit alors facilement que la distribution initiale de lait était
x 2x 3x 4x 5x 6x
comme suit : 0, , , , , , . Puisque la somme totale vaut 3, on en déduit que x = 1,
7 7 7 7 7 7
ce qui termine la preuve.
Exemple
Au parlement d’un certain pays, chaque député a au plus trois ennemis politiques. Mon-
trer que l’on peut séparer le parlement en deux sous-parlements, de sorte que chaque
député ait au plus un ennemi politique dans son propre sous-parlement.
Considérons toutes les partitions du parlement en deux sous-parlements et, pour chaque par-
tition, comptons le nombre total N d’ennemis politiques que chaque membre a dans son propre
sous-parlement. Les partitions qui ont un nombre N minimum sont des solutions de l’énoncé. En
effet, si l’un des membres avait au moins deux ennemis politiques dans son sous-parlement, il en
aurait au plus un dans l’autre. En le plaçant dans l’autre sous-parlement, on ferait ainsi décroître
le nombre N , minimum par hypothèse, ce qui donne la contradiction recherchée.
8 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM
Exemple
Montrer que dans chaque n-gone convexe (avec n ≥ 3) il existe trois sommets consécutifs
A, B et C tels que le cercle circonscrit au triangle ABC contienne tout le n-gone.
Comme il y a un nombre fini de cercles passant par trois sommets du n-gone, alors il y en a
forcément un qui soit d’aire maximale. Appelons-le C.
⋄ Montrons, par l’absurde, que C contient tout le n-gone : en effet, supposons qu’un sommet A′
se trouve en dehors du cercle maximal construit sur le triangle ABC, où on a nommé les points
A, B et C de sorte que ABCA′ soit un quadrilatère convexe. Alors le cercle circonscrit à A′ BC a un
rayon strictement plus grand que celui du cercle maximal, contradiction.
⋄ Montrons, par l’absurde, que C passe par trois sommets consécutifs : en effet, soient A, B, C
trois sommets sur C et supposons qu’il existe un sommet A′ entre B et C qui n’apartienne pas à
C. D’après l’étape précédente on sait que A′ est strictement dans le cercle. Mais le cercle d’aire
maximale serait alors plus petit que le cercle circonscrit à A′ BC, ce qui est impossible.
Exemple
On regarde d’abord dans quelle situation deux nombres a, b (a < b) peuvent déterminer un
triangle isocèle unique. Si (a, b, b) forment un triangle isocèle, nous savons que (a, a, b) ne peut pas
former un triangle isocèle. Autrement dit, 2a < b. On peut donc appliquer la méthode d’estima-
tion spatiale.
Lorsque a < b, alors (a, b, b) forment un triangle isocèle. Par suite, a, b déterminent seulement un
triangle isocèle si, et seulement si, (a, a, b) ne peuvent pas former un triangle isocèle, c’est équi-
valent à 2a ≤ b. Par conséquent :
2021 ≥ an ≥ 2an−1 ≥ · · · ≥ 2n−1 a1 ≥ 2n−1 d’où n ≤ 11.
Maintenant, soit A = {1, 2, 4, 8, · · · , 1024}, alors |A| = 11. Pour tout ai , aj ∈ A, si ai = 2i , aj = 2j alors
2ai = 2i+1 ≤ 2j = aj . Par suite ai , aj déterminent seulement un triangle isocèle de côtés (ai , aj , aj ),
et donc |A| = 11 vérifie la condition de l’exercice. En conclusion, la valeur maximale de |A| est 11.
Exemple
Si A = {a1 < a2 < · · · < an }, alors la condition de l’exercice montre que pour tout i < j on a :
aj ai ai ai+1 1 1 1
aj − ai ≥ donc ai+1 − ai ≥ d’où − ≥ .
25 25 ai ai+1 25
En faisant varier i de 1 à n − 1 et en sommant les inégalités ci-dessus on obtient :
1 1 n−1 1 n−1 25
− ≥ donc > d’où n−1< ≤ 25 ainsi n ≤ 25.
a1 an 25 a1 25 a1
Cependant cette estimation n’est pas optimale, on peut l’améliorer en « augmentant le point de
départ ». En faisant varier i de 2 à n − 1 on obtient :
1 1 n−2 1 n−2 25 29
− ≥ donc > d’où 2 ≤ a2 < , n< , n ≤ 14.
a2 an 25 a2 25 n−2 2
Ce n’est toujours pas optimal, on doit l’améliorer. On obtient de façon similaire :
25 25 25 25
3 ≤ a3 < , n ≤ 11; 4 ≤ a4 < , n ≤ 10; 5 ≤ a5 < , n ≤ 9; 6 ≤ a6 < , n ≤ 10.
n−3 n−4 n−5 n−6
On affirme que n ≤ 9 est la meilleure estimation. On montre qu’il existe un sous-ensemble A à 9
xy
éléments vérifiant les conditions de l’exercice. D’abord, lorsque xy ≤ 25, |x−y| ≥ est clairement
25
30
vérifiée ; donc on peut choisir 1, 2, 3, 4, 5 ∈ A, et alors 6 < A car |6 − 5| < . En continuant ainsi,
25
on obtient aussi que 7, 10, 17, 54 ∈ A. D’où, A = {1, 2, 3, 4, 5, 7, 10, 17, 54} vérifie les conditions de
l’exercice. En conclusion, la valeur maximale de |A| est 9.
Exemple
Pour 2 ≤ k ≤ n − 1, on considère les sous-ensembles {ai , k, ci } avec k au milieu, i.e., ai < k < ci .
Soit f (k) le nombre de tels sous-ensembles. Puisque ai peut être choisi parmi 1, 2, · · · , k − 1, on sait
que f (k) ≤ k − 1. De même, puisque ci peut être choisi parmi n, n − 1, · · · , k + 1, on a f (k) ≤ n − k. Par
suite, f (k) ≤ min (k − 1, n − k). Ainsi :
n(n−2)
n−1
X Xn−1
4 si n pair,
m = f (k) ≤ min (k − 1, n − k) =
2
n−1 si n impair.
k=2 k=2 2
Exemple
Soit X = {1 = a1 < a2 < · · · < an = 100} un sous-ensemble de N∗ tel que, pour tout ak ∈ X (k >
1) il existe ai , aj ∈ X avec ak = ai + aj . Déterminer la valeur minimale de |X|.
On se propose de montrer que la valeur minimale de |X| est 9. On cherche à estimer l’espace
entre ak et ak−1 . Par hypothèse, on sait que pour ak ∈ X, avec k > 1, il existe ai , aj ∈ X tels que
ak = ai + aj . Comme ai < ak et aj < ak alors ai ≤ ak−1 , aj ≤ ak−1 , ce qui donne :
Si ak = 2ak−1 pour tout k, alors tous les éléments de X seraient des puissances de 2, contradiction
avec 100 ∈ X. Par suite, il existe un nombre k tel que ak < 2ak−1 = ak−1 +ak−1 , ce qui implique que :
ak ≤ ak−1 + ak−2 ≤ 2ak−2 + ak−2 = 3ak−2 . En utilisant ce k on obtient que :
par suite n ≥ 9. D’autre part, pour n = 9, il existe un ensemble X vérifiant les conditions de
l’exercice, par exemple :
X = {1, 2, 3, 6, 12, 13, 25, 50, 100}.
En conclusion, la valeur minimale de n est 9.
Exemple
Soient a1 < a2 < · · · < an = 100 des entiers strictement positifs. On suppose que pour tout
i ≥ 2, il existe 1 ≤ p ≤ q ≤ r ≤ i −1 tels que ai = ap +aq +ar . Déterminer les valeurs maximale
et minimale de n.
ai = ai−1 + 8 = ai−1 + a1 + a1 .
Pour estimer le nombre d’éléments dans un sous-ensemble A de l’ensemble X vérifiant une cer-
taine propriété, on peut diviser X en plusieurs blocs X1 , X2 , · · · , Xt , puis on cherche le nombre
d’éléments de A dans chaque bloc Xi , ceci nous permet d’estimer la valeur de |A|. Habituellement,
on a les trois cas suivants :
❏ supposons que le sous-ensemble A de X vérifie : tout groupe de r éléments de A possède
1.2. QUELQUES MÉTHODES ET TECHNIQUES EN COMBINATOIRE EXTRÊME 11
la propriété P, et nous voulons trouver la valeur maximale de |A|. Alors, nous pouvons
diviser X en quelques blocs X1 , X2 , · · · , Xt de sorte que tout groupe de r-éléments dans Xi
ne possède pas la propriété P. Il y a donc au plus r − 1 éléments de A dans chaque Xi .
❏ Si X = X1 ∪ X2 ∪ · · · ∪ Xt , et chaque Xi contient au plus ki éléments de A, alors |A| ≤
k1 +k2 +· · ·+kt . De toute évidence, plus k1 +k2 +· · ·+kt est petit, plus l’estimation est précise
(plus l’égalité est probable). Ainsi, pour diviser X, nous devrons choisir k1 + k2 + · · · + kt
k
aussi petit que possible. C’est-à-dire que le rapport i doit être le plus petit possible. En
|Ai |
général, l’estimation la plus précise peut être trouvée par expérimentation.
❏ Certaines propriétés sont invariantes par translation, c’est-à-dire, si l’ensemble A =
{a1 , a2 , · · · , an } possède la propriété P, alors A + a = {a1 + a, a2 + a, . . . , an + a} possède aussi
la propriété P. Alors, on peut diviser X de façon uniforme (les nombres d’éléments dans
chaque block sont les mêmes), et on estime alors chaque bloc.
Exemple
L’idée est de diviser N∗ en plusieurs blocs de sorte que A ait au plus un élément dans chaque
ai aj
bloc. Notons que A est tel que pour tout ai < aj ∈ A on a aj −ai ≥ . Donc, pour diviser N∗ on doit
25
xy
mettre deux éléments x < y avec y − x < dans un même bloc. On pose X1 = {1}, X2 = {2}, X3 =
25
{3}, X4 = {4}, X5 = {5, 6}, X6 = {7, 8, 9}, X7 = {10, 11, · · · , 16}, X8 = {17, 18, · · · , 53}, X9 = {54, 55, · · · } =
x xy
N∗ \ {1, 2, · · · , 53}. Pour x, y ∈ X9 , on a x > 25 et y − x < y < y · = . Pour x, y ∈ Xi (i = 1, 2, · · · , 8)
25 25
xy
on a clairement y − x < . Donc A contient au plus un élément dans chaque bloc, par suite n ≤ 9.
25
Finalement, A = {1, 2, 3, 4, 5, 7, 10, 17, 54} vérifie les conditions de l’exercice et il est de cardinal 9.
En conclusion, |A| ≤ 9.
Exemple
Soit A un sous-ensemble de J0, 29K tel que pour tout entier k , et pour tout a, b ∈ A (non
nécessairement distincts), le nombre a + b + 30k n’est pas égal au produit de deux entiers
consécutifs. Déterminer tous les ensembles A qui ont le maximum d’éléments. (Chine)
La réponse est A = {3t + 2 : t ∈ J0, 9K} = {2, 5, 8, 11, 14, 17, 20, 23, 26, 29}.
Supposons que A vérifie les conditions de l’exercice avec |A| maximal. Pour deux entiers consé-
cutifs a, a + 1 on a : a(a + 1) ≡ 0, 2, 6, 12, 20, 26 (mod 30). Pour tout a ∈ A, si b = a, k = 0 on a :2a .
12 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM
0, 2, 6, 12, 20, 26 (mod 30), d’où a . 0, 1, 3, 6, 10, 13, 15, 16, 18, 21, 25, 28 (mod 30). Par conséquent :
A ⊂ M = {2, 4, 5, 7, 8, 9, 11, 12, 14, 17, 19, 20, 22, 23, 24, 26, 27, 29},
A1 = {2, 4}, A2 = {5, 7}, A3 = {8, 12}, A4 = {11, 9}, A5 = {14, 22},
A6 = {17, 19}, A7 = {20}, A8 = {23, 27}, A9 = {26, 24}, A10 = {29},
de sorte que chaque sous-ensemble Ai contienne au plus un élément de A, ceci implique que
|A| ≤ 10. Si |A| = 10, alors chaque sous-ensemble Ai contient exactement un élément de A. Par
suite 20 ∈ A, 29 ∈ A. De la relation 20 ∈ A on peut voir que 12 < A, 22 < A, donc 8 ∈ A, 14 ∈ A, d’où
4 < A, 24 < A. Par suite 2 ∈ A, 26 ∈ A. Comme 29 ∈ A, on a 7 < A, 27 < A, par suite 5 ∈ A, 23 ∈ A, et
9 < A, 19 < A. Ainsi, 11 ∈ A, 17 ∈ A. En conclusion, A = {2, 5, 8, 11, 14, 17, 20, 23, 26, 29}. On vérifie
facilement que A vérifie les conditions de l’exercice, c’est l’unique solution.
Exemple
|x − y| , 4, 7.
Un sous-ensemble A vérifiant les conditions de l’exercice est dit bon. La propriété bon est
invariante par translation, i.e., si A est bon, alors pour tout a, A + a est aussi bon. On peut donc
appliquer les estimations de bloc. On pose X = P1 ∪P2 ∪· · ·∪Pk . Notre but est de montrer que |A| ≤ r
avec r le plus petit possible. Nous devrons donc rendre le nombre de bons éléments (éléments de
A) aussi petit que possible dans Pi . Posons P1 = {1, 2, · · · , t}. On a le tableau suivant :
t = |P| 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13
|A ∩ P| 1 2 3 4 4 4 4 4 5 5 5 6 7
|A ∩ P| 4 2 4 1 5 1 5 1 7
1 1 1 1 5 3 7 2 9 2 11 2 13
|P|
5
Pour P = {1, 2, · · · , 11} on obtient le minimum 11 , on devine donc que la division avec {1, · · · , 11}
comme sous-ensemble est la meilleure. On montre que pour P = {1, · · · , 11} on a |A ∩ P| ≤ 5.
On divise P en 6 sous-ensembles {1, 5}, {2, 9}, {3, 7}, {4, 8}, {6, 10}, {11}. Pour chaque sous-ensemble,
A contient au plus un élément de ce sous-ensemble, d’où |A ∩ P| ≤ 6. Si |A ∩ P| = 6, alors A a
exactement un élément dans chaque sous-ensemble, par suite :
11 ∈ A =⇒ 4 < A =⇒ 8 ∈ A =⇒ 1 < A =⇒ 5 ∈ A
=⇒ 9 < A =⇒ 2 ∈ A =⇒ 6 < A =⇒ 10 ∈ A =⇒ 3 < A =⇒ 7 ∈ A,
Exemple
Soit X = {1, 2, · · · , 2001}. Déterminer le plus petit m ∈ N∗ tel que pour tout sous-ensemble
W de X à m éléments, il existe u, v ∈ W (non nécessairement distincts), tels que u + v est
une puissance de 2. (Chine)
On dit (u, v) est une paire si u + v est une puissance de 2. Supposons que W ne contient aucune
paire, combien d’éléments peut avoir W ? Apparemment, si X peut être divisé en blocs, où deux
nombres quelconques dans chaque bloc forment une paire, alors W ne peut contenir qu’un seul
élément dans chaque bloc. Posons donc :
Si W ne contient aucune paire, alors W ne peut contenir aucun élément de E, et peut contenir au
plus un élément dans chacun de Ai , Bj , Dk et C. Par suite |W | ≤ 977+14+6+1 = 998. Ceci veut dire
que lorsque |W | ≥ 999, alors W contient au moins une paire, d’où m = 999 vérifie les conditions de
l’exercice. Maintenant, si |W | = 998 et W ne contient aucune paire, alors W contient exactement
un élément dans chacun de Ai , Bj , Dk et C. Si W = {1025, 1026, · · · , 2001} ∪ {33, 34, · · · , 46} ∪ {17} ∪
{9, 10, 14}, il est facile de vérifier que W ne contient aucune paire. Ainsi, lorsque m < 999, on peut
choisir un sous-ensemble de W avec m éléments de sorte qu’il n’a aucune paire, par conséquent
m ≥ 999. En conclusion, la valeur minimale de m est 999.
Exemple
Exemple
1 Soient X = {1, 2, 3, · · · , 10} et A un sous-ensemble de X tel que pour tout x < y < z
dans A, il existe un triangle dont les côtés mesurent x, y et z. Déterminer la valeur
maximale de |A|.
2 Même question avec X = {1, 2, 3, · · · , 20}.
1. Posons, tout d’abord, A1 = {1, 2, 3, 5, 8}, A2 = {4, 6, 10}, A3 = {7, 9} de sorte que trois éléments
quelconques de Ai ne forment pas les côtés d’un triangle. Donc, dans A, il y a au plus deux
éléments de Ai , d’où |A| ≤ 2×3 = 6. D’autre part, avec A = {5, 6, 7, 8, 9, 10} on voit que les conditions
de l’exercice sont vérifiées. En conclusion, la valeur maximale de |A| est égale à 6.
2. Posons, tout d’abord, A1 = {1, 2, 3, 5, 8, 13}, A2 = {4, 6, 10, 16}, A3 = {7, 12, 19}, A4 = {9, 11, 20},
A5 = {14, 15}, A6 = {17, 18} de sorte que trois éléments quelconques de Ai ne forment pas les côtés
d’un triangle. Donc, dans A, il y a au plus deux éléments de Ai , d’où |A| ≤ 2 × 6 = 12. Si |A| = 12,
alors 14, 15, 17, 18 ∈ A, donc 1, 2, 3, 5 < A, d’où 8, 13 ∈ A et 7, 9 < A. Par conséquent 12, 19, 11, 20 ∈ A,
or 8 + 12 = 20, contradiction. Ainsi |A| ≤ 11. De plus, on voit que A = {10, 11, 12, · · · , 20} vérifie les
conditions de l’exercice. En conclusion, la valeur maximale de |A| est 11.
14 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM
Exemple
Combien de nombres peuvent être choisis parmi 1, 2, 3, · · · , 20, de sorte qu’aucun d’eux
ne soit le double d’un autre nombre choisi. Combien y a-t-il de façons pour choisir ces
nombres ?
Posons A1 = {1, 2}, A2 = {3, 6}, A3 = {4, 8}, A4 = {5, 10}, A5 = {7, 14}, A6 = {9, 18}. De chaque
ensemble, nous ne prenons qu’un seul nombre, ainsi nous pouvons prendre au plus six nombres
de ces ensembles. En plus de ces ensembles, il y a huit nombres, donc le nombre de nombres que
nous pouvons prendre est 6 + 8 = 14.
Si nous prenons 14 nombres, ceux-ci doivent inclure 11,12,13,15,16,17,19,20. Notons que nous
ne pouvons pas prendre 6,8 et 10 si nous prenons 12,16 et 20, et que nous pouvons prendre 3,4 et
5. Si nous prenons le nombre 4, alors nous ne pouvons pas prendre 2, mais nous pouvons prendre
1. De plus, puisque nous prenons un nombre de chacun de A5 et A6 , il y a 2 × 2 = 4 façons pour
choisir ces nombres.
Exemple
Soit k ∈ N∗ tel qu’on peut choisir k nombres différents de {1, 2, · · · , 1988} vérifiant : la somme
de deux quelconques de ces éléments n’est pas divisible par leur différence. Déterminer la
valeur maximale de k . (Russie)
La valeur maximale de k est 663. On montre tout d’abord que k ≤ 663. Notons que lorsque
x −y = 1 ou 2, alors (x −y) | (x +y), on conclut donc que si nous prenons deux nombres quelconques
x et y parmi trois nombres entiers consécutifs alors on doit avoir (x − y) | (x + y). Si k > 663, on pose
Ai = {3i − 2, 3i − 1, 3i} (i = 1, 2, · · · , 662), A663 = {1987, 1988}, alors un ensemble au moins contient
deux nombres choisis x et y, d’où (x − y) | (x + y), une contradiction. D’autre part, si k = 663, on
pose A = {1, 4, 7, · · · , 1987}, alors pour deux nombres quelconques ai et aj dans A, on a : ai − aj =
(3i − 2) − (3j − 2) = 3(i − j), et ai + aj = (3i − 2) + (3j − 2) = 3(i + j − 1) − 1, par suite ai + aj n’est pas
divisible par ai − aj .
Exemple
Soient X = {1, 2, · · · , 50}, et S un sous-ensemble de X tel que la somme des carrés de deux
quelconques de ses éléments n’est pas divisible par 7.
Déterminer la valeur maximale de |S|.
Exemple
Parfois, les ensembles possédant la propriété P sont faciles à construire, il suffit juste de mettre
ensemble tous les éléments ayant cette propriété. Dans ce cas, nous pouvons d’abord construire
un ensemble possédant la propriété P, puis deviner que cet ensemble est le maximum. Une
approche efficace pour prouver cette affirmation est le raisonnement par l’absurde.
Supposons que A est un ensemble possédant une propriété P, on cherche à prouver que |A| ≤
r. On suppose, par l’abusrde, que |A| > r, ensuite on cherche à montrer qu’il doit y avoir un
élément spécial dans A, ce qui fait que A ne possède pas la propriété P, et ce qui conduit à une
contradiction. Dans cette méthode, le principe des tiroirs joue un rôle très important.
Exemple
Un ensemble est dit simple s’il ne contient pas trois éléments x, y, z vérifiant x + y = z.
Soient M = {1, 2, 3, · · · , 2n, 2n + 1} et A un sous-ensemble simple de M . Déterminer la valeur
maximale de |A|. (Allemagne)
Puisque impair + impair , impair, alors il est clair que A = {1, 3, 5, 7, · · · , 2n + 1} est simple. On
« devine » que la valeur maximale de |A| est n + 1. On se propose donc de montrer que si |A| ≥ n + 2
alors il doit exister trois éléments x, y, z ∈ A tels que x+y = z. Soient a1 < a2 < · · · < an+2 les éléments
de A. Considérons les 2 × (n + 1) = 2n + 2 éléments :
Ce sont tous des entiers naturels, et ils ne dépassent pas 2n + 1. D’après le principe des tiroirs, il
existe au moins deux éléments qui sont égaux. D’où il existe ai et aj tels que ai − a1 = aj , ce qui
donne ai = a1 + aj , et par suite A n’est pas simple.
En conclusion, la valeur maximale de |A| est n + 1.
Exemple
Soient X = {1, 2, · · · , 100}, et A un sous-ensemble de X tel que pour tout x < y dans A on a
y , 3x. Déterminer la valeur maximale de |A|.
Une condition suffisante pour garantir que y , 3x est que y n’est pas un multiple de 3. Ainsi,
tout nombre qui n’est pas un multiple de 3 peut appartenir à A. De plus, il peut aussi y avoir des
multiples de 3 dans A. De tels multiples doivent satisfaire deux conditions : (1) ils ne sont pas
égaux à trois fois l’un des nombres précédents, ce qui est vérifié lorsqu’ils sont des multiples de
9 ; (2) ils ne sont pas égaux à trois fois l’un quelconque d’entre eux, de sorte que nous pouvons
choisir 9, 18, 36, 45, 63, 72, 81, 90, 99 pour être dans A. Par suite |A| = 76, et on peut « deviner » que
c’est la valeur maximale.
Posons A = {3k + 1 : k = 0, 1, 2, · · · , 33} ∪ {3k + 2 : k = 0, 1, 2, · · · , 32} ∪ {9, 18, 36, 45, 63, 72; 81, 90, 99},
alors A vérifie les conditions de l’exercice et |A| = 76. D’autre part, considérons les 24 ensembles
Ak = {k, 3k} (k = 1, 2, 12, 13, · · · , 33) qui contiennent 48 nombres différents. Il y a donc 100−48 = 52
nombres qui sont éléments de X \ Ak . Avec les 24 ensembles précédents, il y a en tout 52 + 24 = 76
ensembles. Si |A| > 76, alors au moins deux nombres de A sont dans le même ensemble, par suite
le plus grand des deux est égal à 3 fois le plus petit, une contradiction. En conclusion, la valeur
maximale de |A| est 76.
Exemple
Soit M un ensemble d’entiers strictement positifs et ne dépassant pas 15. On suppose que
pour deux sous-ensembles quelconques et disjoints M1 et M2 de M on a S(M1 ) , S(M2 ), où
S(X) désigne la somme des éléments de X . Déterminer alors la valeur maximale de S(M).
16 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM
Il est facile de construire un ensemble M avec S(M) maximal, on choisit tout d’abord 15, 14, 13,
donc on ne peut pas choisir 12 ; ensuite on choisit 11, et ainsi on ne peut pas choisir 10 ou
9. Finalement, on choisit 8 et on ne choisit aucun autre nombre. On a alors l’ensemble M =
{15, 14, 13, 11, 8} avec |M| = 5 et S(M) = 61. On « devine » alors que S(M) ≤ 61. On montre que pour
tout ensemble M vérifiant les conditions de l’exercice on a S(M) ≤ 61. On commence d’abord par
prouver que |M| ≤ 5. On fait une preuve par l’absurde. Dans le cas contraire, on considère n’im-
porte quel sous-ensemble A n’ayant pas plus de 4 éléments, alors S(A) ≤ 15 + 14 + 13 + 12 = 53, et
on a 61 + 62 + 63 + 64 = 56 de tels sous-ensembles. D’après le principe des tiroirs, il existe deux
sous-ensembles A et B tels que S(A) = S(B). Posons A′ = A \ (A ∩ B) et B′ = B \ (A ∩ B), alors A′ , B′
sont disjoints et S(A′ ) = S(B′ ), ce qui est une contradiction. D’où |M| ≤ 5. Considérons maintenant
n’importe quel M. On distingue les quatre cas suivants :
(1) Si 15 < M, alors on a S(M) ≤ 14 + 13 + 12 + 11 + 10 = 60.
(2) Si 14 < M, alors on a S(M) ≤ 15 + 13 + 12 + 11 + 10 = 61.
(3) Si 13 < M, alors comme 15 + 11 = 14 + 12, on a M , {15, 14, 12, 11, 10}, d’où S(M) < 15 + 14 +
12 + 11 + 10 = 62.
(4) Si 15, 14, 13 ∈ M, alors 12 < M.
(i) Si 11 ∈ M, alors 10, 9 < M, donc on a S(M) ≤ 15 + 14 + 13 + 11 + 8 = 61.
(ii) Si 11 < M, alors on a : S(M) ≤ 15 + 14 + 13 + 10 + 9 = 61.
En conclusion, S(M) ≤ 61, d’où la valeur maximale de S(M) est 61.
Exemple
M1 = {1, 2, 3, 4}, M2 = {1, 5, 6, 7}, M3 = {1, 8, 9, 10}, M4 = {1, 11, 12, 13},
M5 = {2, 5, 8, 11} M6 = {2, 6, 9, 12}, M7 = {2, 7, 10, 13}, M8 = {3, 5, 9, 13}, M9 = {3, 6, 10, 11},
M10 = {3, 7, 8, 12}, M11 = {4, 5, 10, 12}, M12 = {4, 7, 9, 11}, M13 = {4, 6, 8, 13}.
Pour 4 ≤ n ≤ 13, en choisissant n ensembles Mi (1 ≤ i ≤ n), il est facile de vérifier que |Mi | = 4, et
|Mi ∩ Mj | = 1, mais M1 , M2 , · · · , Mn n’ont pas d’éléments en commun, ce qui est une contradiction.
On « devine » alors que la valeur minimale de n est 14. On montre maintenant que n = 14 vérifie
les conditions de l’exercice. Supposons que Mi est l’ensemble des élèves ayant résolu le problème
i, alors pour 1 ≤ i ≤ 14, |Mi | = 4, et |Mi ∩ Mj | = 1. Si M1 = {a, b, c, d}, alors chacun des 13 autres
ensembles contient au moins un élément parmi a, b, c, d, donc il y a un élément –disons a– qui
apparaît au moins quatre fois dans ces 13 ensembles, supposons par exemple que M2 , M3 , M4 , M5
contiennent a, on montre alors que chaque Mi contient a. Supposons, par l’absurde, qu’il existe un
t (6 ≤ t ≤ 14) tel que a < Mt , et Mt a un élément en commun avec chacun de M1 , M2 , M3 , M4 , M5 .
Supposons que l’élément commun entre Mt et Mk (1 ≤ k ≤ 5) soit ak (1 ≤ k ≤ 5), alors ak , a. S’il
existe i, j (1 ≤ i < j ≤ 5), tel que ai = aj , alors a, ai appartiennent à Mi ∩ Mj , en contradiction avec
|Mi ∩ Mj | = 1. Donc a1 , a2 , a3 , a4 , a5 sont différents les uns des autres, et ils appartiennent tous à
Mt , d’où |Mt | ≥ 5, une contradiction. Par conséquent, a appartient à tous les Mt , i.e., l’élève a a
résolu tous les problèmes. En conclusion, la valeur minimale de n est 14.
Exemple
On suppose que si l’on choisit n ∈ N∗ nombres impairs différents parmi 1, 2, · · · , 100 alors il
doit y avoir deux dont la somme est égale à 102. Déterminer la valeur minimale de n.
1.2. QUELQUES MÉTHODES ET TECHNIQUES EN COMBINATOIRE EXTRÊME 17
La valeur minimale est 27. On montre d’abord, par l’absurde, que n ≥ 27. Si n ≤ 26, en posant
A = {1, 3, 5, · · · , 2n − 1} alors |A| = n, mais la somme de deux éléments quelconques de A est égale
à : (2i − 1) + (2j − 1) = 2(i + j) − 2 ≤ 2(26 + 25) − 2 = 100 < 102 (où 0 < i < j ≤ n ≤ 26), ce qui est une
contradiction. Pour n = 27, on pose Ai = {2i + 1, 101 − 2i} (i = 1, 2, · · · , 24), A25 = {1}, A26 = {51}.
Pour 27 nombres quelconques, il doit y avoir deux appartenant au même ensemble, donc leur
somme est égale à 102.
Exemple
Soient X = {1, 2, · · · , 1995}, et A un sous-ensemble de X tel que pour tout x < y dans A on
a : y , 15x. Déterminer la valeur maximale de |A|.
Soit A = {1, 2, · · · , 8} ∪ {134, 135, · · · , 1995}, alors A vérifie les conditions de l’exercice et |A| =
1870. D’autre part, en considérant les 125 ensembles Ak = {k, 15k} (k = 9, 10, · · · , 133) on a 250
nombres différents et si on les exclut il reste 1745 nombres dans X. Maintenant, faisons de chacun
de ces 1745 nombres un ensemble singleton, de sorte qu’avec les 125 anciens ensembles, nous
avons 1745 + 125 = 1870 ensembles au total. Si |A| > 1870, donc il y a dans A deux nombres
contenus dans le même ensemble, le plus grand des deux est égal à 15 fois le petit, ce qui est une
contradiction. En conclusion, la valeur maximale de |A| est 1870.
Méthode : estimations globales
Pour estimer la portée d’une variable (ensemble des valeurs prises par cette variable), nous pou-
vons la mettre dans un ensemble de plusieurs variables et les considérer ensemble, et obtenir des
bornes globales. En utilisant cela, nous pouvons obtenir des informations sur les valeurs prises
par la variable. Cette méthode est appelée estimation globale. Un cas particulier d’estimations
globales est d’estimer la valeur moyenne : supposons que la moyenne de A1 , A2 , · · · , An est A,
alors au moins un nombre parmi A1 , A2 , · · · , An n’est pas inférieur à A, et au moins un nombre
parmi A1 , A2 , · · · , An n’est pas supérieur à A.
L’un des outils importants dans les estimations globales est la « table de relations des éléments
et des sous-ensembles » : supposons que X = {a1 , a2 , · · · , an } et A1 , A2 , · · · , Ak sont des sous-
ensembles de X. La « table de relations des éléments et des sous-ensembles » est le tableau suivant
avec n lignes et k colonnes :
sous-ensembles F
A1 A2 ··· Ak
éléments
a1 x11 x12 ··· x1k m1 1
a2 x21 x22 ··· x2k m2 1
.. .. ..
. . .
an xn1 xn2 ··· xnk mn 1
(2) considérons le nombre total T d’apparitions d’éléments dans les intersections de deux sous-
ensembles, on a : !
X n X
mi
= T = |Ai ∩ Aj |.
2
i=1 1≤i<j≤k
Exemple
Déterminer le plus grand entier naturel non nul A tel que pour toute permutation de
(1, 2, 3, · · · , 99, 100) il y a 10 termes consécutifs dont la somme est ≥ A. (Pologne)
Pour une permutation de 1, 2, · · · , 100, il est difficile de trouver 10 termes consécutifs dont la
somme n’est pas inférieure à A. L’idée est de considérer les sommes de tous les termes consécutifs
qui ne partagent aucun terme commun entre eux et estimer la valeur moyenne.
Soit a1 , a2 , · · · , a100 une permutation de 1, 2, · · · , 100. Posons Ai = ai +ai+1 +· · ·+ai+9 (i = 1, 2, · · · , 91),
alors A1 = a1 + a2 + · · · + a10 , A11 = a11 + a12 + · · · + a20 , · · · , A91 = a91 + a92 + · · · + a100 . Notons que
A1 + A11 + · · · + A91 = a1 + a2 + · · · + a100 = 5050. Par suite, la moyenne de A1 , A11 , · · · , A91 est égale à
505, donc il existe 1 ≤ i ≤ 91 tel que Ai ≥ 505.
Si A ≥ 506, on considère la permutation (100, 1, 99, 2, 98, 3, 97, 4, · · · , 51, 50), où les termes sont
a2i−1 = 101 − i (i = 1, 2, · · · , 50); a2i = i (i = 1, 2, · · · , 50). D’où a2i−1 + a2i = 101, a2i + a2i+1 = 100. On
peut montrer maintenant que pour tout 1 ≤ i ≤ 91 on a Ai ≤ 505 < A.
⋄ Si i est pair, i = 2k, alors :
A2k = a2k + a2k+1 + · · · + a2k+9 = (a2k + a2k+1 ) + (a2k+2 + a2k+3 ) + · · · + (a2k+8 + a2k+9 ) = 100 × 5 = 500 < A.
A2k−1 = a2k−1 +a2k +· · ·+a2k+8 = (a2k−1 +a2k )+(a2k+1 +a2k+2 )+· · ·+(a2k+7 +a2k+8 ) = 101×5 = 505 < A.
Supposons que |Ai | = 660 pour tout i, sinon on enlève quelques éléments de Ai pour obtenir
un sous-ensemble A′i . Si on peut montrer que |A′i ∩A′j | ≥ 200, alors en ajoutant les éléments enlevés
on a certainement |Ai ∩ Aj | ≥ 200.
Considérons la table de relation comme ci-dessus. Supposons qu’il y a mi nombres 1 à la i-ème
colonne, i.e., i appartient à mi sous-ensembles. Considérons le nombre total d’apparitions de
chaque élément dans tous les sous-ensembles, ou le nombre de 1 dans le tableau, on a :
1990
X 30
X
mi = S = |Ai | = 30 × 660.
i=1 i=1
X
Estimons à présent |Ai ∩ Aj |. C’est juste le nombre total d’apparitions d’éléments dans les
1≤i<j≤30
intersections de sous-ensembles, nous avons donc :
1990
X ! X
mi
= |Ai ∩ Aj |.
2
i=1 1≤i<j≤30
1.2. QUELQUES MÉTHODES ET TECHNIQUES EN COMBINATOIRE EXTRÊME 19
Exemple
Dix personnes vont dans une librairie pour acheter des livres. On sait que chaque personne
a acheté trois livres et que pour deux personnes, il y a au moins un livre acheté par les
deux. Considérons le livre le plus populaire (c’est-à-dire acheté par le plus grand nombre
de personnes). Combien, au moins, de personnes ont acheté ce livre ?
Supposons qu’ils ont acheté n livres, et que l’ensemble des livres achetés par la i-ème personne
est Ai (i = 1, 2, · · · , 10). On construit la table de relations, et on suppose que la i-ème ligne a mi
nombres 1. En comptant le nombre d’apparences des éléments, on a :
n
X 10
X 10
X
mi = S = |Ai | = 3 = 30.
i=1 i=1 i=1
En comptant le nombre d’apparences des éléments dans les intersections des sous-ensembles :
Xn ! X
mi
= |Ai ∩ Aj |.
2
i=1 1≤i<j≤10
Ainsi, on a :
90 ≤ 30(m − 1) ce qui donne m ≥ 4. (1)
Si m = 4, alors on a égalité dans la relation (1), d’où mi = 4 (i = 1, 2, · · · , n). Par suite, on a : 4n =
m1 + m2 + · · · + mn = 30, ce qui est une contradiction. Par conséquent m ≥ 5. Si m = 5, comme m est
le maximum, on a alors mi ≤ 5. Ainsi 30 = m1 + m2 + · · · + mn ≤ 5n, ce qui donne n ≥ 6. On choisit
n = 6, et une solution possible est donnée dans le tableau suivant :
A1 A2 A3 A4 A5 A6 A7 A8 A9 A10
1 ⋆ ⋆ ⋆ ⋆ ⋆
2 ⋆ ⋆ ⋆ ⋆ ⋆
3 ⋆ ⋆ ⋆ ⋆ ⋆
4 ⋆ ⋆ ⋆ ⋆ ⋆
5 ⋆ ⋆ ⋆ ⋆ ⋆
6 ⋆ ⋆ ⋆ ⋆ ⋆
En conclusion, la valeur minimale de m est 5.
20 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM
Exemple
Un groupe d’enfants âgés de 7 à 13 ans (les âges sont des nombres entiers) viennent de 11
pays différents. Montrer qu’il y a au moins cinq enfants tels que, pour chacun d’eux, il y a
plus d’enfants ayant le même âge que lui que d’enfants de même nationalité que lui.
Considérons le tableau suivant où Aj est l’ensemble des enfants originaires du j-ème pays, et
ai,j est le nombre d’enfants d’âge i et originaires du pays j :
A1 A2 ··· A11
7 a7,1 a7,2 ··· a7,11
8 a8,1 a8,2 ··· a8,11
.. .. .. .. ..
. . . . .
13 a13,1 a13,2 ··· a13,11
Supposons que la somme de la i-ème ligne est ri , et la somme de la j-ème colonne est ti , alors :
X 11
13 X ! X 11
13 X X 11
13 X 11
X 13 13 11
1 1 ai,j ai,j 1X X 1X
ai,j − = − = ai,j − ai,j
t j ri tj ri t r
i=7 j=1 i=7 j=1 i=7 j=1 j=1 j i=7 i=7 i j=1
11
X ! X13 ! 11
X 13
X
1 1
= · tj − · ri = 1− 1 = 4.
tj ri
j=1 i=7 j=1 i=7
!
1 1 1 1
Puisque − < 1, en considérant le terme ai,j − dans l’expression ci-dessus comme une
t j ri t j ri
1 1
somme de ai,j fois « − », on sait qu’il y a au moins 5 tels terms dans l’expression ci-haut qui
t j ri
sont positifs. Donc, il existe bien cinq enfants qui vérifient les conditions de l’exercice.
Exemple
Cette question nécessite en fait de trouver la valeur minimale de |B|. Le nombre total d’appa-
rences des éléments de B dans les sous-ensembles Ai (i = 1, 2, · · · , 20) est égal à : 2 × 20 = 40. Pour
savoir combien d’éléments il y a dans B, il suffit de savoir combien de fois chaque élément de B
peut apparaître dans les sous-ensembles Ai (i = 1, 2, · · · , 20).
On montre, tout d’abord, que chaque élément de B peut apparaître au plus quatre fois dans les
sous-ensembles Ai (i = 1, 2, · · · , 20). On suppose, par l’absurde, qu’un élément b ∈ B apparaît k > 4
fois dans Ai (i = 1, 2, · · · , 20). Considérons les k sous-ensembles contenant b, ils ont au total 3k > 12
éléments dans A. Alors, d’après le principe des tiroirs, il existe au moins un élément, disons a,
dans A qui apparaît trois fois dans les k sous-ensembles. Si P, Q, R sont les trois sous-ensembles
contenant a, b, alors les cinq éléments dans A \ {a} apparaîssent six fois dans P, Q, R. Donc il doit
avoir un élément c qui apparaît deux fois. On a ainsi deux ensembles contenant chacun de a, b, c,
en contradiction avec |Ai ∩ Aj | ≤ 2.
D’après ce qui précède, chaque élément de B apparaît dans les sous-ensembles Ai (i = 1, 2, · · · , 20)
au plus quatre fois, et le nombre total d’apparences des éléments de B dans chaque sous-ensemble
Ai (i = 1, 2, · · · , 20) est égal à 40, par suite |B| ≥ 40
4 = 10, donc n ≥ 10 + 6 = 16.
1.2. QUELQUES MÉTHODES ET TECHNIQUES EN COMBINATOIRE EXTRÊME 21
{1, 2, 3, 7, 8}, {1, 2, 4, 12, 14} {1, 2, 5, 15, 16}, {1, 2, 6, 9, 10}, {1, 3, 4, 10, 11},
{1, 3, 5, 13, 14}, {1, 3, 6, 12, 15}, {1, 4, 5, 7, 9}, {1, 4, 6, 13, 16}, {1, 5, 6, 8, 11},
{2, 3, 4, 13, 15}, {2, 3, 5, 9, 11}, {2, 3, 6, 14, 16}, {2, 4, 5, 8, 10}, {2, 4, 6, 7, 11}
{2, 5, 6, 12, 13}, {3, 4, 5, 12, 16}, {3, 4, 6, 8, 9}, {3, 5, 6, 7, 10}, {4, 5, 6, 14, 15}.
10
X k
X
Puisque mi = 5 = 5k, alors d’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz on a d’une part :
i=1 i=1
10 ! 10 10 P 10
X X mi X
2
X ( 10 mi )2 X 25k 2
2 |Ai ∩ Aj | = 2 = mi − mi ≥ Pi=1
10 2
− m i = − 5k.
2 i=1 1
10
1≤i<j≤k i=1 i=1 i=1 i=1
X X !
k
D’autre part, |Ai ∩ Aj | ≤ 2=2 = k 2 − k, et en combinant ces inégalités on a :
2
1≤i<j≤k 1≤i<j≤k
25k 2
− 5k ≤ 2(k 2 − k) d’où k ≤ 6.
10
Avec k = 6, les six ensembles suivants vérifient bien les conditions de l’exercice :
{1, 2, 3, 4, 5}, {3, 5, 7, 8, 9}, {1, 2, 6, 7, 8}, {1, 3, 6, 9, 10}, {2, 4, 7, 9, 10}, {4, 5, 6, 8, 10}.
Le nombre total des éléments apparaissant dans les intersections des ensembles est donné par :
n
X ! X
ti
= T = |Ai ∩ Aj |.
2
i=1 1≤i<j≤m
22 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM
r · m2 mr 2
Par conséquent : km(m − 1) ≥ − rm, et ainsi n ≥ .
n r + (m − 1)k
Exemple
Soit S la somme de tous les nombres du tableau. Clairement, lorsque les nombres sont égaux,
chaque nombre doit être égal au moins à n2 . Ainsi, la somme des nombres du tableau est donnée
par S ′ ≥ n2 · n2 = n4 . Puisque chaque opération augmente la valeur de S de 3, et qu’au départ
n2 (n2 + 1)
S0 = 1 + 2 + 3 + · · · + n 2 = , alors lorsque les nombres sont égaux, S a augmenté d’au
2
moins :
n2 (n2 + 1) n2 (n2 − 1)
n4 − = .
2 2
1 n2 (n2 − 1) n2 (n2 − 1)
Ainsi le nombre d’opérations est plus grand ou égal à : · = .
3 2 6
2 2
n (n −1)
Montrons que nous pouvons utiliser 6 étapes pour égaliser les nombres placés dans les cel-
lules. Cela équivaut à montrer que nous pouvons utiliser l’opération pour rendre chaque nombre
égal à n2 . Dans chaque ligne, on regroupe toutes les trois cellules consécutives ensemble et on
divise la ligne en n3 groupes, qui sont marqués comme groupe 1, groupe 2, · · · , groupe n3 . Tout
d’abord, on remarque que pour trois cellules consécutives, on utilise deux étapes pour augmenter
chaque nombre de 2. Nous appelons ces deux étapes une grande étape A :
A : (a, b, c) −→ (a + 2, b + 1, c) −→ (a + 2, b + 2, c + 2).
On fait maintenant n2 grandes étapes A dans chaque groupe d’une certaine ligne de sorte que les
nombres de cette ligne augmentent de n. Donc, pour chaque ligne, on peut faire plusieurs de ces
opérations de sorte que cette ligne devienne la même que la n-ème ligne.
Notons maintenant que pour deux cellules consécutives quelconques, on peut utiliser deux étapes
pour augmenter chaque nombre de 3. Nous appelons ces deux opérations une grande étape B :
B : (a, b) −→ (a + 2, b + 1) −→ (a + 3, b + 3).
Maintenant, supposons que chaque ligne de l’échiquier est la même que la n-ème ligne. Considé-
rons le j-ème groupe dans la i-ème ligne et la (i + 1)-ème ligne, et utilisons une opération B sur
deux cellules de la même colonne de ces deux groupes, de sorte que les nombres du j-ème groupe
des deux lignes augmentent de 3. Puisque les différences entre les nombres correspondants dans
différents groupes dans la même ligne sont des multiples de 3, nous pouvons faire plusieurs opé-
rations B sur les deux lignes, de sorte que tous les groupes des deux lignes deviennent les mêmes
que le groupe n3 , qui est (n2 − 2, n2 − 1, n2 ). Après une opération, il peut être changé en (n2 , n2 , n2 ),
de sorte que les deux lignes peuvent être changées en n2 . Nous répétons ensuite les opérations
jusqu’à ce que chaque cellule devienne n2 .
n2 (n2 − 1)
En conclusion, le nombre minimum d’opérations est égal à .
6
1.2. QUELQUES MÉTHODES ET TECHNIQUES EN COMBINATOIRE EXTRÊME 23
Exemple
Soit A = {a1 , a2 , · · · , ar } un sous-ensemble de X avec a1 < a2 < · · · < ar . Si ar < n, on pose n−ar = t,
et a′i = ai +t (i = 1, 2, . . . , r). Alors, a′r = n, et l’ensemble A′ = {a′1 , a′2 , · · · , a′r } vérifie aussi les conditions
de l’exercice. On peut donc supposer que ar = n.
Puisque a1 , a2 , ar sont les côtés d’un triangle, alors n = ar < a1 + a2 . Comme a1 + a2 < 2a2 , alors
n
a1 + a2 ≤ 2a2 − 1 et ainsi n = ar ≤ 2a2 − 2, d’où a2 ≥ + 1.
2
Regardons maintenant quels nombres peuvent être choisis dans A \ {a1 }.
n 3
⋄ Si n est impair, n = 2k + 1, alors a2 ≥ + 1 = k + , or a2 est un entier, donc a2 ≥ k + 2. Par suite
2 2
A \ {a1} ⊂ {k + 2, k + 3, · · · , 2k + 1}. Par conséquent :
n−1 n+1
|A| − 1 ≤ |{k + 2, k + 3, · · · , 2k + 1}| = 2k + 1 − (k + 1) = k i.e. |A| = k + 1 = +1 = .
2 2
n
⋄ Si n est pair, n = 2k, alors a2 ≥ + 1 = k + 1. Par suite A \ {a1} ⊂ {k + 1, k + 2, · · · , 2k}, d’où :
2
n n+2
|A| − 1 ≤ |{k + 1, k + 2, · · · , 2k}| = 2k − k = k i.e. |A| ≤ k + 1 = +1 = .
2 2
n+2
Des deux cas ci-dessus, on déduit que pour tout n ∈ N∗ on a : |A| ≤ . Comme |A| ∈ N∗ , alors :
2
n+2
|A| ≤ .
2
⋄ Si n = 2k, posons A = {k, k + 1, k + 2, · · · , 2k}, alors pour tout x < y < z ∈ A on a x + y ≥ k + (k + 1) =
2k + 1 > 2k ≥ z, donc x, y, z, sont les côtés d’un triangle et
n n+2 n+2
|A| = k + 1 = + 1 = = .
2 2 2
⋄ Si n = 2k + 1, posons A = {k + 1, k + 2, · · · , 2k + 1}, alors pour tout x < y < z ∈ A on a x + y ≥
(k + 1) + (k + 2) = 2k + 3 > 2k + 1 ≥ z, donc x, y, z sont les côtés d’un triangle et
n−1 n+1 n+2
|A| = k + 1 = +1 = = .
2 2 2
n+2
En conclusion, la valeur maximale de |A| est .
2
Remarque : les deux cas ci-dessus
(n pair
et n impair) peuvent être traités d’une seule fois en
n+1 n+1 n+1
prenant A = , + 1, + 2, · · · , n .
2 2 2
Exemple
16 élèves participent à un test de sélection. Chaque question du test est une question à
choix multiples et comporte quatre réponses au choix. Après le test, on constate que pour
deux élèves quelconques, il y a au plus une question pour laquelle leurs réponses sont les
mêmes. Au plus, combien de questions peut-il y avoir ? (Chine)
On suppose qu’il y a n questions, on se propose de montrer que la valeur maximale pour n est
égale à 5.
24 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM
Il est clair que la valeur maximale de n est > 1. Pour n > 1, et pour une question A, si cinq
élèves choisissent la même réponse, alors les réponses que les cinq élèves choisissent pour toute
autre question B doivent être différentes les unes des autres. Cependant, il n’y a que quatre choix
pour B, ce qui est une contradiction. Par conséquent, pour toute question, il y a au plus quatre
élèves qui font le même choix. Puisqu’il n’y a que quatre choix pour A, et qu’il y a 16 élèves, on
sait que chaque réponse est choisie par quatre élèves. Pour chaque élève x et chaque question
i (i = 1, 2, · · · , n), trois élèves choisissent précisément la même réponse que x pour la question i,
formant un sous-ensemble Ai à 3 éléments. Considérons les ensembles A1 , A2 , · · · , An , s’il y a deux
Ai , Aj (i < j) avec une intersection non vide, disons y ∈ Ai ∩ Aj , alors les réponses de x, y aux deux
questions i, j du test sont les mêmes, ce qui est une contradiction. Ainsi les Ai sont deux à deux
disjoints, donc le nombre de personnes est donné par :
élève
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16
question
1 1 1 1 1 2 2 2 2 3 3 3 3 4 4 4 4
2 1 2 3 4 1 2 3 4 1 2 3 4 1 2 3 4
3 1 2 3 4 4 3 2 1 3 4 1 2 2 1 4 3
4 1 2 3 4 2 1 4 3 4 3 2 1 3 4 1 2
5 1 2 3 4 3 4 1 2 2 1 4 3 4 3 2 1
Exemple
donc pour connaître l’ensemble des valeurs prises par k on a besoin de savoir l’ensemble des
valeurs prises par chaque d(i). Montrons que d(i) ≤ 4 (i = 1, 2, · · · , 10). En effet, pour i ∈ M, on
considère toutes les paires (i, j) contenant i (où j , i) et tous les sous-ensembles à 5 éléments
contenant i. D’une part, pour chaque i on a neuf paires (i, j) contenant i, et toute paire contenant
i apparaît dans A1 , A2 , · · · , Ak au plus deux fois. Donc, le nombre total d’apparences des paires
(i, j) contenant i ne dépasse pas 2 × 9 = 18. D’autre part, parmi A1 , A2 , · · · , Ak , il y a d(i) ensembles
contenant i, puisque |Aj | = 5 (j = 1, 2, · · · , k), chaque sous-ensemble contenant i contiendra quatre
paires (i, j) contenant i, et par suite 4 · d(i) ≤ 18, d’où d(i) ≤ 4. Donc,
Dans certains problèmes de combinatoire extrême, il existe de nombreuses variables qui rendent
le problème très compliqué. Cependant, en introduisant de nouveaux paramètres on peut réduire
le problème à une équation à une ou deux variables, ce qui simplifie grandemment la question.
Exemple
n équipes de football participent à un tournoi où deux équipes s’affrontent une seule fois.
Le gagnant de chaque match obtient trois points, le perdant 0 point et les deux obtiennent
un point en cas de match nul. Après le tournoi, l’antépénultième équipe (i.e. l’avant-avant
dernière) a un score strictement inférieur à celui de n’importe quelle équipe avant elle, et
strictement supérieur aux deux équipes après elle ; elle a aussi strictement plus de victoires
que les équipes avant elle, et strictement moins de victoires que les deux équipes après elle.
Déterminer la valeur minimale de n.
3x + y + 1 ≤ 3(x − 1) + (n − x) = 3x + y + z − 2 d’où z ≥ 3,
c’est-à-dire B a perdu au moins trois fois. Il y a donc au moins une équipe parmi A1 , A2 , · · · , An−3
qui a gagné contre B, d’où x ≥ 2.
(1) Si tous les Ai ont fait match nul avec C1 , C2 , B alors puisque y = n − x − z − 1 ≤ n − 6, il existe
au moins trois équipes parmi ces (n − 3) équipes Ai qui ont fait match nul avec l’un de C1 ou C2 .
Donc, l’un de C1 ou C2 a fait au moins deux matchs nuls, d’où,
L’égalité n = 12 n’est pas vraie car sinon z = 3, Ai n’a pas perdu et a au plus x − 1 = 1 victoire, ainsi
Ai a fait au moins 10 matchs nuls. Par conséquent, B, C1 , C2 ont au moins 18 matchs nuls au total,
or comme y = 6, C1 et C2 ont fait au plus 2 matchs nuls, donc 18 ≤ 6 + 2 + 2, contradiction.
En conclusion, n ≥ 13.
(2) Si un certain Ai (disons A1 ) n’a pas fait match nul avec B, C1 , C2 , alors il a fait au plus (n − 4)
matchs nuls. D’où,
L’égalité n = 12 n’est pas vraie car sinon y = 4, et avec les mêmes arguments qu’avant on peut voir
que C1 et C2 n’ont fait aucun match nul, donc A1 a au moins (x − 1) victoires ou il a au moins 11
matchs nuls alors que C1 n’a fait aucun match nul, contradiction. Donc, Ai a (x − 1) victoires, 8
ou 9 matchs nuls. Supposons que k des Ai ont fait 8 matchs nuls et (9 − k) d’entre eux ont fait 9
matchs nuls. Notons que C1 , C2 ont (x + 1) victoires et (10 − x) défaites, on a alors :
A1 A2 A3 A4 A5 A6 A7 A8 A9 A10 B C1 C2 Total
A1 ⋆ 3 1 1 1 1 1 1 1 1 1 0 3 15
A2 0 ⋆ 1 1 1 1 1 1 1 1 1 3 3 15
A3 1 1 ⋆ 3 1 1 1 1 1 1 1 0 3 15
A4 1 1 0 ⋆ 1 1 1 1 1 1 1 3 3 15
A5 1 1 1 1 ⋆ 1 1 1 1 1 3 0 3 15
A6 1 1 1 1 1 ⋆ 1 1 1 1 3 3 0 15
A7 1 1 1 1 1 1 ⋆ 1 1 1 3 3 0 15
A8 1 1 1 1 1 1 1 ⋆ 1 1 3 3 0 15
A9 1 1 1 1 1 1 1 1 ⋆ 1 3 3 0 15
A10 1 1 1 1 1 1 1 1 1 ⋆ 0 3 3 15
B 1 1 1 1 0 0 0 0 0 3 ⋆ 3 3 13
C1 3 0 3 0 3 0 0 0 0 0 0 ⋆ 3 12
C2 0 0 0 0 0 3 3 3 3 0 0 0 ⋆ 12
On voit donc que toutes les équipes A1 , A2 , · · · , A10 ont toutes 15 points au total, et 2 victoires.
L’équipe B a 13 points au total et 3 victoires. Finalement, les équipes C1 et C2 ont chacune 12
points au total et 4 victoires.
Exemple
Soient s, c et m le score, les réponses correctes, et les mauvaises réponses de Lisa respective-
ment. Alors :
Par conséquent, Lisa n’aurait pas laisser au moins cinq questions non traitées ; sinon, une réponse
correcte de plus et quatre autres fausses produiraient le même score. De même, Lisa n’aurait pas
pu répondre incorrectement à au moins quatre questions (clairement Lisa a répondu correcte-
ment à au moins une question pour avoir un score supérieur à 80, voire 30.)
Il s’ensuit que c + m ≥ 26 et m ≤ 3, donc c ≥ 23 et s = 30 + 4c − m ≥ 30 + 4 · 23 − 3 = 119. Donc Lisa
a obtenu au moins 119. Pour voir qu’aucun résultat autre que 23 réponses correctes et 3 réponses
fausses ne produit pas 119, notons que s = 119 =⇒ 4c −m = 89 donc m ≡ 3 (mod 4). Mais si m = 3,
alors c = 23, qui était le résultat donné ; autrement m ≥ 7 et c ≥ 24, mais cela implique au moins
31 questions, une contradiction. En conclusion, le score de Lisa est 119.
Ici, nous exigeons que les contributions des différents sous-ensembles Ai , Aj soient, dans un cer-
tain sens, « disjointes », afin que nous puissions les additionner. Ainsi, la quantité intermédiaire
Q doit être soigneusement choisie pour satisfaire cette exigence. Si les différents sous-ensembles
Ai , Aj ont des contributions en commun, alors la contribution commune doit être enlevée.
Exemple
Ai = {1 + i − 1, 2 + i − 1, 4 + i − 1, 5 + i − 1, 6 + i − 1, 11 + i − 1, 13 + i − 1} (i = 1, 2, · · · , 15),
avec tous les éléments pris modulo 15. On vérifie facilement que ces ensembles vérifient les condi-
tions de l’exercice. En conclusion, la valeur minimale de n est 15.
Exemple
Huit chanteurs assistent à un concert. Supposons que nous voulions organiser m spectacles
de telle sorte que quatre des huit chanteurs se produisent dans chaque spectacle, et que
deux quelconques des huit chanteurs apparaissent ensemble dans le même nombre de
spectacles. Trouver un arrangement pour lequel m est minimal. (Chine)
Notons d’abord qu’il y a m spectacles, et quatre des huit chanteurs se produisent dans chaque
spectacle ; cela équivaut à avoir m sous-ensembles de 4 éléments d’un ensemble de huit éléments.
De plus, la condition selon laquelle deux chanteurs quelconques apparaissent ensemble un cer-
tain nombre de fois (disons r) est équivalente à la condition selon laquelle chaque sous-ensemble
28 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM
à 2 éléments apparaît r fois dans ces sous-ensembles à 4 éléments. Ceci nous amène à considérer le
nombre total S d’apparitions des chanteurs. D’une part, il y a m spectacles et chacun d’eux engage
quatre chanteurs, donc S = 4m. D’autre part, supposons que chaque deux chanteurs apparaissent
ensemble r fois précisément, donc nous avons r 82 paires, ce qui contribue 2r 82 apparitions à S.
Cependant, chaque apparition d’un chanteur A est comptée trois fois (car il y a trois autres chan-
2r (8) 2r (8)
teurs qui apparaissent avec A), donc S = 32 , d’où 4m = S = 32 , ainsi 6m = r 82 , ce qui donne
3m = 14r. Par conséquent, 3 | r, r ≥ 3, par suite 3m = 14r ≥ 14 × 3 = 42, d’où m ≥ 14.
Pour m = 14, on a l’arrangement suivant :
Trois personnes A, B et C jouent au tennis de table. Lorsque deux d’entre eux jouent l’un
contre l’autre, la troisième personne sera l’arbitre ; après un match, le gagnant joue contre
l’arbitre et le perdant devient l’arbitre pour le match suivant. À un moment donné, nous
savons que A a joué a matchs et que B a joué b matchs. Déterminer le nombre minimum
de parties auxquelles C doit avoir joué.
Supposons que C a joué c matchs. Puisque chaque match engage deux joueurs, on sait que le
a+b+c
nombre total de matchs est . Par suite le nombre total de matchs où C est l’arbitre est :
2
a+b+c a+b−c
−c = .
2 2
Notons que si C est l’arbitre pour un match, il doit être l’un des joueurs pour le prochain match,
a+b−c
il ne peut donc pas être l’arbitre pour deux matchs consécutifs. Par conséquent ≤ c+1
2
(il ne peut être l’arbitre que pendant les (c + 1) « moments$» entre les c matchs
% $ auxquels
% il a joué),
a+b−2 a+b−2 2 a+b
donc c ≥ . Puisque c est un entier, alors on a : c ≥ + = .
3 3 3 3
$ %
a+b
⋄ Si a + b = 3k, c ≥ = k. On peut choisir a = 2k, b = k, et désigner tout match dans lequel A
3
joue contre B par (A, B, C) ; alors une possibilité où C joue exactement k matchs est :
(A, B, C), (A, C, B), (A, B, C), (A, C, B), · · · , (A, B, C), (A, C, B),
(A, B, C), (A, C, B), (A, B, C), (A, C, B), · · · , (A, B, C), (A, C, B), (B, C, A)
(A, B, C), (A, C, B), (A, B, C), (A, C, B), · · · , (A, B, C), (A, C, B), (A, B, C),
1.2. QUELQUES MÉTHODES ET TECHNIQUES EN COMBINATOIRE EXTRÊME 29
% $
a+b
avec 2k + 1 matchs au total, et c = k = .
3
En conclusion, la valeur minimale de c est donnée par :
$ % $ %
a+b a+b
cmin = si a + b ≡ 0, 2 (mod 3) et cmin = + 1 si a + b ≡ 1 (mod 3).
3 3
Exemple
On se propose de montrer que nmin = 41. Montrons, tout d’abord, que n = 41 vérifie les condi-
tions de l’exercice. Supposons, par l’absurde, qu’il existe 15 sous-ensembles de X tels que la
réunion de 7 d’entre eux contienne au moins 41 éléments et que l’intersection de 3 d’entre eux soit
vide. Nous savons que tout élément appartient à au plus deux sous-ensembles, en ajoutant des
éléments aux ensembles, nous pouvons supposer que chaque élément appartient à exactement
deux sous-ensembles.
j k D’après le principe des tiroirs, il existe un ensemble, disons A, contenant
au moins 56×215 +1 = 8 éléments, et notons les autres ensembles par A1 , A2 , · · · , A14 . Considérons 7
sous-ensembles n’incluant pas A, par hypothèse, nous savons que leur réunion contient au moins
41 éléments. Nous obtenons donc 41 17 7 éléments au total. D’autre part, pour tout élément a, si
a < A, alors précisément deux des ensembles A1 , A2 , · · · , A14 contiennent a, par suite a est compté
14 12
7 − 7 fois ci-dessus. Si a ∈ A, alors précisément un des ensembles A1 , A2 , · · · , A14 contient a,
13
par suite a est compté 14 7 − 7 fois ci-dessus. Par conséquent :
! " ! !# " ! !# " ! !# " ! !#
14 14 12 14 13 14 12 13 12
41 ≤ (56 − |A|) − + |A| − = 56 − − |A| −
7 7 7 7 7 7 7 7 7
" ! !# " ! !#
14 12 13 12
≤ 56 − −8 − ,
7 7 7 7
! ! !
12 13 14
par suite 48 +8 ≤ 15 , ce qui donne 3 × 48 + 4 × 13 ≤ 15 × 13, i.e., 196 ≤ 195, ce qui est
7 7 7
impossible. Donc, n = 41 vérifie les conditions de l’exercice.
On montre maintenant que n ≥ 41. On va utiliser aussi un raisonnement par l’absurde.
Si n ≤ 40, on peut supposer que X = {1, 2, · · · , 56}, et posons :
Il est clair que |Ai | = 8, |Ai ∩ Aj | = 0 (1 ≤ i < j ≤ 7) et |Bj | = 8, |Bi ∩ Bj | = 0 (1 ≤ i < j ≤ 8). D’après le
théorème des restes chinois on sait que |Ai ∩ Bj | = 1 (1 ≤ i ≤ 7, 1 ≤ j ≤ 8). Par suite, pour tout 3 des
15 ensembles, deux au moins d’entre eux doivent être Ai ou Bj , donc leur intersection est vide.
De plus, pour 7 des 15 sous-ensembles, supposons que t (0 ≤ t ≤ 7) d’entre eux sont Ai , et (7 − t)
d’entre eux sont Bj , alors d’après le principe d’inclusion-exclusion on sait que le cardinal de leur
réunion est égal à :
Donc, pour ces 51 ensembles, la réunion de 7 d’entre eux a au moins 40 (donc n) éléments, et
l’intersection de 3 d’entre eux est vide, ce qui est une contradiction. Par conséquent, la valeur
minimale de n est 41.
30 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM
Exemple
Dans une grande salle d’examens, 1650 étudiants sont répartis en 22 rangées et 75 co-
lonnes. On sait que pour deux colonnes quelconques, il y a au plus 11 paires d’étudiants
tels qu’ils sont respectivement dans ces deux colonnes, qu’ils sont dans la même ligne et
qu’ils ont le même sexe. Montrer que le nombre de garçons parmi ces 1650 étudiants ne
dépasse pas 921.
Supposons que le nombre d’étudiants de sexe masculin dans la i-ème rangée soit ai , alors le
nombre d’étudiantes est de 75 − ai . Par hypothèse, on sait que :
22 "
X ! !# !
ai 75 − ai 75
+ ≤ 11 × .
2 2 2
i=1
Donc on obtient :
22
X 22
X
a2i − 75ai ≤ −30525 d’où (2ai − 75)2 ≤ 1650.
i=1 i=1
22
X 191 + 1650
Par conséquent ai < < 921. Donc, le nombre de garçons ne dépasse pas 921.
2
i=1
Généralisation : Considérons un tableau 2m × n, où sur n’importe quelle paire de colonnes le
nombre de différences de genre des étudiants sur une même ligne est d’au moins m (m = 11 dans
notre exemple).P Notons par bi le nombre de garçons sur la ligne i, par gi = n − bi le nombre de
filles, par B = 2m
i=1 bi le nombre total de garçons , et par N le nombre total de ces différences de
genre dans le tableau. Alors :
2m P2m P2m
X i=1 bi bi B(2mn − B)
N = bi (n − bi ) ≤ 2m n − i=1 =
2m 2m 2m
i=1
par l’inégalité de Jensen, puisque la fonction ϕ(x) = x(n − x) est concave. D’autre part, en faisant
un double comptage sur toutes les paires de colonnes on a :
!
n mn(n − 1)
N ≥ m = .
2 2
√ √
Il s’ensuit que B2 − 2mnB + m2 n(n − 1) ≤ 0, c’est-à-dire : m n − n ≤ B ≤ m n + n .
Dans les conditions du problème, avec m = 11 et n = 75, on obtient : 730 ≤ B ≤ 920.
Exemple
Dans une compétition qui a duré k jours, il y a n participants. On sait que, chaque jour,
les scores des n participants forment une permutation de 1, 2, · · · , n. Si à la fin de la k -
ème journée, le score total de chaque participant est de 26, déterminer toutes les valeurs
possibles de (n, k).
À partir de l’hypothèse que le score total de chaque participant est 26, on peut calculer la
somme S des scores totaux des n participants après le k-ème jour. D’une part, les scores de chaque
1.3. COMBINATOIRE ET INÉGALITÉS 31
jour sont 1 + 2 + · · · + n, donc S = k(1 + 2 + · · · + n). D’autre part, puisque chaque participant a un
score total de 26, on sait que S = 26n, donc k(n + 1) = 52, par suite :
⋄ Si (n, k) = (51, 1), le score total de chaque participant est différent de chacun des autres, ce qui
est impossible.
⋄ Si (n, k) = (25, 2), l’ensemble des scores du i-ème participant peut être :
Ai = {i, 26 − i} (i = 1, 2, · · · , 25).
⋄ Si (n, k) = (12, 4), l’ensemble des scores du i-ème participant peut être :
Ai = {i, 13 − i, i, 13 − i} (i = 1, 2, · · · , 12).
En conclusion, les valeurs possibles de (n, k) sont (25, 2), (12, 4) et (3, 13).
Exemple
Parmi 25 personnes, 5 d’entre elles peuvent former un comité. On sait que deux comités
ont au plus un membre commun. Montrer qu’il peut y avoir au plus 30 comités. (Russie)
Interprétons la condition « deux comités ont au plus un membre commun » comme |Ai ∩ Bj | ≤ 1.
On peut interpréter Ai comme l’ensemble des membres du i-ème comité, et F = {A1 , A2 , · · · , Ak }.
Soit X l’ensemble des 25 personnes. Calculons le nombre total S de tous les groupes de deux
personnes. D’une part, |Ai | = 5, il y a donc 52 = 10 groupes de deux personnes de chaque Ai .
Par conséquent, puisque dans F il y a k ensembles, on a 10k groupes de deux personnes. Comme
|Ai ∩ Bj | ≤ 1, alors 10k groupes de deux personnes doivent être différents les uns des autres, donc
S ≥ 10k. D’autre part,! puisque!|X| = 25, on sait que le nombre total des groupes de deux personnes
25 25
dans X est S = , donc = S ≥ 10k, d’où k ≤ 30, ceci complète la preuve.
2 2
1
On place, au hasard, 9 carrés d’aire à l’intérieur d’une figure F d’aire 1. Montrer qu’il
5
1
existe au moins deux carrés dont leur intersection a une aire ≥ .
45
9
X
9
On note |Ai | l’aire du carré Ai , avec i ∈ J1, 9K. Comme |Ai | =
> 1, alors il existe deux carrés
5
i=1
1
dont l’intersection est non vide. Si, pour tout 1 ≤ i < j ≤ 9, |Ai ∩ Aj | < , alors l’aire de la partie
45
recouverte par A1 , A2 , · · · , A9 est égale à :
9
X X !
1 9 1
|A1 ∪ A2 ∪ · · · ∪ A9 | ≥ |Ai | − |Ai ∩ Aj | > 9 × − × = 1.
5 2 45
i=1 1≤i<j≤9
32 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM
Dans une ville à n habitants, on appelle paire amie (respectivement ennemie) si les deux
membres formant la paire sont des amis (respectivement des ennemis). On suppose qu’il y
a m paires amies dans la ville, et que pour chaque trois personnes quelconques, au moins
une paire est ennemie. Montrer qu’il existe au moins un habitant de la
ville tel que le
4m
nombre de paires amies dans l’ensemble de ses ennemis est ≤ m 1 − 2 . (États-Unis)
n
Soient a1 , a2 , · · · , an l’ensemble des habitants de la ville, et S l’ensemble des paires amies. Soit,
pour i ∈ J1, nK, di le nombre d’amis de ai . Alors
n
X
di = 2 |S| = 2m.
i=1
On construit une matrice n × n telle que le nombre à la i-ème ligne et la j-ème colonne est donné
par :
1 si i , j et (ai , aj ) est une paire amie,
xij =
0 si i = j ou i , j et (ai , aj ) est une paire ennemie,
avec i, j = 1, 2, · · · , n. D’où
n
X n
X
di = xij = xji (i = 1, 2, · · · , n),
j=1 j=1
n
X
et xij dj exprime le nombre de paires amies telles que parmi elles il existe un habitant qui
j=1
est ai ou un ami de ai (puisque pour chaque triplet il y a au moins une paire ennemie). Donc,
Xn
|S|− xij dj est le nombre de paires amies parmi les ennemis de ai . D’après l’inégalité de Cauchy-
j=1
Schwarz on a :
n P 2
X n
n X n X
X n
X n
j=1 dj 4m2
xij dj = x d = d 2
≥ P = .
ij
j j n 2
i=1 j=1 j=1 i=1 j=1 1
j=1
n
D’où
n n
1 XX 4m2
xij dj ≥ .
n n2
i=1 j=1
D’après le principe de la valeur moyenne (voir chapitre « principe des tiroirs »), on sait qu’il existe
n
X 4m2
i0 ∈ J1, nK, tel que xi0 j dj ≥ 2 , i.e.
n
j=1
n
X
4m2 4m
|S| − xi 0 j d j ≤ m − = m 1 − .
n2 n2
j=1
4m
En conclusion, le nombre de paires amies, dans l’ensemble de ses ennemis, est ≤ m 1 − 2 .
n
1.3. COMBINATOIRE ET INÉGALITÉS 33
Exemple
Soient S un ensemble de 2022 éléments, et N ∈ J0, 22022 K un entier naturel. Montrer qu’il
est possible de colorier chaque sous-ensemble de S soit en vert ou bien en rouge de sorte
que :
1 la réunion de deux sous-ensembles rouges est rouge ;
2 la réunion de deux sous-ensembles verts est verte ;
3 il y a exactement N sous-ensembles rouges.
On résoud le problème dans le cas général : n au lieu de 2022, et pour tout entier Nn avec
0 ≤ Nn ≤ 2n . On utilise la récurrence sur n ∈ N∗ .
Le cas n = 1 est trivial. Supposons qu’on peut colorier les sous-ensembles de Sn = {1, · · · , n} de la
manière souhaitée, pour tout entier Nn avec 0 ≤ Nn ≤ 2n . On montre qu’il est possible aussi de le
faire pour Sn+1 = {1, 2, · · · , n + 1} et l’entier Nn+1 avec 0 ≤ Nn+1 ≤ 2n+1 . On distingue deux cas selon
que 0 ≤ Nn+1 ≤ 2n ou 2n + 1 ≤ Nn+1 ≤ 2n+1 .
⋄ Cas 1 : 0 ≤ Nn+1 ≤ 2n : en appliquant l’hypothèse de récurrence à Sn et Nn = Nn+1 , on obtient
une coloration de tous les sous-ensembles de Sn en vérifiant les conditions (1)-(3). Tous les sous-
ensembles non coloriés de Sn+1 contiennent l’élément n + 1, on les colorie tous en vert. Il n’est pas
difficile de voir que ce coloriage de tous les sous-ensembles de Sn+1 vérifie les conditions (1)-(3).
⋄ Cas 2 : 2n +1 ≤ Nn+1 ≤ 2n+1 : sans perte de généralité, soit Nn+1 = 2n +k (k = 1, 2, · · · , 2n ). D’après le
1er cas, on sait qu’il existe un coloriage des sous-ensembles de Sn vérifiant les conditions (1) et (2)
et ayant k sous-ensembles rouges. Tous les 2n sous-ensembles de Sn+1 non coloriés contiennent
l’élément n + 1, on les colorie tous en rouge. Alors, les conditions (1) et (2) sont vérifiées et le
nombre de sous-ensembles rouges est égal à 2n + k = Nn+1 , i.e., la condition (3) est vérifiée aussi.
Exemple
n n!
où |Ai | est le nombre d’éléments de Ai (1 ≤ i ≤ m), et |Ai | = . (Chine)
|Ai |! (n − |Ai |)!
Le nombre de permutations d’un ensemble à n éléments est égal à n!. Pour chaque sous-ensemble
Ai , on construit toutes les permutations des n éléments de A comme suit :
où x1 x2 · · · x|Ai | est une permutation des éléments de Ai , et y1 y2 · · · yn−|Ai | est une permutation de
Ai (le complémentaire de Ai dans A). Donc, le nombre de permutations de la forme (b) est égal à
|Ai |! (n − |Ai |)!. Ensuite, on montre que si i , j, alors toutes les permutations correspondants à Ai
et Aj sont différentes. En effet, supposons qu’une permutation correpondant à Aj est
Supposons que, lorsque i , j, (b) et (c) sont les mêmes, alors x1 = x1′ , x2 = x2′ , · · · , x|Ai | = x|A ′
, i.e.,
i|
′ ′ ′
Ai ⊂ Aj si |Ai | ≤ |Aj | ou x1 = x1 , x2 = x2 , · · · , x|Aj | = x|A | , i.e., Aj ⊂ Ai si |Aj | < |Ai |. Contradiction.
j
Donc, on a
Xm Xm
1
|Ai |! (n − |Ai |)! ≤ n! c’est-à-dire n ≤ 1.
i=1 i=1 |Ai |
Pour montrer l’inégalité (2), il suffit d’appliquer les inégalités (1) et celle de Cauchy-Schwarz :
m ! m ! m
X n X n X 1
≥ ≥ m2 .
n
|Ai | |Ai | |A |
i=1 i=1 i=1 i
Démonstration
D’après l’inégalité (1) de l’exemple précédent on sait que
m
X 1
n ≤ 1.
i=1 |Ai |
( ! ! !) !
n n n n
Comme le maximum de , ,··· , est , alors
1 2 n ⌊n/2⌋
m
X
m 1
n ≤ n ≤ 1,
⌊n/2⌋ i=1 |Ai |
n n
i.e. m ≤ ⌊n/2⌋ . D’autre part, le nombre de sous-ensembles de A à ⌊n/2⌋ éléments est égal à ⌊n/2⌋ , et
chacun de ces sous-ensembles n’est sous-ensemble d’un autre. Ainsi, on a montré que le maximum de
n
m est égal à ⌊n/2⌋ .
Exemple
k b−1
≥ .
a 2b
(OIM, 1998)
Bj , alors :
!
b
M ≤ k . (1)
2
D’autre part, pour chaque participant Am , on suppose qu’il y a x examinateurs qui lui ont attribué
la mention « réussi » et y examinateurs qui lui ont attribué la mention « échoué », alors xh+ y = b et
i
il y a x2 + y2 triplets contenants Am , et il y a a façons de choisir Am , et finalement M = a x2 + y2 .
Comme
! !
x y x(x − 1) y(y − 1) (x + y)2 + (x − y)2 − 2(x + y)
+ = + =
2 2 2 2 4
b 2 − 2b + (x − y)2 b 2 − 2b (b − 1)2 − 1
= ≥ = ,
4 4 4
et b ≥ 3 est impair :
! ! !2
x y (b − 1)2 b−1
+ ≥ = .
2 2 4 2
Il s’ensuit que
" ! !# !2
x y b−1
M = a + ≥ a . (2)
2 2 2
Des relations (1) et (2), on obtient :
!2
b−1 b(b − 1) k b−1
a ≤ k· c’est-à-dire ≥ .
2 2 a 2b
Exemple
Soit k = min{|Ai |, |Bj | : 1 ≤ i, j ≤ n}, et sans perte de généralité on pose |A1 | = k. Comme
B1 , B2 , · · · , Bn sont disjoints alors il y a au plus k sous-ensembles Bj tels que A1 ∩ Bj , ∅, et il
y a au moins n − k sous-ensembles Bj tels que A1 ∩ Bj = ∅. Supposons que, parmi B1 , B2 , . . . , Bn , il
y a m sous-ensembles qui ne sont pas disjoints avec A1 , alors m ≤ k. Par hypothèse |Bj ∩ A1 | ≥ n,
et par définition de k on a :
n
[
|M| = Bj ≥ mk + (n − m) (n − |A1 |)
j=1
⋄ Si n ≥ 2k, alors :
2
n2 n n2
|M| ≥ n(n − k) − k(n − 2k) = +2 −k ≥ .
2 2 2
⋄ Si n < 2k, alors :
n
[ n
X n2
|M| = Ai = |Ai | ≥ nk > .
2
i=1 i=1
36 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM
Exemple
On suppose qu’il y a n points dans l’espace tels que 4 quelconques ne sont pas coplanaires.
On suppose qu’il y a !m segments reliant ces n points. Montrer que ces segments forment
4m n2
au moins m− triangles.
3n 4
On note A1 , A2 , · · · , An les n points en question. Si deux points sont reliés par un des m seg-
ments alors on le colorie en rouge, et sinon on le colorie en bleu. On a donc un graphe complet
bicolore (voir chapitre « théorie des graphes ! ») avec m côtés rouges et le problème est équivalent à
4m n2
montrer qu’il existe au moins m− triangles rouges (i.e. triangles avec trois côtés rouges).
3n 4
Supposons qu’il y a di segments rouges rencontrant Ai , et (n − 1 − di ) segments bleus rencontrant
n
X
Ai (i = 1, 2, · · · , n), alors di = 2m. Supposons qu’il y a α triangles rouges, β triangles avec deux
i=1
côtés rouges et le troisième bleu, et enfin γ triangles avec un côté rouge et les deux autres bleus.
On appelle angle rouge (respectivement multicolore) un angle formé par deux segments rouges
(respectivement un segment rouge et un segment bleu). Le nombre d’angles rouges est égal à :
n
X !
di
3α + β = , (1)
2
i=1
Exemple
Soit Xn = {1, 2, 3, · · · , n2 − n}. Montrer que Xn peut être partitionné en deux sous-ensembles
non vides et disjoints Sn et Tn tels que chacun d’eux ne contient pas n éléments a1 < a2 <
· · · < an vérifiant :
a + ak+1
ak ≤ k−1 , k = 2, 3, · · · , n − 1.
2
(Chine)
1.4. MAXIMUM ET MINIMUM EN COMBINATOIRE 37
un raisonnement par l’absurde. Supposons que Sk+1 = Sk ∪ Ak contient k + 1 éléments a1 < a2 <
· · · < ak+1 tels que :
ai − ai−1 ≤ ai+1 − ai , i ∈ J2, kK.
Alors, ak , ak+1 ∈ Ak , car sinon a1 , a2 , · · · , ak ∈ Sk (a1 < a2 < · · · < ak ) et ai − ai−1 ≤ ai+1 − ai (i =
2, 3, · · · , k), ce qui constitue une contradiction. Comme |Ak | = k, alors au moins un terme parmi
a1 , a2 , · · · , ak−1 appartient à Sk , et supposons que ai−1 ∈ Sk est le plus grand (2 ≤ i ≤ k), donc
ai , ai+1 ∈ Ak et ai+1 − ai ≤ |Ak | − 1 = k − 1, ai − ai−1 ≥ |Bk−1 | + 1 = k, i.e., ai − ai−1 ≥ k > ai+1 − ai , ce
qui donne une contradiction. D’où, Sk+1 ne contient pas k + 1 éléments a1 , a2 , · · · , ak+1 vérifiant les
hypothèses de l’exercice. Pour la même raison, on sait que Tk+1 ne contient pas k + 1 éléments
a1 , a2 , · · · , ak+1 vérifiant les conditions de l’exercice. La preuve par récurrence est ainsi terminée.
Par hypothèse si x ∈ A alors 15x < A, donc si 15x > 1995, i.e., x > 133, alors 15x < A, par suite
on sait que {134, 135, · · · , 1995} ⊂ A. Maintenant, si x ∈ A et 15x < A, alors 15x < 134, i.e., x < 9.
D’où {1, 2, · · · , 8} ⊂ A. Ainsi, l’ensemble A = J1, 8K ∪ J134, 1995K vérifie les conditions de l’exercice
et on a : |A| = 1995 − (133 − 8) = 1870.
D’autre part, soit A un sous-ensemble quelconque de M vérifiant les conditions de l’exercice.
Comme pour tout x ∈ {9, 10, 11, . . . , 133} il existe au plus un terme, x ou 15x, appartenant à A,
alors |A| ≤ 1995 − (133 − 8) = 1870. En conclusion, le maximum recherché est 1870.
Exemple
Dans la figure ci-dessous, avec (m, n) = (4, 2), on voit facilement que la valeur minimale de la
somme des longueurs des côtés de ces carrés est égale à : 1 + 1 + 1 + 1 = 4 = 4 + 2 − pgcd(4, 2).
b b b b b
b b b b b
b b b b b
On se propose de montrer, plus généralement, que la valeur recherchée est m + n − pgcd(m, n).
On suppose, sans perte de généralité, que m ≥ n. On divise, tout d’abord, le rectangle m × n en
38 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM
carrés de taille n × n et un rectangle de taille n × r1 (avec 0 < r1 < n). Ensuite, on divise le rectangle
n × r1 en des carrés de taille r1 × r1 et un rectangle de taille r1 × r2 (avec 0 < r2 < r1 ). On continue
ce procédé jusqu’à ce que le rectange soit divisé en carrés uniquement (on arrive à un reste égal à
0). Ce procédé est équivalent en fait à la division euclidienne de m par n. On sait qu’il existe des
entiers strictement positifs q1 , q2 , · · · , qk+1 et des entiers r1 , r2 , · · · , rk tels que :
m = q 1 n + r1 (0 < r1 < n)
n = q 2 r1 + r2 (0 < r2 < r1 )
r1 = q 3 r2 + r3 (0 < r3 < r2 )
······
rk−2 = qk rk−1 + rk (0 < rk < rk−1 )
rk−1 = qk+1 rk .
q1 n + q2 r1 + q3 r2 + · · · + qk+1 rk = (m − r1 ) + (n − r2 ) + (r1 − r3 ) + · · · +
+ (rk−2 − rk ) + rk−1 = m + n − rk = m + n − pgcd(m, n).
Donc, si f (m, n) désigne la valeur minimale recherchée, on a : f (m, n) ≤ m + n − pgcd(m, n). Mon-
trons, à présent, par récurrence que pour toute partition du rectangle en carrés, la somme bm,n
des longueurs des côtés des carrés est ≥ m + n − pgcd(m, n). On suppose toujours, et sans perte de
généralité, que m ≥ n. Si m = 1, alors n = 1, et dans ce cas, il y a un seul carré, donc la somme
recherchée est égale à 1 = m + n − pgcd(m, n). Clairement, on a : b1,1 ≥ 1 = m + n − pgcd(m, n). Sup-
posons que lorsque m ≤ k, pour tout 1 ≤ n ≤ m on a : bm,n ≥ m +n −pgcd(m, n). Lorsque m = k +1, si
n = k + 1, on a clairement bm,n ≥ k + 1 = m + n − pgcd(m, n). Si 1 ≤ n ≤ k, supposons que le rectangle
m × n est divisé en p carrés de côtés a1 , a2 , · · · , ap (a1 ≥ a2 ≥ · · · ≥ ap ) respectivement. Il est évident
que a1 ≤ n.
(1) Si a1 < n : on suppose que le rectangle s’appelle ABCD et que AB = CD = m, BC = AD = n. Si
(l) est la droite située entre (AD) et (BC) et parallèle à (AD), alors elle passe par au moins deux
carrés (ou (l) coïncide avec un côté de ces carrés). D’où :
a1 + a2 + · · · + ap ≥ AB + CD = 2m ≥ m + n ≥ m + n − pgcd(m, n).
Soit A un ensemble formé de 200 entiers strictement positifs. Si trois éléments distincts et
quelconques dans A sont les longueurs des côtés d’un triangle non obtus, alors on dit que
le triangle est déterminé par l’ensemble A. On note S(A) la somme des périmètres de tous
les triangles ainsi formés par les éléments de l’ensemble A. Quel est le minimum de S(A) ?
1.4. MAXIMUM ET MINIMUM EN COMBINATOIRE 39
Soit A = {a1 , a2 , · · · , a200 } avec a1 < a2 < · · · < a200 . On sait que ai , aj , ak (1 ≤ i < j < k ≤ 200) sont
les longueurs des côtés d’un triangle non obtus si, et seulement si, a2i + a2j ≥ a2k , c’est équivalent à
a21 + a22 ≥ a2200 . D’où
a21 ≥ a2200 − a22 ≥ (a2 + 198)2 − a22 = 396 a2 + 1982 ≥ 396(a1 + 1) + 1982
Quel est le plus grand n ∈ N∗ tel qu’il existe n nombres réels différents x1 , x2 , · · · , xn véri-
fiant : 2 99
∀ 1 ≤ i < j ≤ n, 1 + xi xj ≤ 1 + xi2 1 + xj2 .
100
n−1
Lorsque θn − θ1 ≤ π, avec θn − θ1 = (θn − θn−1 ) + (θn−1 − θn−2 ) + · · · + (θ2 − θ1 ), on obtient
n
π π
l’existence d’un i ∈ J1, n −1K tel que 0 < θi+1 −θi ≤ . Ce qui implique que tan2 (θi+1 − θi ) ≤ tan .
n n
π
D’après ce qui précède, on sait qu’il existe 1 ≤ i < j ≤ n tels que tan2 θj − θi ≤ tan2 , c’est-à-
n
dire :
!2
π xj − xi π π 2
π 2
cos2 ≤ sin2 ⇐⇒ sin2 1 + xj xi ≥ cos2 xj − xi .
n 1 + xj xi n n n
π 2
En ajoutant le terme cos2 1 + xj xi aux deux membres, on déduit que :
n
2 2
π 2 π
1 + xj xi ≥ cos2 xj − xi + 1 + xj xi = cos2 1 + xi2 1 + xj2 ,
n n
et lorsque n ≥ 32 :
2 2
π π π 1 99
cos2 = 1 − sin2 ≥ 1− > 1− = .
n n n 10 100
Donc si n ≥ 32, alors pour n réels distincts x1 , x2 , · · · , xn , il existe deux nombres réels xi , xj véri-
fiant :
2 99
1 + xi xj > 1 + xi2 1 + xj2 .
100
Étudions maintenant le cas n = 31. Considérons 31 réels xi = tan(iθ) (i = 1, 2, . . . , 31), où θ =
1
arctan √ , alors
99
√
1 99 10 π π
tan θ = √ = < < =⇒ 0<θ< .
99 99 99 31 31
30π π
Donc, lorsque 1 ≤ i < j ≤ 31, on a : θ ≤ (j − i)θ ≤ 30θ < = π− < π − θ. D’où, pour
31 31
1 ≤ i < j ≤ 31, on obtient
!2
xj − xi 1 99
tan2 (j − i)θ ≥ tan2 θ ⇐⇒ ≥ ⇐⇒ (1 + xi xj )2 ≤ (1 + xi2 )(1 + xj2 ).
1 + xj xi 99 100
On construit une matrice de taille 10 × k telle que le nombre à la i-ème ligne et j-ème colonne
est donné par
1 si i ∈ Aj
xij =
avec i ∈ J1, 10K, j ∈ J1, kK.
0 si i < Aj
1.5. EXERCICES 41
k
X 10
X
Soient ri = xij , lj = xij , alors ri indique que i appartient à ri ensembles parmi A1 , A2 , · · · , Ak ,
j=1 i=1
et lj est égal au nombre d’éléments de Aj , i.e. lj = |Aj |. Par la condition (1), on sait que
10
X 10 X
X k X 10
k X k
X
ri = xij = xij = |Aj | ≥ 5k. (∗)
i=1 i=1 j=1 j=1 i=1 j=1
Si i ∈ At ∩Aj (t , j) on dira que i, At , Aj forme un triplet, et on note par S le nombre de ces triplets.
Maintenant, comme i appartient à ri ensembles parmi A1 , A2 , . . . , Ak , il y a r2i triplets (i, At , Aj )
contenant i (avec la convention 01 = 12 = 0. D’où
10 ! 10 10
X ri 1 X 2 X
S = = ri − ri . (∗∗)
2 2
i=1 i=1 i=1
D’autre part, pour deux ensembles quelconques At , Aj (t , j), il y a |At ∩ Aj | éléments appartenant
X
à At ∩Aj , donc il y a |At ∩Aj | triplets (i, At , Aj ) contenant At , Aj , ce qui implique que S = |At ∩
1≤t<j≤k
Aj |. Avec la condition (2) on obtient :
X !
k
S = |At ∩ Aj | ≤ 2 = k(k − 1). (∗ ∗ ∗)
2
1≤t<j≤k
1.5 Exercices
1.5.1 Niveau débutant
Exercice 1 K
Un ensemble S d’individus vérifie la propriété suivante : chaque paire d’individus qui ont
le même nombre d’amis dans S n’ont aucun ami commun dans S. Montrer qu’il y a un
individu qui a exactement un ami dans S.
Solution. Considérons une personne qui a un nombre maximum n d’amis. Alors tous ses amis
ont un nombre différent d’amis, strictement positif, et inférieur ou égal à n. Il y a n amis et n
possibilités, donc l’un des n a exactement un ami.
42 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM
Exercice 2 K
Dans un tournoi sportif chaque participant affronte tous les autres participants exacte-
ment une seule fois. Il n’y a pas de partie nulle. Après la fin du tournoi, chaque joueur fait
la liste des joueurs
(a) qu’il a battu ;
(b) qui ont été battus par des joueurs qu’il a battus.
Montrer que la liste d’au moins un joueur contient le nom de tous les autres joueurs.
Solution. Notons A un participant ayant gagné le plus grand nombre de parties. Si A n’avait
pas la propriété recherchée, il existerait un autre joueur, B, qui aurait gagné contre A et contre
tous ceux qui ont été battus par A. Donc B aurait gagné plus de parties que A. Ceci contredit
la définition de A.
Exercice 3 K
On a placé n voitures identiques sur une piste circulaire. Elles ont juste assez d’essence
à elles toutes pour faire un tour complet. Montrer qu’une voiture peut réaliser ce tour
complet en prenant l’essence des voitures qu’elle rencontre.
Solution. Plaçons une voiture suplémentaire sur le circuit avec un réservoir suffisamment
plein. Elle achète à chaque voiture l’ensemble de son fuel. À un certain point A, son niveau est
le plus bas de tout le circuit. À ce point se trouve nécessairement une voiture. Cette voiture
peut faire le tour complet.
Exercice 4 K
Considérons n ≥ 3 points dans le plan non tous alignés. Montrer qu’il existe un cercle
passant par trois de ces points dont l’intérieur ne contient aucun autre point.
Solution. Considérons une paire de points réalisant la plus petite distance mutuelle. Il n’y a
aucun autre point dans le cercle de diamètre [AB]. Soit C le point parmi les points restant
qui réalise l’angle ACB le plus grand. Alors il n’y a aucun point de l’ensemble strictement à
l’intérieur du cercle circonscrit à ABC. Mais tous les autres points peuvent être sur le cercle.
Exercice 5 K
On choisit huit points sur un disque de rayon 1. Montrer qu’il y en a deux à distance
strictement inférieure à 1.
Solution. Au moins sept points parmi les huit sont distincts du centre O du disque. Alors le
360◦
plus petit angle A\
i OAj est au plus < 60◦ . Si A et B correspondent à un plus petit angle,
7
on a AB > 1, puisque AO ≤ 1, BO ≤ 1 et AOB[ ne peut pas être le plus grand des angles du
triangle AOB.
Exercice 6 K
On considère n points du plan. On marque les milieux de tous les segments ayant ces n
points comme extrémités. Montrer qu’il y a au moins (2n − 3) points marqués distincts.
Solution. Soient A et B deux des n points réalisant la distance maximale entre les points. Les
milieux des segments reliant A (resp. B) avec tous les autres points sont distincts et se trouvent
1.5. EXERCICES 43
AB
dans le disque de centre A (resp. B) et de rayon . On a donc deux cercles qui ont exactement
2
un point en commun. Il y a donc au moins 2(n − 1) − 1 = 2n − 3 milieux distincts. Cette valeur
peut d’ailleurs être atteinte en considérant les points du plan :
Exercice 1 KK
Soit M = {1, 2, · · · , 40}. Déterminer le plus petit entier n ∈ N∗ pour lequel il est possible de
partitionner M en n sous-ensembles disjoints de sorte que chaque fois que a, b et c (pas
nécessairement distincts) sont dans le même sous-ensemble, alors a , b + c. (Biélorussie)
A = {5, 6, 7, 8, 9, 32, 33, 34, 35, 36}, B = {14, 15, 16, · · · , 25, 26, 27},
C = {2, 3, 11, 12, 29, 30, 38, 39}, D = {1, 4, 10, 13, 28, 31, 37, 40}.
Exercice 2 KK
Montrer que n’importe quel polygone de surface 1 est inclus dans un rectangle de surface
inférieure ou égale à 2.
Solution. Soit [AB] un plus long segment, diagonale ou côté du polygone. On trace les perpen-
diculaires a et b à AB passant par A et B, alors le polygone est complètement inclus dans le
domaine convexe borné par les droites a et b. En effet, soit X un segment du polygone. On a
alors, par définition de [AB], AX ≤ AB et XB ≤ AB. Enfermons alors le polygone dans le plus
petit rectangle KLMN où KL et MN ont les points communs C et D avec le polygone. Alors :
Comme le quadrilatère est inclus dans le polygone (celui-ci est convexe) et que celui-ci a pour
surface 1, la surface de KLMN est inférieure ou égale à 2.
44 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM
Exercice 3 KK
Considérons 2n + 3 points du plan tels que trois d’entre eux ne soient jamais alignés et
quatre d’entre eux jamais cocycliques. Montrer que l’on peut trouver un cercle passant par
trois des points de sorte qu’il y ait exactement n autres points à l’intérieur du cercle et n
autres points à l’extérieur.
Solution. Considérons deux points A et B tels que les points restants soient du même côté
de la droite AB. Ordonnons alors les points restants sous la forme X1 , X2 , · · · , X2n+1 de sorte
\
que AX \
i B > AXi+1 B pour tout i dans l’intervalle J1, 2nK. Alors le cercle passant par A, Xn+1 , B
contient exactement les points X1 , X2 , · · · , Xn . De plus, aucun point ne se trouve sur le cercle,
sinon on aurait quatre points cocycliques, ce qui est interdit par hypothèse.
Exercice 4 KK
Solution. Supposons qu’il existe 15 entiers positifs n1 , n2 , · · · , n15 vérifiant les conditions de
l’énoncé et tous composés. Notons alors pi le plus petit diviseur premier de ni et p le plus
grand des pi . Comme tous les n1 , n2 , · · · , n15 sont premiers entre eux deux à deux, les nombres
p1 , p2 , · · · , p15 sont tous différents. Donc p ≥ 47 (47 étant le quinzième nombre premier). Alors,
l’entier n correspondant à p vérifie :
On aboutit à une contradiction. Donc l’un au moins des 15 entiers est un nombre premier.
Exercice 5 KK
On place m jetons (m > n) sur les sommets d’un n-gone convexe. À chaque étape, deux je-
tons se trouvant sur un même sommet sont déplacés sur un voisin différent de ce sommet.
Montrer que si l’on retrouve la distribution initiale après un certain nombre de mouve-
ments, ce nombre de mouvements est un multiple de n.
Solution. Numérotons les sommets du n-gone dans le sens des aiguilles d’une montre. No-
tons ai le nombre de mouvements effectués à partir du sommet i. D’après les contraintes du
problème on a :
a2 + an a1 + a3 an−1 + a1
a1 = , a2 = , ··· , an = .
2 2 2
a + an
On peut supposer que a1 est supérieur ou égal à a2 , · · · , an . Alors a1 = 2 implique que
2
a1 + a3
a2 = an = a1 . De même, a2 = implique que a1 = a2 = a3 , et ainsi de suite. On trouve
2
donc finalement que a1 = a2 = · · · = an , et que le nombre total de mouvements est donc na1 .
Exercice 6 KK
Existe-t-il un tétraèdre dont chaque arête est un côté d’un angle obtu d’une face contenant
cette arête ?
1.5. EXERCICES 45
Solution. Soit AB une arête de longueur maximum du tétraèdre et ABC une face du tétraèdre.
Alors l’angle en C est au moins aussi grand que les angles en A et B. Donc les angles en A et B
sont aigus. Comme ceci vaut aussi pour l’autre face contenant AB, cette arête n’est pas le côté
d’un angle obtus d’une face du tétraèdre.
Exercice 1 KKK
Considérons un solide dont toutes les sections planes sont des cercles. Montrer que c’est
une sphère. (On suppose que le solide est fermé et borné)
Solution. Puisque le solide est fermé et borné alors il existe une plus grande corde (théorème
de Weierstrass). Considérons alors la plus grande corde du solide. Toute section par un plan
contenant cette corde est un cercle dont le diamètre est celui de la corde. En effet, si tel n’était
pas le cas, le cercle et le solide auraient une corde plus longue. Donc, le solide est une sphère
et un de ses diamètres est la corde.
Exercice 2 KKK
(2n + 1) personnes sont placées sur le plan de sorte que leurs distances mutuelles soient
toutes différentes. Chacune tire alors sur son plus proche voisin. Montrer que :
1 au moins une personne survit ;
2 personne n’est touchée par plus de cinq autres ;
3 les chemins pris par les balles ne se croisent pas ;
4 l’ensemble des segments formés par les balles ne contient pas de polygone fermé.
Solution.
1. Puisque toutes les distances mutuelles sont différentes alors il existe deux personnes A
et B réalisant la plus petite distance. Ces deux personnes se tireront dessus l’une l’autre. Si
quelqu’un d’autre tire sur A ou sur B, une personne au moins survivra puisqu’on a dépensé
trois balles sur les deux personnes A et B. Sinon, on peut oublier A et B. On est alors ramené
au même problème avec (2n − 1) personnes. En itérant le même argument, on trouve soit une
paire de personnes sur laquelle on tire trois balles au moins, soit on arrive à n = 1, autrement
dit trois personnes, cas pour lequel le résultat est trivial.
2. Supposons que A, B, C, D, . . . tirent sur P (figure de gauche).
Comme A tire sur P et pas sur B, on a AP < AB. Comme B tire sur P et pas sur A, on a BP < AB.
Donc AB est le plus grand côté du triangle ABP. Comme l’angle le plus grand est opposé au
côté le plus grand, on en déduit que P bP
b > A, b> B
b ou 2P b B,
b > A+ b ou encore 3P b B+
b > A+ b P b = 180◦ ,
ce qui montre que P b > 60 . Donc l’angle entre deux balles se rencontrant en P est strictement
◦
supérieur à 60◦ . Comme 6 × 60◦ = 360◦ , alors au plus cinq balles peuvent se rencontrer en P.
3. Supposons que deux trajets de balles se croisent, A tirant sur B et C tirant sur D (figure
du milieu). Alors AB < AD et CD < CB impliquent que AB + CD < AD + CB. D’un autre
côté, d’après l’inégalité triangulaire, on a AS + SD > AD et BS + SC > BC impliquent que
AB + CD > AD + BC. On obtient ainsi une contradiction.
46 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM
4. Supposons qu’un tel polygone fermé ABCDE · · · MN existe(figure de droite), alors, quitte
à échanger B et N , on peut supposer que AN < AB. Par suite, AB < BC, BC < CD, CD <
DE, · · · , MN < N A, autrement dit, AB < N A. On obtient alors une contradiction.
Exercice 3 KKK
On place des tours sur un échiquier n × n de sorte que, si la case (i, j) est libre, il y a au
moins n tours en tout sur la i-ème ligne et la j-ème colonne. Montrer qu’il y a au moins
n2
tours sur l’échiquier.
2
Solution. Choisissons parmi les 2n lignes et colonnes celle qui a le plus petit nombre k de tours.
On peut supposer par exemple que c’est une ligne.
n n n2
⋄ Si k ≥ , les autres lignes comportent aussi au moins tours et il y a donc au moins tours
2 2 2
sur l’échiquier.
n
⋄ Si k < , il y a alors n − k cases vides sur cette ligne, donc au total, au moins (n − k)2 tours
2
dans les colonnes correspondants à ces cases vides. Les k colonnes restantes ont au moins k
tours. Il y a donc au moins (n − k)2 + k 2 tours sur l’échiquier. Montrons que cette quantité est
n2
plus grande ou égale à . On a :
2
2 2
n (n − 2k) n2 /2
si n est pair,
(n − k)2 + k 2 = + ≥
2
2 2 (n + 1)/2 si n est impair.
Existence : Si n est pair, on occupe les cases noires avec n2 /2 tours. Si n est impair, il y a (n2 +1)/2
cases de même couleur, qui est d’ailleurs celle des quatre coins. On occupe ces cases avec des
tours.
Exercice 4 KKK
Considérons un chemin dans le plan qui respecte les règles suivantes. À partir d’un point
P(x, y) on peut se déplacer en un mouvement vers l’un des quatre points suivants :
avec la restriction que l’on√ne peut pas revenir immédiatement sur ses pas. Montrer que si
l’on démarre du point (1, 2), on n’y reviendra jamais. (Hongrie)
Solution. Il est facile de vérifier que, si P n’est pas sur une des droites x = 0, y = 0, y = x
et y = −x, alors exactement un des quatre points obtenus à partir de P nous rapproche de
l’origine O, alors que les trois autres √ nous en éloignent. Puisque le rapport des coordonnées
de P n’est pas rationnel au départ ( 2 < Q), il ne le sera jamais, et on ne sera jamais sur une
des droites précédemment citées. Supposons, par l’absurde, qu’après une succession d’étapes
P0 P1 · · · Pn = P0 , on se retrouve au point de départ. Soit Pi le point de cet ensemble le plus
éloigné de l’origine O. On a alors :
et, par suite, le seul mouvement possible à partir de Pi est de revenir sur ses pas en Pi−1 . Or,
par hypothèse, ce mouvement est interdit.
En conclusion, on ne reviendra jamais au point de départ.
1.5. EXERCICES 47
Exercice 5 KKK
Chaque élève d’une classe de 30 a autant d’amis parmi ses camarades de classe, on désigne
par k le nombre d’amis de chaque élève. On dit qu’un élève est bon s’il est meilleur que la
majorité de ses k amis. Soit x le nombre de bons élèves. Quelle est la plus grande valeur
possible de x ?
Solution. Le meilleur$élève
% de la classe est le meilleur de k paires, et chaque bon élève est le
k k +1
meilleur d’au moins +1 ≥ paires. Ainsi, les bons élèves sont les meilleurs éléments
2 2
(x − 1)(k + 1)
d’au moins k + paires. Ce nombre ne peut pas dépasser le nombre total de paires
2
d’amis dans la classe, qui est de 15k. Donc :
(x − 1)(k + 1) 28k
k+ ≤ 15k i.e. x ≤ 1+ .
2 k+1
k+1
On peut alors remarquer que ≤ 30 − x, soit k ≤ 59 − 2x, puisque le nombre d’élèves qui
2
sont meilleurs que le plus mauvais parmi les bons élèves ne peut pas dépasser 30−x. Il s’ensuit
donc que :
59 − 2x
x ≤ 28 · +1 i.e. x2 − 59x + 856 ≥ 0.
60 − 2x
√ √
2 59 − 57 59 + 57
Les racines de l’équation x − 59x + 856 = 0 sont ≃ 25, 7 et ≃ 33, 2. Le plus
2 2
2
grand entier x ≤ 30 vérifiant l’inégalitéx − 59x + 856 ≥ 0 est x = 25. Pour être complet, il
faudrait trouver un exemple montrant que 25 peut être atteint.
Exercice 6 KKK
Trois écoles ont chacune n élèves. Chaque élève a en tout n + 1 connaissances parmi ceux
des deux autres écoles. Montrer que l’on peut trouver un élève dans chaque école, de sorte
que les trois se connaissent.
Solution. Sélectionnons tout d’abord l’élève A parmi ceux qui ont le plus de connaissances dans
l’une des deux autres écoles. Notons k le nombre de connaissances de A. Quitte à échanger les
numéros des écoles, on peut supposer que A est de la première école et que ses k connaissances
sont dans la deuxième école. Alors A connaît (n + 1 − k) élèves de la troisième école, avec
n + 1 − k ≥ 1, car k ≤ n. Considérons alors un élève B de la troisième école qui connaît A.
⋄ Si B connaît au moins un élève C parmi les k connaissances de A dans la deuxième école, on
a fini, et le problème est résolu.
⋄ Si B ne connaît aucune des k connaissances de A dans la deuxième école, il ne peut connaître
qu’au plus (n − k) élèves de cette école. Dans ce cas, il connaît au moins n + 1 − (n + k) = k + 1
élèves de la première école, ce qui contredit la définition de A.
En conclusion, A, B et C sont dans différentes écoles, et les trois se connaissent.
Exercice 7 KKK
On place 50 segments sur une droite. Montrer que 8 d’entre eux ont un point en commun
ou que 8 d’entre eux sont deux à deux disjoints. (Russie)
Solution. Soit [a1 , b1 ] le segment dont l’extrémité droite est la plus à gauche. Si plus de 7 seg-
ments contiennent b1 , on a fini. Sinon, il y a au moins 43 segments qui se trouvent com-
48 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM
plètement à droite de b1 . On extrait alors de ces 43 segments le segment [a2 , b2 ] dont l’ex-
trémité droite est la plus à gauche. Alors, soit b2 appartient à 8 segments, soit 36 segments
sont complètement à droite de b2 . En répétant ce procédé, on trouve, soit un point apparte-
nant à 8 segments, soit 7 segments disjoints croissants [a1 , b1 ], [a2 , b2 ], · · · , [a7 , b7 ] tels qu’il y
ait (50 − 7 · 7) = 1 segment complètement à droite de [a7 , b7 ]. Il s’agit du segment [a8 , b8 ], qui
complète l’ensemble des 8 segments disjoints.
Remarque : plus généralement on peut montrer que l’on peut extraire de (mn + 1) segments,
soit (m + 1) segments disjoints deux à deux, soit (n + 1) segments ayant un point en commun.
Ce résultat est un cas particulier du théorème suivant :
Exercice 8 KKK
Dans un tournoi de football, chaque équipe joue exactement un seul match contre chacune
des autres équipes. À l’issue d’un match, le gagnant a 2 points, le perdant 0 points, et en
cas de match nul alors chacune des deux équipes a 1 point. À la fin du tournoi, l’équipe A
a obtenu le plus grand nombre de points mais en gagnant le minimum de matchs. Déter-
miner le plus petit nombre possible d’équipes participant à ce tournoi. (Russie)
Solution. Supposons que l’équipe A a gagné n matchs et a fait match nul en m rencontres,
alors le score total après la compétition est égal à 2n + m. Par hypothèse, le nombre de matchs
que les autres équipes ont gagné est ≥ n + 1. D’où, le score de chacune des autres équipes est
≥ 2(n + 1). On a : 2n + m > 2(n + 1), donc m ≥ 3, i.e., A a fait match nul au moins 3 fois. Ainsi, il
existe une équipe B qui a fait match nul avec A, et par suite le score de B est ≥ 2(n + 1) + 1, et
2n + m > 2(n + 1) + 1, c’est-à-dire m ≥ 4.
Supposons que S équipes ont pris part à ce tournoi, alors l’équipe A a gagné au moins un
match, sinon, le score de A est ≤ S − 1 et le score de chacune des autres équipes est ≤ S − 1.
Donc, le score total des S équipes est ≤ S(S − 1). Or, le score total des S équipes est
!
S
2 = S(S − 1),
2
ce qui donne une contradiction. Par suite, m ≥ 4, n ≥ 1, i.e., A a joué au moins 5 matchs, et
donc le nombre minimal d’équipes participantes est au moins égal à 6.
Voici un exemple qui montre que la réponse est exactement 6 :
A B C D E F total
A × 1 1 1 1 2 6
B 1 × 2 0 0 2 5
C 1 0 × 0 2 2 5
D 1 2 2 × 0 0 5
E 1 2 0 2 × 0 5
F 0 0 0 2 2 × 4
Dans le tableau ci-dessus, on voit que c’est l’équipe A qui a le plus gros score 6, et en même
temps c’est l’équipe qui a gagné le moins de matchs, un seul en l’occurence (contre F).
1.5. EXERCICES 49
Exercice 9 KKK
Il y a n personnes qui participent à une conférence internationale et chacune d’entre elles
connaît 8 participants. On suppose que chaque paire de personnes qui se connaissent
mutuellement ont exactement quatre connaissances communes, et que chaque paire de
personnes qui ne se connaissent pas mutuellement ont exactement deux connaissances
communes. Trouver tous les entiers n ∈ N∗ vérifiant ces conditions.
Solution. On se propose de montrer que de tels entiers n ∈ N∗ n’existent pas. Supposons, par
l’absurde, qu’une telle situation est possible, et que les 8 connaissances d’une personne x sont
x1 , x2 , · · · , x8 . Puisque x et x8 se connaissent, elles ont 4 connaissances communes. Sans perte de
généralité, supposons que les connaissances communes de x et x8 sont x1 , x2 , x3 , x4 . Donc x7 et
x8 ne se connaissent pas. Puisque x et x7 se connaissent, elles ont 4 connaissances communes
qui sont 4 personnes parmi x1 , x2 , x3 , x4 , x5 , x6 . Ainsi, parmi les 4 connaissances communes,
il y a au moins 2 personnes parmi x1 , x2 , x3 , x4 . Supposons que les 2 personnes sont x1 et x2 .
Ainsi x7 et x8 ne se connaissent pas, mais elles ont 3 connaissances communes x, x1 , x2 en
contradiction avec les données de l’exercice. Il n’y a donc pas d’entier naturel n vérifiant les
conditions données.
Exercice 10 KKK
Dans un club de tennis, 20 membres jouent 14 parties et chaque joueur joue au moins une
partie. Montrer qu’il existe 6 parties impliquant 12 joueurs différents. (États-Unis)
Solution. Supposons que la paire de joueurs jouant au i-ème jeu est (ai , bi ) (i = 1, 2, · · · , 14)
et soit M = {(ai , bi , ) : i = 1, 2, · · · , 14}. Un sous-ensemble S de M est dit bon si les joueurs
appartenant aux paires de joueurs de S sont distincts. Il est évident que les sous-ensembles
bons existent puisque le sous-ensemble à un élément de M est bon, et que le nombre de sous-
ensembles bons est fini. Il existe donc un sous-ensemble bon M0 tel que le nombre d’éléments
de M0 soit le plus grand possible. Supposons qu’il existe r paires de joueurs appartenant à
M0 . Nous avons juste besoin de montrer que r ≥ 6. Si r ≤ 5, alors deux quelconques des 20 − 2r
joueurs restants, à l’exception des 2r joueurs de M0 , ne jouent pas de partie (puisque si (a, b)
joue un jeu, alors M0 ∪ {(a, b)} est aussi un sous-ensemble bon, ce qui contredit la définition
de M0 ). Ainsi chacun des 20 − 2r joueurs joue un jeu contre l’un des 2r joueurs de M0 . Par
conséquent, le nombre de jeux est au moins égal à r + (20 − 2r) = 20 − r ≥ 15. Cela contredit le
fait que le nombre total des jeux est de 14. Par conséquent, il existe 6 parties impliquant 12
joueurs différents.
Exercice 11 KKK
Solution. Supposons que parmi trois équipes quelconques, il en existe deux qui se sont affron-
tées après S matchs du chamiponnat. Donc chacune des équipes B1 , B2 , · · · , Bk qui a joué un
match contre A a déjà joué au moins k matchs. Notons les 19 − k équipes restantes, à part
A, B1 , B2 , · · · , Bk , par C1 , C2 , · · · , C19−k . D’où, pour deux équipes quelconques, Ci et Cj , avec
1 ≤ i < j ≤ 19 − k, il en existe deux parmi A, Ci et Cj qui se sont affrontées. Or l’équipe A
et chacune des équipes Ci et Cj ne se sont pas rencontrées, d’où deux équipes Ci et Cj se
sont déjà affrontées, i.e., chacune de C1 , C2 , · · · , C19−k a joué 18 − k matchs contre 18 − k autres
50 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM
1
S ≥ [k(k + 1) + (19 − k)(18 − k)] = (k − 9)2 + 90 ≥ 90.
2
D’autre part, si 20 équipes sont divisées en deux groupes, chaque groupe a 10 équipes de telle
sorte que deux équipes quelconques dans un même groupe se sont rencontrées, et que deux
équipes quelconques dans des groupes différents ne se sont pas rencontrées, alors le nombre
de matchs est égale à 2 10
2 = 90, et pour trois équipes quelconques, il y en a deux d’entre elles
appartenant au même groupe et qui se sont affrontées. En résumé, le plus petit nombre de
matchs requis est 90. Ainsi, à partir de la 10ème journée de championnat, on sait que parmi
trois équipes quelconques il y en a deux qui se sont déjà affrontées.
Exercice 12 KKK
Lors d’un tournoi de volleyball, chaque équipe a joué exactement un match contre chacune
des autres équipes. Au volleyball il n’y a pas de match nul, chaque match se termine par
un vainqueur et un vaincu. Si l’équipe A gagne contre l’équipe B, ou si l’équipe A gagne
contre l’équipe C et l’équipe C gagne contre l’équipe B, alors on dit que l’équipe A domine
l’équipe B. Si une équipe domine toutes les autres équipes, alors cette équipe est déclarée
championne. Est-il possible qu’il existe exactement deux champions à la fin du tournoi ?
Solution. On montre, tout d’abord, qu’un champion existe. Supposons que l’équipe A gagne
k fois avec k le plus grand possible, alors l’équipe A est la championne. Sinon, il existe une
équipe B telle que A ne la domine pas, i.e., B a gagné contre A ou bien que B a gagné contre les
k équipes battues par A. Donc B a gagné au moins k+1 fois, en contradiction avec la maximalité
de k. Avec le même raisonnement, on peut montrer que pour n’importe quel groupe d’équipes,
il existe une équipe qui domine toutes les autres.
Supposons qu’il existe deux champions A et B, et A a gagné contre B. On partage l’ensemble
des équipes en trois groupes : chaque équipe du premier groupe a été battue par A, chaque
équipe du deuxième groupe a battu A mais a perdu contre B, et chaque équipe du troisième
groupe a gagné contre A et contre B.
⋄ Si le troisième groupe est non vide, alors il existe une équipe C qui domine les autres équipes
de ce groupe et C a gagné contre A et contre B, donc C est aussi championne.
⋄ Si le troisième groupe est vide, et B est la championne, alors le deuxième groupe est non
vide. Donc il existe une équipe C qui domine les autres équipes du deuxième groupe et C a
gagné contre A, et A a gagné contre B. Donc C est aussi championne.
En résumé, on sait qu’il y a au moins trois champions. Par suite, il est impossible qu’il y a
exactement deux champions.
Exercice 13 KKK
Supposons que pour un ensemble fini A, il existe une fonction f : N∗ −→ A telle que :
Exercice 14 KKK
M est un ensemble fini de nombres réels. On suppose que pour trois éléments quelconques
et distincts de M, il existe deux d’entre eux dont la somme est aussi un élément de M. Quel
est le plus grand nombre d’éléments que peut avoir M ? (Russie)
Solution. Il est facile de voir que l’ensemble M = {−3, −2, −1, 0, 1, 2, 3} vérifie les conditions de
l’exercice. En effet, en prenant trois éléments distincts appartenant à M, si deux d’entre eux
sont de signes opposés alors leur somme est nulle et c’est un élément de M. Si l’un des trois
éléments est 0, alors on prend sa somme avec un autre élément (parmi les trois), la somme est
ainsi un élément de M. Les deux cas qui restent sont {−3, −2, −1} et {1, 2, 3}. Dans le premier
cas on choisit −2 et −1, et dans le second cas on choisit 1 et 2. On se propose de montrer main-
tenant que 7 est le plus grand nombre possible d’éléments que peut avoir M.
Supposons qu’il y a au moins 3 réels strictement positifs appartenant à M, et soient b < c les
deux plus grands. Étant donné n’importe quel réel strictement positif a ∈ M, une des sommes
suivantes a + b, a + c et b + c doit appartenir à M. Cependant, les deux dernières sommes dé-
passent c donc ne peuvent pas appartenir à M. Par suite, a = c − b, ce qui implique qu’il y a
au plus un autre réel strictement positif appartenant à M (à part b et c). D’où, M ne peut pas
avoir plus de 3 réels strictement positifs. De même, M ne peut pas avoir plus de trois réels
strictement négatifs. M peut contenir l’élément 0. En conclusion, 7 est le nombre maximum
d’éléments que peut avoir M.
Exercice 15 KKK
i , j =⇒ Ai ∩ Aj ≤ 2.
Solution. La réponse est 1350. On sait que le nombre total de sous-ensembles à 1 éléments, à 2
éléments et à 3 éléments est égal à :
! ! !
20 20 20
+ + = 1350,
1 2 3
et ils vérifient tous les conditions de l’exercice. Par suite, on a clairement n ≥ 1350.
Soient B1 , B2 , · · · , Bn des sous-ensembles distincts de M tels que pour i , j on a |Bi ∩ Bj | ≤ 2. Si
l’un des sous-ensembles B1 , B2 , · · · , Bn possède au moins quatre éléments (on suppose que c’est
Bi par exemple) et a ∈ Bi , alors (Bi \ {a}) ∩ Bi possède au moins trois éléments, d’où (Bi \ {a}) <
{B1 , B2 , · · · , Bn }, car deux sous-ensembles quelconques parmi B1 , B2 , · · · , Bn ont au plus deux
éléments en commun. On échange Bi et Bi \ {a}, alors la nouvelle famille de sous-ensembles
vérifie elle aussi la condition de l’exercice. On continue ainsi notre échange, et on arrive à ce
que éventuellement chaque sous-ensemble de la famille de sous-ensembles admet au plus 3
éléments, et le nombre de sous-ensembles reste inchangé. Par conséquent :
! ! !
20 20 20
n ≤ + + = 1350.
1 2 3
Exercice 16 KKK
Soit n ≥ 3 un entier naturel donné. Déterminer le plus petit entier m ∈ N∗ tel que si on
partitionne l’ensemble S = {1, 2, · · · , m} en deux sous-ensembles disjoints, alors il existe
52 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM
Solution. Si S = {1, 2, · · · , m} ne vérifie pas la condition de l’exercice, alors il existe deux en-
sembles A et B (avec A ∪ B = S et A ∩ B = ∅) tels que pour n’importe quels n − 1 éléments
(non nécessairement distincts) de A (resp. B) leur somme n’appartient pas à A (resp. B). On
suppose, sans perte de généralité, que 1 ∈ A, alors tant que m ≥ n − 1 on a :
1 + 1 + · · · + 1 = n − 1 ∈ B,
| {z }
n−1
(n − 1) + (n − 1) + · · · + (n − 1) = (n − 1)2 ∈ A.
| {z }
n−1
Si n ∈ A, alors :
n + n + · · · + n +1 = (n − 1)2 ∈ B, une contradiction.
| {z }
n−2
n + n + · · · + n +(n − 1) = n2 − n + 1 ∈ A.
| {z }
n−2
Or,
1 + 1 + · · · + 1 +(n − 1)2 = n2 − n − 1 ∈ B, contradiction.
| {z }
n−2
d’où x1 +x2 +· · ·+xn−1 < A. Donc, A ne contient pas n nombres x1 , x2 , . . . , xn (non nécessairement
distincts) vérifiant x1 +x2 +· · ·+xn−1 = xn . De la même façon, on peut montrer que B ne contient
pas n nombres x1 , x2 , . . . , xn (non nécessairement distincts) vérifiant x1 + x2 + · · · + xn−1 = xn .
Ainsi, l’ensemble S0 ne peut pas vérifier la condition de l’exercice. Par conséquent, la plus
petite valeur possible recherchée est n2 − n − 1.
Exercice 17 KKK
|S1 | = |S2 | = |S3 | = |S4 | = |S5 | = 17 et |S0 | = |S6 | = |S7 | = · · · = |S124 | = 16.
Il est clair qu’il existe au plus un élément de S0 dans A, et il existe au plus un des ensembles
Si et S125−i dont les éléments sont tous dans A. Lorsque le nombre d’éléments de A atteint
son maximum, tous les éléments des ensembles S1 , S2 , S3 , S4 , S5 doivent être dans A. Donc, A
contient au plus : 1 + |S1 | + |S2 | + · · · + |S62 | = 1 + 5 × 17 + 57 × 16 = 998 éléments. D’autre part,
A = {125} ∪ S1 ∪ S2 ∪ · · · ∪ S62 vérifie la condition du problème et on a |A| = 998. En conclusion,
la plus grande valeur possible pour k est 998.
Exercice 18 KKK
Pour un entier naturel n ≥ 4 déterminer l’entier minimal f (n) tel que : pour tout m ∈ N∗ ,
dans chaque sous-ensemble de {m, m +1, m +2, · · · , m +n −1} à f (n) éléments, il y a au moins
3 nombres deux à deux premiers entre eux. (Chine)
Solution. Dans un exercice aussi difficile que celui là, il est judicieux de commencer par des
petites valeurs de n. On se propose de vérifier que f (4) = 4, f (5) = 5 et f (6) = 5.
⋄ Si n = 4, on considère l’ensemble {m, m + 1, m + 2, m + 3}. Si m est impair, alors m, m + 1, m + 2
sont deux à deux premiers entre eux. Si m est pair, alors m + 1, m + 2, m + 3 sont deux à deux
premiers entre eux. Donc, f (4) ≤ 4. Or, de l’ensemble {m, m + 1, m + 2, m + 3} on choisit un sous-
ensemble à 3 éléments formé de deux nombres pairs et un nombre impair, on sait que ces trois
nombres ne sont pas deux à deux premiers entre eux, d’où f (4) = 4.
⋄ Si n = 5, on considère l’ensemble {m, m+1, m+2, m+3, m+4}. Si m est pair, alors m, m+2, m+4
sont tous pairs. Par suite, 3 nombres quelconques de {m, m + 1, m + 2, m + 4} ne sont pas deux à
deux premiers entre eux. D’où f (5) > 4. Or, de l’ensemble {m, m + 1, m + 2, m + 3, m + 4} on peut
trouver 3 nombres qui sont deux à deux premiers entre eux. Par conséquent, f (5) = 5.
⋄ Si n = 6, alors l’ensemble {m, m+1, m+2, m+3, m+4, m+5} est formé de trois nombres pairs et
trois nombres impairs. Si on choisit un sous-ensemble à 4 éléments formé de 3 nombres pairs
et un nombre impair, alors il n’y a pas 3 nombres parmi eux qui sont deux à deux premiers
entre eux, par suite f (6) > 4. Considérons un sous-ensemble à 5 éléments, si parmi les 5 élé-
ments il y a 3 impairs, alors ces trois nombres doivent être deux à deux premiers entre eux.
Si ces 5 éléments sont 3 pairs et 2 impairs, alors parmi les 3 pairs il y a au plus un nombre
divisible par 3, et il y a au plus un nombre qui est divisible par 5. Donc parmi ces 3 nombres
pairs il existe un nombre qui n’est divisible ni par 3 ni par 5. Le nombre pair et les deux autres
nombres impairs sont deux à deux premiers entre eux, ce qui implique que f (6) = 5.
⋄ Si n > 6, on pose Tn = {t : t ≤ n + 1 et 2 | t ou 3 | t}. Donc, Tn est un sous-ensemble de
{2, 3, · · · , n + 1}, et chaque 3 éléments quelconques dans Tn ne sont pas deux à deux premiers
entre eux. D’après le principe d’inclusion-exclusion, on a :
n+1 n+1 n+1
|Tn | = + − .
2 3 6
n+1 n+1 n+1
D’où f (n) ≥ |Tn | + 1 = + − + 1. Soit, par division euclidienne, n = 6k + r
2 3 6
avec r ∈ J0, 5K, alors
n+1 n+1 n+1 r +1 r +1 r +1
+ − + 1 = 4k + + − + 1.
2 3 6 2 3 6
Il est facile de vérifier que :
r +1 r +1 r +1
r si r = 0, 1, 2, 3
+ − =
2 3 6 r − 1 si r = 4, 5.
54 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM
2
Fonctions génératrices
Une fonction génératrice d’une suite (an )n∈N est une série formelle, c’est-à-dire, une ex-
pression de la forme : X
a0 + a1 x + a2 x 2 + · · · · · · = an x n ,
n≥0
☞ L’ensemble de toutes les séries formelles à coefficients dans Q est noté Q[[x]].
☞ Dans une série formelle, la variable x ne prend aucune valeur, elle est considérée comme
un « marque-page ». De plus, ici, on se posera aucun problème de convergence.
Exemple
! ! ! !
m m m
Déterminer la fonction génératrice de la suite : , ,··· , ,··· .
0 1 k
X m! m
!
m
! !
m m
k
La réponse est : x = + x + ··· + x = (1 + x)m .
k 0 1 m
k≥0
Exemple
55
56 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES
Remarque
Dans le calcul d’une fonction génératrice F(x), nous serons particulièrement intéressés par
deux choses :
1 chercher si F(x) peut être écrit sous une forme close ou forme fermée, i.e., une expres-
sion dans laquelle n’apparaît pas explicitement une somme infinie,
2 trouver facilement (si l’on peut) le coefficient d’une certaine puissance de x (comme
on a remarqué au début du chapitre, ce nombre peut être le nombre d’objets de rang
n, ce qui est souvent ce que l’on cherche dans les problèmes de dénombrement).
Propriété
Soit f (x) la fonction génératrice de (a0 , a1 , a2 , · · · , an , · · · ) ∈ NN et g(x) la fonction génératrice
de (b0 , b1 , b2 , . . . , bn , · · · ) ∈ NN . Alors, f et g sont égales si, et seulement si, pour tout entier
naturel n, an = bn .
2.2 Opérations
Dans ce paragraphe, on notera F(x) et G(x) les fonctions génératrices respectives des suites
(a0 , a1 , a2 , · · · ) et (b0 , b1 , b2 , · · · ).
❏ Règle d’échelle : soit c une constante. La fonction génératrice de la suite (ca0 , ca1 , ca2 , · · · )
est cF(x).
❏ Règle d’addition : la fonction génératrice de la suite (a0 +b0 , a1 +b1 , a2 +b2 , . . . ) est F(x)+G(x).
❏ Règle de décalage : soit k un entier naturel. La fonction génératrice de la suite
(0, · · · , 0, a0 , a1 , a2 , · · · )
| {z }
k
(c0 , c1 , c2 , · · · )
Proposition
Preuve
Supposons que F(x) admette un inverse multiplicatif, alors il existe G(x) tels que :
(a0 + a1 x + a2 x2 + · · · )(b0 + b1 x + b2 x2 + · · · ) = 1,
2.2. OPÉRATIONS 57
Exemple
Exemple
1 1 1
Déterminer la fonction génératrice de la suite 0, 1, − , , − , · · · .
2 3 4
Pour déterminer la constante C, on prend x = 0, et on obtient alors C = G(0). Si l’on écrit G(x) =
a0 + a1 x + a2 x2 + · · · , alors G(0) est tout simplement égal à a0 qui est nul dans ce cas. En conclusion,
G(x) = ln(1 + x).
❏ Règle de différence : la fonction génératrice de la suite
X
(a0 , a1 − a0 , a2 − a1 , a3 − a2 , · · · , an − an−1 , · · · ) est (1 − x)F(x) = a0 + (ak − ak−1 ) xk .
☞ on a α0 = 1.
☞ Si α est un entier strictement inférieur à k, le coefficient du binôme généralisé est le coeffi-
cient du binôme habituel. Si α et k sont des entiers positifs, avec α strictement inférieur à
k, on a aussi αk = 0 (en effet, dans ce cas, on ne peut pas choisir k objets dans un ensemble
de α objets).
58 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES
Exemple
Notons que les fonctions génératrices des suites (a0 , a1 , a2 , · · · ) et (b0 , b1 , b2 , · · · ) sont données par :
k 1 k xk
A(x) = 1 + x + x2 + · · · = et B(x) = x + x2 + x3 + · · · = .
(1 − x)k (1 − x)k
+∞
X !
1 k+n−1 n
Or, on sait que pour |x| < 1, on a : A(x) = = x , par suite :
(1 − x)k n=0 n
!
k+n−1
an = pour n = 0, 1, 2, · · ·
n
Déterminer la fonction génératrice F(x) de la suite de Fibonacci (Fn )n≥0 définie par F0 =
0, F1 = 1 et Fn = Fn−1 + Fn−2 pour tout n ≥ 2.
par suite (1 − x − x2 )F(x) = F0 + (F1 − F0 )x. Par conséquent, la fonction génératrice de la suite de
x
Fibonacci est donnée par : F(x) = .
1 − x − x2
Cette fonction génératrice permet de retrouver la formule explicite de la suite de Fibonacci :
! +∞
x 1 1 1 1 X k
F(x) = 2
= √ − = √ α − β k xk ,
1−x−x 5 1 − αx 1 − βx 5 k=1
2.2. OPÉRATIONS 59
√ √
1+ 5 1− 2
où α = et β = . Par suite, si an est le coefficient de xn dans F, alors :
2 2
αn − β n
a n = Fn = √ pour tout n ≥ 1.
5
Exemple
Déterminer la fonction génératrice F(x) de la suite de Catalan (Cn )n≥0 définie par C0 = 1
et pour tout n ≥ 1 :
n−1
X
Cn = C0 Cn−1 + C1 Cn−2 + · · · + Cn−2 C1 + Cn−1 C0 = Ci Cn−i−1 .
i=0
On en déduit que :
X 2 2n − 2! X 2 2n − 2!
1/2 1/2
(1 − 4x) = 1− xn i.e. 1 − (1 − 4x) = xn .
n n−1 n n−1
n≥1 n≥1
Par conséquent :
1 − (1 − 4x)1/2 X 1 2n − 2! X 1 2n!
n−1
F(x) = = x = xn .
2x n n−1 n+1 n
n≥1 n≥0
Soit (an )n≥0 une suite d’entiers définie par a0 = 1, a1 = 2, et pour tout n ≥ 0 :
+∞
X
Si g(x) = an xn est la série génératrice de la suite (an )n≥0 , alors pour tout x , 0 on a :
n=0
+∞
X +∞
X
g(x) − a0 g(x) − a0 − a1 x
= an+1 xn , = an+2 xn .
x x2
n=0 n=0
Par conséquent :
+∞
X
g(x) − a0 − a1 x g(x) − a0
−3· + 2g(x) = (an+2 − 3an+1 + 2an ) xn = 0.
x2 x
n=0
+∞
X
1−x 1 1
g(x) = = = 2n xn , |x| < .
1 − 3x + 2x2 1 − 2x 2
n=0
Exemple
Soit (an )n≥0 une suite d’entiers définie par a0 = 2, a1 = 1, et pour tout n ≥ 0 :
2 − 5x 3 1 1
g(x) = 2
= − , |x| < ,
1 − 3x + 2x 1 − x 1 − 2x 2
est la fonction génératrice de la suite (an )n≥0 . Il s’ensuit que pour tout n ∈ N :
+∞
X +∞
X +∞
X
g(x) = 3 xn − (2x)n = (3 − 2n ) xn .
n=0 n=0 n=0
Exemple
Soit (an )n≥0 une suite réelle définie par a0 = 2, a1 = 5, et pour tout n ≥ 0 :
an+2 = 2an+1 − an .
2+x 3 1
La fonction génératrice g de (an )n≥0 vérifie : g(x) = 2
= 2
− pour |x| < 1. Ainsi
(1 − x) (1 − x) 1−x
+∞
X +∞
X +∞
X
g(x) = 3 (n + 1)xn − xn = (3n + 2)xn .
n=0 n=0 n=0
En conclusion, an = 3n + 2 pour tout n ∈ N.
Exemple
Soit (an )n≥0 une suite réelle définie par a0 = 2, a1 = 5, et pour tout n ≥ 0 :
2 − 3x 1 1 3 1
La fonction génératrice g de (an )n≥0 vérifie : g(x) = 2
= · 2
+ · pour
(1 − 2x) 2 (1 − 2x) 2 1 − 2x
1
|x| < . Par suite :
2
+∞ +∞ +∞
1X 3X X
g(x) = (n + 1)(2x)n + (2x)n = 2n−1 (n + 4) xn et an = 2n−1 (n + 4).
2 2
n=0 n=0 n=0
Exemple
Trouver l’expression explicite de la suite (an )n≥0 définie par a0 = 1 et an − 3an−1 = 4n pour
tout n ≥ 1.
On en déduit que la coefficient an de xn est donné par : an = 4n+1 − 3n+1 pour tout n ∈ N.
Exemple
On se donne 2n points sur un cercle. De combien de façons ces 2n points peuvent-ils être
reliés en n paires par n cordes sans points d’intersection ?
(1 + x) (1 + x) = (1 + x)2 = 1 + 2x + x2 .
|{z} |{z} | {z }
fon. gén. fon. gén. fon. gén.
pour {a} pour {b} pour {a, b}
En effet, on a une seule manière de choisir aucun élément, deux manières de choisir un élé-
ment, une manière de choisir deux éléments et zéro manière de choisir plus de deux éléments.
Généralisation
qui est la fonction génératrice obtenue en utilisant le théorème du binôme, mais mainte-
nant avec une interprétation du problème en termes de fonctions génératrices.
On peut généraliser le principe ci-dessus comme suit. Soit F(x) la fonction génératrice de la
suite (an )n≥0 , où, pour tout entier n, an désigne le nombre de manières de choisir n objets d’un
ensemble A, et soit G(x) la fonction génératrice de la suite (bn )n≥0 , où, pour tout n, bn désigne le
nombre de manières de choisir n objets d’un ensemble B. Si A et B sont disjoints, alors la fonction
génératrice de la suite (cn )n≥0 désigne le nombre de manières de choisir n objets de la réunion
A ∪ B, est le produit F(x)G(x).
Cette règle reste valide si l’on demande de choisir des objets distincts ou si l’on permet qu’un
même objet soit choisi un nombre limité (ou illimité) de fois, ou encore un nombre quelconque
de fois. On a deux contraintes :
(1) on ne tient pas compte de l’ordre dans lequel les objets sont choisis,
(2) les restrictions pour la sélection d’objets de A et de B sont également appliquées dans la
sélection d’objets de A ∪ B.
a0 bn + a1 bn−1 + · · · + an b0 ,
2.5. DÉNOMBREMENT AVEC RÉPÉTITION 63
En effet, pour calculer le nombre de manières pour choisir n objets de A ∪ B, on remarque que,
pour j compris entre 0 et n, on peut choisir j objets de A et n − j objets de B. Cela peut être fait
de aj bn−j manières différentes, et donc en faisant la somme pour j compris entre 0 et n, on trouve
que le nombre total de manières de choisir n objets de A ∪ B est :
a0 bn + a1 bn−1 + · · · + an b0 ,
Supposons que l’on choisisse n objets (avec des répétitions permises) à partir d’un ensemble
contenant un seul élément. Il y a une manière de ne choisir aucun objet, une manière de choisir
un objet, une manière de choisir deux objets, etc. Alors la fonction génératrice de la suite (an )n≥0 ,
où, pour tout entier n, an désigne le nombre de manières de choisir n éléments (avec répétition)
d’un ensemble à un élément est la fonction génératrice de la suite 1, 1, 1, · · · c’est-à-dire :
1
1 + x + x2 + x3 + · · · = .
1−x
La règle de convolution nous indique donc que la fonction génératrice F(x) de la suite (f n )n≥0
où, pour tout n, f n désigne le nombre de manières de choisir n éléments (avec répétition) de
l’ensemble {a1 , a2 , · · · , ak }, est donnée par le produit des fonctions génératrices Fj (x) (avec j variant
de 1 à k), associées aux suites qui représentent le nombre de manières de choisir n éléments (avec
répétition) de l’ensemble {aj }, c’est-à-dire :
1 1 1 1
F(x) = ··· = .
1−x 1−x 1−x (1 − x)k
|{z} |{z} |{z} | {z }
fon. gén. fon. gén. fon. gén. fon. gén.
pour {a1 } pour {a2 } pour {ak } pour {a1 , · · · , ak }
!
k+n−1
On sait, voir chapitre « dénombrement », qu’un ensemble à n éléments admet manières
k
!
k+n−1
de sélectionner k objets (avec des répétitions). On en déduit que est le coefficient de
k
1
xn dans la série formelle de . On peut également retrouver ce coefficient en utilisant la
(1 − x)k
formule du binôme généralisé :
1 X −k ! X n + k − 1!
n
F(x) = = (−x) = xn .
(1 − x)k n
n≥1
k
n≥1
64 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES
Exemple
Déterminer le nombre de manières de remplir un sac avec n fruits, soumis aux contraintes
suivantes :
(1) le nombre de pommes est pair,
(2) le nombre de bananes est un multiple de cinq,
(3) il y a au plus 4 oranges,
(4) il y a au plus un kiwi.
On construit la suite (puis la fonction génératrice associée) pour chacune des 4 contraintes.
⋄ Pour les pommes, désignons par pn le nombre de manières de choisir n pommes. D’après
la contrainte, pour n impair, pn est nul et, pour n pair, pn vaut 1. On obtient donc la suite
(1, 0, 1, 0, 1, 0, · · · ) et la fonction génératrice est :
1
P(x) = 1 + x2 + x4 + x6 + · · · = .
1 − x2
⋄ Pour les bananes, désignons par bn le nombre de manières de choisir n bananes. D’après la
contrainte, pour n multiple de 5, bn est nul et, sinon, bn vaut 1. On obtient donc la suite
(1, 0, 0, 0, 0, 1, 0, 0, 0, 0, 1, 0, · · · )
1
B(x) = 1 + x5 + x10 + x15 + · · · = .
1 − x5
⋄ Pour les oranges, désignons par on le nombre de manières de choisir n oranges. D’après la
contrainte, pour n compris entre 0 et 4, on vaut 1 et, pour n supérieur ou égal à 5, on est nul. On
obtient donc la suite (1, 1, 1, 1, 0, · · · , 0, · · · ) et la fonction génératrice est :
1 − x5
O(x) = 1 + x + x2 + x3 + x4 = .
1−x
⋄ Pour le kiwi, désignons par kn le nombre de manières de choisir n kiwis. D’après la contrainte,
pour n égal à 0 ou 1, kn vaut 1 et, pour n supérieur ou égal à 2, kn est nul. On obtient donc la suite
(1, 1, 0, · · · , 0, · · · ) et la fonction génératrice est :
K(x) = 1 + x.
D’après la règle de convolution, la fonction génératrice pour les quatre types de fruits est :
1 1 1 − x5 1
P(x)B(x)O(x)K(x) = 2
· 5
· · (1 + x) = = 1 + 2x + 3x2 + 4x3 + . . .
1−x 1−x 1−x (1 − x)2
Alors, le nombre de manières de remplir un sac avec n fruits, soumis aux conditions de l’énoncé,
est donné par le coefficient de xn dans P(x)B(x)O(x)K(x), qui est égal à (n + 1).
Si, par exemple, n = 6 fruits, alors il y a 7 manières (données dans le tableau ci-dessous) de remplir
un sac.
Pommes 6 4 4 2 2 0 0
Bananes 0 0 0 0 0 5 5
Oranges 0 2 1 4 3 1 0
Kiwi 0 0 1 0 1 0 1
2.6. EXEMPLES 65
Exemple
Si ar est le nombre de manières de distribuer r objets identiques dans n boîtes distinctes, alors la
fonction génératrice de la suite (ar )r≥0 est donnée par :
+∞ !
1 n X r +n−1 r
(1 + x + x2 + · · · ) × · · · × (1 + x + x2 + · · ·) = = x .
| {z } | {z } 1−x r
r=0
(boîte 1) (boîte n)
!
r +n−1
Par conséquent, ar = .
r
Exemple
Soit ar le nombre de façons de distribuer r objets identiques dans n boîtes distinctes de sorte
qu’aucune boîte ne soit vide. Puisque chaque boîte ne doit pas être vide, alors la fonction gé-
nératrice correspondante pour chaque boîte est donnée par (x + x2 + x3 + · · · ). Donc, la fonction
génératrice de la suite (ar )r≥0 est :
n +∞
X !
1 i +n−1 i
(x + x2 + · · · )n = xn (1 + x + x2 + · · · )n = xn = xn x.
1−x i
i=0
! !
r −n+n−1 r −1
Par conséquent, ar = 0 si r < n, et ar = = si r ≥ n.
n−1 n−1
2.6 Exemples
Exemple
Trouver des fonctions génératrices sous forme close associées aux suites suivantes :
(1) (1, −1, 1, −1, 1, −1, · · · )
(2) an = 2 si 2 ≤ n ≤ 7 et an = 0 sinon.
(3) (4, 16, 64, 256, 1024, 4096, · · · ).
(4) (5 · 7n − 3 · 22n )n≥0 .
(4)
+∞
X +∞
X +∞
X
n 2n n n 5 3 2+x
(5 · 7 − 3 · 2 )x = 5 (7x) − 3 (4x)n = − = .
1 − 7x 1 − 4x (1 − 4x)(1 − 7x)
n=0 n=0 n=0
Exemple
1 1 x(1 + x)
(1) (3 + x)5 , (2) , (3) , (4) .
1 − 2x (1 + 3x)2 1 − 2x2
(1) On a :
(3 + x)5 = 243 + 405x + 270x2 + 90x3 + 15x4 + x5 ,
et donc la suite associée est (243, 405, 270, 90, 15, 1, 0, 0, 0, 0, · · · ).
(2) On a :
+∞
X +∞
X
1
= (2x)n = 2n xn ,
1 − 2x
n=0 n=0
et donc la suite associée est définie par a0 = 0, an = 2(n/2)−1 si n est pair non nul, et an = 2(n−1)/2 si
n est impair.
Exemple
Soit A(x) la fonction génératrice associée à la suite (an )n≥0 . Donner, en fonction de A(x), la
fonction génératrice associée aux suites ci-dessous :
1 (ban + c), où b et c sont des constantes.
2 (0, 0, 1, a3 , a4 , a5 , a6 , · · · ).
3 (ak , ak+1 , ak+2 , ak+3 , · · · ).
4 (n2 an − nan+1 )n≥0 .
5 (a0 , 0, a2 , 0, a4 , 0, a6 , 0, · · · ).
6 (a0 , 0, a1 , 0, a2 , 0, a3 , 0, · · · ).
7 (an+2 − an+1 − an )n≥0 .
8 (3n an+1 + n(−1)n an )n≥0 .
9 (an a0 + an−1 a1 + · · · + a1 an−1 + a0 an + n)n≥0 .
10 (an + 2an−1 + 3an−2 + · · · + na1 + (n + 1)a0 )n≥0 .
2.6. EXEMPLES 67
(10)
+∞
+∞ +∞
X X X
n
(an + 2an−1 + 3an−2 + · · · + na1 + (n + 1)a0 )x = n
an x (n + 1)x
n
Exemple
Pour i compris entre 1 et 4, notons ani le nombre de manières de donner n ballons à l’enfant i.
On obtient, pour chaque i, la suite (0, 0, 1, 1, · · · ) et la fonction génératrice A(x) = x2 + x3 + x4 + · · · .
La fonction génératrice associée au nombre de manières de distribuer n ballons aux 4 enfants est
donc : !4
4
2 3 4
4 x2
F(x) = A(x) = x + x + x + · · · = .
1−x
+∞
X !
8 n+4−1 n
En utilisant le théorème du binôme généralisé on trouve F(x) = x x . Le coefficient
n
n=0
de x12 est donc : ! !
4+3 7
= = 35.
4 3
Exemple
De combien de manières peut-on choisir 12 beignets, si les sortes disponibles sont choco-
lat, pomme, nature et si on doit choisir au moins 2 beignets de chaque type, mais pas plus
de 4 beignets nature ? (l’ordre de sélection n’importe pas).
Soient C(x), P(x) et N (x) les fonctions génératrices associées respectivement aux nombres de
manières de choisir les beignets au chocolat, aux pommes ou nature. On a :
C(x) = P(x) = x2 + x3 + x4 + · · · et N (x) = x2 + x3 + x4 .
La fonction génératrice associée au nombre de manières de choisir n beignets est donc :
!2
2 x2
F(x) = C(x)P(x)N (x) = x2 + x3 + x4 + · · · x2 + x3 + x4 = x2 + x3 + x4 .
1−x
D’après le théorème du binôme généralisé on trouve :
+∞ ! +∞ !
X n+2−1 n 6 X n+1 n
F(x) = x6 + x7 + x8 x = x + x7 + x8 x .
n 1
n=0 n=0
! ! !
7 6 5
Le coefficient de x12 est donc : + + = 18.
1 1 1
Exemple
Déterminer le nombre de façons de distribuer six bonbons à quatre enfants de telle ma-
nière que chacun en ait un ou deux.
Chaque enfant recevant un ou deux bonbons, nous lui associons le polynôme x+x2 . La fonction
+∞
X
génératrice associée au problème, notée Q(x) = qk xk , est de ce fait égale à :
k=0
4
x + x2 = x4 + 4x5 + 6x6 + 4x7 + x8 .
Un coefficient qk de cette fonction est égal au nombre de façons de distribuer k bonbons à quatre
enfants de telle manière que chacun en ait un ou deux. Ainsi le problème n’a de solution que si
4 ≤ k ≤ 8 et alors :
2.6. EXEMPLES 69
Nombres de bonbons ≤3 4 5 6 7 8 ≥9
Nombres de solutions 0 1 4 6 4 1 0
Pour i compris entre 1 et 5, soit Ai (x) la fonction génératrice associée au nombre de manières
de choisir αi xi = k, où αi est le coefficient de xi dans l’équation x1 + x2 + x3 + 2x4 + 3x4 = N . On a :
x2 1 − x4
A1 (x) = x2 + x3 + x4 + · · · = , A2 (x) = 1 + x + x2 + x3 = ,
1−x 1−x
x(1 − x6 ) x2
A3 (x) = x + x2 + x3 + x4 + x5 + x6 = , A4 (x) = x2 + x4 + x6 + · · · = ,
1−x 1 − x2
1
A5 (x) = 1 + x3 + x6 + x9 + · · · = .
1 − x3
La fonction génératrice associée au nombre de solutions de l’équation est donc :
x2 1 − x4 x(1 − x6 ) x2 1
F(x) = A1 (x)A2 (x)A3 (x)A4 (x)A5 (x) = · · · ·
1−x 1−x 1−x 1 − x2 1 − x3
x5 (1 − x2 )(1 + x2 )(1 − x3 )(1 + x3 ) x5 (1 + x2 )(1 + x3 )
= =
(1 − x)3 (1 − x2 )(1 − x3 ) 1 − x3
+∞ ! +∞ !
X n+3−1 n 5 X n+2 n
5 7 8 10 7 8 10
= x +x +x +x x = x +x +x +x x .
n 2
n=0 n=0
Exemple
Quatre personnes lancent chacune une fois un dé, dont les faces sont numérotées de 1 à 6.
De combien de façons le total peut-il être 17 ?
4
X ! +∞
X !
6 4 k 4 6k k+3 k
On a 1 − x = (−1) −4
x et (1 − x) = x . On cherche le coefficient de x13 dans
k 3
k=0 k=0
4
6 −4
1 − x (1 − x) :
! ! ! ! ! ! ! !
4 16 4 10 4 4 16 10
− + = −4 = 104.
0 3 1 3 2 3 3 3
70 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES
Exemple
Chacun des 3 garçons lance une fois un dé dont les faces sont numérotées de 1 à 6. Déter-
miner le nombre de façons d’obtenir un total de 14.
Soit ar le nombre de façons d’obtenir un total de r. La fonction génératrice de (ar )r≥0 est :
!3 +∞
X !
2 6 3 3 5 3 3 1 − x6 3 6 12 18 i +2 i
(x + x + · · · + x ) = x (1 + x + · · · + x ) = x = x (1 − 3x + 3x −x ) x.
1−x 2
i=0
! ! ! !
11 + 2 5+2 13 7
La réponse est a14 , coefficient de x14 , est donnée par : a14 = −3 = −3 = 15.
2 2 2 2
On recherche le nombre de décompositions, appelées partitions, d’un entier naturel non nul
n en tant que sommes d’entiers non nuls qui lui sont inférieurs, indépendamment de l’ordre
d’écriture.
Définition
Une partition d’un entier n ∈ N∗ en k parties est un k -uplet α = (α1 , α2 , · · · , αk ) tel que
α1 , α2 , · · · , αk ∈ N∗ , et :
α1 + α2 + · · · + αk = n, α1 ≥ α2 ≥ · · · ≥ αk .
Remarque
Les entiers entrant dans la décomposition, qualifiés de parties, sont non nuls car on pourrait
écrire 4 = 4 + 0 mais aussi 4 = 1 + 0 + 0 + 2 + 0 + 1 + 0 + 0 · · ·, etc. : on convient donc de ne pas
utiliser de zéros dans la décomposition.
f 1 + f 2 + · · · + f n = k, f 1 + 2f 2 + 3f 3 + · · · + nf n = n.
5 = 5 (ordre 1)
= 4+1 = 3+2 (ordre 2)
= 3+1+1 = 2+2+1 (ordre 3)
= 2+1+1+1 (ordre 4)
= 1+1+1+1+1 (ordre 5).
Proposition
Remarque
Une partition de n est équivalente à une distribution de n objets identiques dans n boîtes
identiques (avec éventuellement des boîtes vides). Voici une illustration avec n = 4.
x6 = 1 · x2 · 1 · x4 ←→ 6 = 2+4
6 2 3
x = x·x ·x ·1 ←→ 6 = 1 + 2 + 3.
72 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES
6 = 5 + 1 = 4 + 2 = 3 + 2 + 1;
7 = 6 + 1 = 5 + 2 = 4 + 3 = 4 + 2 + 1;
8 = 7 + 1 = 6 + 2 = 5 + 3 = 5 + 2 + 1 = 4 + 3 + 1;
alors, a6 = 4, a7 = 5 et a8 = 6. Il est facile de voir que la fonction génératrice de (ar )r≥1 est :
+∞
Y
(1 + x)(1 + x2 )(1 + x3 ) × · · · = (1 + xi ).
i=1
Notons que puisque l’ordre de chaque partie est arbitraire, alors le nombre de termes du
membre de gauche est infini. Par exemple a6 = 4 car dans le produit ci-dessus, il y a 4
façons pour exprimer x6 , à savoir :
x6 = x6 ←→ 6 = 6
6 1 5
x = x x ←→ 6 = 5+1
x6 = x2 x4 ←→ 6 = 4+2
6 1 2 3
x = x x x ←→ 6 = 3 + 2 + 1.
❏ Soit br la nombre de partition de r en des parties impaires. Par exemple b8 = 6 car parmi
les 22 partitions de 8 il y en a uniquement 6 ne contenant que des parties impairs, à savoir :
8 = 8 = 7 + 1 = 6 + 2 = 5 + 3 = 5 + 2 + 1 = 4 + 3 + 1.
Démonstration
Soit ar (resp. br ) le nombre de partitions en parties distinctes (resp. impaires). Alors, la fonction
génératrice de (ar ) est :
1 − x2 1 − x4 1 − x6 1 − x8 1
(1 + x)(1 + x2 )(1 + x3 )(1 + x4 ) · · · = · 2
· 3
· ··· = ,
1−x 1−x 1−x 1−x 4 (1 − x)(1 − x3 )(1 − x5 ) · · ·
2.7. PARTITIONS D’UN ENTIER NATUREL 73
qui est précisément la fonction génératrice de (br ). Par suite ar = br pour tout r ∈ N∗ .
Une partition ordonnée d’un entier strictement positif n en k parties est une solution de
l’équation x1 + x2 + · · · + xk = n dans l’ensemble des entiers strictement positifs, c’est-à-dire
un k -uplet (α1 , α2 , · · · , αk ) d’entiers strictement positifs tels que leur somme soit égale à n.
Pour la partition ordonnée (α1 , α2 , · · · , αk ) nous utiliserons également la notation α1 + α2 +
· · · + αk .
(f 1 + f 2 + · · · + f n )!
f 1 !f 2 ! · · · f n !
partitions ordonnées de n, telles que, pour tout i ∈ {1, 2, · · · , n}, il y a exactement f i parties
qui sont égales à i.
Théorème
!
n−1
1 Le nombre de partitions ordonnées de n ∈ N∗ en k parties est égal à .
k−1
2 Le nombre de toutes les partitions de n ∈ N∗ est égal à 2n−1 .
Théorème
Soient n1 , n2 , · · · , nk des entiers strictement positifs distincts. On note par H(n1 , · · · , nk ; n)
le nombre de partitions ordonnées de n ∈ N∗ en parties appartenant à l’ensemble
{n1 , n2 , · · · , nk }. Alors on a :
k
X
H(n1 , · · · , nk ; n) = H(n1 , · · · , nk ; n − nj )
j=1
0 si m < 0,
avec H(n1 , · · · , nj ; m) =
1 si m = 0.
Démonstration
Soit S l’ensemble de toutes les partitions ordonnées de n ∈ N∗ telles que chaque partie de toute par-
tition appartient à l’ensemble {n1 , · · · , nk }. Soit Sj l’ensemble des partitions (α1 , α2 , · · · ) ∈ S telles que
α1 = nj . Alors, S est la réunion des ensembles, deux à deux disjoints, S1 , S2 , · · · , Sk , et par conséquent
on obtient :
k
X k
X
H(n1 , n2 , · · · , nk ; n) = |S| = |Sj | = H(n1 , n2 , · · · , nk ; n − nj ).
j=1 j=1
74 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES
Exemple
Supposons qu’un message soit envoyé par des signaux d’une longueur de 1, 2, 3 ou 4
unités de temps. Combien de messages différents peuvent être envoyés pendant 10 unités
de temps ?
On doit déterminer H(1, 2, 3, 4; 10). Posons H(n) = H(1, 2, 3, 4; n) pour tout n ∈ N∗ . Il est facile de
voir que H(1) = 1, H(2) = 2, H(3) = 4 et H(4) = 8. D’après le théorème précédent on trouve que :
D’après la relation ci-dessus, il s’ensuit que H(5) = 15, H(6) = 29, H(7) = 56, H(8) = 108, H(9) =
208 et H(10) = 401.
Théorème
Soient n1 , n2 , · · · , nk des entiers strictement positifs distincts. On note par G(n1 , · · · , nk ; n)
le nombre de partitions de n ∈ N∗ telles que toute partie de toute partition appartient à
l’ensemble {n1 , n2 , · · · , nk }. Alors on a :
Démonstration
Soit S l’ensemble de toutes les partitions de l’entier strictement positif n telles que chaque partie de
chaque partition appartient à l’ensemble {n1 , · · · , nk }. Soit S1 ⊂ S l’ensemble des partitions dans S
pour lesquelles il existe une partie égale à nk , et soit S2 ⊂ S l’ensemble des partitions dans S pour
lesquelles une telle partie n’existe pas. Il est évident que :
Corollaire
Si n1 = 1, n2 = 2, · · · , nk = k, Gk (n) = G(1, · · · , k; n), et Gk (0) = 1, Gk (m) = 0 pour m < 0, alors
on a les relations suivantes :
Exemple
De combien de façons peut-on payer un montant de 50e avec des pièces ou des billets de
1e, 2e, 5e, 10e et 20e ?
Le nombre cherché est G(1, 2, 5, 10, 20; 50). Il est facile de voir que G(1, n) = 1 pour tout n ∈ N.
2.7. PARTITIONS D’UN ENTIER NATUREL 75
2.7.1 Exemples
Exemple
Exemple
Exemple
Posons yi = xi − ci pour i ∈ J1, kK. On est donc ramené à déterminer les solutions de l’équation
y1 + y2 + · · · + yk = n − c1 − c2 − · · · − ck avec y1 , y2 , · · · , yk ∈ N. D’après l’avant dernier exemple, ce
76 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES
Exemple
Exemple
Exemple
Soit m∈ N∗ . Il est facile de montrer que le nombre de paires (a, b) ∈ N2 vérifiant a ≤ b et a+b = m
m
est égal à + 1. Soit S l’ensemble des solutions de l’équation x1 + x2 + x3 = 100 dans N telles que
2
x1 ≤ x2 ≤ x3 . Pour tout k ∈ J0, 33K, soit Ak l’ensemble des solutions de l’équation x1 + x2 + x3 = 100
telles que k = x1 ≤ x2 ≤ x3 . Il est clair que S = A0 ∪ A1 ∪ · · · ∪ A33 , et les Ai sont deux à deux
disjoints. On pose a = x2 − k et b = x3 −$ k, alors |A 2
% k | est le nombre de paires (a, b) ∈ N telles que
100 − 3k
a + b = 100 − 3k, et 0 ≤ a ≤ b, i.e., |Ak | = + 1. Par conséquent :
2
33
X 33
X
4j + 1
|S| = |Ak | = 34 + = 884.
2
k=0 j=0
Exemple
Combien y a-t-il de triangles de périmètre 300 si la longueur de chaque côté est un entier
strictement positif ?
x +y > 150. Ce nombre, que l’on note s, est aussi le nombre de points (x, y), à coordonnées entières
vérifiant les conditions x < 150, y < 150 et x + y > 150. D’où, s = 1 + 2 + 3 + · · · + 148 = 11026. Soit X
(respectivement Y ) le nombre de triangles avec trois côtés distincts (resp. avec exactement deux
côtés égaux), de périmètre 300, et dont les côtés sont des entiers strictement positifs. Alors, on a :
11026 = 6X + 3Y + 1 = 6(X + Y + 1) − 3(Y + 1) − 2, et le nombre de triangles vérifiant les conditions
de l’exemple est égal à :
11026 Y + 1 1
X +Y +1 = + + .
6 2 3
Notons que Y + 1 est le nombre de paires (x, y) ∈ N∗ × N∗ telles que 2x + y = 300 et 2x > y, i.e., le
nombre de x ∈ N∗ tels que 75 < x < 150. Par suite, Y + 1 = 74, et finalement X + Y + 1 = 1875.
Exemple
De combien de façons peut-on placer 12n +5 balles indiscernables dans 4 boîtes étiquetées
1, 2, 3 et 4, de sorte que chaque boîte contienne au moins une balle et que le nombre de
balles dans chaque boîte ne soit pas supérieur à 6n + 2 ?
Dans cette solution on considère toujours les équations dans l’ensemble N∗ . Le nombre de
solutions de l’équation :
x1 + x2 + x3 + x4 = 12n + 5 (1)
! !
12n + 4 12n + 4 − k
est égal à . Le nombre de solutions de l’équation x2 + x3 + x4 = 12n − k est . Il
3 3
s’ensuit que le nombre de solutions de (1) telles que x1 > 6n + 2 est égal à :
12n+2
X ! !
12n − k + 4 6n + 2
= .
2 3
k=6n+3
6n+1
X 6n
X !
3n + 1
(6n − k + 2) + (6n − k + 1) = 2 .
2
k=3n+2 k=3n+1
Le nombre de solutions de l’équation (1) telles qu’il y a exactement trois entiers strictement posi-
tifs distincts parmi x1 , x2 , x3 , x4 est égal à :
!" ! !#
4 6n + 2 3n + 1
2 −4 − 12(2n + 1) = 12n(9n + 4).
2 2 2
Le nombre de solutions de l’équation (1) telles qu’il y a exactement deux entiers strictement
positifs distincts parmi x1 , x2 , x3 , x4 est égal à 4(2n + 1). La réponse finale à notre question est
donc :
12n(12n2 + 3n − 1) 12n(9n + 4) 4(2n + 1) (n + 1)(12n2 + 9n + 2)
+ + = .
24 12 4 2
Exemple
Pour répondre à la question on doit déterminer H(5, 10, 15, 20; 60). Notons que :
Montrer que le nombre de toutes les partitions d’un entier n ∈ N∗ est égal au nombre de
partitions de 2n en n parties.
Soit S1 l’ensemble des partitions de 2n en n parties, et soit S2 l’ensemble de toutes les partitions
de n ∈ N∗ . Pour tout (α1 , α2 , · · · , αn ) ∈ S1 tel que α1 ≥ · · · ≥ αk > 1 = αk+1 = · · · = αn , on définit
l’application f : S1 −→ S2 par :
f ((α1 , α2 , · · · , αn )) = (α1 − 1, α2 − 1, · · · , αk − 1) .
Définition
+∞
X +∞
X
a n n b
n n
❏ Si f (x) = x et g(x) = x sont les séries génératrices exponentielles des suites
n! n!
n=0 n=0
(an )n≥0 et (bn )n≥0 respectivement, alors
n
+∞ X !
X n xn
h(x) = f (x)g(x) =
a b
k n−k
k n!
n=0 k=0
n
X !
n
est la série génératrice exponentielle de la suite cn = a b .
k k n−k
k=0
Exemple
+∞ r
X x
La série génératrice exponentielle est = e x . Ceci explique le nom « exponentielle ».
r!
r=0
Exemple
+∞
X xr 1
La série génératrice exponentielle est r! = 1 + x + x2 + · · · = .
r! 1−x
r=0
Exemple
+∞
X (kx)r
La série génératrice exponentielle est = e kx .
r!
r=0
Exemple
1 1 1
La fonction génératrice est g(x) = + pour |x| < . La série génératrice exponen-
1 − 2x 1 − 3x 3
tielle est f (x) = e 2x + e 3x .
80 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES
Exemple
3 1 × 3 × 5 × · · · × (2r + 1)
Il suffit de montrer que le coefficient de xr dans (1 − 2x)− 2 est . En effet,
! r!
+∞
X
3 −3/2
le coefficient de xr dans (1 − 2x)− 2 = (−2x)i est :
i
i=0
! r
r
−3 (− 23 )(− 32 − 1) · · · (− 32 − r + 1) 1 3 · 5 · 7 · · ·(2r + 1) 1 · 3 · 5 · · ·(2r + 1)
(−2) 2 = (−2)r = (−2)r − = .
r r! 2 r! r!
Exemple
Déterminer la série génératrice exponentielle de la suite A0n , A1n , A2n , · · · où Arn est le
nombre de r -permutations de n objets distincts (on rappelle que Arn = nr · r!).
n
X n !
xr X n r
La série génératrice exponentielle est donnée par Arn = x = (1 + x)n . Notons que :
r! r
r=0 r=0
! ! !
n x1 x1 x1
(1 + x) = 1 + 1+ · 1+ ,
1! 1! 1!
| {z } | {z } | {z }
(1) (2) (n)
Exemple
x x2 xp
La série génératrice exponentielle est 1+ + +· · ·+ car ar = 1 pour chaque r = 0, 1, 2, · · · , p
1! 2! p!
et ar = 0 pour chaque r > p.
Exemple
Proposition
{b1 , · · · , b1 , b2 , · · · , b2 , · · · , bk , · · · , bk }.
| {z } | {z } | {z }
n1 n2 nk
Alors, la série génératrice exponentielle de la suite (ar )r≥0 est donnée par :
! ! !
x x2 x n1 x x2 x n2 x x2 x nk
1+ + + ··· + 1+ + + ··· + ··· 1 + + + ··· + ,
1! 2! n1 ! 1! 2! n2 ! 1! 2! nk !
| {z }| {z } | {z }
(b1 ) (b2 ) (bk )
xr
et ar est le coefficient de dans le développement du produit ci-dessus.
r!
Exemple
Soit ar le nombre des r-permutations du multi-ensemble {A, A, A, P, P, Y } formé par les lettres
du mot PAPAYA. La série génératrice exponentielle de la suite (ar )r≥0 est donnée par :
! ! !
x1 x2 x3 x1 x2 x1
1+ + + 1+ + 1+ .
1! 2! 3! 1! 2! 1!
| {z }| {z } | {z }
(A) (P) (Y )
x2 x2 x2 x2 x3 x3 x4
x· ·x+ ·x·x+ · ·1+ ·x·1+ · 1 · x = a4 · .
2! 2! 2! 2! 3! 3! 4!
4! 4! 4! 4! 4!
Par conséquent : a4 = + + + + .
2! 2! 2! 2! 3! 3!
|{z} |{z} |{z} |{z} |{z}
{A,P,P,Y } {A,A,P,Y } {A,A,P,P} {A,A,A,P} {A,A,A,Y }
Exemple
Exemple
e x + e −x x2 x4 e x − e −x x3
Notons que =1+ + + · · · ne contient que des termes pairs, et =x+ +
2 2! 4! 2 3!
x5
+ · · · ne contient que des termes impairs. La série génératrice exponentielle de (ar )r≥1 est :
5!
!2 x −x ! +∞
e x + e −x e −e 1 4x 1 X xr
x 2x −2x r r r
e = e −1+e −e = −1 + (4 + 2 − (−2) ) ,
2 2 |{z} 8 8 r!
r=0
| {z } | {z } (4)
(1)(2) (3)
car les boîtes (1) et (2) contiennent un nombre pair d’objets, et la boîte (3) en contient un nombre
4r + 2r − (−2)r
impair. Par conséquent, ar = pour tout r ∈ N∗ .
8
Exemple
n
X !
i n
Donc, ar = (−1) (n − i)r , ce qui est exactement le nombre de surjections de J1, rK dans J1, nK.
i
i=0
D’une manière générale, les problèmes de distribution peuvent être classés en 4 types, selon que
les objets à distribuer sont identiques ou distincts et que les boîtes contenant ces objets sont
identiques ou distinctes. Nous terminons ce paragraphe en résumant les résultats pour ces 4
types de problèmes dans le tableau suivant, où ♯ désigne le nombre de façons de répartir r objets
en n boîtes soumises aux conditions des colonnes 2 et 3 du tableau.
où S(r, n) est le nombre de Stirling de seconde espèce, i.e., le nombre de façon de distribuer r
objets distincts dans n boîtes identiques de sorte qu’aucune boîte ne soit vide. On a : S(0, 0) =
1, S(r, 0) = S(0, n) = 0, S(r, n) > 0 si r ≥ n ≥ 1, S(r, n) = 0 si n > r ≥ 1, S(r, 1) = 1 pour r ≥ 1, S(r, r) =
1
1 pour r ≥ 1, S(r, 2) = 2r−1 − 1, S(r, 3) = (3r−1 + 1) − 2r−1 , S(r, r − 1) = 2r , S(r, r − 2) = 3r + 3 4r , et
2
pour tout r, n ∈ N∗ avec r ≥ n : S(r, n) = S(r − 1, n − 1) + nS(r − 1, n).
2.9. FORMULE DE MULTISECTION 83
X m−1
1 X −rt t 2iπ
ak x k = ω f ωx où ω = e m .
m
k≡r (mod m) t=0
c’est-à-dire :
+∞
X m−1
1 X −rt
amj+r xmj+r = ω f (ω t x).
m
j=0 t=0
Démonstration
La preuve de la formule de multisection consiste simplement à comparer les coefficients de xj , j ≥ 0,
dans les deux membres de l’équation du théorème. Le coefficient de xj dans l’expression
m−1
1 X −rt t
ω f ωx
m
t=0
est égal à :
m−1
1X a j
si j ≡ r (mod m)
cj = aj ω t(j−r) =
0
m sinon.
t=0
Corollaire
∞
X
En prenant m = 2 dans la formule de multisection, et si f (x) = ak xk , alors :
k=0
∞
X ∞
X
f (x) + f (−x) f (x) − f (−x)
a2j x2j = , a2j+1 x2j+1 = .
2 2
j=0 j=0
On retrouve le résultat classique affirmant qu’une fonction est la somme d’une fonction paire et
d’une fonction impaire :
f (x) + f (−x) f (x) − f (−x)
f (x) = + .
2 2
Exemple
X ! ! ! !
n n n n
Déterminer la valeur de : = + + + ···
k 0 3 6
k≡0 (mod 3)
84 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES
n
X !
n k n
En appliquant la formule de multisection à (1 + x) = x avec 0 ≤ k < m et x = 1 on trouve :
k
k=0
X ! 2
n 1X
= (1 + ω s )n .
k 3
k≡0 (mod 3) s=0
Montrer que :
X ! m−1 n
n 1X jπ j(n − 2r)π
= 2 cos cos .
k m m m
k≡r (mod m) j=0
n
X !
n n k
Soit f (x) = (1 + x) = x , alors :
k
k=0
! m−1 m−1
m−1 n !
X n 1 X −rt 1 X −rt 1 X X n (k−r)t
t t n
= ω f (ω ) = ω (1 + ω ) =
ω .
k m m m k
k≡r (mod m) t=0 t=0 t=0 k=0
On conclut que :
X ! m−1 n
n 1X jπ j(n − 2r)π
= 2 cos cos .
k m m m
k≡r (mod m) j=0
Exemple
où [xp y σ ] F(x, y) est le coefficient de xp y σ dans le développement de F(x, y). Il ne reste plus qu’à
trouver une expression explicite de N . D’après la formule de multisection, on déduit que :
p−1
1 X
2iπ
N = ap F x, ω j où ω = e p .
p
j=0
Ainsi, on a :
p−1
1 X p−1
1 X
N = ap 1 + xω j 1 + xω 2j · · · 1 + xω 2pj = ap (1 + x)2 (1 + xω j )2 · · · (1 + xω (p−1)j )2 .
p p
j=0 j=0
Or, comme 1, ω j , ω 2j , · · · , ω (p−1)j est une permutation de {1, ω, ω 2 , · · · , ω p−1 } pour j ∈ J1, p −1K (car
p est premier), alors on déduit que
" #
1h i
N = ap (1 + x)2p + (p − 1) (1 + xp )2
p
Exemple
Cette généralisation est due à Jacob Lurie, un candidat américain qui a gagné la médaille d’or
aux OIM en 1994 (avec un score parfait), et une médaille d’argent en 1995. Il est actuellement
professeur de mathématiques à l’Université Harvard.
Comme dans l’exemple précédent, N est donné par
n−1
1 X
2 j 2 (n−1)j 2 2iπ
N = an (1 + x) (1 + xω ) · · · (1 + xω ) où ω = e n .
n
j=0
Pour tout j ∈ J0, n − 1K, il existe un plus petit entier k > 0 tel que ω jk = 1, c’est l’ordre de ω j et il
est égal à δ = dn où d = pgcd(n, j). On a :
2 2 h i2d
(1 + x)2 1 + xω j · · · 1 + xω (n−1)j = (1 + x) 1 + xω j · · · 1 + xω (δ−1)j
h i2d
= 1 + xδ (−1)δ−1 .
86 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES
n
Pour chaque diviseur d de n, il existe ϕ entiers j ∈ J0, n−1K tels que pgcd(n, j) = d, et par suite :
d
! !
1 X n 2d (−1)n X n 2d
N = ϕ (−1)δd−d = ϕ (−1)d .
n d d n d d
d|n d|n
Proposition
+∞
X m−1
(−1)k xmk+r 1 X −r(2t+1) ω2t+1 x
= ω e .
(mk + r)! m
k=0 t=0
En particulier :
+∞
X 3x 2m−1 x
(−1)k xmk e ωx + e ω + · · · + eω
= .
(mk)! m
k=0
+∞
X m−1
X
(−1)k xmk+r ωx
2 Si f r (x) = , alors e = ω r f r (x). Dans le cas particulier où m = 2 on
(mk + r)!
k=0 r=0
retrouve la relation d’Euler e ix = cos x + i sin x.
2.10 Exercices
Exercice 1 K
Trouver des fonctions génératrices sous forme close associées aux suites suivantes :
(1) (n2n )n≥0 .
(2) (an + b)n≥0 .
(3) (n2 )n≥0 .
(2)
+∞ ′
+∞
X +∞
X +∞
X X +∞
X
1 ′ b (a − b)x + b
(an + b)xn = a nxn + b xn = ax xn + b xn = ax + = .
1−x 1−x (1 − x)2
n=0 n=0 n=0 n=0 n=0
(3)
+∞
X +∞
X +∞
X +∞
X ′′ ′
1 1 x(x + 1)
n2 xn = x +x2 n2 xn−2 = x2 n(n−1)xn−2 +x nxn−1 = x2 +x = .
1−x 1−x (1 − x)3
n=0 n=2 n=2 n=1
2.10. EXERCICES 87
Exercice 2 K
5 4x2 x
(1) (1 − x)(1 + x2 )3 , (2) , (3) , (4) .
1 − x2 1−x (1 − 3x)3
Solution.
(1) On a :
Exercice 3 K
Déterminer la fonction génératrice de la suite (cr )r≥0 définie par c0 = 0 et cr = 12 +22 +· · ·+r 2
Xr ! !
∗ 2 r +1 r +2
pour tout r ∈ N . En déduire que : i = + .
3 3
i=1
Solution. Soient ai = i et bi = i 2 pour tout i ∈ N. La fonction génératrice de (ar )r≥0 est A(x) =
x
. Puisque br = rar pour tout r ∈ N alors la fonction génératrice B(x) de la suite (br )r≥0
(1 − x)2
est donnée par :
(1 − x)2 + x · 2(1 − x) x + x2
B(x) = xA′ (x) = x · = .
(1 − x) 4 (1 − x)3
r
X r
X r
X
Maintenant, comme c0 = 0 = b0 , et cr = i2 = i2 = bi pour tout r ∈ N∗ , on déduit que
i=1 i=0 i=0
la fonction génératrice C(x) de la suite (cr )r est donnée par :
B(x) x + x2
C(x) = = .
1−x (1 − x)4
88 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES
Exercice 4 K
r
X
Déterminer la fonction génératrice de la suite (cr )r≥0 définie par cr = i 2i pour tout
i=0
r
X
r ∈ N. En déduire que : i 2i = 2 + (r − 1)2r+1 .
i=0
Solution. Soient ai = 2i et bi = i2i pour tout i ∈ N. La fonction génératrice A(x) de la suite (ai )i
1
est donnée par A(x) = . Puisque bi = iai pour tout i ∈ N alors la fonction génératrice B(x)
1 − 2x
Xr
2x
de la suite (bi )i est donnée par B(x) = xA′ (x) = . Finalement, puisque c r = i 2i =
(1 − 2x)2
i=0
Xr
bi , alors la fonction génératrice C(x) de la suite (cr )r est donnée par :
i=0
B(x) 2x 2 4 2
C(x) = = = − + .
1−x (1 − 2x)2 (1 − x) 1 − x 1 − 2x (1 − 2x)2
X +∞
1 2
Puisque A(x) = = 2r xr , et A′ (x) = , alors
1 − 2x (1 − 2x)2
r=0
+∞ +∞
1 1 ′ 1 X r r−1 X
= A (x) = r 2 x = (r + 1)2r xr ,
(1 − 2x)2 2 2
r=1 r=0
Puisque l’équation cr = 2 + (r − 1)2r+1 est aussi vraie pour r = 0, il s’ensuit que pour tout r ∈ N :
r
X
i 2i = cr = 2 + (r − 1)2r+1 .
i=0
2.10. EXERCICES 89
Exercice 5 K
an = 2an−1 + 3an−2 .
Exercice 6 K
Soit (un )n≥0 la suite récurrente définie par u0 = 0, u1 = 1 et pour n ≥ 2 : un+1 = 5un − 6un−1 .
Montrer que, pour tout n ∈ N, on a : un = 3n − 2n .
Exercice 7 K
Considérons un escalier à n marches. Combien de façons y a-t-il de monter cet escalier si,
à chaque pas, on monte soit 1 marche, soit 2 marches ?
Solution. Soit Sn le nombre de façons de monter un escalier à n marches, où, à chaque pas, on
monte soit 1 marche, soit 2 marches. Clairement, S1 = 1 et S2 = 2. Pour n ≥ 1, le nombre de
façons de monter un escalier à n + 2 marches est Sn+1 , si on monte la première marche seule et
Sn , si on monte les deux premières marches ensemble. On en déduit que l’on a : Sn+2 = Sn+1 +Sn .
Ceci implique que Sn est exactement le nombre de Fibonacci :
√ !n+1 √ !n+1
1 1 + 5 1− 5
Fn+1 = √ − .
5 2 2
Exercice 8 K
Combien y a-t-il d’entiers à 3 chiffres tels que la somme de leurs chiffres soit égale à 11 ?
Solution. On note par x1 , x2 , x3 les chiffres des centaines, dizaines et unités respectivement,
alors :
x1 + x2 + x3 = 11, x1 ∈ J1, 9K, x2 ∈ J0, 9K, x3 ∈ J0, 9K. (1)
Le nombre recherché est égal au nombre de solutions de (1). Or le nombre S de solutions de
l’équation linéaire (1) est égal au coefficient de xn dans la fonction suivante :
f (x) = (x + x2 + · · · + x9 )(1 + x + · · · + x9 )2 = (1 + x + · · · + x9 )3 − (1 + x + · · · + x9 )2
(1 − x10 )3 (1 − x10 )2
= −
(1 − x)3 (1 − x)2
+∞ ! +∞ !
X n+2 n X n+1 n
10 20 30 10 20
= 1 − 3x + 3x − x x − 1 − 2x + x x .
2 1
n=0 n=0
Exercice 9 K
Soit n un entier naturel inférieur ou égal à 12. Combien y a-t-il de façons de choisir n
beignets de trois saveurs différentes (fraise, vanille et chocolat) s’il doit y avoir au moins
deux beignets de chaque saveur et pas plus de quatre beignets au chocolat.
Solution. Utilisons une fonction génératrice pour résoudre ce problème. Cette fonction gé-
nératrice, notée G(x) est le produit de trois facteurs, chacun d’entre eux correspondant aux
contraintes sur le nombre de beignets d’un parfum donné.
Le facteur de la fonction génératrice correspondant au choix du nombre de beignets à la fraise
est la série formelle x2 + x3 + x4 + x5 + · · · . Celui pour le choix du nombre de beignets à la va-
nille est la série formelle x2 + x3 + x4 + · · · . Enfin celui correspondant au choix du nombre de
beignets au chocolat est le polynôme x2 + x3 + x4 car le nombre de beignets au chocolat doit
être compris entre 2 et 4. Multiplions ces trois facteurs pour obtenir G(x) qui est la fonction
2.10. EXERCICES 91
Pour un nombre total de beignets égal à n, le nombre de choix possibles respectant les
contraintes de l’énoncé est le coefficient gn de xn dans G(x). Calculons ces coefficients gn pour
0 ≤ n ≤ 12.
G(x) = x6 1 − x3 1 + 3x + 6x2 + 10x3 + 15x4 + 21x5 + 28x6 + · · ·
= x6 + 3x7 + 6x8 + 9x9 + 12x10 + 15x11 + 18x12 + · · · .
Nombres de beignets ≤5 6 7 8 9 10 11 12
Nombres de solutions 0 1 3 6 9 12 15 18
Exercice 10 K
Solution. Soit ar le nombre cherché. La fonction génératrice de la suite (ar )r est donnée par :
+∞ !
3 3 X r +3−1 r
1 + x + · · · + x4 = 1 − x5 (1 − x)−3 = 1 − 3x5 + 3x10 − x15 x
r
r=0
+∞ !
X r +2 r
5 10 15
= 1 − 3x + 3x − x x .
2
r=0
Par suite :
! ! ! ! !
10 + 2 10 − 5 + 2 10 − 10 + 2 12 7
a10 = −3 +3 = −3 + 3 = 6.
2 2 2 2 2
Exercice 11 K
Solution. Soit ar le nombre cherché. La fonction génératrice de la suite (ar )r est donnée par :
6 6
x3 + x4 + · · · + x10 1 + x + x2 + · · · = x3 1 + x + · · · + x7 1 + x + x2 + · · ·
+∞ ! +∞ !
X r +7−1 r X r +6 r
= x3 1 − x8 (1 − x)−7 = x3 1 − x8 x = x3 1 − x8 x.
r 6
r=0 r=0
92 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES
Par suite :
! ! ! !
40 − 3 + 6 40 − 11 + 6 43 35
a40 = − = − = 6 096 454 − 1 623 160 = 4 473 294.
6 6 6 6
Exercice 12 K
Solution. Soit ar le nombre cherché. La fonction génératrice de la suite (ar )r est donnée par :
+∞ !
X r +3−1 r
n 3 n+1 3 −3 n+1 2n+2 3n+3
(1 + x + · · · + x ) = 1 − x (1 − x) = 1 − 3x + 3x −x x
r
r=0
+∞ !
X r +2 r
= 1 − 3xn+1 + 3x2n+2 − x3n+3 x .
2
r=0
Par suite : ! ! ! !
2n + 2 2n − (n + 1) + 2 2n + 2 n+1
a2n = −3 = −3 .
2 2 2 2
Exercice 13 K
De combien de façons peut-on répartir 100 chaises identiques dans 4 salles différentes de
sorte que chaque salle ait 10, 20, 30, 40 ou 50 chaises ?
Par suite : ! ! ! !
10 − 4 + 3 10 − 9 + 3 9 4
a10 = −4 = −4 = 68.
3 3 3 3
Exercice 14 K
Exercice 15 K
Solution. On note que ar est égal aux nombres de façons d’arranger r − 4 nombres « 0 » et 4
nombres « 1 » de sorte que deux nombres « 1 » ne soient pas consécutifs, c’est égal alors au
nombre de solutions entières de l’équation :
x1 + x2 + x3 + x4 + x5 = r − 4
x1 + x2 + x3 + x4 + x5 = r − 4
Puisque ar = br−4 , alors la fonction génératrice de la suite (ar )r est donnée par x7 (1 − x)−5 .
On a alors :
+∞
X ! +∞ ! +∞ ! +∞ !
7 −5 7 t + 5 − 1 t X t + 4 t+7 X r − 3 r X r − 3 r
x (1 − x) = x x = x = x = x .
t 4 4 4
t=0 t=0 r=7 r=0
!
r −3
Par conséquent, ar = .
4
Exercice 16 K
Pour r ∈ N, soit ar le nombre de solutions entières de l’équation x1 + x2 + x3 = r avec 3 ≤
x1 ≤ 9, 0 ≤ x2 ≤ 8 et 7 ≤ x3 ≤ 17. Déterminer a28 .
Exercice 17 K
De combien de façons 3000 crayons identiques peuvent-ils être répartis, par paquets de
25, entre quatre groupes d’élèves de sorte que chaque groupe reçoive au moins 150, mais
pas plus de 1000, des crayons ?
Par suite :
! ! ! ! ! !
120 − 24 + 3 120 − 59 + 3 120 − 94 + 3 99 64 29
a120 = −4 +6 = −4 +6 .
3 3 3 3 3 3
Exercice 18 K
6
Déterminer le coefficient de xk , k ≥ 18, dans l’expression x3 + x4 + x5 + · · · .
Exercice 19 K
3
Déterminer le coefficient de x20 , dans l’expression x3 + x4 + x5 + · · · .
Solution. On a :
+∞
X ! +∞
X !
3 h i3 k +3−1 k k+2 k
x3 + x4 + x5 + · · · = x3 1 + x + x2 + · · · = x9 (1 − x)−3 = x9 x = x9 x .
k 2
k=0 k=0
Donc, le coefficient de x20 dans l’expression x3 + x4 + x5 + · · · est égal au coefficient de x20−9 =
2.10. EXERCICES 95
+∞
X ! ! !
k+2 k 11 + 2 13
x11 dans x , qui est égal à = = 78.
2 2 2
k=0
Exercice 20 K
4
Déterminer les coefficients de x9 et x14 dans l’expression 1 + x + x2 + x3 + x4 + x5 .
Solution. On a :
+∞ !
X
k +4−1 k
2 5 4 6 4 −4 6 4
1 + x + x + ··· + x = 1 − x (1 − x) = 1 − x x
k
k=0
+∞ !
X k +3 k
6 12 18 24
= 1 − 4x + 6x − 4x + x x .
3
k=0
! !
9+3 3+3
Donc, le coefficient de x9
dans l’expression (1 + x + x2 + · · · + x5 )4 est égal à −4 =
! ! 3 3
12 6
− 4 , et le coefficient de x14 dans l’expression (1 + x + x2 + · · · + x5 )4 est égal à :
3 3
! ! ! ! ! !
14 + 3 8+3 2+3 17 11 5
−4 +6 = −4 +6 .
3 3 3 3 3 3
Exercice 21 K
Déterminer la formule explicite de la suite (an )n≥0 définie par a0 = 1, a1 = 3, et pour tout
n ≥ 2 par :
1 an = 2an−1 + 3an−2 .
2 an = 2an−1 − 3an−2 .
Solution.
X +∞
1 1
1. La fonction génératrice de (an )n≥0 est donnée par g(x) = = (3x)n pour |x| < . Par
1 − 3x 3
n=0
conséquent, an = 3n pour tout n ∈ N.
1+x
2. La fonction génératrice de (an )n≥0 est donnée par g(x) = . Par conséquent, pour
1 − 2x + 3x2
tout n ≥ 0 : √ √
1−i 2 √ n 1 + i 2 √ n
an = · 1+i 2 + · 1−i 2 .
2 2
Exercice 22 K
On considère n droites dans le plan telles que deux quelconques d’entre elles ne sont
pas parallèles, et trois quelconques d’entre elles ne sont pas concourantes. En combien de
parties le plan est-il divisé par ces n droites ?
Solution. Supposons que les droites en question divisent le plan en xn parties. Alors on a x1 = 2,
et xn = xn−1 + n pour n ≥ 2. En effet, soient d1 , d2 , · · · , dn les droites en question. Les droites
d1 , d2 , · · · , dn−1 divisent le plan en xn−1 parties et ont n − 1 points d’intersection avec la droite
dn . Ces n − 1 points divisent la droite dn en n intervalles (deux d’entre eux ne sont pas bornés),
96 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES
et chacun de ces intervalles divise l’une des xn−1 parties du plan en deux nouvelles parties.
Maintenant, il est facile de conclure que :
n2 + n + 2
xn = 2 + 2 + 3 + 4 + · · · + n = .
2
Exercice 23 K
Solution. Soit an le nombre cherché. La série génératrice exponentielle de la suite (an )n est
donnée par :
! +∞ n
X
x
x 2 e +e
−x e 3x + e x 3 +1 n
(e ) = = x .
2 2 2n!
n=0
3n + 1
Par conséquent, an = .
2
Exercice 24 K
Déterminer le nombre de suites à 4 nombres à n chiffres contenant un nombre impair de
0, un nombre pair de 1 et au moins un 3.
Solution. Soit an le nombre cherché. La série génératrice exponentielle de la suite (an )n est
donnée par :
! ! +∞
e x + e −x e x − e −x x x e 4x − e 3x − 1 + e −x 1 X 4n − 3n + (−1)n n
e (e − 1) = = − + x .
2 2 4 4 4n!
n=0
4n − 3n + (−1)n
Par conséquent, an = .
4
Exercice 25 K
Solution.
1. Soit an le nombre cherché. Alors, soit le nombre des a et des s sont tous les deux pairs, soit
ils sont tous les deux impairs. Par conséquent, la série génératrice exponentielle de la suite
(an )n est donnée par :
! ! +∞ n
x −x 2 e x − e −x 2 e 6x + e 2x X 6 + 2n n
x 4 e + e
(e ) =
= x .
2 2 2 2n!
n=0
6n + 2n
Par suite, an = .
2
2. Soit an le nombre cherché. Alors, soit le nombre de a est pair et le nombre de s est impair,
soit le nombre de a est impair et le nombre de s est pair. Par conséquent, la série génératrice
2.10. EXERCICES 97
6n − 2n
Par suite, an = .
2
Exercice 26 K
Solution. Soit ar le nombre cherché. La série génératrice exponentielle de la suite (ar )r est
donnée par :
!3 !2
e x − e −x e x + e −x e 5x − e 3x − 2e x + 2e −x + e −3x − e −5x
=
2 2 32
+∞
X 5r − 3r − 2 + 2(−1)r + (−3)r − (−5)r
= xr .
32r!
r=0
Exercice 1 KK
Montrer que pour tout n ∈ N∗ on a :
n
X ! ! !
2n + 1 2k 2n−2k+1 4n + 2
2 = .
2k k 2n + 1
k=0
4n+2
X !
4n + 2 k
Solution. D’une part, dans l’équation (1+x)4n+2 = x , le coefficient de x2n+1 est égal
k
k=0
4n+2
à 2n+1 . D’autre part, dans l’équation
!
2n+1
X
h i2n+12n + 1
4n+2 2
(1 + x) = (1 + x ) + 2x = (2x)2n+1−k (1 + x2 )k
k
k=0
k !
X 2n + 1!
2n+1 X k
2n+1−k 2n+1−k
= 2 x x2i ,
k i
k=0 i=0
n
X ! !
2n + 1 2n+1−2i 2i
le coefficient de x2n+1 est égal à 2 . Donc,
2i i
i=0
n
X ! ! !
2n + 1 2i 2n−2i+1 4n + 2
2 = .
2i i 2n + 1
i=0
98 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES
Exercice 2 KK
En effet, un terme en x21 est obtenu en prenant un terme xi1 dans la première parenthèse, un
terme xi2 dans la deuxième parenthèse et un terme xi3 dans la troisième parenthèse, de façon à
avoir i1 + i2 + i3 = 21. Chaque choix possible pour i1 , i2 et i3 augmente d’une unité le coefficient
de x21 dans le produit. Le coefficient de x21 est 9. Les 9 façons possibles de régler un montant
de 21 centimes sont les suivantes :
21 = 5 + 5 + 5 + 5 + 1 = 5 + 5 + 5 + 2 + 2 = 5 + 5 + 5 + 2 + 2 + 1 + 1
= 5+5+5+2+1+1+1+1 = 5+5+5+1+1+1+1+1+1 = 5+5+2+2+2+2+2+1
= 5+5+2+2+2+2+1+1+1 = 5+5+2+2+2+1+1+1+1+1
= 5 + 2 + 2 + 2 + 2 + 2 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1.
Exercice 3 KK
De combien de façons différentes peut-on échanger la somme de n euros contre des pièces
de 1 et 2 euros ?
1 1 1
Il n’est pas difficile de voir que A = , B = et C = . Par suite
2 4 4
+∞
X 1 1 1
f (x) = an x n = + +
2(1 − x)2 4(1 − x) 4(1 + x)
n=0
+∞ ! +∞ +∞ +∞
1 X n+1 n 1 X n 1 X 1X
= x + x + (−1)n xn = [2n + 3 + (−1)n ] xn .
2 1 4 4 4
n=0 n=0 n=0 n=0
2.10. EXERCICES 99
En conclusion, le nombre de façons différentes pour échanger la somme de n euros contre des
pièces de 1 et 2 euros est égal à :
2n + 3 + (−1)n
an = .
4
Exercice 4 KK
Considérons tous les quadruplets (a, b, c, d) d’entiers strictement positifs tels que a + b + c +
d = 31. Soient P l’ensemble des produits des éléments de ces quadruplets, et S la somme
des éléments de P. Montrer que S est divisible par 31.
Solution. Soit Q(x) = x + 2x2 + 3x3 + · · · . Pour obtenir un terme avec le coefficient 31 dans Q(x)4
on doit choisir 4 termes axa , bxb , cxc , dxd de Q(x) tels que a + b + c + d = 31 et les multiplier.
Ceci veut dire qu’ils apportent exactement la valeur abcd au coefficient de x31 . Or, il n’est pas
x 4 x4
difficile de voir que Q(x) = (1−x) 2 , et par suite Q(x) = (1−x)8 . Il n’est pas difficile, non plus, de
voir que cette dernière expression est la fonction génératrice de n+3 7 . Par suite
!
34 34 × 33 × 32 × 31 × 30 × 29 × 28 31 × 874 621 440
S = = = = 31 × 173 536.
7 7! 5040
Exercice 5 KK
Solution. C’est possible ! considérons tout d’abord les deux sous-ensembles A et B des entiers
naturels définis comme suit. A est l’ensemble des nombres ayant des zéros aux positions paires
(en partant de la droite). B est l’ensemble des nombres ayant des zéros aux positions impaires
(idem). Chaque nombre entier est alors représenté de manière unique sous la forme n = a +
b, a ∈ A, b ∈ B. On fait alors la partition des entiers naturels N = A1 ∪ A2 ∪ A3 ∪ · · · comme suit :
A1 = A, et chaque Ak est obtenu à partir de A en ajoutant à chacun de ses éléments le k-ème
élément bk de B.
Exercice 6 KK
√
1 + 2x − 1 + 4x2
Solution. La fonction génératrice de la suite (an )n≥0 est donnée par g(x) = . Il
2
s’ensuit que a0 = 1, a2n+1 = 0 pour tout n ∈ N et :
!
n (2n)! 2n − 2
a2n = (−1) · · pour tout n ≥ 1.
n n−1
100 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES
Exercice 7 KK
a1 ≤ 1, a1 + a2 ≤ 2, · · · , a1 + a2 + · · · + an−1 ≤ n − 1 et a1 + a2 + · · · + an = n.
!
1 2n
Solution. La réponse est le nombre de Catalan : .
n+1 n
Exercice 8 KK
!
1 2n
Solution. La réponse est le nombre de Catalan : .
n+1 n
Exercice 9 KK
Montrer que le nombre de partitions d’un entier n ∈ N∗ en parties distinctes est égal au
nombre de partitions de n en parties impaires.
une partition de n. Les parties de cette partition peuvent être représentées sous la forme
n1 = 2c1 α1 , n2 = 2c2 α2 , · · · , nr = 2cr αr , où α1 , α2 , · · · , αr sont des entiers impairs. Pour tout
j ∈ {1, 2, · · · , r}, remplaçons nj = 2cj αj dans la relation (1) par la somme de 2cj termes cha-
cun d’eux égal à αj . On obtient ainsi une partition α de n ∈ N∗ avec des parties impaires de
sorte que f (α) soit donné par (1). Ainsi, f est bijective et |S1 | = |S2 |.
Exercice 10 KK
n2
2 Est-il possible d’avoir |X| = ?
2
Solution.
1. Posons m = min{|A1 |, |A2 |, · · · , |An |, |B1 |, |B2 |, . . . , |Bn |} et supposons, par exemple, que |A1 | = m.
Puisque les ensembles B1 , B2 , . . . , Bn sont deux à deux disjoints, il s’ensuit qu’au plus m de ces
ensembles ont une intersection non vide avec l’ensemble A1 . Supposons, par exemple, que :
avec k ≤ m. Alors, |Bj | ≥ m pour tout j ∈ {1, 2, · · · , k}, et |Bj | ≥ n−m pour tout j ∈ {k +1, k +2, · · · , n}.
n
⋄ Si m < , alors en utilisant l’inégalité k ≤ m, on obtient :
2
n
X
|X| = |Bk | ≥ km + (n − k)(n − m) = n(n − m) − k(n − 2m)
k=1
n2 (n − 2m)2 n2
≥ n(n − m) − m(n − 2m) = + ≥ .
2 2 2
X n
n n2
⋄ Si m ≥ , alors |X| = |Bk | ≥ nm ≥ .
2 2
k=1
2. On peut avoir égalité comme on le voit avec l’exemple suivant. Soit n ∈ N∗ un entier pair,
et soient A1 , A2 , · · · , An des ensembles deux à deux disjoints tels que |Ai | = n/2 pour tout i.
En posant X = A1 ∪ A2 ∪ · · · ∪ An , et Bj = Aj pour tout j ∈ {1, 2, . . . , n}, alors les conditions de
l’exercice sont toutes vérifiées, et on a |X| = n2 /2.
Exercice 11 KK
Soit A1 A2 · · · An un polygone convexe tel qu’il n’y a pas trois diagonales qui se croisent au
même point. En combien de segments toutes les diagonales sont-elles divisées par leurs
points d’intersection ?
Solution. Pour tout k ∈ J3, n − 1K, la diagonale A1 Ak admet (k − 2)(n − k) points d’intersection
avec les autres diagonales. Ces points divisent la diagonale A1 Ak en (k − 2)(n − k) + 1 parties.
Le nombre total de segments ainsi obtenus est égal à :
n−1
n X n(n − 3)(n2 − 3n + 8)
· [(k − 2)(n − k) + 1] = .
2 12
k=3
Exercice 12 KK
Soit A1 A2 · · · An un polygone convexe tel qu’il n’y a pas trois diagonales qui se croisent au
même point. En combien de parties le polygone est-il divisé par ses diagonales ?
n(n − 3)
Solution. Le nombre de diagonales du polygone convexe A1 A2 · · · An est égal à . Soit S
2
l’ensemble des points d’intersection des diagonales du polygone. Il y a une bijection entre S
et l’ensemble des 4-combinaisons des sommets du polygone A1 A2 · · · An . Donc |S| = n4 . Dessi-
nons toutes les diagonales l’une après l’autre. Supposons que certaines diagonales soient déjà
dessinées, et nous dessinons une nouvelle diagonale d. Si la diagonale d a k ≥ 0 points d’inter-
section avec les diagonales précédemment dessinées, alors on obtient k + 1 nouvelles parties
102 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES
!
n(n − 3) n
du n-gone A1 A2 · · ·An . Il s’ensuit que le polygone est divisé en 1 + + parties.
2 4
Exercice 13 KK
Puisque ar = br−m , alors la fonction génératrice de la suite (ar )r est donnée par :
Or, on a :
+∞
X ! +∞
X !
r +m+1−1 r r + m r+t(m−1)+1
xt(m−1)+1 (1 − x)−(m+1) = xt(m−1)+1 x = x
r m
r=0 r=0
+∞
X ! +∞
X !
r − t(m − 1) − 1 + m r r − (m − 1)(t − 1) r
= x = x .
m m
r=t(m−1)+1 r=0
!
r − (m − 1)(t − 1)
Par conséquent, ar = .
m
Exercice 14 KK
x1 + x2 + x3 + x4 + x5 = r
Or, on a :
+∞ !
X r +5−1 r
x6 1 − x7 1 − x10 (1 − x)−5 = x6 − x13 − x16 + x23 x
r
r=0
+∞ !
X r +4 r
6 13 16 23
= x −x −x +x x .
4
r=0
! ! ! ! ! !
20 − 6 + 4 20 − 13 + 4 20 − 16 + 4 18 11 8
Par conséquent, a20 = − − = − − .
4 4 4 4 4 4
Exercice 15 KK
Or, on a :
+∞
Y 1 − x4 1 − x8 1 − x12 1 − x16
B(x) = 1 − x4n (1 − xn )−1 = · · · ···
1 − x 1 − x2 1 − x3 1 − x4
n=1
(1 + x2 )(1 − x2 ) (1 + x4 )(1 − x4 ) (1 + x6 )(1 − x6 )
= · · ···
1−x 1 − x2 1 − x3
+∞
Y
1 + x2 1 + x4 1 + x6 1 + x8 −1
= · 3
· 5
· 7
· · · = 1 − x2k 1 − x2k−1 = A(x).
1−x 1−x 1−x 1−x
k=1
Exercice 16 KK
Solution. Supposons que le premier ensemble est celui contenant l’élément 1. Alors, le nombre
2 doit être dans un autre ensemble, appelons-le le deuxième ensemble. Le nombre 3 ne peut
pas être dans le deuxième ensemble, il doit donc être dans le premier ou le troisième ensemble
(il a 2 options). De la même manière, une fois que 3 a été placé, 4 a deux options, et ainsi de
suite. Notons que lorsque nous faisons ce comptage, nous considérons le cas où un ensemble
a tous les éléments impairs, un autre ensemble a tous les éléments pairs et le dernier est vide.
Puisque c’est le seul cas que nous devons éliminer, il y a en tout 2n−2 − 1 partitions.
Exercice 17 KK
L’ensemble des entiers naturels est partitionné en m progressions arithmétiques infinies et
non constantes, de raisons d1 , d2 , · · · , dm . Montrer que :
1 1 1
+ + ··· + = 1.
d1 d2 dm
P
Solution. Soit f (x) = n≥1 xn la fonction génératrice des entiers naturels. Soit ai le premier
terme de la progression arithmétique de raison di , alors par hypothèses on a :
m
X
f (x) = xai + xai +di + xai +2di + · · · .
i=1
m
X x ai
x
Donc, = . En multipliant les deux membres de cette dernière égalité par 1 − x
1−x 1 − x di
i=1
on obtient :
Xm
x ai
x = .
i=1
1 + x + x2 + · · · + xdi −1
m
X 1
En prenant x = 1 dans la relation ci-dessus on conclut que : 1 = .
di
i=1
Exercice 1 KKK
Solution. On dit qu’un coloriage de S est « bon » s’il vérifie les conditions de l’exercice. Soient
cn le nombre de coloriages bons avec n non peint ; an le nombre de coloriages bons avec n est
vert ; et bn le nombre de coloriage bons avec n rouge. Notons que si n n’est pas colorié, les
autres n − 1 nombres ne doivent pas vérifier des conditions supplémentaires, d’où
cn = an−1 + bn−1 + cn−1 .
Si n est vert, alors n − 1 ne peut pas être vert, d’où an = cn−1 + bn−1 . On peut dire la même
chose pour bn , mais notons que toute coloration de an après avoir échanger les couleurs est
une coloration de bn et vice versa, d’où an = bn . Par suite :
cn = 2an−1 + cn−1 et an = an−1 + cn−1 .
On peut considérer que a0 = 0 et c0 = 1 de sorte que la relation de récurrence soit aussi vraie
pour n = 1.
2.10. EXERCICES 105
Si x 7−→ C(x) et x 7−→ A(x) sont les fonctions génératrices de ces suites, on a alors :
x−1 −x
C(x) = et A(x) = .
x2 + 2x − 1 x2 + 2x − 1
√ √
Les racines du polynôme x2 + 2x − 1 sont α = −1 + 2 et β = −1 − 2. D’où
√ √ ! !
1− 2 1 1+ 2 1 1 1 1
C(x) = + = + .
2 x−α 2 x−β 2 1 + βx 1 + αx
Ainsi : √ n √ n
2+1 + 1− 2
cn = .
2
De même, on trouve que :
√ √ n √ √ n
2 1+ 2 − 2 1− 2
an = .
4
Le nombre recherché est clairement égal à cn + 2an , il s’agit donc de :
√ n+1 √ n+1
2+1 + 1− 2
.
2
Exercice 2 KKK
Solution. L’entier 1 est clairement le plus petit élément de n−1r−1 sous-ensembles de {1, 2, · · · , n} à
n−i
r éléments et de façon générale i est le plus petit élément de r−1 sous-ensembles de {1, 2, · · · , n}
à r éléments : un tel ensemble est donné par r − 1 éléments distincts de {i + 1, i + 2, · · · , n}. On
en déduit que :
n−r+1 !
1 X n−i
f (n, r) = n · i .
r r −1
i=1
n−r+1
X ! !
n−i n+1
Il suffit donc de prouver que i = pour conclure. On utilise pour cela les
r −1 r +1
i=1
fonctions génératrices. Pour tout x ∈ C avec |x| < 1 on sait que :
∞
X !
1 n−1+i i
= x.
(1 − x)n n−1
i=0
106 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES
1 1 1
Donc, pour |x| < 1, l’égalité évidente · = s’écrit sous la forme :
(1 − x)2 (1 − x)r (1 − x)r+2
∞
X ∞
X ! ∞
X !
i r −1+i i r +1+i i
(i + 1)x · x = x.
r −1 r +1
i=0 i=0 i=0
En identifiant les coefficients de xn−r dans les 2 membres de l’égalité ci-dessus on déduit que :
n−r+1
X ! !
n−i n+1
i = .
r −1 r +1
i=1
Exercice 3 KKK
Il y a n emplacements de parking dans une rue à sens unique. Une par une, n voitures
numérotées de 1 à n entrent dans la rue. Chaque conducteur i va jusqu’à sa place préférée
ai , et, si elle est libre, l’occupe, sinon va à la première place libre suivante et l’occupe.
Si toutes les places suivantes sont occupées, il part pour de bon. Combien de suites ai
possèdent-elles la propriété que chaque conducteur peut se garer ? (Russie)
Solution. La réponse est (n +1)n−1 . Ajoutons une (n +1)-ème place de parking et prolongeons la
rue en un circuit qui va de cette (n + 1)-ème place à la première. On a en tout (n + 1)n suites ai
puisque chaque conducteur a n + 1 choix. Il restera après coup exactement une place libre. La
suite sera considérée comme bonne si la place (n + 1) est la place vide. Partitionnons les suites
ai en (n + 1)n−1 groupes de (n + 1) suites chacun : chaque groupe contient tous les décalages
cycliques d’une même suite. Donc chaque groupe contient tous les décalages cycliques d’une
même suite. Donc chaque groupe contient exactement une suite valide.
Exercice 4 KKK
$ %
n(n + 1)
Soient n > 3 un entier, kn = , et Xn un ensemble composé de kn éléments bleus,
6
n(n + 1)
kn éléments rouges et − 2kn éléments verts.
2
Montrer qu’il existe une partition {A1 , A2 , · · · , An } de l’ensemble Xn , telle que :
(a) |Aj | = j pour tout j ∈ {1, 2, · · · , n},
(b) chacun des ensembles A1 , A2 , · · · , An est composé d’éléments de la même couleur.
Solution. On utilise la notation Abj , Arj et Avj pour désigner un bloc d’une partition de l’en-
semble X avec |Aj | = j et tous les éléments de Aj sont bleus, rouges, ou verts respectivement.
On donne, pour tout n ∈ {4, 5, 6, 7, 8, 9} une partition de l’ensemble Xn vérifiant les conditions
(a) et (b) ci-dessus.
n = 4, kn = 3 : Ab1 , Ab2 , Ar3 , Av4 ;
n = 5, kn = 5 : Ab1 , Ar2 , Ar3 , Ab4 , Av5 ;
n = 6, kn = 7 : Ab1 , Ar2 , Av3 , Av4 , Ar5 , Ab6 ;
n = 7, kn = 9 : Av1 , Ab2 , Ar3 , Av4 , Av5 , Ar6 , Ab7 ;
n = 8, kn = 12 : Av1 , Av2 , Av3 , Ab4 , Ar5 , Av6 , Ar7 , Ab8 ;
n = 9, kn = 15 : Ab1 , Ab2 , Ab3 , Ab4 , Ab5 , Ar6 , Av7 , Av8 , Ar9 .
On montre par récurrence que le résultat est vrai pour tout n ≥ 4. On suppose que n ≥ 10,
et que le résultat est vrai pour tous les entiers 4, 5, · · · , n − 1. En particulier, le résultat est vrai
2.10. EXERCICES 107
n(n + 1) (n − 6)(n − 5)
|Xn | − |Xn−6| = − = 6n − 15 = 3(2n − 5),
2 2
kn − kn−6 = 2n − 5.
Soit {A1 , A2 , · · · , An−6 } une partition de l’ensemble Xn−6 vérifiant les conditions (a) et (b), il est
facile de voir que :
est une partition de l’ensemble Xn qui vérifie aussi les conditions (a) et (b).
Exercice 5 KKK
Solution. Soit SE l’ensemble des participants qui ne parlent que l’anglais, SEF l’ensemble des
participants qui parlent anglais et français et ne parlent pas espagnol, et SEFS l’ensemble des
participants qui parlent les trois langues. On définit, de même, les ensembles SF , SS , SES et
SFS . On a le lemme suivant :
« Quelques participants peuvent être choisis, de sorte qu’exactement deux d’entre eux parlent
anglais, exactement deux d’entre eux parlent français et exactement deux d’entre eux parlent
espagnol. Certains des participants choisis peuvent parler plus d’une langue ».
⋄ Cas 1. Si chacun des ensembles SEF , SES et SFS est non vide, alors on choisit un élément de
chacun d’eux, et on forme un ensemble à 3 éléments de cette façon.
⋄ Cas 2. Si, par exemple, SEF = ∅, et SES , ∅, SFS , ∅, alors on choisit un élément de chacun
des ensembles SE , SF , SES et SFS .
⋄ Cas 3. Supposons, par exemple, que SEF = SES = ∅ et SFS , ∅. Si SEFS , ∅, alors on choisit
un élément de chacun des ensembles SEFS , SFS et SE . Si SEFS = ∅ et |SFS | ≥ 2, alors on choisit
deux éléments de chacun des ensembles SFS et SE . Si SEFS = ∅ et |SFS | = 1, alors on choisit
deux éléments de SE , et un élément de chacun des ensembles SFS et SF , SS .
⋄ Cas 4. Supposons que SEF = SES = SFS = ∅. Si |SEFS | ≥ 2, alors on choisit deux éléments de
l’ensemble SEFS . Si |SEFS | = 1, alors on choisit un élément de chacun des ensembles SEFS , SE , SF
et SS . Si |SEFS | = 0, alors on choisit deux éléments de chacun des ensembles SE , SF et SS . Il est
facile de voir que de tels choix sont possibles.
En procédant de la même manière, on peut former cinq sous-ensembles disjoints Ai ⊂ X, i ∈
{1, 2, 3, 4, 5}, où X est l’ensemble de tous les participants, de sorte que chaque Ai contienne
exactement deux participants anglophones, exactement deux francophones et exactement
deux hispanophones. La réunion A1 ∪ A2 ∪ A3 ∪ A4 ∪ A5 vérifie les conditions de l’exercice.
Exercice 6 KKK
Pour n ∈ N∗ , déterminer le nombre de polynômes P, à coefficients dans {0, 1, 2, 3}, tels que
P(2) = n. (Russie)
Solution. Tout d’abord supposons que nous Xnous limitons aux polynômes de degré ≤ d, alors la
série génératrice est donnée par f d (x) = xP(2) où la somme est prise sur tout les polynômes
P
108 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES
1 − a4
Puisque = 1 + a + a2 + a3 , alors on obtient :
1−a
d+1
d+2
d
Y 1 − x2
k+2
1 − x2 1 − x2
f d (x) = = .
k
1 − x2 (1 − x) (1 − x2 )
k=0
Lorsque d devient grand, alors le membre de gauche de l’égalité ci-dessus devient f (x), et le
1
membre de gauche (pour |x| < 1) devient . Par suite, on a :
(1 − x)(1 − x2 )
1 1 1 1 1 1 1 1
f (x) = 2
= 2
= · + · 2
+ ·
(1 − x)(1 − x ) (1 − x) (1 + x) 4 1 − x 2 (1 − x) 4 1+x
+∞
X n
!
1 (−1) n+1 n
= + + x .
4 4 2
n=0
1 (−1)n n + 1 n
En conclusion, le nombre cherché an est égal à : an = + + = + 1.
4 4 2 2
Exercice 7 KKK
8 = 23 , 8 = 22 + 22 , 8 = 22 + 21 + 21 , 8 = 22 + 21 + 20 + 20 , 8 = 21 + 21 + 21 + 20 + 20 .
Montrer qu’il existe un polynôme Q(x) tel que C(n) = ⌊Q(n)⌋ pour tout n ∈ N∗ . (Putnam)
1
Comme est la fonction génératrice de la suite (C(n))n , on déduit que :
(1 + x)(1 − x)2
n+2
C(n) = pour tout n ∈ N∗ .
2
x+2
Il suffit donc de prendre Q(x) = pour conclure.
2
Exercice 8 KKK
On lance n fois un dé. Quelle est la probabilité que la somme des valeurs obtenues soit
divisible par 5. (IMC)
Solution. Pour k ∈ N∗ soit pk la probabilité que la somme des valeurs obtenues soit égale à k.
Considérons la fonction génératrice :
+∞
X !n
x + x2 + x3 + x4 + x5 + x6
f (x) = pk xk = .
6
k=1
+∞
X 2π 2π
Notre but c’est de calculer la valeur de p5k . Soit ε = cos + i sin la première racine
5 5
k=1
cinquième de l’unité, alors :
+∞
X f (1) + f (ε) + f (ε2 ) + f (ε3 ) + f (ε4 )
p5k = .
5
k=1
εjn
Il est clair que f (1) = 1, et f (εj ) = pour j = 1, 2, 3, 4. D’où :
6n
4 −1
f (ε) + f (ε2 ) + f (ε3 ) + f (ε4 ) = si 5|n et sinon.
6n 6n
+∞
X X +∞
1 4 1 1
Donc, p5k = + si n est divisible par 5, et p5k = − sinon.
5 5 · 6n 5 5 · 6n
k=1 k=1
Exercice 9 KKK
Soit n ≥ 3 un entier naturel. On dit qu’un sous-ensemble A ⊂ {1, 2, · · · , n} est pair (resp.
impair) si la somme de ses éléments est un nombre pair (resp. impair). Par convention, la
somme de l’ensemble vide est 0, il est donc pair.
1 Déterminer le nombre de sous-ensembles pairs (resp. impairs) de l’ensemble
{1, 2, · · · , n}.
2 Déterminer la somme des éléments des sous-ensembles pairs (resp. impairs) de l’en-
semble {1, 2, · · · , n}. (Roumanie)
Solution.
n
Y
1. En développant la fonction génératrice f (x) = (1 + xk ) on peut écrire :
k=1
X
f (x) = xσ(A)
A⊂{1,··· ,n}
110 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES
D’autre part, comme f est un produit de n facteurs on déduit que sa dérivée est donnée aussi
par la formule suivante :
Y n n
X
′ k kxk−1
f (x) = (1 + x ) · .
1 + xk
k=1 k=1
Si P (resp. I) désigne la somme des éléments des ensembles pairs (resp. impairs), alors on a :
f ′ (1)
=I +P
f ′ (−1) = I − P.
Pour calculer f ′ (−1) notons que, pour n ≥ 3, il y a au moins deux facteurs de f qui s’annulent
pour x = −1, par suite f ′ (−1) = 0. En conclusion, on a :
n(n + 1) · 2n−2
I = P = = n(n + 1) · 2n−3 .
2
Exercice 10 KKK
Parmi tous les sous-ensembles à 90 éléments de l’ensemble {1, 2, · · · , 2022}, y en a-t-il plus
avec une somme paire des éléments ou plus avec une somme impaire des éléments ?
2022
Y
Solution. On considère les fonctions génératrices du type (1 + y j x). En prenant y = 1 puis
j=1
y = −1 on trouvera les sommes paires puis les sommes impaires des éléments. L’astuce c’est de
voir que le coefficient de x90 dans ce produit est égal à :
X
y j1 +j2 +···+j90 .
1≤j1 <j2 <···<j90 ≤2022
Soit A (resp. B) le nombre de sous-ensembles avec une somme paire (resp. impaire) des élé-
ments. En prenant y = 1, le coefficient de x90 est A + B, et en prenant y = −1, le coefficient de
x90 est A − B. Il suffit de déterminer ces coefficients pour conclure. !
2022 90 2022
⋄ En prenant y = 1 le produit devient (1 + x) , et le coefficient de x est A + B = .
90
⋄ En prenant y = −1, le produit devient :
2022
Y 1011
1 + (−1)j x = (1 + x)1011 (1 − x)1011 = 1 − x2 ,
j=1
car il y a 1011 nombres impairs et 1011 nombres pairs compris entre 1 et 2022. Le terme x90
2.10. EXERCICES 111
Exercice 11 KKK
2p
Y
Solution. Regardons, à nouveau, la fonction génératrice x − y j . Le coefficient de xp est :
j=1
X
− y j1 +j2 +···+jp .
1≤j1 <j2 <···<jp ≤2p
On voit que nous avons besoin de quelque chose qui « détecte » les sommes modulo p dans
l’exposant. L’astuce qui fait cela est la racine p-ème de l’unité que l’on note ε.
Si ai est le nombre de sous-ensembles à p éléments avec une somme ≡ i (mod p), pour 0 ≤ i ≤
Y2p
p−1, alors le coefficient de xp dans x − εj est égal à : − a0 + a1 ε + · · · + ai εi + · · · + ap−1 εp−1 .
j=1
2p
Y h i2
D’autre part, on a : x − εj = (x − 1)(x − ε) · · · (x − εp−1 ) = (xp − 1)2 = x2p − 2xp + 1.
j=1
Par suite, a0 + a1 ε + · · · + ai εi + · · · + ap−1 εp−1 = 2. Ceci veut dire que ε est racine du polynôme :
a0 − 2 + a1 x + · · · + ap−1 xp−1 .
Le polynôme minimal de ε est xp−1 + xp−2 + · · · + x + 1, et ceci implique que :
xp−1 + xp−2 + · · · + x + 1 divise a0 − 2 + a1 x + · · · + ap−1 xp−1 .
Puisque ces deux polynômes ont le même degré, alors il existe une constante λ telle que :
λ xp−1 + xp−2 + · · · + x + 1 = a0 − 2 + a1 x + · · · + ap−1 xp−1 .
On obtient que a0 −2 = λ et ai = λ pour i ≥ 1. Finalement, notons que pour tout sous-ensemble
à p éléments de l’ensemble {1, 2, · · · , 2p} on a un résidu modulo p pour la somme des éléments,
d’où : !
2p
a0 + a1 + · · · + ap = .
p
! " ! #
2p 1 2p
Par suite, (2 + λ) + λ + · · · + λ = , ce qui donne λ = − 2 . Finalement :
| {z } p p p
p−1
" ! #
1 2p
a0 = λ + 2 = − 2 + 2.
p p
112 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES
Chapitre
3
Techniques et stratégies
supplémentaires
Coloriage
Le « coloriage » est une technique très efficace dans les problèmes faisant intervenir des tableaux
(échiquier ou des choses semblables). Elle nous permet de simplifier énormément le problème. La
partie la plus cruciale se situe dans le choix d’un sous-ensemble (pertinent) de cases à étudier.
L’utilisation des couleurs nous simplifie souvent la tâche. Les problèmes présentés ici sont es-
sentiellement des démonstrations d’impossibilité, assez ingénieuses, construites sur des idées de
coloriage ou de parité.
Définition (Tétramino)
Un tétramino est une figure géométrique composée de quatre carrés, chacun ayant au
moins un côté complètement partagé avec un autre. Le terme tetramino est une combi-
naison du préfixe tetra (quatre en grec ancien) et domino. Il appartient à la classe des
polyominos, tout comme les dominos et les pentaminos.
Les tetraminos ci-dessus sont appelés, de haut en bas et de gauche à droite, tétramino droit,
tétramino carré, tétramino en L ou L-tétramino, tétramino décalé, tétramino en T .
Exemple
113
114 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
On colorie les colonnes de l’échiquer en noir et blanc de façon alternative (une colonne noire,
puis une blanche, puis une noire, ... et ainsi de suite). Il y a donc 50 cases blanches et 50 cases
noires. On voit que, indépendamment de la façon avec laquelle on pose la pièce, dans les quatre
cases couvertes il y a toujours trois de la même couleur, et la quatrième avec l’autre couleur (i.e.
trois noires et une blanche, ou bien trois blanches et une noire). On dit que la pièce est noire si
elle couvre trois cases noires et une case blanche ; et on dit que la pièce est blanche si elle couvre
trois pièces blanches et une pièce noire. Alors, le nombre de pièces noires est égal au nombre de
pièces blanches. Par suite, le nombre total de pièces doit être pair. Ceci veut dire que le nombre
de cases doit être divisible par 8. Or, comme il y a 100 cases, il est impossible donc de les couvrir
avec des pièces de la forme ci-dessus.
Exemple
Un carreau 4 × 1 recouvre toujours, soit 0, soit 2 cases rouges. Un carreau 2 × 2 recouvre toujours
une et une seule case rouge. On en déduit immédiatement que le nombre de carreaux de chaque
sorte ne peut être changé que d’un nombre pair.
Exemple
Sur un échiquier 9 × 9 il y a 65 fourmis placées aux centres de certaines cases. Les fourmis
commencent à se déplacer au même moment, et avec la même vitesse, vers les cases qui
partagent un côté avec les cases où elles se trouvent au départ. Une fois arrivées aux centres
des nouvelles cases, elles font une rotation de 90◦ et continuent de se déplacer (sans pour
autant quitter l’échiquier). Montrer qu’à un certain moment il y a deux fourmis dans la
même case.
Remarque : lorsque la fourmi tourne, ça peut être à droite ou à gauche.
Exemple
Est-il possible de former un rectangle à l’aide des cinq tétraminos présentés ci-dessus ?
Tout rectangle de 20 cases peut être colorié comme un échiquier avec 10 cases noires et 10
cases blanches. Chaque tétramino sauf celui en T recouvrirait alors 2 cases noires et 2 blanches.
Les 2 cases noires et les 2 cases blanches restantes ne pourraient pas être recouvertes par le tétra-
mino en T . En effet, un tétramino en T recouvre toujours trois cases d’une couleur et une d’une
autre.
Exemple
Un tétramino en T recouvre toujours trois cases d’une couleur et une d’une autre (voir fi-
gures ci-dessous). Pour recouvrir complètement le carré 10 × 10, il faudrait un nombre pair de
tétraminos en T , mais 25 est impair, contradiction.
Exemple
Le tétramino carré recouvre deux cases blanches et deux cases noires. Les 30 cases blanches
et les 30 cases noires restantes nécessiteraient autant de tétraminos en T recouvrant trois cases
blanches que de tétraminos en T recouvrant trois cases noires. Ceci est impossible puisque l’on a
un nombre pair de tétraminos en T à notre disposition.
Exemple
Montrer qu’une grille 10 × 10 ne peut pas être recouverte à l’aide de 25 tétraminos droits.
Colorions la grille par diagonales à l’aide de quatre couleurs A, B, C, D comme dans le tableau
ci-dessous :
B C D A B C D A B C
A B C D A B C D A B
D A B C D A B C D A
C D A B C D A B C D
B C D A B C D A B C
A B C D A B C D A B
D A B C D A B C D A
C D A B C D A B C D
B C D A B C D A B C
A B C D A B C D A B
Quelle que soit la façon de placer un tétramino droit sur la grille, il recouvre toujours une case
de chaque couleur. Donc, 25 tétraminos droits recouvriront 25 cases de chaque couleur. Or, il y a
26 cases de couleur B dans la grille. Contradiction.
116 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
Exemple
Considérons un échiquier n × n dont on aurait retiré les quatre coins. Pour quelles valeurs
de n peut-on le recouvrir avec des L-tétraminos ?
L’échiquier comporte n2 − 4 cases. Pour pouvoir être recouvert par des tétraminos il faut que
n2 −4 soit un multiple de 4, i.e., que n soit un
entier pair. Or ceci n’est pas suffisant, pour s’en aper-
cevoir colorions-le comme dans la figure ci-dessous (où le symbole • désigne une case coloriée en
noir, et blanche sinon).
• • • • • • • •
• • • • • • • • • •
• • • • • • • • • •
• • • • • • • • • •
• • • • • • • • • •
Un L-tétramino recouvre trois cases blanches et une noire, ou trois noires et une blanche. Comme
il y a le même nombre de cases blanches et de cases noires, il faut utiliser un nombre pair de
L-tétraminos pour tout paver, c’est-à-dire que n2 − 4 doit être un multiple de 8, i.e., n doit être
de la forme 4k + 2. Il est facile de vérifier que n = 4k + 2 est aussi une condition suffisante. En
conclusion, les valeurs de n pour lesquelles on peut recouvrir l’échiquier avec des L-tétraminos
est n = 4k + 2.
Exemple
Montrer qu’un rectangle a × b peut être recouvert par des rectangles 1 × n si, et seulement
si, n divise a ou b .
A B C D A B C D A B
A B C D A B C D A B
A B C D A B C D A B
A B C D A B C D A B
A B C D A B C D A B
A B C D A B C D A B
A B C D A B C D A B
A B C D A B C D A B
A B C D A B C D A B
A B C D A B C D A B
Exemple
Un échiquier de taille (2n − 1) × (2n − 1) sera recouvert par des pièces des formes ci-dessous
Montrer qu’au moins 4n−1 de pièces du premier type (celui à gauche) seront utilisées pour
recouvrir l’échiquer (2n − 1) × (2n − 1). (Proposé à l’OIM, 2002)
On numérote les lignes et les colonnes de l’échiquier de 1 à 2n − 1. On colorie en noir les cases
qui sont situées dans une ligne impaire et une colonne impaire ; et on colorie en blanc le reste des
cases. Il y a n2 cases noires et 2n2 − 4n + 1 cases blanches. Les pièces de la première forme (celle
de gauche) peuvent recouvrir deux cases blanches et une case noire, ou bien trois cases blanches.
Les deux autres pièces couvrent toujours trois cases blanches et une case noire. Soit A le nombre
de pièces de la première forme qui recouvrent une seule case noire ; B le nombre de pièces de la
première forme qui ne recouvrent aucune case noire ; et C le nombre de pièces des autres formes.
En comptant le nombre de cases noires on a : A + C = n2 , et en comptant les cases blanches on a :
3n2 − 4n + 1 = 2A + 3B + 3C. D’où :
Lorsqu’on enlève deux carrés unités adjacents d’un rectangle de taille 2 × 3, la forme obte-
nue est dite « forme-L ».
Est-il possible de recouvrir un échiquier 8 × 8 par 7 carrés 2 × 2 et 9 forme-L ?
On colorie en noir les cases de l’échiquier 8 × 8 qui sont sur des lignes impaires, et on colorie
en blanc les cases qui sont sur des lignes paires. Il y a donc 32 cases noires et 32 cases blanches.
Si on peut recouvrir l’échiquier avec 7 carrés 2 × 2 et 9 forme-L, alors chaque carré 2 × 2 couvre
2 cases blanches et 2 cases noires, et chaque forme-L couvre une case blanche et 3 cases noires
ou bien 3 cases blanches et une case noire. Supposons qu’il y a x forme-L qui couvrent une case
blanche et 3 cases noires, et les 9−x forme-L restantes couvrent 3 cases blanches et une case noire.
Alors, le nombre de cases noires recouvertes est égal à :
9
7 × 2 + 3x + (9 − x) = 32 ce qui donne x = .
2
9
Comme n’est pas un entier, on a donc une contradiction. Par conséquent, il n’existe pas un
2
recouvrement de l’échiquier 8 × 8 par 7 carrés 2 × 2 et 9 forme-L.
Exemple
On représente les 30 personnes par 30 points dans l’espace tels que 4 points quelconques ne
sont pas coplanaires. Si deux personnes sont des amis, alors on relie les points correspondants
par un segment rouge ; sinon on les relie par un segment bleu. Alors, le nombre de bon triplets
118 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
est égal au nombre de triangles monocolores (i.e. les trois côtés sont de la même couleur). Si les
deux côtés formant un angle sont de couleurs différentes, alors on dit que l’angle est de couleurs
différentes. Donc, il n’existe pas d’angles de couleurs différentes dans n’importe quel triangle
monocolore, et il y a exactement deux angles de couleurs différentes dans un triangle qui n’est pas
monocolore. Comme le nombre de segments bleus rencontrant chaque point est 6, et le nombre de
segments rouges rencontrant chaque point est 23, alors le nombre d’angles de couleurs différentes
de chaque point est égal à 23×6 = 138. Le nombre total d’angles de couleurs différentes dans toute
la figure est égal à 138 × 30 = 4140. Donc, le nombre de triangles qui ne sont pas
! monocolores est
1 30
égal à × 4140 = 2070, et le nombre de triangles monocolores est égal à : − 2070 = 1990.
2 3
En conclusion, le nombre total de bon triplets est égal à 1990.
Proposition
Proposition
On passe maintenant aux exemples d’applications de ces notions dans la résolution des pro-
blèmes de combinatoire.
Exemple
On suppose qu’il y a n objets rangés sur une droite, et soit M un sous-ensemble de ces n
objets. Si deux éléments quelconques de M ne sont pas adjacents (i.e. ne sont pas côte à
côte) alors on dit que M est un sous-ensemble parfait. Combien y a-t-il de sous-ensembles
parfaits à k éléments ?
On nomme a1 , a2 , · · · , an les n objets rangés sur la droite. Soit {ai1 , ai2 , · · · , aik } un sous-ensemble
parfait (avec 1 ≤ i1 < i2 < · · · < ik ≤ n). Alors, on sait que :
l’ensemble contenant les éléments aj1 , aj2 +1 , · · · , ajk +(k+1) est un sous-ensemble parfait. Ainsi, on
obtient une correspondance bijective entre les deux notions. Puisque le nombre de façons de
choisir une
! sous-suite strictement croissante j1 , j!2 , . . . , jk de la suite 1, 2, · · · , n − k + 1 est égal à
n−k+1 n−k+1
, alors le nombre recherché est .
k k
Exemple
D
b
A
b
l m
b b
C B
Donc, on peut établir une bijection entre (l, m) et les quatre sommets (A, B, C, D), i.e. :
L’espace est rapporté à un repère orthonormé (Oxyz) et S est un ensemble fini de points
de cet espace. On désigne respectivement par Sx , Sy , Sz les ensembles constitués par les
projections orthogonales des points de S sur les trois plans (Oyz), (Ozx), (Oxy). Montrer
que
|S|2 ≤ |Sx | |Sy | |Sz |,
où |A| désigne le cardinal d’un ensemble fini A. (OIM 1992)
Remarque : la projection orthogonale d’un point sur le plan est le pied de la perpendicu-
laire abaissée de ce point sur le plan.
[
Pour tout (i, j, 0) ∈ Sz , on pose : Tij = {(i, j, z) : (i, j, z) ∈ S} . Il est clair que S = Tij .
(i,j,0)∈Sz
120 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
X 2
|V | = Tij .
(i,j,0)∈Sz
|V | ≤ Sx × Sy = |Sx | · Sy , (2)
Exemple
Soit M un ensemble formé de 48 entiers strictement positifs distincts et dont les diviseurs
premiers sont plus petits ou égaux à 30. Montrer qu’il existe quatre entiers strictement
positifs et distincts (a, b, c, d) ∈ M 4 tels que leur produit abcd soit un carré parfait.(Russie)
Si a, b, c, d sont distincts, la preuve est terminée. Sinon, il y a exactement deux nombres égaux dans
{a, b} et {c, d}. On suppose, sans perte de généralité, que a , c et b = d. Comme abcd = acb 2 est un
carré parfait, alors ac est aussi un carré parfait. Puisque |M \ {a, b}| = 46 et 46 2 = 1035 > 1024 = |Y |,
alors de la même façon que ci-dessus il existe deux paires distinctes {a′ , b ′ } et {c ′ , d ′ } éléments de
X \ {{c, d}} telles que le produit a′ b ′ c ′ d ′ est un carré parfait. Si a′ , b,′ , c ′ , d ′ sont distincts, alors la
preuve est terminée. Sinon, de la même façon on peut supposer que a′ , c ′ , b ′ = d ′ et a′ c ′ est un
carré parfait. Par conséquent, il existe quatre nombre distincts a, c, a′ , c ′ ∈ M tels que aca′ c ′ est un
carré parfait, ce qui termine la preuve.
Exemple
On suppose qu’il y a n ≥ 6 points sur un cercle tels que chaque paire de points est reliée par
un segment, et trois segments quelconques ne se coupent pas au même point à l’intérieur
du cercle. (Donc, chaque trois segments qui se coupent en trois points forment un triangle).
Déterminer le nombre de triangles formés par ces segments. (Chine)
A1
b A1 A6
A1 b
b
b A2
B2 B1 A5
b b b b
B1
A4
O b
b
b b B3
b B3 b B2 b
B5 b A5
b b
A2 b
B4 A2
b b
b b b
A3 A3 A3 A4
A4
On appelle les points sur le cercle « points externes », et les points d’intersection des segments
(situés à l’intérieur du cercle) sont appelés « points internes ». Les triangles obtenus sont de quatre
sortes.
(1) Les trois sommets de chaque triangle sont des points externes. Il est clair que, dans ce cas, le
nombre de triangles est égal à n3 .
(2) Deux sommets de chaque triangle sont des points externes, et le troisième sommet est un point
interne (figure à gauche). Dans ce cas, chaque quatre points A1 , A2 , A3 , A4 sur le cercle donnent
lieu à quatre triangles A1 OA2 , A2 OA3 , A3 OA4 et A4 OA1 . Le nombre de triangles est égal à 4 n4 .
(3) Deux sommets de chaque triangle sont internes, et le troisième sommet est un point externe
(figure du milieu). Dans ce cas chaque cinq points du cercle A1 , A2 , A3 , A4 , A5 donnent lieu à cinq
triangles A1 B1 B2 , A2 B2 B3 , A3 B3 B4 , A4 B4 B5 et A5 B5 B1 . Le nombre de triangles est égal à 5 n5 .
(4) Les trois sommets de chaque triangle sont des points internes (figure à droite). Dans ce cas,
chaque six points A1 , A2 , A3 , A4 , A5 , A6 donnent lieu à un seul triangle B1 B2 B3 . Le nombre de
triangles est égal à n6 .
! ! ! !
n n n n
En conclusion, le nombre total de triangles est égal à : +4 +5 + .
3 4 5 6
Exemple
où S|A| désigne la somme des éléments de A, et k ∈ J0, 4K. On construit une application f : S0 −→
Sk (avec k ∈ J1, 4K) comme suit : si A = {a1 , a2 , · · · , a201 } ∈ S0 , alors
et si un certain ai + k est > 1000, alors on utilise ai + k − 1000 à la place de ai + k. Par conséquent :
201
X 201
X
(ai + k) = ai + 201k ≡ k (mod 5) i.e. f (A) ∈ Sk .
i=1 i=1
Il est clair que f est bijective, donc |Sk | = |S0 | (1 ≤ k ≤ 4). D’où
!
1 1 1000
|S0 | = (|S0 | + |S1 | + |S2 | + |S3 | + |S4 |) = ,
5 5 201
!
1 1000
i.e., le nombre de sous-ensembles bons à 201 éléments est égal à : .
5 201
122 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
Exemple
X Ai ∩ Aj
< 1,
1≤i<j≤n |Ai |
· Aj
Y Ai ∩ Aj
Ai ∩ Aj · |Ak | = · |M|.
k=1,k,i,j
|Ai | · Aj
D’où, le nombre d’applications dans M qui ne sont pas injectives est au plus égal à :
X Ai ∩ Aj
· |M| < |M|.
1≤i<j≤n |Ai | · Aj
Il s’ensuit qu’il existe au moins une application injective f 0 ∈ M. Soit f 0 (i) = ai (i = 1, 2, · · · , n),
alors ai ∈ Ai (i = 1, 2, · · · , n), et pour tout i, j ∈ S (i , j), ai = f 0 (i) , f 0 (j) = aj .
Exemple
Soit n ∈ N∗ un entier naturel pair. De combien de façons peut-on choisir 4 nombres dis-
tincts a, b, c, d de l’ensemble {1, 2, · · · , n} tels que : a + c = b + d ? (a, b, c, d ne sont pas ordon-
nés).
On suppose, sans perte de généralité, que a > b > d. De la relation a + c = b + d, on déduit que
c < d. Le nombre de façons pour choisir trois nombres a > b > c de S = {1, 2, · · · , n} est égal à n3 . Le
nombre de façons pour choisir trois nombres a > b > c de S = {1, 2, · · · , n} vérifiant a + c − b = b, i.e.
a + c = 2b (a et c ont la même parité) est égal à 2 n/2
2 . Soit
La méthode « apparier des objets » ou « mettre en paire » consiste, sous certaines règles, à mettre
tous les objets du problème en question en paires afin que le calcul devienne simple, et il est plus
facile alors de trouver la solution.
Exemple
Soit M = {1, 2, · · · , 1000}. Pour tout sous-ensemble non vide X de M , on note λX la somme
du plus grand et du plus petit élément de X . Quelle est la moyenne arithmétique de tous
les λX ? (Chine)
On suppose que parmi 133 entiers strictement positifs il y a au moins 799 paires d’entiers
premiers entre eux. Montrer qu’il existe 4 entiers strictement positifs et distincts a, b, c et
d tels que :
pgcd(a, b) = pgcd(b, c) = pgcd(c, d) = pgcd(d, a) = 1.
On représente les 133 entiers strictement positifs par 133 points A1 , A2 , · · · , A133 dans le plan.
Si deux entiers sont premiers entre eux alors on relie les points correspondants par un segment,
et sinon ils ne sont pas reliés entre eux. On obtient ainsi un graphe G vérifiant : il y a au moins
799 arêtes reliant les 133 points de G. D’où, le problème original est équivalent à montrer qu’il
existe un quadrilatère avec 4 sommets A, B, C, D et quatre arêtes AB, BC, CD, DA dans G. Par suite,
il suffit de montrer qu’il existe deux points B et D tels qu’ils sont adjacents à A et à C (deux points
sont dits adjacents s’ils sont reliés par un segment).
Si B et D sont tous les deux adjacents au point A, alors B et D sont mis en paire, et (B, D) est
alors appelée la paire appartenant au point A. Supposons qu’il y a di arêtes se coupant au point
A (i = 1, 2, · · · , 133), alors
d1 + d2 + · · · + d133 ≥ 2 × 799, (1)
et le nombre total de paires appartenant à chacun de A1 , A2 , · · · , A133 est égal à :
133 ! 133 133
X di 1 X 2 X
= di − di . (2)
2 2
i=1 i=1 i=1
Soit n > 1 un entier tel que n ≡ 1 (mod 4). Soit P = {a1 , a2 , · · · , an } une permutation quel-
conque de {1, 2, · · · , n}, et notons par kp le plus grand indice vérifiant :
Déterminer, pour toutes les permutations P , la somme de tous les indices kp correspon-
dants.
n(n + 1)
2(a1 + a2 + · · · + akp +1 ) = a1 + a2 + · · · + an = = (4m + 1)(2m + 1),
2
c’est une contradiction (pair=impair). Donc, la relation (2) devient en fait :
D’où, pour la permutation p ′ = {an , an−1 , · · · , a2 , a1 }, on déduit des relations (1) et (3) que kp′ =
n − (kp + 1), i.e., kp′ + kp = n − 1. On met, en paire, les permutations p = {a1 , a2 , · · · , an−1 , an } et
n!
p ′ = {an , an−1 , · · · , a2 , a1 }, alors le nombre de telles paires est égal à . Par conséquent, la somme S
2
(n − 1) × n!
demandée est égale à : .
2
Exemple
Soit M l’ensemble des points du plan à coordonnées entières (x, y) avec 1 ≤ x, y ≤ 12. On
colorie les points de M en rouge, bleu ou blanc. Montrer qu’il existe un rectangle, avec ses
côtés parallèles à l’axe des abscisses(Ox) ou l’axe des ordonnées (Oy), et tel que ses quatre
sommets appartiennent à M et sont de la même couleur.
3.3. APPARIER DES OBJETS 125
Supposons, sans perte de généralité, que le nombre de points rouges est le plus grand. Par le
principe des tiroirs, il est égal au moins à :
12 × 12 − 1
+ 1 = 48.
3
Supposons que le nombre de points rouges d’ordonnée i est égal à ai (i = 1, 2, · · · , 12), alors :
a1 +! a2 + · · · + a12 ≥ 48. On met, en paire, chaque deux points rouges de la i-ème ligne, alors il y a
ai a (a − 1)
= i i paires de points rouges à la i-ème ligne. Par suite, la somme des paires des points
2 2
rouges est égale à :
! 12 2 12
X12 12 12
ai 1 X 2 X 1 1 X X
= ai − ai ≥ ai − ai
2 2 2 12
i=1 i=1 i=1 i=1 i=1
12 12
1 X X 1
=
ai ai − 12 ≥ × 48(48 − 12) = 72. (1)
24 24
i=1 i=1
D’autre part, s’il n’existe pas de rectangle vérifiant la conclusion de l’exercice, alors les projections
de toutes les paires de points rouges sur l’axe des x sont différentes, donc le nombre de toutes les
paires de points rouges ne dépasse pas le nombre de paires formées par les 12 points (x, 0) (x =
1, 2, . . . , 12) sur l’axe des x, c’est-à-dire 12
2 = 66. Contradiction avec (1). Par suite, le rectangle
vérifiant la conclusion de l’exercice existe bien.
Exemple
11
X
Alors, n(xi ) = aij montre que xi appartient à n(xi ) ensembles parmi M1 , M2 , · · · , M11 , où n =
j=1
m
X
max {n(xi )} et |Mj | = aij représente le nombre d’éléments dans l’ensemble Mj . Par la condition
1≤i≤m
i=1
(1) on obtient :
m
X X 11
m X 11 X
X m 11
X
n(xi ) = aij = aij = |mj | = 11 × 5 = 55. (∗)
i=1 i=1 j=1 j=1 i=1 j=1
Si xk ∈ Mi ∩ Mj (i < j), alors on dit que la paire (Mi , Mj ) appartient à xk . Donc, le nombre total de
paires d’ensembles appartenant à chacun de x1 , x2 , · · · , xm est égal à
X m ! m m
n(xi ) 1X 1 X
= n(xi ) (n(xi ) − 1) ≤ (n − 1) n(xi ). (∗∗)
2 2 2
i=1 i=1 i=1
126 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
D’autre part, par la condition (2), pour tout Mi , Mj (i < j), il existe un élément y ∈ Mi ∩ Mj ,
i.e. (Mi , Mj ) appartient à y, par suite cette paire (Mi , Mj ) est comptée au moins une fois dans le
membre de gauche de (∗∗). Or il y a 11 2 = 55 paires d’ensembles formées par M1 , M2 , . . . , M11 , d’où
m
X ! m
X
n(xi ) 1 1
55 ≤ ≤ (n − 1) n(xi ) ≤ × 55 × (n − 1) i.e. n ≥ 3.
2 2 2
i=1 i=1
Si n = 3, alors pour tout xi ∈ T , n(xi ) ≤ n = 3. Maintenant, on montre (par l’absurde) qu’il n’existe
pas de xi ∈ T tel que n(xi ) ≤ 2. Supposons qu’il existe un élément xi0 ∈ T tel que n(xi0 ) ≤ 2, alors :
m
1X 1X 1
55 ≤ n(xi ) (n(xi ) − 1) = n(xi ) (n(xi ) − 1) + n(xi0 ) n(xi0 ) − 1
2 2 2
i=1 i,i0
1 X 1
≤ (n − 1) n(xi ) + n(xi0 ) n(xi0 ) − 1
2 2
i,i0
m
X 1
1 1 1
= (n − 1) n(xi ) + n(xi0 ) n(xi0 ) − n ≤ (3 − 1) × 55 + × 2 × (2 − 3) = 54
2 2 2 2
i=1
ce qui est une contradiction. Donc, pour tout xi ∈ T , n(xi ) = 3 =⇒ 3m = 55, ce qui est im-
possible, d’où n ≥ 4. Finalement, pour n = 4, il existe 11 ensembles vérifiants les conditions
(1) et (2) de l’exercice : M1 = M2 = {1, 2, 3, 4, 5}, M3 = {1, 6, 7, 8, 9}, M4 = {1, 10, 11, 12, 13}, M5 =
{2, 6, 9, 10, 14}, M6 = {3, 7, 11, 14, 15}, M7 = {4, 8, 9, 12, 15}, M8 = {5, 9, 13, 14, 15}, M9 = {4, 5, 6, 11, 14},
M10 = {2, 7, 11, 12, 13} et M11 = {3, 6, 8, 10, 13}. Donc, n(xi ) ≤ 4. En conclusion, la plus petite valeur
possible pour n est 4.
b
A = i+ − 1.
2
Démonstration
On commence la démonstration du théorème de Pick par un exemple simple : prenons pour polygone
P un carré horizontal de côté n ≥ 2 dont les sommets sont les points de coordonnées (0, 0), (n, 0), (0, n)
et (n, n). Alors, on a clairement A = n2 , b = 4(n + 1) − 4 = 4n (les sommets sont comptés deux fois), et
i = (n − 1)2 . On voit ainsi que (n − 1)2 + 2n − 1 = n2 .
Pour montrer le cas général, l’idée consiste à découper le polygone P en polygones plus simples (pas
des carrés du type ci-dessus mais plutôt des triangles). Il suffira alors d’établir la formule pour un
triangle, car on observe que la formule est additive au sens suivant : supposons que P1 et P2 sont
deux polygones ayant une ou plusieurs arêtes consécutives en commun mais dont les intérieurs sont
disjoints.
3.4. PROBLÈMES D’EXTREMUMS ET COMBINATOIRE 127
b b + b2 − 2x − 2 b b
i+ − 1 = i1 + i2 + x + 1 − 1 = i1 + 1 − 1 + i2 + 2 − 1.
2 2 2 2
P1 P2
Par conséquent, si la formule est vraie pour P1 et P2 , elle est aussi vraie pour P. Montrons maintenant
que tout polygone P peut être décomposé en triangles à sommets dans Z × Z, et même en triangles
élémentaires, c’est-à-dire qui n’ont aucun point à coordonnées entières dans leur intérieur ou au bord
hormis les sommets. On procède de la façon suivante : on commence par trianguler le polygone P
n’importe comment (en fait, il est facile de montrer par récurrence sur le nombre de sommets que tout
polygone admet une triangulation, voir figure précédente à droite). Si un des triangles contient un
point à coordonnées entières dans son intérieur, on le relie aux trois sommets. On continue cela tant
qu’il reste des points intérieurs à coordonnées entières. Enfin, pour un triangle sans point intérieur à
coordonnées entières, on regarde s’il y a des points à coordonnées entières sur un des bords en dehors
des sommets. Si tel est le cas, on relie le sommet opposé à tous les points entiers du côté en question. En
conclusion, tout polygone admet une triangulation en triangles élémentaires . Comme P est obtenu
en assemblant ces triangles élémentaires avec 1 ou 2 arêtes en commun, il suffit, d’après l’additivité
de vérifier que la formule est vraie pour un triangle élémentaire T . Comme pour un tel triangle on
a : i = 0 et b = 3, on est ramené à montrer que l’aire de T est égale à 1/2. Quitte à effectuer une
translation, on peut supposer que l’un des sommets de T est l’origine (0, 0). On note (a, b) et (c, d)
les coordonnées des deux autres sommets. Puisque T est élémentaire alors u = (a, b) et v = (c, d)
forment une base du réseau Z2 car si (x, y) ∈ Z2 on peut écrire (x, y) = αu + βv avec (α, β) ∈ R2
puisque (u, v) est une base de R2 . On va voir que α et β sont des entiers. On peut écrire α = ⌊α⌋ + r
et β = ⌊β⌋ + s avec r, s ∈ [0, 1[. Le point (x, y) − ⌊α⌋u − ⌊β⌋v = ru + vs est dans Z2 et se trouve dans
le parallélogramme de base (u, v). Comme T est élémentaire, ce parallélogramme ne contient aucun
point à! coordonnées entières en dehors de ses sommets. Ainsi, r = s = 0. Il en résulte que la matrice
a c
est dans GL2 (Z). Son déterminant est donc égal à ±1. Or ce déterminant représente l’aire
b d
algébrique du parallélogramme défini par u et v. L’aire de T est donc égale à 1/2.
Exemple
Soit n ≥ 4 un entier naturel. Quel est le nombre maximal de points à coordonnées entières
contenus à l’intérieur ou sur le bord d’un carré de côté n ?
Soit K un carré arbitraire de côté n, et soit M le plus petit polygone convexe contenant les points à
coordonnées entières situés dans K. Alors, l’aire [M] de M est ≤ n2 , et le périmètre P (M) de M est
m
≤ 4n. D’après la formule de Pick on a : [M] = +k −1, où k est le nombre de points à coordonnées
2
entières situés à l’intérieur de M, et m le nombre de points à coordonnées entières situés sur la
m
frontière (ou les bords) de M. Donc, +k −1 ≤ n2 . Puisque la distance entre deux points distincts
2
et à coordonnées entières est ≥ 1, alors P (M) ≤ m. Par conséquent, m ≤ 4n et on déduit que :
m m
m+k = + k − 1 + + 1 ≤ n2 + 2n + 1 = (n + 1)2 .
2 2
Quel est le nombre minimum de plans nécessaires pour couper un cube en au moins 300
pièces ?
En utilisant une preuve par récurrence sur n, il n’est pas difficile de montrer que n droites
n(n+1)
divisent le plan en moins de p(n) = 2 + 1 parts. On obtient précisément p(n) lorsque deux
droites quelconques se coupent, et aucun triplet de droites quelconques ne se coupent en un
point. En utilisant encore une fois la récurrence sur n, on montre que n plans divisent l’espace en
3
moins de q(n) = n +5n+6
6 parts, et on obtient précisément q(n) lorsque deux plans quelconques se
coupent, aucun triplet de plans quelconques n’ont une droite en commun, et aucun quadruplet
de plans quelconques n’ont un point en commun.
Puisque q(12) = 299 < 300 < 378 = q(13), alors pour couper l’espace en au moins 300 parts il
nous faut 13 plans. Il est facile de voir, maintenant, que le même nombre de plans est nécessaire
pour couper un cube en au moins 300 pièces.
Exemple
Soit n ≥ 3 un entier donné. Pour des points A1 , A2 , · · · , An dans le plan, et tels que trois
points quelconques ne sont pas alignés, on note par α le plus petit des angles A\ i Aj Ak pour
i, j et k différents. Quelle est la plus grande valeur possible pour α ?
180◦
On se propose de montrer que : α ≤ .
n
Il existe deux points, disons par exemple A1 , A1 b b
A2 , tels que tous les autres points sont situés du b
De plus, A\
1 A2 A3 ≥ α(n − 2) puisque l’angle entre deux demi-droites consécutives [A2 Ai ) est
≥ α. Ensuite, on choisit un point A4 tel que A\ 2 A3 A4 soit un maximum, etc. On a clairement
A\A A
2 3 4 ≥ α(n − 2), A\ A A
3 4 5 ≥ α(n − 2), etc. Comme le nombre de points est n, alors il existe un
3.4. PROBLÈMES D’EXTREMUMS ET COMBINATOIRE 129
nombre minimal m ≤ n tel que Am+1 ∈ {A1 , A2 , · · · , Am−1 } (il est clair que Am+1 , Am ), c’est-à-dire
\
Am−1 Am A est maximal pour A = Ai pour un certain i ∈ J1, m − 1K. Si i , 1, alors A1 est situé dans
l’angle Am−1\ Am Ai , une contradiction. Par suite, i = 1 et chacun des angles du polygone convexe
A1 A2 · · ·Am est ≥ α(n − 2). Par conséquent : 180◦ (m − 2) ≥ mα(n − 2), ce qui implique :
180◦ (m − 2) 180◦ 2 180◦ 2 180◦
α≤ = 1− ≤ 1− = .
m(n − 2) n−2 m n−2 n n
Il est facile de voir que si A1 , A2 , · · · , An sont les b
180 ◦
on a : α = . α
n b
α
b
n
b b
Exemple
Quel est le plus grand nombre de points que l’on peut placer dans le disque unité de sorte
que la distance entre deux points quelconques soit strictement supérieure à 1 ?
Soient O le centre du disque, et A1 , A2 , · · · , An des points à l’intérieur du disque tels que Ai Aj >
1 pour i , j. On peut supposer que ces points sont rangés dans le sens des aiguilles d’une montre
puisque deux quelconques d’entre eux n’appartiennent pas au même rayon. Posons αi = A\ i OAi+1
pour i ∈ J1, nK, avec An+1 = A1 . Alors αi > 60◦ puisque Ai Ai+1 est le plus grand côté du triangle
Ai OAi+1 . D’où :
360◦ = α1 + α2 + · · · + αn > n · 60◦ et par suite n ≤ 5.
à 1. b b
Exemple
Soit n ≥ 4 un entier. Quel est le nombre maximal d’angles aigus dans un polygone convexe
à n côtés ?
b
b
α4
αn α3
b b
b
α1 α2
130 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
Si le polygone convexe à n ≥ 4 côtés admet au moins 4 angles aigus, alors leurs angles extérieurs
seront obtus, donc leur somme sera plus grande que 360◦ . Cependant, la somme de tous les
angles extérieurs α1 , α2 , · · · , αn du polygone convexe est égale à : n · 180◦ − (n − 2) · 180◦ = 360◦ , une
contradiction.
Exemple
Quel est le plus petit nombre de points qui peuvent être placés dans un polygone convexe
à n côtés de sorte que chaque triangle, formé par trois des sommets du polygone convexe,
contienne un au moins de ces points ?
A2
3.5 Classification
Méthode de classification
Lorsque de nombreuses situations sont définies dans un problème mathématique, nous discutons
habituellement chaque situation individuellement et trouvons la solution. En résumant et en
faisant la synthèse de ces conclusions sur chacun des cas, nous obtenons la solution du problème
initial. Telle est l’idée et la méthode de classification.
Lorsque nous résolvons des problèmes en appliquant l’idée et la méthode de classification, les
règles suivantes doivent être respectées :
1 chaque situation dans le problème d’origine doit être contenue dans une classe ;
2 deux classes quelconques sont disjointes et il n’y a aucun chevauchement ;
3 la classification doit suivre le même critère ;
4 la règle pour choisir le critère de classification est que le problème, dans chaque situation
individuelle, peut être résolu plus facilement que le problème original.
Exemple
Combien de nombres à 3 chiffres peut-on former avec les chiffres J0, 9K de sorte que la
somme des chiffres soit un nombre pair plus grand ou égal à 10 ?
Les nombres à 3 chiffres et dont leur somme est paire sont de deux types : chaque chiffre est
pair ou un est pair et les deux autres sont impairs.
(1) Si chaque chiffre est pair, le nombre de ces nombres à 3 chiffres est égal à A53 − A42 = 48.
(2) Lorsqu’un chiffre est pair et les deux autres sont impairs, le nombre de ces nombres à 3 chiffres
est égal à : ! ! !
5 5 3 5 2
A − A = 280.
1 2 3 2 2
3.5. CLASSIFICATION 131
Or, parmi ces 280 nombres, il y a 42 qui ont une somme des chiffres plus petite que 10, il s’agit
de : 204, 240, 402, 206, 260, 602, 620, 103, 130, 301, 310, 105, 150, 501, 510, 107, 170, 701, 710,
305, 350, 503, 530, 123, 132, 213, 231, 312, 321, 125, 152, 215, 251, 512, 521, 134, 143, 314, 341,
413, 431. En conclusion, le nombre de nombres à 3 chiffres et dont la somme est un nombre pair
plus grand ou égal à 10 est égal à 48 + 280 − 42 = 286.
Exemple
On suppose qu’une figure est composée de 2n points (avec n ≥ 2 et quatre points quel-
conques ne sont pas coplanaires), et on suppose qu’il y a n2 + 1 segments reliant ces 2n
points. Montrer qu’il existe n triangles dans cette figure.
On fait un raisonnement par récurrence sur n. Pour n = 2, on suppose qu’il y a quatre points
A, B, C, D et qu’il y a 22 + 1 = 5 segments les reliant. Donc, il y a seulement 42 − 5 = 1 paire de ces
points qui ne sont pas reliés par un segment. Supposons, sans perte de généralité, qu’il n’y a pas
de segment reliant les points C et D. Alors, il y a deux triangles dans la figure : ABC et ABD, et le
résultat est prouvé dans ce cas.
Supposons que le résultat est vrai pour le rang k ≥ 2, et montrons le au rang k + 1. Soit G une
figure formée de 2k + 2 points et supposons qu’il y a (k + 1)2 + 1 segments reliant ces points. On
montre, tout d’abord, qu’il existe au moins un triangle. On suppose que les points donnés A et B
sont reliés par un segment, et notons par a (ou b) le nombre de segments reliant A (ou B) avec les
2k autres points restants.
(1) Si a + b ≥ 2k + 1, alors il existe un point C (C différent de A et de B) qui est relié avec A et B par
des segments. Donc, il existe un triangle ABC.
(2) Si a + b ≤ 2k, en supprimant les points A et B et tous les segments rencontrant A et B, alors
dans la figure restante il y a 2k points et au moins (k + 1)2 + 1 − 2k − 1 = k 2 + 1 segments reliant ces
points. Par hypothèse de récurrence, il y a k triangles.
Soit ABC un de ces triangles, et nA , nB ou nC le nombre de segments reliant les points A, B ou C
et les autres 2k − 1 points respectivement. On distingue deux cas.
⋄ Cas 1 : si nA + nB + nC ≥ 3k − 1, il y a au moins k triangles avec un côté parmi les côtés AB, BC ou
CA respectivement. En ajoutant le triangle ABC, on a alors au moins k + 1 triangles.
⋄ Cas 2 : si nA + nB + nC ≤ 3k − 2, i.e., (nA + nB ) + (nB + nC ) + (nC + nA ) ≤ 6k − 4,$ alors %parmi les
6k − 4
trois nombres nA + nB , nB + nC et nC + nA , il y a au moins un ne dépassant pas = 2k − 2.
3
Supposons, sans perte de généralité, que nA +nB ≤ 2k −2. Après avoir supprimer les points A et B,
et tous les segments rencontrant A et B, alors dans la figure restante il y a 2k points et au moins
(k + 1)2 + 1 − (2k − 2) − 3 = k 2 + 1 segments reliant ces points. Par hypothèse de récurrence, il existe
k triangles. En ajoutant le triangle ABC, on a alors au moins k + 1 triangles.
La preuve par récurrence est ainsi terminée.
Exemple
On représente une personne par un point du plan, trois points quelconques ne sont pas ali-
gnés. Si deux personnes s’envoient des vœux par SMS, alors les points correspondants sont reliés
par un segment rouge, et sinon, les deux points sont reliés par un segment bleu. Ainsi, on a une
132 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
alors par la condition (2), on sait que S1 ∩ S2 = ∅ et deux points quelconques dans le même sous-
ensemble Si (i = 1 ou 2) sont reliés par un segment rouge.
Cas 1 : si n = 2k est pair, alors l’ensemble S est divisé en deux sous-ensembles disjoints S1 et S2
de sorte que deux points dans le même sous-ensemble soient reliés par un segment rouge. Le
résultat est donc vrai.
Cas 2 : si n = 2k + 1 ≥ 6 est impair, alors k ≥ 3. Comme |S1 ∪ S2 | = 2k, alors il existe un point C ∈ S
qui n’appartient pas à S1 ∪ S2 .
⋄ Si C et B1 sont reliés par un segment bleu, on pose S1′ = S1 ∪ {C}, alors par la condition (2)
on sait que n’importe quels deux points dans S1′ et dans S2 sont reliés par un segment rouge, et
S = S1′ ∪ S2 , S1′ ∩ S2 = ∅. Le résultat est donc vrai.
⋄⋄ Si C et A1 sont reliés par un segment bleu, alors pour la même raison que dans le cas ⋄ le
résultat est encore vrai.
⋄ ⋄ ⋄ Si C et chacun
de A1 et B1 sont reliés par un segment rouge, alors par la condition (1), il
n
y a au moins = k ≥ 3 points et le point C sont reliés par les segments bleus et ces points
2
n’appartiennent pas tous à S2 . Sans perte de généralité, supposons que C et un autre point Ai
(avec 2 ≤ i ≤ k) dans S1 sont reliés par un segment bleu, et C et les deux points Bt , Bj (avec
n
2 ≤ t < j ≤ k) dans S2 sont reliés par deux segments bleus. On connaît au moins = k points et
2
le point Ai sont reliés par les segments bleus et au moins k − 1 de ces points, à l’exception de C,
appartiennent à S2 . Or, il y a seulement k − 2 points dans S2 , à l’exception de deux points Bj , Bt .
Donc, Ai et l’un des deux points Bt , Bj doivent être reliés par un segment bleu. On suppose, pour
simplifier, que le point Ai et le point Bt sont reliés par un segment bleu. Alors, deux quelconques
parmi les trois points C, Ai , Bt sont reliés par un segment bleu, ce qui est en contradiction avec la
condition (2).
Exemple
Déterminer le plus petit entier n ∈ N∗ tel que parmi n nombres irrationnels, il existe 3
nombres irrationnels vérifiant : la somme de deux quelconques est un nombre irrationnel
√ √ √ √
Lorsque n = 4, et avec les nombres − 2, − 3, 2, 3, on voit que la propriété n’est pas vérifiée.
Par conséquent, on a n ≥ 5. On se propose de montrer dans la suite que n = 5 est le plus petit
entier vérifiant la propriété de l’exercice.
Montrons que parmi 5 nombres irrationnels, il existe au moins trois tels que la somme de deux
parmi eux soit aussi un nombre irrationnel. On représente les 5 nombres irrationnels par des
points du plan avec 3 quelconques non coplanaires, on les nomme x, y, z, u, v (et on va confondre
le nombre irrationnel et le point qu’il représente). Si la somme de deux nombres est un nombre
rationnel alors on relie les points correspondants par un segment rouge, et sinon, on les relie par
un segment bleu. On obtient ainsi une figure géométrique G, et le problème revient à montrer
qu’il existe un triangle bleu dans G.
On commence par montrer qu’il existe un triangle monochromatique dans G (i.e. un triangle
avec les 3 côtés de même couleur). Si parmi 4 segments rencontrant un certain point il y a au
moins 3 segments rouges (ou bleus), alors il doit y avoir un triangle monochromatique. Donc, et
sans perte de généralité, on peut supposer qu’il y a exactement 2 segments rouges et 2 segments
bleus rencontrant chaque point dans G. Et il y a 5 segments rouges et 5 segments bleus dans G.
Comme il y a seulement 2 segments rouges rencontrant chaque point dans G, alors chaque point
est un sommet d’une ligne brisée. Or chaque ligne brisée fermée a au moins 3 segments, d’où
5 segments rouges forment une ligne brisée fermée. De même, 5 segments bleus forment une
ligne brisée fermée. Pour simplifier, supposons que xyzuv est une ligne brisée fermée rouge, alors
x + y, y + z, z + u, u + v, v + x sont tous des nombres rationnels. Donc
1
x = [(x + y) − (y + z) + (z + u) − (u + v) + (v + x)]
2
est un nombre rationnel, ce qui contredit la condition de l’exercice. Par conséquent, il existe un
triangle monochromatique.
Deuxièmement, montrons qu’il existe un triangle bleu. Sinon, il existe un triangle rouge. Pour
simplifier, supposons que xyz est un triangle rouge, alors x + y, y + z, z + x sont tous des nombres
1
rationnels, et x = [(x + y) + (z + x) − (y + z)] est un nombre rationnel, ce qui contredit la condi-
2
tion de l’exercice. Donc, il existe un triangle bleu. Supposons que xyz est un triangle bleu, i.e.
il existe 3 nombres irrationnels x, y, z tels que la somme de deux quelconques d’entre eux est un
nombre irrationnel.
En résumé, on a montré que n = 5 est la plus petite valeur vérifiant les conditions de l’exercice.
On attribue aux conclusions recherchées des nombres distincts. Puis nous analysons, calculons
et comparons ces nombres en détail. C’est la méthode d’évaluation que nous allons mettre en
œuvre sur trois exemples.
Exemple
Lorsqu’on supprime un carré unité d’un carré 2 × 2, l’objet obtenu est appellé « forme-L ».
Utiliser quelques formes-L pour recouvrir un rectangle 5 × 7, et chaque forme-L couvre
exactement 3 carrés unités. On suppose que les chevauchements sont autorisés et sans
134 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
sauts, et que chaque forme-L ne dépasse pas les bords sur rectangle 5 × 7.
Est-il possible que chaque carré unité du rectangle 5×7 soit recouvert par le même nombre
de formes-L ? (Russie)
On suppose qu’on écrit −2 ou 1 dans chaque carré unité du rectangle 5 × 7 comme dans le
tableau ci-dessous :
−2 1 −2 1 −2 1 −2
1 1 1 1 1 1 1
−2 1 −2 1 −2 1 −2
1 1 1 1 1 1 1
−2 1 −2 1 −2 1 −2
alors, la somme des trois nombres dans chacun des 3 carrés formant une forme-L est toujours ≥ 0.
Donc, peu importe le nombre de fois qu’on recouvre les nombres par des formes-L, la somme de
tous les nombres recouverts par les formes-L (si un nombre est recouvert n fois alors il est compté
n fois dans cette somme) est toujours ≥ 0. D’autre part, la somme des nombres dans le tableau
ci-dessus est égale à : 12 × (−2) + 23 × 1 = −1. Si chaque carré unité est recouvert k fois, alors le
total de tous les nombres recouverts par ces formes-L est égal à −k, ceci est une contradiction.
Par suite, il est impossible que chaque carré unité du rectangle 5 × 7 soit recouvert par le même
nombre de formes-L.
Exemple
Il y a 20 filles et 20 garçons qui sont assis, face à face, autour de deux cercles concentriques
(voir figure ci-dessous). Il y a exactement 20 personnes assises sur chacun des deux cercles,
mais on ignore le nombre de garçons et de filles sur chacun d’eux. S’il arrive qu’un garçon
g et une fille f soient assis face à face (chacun sur un cercle et en face l’un de l’autre), alors
on dit que (f , g) forme une paire de partenaires. Montrer qu’il est possible de faire tourner
le petit cercle de sorte que le nombre de paires partenaires soit supérieur ou égal à 10.
b b
r
r
b b b
r
r
r
b b
r
On note a1 , a2 , · · · , a20 (respectivement b1 , b2 , · · · , b20 ) les personnes assises, dans le sens des ai-
guilles d’une montre, autour du petit (respectivement grand) cercle. Si ai ou bi est un garçon on
lui attribue le nombre +1, et si c’est une fille on lui attribue le nombre −1. On tourne le petit
3.8. RAISONNEMENT PAR L’ABSURDE 135
On suppose, sans perte de généralité, que le nombre de filles sur le grand cercle est plus grand
ou égal au nombre de garçons sur ce même cercle, alors le nombre de garçons sur le petit cercle
est plus petit ou égal au nombre de filles sur ce même cercle. D’où :
a1 + a2 + · · · + a20 ≤ 0 et b1 + b2 + · · · + b20 ≥ 0.
Par conséquent :
S1 + S2 + · · · + S20 = (a1 + a2 + · · · + a20 ) (b1 + b2 + · · · + b20 ) ≤ 0.
D’après le principe de la valeur moyenne, il existe i0 ∈ J1, 20K tel que Si0 ≤ 0. Cela veut dire que
dans l’expression
a1 bi0 + a2 bi0 +1 + · · · + a20 bi0 +19 , (avec la convention bj+20 = bj )
le nombre de termes égaux à −1 est plus grand ou égal au nombre de termes égaux à +1, par suite
il existe au moins 10 paires partenaires.
Exemple
Toutes les cases d’un échiquier de taille m × n (avec m ≥ 3, n ≥ 3) sont coloriés en rouge
ou en vert. Deux cases adjacentes (i.e. avec un côté commun) sont dites « bon couple » si
elles sont de couleurs différentes (une rouge et l’autre verte). On suppose qu’il y a S « bons
couples ». Le nombre S est-il pair ou impair (Chine)
On classe les cases de l’échiquier en trois catégories : les cases aux quatre coins de l’échi-
quier, les cases le long des bords (n’incluant pas ceux dans les quatre coins), et enfin le reste
des cases. On attribue le nombre +1 à toutes les cases rouges, et on attribue le nombre −1 aux
cases vertes. On note a, b, c, d les nombres attribués aux cases de la première catégories (ceux si-
tués aux quatre coins de l’échiquier), puis x1 , x2 , · · · , x2m+2n−8 les nombres attribués aux cases de
la deuxième catégorie (situés le long des bords de l’échiquier et n’incluant pas les quatre coins),
en enfin y1 , y2 , · · · , y(m−2)(n−2) les nombres attribués aux cases de la troisième catégorie. Pour deux
cases adjacentes (i.e. avec un côté commun), on effectue le produit des deux nombres qui leur sont
attribués et on l’attribue, à son tour, au côté commun de ces deux cases. On note par H le produit
de tous les nombres attribués aux côtés communs des cases adjacentes. Il y a deux cases adjacentes
pour chaque case de la première catégorie, donc leurs nombres attribués apparaissent deux fois
dans H. Il y a 3 cases adjacentes pour chaque case de la deuxième catégorie, donc leurs nombres
attribués apparaissent trois fois dans H. Finalement, il y a 4 cases adjacentes pour chaque case de
la troisième catégorie, donc leurs nombres attribués apparaissent 4 fois dans H. Par conséquent :
4
H = (abcd)2 (x1 x2 · · · x2m+2n−8 )3 y1 y2 · · · y(m−2)(n−2) = (x1 x2 . . . x2m+2n−8 )3 .
⋄ Si x1 x2 · · · x2m+2n−8 = +1 : alors H = +1, et dans ce cas le nombre de « bons couples » est pair.
⋄ Si x1 x2 · · · x2m+2n−8 = −1 : alors H = −1, et dans ce cas le nombre de « bons couples » est impair.
Par suite, la parité de S dépend de la couleur des cases de la deuxième catégorie. Lorsque le
nombre de cases vertes dans la deuxième catégorie est impair alors S l’est aussi. Sinon, S est pair.
Exemple
Soit ABCDE un pentagone convexe dont les sommets sont des points à coordonnées en-
tières. Les 5 diagonales de ABCDE forment un nouveau pentagone convexe A1 B1 C1 D1 E1
à l’intérieur de ABCDE (voir figure ci-dessous). Montrer que le pentagone A1 B1 C1 D1 E1
contient un point à coordonnées entières sur sa frontière ou dans son intérieur. (Russie)
E
b
C1 B1
b D
b
b
b b
A O
b
b E1 A1
D1 b
b b
B C
On utilise dans la solution la terminologie « pentagone entier » pour dire un pentagone dont
les sommets sont des points à coordonnées entières. On utilise aussi la notation [△ABC] pour
exprimer l’aire du triangle ABC.
Supposons, par l’absurde, que le résultat est faux. Comme l’aire de n’importe quel polygone entier
est un entier ou la moitié d’un entier, alors il existe un polygone entier d’aire minimale. Supposons
que le pentagone convexe d’aire minimale est ABCDE. Sans perte de généralité, on suppose que :
On affirme que le triangle AC1 D1 n’a pas de points à coordonnées entières sur ses côtés ou à
son intérieur, à l’exception de A. Par hypothèse, il n’y a pas de point à coordonnées entières sur
[C1 D1 ]. Supposons, par l’absurde, qu’il existe un point A′ à coordonnées entières sur [AC1 ] ou
bien [AD1 ], ou à l’intérieur du triangle AC1 D1 . Alors, le pentagone A′ BCDE est entier et d’aire
plus petite que le pentagone entier ABCDE. De plus, le pentagone construit avec les diagonales
de A′ BCDE est à l’intérieur de A1 B1 C1 D1 E1 , ce qui implique qu’il ne contient pas de points à
coordonnées entières. Mais alors le pentagone A′ BCDE a une aire plus petite que le pentagone
ABCDE et vérifie les mêmes propriétés, ce qui contredit la minimalité. Pour les mêmes raisons,
le triangle CA1 E1 n’a pas de points à coordonnées entières sur ses côtés ou à son intérieur, à
l’exception de C.
Ensuite, [△ABC] ≤ [△DBC] et [△ABC] ≤ [△EAB], d’où d(D, BC) ≥ d(A, BC) et d(E, AB) ≥ d(C, AB),
où d(X, Y Z) désigne la distance du point X à la droite Y Z. Par suite, le triangle B1 AC contient
un autre sommet O du parallélogramme avec deux côtés adjacents [BA] et [BC] sur ses côtés ou
dans son intérieur. Comme A, B, C sont tous des points à coordonnées entières, alors O est aussi
un point à coordonnées entières. Or, le triangle AC1 D1 n’a pas de points à coordonnées entières
sur ses côtés ou dans son intérieur, à l’exception de A et il en est de même pour le triangle CA1 E1
à l’exception de C. Donc, le pentagone A1 B1 C1 D1 E1 contient un point O à coordonnées entières
sur ses bords ou dans son intérieur, et ceci est une contradiction. La preuve est ainsi terminée.
Exemple
Les trois sommets du triangle ABC sont coloriés respectivement en rouge, bleu et noir.
Les points reliant des points à l’intérieur du triangle ABC aux sommets de ce triangle
forment de nouveaux petits triangles. On suppose que chaque sommet de ces nouveaux
petits triangles est colorié avec l’une des trois couleurs mentionnées ci-dessus.
3.8. RAISONNEMENT PAR L’ABSURDE 137
Montrer que, pour n’importe quel coloriage des ces sommets, il existe un triangle dont les
sommets sont coloriés de trois couleurs différentes.
Supposons, par l’absurde, que le résultat est faux, alors il n’existe aucun triangle dont les trois
sommets sont coloriés de trois couleurs différentes. Le côté du triangle dont les deux extrémités
sont coloriés en rouge et bleu est appelé un côté rouge-bleu. Supposons que le nombre de tous les
côtés rouge-bleu dans le triangle ABC est k. Comme chaque côté rouge-bleu dans le triangle ABC
est un côté commun de deux triangles, et exactement un des trois côtés du triangle ABC est un
côté rouge-bleu, alors le nombre total de côtés rouge-bleu dans tous les petits triangles est égal
à S = 2k + 1. D’autre part, supposons que le nombre de petits triangles dont les trois sommets
sont rouges, rouge et bleu ou rouge, bleu et bleu est égal à p. Comme chaque tel triangle a deux
côtés rouge-bleu, et le reste des triangles n’ont pas de côté rouge-bleu (car il n’y a pas de triangles
dont les trois sommets sont rouges, bleus ou noirs), alors S = 2p. On obtient ainsi 2p = 2k + 1,
i.e., on a égalité entre un nombre pair et un nombre impair (tous les deux non nuls), ceci est une
contradiction. La preuve est ainsi terminée.
Exemple
On suppose qu’il y a 2016 jeunes filles assises autour d’une table circulaire. Elles jouent
un jeu avec 2016 cartes. Initialement, la fille F a toutes les 2016 cartes entre ses mains. Si
une fille a au moins deux cartes dans sa main, alors elle doit envoyer une carte à la fille
assise à sa droite et une carte à la fille assise à sa gauche. Le jeu s’arrête si, et seulement si,
chacune des 2016 filles a seulement une carte dans la main. Montrer qu’il est impossible
que le jeu s’arrête.
Supposons, par l’absurde, que le résultat est faux. On nomme les 2016 filles par 1, 2, · · · , 2016. Si
la fille i a la carte A après un certain nombre d’envois de cartes, alors on dit que la carte A a la
valeur flottante i. Supposons que la somme des valeurs flottantes des 2016 cartes est Sk après k
envois de cartes, et que la première fille a toutes les cartes au départ, d’où S0 = 2016. Si dans le
k-ème envoi de cartes, la première fille envoie une carte à la 2-ème et à la 2016-ème fille, alors la
valeur flottante augmente :
Si dans le k-ème envoi de cartes, la 2016-ème fille envoie une carte à la 1-ère et à la 2015-ème
fille, alors la valeur flottante décroît :
Si dans le k-ème envoi, la i-ème fille envoie une carte à la (i − 1)-ème fille et une carte à la (i + 1)-
ème fille, alors la valeur flottante augmente :
Donc Sk est un multiple de 2016 (puisque S0 = 2016). Si le jeu s’arrête au bout d’un certain
nombre d’envois, alors le nombre total de valeurs flottantes des 2016 cartes est égal à :
S = 1 + 2 + · · · + 2016 = 1008 × 2017, S n’est donc pas un multiple de 2016, contradiction. En
conclusion, le jeu ne peut pas s’arrêter.
Exemple
Est-il possible de partager l’ensemble des entiers en trois sous-ensembles disjoints tel que
pour tout entier n, les trois nombres n, n − 50 et n + 2005 appartiennent aux trois sous-
ensembles distincts respectivement ?
138 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
On se propose de montrer que c’est impossible. Supposons, par l’absurde, qu’il est possible de
partager l’ensemble des entiers en 3 sous-ensembles disjoints tels que pour tout n ∈ Z, les entiers
n, n − 50 et n + 2005 appartiennent respectivement aux trois sous-ensembles disjoints. On utilise
le symbole m ←→ k pour dire que m et k appartiennent au même sous-ensemble, et le symbole
×
m ←→ k pour dire que m et k appartiennent à des sous-ensembles distincts, et enfin le symbole
(p, q, r) ∈ I pour dire que les entiers p, q, r appartiennent respectivement aux trois sous-ensembles
disjoints.
Si on utilise n −50 ou n +2005 pour changer chaque n dans (n, n −50, n +2005) ∈ I respectivement,
alors
(n − 50, n − 100, n + 1955) ∈ I et (n + 2005, n + 1955, n + 2 × 2005) ∈ I .
× ×
Donc, on obtient n + 1955 ←→ n − 50, et n + 1955 ←→ n + 2005, et il s’ensuit que n + 1955 ←→ n.
Donc on sait que (n − 50, n − 100, n) ∈ I à partir de (n − 50, n − 100, n) ∈ I . Si on utilise n − 50 pour
changer chaque n dans (n − 50, n − 100, n) ∈ I , on sait que (n − 100, n − 150, n − 50) ∈ I . Il s’ensuit
× ×
que n ←→ n − 150 à partir de n ←→ n − 50 et n ←→ n − 100. En commençant avec n ←→ 1955 et
n ←→ n − 150 on déduit les relations suivantes :
0 ←→ 1955 ←→ 2 × 1955 ←→ · · · ←→ 50 × 1955 = 652 × 150 − 50 ←→ 651 × 150
←→ · · · ←→ 150 − 50 ←→ −50.
× ×
Or, n ←→ n − 50, d’où 0 ←→ −50, et ceci est une contradiction. En conclusion, il n’existe pas de
partitions de Z en trois sous-ensembles disjoints avec les propriétés requises.
Exemple
Soient n > 1 un entier impair, et k1 , k2 , · · · , kn des entiers donnés. Pour chacune des n! per-
mutations a = (a1 , a2 , · · · , an ) de l’ensemble {1, 2, · · · , n}, on pose :
X n
S(a) = ki ai = k1 a1 + k2 a2 + · · · + kn an . Montrer qu’il existe deux permutations distinctes
i=1
b et c telles que n! divise S(b) − S(c). (OIM, 2001)
X n
XX n X
X
S = S(a) = ki ai = ai . (1)
a∈Sn a∈Sn i=1 i=1 a∈Sn
X
Pour tout i ∈ J1, nK, ai contient (n − 1)! fois chacun des nombres 1, 2, · · · , n. Donc
a∈Sn
X (n + 1)!
ai = (n − 1)!(1 + 2 + · · · + n) = .
2
a∈Sn
D’où
n
(n + 1)! X
S = ki .
2
i=1
Supposons, par l’absurde, qu’il existe deux permutations b, c ∈ Sn , b , c, telles que S(b) et S(c)
donne le même reste lorsqu’on les divise par n!. D’où l’ensemble {S(a) (mod n!), a ∈ Sn } contient
tous les restes 1, 2, · · · , n!. Donc on a
X n!(n! + 1)
S (mod n!) = S(a) (mod n!) = (1 + 2 + · · · + n!) (mod n!) = (mod n!).
2
a∈Sn
3.8. RAISONNEMENT PAR L’ABSURDE 139
n
X n
X n n
n(n + 1) X n+1 X
N = (n − 1)! j ki = (n − 1)! ki = n! ki .
2 2
j=1 i=1 i=1 i=1
n!
X
(S(p1 ) − S(pi )) ≡ 1 + 2 + · · · + (n! − 1) (mod n!)
i=2
n!
X (n! − 1)n!
(n! − 1)S(p1 ) − S(pi ) ≡ (mod n!)
2
i=2
n!
X (n! − 1)
n!S(p1 ) − ≡ n! (mod n!)
2
i=1
n!
X (n! − 1)
− S(pi ) ≡ n! (mod n!).
2
i=1
n!
X
n!−1
Cependant S(pi ) ≡ 0 (mod n!) par le lemme. Mais 2 < Z car n! est pair pour n ≥ 3, donc
i=1
(n!−1)
n! 2 . 0 (mod n!). Donc notre hypothèse est fausse, et par suite il existe deux permutations b
et c distinctes telles que n! | S(b) − S(c).
3ème méthode : supposons qu’il n’existe pas deux permutations distinctes b, c telles que n! | S(b) −
S(c). Alors, toutes les sommes S(a) doivent être distinctes (mod n!). Or il y a exactement n!
sommes S(a) et n! résidus distincts (mod n!). Donc pour tout résidu t (mod n!) il existe une
140 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
unique permutation p telle que S(p) ≡ t (mod n!). (appelons ce résultat (*)). Considérons une per-
mutation quelconque b = (b1 , b2 , · · · , bn ) de 1, 2, · · · , n. Soit c = (c1 , c2 , · · · , cn ) définie par ci = n+1−bi
pour 1 ≤ i ≤ n. Notons qu’il existe un j tel que bj = 1 et donc cj = n de sorte que bj , cj comme
n ≥ 3. Donc b et c sont des permutations distinctes. On a
n n n n
n
X X X X n + 1 X
S(b) − S(c) = k i bi − ki (n + 1 − bi ) = 2 ki bi − (n + 1) ki = 2 S(b) − ki
2
i=1 i=1 i=1 i=1 i=1
car n est impair. Cependant, par (*) on peut choisir b telle que
n
n+1 X
S(b) ≡ t = ki (mod n!).
2
i=1
D’où S(b) − S(c) est divisible par n!, contredisant notre hypothèse de départ.
On effectue des ajustements (ou des transformations) selon la nature de la question de sorte
que le chemin entre la conclusion existante et l’objectif ultime soit plus court, et que le but
soit atteint, étape par étape. Ainsi, nous pouvons être assurés que l’objectif final sera atteint
grâce à un nombre fini d’ajustements (ou transformations). C’est ce qu’on appelle la méthode
d’ajustment local. Avec cette méthode, on peut résoudre les problèmes suivants :
1 pour montrer que certains objets combinatoires ont des caractéristiques données ;
2 pour résoudre des problèmes d’extremum en combinatoire ;
3 pour montrer qu’il existe des objets combinatoires avec certaines propriétés données ;
4 pour résoudre des problèmes concernant la possibilité d’atteindre des objectifs étape par
étape.
Exemple
On assimile le grand carré à une matrice carrée n × n. On note aij l’élément situé à la i-ème
ligne et j-ème colonne. On sait alors que aij = ±1. Le nombre de termes basiques contenant aij est
égal à (n−1)!, donc si le signe du nombre aij change (de +1 à −1, ou de −1 à +1), alors le nombre de
termes basiques dont le signe a changé est égal aussi à (n−1)!. Supposons que le nombre de termes
basiques qui changent de −1 à +1 est égal à h, et le nombre de termes basiques qui changent de
+1 à −1 est égal à (n − 1)! − h. Le nombre total de termes basiques qui ont changé est passé de S à
S ′ , et l’accroissement ∆S = S ′ − S vérifie :
Comme n ≥ 4, alors S ′ − S est divisible par 4, i.e., lorsque le signe d’un certain aij a changé, alors
l’accroissement ∆S de S est un multiple de 4.
Si tous les termes aij de la matrice sont égaux à +1, alors le nombre total de termes basiques est
3.9. MÉTHODE D’AJUSTEMENT LOCAL 141
égal à S = n!, et c’est un multiple de 4 (puisque n ≥ 4). Si tous les termes de la matrice ne sont pas
égaux à +1, alors chaque terme −1 dans la matrice peut être changé en +1, on le fait un par un et
à chaque fois l’accroissement ∆S de S est un multiple de 4. Donc, après plusieurs ajustements (ou
transformations), tous les nombres aij de la matrice changent en +1 et alors le nombre total de
termes basiques est égal à n!, qui est un multiple de 4. En conclusion, le nombre total de termes
basiques dans la matrice est un multiple de 4.
Exemple
On suppose que le nombre 2008 est écrit comme somme de certains entiers strictement
positifs et distincts de sorte que leur produit soit maximal.
Quelle est cette valeur maximale ?
Comme il y a un nombre fini de façons d’écrire 2008 comme somme d’entiers strictement
positifs, alors il existe un cas pour lequel le produit de ces entiers est maximal. On suppose que
2008 = a1 + a2 + · · · + ak avec a1 a2 · · · ak maximal. On note cette subdivision par S = {a1 , a2 , · · · , ak }
avec a1 < a2 < · · · < ak . La subdivision S a les propriétés suivantes :
(1) il existe au plus un entier strictement positif a ∈ [a1 , a2 ] et a < S. En effet, supposons que
a, b ∈ [a1 , a2 ], a, b < S et a − 1 ∈ S, b + 1 ∈ S. On pose
S ′ = ( S \ {a − 1, b + 1} ) ∪ {a, b},
alors Q ′
X X S ab ab
S′ = S = 2008 et Q = = > 1,
S (a − 1)(b + 1) ab − (b − a) − 1
Q Q Q
d’où S ′ > S. Contradiction avec S est maximal.
(2) a1 , 1. En effet, si a1 = 1, soit S ′ = ( S \ {1, ak } ) ∪ {ak + 1}, alors
X X Q ′ Y Y
S a +1
′
S = S = 2008 et Q = k > 1 i.e. S′ > S.
S 1 · ak
Q
Contradiction avec S maximal.
(3) a1 = 2 ou 3.
(i) Si a1 = 4 et 5 ∈ S, on pose S ′ = (S \ {5}) ∪ {2, 3}, alors
X X Q ′ Y Y
′ S 2×3
S = S = 2008 et Q = > 1 i.e. S′ > S.
S 5
Q
Contradiction avec S maximal.
(ii) Si a1 = 4 et j < S (j = 5, 6, · · · , t − 1), mais t ∈ S (t ≥ 6), alors on pose
S ′ = (S \ {4, t}) ∪ {2, 3, t − 1}, donc
X X Q ′
S 2 × 3 × (t − 1) 4t + 2(t − 3)
S′ = S = 2008 et Q = = > 1,
S 4t 4t
Q Q Q
i.e. S ′ > S. Contradiction avec S maximal.
(iii) Si a1 ≥ 5, on pose S ′ = (S \ {a1 }) ∪ {2, a1 − 2}, alors
X X Q ′
S 2(a1 − 2) a1 + (a1 − 4)
S′ = S = 2008 et Q = = > 1,
S a1 a1
Q Q Q
i.e. S ′ > S. Contradiction avec S maximal.
Des relations (1)-(2) et (3), on sait que a1 = 3, alors
D’où n = 63, et t = 5, c’est-à-dire S = {3, 4, 6, 7, · · · , 63}. On pose S ′ = (S \ {7}) ∪ {2, 5}, alors
X X Q ′ Y Y
S 2×5
S′ = S = 2008 et Q = >1 i.e. S′ > S.
S 7
Q Q
Contradiction avec S maximal. Donc, a1 = 2, et lorsque S = {2, 3, 4, 5, 6, 8, 9, · · · , 63}, alors S
63!
atteint son maximum égal à .
7
Exemple
14 personnes jouent à un jeu où il n’y a pas de match nul (soit on gagne soit on perd). Cha-
cun des 14 joueurs joue exactement un seul match contre chacun des 13 autres joueurs.
Pour trois joueurs A, B et C on dit que le triplet (A, B, C) est une « combinaison triangu-
laire » si A gagne contre B, B gagne contre C , et C gagne contre A. Quel est le nombre
maximum de combinaisons triangulaires ?
On note les 14 joueurs par A1 , A2 , · · · , A14 . On suppose que Ai a gagné contre ai joueurs (i ∈
J1, 14K). Si 3 joueurs ne forment pas une combinaison triangulaire, alors parmi les trois joueurs,
il y a un qui a gagné contre les deux autres. Donc, le nombre de triplets qui ne sont pas des
combinaisons triangulaires est égal à :
14
X ! ! !
ai 2 2
avec la convention = = 0.
2 0 1
i=1
! 14 !
14 X ai
Le nombre S de triplets qui sont des combinaisons triangulaires est égal à : S = − . Par
3 2
i=1
X14 !
ai
conséquent, S atteint son maximum lorsque est minimal. On se propose de montrer main-
2
i=1
14
X !
ai
tenant que si atteint son minimum alors ai − aj ≤ 1 (1 ≤ i < j ≤ 14). En effet, supposons
2
i=1
qu’il existe ai −aj ≥ 2 (i , j, 1 ≤ i, j ≤ 14), et posons a′i = ai −1, a′j = aj +1, a′k = ak (k , i, j, 1 ≤ k ≤ 14),
alors
X14 X14 !
′ 14
ai = ai = = 91.
2
i=1 i=1
Or
X14 ! 14 ! ! ! " ! !#
a′t X at ai − 1 aj + 1 ai aj
− = + − + =
2 2 2 2 2 2
i=1 i=1
" ! !#
ai − 1 aj h i
− − = − (ai − 1) − aj = −(ai − aj ) + 1 ≤ −2 + 1 ≤ −1.
1 1
Donc
14
X ! X14 ! 14
X !
a′t ai ai
< contradiction avec minimal.
2 2 2
i=1 i=1 i=1
14
X !
ai
Des relations = 91 et ai − aj ≤ 1 (1 ≤ i, j ≤ 14), on obtient que parmi a1 , a2 , · · · , a14 , il y a
2
i=1
3.10. MÉTHODES DE CONSTRUCTION 143
14
X !
ai
sept 6 et sept 7, donc la valeur minimale de est égal à :
2
i=1
! !
6 7
7 +7 = 252
2 2
! 14 ! !
14 X ai 14
et le maximum de S est donné par : S = − = − 252 = 112. D’autre part, lorsque
3 2 3
i=1
1 ≤ i ≤ 7, on suppose que Ai gagne contre Ai+1 , Ai+2 , · · · , Ai+6 , et Ai+7 , Ai+8 , · · · , Ai+13 gagnent
contre Ai (avec la convention Aj+14 = Aj ), et lorsque 8 ≤ i ≤ 14, on suppose que Ai gagne contre
Ai+1 , Ai+2 , · · · , Ai+7 , et Ai+8 , Ai+9 , · · · , Ai+13 gagnent contre Ai (avec la convention Aj+14 = Aj ), alors
dans ce cas on a l’égalité S = 112. En conclusion, le nombre maximum de triplets qui sont des
combinaisons triangulaires est égal à 112.
Exemple
On suppose que dans 2024 boîtes il y a, au départ, au moins 4 balles. Un jeu consiste à
prendre 2 balles de deux boîtes différentes (1 balle de chaque boîte), et de les mettre dans
une troisième boîte. Est-il possible qu’après un certain nombre d’étapes toutes les balles
se trouvent dans une même boîte ?
Pour prouver que certains énoncés en combinatoire sont vrais, nous utilisons souvent la mé-
thode de construction. Les méthodes de construction sont divisées en deux classes : la méthode
de construction directe et la méthode de construction inductive. S’il est difficile de construire
un objet remplissant les conditions données, alors nous pouvons commencer par les aspects sui-
vants :
144 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
1 nous analysons les structures de l’objet que nous devons construire, puis on construit cet
objet (la méthode d’analyse combinatoire) ;
2 nous construisons certaines parties vérifiant des conditions partielles, et puis l’objet qui
doit être construit à partir de ces parties (la méthode de pièces composées) ;
3 nous construisons un objet vérifiant une partie des conditions requises, puis nous effec-
tuons quelques ajustements, étape par étape de telle sorte que l’objet satisfasse toutes les
conditions (la méthode d’ajustement par étapes).
Si certains objets concernant un nombre entier strictement positif n doivent être construits, et
qu’il est difficile de le faire directement, nous pourrions les construire en utilisant la méthode de
construction inductive.
Exemple
Existe-t-il un ensemble M0 formé d’une infinité de cerles dans le plan tels que :
1 deux cercles quelconques dans M0 et leurs intérieurs ont au plus un point commun ;
2 chaque point de l’axe des abscisses et à coordonnée rationnelle appartient à un
cercle dans M0 ?
p
Pour un point à coordonnées rationnelles (r, 0), avec r = , (p, q) ∈ Z × N∗ , on trace un cercle
q
Cr (Rr ) au dessus de l’axe des abscisses, de rayon Rr > 0, et tels qu’ils (le cercle et l’axe des abscisses)
sont tangents au point (r, 0). L’ensemble formé de ces cercles est noté M0 . Il est clair que l’ensemble
M0 vérifie la condition (2) de l’exercice. Pour que M0 satisfasse la condition (1), on doit trouver
une condition que doit vérifier Rr . Soient Cr1 (Rr1 ) et Cr2 (Rr2 ) deux cercles éléments de M0 , ils se
coupent si et seulement si la distance entre leurs centres est plus petite que la somme de leurs
rayons, c’est-à-dire :
q
(r1 − r2 )2 + (Rr1 − Rr2 )2 < Rr1 + Rr2 ⇐⇒ (r1 − r2 )2 < 4Rr1 Rr2 .
pi
Avec ri = , i ∈ {1, 2}, on obtient : (p1 q2 − p2 q1 )2 < 4q12 q22 Rr1 Rr2 . (∗).
qi
1 4
Si on prend Rri = 2 (k ≥ 2), alors de (*) on déduit que : (p1 q2 − p2 q1 ) < 2 ≤ 1. Si r1 , r2 , alors
kqi k
le membre de gauche de la dernière inégalité est un entier strictement positif, et ceci constitue
1
une contradiction. Ainsi, tant que Rr = 2 (k ≥ 2), l’ensemble M0 vérifie toutes les conditions de
kq
l’exercice. En conclusion, on a montré qu’il existe un ensemble avec une infinité de tels cercles :
( )
p 1
M0 = Cr (Rr ) : r = , Rr = 2 (k ≥ 2), (p, q) ∈ Z × N∗ , pgcd(p, q) = 1 .
q kq
Exemple
Est-il possible de partager l’ensemble N∗ des entiers strictement positifs en deux ensembles
disjoints A et B de sorte que :
1 trois éléments quelconques de A ne sont pas en progression arithmétique ;
2 toute infinité de nombres de B ne peuvent pas former une suite arithmétique infinie
de raison d , 0 ?
On commence par faire une analyse du problème : soient A = {a1 , a2 , a3 , · · · } (a1 < a2 < a3 < · · · )
et B = N∗ \ A vérifiant les conditions (1) et (2) de l’exercice. Si a < b < c sont des éléments de A
3.10. MÉTHODES DE CONSTRUCTION 145
formant une suite arithmétique alors 2b = a + c > c. Donc, si ai+1 ≥ 2ai (i = 1, 2, 3, · · · ), alors trois
nombres quelconques de A ne peuvent pas être en progression arithmétique, et il n’est donc pas
difficile de construire un tel ensemble. Pour que l’ensemble B satisfasse la condition (2), on doit
juste laisser au moins un terme de la suite arithmétique et infinie (a + nd)n≥0 appartenir à A pour
tout a, d ∈ N∗ .
Passons maintenant à la démonstration : soit (a, d) la suite arithmétique infinie de premier terme
a et de raison d. On arrange toutes les suites arithmétiques infinies de raison d , 0 sous la forme
suivante : (1, 1), (1, 2), (2, 1), (1, 3), (2, 2), (3, 1), · · · selon la règle : si a + d < a′ + d ′ ou a + d = a′ + d ′ et
a < a′ , alors (a, d) est placée avant (a′ , d ′ ).
D’où, on construit la suite comme suit : soit a1 = 1, si a1 , a2 , · · · , an ont été choisis, alors parmi
la (n + 1)-ème suite arithmétique on prend un nombre qui est plus grand que 2an comme an+1
par exemple. Soit A = {a1 , a2 , · · · , an , · · · }, puisque an+1 > 2an , alors trois nombres quelconques de
A ne sont pas en progression arithmétique. Maintenant, on pose B = N∗ \ A, et il y a au moins un
terme (élément de A) dans chacune des suites arithmétiques de raison d , 0 et infinies. Donc, un
nombre infini d’éléments de B ne peuvent pas former une suite arithmétique infinie et de raison
d , 0. En conclusion, les deux ensembles A et B ainsi construits vérifient les conditions (1) et (2)
de l’exercice.
Exemple
Considérons 2000 points dans le plan. Montrer que ces 2000 points peuvent être recou-
verts par des cercles vérifiant les conditons suivantes :
1 la somme des diamètres de ces cercles est ≤ 2000 ;
2 la distance entre deux cercles quelconques est > 1.
On montre, tout d’abord, qu’il existe plusieurs cercles vérifiant la condition (1). En effet, on
prend 2000 cercles de diamètre 1 tels que le centre de chacun soit un point donné. Donc, les 2000
cercles couvrent 2000 points donnés et la somme des diamètres de ces cercles est 2000. Ensuite,
si deux cercles ont un point commun (comme dans la figure ci-dessous), alors on effectue un
ajustement.
O1
O3
O2
Comme dans la figure ci-dessus, on utilise un grand cercle (de centre O3 ) à la place des deux
cercles de centres respectifs O1 et O2 . Les centres O1 , O2 , O3 sont alignés, et les deux cercles de
centres O1 et O2 sont tangents intérieurement au cercle de centre O3 . Il est clair que le diamètre
du cercle de centre O3 ne dépasse pas la somme des diamètres des cercles de centres O1 et O2 ,
et la somme des distances des points donnés sur le cercle de centre O3 à sa circonférence est
≥ 12 . S’il y a deux cercles avec des points communs, alors on effectue le même ajustement. Donc,
avec plusieurs ajustements, on obtient que la somme des diamètres des cercles ayant des points
communs ne dépasse pas 2000 et ils couvrent les 2000 points donnés et la distance de chaque
point à la circonférence du cercle qui couvre ce point est ≥ 12 . Soit d le minimum des distances
entre deux cercles, alors d > 0. On distingue deux cas.
⋄ Si d > 1 : alors le résultat est vrai.
⋄ Si 0 < d ≤ 1 : alors on effectue un ajustement comme suit : on utilise le cercle avec le même
146 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
1 d
centre et dont le rayon est diminué de − à la place du cercle de départ. Alors ces nouveaux
2 3
cercles couvrent les 2000 points donnés et la somme de leurs diamètres ne dépasse pas 2000 et la
distance entre deux quelconques d’entre eux est plus grande ou égale à :
!
1 d 1
d +2 − = d + 1 > 1.
2 3 3
Existe-t-il une suite infinie d’entiers strictement positifs a1 < a2 < a3 < · · · telle que
pour tout entier A il existe au plus un nombre fini de nombres premiers dans la suite
(an + A)n≥1 ?
Analyse du problème : si |A| ≥ 2, alors n! + A est un nombre composé lorsque n ≥ |A|. Donc,
lorsque |A| ≥ 2, on pose an = n!, alors il y a au plus un nombre fini de nombres premiers dans la
suite (an + A)n≥1 . Si A = ±1, par la formule de factorisation, on prend an = (n!)3 , alors an + A est
aussi un nombre composé.
Solution du problème
: soit an = (n!)3 . Si A = 0, alors il n’y a pas de nombres premiers dans la suite
(an )n = (n!)3 . Si |A| ≥ 2, alors an + A = (n!)3 + A (n ≥ 1) est un nombre composé (multiple de A)
n
lorsque n ≥ |A|. Si A = ±1, alors
h i
an + A = (n!)3 ± 1 = (n! ± 1) × (n!)2 ∓ n! + 1
est un nombre composé lorsque n ≥ 3. Donc, pour tout entier A, il y a au plus un nombre fini de
nombres premiers dans la suite (an + A)n≥1 .
Exemple
Montrer que pour tout entier n ≥ 2, il existe n entiers strictement positifs a1 , a2 , · · · , an tels
que pour tout 1 ≤ i < j ≤ n :
ai − aj | ai + aj .
Analyse du problème : on sait que le résultat est vrai pour n = 2. Supposons que, pour n = k,
il existe k entiers strictement positifs a1 , a2 , · · · , ak vérifiant la condition du problème. Lorsque
n = k +1, on pose bi = ai +λ (1 ≤ i ≤ k), et bk+1 = λ (λ est indéterminé). Pour que bi +bj = ai +aj +2λ
soit divisible par bi − bj = ai − aj , il est nécessaire que λ soit divisible par ai − aj (1 ≤ i < j ≤ k), et
pour que bi + bk+1 = ai + 2λ soit divisible par bi − bk+1 = ai (1 ≤ i ≤ k), il est nécessaire que λ soit
divisible par ai . Donc, la preuve est terminée si on pose
k
Y Y
λ = ai ai − aj .
i=1 1≤i<j≤k
Solution du problème : lorsque n = 2, on sait que le résultat est vrai. Supposons que, lorsque n = k, il
existe k entiers strictement positifs a1 , a2 , · · · , ak tels que pour tout 1 ≤ i < j ≤ k, ai + aj est divisible
par ai − aj . Lorsque n = k + 1, on pose bi = ai + λ (1 ≤ i ≤ k), et bk+1 = λ avec
k
Y Y
λ = ai ai − aj .
i=1 1≤i<j≤k
Alors, si 1 ≤ i < j ≤ k, bi +bj = ai +aj +2λ est divisible par bi −bj = ai −aj . Lorsque 1 ≤ i ≤ k, bi +bk =
ai + 2λ est divisible par bi − bk = ai . La preuve est ainsi complète.
3.11. RACINES DE L’UNITÉ 147
Exemple
Analyse du problème : il est clair que l’ensemble {1, 2, · · · , 2016} ne vérifie pas la condition (2).
On cherche un entier d > 0 tel que l’ensemble M = {d, 2d, · · · , 2016d} vérifie la condition (2).
Comme
n chaque élément ode M et la somme de tout éléments de M appartiennent à l’ensemble
S = d, 2d, · · · , 2016×2017
2 d il nous suffit de trouver un entier d > 0 tel que chaque élément de S
peut s’écrire sous la forme mk (m, k ∈ N∗ et k ≥ 2). On va utiliser plus généralement n au lieu de
2016×2017
2 et on va construire l’ensemble S vérifiant les conditions du problème par récurrence.
Solution du problème : on commence par énoncer et montrer un lemme.
Lemme : pour tout n ∈ N∗ , il existe dn ∈ N∗ tel que chaque élément de l’ensemble
M = {dn , 2dn , · · · , ndn }
peut s’écrire sous la forme mk (m, k ∈ N∗ et k ≥ 2).
Preuve du lemme : pour n = 1 on sait que le résultat est vrai avec d1 = 32 . Supposons que pour
k
n ∈ N∗ le résultat est vrai, i.e., il existe dn ∈ N∗ tel que idn = mi i (mi , ki ∈ N∗ et ki ≥ 2, i = 1, 2, · · · , n).
On pose dn+1 = dn [(n + 1)dn ]k , avec k = ppcm(k1 , k2 , · · · , kn ), et soit k = ki qi (1 ≤ i ≤ n), alors :
k k
idn+1 = idn [(n + 1)dn ]k = mi i [(n + 1)dn ]ki qi = (mi [(n + 1)dn ]qi ) i , 1≤i≤n
et (n + 1)dn+1 = [(n + 1)dn ]ki +1 . Le lemme est ainsi prouvé.
On revient maintenant à la preuve de l’exercice. Soit n0 = 2016×2017
2n , alors par le lemme on sait
o
qu’il existe dn0 ∈ N∗ tel que chaque élément de l’ensemble Sn0 = dn0 , 2dn0 , · · · , n0 dn0 peut s’écrire
sous la forme mk (m, k ∈ N∗ et k ≥ 2). Donc, l’ensemble M = {dn0 , 2dn0 , · · · , 2016dn0 } vérifie les
conditions (1) et (2) de l’exercice.
Exemple
Déterminer le nombre de sous-ensembles de J1, 2000K tels que la somme de leurs éléments
soit divisible par 5.
alors : a0 = a1 = · · · = ap−1 .
Les polynômes 1+X +X 2 +· · ·+X p−1 et a0 +a1 X +a2 X 2 +· · ·+ap−1 X p−1 ont une racine commune,
donc ne sont pas premiers entre eux. Puisque le polynôme 1 + X + X 2 + · · · + X p−1 est irréductible
sur Q (voir chapitre sur les polynômes), alors il doit diviser a0 + a1 X + a2 X 2 + · · · + ap−1 X p−1 , et ceci
n’est possible que lorsque a0 = a1 = · · · = ap−1 .
Exemple
2π 2π
Soient ǫ = cos + i sin et xj le nombre de sous-ensembles X de A tels que |X| = p et
p p
S(X) ≡ j (mod p) (où S(M) désigne la somme des éléments de l’ensemble M avec la convention
S(∅) = 0). Alors, on a :
p−1
X X X
xj ǫ j = ǫ S(B) = ǫ c1 +c2 +···+cp .
j=0 B⊂A, |B|=p 1≤c1 <c1 <···<cp ≤2p
Or le terme de droite dans l’égalité ci-dessus est précisément le coefficient de X p dans le polynôme
(X + ǫ)(X + ǫ 2 ) · · · (X + ǫ 2p ). Comme on a : X p − 1 = (X − 1)(X − ǫ) · · · (X − ǫ p−1 ), alors on trouve
p−1
X
2 2p p 2
facilement que (X + ǫ)(X + ǫ ) · · · (X + ǫ ) = (X + 1) . Par suite, xj ǫ j = 2, et le lemme implique
j=0
!
2p
que x0 − 2 = x1 = · · · = xp−1 . Comme il y a sous-ensembles à p éléments, on conclut que :
! p
2p
x0 + x1 + · · · + xp−1 = . Finalement, la réponse est donnée par :
p
" ! #
1 2p
x0 = 2 + −2 .
p p
3.11. RACINES DE L’UNITÉ 149
Exemple
Soit f (n) le nombre de sous-ensembles de {1, 2, · · · , n} dont la somme des éléments est di-
visible par n (on tient compte aussi de l’ensemble vide). Montrer que
1 X n
f (n) = · ϕ(d) · 2 d .
n
d|n
d impair
n
Y X X
2iπ
Soient ǫ = e n et g(X) = (1 + X i ) = ak X k . Il est clair que f (n) = ajn . D’un autre côté,
i=1 k≥0 j≥0
X
on va exprimer la somme ajn grâce aux termes g(ǫ j ). En effet, on a l’identité :
j≥0
n
1 X j X
· g ǫ = ajn .
n
j=1 j≥0
n
Calculons, à présent, le terme g ǫ j . Si d = , i.e., lorsque ǫ j est une racine primitive
pgcd(j, n)
d-ème de l’unité, alors : X d − 1 = (X − ǫ j )(X − ǫ 2j ) · · · (X − ǫ dj ) et ainsi
j 2j dj 2 si d impair
(1 + ǫ )(1 + ǫ ) · · · (1 + ǫ ) =
0 sinon.
n
D’où g ǫ j = 2 d si d est impair, et 0 sinon. Or, il y a exactement ϕ(d) valeurs de j pour lesquelles
ǫ j est une racine primitive d-ème de l’unité, par conséquent :
n
1 X j 1 X n
· g ǫ = · ϕ(d) · 2 d .
n n
j=1 d|n
d impair
Exemple
On considère un rectangle qui peut être recouvert par une combinaison finie de rectangles
de la forme 1 × m et n × 1, où m, n sont des entiers naturels strictement positifs. Montrer
qu’il est possible de recouvrir ce rectangle en utilisant uniquement les rectangles 1 × m ou
uniquement les rectangles n × 1. (Berkeley Math circle)
On suppose que le rectangle est de dimension a × b avec a, b des entiers naturels strictement
positifs. Si on montre que n | a ou m | b alors l’exercice est résolu. On divise le rectangle a × b en des
carrés 1 × 1 et on les nomme(1, 1), (1, 2),· · · , (1,
b), · · · , (a, 1)(a,
2), · · · , (a, b) (comme
pour abscisse et
2π 2π 2π 2π
ordonnée). On pose ǫ1 = cos + i sin et ǫ2 = cos + i sin . Dans le carré (x, y), on
n n m m
y
écrit le nombre ǫ1x · ǫ2 , on a ainsi une matrice M de Ma×b (C). La somme des éléments de chaque
ligne, et de chaque colonne de M est nulle. Donc, la somme de tous les éléments de la matrice est
nulle, ce qui donne :
a b
X X X
x y i j
0 = ǫ1 ǫ2 = ǫ1 · ǫ2 .
1≤x≤a i=1 j=1
1≤y≤b
a
X b
X j
D’où, l’une des deux sommes ǫ1i ou ǫ2 est nulle, c’est-à-dire que n|a ou m|b.
i=1 j=1
150 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
Exemple
Est-il possible de recouvrir une table carrée 13 × 13, à laquelle on a enlevé le carré au
milieu, en utilisant seulement des rectangles 1 × 4 ou 4 × 1 ? (Olympiade Baltique)
On va montrer que ceci est impossible. On fait un raisonnement par l’absurde en supposant
qu’un tel recouvrement est possible.
Comme dans l’exemple précédent, on divise la table en des carrés 1×1, et on associe au carré (k, j)
le nombre complexe i k+2j avec i le complexe tel que i 2 = −1. Il est facile de voir que la somme des
4 nombres de chaque rectangle 4×1 ou 1×4 est égale à 0 (car i +i 2 +i 3 +i 4 = 0 et 1+i 2 +i 4 +i 6 = 0).
Donc la somme de tous les nombres est égale à la valeur correspondant au carré central (7, 7),
c’est-à-dire :
i 13 − 1 2 i 26 − 1
i 21 = (i + i 2 + · · · + i 13 )(i 2 + i 4 + · · · + i 26 ) = i · ·i · 2 = i3.
i −1 i −1
Ce qui est impossible. En conclusion, il est impossible de recouvrir notre table par des rectangles
1 × 4 ou 4 × 1.
3.12 Exercices
3.12.1 Niveau débutant
Exercice 1 K
Montrer que, lors d’une réception, il y a toujours deux personnes qui ont serré la main
avec le même nombre de personnes.
Solution. Une personne peut serrer la main de k personnes pour tout k ∈ J0, n − 1K. Cependant,
si une personne a serré la main de n − 1 personnes, alors aucune personne ne peut serrer la
main des 0 autres. Donc, il y a en réalité seulement n−1 options : soit J0, n−2K ou bien J1, n−1K.
Le principe des tiroirs permet de conclure.
Exercice 2 K
Sur chaque case d’un carré 9 × 9 se trouve un caméléon. À un certain signal, tous les ca-
méléons se déplacent en diagonale vers une autre case du carré. Certaines cases peuvent
être occupées par plusieurs caméléons et certaines autres peuvent être vides. Trouver le
nombre minimal de cases vides.
Solution. Colorions les colonnes alternativement en rouge et vert. On a ainsi 45 cases rouges
et 36 cases vertes. Comme les caméléons changent nécessairement de couleur en se déplaçant,
il reste au moins 9 cases rouges vides. On voit facilement qu’une solution comportant 9 cases
rouges vides existe.
Exercice 3 K
Les points du plan sont coloriés soit en rouge, soit en vert. Montrer qu’alors l’une des deux
couleurs dispose de points à toutes les distances possibles.
Solution. On fait un raisonnement par l’absurde. On suppose le résultat faux, alors il n’y a
pas deux points rouges à distance a et il n’y a pas deux points verts à distance b. On peut
supposer, par exemple, que a ≤ b. Considérons un point C vert, on construit alors un triangle
3.12. EXERCICES 151
isocèle ABC de longueurs AC = BC = b et AB = a. Puisque C est vert, A n’est pas vert, donc A
est rouge. Mais B ne peut pas être rouge car sa distance au point A est a et ne peut pas être
vert non plus car sa distance au point C est b.
Exercice 4 K
Les points du plan sont coloriés avec trois couleurs : noir, blanc et rouge. Montrer qu’il
existe deux points à distance 1 de même couleur.
Solution. Supposons que toutes les paires de points à distance 1 soient formées de points ayant
des couleurs différentes. Choisissons alors un point rouge quelconque R et construisons un
triangle équilatéral de côté 1 :
b
R
B
b b
N
b R′
Alors l’un des deux points B et N est blanc et l’autre est noir. Par suite, le point R′ symétrique
de R par rapport à [BN ] est forcément rouge. En opérant une rotation de centre R on obtient
un cercle de points rouges (celui des points R′ ) duquel on peut facilement extraire une corde
de longueur 1.
Exercice 5 K
Considérons les trois points du plan A = (0, 0), B = (0, 1) et C = (1, 0). On construit de nou-
veaux points en appliquant des symétries de centre A, B ou C aux points A, B ou C. Puis
on construit par le même procédé de nouveaux points à partir des points précédémment
construits, etc. Est-il possible d’obtenir ainsi le point D = (1, 1) ?
Solution. Colorions les points à coordonnées entières de sorte que ceux qui ont leurs deux
coordonnées impaires soient noirs et les autres soient blancs. Par des réflexions sur des points
entiers, le point réfléchi a la même couleur que le point initial, quel que soit le point sur lequel
on effectue la réflexion. Comme les trois points A, B et C sont blancs, on ne peut pas obtenir
le point D, de couleur noire.
Exercice 6 K
On place un +1 ou un −1 sur chaque case d’un tableau 25 × 25. Soit ai le produit des
éléments de la i-ème ligne et bj celui des éléments de la j-ème colonne. Montrer que
a1 + b1 + · · · + a25 + b25 , 0.
Solution. Le produit a1 a2 · · · a25 = b1 b2 · · · b25 est égal au produit de tous les éléments du tableau.
Supposons que :
a1 + b1 + a2 + b2 + · · · + a25 + b25 = 0.
Pour arriver à zéro, il faut le même nombre de termes positifs et négatifs. Si parmi les ai il y
a n termes négatifs, alors il y a 25 − n termes négatifs parmi les bj . Les nombres n et 25 − n
ont des parités différentes. Donc les produits a1 · · · a25 et b1 · · · b25 ont des signes différents et
ne peuvent pas être égaux. Contradiction.
152 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
Exercice 1 KK
Il y a 2n points sur un segment [AB], et ils sont symétriques par rapport au milieu M de
[AB]. Parmi ces points, il y a n points qui sont coloriés en rouge, et les autres n points sont
coloriés en vert. Montrer que la somme des distances du point A aux points rouges est
égale à la somme des distances du point B aux points verts.
Solution. On note SA (resp. SB ) la somme des distances du point A (resp. B) aux points rouges
(resp. verts). On considère un cas spécial : n points verts sont à gauche du milieu M et n points
rouges sont à droite de M. Dans ce cas, il est clair que SA = SB . Le cas général est qu’au moins
un point rouge C est à gauche de M et au moins un point vert D est à droite de M. On prend
un point rouge C à gauche de M et un point vert D à gauche de M. Si on échange C avec D,
alors la somme des distances de A aux points rouges est égale à : SA′ = SA + CD, et la somme
des distances de B aux points verts est égale à SB′ = SB + CD. D’où, SA′ − SB′ = SA − SB est une
constante. Par suite, on peut effectuer un nombre fini d’ajustements de sorte que le cas spécial
ci-dessus se produise, la preuve est ainsi terminée.
Exercice 2 KK
On ajoute le signe « + » ou « − » à chacun des nombres 1, 2, 3, · · · , 2017 tel que leur somme
algébrique soit positive ou nulle et est minimale. Déterminer cette expression.
Solution. On montre, tout d’abord, que cette somme algébrique est impaire. Puisque
est impair, et pour chaque deux entiers a et b, la parité de a + b et a − b est la même, alors toute
somme algébrique de 1, 2, · · · , 2017 est impaire. Finalement, comme
Exercice 3 KK
Montrer qu’on peut placer des carrés parfaits distincts c1 , c2 , · · · , cn×m dans chaque case
d’un rectangle de taille m × n de sorte que la somme des éléments de chaque ligne, et de
chaque colonne, soit aussi un carré parfait.
Solution. On note les ck du problème par a2i bj2 avec (i, j) ∈ J1, nK × J1, mK. La somme de toutes
Xn
les lignes, ainsi que toutes les colonnes, sont des carrés parfaits, ainsi que les sommes a2i et
i=1
m
X
bi2 . On note que (k + 1)2 = (2k + 1) + k 2 , on suppose que a1 est impair et a2 , a3 , · · · , an−1 pairs
i=1
et 0 < a1 < a2 < · · · < an−1 . Soient
n−1
X n
X
a2i = 2M + 1 (M ∈ N∗ ) et an = M, alors a2i = (M + 1)2 .
i=1 i=1
Poue que ces nombres soient distincts, on augmente la différence de deux nombres quel-
3.12. EXERCICES 153
conques dans chaque ligne. Par exemple, on suppose b1 > 2an et b1 impair, et b2 , b3 , · · · , bn−1
m−1
X m−1
X
2
pairs et bi+1 > bi an (i ∈ J1, m−2K). En notant bi = 2S +1 et bm = S, on obtient bi2 = (S +1)2 .
i=1 i=1
Ainsi, on a montré que la façon ci-dessus permet de répondre au problème.
a21 b12 a22 b12 ··· a2j b12 ··· a2n−1 b12 a2n b12
a21 b22 a22 b22 ··· a2j b22 ··· a2n−1 b22 a2n b22
.. .. .. .. .. .. ..
. . . . . . .
2 2 2 2 2 2
a 1 bi a 2 bi ··· a j bi ··· 2
an−1 bi2 an bi2
2
.. .. .. .. .. .. ..
. . . . . . .
a21 bm−1
2
a22 bm−1
2
··· 2
a2j bm−1 ··· a2n−1 bm−12 2
a2n bm−1
a21 bm 2 a22 bm 2 ··· a2j bm 2 ··· a2n−1 bm 2 a2n bm 2
Exercice 4 KK
Montrer qu’il existe dans le plan 2022 points, non tous alignés, tels que la distance entre
deux points quelconques parmi eux soit un nombre entier strictement positif.
Exercice 5 KK
On enlève un coin d’un échiquier (2n + 1) × (2n + 1). Pour quelles valeurs de n peut-on
recouvrir les cases restantes par des dominos 2 × 1 de telle sorte que la moitié des dominos
soient horizontaux ?
• • • • • • •
• • • • • • •
• • • • • • •
Il y a 2n2 + n cases blanches et 2n2 + 3n cases noires, soit un total de 4n2 + 4n cases. On aura
donc besoin de 2n2 + 2n dominos pour recouvrir la figure. Comme la moitié de ces dominos
doivent être horizontaux par hypothèse, il y en aura n2 + n horizontaux et autant de verticaux.
Chaque domino vertical recouvre une case blanche et une case noire. Une fois tous les dominos
verticaux placés, il reste n2 cases blanches et n2 + n cases noires à recouvrir (par des dominos
horizontaux). D’après le coloriage, un domino horizontal couvre des cases de la même couleur.
Il faut donc que n soit pair. Il est alors facile de montrer, en construisant explicitement la
solution, que cette condition est suffisante. Autrement dit, on peut donc recouvrir des carrés
154 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
Exercice 6 KK
Chaque point du plan est colorié avec l’une parmi n couleurs distinctes. Montrer qu’il
existe un rectangle ayant tous ses sommets de la même couleur.
Exercice 7 KK
Chaque point de l’espace est colorié soit en rouge, soit en vert. Montrer que parmi l’en-
semble des carrés de côté 1, il y en a au moins un qui possède trois sommets rouges ou
quatre sommets verts.
Solution. Soit P la propriété qu’il existe un carré unité avec quatre sommets verts.
⋄ Cas 1 : tous les points sont verts. P est vraie.
⋄ Cas 2 : il y a un point rouge P1 . On construit alors une pyramide à base carrée sur les points
P2 , P3 , P4 et P5 dont tous les côtés ont même longueur.
⋄ Cas 2.1 : les quatre points P2 , P3 , P4 , P5 sont verts. P est vraie.
⋄ Cas 2.2 : l’un des quatre points, par exemple P2 , est rouge. On construit alors le prisme
dont la base est un triangle équilatéral et dont P1 P2 est une arête latérale. On note les sommets
restants P6 , P7 , P8 , P9 (i.e., on construit un triagle équilatéral dans le plan orthogonal à P1 P2 dont
P1 est un sommet et on le projette dans le plan parallèle au précédent passant par P2 ).
⋄ Cas 2.2.1 : les quatre points P6 , P7 , P8 , P9 sont verts. P est vraie.
⋄ Cas 2.2.2 : l’un des points P6 , P7 , P8 , P9 est rouge, par exemple P6 , alors le carré unité passant
par P1 , P2 et P6 comporte trois sommets rouges.
Exercice 8 KK
Considérons un échiquier 5×5. On écrit −1 sur l’une de ses cases et +1 sur toutes les autres.
À chaque étape, on peut changer les signes de tous les nombres d’un sous-carré a × a (avec
a > 1), le but étant d’obtenir un +1 sur toutes les cases de l’échiquier. Quelles positions
initiales du −1 permettent d’arriver à la solution ?
Solution. Colorions l’échiquier comme ci-dessous (le symbole • désigne une case noire, les
autres étant blanches) :
• • • •
• • • •
• • • •
• • • •
• • • •
Dans ce coloriage, chaque sous carré contient un nombre pair de cases noires. Donc, si −1 est
sur une case noire, il y aura toujours un nombre impair de −1 sur les cases noires. En opérant
une rotation de 90◦ on constate qu’il est nécessaire que le −1 soit sur la case centrale.
Si le −1 est sur la case centrale, on peut alors arriver à éliminer tous les −1 en cinq mouvement :
3.12. EXERCICES 155
Exercice 9 KK
Les sommets d’un pentagone convexe sont tous situés en des points entiers et les longueurs
de ses côtés sont toutes entières. Montrer que le périmètre du pentagone est un nombre
pair.
Solution. Colorions les points entiers à la manière d’un échiquier habituel. Construisons les
cinq triangles rectangles extérieurs au pentagone dont les côtés de celui-ci sont les hypoté-
nuses et dont les autres côtés sont parallèles aux axes. Quand on fait le tour du pentagone par
ces 10 côtés, comme on revient au point de départ, on a nécessairement parcouru un nombre
pair de segments unités (deux points entiers voisins ont des couleurs différentes). Donc la
somme des longueurs de ces 10 côtés est un nombre pair. Or, la parité de la somme des lon-
gueurs des hypoténuses des triangles rectangles (soit, des côtés du pentagone) est la même que
celle de la somme des longueurs des 10 autres côtés. Donc le périmètre du pentagone est pair.
Exercice 1 KKK
On se donne N droites (N > 1) du plan, deux d’entre elles n’étant pas parallèles et trois
d’entre elles n’étant pas concourantes. Montrer qu’il est possible d’attribuer une valeur
non nulle entière dont la valeur absolue ne dépasse pas N à toutes les régions du plan
ainsi délimitées de sorte que la somme des valeurs des régions touchant une droite donnée
(d’un côté ou de l’autre) soit égale à 0. (Tournoi des villes)
Solution. Colorions la carte correspondante avec deux couleurs. On attribue alors à chaque
région un entier dont la valeur est égale au nombre de sommets qu’elle contient. Le signe de
cet entier est positif pour les régions noires et négatif pour les régions blanches. La somme
des valeurs des régions touchant une droite donnée sera alors 0. En effet, choisissons une des
N droites. Si un sommet n’est pas sur cette droite, il contribuera pour +1 dans deux régions
et pour −1 dans deux régions. S’il est sur la droite, il contribuera pour +1 dans une région et
pour −1 dans une autre.
Exercice 2 KKK
Solution. Lorsqu’il y a exactement deux chiffres distincts dans abcd, le nombre de façons de
choisir 2 chiffres distincts parmi 4 chiffres distincts est égal à 42 , et le plus petit chiffre doit
être à la première ou à la troisième position, alors que le plus grand doit être le deuxième ou
le quatrième, i.e., le nombre à 4 chiffres est déterminé de façon unique par 2 chiffres. Donc,
dans ce cas, le nombre de nombres à 4 chiffres distincts est 42 = 6. Lorsqu’il y a exactement 3
chiffres distincts dans abcd, le nombre de façons pour qu’il y a exactement trois chiffres dis-
tincts parmi 4 est égal à 43 , et le plus petit chiffre doit être le premier. Si le premier et le troi-
156 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
sième chiffre sont les mêmes, alors il y a A22 nombres à 4 chiffres formés par ces trois chiffres.
Si le deuxième et le quatrième chiffre sont les mêmes, alors on peut former A22 nombres à 4
chiffres avec ces
trois chiffres. Donc, dans ce cas, le nombre de nombres distincts à 4 chiffres
est 43 A22 + A22 = 16. Lorsqu’il y a exactement quatre chiffres distincts dans abcd, le plus petit
chiffre doit être le premier, les autres chiffres peuvent être choisis de A33 façons. Donc dans ce
cas, le nombre de nombres distincts à 4 chiffres est A33 = 6.
En conclusion, le nombre total de tels nombres est égal à : 6 + 16 + 6 = 28.
Exercice 3 KKK
Les nombres à 5 chiffres, avec au moins trois chiffres distincts, sont formés à partir des
chiffres {1, 2, 3, 4, 5, 6}. Combien y a-t-il de tels nombres avec en plus la condition que les
chiffres 1 et 6 ne sont pas adjacents ?
Soient Xn (resp. Yn ) le sous-ensemble de Sn formé des nombres à n chiffres avec comme pre-
mier chiffre 1 ou 6 (resp. le premier chiffre est 2, 3, 4 ou 5). En posant xn = |Xn | et yn = |Yn |,
alors on a les relations de récurrence :
Exercice 4 KKK
Solution. On note les longueurs des n segments respectivement par a1 , a2 , · · · , an . Tout d’abord,
s’il existe un ak > 1, alors 1, 2 et ak sont les longueurs des côtés d’un triangle. Ensuite, suppo-
1
sons que a1 ≤ a2 ≤ · · · ≤ an ≤ 1, si an−1 > , alors an−1 + an > 1, d’où 1, an−1 , an sont les longueurs
2
1
des côtés d’un triangle. Si an−1 ≤ et il existe k tel que ak + ak+1 > ak+2 , alors ak , ak+1 , ak+2 sont
2
1
les longueurs des côtés d’un triangle. Si an−1 ≤ et pour tout k, l’inégalité ak + ak+1 ≤ ak+2 est
2
1
vraie, alors ak ≤ ak+2 . D’où, lorsque n est impair :
2
1 1 1
a1 + a2 + · · · + an ≤ 2(a2 + a4 + · · · + an−1 ) + an ≤ 2 + + · · · + (n−1)/2 + 1 < 3.
2 4 2
3.12. EXERCICES 157
Exercice 5 KKK
Exercice 6 KKK
Solution. On sait que parmi 5 entiers, il existe trois dont la somme est un multiple de 3, et on
sait aussi que les coordonnées du barycentre du triangle Ai Aj Aj sont
x1 + x2 + x3 y1 + y2 + y3
, .
3 3
(1) Si parmi toutes les abscisses des points Ai il y en a cinq qui ont le même reste modulo
3, alors (et sans perte de généralité) on suppose que x1 ≡ x2 ≡ x3 ≡ x4 ≡ x5 (mod 3). Comme
parmi y1 , y2 , y3 , y4 et y5 il existe trois nombres, disons yi , yj , yk (1 ≤ i < j < k ≤ 5), dont la
somme est un multiple de 3, alors le barycentre du triangle Ai Aj Ak est un point à coordonnées
entières.
(2) De même, si parmi les ordonnées des points Ai , il y a cinq nombres qui ont le même reste
modulo 3, alors on aboutit à la même conclusion que ci-dessus.
(3) Si les restes modulo 3 de n’importe quelle cinq abscisses de Ai ne sont pas les mêmes,
et de même pour les ordonnées, alors les restes xi et yi (avec i ∈ J1, 9K) sont égaux à 0,1 ou
2 respectivement. Donc, il y a au moins 2 restes de xi (ou yi ) qui apparaissent trois fois. On
suppose, sans perte de généralité, que :
Si y1 ≡ y2 ≡ y3 (mod 3) ou y4 ≡ y5 ≡ y6 (mod 3), alors le résultat est vrai. Sinon, modulo 3, les
restes de y1 , y2 et y3 prennent au moins deux valeurs distinctes α et β (avec α , β et α, β ∈
{0, 1, 2}) et on pose {α, β, γ} = {0, 1, 2}. De même, modulo 3, les restes de y4 , y5 et y6 prennent au
moins deux valeurs distinctes α et β, ou α et γ, ou β et γ. En d’autres termes, modulo 3, les
restes de y1 , y2 , y3 , y4 , y5 , y6 sont classés en deux catégories :
⋄ ces restes prennent toutes les valeurs de {α, β, γ} = {0, 1, 2} ;
⋄⋄ ces restes prennent les valeurs de α et β, mais chaque valeur prend 2 − 4 fois. Dans ce cas,
on prend k ∈ {7, 8, 9} tel que xk ≡ 2 (mod 3), alors il existe 1 ≤ i ≤ 3 < j ≤ 6 tels que
xi + xj + xk ≡ 0 + 1 + 2 ≡ 0 (mod 3)
et
yi + yj + yk ≡ α + β + γ ≡ 0 (mod 3),
ou
yi + yj + yk ≡ α + α + α ≡ 0 (mod 3)
ou
yk ≡ β + β + β ≡ 0 (mod 3).
Donc, le barycentre du triangle Ai Aj Ak est à coordonnées entières. La preuve est ainsi com-
plète.
Exercice 7 KKK
Supposons que l’aire d’un hexagone régulier A1 A2 A3 A4 A5 A6 est égale à S. Montrer qu’il
existe au moins un triangle Ai Aj Ak (avec 1 ≤ i < j < k ≤ 6) tel que :
S
Aire Ai Aj Ak ≤ .
6
A6
A5
b b
M2 b
b A4
b
M3
b
M1
b b
A1 A3
A2
3.12. EXERCICES 159
Exercice 8 KKK
On considère 1989 points dans l’espace tels que trois quelconques ne soient pas alignés.
Ils sont divisés en 30 groupes de sorte que le nombre d’éléments de deux groupes quel-
conques soient différents. On prend un point de chacun de trois groupes quelconques pour
déterminer un triangle. Déterminer le nombre d’éléments dans chaque groupe tel que le
nombre des ces triangles soit maximal. (Chine)
Solution. Soient n1 , n2 , · · · , n30 le nombre de points dans les 30 groupes respectivement, alors
n1 , n2 , · · · , n30 sont distincts et n1 + n2 + · · · + n30 = 1989. Le nombre total de triangles est :
X
S = ni nj nk .
1≤i<j<k≤30
Comme le groupe de façons de partitionner les groupes est fini, alors le maximum de S existe.
On suppose, sans perte de généralité, que n1 < n2 < · · · < n30 . On montre, tout d’abord, que si
S atteint son maximum, alors on a les propriétés suivantes :
(1) nk+1 − nk ≤ 2 (k = 1, 2, · · · , 29). En effet, s’il existe k0 tel que nk0 +1 − nk0 ≥ 3, (1 ≤ k0 ≤ 29),
on suppose (pour simplifier) k0 = 1, i.e., n2 − n1 ≥ 3, et on pose n′1 = n1 + 1, n′2 = n2 − 1, n′k =
nk (3 ≤ k ≤ 30), et supposons que le nombre total de triangles correspondants à la subdivision
{n′1 , n′2 , · · · , n′30 } est S ′ , alors de
X X X
S = n1 n2 nk + (n1 + n2 ) ni nj + ni nj nk et n′1 + n′2 = n1 + n2
3≤k≤30 3≤i<j≤30 3≤i<j<k≤30
on obtient
X X
S ′ − S = (n′1 n′2 − n1 n2 ) nk = [n2 − (n1 + 1)] nk > 0 i.e. S ′ > S,
3≤k≤30 3≤k≤30
est divisible par 15, et ceci est une contradiction. Donc, il existe un k0 tel que nk0 +1 − nk0 = 2,
i.e., les 30 nombres sont :
D’où
1
1989 + k0 = × 30 × (n1 + 1 + n1 + 30) = 15(2n1 + 31).
2
Ainsi, k0 = 6, n1 = 51. On conclut que lorsque le nombre de points dans les 30 groupes est égal
respectivement à :
51, 52, 53, 54, 55, 56, 58, 59, · · · , 81
alors le nombre total de triangles est maximal.
160 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
Exercice 9 KKK
Il y a 2n+1 joueurs p1 , p2 , · · · , p2n+1 dans un tournoi sportif, et chaque joueur joue un match
contre chacun des 2n autres participants, les matchs ne se terminent jamais par égalité (il
y a toujours un vainqueur et un vaincu). On suppose que le joueur pi a gagné wi fois,
montrer que :
2n+1
X n(2n + 1)(4n + 1)
n2 (2n + 1) ≤ wi2 ≤ .
3
i=1
Solution. Comme il n’y a pas de match nuls, et qu’il y a exactement un seul gagnant à l’issue
2n+1
X
de chaque rencontre, alors wi est égale au nombre total de matchs, c’est-à-dire :
i=1
2n+1
X !
2n + 1
wi = = n(2n + 1).
2
i=1
d’où, S ≥ n2 (2n+1). D’autre part, supposons que lorsque i +j (i < j) est impair, pi gagne contre
pj , et lorsque i + j (i < j) est pair, pj gagne contre pi , alors pour tout i (1 ≤ i ≤ 2n + 1), wi = n.
Donc, S = n2 (2n + 1). Par conséquent, la plus petite valeur de S est n2 (2n + 1).
Montrons maintenant l’inégalité de droite. Supposons que w1 ≥ w2 ≥ · · · ≥ w2n+1 . Si w1 < 2n,
i.e., il y a un certain pk qui a gagné contre p1 , et posons w1′ = w1 + 1, wk′ = wk − 1, wi′ = wi (i ,
2n+1
X
i, k, 1 ≤ i ≤ 2n + 1) et S ′ = wi′2 , alors :
i=1
Lorsque l’inégalité w1′ < 2n est vraie, on effectue le même ajustement. Comme S est stricte-
ment croissant après un ajustement on obtient w1 = 2n après un nombre fini d’ajustements.
Maintenant, on réarrange les 2n + 1 nombres w1 , w2 , · · · , w2n+1 tels que w1 ≥ w2 ≥ · · · ≥ w2n+1 .
De la relation w1 = 2n on sait que w2 ≤ 2n − 1. Lorsque l’inégalité w2 < 2n − 1 est vraie, on
effectue le même ajustement. Donc, on obtient w2 = 2n − 1 éventuellement. D’où, l’ajustement
est similaire, ainsi on obtient :
n(2n + 1)(4n + 1)
S ≤ (2n)2 + (2n − 1)2 + · · · + 22 + 12 + 02 = .
3
D’autre part, on suppose que pour tout 1 ≤ i < j ≤ 2n + 1, pi gagne contre pj , alors wi = 2n + 1 −
i (1 ≤ i ≤ 2n + 1). Dans ce cas :
2n+1
X 1
wi2 = n × (2n + 1)(4n + 1) est vraie.
3
i=1
2n+1
X n(2n + 1)(4n + 1)
Par conséquent, le maximum de S = wi2 est égal à .
3
i=1
3.12. EXERCICES 161
Exercice 10 KKK
Montrer que l’ensemble N∗ peut être partitionné en 100 sous-ensembles non vides et dis-
joints tels que si trois entiers strictement positifs a, b, c vérifient a + 99b = c, alors au moins
deux d’entre eux appartiennent au même sous-ensemble. (Russie)
Exercice 11 KKK
Montrer qu’il existe une infinité d’entiers n ∈ N∗ tels que l’ensemble Sn = {1, 2, · · · , 3n} peut
être partitionné en trois sous-ensembles disjoints A = {a1 , a2 , · · · , an }, B = {b1 , b2 , · · · , bn } et
C = {c1 , c2 , · · · , cn } tels que : ∀ i ∈ J1, nK, ai + bi = ci .
Solution.
1ère méthode : On montre le résultat par récurrence sur n ∈ N∗ . Pour n = 1, on prend A =
{1}, B = {2} et C = {3}, alors le résultat est vrai. Supposons que le résultat est vrai jusqu’au rang
n. Montrons le au rang n + 1. Pour 4n ∈ N∗ , on suppose que l’ensemble S4n = {1, 2, · · · , 12n} peut
être partitionné en trois sous-ensembles disjoints A′ = {a′1 , a′2 , · · · , a′4n }, B′ = {b1′ , b2′ , · · · , b4n
′ }, C ′ =
′ ′ ′
{c1 , c2 , · · · , c4n }, avec :
Pour tout i ∈ J1, 4nK, l’égalité a′i + bi′ = ci′ est vraie. Par suite, il existe une infinité d’entiers stric-
tement positifs n = 1, 4, 42 , 43 , · · · vérifiant la condition du problème.
2nde méthode : On montre le résultat par récurrence sur n ∈ N∗ . Pour n = 1, on prend
A = {1}, B = {2} et C = {3}, alors le résultat est vrai. Supposons que le résultat est vrai
jusqu’au rang n. Montrons le au rang n + 1. Pour 3n + 1 ∈ N∗ , on suppose que l’ensemble
S3n+1 = {1, 2, · · · , 3(3n + 1)} peut être partitionné en trois sous-ensembles disjoints A′ =
{a′1 , a′2 , · · · , a′3n+1 }, B′ = {b1′ , b2′ , · · · , b3n+1
′
}, C ′ = {c1′ , c2′ , · · · , c3n+1
′
}, avec :
Pour tout i ∈ J1, 3n + 1K, l’égalité a′i + bi′ = ci′ est vraie. Par suite, il existe une infinité d’entiers
3k − 1
strictement positifs n = 1, 4, 13, 40, 121, · · · , i.e. n = (k ∈ N∗ ), vérifiant la condition du
2
problème.
162 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
Exercice 12 KKK
Pour tout n ∈ N∗ , montrer qu’il existe un ensemble fini M de points dans le plan tel que :
pour tout P ∈ M, il y a exactement n points A1 , A2 , · · · , An ∈ M avec d(P, Ai ) = 1 pour tout
i ∈ J1, nK. ( d(P, Ai ) désigne la distance de P à Ai ).
Solution. On fait une démonstration par récurrence. Lorsque n = 1, soit M1 l’ensemble conte-
nant les deux extrémités d’un segment de longueur 1, alors M1 vérifie les hypothèses de l’exer-
cice. On suppose que pour n = k, il existe un ensemble Mk formé d’un nombre fini de points
tels que pour tout P ∈ Mk , il existe exactement k points A1 , A2 , · · · , Ak ∈ Mk avec d(P, Ai ) = 1
pour tout i ∈ J1, kK. On pose |Mk | = mk . Lorsque m = k + 1, on dessine mk cercles dont les
centres sont respectivement les mk points Mk et de rayon 1. Ensuite, on relie - par des seg-
ments - le centre et le point d’intersection dans chaque cercle, et on relie - par des segments
- n’importe quels deux points quelconques de Mk . Comme le nombre de tels segments est
fini, il existe une droite l qui n’est parallèle à aucun d’eux. On translate l’ensemble Mk en Mk′
lelong de la droite l de sorte que la distance entre chaque point P de Mk et le point corres-
pondant P ′ ∈ Mk′ soit égale à 1. Donc, Mk ∩ Mk′ = ∅ pour tout P ∈ Mk ∪ Mk′ , il y a exactement
k + 1 points P1 , P2 , · · · , Pk+1 ∈ Mk ∩ Mk′ vérifiant la propriété que la distance entre P et chacun
de P1 , P2 , · · · , Pk+1 est égale à 1, i.e., lorsque n = k + 1 l’ensemble Mk+1 = Mk ∪ Mk′ vérifie la
condition de l’exercice. En conclusion, pour tout n ∈ N∗ , il existe un ensemble Mn de points
vérifiants la condition de l’exercice.
Exercice 13 KKK
Montrer que tout n ∈ N∗ , sauf un nombre fini d’entre eux, peut s’écrire comme la somme
de 2016 entiers strictement positifs n = a1 + a2 + · · · + a2016 avec :
Solution. On montre un résultat plus général : pour tout entier m ≥ 2, il existe nm ∈ N∗ tel que
pour n ≥ nm , il y a m entiers strictement positifs a1 , a2 , · · · , am vérifiant n = a1 + a2 + · · · + am
avec a1 < a2 < · · · < am et ai | ai+1 (i = 1, 2, · · · , m − 1). Lorsque m = 2, n = 1 + (n − 1), alors n2 = 3.
Supposons que le résultat est vrai pour m = k, i.e., il existe nk ∈ N∗ tel que pour n ≥ nk , il existe
k entiers strictement positifs b1 , b2 , · · · , bk vérifiant n = b1 + b2 + · · · + bk avec b1 < b2 < · · · < bk
et bi | bi+1 (i = 1, 2, · · · , k − 1). Pour n = k + 1, soit nk+1 = 22nk +1 (2nk + 1), alors pour tout entier
strictement positif n = 2r (2s + 1) ≥ nk+1 = 22nk +1 (2nk + 1), on obtient 2s + 1 ≥ 2nk + 1 ou 2r ≥
22nk +1 . Si 2s + 1 ≥ 2nk + 1, i.e., s ≥ nk , alors par hypothèse de récurrence on sait qu’il existe k
entiers strictement positifs b1 , b2 , · · · , bk vérifiant s = b1 + b2 + · · · + bk avec b1 < b2 < · · · < bk et
bi | bi+1 (i = 1, 2, · · · , k − 1). Alors :
n = 2r + 2r+1 s = 2r + 2r+1 (b1 + b2 + · · · + bk ) = a1 + a2 + · · · + ak+1 ,
avec a1 = 2r et ai = 2r+1 bi−1 (i = 2, 3, · · · , k + 1) vérifiant a1 < a2 < · · · < ak+1 et ai | ai+1 (i =
1, 2, · · · , k +1). Si 2r ≥ 22nk +1 , i.e., r ≥ 2nk +1, alors il existe r1 = 0 ou 1 tel que r = 2p +r1 (p ∈ N∗ ),
et de r = 2p + r1 ≥ 2nk + 1, on déduit p ≥ nk et
2p − 1 = (1 + 1)p − 1 ≥ (1 + p) − 1 = p nk .
Par hypothèse de récurrence, on conclut qu’il existe k entiers strictement positifs b1 , · · · , bk tels
que 2p − 1 = b1 + b2 + · · · + bk avec b1 < b2 < · · · < bk et bi | bi+1 (i = 1, 2, · · · , k − 1). Alors :
n = 2r (2s + 1) = 2r1 (2s + 1) + (2r − 2r1 ) (2s + 1)
= 2r1 (2s + 1) + 2r1 (2s + 1) (2p + 1) × (b1 + b2 + · · · + bk ) = a1 + a2 + · · · + ak+1 ,
où a1 = 2r1 (2s + 1) et ai = 2r1 (2s + 1) (2p + 1) bi−1 (i = 2, 3, · · · , k + 1) vérifient a1 < a2 < · · · < ak+1 et
ai | ai+1 (i = 1, 2, · · · , k). La preuve par récurrence est ainsi terminée.
3.12. EXERCICES 163
Exercice 14 KKK
Dans une soirée il y a n garçons et n filles. Chaque garçon est attiré par a filles, et chaque
fille est attirée par b garçons. Déterminer toutes les paires (a, b) telles qu’il existe toujours
un garçon et une fille qui s’attirent mutuellement.
Solution. Considérons les paires (r, s) où r est un garçon et s est une fille qui attire r. Il y a au
moins a paires pour chaque garçon, donc il y a au moins a·n paires. Donc, il y a une fille qui est
au moins dans a de ces paires, c’est-à-dire il y a une fille qu’au moins a garçons sont attirés par
elle. Si cette fille est attirée par plus de n − a garçons, alors on peut trouver la paire souhaitée.
Donc, si a + b > n on peut trouver une telle paire.
Si a + b ≤ n, on va montrer que ce n’est plus possible nécessairement de trouver de telles
paires. On numérote les garçons et les filles de 1 à n. Considérons une paire (i, j) où i est
le nombre d’une fille et j le nombre d’un garçon, on dit que i est attirée par j si i + j est
congru modulo n à l’un de 1, 2, · · · , b. On dit que j est attiré par i si i + j est congru modulo n
à l’un de n, n − 1, · · · , n − a + 1. Ainsi, on a la condition du problème, et aucune paire ne s’attire
mutuellement.
En conclusion, la condition a + b > n assure l’existence d’un garçon et d’une fille qui s’attirent
mutuellement.
Exercice 15 KKK
Montrer que pour tout ensemble de dix naturels parmi {10, 11, 12, · · · , 98, 99}, il existe au
moins 2 sous-ensembles disjoints dont les sommes des éléments sont égales. (OIM, 1972)
Solution. On sait qu’un ensemble fini de n éléments possède 2n sous-ensembles, y compris l’en-
semble vide et l’ensemble lui-même. Si nous excluons ces deux derniers sous-ensembles, nous
avons pour l’ensemble donné à 10 éléments 210 − 2 = 1022 sous-ensembles stricts. La somme
des éléments dans chacun de ces sous-ensembles est inférieure à 9 × 99 = 891. Donc pour 1022
ensembles, il y a au plus 891 valeurs possibles de la somme ; il y a donc par le principe des
tiroirs au moins deux sommes qui ont la même valeur. Soient E1 et E2 les sous-ensembles cor-
respondants. En enlevant de E1 et E2 , le cas échéant, les éléments qui sont contenus dans les
deux sous-ensembles, on obtient une solution.
Exercice 16 KKK
Soit M un ensemble de 1985 entiers distincts strictement positifs, ayant tous leurs divi-
seurs premiers inférieurs ou égaux à 26. Montrer que l’on peut trouver 4 éléments distincts
de M dont le produit est la puissance quatrième d’un entier. (OIM, 1985)
Solution. Les diviseurs premiers possibles pour les éléments de M sont : 2,3,5,7,11,13,17,19,23.
On écrit les éléments de M sous la forme : 2p1 × 3p2 × 5p3 × · · · × 23p9 . On attribue à chaque
élément le 9-uplet (p1 , p2 , · · · , p9 ), où pi = 1 s’il est impair et pi = 0 s’il est pair. Le nombre de
ces 0 − 1 9-uplets est égal à 29 = 512, donc il y a deux 9-uplets parmi n’importe quel 513 qui
sont identiques (par le principe des tiroirs). On choisit deux nombres a1,1 et a1,2 de M tels
que les 9-uplets correspondants sont les mêmes, alors a1,1 a1,2 est un carré parfait, et tous les
√
exposants sont pairs. D’où a1,1 a1,2 est un entier.
√
De même, des 1983 nombres restants, on peut choisir a2,1 et a2,2 tels que a2,1 a2,2 est un entier.
D’une façon similaire on obtient les entiers :
√ √ √ √
a1,1 a1,2 , a2,1 a2,2 , a3,1 a3,2 , · · · , a513,1 a513,2 . (1)
Exercice 17 KKK
Soit n un entier strictement positif. Un tableau carré de taille N = n2 +1 est divisé en carrés
unités avec N lignes et N colonnes. Les N 2 carrés sont coloriés avec une des N couleurs
de sorte que chaque couleur a été utilisée N fois. Montrer que, peu importe le coloriage, il
existe une ligne et une colonne avec au moins n + 1 couleurs différentes. (Roumanie)
N
X N
X
Donc, par le principe des tiroirs, soit ai > nN ou bien bi > nN . Supposons, sans perte de
i=1 i=1
N
X
généralité, que c’est le premier cas qui est vrai. Notons que ai est le nombre de paires (C, i)
i=1
où C est une colonne qui possède un carré de couleur i. Il y a N colonnes possibles et plus de
nN paires. D’où, il doit y avoir une colonne dans plus de n paires, et c’est ce qu’on cherche.
Exercice 18 KKK
Soit a1 , a2 , · · · , a100 une permutation de {1901, 1902, · · · , 2000}. Avec cette permutation on
construit la suite de sommes partielles (Sn )n donnée par :
façons d’arranger 33 nombres 0 est égal à 99 33 . Par suite, le nombre de permutations vérifiant
la condition de l’exercice est égal à :
!
99 99! · 33! · 34!
· 33! · 33! · 34! = .
33 66!
Exercice 19 KKK
On dispose de six couleurs différentes pour colorier les six faces d’un cube. On veut que
chaque face soit coloriée avec une des six couleurs, et que deux faces partageant un côté
soient de couleurs différentes. Combien y a-t-il de façons pour le faire ? (Chine)
Solution. Comme trois faces ayant un sommet en commun doivent être coloriées avec 3 cou-
leurs différentes, alors il y a au moins trois couleurs qui sont utilisées. On distingue quatre cas
possibles : on utilise 6 couleurs, 5 couleurs, 4 couleurs ou 3 couleurs.
⋄ Cas 1 : lorsque les six couleurs sont utilisées, on retourne une face coloriée avec une certaine
couleur, et on choisit une couleur parmi les 5 restantes pour colorier la face de base, il y a
5
1 façons différentes pour le faire. Ensuite, on utilise les couleurs restantes pour colorier les
quatre faces restantes, il y a (4 − 1)! façons différentes pour le faire. En conclusion, lorsque les
6 couleurs sont utilisées, le nombre de façons distinctes pour colorier les 6 faces du cube est
égal à !
5
· (4 − 1)! = 30.
1
⋄ Cas 2 : lorsqu’on utilise cinq couleurs différentes, le nombre de façons de prendre 5 couleurs
parmi 6 est égal à 65 . Dans ce cas, il y a une paire de faces opposées qui ont la même couleur.
On choisit une couleur parmi 5 pour colorier des faces opposées de 51 façons différentes.
1
Ensuite, on utilise les couleurs restantes pour colorier les quatre autres faces en · (4 − 1)!
2
façons différentes. En conclusion, dans ce cas le nombre de façons différentes pour colorier les
faces du cube est égal à : ! !
6 5 1
· · · (4 − 1)! = 90.
5 1 2
⋄ Cas 3 : lorsque 4 couleurs sont utilisées, le nombre de façons de choisir 4 couleurs parmi 6
est égal à 64 . Dans ce cas, chaque paire de faces opposées sont coloriées avec la même couleur,
et la paire restante a deux couleurs différentes. On choisit 2 couleurs parmi 4 pour colorier la
troisème paire en 42 façons différentes. Ensuite, on utilise les couleurs restantes pour colorier
les autres faces sachant que deux faces opposées ont la même couleur, il y a une seule façon de
faire. En conclusion, dans ce cas le nombre de façons différentes pour colorier les 6 faces du
cube est égal à : ! !
6 4
· · 1 = 90.
4 2
⋄ Cas 4 : lorsqu’on utilise 3 couleurs différentes, le nombre de façons de choisir 3 parmi 6
couleurs différentes est égal à 63 . Dans ce cas, chacune des paires de faces opposées est de la
même couleur. Il y a une seule façon de faire. En conclusion, le nombre de façons différentes
pour colorier les 6 faces du cube est égal à :
!
6
· 1 = 20.
3
En résumé, et d’après les quatre cas ci-dessus, on conclut que le nombre total de façons diffé-
rentes pour colorier les 6 faces du cube est égal à : 30 + 90 + 90 + 20 = 230.
166 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
Exercice 20 KKK
On considère un polygone convexe à 2016 côtés tel que trois diagonales quelconques ne se
coupent pas en un point à l’intérieur du polygone. Ces différentes diagonales forment plu-
sieurs régions à l’intérieur du polygone convexe. Montrer qu’il y a en tout 686 212 874 400
régions à l’intérieur du polygone convexe.
Solution. On montre le résultat dans le cas général où l’on remplace 2016 par n ∈ N∗ .
Supposons que, parmi ces différentes régions, il y a n3 triangles, n4 quadrilatères convexes,
· · · , et nm polygones convexes à m côtés. Alors, le nombre total des régions est égal à :
S = n3 + n4 + · · · + nm .
D’autre part, le nombre total de sommets de toutes ces régions est égal à : 3n3 + 4n4 + · · · +
mnm . Finalement, le nombre total de points d’intersection de ces diagonales à l’intérieur du
polygone convexe est égal à n4 et chaque point d’intersection des diagonales est le sommet
commun de 4 régions (puisque trois diagonales quelconques ne se coupent pas en un point à
l’intérieur du polygone), et chaque sommet du polygone à n côtés est le sommet commun de
n − 2 régions. Donc, on obtient :
!
n
3n3 + 4n4 + · · · + mnm = 4 + n(n − 2). (1)
4
Maintenant, la somme totale des angles intérieurs de toutes les régions est égale à :
D’autre part, la somme des angles internes du polygone convexe à n côtés est (n − 2) · 180◦ et
la somme des angles internes aux n4 points d’intersection des diagonales est égale à n4 · 360◦ .
Par conséquent :
!
◦ ◦ ◦ ◦ n
n3 · 180 + n4 · 360 + · · · + nm · (m − 2) · 180 = (n − 2) · 180 + · 360◦
4
c’est-à-dire !
n
n3 + 2n4 + · · · + (m − 2)nm = (n − 2) + 2 . (2)
4
(1)−(2)
La relation 2 permet d’obtenir :
!
n (n − 1)(n − 2) (n − 1)(n − 2) n2 − 3n + 12
S = n3 + n4 + · · · + nm = + = .
4 2 24
Exercice 21 KKK
|S| = 5!, |A1 | = 4!, |A2 | = 2! · 3!, |A3 | = 3! · 2!, |A4 | = 4!, |A1 ∩ A2 | = 3!,
|A1 ∩ A3 | = 2! · 2!, |A1 ∩ A4 | = 3!, |A2 ∩ A3 | = 2! · 2!, |A2 ∩ A4 | = 2! · 2!,
|A3 ∩ A4 | = 3!, |A1 ∩ A2 ∩ A3 | = 2!, |A1 ∩ A2 ∩ A4 | = 2!, |A1 ∩ A3 ∩ A4 | = 2!,
|A2 ∩ A3 ∩ A4 | = 2!, |A1 ∩ A2 ∩ A3 ∩ A4 | = 1.
Exercice 22 KKK
b
M
1 D
C b b
b
0
−2 −1 O0 1 2 3
b
A
−1
b
B
−2
1ère solution : comme dans la figure ci-dessus, le triangle rectangle MAB vérifie les conditions
(1)-(2) de l’exercice. On trace les perpendiculaires issues de O aux côtés AM et MB, et dont les
pieds sont respectivement C et D, alors
1
OC = OD = MC = MD = r = √ OM
2
avec r le rayon du cercle inscrit au triangle AMB. Donc, le triangle MAB est déterminé unique-
ment par BD = u et AC = v. On peut connaître le nombre de triangles recherchés en établissant
168 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
⋄ Cas 3 : p = 2
alors toutes les solutions de l’équation m0 · n0 = 25 × 10092 sont données par
m0 = 2i × 1009j
avec i ∈ J0, 5K, j ∈ J0, 2K.
n0 = 25−i × 10092−j
Exercice 23 KKK
Un triangle équilatéral ABC de côté n est divisé en n2 triangles équilatéraux de côtés 1 par
des segments parallèles à ses côtés.
1. Combien y a-t-il de triangles équilatéraux dans cette figure géométrique ?
2. Combien y a-t-il de losanges dans cette figure ?
Solution.
1. Le nombre de triangles équilatéraux de côté k et dont le sommet est en haut est égal à :
1
xk = 1 + 2 + · · · + [n − (k − 1)] =(n − k + 1)(n − k + 2)
2
(n − k + 1)(n − k + 2)(n − k + 3) − (n − k)(n − k + 1)(n − k + 2)
= .
6
Par suite, le nombre S1 de triangles équilatéraux dont le sommet est en haut est égal à :
n
X n(n + 1)(n + 2)
S1 = xk = .
6
k=1
Le nombre de triangles équilatéraux de côté l et dont le sommet est en bas est égal à :
(n − 2l + 1)(n − 2l + 2) n
yl = 1 + 2 + · · · + (n − 2l + 1) = , 1≤l ≤ .
2 2
Lorsque n = 2m est pair, le nombre de triangles équilatéraux dont le sommet est en bas est
égal à :
⌊n/2⌋
X m
1X
S2 = yi = [(2m − 2l + 2) − (2m − 2l + 2)]
2
i=1 l=1
m h
X i m
X m
X
2 2
= 2(m − l + 1) − (m − l + 1) = 2 l − l
l=1 l=1 l=1
1 1 n(n + 2)(2n − 1)
= 2 × m(m + 1)(2m + 1) − m(m + 1) = .
6 2 24
170 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
Exercice 24 KKK
Solution. On se focalise sur les pièces de taille 5 × 1. Si on l’étend, par l’un de ses côtés, en une
pièce 6 × 1 on a trois carrés coloriés. Si la pièce 5 × 1 n’a pas 3 carrés coloriés, alors le coloriage
dans la pièce 6 × 1 doit être alternatif, ceci est impossible d’après la deuxième condition de
l’exercice.
On divise le tableau 1001 × 1001 en 3 tableaux : un tableau 1000 × 1001, un tableau 1 × 1000
et un tableau 1 × 1. Le deux premiers tableaux peuvent être divisés en parts de tailles 5 × 1 et
3(10012 − 1)
1 × 5 respectivement, donc le nombre de carrés coloriés est au moins égal à . Pour
5
montrer qu’un coloriage avec ce nombre là est possible, on va faire ce qui suit.
3(10012 − 1)
= 601 200.
5
Exercice 25 KKK
b b
D
b b b
F N
b b b b
B b b b C
J
b b b b b b
B′ i i +1 k k +1 C′
Solution.
1. On considère tout d’abord le petit losange DN JF dont les côtés ne sont pas parallèles à (BC).
On prolonge ses côtés pour couper le côté [BC]. On prolonge aussi le côté [BC] pour obtenir le
côté [B′ C ′ ] avec BB′ = CC ′ = 1 et (BC)//(B′ C ′ ). Le segment [B′ C ′ ] est alors partagé en n+2 petits
segments égaux, on note ces points de division par 0, 1, 2, · · · , n+1 (avec 0 correspondant à B′ , et
n+1 à C ′ ). Donc, à chaque petit losange dont les côtés ne sont pas parallèles à [BC] correspond
quatre points de division i, i + 1, k, k + 1 éléments de [B′ C ′ ]. Réciproquement, à chaque quatre
points distincts sur [B′ C ′ ] correspond un petit losange dont les côtés ne sont pas parallèles à
b
[BC]. Cette correspondance est une bijection, ainsi le nombre de petits losanges dont les côtés
ne sont pas parallèles à [BC] est égal à n2 . Par symétrie, on conclut que le nombre total de
losanges dans la figure ainsi obtenue est égal à :
!
n n! 3n(n − 1)
f (n) = 3 = 3× = .
2 2 × (n − 2)! 2
Exercice 26 KKK
Il y a 100 jetons sur une table. Les joueurs A et B vont enlever les jetons de la table à
tour de rôle. À chaque tour, ils peuvent enlever 2, 5 ou 6 jetons. Le premier joueur qui ne
peut pas enlever de jetons a perdu. On suppose que A joue en premier. Qui a une stratégie
gagnante ? (Allemagne)
Solution. On va voir que l’ensemble des positions perdantes est l’ensemble des nombres
congrus à 0, 1, 4, 8 modulo 11. Si A est dans une position perdante et enlève 5 ou 6 jetons,
B peut enlever 6 ou 5 jetons, respectivement. La seule fois où ceci est impossible pour B est
172 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
s’il y a moins de jetons que ceux nécessaires pour faire revenir A à la position perdante où il
était (ils devraient être moins de 11 jetons lorsque c’est le tour de A). Le seul cas est s’il y a
exactement 8 jetons restants, alors B peut enlever 2 jetons et gagner. Si A était en 0 ; B enlève
5. Si A était dans 4 ; B enlève 2. Si A était dans 8 ; B enlève 5. Comme 100 ≡ 1 (mod 11), alors
A perd.
Exercice 27 KKK
Solution. Soit T le nombre de paires (E, p) où E est l’élève et p la question que E a bien réussi.
n
(1) Si toutes les questions étaient faciles, alors chaque question p est dans plus de paires. Si
2
k
tous les élèves ont échoué, alors chaque élève est dans moins que paires. D’où
2
n k
k < T < n , ce qui est impossible.
2 2
(2) Avec un raisonnement similaire à celui en haut, on obtient :
& '
n k
k ≥ T ≥ n ,
2 2
nk
donc on doit avoir T = et k, n sont tous les deux pairs. Si, dans ce cas, on énumère tous les
2
élèves et toutes les questions, il est suffisant pour chaque élève de répondre correctement à
toutes les questions avec la même parité pour obtenir le résultat souhaité.
Exercice 28 KKK
Tous les diviseurs strictement positifs de N ∈ N∗ sont écrits sur un tableau. Deux joueurs
A et B jouent au jeu suivant (à tour de rôle) : au premier tour, A efface N . Si le dernier
nombre effacé est d, alors le prochain joueur enlève un diviseur de d ou un multiple de d.
Le joueur qui ne peut plus jouer a perdu. Déterminer tous les nombres N pour lesquelles
A a une stratégie gagnante. (Olympiade d’Europe Centrale)
a a a
Solution. Soit N = p11 p22 · · ·pk k la décomposition de N en produit de facteurs premiers. Dans
une étape du jeu, le joueur écrit un diviseur de N , qui peut être représenté comme une
suite (b1 , b2 , · · · , bk ) avec bi ≤ ai . Donc, une suite (b1 , b2 , · · · , bk ) peut être suivie par une suite
(c1 , c2 , · · · , ck ) si 0 ≤ ci ≤ bi pour tout i, ou bien bi ≤ ci ≤ ai pour tout i. Si un au moins des ai est
impair, alors B a une stratégie gagnante. Supposons que a1 est impair, et partageons les suites
en des paires de la forme (b1 , b2 , · · · , bk ) et (a1 − b1 , b2 , b3 , · · · , bk ). Après que A joue une certaine
suite, B joue l’autre suite qui est dans la paire, c’est une stratégie gagnante pour le joueur B. Si
tous les ai sont pairs, on peut utiliser un argument plus simple pour partager les suites diffé-
rentes, à partir de (a1 , a2 , · · · , ak ), en paires. Si (b1 , b2 , · · · , bk ) , (a1 , a2 , · · · , ak ), soit j le plus petit
indice tel que bj < aj . Alors, la paire de (b1 , b2 , · · · , bk ) est (b1 , b2 , · · · , bj−1 , aj − bj − 1, bj+1 , · · · , bk )
(notons que bj , aj − bj − 1 puisque aj est pair). Au premier tour A joue la suite (a1 , a2 , · · · , ak ).
Après un jeu de la part de B, A a besoin seulement de jouer la paire de la dernière suite jouée.
En conclusion, les nombres pour lesquels A a une stratégie gagnante sont les carrés parfaits.
3.12. EXERCICES 173
Exercice 29 KKK
Dans une école il y a n élèves. L’école propose des activités supplémentaires aux élèves.
Un élève peut s’inscrire à plusieurs activités. On sait que, pour chaque activité proposée,
il y a au moins 2 élèves inscrits. On sait aussi que si dans deux activités différentes il y
a au moins 2 élèves en commun, alors le nombre d’élèves inscrits aux deux activités sont
différents. Montrer que le nombre total d’activités proposées est ≤ (n − 1)2 . (Iran)
On a donc une majoration pour Ak pour tout les k tels que 2 ≤ k ≤ n. On a donc (n−1) inégalités.
En les sommant on obtient :
!
1 1 1
A2 + A3 + · · · + An ≤ n(n − 1) + + ··· +
1·2 2·3 (n − 1) · n
1 1 1 1 1
= n(n − 1) 1 − + − + ··· + −
2 2 3 n−1 n
1 2
= n(n − 1) 1 − = (n − 1) .
n
Exercice 30 KKK
Solution. Supposons qu’il y a m associations, et soit A l’association qui a le plus grand nombre
a de membres. On note par T le nombre d’associations avec au moins un membre de A. On
sait que chacun des a membres doit être dans une autre des k − 1 associations. Notons aussi
que chaque association différente de A peut avoir au plus un membre de A, d’où T ≥ (k −
m−1
1)a + 1. Puisque T ≤ m, ceci veut dire que a ≤ . Donc, on a m associations, chacune
k − 1
m−1
avec un nombre de membres allant de 1 à . D’après le principe des tiroirs, au moins k
k−1
associations ont le même nombre de membres.
Exercice 31 KKK
Solution. Considérons les paires (P, t) où P est une permutation de {1, 2, · · · , n} et t est un point
fixe de P. Chaque élément t de {1, 2, · · · , n} est dans (n − 1)! paires, puisqu’on a juste besoin de
permuter les autres éléments. Si une permutation admet k points fixes, elle est dans k paires.
174 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
n
X
Donc : n (n − 1)! = kP(k).
k=0
Exercice 32 KKK
Sur une table il y a des cartes numérotées par les nombres 0, 1, 2, · · · , 1024. A et B jouent
à tour de rôle au jeu suivant : tout d’abord B enlève 29 cartes, ensuite A enlève 28 cartes,
ensuite B enlève 27 cartes, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il reste exactement 2 cartes avec
les nombres a et b. Le joueur A doit payer |a − b| dollars au joueur B. Quelle est la plus
grande somme d’argent que peut gagner B ? (Italie)
Solution. On va élaborer une stratégie pour B. Dans son premier tour, il enlève les nombres
impairs, de cette façon la différence minimale entre deux nombres restants est au moins égale
à 2. Au second tour, il y a uniquement des nombres de la forme 4k et 4k + 2. Comme B doit
enlever la moitié des nombres, il peut être sûr qu’il va enlever tous les nombres avec l’une
des deux formes ci-dessus. Donc, la différence minimale entre deux nombres restants est cette
fois-ci est au moins égale à 4. Le joueur B peut continuer ainsi, et donc double la différence à
chaque tour.
La stratégie de A est similaire. Si deux nombres avec la plus grande différence sont à un mo-
x+y x+y
ment x et y, alors entre x et ou bien entre et y on a la moitié ou bien moins que la
2 2
moitié de tous les nombres. Donc A peut enlever tous cela. La différence maximale entre deux
nombres restants est ainsi divisée par 2. Il continue ainsi, il fait diviser par 2 à chaquefois la
différence maximale entre les nombres restants.
En utilisant cette stratégie B peut garantir un gain d’au moins 32 dollars, et A peut garantir
qu’il va perdre au plus 32 dollars. En conclusion, 32 est le nombre recherché.
Exercice 33 KKK
Avec les pièces suivantes on recouvre un tableau de taille 1993 × 2000. Soit s le nombre de
pièces utilisées des deux premières formes (celle à gauche et celle du milieu). Quelle est la
plus grande valeur possible de s ? (Vietnam)
Solution. On colorie les lignes en noir et blanc et de façon alternée, on commence par le noir
(un carré noir, puis un carré blanc, puis un carré noir, puis un carré blanc, et ainsi de suite).
Il y a 2000 carrés noirs de plus que les carrés blancs. Les pièces des deux premières formes
utilisent le même nombre de carrés noirs et de carrés blancs. Les pièces de la troisième forme
utilisent toujours 3 carrés d’une même couleur et 2 carrés de l’autre couleur. Donc, on a besoin
d’au moins 2000 pièces de la troisième forme. Par suite :
Exercice 34 KKK
Exercice 35 KKK
constitué de (n + 1)3 − 1 points. Trouver le plus petit nombre de plans dont la réunion
contient S mais ne contient pas (0, 0, 0). (OIM, 2007)
Théorème Alon-Nathanson-Rusza
Soit F un corps quelconque et f = f (x1 , · · · , xn ) un polynôme dans F(x1 , · · · , xn ). Supposons
que le degré de f est t1 + · · · + tn (avec ti ∈ N pour tout i ∈ J1, nK) et que le coefficient de
t t
x11 · · · xnn est non nul. Si S1 , · · · , Sn sont des sous-ensembles de F tels que |Si | > ti , alors il
existe un n-uplet (s1 , · · · , sn ) ∈ S1 × · · · × Sn tel que : f (s1 , · · · , sn ) , 0.
Le théorème ci-dessus (que l’on note théorème ANR) est très puissant et possède plusieurs
applications. Il a permis de montrer le « théorème de Cauchy-Davenport », la « conjecture de
Erdős-Heilbronn », le « théorème de Chevalley-Warning », le « théorème de Erdős-Ginzburg-
Ziv », ... etc.
On se propose de montrer que l’exercice 6 de l’OIM 2007 est aussi une simple conséquence
du théorème ANR : ce problème proposé par Gerhard J. Wörginger (professeur autrichien à
l’Université de Eindhoven aux Pays-Bas) est parmi les plus difficiles proposés aux OIM. Sur les
520 candidats participants, 473 ont obtenu un zéro. Seuls cinq candidats, Konstantin Matveev
(Russie), Peter Scholze (Allemagne), Danyko Radchenko (Ukraine), Pietro Vertechi (Italie) et
Iurie Boreico (Moldavie) ont résolu entièrement ce problème (7/7), le meilleur prochain can-
didat a obtenu seulement 2/7. Il est facile de voir que 3n plans donnés par les équations
x + y + z = i, avec i ∈ J1, 3nK, sont suffisants. On va montrer que 3n est le nombre minimum de
plans requis.
Supposons, par l’absurde, qu’il existe des plans P1 , · · · , Pk , k ≤ 3n − 1, couvrant S mais ne pas-
sant pas par (0, 0, 0). Chaque plan Pi est défini par une équation ai x+bi y+ci z+di = 0 avec di , 0,
Yk
S
puisque O = (0, 0, 0) < Pi . Donc Pi couvre S si, et seulement si g(x, y, z) = (ai x+bi y +ci z+di )
i=1
s’annule en tout point de S. La réunion des plans ne contient pas O, g(0, 0, 0) , 0.
Pour appliquer le théorème ANR, on choisit le corps F = R. Cependant, S n’est pas de la forme
3.12. EXERCICES 177
Il est clair que f s’annule en tout points de S ∪ {0} = S1 × S2 × S3 avec S1 = S2 = S3 = J0, nK.
g(0,0,0)
Comme k < 3n, on a deg(f ) = 3n. Le coefficient de xn y n zn dans f est égal à (−1)3n (n!)3 , 0. Par le
théorème ANR, il existe un point (x0 , y0 , z0 ) ∈ S1 ×S2 ×S3 tel que f (x0 , y0 , z0 ) , 0. Contradiction.
Exercice 36 KKK
Il y a 577 députés dans l’assemblée nationale française. Chaque député a des ennemis
(politiques) au sein de l’assemblée. Montrer qu’il existe un sous-ensemble non vide K de
députés tel que : pour chaque député de l’assemblé, le nombre de ses ennemis dans l’en-
semble K est pair.
puisque −1 = 1 dans F. Si σ ∈ Sn est tel que σ −1 = σ, aors les cycles disjoints formant σ ont
pour longueur 1 ou 2. Comme n est impair, il y a au moins unQ cycle contenant un seul élément
k. Pour ce k, on a σ(k) = k, alors mkσ(k) = mkk = 0, et par suite ni=1 miσ(i) = 0.
On suppose maintenant que σ ∈ Sn est tel que σ −1 , σ. Comme M est symétrique, alors :
n
Y n
Y n
Y n
Y
miσ −1 (i) = mσ −1 (i)i = mσ −1 (σ(i))σ(i) = miσ(i) .
i=1 i=1 i=1 i=1
Alors M est symétrique, et ses termes diagonaux sont tous nuls, donc par le lemme on a
det(M) = 0.
Pour tout vecteur v = (v1 , v2 , · · · , vn ) ∈ (Z/2Z)n , il existe un unique ensemble de députés Sv tel
que : si ∈ Sv ⇐⇒ vi = 1. Pour chaque k ∈ J1, nK, la k-ème composante du vecteur Mv est le
nombre total d’ennemis, modulo 2, qu’a le député sk dans l’ensemble Sv . Puisque det(M) = 0,
il existe un vecteur non nul v ∈ (Z/2Z)n tel que Mv = 0. Pour ce vecteur v, on pose K = Sv .
Comme Mv = 0, chaque député a 0 ennemis, modulo 2, dans K ; c’est-à-dire chaque député a
un nombre pair d’ennemis dans K.
178 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
Exercice 37 KKK
On considère 321 points différents à l’intérieur du cube unité. Montrer que 4 de ces points
4
sont situés à l’intérieur d’une sphère de rayon 23 .
Solution. Soient n et k deux entiers strictement positifs, r un nombre réel strictement positif,
et supposons qu’il y a n points X1 , X2 , · · · , Xn à l’intérieur du cube unité tels qu’aucun k + 1
d’entre eux n’appartiennent à une boule de rayon r. Soient Bi la boule de centre Xi et de rayon
r, et B = B1 ∪ B2 ∪ · · · ∪ Bn . Aucun point n’appartient à k + 1 de ces boules Bi , car si un point P
appartenait à B1 ∩ B2 ∩ · · · ∩ Bk+1 alors X1 , X2 , · · · , Xk+1 seraient tous dans la boule de centre P
et de rayon r, contradiction avec l’hypothèse. Donc, si |B| désigne le volume de la boule B, on
a : k |B| ≥ |B1 | + |B2 | + · · · + |Bn |, c’est-à-dire :
4 n
|B| ≥ · π · r3 · . (1)
3 k
D’autre part, comme B contient le « cube rond » formés de tous les points à une distance au
plus égale à r du cube unité, alors on a :
4
|B| ≤ 1 + 6r + 3πr 2 + πr 3 . (2)
3
Les relations (1) et (2) ci-dessus donnent la majoration :
3 9 9
n ≤ k + + + 1 .
4πr 3 2πr 2 4r
Pour k = 3 et r = 0, 1739, on obtient n < 320, 0988 . . ., donc pour 321 points à l’intérieur du
4
cube unité, quatre d’entre eux sont à l’intérieur d’une sphère de rayon 0, 1739 < 23 .
Exercice 38 KKK
Exercice 39 KKK
On suppose que les nombres entiers naturels 1, 2, · · · , 2n − 1, 2n sont répartis en deux en-
sembles {a1 , a2 , · · · , an } et {b1 , b2 , · · · , bn } tels que a1 < a1 < · · · < an et b1 > b2 > · · · > bn .
Montrer que : |a1 − b1 | + |a2 − b2 | + · · · + |an − bn | = n2 . (Identité de Proizvolov, 1985)
3.12. EXERCICES 179
Solution. Notons que pour tout i ∈ J1, nK, il y a exactement un des nombres ai , bi qui appartient
à {1, 2, · · · , n} et l’autre appartient à {n + 1, n + 2, · · · , 2n}. En effet, si par exemple ai ≤ n et bi ≤ n,
alors {1, 2, · · · , n} doit contenir les n+1 nombres distincts a1 , a2 , · · · , ai (puisque a1 < a2 < · · · < ai )
et bi , bi+1 , · · · , bn (puisque bi > bi+1 > · · · > bn ), ce qui est impossible. On montre, de même, que
si ai ≥ n + 1 et bi ≥ n + 1 on aboutit à une contradiction.
Donc, on a :
Exercice 40 KKK
Montrer que pour n’importe quel choix de 23 nombres dans l’intervalle [1, 2016], il y a
trois d’entre eux qui sont les longueurs des côtés d’un triangle.
D’après le principe des tiroirs, il y a trois éléments (parmi les 23 choisis) qui sont dans le
même intervalle. Supposons que a < b < c sont ces trois éléments de l’intervalle [2k , 2k+1 [, avec
k ∈ J0, 10K. Alors on peut écrire a+b ≥ 2k +2k , donc a+b ≥ 2k+1 > c, c’est-à-dire a+b > c. Comme
c est le plus grand des trois éléments, alors il est clair que a + c > b et b + c > a. Les trois réels
a, b, c sont bien les longueurs des côtés d’un triangle.
Exercice 41 KKK
Soit A un ensemble de 51 nombres choisis dans {1, 2, · · · , 100}. Montrer qu’il existe au moins
une équation du second degré, à coefficients dans A, et dont les racines sont rationnelles.
Solution. Soient a1 < a2 < · · · < a51 les éléments de A. On considère les différences a51 − a1 , a51 −
a2 , · · · , a51 − a50 , on obtient 50 entiers naturels non nuls, distincts, et plus petits que 100. Avec
les 51 éléments de A, on obtient donc 101 entiers naturels non nuls et plus petits que 100.
D’après le principe des tiroirs, il existe i, j ∈ {1, 2, · · · , 50} tels que a51 − ai = aj . En choisissant
a51 = b; ai = a; aj = c on obtient b = a+c. L’équation de second degré ax2 +bx +c = 0 admet pour
racines x1 = −1; x2 = − ac ∈ Q.
Exercice 42 KKK
On considère m entiers naturels distincts dans l’ensemble {1, 2, · · · , n}. Montrer qu’on peut
choisir quelques-uns d’entre eux, de somme S, tels que :
m(m + 1) √
0 ≤ S− ≤ n + 2n − m.
2
Solution. Soient a1 < a2 < · · · < am ces m éléments de l’ensemble {1, 2, · · · , n}. Soit j le plus petit
indice tel que
m(m + 1)
a1 + a2 + · · · + aj ≥ ,
2
et soit i le plus grand indice tel que
m(m + 1)
ai + ai+1 + · · · + aj ≥ .
2
180 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
m(m + 1)
S ≤ ai + − 1, (1)
2
et pour j minimal on a :
m(m + 1)
a1 + a2 + · · · + aj−1 < ≤ ai + · · · + aj =⇒
2
i(i − 1)
aj > a1 + · · · + ai−1 ≥ 1 + 2 + · · · + (i − 1) = .
2
√
Or n − 1 ≥ aj , donc i ≤ 2n + 1. Il s’ensuit que
√
ai ≤ n − m + i ≤ n − m + 2n + 1. (2)
Des relations (1) et (2) on obtient que, pour S, les deux conditions de l’exercice sont vérifiées.
Exercice 43 KKK
Au début, chacune des six boîtes B1 , B2 , B3 , B4 , B5 , B6 contient un jeton. Deux types d’opé-
ration sont possibles :
Type 1 : choisir une boîte non vide Bj avec 1 ≤ j ≤ 5 ; ôter un jeton de la boîte Bj et ajouter
deux jetons à la boîte Bj+1 .
Type 2 : choisir une boîte non vide Bk avec 1 ≤ k ≤ 4 ; ôter un jeton de la boîte Bk et échan-
ger les contenus des boîtes (éventuellement vides) Bk+1 et Bk+2 .
Est-il possible, à la suite d’un nombre fini de telles opérations, que les boîtes
2010
B1 , B2 ,B3 , B4 , B5 soient vides et que la boîte B6 contienne exactement 20102010 jetons ?
c c
(Noter que ab = a(b ) ). (OIM, 2010)
Solution. Oui, une telle suite finie d’opérations est possible. On note par (a1 , a2 , · · · , an ) −→
(a′1 , a′2 , · · · , a′n ) le processus suivant : si certaines boîtes consécutives contiennent a1 , · · · , an je-
tons, alors il est possible de faire une série d’opérations de sorte que les boîtes contiennent
a′1 , a′2 , · · · , a′n jetons respectivement, alors que le contenu des autres boîtes reste inchangé.
2010
Soit A = 20102010 , notre but est de montrer que (1, 1, 1, 1, 1, 1) −→ (0, 0, 0, 0, 0, A). On com-
mence par deux lemmes pratiques.
Lemme 1 : (a, 0, 0) −→ (0, 2k , 0) pour tout a ≥ 1.
Preuve : on montre par récurrence que (a, 0, 0) −→ (a − k, 2a , 0) pour tout 1 ≤ k ≤ a. Pour k = 1,
on applique l’opération de type 1 à la première boîte :
(a, 0, 0) −→ (a − 1, 2, 0) −→ (a − 1, 21 , 0).
Supposons maintenant que k < a et que le résultat est vrai pour k < a. On commence de (a −
k, 2k , 0), on applique l’opération de type 1 à la boîte du milieu 2k fois, jusqu’à ce qu’elle se vide.
Ensuite on applique l’opération de type 2 à la première boîte :
(a − k, 2k , 0) −→ (a − k, 2k − 1, 2) −→ · · · −→ (a − k, 0, 2k+1 )
−→ (a − k − 1, 2k+1 , 0).
(a, 0, 0, 0) −→ (a − 1, 2, 0, 0) = (a − 1, P1 , 0, 0).
Supposons maintenant que le lemme est vrai pour k < a. On commence de (a − k, Pk , 0, 0), on
applique le lemme 1, puis l’opération de type 1 à la première boîte :
(a − k, Pk , 0, 0) −→ (a − k, 0, 2Pk , 0) = (a − k, 0, Pk+1 , 0)
−→ (a − k − 1, Pk+1 , 0, 0).
Pour faire baisser le nombre de jetons dans B4 , on applique l’opération de type 2 de façon
répétitive jusqu’à faire diminuer son contenu à A/4 (dans chaque étape on ôte un jeton de B4
et on échange les boîtes vides B5 et B6 ). Finalement, on applique l’opération de type 1 de façon
répétitive aux boîtes vides B4 et B5 :
A A
0, 0, 0, , 0, 0 −→ · · · −→ (0, 0, 0, 0, , 0 −→ · · · −→ (0, 0, 0, 0, 0, A) .
4 2
Exercice 44 KKK
Soit k un entier strictement positif. Montrer qu’il est toujours possible de partition-
ner l’ensemble {0, 1, 2, · · · , 2k+1 − 1} en deux sous-ensembles disjoints {x1 , x2 , · · · , x2k } et
{y1 , y2 , · · · , y2k } tels que :
2k
X 2k
X m 2k
X 2k
X m
xim + 2k+1
+ yi = m
yi + 2k+1 + xi . (1)
i=1 i=1 i=1 i=1
182 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
2k
X 2k
X m−1
X ! 2k 2k 2k m−1 ! 2k
m k+1 m−t X t X m X m X m k+1 m−t X t
(1) ⇐⇒ xim + yim + (2 ) yi = yi + xi + (2 ) xi
t t
i=1 i=1 t=0 i=1 i=1 i=1 t=0 i=1
m−1
X ! 2k
m k+1 m−t X t
⇐⇒ (2 ) (xi − yit ) = 0.
t
t=0 i=1
2k
X
L’hypothèse de récurrence donne : xit − yit = 0; t = 1, 2, · · · , m − 1, donc (1) est vraie, et la
i=1
preuve par récurrence est ainsi terminée.
Exercice 45 KKK
On écrit au tableau les nombres entiers 1, 2, · · · , n. Chaque minute on efface deux d’entre
eux, a et b, et on écrit au tableau la valeur |a − b|. À la fin on se retrouve avec un seul
nombre. Quels sont les valeurs possibles de ce dernier nombre ?
Solution. Soit Ln l’ensemble des valeurs possibles que peut prendre le dernier nombre inscrit
sur le tableau. On se propose de montrer par récurrence sur n ∈ N∗ que :
( )
n(n + 1)
Ln = k : 0 ≤ k ≤ n, k ≡ (mod 2) . (1)
2
Lorsqu’on efface les nombres a et b et on les remplace par |a − b|, alors la somme totale des
nombres écrits au tableau diminue d’un nombre pair égal à : a + b − |a − b| = 2 min{a, b}. Donc, à
chaque étape, la somme des nombres écrits au tableau a la même parité que la somme initiale
n(n+1)
qui est 2 .
Le résultat est clair pour n = 1 et n = 2. Supposons que n ≥ 3 est tel que pour tout m < n on a :
( )
m(m + 1)
Lm = k : 0 ≤ k ≤ m, k ≡ (mod 2) .
2
On doit montrer (1) pour ce nombre n. Soit r le reste de la division de n par 4, les valeurs
possibles de r sont 0, 1, 2 ou 3.
⋄ Si r = 0 : par hypothèse de récurrence Ln−1 = {0, 2, 4, · · · , n − 2}. Pour chaque k ∈ Ln−1 , on
a n − k ∈ Ln car on peut commencer par réduire l’ensemble {1, 2, · · · , n − 1} jusqu’au nombre
restant k et enfin traiter les nombres k et n. Donc, 2, 4, 6, · · · , n ∈ Ln . Par récurrence, 1 ∈ Ln−2 .
Notons que pour tout k ∈ Ln−2 , on a : k − (n − (n − 1)) ∈ Ln , d’où 0 ∈ Ln .
⋄ Si r = 1 : par hypothèse de récurrence, Ln−1 = {1, 3, 5, · · · , n−2}. Pour chaque k ∈ Ln−1 on a n−k ∈
Ln . Donc 2, 4, 6, · · · , n−1 ∈ Ln . Par récurrence 1 ∈ Ln−2 . Pour tout k ∈ Ln−2 , on a k−(n−(n−1)) ∈ Ln .
D’où 0 ∈ Ln .
⋄ Si r = 2 : par hypothèse de récurrence Ln−1 = {1, 3, 5, · · · , n − 1}. Pour chaque k ∈ Ln−1 on a
n − k ∈ Ln . Donc, 1, 3, 5, · · · , n − 1 ∈ Ln .
⋄ Si r = 3 : par hypothèse de récurrence on a Ln−1 = {0, 2, 4, · · · , n − 1}. Pour chaque k ∈ Ln−1 on
a n − k ∈ Ln . Donc, 1, 3, 5 · · · , n ∈ Ln .
Exercice 46 KKK
de A tels que |Ai | = 45 pour 1 ≤ i ≤ 11 et |Ai ∩ Aj | = 9 pour 1 ≤ i < j ≤ 11. Montrer que
Solution. On peut supposer, sans perte de généralité, que A1 ∪ A2 ∪ · · · ∪ A11 = {1, 2, · · · , n}, où n
est le cardinal de A1 ∪· · ·∪A11 . On doit montrer que n ≥ 165. Pour chaque 1 ≤ i ≤ n et 1 ≤ j ≤ 11
on définit eij par :
0 si i < Aj
eij =
1 si i ∈ Aj .
Alors :
11
X X 11
n X 11
n X
X
2
495 = 11 · 45 = |Aj | = eij = eij .
j=1 i=1 j=1 i=1 j=1
4952
On conclut que n ≥ = 165, ce qui termine la preuve. Il nous reste à trouver un exemple
1485
pour lequel on a égalité. L’ensemble {1, 2, · · · , 11} admet 11 3 = 165 sous-ensembles de cardinal
3. Soit B1 , B2 , · · · , B165 une famille quelconque de ces sous-ensembles. On définit A1 , · · · , A11
par :
i ∈ Aj ⇐⇒ j ∈ Bi , 1 ≤ i ≤ 165, 1 ≤ j ≤ 11.
Chaque nombre j ∈ {1, 2, . . . , 11} est inclu dans exactement 10 2 = 45 des sous-ensembles Bi ,
d’où |Aj | = 45. De plus, pour n’importe quelles valeurs distinctes j, k ∈ {1, 2, · · · , 11}, on a : i ∈
Aj ∩Ak si, et seulement si, j, k ∈ Bi , ce qui est vérifié pour 9 sous-ensembles Bi . Par conséquent,
|Aj ∩ Ak | = 9.
Exercice 47 KKK
46 carrés d’un échiquier 9 × 9 sont coloriés en rouge. Montrer qu’on peut trouver un carré
2 × 2 sur l’échiquier qui contient au moins 3 carrés rouges. (Singapour)
9
X
Pour chaque 1 ≤ i ≤ 9 on pose ri = aij . Si r1 ≤ 5 on a :
j=1
donc il existe un i ∈ {1, 4, 6, 8} tel que : ri + ri+1 ≥ 11. En répétant cet argument, on peut déduire
que si l’un de r1 , r3 , r5 , r7 ou r9 est ≤ 5, alors il existe un 1 ≤ i ≤ 8 tel que ri + ri+1 ≥ 11. De plus,
comme r1 , r9 ≤ 9 on a :
Donc, il existe un 1 ≤ i ≤ 8 tel que ri + ri+1 ≥ 10. De plus, soit l’un de ri ou ri+1 est ≥ 6, ou bien
ri = ri+1 = 5. Dans le second cas, d’après la première partie de la solution, il existe un 1 ≤ j ≤ 8
tel que rj + rj+1 ≥ 11. D’où, il suffit de résoudre le problème avec la condition qu’il existe i tel
que ri + ri+1 ≥ 10 et ri ≥ 6. Si ri + ri+1 ≥ 11, alors la conclusion est claire, donc sans perte de
généralité on peut supposer que ri + ri+1 = 10. Pour simplifier, on suppose que r1 + r2 = 10 et
r1 ≥ 6. Comme r2 ≤ 4, il existe un i ∈ {1, 3, 5, 7, 9} tel que a1i + a2i ≤ 1. En enlevant les carrés a1i
et a2i des deux premières colonnes, on se retrouve avec quatre carrés 2 × 2. Au moins 4 carrés
ont r1 + r2 − (a1i + a2i ) ≥ 9 carrés rouges, ce qui termine la preuve.
Exercice 48 KKK
On écrit au tableau n nombres. Chaque minute on efface deux d’entre eux, a et b, et on écrit
au tableau la valeur (a + b)/4. Après n − 1 minutes, il ne reste plus qu’un seul nombre écrit
au tableau. Montrer que si les n nombres au départ sont tous égaux à 1, alors le nombre
restant à la fin est ≥ 1/n.
f (n) f (n) + f (n + 1)
f (2n) = , f (2n + 1) = .
2 4
Exercice 49 KKK
Neuf journalistes se retrouvent à une conférence de presse. Chacun d’eux parle au plus 3
langues différentes, et deux quelconques parmi eux connaissent une même langue. Mon-
3.12. EXERCICES 185
Solution. Supposons qu’aucune langue n’est parlée par plus de 4 journalistes, alors :
(1) chaque journaliste parle exactement 3 langues (car si un journaliste parle au plus 2 langues,
le principe des tiroirs donne au moins quatre des huit autres qui parlent en commun une de
ses langues), et
(2) il n’y a aucune langue parlée par moins de 3 journalistes (car si une langue est parlée par
au plus 2 journalistes, A et B, au moins 4 des 7 autres doivent parler une des deux langues
restantes et parlées par A -par exemple-).
Pour déterminer le nombre de langues, par (1) on doit avoir 3x + 4y = 9 · 3, où x et y sont le
nombre de langues parlées respectivement par 3 et 4 journalistes. Il y a 3 cas : x = 9, y = 0 ;
x = 5, y = 3 ; et x = 1, y = 6. Puisque chaque paire de journalistes peuvent parler une langue en
commun, on doit avoir
! ! !
3 4 9
x+ y≥ i.e. x + 2y ≥ 12.
2 2 2
Il nous reste alors juste le cas x = 1, y = 6. Supposons, sans perte de généralité, que l0 est la
langue parlée par exactement 3 journalistes, et l1 , · · · , l6 les langues parlées par exactement 4
journalistes. Supposons aussi que l0 est parlée par chacun des journalistes j1 , j2 et j3 et que
les autres journalistes sont j4 , j5 , · · · , j9 . Pour chaque i = 0, 1, 2, six journalistes sont répartis
en deux groupes de 3 personnes selon la langue parlée en commun avec ji , et les six langues
l1 , · · · , l6 sont réparties en groupes de deux parmi j1 , j2 et j3 , de sorte que j1 parle {l0 , l1 , l2 }, j2
parle {l0 , l3 , l4 }, et j3 parle {l0 , l5 , l6 }. On peut supposer aussi que j4 , j5 et j6 parlent l1 alors que
j7 , j8 et j9 parlent l2 . Notons qu’on ne peut pas avoir le cas où j4 , j5 , j6 parlent aussi l3 , car alors
j7 , j8 et j9 doivent parler l4 ce qui oblige les 6 journalistes j4 , · · · , j9 à parler la même langue.
La langue l3 est parlée par j4 , j7 et j8 , et la langue l4 est parlée par j5 , j6 et j9 . Or, j5 , j6 , j8 et j9
doivent parler une langue commune et ça doit être une de l5 ou l6 de sorte que l’une d’entre
elles est parlée par 5 journalistes (incluant j3 ).
Exercice 50 KKK
On écrit sur un tableau les nombres 1, 2, · · · , 2016. Une opération consiste à choisir deux
nombres a et b du tableau tels que b ≥ a + 2, effacer a et b, et les remplacer par a + 1 et b − 1.
Montrer que le nombre maximal de telles opérations est égal à : 341 397 168.
Solution. On montre, plus généralement, que le nombre maximal d’opérations pour les
nombres 1, 2, · · · , n est égal à :
n n−1 n+1
× × . (1)
6 2 2
Soit s = (s1 , · · · , sn ) le moment où le nombre k est écrit sk fois au tableau, sk ≥ 0. Le moment
Xn
initial étant S = (1, 1, · · · , 1). On appelle valeur du moment s le nombre f (s) = sk k 2 , il re-
k=1
présente la somme des carrés des nombres écrits au tableau. Si un moment s change en un
moment t lorsqu’on choisit des nombres a et b alors :
valeur moyenne des nombres écrits au tableau est toujours égale à (n + 1)/2. Donc, pour un
nombre pair n = 2m, on a : tm = tm+1 = m et tk = 0 pour k < {m, m + 1}. Pour un nombre impair
n = 2m + 1, on obtient tm+1 = n et tk = 0 pour k , m + 1. D’après (2), le nombre (f (S) − f (T ))/2
est une borne supérieure pour le nombre total d’opérations. Pour n = 2m pair on a :
2m
f (S) − f (T ) 1 X 2 (m − 1)(m + 1) · 2m
= k − m m + (m + 1) =
2 2
.
2 2 6
k=1
n n−4
z }| { z }| {
(1, 1, · · · , 1) −
→→− · · · −−−→ (0, 2, 1, · · · , 1, 2, 0)
1 2 n−2
n−6
2 z }| {
→ − · · · −−−→ (0, 0, 3, 1, · · · , 1, 3, 0, 0)
−→
2 3 n−3
n−8
3 z }| {
→ − · · · −−−→ (0, 0, 0, 4, 1, · · · , 1, 4, 0, 0, 0)
−→
3 4 n−4
..
.
Exercice 51 KKK
On considère 5 points dans le plan tels que trois quelconques ne sont pas alignés, et quatre
quelconques ne sont pas sur un même cercle. Montrer qu’il y a, au moins, 4 ensembles de
3 points chacun vérifiant : le cercle passant par ces trois points contient le quatrième dans
son intérieur et le cinquième est à l’extérieur
Solution. On prend deux points quelconques A et B, et appelons les trois autres points restants
C, D et E. Si ces trois points sont tous situés d’une part de la droite (AB), on suppose sans perte
de généralité, que le cercle passant par ABD a un plus grand rayon que le cercle passant par
3.12. EXERCICES 187
ABC et a un plus petit rayon que le cercle passant par ABE. Alors, il contient C et ne contient
pas E. Si deux des trois points restants sont situés sur un même côté de la droite (AB) et que
le troisième (disons E) est situé de l’autre côté, alors sans perte de généralité on suppose que
le rayon du cercle passant par ABD est plus grand que le rayon du cercle passant par ABC.
Considérons le cercle passant par ABD : s’il ne contient pas E, alors le cercle passant par ABC
contient tous les points situés du même côté que E (par rapport à la droite (AB)) et contenus
dans le cercle passant par ABD, y compris le point E, donc on a un cercle passant par A, B et
C contenant E et ne contenant pas D.
Il y a 52 = 10 choix pour A et B, donc on a au moins 10 cercles, chacun compté exactement 3
fois. D’où, il y a au moins 4 cercles.
Exercice 52 KKK
Solution. Soit S un ensemble de mn + 1 points. Supposons, par l’absurde, que toute sphère de
rayon 1 contient au plus n points de S. On choisit un point quelconque P1 de S. La sphère
de centre P1 et de rayon 1 « recouvre » au plus n points de S. On choisit n’importe quel point
« non recouvert » P2 de S. La sphère de centre P2 et de rayon 1 recouvre au plus n points non
recouverts de S. On continue de choisir un point non recouvert comme étant le centre de la
prochaine sphère. Comme la réunion de n’importe quel k de ces sphères recouvre au plus kn
points de S, il en faut au moins m + 1 d’elles pour recouvrir S. On obtient notre contradiction
désirée en observant que les centres de ces sphères forment un ensemble d’au moins m + 1
points de S, deux quelconques parmi eux ne sont pas à une distance égale à 1.
Exercice 53 KKK
Soit
M = {(x, y) : 1 ≤ x ≤ 1443; 1 ≤ y ≤ 2022, x, y ∈ N∗ }
un ensemble de points dans le plan. Déterminer le nombre de losanges dont les sommets
appartiennent à M et dont les diagonales sont parallèles aux axes de coordonnées.
Les diagonales des losanges doivent avoir une longueur paire. Considérons t points situés sur
une même droite et distants de 1 (comme les points d’abscisses respectives 1, 2, 3, · · · , t). De
combien de façons peut-on choisir deux points distants d’un nombre pair ? il y a jt − 2 paires k
avec la distance 2 ; t − 4 paires avec la distance 4, et ainsi de suite. En tout on a : (t − 1)2 /4 .
On obtient le nombre total de losanges en combinant les paires t et les paires s, d’où le résultat
annoncé ci-haut.
Exercice 54 KKK
17
Solution. Soit X (5) la famille des sous-ensembles de B à 5 éléments, alors on a : X (5) = 5 =
364 × 17 = 6188. Pour chaque k ∈ J0, 16K on définit
(5) n o
Xk = (a1 , a2 , a3 , a4 , a5 ) ∈ X (5) : a1 + a2 + a3 + a4 + a5 ≡ k (mod 17) .
(5)
Il est clair que les classes Xk , k ∈ J0, 16K, sont disjointes, et donc, par le principe des tiroirs,
au moins une des classes doit contenir plus que 17 5 /17 = 364 éléments.
Il nous reste à montrer que |Ai ∩ Aj | ≤ 3 pour tous les sous-ensembles distincts Ai et Aj et
appartenant à la même classe. Il est clair qu’il suffit de montrer que |Ai ∩ Aj | , 4. En effet,
si Ai = {a1 , a2 , a3 , a4 , a5 } et Aj = {b1 , b2 , b3 , b4 , b5 } sont tels que ai = bi pour i = 1, 2, 3, 4, alors
a1 + a2 + a3 + a4 + a5 ≡ b1 + b2 + b3 + b4 + b5 (mod 17) implique que a5 ≡ b5 (mod 17), ce qui est
impossible à moins que a5 = b5 .
Exercice 55 KKK
Exercice 56 KKK
Solution.
1ère méthode :
pour n = 2 les seules permutations qui vérifient les conditions de l’exercice sont (1, 2) et (2, 1) ;
et pour n = 3 les seules permutations possibles sont (2, 1, 3) et (2, 3, 1). Supposons dans la suite
que n ≥ 4. La condition n − 1 | an−1 − an et |an−1 − an | ∈ {1, 2, · · · , n − 1} nous donnent soit :
(i) an−1 = 1 et an = n, ou bien
(ii) an−1 = n et an = 1.
Supposons que (i) est vraie, alors on affirme que pour m = 0, 1, · · · , ⌊n/2⌋ − 1 :
an−2m = n − m et an−2m−1 = m + 1.
C’est vrai pour m = 0. Supposons que c’est vrai pour tous m = 0, 1, · · · , k pour un certain 0 ≤ k <
⌊n/2⌋ + 1, alors de
on trouve que an−2k−3 − (n − k − 1) = −(n − 2k − 3) et par suite an−2k−3 = k + 2 ; ce qui prouve notre
affirmation. Notons que si n est impair, alors a1 = ⌊n/2⌋ + 1. Donc (i) donne lieu à une seule
permutation vérifiant les conditions de l’exercice. Avec des arguments similaires, on montre
que (ii) donne lieu à une seule permutation vérifiant les conditions de l’exercice.
⋄ Si n = 2m est pair, les deux permutations sont données par
Pour (ii) on peut aussi utiliser l’observation suivante : si (a1 , · · · , an ) est une permutation véri-
fiant les conditions de l’exercice alors il en est de même pour la permutation
(n + 1 − a1 , · · · , n + 1 − an ).
2nde méthode : on appelle bonne permutation (BP en abrégé) une permutation qui vérifie les
conditions de l’exercice. Il est clair que les deux dernières positions (an−1 et an ) doivent être
occupées par n ou 1 ; on utilise alors la terminologie BP de type (i) ou type (ii) (selon que
an = n, an−1 = 1 ou bien an = 1, an−1 = n).
⋄ Si (a1 , · · · , an ) est une BP de type (i), alors (a1 , · · · , an−1 ) est une BP de longueur n − 1 et de type
(ii), et réciproquement.
⋄ Si (a1 , · · · , an ) est une BP de type (ii), alors (a1 − 1, · · · , an−1 − 1) est une BP de longueur n − 1 et
de type (i), et réciproquement.
Par suite, il existe une bijection entre les BP de longueur n et les BP de longueur n − 1. Par
conséquent, le nombre de BP est le même pour tout n. Pour n = 2 il y a deux BP. Donc, il y a
deux BP pour tout n > 1.
190 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
Exercice 57 KKK
Au lycée Albert Einstein, il y a un nombre infini de casiers, numérotés par les entiers na-
turels 1, 2, 3, · · · . Chaque casier est utilisé par exactement un seul élève. L’administration
a décidé de réorganiser l’attribution des casiers, mais ces derniers seront occupés par les
mêmes étudiants qui en possédaient un. Il y aura un casier par élève mais dans un ordre
différent de l’ancien. Quelques étudiants peuvent se retrouver avec le même casier qu’au-
paravant.
Après la nouvelle organisation des casiers, on a remarqué qu’il y a un nombre infini
d’élèves dont les numéros de leurs nouveaux casiers sont plus grands que les numéros
de leux anciens casiers. Montrer qu’il y a aussi un nombre infini d’élèves dont les numéros
des nouveaux casiers sont plus petits que les numéros de leurs anciens casiers.
Solution.
(1) Supposons qu’il y a un nombre infini d’élèves dont le numéro du nouveau casier est plus
grand que celui de l’ancien, et supposons qu’il y a juste un nombre fini d’étudiants dont le
numéro du nouveau casier est plus petit que celui de l’ancien.
(2) De (1) il s’ensuit qu’il existe un numéro de casier N qui soit maximal, i.e., à partir duquel
un élève a changé pour un casier dont le numéro est plus petit que le numéro de l’ancien ca-
sier.
(3) Considérons les casiers 1, 2, · · · , N , et notons qu’avec (2), aucun élève avec un numéro de
casier plus grand que N n’a changé pour l’un de ces casiers. Donc, le changement des N pre-
miers casiers est en fait une permutation de (1, · · · , N ).
(4) Chaque arrangement des élèves avec les casiers N + 1, N + 2, · · · implique un plus petit
nombre M, M > N , à partir duquel un élève a changé de casier. M ne peut pas être « atteint »
par le bas car sinon il ne serait pas le minimum ; M ne peut pas être « atteint » par le haut car
alors N ne serait pas le maximum comme énoncé dans (2).
L’énoncé (1) donne alors une contradiction, et la preuve est ainsi terminée.
Exercice 58 KKK
Déterminer tous les ensembles finis E dans le plan tels que : si deux droites, chacune d’elles
passant par au moins 2 points de S, se coupent en P, alors P appartient à S.
Solution. Il est clair que si un ensemble fini E de points dans le plan possède exactement une
des propriétés suivantes :
(i) les points de E sont colinéaires,
(ii) |E| = 5, et les points de E sont les 4 sommets d’un parallélogramme ainsi que le point
d’intersection des diagonales,
(iii) tous les points de E, à l’exception d’un seul, sont sur une droite,
alors E vérifie les conditions de l’exercice. On se propose de montrer, réciproquement, que si
E vérifie les conditions de l’exercice alors il vérifie (i), (ii) ou (iii).
Soit E un ensemble fini vérifiant les propriétés de l’exercice, on peut supposer que |E| ≥ 4, car
sinon E vérifie (i) ou (iii) et c’est fini. Si A, B, C, D sont 4 points de E, 3 quelconques parmi eux
ne sont pas colinéaires, alors on peut les grouper en deux paires, {A, B} et {C, D}, de sorte que
les deux droites (AB) et (CD) s’intersectent. Cette observation montre que E contient 3 points
colinéaires situés sur une droite que l’on appelle l. Pour chaque point L ∈ E ∩l, et chaque point
P ∈ E et P < l, soit θ(P, L) l’angle non-obtus entre PL et l (on suppose que (i) n’est pas vérifiée
car sinon la preuve est finie). On choisit P et L tels que θ(P, L) est minimal et s’il y a plusieurs
choix pour P on choisit celui tel que la distance d(P, L) est minimale. Soient A et B deux autres
points de l appartenant à E. On choisit les points L′ ∈ (PL) et B′ ∈ (PB), non nécessairement
dans E, tels que P est situé entre L et L′ et entre B et B′ .
3.12. EXERCICES 191
b
b
B′
b L′
P
b b b
L l A B
On affirme que E ne contient aucun point différent de P et situé du même côté de l que P. En
effet, cela découle de :
d (par minimalité de θ(P, L)),
(a) E ne contient aucun point à l’intérieur de l’angle PLB
(b) E ne contient aucun point sur la demi-droite ]P, L′ ),
\
(c) E ne contient aucun point à l’intérieur de l’angle B ′ PL′ ,
(d) E ne contient aucun point sur (PL) (par minimalité de d(P, L)),
(e) E ne contient aucun point sur la demi-droite ]P, B′ ),
d
(g) E ne contient aucun point à l’intérieur de PBL.
Si E ne contient aucun point de ce côté de l qui ne contient pas P, alors par notre affirmation
on voit que E vérifie (iii). Donc, supposons que E contient un tel point ; appelons le Q. Par
notre affirmation, Q est le seul point de E situé sur ce côté. Maintenant il est facile de voir que
l contient exactement 3 points, sinon on peut créer un nouveau point de E sur un côté de l. De
plus, PQ ∩ l = A, QLkPB, QBkPL. Donc E vérifie (ii).
Exercice 59 KKK
Solution.
(a) Soient j et k tels que xj = 1 et xk = n. Pour tout m, on définit xn+m = xm , alors on a par
n
X k−1
X j−1
X
l’inégalité triangulaire : |xi − xi+1 | = |xi − xi+1 | + |xi − xi+1 | ≥ |xk − xj | + |xj − xk | = 2n − 2.
i=1 i=j i=k
On a égalité si, et seulement si, les deux suites {xk = nxk+1 , · · · , xj−1 , xj = 1} et
{xk , xk−1 , · · · , xj+1 , xj = 1} sont décroissantes. Chaque élément de {n − 1, n − 2, · · · , 3, 2} doit être
dans la première ou la deuxième suite, mais pas dans les deux en même temps. Choisir quels
éléments sont dans ces suites détermine la position de {n − 1, n − 2, · · · , 2, 1} de façon unique.
Donc, il y a n · 2n−2 permutations avec une somme minimale égale à 2n − 2.
(b) On regarde l’effet d’un élément xi sur la somme S. Si xi > xi+1 et xi > xi−1 , alors les termes
contenant xi sont xi − xi+1 et xi − xi−1 , donc le terme xi apporte dans ce cas à la somme une
contribution égale à 2xi . De même, si xi < xi+1 et xi < xi−1 , alors le terme xi apporte la contri-
bution −2xi à la somme S. Finalement, si xi est plus petit que xi−1 ou xi+1 , et plus grand que
l’autre, alors sa contribution à S est nulle dans ce cas.
Supposons que j n’ont aucune contribution à la somme. Il y a n paires des éléments xi , xi+1 ,
n−j
dans chaque paire un nombre est plus grand que l’autre, donc il y a 2 nombres xi qui contri-
buent la valeur 2xi à la somme S. Si on peut arranger les nombres qui contribuent avec 2xi
n−j
à la somme pour être les 2 plus grands nombres, et les nombres xi qui contribuent avec
n−j
−2xi à la somme S pour être les 2 plus petits nombres, alors une somme maximale est at-
teinte avec j aussi petit que possible. Ceci est en fait possible. Si n = 2k est pair et j = 0,
on doit avoir {xi , xi+2 , · · · , xi−4 , xi−2 } est une permutation de {k + 1, k + 2, · · · , 2k} pour i = 0 ou
i = 1, et les autres k nombres doivent être une permutation de {1, 2, . . . , k}. Sinon, pour un xi ,
on aurait xi < xi+1 < xi+2 qui est une contradiction. Ceci donne une même somme maximale
192 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
2(k +1+k +2+· · ·+2k)−2(1+2+· · ·+k) = 2k 2 = n2 /2, pour toute permutation de {k +1, k +2 · · · , 2k}
et {1, 2, · · · , k}. Donc, si n = 2k il y a 2(k!)2 permutations possibles avec une somme maximale.
Si n = 2k + 1 est impair, alors j doit être impair, donc j ≥ 1. En plaçant l’élément du mi-
lieu k + 1 dans l’une des 2k + 1 positions possibles, on a des permutations de {1, 2, . . . , k} et
{k + 2, k + 3, · · · , 2k + 1} dans des positions alternées. Ceci donne la somme maximale (n2 − 1)/2
pour n’importe quelle telle permutation. Donc, pour n = 2k+1 il y a 2(2k+1)(k!)2 permutations
qui donnent la valeur maximale de S.
Exercice 60 KKK
Les sommets d’un 2n-gone régulier A1 · · · A2n sont partitionnés en n paires. Montrer que,
si n = 4m+2 ou n = 4m+3, deux paires sont les extrémités de segments de même longueur.
Solution. Supposons que toutes les paires de sommets soient à des distances différentes. On
associe alors au segment [Ap , Aq ] le plus petit des deux nombres |p − q| et 2n − |p − q|. On trouve
les nombres de 1 à n chacun une fois. Supposons que parmi ceux-ci, il y ait k nombres pairs et
n−k nombres impairs. Les segments [Ap , Aq ] où p et q ont des parités différentes correspondent
aux nombres impairs. Ainsi, parmi les segments restants, il doit y avoir k sommets impairs
et k sommets pairs et les segments doivent relier des sommets de même parité. Donc k est
pair. Lorsque n est de la forme 4m, 4m + 1, 4m + 2, 4m + 3, le nombre de nombres pairs est
respectivement 2m, 2m, 2m + 1, 2m + 1. Donc, n = 4m ou n = 4m + 1.
Exercice 61 KKK
Solution. Supposons que l’on n’ait pas besoin de carreau 1×1. Colorions alors les lignes du carré
alternativement en blanc et noir. Il y aura 23 cases noires de plus que de cases blanches. Un
carreau 2 × 2 recouvre autant de cases noires que de cases blanches. Un carreau 3 × 3 recouvre
trois cases d’une couleur de plus que l’autre. La différence entre le nombre de cases blanches
et noires devrait donc être divisible par 3. Ce n’est pas le cas de 23. Notre hypothèse est donc
fausse. On a ainsi besoin d’au moins un carré 1 × 1. En construisant explicitement la solution,
on démontre qu’un seul carré 1 × 1 suffit. On place le carré 1 × 1 au centre de la figure et on
sépare la figure restante en quatre rectangles 12×11. Chacun de ces 12×11 rectangle peut être
pavé avec une ligne de six carrés 2 × 2 et trois lignes de quatre carrés 3 × 3.
Exercice 62 KKK
Montrer qu’il n’existe aucun chemin fermé du cavalier (des échecs) sur une grille 4 × n.
A B A B A B
C D C D C D
D C D C D C
B A B A B A
Chaque case A doit être précédée et suivie par une case C. Il y a exactement le même nombre
de cases A et C et elles doivent toutes se placer dans n’importe quel chemin fermé. Pour passer
par toutes les cases, il faut aussi passer d’une case C à une case D. Mais il est alors impossible
de revenir à une case A sans repasser avant par une case C. L’existence d’une boucle fermée
impliquerait donc qu’il y a plus de cases C que de cases A, ce qui est faux.
3.12. EXERCICES 193
Exercice 63 KKK
Solution.
⋄ Supposons m et n tous deux pairs et colorions une colonne sur deux. On ne peut plus alors
placer de triomino en forme de L dans les cases restantes. Montrons qu’il est impossible de
colorier moins de cases. Partitionnons le rectangle en mn/4 carrés de taille 2 × 2. Dans chaque
carré ainsi construit, il faut au moins colorier deux cases. La réponse est donc mn/2.
⋄ Supposons n pair et m impair et colorions une colonne sur deux dans le sens impair, en
commençant avec la deuxième. Montrons qu’il est impossible de colorier moins de cases. En
effet, on peut extraire de ce rectangle n(m − 1)/4 carrés disjoints de taille 2 × 2, dans lesquels il
faut colorier au moins deux cases. La réponse est donc n(m − 1)/2.
⋄ Supposons n et m tous les deux impairs et n ≥ m. Comme les deux directions sont impaires,
on choisit la direction qui économise le maximum de cases colorées. On colorie donc (m − 1)/2
bandes de taille 1 × n. Montrons qu’il est impossible de colorier moins de cases. Pour cela, on
raisonne par récurrence. Supprimons deux cases sur la moitié du bord de façon à obtenir un
rectangle (n − 2) × (m − 2). Le morceau ainsi supprimé peut être partitionné en (m + n − 6)/2
carrés de taille 2 × 2 et un carré de taille 3 × 3 avec un coin manquant. Dans les carrés 2 × 2, il
faut colorier au moins m + n − 6 cases et dans le carré 3 × 3, il faut colorier au moins trois cases.
On trouve alors la réponse n(m − 1)/2 par récurrence.
Exercice 64 KKK
On colorie chaque entier positif ou nul, soit en noir, soit en blanc (chaque couleur étant
utilisée au moins une fois) de sorte que la somme de deux entiers de couleur différente soit
noire et le produit soit blanc. Quelle est la couleur du produit de deux nombres blancs ?
Trouver tous les coloriages possibles.
Solution. Soient m et n deux entiers blancs. Montrons que mn est blanc. Soit k un nombre noir.
Alors m + k est noir, et, par suite mn + kn = (m + k)n est blanc et kn est blanc. Si mn était noir,
mn + kn serait noir, ce qui est impossible. Donc mn est blanc.
Soit l le plus petit nombre blanc. En utilisant le résultat précédent, on voit que tous les mul-
tiples de l sont blancs. Montrons maintenant qu’il n’y a pas d’autre nombre blanc. Soit n un
nombre blanc et écrivons n = ql + r avec 0 ≤ r < l. Si r , 0, alors r est noir car l est le plus petit
entier blanc. Ceci implique que ql est noir, alors qu’il est blanc. Donc les nombres blancs sont
exactement les multiples de l > 1 (chaque couleur est utilisée au moins une fois).
194 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
Chapitre
4
Théorie des graphes
4.1 Généralités
Définition
Un graphe G est un couple (V , E) où V est un ensemble fini et non vide appelés sommets
et E est un ensemble de paires d’éléments de V appelées arêtes.
Exemple : G = (V = {a, b, c, d, e}, E = {{b, c}, {c, d}, {d, e}, {e, c}}) est un graphe. Par commodité, on
notera bc au lieu de {b, c}. On a donc bc = cb. Il est donc possible de réécrire le graphe G de la
façon suivante : G = (V = {a, b, c, d, e}, E = {bc, cd, de, ec}).
On peut représenter un tel graphe par un schéma ou une matrice d’adjacence.
a e
b c
figure 1
Avant de définir une matrice d’adjacence du graphe G, il faut se donner un ordre sur les sommets,
par exemple (a, b, c, d, e). La matrice d’adjacence de G correspondant à cet ordre sur les sommets
195
196 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
est :
0 0 0 0 0
0 0 1 0 0
MG = 0 1 0 1 1
0
0 1 0 1
0 0 1 1 0
Le coefficient de la i-ème ligne et de la j-ème colonne est égal à 1 si, et seulement si, il y a une
arête entre le i-ème sommet et le j-ème sommet, il est égal à 0 sinon.
Définition
Le nombre n de sommets s’appelle l’ordre du graphe G . On le note parfois |G| (qui est donc
égal au cardinal de l’ensemble V , noté |V |). C’est aussi le nombre de ligne ou de colonnes
d’une matrice d’adjacence du graphe.
Le nombre m d’arêtes s’appelle la taille du graphe. On le note parfois kGk (qui est donc
égal à |E|). C’est aussi le nombre de « 1 » divisé par 2 d’une matrice d’adjacence du graphe.
Si e = xy est une arête de G , on dit que x et y sont des sommets voisins ou adjacents et e
est une arête incidente aux sommets x et y
☞ Dans la figure 1, les sommets b et c sont adjacents, tandis que b et d ne le sont pas. Le
sommet a n’a aucun voisin.
Définition (Voisinage d’un sommet)
☞ Le degré d’un sommet est égal au nombre de fois où ce sommet apparaît comme extrémité
d’une arête.
☞ Dans la représentation graphique d’un graphe, le degré d’un sommet est égal au nombre
d’arêtes incidentes à ce sommet.
☞ Dans la représentation matricielle d’un graphe, le degré d’un sommet est égal au nombre
de « 1 » sur la ligne correspondant à ce sommet.
☞ Un sommet de degré 0 est un sommet isolé. Dans la figure 1, le sommet a est un sommet
isolé.
☞ Dans la figure 1 on a degG (c) = 3 car VG (c) = {b, d, e}.
4.1. GÉNÉRALITÉS 197
Proposition
Soit G = (V , E) un graphe. On a :
1X
degG (x) = |E|.
2
x∈V
Cela signifie que le nombre d’arêtes est égal à la moitié de la somme de tous les degrés.
Preuve
En sommant les degrés de tous les sommets, on compte une fois chaque extrémité de
toutes les arêtes. Une arête ayant deux extrémités, on en déduit la proposition ci-dessus.
✓ Pour compter les arêtes, on peut compter les extrémités et puis diviser par 2.
Exemple
Dans une assemblée de dix personnes, chaque membre serre la main de tous les autres.
Combien y aura-t-il de poignées de mains ?
Notation
Pour un ensemble V de sommets, on notera P2 (E), l’ensemble de toutes les arêtes ayant
leurs 2 extrémités dans E, c’est-à-dire l’ensemble de toutes les parties de V (ou les com-
binaisons de V ) à deux éléments. On a donc P2 ({a}) = ∅, P2 ({a, b}) = {ab}, P2 ({a, b, c}) =
n(n − 1)
{ab, bc, ca}. Plus généralement, si |V | = n ≥ 1, alors |P2 (V )| = .
2
Un graphe G = (V , E) est dit complet (ou clique) si, et seulement si, E = P2 (V ) ; autrement
dit chaque sommet est voisin de tous les autres.
n(n − 1)
Si on note n l’ordre d’un tel graphe, alors sa taille est .
2
Si V = {1, 2, 3, · · · , n} (avec n ≥ 1), on note Kn un tel graphe.
Exemple : le complémentaire du graphe G = (V = {a, b, c, d, e}, E = {bc, cd, de, ec}) de la figure 1 est
G = (V = {a, b, c, d, e}, E = {ab, ac, ad, ae, bd, be}). Remarquons que le graphe G ∪ G est complet de
taille 10.
Définition (sous-graphe)
Soit G = (V , E) un graphe.
1 Un graphe G ′ = (V ′ , E ′ ) est un sous-graphe de G = (V , E) si, et seulement si, V ′ ⊂ V
et E ′ ⊂ E . On notera G ′ ⊂ G pour signifier que G ′ est un sous-graphe de G .
2 G ′ est un sous-graphe couvrant de G si, et seulement si, G ′ est un sous-graphe de G
et V ′ = V .
3 Soit A une partie non vide de V . On appelle sous-graphe de G induit par A, et on
note G[A], le graphe défini par G[A] = (A, P2 (A) ∩ E). Ce graphe admet donc pour
arêtes celles de G dont les deux extrémités sont dans A.
d b e
c
Alors, à gauche on a un sous-graphe couvrant de G ; au milieu un sous-graphe quelconque ; et à
droite le sous-graphe de G induit par {a, b, c, e}.
a a a
d b e d b b e
c c c
Exemple : les graphes G = (V = {a, b, c, d}, E = {ab, ac, bc, bd, dc}) et G ′ = (V ′ = {1, 2, 3, 4}, E ′ =
{12, 14, 24, 23, 43}) sont isomorphes.
a d 2
b c 1 3
Exemple
Un crime a eu lieu la nuit du 5 au 6 avril 2021 dans une demeure isolée. En plus de la
victime, il y avait 7 autres personnes dans la demeure. Chacune affirme à l’inspecteur, en
guise d’alibi, avoir passé une partie de la nuit avec 3 des autres suspects successivement.
Après un moment de réflexion, l’inspecteur est convaincu qu’on lui a menti. Pourquoi ?
Question subsidiaire : combien de personnes ont menti sachant que les menteurs n’ont
rencontré personne ce soir-là, occupés qu’ils étaient à commettre leur forfait ? On sait de
plus que parmi ceux qui n’ont pas menti, il y en au moins deux qui ne se sont pas rencon-
trés cette nuit.
S’il existe un graphe G modélisant ces affirmations, G est d’ordre 7 et chaque sommet de G
est de degré 3. Donc la somme des degrés des sommets de G est égale à 21, est impaire. Ceci est
impossible d’après notre dernière proposition. Donc G n’existe pas.
Question subsidiaire : on note m le nombre de personnes ayant menti. S’il existe, le graphe G ′ ,
vérifiant ces hypothèses, est tel que tous les sommets de son sous-graphe induit par les m per-
sonnes qui ont menti sont de degré 0 et tous les sommets de son sous-graphe (noté G1 ) induit par
200 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
3(7 − m)
les (7 − m) autres sommets sont de degré 3. Donc la taille de G1 est égale à . De plus, G1
2
n’est pas un graphe complet car deux de ces sommets ne sont pas adjacents. D’où m vérifie :
3(7 − m) (7 − m)(6 − m)
< .
2 2
Le second de droite de l’inégalité ci-dessus est la taille d’un sous-graphe complet d’ordre 7 − m.
Puisque m , 7, on déduit de l’inégalité que m < 3.
⋄ Si m = 2, G ′ n’existe pas car la somme des degrés de G1 serait égale à 5 × 3 = 15, impaire, ce qui
est impossible.
⋄ Si m = 1, la représentation ci-dessous montre l’existence de G ′ .
Voici le plan d’un petit village fortifié des Alpes au Moyen Âge :
a
b
c g
h
i
d e f
Chaque arête est une rue du village, chaque sommet une place. Les pointillés autour du
village représentent une muraille infranchissable. Le seul accès au village est le sommet a.
Ce soir, c’est l’émoi au village. Le garde en faction à l’entrée du village a vu entrer un loup.
Dans chacune des rues du village, un témoin a vu avec certitude passer le loup une fois et
ne jamais revenir. « Je sais où se trouve le loup » affirme un villageois.
Mais où se trouve le loup ?
Le loup a effectué un parcours dans le graphe représentant le village passant par toutes les
arêtes une fois et une seule fois (un tel parcours sera dit eulérien, nous étudierons ce type de
parcours un peu plus loin dans ce chapitre). À chaque fois que le loup arrive dans un sommet par
une arête, il en ressort par une arête différente. On peut donc associer les arêtes d’un sommet 2
par 2 (une entrée et une sortie) : mis à part le sommet initial et le sommet final, tous les sommets
doivent donc être de degré pair. Le sommet a est de degré 1 (sommet initial) et le seul autre
sommet de degré impair est le sommet c : c’est donc là où se trouve le loup. Il a pu faire par
exemple le parcours (a, b, i, f , h, g, f , e, g, b, c, e, d, c).
Définition (Chaîne)
❏ Une chaîne est une suite quelconque d’arêtes, donc de sommets adjacents.
❏ La longueur d’une chaîne est le nombre d’arêtes qu’elle comporte.
4.1. GÉNÉRALITÉS 201
Exemple : dans le graphe ci-dessous, 1 − 2 − 3 est une chaîne de longueur 2 ; et 1 − 3 − 4 − 2 est une
chaîne de longueur 3.
1 2
4 3
Aucune chaîne ne peut comporter 1−4 ou 4−1 car il n’y a pas d’arête entre 1 et 4. Donc 2−3−4−1,
par exemple, n’a aucun sens, n’existe pas.
Définition (Cycle)
Un cycle est une chaîne dont l’origine et l’extrémité sont confondues (on pourra donc dire
qu’il a une seule extrémité), à condition que toutes les arêtes soient différentes.
1 2
5
4 3
Mais 3 − 1 − 5 − 4 − 1 − 3 est une chaîne fermée (on parcourt deux fois l’arête qui relie les sommets
1 et 3). De même que 2 − 3 − 1 − 4 − 3 − 2.
Un graphe est connexe lorsque quels que soient les sommets i et j considérés, il existe
toujours une chaîne reliant i et j .
Proposition
Un graphe ou un sous-graphe est stable lorsque ses sommets ne sont reliés par aucune
arête.
Définition (Distance)
On appelle distance de deux sommets du graphe la longueur de la plus courte chaîne qui
relie ces deux sommets.
Définition (Diamètre)
Le diamètre d’un graphe est la distance des deux sommets les plus éloignés l’un de l’autre.
☞ Le diamètre d’un graphe complet est égal à 1 car tous les sommets sont reliés entre eux
par au moins une arête.
☞ Le diamètre d’un graphe qui n’est pas connexe est infini car il y a des sommets qui ne sont
reliés par aucune arête. La distance de ces sommets est donc infinie.
Exemple : Dans le graphe ci-dessous, la distance des sommets 1 et 2 est égale à 1 ; la distance de
2 à 4 est 2. La distance de 3 à 6 est 3.
1 2 3
6 5 4
1 Un parcours π d’un graphe G est une liste non vide et ordonnée de sommets de G
telle que deux sommets consécutifs soient adjacents dans G .
2 Un parcours élémentaire de G est un parcours de G sans répétition de sommets.
3 Un parcours couvrant d’un graphe G est un parcours qui passe par tous les som-
mets de G .
4 Un parcours fermé est un parcours dans lequel le sommet initial (c’est-à-dire l’ori-
gine) est égal au sommet final (c’est-à-dire l’extrémité du parcours).
5 La longueur d’un parcours π , notée |π|, est son nombre de sommets moins un.
a e
b c
d
✍ π1 = (b) est un parcours de longueur nulle du graphe G.
✍ π2 = (b, c, e, d, e, d, e, d) est un parcours du graphe G de b vers d dans lequel le sommet d a 3
occurences.
✍ π3 = (b, c, d, e) est un parcours élémentaire de G.
✍ π4 = (b, c, b) est un parcours fermé de G.
✍ La liste ordonnée (b, d, e) de sommets de G n’est pas un parcours de G (bd n’est pas une
arête de G).
Remarques :
❏ Une chaîne d’extrémités a et b admet un unique parcours élémentaire de a vers b (et un
autre de b vers a).
❏ À tout parcours élémentaire π de G, correspond une chaîne P de G qui a pour sommets,
ceux de π et pour arêtes, celles parcourues dans π.
4.1. GÉNÉRALITÉS 203
❏ À tout parcours fermé π d’un graphe G dans lequel chaque sommet n’apparaît qu’une
fois, excepté l’origine du parcours qui n’est égal qu’à l’extrémité du parcours, correspond
un cycle C de G qui a pour sommets, ceux de π et pour arêtes, celles parcourues dans π.
❏ Plus généralement, à tout parcours π d’un graphe G correspond un sous-graphe Gπ de G
qui a pour sommets, ceux de π et pour arêtes, celles parcourues dans π.
Proposition
On dit qu’un graphe est sans cycle s’il ne possède aucun sous-graphe qui soit un cycle.
Proposition
Si G = (V , E) est un graphe sans cycle ayant au moins une arête, alors G possède au moins
deux sommets de degré 1.
Proposition
Si G = (V , E) est un graphe sans cycle, alors son nombre d’arêtes est strictement inférieur à
son nombre de sommets. Autrement dit :
La preuve se fait par récurrence sur le nombre de sommets. Les deux propositions suivantes sont
souvent plus utiles sous leur forme contraposée :
✍ Tout graphe n’ayant qu’un ou zéro sommet de degré 1 n’a pas d’arête ou admet nécessaire-
ment au moins un cycle.
✍ Tout graphe ayant une taille supérieure ou égale à son ordre admet nécessairement au
moins un cycle. Autrement dit : |E| ≥ |V | =⇒ G = (V , E) admet au moins un cycle.
Exemple
Un inspecteur de Police est chargé de retrouver l’arme du crime dans un réseau de grottes
souterraines que l’on peut représenter par un graphe (les arêtes sont des galeries, les som-
mets représentent les croisements entre plusieurs galeries ou les extrémités des galeries).
Étant un peu fatigué ce jour-là, l’inspecteur demande à son assistant, un novice peu
consciencieux, de faire l’inspection à sa place. Au bout d’une heure, son assistant revient
à l’entrée du réseau :
– As-tu visité toutes les galeries ? demande l’inspecteur.
– Oui, répond le jeune assistant, je les ai toutes parcourues 2 fois, il y en a même une que
j’ai parcourue 3 fois.
– Hum ! fait l’inspecteur.
Pourquoi l’inspecteur est-il sceptique ?
Dans un parcours, à chaque occurence d’un sommet (hormis le sommet de départ et celui d’arri-
vée), il y a deux arêtes parcourues : l’arête qui permet d’accéder au sommet et celle qui permet
d’en sortir. Si le parcours est fermé, cette propriété s’étend au sommet de départ : l’arête qui per-
met de sortir du sommet de départ correspond à l’arête qui permet d’entrer à la fin du parcours
204 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
dans le même sommet. Donc dans ce cas, pour un sommet quelconque du graphe, si on somme le
nombre de fois que sont parcourues ses arêtes incidentes, on obtient un nombre pair. Ici, si on se
fie à ce que raconte l’assistant, un sommet incident à l’arête qu’il est censé avoir parcouru 3 fois
aurait une somme de parcours d’arêtes incidentes impaire. Absurde !
Exemple
f b
e c d
C1 = ({a, b, c, e}, {ab, bc, ce, ea}), C2 = ({b, c, d}, {bc, cd, db}), C3 = ({a, b, d, c, e}, {ab, bd, dc, ce, ea}).
3. G[{a, b, c, e}] = C1 , G[{b, c, d}] = C2 , mais G[{a, b, c, d, e}] , C3 . Il n’y a donc que deux sous-graphes
induits de G qui sont des cycles.
4. Les chaînes de G de longueur maximale sont : P1 = ({a, b, c, d, e, f }, {ab, bd, dc, ce, ef }),
P2 = ({a, b, c, d, e, f }, {f e, ea, ab, bc, cd}), P3 = ({a, b, c, d, e, f }, {f e, ea, ab, bd, dc}).
({a, b}, {ab}), ({a, e, c, b, }, {ae, ec, cb}) et ({a, e, c, d, b}, {ae, ec, cd, db}).
8. Les parcours élémentaires de a vers b (c’est-à-dire les parcours sans répétition de sommets) sont
les 3 parcours associés aux 3 chaînes de la question précédente, orientés de a vers b. On retrouve
les parcours π1 et π2 de la question (6) auxquels il faut ajouter π3 = (a, b).
☞ Soit a un élément de A, si ϕ(a) = (u, v), on dit que a est un arc de u vers v. On dit aussi que
a est un arc sortant en u et est un arc entrant en v et que v est un successeur de u et u est
un prédécesseur de v. On dit que a est une boucle s’il existe u dans V tel que ϕ(a) = (u, u).
On peut représenter un graphe orienté comme dans les exemples ci-dessous.
Soit G = (V , A) un graphe orienté. On dit que le graphe non orienté G ′ = (V , E) est associé
à G , s’il existe une bijection f : A −→ E et si, pour tout arc a de G , de u vers v , f (a) est une
arête de G ′ d’extrémités u et v .
Le graphe non orienté G ′ , associé à G est unique, à un isomorphisme près.
Le graphe situé à droite dans la figure ci-dessous est associé au graphe orienté situé à gauche.
A B A B
C C
E D E D
figure 2
Définition
Démonstration
Notons V = {v1 , v2 , · · · , vn }. On a, pour tout i ∈ J1, nK,
n n X
X X n
n
X
d + (vi ) = aij , |MG | = a = d + (vi )
ij
j=1 i=1 j=1 i=1
De plus, pour chaque arc il y a exactement une extrémité initiale et une extrémité finale, donc dans
Xn n
X
les deux sommes d + (vi ) et d − (vi ), on a compté chaque arc exactement une fois, d’où
i=1 i=1
X X
|MG | = d + (v) = d − (v) = |A|.
v∈V v∈V
Définition (Chemin)
Un circuit de longueur k (ou un k -circuit) de G est un k -chemin fermé, dont les arcs sont
distincts.
Si les sommets v0 , v1 , · · · , vk sont distincts, on dit que le circuit est élémentaire.
✍ Soit G ′ le graphe non orienté, associé au graphe orienté G. Une chaîne de G ′ est appelée
chaîne de G. Un cycle de G ′ est appelé cycle de G.
Résumé :
Graphe non orienté Graphe orienté
arête arc
chaîne chemin
cycle circuit
Soit G = (V , E) un graphe. On dit que G est biparti si l’ensemble E peut être partagé en
deux sous-ensembles A et B tels que :
✓ les éléments de A ne sont reliés entre eux par aucune arête,
✓ les éléments de B ne sont reliés entre eux par aucune arête,
✓ les arêtes relient uniquement des éléments de A à des éléments de B.
1
5
2
6
3
7
4
☞ Un arbre possède toujours un nombre d’arêtes égal au nombre de sommets moins un (au-
cune arrête n’arrive à la racine de l’arbre –le sommet le plus à gauche, ci-dessous–). Cet
arbre par exemple comporte 6 sommets et 5 arêtes.
☞ Un arbre possède en fait souvent une orientation implicite. Le graphe ci-dessous est géné-
ralement parcouru de gauche à droite. Certains auteurs parlent donc d’arbre même lorsque
l’orientation est clairement indiquée et ne donnent donc que deux conditions dans la défi-
nition : il est impératif qu’il soit connexe et sans circuit.
208 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
A C
E
D
F
Un graphe planaire est un graphe qui peut-être dessiné sans que ses arêtes ne se croisent
mutuellement en dehors de leurs extrémités.
✍ G est planaire s’il admet, dans le plan, une représentation telle que deux arêtes n’aient un
point commun que si elles sont incidentes à un même sommet.
Exemple
Est-il possible de concevoir un appartement de 4 pièces sur un seul étage de façon que
l’on puisse passer d’une pièce quelconque à n’importe quelle autre pièce sans passer par
une pièce intermédiaire, quelle qu’elle soit, même un couloir, des toilettes ou un simple
placard, qui sont ici considérés comme des pièces à part entière ?
Même question pour un appartement de 5 pièces.
Dessinons un graphe dont les sommets correspondent aux pièces et les arêtes aux portes.
1
2
3
Le problème posé aura une solution si le graphe est complet (possibilité de passage d’une pièce à
l’autre, donc présence de portes partout, autrement dit d’arêtes entre deux sommets quels qu’ils
soient) et si les arêtes ne se coupent pas (le contraire signifierait le passage obligé par une pièce
intermédiaire), donc si le graphe est planaire.
Avec 5 sommets, un tel graphe (à la fois complet et planaire) n’existe pas, le graphe complet K5
n’est pas planaire (voir paragraphe sur « graphes planaires » plus loin dans cette leçon). Donc,
il n’est pas possible de concevoir un appartement de 5 pièces tel que l’on puisse passer d’une
pièce quelconque à n’importe quelle autre pièce sans passer par une pièce intermédiaire, quelle
qu’elle soit, même un couloir, des toilettes ou un simple placard. La conception d’un appartement
possédant cette propriété nécessiterait par exemple la présence d’un étage (duplex) par lequel il
faudrait pouvoir passer. Mais l’appartement ne serait plus dessiné sur un seul plan, et le graphe
correspondant ne serait plus plan-aire.
4.2 Exemples
Exemple
n(n − 1)
Soit G un graphe simple avec |V | = n et |E| = e . Montrer que : e ≤ .
2
Dans un graphe simple, chaque arête est adjacente à deux sommets distincts, et chaque deux
sommets quelconques sont reliés par !au plus une arête. Comme il y a n sommets, alors le nombre
n n(n − 1)
total des arêtes est égal au plus à : = .
2 2
Exemple
Dans une pharmacie il y a n tiroirs pour ranger les médicaments. Deux tiroirs quelconques
ont les mêmes types de médicaments à l’intérieur, et chaque médicament est contenu dans
exactement deux tiroirs. Combien y a-t-il de médicaments différents ?
Exemple
On représente les n professeurs par n sommets v1 , v2 , · · · , vn , et on relie par une arête deux
d’entre eux qui se connaissent. On divise les n professeurs en deux groupes et de façon arbitraire.
Il y a un nombre fini de façons pour les diviser en deux groupes, considérons le nombre S d’arêtes
reliant les sommets dans les deux groupes respectivement, il existe une division pour laquelle S
est maximum. On a, pour cette division, di ≥ di′ pour tout i ∈ J1, nK, sinon, si d1 < d1′ , on fait
changer v1 de groupe (il passe de son groupe actuel à l’autre groupe). Le nombre S augmente de
d1′ − d1 > 0, contradiction avec le fait que S est maximal.
Exemple
Par hypothèse, chacun a des amis. Supposons que k (k ≤ m) personnes sont des amies, comme
elles ont un ami commun, alors k + 1 personnes sont des amies. De même, on peut déduire que
m + 1 personnes A1 , A2 , · · · , Am+1 sont des amies. On va montrer qu’il n’y a pas d’autres per-
sonnes dans le voyage autres que A1 , A2 , · · · , Am+1 . Soit B une personne (autre que les m + 1) et
qui a au moins deux amies parmi A1 , A2 , . . . , Am+1 , supposons que B et A1 , A2 sont des amies,
alors les m personnes B, A3 , A4 , . . . , Am+1 ont deux amies communes A1 , A2 , ce qui est une contra-
diction. Donc, la personne B, autre que A1 , A2 , . . . , Am+1 , peut être amie avec au plus une per-
sonne parmi A1 , A2 , · · · , Am+1 . Supposons, sans perte de généralité, que A2 , A3 , · · · , Am+1 , excep-
tée A1 , ne peuvent pas être des amies de B. Bien évidemment, l’amie commune C des m voya-
geurs B, A1 , A2 , . . . , Am+1 n’est ni A2 , A3 , · · · , Am−1 , ni A1 . Puisque m ≥ 3, C fait des amies avec
m − 1 ≥ 2 personnes parmi A1 , A2 , · · · , Am+1 . Contradiction avec le fait que C fait des amies avec au
plus une parmi A1 , A2 , . . . , Am+1 . Donc, dans le voyage organisé, il y a seulement m + 1 passagers
A1 , A2 , · · · , Am+1 , chacun d’eux a m amis.
Exemple
Il y a 101 personnes dans une salle de fête. On suppose que chacune d’elles a serré la main
à au moins une autre personne. Montrer qu’il y a obligatoirement une personne qui a serré
la main à au moins deux personnes.
On représente les 101 personnes par 101 sommets v1 , v2 , · · · , v101 . Si deux d’entre elles se
serrent la main, alors on relie les deux sommets par une arête. Supposons que le graphe ainsi
construit admet r arêtes, alors G admet 2r sommets (par hypothèses). Or, 2r est un nombre pair
et 101 est impair. Donc, il y a obligatoirement une personne qui a serré la main à au moins deux
personnes.
Exemple
N (v1 ) N (v2 )
vi bc bc vj
v1 bc bc v2
Exemple
bc v3
bc v4
v1 bc
bc
v5
bc v6
On représente les 9 mathématiciens par 9 sommets v1 , v2 , · · · , v9 . Si deux d’entre eux peuvent faire
un exposé dans la langue i, alors il y a une arête reliant les deux sommets et on les colorie avec la
couleur i. On obtient ainsi un graphe avec 9 sommets et des arêtes colorées. Chaque trois sommets
ont au moins une arête les reliant, et les arêtes incidentes à un sommet sont coloriées avec au plus
3 couleurs différentes. On va montrer qu’il y a trois sommets dans le graphe G, deux quelconques
d’entre eux sont adjacents aux trois arêtes colorées avec la même couleur (le triangle est dit un
triangle monochromatique).
Si les arêtes (vi , vj ), (vi , vk ) sont coloriées avec la couleur i, alors les sommets vj , vk sont adjacents
et l’arête (vj , vk ) a la couleur i. Donc, pour le sommet v1 , il y a deux cas possibles.
(1) Le sommet v1 est adjacent à v2 , v3 , · · · , v9 . Par le principe des tiroirs, au moins deux sommets,
disons (sans perte de généralité) (v1 , v2 ), (v1 , v3 ) ont la même couleur. Donc v1 v2 v3 est un triangle
monochromatique.
(2) Le sommet v1 n’est pas adjacent à au moins un de v2 , v3 , · · · , v9 . Supposons (sans perte de
généralité) qu’il s’agit de v2 . Pour trois sommets quelconques, il y a au moins une arête les reliant,
donc il y a au moins 7 arêtes reliant les sommets v3 , v4 , · · · , v9 à v1 ou v2 . De là, on sait qu’au
moins 4 sommets parmi v3 , v4 , · · · , v9 sont adjacents avec v1 ou v2 . On suppose, sans perte de
212 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
généralité, que v3 , v4 , v5 , v6 sont adjacents à v1 comme dans la figure ci-dessus. Donc, il doit y
avoir deux arêtes parmi (v1 , v3 ), (v1 , v4 ), (v1 , v5 ), (v1 , v6 ) qui ont la même couleur. Supposons que
(v1 , v3 ), (v1 , v4 ) ont la même couleur, alors v1 v3 v4 est un triangle monochromatique.
Exemple
Il y a n amis, et deux quelconques parmi eux se sont téléphonés au plus une fois. Chaque
n − 2 parmi eux ont téléphoné 3m fois (où m ∈ N). Déterminer la valeur de n. (Chine)
On suppose qu’il y a n > 3 personnes telles que quelques-unes d’entre elles se connaissent
et d’autres non. Au moins une d’entre elles ne connaît pas les autres. Quel est le plus grand
nombre de personnes qui connaissent les autres ?
Tout d’abord, le mot « au moins » dans (3) peut être remplacé par « exactement ». S’il existe un
élément a1 ∈ A1 ∩ A2n ∩ A2n+1 , alors chacun des 2n − 2 sous-ensembles restants A2 , A3 , . . . , A2n−1 a
au plus un élément de A1 . Donc, il y a au moins un élément dans A1 mais pas dans A2 ∪ A3 ∪ · · · ∪
A2n−1 ∪ A2n ∪ A2n+1 . Contradiction avec (3).
Construisons le graphe complet K2n+1 où chaque sommet vi représente un sous-ensemble Ai , et
chaque arête (vi , vj ) = eij (1 ≤ i, j ≤ 2n + 1, i , j) représente l’élément commun de Ai et Aj . Donc la
question se reformule sous la forme suivante : quels sont les n tels qu’en associant aux arêtes de
K2n+1 la valeur 0 ou 1, il y a exactement n arêtes parmi les 2n arêtes incidentes à tout sommet vi ,
qui sont affectées de la valeur 0 ?
1
K2n+1 admet n(2n + 1) arêtes. Il y a n(2n + 1) arêtes qui sont affectées de la valeur 0. Donc, n doit
2
être pair. Réciproquement, si n = 2m est pair, on associe les arêtes
(vi , vi−m ), (vi , vi−m+1 ), · · · , (vi , vi−1 ), (vi , vi+1 ), · · · , (vi , vi+m ), i = 1, 2, · · · , 2n + 1, à la valeur 0, sinon à
1 dans K2n+1 , ce qui termine la preuve.
En conclusion, la condition nécessaire et suffisante est : n pair.
Exemple
On suppose que 12k scientifiques participent à une conférence. Chacun d’eux a serré la
main à 3k+6 personnes, et deux quelconques parmi eux ont serré la main au même nombre
de personnes. Combien y a-t-il de scientifiques participant à cette conférence ? (Chine)
On sait que deux scientifiques quelconques ont serré la main au même nombre de personnes.
Pour une personne a, on note par A l’ensemble de toutes les personnes qui ont serré la main à
a, et on note par B les autres personnes. On sait alors que |A| = 3k + 6 et |B| = 9k − 7. Pour b ∈ A,
les n personnes serrant la main à a, b sont toutes dans A. Par conséquent, b a serré la main à n
personnes dans A et 3k + 5 − n personnes dans B. Pour c ∈ B, les n personnes serrant la main à a, c
sont toutes dans A. Donc, le nombre de personnes dans A qui ont serré la main à quelqu’un de B
est égal à :
(3k + 6)(3k + 5)
(3k + 6)(3k + 5 − n) = (9k − 7)n =⇒ n =
12k − 1
(12k − 1 + 25)(12k − 1 + 21)
i.e. 16n = . Il est clair que pgcd(3, 12k − 1) = 1, donc (12k − 1) | 25 × 7. Or
(12k − 1)
12k − 1 ≡ 3 (mod 4), ainsi 12k − 1 ∈ {7, 5 × 7, 52 × 7}. Un calcul simple montre que 12k − 1 = 5 × 7
admet l’unique solution k = 3, n = 6. En conclusion, il y a 36 scientifiques participants à cette
conférence.
Ensuite, nous construisons une figure formée de 36 points. Chaque point est le bout de 15 arêtes,
et pour deux points quelconques il y a 6 points qui leur sont adjacents. Naturellement, on peut
utiliser 6 graphes complets K6 . On range les 36 points en 6 sous-ensembles et on labélise les
points qui sont dans le même sous-ensemble. On obtient une matrice carrée 6 × 6 :
1 2 3 4 5 6
6 1 2 3 4 5
5 6 1 2 3 4
4 5 6 1 2 3
3 4 5 6 1 2
2 3 4 5 6 1
Pour chaque point dans la matrice carrée, il se connecte seulement à 15 points dans la même
ligne, dans la même colonne, ou ayant le même label. Il est évident que pour deux personnes
quelconques il y a 6 personnes qui leur ont serré la main.
Définition
Le degré d’un sommet v dans un graphe G , que l’on note degG (v) (ou plus simplement
d(v)), est le nombre d’arêtes qui ont pour extrémité v .
✍ On note δ(G) (respectivement ∆(G)) le minimum (resp. le maximum) des degrés des som-
mets du graphe G. On pose e = |E|.
✍ Un sommet est dit impair (resp. pair) si son degré est impair (resp. pair).
✍ Un graphe G = (V , E) est dit k-régulier si d(v) = k pour tous les sommets v ∈ V . Par exemple,
le graphe complet Kn est (n − 1)-régulier.
Théorème (des poignées de mains)
Il suffit de voir que chaque arête relie deux sommets du graphe, et donc qu’elle est comptée
exactement deux fois dans la somme du membre de gauche dans l’égalité du théorème.
☞ Il y a environ deux cents ans, Euler a déduit de ce théorème le résultat suivant : si plusieurs
personnes se serrent la main lorsqu’elles se rencontrent, alors le nombre total de poignées
de mains est pair.
☞ On déduit du résultat ci-dessus qu’il y a un nombre pair de personnes qui ont serré la main
un nombre impair de fois.
Théorème
Dans tout graphe G, le nombre de sommets, ayant un degré impair, est un nombre pair.
Démonstration
On suppose que G admet les sommets impairs v1 , v2 , · · · , vt , et les sommets pairs vt+1 , vt+2 , · · · , vn .
D’après le théorème précédent on a :
Comme d(vt+1 ), d(vt+2 ), · · · , d(vn ) sont tous pairs, le membre de droite de l’égalité est pair. Cependant,
d(v1 ), d(v2 ), · · · , d(vt ) sont tous impairs, donc t doit être pair pour que d(v1 ) + d(v2 ) + · · · + d(vt ) soit
pair. Par conséquent, le nombre de sommets avec un degré impair est un nombre pair.
Exemple
Exemple
Soit G un graphe avec n sommets et n + 1 arêtes. Montrer qu’il existe au moins un sommet
dont le degré est ≥ 3.
4.3. DEGRÉ D’UN SOMMET 215
n
X 2(n + 1)
On a d(vi ) = 2(n + 1), donc la moyenne des degrés des sommets est > 2, par suite il
n
i=1
existe au moins un sommet dont le degré est ≥ 3.
Exemple
Existe-t-il un polyèdre tel que le nombre de ses faces est impair et chaque face admet un
nombre impair d’arêtes ?
On représente les faces du polyèdre par des sommets, et on relie deux sommets par une arête
si, et seulement si, les deux faces qu’ils représentent ont une arête commune, on obtient ainsi un
graphe G. Par hypothèse, le nombre de sommets ayant un degré impair est un nombre impair. Un
tel polyèdre ne peut pas exister car dans tout graphe G, le nombre de sommets ayant un degré
impair, est un nombre pair.
Exemple
Montrer que parmi n > 2 personnes, il y a au moins 2 personnes dont le nombre de leurs
amis est le même.
On représente les n personnes par les sommets v1 , v2 , · · · , vn . Si deux personnes sont amies
alors on relie leurs sommets correspondants par une arête, on obtient ainsi un graphe G. Si on
montre que dans le graphe G il y a au moins deux sommets qui ont le même degré alors on a
répondu à la question de l’exercice.
Un sommet est adjacent à au plus n − 1 autres sommets dans un graphe simple à n sommets,
d’où d(v) ≤ n − 1 pour tout v ∈ V . Donc, le degré d’un sommet dans G appartient à l’ensemble
{0, 1, 2, · · · , n − 1}. Cependant, ceci n’est pas toujours réalisable. Notons qu’un sommet de degré 0
ne peut être adjacent à aucun autre sommet, et que le sommet de degré n − 1 doit être adjacent à
chacun des n − 1 sommets. D’où, les seuls degrés possibles sont {0, 1, 2, · · · , n − 2} ou {1, 2, · · · , n − 1}.
D’après le principe des tiroirs, il y a au moins deux sommets avec le même degré.
Exemple
123 jeunes participent à un forum. On suppose que chaque jeune a discuté avec au moins
5 autres participants. Montrer qu’il y a au moins un participant qui a discuté avec plus de
5 personnes.
On représente les 123 jeunes par 123 sommets v1 , v2 , · · · , v123 , et on relie par une arête les
sommets correspondants à deux jeunes qui ont discuté entre eux. Si le graphe ne contient au-
cun sommet dont le degré est plus grand que 5, alors le degré de chaque sommet du graphe est
égal à 5, ceci veut dire que le nombre de sommets impairs dans le graphe est impair, ce qui est
impossible. Par conséquent, le graphe contient au moins un sommet dont le degré est > 5.
Exemple
2n personnes se retrouvent dans une réunion autour d’une table ronde (avec n ≥ 2). On
suppose que chaque personne connaît au moins n personnes. Montrer qu’il existe forcé-
ment 4 personnes qui connaissent les personnes assises devant elles autour de la table
ronde et de sorte que ces quatre personnes forment un rectangle.
Le problème peut être reformulé sous la forme suivante : soit G un graphe avec 2n sommets
et tels que le degré de chacun d’eux est ≥ n. Montrer que G contient un rectangle.
⋄ Si G = K2n : le résultat est vrai.
⋄ Si G , K2n : il existe deux sommets v1 et v2 qui ne sont pas adjacents. Puisque d(v1 ) + d(v2 ) ≥ 2n,
alors par le principe des tiroirs, parmi les 2n − 2 sommets restants il doit y avoir deux sommets
216 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
Exemple
On représente les 9 personnes par 9 sommets, et on relie par une arête deux sommets repré-
sentants deux personnes qui se sont serrées la main. Comme d(v9 ) = 6, alors il existe vk , v1 , v2 , v3
qui est adjacent à v9 . Il est clair que d(vk ) ≥ 5. Parmi les 5 autres sommets adjacents à v9 il existe
un sommet vh adjacent à vk (sinon, d(vk ) ≤ 9 − 5 − 1 = 3). Donc, les sommets v9 , vh , vk répondent à
la question.
Exemple
On représente les 48 personnes par les sommets v, v0 , v1 , · · · , v46 où v est le leader L. Si deux
personnes se sont serrées la main alors on relie les sommets correspondants par une arête, on
obtient ainsi un graphe G. Dans le graphe G on a d(vi ) ≤ 46 pour tout i ∈ J0, 46K, et d(vi ) , d(vj ) si
i , j. D’où, à l’exception de L, les degrés des autres sommets sont : 0, 1, 2, · · · , 46. On suppose, sans
perte de généralité, que d(vi ) = i pour i ∈ J0, 46K. Le sommet v46 est adjacent à chaque sommet
sauf v0 , donc v0 et v46 sont des partenaires (un leader et un deputy leader). En supprimant v46
et v0 et les arêtes dont les sommets sont ces deux points, alors on obtient un graphe G1 . Le degré
de chaque sommet dans le graphe G1 , à l’exception de v, est toujours différent des autres mais a
baissé de 1. Donc, v45 et v1 sont des partenaires (leader et deputy leader). Il en est de même pour
v44 et v2 , v43 et v3 ,· · · , v24 et v22 . Ainsi, le partenanire de v est v23 . En conclusion, le nombre de
poignées de mains échangées par le deputy leader (partenaire de L) est 23.
remarque : on peut généraliser en considérant n ∈ N∗ au lieu de 24. La réponse est alors n − 1.
Exemple
Chaque ville dans un pays a 100 routes la reliant aux autres villes, et chaque ville peut être
visitée en partant de n’importe quelle autre ville. Actuellement, une route est fermée pour
cause de travaux. Montrer qu’on peut toujours visiter n’importe quelle ville en partant de
n’importe quelle autre ville.
On suppose que la route fermée est celle reliant les villes A et B. On doit montrer qu’on peut
arriver à la ville B en partant de A. Si ce n’est pas le cas alors, à l’exception de A, les degrés de
tous les sommets dans le sous-graphe connecté contenant A sont pairs. Ceci est une contradiction
d’après le théorème : « dans tout graphe G, le nombre de sommets, ayant un degré impair, est un
nombre pair ».
4.3. DEGRÉ D’UN SOMMET 217
Exemple
Un club de jeu d’échecs compte 99 membres, et chaque membre peut jouer aux échecs
uniquement avec un autre membre qu’il connaît (il ne joue pas avec les membres qu’il ne
connaît pas). Chaque membre connaît au moins 67 membres. Montrer qu’il existe forcé-
ment 4 membres qui peuvent jouer entre eux aux échecs. (Pologne)
On représente les 99 membres par des sommets, et on relie par une arête deux membres qui
ne se connaissent pas, on obtient ainsi un graphe G. Comme chaque membre connaît au moins 67
autres membres alors d(v) ≤ 99−1−67 = 31 pour tous les sommets v. On doit montrer qu’il existe
4 sommets qui ne sont pas deux à deux adjacents dans le graphe G. Pour un sommet u, on choisit
un sommet v qui n’est pas adjacent à u. Parmi les 97 sommets restants, le nombre de sommets qui
sont voisins de u ou de v ne peut pas dépasser :
Donc, il existe un sommet x qui n’est pas adjacent à u et à v, et le nombre de sommets adjacents
à u, v ou x ne peut pas dépasser :
D’où, dans les 96 sommets restants, il doit exister un sommet y qui n’est pas adjacent à u, v et à
x, par suite les 4 membres correspondants aux sommets u, v, x et y se connaissent deux à deux, et
ils peuvent donc jouer aux échecs entre eux.
remarque 1 : on peut généraliser ce résultat
comme suit : il y a n ≥ 4 membres dans un club,
2n
et chaque personne connaît au moins + 1 membres. Montrer qu’il existe 4 personnes qui se
3
connaissent entre eux deux à deux.
remarque 2 : on peut résoudre cet exercice en utilisant le principe des tiroirs (on laisse au lecteur
le soin de le faire).
Exemple
20 joueurs de tennis ont participé à un tournoi, ils ont joué en tout 14 matchs (pas de
matchs en double, que des simples), et chaque participant a joué au moins un match.
Montrer qu’il existe 6 matchs pour lesquels les 12 joueurs qui y ont participé sont tous
différents. (États-Unis)
On représente les 20 joueurs par 20 sommets v1 , v2 , · · · , v20 , et on relie par une arête les som-
mets correspondants à deux joueurs qui ont joué l’un contre l’autre, on obtient ainsi un graphe G.
Il y a 14 arêtes dans le graphe G, et on note di ≥ 1 le degré du sommet vi , avec i ∈ J1, 20K. D’après
le théorème des poignées de mains on sait que :
d1 + d2 + · · · + d20 = 2 × 14 = 28.
On supprime di − 1 arêtes incidentes à vi (i.e. ayant une extrémité au sommet vi ). Comme une
arête peut être supprimée deux fois (car deux extrémités), alors le nombre d’arêtes supprimées
ne dépasse pas :
(d1 − 1) + (d2 − 1) + · · · + (d20 − 1) = 28 − 20 = 8.
Donc le graphe, après avoir supprimer les arêtes, admet au moins 14 − 8 = 6 arêtes, et le degré de
chaque sommet dans ce nouveau graphe G ′ est au plus égal à 1. Par suite, les 12 sommets qui sont
incidents aux 6 arêtes sont différents, c’est-à-dire il existe 6 matchs pour lesquels les 12 joueurs
sont tous différents.
218 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
Exemple
Soit S = {x1 , x2 , · · · , xn } un ensemble de points dans le plan, et la distance entre deux points
quelconques est ≥ 1. Montrer qu’il existe au plus 3n paires de points avec la distance entre
les deux points de la paire est exactement égale à 1.
On représente les n points par n sommets, on relie par une arête deux points tels que la
distance entre eux est égale à 1, on obtient ainsi un graphe G. On note par e le nombre d’arêtes
du graphe G. Il est clair que le sommet adjacent au sommet xi dans le graphe G est sur le cercle
centré en xi et de rayon 1. Comme la distance entre deux points de S n’est pas plus petite que
1, alors il y a au plus 6 points de S sur le cercle. D’où, d(xi ) ≤ 6. En appliquant le théorème des
poignées de mains on a :
d(x1 ) + d(x2 ) + · · · + d(xn ) = 2e, 6n ≥ 2e,
c’est-à-dire e ≤ 3n. Par conséquent, le nombre d’arêtes dans G ne peut pas dépasser 3n. Ainsi, il
y a au plus 3n paires de points avec la distance entre les deux points de la paire est exactement
égale à 1.
Exemple
On considère n points dans le plan. Montrer que le nombre de paires de points avec la
distance entre les deux points de la paire est 1 ne peut pas dépasser :
√
n 2 √
+ n n.
4 2
On représente les n points par n sommets dans un graphe G. Soit V = {v1 , v2 , · · · , vn } l’ensemble
des sommets dans le graphe G. On relie par une arête deux sommets distants de 1, alors par le
théorème des poignées de mains on a :
d(v1 ) + d(v2 ) + · · · + d(vn ) = 2e.
Soit Ci le cercle de centre vi et de rayon 1, alors le nombre total de points d’intersection entre
deux cercles quelconques parmi les n cercles ne dépasse pas :
!
n
2 = n(n − 1).
2
D’autre part, si vi est adjacent à vj et à vk , alors vi ∈ Ck ∩ Cj . Par suite, vi vu comme point d’inter-
!
d(vi )
section des cercles C1 , C2 , · · · , Cn , est compté fois, d’où :
2
! ! ! !
d(v1 ) d(v2 ) d(vn ) n
+ + ··· + ≤ 2 = n(n − 1). (1)
2 2 2 2
D’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz, on a :
! ! !
d(v1 ) d(v2 ) d(vn ) 2
+ + ··· + ≥ e 2 − e. (2)
2 2 2 n
D’après les relations (1) et (2) on a :
2 2
e − e ≤ n(n − 1) i.e. 2e 2 − ne − n2 (n − 1) ≤ 0.
n
Donc √
n 2 √
e ≤ + n n.
4 2
4.4. THÉORÈME DE TURÁN 219
Exemple
Un cube d’arête de longueur n est divisé en n3 cubes unités par des plans parallèles à ses
côtés. Combien y a-t-il de paires de cubes unités dont le nombre de sommets communs est
plus petit ou égal à 2 ?
On utilise le cube unité comme un sommet d’un graphe, et on relie par une arête les deux
sommets correspondants s’il y a une face commune entre les deux cubes unités. On obtient ainsi
un graphe G. La réponse à notre exercice est justement le nombre d’arêtes du compémentaire du
graphe G, i.e. G. Il est facile de voir que le nombre d’arêtes de G est égal à 3n2 (n − 1), et que le
1
nombre d’arête de Kn3 est n3 (n3 − 1). Par conséquent, le nombre d’arêtes de G est égal à :
2
1 3 3 1 7
n (n − 1) − 3n2 (n − 1) = n6 − n3 + 3n2 . Le nombre de paires de cubes unités qui ont moins de
2 2 2
2 sommets communs est égal à :
1 6 7 3
n − n + 3n2 .
2 2
On dit qu’un graphe G est k -parti (avec k entier ≥ 2) si l’ensemble des sommets V de G
peut se décomposer en une union disjointe de k sous-ensembles, i.e. :
k
[
V = Vi , Vi ∩ Vj = ∅, i , j.
i=1
Donc, il n’existe aucune arête dont les deux extrémités sont dans le même sous-ensemble.
On note le k -parti graphe G par G = (V1 , V2 , · · · , Vk ; E).
bc bc bc
bc bc
bc bc bc bc bc bc
☞ Un graphe est dit biparti lorsque ses sommets peuvent être répartis en deux groupes dis-
joints A et B de sommets indépendants (il n’existe aucune arête entre eux).
☞ On définit de manière analogue les graphes triparti, ... etc.
☞ Dans les figures ci-haut, on voit à gauche un graphe biparti, et à droite un graphe triparti.
220 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
Soit G = (V1 , V2 , · · · , Vk ; E), avec |Vi | = mi , un graphe k -parti. On dit que G est un graphe
k -parti complet si toute paire de sommets n’appartenant pas à un même ensemble Vi est
reliée par une arête. On note G par Km1 ,m2 ,··· ,mk .
Démonstration
Supposons que v1 est le sommet qui a le plus haut degré d(v1 ) = d, et notons les d sommets adjacents
à v1 par vn , vn−1 , · · · , vn−d+1 . Comme G ne contient pas de triangles, alors deux sommets quelconques
parmi vn , vn−1 , · · · , vn−d+1 ne sont pas adjacents. Par suite, le nombre d’arêtes de G vérifie :
!2
n−d +d n2
e ≤ d(v1 ) + d(v2 ) + · · · + d(vn−d ) ≤ (n − d) · d ≤ = .
2 4
$ %
n2
Comme e doit être un entier, alors e ≤ . La borne supérieure peut être atteinte lorsque G = Km,m
4
si n = 2m, et G = Km,m+1 si n = 2m + 1.
Exemple
n ! n
n 2
X d(vi ) 1X 1 1 X 2
= d(vi )2 − e ≤ · d(vi ) − e = e 2 − e.
2 2 2 n n
i=1 i=1 i=1
D’où !
2 2 n n 1
e −e ≤ , e 2 − e − n2 (n − 1) ≤ 0.
n 2 e 4
n √
En résolvant la dernière inégalité, on déduit que : e ≤ 1 + 4n − 3 .
4
Exemple
Pour n = 6, on place les points de S = {x1 , x2 , x3 , x4 , x5 , x6 } comme les sommets d’un héxagone
régulier de sorte que les distances des deux points dans les paires (x1 , x4 ), (x2 , x5 ), (x3 , x6 ) soit égale
à 1. Alors, la figure ci-dessous (à gauche) montre que le diamètre de S est égal à 1. Il n’est pas
difficile de montrer que la distance entre les deux points des paires
x2
x2 x5 bc
bc bc
x4 bc bc
x6
bc bc bc bc
x3 x4 x3 x5
Or, 9 n’est pas la réponse optimale dans le cas de 6 points. On suppose qu’on range les 6 points
comme dans la figure ci-dessus (à droite) : les sommets x1 , x3 , x5 forment un triangle équilatéral
de côté 1. Les sommets x2 , x4 , x6 forment un triangle équilatéral de côté 0, 8 et dont les côtés
sont parallèles à ceux du grand triangle. Alors, √ la distance entre les deux points de la paire, à
!
2 6
l’exception de (x1 , x2 ), (x3 , x4 ), (x5 , x6 ), est > . Donc, on a − 3 = 12 paires de points dont la
2 2
√
2
distance entre les deux points de la paire est > .
2
222 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
% $
n2
On se propose de montrer, dans le cas général, que la réponse est : .
3
On trace un graphe G où les n points x1 , x2 , · · · , xn sont les sommets. Deux sommets
√ sont adjacents
2
si, et seulement si, la distance entre les deux points correspondants est > . On montre, tout
2
d’abord, que G ne contient aucun K4 . Pour quatre points quelconques dans le plan, leur enveloppe
convexe peut avoir trois formes possibles : un segment, un triangle ou un quadrilatère, voir la
figure ci-dessous.
xl xk
b
b xj
b
xj
b
b b b b b b b b
xi xj xk xl xi xk xl xi
Il est clair que, dans chacun des trois cas, il existe un angle x\ ◦
i xj xk ne dépassant pas 90 . Pour
les trois sommets xi , xj , xk , il est impossible que les distances entre deux sommets quelconques
√
2
parmi les trois soient toutes > et ≤ 1. En notant d(x, y) la distance entre les points x et y, on a
√ 2
d(xj , xk ) > 22 pour tous les j, k et x\ ◦
i xj xk ≥ 90 , d’où :
q
d(xi , xk ) ≥ d(xi , xj )2 + d(xj , xk )2 > 1.
Comme le diamètre de S est 1, alors parmi quatre sommets quelconques (et distincts) de G il
existe au moins une paire dont les sommets ne sont pas adjacents, ceci veut dire que G ne contient
aucun K4 .
x1
b
b b
b
b
b
b
b
b
b b b
b
b b
b
b
b
b b b
b b b
b
b
xn
$ 2%
n
D’après le théorème de Turán le nombre d’arêtes de G ne peut pas dépasser e3 (n) = . On peut
3
$ 2%
n
construire un ensemble de sommets {x1 , x2 , · · · , xn } qui contient paires de sommets telles que
3
√
2
la distance entre les deux sommets dans chaque paire soit > . On fait la construction comme
√ ! 2
1 2
suit : on choisit r tel que 0 < r < 1− , puis on trace trois cercles de rayon 1 et les distances
4 2
4.4. THÉORÈME DE TURÁN 223
entre deux centres parmi les trois est égale toujours à 1 − 2r. Comme dans la figure ci-dessus. On
place les points x1 , x2 , · · · , x⌊n/3⌋ dans un cercle ; les points x⌊n/3⌋+1 , · · · , x⌊2n/3⌋ dans un autre cercle,
et puis les points x⌊2n/3⌋+1 , · · · , xn dans le dernier cercle de sorte que la distance entre x1 et xn
√
2
soit égale à 1. De plus, on a d(xi , xj ) > si, et seulement si, xi et xj appartiennent à des cercles
$ 2 %2 √
n 2
différents. Donc, il y a exactement paires de sommets (xi , xj ) telles que d(xi , xj ) > .
3 2
Exemple
1 Montrer que le nombre d’arêtes dans un graphe complet m-parti et ayant n sommets
est égal à : ! !
n−k k+1 n
em (n) = + (m − 1) avec k = .
2 2 m
2 Soit G un graphe complet m-parti et ayant n sommets. Montrer que e(G) ≤ em (n).
(1) Par division euclidienne on a n = mk + r avec 0 ≤ r < m, alors par définition de Tm,n on a :
! ! !
n k+1 k
em (n) = −r − (m − r) .
2 2 2
Il suffit de remplacer r par n − mk, et simplifier l’expression obtenue pour déduire le résultat
souhaité.
(2) On note respectivement par n1 , n2 , · · · , nm le nombre de sommets des m parties du graphe
complet m-parti G. Si G n’est pas isomorphe à Tm (n), alors il existe ni − nj > 1. Considérons un
graphe m-parti G ′ , le nombre de sommets de ses m parties est n1 , n2 , · · · , ni − 1, · · · , nj + 1, · · · , nm .
m
1X
Puisque e(G) = (n − nk )nk , alors :
2
k=1
m
X
1 1 1
e(G ′ ) = (n − nk )nk + (n − ni + 1)(ni − 1) + (n − nj − 1)(nj + 1) = e(G) + (ni − nj ) − 1 > e(G).
2 2 2
k=1,k,i,j
SiG′ est isomorphe à Tm (n), alors c’est fini. Sinon, on continue ce procédé jusqu’à ce qu’on trouve
un graphe isomorphe à Tm,n .
Exemple
Soit S un ensemble formé! de m paires (a, b) ∈ N∗ × N∗ telles que 1 ≤ a < b ≤ n. Montrer qu’il
4m n2
y a au moins m− triplets (a, b, c) vérifiants (a, b), (a, c) et (b, c) ∈ S .(Asie-Pacifique)
3n 4
Comme le degré di du sommet vi a été compté trois fois dans l’équation ci-dessus, et que le
nombre d’arêtes est m, alors : n
1 X 2
K = di − mn . (1)
3
i=1
n
X
Puisque di = 2m, alors l’inégalité de Cauchy-Schwarz appliquée à (1) donne :
i=1
2 ! !
n
1 1 X
1 4m2 4m n2
K ≥ di − mn =
− mn = m− .
3 n 3 n 3n 4
i=1
Il y a n élèves dans une classe A, et n élèves dans une classe B. On suppose que chaque
élève de la classe A connaît quelques élèves de la classe B, mais pas tous ; et que chaque
élève de la classe B connaît au moins un élève de la classe A. Montrer qu’il est possible de
trouver deux élèves x et x′ de la classe A, et deux élèves y et y ′ de la classe B tels que : x
connaît y et ne connaît pas y ′ , alors que x′ connaît y ′ et ne connaît pas y .
Donc, il y a au moins 45 paires de patrouilles qui peuvent communiquer entre elles. Si la condi-
tion (1) ci-dessus n’est pas satisfaite, alors il n’existe pas deux sommets dont le degré est > 5 et
par suite :
1
|E| ≤ (1 × 17 + 4 × 17) < 43,
2
une contradiction.
Exemple
On considère 2n points dans l’espace tels que quatre quelconques ne sont pas sur le même
plan. Montrer que s’il y a n2 + 1 segments les reliant, alors ces segments peuvent former
au moins n triangles distincts.
4.5 Arbres
Définition (Arbre)
☞ Si une forêt possède au moins une arête, elle admet au moins deux sommets pendants.
☞ Un arbre d’ordre supérieur ou égal à 2 admet au moins deux sommets pendants.
☞ Un arbre peut avoir plus de deux sommets pendants et un graphe peut avoir deux sommets
pendants sans être un arbre. En fait, les chaînes sont des arbres admettant exactement deux
sommets pendants et on peut montrer que ce sont les seuls.
☞ Tout arbre, d’ordre supérieur ou égal à 2, est biparti (donc est 2-colorable).
Un arbre recouvrant d’un graphe G est un sous-graphe couvrant de G qui est un arbre.
Proposition
Corollaire
Pour tout graphe connexe ayant n sommets et m arêtes on a :
m ≥ n − 1.
Exemple
Dans un pays il y a n villes. On peut voyager par avion de n’importe quelle ville à une autre
en faisant éventuellement des escales dans d’autres villes. Montrer qu’il y a au moins n − 1
liaisons directes, chacune d’elles reliant deux villes du pays.
On trace un graphe en représentant les n villes par n sommets. S’il existe une liaison directe entre
deux villes alors on relie les sommets correspondants par une arête. Par hypothèse, G est connexe,
donc le nombres d’arêtes dans G n’est pas inférieur à n − 1, par suite il y a au moins n − 1 liaisons
directes chacune d’elles reliant deux villes.
4.5. ARBRES 227
Exemple
Un arbre T contient ni sommets de degrés i (avec i ∈ J1, kK). Si les nombres n2 , · · · , nk sont
tous connus, quelle est la valeur de n1 ?
Si nr (avec r ∈ J3, kK) n’est pas connu, et nj (j , r ) est connu, quelle est la valeur de nr ?
k
X
Supposons que T contienne n sommets et e arêtes, alors n = ni ; e = n − 1 et
i=1
n
X n
X k
X
d(vi ) = ini = 2e = 2n − 2 = 2 ni − 2.
i=1 i=1 i=1
D’où,
k
X
n1 = (i − 2)ni + 2.
i=2
Exemple
n
X
Soient d1 , d2 , · · · , dn des entiers strictement positifs (avec n ≥ 2), et di = 2n − 2. Montrer
i=1
qu’il existe un arbre dont les degrés des sommets sont d1 , d2 , · · · , dn .
n
X
Parmi d1 , d2 , · · · , dn il doit y avoir au moins deux qui sont égaux à 1 car sinon di ≥ 2n − 1.
i=1
On fait un raisonnement par récurrence sur le nombre n de sommets. Lorsque n = 2 le résultat
est clair. Supposons que le résultat est vrai pour n = k, alors lorsque n = k + 1 il existe un nombre
1 parmi d1 , d2 , · · · , dk , dk+1 . On suppose, sans perte de généralité, que dk+1 = 1, il est facile de voir
que parmi les k + 1 nombres il existe un nombre qui est ≥ 2, notons le par dk . Considérons les k
nombres d1 , d2 , · · · , dk−1 , (dk − 1) :
k
X
d(vi ) = d1 + · · · + dk−1 + (dk − 1) = 2k − 2.
i=1
k+1
X
d(vi ) = 2k − 2 + 1 + 1 = 2(k + 1) − 2.
i=1
Exemple
n joueurs de tennis (avec n > 3) ont joué plusieurs matchs (simple messieurs). On suppose
que les adversaires de deux joueurs quelconques sont différents. Montrer qu’on peut enle-
ver un joueur de sorte que les adversaires de deux joueurs quelconques, parmi les restants,
soient toujours différents. (Chine)
On représente les n joueurs par n sommets v1 , v2 , · · · , vn . Si le résultat est faux, i.e., aucun
joueur ne peut être éliminé. Pour le joueur vk , avec k ∈ J1, nK, puisqu’il ne peut pas être éliminé,
alors en enlevant vk , on peut toujours trouver une paire de joueurs vi et vj dont les adversaires
sont les mêmes (s’il y a plusieurs paires, on prend une quelconque parmi elles). Ceci montre que
les adversaires de vi et vj sont différents à cause de vk . On suppose, sans perte de généralité, que
vi a joué contre vk alors que vj n’a pas joué contre vk . On ajoute une arête (que l’on appelle k) entre
vi et vj , on obtient alors un graphe avec n sommets et n arêtes, et il y a n arêtes avec n nombres
différents.
Le graphe avec n sommets et n arêtes doivent avoir un cycle, supposons que vi1 , vi2 , · · · , vik est un
cycle. Le long du cycle, aller à travers une arête veut dire ajouter ou enlever un joueur parmi les
joueurs, et le joueur ajouté et le joueur enlevé sont différents. En allant le long d’un cycle, on peut
retourner à vi1 , i.e., après l’ajout ou le retrait de joueurs ayant joué contre vi1 , le résultat est le
même que les adversaires (au départ) de vi1 . Une contradiction.
Exemple
Dans une tour de contrôle il y a 5 gardiens. Chacun des 5 gardiens fait deux siestes par
jour, et deux gardiens quelconques (parmi les 5) prennent leur sieste en même temps.
Montrer qu’il doit y avoir 3 gardiens qui prennent leur sieste en même temps.
On représente les 10 siestes des 5 gardiens par les sommets v1 , v2 , · · · , v10 , et on relie deux de
ces sommets vi et vj si, et seulement si, les siestes se font en même temps. On obtient ainsi un
!
5
graphe G. Par hypothèses, le graphe G admet au moins = 10 arêtes car deux gardiens prennent
2
la sieste en même temps. Or G admet 10 sommets, donc G doit avoir un cycle. Soit vi1 vi2 · · · vik vi1
un cycle, supposons que vi1 se réveille en premier, alors dès que vi1 se réveille, vi2 et vik sont
toujours en sieste. Ceci montre qu’il doit y avoir forcément 3 gardiens qui prennent la sieste en
même temps.
Exemple
Soit G = (V , E) un graphe. Montrer que si |E| ≥ |V | + 4, alors il existe forcément deux cycles
qui n’ont aucune arête commune. (Théorème de Lajos Pósa)
Supposons que la conclusion est fausse, alors il doit y avoir forcément un contre exemple.
Considérons le contre exemple pour lequel |E| + |V | est minimal. Pour ce contre exemple, |E| =
|V | + 4, (sinon on peut enlever des arêtes et avoir toujours un contre exemple, contradiction avec
|E| + |V | minimal). Donc, |E| > |V |. Le graphe doit contenir un cycle. La longueur du plus court
cycle est au moins 5. Sinon, la longueur du plus court cycle est ≤ 4, alors on enlève ce cycle. On
continue d’avoir |E| ≥ |V |. Il existe toujours un cycle. Ce cycle et le cycle précédent contiennent
une arête commune, une contradiction !
De plus, le degré de chaque sommet est au moins 3. Sinon, si le degré d’un sommet est 2, on
l’enlève et on change les deux arêtes adjacentes à ce sommet par une arête. On continue d’avoir
|E| = |V | + 4 et |E| + |V | devient plus petit, une contradiction. Si le degré d’un sommet est 1, on
enlève ce sommet et ses arêtes adjacentes, on continue d’avoir |E| = |V | + 4 et |E| + |V | est plus petit,
une contradiction. S’il existe un sommet isolé, on l’enlève et |E| > |V | + 4 et |E| + |V | est plus petit,
contradiction. Prenons un cycle C0 dont la longueur est au moins 5. Le cycle contient au moins
4.6. COLORATION D’UN GRAPHE 229
5 sommets. Pour chaque sommet de C0 , il est adjacent à au moins une arête qui n’est pas dans le
cycle et les sommets adjacents sont distincts. (Sinon, il existe un cycle dont la longueur est plus
petite que 5). Alors il est facile de voir que |V | ≥ 2 × 5 = 10. D’autre part :
X X
2|E| = d(v) ≥ 3 = 3|V |, |E| = |V | + 4,
v∈V v∈V
d’où 2|V | + 8 ≥ 3|V |, |V | ≤ 8, une contradiction. Donc, un tel contre exemple n’existe pas, et le
théorème est ainsi montré.
Exemple
Lors d’une soirée, 21 personnes ont passé des appels téléphoniques, un Monsieur a re-
marqué que ces 21 personnes ont appelé 102 fois et que deux personnes quelconques ont
appelé au plus une fois. Ce Monsieur a aussi remarqué qu’il y a m personnes, la première
a appelé la deuxième, la deuxième a appelé la troisième, · · · , la (m − 1)-ème personne a
appelé la m-ème, et la m-ème a appelé la première. Il n’a pas donné la valeur de m, mais
affirme que m est impair. Montrer qu’il existe 3 personnes parmi les 21 telles que chacune
des trois appelle chacune des deux autres.
On représente les 21 personnes par 21 sommets. Il y a une arête reliant deux sommets si, et
seulement si, les deux personnes se sont téléphonées. Par hypothèse, il existe un cycle impair de
longueur m (un cycle est impair si sa longueur est impaire). Soit C le plus petit cycle impair dans
le graphe, on note sa longueur par 2k + 1.
⋄ Si k = 1 : soit C un triangle, cela veut dire que les 3 personnes se sont téléphonées entre elles.
⋄ Si k > 1 : on pose C comme étant v1 v2 · · · v2k+1 v1 et il n’y a pas d’arête reliant vi et vj (1 ≤ i, j ≤
2k + 1, i − j , ±1 (mod 2k + 1)). Sinon, supposons que vi , vj soient adjacents et la somme des lon-
gueurs des cycles v1 v2 · · · vi vj · · · v2k+1 v1 et vi vi+1 · · · vj vi est 2k + 3. Alors, parmi eux il doit y avoir
un cycle impair dont la longueur est plus petite que 2k + 1, contradiction avec le fait que C est le
plus court cycle.
Supposons qu’il n’y a pas de triangles parmi les 21 − (2k + 1) = 20 − 2k sommets autres que
v1 , v2 , · · · , v2k+1 . D’après le théorème de Turán, il y a au moins (10 − k)2 arêtes les reliant. Chaque
sommet parmi eux n’est pas adjacent à deux sommets qui sont adjacents à C, donc il est adjacent
à au plus k sommets. D’où, la somme des arêtes est :
2k + 1 + k(20 − 2k) + (10 − k)2 = 100 + 2k + 1 − k 2 = 102 − (k − 1)2 ≤ 102 − (2 − 1)2 = 101.
Contradiction. Donc, le graphe doit contenir un triangle, ce qui veut dire qu’il existe trois per-
sonnes qui se sont téléphonées entre elles.
A B C D E F G
Figurant g1 g2 g2 g1 g3 g4 g1
Figurante f1 f1 f2 f1 f2 f3 f2
Preneur de son p1 p1 p2 p3 p2 p1 p1
Cadreur c1 c2 c1 c2 c3 c3 c3
Scripte s1 s2 s2 s1 s3 s3 s2
230 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
Tous doivent absolument participer aux films pour lesquels ils sont convoqués. Une journée de
tournage coûtant très cher, il faut si possible tourner plusieurs films en même temps et en un mi-
nimum de jours. Quelle solution pouvez-vous proposer ? Autrement dit, quels films pourra-t-on
tourner en même temps (en parallèle) pour gagner du temps, et de l’argent ? »
Pour cela nous serons amenés à faire du coloriage, ou plus précisément de la coloration, qui est
le terme le plus fréquemment utilisé dans ce domaine.
Colorer un graphe, c’est associer une couleur à chaque sommet de façon que deux sommets ad-
jacents soient colorés dans des couleurs différentes.
Définition (Coloration)
1 On appelle coloration des sommets d’un graphe G = (V , E), toute attribution d’une
couleur à chaque sommet du graphe.
2 Une coloration qui utilise k couleurs est une k-coloration.
3 Une coloration est valide lorsque deux sommets adjacents ont toujours des couleurs
différentes.
4 On appelle nombre chromatique d’un graphe G , le plus petit nombre de couleurs
nécessaires à une coloration valide des sommets. On note χ(G) ce nombre.
5 Une χ(G)-coloration valide est une coloration optimale.
1 On commence par le sommet de degré le plus élevé (ou un des sommets de degré le plus
élevé, s’il y en a plusieurs). On lui affecte une couleur.
2 On choisit une autre couleur et on colore tous les sommets adjacents au sommet coloré
ci-dessus dans cette nouvelle couleur, sauf s’ils sont adjacents entre eux. On utilise alors
deux couleurs différentes.
3 On passe ensuite au sommet non encore coloré de degré le plus élevé et on le colore dans
la même couleur que le premier, si possible. Sinon, on choisit une autre couleur.
4 Et on recommence (étape 2) jusqu’à ce que tous les sommets soient colorés.
4.6. COLORATION D’UN GRAPHE 231
Exemple :
A 2
B 3
F 1
C 2
E 3
D 1
Les sommets de degré le plus élevé sont le D et le E. Prenons le D. On le colore par exemple
avec la couleur 1. On colore ensuite les sommets qui lui sont adjacents avec une autre couleur. On
colore donc a priori les sommets A, C et E avec la couleur 2. Mais non ! C et E sont adjacents entre
eux, donc on ne va colorer que le A et le C avec la couleur 2, et on va choisir une autre couleur pour
le sommet E, ce sera avec la couleur 3. On obtient la coloration ci-haut à droite. Trois couleurs
ont été nécessaires, ce qui était prévisible puisque dans ce graphe il y a un sous-graphe complet
composé des sommets C, D et E.
Deuxième algorithme (Welsh et Powell)
Exemple :
A B 1 2
C 1
G 3
F D 2 3
E 3
On commence par ordonner les sommets en fonction de leur degré, dans l’ordre décroissant :
Sommets A B F C D E G
Degrés 5 4 4 3 3 3 2
Couleurs 1 2 2 1 3 3 3
– On revient en arrière. Le premier sommet non coloré est le D. On le colore avec la couleur 3.
– Les sommets E et G, derniers de la liste et non encore colorés, ne lui sont pas adjacents et ne
sont pas adjacents entre eux. On peut donc les colorer tous les deux avec la couleur 3 comme le
D. La coloration est ainsi terminée.
☞ Dans le premier algorithme, après avoir coloré le premier sommet, on s’intéresse à ceux
qui lui sont adjacents. Dans le deuxième algorithme, au contraire, après avoir coloré le
premier sommet, on cherche dans la liste ceux qui ne lui sont pas adjacents. Les résultats
peuvent être légèrement différents.
☞ Un tel algorithme est qualifié de « glouton » parce qu’une fois qu’une couleur a été choisie
pour un sommet, il ne permet pas de revenir en arrière pour modifier ce choix.
Exemple : on considère le graphe G représenté ci-dessous :
C
A
B D
F E
Proposition
Soit G = (V , E) un graphe donné. Il existe au moins un ordre sur les sommets de G tel que
la coloration gloutonne calculée à partir de cet ordre soit optimale.
Preuve
Soit c une coloration optimale de G utilisant k couleurs, donc k = χ(G). Ordonnons les
sommets de G de la façon suivante : pour tout couple d’entiers i et j, entre 1 et k, si i < j,
alors tous les sommets de c −1 (i) sont classés avant ceux de c −1 (j). Montrons que la co-
loration gloutonne avec cet ordre n’utilise pas plus de k couleurs. Pour cela, on montre
4.6. COLORATION D’UN GRAPHE 233
par récurrence forte, que pour tout i ∈ J1, kK, les sommets de c −1 (i) sont colorés par des
couleurs inférieures ou égales à i. On note P(i) cette proposition à montrer par récurrence
forte. P(1) est vraie car : tous les sommets de c −1 (1) sont colorés avec la couleur 1puis-
qu’ils ne sont pas adjacents entre eux, et aucun autre sommet n’est coloré avant eux. On
suppose que P(1), P(2), · · · , P(i) sont vraies, et montrons que P(i + 1) l’est aussi. Pour tout
j ∈ J1, iK, on a par hypothèse de récurrence que les sommets de c −1 (j) sont colorés avec
des couleurs inférieures ou égales à j. Les sommets de c −1 (i + 1) sont colorés avec des cou-
leurs inférieures ou égales à i + 1. Un sommet quelconque u de c −1 (i + 1) n’a aucun voisin
dans c −1 (i + 1) et tous ses voisins colorés avant lui par l’algorithme sont dans des classes
inférieures. Donc, d’après l’hypothèse de récurrence, le sommet u sera coloré avec une
couleur appartenant à {1, 2, · · · , i, i + 1} (puisqu’il y a au moins la couleur i + 1 qui n’a pas
été utilisée par ses voisins). Au final, on obtiendra une coloration gloutonne optimale (qui
peut être différente de la coloration optimale initiale).
☞ Dans un graphe complet, le nombre minimal de couleurs est égal à l’ordre de ce graphe,
comme nous l’avons remarqué plus haut (car tous les sommets sont reliés par des arêtes,
donc il faut une couleur par sommet).
☞ Si d est le degré le plus élevé des sommets, il faudra au plus d + 1 couleurs. En effet, il faut
une couleur pour ce sommet lui-même. Et, s’il est de degré d, il est adjacent à d sommets.
En supposant que ces d sommets sont adjacents entre eux, il faut d couleurs supplémen-
taires pour les colorer. Soit en tout d + 1. Cette remarque nous donne le nombre maximal
de couleurs nécessaire pour colorer un graphe.
☞ Si le graphe contient un sous-graphe complet d’ordre n, il faudra au minimum n couleurs
pour le colorer. Cela nous donne un nombre minimal de couleurs à utiliser pour le graphe
entier.
☞ Les deux remarques ci-dessus nous permettent de trouver un encadrement du nombre
chromatique du graphe. Il n’existe aucun procédé, aucune formule permettant de trou-
ver précisément le nombre chromatique d’un graphe quelconque comportant un grand
nombre d’arêtes. Le tableau ci-dessous donne un ordre de grandeur du temps de calcul
qu’il faudrait à un ordinateur en fonction de l’ordre n du graphe. On considère qu’il fau-
drait 10−6 seconde à notre ordinateur pour effectuer une coloration gloutonne (quelque
soit l’ordre n du graphe !)
n temps de calcul
10 3, 6 secondes
20 771 siècles
30 8, 4 × 1016 siècles
On voit clairement, étant donné les ordres de grandeur, que le choix arbitraire de 10−6 se-
conde pour effectuer une coloration gloutonne, a finalement peu d’influence sur la conclu-
sion : quelle que soit la rapidité de calcul de l’ordinateur, on atteindra très vite des temps
de calculs phénoménaux.
Proposition
Preuve
⋄ Montrons la première inégalité : soit K un sous-graphe complet de G d’ordre maximal.
On a donc |K| = ω(G). Puisque K ⊂ G, alors χ(K) ≤ χ(G). Puisque K est complet, alors
χ(K) = |K|, et finalement ω(G) ≤ χ(G).
⋄ Montrons la seconde inégalité : ∆(G) + 1 est le majorant obtenu pour les colorations
gloutonnes (qui sont valides), d’où χ(G) ≤ ∆(G) + 1.
A
B
C
E
D
χ(G) ≤ ∆(G).
(On gagne donc une unité sur le majorant par rapport à la proposition précédente).
La preuve est assez difficile, mais elle n’utilise que des techniques élémentaires (la récurrence
sur l’ordre n du graphe G).
1 On peut, comme pour les sommets, donner une « couleur » à chaque arête d’un
graphe. Cette opération s’appelle une coloration des arêtes. Plus précisément, une
coloration des arêtes d’un graphe G = (V , E) est une application c ′ : E −→ N∗ .
2 Une coloration c ′ des arêtes d’un graphe sera dite valide lorsque pour tout couple
d’arêtes u et v ayant une extrémité commune, on aura c ′ (u) , c ′ (v).
3 Le plus petit nombre de couleurs nécessaires à la coloration valide des arêtes d’un
graphe G est appelé indice chromatique de G et est noté χ′ (G).
4 Une coloration valide utilisant χ′ (G) couleur sera dite optimale. Dans ce cas, on
pourra toujours s’arranger pour décrire une telle coloration par une application
c ′ : E −→ {1, 2, · · · , χ′ (G)}.
Si G = (V , E) un graphe, alors :
χ′ (G) ≤ ∆(G) + 1.
χ′ (G) = ∆(G).
Tous doivent absolument participer aux films pour lesquels ils sont convoqués. Une jour-
née de tournage coûtant très cher, il faut si possible tourner plusieurs films en même
temps et en un minimum de jours. Quelle solution pouvez-vous proposer ? Autrement dit,
quels films pourra-t-on tourner en même temps (en parallèle) pour gagner du temps, et de
l’argent ?
On relie, par des arêtes, les films impossibles à tourner en même temps parce qu’une même
personne doit y participer. Donc les films dont les tournages simultanés sont incompatibles. Par
exemple A et C sont incompatibles parce que c1 doit participer à ces deux films. De même que
B, F et G à cause de p1 . On obtient le graphe (à gauche), et on va réaliser une coloration de ce
graphe (à droite).
A B 1 3
G C 2 4
F D 4 4
E 1
Cette coloration permet de conclure que les films A et E pourront être tournés simultanément,
ainsi que les films C, D, F et enfin B devra être tourné séparément, seul, comme le film G.
236 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
Exemple
Dans un tournoi d’échecs, chaque joueur doit affronter tous les n−1 autres joueurs. Chaque
partie dure 1 heure. L’organisateur veut limiter la durée du tournoi. Proposez un planning
des rencontres pour n = 3, 4 et 5. (On pourra utiliser la notion d’indice chromatique).
Un tournoi d’échecs où chacun des n joueurs doit affronter tous les autres peut être modélisé
par le graphe complet Kn , un sommet représentant un joueur, et une arête représentant une par-
n(n − 1)
tie. Le nombre de parties est donc égal à la taille de Kn , i.e., parties.
2
Si l’on considère qu’une couleur représente un créneau horaire, deux arêtes adjacentes de Kn ne
peuvent pas avoir la même couleur (puisque qu’un joueur, sommet commun à ces deux arêtes, ne
peut pas jouer deux parties en même temps). Proposer un planning des rencontres revient donc à
colorer les arêtes de Kn dont l’indice chromatique est χ′ (Kn ) = 3 pour n = 3 et n = 4, et χ′ (K5 ) = 5.
Un planning possible est :
n 9h-10h 10h-11h 11h-12h 12h-13h 13h-14h
3 1−2 1−3 2−3
4 1 − 2, 4 − 3 1 − 3, 4 − 2 2 − 3, 4 − 1
5 2 − 5, 3 − 4 1 − 3, 4 − 5 1 − 5, 2 − 4 1 − 2, 3 − 5 1 − 4, 2 − 3
Une telle promenade n’existe pas, et c’est Euler qui donna la solution de ce problème en caractéri-
sant les graphes que l’on appelle aujourd’hui « eulériens » en référence à l’illustre mathématicien,
à l’aide d’un théorème dont la démonstration rigoureuse fut en fait publiée par Carl Hierholzer
en 1873.
Définition
❏ On appelle parcours eulérien d’un graphe G , tout parcours qui contient une fois et
une seule chaque arête du graphe.
4.7. PARCOURS EULÉRIENS ET GRAPHES EULÉRIENS 237
❏ On ne peut « passer » sur chaque arête qu’une fois et une seule, mais on peut passer plu-
sieurs fois par chaque sommet.
❏ Un graphe qui admet une chaîne eulérienne peut être parcouru sans lever le crayon et en
passant qu’une seule fois sur chaque trait.
❏ Si G est un graphe admettant un cycle eulérien C, et si v est un sommet de G, alors C arrive
à v autant de fois qu’il en part, donc tout sommet de G est de degré pair.
Théorème Euler (1741) et Hierholzer (1873)
Un graphe G = (V , E) connexe est eulérien si, et seulement si, d(v) est pair pour tout
sommet v ∈ V .
Démonstration
Soit G = (V , E) un graphe où tous les sommets sont de degré pair, on se propose de montrer que G est
réunion de cycles disjoints. Soit v0 ∈ V et choisissons, en partant de v0 , aussi longtemps que possible,
des arêtes non encore parcourues de sorte à former une chaîne. Comme les sommets sont tous de degré
pair, alors cette chaîne est en fait un cycle C1 qui se referme en v0 . Si, en supprimant les arêtes de ce
cycle, il reste encore des arêtes, alors on choisit un sommet v1 par lequel passe C1 et tel que le graphe
partiel G \ C1 on ait d(v1 ) > 0 (ceci est possible car G est connexe). Dans la composante connexe de
G \ C1 contenant v1 , on construit un nouveau cycle C2 de v1 à v1 . Puisque le nombre d’arêtes dans G
est fini, alors ce procédé va s’arrêter lorsqu’on aura obtenu un ensemble de cycles disjoints en arêtes
dont la réunion est G tout entier. Or, on peut rallonger C1 en insérant en v1 le cycle C2 et ainsi de
suite jusqu’à aboutir au cycle eulérien recherché.
Corollaire
Tout graphe eulérien se décompose en cycles, i.e., on peut répartir les arêtes en cycles deux à deux
disjoints.
Corollaire
Un graphe connexe G = (V , E) admet un chemin eulérien si, et seulement si, le nombre de ses
sommets de degré impair est 0 ou 2.
Exemple
Les sommets sont les régions et les arêtes les ponts. La question est de savoir s’il existe un circuit
eulérien. Or on voit que les sommets ne sont pas tous de degré pair, par conséquent un tel circuit
n’existe pas et le problème des ponts de Königsberg n’a pas de solutions.
Exemple
On place, dans l’ordre, n sommets v1 , v2 , · · · , vn sur une droite. Chaque sommet est colorié
en rouge ou en bleu. Si les extrémités du segment [vi , vi+1 ] sont de couleurs différentes
alors on dit que ce segment est « standard ». On suppose que les couleurs de v1 et vn sont
différentes. Montrer que le nombre de segments « standards » est impair.
On représente les points de E par les sommets v1 , v2 , · · · , v2n−1 (dans le sens contraire des ai-
guilles d’une montre) et on place une arête entre vi et vi+(n−1) pour i ∈ J1, 2n − 1K. On suppose que
vj+(2n−1)k = vj pour k ≥ 1, on obtient alors un graphe G. Le degré de chaque sommet dans G est
2 (i.e. chaque sommet est adjacent à deux autres sommets) et vi , vi+3 sont adjacents à une arête
commune. Comme chaque sommet de G est de degré pair, alors G peut se décomposer en un ou
plusieurs cycles.
⋄ Si 3 | (2n − 1) : le graphe G est composé de 3 cycles, l’ensemble des sommets de chaque cycle est
donné par :
( s {) ( s {)
2n − 1 2n − 4
vi : i = 3k, k ∈ 1, , vi : i = 3k + 1, k ∈ 0, ,
3 3
( s {)
2n − 4
vi : i = 3k + 2, k ∈ 0, .
3
2n − 1
Comme le nombre de sommets dans chaque cycle est , il est possible de choisir au plus
3
1 2n − 1 n−2
−1 = sommets et chaque deux d’entre eux ne sont pas adjacents (notons que 2n−1 3
2 3 3
est un entier impair). Donc, on peut choisir n − 2 sommets qui ne sont pas tous adjacents deux à
deux. D’après le principe des tiroirs, on doit colorier en noir au moins n − 1 sommets pour être
sûrs qu’il existe au moins une paire de sommets noirs adjacents.
⋄ Si 3 ∤ (2n − 1) : chaque sommet parmi v1 , v2 , · · · , v2n−1 peut s’écrire sous la forme v3k , donc le
graphe G est un cycle de longueur 2n − 1. On peut choisir n − 1 sommets non adjacents dans ce
cycle, et au plus n−1 sommets non adjacents. D’où, il faut colorier en noir au moins n−1 sommets
de sorte qu’il y a au moins une paire de sommets noirs adjacents.
En conclusion, la plus petite valeur k est donnée par :
n − 1 si 3 | (2n − 1)
k =
n si 3 ∤ (2n − 1).
4.8. GRAPHES HAMILTONIENS ET CYCLES HAMILTONIENS 239
Théorème
Soit G un graphe connexe non-orienté. Le graphe G est eulérien si, et seulement si, on peut
orienter les arêtes de G de telle sorte que, pour tout sommet v de G, on ait : d + (v) = d − (v).
❏ Dans un graphe non-orienté, une chaîne est appelée chaîne hamiltonienne si, et
seulement si, c’est une chaîne qui passe une fois et une seule par chaque sommet
du graphe situé entre les deux extrémités de la chaîne.
❏ Un cycle hamiltonien est un cycle qui passe une fois et une seule par chaque som-
met du graphe.
❏ Un graphe possédant un cycle hamiltonien est un graphe hamiltonien.
☞ Un cycle hamiltonien passe par tous les sommets, mais pas nécessairement par toutes les
arêtes. Par exemple dans le graphe ci-dessous le cycle A−B−C −D −A est hamiltonien mais
ne passe pas par l’arrête entre les sommets A et C :
A
D B
C
☞ Un graphe hamiltonien est nécessairement connexe.
☞ Un graphe hamiltonien est nécessairement d’ordre ≥ 3.
☞ Un graphe hamiltonien n’a pas de sommets de degré 1.
☞ Les graphes complets d’ordre ≥ 3 sont hamiltoniens.
❏ Chaîne hamiltonienne : une chaîne hamiltonienne est une chaîne qui passe une fois et
une seule par chaque sommet du graphe.
240 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
❏ Cycle hamiltonien : un cycle hamiltonien est une chaîne hamiltonienne qui est cyclique.
On peut transformer un cycle hamiltonien en chaîne hamiltonienne, en enlevant une arête
quelconque du cycle. En revanche, une chaîne hamiltonienne ne peut être étendue en un
cycle hamiltonien que si ses extrémités sont adjacentes.
❏ Graphe hamiltonien : un graphe qui contient un cycle hamiltonien est appelé graphe
hamiltonien.
❏ Graphe semi-hamiltonien : un graphe semi-hamiltonien est un graphe qui contient une
chaîne hamiltonienne, mais pas de cycle hamiltonien.
❏ Graphe hamiltonien-connexe : un graphe est dit hamiltonien-connexe lorsque, pour toute
paire de sommets du graphe, il existe une chaîne hamiltonienne entre ces sommets.
❏ Décomposition hamiltonienne : une décomposition hamiltonienne d’un graphe est une
partition de l’ensemble de ses arêtes en cycles hamiltoniens.
✍ Exemple d’un graphe hamiltonien :
✍ Un graphe hamiltonien ne doit pas être confondu avec un graphe eulérien, où l’on passe
par toutes les arêtes une fois et une seule : dans un cycle hamiltonien, on peut très bien
négliger de passer par certaines arêtes. Un graphe peut être eulérien, hamiltonien, les deux
à la fois, ou aucun des deux : le graphe papillon est un exemple de graphe eulérien mais
pas hamiltonien.
Exemples :
☞ Les n-cycles et les n-cliques sont des graphes hamiltoniens.
☞ Le graphe ci-dessous comporte un cycle hamiltonien d’origine le sommet A : A − E − C −
D − B − A. Il comporte en fait un cycle hamiltonien à partir de n’importe quel sommet. Ce
graphe est donc hamiltonien.
A
E B
D C
☞ Le graphe ci-dessous ne comporte aucun cycle hamiltonien, quelle que soit l’origine choi-
sie. On peut par contre y trouver des chaînes hamiltoniennes, par exemple A−E−F−C−B−D
ou A − B − C − F − E − D ou encore F − C − B − D − E − A. Mais il n’y en a pas partant de E, par
exemple ; ou en partant de B.
4.8. GRAPHES HAMILTONIENS ET CYCLES HAMILTONIENS 241
A B
F C
E D
Démonstration
!
n n(n − 1)
On sait que le graphe complet Kn possède = arêtes, et comme tout cycle hamiltonien en
2 2
utilise n, alors on a besoin de n−1
2 cycles. En particulier, n doit être impair.
Si n = 2m + 1 est impair, on construit m cycles hamiltoniens disjoints de la façon suivante : on place
2m des sommets de K2m+1 autour d’un cercle de sorte à obtenir un polygone régulier à m sommets, et
puis on place le sommet restant comme centre de ce cercle. On numérote, dans le sens trigonométrique,
les 2m sommets en question par 1, 2, · · · , 2m
1
b
2 2m
b b
2m + 1
b b b
b b
m+1
kπ
Le cycle présenté dans la figure ci-dessus est hamiltonien. Il donne lieu, par des rotations d’angles
m
avec k ∈ J0, m − 1K, à m cycles hamiltoniens disjoints.
3 Dans ce qui suit, on donnera des résultats qui donnent des conditions suffisantes simples qui
permettent d’affirmer qu’un graphe est hamiltonien.
Théorème A
Soit G un graphe simple à n ≥ 3 sommets. Si pour toute paire de sommets (v, v ′ ) on a la
relation :
d(v) + d(v ′ ) ≥ n − 1,
alors G possède une chaîne hamiltonienne.
Soit G un graphe simple d’ordre ≥ 3. Si, pour toute paire (u, v) de sommets non adjacents
de G, on a :
d(u) + d(v) ≥ n,
alors G est hamiltonien.
Démonstration
Soit G = (V , E) un graphe simple, d’ordre ≥ 3. Montrons que si G est non hamiltonien, il existe une
paire {u, v} de sommets non adjacents de G, telle que d(u) + d(v) soit ≤ n − 1. Sans perte de généralité,
on suppose que le nombre d’arêtes de G est maximal. Comme G n’est pas hamiltonien, G n’est pas le
graphe complet.
Le nombre d’arêtes du graphe G étant maximal, il existe une paire {u, v} de sommets non adjacents,
telle que le graphe G + {u, v} = (V , E ∪ {u, v}), obtenu en rajoutant à G l’arête e = {u, v}, soit hamil-
tonien. Soit C un cycle hamiltonien de G + {u, v}. La chaîne C \ {e} est une chaîne hamiltonienne de
G, d’extrémités u et v. Notons (v1 , · · · , vn ) cette chaîne, avec v1 = u et vn = v. Supposons qu’il existe
i ∈ {1, · · · , n − 1}, tel que {v1 , vi+1 } et {vn , vi } soient des arêtes de G. Remarquons que v1 et vn n’étant
pas adjacents, i est différent de 1 et n − 1, ce qui suppose n ≥ 4. Le graphe G admettrait un cycle
hamiltonien : (v1 , vi+1 , · · · , vn , vi , · · · , v1 ), ce qui est exclu. Posons alors :
Preuve
n n
Pour toute paire (u, v) de sommets de G on a : d(u) + d(v) ≥ + = n. Le résultat découle
2 2
du théorème précédent.
Théorème
Soit G = (V , E) un graphe simple d’ordre n admettant deux sommets non adjacents u et v,
dont la somme des degrés est ≥ n et soit le graphe G +{u, v} = (V , E ∪{u, v}). Alors, G +{u, v}
est hamiltonien si, et seulement si, G est hamiltonien.
Démonstration
⋄ Si le graphe G est hamiltonien, alors, pour toute paire {u, v} de sommets non adjacents de G, le
graphe G + {u, v} est aussi hamiltonien.
⋄ Supposons maintenant que G ne soit pas hamiltonien et qu’il existe deux sommets non adjacents u
et v de G, tels que G + {u, v} soit hamiltonien. Alors, tout cycle hamiltonien de G + {u, v} contiendrait
l’arête {u, v} et donc G admettrait une chaîne hamiltonienne d’extrémités u et v. Comme dans la
démonstration du théorème de Ore, on en déduirait l’inégalité : d(u) + d(v) ≤ n − 1, ce qui est une
4.8. GRAPHES HAMILTONIENS ET CYCLES HAMILTONIENS 243
contradiction.
Théorème
!
n−1
Soit G un graphe simple, d’ordre n ≥ 3, admettant au moins + 2 arêtes. Alors, G est
2
hamiltonien.
Démonstration
Le résultat est trivial pour n = 3. Supposons maintenant que n ≥ 4, et montrons le résultat! par
n−1
contradiction. Supposons qu’il existe un entier n ≥ 4 et un graphe G d’ordre n, admettant +2
2
arêtes, qui ne soit pas hamiltonien. Le graphe G, n’étant pas hamiltonien, n’est pas le graphe complet.
Soient u et v deux sommets non adjacents de G, et soit GV \{u,v} le sous-graphe de G, engendré par
V \ {u, v}. Comme on a :
!
n−1
E GV \{u,v} = + 2 − d(u) − d(v) et V GV \{u,v} = n − 2,
2
! !
n−1 n−2
on obtient + 2 − d(u) − d(v) ≤ et, en utilisant le triangle de Pascal :
2 2
! ! !
n−1 n−2 n−2
d(u) + d(v) ≥ − +2 = + 2 = n,
2 2 1
Définition (Tournoi)
Un tournoi est un graphe orienté G = (V , A) dont le graphe non orienté associé est un
graphe complet.
☞ La raison pour laquelle on appelle ce graphe orienté « tournoi » vient du fait que l’ensemble
des sommets de Kn peut représenter un ensemble de joueurs où chaque paire de joueurs
participe à un match et on oriente l’arête de x vers y, si le joueur x bat le joueur y.
Démonstration
Soit C = (v0 , · · · , vq ) un chemin élémentaire, maximal d’un tournoi T = (V , A). Supposons qu’il existe
un sommet v n’appartenant pas à C, alors, C étant maximal, (v, v0 ) n’appartient pas à A, donc (v0 , v)
appartient à A. De même, (v, vq ) appartient à A. Soit i le plus petit indice tel que (v, vi ) appartienne
à A. L’indice i est strictement positif et (vi−1 , v) appartient à A. Remplaçons l’arc (vi−1 , vi ) du chemin
C par le chemin (vi−1 , v, vi ). On obtient ainsi un chemin élémentaire passant par un sommet de plus
que C.
A B
C D
Exemple
Un voyagiste organise des circuits touristiques parmi les châteaux de la Loire. Huit châ-
teaux peuvent être visités, représentés ci-dessous par les sommets d’un graphe. Les routes
qu’empruntent les cars correspondent aux arêtes.
A B
H C
G
F E D
Vérifier qu’il est possible de trouver une chaîne qui permet de passer une fois et une seule
par chaque ville (une fois qu’on a visité le château de la dite ville, inutile d’y repasser si
on peut l’éviter !). Donner au moins deux chaînes répondant à la question.
Si on modélise notre problème par un graphe d’ordre 2 × n où chaque sommet est une case de
l’échiquier et où chaque arête représente un déplacement possible du cavalier, on constate que
les quatre coins de l’échiquier sont de degré 1. Ce graphe ne peut donc pas être hamiltonien, et
par suite le parcours recherché n’existe pas.
Exemple
Si on considère la couleur des cases (blanc et noir), on constate qu’à chaque déplacement, le
cavalier change de couleur. Donc un parcours fermé, passant une et une seule fois par chaque
case, doit avoir autant de cases noires que de cases blanches, ce qui n’est pas possible avec un
échiquier ayant un nombre impair de cases.
Exemple
d f l
k e c
b h j
i g a
Le graphe est non hamiltonien car G \ {b, j} a trois composantes connexes. (On crée plus de com-
posantes connexes que de sommets enlevés).
Exemple
On sait qu’on obtient un dodécaèdre en considérant le solide dont les sommets sont les centres
des faces d’un isocaèdre. Un isocaèdre régulier est formé de 20 triangles équilatéraux semblables.
Au milieu de chaque triangle équilatéral on place un sommet. Si deux triangles ont un côté com-
mun alors on relie par une arête les deux sommets (centres respectifs des deux triangles équila-
téraux), on obtient ainsi un dodécaèdre régulier formé de 12 pentagones réguliers. On sait aussi
qu’on peut trouver un cycle hamiltonien dans un dodécaèdre régulier. On coupe avec des ciseaux
le dodécaèdre en suivant le cycle hamiltonien, ceci permet aussi de couper chaque face en deux,
et cette « coupure » ne passe par aucun sommet du dodécaèdre régulier.
n personnes ont participé à une conférence qui a duré quelques jours. Chaque soir, les
conférenciers se retrouvent autour d’une table ronde pour le dinner. À chaque dinner,
chaque personne doit s’asseoir à côté de personnes différentes. Combien de jours au maxi-
mum a duré la conférence ?
On représente les n personnes par n sommets. On trace un graphe complet Kn , alors le cycle
hamiltonien dans Kn est une façon de s’asseoir autour de la table. Le nombre maximal de dinners
246 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
1
2k b 2
b b
2k − 1 3
b b
2k − 2
b 4
b
v
b
b b b
b b
b b k −1
k +3
b
k +2 k
k +1
Dans une école chaque professeur peut enseigner jusqu’à 4 matières différentes. On sou-
haite faire passer aux élèves 7 examens en 7 jours consécutifs (1 examen par jour), et de
sorte qu’il n’y a pas deux épreuves consécutives dans deux matières enseignées par le
même professeur. Cela est-il possible ?
Dans une usine on fabrique des chemises bicolores (ayant deux couleurs) en utilisant 6 fils
de couleurs différentes. Chacune des 6 couleurs des fils est assortie avec 3 autres couleurs
(elles forment ainsi un groupe avec 4 couleurs différentes). Montrer qu’il est possible de
choisir 3 chemises distinctes de sorte les 6 couleurs différentes soient toutes présentes.
4.8. GRAPHES HAMILTONIENS ET CYCLES HAMILTONIENS 247
On représente les 6 fils par 6 sommets. Si deux couleurs sont dans le même groupe, alors on
relie par une arête les sommets correspondants, on obtient ainsi un graphe G. On sait que chaque
couleur est assortie avec 3 autres couleurs différentes, donc pour tout sommet vi on a d(vi ) ≥ 3. On
va montrer que le graphe G contient 3 arêtes, deux quelconques parmi elles n’ont pas de sommets
communs.
Pour tout sommet v dans G, par le théorème de Dirac, G contient un cycle hamiltonien que l’on
note par v1 v2 v3 v4 v5 v6 v1 . Alors les arêtes (v1 , v2 ), (v3 , v4 ), (v5 , v6 ) sont les 3 arêtes qui n’ont pas de
sommets communs.
Exemple
Supposons que (Ai Aj ) et (Ak Al ) sont parallèles. Puisque le nombre de sommets entre Ai et Al
est égal au nombre de sommets entre Aj et Ak , alors i − l = k − j. Donc, la condition nécessaire et
suffisante pour que (Ai Aj ) et (Ak Al ) soient parallèles est :
Supposons que Ai0 Ai1 · · ·Ai2n−1 est un cycle hamiltonien. (i0 , i1 , · · · , i2n−1 ) est une permutation de
(0, 1, 2, · · · , 2n). On suppose que deux arêtes quelconques ne sont pas parallèles, donc parmi les 2n
nombres i0 + i1 , i1 + i2 , · · · , i2n−1 + i0 , deux quelconques ne sont pas congrus modulo 2n, par suite :
D’autre part :
Dans une compétition mathématique chaque équipe comporte 6 candidats qu’il faut par-
tager en 3 groupes (2 dans chaque groupe) pour résoudre 3 problèmes. Chaque candidat
peut collaborer avec au moins 3 candidats parmi les 5 autres.
1. Les deux élèves d’un même groupe peuvent-ils collaborer entre eux ?
2. Combien y a-t-il de façons différentes pour partager les 6 candidats en 3 groupes ?
1. On représente les 6 candidats par 6 sommets v1 , v2 , . . . , v6 . Si vi collabore avec vj alors ces deux
sommets sont adjacents. Par hypothèse on a d(vi ) ≥ 3 pour tout i ∈ J1, 6K. D’après le théorème de
Dirac, G contient un cycle hamiltonien C = vi1 vi2 · · · vi3 vi1 . Dans le cycle, deux sommets adjacents
représentent deux candidats qui peuvent collaborer entre eux.
2. Il y a deux façons de faire : les trois groupes sont (vi1 , vi2 ), (vi3 , vi4 ), (vi5 , vi6 ) ; l’autre façon est de
considérer les groupes (vi6 , vi1 ), (vi2 , vi3 ), (vi4 , vi5 ).
Exemple
On représente les 2n ministres par 2n sommets. Si deux ministres s’apprécient alors on relie
par une arête les deux sommets correspondants, on obtient ainsi un graphe G. Pour tout sommet
v du graphe G on a :
d(v) ≥ (2n − 1) − (n − 1) = n.
D’après le théorème de Dirac, le graphe G contient un cycle hamiltonien, et on peut arranger les
sommets suivant l’ordre dans le cycle, ce qui donne une solution à notre problème.
Exemple
On suppose que parmi 9 enfants, chacun connaît au moins quatre autres enfants. Peut-on
ranger ces enfants sur une droite de sorte que chaque enfant connaisse l’enfant qui est
assis à côté de lui ?
On représente les 9 enfants par 9 sommets, et on relie par une arête les sommets correspon-
dants à deux enfants qui se connaissent, on obtient ainsi un graphe G. Dans le graphe G, on a
pour deux sommets quelconques v et v ′ :
d(v) + d(v ′ ) ≥ 8.
Donc, par le théorème A, G contient une chaîne hamiltonienne, et on peut ranger les enfants sur
une droite en suivant l’ordre dans la chaîne.
Exemple
Un chef cuisinier utilise 8 ustensiles de cuisine pour préparer des repas. Il peut utiliser
deux ustensiles pour chaque plat. Chaque ustensile peut être utilisé pour au moins 4 plats.
Le chef cuisinier peut-il cuisiner 4 plats de sorte qu’il utilise 8 ustensiles distincts ?
On représente les ustensiles par des sommets, et les plats par les arêtes, on obtient ainsi un
graphe G. Dans le graphe G, le degré de chaque sommet est ≥ 4. Donc, par le théorème de Dirac,
G contient un cycle hamiltonien.
Exemple
Autour d’une table il y a au moins 5 personnes assises. Montrer qu’on peut les permuter
de sorte que chacune d’elle a deux nouveaux voisins.
S’il y a 5 personnes, on les note par ABCDEA, puis on considère la nouvelle position ADBECA,
et le problème est résolu dans ce cas. S’il y a plus de 5 personnes, on relie les deux sommets
correspondants seulement si ils ne sont pas voisins, on obtient ainsi un graphe G. Comme le degré
de chaque sommet est égal à |V (G)| − 3, alors la somme des degrés de deux sommets quelconques
est 2n − 6 où n est le nombre de sommets. Comme n > 5 alors 2n − 6 ≥ n. D’après le théorème de
Ore, G contient un cycle hamiltonien, et on peut placer les personnes en suivant l’ordre dans le
cycle.
Exemple
Peut-on placer les nombres 1, 2, · · · , 9 sur un cercle de sorte que la somme de deux voisins
ne soit jamais divisible par 3, 5, ou 7 ?
Écrivons les neuf nombres sur un cercle et dessinons une arête entre deux nombres dont la
somme n’est multiple ni de 3, ni de 5, ni de 7. On dispose alors d’un graphe dont on doit trouver
un circuit hamiltonien. Mais ceci est facile car 1, 2 et 4 n’ont que deux voisins. On trouve alors
1, 3, 8, 5, 6, 2, 9, 4, 7.
4.9. GRAPHES PLANAIRES 249
Un graphe G est dit planaire s’il admet une représentation dans le plan euclidien R2 de
sorte que ses arêtes soient des courbes simples, qui ne se croisent pas mutuellement en
dehors de leurs extrémités.
☞ Autrement dit, G est planaire s’il admet, dans le plan, une représentation telle que deux
arêtes n’aient un point commun que si elles sont incidentes à un même sommet. Une telle
représentation de G est appelée représentation plane. Remarquons qu’une représentation
plane d’un graphe planaire G n’est pas unique en général.
Exemple : le figure de gauche est planaire, car il admet la représentation plane donnée par la
figure de droite.
F F
G E G E
H D H D
A C A C
B B
❏ L’étude des représentations planes des graphes planaires utilise souvent le célèbre théorème
de Jordan, qui établit qu’une courbe fermée, simple, sépare le plan en deux régions (une
région du plan est un sous-ensemble ouvert et connexe de R2 ), l’une bornée et l’autre non
bornée, que chacune de ces régions est connexe par arcs et que la courbe est la frontière
commune aux deux régions.
❏ Dans une représentation plane d’un graphe G, le complémentaire, dans R2 , de l’ensemble
des arêtes est partitionné en régions du plan, appelées faces du graphe G. Autrement dit,
une face du graphe est une région maximale (au sens de l’inclusion) qui ne contient ni
sommet qui soit l’extrémité d’une arête, ni de partie d’arête. Une face de graphe planaire
est une zone du plan délimitée par les arêtes.
❏ Par définition, une représentation plane d’un graphe planaire n’admet qu’une seule face
non bornée, qui sera appelée la face extérieure ou face infinie de G.
❏ Une face f d’un graphe connexe G est bordée par une chaîne fermée (non nécessairement
un cycle) du graphe G, appelée frontière de f . La longueur de la face f de G, notée l(f ),
est la longueur de cette chaîne.
Exemple
En effet, supposons que le graphe K5 admette une représentation plane. Soit C un 5-cycle de K5 .
D’après le théorème de Jordan, dans la représentation plane de K5 , le cycle C sépare le plan en
deux régions. Les 5 diagonales de C sont des arêtes de K5 . Parmi ces 5 diagonales, deux d’entre
elles, au plus, peuvent être dessinées à l’extérieur de C et deux, au plus, à l’intérieur de C. On ne
pourra pas donc dessiner la dernière diagonale, sans en croiser une autre.
remarque : on donnera, plus loin, une autre preuve utilisant la formule d’Euler.
250 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
Exemple
En effet, supposons que K3,3 admette une représentation plane. Soit {a1 , a2 , a3 } ∪ {b1 , b2 , b3 } la
partition de V (K3,3 ) et soit C le 4-cycle (a1 , b1 , a2 , b2 , a1 ). D’après le théorème de Jordan, C dé-
termine une partition du plan en deux régions. Si on place b3 à l’intérieur (respectivement à
l’extérieur) de C on ne pourra placer a3 ni à l’intérieur, ni à l’extérieur de C.
remarque : on donnera, plus loin, une autre preuve utilisant la formule d’Euler.
✍ Question : Quels sont les graphes planaires ? Existe-t-il une caractérisation pour la plana-
rité d’un graphe en utilisant le fait que K5 et K3,3 ne sont pas planaires.
Cette dernière question a fait l’objet de nombreuses recherches, jusqu’à ce que le mathématicien
polonais Kazimierz Kuratowski (1896-1980) trouve une réponse en 1930. Pour énoncer le théo-
rème de Kuratowski, nous aurons besoin de la définition suivante :
Définition (Homéomorphisme de graphes)
Deux graphes G et G ′ sont homéomorphes si l’on peut obtenir un même graphe en subdi-
visant certaines de leurs arêtes.
Deux graphes sont homéomorphes si, et seulement si, leurs représentations graphiques
usuelles (avec des segments de droites reliant les sommets entre eux) sont homéomorphes
au sens que ce mot a en topologie.
☞ De façon schématique, deux graphes G1 , G2 sont dits homéomorphes si G1 peut être obtenu
en ajoutant quelques nouvelles arêtes à celles de G2 .
☞ Le fait d’ajouter ou de retrancher un certain nombre de sommets de degré 2 ne change pas
le fait qu’un graphe soit planaire ou ne le soit pas.
Théorème de Kuratowski (1930)
Un graphe fini est planaire si, et seulement si, il ne contient pas de sous-graphe homéo-
morphe au graphe complet à 5 sommets K5 ni au graphe biparti complet à 6 sommets K3,3 .
Un graphe homéomorphe à K5 ou à K3,3 est appelé un sous-graphe de Kuratowski.
Soit G un graphe simple planaire connexe dont une représentation planaire possède v
sommets, e arêtes et f faces, alors :
v − e + f = 2.
v − e + f = 1 + k.
Démonstration
On fait un raisonnement par récurrence sur e.
Si G possède un seul sommet, alors v = 1, e = 0, f = 1, et la relation v − e + f = 2 est alors vraie. Si G
a une arête, alors v = 2, e = 1, f = 1, et la relation v − e + f = 2 est alors vraie.
Supposons que le résultat est vrai pour tous les graphes planaires et connexes avec k arêtes, i.e.,
vk − ek + f k = 2. On étudie le cas où G possède k + 1 arêtes.
4.9. GRAPHES PLANAIRES 251
Si on ajoute une nouvelle arête au graphe connexe G avec k arêtes de sorte que G reste toujours
connexe, alors il y a deux cas.
(i) On ajoute un nouveau sommet v ′ qui est adjacent à un sommet v de G comme dans la figure
ci-dessous (à gauche). Alors, vk et ek augmentent de 1, et f k ne change pas. Donc :
(vk + 1) − (ek + 1) + f k = vk − ek + f k = 2.
(ii) On ajoute une nouvelle arête pour relier deux sommets de G comme dans la figure ci-dessous (à
droite). Alors, f k et ek augmentent de 1, et vk ne change pas. Donc :
vk − (ek + 1) + (f k + 1) = vk − ek + f k = 2.
Par hypothèse de récurrence, le théorème est vrai pour toute valeur entière strictement positive de e.
v′
bc
v′ v
bc bc bc bc
bc bc
bc bc bc bc
À l’aide de la formule d’Euler, on peut déterminer le nombre maximal d’arêtes dans un graphe
simple planaire. Comme une face a au moins 3 arêtes, les bords de f faces ont au moins 3f arêtes.
2
De plus, une arête appartient aux bords d’au plus 2 faces, d’où 2e ≥ 3f , ce qui donne f ≤ e. En
3
utilisant la formule d’Euler on déduit que :
2
2 = v − e + f ≤ v − e + e.
3
Par conséquent, on a le théorème :
Théorème
Pour un graphe G connexe, simple, planaire et ayant v ≥ 3 sommets et e arêtes on a la
relation :
e ≤ 3v − 6.
En fait, le théorème ci-dessus est aussi vrai pour les graphes planaires non connexes. Ce ré-
sultat permet de montrer si un graphe est planaire ou ne l’est pas.
Exemple
Supposons que K3,3 est un graphe planaire. Comme on choisit de façon arbitraire 3 sommets
dans K3,3 , il doit y avoir 2 sommets qui ne sont pas adjacents entre eux. Par suite, chaque face a
252 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
e
au moins 4 arêtes et sa frontière. Puisque 4f ≤ 2e, alors f ≤ , et par la formule d’Euler on déduit
2
que :
e
2 = v −e+f ≤ v −e+ c’est-à-dire e ≤ 2v − 4.
2
Or, dans K3,3 on a v = 6, e = 9, d’où 9 > 2 × 6 − 4, ce qui donne une contradiction. En conclusion,
K3,3 n’est pas un graphe planaire.
Corollaire B
Tout graphe simple, planaire admet au moins un sommet de degré ≤ 5. Tout graphe simple,
planaire, sans triangle admet au moins un sommet de degré ≤ 3.
☞ Une autre façon de montrer que K3,3 n’est pas planaire est le problème suivant : énigme des
trois maisons.
Exemple
L’énigme des trois maisons est un jeu mathématique dont l’analyse utilise un théorème de
topologie (théorème de Jordan) ou de théorie des graphes (K3,3 n’est pas un graphe pla-
naire). Ce problème n’a pas de solution. Georges Perec le cite en 1978 dans son livre Je me
souviens : « Je me souviens des heures que j’ai passées, en classe de troisième, je crois, à es-
sayer d’alimenter en eau, gaz et électricité, trois maisons, sans que les tuyaux se croisent ».
Cette énigme est déjà posée par Henry Dudeney en 1917 dans son livre Amusements in ma-
thematics. Elle est popularisée par Martin Gardner, qui la présente dans son Sixième livre
de jeux mathématiques.
Un lotissement de trois maisons doit être équipé d’eau, de gaz et d’électricité. La règlemen-
tation interdit de croiser les canalisations pour des raisons de sécurité. Comment faut-il
faire ?
On suppose, par l’absurde, que le graphe connexe des trois maisons et trois fournisseurs (eau, gaz
et éléctricité) est planaire, alors on a v = 6 et e = 9. Il est clair que le graphe est biparti (car on ne
relie pas deux maisons entre elles, ni deux fournisseurs entre eux), donc aucune des faces n’est
un triangle, et la face non bornée n’est pas non plus délimitée par trois arêtes. Donc, toute face
9
utilise au moins 4 arêtes, chacune servant pour deux faces, ainsi 2e ≥ 4f , ce qui donne f ≤ . Or,
2
par la formule d’Euler on a f = 2 + e − v = 5, contradiction
4.9. GRAPHES PLANAIRES 253
Exemple
Combien y a-t-il de types de polyèdres réguliers ? Quels sont leurs nombres d’arêtes, som-
mets et faces ?
Comme chaque sommet dans un polyèdre régulier appartient à au moins 3 faces, lorsque
chaque angle interne au sommet du polyèdre régulier est ≥ 120◦ , il ne peut pas en fait être un
sommet d’un polyèdre régulier. Donc, on ne peut considérer que les polyèdres avec, comme faces,
des pentagones réguliers, des carrés ou des triangles équilatéraux.
(1) Polyèdres construits à partir de pentagones réguliers :
3 3
comme l’angle interne d’un pentagone régulier est π, et π × 4 > 2π, alors chaque sommet est
5 5
5 2 2
de degré 3. D’où 3v = 2e, f = e, et par la formule d’Euler e − e + e = 2. Il est facile de voir
2 3 5
que e = 30, v = 20, f = 12. Donc, il y a un seul polyèdre régulier construit à partir de pentagones
réguliers. C’est le dodécaèdre régulier avec 20 sommets, 30 arêtes et chaque sommet est incident
à 3 arêtes.
(2) On laisse aux lecteurs le soin de vérifier qu’il y a 4 types de polyèdres réguliers construits à
l’aide de carrés ou triangles équilatéraux, il s’agit du cube, du tétraèdre régulier, octaèdre régulier
et l’isocaèdre régulier.
Dans la figure ci-dessous on a de gauche à droite : tétraèdre régulier, cube, octaèdre régulier,
isocaèdre régulier, dodécaèdre régulier.
Exemple
D’après la formule d’Euler, on sait que lorsqu’un polygone convexe est partitionné en n polygones
alors v − e + n = 1 (puisque f = n + 1). Comme on partitionne ici un carré en n polygones convexes,
alors pour chaque sommet de ces polygones, s’il n’appartient pas au carré, alors il doit être le
sommet d’au moins 3 polygones convexes. On note par A, B, C, D les sommets du carré, et par v
un sommet quelconque (à l’exception de A, B, C, D), alors :
d(v) ≤ 3 [d(v) − 2] .
2e − [d(A) + d(B) + d(C) + d(D)] ≤ 3 [2e − (d(A) + d(B) + d(C) + d(D)) − 6(v − 4)] .
D’où
4e ≥ 2 [d(A) + d(B) + d(C) + d(D)] − 6(v − 4).
254 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
Puisque d(A) ≥ 2, d(B) ≥ 2, d(C) ≥ 2 et d(D) ≥ 2, alors 2e ≥ 8 + 3(v − 4). En utilisant la relation
v − e + n = 1, on déduit que :
3(e + 1) = 3v + 3n ≤ 2e + 4 + 3n c’est-à-dire e ≤ 3n + 1.
Montrons que la valeur maximale 3n + 1 est atteinte. On trace n − 1 droites coupant un côté du
carré de sorte que toutes les droites soient parallèles à leurs arêtes adjacentes et divisent le carré
en n rectangles. Le nombre d’arêtes est égal à : 4 + 3(n − 1) = 3n + 1.
En conclusion, le nombre maximal d’arêtes que peut avoir de tels polygones convexes est 3n + 1.
1 · f 3′ + 2 · f 4′ + 3 · f 5′ + · · · = n − 2;
1 · f 3′′ + 2 · f 4′′ + 3 · f 5′′ + · · · = n − 2;
1 · (f 3′ − f 3′′ ) + 2 · (f 4′ − f 4′′ ) + 3 · (f 5′ − f 5′′ ) + · · · = 0,
Supposons qu’il y a d arêtes à l’intérieur de c. Comme G est un graphe planaire, alors ses
arêtes ne s’intersectent pas, et une arête divise la face en deux parties. Ces arêtes mettent les
parties côte à côte dans le graphe. On obtient une nouvelle face à chaque fois qu’on met une arête
dans le graphe. Par suite, d arêtes divisent l’intérieur de c en d + 1 faces. Le nombre total de faces
à l’intérieur de c est égal à :
f 2′ + f 3′ + f 4′ + · · · = d + 1. (1)
On marque chaque polygone à i côtés avec le nombre i. La somme de tous les nombres marqués
sur les faces est égal au nombre d’arêtes qui forment les faces. Chaque arête à l’intérieur de c est
comptée deux fois, mais l’arête sur c est comptée une seule fois, par conséquent :
2 · f 2′ + 3 · f 3′ + 4 · f 4′ + 5 · f 5′ + · · · = 2d + n. (2)
1 · f 3′ + 2 · f 4′ + 3 · f 5′ + · · · = n − 2. (3)
Exemple
Supposons, par l’absurde, que le graphe de Grinberg contient un cycle hamiltonien, comme il
y a seulement des pentagones, des octogones et des nonagones, alors par le théorème de Kozyrev
et Grinberg on a :
3 · (f 5′ − f 5′′ ) + 6 · (f 8′ − f 8′′ ) + 7 · (f 9′ − f 9′′ ) = 0.
D’où
7 f 9′ − f 9′′ ≡ 0 (mod 3)
ce qui contredit f 9′ − f 9′′ = 1. Par suite, le graphe de Grinberg n’admet pas de cycles hamiltoniens.
Exemple
On suppose que G est connexe, sinon on considère une composante connexe. Si le degré de
e 2e
chaque sommet est ≥ 6, alors 6v ≤ 2e, d’où v ≤ . Puisque f ≤ , alors
3 3
e 2e
2 = v −e+f ≤ −e+ = 0,
3 3
une contradiction.
Exemple
Montrer qu’un graphe simple et planaire, avec moins de 30 arêtes, admet un sommet de
degré ≤ 4.
v
X 2
Supposons que le degré de chaque sommet est > 4, alors 2e = d(vi ) ≥ 5v, c’est-à-dire v ≤ e.
5
i=1
6
Puisque e ≤ 3v − 6, alors e ≤ e − 6, ce qui veut dire e ≥ 30, une contradiction.
5
Exemple
Montrer que dans un graphe simple et planaire avec 6 sommets et 12 arêtes, chaque face
est entourée par 3 arêtes.
256 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
2e
D’après la formule d’Euler, f = 2 + e − v = 8. Comme il y a = 3 arêtes sur chaque face en
f
moyenne, et puisqu’il y a au moins 3 arêtes sur chaque face, alors il y a 3 arêtes sur chaque face.
Exemple
Soit G un graphe avec au moins 11 sommets, et G son compémentaire, i.e., G a les mêmes
sommets que G et toutes les arêtes possibles mais qui ne sont pas dans G . Montrer que G
ou G n’est pas un graphe planaire.
Supposons que G et G sont tous les deux planaires. Le nombre de sommets dans G et G est
1
v, et le nombre d’arêtes est e et e ′ respectivement. Alors, e + e ′ = v(v − 1). En additionnant les
2
inégalités e ≤ 3v − 6 et e ′ ≤ 3v − 6 on obtient :
1
v(v − 1) = e + e ′ ≤ 6v − 12, v 2 − 13v + 24 ≤ 0, v ≤ 11,
2
en contradiction avec les hypothèses.
Exemple
Supposons que chaque sommet d’un polyèdre convexe est adjacent à tous les autres som-
mets. Montrer que, à l’exception du tétraèdre, un tel polyèdre convexe n’existe pas.
!
n
Il y a arêtes dans un polyèdre convexe à n sommets et chaque face contient au moins 3
2 !
2 n
arêtes. Donc, le nombre de faces du polyèdre ne dépasse pas . D’après la formule d’Euler :
3 2
! !
2 n 2 n
n+ ≥ + 2.
3 2 3 2
Si un polyèdre avec n arêtes existe, quelle est la plus grande valeur possible pour n ?
On représente les sommets du polyèdre par les sommets d’un graphe, et les arêtes du polyèdre
par les arêtes du graphe. On obtient ainsi un graphe connexe planaire. D’où, v ≥ 4, f ≥ 4. D’après
la formule d’Euler on a : e = v + f − 2 ≥ 6, ceci veut dire qu’il n’existe pas de polyèdre dont le
nombre d’arêtes est plus petit que 6. S’il existe un graphe avec e = 7, alors 3f ≤ 2 × 7; f = 4. Or, un
polyèdre avec 4 faces peut contenir seulement 6 arêtes, donc il n’existe pas de polyèdre à 7 arêtes.
Considérons k ≥ 4, la pyramide dont la base est un polygone à k arêtes est un polyèdre avec 2k
arêtes. On coupe un coin de la pyramide dont la base est un polygone avec k−1 arêtes pour obtenir
un polyèdre avec 2k + 1 arêtes. En conclusion, pour n ≥ 6 et n , 7, il existe un polyèdre avec n
arêtes.
Exemple
Un polyèdre convexe possède 10n faces. Montrer qu’il existe n faces qui ont le même
nombre d’arêtes.
Supposons qu’un polyèdre convexe contient x sommets et les 10n faces contiennent
C1 , C2 , ··· , C10n
4.10. LE PROBLÈME DES QUATRE COULEURS 257
sommets et a1 , a2 , · · · , a10n arêtes respectivement. Le nombre d’arêtes du polyèdre convexe est égal
10n 10n 10n
1X 1X 1X
à ai . D’après la formule d’Euler : 10n + x = ai + 2. Puisque x ≤ ai , alors :
2 2 3
i=1 i=1 i=1
Si parmi 10n faces il n’y a pas n faces dont les nombres d’arêtes sont égaux, alors :
10n
X
ai ≥ (3 + 4 + · · · + 12)(n − 1) + 13 × 10 = 75n + 55 > 60n − 12,
i=1
une contradiction. En conclusion, il y a au moins n faces dont le nombre d’arêtes est le même.
Exemple
Soit S = {x1 , x2 , . . . , xn } (avec n ≥ 3) l’ensemble des sommets sur le plan. La distance entre
deux sommets quelconques est ≥ 1. Montrer qu’il y a au plus 3n − 6 paires de sommets
dont la distance, entre les deux sommets formant la paire, est égale à 1.
D B
O
b
Ab C
b
1
Puisque d(A, B) = d(C, D) = 1, on peut supposer, sans perte de généralité, que d(O, A) ≤ , d(O, C) ≤
2
1
et l’angle entre AB et CD est θ, alors :
2
q
d(A, C) = d(O, A)2 + d(O, C)2 − 2d(O, A) × d(O, C) cos θ.
1 1
Par la condition ci-dessus, seulement lorsque θ = π, d(O, A) = , d(O, C) = , alors d(A, C) = 1.
2 2
Mais alors, dans ce cas, A coïncide avec D et B coïncide avec C, ceci veut dire que AB et DC sont
en fait la même arête, contradiction avec l’hypothèse qu’il existe deux arêtes distinctes. À part
ce cas, on a d(A, C) < 1. En contradiction avec l’hypothèse que la distance entre deux sommets
quelconques est ≥ 1. En résumé, G est un graphe planaire et le nombre d’arêtes de G est ≤ 3n − 6.
théorie des graphes ; sa solution, enfin, qui n’a pu être obtenue qu’avec l’aide très considérable de
l’ordinateur : c’est le premier théorème général établi par cette voie.
Position du problème : On veut colorier une carte géographique tracée sur le plan (ou la sphère)
de manière que 2 régions voisines soient toujours de couleurs différentes. Précisons que chaque
région est connexe (d’un seul tenant) et que deux régions voisines ont au moins une ligne frontière
en commun. Dans ces conditions, les cartographes ont constaté que toute carte pouvait être colo-
riée avec quatre couleurs au plus. C’est cette proposition, appelée conjecture des quatre couleurs,
qui a été démontrée par Kenneth Appel et Wolfgang Haken.
Théorème
Tout graphe planaire admet une 4-coloration (des sommets).
Exemple
Voici une carte de la région Rhône-Alpes, qui se compose de huit départements. Les pré-
fectures sont marquées sur cette carte. Montrer qu’il est possible de colorier cette carte
avec trois couleurs seulement, ou quatre si l’on compte la couleur blanche qui entoure la
carte. La règle étant que 2 départements qui ont un bout de frontière en commun soient
colorés dans des couleurs différentes.
On dessine un graphe où les sommets correspondent aux départements (ou à leur préfecture,
par exemple) désignés par leur première lettre. Les arêtes relient les départements qui ont un
morceau de frontière commun et doivent donc être colorés différemment. On a marqué entre
parenthèses la couleur utilisée pour chaque sommet, et, on voit que trois couleurs : rouge, noir,
jaune, ont suffi. Par exemple G(n) veut dire que Grenoble est colorée en noir, P(j) veut dire que
Privas est colorée en jaune.
A(n) C(j)
B(r) G(n)
L(j) V(r)
S(r) P(j)
4.11. THÉORIE DE RAMSEY 259
On se contente de montrer ici que tout graphe planaire est 6-colorable. Pour le cas 5-colorable, la
preuve est beaucoup plus technique, nous l’omettons dans ce livre.
Théorème
Tout graphe planaire admet une 6-coloration.
Démonstration
Soit G un graphe planaire d’ordre n. On fait une preuve par récurrence sur n. Le résultat est vrai
pour les graphes d’ordre ≤ 6. Soit n > 6, on suppose que le résultat est vrai pour les graphes planaires
d’ordre n − 1. Soit maintenant G un graphe planaire d’ordre n. D’après le corollaire B, le graphe
G admet un sommet v de degré au plus 5. Soit G ′ = G \ v, en vertu de l’hypothèse de récurrence,
G ′ admet une 6-coloration. Le degré de v étant ≤ 5, les voisins de v utilisent au plus 5 couleurs
différentes, et donc on peut associer la dernière couleur à v.
Exemple
Dans l’espace, il y a 6 points tels que 3 quelconques parmi eux ne sont pas alignés, et
4 quelconques parmi eux ne sont pas sur un plan. On relie les 6 points, deux à deux,
pour former 15 segments. On utilise la couleur rouge ou la couleur verte pour colorier ces
segments (un segment ne peut être colorié qu’une seule fois). Montrer qu’avec n’importe
quel coloriage, il existe toujours un triangle monochromatique ( i.e. les 3 côtés sont de la
même couleur). (Putnam)
A2 A4 A2 A4
b b b b
b b
A3 A3
☞ À partir de l’exemple ci-dessus, on peut facilement voir que lorsque n ≥ 6, on utilise deux
couleurs pour colorier toutes les arêtes de Kn . On appelle Kn un graphe complet bicolore.
Dans un graphe complet bicolore il y a un triangle monochromatique.
☞ La figure ci-dessous montre un graphe complet bicolore K5 et ne contenant aucun triangle
monochromatique.
b b
b b
Théorème C
Si un graphe complet bicolore Kn contient un triangle monochromatique, alors n ≥ 6.
Exemple
Montrer qu’il est impossible de colorier K10 avec 4 couleurs de sorte que n’importe quel
sous-graphe K4 de K10 contienne toutes les 4 couleurs.
On fait un raisonnement par l’absurde. Supposons qu’il existe une telle coloration. Si un sommet
A est adjacent à 4 arêtes de même couleur, disons verte, on les note AB, AC, AD, AE. Parmi les
arêtes reliant B, C, D, E il doit forcément y avoir une arête verte, disons qu’il s’agit de BC. Alors,
il y a 4 arêtes vertes reliant A, B, C, D, et les deux autres arêtes restantes sont coloriées avec les
3 autres couleurs, une contradiction. Donc, le sommet A doit être adjacent à au plus 3 arêtes de
même couleur. Supposons, sans perte de généralité, que AB, AC, AD sont tous de couleur verte. Il
y a 6 arêtes reliant A, B, C, D, d’où les 3 arêtes restantes sont coloriés de couleurs différentes. Il n’y
a pas d’arête verte parmi AB, BD, CD.
Considérons les 6 sommets restants. D’après le théorème précédent, le graphe doit contenir un
triangle vert ou un triangle sans côté vert. S’il y a 3 sommets E, F, G avec aucune arête verte
les reliant, alors il n’y a pas d’arête verte reliant A, E, F, G, contradiction. Donc, sans perte de
généralité, soit EFG un triangle vert. Comme il n’y a pas d’arêtes vertes reliant B, C, D, E, il doit y
4.11. THÉORIE DE RAMSEY 261
avoir une arête verte parmi BE, CE, DE. Supposons que BE est verte, alors il doit y avoir 4 arêtes
vertes reliant B, E, F, G, c’est aussi une contradiction.
Exemple
Dans l’espace, on se donne un ensemble de 9 points tels que 4 quelconques d’entre eux ne
soient pas coplanaires. Chaque paire de ces points définit une arête, et chaque arête est
soit coloriée en bleu, soit coloriée en rouge, soit non coloriée.
Trouver le plus petit entier n tel que, quelle que soit la façon dont on colorie exactement n
arêtes, l’ensemble de ces arêtes coloriées contient un triangle ayant ses 3 côtés de la même
couleur. (OIM, 1992)
Par hypothèse il n’y a pas 4 points coplanaires, donc 3 points quelconques parmi les 9 ne
sont pas alignés, on a alors un problème de théorie des graphes planaires. Le problème peut se
reformuler de la façon suivante : il y a 9 points dans le plan, et parmi eux 3 points quelconques
ne sont pas alignés, et on a 36 segments. Combien de segments doit-on prendre de sorte qu’il
existe un triangle monochromatique lorsqu’on colorie le graphe avec deux couleurs et de façon
arbitraire ?
On va construire un graphe bicolore avec 9 sommets et 32 arêtes. On colorie les arêtes reliant
v1 à v2 , v3 , v8 , v9 en rouge (trait continu), et on colorie les arêtes reliant v1 et v4 , v5 , v6 , v7 en bleu
(trait en pointillés). On divise les sommets (à l’exception de v1 ) en quatre groupes : (1) (v2 , v3 ) ;
(2) (v4 , v5 ) ; (3) (v6 , v7 ) ; (4) (v8 , v9 ). On appelle (1) et (2) ; (2) et (3) ; (3) et (4) des groupes adjacents.
À l’exception de v1 , deux sommets appartenant à un groupe ne sont pas adjacents (i.e. non reliés
entre eux) ; deux sommets appartenant à deux groupes différents et adjacents sont reliés par une
arête rouge (trait continu) et deux sommets appartenant à deux groupes différents et qui ne sont
pas adjacents sont reliés par une arête bleue (trait en pointillés). La figure ci-dessous montre qu’il
y a 92 − 4 = 32 arêtes dans le graphe G qui contient 16 arêtes rouges et 16 arêtes bleues. Il n’est
pas difficile de voir que G ne contient aucun triangle monochromatique. Donc, n ≥ 33.
v1
b
v9
v2
b b
v8
b b v3
b b
v7 v4
b b
v6 v5
Montrons maintenant que n ≥ 33. Supposons que les 33 arêtes ont été coloriées, alors que 3 ne le
sont pas encore. On note e1 , e2 , e3 ces trois arêtes. Choisissons une extrémité v1 , v2 , v3 de e1 , e2 , e3
respectivement. Puis, on enlève les 3 sommets de K9 et les 6 sommets restants d’un graphe K6 .
D’où, si on colorie le graphe en bleu et en rouge, le graphe doit contenir un triangle monochro-
matique. En conclusion, la réponse est n = 33.
⋄ Pour généraliser le théorème C, on a besoin tout d’abord d’accroître le nombre de couleurs. On
utilise k couleurs c1 , c2 , · · · , ck pour colorier le graphe complet Kn . On appelle le graphe complet
Kn un graphe complet k-colore si chaque arête est coloriée avec une couleur. On peut imaginer
262 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
que si n est très grand, le graphe complet k-colore Kn doit contenir un triangle monochromatique.
On note par rk le plus petit entier n qui vérifie cette propriété. Dans le théorème C on a montré
que r2 = 6. Il est clair que r1 = 3. L’existence de rk a été montrée par le mathématicien et logien
anglais Ramsey. On appelle rk le nombre de Ramsey. Les valeurs de rk actuellement connues sont
r1 = 3, r2 = 6, r3 = 17 et c’est tout ! On a le théorème suivant :
Théorème D
rk+1 ≤ (k + 1) (rk − 1) + 2.
2 Pour tout k ∈ N∗ on a :
rk ≤ ⌊k! e⌋ + 1.
rk − 1 1 1 1
≤ 1 + + + ··· + ≤ e,
k! 1! 2! k!
d’où rk ≤ ⌊k! e⌋ + 1.
D’après le théorème D on sait que : r3 ≤ 3(r2 − 1) + 2 = 3 × 5 + 2 = 17. Montrons qu’effectivement
r3 = 17 :
Exemple
Parmi 17 scientifiques chacun est en correspondance avec tous les autres. Dans leurs
échanges de lettres ils ne traitent que 3 sujets et un scientifique sur deux ne traite qu’un
seul sujet. Démontrer qu’il y a au moins trois scientifiques qui traitent un seul et même
sujet. (OIM, 1964)
si p et q sont deux entiers ≥ 2, existe-t-il un plus petit entier naturel n = R(p, q) tel que, pour
toute coloration de Gn à l’aide de deux couleurs rouge et vert (une couleur pour chaque arête), il
y ait toujours au moins une p-clique rouge ou une p-clique verte ?
Ce problème a été résolu en 1928 par Ramsey qui a prouvé l’existence des nombres R(p, q)
pour tous entiers p, q ≥ 2. Ces nombres R(p, q) sont appelés les nombres de Ramsey bicolores, et
ils vérifient, par définition, les égalités : R(p, q) = R(q, p) et R(p, 2) = p ∀p ≥ 2.
Exemple
On doit construire un graphe ayant le plus grand nombre de sommets qui, pour une coloration
convenable, ne contienne aucune 3-clique rouge, ni de 3-clique verte.
b A
b
B F
b b
b b
C E
b b b b
La figure ci-haut à gauche donne une coloration de G5 sans aucun triangle (3-clique) monochro-
matique. D’autre part, soient A, B, C, D, E et F les sommets d’un graphe complet G6 (figure ci-haut
à droite). D’après le principe des tiroirs, une des deux couleurs (disons rouge) est utilisée pour
colorier trois au moins des segments AB, AC, AD, AE et AF. Supposons, sans perte de généralité,
que les segments AB, AC et AD sont coloriés en rouge. Considérons maintenant les trois segments
BC, CD et BD. Si un des ces segments est colorié en rouge (disons par exemple BC), alors le tri-
angle ABC est alors rouge. Si par contre les trois segments sont coloriés en vert, alors le triangle
BCD est vert. En conclusion on a : R(3, 3) = 6. Comme conséquence on a le résultat suivant :
Exemple
⋄ La détermination explcite des nombres de Ramsey bicolore R(p, q) est très difficile pour p et
q ≥ 3. D’ailleurs, le grand mathématicien Erdős disait : « imaginez une force extraterrestre, vi-
goureuse et plus puissante que nous qui atterrit et demande la valeur de R(5, 5) où sinon ils
détruiront notre planète. Dans ce cas, nous devrions regrouper l’ensemble des ordinateurs et tous
nos mathématiciens pour trouver la valeur. Mais supposons, par contre, qu’ils demandent la va-
leur R(6, 6), nous devrions alors tenter de détruire les extraterrestres ». Cependant, on a quelques
estimations comme par exemple le théorème suivant :
Théorème d’Erdős-Szekeres (1935)
On pose n = R(p − 1, q) + R(p, q − 1), alors il suffit de montrer que, pour toute coloration de Gn
en rouge et vert, il existe au moins une p-clique verte ou une q-clique rouge. Si on fixe un sommet
x de Gn , alors il est l’extrémité de n − 1 = R(p − 1, q) + R(p, q − 1) − 1 arêtes dans Gn . Donc, il y a au
moins R(p − 1, q) arêtes vertes ou R(p, q − 1) arêtes rouges parmi ces n − 1 arêtes. On suppose, sans
perte de généralité, qu’il s’agit de la première possibilité (i.e. R(p − 1, q) arêtes vertes). On désigne
par A l’ensemble des sommets de Gn , autres que x, qui sont l’extrémité de l’une de ces R(p − 1, q)
arêtes vertes, alors |A| = R(p − 1, q). Par définition des nombres de Ramsey bicolores, on en déduit
que le graphe complet engendré par les sommets appartenant à A contient soit une (p − 1)-clique
verte, soit une q-clique rouge. Par conséquent, le graphe complet engendré par les sommets de
A ∪ {x} contient au moins une p-clique verte ou une q-clique rouge.
Corollaire
Pour tous les entiers p, q ≥ 2, on a :
!
p+q−2
R(p, q) ≤ .
p−1
Supposons que le résultat est vrai pour tous p, q ≥ 3 tels p + q = n. On suppose, à présent, que p et
q sont des entiers tels que p + q = n + 1, alors
! ! !
p+q−3 p+q−3 p+q−2
R(p, q) ≤ R(p − 1, q) + R(p, q − 1) ≤ + = .
p−2 p−1 p−1
Théorème
Pour tous entiers p, q ≥ 2 tels que R(p − 1, q) et R(p, q − 1) soient pairs on a :
Exemple
Montrer que R(3, 4) = 9. Autrement dit : montrer que parmi 9 personnes, il y en a trois qui
se connaissent deux à deux, ou quatre qui ne se connaissent jamais deux à deux. Montrer
que le résultat est faux pour un nombre strictement inférieur à 9.
On sait que R(2, 4) = 4, et que R(3, 3) = 6. De plus, par le théorème précédent on a : R(3, 4) ≤
4 + 6 − 1 = 9. D’autre part, la figure ci-dessous montre une coloration de G8 sans aucune 3-clique
rouge, ni de 4-clique verte (en trait continu c’est la couleur rouge ; et en pointillés la couleur
verte) :
A H
b b
B
b b G
C b b
F
b b
D E
Exemple
Exemple
⋄ Pour les valeurs connues de R(p, q) on les donne sous la forme du tableau suivant :
valeur de q
1 2 3 4 5 6 7
valeur de p
1 1 1 1 1 1 1 1
2 1 2 3 4 5 6 7
3 1 3 6 9 14 18 23
4 1 4 9 18 × × ×
5 1 5 14 × × × ×
6 1 6 18 × × × ×
7 1 7 23 × × × ×
Exemple
Il y a 3n + 1 personnes inscrites dans un club. Chaque deux personnes peuvent jouer à l’un
des trois jeux suivants : échec, dame, ping-pong. On sait que chacun doit jouer aux échecs
avec n personnes, aux dames avec n personnes, et au ping-pong avec n personnes. Montrer
que parmi les 3n+1 personnes, il y a forcément 3 personnes qui sont respectivement joueur
d’échec, joueur des dames, et joueur de ping-pong.
On représente les 3n + 1 personnes par 3n + 1 sommet. Si deux personnes jouent aux échecs alors
on relie les sommets correspondants par une arête rouge. Si deux personnes jouent aux dames
alors on relie les sommets correspondants par une arête bleue. Si deux personnes jouent au ping-
pong alors on relie les sommets correspondants par une arête noire. On obtient ainsi un graphe
complet 3-colore K3n+1 . On doit montrer qu’il y a un triangle hétérochromatique dans K3n+1 .
Si deux arêtes ayant pour extrémité un sommet commun ne sont pas de la même couleur, alors
on dit que l’angle formé par ces deux arêtes est un angle hétérochrome. Un triangle hétérochrome
est un triangle dont les trois angles sont hétérochromes. Chaque sommet est adjacent à 3n arêtes,
qui sont n rouges, n bleues et n noires respectivement. Donc, le nombre d’angles hétérochromes
induits par un sommet est égal à : 32 n2 = 3n2 . Le graphe complet 3-colore K3n+1 contient 3n2 (3n+
1) angles hétérochromes en tout. D’autre part, le graphe complet K3n+1 contient
!
3n + 1 n(3n + 1)(3n − 1)
=
3 2
triangles en tout. On souhaite appliquer le principe des tiroirs avec ces triangles comme étant les
tiroirs, et les angles hétérochromes comme étant les chaussettes.
Puisque 3n2 (3n + 1) > n(3n + 1)(3n − 1), le nombre d’angle hétérochromes dans le graphe complet
3-colore K3n+1 est plus grand que le double du nombre de triangles, alors par le principe des
tiroirs il doit y avoir un triangle avec 3 angles hétérochromes.
Exemple
Il y a 100 invités dans une salle de réception. Chacun des invités connaît au moins 67 per-
sonnes. Montrer que parmi ces 100 invités il y a 4 personnes telles que deux quelconques
parmi elles se connaissent. (Pologne)
4.11. THÉORIE DE RAMSEY 267
On représente les 100 invités par 100 sommets A1 , A2 , · · · , A100 . On relie chaque deux som-
mets par une arête et on la colorie soit en rouge soit en bleu. L’arête reliant Ai et Aj est rouge si, et
seulement si, Ai et Aj se connaissent mutuellement. On doit montrer que dans le graphe complet
bicolore K100 , si le nombre d’arêtes rouges partant de chaque sommet est ≥ 67, alors K100 contient
un sous-graphe complet K4 .
Soit A1 un sommet. Le nombre d’arêtes rouges issues de ce sommet est ≥ 67, donc il existe forcé-
ment une arête rouge A1 A2 . Puisque le nombre d’arêtes rouges issues de A2 est ≥ 67, le nombre
d’arêtes bleues issues de A1 et A2 est ≤ 32 × 2 = 64. Ils donnent lieu à 66 sommets et il doit exister
un sommet, disons A3 , de sorte que A1 A3 et A2 A3 soient des arêtes rouges. Le nombre d’arêtes
bleues issues de A1 , A2 , A3 est ≤ 32 × 3 = 96 et ces arêtes bleues donnent lieu à 99 sommets. Il doit
y avoir un sommet A4 de sorte que A1 A4 , A2 A4 , A3 A4 soient des arêtes rouges. Par conséquent, le
sous-graphe complet K4 de sommets A1 , A2 , A3 , A4 est rouge.
Exemple
Bi Bk
b b
P
A3
b
P
A1
b
z
P
b
A2
On appelle un segment coloré une arête. On montre, tout d’abord, que toutes les 5 arêtes des bases
inférieure et supérieure ont la même couleur. Supposons, par l’absurde, que la base inférieure
possède une arête rouge et une autre arête verte.
Soit A2 le sommet commun de l’arête rouge A1 A2 , et de l’arête verte A2 A3 (voir figure). Il y a 3
arêtes de la même couleur (par exemple rouge) parmi les arêtes entre A2 et les 5 sommets de la
base supérieure. Comme chaque 3 arêtes d’un pentagone contiennent deux sommets adjacents,
il y a deux sommets voisins dans la base supérieure, Bi et Bk qui sont reliés par une arête rouge
avec A2 . Comme chaque triangle a deux couleurs distinctes, les arêtes A1 Bk et A1 Bi sont vertes,
car sinon on aurait A1 A2 Bi ou A1 A2 Bk des triangles rouges. Mais alors dans le triangle Bi Bk A1 ,
l’arête Bi Bk doit être rouge, une contradiction, car alors le triangle A2 Bi Bk serait rouge. Donc, les
arêtes de la base inférieure sont de la même couleur. Par symétrie, il en est de même pour la base
supérieure.
Maintenant, il reste juste à montrer que les bases supérieures et inférieures ont la même couleur.
Supposons que la base inférieure est rouge. Une des extrémités de l’arête rouge A1 A2 est reliée
au sommet Bi avec une arête verte. Donc, l’un d’eux (disons A1 par exemple) est l’extrémité de 3
arêtes vertes. Deux de ces trois extrémités d’arêtes vertes sont des sommets adjacents, donc l’arête
les reliant (sur la base supérieure) est rouge. Mais alors, toutes les arêtes de la base supérieure sont
rouges comme on l’a prouvé ci-dessus.
268 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
remarque : on a juste utilisé le fait que les bases supérieure et inférieure possèdent un nombre
impair de sommets, on n’a pas utilisé non plus le fait qu’elles sont de la même forme. Notre
preuve s’adapte donc à un cas beaucoup plus général que celui demandé dans l’exercice.
Exemple
Il y a deux compagnies aériennes X et Y qui desservent 10 grandes villes. Pour deux villes
quelconques parmi les dix, il y a seulement une seule compagnie qui propose un vol di-
rect (aller et retour), l’autre compagnie propose un itinéraire avec des escales. Montrer
qu’il doit y avoir une compagnie qui peut proposer deux itinéraires de sorte que les deux
itinéraires proposés ne passent pas par les mêmes villes et chaque itinéraire passe par un
nombre impair de villes.
On représente les 10 villes par les 10 sommets u1 , u2 , · · · , u10 . Si le vol entre ui et uj est as-
suré par la compagnie X, alors on relie ui et uj par une arête rouge ; et si le vol est assuré par
la compagnie Y alors on relie ui et uj par une arête verte. On obtient ainsi un graphe complet
bicolore K10 . Pour résoudre l’exercice, on doit montrer qu’il existe obligatoirement deux triangles
monochromatiques ou des polygones ayant aucune arête commune et un nombre impair d’arêtes
dans K10 .
Le graphe complet bicolore K10 contient un triangle monochromatique. Soit u8 u9 u10 un tri-
angle monochromatique. On sait aussi que les triangles construits avec les sommets u1 , u2 , · · · , u7
doivent contenir un triangle monochromatique (car 7 ≥ 6). Soit u5 u6 u7 un triangle monochro-
matique. Si les deux triangles u5 u6 u7 et u9 u9 u10 ont la même couleur, alors c’est fini. Supposons
alors que u5 u6 u7 est rouge alors que u8 u9 u10 est vert.
Le nombre d’arêtes reliant les ensembles de sommets {u5 , u6 , u7 } et {u8 , u9 , u10 } est égal à 3 × 3 = 9.
D’après le principe des tiroirs, il doit y avoir 5 arêtes de la même couleur (on suppose rouge par
exemple). Les cinq arêtes sont induites par {u8 , u9 , u10 }, donc il doit y avoir une arête qui est ad-
jacente à deux arêtes rouges qui sont u8 u6 et u8 u7 . Comme le montre la figure ci-dessous, il doit
y avoir aussi un autre triangle rouge u6 u7 u8 (la couleur rouge est en trait continu, et la couleur
verte en pointillés) :
u5
b
u6 u7
b b
b u8
u9 u10
b b
Exemple
Dans l’espace, il y a 6 points. On les relie par des segments qui sont soit de couleur rouge
ou de couleur bleue. Montrer qu’il y a forcément 2 triangles monochromatiques.
Dans l’espace il y a 8 points. On les relie entre eux par des segments qu’on colorie avec deux
couleurs différentes. Montrer qu’il existe forcément trois segments de la même couleur et
n’ayant aucun point en commun.
Supposons, par l’absurde, qu’il n’existe pas 3 segments qui ont la même couleur et n’ont au-
cune extrémité en commun. Comme le montre la figure ci-dessous, on suppose, sans perte de
généralité, que A1 A2 est rouge.
A6 A5
b b
A1
A4
b b
A2 A3
b b
A7 A8
b b
Par hypothèse, trois segments A3 A4 , A5 A8 , A6 A7 ne peuvent être tous bleus. On suppose, sans
perte de généralité, que A3 A4 est rouge. Comme A1 A2 et A3 A4 sont rouges, les segments reliant
deux quelconques des points A5 , A6 , A7 , A8 sont tous bleus. De même, les segments reliant deux
points quelconques parmi A1 , A2 , A3 , A4 sont tous rouges. Supposons, sans perte de généralité, que
A1 A6 est bleu, alors A3 A8 doit être rouge. Peu importe la couleur de A4 A5 , on a une contradiction
avec l’hypothèse.
Exemple
Dans l’espace, il y a 6 points. Trois points quelconques ne sont pas les sommets d’un tri-
angle équilatéral. Montrer que parmi tous ces triangles, il existe un triangle dont le côté le
plus court est aussi le côté le plus long d’un autre triangle.
270 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
On colorie le côté le plus court de chaque triangle en rouge et les autres côtés en bleu. Comme
r2 = 6, il existe forcément un triangle monochromatique qui est rouge et dont le côté le plus long
est aussi le côté le plus court d’un autre triangle.
Exemple
On place 9 points distincts sur un cercle. On les relie entre eux par des segments coloriés en
rouge ou en bleu. On suppose que tout triangle, avec les 3 sommets parmi les 9 points sur
le cercle, contient un segment rouge. Montrer qu’il existe 4 points tels que tout segment
reliant deux d’entre eux est rouge.
Démonstration
Considérons le graphe complet n-colore Kn . On fait un coloriage de la façon suivante : on colorie
(x, y) avec la couleur i si, et seulement si, |x − y| est dans le i-ème sous-ensemble. D’après le théorème
D, Krn doit contenir un triangle monochromatique. Supposons que les 3 sommets du triangle sont
tous coloriés avec la couleur j, alors parmi 1, 2, · · · , rn il y a 3 entiers naturels a > b > c tels que :
x = a − c, y = a − b, z = x − y sont tous dans le j-ème sous-ensemble.
Exemple
Une société internationale a ses membres dans 6 pays différents. La liste des membres
contient 1978 noms numérotés 1, 2, · · · , 1978. Montrer qu’il y a au moins un membre dont
le numéro est égal à la somme des numéros de deux membres de son pays, ou égal au
double du numéro de l’un des membres de son pays. (OIM, 1978)
4.11. THÉORIE DE RAMSEY 271
D’après le théorème D on a :
Soit n un entier. Montrer que pour tout nombre premier p suffisamment grand il existe
des entiers x, y et z non divisibles par p et vérifiant l’équation de Fermat :
xn + y n = zn (mod p).
Quel est le plus petit entier n ∈ N∗ vérifiant : pour n nombres irrationnels donnés, il existe
toujours 3 nombres parmi eux tels que la somme de deux quelconques (parmi les 3) est
aussi un nombre irrationnel ?
√ On√montre
√ √que pour n = 4 le résultat tombe en défaut. En effet, considérons
√ √ l’ensemble
√
{ √2, − 2, 3, − 3}, en choisissant 3 quelconques parmi eux, on a alors : 2 + (− 2) = 0 et 3 +
(− 3) = 0 qui est un nombre rationnel. Par conséquent, on a forcément n ≥ 5. Soit {x, y, z, u, v} un
ensemble de 5 nombres irrationnels, on représente ces nombres par 5 sommets. Si la somme de
deux nombres d’entre eux est un nombre irrationnel alors on relie les sommets correspondants
par une arête de couleur rouge. Si la somme est maintenant un nombre rationnel alors on relie
les sommets correspondants par une arête de couleur bleue. On obtient ainsi un graphe complet
bicolore K5 . On montre tout d’abord que K5 ne contient aucun triangle bleu. Supposons, par l’ab-
surde, que xyz est un triangle bleu, alors les trois nombres x + y, y + z, z + x sont tous rationnels.
Par suite
1
x = [(x + y) + (z + x) − (y + z)]
2
est aussi un nombre rationnel, contradiction avec le fait que x est irrationnel. Montrons main-
tenant que K5 ne contient aucun pentagone bleu. Supposons, par l’absurde, que xyzuv est un
pentagone bleu, alors les 5 nombres x + y, y + z, z + u, u + v, v + x sont tous rationnels. D’où
1
x = [(x + y) + (z + u) + (v + x) − (y + z) − (u + v)]
2
est un nombre rationnel, contradiction. Ainsi, K5 ne contient aucun triangle bleu ni pentagone
bleu. Maintenant d’après la figure ci-dessous
272 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
b b
b b
il doit y avoir un triangle rouge. Si xyz est un triangle rouge, alors x + y, y + z, z + x sont tous des
nombres irrationnels. En conclusion, n = 5 est le plus petit entier répondant aux conditions de
l’exercice.
Exemple
Quel est le plus petit entier n ∈ N∗ tel que lorsque Kn est colorié de façon arbitraire avec 2
couleurs, il existe forcément deux triangles monochromatiques ayant la même couleur et
n’ayant aucune arête en commun ?
Comme le montre la figure ci-dessous, en colorant K7 avec deux couleurs (rouge : trait continu,
bleu : trait en pointillés), il y a quatre triangles rouges :
A1 A4 A6 , A2 A4 A6 , A3 A4 A6 , A7 A4 A6 ,
et quatre triangles bleus :
A1 A2 A3 , A2 A3 A7 , A1 A3 A7 , A1 A2 A7 .
A1
b
A7 b b
A2
b b A3
A6
b b
A5 A4
Il est facile de voir que deux triangles monochromatiques quelconques et ayant la même couleur
ont une arête commune. Par suite n ≥ 8.
On va montrer, dans la suite, et en utilisant l’absurde, que n = 8.
On commence par montrer un lemme : si le résultat est faux alors il existe un triangle rouge et
un triangle bleu n’ayant aucun sommet commun. Tout d’abord, K8 qui est bicolore doit contenir
un triangle monochromatique, supposons (sans perte de généralité) que A1 A2 A3 est un triangle
bleu. Parmi A3 A4 A5 A6 A7 A8 il doit exister un triangle monochromatique qui n’est pas bleu. Si ce
triangle rouge contient A3 alors le lemme est vrai. Sinon, supposons que A4 A5 A6 est un triangle
rouge, il y a 9 arêtes reliant les triangles A1 A2 A3 et A4 A5 A6 parmi lesquelles il y a au moins 5
arêtes de la même couleur (on suppose que c’est rouge). Donc, A1 , A2 , A3 sont les extrémités d’au
moins 5 arêtes rouges. Parmi eux, il doit y avoir un sommet qui est l’extrémité d’au moins deux
arêtes rouges. Ce triangle formé par ce sommet et le triangle A1 A2 A3 contient un sommet com-
mun, donc le lemme est vrai.
Revenons maintenant à la démonstration : on raisonne par l’absurde, on suppose le résultat est
faux, alors par le lemme, soient A1 A2 A3 un triangle bleu et A3 A4 A5 un triangle rouge. Considé-
rons les arêtes reliant A1 A4 A6 A7 A8 , parmi elles il n’y a aucun triangle monochromatique. Donc,
K5 est formé d’un cycle bleu de 5 sommets et un cycle rouge de 5 sommets (voir figure ci-dessous,
avec rouge en trait continu et bleu en pointillés) :
4.12. COUPLAGES 273
A7
b
A8 A6
b b
A1 A4
b b
A3
A2
b b A5
4.12 Couplages
En mathématiques, le théorème de Hall ou lemme des mariages est un résultat combinatoire
qui donne une condition nécessaire et suffisante, sur une famille d’ensembles finis, pour qu’il soit
possible de choisir des éléments distincts, un par ensemble. Il a été démontré en 1935 par Philip
Hall (1904-1982) et a été à l’origine de la théorie du couplage dans les graphes. Il se présente,
de manière imagée, sous la forme suivante : supposons que l’on veut marier n filles à n garçons,
de manière à ce que chaque individu aime bien son époux(se), quand est-ce possible ? La réponse
est : cela est possible si, et seulement si, dès qu’on prend un groupe de k filles, alors l’ensemble
des garçons qui aiment bien au moins une des filles de ce groupe est de cardinal ≥ k.
Un autre problème que l’on peut résoudre avec le théorème des mariages de Hall est le suivant :
dans une entreprise employant p ouvriers x1 , x2 , · · · , xp pour q postes de travail y1 , y2 , . . . , yq , chaque
ouvrier est qualifié pour un ou plusieurs de ces postes. Est-il possible d’affecter chacun à un poste
pour lequel il est qualifié ?
Exemple (lemme des mariages)
1 chaque garçon g ∈ G peut choisir une fille ϕ(g) dans l’ensemble Φ(g), de telle sorte
que deux garçons différents ne choisissent jamais la même fille,
2 si un sous-ensemble de garçons possède k éléments, la réunion des ensembles de
filles dans lesquels ils peuvent choisir possède au moins k éléments.
(1) =⇒ (2) ′ ′ ′
[c’est immédiat. Si ϕ est une injection, on a |ϕ(G )| = |G | pour toute partie G de G. Or,
′
ϕ(G ) ⊂ Φ(g), donc
g∈G′
[
|G ′ | = |ϕ(G ′ )| ≤ Φ(g) .
g∈G′
[
(2) =⇒ (1) Avec G ′ = G on voit que Φ(g) ≥ |G| donc, a fortiori, |F| ≥ |G| ou n ≥ m (il y au
g∈G
moins autant de filles que de garçons). Notons M+n l’ensemble des matrices carrées d’ordre n à
coefficients positifs ou nuls. Construisons une matrice A ∈ M+n de la façon suivante : sur les m
premières lignes, le coefficient aij (1 ≤ i ≤ m, 1 ≤ j ≤ n) vaut 1 si le i-ème garçon peut choisir
la j-ème fille, c’est-à-dire f j ∈ Φ(gi ), et vaut 0 sinon. Les coefficients des n − m dernières lignes
valent tous 1. On rappelle que le permanent per(A) d’une matrice A = (ai,j ) ∈ Mn (R) est le réel
X
donné par : per(A) = aσ(1),1 · · · aσ(n),n . Le permanent de notre matrice n’est pas nul, en effet, si
σ∈Sn
on avait per(A) = 0, on pourrait extraire de A une matrice nulle de format s × (n + 1 − s) et cette
matrice serait nécessairement extraite des m premières lignes (donc s ≤ m), notons i1 < i2 < · · · < is
les indices de lignes et j1 < j2 < · · · < jn+1−s les indices de colonnes de cette matrice nulle extraite,
on aurait alors :
s
[ s
[
Φ(gik ) ⊂ F \ {f j1 , · · · , f jn+1−s } donc Φ(gik ) ≤ n − (n + 1 − s) = s − 1 < s,
k=1 k=1
X
ce qui contredit l’assertion (2) avec G ′ = {gi1 , · · · , gis }. Donc, per(A) = aσ(1),1 · · · aσ(n),n , 0, ainsi
σ∈Sn
il existe au moins une permutation σ ∈ Sn telle que aσ(i),i , 0 pour tout i ∈ J1, nK. Par conséquent,
pour tout i ∈ J1, mK, on a ai,σ −1 (i) , 0 et f σ −1 (i) ∈ Φ(gi ).
L’application ϕ : G −→ F, gi 7→ f σ −1 (i) (1 ≤ i ≤ m) vérifie les conditions de l’assertion (1).
Soit G = (V , E) un graphe donné. On dit que G ′ est en couplage avec G si G ′ est un sous-
graphe de G tel que tous ses sommets sont de degré 1.
On dit que G ′ est en couplage parfait avec G si G ′ utilise tous les sommets de G .
Définition (Voisinage)
Soit V ′ un sous-ensemble de V . Le voisinage de V ′ , que l’on note Γ(V ′ ), est l’ensemble des
sommets adjacents à au moins un sommet de V ′ .
☞ Un graphe biparti G = (U, V ; E) admet un couplage parfait si, et seulement si, pour tout
sous-ensemble X de U (de V , respectivement), le nombre de sommets de V (de U, respec-
tivement) adjacents à X est supérieur ou égal à la cardinalité de X.
Démonstration
Notons que si G a un couplage parfait, alors la condition est clairement satisfaite. Montrons la réci-
proque en utilisant la récurrence sur n = |X|. Si n = 1 le résultat est clair. Supposons que le résultat
est vrai pour tout k < n, et soit G un graphe vérifiant les hypothèses et tel que |X| = n. Il y a deux cas
à distinguer : soit il existe un sous-ensemble non vide S X tel que |S| = |Γ(S)| ou il n’existe pas.
⋄ Dans le premier cas, soit T = Γ(S), S ′ = X \ S et T ′ = Y \ T . Notons que le graphe induit par S et
T vérifie les hypothèses et ses composantes ont moins de n sommets, donc il doit y avoir un couplage
parfait dans ce graphe. Soit A ⊂ S ′ , notons que :
Donc, il doit y avoir au moins A sommets n’appartenant pas à T qui sont adjacents à S ∪ A. Puisque
T = Γ(S), ces sommets sont adjacents aux sommets de A. D’où, le graphe induit par S ′ et T ′ vérifient
aussi les hypothèses du théorème et ses composantes ont moins que n sommets. Il contient aussi un
couplage parfait, ceci implique que G contient un couplage parfait.
⋄ Dans le second cas |Γ(S)| ≥ |S| + 1 pour tout les S X non vides. Soit x un sommet quelconque
dans X et y un sommet adjacent à x. Soit T = Y \ {y} et S = X \ {x}. Notons que si S ′ ⊂ S alors
Γ(S ′ ) ≥ |S ′ | + 1, donc il y a au moins |S ′ | sommets différents de y qui sont adjacents à S ′ . Ainsi, le
graphe généré par S et T satisfait les hypothèses du théorème. Puisque ses composantes ont moins
que n sommets il doit avoir un couplage parfait. Si on ajoute l’arête {x, y} à ce couplage, on a alors un
couplage parfait dans G.
Exemple
g1 = {f 1 , f 2 , f 3 }, g2 = {f 4 , f 5 }, g3 = {f 4 }, g4 = {f 5 }, g5 = {f 1 , f 5 }.
Est-il possible de marier chaque garçon avec l’une des filles qu’il préfère ?
On peut répondre à cette question en utilisant le théorème de Hall ci-dessus. Soit G = (A, B; E)
le graphe biparti avec A = {g1 , · · · , g5 } et B = {f 1 , · · · , f 5 } et {gi , f j } est une arête de G si la fille f j
est dans la liste du garçon gi . Chaque garçon peut être marié à l’une des filles qu’il préfère si,
et seulement si, G admet un couplage parfait. Mais, G n’admet pas de couplage parfait, car il ne
276 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
vérifie pas la deuxième condition du théorème de Hall. En effet, avec l’ensemble A′ = {g2 , g3 , g4 }
on a Γ(A′ ) = {f 4 , f 5 } et donc |A′ | > |Γ(A′ )|.
f1 f2 f3 f4 f5
g1 g2 g3 g4 g5
Exemple
On dispose de deux feuilles carrées en papier et d’aire 2003. Chaque feuille est divisée en
2003 polygones d’aire 1 (les divisions peuvent être différentes). Une feuille est placée au
dessus de l’autre. Montrer qu’on peut placer 2003 épingles de sorte que chacun des 4006
polygones soit troué. (Kazakhstan)
Soit G un graphe avec 4006 sommets, chacun représentant un polygone. On place une arête entre
deux sommets si les polygones associés sont dans des feuilles différentes et lorsque, une feuille
est placée au dessus de l’autre, ces deux polygones ont au moins un point en commun. Notons
que si S est un ensemble de k polygones dans la première feuille, ils couvrent une aire égale à k.
Donc, pour les couvrir on a besoin d’au moins k polygones de la deuxième feuille de papier. Ceci
implique la condition de mariage dans le graphe G. On a donc un couplage parfait. En utilisant
ce couplage, on déduit immédiatement où placer les 2003 épingles.
4.13 Exercices
4.13.1 Niveau débutant
Exercice 1 K
Montrer que si G est un graphe connexe à n sommets, alors G possède au moins n−1 arêtes.
Solution. On montre le résultat par récurrence sur n ∈ N∗ . Le résultat est clair pour n = 1 et
n = 2. Soit n ≥ 2 un entier fixé, on suppose que tout graphe connexe de n sommets possède
au moins n − 1 arêtes. Considérons G un graphe connexe à n + 1 sommets, et soit a le nombre
d’arêtes de G. Grâce à la connexité on sait que chaque sommet
X est de degré au moins 1.
⋄ Si chaque sommet est de degré au moins 2, alors 2a = d(A) ≥ 2n, et par suite a ≥ n.
A
⋄ S’il existe un sommet de degré 1, notons le A, alors le graphe induit G ′ obtenu en éliminant A
et l’arête dont il est l’extrémité, est un graphe connexe de n sommets qui possède exactement
une arête de moins que G. Par hypothèse de récurrence, G ′ possède donc au moins n −1 arêtes,
d’où G en possède au moins n, ce qui termine la preuve par récurrence.
Exercice 2 K
Solution.
1. On peut supposer, sans perte de généralité, que le graphe est connexe (sinon se restreindre
4.13. EXERCICES 277
P
à une composante connexe). Soit a le nombre des arêtes du graphe, alors 2a = d(A) ≥ 2n, et
ainsi a > n−1. C’est donc un graphe connexe qui n’est pas un arbre (car un graphe à n sommets
est un arbre si, et seulement si, il est connexe et possède exactement n − 1 arêtes). Par consé-
quent, il possède au moins un cycle.
2. Si chaque graphe induit par chaque composante connexe possédait plus de sommets que
d’arêtes, alors en additionnant le nombre d’arêtes de chaque composante connexe, on obtien-
drait a < n (deux composantes connexes sont deux à deux disjointes, donc, en sommant, on
ne compte jamais un sommet plusieurs fois, ni une arête). Par suite, il existe une composante
connexe qui induit un graphe connexe possédant au moins autant d’arêtes que de sommets.
On déduit, comme ci-dessus, que ce graphe induit possède un cycle, et donc le graphe initial
le possède également.
Exercice 3 K
On appelle coloriage correct tout coloriage de sorte que deux régions ayant une frontière
commune n’aient pas la même couleur. Montrer qu’une carte admet un coloriage correct si,
et seulement si, tous ses sommets sont de degré pair.
Solution. On rappelle que le degré d’un sommet est le nombre d’arêtes qui en partent. Si un
sommet a un nombre impair d’arêtes, alors ne serait-ce que les régions autour de ce sommet
ne peuvent pas être correctement coloriées avec deux couleurs.
Montrons que cette condition est suffisante. On va le montrer par récurrence sur le nombre
d’arêtes. Le résultat est trivial pour des cartes à deux arêtes.
Supposons maintenant le résultat vrai pour toute carte à au plus n arêtes dont les sommets sont
tous de degré pair. Considérons une carte M avec (n + 1) arêtes et dont les sommets sont tous
de degré pair. On part alors d’un sommet A de la carte et on suit des arêtes jusqu’à retomber
sur un sommet déjà rencontré. On efface alors la partie du chemin qui va de B à B. On a alors
une carte M ′ dont les sommets sont de degré pair et avec moins d’arêtes. Par hypothèse de
récurrence, M ′ admet un coloriage correct. On ajoute alors le chemin qu’on vient d’effacer et
on échange les couleurs à l’intérieur ou à l’extérieur du chemin. On obtient ainsi un coloriage
correct de M.
Exercice 4 K
(On appelle tétraèdre quatre sommets joints deux à deux par une arête).
Solution. Le résultat est clair pour n ≤ 3. Supposons l’énoncé vrai avec n sommets. Considé-
rons trois sommets supplémentaires formant un triangle. Ils ne peuvent pas être tous reliés
à un autre point. On aura donc au plus 2n + 3 arêtes en plus. Donc le nombre total d’arêtes
supplémentaires sera :
n2 (n + 3)2
+ 2n + 3 = .
3 3
Exercice 5 K
En France, il y a 39 aéroports internationaux (en 2021). On suppose que dans tout groupe
de 3 aéroports, au moins 2 ne sont pas reliés par un vol direct (aller et retour). Quel est le
nombre maximum de vols directs en France ?
278 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
Solution. On considère le graphe G dont les sommets sont les 39 aéroports. On relie par une
arête deux aéroports reliés par un vol direct. Par hypothèse, le $graphe
% G est sans triangle.
392
D’après le théorème de Turán, le graphe G contient au maximum = 380 arêtes.
4
Exercice 6 K
Solution. La proposition est vraie si une personne a une langue en commun avec chacune
des 1984 autres personnes, car 19844 > 200. On suppose donc qu’il existe une paire {P1 , P2 }
sans langue commune. Chaque paire forme 1983 triplets avec les 1983 personnes restantes.
Chacune de ces personnes a une langue en commun avec, soit P1 , soit P2 , soit les deux. Ainsi,
l’un des deux a une langue en commun avec 992 personnes. Comme P1 parle au plus 5 langues,
l’une d’elles est parlée par au moins 199 des 992. Alors cette langue est parlée au moins par
199 + 1 = 200 personnes, en comptant P1 .
Exercice 7 K
Un ensemble de n personnes est tel que, dans chaque sous-ensemble de quatre d’entre
elles, une personne connaît les trois autres. Montrer qu’il existe une personne qui connaît
toutes les autres. (Si A connaît B, alors B connaît A).
Exercice 8 K
Une fête regroupe n personnes, chacune ayant un ami présent. Dans tout groupe d’au
moins 3 personnes, il n’y a jamais exactement deux paires d’amis. Montrer que chaque
personne est amie avec toutes les autres. (Si A est amie de B, alors B est amie de A).
Solution. Soit G le graphe simple non orienté dont les sommets sont les personnes. Deux som-
mets sont reliés par une arête si, et seulement si, les deux personnes sont amies. Par hypothèse,
tout sommet est de degré ≥ 1 (*), et il n’existe pas de graphe induit possédant exactement 2
arêtes (**). On se propose de montrer que G est complet. Les cas n = 2 (d’après (*)) et n = 3
(d’après (**)) sont immédiats. On suppose alors que n ≥ 4. On suppose, par l’absurde, qu’il
existe deux sommets, A et B, qui ne soient pas reliés. Puisque d(A) ≥ 1, il existe un sommet
C adjacent à A. Si C est adjacent à B, alors d’après (**), A et B sont adjacents (sinon, en consi-
dérant que les sommets A, B, C on aurait un graphe induit possédant exactement deux arêtes).
Contradiction. Donc B et C ne sont pas adjacents. De même, il existe un sommet D adjacent à
B, mais pas à A ni à C. Mais alors, en ne considérant que les sommets A, B, C, D on obtient un
graphe induit qui contredit (**). Finalement, A et B sont adjacents, ce qui termine la preuve.
4.13. EXERCICES 279
Exercice 9 K
Dans un pays il y a au moins 101 villes, et des liaisons aériennes directes (aller-retour)
existent entre certaines d’entre elles. La capitale du pays est ainsi reliée à 100 villes, et
chaque autre ville possède 10 liaisons aériennes différentes. Il est possible de voyager de
n’importe quelle ville à n’importe quelle autre par des laisons aériennes, en transitant
éventuellement par d’autres villes.
Montrer qu’il est possible de fermer la moitié des liaisons aériennes de la capitale tout en
préservant la capacité de voyager d’une ville à l’autre. (Tournoi des villes)
Solution. Soit G le graphe dont les sommets sont les villes et les liaisons aériennes les arêtes.
Soit G ′ le graphe induit obtenu par suppression de la capitale C et des arêtes qui la concernent.
Par hypothèse, G est connexe. Par contre, G ′ ne l’est pas forcément. Quoiqu’il en soit, chaque
composante connexe de G ′ contient au moins un somemt adjacent à C dans G. Dans G ′ , chacun
de ces sommets est de degré 9 (ce qui assure, entre autre qu’une composante connexe contient
au moins 10 sommets), et tous les autres sont de degrés 10. Mais, chaque composante, vue
comme un graphe connexe (non réduit à un sommet), possède un nombre pair de sommets de
degrés impairs, ce qui assure qu’au moins deux sommets sont de degrés impairs dans chaque
composante connexe. Comme C est de degré 100 dans G, le nombre de composantes connexes
de G ′ ne dépasse donc pas 50. On peut alors rétablir la connexité en restorant C et une arête
pour chaque composante connexe. Cela revient à conserver la connexité initiale de G tout en
éliminant au moins 50 arêtes.
Exercice 10 K
Avant la réunion d’un comité, certains de ses 10 membres se sont serrés la main. Est-
il possible que le nombre de poignées de main ait été, dans un certain ordre, égal à
1, 1, 1, 3, 3, 3, 4, 6, 7 et 8 ?
Solution. Considérons les membres du comité comme les sommets d’un graphe, avec deux
sommets adjacents si les personnes correspondantes se serrent la main. Ensuite, si la situation
qui vient d’être décrite avait pu se produire, les degrés des sommets du graphe auraient été,
dans un certain ordre, égaux à 1, 1, 1, 3, 3, 3, 4, 6, 7 et 8. Mais cela contredirait le théorème des
poignées de mains, puisque nous aurions un nombre impair de sommets de degré impair. Par
conséquent, une telle situation ne peut pas avoir lieu.
Exercice 11 K
Soient x1 , x2 , · · · , xn des nombres réels distincts. Quel est le nombre maximal de paires
ordonnées (xi , xj ) telles que : 1 < |xi − xj | < 2.
Solution. Considérons un graphe G de sommets les xi , avec xi relié à xj si, et seulement si,
1 < |xi − xj | < 2. On se propose de montrer que G ne contient pas K3 (i.e., ne contient pas de
triangles). En effet, si xi , xj et xk sont les sommets d’un triangle dans G, avec xi < xj < xk , alors :
ce qui est une contradiction. On conclut, grâce $ au%théorème de Turán, que le nombre maximal
n2
de paires ordonnées (xi , xj ) est au plus égal à .
4
280 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
Exercice 12 K
Dans un pays il y a k villes qui doivent être reliées par un réseau de routes de telle sorte
que les conditions suivantes soient remplies :
(a) chaque route relie directement deux villes.
(b) Il y a exactement k − 1 routes.
(c) 2 villes quelconques peuvent être reliées, pas nécessairement, par une route directe.
Montrer qu’il existe une ville directement reliée à exactement l’une des autres villes.
Solution. Désignons par A1 , A2 , · · · , Ak les villes, et soient x1 , x2 , · · · , xk les routes directes par-
tant de ces villes, respectivement. Il résulte de la condition (b) que :
x1 + x2 + · · · + xk = 2(k − 1).
Il est facile de conclure maintenant qu’il existe un entier positif j ∈ {1, 2, · · · , k}, tel que xj < 2.
De la condition (c), il s’ensuit que xj ≥ 1, et donc xj = 1.
Exercice 1 KK
On se donne 2n points dans l’espace. On trace au total n2 + 1 segments entre ces points.
Montrer qu’il y a au moins un ensemble de trois points reliés deux à deux.
Exercice 2 KK
1 On place n points dans l’espace de sorte que quatre d’entre eux ne soient jamais
coplanaires. On connecte alors certains de ces points par des segments et on forme
un graphe G avec k arêtes. Montrer que si G ne contient pas de triangle, alors :
$ 2%
n
k ≤ .
4
2 Une planète est divisée en 20 pays. Parmi chaque triplet de pays, il y en a toujours
deux qui n’entretiennent pas de relations diplomatiques. Montrer qu’il y a au plus
200 ambassades sur cette planète.
Solution.
1. Soit m le plus grand nombre possible de voisins qu’ont les points de la figure et soit p
4.13. EXERCICES 281
un point réalisant ce maximum. On peut alors partitionner les points en deux groupes A =
{p1 , · · · , pm } et B = {p, q1 , · · · , qn−m−1 } où l’ensemble A est constitué des points reliés à p. Aucun
des points de A n’est joint à un autre puisque G ne contient pas de triangle. Donc les éléments
de A ne peuvent être reliés qu’à des éléments de B. Chaque élément de B pouvant avoir au
plus m voisins, on trouve la relation :
2
n2 n n2
k ≤ m(n − m) = − −m ≤ .
4 2 4
n n+1
On a égalité lorsque n est pair et que m = . Autrement, le maximum est atteint pour m =
2 2
n+1 n−1
et les deux partitions ont alors respectivement et éléments.
2 2
2. Il s’agit de la question dernière avec n = 20. Remarquons qu’à chaque paire de pays amis, il
faut associer deux ambassades.
Exercice 3 KK
On considère un graphe quelconque. Montrer qu’il est possible de colorier chacun de ses
sommets en noir ou en blanc de sorte qu’au moins la moitié des voisins de chaque sommet
noir (respectivement blanc) est blanc (respectivement noir).
Solution. Colorions les sommets du graphe en noir et blanc de manière arbitraire. Considé-
rons maintenant les sommets un par un. Chaque fois qu’un sommet a plus de voisins de sa
propre couleur que de l’autre, on change sa couleur. Par ce procédé, on augmente strictement
le nombre d’arêtes reliant des sommets de couleurs opposées. Donc tout coloriage qui a un
nombre maximum de telles arêtes répond à la question.
Exercice 4 KK
Soit G un graphe tel que tous ses sommets ont un degré ≥ 3. Montrer que G possède au
moins un cycle pair. (Olympiade Balkanique)
Solution. Soit v1 , v2 , · · · , vk le plus long chemin dans le graphe. Le sommet v1 est adjacent à au
moins 3 sommets, donc à au moins deux sommets différents de v2 . Ces deux sommets doivent
être dans le chemin, car sinon on a une contradiction avec la maximalité. Donc, v1 est adjacent
à v2 , vi , vj . D’après le principe des tiroirs, deux des nombres 2, i, j ont la même parité. La section
du chemin entre leurs sommets correspondants et v1 donne lieu au cycle recherché.
Exercice 5 KK
Peut-on dessiner à l’intérieur d’un pentagone une carte composée de triangles de sorte que
chaque sommet ait un degré pair ?
Solution. Supposons qu’une telle carte existe. Comme le degré en chaque sommet est pair, on
peut colorier le plan en rouge et bleu de sorte que les pays ayant une frontière commune soient
coloriés différemment. Colorions l’extérieur du pentagone en rouge et supposons que l’on ait
r triangles rouges et b triangles bleus. On compte le nombre d’arêtes k de deux manières :
– chaque triangle bleu est borné par trois arêtes. De cette façon, chaque arête est comptée une
fois, donc k = 3b ;
– les pays rouges sont bornés par k = 3r + 5 arêtes.
Donc, 3b = 3r + 5, ce qui est impossible.
282 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
Exercice 6 KK
Solution. Soit n > 4. On peut choisir un sommet s1 de n façons. On relie ses voisins via une dia-
gonale d1 . On choisit la diagonale suivante parmi deux : d2 = s3 sn , ou d2 = s2 sn−1 . De même, on
choisit les diagonales d3 , · · · , dn−3 parmi deux. Il y a donc n · 2n−4 façons de choisir un sommet
s1 et les diagonales d1 , · · · , dn−3 . Chacune de ces triangulations comporte exactement deux tri-
angles ayant deux côtés communs (donc voisins) avec le n-gone (parce qu’on a n − 2 triangles
et n sommets en tout). On a donc compté chaque triangulation deux fois. La réponse est donc
n · 2n−5 , ce que l’on peut vérifier facilement pour n = 4.
Exercice 7 KK
Soit S un ensemble de n ≥ 3 points dans l’espace. Les segments joignant ces points sont de
longueurs toutes distinctes et on colorie r de ces segments en rouge. Soit m le plus petit
entier pour lequel m ≥ 2· nr . Montrer qu’il existe toujours un chemin de m segments rouges
dont les longueurs sont croissantes. (Allemagne)
Solution. Considérons le sous-graphe composé des segments rouges. Plaçons un routard sur
chaque sommet. Tout d’abord, les routards aux extrémités du segment le plus court échangent
de place. Puis ceux aux extrémités du deuxième segment le plus court échangent de place. Puis
ceux aux extrémités du troisième segment le plus court échangent de place, et ainsi de suite.
Comme chacun des r segments a été traversé par exactement 2 routards, ils ont parcouru en
tout 2r segments. Donc au moins l’un des n routards a traversé plus de 2r/n segments. Comme
le chemin de chaque routard est constitué de segments contigus de longueurs croissantes, on
a montré l’existence d’un chemin d’au moins m segments rouges de longueurs croissantes.
Exercice 8 KK
Deux cavaliers noirs sont placés dans les coins du bas d’un échiquier 3 × 3 et deux ca-
valiers blancs, dans les coins du haut. Le but du jeu est d’échanger les cavaliers par des
mouvements autorisés sur des cases libres. Trouver le nombre minimum de mouvements
nécessaires.
Solution. On transforme le problème tel qu’il est posé (figure à gauche) en le graphe de la
figure à droite.
a C d a B
D B
b A c
A b
d C
D c
Exercice 9 KK
Montrer que dans un ensemble E de 2n personnes, il y en a deux qui ont un nombre pair
d’amis communs.
Exercice 10 KK
Montrer que, dans tout groupe de 50 personnes, il en existe toujours au moins deux qui
ont un nombre pair (éventuellement nul) de connaissances communes dans le groupe.
(L’amitié est supposée réciproque). (Tournoi des villes)
Solution. Considérons le graphe simple G dont les sommets sont les personnes, deux étant re-
liés si les personnes correspondantes se connaissent. On appelle lien tout chemin de longueur
2. Le but est de montrer qu’il existe deux sommets reliés par un nombre pair de liens. On
suppose, par l’absurde, que deux sommets quelconques soient toujours reliés par un nombre
impair de liens. Soit M un sommet arbitraire, on répartit alors les autres sommets en deux
groupes : le groupe A contenant les sommets adjacents à M, et le groupe B des sommets qui
ne sont pas adjacents à M. Chaque sommet A ∈ A n’a de lien avec M que via un autre som-
met de A. Il en découle que dans le graphe induit par A, ce sommet A est de degré impair.
Ceci étant vrai pour chaque A ∈ A, il faut donc que A contienne un nombre pair de sommets,
et alors d(M) est pair. Puisque M a été choisi de façon arbitraire, on en déduit que chaque
sommet de G est de degré pair. Reconsidérons le sommet M, d’après ce qui précède, chaque
sommet A ∈ A est de degré pair, est adjacent à M, et il y a un nombre impair de sommets qui
lui sont adjacents dans A. Il doit donc avoir un nombre pair de sommets qui lui sont adjacents
dans B. Par suite, le nombre total d’arêtes qui relient un sommet de A et un sommet de B
est pair. Enfin, tout sommet de B n’a de liens avec M que via un sommet de A. Donc, il doit
être adjacent à un nombre impairs de sommets de A. Par suite B doit lui aussi contenir un
nombre pair de sommets. Mais alors |A| + |B| + 1 est impair, et ne peut donc être égal à 50.
Contradiction. Ce qui termine la preuve par l’absurde.
Exercice 11 KK
Dans un pays, 11 villes sont reliées deux à deux directement soit par une autoroute soit
par une ligne de chemin de fer (qui fonctionnent dans les deux sens). Montrer qu’il existe
forcément un pont sur lequel soit une autoroute passe au-dessus d’une autre, soit une voie
de chemin de fer passe au-dessus d’une autre. (Russie)
Solution. Supposons, par l’absurde, qu’il n’existe pas une autoroute qui passe au-dessus d’une
autre, ni une voie de chemin de fer qui passe au-dessus d’une autre. Il y a 11 villes reliées
284 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
deux à deux, d’où 55 liaisons de deux natures (train ou route). D’après le principe des tiroirs il
existe donc au moins 28 liaisons d’une même nature. Par symétrie des rôles, on peut supposer
qu’il y a au moins 28 autoroutes. Considérons alors le graphe simple G dont les sommets sont
les villes et les arêtes sont les routes. De notre hypothèse on déduit que G est planaire. Donc,
a ≤ 3s − 6, or ici 3s − 6 = 27 < 28 ≤ a. Contradiction.
Exercice 12 KK
Soient P1 , P2 , · · · , Pn des points distincts du plan. On note d la plus petite distance non nulle
entre deux de ces points. Montrer qu’il n’y a pas plus de 3n−6 paires {Pi , Pj } pour lesquelles
Pi Pj = d.
Solution. Considérons le graphe G dont les sommets sont les n points, deux reliés par une arête
si, et seulement si, ils sont à une distance d l’un de l’autre. Montrons que G est un graphe
planaire. Plus précisément, on montre que la représentation de G pour laquelle l’arête {Pi , Pj }
est le segment [Pi , Pj ] est planaire.
Supposons, par l’absurde, par exemple que les segments ouverts ]P1 , P2 [ et ]P3 , P4 [ aient le point
O en commun. Notons que les deux segments ne peuvent se rencontrer qu’en O sans quoi l’une
des distances P2 P3 ou P2 P4 serait strictement inférieure à d. L’inégalité triangulaire permet
d’affirmer que OP1 + OP3 > P1 P3 et OP2 + OP4 > P2 P4 , d’où :
Donc, l’une des distances P1 P3 , P2 P4 est strictement inférieure à d, ce qui contredit la mini-
malité de d. Ainsi, la représentation ci-dessus de G est bien planaire. Comme G possède n
sommets, le nombre d’arêtes ne dépasse pas 3n − 6, ce qui est la conclusion désirée.
Exercice 13 KK
On dispose 21 points sur un cercle. Montrer que, parmi les cordes qui relient deux quel-
conques de ces points, au moins 100 définissent un angle au centre du cercle ne dépassant
pas 120◦ .
Solution. Soit G le graphe dont les sommets sont les points, deux étant reliés par une arête
si, et seulement si, la corde qu’ils définissent sous-tend un angle au centre dépassant 120◦ .
Soient A, B, C trois des points, que l’on suppose disposés dans cet ordre sur le cercle (sens
trigonométrique). Comme l’angle autour du centre O du cercle est de 360◦ = 3 × 120◦ , il est
facile de vérifier que ces points ne peuvent être deux à deux reliés par une arête dans le graphe.
Cela signifie que G est sans triangle. D’après le théorème de Turán on sait que G ne possède
2
pas plus de 214 arêtes. Par suite, le nombre x de cordes qui définissent un angle ne dépassant
◦
pas 120 , i.e., le nombre de couples non reliés par une arête, est au moins égal à :
21 × 20 212 399
− = = 99, 75.
4 4 4
Comme x est évidemment un entier, on a donc x ≥ 100.
Exercice 14 KK
Solution. On construit un graphe G dont les sommets sont les 20 équipes, en reliant deux
sommets par une arête rouge si, et seulement si, ils correspondent à deux équipes qui se sont
affrontées le premier jour, et par une arête verte pour le second jour. Ainsi, chaque sommet
est l’extrémité d’exactement une arête rouge et une arête verte, et donc a pour degré 2. Dans
chaque composante connexe, en partant d’un sommet arbitraire, et en suivant alternativement
une arête rouge et une arête verte, on parcourt ainsi un cycle eulérien, qui est également un
cycle hamiltonien. La bicoloration assure que ce cycle est de longueur paire. En choisissant un
sommet sur deux dans chacun de ces cycles, on obtient alors 10 sommets indépendants qui
représentent bien 10 équipes dont deux quelconques ne se sont pas encore affrontées.
Exercice 15 KK
Le roi Arthur fait asseoir ses 2n chevaliers autour d’une table ronde. Chacun des chevaliers
possède au plus n − 1 ennemis parmi les autres chevaliers. Montrer que Merlin l’Enchan-
teur peut trouver un arrangement des 2n chevaliers de sorte qu’aucun ne soit assis à côté
d’un de ses ennemis (bien sûr, l’animosité est réciproque, et seuls les chevaliers s’assoient
autour de la table). (Russie)
Solution. Considérons le graphe dont les sommets sont les chevaliers, deux étant reliés par une
arête si, et seulement si, ils ne sont pas ennemis (on dira donc qu’ils sont amis). Il s’agit donc
de prouver que ce graphe est hamiltonien. Le théorème de Dirac permet alors de conclure.
Exercice 16 KK
Or, comme aucun homme n’est membre de trois, ou plus, de patrouilles, alors seuls les deux
premiers termes de la somme ci-dessus sont non nuls, ainsi :
X X !
11
n = |Ai | − |Ai ∩ Aj | = 11k − = 11k − 55.
2
i i<j
Comptons, maintenant, le nombre d’arêtes de notre graphe (biparti) de deux manières diffé-
rentes : d’une part, puisque chaque homme est de degré 2, nous avons un total de 2n arêtes ;
par contre, comme chaque patrouille est de degré k, le nombre d’arêtes est égal à 11k. Ainsi,
2n = 11k. Finalement, en résolvant le système d’équations :
n = 11k − 55
2n = 11k
on obtient n = 55 et k = 10.
286 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
Exercice 17 KK
Solution. Regardons la situation posée comme un graphe biparti G, avec les éléments des en-
sembles indépendants, formés de sommets, sont les élèves et les problèmes, et tel qu’un élève
et un problème sont adjacents si, et seulement si, l’élève a résolu le problème. Si chaque pro-
blème a été résolu par k élèves, en appliquant un double comptage on conclut que k = 2x .
Maintenant, soit E l’ensemble des étudiants, e ∈ E et P l’ensemble des y problèmes résolus
par e. Si H est le sous-graphe de G induit par (E \ {e}) ∪ P, alors H
est aussi biparti ; en appli-
quant un double comptage à H on conclut que 3(x − 1) = y 2x − 1 . On conclut finalement que
(x, y) = (4, 9) ou (x, y) = (8, 7).
Exercice 18 KK
Montrer qu’il est impossible de placer les nombres 1, 2, 3, · · · , 13 autour d’un cercle de
sorte que, pour deux nombres voisins x et y, on ait : 3 ≤ |x − y| ≤ 5. (Hongrie)
Solution. Supposons, par l’absurde, qu’il existe un moyen de placer les nombres donnés
comme indiqué, et considérons le graphe G = (V ; E) tel que V = {1, 2, · · · , 13} et {x, y} ∈ E
si, et seulement si, x et y sont voisins dans le cercle. Alors, G a 13 sommets et 13 arêtes,
et tous les sommets sont de degré 2. Maintenant, regardons les ensembles de sommets
A = {1, 2, 3, 4, 10, 11, 12, 13} et B = {5, 6, 7, 8, 9} ; nous pouvons avoir au plus deux arêtes joignant
des paires d’éléments de A : une joignant 1 et 4 et une autre joignant 10 et 13. Puisque nous
avons 13 arêtes au total, deux d’entre elles partant de chaque sommet, nous concluons qu’au
moins 4 · 2 + 4 · 1 = 12 arêtes relient des éléments de A à des éléments de B. Puisque B a cinq
éléments, le principe des tiroirs garantit qu’au moins l’un d’entre eux doit recevoir au moins
trois arêtes, ce qui est absurde.
Exercice 19 KK
Un bâtiment rectangulaire est formé de deux rangées de quinze pièces carrées (situées
comme les carrés unités de deux rangées adjacentes d’un échiquier ordinaire). Chaque
pièce a une, deux ou trois portes, qui mènent respectivement à une, deux ou trois pièces
adjacentes. On sait que les portes sont réparties de telle manière qu’il est toujours possible
de passer d’une pièce à une autre sans sortir du bâtiment. Calculer le nombre de façons
distinctes de distribuer les portes le long du bâtiment. (Autriche-Pologne)
Exercice 20 KK
Dans une ville il y a au moins deux lignes de bus et un ensemble d’arrêts (de bus) de sorte
que les conditions suivantes soient remplies :
(a) deux arrêts quelconques de bus sont reliés par une ligne.
(b) Pour deux lignes quelconques , il y a exactement un arrêt de bus en commun.
(c) Sur chaque ligne, il y a exactement n arrêts de bus.
Combien de lignes de bus y a-t-il ?
Solution. On monre qu’exactement n lignes de bus passent par chaque arrêt de bus. Soit l1 une
ligne de bus choisie arbitrairement, et A1 , A2 , · · · , An représentent tous les arrêts de bus de la
ligne l1 . Soit B un arrêt de bus qui n’est pas sur la ligne l1 . L’existence d’un tel arrêt de bus
découle des conditions données. Il résulte de la condition (b) que chaque ligne de bus qui passe
par B a exactement un arrêt de bus sur la ligne l1 . Il résulte de la condition (a) que pour tout
k ∈ {1, 2, · · · , n}, il existe une ligne de bus qui relie B et Ak . Par conséquent, il y a exactement
n lignes de bus qui passent par B. Considérons un arrêt de bus Ak sur la ligne de bus l1 , et
supposons que Aj , Ak . Soit l2 la ligne de bus qui relie B et Aj . Il découle de la condition (b)
que Ak n’est pas sur la ligne de bus l2 (car l2 passe par n arrêts de bus). De manière analogue,
on montre qu’il y a exactement n lignes de bus qui passent par Ak . Maintenant, il est facile de
conclure que, pour tout j ∈ {1, 2, · · · , n}, il y a exactement n − 1 lignes de bus différentes de l1
qui passent par Aj . D’après la condition (b), toutes ces lignes de bus sont différentes les unes
des autres. Il s’ensuit que le nombre total de lignes de bus est : n(n − 1) + 1.
Exercice 21 KK
Solution. Soit l1 une ligne de bus, et supposons qu’il y ait exactement n arrêts de bus sur la
ligne l1 , avec n ≥ 3. Soit B un arrêt de bus qui n’est pas sur la ligne l1 . De la même manière que
dans l’exercice précédent, on conclut qu’il y a exactement n lignes qui passent par B. Soit l2
une ligne de bus différente de l1 . Il découle de la condition (b) qu’il y a exactement un arrêt de
bus commun aux lignes l1 et l2 . Notons cet arrêt de bus par A. Soient B1 et B2 des arrêts de bus
sur les lignes l1 et l2 , respectivement, tels que B1 , A et B2 , A. Il résulte de la condition (a)
qu’il existe une ligne l3 , telle que l3 passe par B1 et B2 . Il découle de la condition (b) que l3 , l1
et l3 , l2 . Il découle de la condition (c) qu’il y a un arrêt de bus X sur la ligne l3 , tel que X , B1 ,
et X , B2 . Puisque X n’est pas sur la ligne l1 , il y a exactement n lignes qui passent par X.
Chaque ligne passant par X a exactement un arrêt de bus sur la ligne l2 , et pour chaque arrêt
de bus sur la ligne l2 , il y a une ligne qui la relie à X. Par conséquent, il y a exactement n arrêts
de bus sur la ligne l2 également. Puisque chaque ligne a exactement n arrêts de bus, il résulte
de l’exercice précédent que le nombre total d’arrêts de bus est n(n − 1) + 1. Par conséquent,
n(n − 1) + 1 = 57, c’est-à-dire n = 8.
Exercice 22 KK
Chaque ville d’un pays est reliée à exactement trois autres villes par des vols directs. On
peut voyager, par avion, de chaque ville à n’importe quelle autre ville avec au moins une
correspondance (i.e., une escale). Déterminer le nombre maximal de villes dans ce pays.
288 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
Solution. Notons par 1, 2, · · · , n les villes, où n ∈ N∗ est l’inconnue. Supposons que la ville 1 est
reliée par un vol direct aux villes 2, 3 et 4. Le nombre de villes qui peuvent être visitées en
partant de 1, en plus de 2, 3 ou 4, avec un vol supplémentaire est d’au plus 6. Par conséquent,
il n’y a pas plus de 1 + 3 + 6 = 10 villes dans ce pays. Dix villes peuvent être reliées par des
compagnies aériennes en vérifiant les conditions de l’exercice comme le montre la figure ci-
dessous :
7 6
8 3 2 5
9 4 10
Exercice 23 KK
Dans un pays, le réseau routier est construit de sorte qu’il y a exactement trois routes au
départ de n’importe quelle ville. Un passager part de la ville A en empruntant l’une des
trois routes possibles. Lorsqu’il arrive dans la ville voisine, il tourne à gauche, dans la
ville suivante il tourne à droite, puis dans la ville d’après il tourne à gauche, etc. Montrer
qu’après un certain moment le passager reviendra dans la ville A.
Solution. Supposons que le passager commence le voyage à l’instant 0. Notons les moments
de changement de direction par 1, 2, 3, · · · . Un chemin direct est une route qui relie deux villes,
mais ne passe pas par une troisième ville. Soit n le nombre total de chemins directs. Après un
long moment, le passager empruntera 4n + 1 trajets directs. Il s’ensuit que le passager emprun-
tera un trajet direct qui relie deux villes, disons A et B, au moins 5 fois. On déduit également
que le passager empruntera ce chemin dans une direction donnée, disons de A vers B, au moins
3 fois. Le passager choisira deux fois la même direction en B, par exemple, il tournera deux
fois vers la droite. Supposons que cela se produise aux instants i et j, avec i < j. On conclut
que le passager tournera vers la gauche aux instants i − 1 et j − 1, il tournera vers la droite aux
instants i − 2 et j − 2, etc. Il s’ensuit que la route que prend le passager à partir de l’instant 0
jusqu’à l’instant i est la même que le chemin qu’il emprunte du moment j − i au moment j.
Par conséquent, le passager sera dans sa propre ville au moment j − i.
Exercice 1 KKK
On colorie en deux couleurs les points des côtés d’un triangle équilatéral. Existe-t-il sur
son périmètre trois points d’une même couleur formant un triangle rectangle ?(OIM, 1983)
Solution. Supposons qu’il n’y ait pas de triangle rectangle avec des sommets de la même cou-
leur. Partitionnons alors chaque côté du triangle équilatéral en trois parties de longueurs
égales. Les points de séparation sont les sommets d’un hexagone régulier. Si deux sommets op-
posés sont de la même couleur alors tous les autres sont de la couleur opposée et on trouve un
triangle rectangle monochromatique. Supposons maintenant que les sommets opposés aient
tous des couleurs différentes, alors il existe deux sommets appartenant au même côté du tri-
angle qui sont de couleur différente. Alors les points de ce côté, à part les deux points pré-cités,
ne peuvent être ni de l’une ni de l’autre couleur, ce qui est impossible. On obtient ainsi une
contradiction.
4.13. EXERCICES 289
Exercice 2 KKK
Soit A un sous-ensemble de l’ensemble S = {1, 2, · · · , 1 000 000} ayant exactement 101 élé-
ments. Montrer qu’il existe des nombres t1 , t2 , · · · , t100 dans S, tels que les ensembles
Aj = {x + tj : x ∈ A} pour j = 1, 2, · · · , 100 soient deux à deux disjoints. (OIM, 2003)
Solution. Considérons un graphe à 106 sommets notés 1, 2, · · · , 106 . On relie les sommets i et j
par une arête si les ensembles A + i et A + j sont disjoints. Alors, un sommet i est lié à j si, et
seulement si, i − j n’est pas de la forme a − a′ , où a et a′ sont distincts dans A. Or, il existe au
plus 101 × 100 telles différences a − a′ , donc un sommet a admet au moins 106 − 101 × 100 − 1
voisins dans le graphe. Il existe donc au moins
1
· 106 · 106 − 101 × 100 − 1 arêtes dans le graphe.
2
Le problème demande de prouver que le graphe possède un sous-graphe complet de 100 som-
mets, ceci est vrai d’après le théorème de Turán puisque :
1 98 1012
· 106 · 106 − 101 × 100 − 1 > · i.e. 106 > 99 + 99 × 10 100 = 106 − 1 vraie.
2 99 2
Exercice 3 KKK
Soit G un graphe de n sommets. Montrer que G est biparti si, et seulement si, il ne possède
pas de cycles de longueur impaire. (Théorème de Kőnig)
Solution.
(=⇒) Comme tout fait alterner un sommet d’un groupe et un sommet de l’autre groupe, alors
il est clair que l’on ne peut revenir en un même sommet qu’en ayant utilisé un nombre pair
d’arêtes intermédiaires. Par conséquent, un cycle ne peut qu’être de longueur paire.
(⇐=) On va construire une bipartition de G, pour cela on remarque tout d’abord qu’il suffit
de construire une telle bipartition sur chaque composante connexe, car ensuite nous n’aurons
plus qu’à répartir les deux groupes de sommets indépendants sur chaque composante pour
former les deux groupes cherchés sur G lui-même. Ainsi, il suffit de montrer le résultat pour
un graphe G que l’on peut supposer connexe.
Soit A un sommet arbitraire, on note pour tout sommet X, éventuellement X = A, d(X, A) la
distance entre X et A, i.e., la longueur minimale d’un chemin reliant X et A (par définition
d(A, A) = 0). Grâce à la connexité de G on est sûr que d(X, A) est bien défini.
On note respectivement par P et I l’ensemble des sommets dont la distance à A est respec-
tivement paire ou impaire. Alors, P et I forment une partition de l’ensemble des sommets.
Supposons qu’il existe deux sommets X, Y ∈ P qui soient reliés par une arête, alors en utili-
sant un chemin de longueur minimale qui relie A à X, puis l’arête XY , et enfin un chemin de
longueur minimale qui relie Y à A, on crée ainsi un cycle de longueur impaire, contradiction
avec l’hypothèse de départ. D’où, P est un ensemble de sommets indépendants. Un raisonne-
ment analogue montre qu’il en est de même pour I .
remarque : il y a une autre formulation équivalente du théorème de Kőnig : G admet une
bicoloration si, et seulement si, il ne possède pas de cycles de longueur impaire. Les deux
formulations sont équivalentes puisque : si G est biparti alors il suffit de colorier chacun des
deux groupes de sommets indépendants d’une seule couleur pour obtenir une 2-coloration.
Réciproquement, si une 2-coloration existe, les deux groupes formés par les sommets d’une
même couleur donnent la bipartition désirée.
290 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
Exercice 4 KKK
Exercice 5 KKK
Des élèves ont passé une série d’examens portant sur n ≥ 3 matières. Pour chacune des
matières, exactement trois des élèves ont eu la meilleure note dans cette matière, et pour
deux matières différentes quelconques, un et un seul élève a eu la meilleure note dans ces
deux matières. Quel est le plus petit entier n pour lequel ces conditions impliquent qu’un
même élève ait eu la meilleure note dans chacune des matières. (Hong-Kong)
A B C D E F G
1 ⋆ ⋆ ⋆
2 ⋆ ⋆ ⋆
3 ⋆ ⋆ ⋆
4 ⋆ ⋆ ⋆
5 ⋆ ⋆ ⋆
6 ⋆ ⋆ ⋆
7 ⋆ ⋆ ⋆
On construit le graphe G dont les sommets sont les élèves. Deux tels sommets sont reliés par
une arête si, et seulement si, les élèves correspondants ont eu la meilleure note dans une ma-
tière donnée. D’où, chaque matière correspond à un triangle unique auquel on attribue une
couleur différente. Comme pour deux matières quelconques, il n’y a pas deux élèves qui ont
les meilleures notes dans ces deux matières à la fois, alors chaque arête du graphe appartient à
un et un seul des triangles associés, et est donc coloriée d’une seule couleur. De plus, puisque
pour deux matières quelconques, il y a toujours un et un seul élève qui a eu les meilleures
notes dans ces deux matières, alors deux triangles monochromatiques ont toujours un et un
seul sommet en commun.
Si quatre triangles monochromatiques ont un sommet commun X alors tous les triangles mo-
nochromatiques ont ce sommet puisque, dans le cas contraire, un cinquième triangle mono-
chromatique devrait posséder un sommet commun différent avec chacun des autres triangles
4.13. EXERCICES 291
Exercice 6 KKK
Solution. On considère un graphe avec un sommet par personne (soit 6n sommets en tout), et
on relie deux sommets par une arête si, et seulement si, les deux personnes sont assises avec
exactement une personne entre elles. On obtient alors une réunion de deux cycles disjoints
de longueures 3n (les personnes assises à une place paire et les personnes assises à une place
impaire). On colorie les sommets avec 3 couleurs selon la nationalité (Française, Allemande
ou Anglaise). Notons que s’il y a deux sommets adjacents et avec la même couleur, alors la
personne entre elles est debout, et sinon la personne entre elles est assise. On veut maximiser
le nombre de sommets adjacents et de la même couleur. Considérons un des deux cycles,
comme il y a seulement 2n sommets de chaque couleur, il ne peut pas être monochromatique.
Soit v0 un sommet de ce cycle, on commence en v0 et on se promène le long du cycle jusqu’à
atteindre un sommet d’une autre couleur. On peut faire cela de deux façons différentes, une
par direction dans le cycle (selon le sens qu’on choisit pour notre promenade). Notons que
lorsqu’on trouve un sommet d’une couleur différente pour la première fois, on utilise une
arête différente selon le sens de notre promenade le long du cycle.
Donc, dans ce cycle, on a au moins deux personnes assises. En faisant la même chose pour
l’autre cycle, on déduit qu’il y a au plus 6n−4 personnes debouts. Pour montrer que ce nombre
de 6n − 4 est atteint on procède comme suit : on colorie dans un cycle 2n sommets consécutifs
en rouge, les 2n sommets consécutifs suivant en vert, et le reste des sommets en bleu. On
fait asseoir les personnes selon les nationalités, on obtient un arrangement où seulement 4
personnes sont assises.
En conclusion, le nombre maximal de personnes qui peuvent se lever est égal à 6n − 4.
Exercice 7 KKK
Supposons que n mathématiciens assistent à une conférence. Certains d’entre eux sont
amis avec d’autres. L’amitié est une relation symétrique (si A est un ami de B, alors B est
un ami de A). Pour deux mathématiciens qui ne sont pas amis, il y a exactement deux amis
communs et pour deux amis, il n’y a pas d’ami commun. Montrer que tous les mathéma-
ticiens ont le même nombre d’amis parmi les participants à la conférence.
Solution.
(a) Soient A et B deux amis. Supposons que A1 , A2 , · · · , An , B sont tous des amis de A. Alors, il
n’y en a pas deux parmi A1 , A2 , · · · , An , B qui sont amis. Puisque A1 et B ne sont pas amis, il
s’ensuit qu’ils ont deux amis communs, disons A et B1 . Alors B1 et A ne sont pas amis, et donc
l’ensemble de leurs amis communs est {A1 , B}. On déduit qu’aucun de A2 , A3 , · · · , An n’est un
ami de B1 . De manière analogue, on montre qu’il y a un B2 , B1 , tel que B2 est un ami commun
de A2 et B, etc. On conclut qu’il y a n mathématiciens, B1 , A, B2 , A, · · · , et Bn , A, de sorte
qu’ils soient amis de B. Il s’ensuit que le nombre d’amis de B n’est pas inférieur au nombre
d’amis de A. De même, le nombre d’amis de A n’est pas inférieur au nombre de amis de B. On
292 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
Exercice 8 KKK
Il y a un groupe de 80 touristes tels que parmi trois quelconques d’entre eux, il y a deux
qui ne se connaissent pas. On suppose que, peu importe la façon avec laquelle on place
les 80 touristes dans 2 autocars, il y aura toujours deux touristes qui sont dans le même
autocar et qui se connaissent. Montrer qu’il y a un touriste qui connaît au plus 32 autres
touristes.
Solution. On va résoudre l’exercice dans le cas général où 80 est remplacé par n, et 32 remplacé
2n
par .
5
On considère un graphe avec un sommet par touriste, et une arête reliant deux sommets si les
touristes correspondants se connaissent. La première condition de l’exercice nous dit qu’il n’y
a pas de triangles ; et la seconde condition de l’exercice nous dit que le graphe n’est pas biparti.
Comme le graphe n’est pas biparti, alors d’après le théorème de Kőnig, il y a au moins un cycle
impair. Soit (v0 , v1 , v2 , · · · , vk = v0 ) le plus court cycle impair. Puisqu’il n’y a pas de triangles
alors k ≥ 5. Supposons qu’un sommet en dehors du cycle est adjacent à deux sommets (vi
et vj ) dans le cycle. On sait que vi et vj divisent le cycle en deux parties, l’une de longeur
paire et l’autre de longueur impaire. Si on remplace la partie paire par (vi , v, vj ) on obtient
un cycle impair plus court, à moins que vi et vj sont à la distance 2 dans le cycle d’origine.
Donc, v peut être adjacent seulement à 2 sommets du cycle. De plus, le cycle ne peut pas avoir
des diagonales à cause de sa minimalité. Par conséquent, chaque sommet du graphe (incluant
ceux dans le cycle) est adjacent à au plus deux sommets parmi v1 , v2 , · · · , vk . Considérons les
paires (u, vj ) où u est un sommet du graphe et vj est un sommet du cycle tels qu’ils forment
une arête. Chaque sommet u est dans au plus deux paires, donc il y a au plus 2n paires. Or,
comme il y a k sommets dans le cycle, il doit y avoir un dans au plus 2n/k paires.
2n 2n
Donc, au moins un des sommets v1 , v2 , · · · , vk a un degré ≤ ≤ .
k 5
Exercice 9 KKK
Solution.
1. On place les équipes sur une droite avec chaque équipe ayant battu toutes celles qui sont à
sa droite, et ayant perdu contre toutes celles qui sont à sa gauche. Ceci montre que le nombre
minimal d’ensembles cycliques peut être égal à zéro.
2. Dans chaque ensemble non-cyclique, il y a exactement une équipe qui a battu les deux
autres équipes de l’ensemble. On numérote les équipes de 1 à 2n+1, et on note par rk le nombre
d’équipes qui ont été battues par l’équipe k. Alors le nombre d’ensembles non-cycliques est
égal à : ! ! !
r1 r r
+ 2 + · · · + 2n+1 .
2 2 2
4.13. EXERCICES 293
En utilisant plusieurs fois l’inégalité classique qui dit que si a < b alors :
! ! ! !
a b a+1 b−1
+ ≥ + ,
2 2 2 2
on obtient :
! ! ! r1 +r2 +···+r2n+1 ! !
r1 r2 r2n+1 2n+1 n
+ + ··· + ≥ (2n + 1) = (2n + 1) .
2 2 2 2 2
Pour obtenir un tournoi avec ce nombre d’ensembles cycliques, il suffit d’en trouver un avec
rk = n pour tout k. Pour cela, on place les 2n+1 équipes autour d’un cercle, avec chaque équipe
ayant battu les n autres équipes dans le sens des aiguilles d’une montre, et ayant perdu contre
les autres n équipes.
Exercice 10 KKK
Lors d’un tournoi d’échecs, 25 joueurs d’échecs doivent jouer exactement une partie les
uns contre les autres. Déterminer le nombre minimal de parties à terminer de manière à
ce que pour chaque groupe de trois joueurs d’échecs, deux d’entre eux aient déjà joué une
partie l’un contre l’autre.
Exercice 11 KKK
Montrer que dans tout ensemble de 17 personnes, dans lequel chacune en connaît exac-
tement quatre, il existe deux personnes qui ne se connaissent pas et qui n’ont aucune
connaissance en commun. (Russie)
294 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
Solution. On représente chaque personne par un point du plan. On joint deux points par une
ligne si les personnes se connaissent. On obtient un graphe dont les sommets sont les per-
sonnes et les arêtes les relations de connaissance. On montre le résultat par l’absurde. Sup-
posons que chaque sommet A soit relié à chacune des 16 autres personnes, soit directement,
soit par l’entremise d’une tierce personne. A est relié à exactement 4 personnes, qui chacune
sont reliées à trois autres personnes. Il n’y a donc pas d’autres sommets dans le graphe et les
17 personnes énumérées précédemment sont distinctes. Toutes les autres arêtes, qui sont au
nombre de 17 · 4/2 − 16 = 18 ne peuvent joindre que des points extérieurs.
Exercice 12 KKK
Dans chaque case d’un tableau de n × n cases unitées, on a inscrit un nombre. Deux lignes
quelconques sont toujours différentes, i.e., il existe au moins une colonne qui rencontre
ces lignes selon des nombres différents. Montrer qu’il existe une colonne que l’on peut
effacer de sorte que, dans le tableau n × (n − 1) restant, les lignes soient encore deux à deux
différentes. (Tournoi des villes)
Solution. Supposons, par l’absurde, qu’après l’élimination d’une colonne quelconque on ob-
tienne toujours au moins deux lignes identiques. Alors, pour chaque colonne c, on peut choi-
sir deux lignes qui deviennent identiques lorsque l’on supprime c. On fixe un tel choix pour
chacune des colonnes. Considérons le graphe G dont les sommets sont les lignes deux étant
reliées si elles correspondent à l’un des choix ci-dessus. Alors, notre hypothèse nous assure
que chaque colonne détermine exactement une arête. Ce graphe est évidemment sans boucle,
mais aussi sans arête multiple. En effet, supposons que deux lignes, l1 et l2 , soient reliées par
des arêtes associées d’une part à la colonne c et d’autre part à la colonne c ′ . Cela signifie que
d’une part l1 et l2 sont identiques, sauf éventuellement aux cases appartenant à c. Et d’autre
part, qu’elles sont identiques, sauf éventuellement aux cases appartenant à c ′ . Comme c et
c ′ sont supposées distinctes, c’est donc que les deux lignes sont identiques, en contradiction
avec l’énoncé. Ainsi, chaque arête correspond à la donnée d’une colonne, et deux colonnes
différentes donnent des arêtes différentes. On identifiera alors arêtes et colonnes. Donc G est
simple, possède n sommets et n arêtes. On sait qu’alors G possède un cycle l1 l2 · · · lk l1 (la numé-
rotation n’a aucun rapport avec l’ordre des lignes dans le tableau). Quitte à réduire ce cycle, on
peut supposer que les lignes utilisées sont deux à deux distinctes. On note ci la colonne asso-
4.13. EXERCICES 295
ciée à l’arête (li , li+1 ) avec lk+1 = l1 . Ainsi, les colonnes c1 , c2 , · · · , ck sont deux à deux distinctes.
Par construction, les nombres inscrits sur les lignes l1 et l2 sont égaux sauf ceux qui sont sur c1 .
En particulier, ceux inscrits sur ck sont égaux. De même, puisque c2 , ck , les nombres inscrits
sur les lignes l2 et l3 et sur ck sont égaux. Et ainsi de suite, on prouve de proche en proche que
tous les nombres inscrits dans la colonne ck et sur les lignes l1 , l2 , · ·