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Livre 4

Le tome 4 de la série 'Objectif Olympiades de Mathématiques' se concentre sur la combinatoire avancée, les techniques de résolution de problèmes, et la théorie des graphes. Il propose plus de 450 exercices classés par niveaux de difficulté, accompagnés de solutions détaillées pour aider les élèves à maîtriser les concepts mathématiques nécessaires aux compétitions. Ce livre vise à rendre l'apprentissage des mathématiques accessible et engageant pour les collégiens et lycéens.

Transféré par

Yassin NAASSI
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
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Le tome 4 de la série 'Objectif Olympiades de Mathématiques' se concentre sur la combinatoire avancée, les techniques de résolution de problèmes, et la théorie des graphes. Il propose plus de 450 exercices classés par niveaux de difficulté, accompagnés de solutions détaillées pour aider les élèves à maîtriser les concepts mathématiques nécessaires aux compétitions. Ce livre vise à rendre l'apprentissage des mathématiques accessible et engageant pour les collégiens et lycéens.

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OBJECTIF OLYMPIADES

DE MATHÉMATIQUES
TOME 4 : COMBINATOIRE II

Mohammed AASSILA
Objectif Olympiades de Mathématiques

Livres publiés :

2 Volume 1 : Algèbre, 2020.


2 Volume 2 : Analyse, 2020.
2 Volume 3 : Combinatoire I, 2021.
2 Volume 4 : Combinatoire II, 2021.
Avant propos
Le secret de la réussite dans la résolution des problèmes d’Olympiades consiste en deux
choses :
1 connaître les bonnes techniques ;
2 s’entraîner intensivement.
Petite explication :
❏ L’idée, c’est toujours de connecter quelque chose qui est inconnue à quelque chose de
connue. On « ramène » la résolution d’un problème qu’on découvre pour la première
fois à l’application d’une technique « classique » de résolution. D’où l’importance de
connaître les bonnes techniques.
❏ À partir du moment où l’on s’entraîne, et que l’on façonne notre cerveau à cette gymnas-
tique durant plusieurs heures par jour, et sur une longue durée, alors ça devient facile,
et en plus vraiment marrant.

C’est ainsi que l’on devient champion olympique !

« Objectif Olympiades de Mathématiques » est une série de livres ayant pour but de mettre
entre les mains des élèves des ouvrages où tous les résultats, méthodes et techniques, qu’il est
impératif de connaître sont exposés de manière claire et précise, commentés et mis en relief
par de très nombreux exemples et exercices corrigés en détail. Le contenu de chaque livre est
conçu pour être compréhensible par un élève courageux du collège ou lycée, tous les concepts
sont abordés de façon très progressive, et toutes les notions enseignées au delà du lycée sont
introduites avant d’être utilisées.

Chaque chapitre contient une présentation complète des principaux résultats, méthodes et
techniques, à connaître, commentés et mis en relief par des exemples, des prolongements, et
des mises en garde. De très nombreux exercices, corrigés en détail, et classés en trois niveaux :
- débutant : pour assimiler et mettre en pratique les notions vues en début de chapitre ;
- intermédiaire : avec des exercices d’entraînement dont l’objectif est d’amener le lecteur à la
compréhension et à la bonne maîtrise des notions étudiées ;
- avancé : avec des exercices d’approfondissement destinés à mettre l’élève en situation de
compétition mathématique nationale ou internationale.

Ce livre est le quatrième volume de la série Objectif Olympiades de Mathématiques. Il est consa-
cré au principe de l’extremum, fonctions génératrices, techniques et stratégies de résolution
de problèmes, théorie des graphes, combinatoire et géométrie, et aux jeux mathématiques. Il
comporte plus de 450 exercices, dont la solution est rédigée avec le soin et le souci d’exposer
les idées et les démarches de raisonnement. Enrichies de nombreuses remarques et générali-
sations, les solutions sont à la fois précises et éducatives.

Merci d’avance à ceux qui voudront bien me faire part de leurs remarques, suggestions, cri-
tiques, ou autres solutions plus élégantes que celles proposées. J’accueillerai donc volontiers
les commentaires, corrections ou encouragements qui pourront m’être directement adressés à
l’adresse électronique : [Link]@[Link]

Strasbourg, 19 Avril 2021


.
Table des matières

1 Principe de l’extremum 5
1.1 Principe de l’extremum. Exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.2 Quelques méthodes et techniques en combinatoire extrême . . . . . . . . . . . . . . 8
1.3 Combinatoire et inégalités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
1.4 Maximum et minimum en combinatoire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
1.5 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
1.5.1 Niveau débutant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
1.5.2 Niveau intermédiaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
1.5.3 Niveau avancé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45

2 Fonctions génératrices 55
2.1 Définition. Propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
2.2 Opérations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
2.3 Suites récurrentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
2.4 Dénombrement sans répétition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
2.5 Dénombrement avec répétition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
2.6 Exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
2.7 Partitions d’un entier naturel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
2.7.1 Exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
2.8 Séries génératrices exponentielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
2.9 Formule de multisection . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
2.10 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
2.10.1 Niveau débutant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
2.10.2 Niveau intermédiaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
2.10.3 Niveau avancé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104

3 Techniques et stratégies supplémentaires 113


3.1 Démonstrations par coloriage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
3.2 Les fonctions en combinatoire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118
3.3 Apparier des objets . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123
3.4 Problèmes d’extremums et combinatoire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 126
3.5 Classification . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 130
3.6 Méthode des étapes intermédiaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 132
3.7 Méthode d’évaluation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133
3.8 Raisonnement par l’absurde . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135
3.9 Méthode d’ajustement local . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 140
3.10 Méthodes de construction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 143
3.11 Racines de l’unité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147
3.12 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 150

1
2 TABLE DES MATIÈRES

3.12.1 Niveau débutant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 150


3.12.2 Niveau intermédiaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152
3.12.3 Niveau avancé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 155

4 Théorie des graphes 195


4.1 Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 195
4.1.1 Notions de base . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 195
4.1.2 Chaînes, cycles et parcours . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 200
4.1.3 Graphes orientés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 204
4.1.4 Graphes particuliers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 207
4.1.5 Rappel des principales notions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 208
4.2 Exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 209
4.3 Degré d’un sommet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 213
4.4 Théorème de Turán . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 219
4.5 Arbres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 225
4.6 Coloration d’un graphe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 229
4.7 Parcours eulériens et graphes eulériens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 236
4.8 Graphes hamiltoniens et cycles hamiltoniens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 239
4.9 Graphes planaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 249
4.10 Le problème des quatre couleurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 257
4.11 Théorie de Ramsey . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 259
4.12 Couplages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 273
4.13 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 276
4.13.1 Niveau débutant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 276
4.13.2 Niveau intermédiaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 280
4.13.3 Niveau avancé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 288

5 Combinatoire et géométrie 299


5.1 Dénombrement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 299
5.1.1 Dénombrer des points . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 299
5.1.2 Dénombrer des droites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 303
5.1.3 Formule d’Euler. Dénombrer des régions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 304
5.1.4 Dénombrer des figures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 308
5.2 Principe des tiroirs et géométrie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 309
5.3 Théorème de Helly et applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 316
5.4 Théorème de Krasnosel’skii . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 321
5.5 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 323
5.5.1 Niveau débutant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 323
5.5.2 Niveau intermédiaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 326
5.5.3 Niveau avancé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 333

6 Jeux mathématiques 341


6.1 Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 341
6.1.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 341
6.1.2 Position gagnante. Position perdante . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 342
6.2 Jeux de type Nim . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 343
6.2.1 Jeu de Wythoff . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 345
6.3 Exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 346
6.4 Jeux à un joueur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 348
6.5 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 350
6.5.1 Niveau débutant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 350
6.5.2 Niveau intermédiaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 352
6.5.3 Niveau avancé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 357
TABLE DES MATIÈRES 3

7 Exercices 363
7.1 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 363
7.1.1 Niveau débutant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 363
7.1.2 Niveau intermédiaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 372
7.1.3 Niveau avancé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 388
7.2 Solutions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 392
7.2.1 Niveau débutant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 392
7.2.2 Niveau intermédiaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 413
7.2.3 Niveau avancé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 463
4 TABLE DES MATIÈRES
Chapitre

1
Principe de l’extremum

1.1 Principe de l’extremum. Exemples


Dans ce chapitre nous présentons le principe de l’extremum qui s’applique à plusieurs branches
de mathématiques, même s’il n’est pas facile à mettre en pratique au premier abord. C’est pour
cela que nous pratiquerons un entraînement conséquent avec un bon nombre d’exemples types,
et puis une multitude d’exercices divers et variés.
☞ Le principe de l’extremum nous dit de choisir un objet qui maximise ou minimise une certaine
fonction ou quantité. On montre alors que l’objet ainsi construit possède les propriétés
requises en montrant qu’une petite perturbation (variation) modifierait les valeurs de la
fonction ou quantité en question.
☞ Le principe de l’extremum est essentiellement constructif, proposant un algorithme pour
obtenir explicitement l’objet qui maximise ou minimise une fonction ou une quantité.
On rappelle ci-dessous quelques résultats dont on aura besoin pour la résolution des exemples et
exercices.
Quelques rappels

❏ Chaque ensemble non vide fini E d’entiers strictement positifs ou de réels admet tou-
jours un élément minimum min(E) et un élément maximum max(E), qui ne sont pas
nécessairement uniques.
❏ Tout sous-ensemble non vide de l’ensemble des entiers strictement positifs admet un plus
petit élément. On dit que l’ensemble des entiers strictement positifs est bien ordonné. Ce
principe est équivalent au principe bien connu de récurrence.
❏ Un ensemble infini E de réels n’admet pas nécessairement d’élément maximum ni d’élé-
ment minimum. Si E est borné supérieurement, alors il admet un plus petit majorant
appelé borne supérieure, sup(E). Si E est borné inférieurement, alors il admet un plus
grand minorant appelé borne inférieure notée inf(E).
Si sup(E) ∈ E alors sup(E) = max(E), et si inf(E) ∈ E alors inf(E) = min(E).

Exemple

On se donne n points du plan. On suppose que chaque triplet de points forme un triangle
de surface inférieure ou égale à 1. Montrer que les n points sont tous dans un triangle de
surface inférieure ou égale à 4.

Parmi les n3 triplets de points, on chossit un triplet (A, B, C) de sorte que l’aire A du triangle
ABC soit maximale. On a par hypothèse A ≤ 1. En dessinant les parallèles aux côtés opposés par
A, B et C, on trouve un nouveau triangle A1 B1 C1 d’aire A1 = 4 · A ≤ 4.
Nous allons montrer que le triangle A1 B1 C1 contient les n points. Supposons qu’il existe un point
P en dehors du triangle A1 B1 C1 , alors le triangle ABC et P se trouvent sur des côtés différents d’au

5
6 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM

moins une des droites A1 B1 , B1 C1 , C1 A1 , par exemple B1 C1 . Alors le triangle BCP a une surface
strictement plus grande que celle de ABC. Ceci contredit l’hypothèse de maximalité sur ABC.

C1
b

P
b

B A
b b

A1 B1
b b b

Exemple

Soit E un ensemble de points du plan tel que chacun de ses points soit le milieu de deux
autres. Montrer que E a une infinité d’éléments.

Supposons, par l’absurde, que E est fini. Alors E dispose de deux points A et B à distance maxi-
male m = AB. Par hypothèse, B est le milieu d’un segment [C, D] où C et D sans des éléments de
E.
b
C b A′
B
b

A
b
D
b

La figure ci-dessus montre que AC > AB ou AD > AB. Contradiction avec la maximalité de AB.
Donc, E est un ensemble infini.
Exemple

On affecte une valeur entière positive ou nulle à chaque point à coordonnées entières du
plan de sorte que chaque valeur soit la moyenne de ses quatre voisines (au-dessus, en
dessous, à droite et à gauche). Montrer que toutes les valeurs sont égales.

Soient m la plus petite valeur, et P un point du réseau de valeur m. Si ses voisins ont pour
valeurs respectives a, b, c et d, alors par hypothèse on a :

a+b+c+d
m = c’est-à-dire a + b + c + d = 4m.
4
On a, de plus, a ≥ m, b ≥ m, c ≥ m et d ≥ m. Si l’une de ces inégalités était stricte, on aurait alors
a + b + c + d > 4m, en contradiction avec a + b + c + d = 4m. Donc, a = b = c = d = m et, par itération
du procédé, toutes les valeurs sont égales à m.
Exemple

Dans un pays les routes sont à sens unique. Deux villes quelconques sont reliées par exac-
tement une route directe. Montrer qu’il existe une ville qui peut être rejointe de n’importe
quelle autre, soit directement, soit en passant par une seule ville intermédiaire.

Soit m le nombre maximum de routes directes arrivant dans une ville et soit M une ville qui
réalise ce maximum. Soit D l’ensemble des m villes reliées directement à M. Soit R l’ensemble des
villes n’appartenant pas à D et différentes de M.
1.1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM. EXEMPLES 7

⋄ Si R = ∅, le résultat est vrai.


⋄ Si R , ∅, soit X un élément de R, il existe nécessairement un élément E de D tel qu’il existe
des connections X −→ E −→ M. En effet, si un tel E n’existait pas, X serait directement accessible
de M (puisque M n’est pas accessible directement de X) et de tous les éléments de D. Il y aurait
donc m + 1 routes menant à X ce qui contredit la définition de M. Donc, toutes les villes réalisant
le maximum de routes directes menant à elles vérifient les conditions de l’exercice.

Exemple

Sept nains sont assis autour d’une table ronde. Chacun a un verre devant lui. Il y a du
lait dans certains verres et il y a au total 3 litres de lait. L’un des nains partage son lait
uniformément entre les six autres sans en garder pour lui. En parcourant la table dans le
sens trigonométrique, chaque autre nains fait de même. Après que le septième a partagé
son lait, le contenu des verres est le même qu’au départ. Trouver de quelle quantité de lait
chaque nain disposait. (Russie)

6 5 4 3 2 1
La réponse est : , , , , , et 0 litres de lait.
7 7 7 7 7 7
Dans l’ensemble des nains, chacun considéré au moment où il doit partager son lait, il y en a un
qui dispose d’un maximum de lait. Appelons-le Max. Les six autres nains à sa droite disposent
x
respectivement de x1 , x2 , x3 , x4 , x5 , x6 quantités de lait à partager. Max récupère de chacun i uni-
6
tés de lait. On a donc :
x + x2 + x3 + x4 + x5 + x6
x = 1 , (1)
6
si on note xi le lait que le i-ème nain possède au moment où il doit partager. Or, xi ≤ x pour tout i.
Si cette inégalité était stricte, ne serait-ce qu’une fois, on ne pourrait pas avoir l’égalité (1). Donc
x1 = x2 = x3 = x4 = x5 = x6 = x. Donc tous les nains partagent la même quantité de lait quand
c’est leur tour de partager. On en déduit alors facilement que la distribution initiale de lait était
x 2x 3x 4x 5x 6x
comme suit : 0, , , , , , . Puisque la somme totale vaut 3, on en déduit que x = 1,
7 7 7 7 7 7
ce qui termine la preuve.

Exemple

Au parlement d’un certain pays, chaque député a au plus trois ennemis politiques. Mon-
trer que l’on peut séparer le parlement en deux sous-parlements, de sorte que chaque
député ait au plus un ennemi politique dans son propre sous-parlement.

Considérons toutes les partitions du parlement en deux sous-parlements et, pour chaque par-
tition, comptons le nombre total N d’ennemis politiques que chaque membre a dans son propre
sous-parlement. Les partitions qui ont un nombre N minimum sont des solutions de l’énoncé. En
effet, si l’un des membres avait au moins deux ennemis politiques dans son sous-parlement, il en
aurait au plus un dans l’autre. En le plaçant dans l’autre sous-parlement, on ferait ainsi décroître
le nombre N , minimum par hypothèse, ce qui donne la contradiction recherchée.
8 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM

Exemple

Montrer que dans chaque n-gone convexe (avec n ≥ 3) il existe trois sommets consécutifs
A, B et C tels que le cercle circonscrit au triangle ABC contienne tout le n-gone.

Comme il y a un nombre fini de cercles passant par trois sommets du n-gone, alors il y en a
forcément un qui soit d’aire maximale. Appelons-le C.
⋄ Montrons, par l’absurde, que C contient tout le n-gone : en effet, supposons qu’un sommet A′
se trouve en dehors du cercle maximal construit sur le triangle ABC, où on a nommé les points
A, B et C de sorte que ABCA′ soit un quadrilatère convexe. Alors le cercle circonscrit à A′ BC a un
rayon strictement plus grand que celui du cercle maximal, contradiction.
⋄ Montrons, par l’absurde, que C passe par trois sommets consécutifs : en effet, soient A, B, C
trois sommets sur C et supposons qu’il existe un sommet A′ entre B et C qui n’apartienne pas à
C. D’après l’étape précédente on sait que A′ est strictement dans le cercle. Mais le cercle d’aire
maximale serait alors plus petit que le cercle circonscrit à A′ BC, ce qui est impossible.

1.2 Quelques méthodes et techniques en combinatoire extrême


Méthode : estimations de l’espace

Considérons le problème suivant. Soit X un ensemble donné et A un sous-ensemble de X pos-


sédant une certaine propriété, déterminer la valeur maximale de |A|. Pour le résoudre, nous
pouvons trier les éléments de l’ensemble X d’une certaine manière, et estimer la distance entre
deux éléments consécutifs dans A, obtenant ainsi une estimation du nombre d’éléments dans A.
Cette approche est appelée estimation de l’espace.

Exemple

Soient M = {1, 2, · · · , 2021}, et A un sous-ensemble de M . Déterminer la valeur maximale de


|A| si, pour tout ai , aj ∈ A avec ai , aj , exactement un triangle isocèle peut être déterminé
avec ai , aj comme longueurs de ses côtés.

On regarde d’abord dans quelle situation deux nombres a, b (a < b) peuvent déterminer un
triangle isocèle unique. Si (a, b, b) forment un triangle isocèle, nous savons que (a, a, b) ne peut pas
former un triangle isocèle. Autrement dit, 2a < b. On peut donc appliquer la méthode d’estima-
tion spatiale.
Lorsque a < b, alors (a, b, b) forment un triangle isocèle. Par suite, a, b déterminent seulement un
triangle isocèle si, et seulement si, (a, a, b) ne peuvent pas former un triangle isocèle, c’est équi-
valent à 2a ≤ b. Par conséquent :
2021 ≥ an ≥ 2an−1 ≥ · · · ≥ 2n−1 a1 ≥ 2n−1 d’où n ≤ 11.
Maintenant, soit A = {1, 2, 4, 8, · · · , 1024}, alors |A| = 11. Pour tout ai , aj ∈ A, si ai = 2i , aj = 2j alors
2ai = 2i+1 ≤ 2j = aj . Par suite ai , aj déterminent seulement un triangle isocèle de côtés (ai , aj , aj ),
et donc |A| = 11 vérifie la condition de l’exercice. En conclusion, la valeur maximale de |A| est 11.
Exemple

Soit A un sous-ensemble de N∗ tel que pour tout x, y ∈ A avec x , y , on ait :


xy
|x − y| ≥ .
25
Montrer que |A| ≤ 9. Donner un exemple d’un tel ensemble. (Proposé à l’OIM, 1985)
1.2. QUELQUES MÉTHODES ET TECHNIQUES EN COMBINATOIRE EXTRÊME 9

Si A = {a1 < a2 < · · · < an }, alors la condition de l’exercice montre que pour tout i < j on a :
aj ai ai ai+1 1 1 1
aj − ai ≥ donc ai+1 − ai ≥ d’où − ≥ .
25 25 ai ai+1 25
En faisant varier i de 1 à n − 1 et en sommant les inégalités ci-dessus on obtient :
1 1 n−1 1 n−1 25
− ≥ donc > d’où n−1< ≤ 25 ainsi n ≤ 25.
a1 an 25 a1 25 a1
Cependant cette estimation n’est pas optimale, on peut l’améliorer en « augmentant le point de
départ ». En faisant varier i de 2 à n − 1 on obtient :
1 1 n−2 1 n−2 25 29
− ≥ donc > d’où 2 ≤ a2 < , n< , n ≤ 14.
a2 an 25 a2 25 n−2 2
Ce n’est toujours pas optimal, on doit l’améliorer. On obtient de façon similaire :
25 25 25 25
3 ≤ a3 < , n ≤ 11; 4 ≤ a4 < , n ≤ 10; 5 ≤ a5 < , n ≤ 9; 6 ≤ a6 < , n ≤ 10.
n−3 n−4 n−5 n−6
On affirme que n ≤ 9 est la meilleure estimation. On montre qu’il existe un sous-ensemble A à 9
xy
éléments vérifiant les conditions de l’exercice. D’abord, lorsque xy ≤ 25, |x−y| ≥ est clairement
25
30
vérifiée ; donc on peut choisir 1, 2, 3, 4, 5 ∈ A, et alors 6 < A car |6 − 5| < . En continuant ainsi,
25
on obtient aussi que 7, 10, 17, 54 ∈ A. D’où, A = {1, 2, 3, 4, 5, 7, 10, 17, 54} vérifie les conditions de
l’exercice. En conclusion, la valeur maximale de |A| est 9.
Exemple

Soient X = {1, 2, · · · , n}, et Ai = {ai , bi , ci } (i = 1, 2, · · · , m) des sous-ensembles de X , chacun de


cardinal 3. Déterminer la valeur maximale de m si, pour tout Ai , Aj (1 ≤ i < j ≤ m), au plus
une des trois équations ai = aj , bi = bj , ci = cj est vraie.

Pour 2 ≤ k ≤ n − 1, on considère les sous-ensembles {ai , k, ci } avec k au milieu, i.e., ai < k < ci .
Soit f (k) le nombre de tels sous-ensembles. Puisque ai peut être choisi parmi 1, 2, · · · , k − 1, on sait
que f (k) ≤ k − 1. De même, puisque ci peut être choisi parmi n, n − 1, · · · , k + 1, on a f (k) ≤ n − k. Par
suite, f (k) ≤ min (k − 1, n − k). Ainsi :
 n(n−2)
n−1
X Xn−1 
 4  si n pair,

m = f (k) ≤ min (k − 1, n − k) = 
 2
 n−1 si n impair.
k=2 k=2 2

Soit maintenant A1 , A2 , · · · , Am tous les sous-ensembles {a, b, c} vérifiant a + c = 2b, alors :


 n(n−2)  n(n−2)
 
 4  si n pair,
  4  si n pair,

m =  n−1 2 d’où m max = 
 2
 si n impair,  n−1 si n impair.
2 2

Exemple

Soit X = {1 = a1 < a2 < · · · < an = 100} un sous-ensemble de N∗ tel que, pour tout ak ∈ X (k >
1) il existe ai , aj ∈ X avec ak = ai + aj . Déterminer la valeur minimale de |X|.

On se propose de montrer que la valeur minimale de |X| est 9. On cherche à estimer l’espace
entre ak et ak−1 . Par hypothèse, on sait que pour ak ∈ X, avec k > 1, il existe ai , aj ∈ X tels que
ak = ai + aj . Comme ai < ak et aj < ak alors ai ≤ ak−1 , aj ≤ ak−1 , ce qui donne :

ak = ai + aj ≤ ak−1 + ak−1 = 2ak−1 .


10 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM

Si ak = 2ak−1 pour tout k, alors tous les éléments de X seraient des puissances de 2, contradiction
avec 100 ∈ X. Par suite, il existe un nombre k tel que ak < 2ak−1 = ak−1 +ak−1 , ce qui implique que :
ak ≤ ak−1 + ak−2 ≤ 2ak−2 + ak−2 = 3ak−2 . En utilisant ce k on obtient que :

100 = an ≤ 2an−1 ≤ 4an−2 ≤ · · · ≤ 2n−k ak ≤ 3 × 2n−k ak−2


≤ 3 × 2n−k+1 ak−3 ≤ · · · ≤ 3 × 2n−3 a1 = 3 × 2n−3 ,

par suite n ≥ 9. D’autre part, pour n = 9, il existe un ensemble X vérifiant les conditions de
l’exercice, par exemple :
X = {1, 2, 3, 6, 12, 13, 25, 50, 100}.
En conclusion, la valeur minimale de n est 9.
Exemple

Soient a1 < a2 < · · · < an = 100 des entiers strictement positifs. On suppose que pour tout
i ≥ 2, il existe 1 ≤ p ≤ q ≤ r ≤ i −1 tels que ai = ap +aq +ar . Déterminer les valeurs maximale
et minimale de n.

Il est clair que n , 1, 2, d’où n ≥ 3. Si n = 3, on pose a1 = 20, a2 = 60, a3 = 100, alors a2 =


a1 + a1 + a1 , a3 = a1 + a1 + a2 , d’où n = 3 est la valeur minimale. On se propose de montrer que
n = 13 est la valeur maximale.
⋄ Si a1 ≡ 1 (mod 2), alors a2 = 3a1 ≡ 3 ≡ 1 (mod 2). Si, pour i ≤ k (k ≥ 2), on a ak ≡ 1 (mod 2),
alors puisque ak+1 = ap + aq + ar (p ≤ q ≤ r ≤ k), et par hypothèse ap ≡ 1 (mod 2), aq ≡ 1 (mod 2),
ar ≡ 1 (mod 2), d’où ak+1 = ap + aq + ar ≡ 1 + 1 + 1 ≡ 1 (mod 2). Donc pour tout i = 1, 2, · · · , n on a
ai ≡ 1 (mod 2), contradiction avec 100 ≡ 0 (mod 2). Ainsi a1 ≡ 0 (mod 2), donc a1 ≡ 0, 2 (mod 4).
⋄ Si a1 ≡ 2 (mod 4), alors a2 = 3a1 ≡ 6 ≡ 2 (mod 4). Si pour i ≤ k (k ≥ 2), ak ≡ 2 (mod 4), alors
puisque ak+1 = ap + aq + ar (p ≤ q ≤ r ≤ k), et par hypothèse ap ≡ 2 (mod 4), aq ≡ 2 (mod 4), ar ≡ 2
(mod 4), on a ak+1 = ap + aq + ar ≡ 2 + 2 + 2 ≡ 2 (mod 4). Donc, pour tout i = 1, 2, · · · , n, on a ai ≡ 2
(mod 4), contradiction avec 100 ≡ 0 (mod 4). D’où a1 ≡ 0 (mod 4), donc a1 ≡ 0, 4 (mod 8).
⋄ Si a1 ≡ 0 (mod 8), alors a2 = 3a1 ≡ 0 (mod 8). Si pour i ≤ k (k ≥ 2), ak ≡ 0 (mod 8), alors puisque
ak+1 = ap +aq +ar , (p ≤ q ≤ r ≤ k), et par hypothèse ap ≡ 0 (mod 8), aq ≡ 0 (mod 8), ar ≡ 0 (mod 8),
on a ak+1 = ap + aq + ar ≡ 0 + 0 + 0 ≡ 0 (mod 8). Donc, pour tout i = 1, 2, · · · , n on a ai ≡ 0 (mod 8),
en contradiction avec 100 ≡ 4 (mod 8). D’où a1 ≡ 4 (mod 8), donc a1 ≥ 4.
Puisque a1 ≡ 4 (mod 8), on a a2 = 3a1 ≡ 12 ≡ 4 (mod 8).
Si pour i ≤ k (k ≥ 2), ak ≡ 4 (mod 8), alors ak+1 = ap + aq + ar , (p ≤ q ≤ r ≤ k), et par hypothèse
ap ≡ 4 (mod 8), aq ≡ 4 (mod 8), ar ≡ 4 (mod 8), on a ak+1 = ap + aq + ar ≡ 4 + 4 + 4 ≡ 4 (mod 8).
Donc pour tout i = 1, 2, · · · , n, on a ai ≡ 4 (mod 8), donc lorsque i ≥ 2, on a ai − ai−1 ≡ 0 (mod 8).
D’où ai − ai−1 ≥ 8 (c’est l’estimation spatiale), par suite :

an ≥ an−1 + 8 ≥ an−2 + 2 × 8 ≥ an−3 + 3 × 8 ≥ · · · ≥ a1 + (n − 1) × 8 ≥ 4 + (n − 1) × 8 = 8n − 4

par conséquent 8n ≤ an + 4 = 104, ce qui donne n ≤ 13. Pour n = 13, on pose ai = 8i − 4 (i =


1, 2, · · · , 13), alors pour i ≥ 2 on a :

ai = ai−1 + 8 = ai−1 + a1 + a1 .

En conclusion, la valeur maximale est n = 13.


Méthode : estimations de bloc

Pour estimer le nombre d’éléments dans un sous-ensemble A de l’ensemble X vérifiant une cer-
taine propriété, on peut diviser X en plusieurs blocs X1 , X2 , · · · , Xt , puis on cherche le nombre
d’éléments de A dans chaque bloc Xi , ceci nous permet d’estimer la valeur de |A|. Habituellement,
on a les trois cas suivants :
❏ supposons que le sous-ensemble A de X vérifie : tout groupe de r éléments de A possède
1.2. QUELQUES MÉTHODES ET TECHNIQUES EN COMBINATOIRE EXTRÊME 11

la propriété P, et nous voulons trouver la valeur maximale de |A|. Alors, nous pouvons
diviser X en quelques blocs X1 , X2 , · · · , Xt de sorte que tout groupe de r-éléments dans Xi
ne possède pas la propriété P. Il y a donc au plus r − 1 éléments de A dans chaque Xi .
❏ Si X = X1 ∪ X2 ∪ · · · ∪ Xt , et chaque Xi contient au plus ki éléments de A, alors |A| ≤
k1 +k2 +· · ·+kt . De toute évidence, plus k1 +k2 +· · ·+kt est petit, plus l’estimation est précise
(plus l’égalité est probable). Ainsi, pour diviser X, nous devrons choisir k1 + k2 + · · · + kt
k
aussi petit que possible. C’est-à-dire que le rapport i doit être le plus petit possible. En
|Ai |
général, l’estimation la plus précise peut être trouvée par expérimentation.
❏ Certaines propriétés sont invariantes par translation, c’est-à-dire, si l’ensemble A =
{a1 , a2 , · · · , an } possède la propriété P, alors A + a = {a1 + a, a2 + a, . . . , an + a} possède aussi
la propriété P. Alors, on peut diviser X de façon uniforme (les nombres d’éléments dans
chaque block sont les mêmes), et on estime alors chaque bloc.

Exemple

Soient M = {1, 2, · · · , 2021}, et A un sous-ensemble de M . Déterminer la valeur maximale de


|A| si, pour tout ai , aj ∈ A avec ai , aj , exactement un triangle isocèle peut être déterminé
avec ai , aj comme longueurs de ses côtés.

On divise M en 11 sous-ensembles : A1 = {1}, A2 = {2, 3}, A3 = {22 , 22 + 1, · · · , 23 − 1}, · · · , A11 =


{210 , 210 + 1, · · · , 2021}. Puisque pour deux éléments quelconques x, y ∈ Ai (x < y) on a 2x > y, alors
|A ∩ Ai | ≤ 1 (i = 1, 2, · · · , 11). Donc, |A| ≤ 11. Finalement, comme A = {1, 2, 22 , · · · , 210 } vérifie les
conditions, alors la valeur maximale de |A| est 11.
Exemple

Soit A un sous-ensemble de N∗ tel que pour tout x, y ∈ A avec x , y , on ait :


xy
|x − y| ≥ .
25
Montrer que |A| ≤ 9. Donner un exemple d’un tel ensemble. (Proposé à l’OIM, 1985)

L’idée est de diviser N∗ en plusieurs blocs de sorte que A ait au plus un élément dans chaque
ai aj
bloc. Notons que A est tel que pour tout ai < aj ∈ A on a aj −ai ≥ . Donc, pour diviser N∗ on doit
25
xy
mettre deux éléments x < y avec y − x < dans un même bloc. On pose X1 = {1}, X2 = {2}, X3 =
25
{3}, X4 = {4}, X5 = {5, 6}, X6 = {7, 8, 9}, X7 = {10, 11, · · · , 16}, X8 = {17, 18, · · · , 53}, X9 = {54, 55, · · · } =
x xy
N∗ \ {1, 2, · · · , 53}. Pour x, y ∈ X9 , on a x > 25 et y − x < y < y · = . Pour x, y ∈ Xi (i = 1, 2, · · · , 8)
25 25
xy
on a clairement y − x < . Donc A contient au plus un élément dans chaque bloc, par suite n ≤ 9.
25
Finalement, A = {1, 2, 3, 4, 5, 7, 10, 17, 54} vérifie les conditions de l’exercice et il est de cardinal 9.
En conclusion, |A| ≤ 9.
Exemple

Soit A un sous-ensemble de J0, 29K tel que pour tout entier k , et pour tout a, b ∈ A (non
nécessairement distincts), le nombre a + b + 30k n’est pas égal au produit de deux entiers
consécutifs. Déterminer tous les ensembles A qui ont le maximum d’éléments. (Chine)

La réponse est A = {3t + 2 : t ∈ J0, 9K} = {2, 5, 8, 11, 14, 17, 20, 23, 26, 29}.
Supposons que A vérifie les conditions de l’exercice avec |A| maximal. Pour deux entiers consé-
cutifs a, a + 1 on a : a(a + 1) ≡ 0, 2, 6, 12, 20, 26 (mod 30). Pour tout a ∈ A, si b = a, k = 0 on a :2a .
12 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM

0, 2, 6, 12, 20, 26 (mod 30), d’où a . 0, 1, 3, 6, 10, 13, 15, 16, 18, 21, 25, 28 (mod 30). Par conséquent :

A ⊂ M = {2, 4, 5, 7, 8, 9, 11, 12, 14, 17, 19, 20, 22, 23, 24, 26, 27, 29},

et M peut être divisé en ces 10 sous-ensembles :

A1 = {2, 4}, A2 = {5, 7}, A3 = {8, 12}, A4 = {11, 9}, A5 = {14, 22},
A6 = {17, 19}, A7 = {20}, A8 = {23, 27}, A9 = {26, 24}, A10 = {29},

de sorte que chaque sous-ensemble Ai contienne au plus un élément de A, ceci implique que
|A| ≤ 10. Si |A| = 10, alors chaque sous-ensemble Ai contient exactement un élément de A. Par
suite 20 ∈ A, 29 ∈ A. De la relation 20 ∈ A on peut voir que 12 < A, 22 < A, donc 8 ∈ A, 14 ∈ A, d’où
4 < A, 24 < A. Par suite 2 ∈ A, 26 ∈ A. Comme 29 ∈ A, on a 7 < A, 27 < A, par suite 5 ∈ A, 23 ∈ A, et
9 < A, 19 < A. Ainsi, 11 ∈ A, 17 ∈ A. En conclusion, A = {2, 5, 8, 11, 14, 17, 20, 23, 26, 29}. On vérifie
facilement que A vérifie les conditions de l’exercice, c’est l’unique solution.

Exemple

Soit A un sous-ensemble de X = {1, 2, 3, · · · , 1989} tel que pour tout x, y ∈ A on a :

|x − y| , 4, 7.

Déterminer la valeur maximale de |A|. (États-Unis)

Un sous-ensemble A vérifiant les conditions de l’exercice est dit bon. La propriété bon est
invariante par translation, i.e., si A est bon, alors pour tout a, A + a est aussi bon. On peut donc
appliquer les estimations de bloc. On pose X = P1 ∪P2 ∪· · ·∪Pk . Notre but est de montrer que |A| ≤ r
avec r le plus petit possible. Nous devrons donc rendre le nombre de bons éléments (éléments de
A) aussi petit que possible dans Pi . Posons P1 = {1, 2, · · · , t}. On a le tableau suivant :

t = |P| 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13
|A ∩ P| 1 2 3 4 4 4 4 4 5 5 5 6 7
|A ∩ P| 4 2 4 1 5 1 5 1 7
1 1 1 1 5 3 7 2 9 2 11 2 13
|P|

5
Pour P = {1, 2, · · · , 11} on obtient le minimum 11 , on devine donc que la division avec {1, · · · , 11}
comme sous-ensemble est la meilleure. On montre que pour P = {1, · · · , 11} on a |A ∩ P| ≤ 5.
On divise P en 6 sous-ensembles {1, 5}, {2, 9}, {3, 7}, {4, 8}, {6, 10}, {11}. Pour chaque sous-ensemble,
A contient au plus un élément de ce sous-ensemble, d’où |A ∩ P| ≤ 6. Si |A ∩ P| = 6, alors A a
exactement un élément dans chaque sous-ensemble, par suite :

11 ∈ A =⇒ 4 < A =⇒ 8 ∈ A =⇒ 1 < A =⇒ 5 ∈ A
=⇒ 9 < A =⇒ 2 ∈ A =⇒ 6 < A =⇒ 10 ∈ A =⇒ 3 < A =⇒ 7 ∈ A,

or 11 − 7 = 4, contradiction. D’où |A ∩ P| ≤ 5. On pose Pk = {11k + 1, 11k + 2, · · · , 11k + 11} (k =


0, 1, 2, · · · , 179), P180 = {1980, 1981, · · · , 1989}. On peut voir que A contient au plus 5 éléments dans
Pk (k = 0, 1, 2, · · · , 180), d’où :
|A| ≤ 5 × 181 = 905.

Finalement, si Ak = {11k + 1, 11k + 3, 11k + 4, 11k + 6, 11k + 9} (k = 0, 1, 2, · · · , 180), A = A0 ∪ A1 ∪ · · · ∪


A180 , alors A vérifie les conditions de l’exercice et |A| = 905. En conclusion, la valeur maximale de
|A| est 905.
1.2. QUELQUES MÉTHODES ET TECHNIQUES EN COMBINATOIRE EXTRÊME 13

Exemple

Soit X = {1, 2, · · · , 2001}. Déterminer le plus petit m ∈ N∗ tel que pour tout sous-ensemble
W de X à m éléments, il existe u, v ∈ W (non nécessairement distincts), tels que u + v est
une puissance de 2. (Chine)

On dit (u, v) est une paire si u + v est une puissance de 2. Supposons que W ne contient aucune
paire, combien d’éléments peut avoir W ? Apparemment, si X peut être divisé en blocs, où deux
nombres quelconques dans chaque bloc forment une paire, alors W ne peut contenir qu’un seul
élément dans chaque bloc. Posons donc :

Ai = {1024 − i, 1024 + i} (i = 1, 2, · · · , 977), Bj = {32 − j, 32 + j} (j = 1, 2, · · · , 14),


C = {15, 17}, Dk = {8 − k, 8 + k} (k = 1, 2, · · · , 6), E = {1, 8, 16, 32, 1024}.

Si W ne contient aucune paire, alors W ne peut contenir aucun élément de E, et peut contenir au
plus un élément dans chacun de Ai , Bj , Dk et C. Par suite |W | ≤ 977+14+6+1 = 998. Ceci veut dire
que lorsque |W | ≥ 999, alors W contient au moins une paire, d’où m = 999 vérifie les conditions de
l’exercice. Maintenant, si |W | = 998 et W ne contient aucune paire, alors W contient exactement
un élément dans chacun de Ai , Bj , Dk et C. Si W = {1025, 1026, · · · , 2001} ∪ {33, 34, · · · , 46} ∪ {17} ∪
{9, 10, 14}, il est facile de vérifier que W ne contient aucune paire. Ainsi, lorsque m < 999, on peut
choisir un sous-ensemble de W avec m éléments de sorte qu’il n’a aucune paire, par conséquent
m ≥ 999. En conclusion, la valeur minimale de m est 999.

Exemple

Soient X = {1, 2, 3, · · · , 1993}, et A un sous-ensemble de X tel que :


(i) pour deux nombres x , y dans A, 93 ne divise pas x ± y ;
(ii) S(A) = 1993, où S(A) est la somme des éléments de A.
Déterminer la valeur maximale de |A|.

On divise X en 47 sous-ensembles Ai = {x : x ≡ i ou x ≡ 93 − i (mod 93)} (i = 0, 1, 2, · · · , 46).


Pour x, y ∈ A on a : x − y ≡ 0 (mod 93) ou x + y ≡ 0 (mod 93), donc, dans A, il y a au plus un
élément de Ai , d’où |A| ≤ 47. L’ensemble A = {10, 11, 12, · · · , 46} ∪ {93, 94, 95, · · · , 101} ∪ {84} vérifie
clairement les conditions de l’exercice. En conclusion, la valeur maximale de |A| est 47.

Exemple

1 Soient X = {1, 2, 3, · · · , 10} et A un sous-ensemble de X tel que pour tout x < y < z
dans A, il existe un triangle dont les côtés mesurent x, y et z. Déterminer la valeur
maximale de |A|.
2 Même question avec X = {1, 2, 3, · · · , 20}.

1. Posons, tout d’abord, A1 = {1, 2, 3, 5, 8}, A2 = {4, 6, 10}, A3 = {7, 9} de sorte que trois éléments
quelconques de Ai ne forment pas les côtés d’un triangle. Donc, dans A, il y a au plus deux
éléments de Ai , d’où |A| ≤ 2×3 = 6. D’autre part, avec A = {5, 6, 7, 8, 9, 10} on voit que les conditions
de l’exercice sont vérifiées. En conclusion, la valeur maximale de |A| est égale à 6.
2. Posons, tout d’abord, A1 = {1, 2, 3, 5, 8, 13}, A2 = {4, 6, 10, 16}, A3 = {7, 12, 19}, A4 = {9, 11, 20},
A5 = {14, 15}, A6 = {17, 18} de sorte que trois éléments quelconques de Ai ne forment pas les côtés
d’un triangle. Donc, dans A, il y a au plus deux éléments de Ai , d’où |A| ≤ 2 × 6 = 12. Si |A| = 12,
alors 14, 15, 17, 18 ∈ A, donc 1, 2, 3, 5 < A, d’où 8, 13 ∈ A et 7, 9 < A. Par conséquent 12, 19, 11, 20 ∈ A,
or 8 + 12 = 20, contradiction. Ainsi |A| ≤ 11. De plus, on voit que A = {10, 11, 12, · · · , 20} vérifie les
conditions de l’exercice. En conclusion, la valeur maximale de |A| est 11.
14 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM

Exemple

Combien de nombres peuvent être choisis parmi 1, 2, 3, · · · , 20, de sorte qu’aucun d’eux
ne soit le double d’un autre nombre choisi. Combien y a-t-il de façons pour choisir ces
nombres ?

Posons A1 = {1, 2}, A2 = {3, 6}, A3 = {4, 8}, A4 = {5, 10}, A5 = {7, 14}, A6 = {9, 18}. De chaque
ensemble, nous ne prenons qu’un seul nombre, ainsi nous pouvons prendre au plus six nombres
de ces ensembles. En plus de ces ensembles, il y a huit nombres, donc le nombre de nombres que
nous pouvons prendre est 6 + 8 = 14.
Si nous prenons 14 nombres, ceux-ci doivent inclure 11,12,13,15,16,17,19,20. Notons que nous
ne pouvons pas prendre 6,8 et 10 si nous prenons 12,16 et 20, et que nous pouvons prendre 3,4 et
5. Si nous prenons le nombre 4, alors nous ne pouvons pas prendre 2, mais nous pouvons prendre
1. De plus, puisque nous prenons un nombre de chacun de A5 et A6 , il y a 2 × 2 = 4 façons pour
choisir ces nombres.

Exemple

Soit k ∈ N∗ tel qu’on peut choisir k nombres différents de {1, 2, · · · , 1988} vérifiant : la somme
de deux quelconques de ces éléments n’est pas divisible par leur différence. Déterminer la
valeur maximale de k . (Russie)

La valeur maximale de k est 663. On montre tout d’abord que k ≤ 663. Notons que lorsque
x −y = 1 ou 2, alors (x −y) | (x +y), on conclut donc que si nous prenons deux nombres quelconques
x et y parmi trois nombres entiers consécutifs alors on doit avoir (x − y) | (x + y). Si k > 663, on pose
Ai = {3i − 2, 3i − 1, 3i} (i = 1, 2, · · · , 662), A663 = {1987, 1988}, alors un ensemble au moins contient
deux nombres choisis x et y, d’où (x − y) | (x + y), une contradiction. D’autre part, si k = 663, on
pose A = {1, 4, 7, · · · , 1987}, alors pour deux nombres quelconques ai et aj dans A, on a : ai − aj =
(3i − 2) − (3j − 2) = 3(i − j), et ai + aj = (3i − 2) + (3j − 2) = 3(i + j − 1) − 1, par suite ai + aj n’est pas
divisible par ai − aj .

Exemple

Soient X = {1, 2, · · · , 50}, et S un sous-ensemble de X tel que la somme des carrés de deux
quelconques de ses éléments n’est pas divisible par 7.
Déterminer la valeur maximale de |S|.

On divise X en deux sous-ensembles A1 = {x : x ≡ 0 (mod 7)} et A2 = X \ A1 . Alors, |A1 | = 7 et


|A2 | = 43. Il est clair que dans S il y a seulement un élément appartenant à A1 , d’où |S| ≤ 43+1 = 44.
D’autre part, pour tout entier x, si x ≡ 0, ±1, ±2, ±3 (mod 7), alors x2 ≡ 0, 1, 4, 2 (mod 7). Donc, si
x2 + y 2 ≡ 0 (mod 7), alors x2 ≡ y 2 ≡ 0 (mod 7). D’où, si S = A2 ∪ {7}, alors S vérifie les conditions
de l’exercice et |S| = 44. En conclusion, la valeur maximale de |S| est 44.

Exemple

Soient X = {1, 2, · · · , 1995}, et A un sous-ensemble de X tel que si x ∈ A alors 19x < A.


Déterminer la valeur maximale de |A|.

Posons Ak = {k, 19k} (k = 6, 7, . . . , 105), alors dans A il y a seulement un nombre appartenant à


Ak . D’où, |A| ≤ 1995 − 100 = 1895. D’autre part, si A = {1, 2, 3, 4, 5} ∪ {106, 107, · · · , 1995}, alors A
vérifie les conditions de l’exercice et |A| = 1895. En conclusion, la valeur maximale de |A| est 1895.
1.2. QUELQUES MÉTHODES ET TECHNIQUES EN COMBINATOIRE EXTRÊME 15

Méthode : suppositions et contradictions

Parfois, les ensembles possédant la propriété P sont faciles à construire, il suffit juste de mettre
ensemble tous les éléments ayant cette propriété. Dans ce cas, nous pouvons d’abord construire
un ensemble possédant la propriété P, puis deviner que cet ensemble est le maximum. Une
approche efficace pour prouver cette affirmation est le raisonnement par l’absurde.
Supposons que A est un ensemble possédant une propriété P, on cherche à prouver que |A| ≤
r. On suppose, par l’abusrde, que |A| > r, ensuite on cherche à montrer qu’il doit y avoir un
élément spécial dans A, ce qui fait que A ne possède pas la propriété P, et ce qui conduit à une
contradiction. Dans cette méthode, le principe des tiroirs joue un rôle très important.

Exemple

Un ensemble est dit simple s’il ne contient pas trois éléments x, y, z vérifiant x + y = z.
Soient M = {1, 2, 3, · · · , 2n, 2n + 1} et A un sous-ensemble simple de M . Déterminer la valeur
maximale de |A|. (Allemagne)

Puisque impair + impair , impair, alors il est clair que A = {1, 3, 5, 7, · · · , 2n + 1} est simple. On
« devine » que la valeur maximale de |A| est n + 1. On se propose donc de montrer que si |A| ≥ n + 2
alors il doit exister trois éléments x, y, z ∈ A tels que x+y = z. Soient a1 < a2 < · · · < an+2 les éléments
de A. Considérons les 2 × (n + 1) = 2n + 2 éléments :

a1 < a2 < a3 < · · · < an+2 et a2 − a1 < a3 − a1 < · · · < an+2 − a1 .

Ce sont tous des entiers naturels, et ils ne dépassent pas 2n + 1. D’après le principe des tiroirs, il
existe au moins deux éléments qui sont égaux. D’où il existe ai et aj tels que ai − a1 = aj , ce qui
donne ai = a1 + aj , et par suite A n’est pas simple.
En conclusion, la valeur maximale de |A| est n + 1.
Exemple

Soient X = {1, 2, · · · , 100}, et A un sous-ensemble de X tel que pour tout x < y dans A on a
y , 3x. Déterminer la valeur maximale de |A|.

Une condition suffisante pour garantir que y , 3x est que y n’est pas un multiple de 3. Ainsi,
tout nombre qui n’est pas un multiple de 3 peut appartenir à A. De plus, il peut aussi y avoir des
multiples de 3 dans A. De tels multiples doivent satisfaire deux conditions : (1) ils ne sont pas
égaux à trois fois l’un des nombres précédents, ce qui est vérifié lorsqu’ils sont des multiples de
9 ; (2) ils ne sont pas égaux à trois fois l’un quelconque d’entre eux, de sorte que nous pouvons
choisir 9, 18, 36, 45, 63, 72, 81, 90, 99 pour être dans A. Par suite |A| = 76, et on peut « deviner » que
c’est la valeur maximale.
Posons A = {3k + 1 : k = 0, 1, 2, · · · , 33} ∪ {3k + 2 : k = 0, 1, 2, · · · , 32} ∪ {9, 18, 36, 45, 63, 72; 81, 90, 99},
alors A vérifie les conditions de l’exercice et |A| = 76. D’autre part, considérons les 24 ensembles
Ak = {k, 3k} (k = 1, 2, 12, 13, · · · , 33) qui contiennent 48 nombres différents. Il y a donc 100−48 = 52
nombres qui sont éléments de X \ Ak . Avec les 24 ensembles précédents, il y a en tout 52 + 24 = 76
ensembles. Si |A| > 76, alors au moins deux nombres de A sont dans le même ensemble, par suite
le plus grand des deux est égal à 3 fois le plus petit, une contradiction. En conclusion, la valeur
maximale de |A| est 76.
Exemple

Soit M un ensemble d’entiers strictement positifs et ne dépassant pas 15. On suppose que
pour deux sous-ensembles quelconques et disjoints M1 et M2 de M on a S(M1 ) , S(M2 ), où
S(X) désigne la somme des éléments de X . Déterminer alors la valeur maximale de S(M).
16 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM

Il est facile de construire un ensemble M avec S(M) maximal, on choisit tout d’abord 15, 14, 13,
donc on ne peut pas choisir 12 ; ensuite on choisit 11, et ainsi on ne peut pas choisir 10 ou
9. Finalement, on choisit 8 et on ne choisit aucun autre nombre. On a alors l’ensemble M =
{15, 14, 13, 11, 8} avec |M| = 5 et S(M) = 61. On « devine » alors que S(M) ≤ 61. On montre que pour
tout ensemble M vérifiant les conditions de l’exercice on a S(M) ≤ 61. On commence d’abord par
prouver que |M| ≤ 5. On fait une preuve par l’absurde. Dans le cas contraire, on considère n’im-
porte quel sous-ensemble A n’ayant pas plus de 4 éléments, alors S(A) ≤ 15 + 14 + 13 + 12 = 53, et
   
on a 61 + 62 + 63 + 64 = 56 de tels sous-ensembles. D’après le principe des tiroirs, il existe deux
sous-ensembles A et B tels que S(A) = S(B). Posons A′ = A \ (A ∩ B) et B′ = B \ (A ∩ B), alors A′ , B′
sont disjoints et S(A′ ) = S(B′ ), ce qui est une contradiction. D’où |M| ≤ 5. Considérons maintenant
n’importe quel M. On distingue les quatre cas suivants :
(1) Si 15 < M, alors on a S(M) ≤ 14 + 13 + 12 + 11 + 10 = 60.
(2) Si 14 < M, alors on a S(M) ≤ 15 + 13 + 12 + 11 + 10 = 61.
(3) Si 13 < M, alors comme 15 + 11 = 14 + 12, on a M , {15, 14, 12, 11, 10}, d’où S(M) < 15 + 14 +
12 + 11 + 10 = 62.
(4) Si 15, 14, 13 ∈ M, alors 12 < M.
(i) Si 11 ∈ M, alors 10, 9 < M, donc on a S(M) ≤ 15 + 14 + 13 + 11 + 8 = 61.
(ii) Si 11 < M, alors on a : S(M) ≤ 15 + 14 + 13 + 10 + 9 = 61.
En conclusion, S(M) ≤ 61, d’où la valeur maximale de S(M) est 61.
Exemple

Dans une compétition mathématique, il y a n ≥ 4 problèmes. Chaque problème a été résolu


par exactement quatre élèves. Pour deux problèmes, il y a exactement un élève qui les a
résolus tous les deux. On suppose qu’il y a au moins 4n élèves participant à la compétition,
déterminer alors la valeur minimale de n de sorte qu’il y ait toujours un élève qui a résolu
tous les problèmes. (Corée)

Tout d’abord, lorsque 4 ≤ n ≤ 13, on peut construire un contre-exemple. Puisque le nombre


de participants est 4n ≥ 16 on peut considérer les 13 ensembles :

M1 = {1, 2, 3, 4}, M2 = {1, 5, 6, 7}, M3 = {1, 8, 9, 10}, M4 = {1, 11, 12, 13},
M5 = {2, 5, 8, 11} M6 = {2, 6, 9, 12}, M7 = {2, 7, 10, 13}, M8 = {3, 5, 9, 13}, M9 = {3, 6, 10, 11},
M10 = {3, 7, 8, 12}, M11 = {4, 5, 10, 12}, M12 = {4, 7, 9, 11}, M13 = {4, 6, 8, 13}.
Pour 4 ≤ n ≤ 13, en choisissant n ensembles Mi (1 ≤ i ≤ n), il est facile de vérifier que |Mi | = 4, et
|Mi ∩ Mj | = 1, mais M1 , M2 , · · · , Mn n’ont pas d’éléments en commun, ce qui est une contradiction.
On « devine » alors que la valeur minimale de n est 14. On montre maintenant que n = 14 vérifie
les conditions de l’exercice. Supposons que Mi est l’ensemble des élèves ayant résolu le problème
i, alors pour 1 ≤ i ≤ 14, |Mi | = 4, et |Mi ∩ Mj | = 1. Si M1 = {a, b, c, d}, alors chacun des 13 autres
ensembles contient au moins un élément parmi a, b, c, d, donc il y a un élément –disons a– qui
apparaît au moins quatre fois dans ces 13 ensembles, supposons par exemple que M2 , M3 , M4 , M5
contiennent a, on montre alors que chaque Mi contient a. Supposons, par l’absurde, qu’il existe un
t (6 ≤ t ≤ 14) tel que a < Mt , et Mt a un élément en commun avec chacun de M1 , M2 , M3 , M4 , M5 .
Supposons que l’élément commun entre Mt et Mk (1 ≤ k ≤ 5) soit ak (1 ≤ k ≤ 5), alors ak , a. S’il
existe i, j (1 ≤ i < j ≤ 5), tel que ai = aj , alors a, ai appartiennent à Mi ∩ Mj , en contradiction avec
|Mi ∩ Mj | = 1. Donc a1 , a2 , a3 , a4 , a5 sont différents les uns des autres, et ils appartiennent tous à
Mt , d’où |Mt | ≥ 5, une contradiction. Par conséquent, a appartient à tous les Mt , i.e., l’élève a a
résolu tous les problèmes. En conclusion, la valeur minimale de n est 14.
Exemple

On suppose que si l’on choisit n ∈ N∗ nombres impairs différents parmi 1, 2, · · · , 100 alors il
doit y avoir deux dont la somme est égale à 102. Déterminer la valeur minimale de n.
1.2. QUELQUES MÉTHODES ET TECHNIQUES EN COMBINATOIRE EXTRÊME 17

La valeur minimale est 27. On montre d’abord, par l’absurde, que n ≥ 27. Si n ≤ 26, en posant
A = {1, 3, 5, · · · , 2n − 1} alors |A| = n, mais la somme de deux éléments quelconques de A est égale
à : (2i − 1) + (2j − 1) = 2(i + j) − 2 ≤ 2(26 + 25) − 2 = 100 < 102 (où 0 < i < j ≤ n ≤ 26), ce qui est une
contradiction. Pour n = 27, on pose Ai = {2i + 1, 101 − 2i} (i = 1, 2, · · · , 24), A25 = {1}, A26 = {51}.
Pour 27 nombres quelconques, il doit y avoir deux appartenant au même ensemble, donc leur
somme est égale à 102.
Exemple

Soient X = {1, 2, · · · , 1995}, et A un sous-ensemble de X tel que pour tout x < y dans A on
a : y , 15x. Déterminer la valeur maximale de |A|.

Soit A = {1, 2, · · · , 8} ∪ {134, 135, · · · , 1995}, alors A vérifie les conditions de l’exercice et |A| =
1870. D’autre part, en considérant les 125 ensembles Ak = {k, 15k} (k = 9, 10, · · · , 133) on a 250
nombres différents et si on les exclut il reste 1745 nombres dans X. Maintenant, faisons de chacun
de ces 1745 nombres un ensemble singleton, de sorte qu’avec les 125 anciens ensembles, nous
avons 1745 + 125 = 1870 ensembles au total. Si |A| > 1870, donc il y a dans A deux nombres
contenus dans le même ensemble, le plus grand des deux est égal à 15 fois le petit, ce qui est une
contradiction. En conclusion, la valeur maximale de |A| est 1870.
Méthode : estimations globales

Pour estimer la portée d’une variable (ensemble des valeurs prises par cette variable), nous pou-
vons la mettre dans un ensemble de plusieurs variables et les considérer ensemble, et obtenir des
bornes globales. En utilisant cela, nous pouvons obtenir des informations sur les valeurs prises
par la variable. Cette méthode est appelée estimation globale. Un cas particulier d’estimations
globales est d’estimer la valeur moyenne : supposons que la moyenne de A1 , A2 , · · · , An est A,
alors au moins un nombre parmi A1 , A2 , · · · , An n’est pas inférieur à A, et au moins un nombre
parmi A1 , A2 , · · · , An n’est pas supérieur à A.
L’un des outils importants dans les estimations globales est la « table de relations des éléments
et des sous-ensembles » : supposons que X = {a1 , a2 , · · · , an } et A1 , A2 , · · · , Ak sont des sous-
ensembles de X. La « table de relations des éléments et des sous-ensembles » est le tableau suivant
avec n lignes et k colonnes :

sous-ensembles F
A1 A2 ··· Ak
éléments
a1 x11 x12 ··· x1k m1 1
a2 x21 x22 ··· x2k m2 1
.. .. ..
. . .
an xn1 xn2 ··· xnk mn 1

Lorsque ai ∈ Aj on a xij = 1, et sinon xij = 0. Le nombre de 1 dans la i-ème ligne signifie le


nombre d’apparition de l’élément ai dans les sous-ensembles, qui est appelé le degré de ai , et noté
k
X
d(ai ) ou mi , donc mi = xij . Le nombre de 1 dans la j-ème colonne est le nombre d’éléments
j=1
n
X
dans l’ensemble Aj , i.e., |Aj | = xij . Il y a deux formules très utiles dans la table de valeurs :
i=1
(1) considérons le nombre total d’apparitions des éléments dans F, c’est-à-dire le nombre de 1
dans le tableau, on a :
Xn Xk
mi = S = |Aj |.
i=1 j=1
18 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM

(2) considérons le nombre total T d’apparitions d’éléments dans les intersections de deux sous-
ensembles, on a : !
X n X
mi
= T = |Ai ∩ Aj |.
2
i=1 1≤i<j≤k

Exemple

Déterminer le plus grand entier naturel non nul A tel que pour toute permutation de
(1, 2, 3, · · · , 99, 100) il y a 10 termes consécutifs dont la somme est ≥ A. (Pologne)

Pour une permutation de 1, 2, · · · , 100, il est difficile de trouver 10 termes consécutifs dont la
somme n’est pas inférieure à A. L’idée est de considérer les sommes de tous les termes consécutifs
qui ne partagent aucun terme commun entre eux et estimer la valeur moyenne.
Soit a1 , a2 , · · · , a100 une permutation de 1, 2, · · · , 100. Posons Ai = ai +ai+1 +· · ·+ai+9 (i = 1, 2, · · · , 91),
alors A1 = a1 + a2 + · · · + a10 , A11 = a11 + a12 + · · · + a20 , · · · , A91 = a91 + a92 + · · · + a100 . Notons que
A1 + A11 + · · · + A91 = a1 + a2 + · · · + a100 = 5050. Par suite, la moyenne de A1 , A11 , · · · , A91 est égale à
505, donc il existe 1 ≤ i ≤ 91 tel que Ai ≥ 505.
Si A ≥ 506, on considère la permutation (100, 1, 99, 2, 98, 3, 97, 4, · · · , 51, 50), où les termes sont
a2i−1 = 101 − i (i = 1, 2, · · · , 50); a2i = i (i = 1, 2, · · · , 50). D’où a2i−1 + a2i = 101, a2i + a2i+1 = 100. On
peut montrer maintenant que pour tout 1 ≤ i ≤ 91 on a Ai ≤ 505 < A.
⋄ Si i est pair, i = 2k, alors :

A2k = a2k + a2k+1 + · · · + a2k+9 = (a2k + a2k+1 ) + (a2k+2 + a2k+3 ) + · · · + (a2k+8 + a2k+9 ) = 100 × 5 = 500 < A.

⋄ Si i est impair, i = 2k + 1, alors :

A2k−1 = a2k−1 +a2k +· · ·+a2k+8 = (a2k−1 +a2k )+(a2k+1 +a2k+2 )+· · ·+(a2k+7 +a2k+8 ) = 101×5 = 505 < A.

Par conséquent la valeur maximale de A est 505.


Exemple

Soient A1 , A2 , · · · , A30 des sous-ensembles de M = {1, 2, · · · , 1990} avec |Ai | ≥ 660 (i =


1, 2, · · · , 30). Montrer qu’il existe 1 ≤ i < j ≤ 30 tels que |Ai ∩ Aj | ≥ 200.

Supposons que |Ai | = 660 pour tout i, sinon on enlève quelques éléments de Ai pour obtenir
un sous-ensemble A′i . Si on peut montrer que |A′i ∩A′j | ≥ 200, alors en ajoutant les éléments enlevés
on a certainement |Ai ∩ Aj | ≥ 200.
Considérons la table de relation comme ci-dessus. Supposons qu’il y a mi nombres 1 à la i-ème
colonne, i.e., i appartient à mi sous-ensembles. Considérons le nombre total d’apparitions de
chaque élément dans tous les sous-ensembles, ou le nombre de 1 dans le tableau, on a :

1990
X 30
X
mi = S = |Ai | = 30 × 660.
i=1 i=1
X
Estimons à présent |Ai ∩ Aj |. C’est juste le nombre total d’apparitions d’éléments dans les
1≤i<j≤30
intersections de sous-ensembles, nous avons donc :
1990
X ! X
mi
= |Ai ∩ Aj |.
2
i=1 1≤i<j≤30
1.2. QUELQUES MÉTHODES ET TECHNIQUES EN COMBINATOIRE EXTRÊME 19

Alors, d’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz on a :


! P 2
X 1990
X 1990
X 1990
X 1990 1990
X
mi i=1 m i (30 × 660)2
2 |Ai ∩ Aj | = 2 = m2i − mi ≥ P1990 2 − mi = − 30 × 660.
2 i=1 1
1990
1≤i<j≤30 i=1 i=1 i=1 i=1

Il doit donc exister (i, j) telle que :


(30×660)2
1990 − 30 × 660 (30 × 660) × (30 × 660 − 1990)
|Ai ∩ Aj | ≥  = > 200.
2 30 2
30 × 29 × 1990

Exemple

Dix personnes vont dans une librairie pour acheter des livres. On sait que chaque personne
a acheté trois livres et que pour deux personnes, il y a au moins un livre acheté par les
deux. Considérons le livre le plus populaire (c’est-à-dire acheté par le plus grand nombre
de personnes). Combien, au moins, de personnes ont acheté ce livre ?

Supposons qu’ils ont acheté n livres, et que l’ensemble des livres achetés par la i-ème personne
est Ai (i = 1, 2, · · · , 10). On construit la table de relations, et on suppose que la i-ème ligne a mi
nombres 1. En comptant le nombre d’apparences des éléments, on a :
n
X 10
X 10
X
mi = S = |Ai | = 3 = 30.
i=1 i=1 i=1

En comptant le nombre d’apparences des éléments dans les intersections des sous-ensembles :
Xn ! X
mi
= |Ai ∩ Aj |.
2
i=1 1≤i<j≤10

Supposons que le maximum des mi est m, alors :


! X X n
X ! n
X n
X
10 mi
90 = 2 = 2 1 ≤ 2 |Ai ∩ Aj | = 2 = m2i = m2i − 30
2 2
1≤i<j≤10 1≤i<j≤10 i=1 i=1 i=1
n
X n
X
≤ (mi · m) − 30 = m mi − 30 = 30(m − 1).
i=1 i=1

Ainsi, on a :
90 ≤ 30(m − 1) ce qui donne m ≥ 4. (1)
Si m = 4, alors on a égalité dans la relation (1), d’où mi = 4 (i = 1, 2, · · · , n). Par suite, on a : 4n =
m1 + m2 + · · · + mn = 30, ce qui est une contradiction. Par conséquent m ≥ 5. Si m = 5, comme m est
le maximum, on a alors mi ≤ 5. Ainsi 30 = m1 + m2 + · · · + mn ≤ 5n, ce qui donne n ≥ 6. On choisit
n = 6, et une solution possible est donnée dans le tableau suivant :
A1 A2 A3 A4 A5 A6 A7 A8 A9 A10
1 ⋆ ⋆ ⋆ ⋆ ⋆
2 ⋆ ⋆ ⋆ ⋆ ⋆
3 ⋆ ⋆ ⋆ ⋆ ⋆
4 ⋆ ⋆ ⋆ ⋆ ⋆
5 ⋆ ⋆ ⋆ ⋆ ⋆
6 ⋆ ⋆ ⋆ ⋆ ⋆
En conclusion, la valeur minimale de m est 5.
20 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM

Exemple

Un groupe d’enfants âgés de 7 à 13 ans (les âges sont des nombres entiers) viennent de 11
pays différents. Montrer qu’il y a au moins cinq enfants tels que, pour chacun d’eux, il y a
plus d’enfants ayant le même âge que lui que d’enfants de même nationalité que lui.

Considérons le tableau suivant où Aj est l’ensemble des enfants originaires du j-ème pays, et
ai,j est le nombre d’enfants d’âge i et originaires du pays j :

A1 A2 ··· A11
7 a7,1 a7,2 ··· a7,11
8 a8,1 a8,2 ··· a8,11
.. .. .. .. ..
. . . . .
13 a13,1 a13,2 ··· a13,11

Supposons que la somme de la i-ème ligne est ri , et la somme de la j-ème colonne est ti , alors :

X 11
13 X ! X 11
13 X X 11
13 X 11
X 13 13 11
1 1 ai,j ai,j 1X X 1X
ai,j − = − = ai,j − ai,j
t j ri tj ri t r
i=7 j=1 i=7 j=1 i=7 j=1 j=1 j i=7 i=7 i j=1
11
X ! X13 ! 11
X 13
X
1 1
= · tj − · ri = 1− 1 = 4.
tj ri
j=1 i=7 j=1 i=7

!
1 1 1 1
Puisque − < 1, en considérant le terme ai,j − dans l’expression ci-dessus comme une
t j ri t j ri
1 1
somme de ai,j fois « − », on sait qu’il y a au moins 5 tels terms dans l’expression ci-haut qui
t j ri
sont positifs. Donc, il existe bien cinq enfants qui vérifient les conditions de l’exercice.

Exemple

On considère les ensembles A = {1, 2, 3, 4, 5, 6} et B = {7, 8, 9, · · · , n}. Pour chaque i , on choisit


trois nombres dans A et deux nombres dans B, et on forme un ensemble Ai (i = 1, 2, · · · , 20)
à cinq éléments, et tels que |Ai ∩ Aj | ≤ 2 pour tout 1 ≤ i < j ≤ 20. Déterminer la valeur
minimale de n. (Chine)

Cette question nécessite en fait de trouver la valeur minimale de |B|. Le nombre total d’appa-
rences des éléments de B dans les sous-ensembles Ai (i = 1, 2, · · · , 20) est égal à : 2 × 20 = 40. Pour
savoir combien d’éléments il y a dans B, il suffit de savoir combien de fois chaque élément de B
peut apparaître dans les sous-ensembles Ai (i = 1, 2, · · · , 20).
On montre, tout d’abord, que chaque élément de B peut apparaître au plus quatre fois dans les
sous-ensembles Ai (i = 1, 2, · · · , 20). On suppose, par l’absurde, qu’un élément b ∈ B apparaît k > 4
fois dans Ai (i = 1, 2, · · · , 20). Considérons les k sous-ensembles contenant b, ils ont au total 3k > 12
éléments dans A. Alors, d’après le principe des tiroirs, il existe au moins un élément, disons a,
dans A qui apparaît trois fois dans les k sous-ensembles. Si P, Q, R sont les trois sous-ensembles
contenant a, b, alors les cinq éléments dans A \ {a} apparaîssent six fois dans P, Q, R. Donc il doit
avoir un élément c qui apparaît deux fois. On a ainsi deux ensembles contenant chacun de a, b, c,
en contradiction avec |Ai ∩ Aj | ≤ 2.
D’après ce qui précède, chaque élément de B apparaît dans les sous-ensembles Ai (i = 1, 2, · · · , 20)
au plus quatre fois, et le nombre total d’apparences des éléments de B dans chaque sous-ensemble
Ai (i = 1, 2, · · · , 20) est égal à 40, par suite |B| ≥ 40
4 = 10, donc n ≥ 10 + 6 = 16.
1.2. QUELQUES MÉTHODES ET TECHNIQUES EN COMBINATOIRE EXTRÊME 21

Finalement, avec n = 16 on peut construire les 20 ensembles vérifiant les conditions :

{1, 2, 3, 7, 8}, {1, 2, 4, 12, 14} {1, 2, 5, 15, 16}, {1, 2, 6, 9, 10}, {1, 3, 4, 10, 11},
{1, 3, 5, 13, 14}, {1, 3, 6, 12, 15}, {1, 4, 5, 7, 9}, {1, 4, 6, 13, 16}, {1, 5, 6, 8, 11},
{2, 3, 4, 13, 15}, {2, 3, 5, 9, 11}, {2, 3, 6, 14, 16}, {2, 4, 5, 8, 10}, {2, 4, 6, 7, 11}
{2, 5, 6, 12, 13}, {3, 4, 5, 12, 16}, {3, 4, 6, 8, 9}, {3, 5, 6, 7, 10}, {4, 5, 6, 14, 15}.

En conclusion, la valeur minimale de n est 16.


Exemple

Soient Ai des sous-ensembles de M = {1, 2, · · · , 10} tels que :

|Ai | = 5 (i = 1, 2, · · · , k) et |Ai ∩ Aj | ≤ 2 (1 ≤ i < j ≤ k).

Déterminer la valeur maximale de k . (Chine)

10
X k
X
Puisque mi = 5 = 5k, alors d’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz on a d’une part :
i=1 i=1

10 ! 10 10 P 10
X X mi X
2
X ( 10 mi )2 X 25k 2
2 |Ai ∩ Aj | = 2 = mi − mi ≥ Pi=1
10 2
− m i = − 5k.
2 i=1 1
10
1≤i<j≤k i=1 i=1 i=1 i=1

X X !
k
D’autre part, |Ai ∩ Aj | ≤ 2=2 = k 2 − k, et en combinant ces inégalités on a :
2
1≤i<j≤k 1≤i<j≤k

25k 2
− 5k ≤ 2(k 2 − k) d’où k ≤ 6.
10
Avec k = 6, les six ensembles suivants vérifient bien les conditions de l’exercice :

{1, 2, 3, 4, 5}, {3, 5, 7, 8, 9}, {1, 2, 6, 7, 8}, {1, 3, 6, 9, 10}, {2, 4, 7, 9, 10}, {4, 5, 6, 8, 10}.

En conclusion, la valeur maximale de k est 6.


Exemple

Soient X un ensemble fini, et A1 , A2 , · · · , Am des sous-ensembles de X avec |Ai | = r (1 ≤ i ≤


mr 2
m). On suppose que, pour tout i , j , |Ai ∩ Aj | ≤ k , montrer alors que : |X| ≥ .
r + (m − 1)k

Intéressons-nous à la table de relations B(n, m) de m ensembles et n éléments en calculant


le nombre de 1 apparaissant dans cette table. Supposons qu’il y a ti nombres 1 à la ligne i (i =
1, 2, · · · , n), alors :
Xn X m
ti = S = |Aj | = rm.
i=1 j=1

Le nombre total des éléments apparaissant dans les intersections des ensembles est donné par :
n
X ! X
ti
= T = |Ai ∩ Aj |.
2
i=1 1≤i<j≤m
22 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM

Alors, d’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz on déduit que :


! X n
X ! n
X n
X P n
m ti ( n ti )2 X r · m2
2k = 2 |Ai ∩ Aj | = 2 = ti2 − ti ≥ Pi=1
n 2
− ti = − rm.
2 2 i=1 1 n
1≤i<j≤m i=1 i=1 i=1 i=1

r · m2 mr 2
Par conséquent : km(m − 1) ≥ − rm, et ainsi n ≥ .
n r + (m − 1)k
Exemple

Soit n ≥ 2 un entier donné. Dans un tableau n × n, chaque cellule contient un entier


strictement positif. Les nombres placés dans la i -ème ligne sont, de gauche à droite :
(i − 1)n + 1, (i − 1)n + 2, · · · , (i − 1)n + n. À chaque étape, on choisit deux cellules voisines
(i.e., partageant un côté commun horizontalement ou verticalement), et on ajoute 1 à un
nombre et on ajoute 2 à l’autre nombre. Combien d’étapes faut-il pour que les nombres
placés dans chaque cellule soient tous égaux ?

Soit S la somme de tous les nombres du tableau. Clairement, lorsque les nombres sont égaux,
chaque nombre doit être égal au moins à n2 . Ainsi, la somme des nombres du tableau est donnée
par S ′ ≥ n2 · n2 = n4 . Puisque chaque opération augmente la valeur de S de 3, et qu’au départ
n2 (n2 + 1)
S0 = 1 + 2 + 3 + · · · + n 2 = , alors lorsque les nombres sont égaux, S a augmenté d’au
2
moins :
n2 (n2 + 1) n2 (n2 − 1)
n4 − = .
2 2
1 n2 (n2 − 1) n2 (n2 − 1)
Ainsi le nombre d’opérations est plus grand ou égal à : · = .
3 2 6
2 2
n (n −1)
Montrons que nous pouvons utiliser 6 étapes pour égaliser les nombres placés dans les cel-
lules. Cela équivaut à montrer que nous pouvons utiliser l’opération pour rendre chaque nombre
égal à n2 . Dans chaque ligne, on regroupe toutes les trois cellules consécutives ensemble et on
divise la ligne en n3 groupes, qui sont marqués comme groupe 1, groupe 2, · · · , groupe n3 . Tout
d’abord, on remarque que pour trois cellules consécutives, on utilise deux étapes pour augmenter
chaque nombre de 2. Nous appelons ces deux étapes une grande étape A :

A : (a, b, c) −→ (a + 2, b + 1, c) −→ (a + 2, b + 2, c + 2).

On fait maintenant n2 grandes étapes A dans chaque groupe d’une certaine ligne de sorte que les
nombres de cette ligne augmentent de n. Donc, pour chaque ligne, on peut faire plusieurs de ces
opérations de sorte que cette ligne devienne la même que la n-ème ligne.
Notons maintenant que pour deux cellules consécutives quelconques, on peut utiliser deux étapes
pour augmenter chaque nombre de 3. Nous appelons ces deux opérations une grande étape B :

B : (a, b) −→ (a + 2, b + 1) −→ (a + 3, b + 3).

Maintenant, supposons que chaque ligne de l’échiquier est la même que la n-ème ligne. Considé-
rons le j-ème groupe dans la i-ème ligne et la (i + 1)-ème ligne, et utilisons une opération B sur
deux cellules de la même colonne de ces deux groupes, de sorte que les nombres du j-ème groupe
des deux lignes augmentent de 3. Puisque les différences entre les nombres correspondants dans
différents groupes dans la même ligne sont des multiples de 3, nous pouvons faire plusieurs opé-
rations B sur les deux lignes, de sorte que tous les groupes des deux lignes deviennent les mêmes
que le groupe n3 , qui est (n2 − 2, n2 − 1, n2 ). Après une opération, il peut être changé en (n2 , n2 , n2 ),
de sorte que les deux lignes peuvent être changées en n2 . Nous répétons ensuite les opérations
jusqu’à ce que chaque cellule devienne n2 .
n2 (n2 − 1)
En conclusion, le nombre minimum d’opérations est égal à .
6
1.2. QUELQUES MÉTHODES ET TECHNIQUES EN COMBINATOIRE EXTRÊME 23

Exemple

Soient n ∈ N∗ un entier donné, X = {1, 2, · · · , n} et A un sous-ensemble de X . On suppose


que pour tout x < y < z dans A, il existe un triangle dont les côtés mesurent respectivement
x, y et z. Déterminer la valeur maximale de |A|.

Soit A = {a1 , a2 , · · · , ar } un sous-ensemble de X avec a1 < a2 < · · · < ar . Si ar < n, on pose n−ar = t,
et a′i = ai +t (i = 1, 2, . . . , r). Alors, a′r = n, et l’ensemble A′ = {a′1 , a′2 , · · · , a′r } vérifie aussi les conditions
de l’exercice. On peut donc supposer que ar = n.
Puisque a1 , a2 , ar sont les côtés d’un triangle, alors n = ar < a1 + a2 . Comme a1 + a2 < 2a2 , alors
n
a1 + a2 ≤ 2a2 − 1 et ainsi n = ar ≤ 2a2 − 2, d’où a2 ≥ + 1.
2
Regardons maintenant quels nombres peuvent être choisis dans A \ {a1 }.
n 3
⋄ Si n est impair, n = 2k + 1, alors a2 ≥ + 1 = k + , or a2 est un entier, donc a2 ≥ k + 2. Par suite
2 2
A \ {a1} ⊂ {k + 2, k + 3, · · · , 2k + 1}. Par conséquent :
n−1 n+1
|A| − 1 ≤ |{k + 2, k + 3, · · · , 2k + 1}| = 2k + 1 − (k + 1) = k i.e. |A| = k + 1 = +1 = .
2 2
n
⋄ Si n est pair, n = 2k, alors a2 ≥ + 1 = k + 1. Par suite A \ {a1} ⊂ {k + 1, k + 2, · · · , 2k}, d’où :
2
n n+2
|A| − 1 ≤ |{k + 1, k + 2, · · · , 2k}| = 2k − k = k i.e. |A| ≤ k + 1 = +1 = .
2 2
n+2
Des deux cas ci-dessus, on déduit que pour tout n ∈ N∗ on a : |A| ≤ . Comme |A| ∈ N∗ , alors :
2
 
n+2
|A| ≤ .
2
⋄ Si n = 2k, posons A = {k, k + 1, k + 2, · · · , 2k}, alors pour tout x < y < z ∈ A on a x + y ≥ k + (k + 1) =
2k + 1 > 2k ≥ z, donc x, y, z, sont les côtés d’un triangle et
 
n n+2 n+2
|A| = k + 1 = + 1 = = .
2 2 2
⋄ Si n = 2k + 1, posons A = {k + 1, k + 2, · · · , 2k + 1}, alors pour tout x < y < z ∈ A on a x + y ≥
(k + 1) + (k + 2) = 2k + 3 > 2k + 1 ≥ z, donc x, y, z sont les côtés d’un triangle et
 
n−1 n+1 n+2
|A| = k + 1 = +1 = = .
2 2 2
 
n+2
En conclusion, la valeur maximale de |A| est .
2
Remarque :  les deux cas ci-dessus
  (n pair
 et n impair)  peuvent être traités d’une seule fois en
n+1 n+1 n+1
prenant A = , + 1, + 2, · · · , n .
2 2 2
Exemple

16 élèves participent à un test de sélection. Chaque question du test est une question à
choix multiples et comporte quatre réponses au choix. Après le test, on constate que pour
deux élèves quelconques, il y a au plus une question pour laquelle leurs réponses sont les
mêmes. Au plus, combien de questions peut-il y avoir ? (Chine)

On suppose qu’il y a n questions, on se propose de montrer que la valeur maximale pour n est
égale à 5.
24 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM

Il est clair que la valeur maximale de n est > 1. Pour n > 1, et pour une question A, si cinq
élèves choisissent la même réponse, alors les réponses que les cinq élèves choisissent pour toute
autre question B doivent être différentes les unes des autres. Cependant, il n’y a que quatre choix
pour B, ce qui est une contradiction. Par conséquent, pour toute question, il y a au plus quatre
élèves qui font le même choix. Puisqu’il n’y a que quatre choix pour A, et qu’il y a 16 élèves, on
sait que chaque réponse est choisie par quatre élèves. Pour chaque élève x et chaque question
i (i = 1, 2, · · · , n), trois élèves choisissent précisément la même réponse que x pour la question i,
formant un sous-ensemble Ai à 3 éléments. Considérons les ensembles A1 , A2 , · · · , An , s’il y a deux
Ai , Aj (i < j) avec une intersection non vide, disons y ∈ Ai ∩ Aj , alors les réponses de x, y aux deux
questions i, j du test sont les mêmes, ce qui est une contradiction. Ainsi les Ai sont deux à deux
disjoints, donc le nombre de personnes est donné par :

S ≥ 1 + |A1 | + |A2 | + · · · + |An | = 3n + 1.

Donc 3n + 1 ≤ 16, d’où n ≤ 5. Le tableau suivant montre c’est possible pour n = 5 :

élève
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16
question
1 1 1 1 1 2 2 2 2 3 3 3 3 4 4 4 4
2 1 2 3 4 1 2 3 4 1 2 3 4 1 2 3 4
3 1 2 3 4 4 3 2 1 3 4 1 2 2 1 4 3
4 1 2 3 4 2 1 4 3 4 3 2 1 3 4 1 2
5 1 2 3 4 3 4 1 2 2 1 4 3 4 3 2 1

Exemple

Soient A1 , A2 , · · · , Ak des sous-ensembles, à 5 éléments, de l’ensemble M = {1, 2, · · · , 10}. On


suppose que deux éléments quelconques de M apparaissent dans au plus deux des sous-
ensembles Ai , Aj (i , j). Déterminer la valeur maximale de k .

Soit d(i) (i = 1, 2, · · · , n) le nombre d’apparences de i dans A1 , A2 , · · · , Ak . On a clairement :

d(1) + d(2) + · · · + d(10) = |A1 | + |A2 | + · · · + |Ak | = 5 + 5 + · · · + 5 = 5k,

donc pour connaître l’ensemble des valeurs prises par k on a besoin de savoir l’ensemble des
valeurs prises par chaque d(i). Montrons que d(i) ≤ 4 (i = 1, 2, · · · , 10). En effet, pour i ∈ M, on
considère toutes les paires (i, j) contenant i (où j , i) et tous les sous-ensembles à 5 éléments
contenant i. D’une part, pour chaque i on a neuf paires (i, j) contenant i, et toute paire contenant
i apparaît dans A1 , A2 , · · · , Ak au plus deux fois. Donc, le nombre total d’apparences des paires
(i, j) contenant i ne dépasse pas 2 × 9 = 18. D’autre part, parmi A1 , A2 , · · · , Ak , il y a d(i) ensembles
contenant i, puisque |Aj | = 5 (j = 1, 2, · · · , k), chaque sous-ensemble contenant i contiendra quatre
paires (i, j) contenant i, et par suite 4 · d(i) ≤ 18, d’où d(i) ≤ 4. Donc,

5k = d(1) + d(2) + · · · + d(10) ≤ 4 × 10 =⇒ k ≤ 8.

Finalement, avec k = 8, les huit ensembles suivants vérifient les conditions :

A1 = {1, 2, 3, 4, 5}, A2 = {1, 6, 7, 8, 9}, A3 = {1, 3, 5, 6, 8}, A4 = {1, 2, 4, 7, 9},


A5 = {2, 3, 6, 7, 10}, A6 = {3, 4, 7, 8, 10}, A7 = {4, 5, 8, 9, 10}, A8 = {2, 5, 6, 9, 10}.

En conclusion, la valeur maximale de k est 8.


1.2. QUELQUES MÉTHODES ET TECHNIQUES EN COMBINATOIRE EXTRÊME 25

Méthode : estimations à l’aide de paramètres

Dans certains problèmes de combinatoire extrême, il existe de nombreuses variables qui rendent
le problème très compliqué. Cependant, en introduisant de nouveaux paramètres on peut réduire
le problème à une équation à une ou deux variables, ce qui simplifie grandemment la question.

Exemple

n équipes de football participent à un tournoi où deux équipes s’affrontent une seule fois.
Le gagnant de chaque match obtient trois points, le perdant 0 point et les deux obtiennent
un point en cas de match nul. Après le tournoi, l’antépénultième équipe (i.e. l’avant-avant
dernière) a un score strictement inférieur à celui de n’importe quelle équipe avant elle, et
strictement supérieur aux deux équipes après elle ; elle a aussi strictement plus de victoires
que les équipes avant elle, et strictement moins de victoires que les deux équipes après elle.
Déterminer la valeur minimale de n.

On se propose de montrer que la valeur minimale de n est 13.


Soient A1 , A2 , · · · , An−3 les équipes avec le score plus élevé, B l’antépénultième équipe, et C1 , C2
les deux équipes avec le score moins élevé. Supposons que le bilan de B est : x victoires, y matchs
nuls et z défaites, alors : n = x + y + z + 1. Puisque C1 a gané au moins (x + 1) matchs, on sait que
3x + y ≥ 3(x + 1) + 1, d’où y ≥ 4. Puisque A1 a gagné au plus (x − 1) fois et a fait au moins (n − x)
matchs nuls, alors :

3x + y + 1 ≤ 3(x − 1) + (n − x) = 3x + y + z − 2 d’où z ≥ 3,

c’est-à-dire B a perdu au moins trois fois. Il y a donc au moins une équipe parmi A1 , A2 , · · · , An−3
qui a gagné contre B, d’où x ≥ 2.
(1) Si tous les Ai ont fait match nul avec C1 , C2 , B alors puisque y = n − x − z − 1 ≤ n − 6, il existe
au moins trois équipes parmi ces (n − 3) équipes Ai qui ont fait match nul avec l’un de C1 ou C2 .
Donc, l’un de C1 ou C2 a fait au moins deux matchs nuls, d’où,

3x + y ≥ 3(x + 1) + 2 + 1 i.e. y ≥ 6 donc n ≥ 12.

L’égalité n = 12 n’est pas vraie car sinon z = 3, Ai n’a pas perdu et a au plus x − 1 = 1 victoire, ainsi
Ai a fait au moins 10 matchs nuls. Par conséquent, B, C1 , C2 ont au moins 18 matchs nuls au total,
or comme y = 6, C1 et C2 ont fait au plus 2 matchs nuls, donc 18 ≤ 6 + 2 + 2, contradiction.
En conclusion, n ≥ 13.
(2) Si un certain Ai (disons A1 ) n’a pas fait match nul avec B, C1 , C2 , alors il a fait au plus (n − 4)
matchs nuls. D’où,

3x + y + 1 ≤ 3(x − 1) + (n − 4) ce qui donne n ≥ y + 8 ≥ 12.

L’égalité n = 12 n’est pas vraie car sinon y = 4, et avec les mêmes arguments qu’avant on peut voir
que C1 et C2 n’ont fait aucun match nul, donc A1 a au moins (x − 1) victoires ou il a au moins 11
matchs nuls alors que C1 n’a fait aucun match nul, contradiction. Donc, Ai a (x − 1) victoires, 8
ou 9 matchs nuls. Supposons que k des Ai ont fait 8 matchs nuls et (9 − k) d’entre eux ont fait 9
matchs nuls. Notons que C1 , C2 ont (x + 1) victoires et (10 − x) défaites, on a alors :

9(x − 1) + x + 2(x + 1) = k(4 − x) + (9 − k)(3 − x) + 7 − x + 2(10 − x) d’où 24x = k + 61.

Pour 0 ≤ k ≤ 9 l’équation n’a pas de solutions entières, contradiction. En conclusion n ≥ 13.


Des deux cas (1) et (2) ci-dessus on conclut que n ≥ 13 dans tous les cas.
D’autre part, pour n = 13, on peut construire le tableau de résultats ci-dessous qui montre que la
valeur minimale de n est bien 13.
26 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM

A1 A2 A3 A4 A5 A6 A7 A8 A9 A10 B C1 C2 Total
A1 ⋆ 3 1 1 1 1 1 1 1 1 1 0 3 15
A2 0 ⋆ 1 1 1 1 1 1 1 1 1 3 3 15
A3 1 1 ⋆ 3 1 1 1 1 1 1 1 0 3 15
A4 1 1 0 ⋆ 1 1 1 1 1 1 1 3 3 15
A5 1 1 1 1 ⋆ 1 1 1 1 1 3 0 3 15
A6 1 1 1 1 1 ⋆ 1 1 1 1 3 3 0 15
A7 1 1 1 1 1 1 ⋆ 1 1 1 3 3 0 15
A8 1 1 1 1 1 1 1 ⋆ 1 1 3 3 0 15
A9 1 1 1 1 1 1 1 1 ⋆ 1 3 3 0 15
A10 1 1 1 1 1 1 1 1 1 ⋆ 0 3 3 15
B 1 1 1 1 0 0 0 0 0 3 ⋆ 3 3 13
C1 3 0 3 0 3 0 0 0 0 0 0 ⋆ 3 12
C2 0 0 0 0 0 3 3 3 3 0 0 0 ⋆ 12

On voit donc que toutes les équipes A1 , A2 , · · · , A10 ont toutes 15 points au total, et 2 victoires.
L’équipe B a 13 points au total et 3 victoires. Finalement, les équipes C1 et C2 ont chacune 12
points au total et 4 victoires.

Exemple

Une compétition mathématique se compose de 30 questions à choix multiples. Le score s


d’un participant est calculé par la formule suivante : s = 30+4c −m où c est le nombre de
réponses correctes et m le nombre de mauvaises réponses. Les élèves ne sont pas pénalisés
pour les questions laissées sans réponse. Lisa a informé Christian de son score, qui était
supérieur à 80, à cette compétition de mathématiques. À partir de là, Christian a pu dé-
terminer le nombre de questions que Lisa a résolues correctement. Si le score de Lisa avait
été plus bas, mais toujours supérieur à 80, Christian n’aurait pas pu le déterminer. Quel
était le score de Lisa ?

Soient s, c et m le score, les réponses correctes, et les mauvaises réponses de Lisa respective-
ment. Alors :

s = 30 + 4c − m = 30 + 4(c − 1) − (m − 4) = 30 + 4(c + 1) − (m + 4).

Par conséquent, Lisa n’aurait pas laisser au moins cinq questions non traitées ; sinon, une réponse
correcte de plus et quatre autres fausses produiraient le même score. De même, Lisa n’aurait pas
pu répondre incorrectement à au moins quatre questions (clairement Lisa a répondu correcte-
ment à au moins une question pour avoir un score supérieur à 80, voire 30.)
Il s’ensuit que c + m ≥ 26 et m ≤ 3, donc c ≥ 23 et s = 30 + 4c − m ≥ 30 + 4 · 23 − 3 = 119. Donc Lisa
a obtenu au moins 119. Pour voir qu’aucun résultat autre que 23 réponses correctes et 3 réponses
fausses ne produit pas 119, notons que s = 119 =⇒ 4c −m = 89 donc m ≡ 3 (mod 4). Mais si m = 3,
alors c = 23, qui était le résultat donné ; autrement m ≥ 7 et c ≥ 24, mais cela implique au moins
31 questions, une contradiction. En conclusion, le score de Lisa est 119.

Méthode : double comptage

L’idée de base est la suivante : pour un ensemble X = {a1 , a2 , · · · , an }, soit F = {A1 , A2 , · · · , Ak }


une collection de sous-ensembles de X (généralement avec des intersections non vides), et le
i-ème sous-ensemble Ai possède ri éléments. Nous comptons maintenant une quantité Q (appe-
lée quantité intermédiaire) de deux manières. D’une part, on peut compter la contribution de
chaque élément à Q, obtenant ainsi Q = f (n). D’autre part, on peut compter la contribution de
1.2. QUELQUES MÉTHODES ET TECHNIQUES EN COMBINATOIRE EXTRÊME 27

chaque sous-ensemble Ai à Q. Appelons-la |Qi | = f i (k, r), alors :


r
X n
X
f i (k, r) = |Qi | ≤ |Q| = f (n).
i=1 i=1

Ici, nous exigeons que les contributions des différents sous-ensembles Ai , Aj soient, dans un cer-
tain sens, « disjointes », afin que nous puissions les additionner. Ainsi, la quantité intermédiaire
Q doit être soigneusement choisie pour satisfaire cette exigence. Si les différents sous-ensembles
Ai , Aj ont des contributions en commun, alors la contribution commune doit être enlevée.

Exemple

Soit S = {1, 2, · · · , 15}, et considérons n sous-ensembles A1 , A2 , · · · , An de S tels que :


1 |Ai | = 7 (i = 1, 2, · · · , n),
2 |Ai ∩ Aj | ≤ 3 (1 ≤ i < j ≤ n),
3 pour tout sous-ensemble M de S , à trois éléments, il existe un Ak tel que M ⊂ Ak .
Déterminer la valeur minimale de n. (Chine)

La condition |Ai | = 7 (i = 1, 2, · · · , n) nous suggère de compter le nombre total S1 d’apparences


des éléments dans chaque sous-ensemble. D’une part, en comptant avec chaque sous-ensemble,
on obtient S1 = 7n. D’autre part, en comptant avec chaque élément, et en supposant que i apparaît
ri fois (i = 1, 2, · · · , 15), on obtient S1 = r1 + r2 + · · · + r15 . Par suite 7n = r1 + r2 + · · · + r15 . Il nous
suffit juste d’estimer cette dernière expression pour conclure. On commence par estimer r1 . La
condition (3) de l’exercice nous suggère d’évaluer le nombre S2 de sous-ensembles contenant 1 et

ayant trois éléments. D’une part, il y a 14 2 = 91 façons de choisir un tel sous-ensemble, donc S2 =

91. D’autre part, considérons les r1 sous-ensembles contenant 1, chacun donnant lieu à 62 = 15
sous-ensembles à 3 éléments et contenant 1, et donc il y a en tout 15r1 sous-ensembles. D’après
la condition (3) on a donc : 15r1 ≥ S2 = 91, d’où r1 ≥ 7. De même, pour chaque i = 1, 2, · · · , 15, on
a : ri ≥ 15, par suite :
15
X 15
X
7n = ri ≥ 7 = 15 × 7 d’où n ≥ 15.
i=1 i=1

Pour n = 15 on peut choisir

Ai = {1 + i − 1, 2 + i − 1, 4 + i − 1, 5 + i − 1, 6 + i − 1, 11 + i − 1, 13 + i − 1} (i = 1, 2, · · · , 15),

avec tous les éléments pris modulo 15. On vérifie facilement que ces ensembles vérifient les condi-
tions de l’exercice. En conclusion, la valeur minimale de n est 15.
Exemple

Huit chanteurs assistent à un concert. Supposons que nous voulions organiser m spectacles
de telle sorte que quatre des huit chanteurs se produisent dans chaque spectacle, et que
deux quelconques des huit chanteurs apparaissent ensemble dans le même nombre de
spectacles. Trouver un arrangement pour lequel m est minimal. (Chine)

Notons d’abord qu’il y a m spectacles, et quatre des huit chanteurs se produisent dans chaque
spectacle ; cela équivaut à avoir m sous-ensembles de 4 éléments d’un ensemble de huit éléments.
De plus, la condition selon laquelle deux chanteurs quelconques apparaissent ensemble un cer-
tain nombre de fois (disons r) est équivalente à la condition selon laquelle chaque sous-ensemble
28 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM

à 2 éléments apparaît r fois dans ces sous-ensembles à 4 éléments. Ceci nous amène à considérer le
nombre total S d’apparitions des chanteurs. D’une part, il y a m spectacles et chacun d’eux engage
quatre chanteurs, donc S = 4m. D’autre part, supposons que chaque deux chanteurs apparaissent
 
ensemble r fois précisément, donc nous avons r 82 paires, ce qui contribue 2r 82 apparitions à S.
Cependant, chaque apparition d’un chanteur A est comptée trois fois (car il y a trois autres chan-
2r (8) 2r (8) 
teurs qui apparaissent avec A), donc S = 32 , d’où 4m = S = 32 , ainsi 6m = r 82 , ce qui donne
3m = 14r. Par conséquent, 3 | r, r ≥ 3, par suite 3m = 14r ≥ 14 × 3 = 42, d’où m ≥ 14.
Pour m = 14, on a l’arrangement suivant :

A 1234 1256 1278 1357 1368 1458 1467


A′ 5678 3478 3456 2468 2457 2367 2358

En conclusion, la valeur minimale de m est 14.


Exemple

Trois personnes A, B et C jouent au tennis de table. Lorsque deux d’entre eux jouent l’un
contre l’autre, la troisième personne sera l’arbitre ; après un match, le gagnant joue contre
l’arbitre et le perdant devient l’arbitre pour le match suivant. À un moment donné, nous
savons que A a joué a matchs et que B a joué b matchs. Déterminer le nombre minimum
de parties auxquelles C doit avoir joué.

Supposons que C a joué c matchs. Puisque chaque match engage deux joueurs, on sait que le
a+b+c
nombre total de matchs est . Par suite le nombre total de matchs où C est l’arbitre est :
2

a+b+c a+b−c
−c = .
2 2

Notons que si C est l’arbitre pour un match, il doit être l’un des joueurs pour le prochain match,
a+b−c
il ne peut donc pas être l’arbitre pour deux matchs consécutifs. Par conséquent ≤ c+1
2
(il ne peut être l’arbitre que pendant les (c + 1) « moments$» entre les c matchs
% $ auxquels
% il a joué),
a+b−2 a+b−2 2 a+b
donc c ≥ . Puisque c est un entier, alors on a : c ≥ + = .
3 3 3 3
$ %
a+b
⋄ Si a + b = 3k, c ≥ = k. On peut choisir a = 2k, b = k, et désigner tout match dans lequel A
3
joue contre B par (A, B, C) ; alors une possibilité où C joue exactement k matchs est :

(A, B, C), (A, C, B), (A, B, C), (A, C, B), · · · , (A, B, C), (A, C, B),

avec 2k matchs au total. $ % $ %


a+b a+b
⋄ Si a + b = 3k + 1, on a c ≥ = k. Puisque c ≥ = k, on a c , k, par suite c ≥ k + 1 =
3 3
$ %
a+b
+ 1. On peut choisir a = 2k, b = k + 1, et une possibilité est :
3

(A, B, C), (A, C, B), (A, B, C), (A, C, B), · · · , (A, B, C), (A, C, B), (B, C, A)

avec 2k + 1 matchs au total $et C a%joué (k + 1) matchs.


a+b
⋄ Si a + b = 3k + 2, alors c ≥ = k. Si a = 2k + 1, b = k + 1, une possibilité est :
3

(A, B, C), (A, C, B), (A, B, C), (A, C, B), · · · , (A, B, C), (A, C, B), (A, B, C),
1.2. QUELQUES MÉTHODES ET TECHNIQUES EN COMBINATOIRE EXTRÊME 29
% $
a+b
avec 2k + 1 matchs au total, et c = k = .
3
En conclusion, la valeur minimale de c est donnée par :
$ % $ %
a+b a+b
cmin = si a + b ≡ 0, 2 (mod 3) et cmin = + 1 si a + b ≡ 1 (mod 3).
3 3

Exemple

Supposons que X est un ensemble de 56 éléments. On sait que pour 15 sous-ensembles de


X , si la réunion de 7 d’entre eux contient au moins n éléments, alors nous pouvons toujours
trouver trois sous-ensembles de ces 15 sous-ensembles de sorte que leur intersection soit
non vide. Déterminer la valeur minimale de n. (Chine)

On se propose de montrer que nmin = 41. Montrons, tout d’abord, que n = 41 vérifie les condi-
tions de l’exercice. Supposons, par l’absurde, qu’il existe 15 sous-ensembles de X tels que la
réunion de 7 d’entre eux contienne au moins 41 éléments et que l’intersection de 3 d’entre eux soit
vide. Nous savons que tout élément appartient à au plus deux sous-ensembles, en ajoutant des
éléments aux ensembles, nous pouvons supposer que chaque élément appartient à exactement
deux sous-ensembles.
j k D’après le principe des tiroirs, il existe un ensemble, disons A, contenant
au moins 56×215 +1 = 8 éléments, et notons les autres ensembles par A1 , A2 , · · · , A14 . Considérons 7
sous-ensembles n’incluant pas A, par hypothèse, nous savons que leur réunion contient au moins

41 éléments. Nous obtenons donc 41 17 7 éléments au total. D’autre part, pour tout élément a, si
a < A, alors précisément deux des ensembles A1 , A2 , · · · , A14 contiennent a, par suite a est compté
14 12
7 − 7 fois ci-dessus. Si a ∈ A, alors précisément un des ensembles A1 , A2 , · · · , A14 contient a,
 13
par suite a est compté 14 7 − 7 fois ci-dessus. Par conséquent :
! " ! !# " ! !# " ! !# " ! !#
14 14 12 14 13 14 12 13 12
41 ≤ (56 − |A|) − + |A| − = 56 − − |A| −
7 7 7 7 7 7 7 7 7
" ! !# " ! !#
14 12 13 12
≤ 56 − −8 − ,
7 7 7 7
! ! !
12 13 14
par suite 48 +8 ≤ 15 , ce qui donne 3 × 48 + 4 × 13 ≤ 15 × 13, i.e., 196 ≤ 195, ce qui est
7 7 7
impossible. Donc, n = 41 vérifie les conditions de l’exercice.
On montre maintenant que n ≥ 41. On va utiliser aussi un raisonnement par l’absurde.
Si n ≤ 40, on peut supposer que X = {1, 2, · · · , 56}, et posons :

Ai = {x ∈ X : x ≡ i (mod 7)} (i = 1, 2, · · · , 7), Bj = {x ∈ X : x ≡ j (mod 8)} (j = 1, 2, · · · , 8).

Il est clair que |Ai | = 8, |Ai ∩ Aj | = 0 (1 ≤ i < j ≤ 7) et |Bj | = 8, |Bi ∩ Bj | = 0 (1 ≤ i < j ≤ 8). D’après le
théorème des restes chinois on sait que |Ai ∩ Bj | = 1 (1 ≤ i ≤ 7, 1 ≤ j ≤ 8). Par suite, pour tout 3 des
15 ensembles, deux au moins d’entre eux doivent être Ai ou Bj , donc leur intersection est vide.
De plus, pour 7 des 15 sous-ensembles, supposons que t (0 ≤ t ≤ 7) d’entre eux sont Ai , et (7 − t)
d’entre eux sont Bj , alors d’après le principe d’inclusion-exclusion on sait que le cardinal de leur
réunion est égal à :

8t + 7(7 − t) − t(7 − t) = 49 − t(6 − t) ≥ 49 − 9 = 40.

Donc, pour ces 51 ensembles, la réunion de 7 d’entre eux a au moins 40 (donc n) éléments, et
l’intersection de 3 d’entre eux est vide, ce qui est une contradiction. Par conséquent, la valeur
minimale de n est 41.
30 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM

Exemple

Dans une grande salle d’examens, 1650 étudiants sont répartis en 22 rangées et 75 co-
lonnes. On sait que pour deux colonnes quelconques, il y a au plus 11 paires d’étudiants
tels qu’ils sont respectivement dans ces deux colonnes, qu’ils sont dans la même ligne et
qu’ils ont le même sexe. Montrer que le nombre de garçons parmi ces 1650 étudiants ne
dépasse pas 921.

Supposons que le nombre d’étudiants de sexe masculin dans la i-ème rangée soit ai , alors le
nombre d’étudiantes est de 75 − ai . Par hypothèse, on sait que :
22 "
X ! !# !
ai 75 − ai 75
+ ≤ 11 × .
2 2 2
i=1

Donc on obtient :
22 
X  22
X
a2i − 75ai ≤ −30525 d’où (2ai − 75)2 ≤ 1650.
i=1 i=1

D’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz on sait que :


 22 2 22 22
X  X X
 (2ai − 75) ≤ 22 (2ai − 75)2 ≤ 36300 par suite (2ai − 75) < 191.
 
i=1 i=1 i=1

22
X 191 + 1650
Par conséquent ai < < 921. Donc, le nombre de garçons ne dépasse pas 921.
2
i=1
Généralisation : Considérons un tableau 2m × n, où sur n’importe quelle paire de colonnes le
nombre de différences de genre des étudiants sur une même ligne est d’au moins m (m = 11 dans
notre exemple).P Notons par bi le nombre de garçons sur la ligne i, par gi = n − bi le nombre de
filles, par B = 2m
i=1 bi le nombre total de garçons , et par N le nombre total de ces différences de
genre dans le tableau. Alors :
2m  P2m   P2m 
X  i=1 bi   bi  B(2mn − B)
N = bi (n − bi ) ≤ 2m   n − i=1  =
2m 2m 2m
i=1

par l’inégalité de Jensen, puisque la fonction ϕ(x) = x(n − x) est concave. D’autre part, en faisant
un double comptage sur toutes les paires de colonnes on a :
!
n mn(n − 1)
N ≥ m = .
2 2
 √   √ 
Il s’ensuit que B2 − 2mnB + m2 n(n − 1) ≤ 0, c’est-à-dire : m n − n ≤ B ≤ m n + n .
Dans les conditions du problème, avec m = 11 et n = 75, on obtient : 730 ≤ B ≤ 920.
Exemple

Dans une compétition qui a duré k jours, il y a n participants. On sait que, chaque jour,
les scores des n participants forment une permutation de 1, 2, · · · , n. Si à la fin de la k -
ème journée, le score total de chaque participant est de 26, déterminer toutes les valeurs
possibles de (n, k).

À partir de l’hypothèse que le score total de chaque participant est 26, on peut calculer la
somme S des scores totaux des n participants après le k-ème jour. D’une part, les scores de chaque
1.3. COMBINATOIRE ET INÉGALITÉS 31

jour sont 1 + 2 + · · · + n, donc S = k(1 + 2 + · · · + n). D’autre part, puisque chaque participant a un
score total de 26, on sait que S = 26n, donc k(n + 1) = 52, par suite :

(n, k) = (51, 1), (25, 2), (12, 4), (3, 13).

⋄ Si (n, k) = (51, 1), le score total de chaque participant est différent de chacun des autres, ce qui
est impossible.
⋄ Si (n, k) = (25, 2), l’ensemble des scores du i-ème participant peut être :

Ai = {i, 26 − i} (i = 1, 2, · · · , 25).

⋄ Si (n, k) = (12, 4), l’ensemble des scores du i-ème participant peut être :

Ai = {i, 13 − i, i, 13 − i} (i = 1, 2, · · · , 12).

⋄ Si (n, k) = (3, 13), on peut avoir

A1 = {2, 3, 1} ∪ {1, 3, 1, 3, · · · , 1, 3}, A2 = {3, 1, 2} ∪ {2, 2, 2, 2, · · · , 2, 2}, A3 = {1, 2, 3} ∪ {3, 1, 3, 1, · · · , 3, 1}.

En conclusion, les valeurs possibles de (n, k) sont (25, 2), (12, 4) et (3, 13).
Exemple

Parmi 25 personnes, 5 d’entre elles peuvent former un comité. On sait que deux comités
ont au plus un membre commun. Montrer qu’il peut y avoir au plus 30 comités. (Russie)

Interprétons la condition « deux comités ont au plus un membre commun » comme |Ai ∩ Bj | ≤ 1.
On peut interpréter Ai comme l’ensemble des membres du i-ème comité, et F = {A1 , A2 , · · · , Ak }.
Soit X l’ensemble des 25 personnes. Calculons le nombre total S de tous les groupes de deux

personnes. D’une part, |Ai | = 5, il y a donc 52 = 10 groupes de deux personnes de chaque Ai .
Par conséquent, puisque dans F il y a k ensembles, on a 10k groupes de deux personnes. Comme
|Ai ∩ Bj | ≤ 1, alors 10k groupes de deux personnes doivent être différents les uns des autres, donc
S ≥ 10k. D’autre part,! puisque!|X| = 25, on sait que le nombre total des groupes de deux personnes
25 25
dans X est S = , donc = S ≥ 10k, d’où k ≤ 30, ceci complète la preuve.
2 2

1.3 Combinatoire et inégalités


Ce paragraphe est entièrement dédié aux problèmes d’existence, et aux inégalités en combi-
natoire. Ces deux thèmes sont très présents dans les compétitions mathématiques.
Exemple

1
On place, au hasard, 9 carrés d’aire à l’intérieur d’une figure F d’aire 1. Montrer qu’il
5
1
existe au moins deux carrés dont leur intersection a une aire ≥ .
45
9
X
9
On note |Ai | l’aire du carré Ai , avec i ∈ J1, 9K. Comme |Ai | =
> 1, alors il existe deux carrés
5
i=1
1
dont l’intersection est non vide. Si, pour tout 1 ≤ i < j ≤ 9, |Ai ∩ Aj | < , alors l’aire de la partie
45
recouverte par A1 , A2 , · · · , A9 est égale à :
9
X X !
1 9 1
|A1 ∪ A2 ∪ · · · ∪ A9 | ≥ |Ai | − |Ai ∩ Aj | > 9 × − × = 1.
5 2 45
i=1 1≤i<j≤9
32 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM

Or A1 , A2 , · · · , A9 sont tous contenus à l’intérieur de la figure F d’aire 1, d’où |A1 ∪ · · · ∪ A9 | ≤ 1, ce


qui est une contradiction.
1
En conclusion, il existe deux carrés Ai et Aj (1 ≤ i < j ≤ 9) tels que |Ai ∩ Aj | ≥ .
45
Exemple

Dans une ville à n habitants, on appelle paire amie (respectivement ennemie) si les deux
membres formant la paire sont des amis (respectivement des ennemis). On suppose qu’il y
a m paires amies dans la ville, et que pour chaque trois personnes quelconques, au moins
une paire est ennemie. Montrer qu’il existe au moins un habitant de la
 ville tel que le
4m
nombre de paires amies dans l’ensemble de ses ennemis est ≤ m 1 − 2 . (États-Unis)
n

Soient a1 , a2 , · · · , an l’ensemble des habitants de la ville, et S l’ensemble des paires amies. Soit,
pour i ∈ J1, nK, di le nombre d’amis de ai . Alors
n
X
di = 2 |S| = 2m.
i=1

On construit une matrice n × n telle que le nombre à la i-ème ligne et la j-ème colonne est donné
par : 


1 si i , j et (ai , aj ) est une paire amie,
xij = 

0 si i = j ou i , j et (ai , aj ) est une paire ennemie,
avec i, j = 1, 2, · · · , n. D’où
n
X n
X
di = xij = xji (i = 1, 2, · · · , n),
j=1 j=1

n
X
et xij dj exprime le nombre de paires amies telles que parmi elles il existe un habitant qui
j=1
est ai ou un ami de ai (puisque pour chaque triplet il y a au moins une paire ennemie). Donc,
Xn
|S|− xij dj est le nombre de paires amies parmi les ennemis de ai . D’après l’inégalité de Cauchy-
j=1
Schwarz on a :
 n  P 2
X n
n X n X
X n
X n
  j=1 dj 4m2
xij dj =  x  d = d 2
≥ P = .
 ij 
 j j n 2
i=1 j=1 j=1 i=1 j=1 1
j=1
n

D’où
n n
1 XX 4m2
xij dj ≥ .
n n2
i=1 j=1

D’après le principe de la valeur moyenne (voir chapitre « principe des tiroirs »), on sait qu’il existe
n
X 4m2
i0 ∈ J1, nK, tel que xi0 j dj ≥ 2 , i.e.
n
j=1

n
X  
4m2 4m
|S| − xi 0 j d j ≤ m − = m 1 − .
n2 n2
j=1
 
4m
En conclusion, le nombre de paires amies, dans l’ensemble de ses ennemis, est ≤ m 1 − 2 .
n
1.3. COMBINATOIRE ET INÉGALITÉS 33

Exemple

Soient S un ensemble de 2022 éléments, et N ∈ J0, 22022 K un entier naturel. Montrer qu’il
est possible de colorier chaque sous-ensemble de S soit en vert ou bien en rouge de sorte
que :
1 la réunion de deux sous-ensembles rouges est rouge ;
2 la réunion de deux sous-ensembles verts est verte ;
3 il y a exactement N sous-ensembles rouges.

On résoud le problème dans le cas général : n au lieu de 2022, et pour tout entier Nn avec
0 ≤ Nn ≤ 2n . On utilise la récurrence sur n ∈ N∗ .
Le cas n = 1 est trivial. Supposons qu’on peut colorier les sous-ensembles de Sn = {1, · · · , n} de la
manière souhaitée, pour tout entier Nn avec 0 ≤ Nn ≤ 2n . On montre qu’il est possible aussi de le
faire pour Sn+1 = {1, 2, · · · , n + 1} et l’entier Nn+1 avec 0 ≤ Nn+1 ≤ 2n+1 . On distingue deux cas selon
que 0 ≤ Nn+1 ≤ 2n ou 2n + 1 ≤ Nn+1 ≤ 2n+1 .
⋄ Cas 1 : 0 ≤ Nn+1 ≤ 2n : en appliquant l’hypothèse de récurrence à Sn et Nn = Nn+1 , on obtient
une coloration de tous les sous-ensembles de Sn en vérifiant les conditions (1)-(3). Tous les sous-
ensembles non coloriés de Sn+1 contiennent l’élément n + 1, on les colorie tous en vert. Il n’est pas
difficile de voir que ce coloriage de tous les sous-ensembles de Sn+1 vérifie les conditions (1)-(3).
⋄ Cas 2 : 2n +1 ≤ Nn+1 ≤ 2n+1 : sans perte de généralité, soit Nn+1 = 2n +k (k = 1, 2, · · · , 2n ). D’après le
1er cas, on sait qu’il existe un coloriage des sous-ensembles de Sn vérifiant les conditions (1) et (2)
et ayant k sous-ensembles rouges. Tous les 2n sous-ensembles de Sn+1 non coloriés contiennent
l’élément n + 1, on les colorie tous en rouge. Alors, les conditions (1) et (2) sont vérifiées et le
nombre de sous-ensembles rouges est égal à 2n + k = Nn+1 , i.e., la condition (3) est vérifiée aussi.
Exemple

Soient A un ensemble à n éléments, et A1 , A2 , · · · , Am des sous-ensembles de A tels


qu’aucun d’eux n’est un sous-ensemble d’un autre. Montrer que
m
X m
X !
1 n
(1) n  ≤ 1; (2) ≥ m2 ,
|Ai |
i=1 |Ai | i=1

n  n!
où |Ai | est le nombre d’éléments de Ai (1 ≤ i ≤ m), et |Ai | = . (Chine)
|Ai |! (n − |Ai |)!

L’inégalité (1) est équivalente à


m
X
|Ai |! (n − |Ai |)! ≤ n!. (a)
i=1

Le nombre de permutations d’un ensemble à n éléments est égal à n!. Pour chaque sous-ensemble
Ai , on construit toutes les permutations des n éléments de A comme suit :

x1 x2 · · · x|Ai | y1 y2 · · · yn−|Ai | , (b)

où x1 x2 · · · x|Ai | est une permutation des éléments de Ai , et y1 y2 · · · yn−|Ai | est une permutation de
Ai (le complémentaire de Ai dans A). Donc, le nombre de permutations de la forme (b) est égal à
|Ai |! (n − |Ai |)!. Ensuite, on montre que si i , j, alors toutes les permutations correspondants à Ai
et Aj sont différentes. En effet, supposons qu’une permutation correpondant à Aj est

x1′ x2′ · · · x|A


′ ′ ′ ′
| y1 y2 · · · yn−|A | . (c)
j j
34 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM

Supposons que, lorsque i , j, (b) et (c) sont les mêmes, alors x1 = x1′ , x2 = x2′ , · · · , x|Ai | = x|A ′
, i.e.,
i|
′ ′ ′
Ai ⊂ Aj si |Ai | ≤ |Aj | ou x1 = x1 , x2 = x2 , · · · , x|Aj | = x|A | , i.e., Aj ⊂ Ai si |Aj | < |Ai |. Contradiction.
j
Donc, on a
Xm Xm
1
|Ai |! (n − |Ai |)! ≤ n! c’est-à-dire n  ≤ 1.
i=1 i=1 |Ai |

Pour montrer l’inégalité (2), il suffit d’appliquer les inégalités (1) et celle de Cauchy-Schwarz :
m !  m !  m 
X n X n  X 1 
≥     ≥ m2 .
  n 
|Ai | |Ai |   |A |

i=1 i=1 i=1 i

Comme conséquence de l’inégalité (1) ci-dessus on peut montrer le théorème de Sperner.


Théorème de Sperner

Soient A un ensemble à n éléments, et A1 , A2 , · · · , Am des sous-ensembles de A tels qu’aucun


!
j nk
d’eux n’est un sous-ensemble d’un autre. Alors, le maximum de m est égal à n .
2

Démonstration
D’après l’inégalité (1) de l’exemple précédent on sait que
m
X 1
n  ≤ 1.
i=1 |Ai |
( ! ! !) !
n n n n
Comme le maximum de , ,··· , est , alors
1 2 n ⌊n/2⌋
m
X
m 1
n  ≤ n  ≤ 1,
⌊n/2⌋ i=1 |Ai |

n  n 
i.e. m ≤ ⌊n/2⌋ . D’autre part, le nombre de sous-ensembles de A à ⌊n/2⌋ éléments est égal à ⌊n/2⌋ , et
chacun de ces sous-ensembles n’est sous-ensemble d’un autre. Ainsi, on a montré que le maximum de
n 
m est égal à ⌊n/2⌋ .

Exemple

Une compétition regroupe a participants et b examinateurs, où b ≥ 3 est un nombre entier


impair. Chaque examinateur attribue à chaque participant une des mentions « réussi » ou
« échoué ». On suppose que le nombre k est tel que : pour deux examinateurs quelconques,
leurs décisions coïncident pour au plus k participants. Montrer que

k b−1
≥ .
a 2b
(OIM, 1998)

Soient A1 , A2 , · · · , Aa les participants et B1 , B2 , · · · , Bb les examinateurs. On dit que, pour i , j,


(Am , Bi , Bj ) est un triplet si le participant Am a eu la même mention de la part des examinateurs
Bi et Bj . On note M l’ensemble de tous les triplets. Comme les décisions de deux examinateurs Bi

et Bj coïncident pour au plus k participants, et puisqu’il y a 2b façons différentes de choisir Bi et
1.3. COMBINATOIRE ET INÉGALITÉS 35

Bj , alors :
!
b
M ≤ k . (1)
2
D’autre part, pour chaque participant Am , on suppose qu’il y a x examinateurs qui lui ont attribué
la mention « réussi » et y examinateurs qui lui ont attribué la mention « échoué », alors xh+ y = b et
   i
il y a x2 + y2 triplets contenants Am , et il y a a façons de choisir Am , et finalement M = a x2 + y2 .
Comme
! !
x y x(x − 1) y(y − 1) (x + y)2 + (x − y)2 − 2(x + y)
+ = + =
2 2 2 2 4
b 2 − 2b + (x − y)2 b 2 − 2b (b − 1)2 − 1
= ≥ = ,
4 4 4
et b ≥ 3 est impair :
! ! !2
x y (b − 1)2 b−1
+ ≥ = .
2 2 4 2
Il s’ensuit que
" ! !# !2
x y b−1
M = a + ≥ a . (2)
2 2 2
Des relations (1) et (2), on obtient :
!2
b−1 b(b − 1) k b−1
a ≤ k· c’est-à-dire ≥ .
2 2 a 2b

Exemple

Soit M un ensemble non vide. Si M = A1 ∪ A2 ∪ · · · ∪ An avec Ai ∩ Aj = ∅ (1 ≤ i < j ≤ n)


alors on dit que les ensembles A1 , A2 , · · · , An forment une n-partition de l’ensemble M . On
suppose que A1 , A2 , · · · , An et B1 , B2 , · · · , Bn sont deux n-partitions de M telles que pour
deux sous-ensembles quelconques et disjoints Ai et Bj , 1 ≤ i, j ≤ n, on a |Ai ∪ Bj | ≥ n.
Montrer que
n2
|M| ≥ .
2

Soit k = min{|Ai |, |Bj | : 1 ≤ i, j ≤ n}, et sans perte de généralité on pose |A1 | = k. Comme
B1 , B2 , · · · , Bn sont disjoints alors il y a au plus k sous-ensembles Bj tels que A1 ∩ Bj , ∅, et il
y a au moins n − k sous-ensembles Bj tels que A1 ∩ Bj = ∅. Supposons que, parmi B1 , B2 , . . . , Bn , il
y a m sous-ensembles qui ne sont pas disjoints avec A1 , alors m ≤ k. Par hypothèse |Bj ∩ A1 | ≥ n,
et par définition de k on a :
n
[
|M| = Bj ≥ mk + (n − m) (n − |A1 |)
j=1

= mk + (n − m)(n − k) = n(n − k) − m(n − 2k).

⋄ Si n ≥ 2k, alors :
 2
n2 n n2
|M| ≥ n(n − k) − k(n − 2k) = +2 −k ≥ .
2 2 2
⋄ Si n < 2k, alors :
n
[ n
X n2
|M| = Ai = |Ai | ≥ nk > .
2
i=1 i=1
36 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM

Exemple

On suppose qu’il y a n points dans l’espace tels que 4 quelconques ne sont pas coplanaires.
On suppose qu’il y a !m segments reliant ces n points. Montrer que ces segments forment
4m n2
au moins m− triangles.
3n 4

On note A1 , A2 , · · · , An les n points en question. Si deux points sont reliés par un des m seg-
ments alors on le colorie en rouge, et sinon on le colorie en bleu. On a donc un graphe complet
bicolore (voir chapitre « théorie des graphes ! ») avec m côtés rouges et le problème est équivalent à
4m n2
montrer qu’il existe au moins m− triangles rouges (i.e. triangles avec trois côtés rouges).
3n 4
Supposons qu’il y a di segments rouges rencontrant Ai , et (n − 1 − di ) segments bleus rencontrant
n
X
Ai (i = 1, 2, · · · , n), alors di = 2m. Supposons qu’il y a α triangles rouges, β triangles avec deux
i=1
côtés rouges et le troisième bleu, et enfin γ triangles avec un côté rouge et les deux autres bleus.
On appelle angle rouge (respectivement multicolore) un angle formé par deux segments rouges
(respectivement un segment rouge et un segment bleu). Le nombre d’angles rouges est égal à :
n
X !
di
3α + β = , (1)
2
i=1

et le nombre d’angles multicolores est égal à :


n
X
2(β + γ) = di (n − 1 − di ) . (2)
i=1

De l’inégalité ci-dessus on déduit que :


n
1X
β ≤ β +γ = di (n − 1 − di ) . (3)
2
i=1

En remplaçant (3) dans (1), et en appliquant l’inégalité de Cauchy-Schwarz, on déduit que :


 n !   n n

1 X di 
 1 X 1 1X 
α =  − β  ≥  di (di − 1) − di (n − 1 − di )
3 2 3 2 2
i=1 i=1 i=1
 n     2

n n n
1 X 2 n X  1  1 X  n X 
=  di − di  ≥ ×   di  − di 
3 2 3 n 2 
i=1 i=1 i=1 i=1
  !
1 1 n 4m n2
= (2m)2 − (2m) = m− .
3 n 2 3n 4

Exemple

Soit Xn = {1, 2, 3, · · · , n2 − n}. Montrer que Xn peut être partitionné en deux sous-ensembles
non vides et disjoints Sn et Tn tels que chacun d’eux ne contient pas n éléments a1 < a2 <
· · · < an vérifiant :
a + ak+1
ak ≤ k−1 , k = 2, 3, · · · , n − 1.
2
(Chine)
1.4. MAXIMUM ET MINIMUM EN COMBINATOIRE 37

Soient Ak = {k 2 − k + 1, k 2 − k + 2, · · · , k 2 }, Bk = {k 2 + 1, k 2 + 2, · · · , k 2 + k}, k ∈ J1, n − 1K, et Sn =


n−1
[ n−1
[
Ak , Tn = Bk , alors Sn ∪ Tn = Xn et Sn ∩ Tn = ∅. Montrons maintenant que Sn et Tn vérifient
k=1 k=1
les conditions de l’exercice. On montre ce résultat par récurrence sur n. Pour n = 3, S3 = {1} ∪{3, 4}
et T3 = {2} ∪ {5, 6}. Il est clair que S3 et T3 ne contiennent pas d’éléments a1 < a2 < a3 tels que
a2 ≤ a1 +a2 . Supposons que le résultat est vrai jusqu’au rang n et montrons le au rang n + 1. On fait
3

un raisonnement par l’absurde. Supposons que Sk+1 = Sk ∪ Ak contient k + 1 éléments a1 < a2 <
· · · < ak+1 tels que :
ai − ai−1 ≤ ai+1 − ai , i ∈ J2, kK.
Alors, ak , ak+1 ∈ Ak , car sinon a1 , a2 , · · · , ak ∈ Sk (a1 < a2 < · · · < ak ) et ai − ai−1 ≤ ai+1 − ai (i =
2, 3, · · · , k), ce qui constitue une contradiction. Comme |Ak | = k, alors au moins un terme parmi
a1 , a2 , · · · , ak−1 appartient à Sk , et supposons que ai−1 ∈ Sk est le plus grand (2 ≤ i ≤ k), donc
ai , ai+1 ∈ Ak et ai+1 − ai ≤ |Ak | − 1 = k − 1, ai − ai−1 ≥ |Bk−1 | + 1 = k, i.e., ai − ai−1 ≥ k > ai+1 − ai , ce
qui donne une contradiction. D’où, Sk+1 ne contient pas k + 1 éléments a1 , a2 , · · · , ak+1 vérifiant les
hypothèses de l’exercice. Pour la même raison, on sait que Tk+1 ne contient pas k + 1 éléments
a1 , a2 , · · · , ak+1 vérifiant les conditions de l’exercice. La preuve par récurrence est ainsi terminée.

1.4 Maximum et minimum en combinatoire


Les problèmes de combinatoire où il faut trouver un max ou un min sont très fréquents dans
les compétitions mathématiques. Nous en donnons plusieurs exemples ci-dessous.
Exemple

Soient M = {1, 2, 3, · · · , 1995} et A un sous-ensemble de M tel que si x ∈ A alors 15x < A.


Déterminer le maximum de |A| (cardinal de A). (Chine)

Par hypothèse si x ∈ A alors 15x < A, donc si 15x > 1995, i.e., x > 133, alors 15x < A, par suite
on sait que {134, 135, · · · , 1995} ⊂ A. Maintenant, si x ∈ A et 15x < A, alors 15x < 134, i.e., x < 9.
D’où {1, 2, · · · , 8} ⊂ A. Ainsi, l’ensemble A = J1, 8K ∪ J134, 1995K vérifie les conditions de l’exercice
et on a : |A| = 1995 − (133 − 8) = 1870.
D’autre part, soit A un sous-ensemble quelconque de M vérifiant les conditions de l’exercice.
Comme pour tout x ∈ {9, 10, 11, . . . , 133} il existe au plus un terme, x ou 15x, appartenant à A,
alors |A| ≤ 1995 − (133 − 8) = 1870. En conclusion, le maximum recherché est 1870.
Exemple

On suppose qu’un rectangle de dimensions m × n (avec (m, n) ∈ N∗ × N∗ ) est divisé en plu-


sieurs carrés de côtés un nombre entier strictement positif, et dont les côtés sont parallèles
aux côtés du rectangle. Déterminer la valeur minimale de la somme des longueurs des
côtés de ces carrés. (Chine)

Dans la figure ci-dessous, avec (m, n) = (4, 2), on voit facilement que la valeur minimale de la
somme des longueurs des côtés de ces carrés est égale à : 1 + 1 + 1 + 1 = 4 = 4 + 2 − pgcd(4, 2).
b b b b b

b b b b b

b b b b b

On se propose de montrer, plus généralement, que la valeur recherchée est m + n − pgcd(m, n).
On suppose, sans perte de généralité, que m ≥ n. On divise, tout d’abord, le rectangle m × n en
38 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM

carrés de taille n × n et un rectangle de taille n × r1 (avec 0 < r1 < n). Ensuite, on divise le rectangle
n × r1 en des carrés de taille r1 × r1 et un rectangle de taille r1 × r2 (avec 0 < r2 < r1 ). On continue
ce procédé jusqu’à ce que le rectange soit divisé en carrés uniquement (on arrive à un reste égal à
0). Ce procédé est équivalent en fait à la division euclidienne de m par n. On sait qu’il existe des
entiers strictement positifs q1 , q2 , · · · , qk+1 et des entiers r1 , r2 , · · · , rk tels que :

m = q 1 n + r1 (0 < r1 < n)
n = q 2 r1 + r2 (0 < r2 < r1 )
r1 = q 3 r2 + r3 (0 < r3 < r2 )
······
rk−2 = qk rk−1 + rk (0 < rk < rk−1 )
rk−1 = qk+1 rk .

Donc, on divise le rectangle m × n en q1 carrés n × n et un rectangle n × r1 . Ensuite, on divise le


rectangle n×r1 en q2 carrés r1 ×r1 et un rectangle r1 ×r2 , · · · ainsi de suite, à la k-ème étape on divise
le rectangle rk−1 × rk−2 en qk carrés rk−1 × rk−1 et un rectangle rk × rk−1 . Finalement, à la (k + 1)-ème
étape on divise le rectangle rk × rk−1 en qk+1 carrés rk × rk . D’où, la somme des longueurs des côtés
des carrés ainsi obtenus est égale à :

q1 n + q2 r1 + q3 r2 + · · · + qk+1 rk = (m − r1 ) + (n − r2 ) + (r1 − r3 ) + · · · +
+ (rk−2 − rk ) + rk−1 = m + n − rk = m + n − pgcd(m, n).

Donc, si f (m, n) désigne la valeur minimale recherchée, on a : f (m, n) ≤ m + n − pgcd(m, n). Mon-
trons, à présent, par récurrence que pour toute partition du rectangle en carrés, la somme bm,n
des longueurs des côtés des carrés est ≥ m + n − pgcd(m, n). On suppose toujours, et sans perte de
généralité, que m ≥ n. Si m = 1, alors n = 1, et dans ce cas, il y a un seul carré, donc la somme
recherchée est égale à 1 = m + n − pgcd(m, n). Clairement, on a : b1,1 ≥ 1 = m + n − pgcd(m, n). Sup-
posons que lorsque m ≤ k, pour tout 1 ≤ n ≤ m on a : bm,n ≥ m +n −pgcd(m, n). Lorsque m = k +1, si
n = k + 1, on a clairement bm,n ≥ k + 1 = m + n − pgcd(m, n). Si 1 ≤ n ≤ k, supposons que le rectangle
m × n est divisé en p carrés de côtés a1 , a2 , · · · , ap (a1 ≥ a2 ≥ · · · ≥ ap ) respectivement. Il est évident
que a1 ≤ n.
(1) Si a1 < n : on suppose que le rectangle s’appelle ABCD et que AB = CD = m, BC = AD = n. Si
(l) est la droite située entre (AD) et (BC) et parallèle à (AD), alors elle passe par au moins deux
carrés (ou (l) coïncide avec un côté de ces carrés). D’où :

a1 + a2 + · · · + ap ≥ AB + CD = 2m ≥ m + n ≥ m + n − pgcd(m, n).

(2) Si a1 = n : on enlève le carré n × n du rectangle m × n, il reste le rectangle (m − n) × n que l’on


partage en p − 1 carrés de côtés a1 , a2 , · · · , ap respectivement. Par hypothèse de récurrence :

a2 + a3 + · · · + ap ≥ (m − n) + n − pgcd(m − n, n) = m − pgcd(m, n).

D’où, a1 + a2 + · · · + ap ≥ m + n − pgcd(m, n). Avec (1) et (2) ci-dessus, on déduit que

bm,n ≥ a1 + a2 + · · · + ap ≥ m + n − pgcd(m, n).



En conclusion, on a montré que : f (m, n) = min bm,n = m + n − pgcd(m, n).
Exemple

Soit A un ensemble formé de 200 entiers strictement positifs. Si trois éléments distincts et
quelconques dans A sont les longueurs des côtés d’un triangle non obtus, alors on dit que
le triangle est déterminé par l’ensemble A. On note S(A) la somme des périmètres de tous
les triangles ainsi formés par les éléments de l’ensemble A. Quel est le minimum de S(A) ?
1.4. MAXIMUM ET MINIMUM EN COMBINATOIRE 39

Soit A = {a1 , a2 , · · · , a200 } avec a1 < a2 < · · · < a200 . On sait que ai , aj , ak (1 ≤ i < j < k ≤ 200) sont
les longueurs des côtés d’un triangle non obtus si, et seulement si, a2i + a2j ≥ a2k , c’est équivalent à
a21 + a22 ≥ a2200 . D’où

a21 ≥ a2200 − a22 ≥ (a2 + 198)2 − a22 = 396 a2 + 1982 ≥ 396(a1 + 1) + 1982

i.e. a21 − 396 a1 − 39600 ≥ 0. Donc



a1 ≥ 198 + 1982 + 39600 ≥ 478, 7

par suite a1 ≥ 479, et ceci implique que ai ≥ 478 + i (i = 1, 2, · · · , 200).


Soit A0 = {479, 480, 481, · · · , 677, 678}, alors lorsque A = {a1 , a2 , · · · , a200 } (a1 < a2 < · · · < a200 ) vérifie
les conditions de l’exercice on doit avoir ai ≥ 478 + i (i = 1, 2, · · · , 200). Donc, S(A) ≥ S(A0 ). D’autre
part, il est clair que A0 = {479, 480, · · · , 677, 678} vérifie les conditions de l’exercice (puisque pour
trois entiers quelconques ai < aj < ak ∈ A0 on sait que a2i + a2j ≥ 4792 + 4802 > 6782 ≥ a2k ). D’où, le
minimum de S(A) est égal à : X
S(A0 ) = (a + b + c).
a,b,c∈A0
a,b,b,c,c,a

Pour tout a ∈ A0 , le nombre de façons différentes pour choisir b, c est égal à 199
2 , donc a est compté
199 
2 fois dans S(A0 ). Comme a est un nombre quelconque de A0 , chacun des nombres de A0 est
199
compté 2 fois dans S(A0 ). Par suite :
! 678
199 X 1 X
S(A0 ) = a = × 199 × 198 × i = 2 279 405 700.
2 2
a∈A0 i=479

La valeur minimale recherchée est égale à 2 279 405 700.


Exemple

Quel est le plus grand n ∈ N∗ tel qu’il existe n nombres réels différents x1 , x2 , · · · , xn véri-
fiant :  2 99   
∀ 1 ≤ i < j ≤ n, 1 + xi xj ≤ 1 + xi2 1 + xj2 .
100

On commence par faire une analyse du problème. On a


 2 99   
1 + xi xj ≤ 1 + xi2 1 + xj2
100
 2   
⇐⇒ 100 1 + xi xj ≤ 99 1 + xi2 1 + xj2
    2   2
⇐⇒ 99 1 + xi2 1 + xj2 − 1 + xi xj ≥ 1 + xi xj
 2  2 xi − xj 1
⇐⇒ 99 xi − xj ≥ 1 + xi xj ⇐⇒ ≥ √ .
1 + xi xj 99
Le membre de gauche de la dernière inégalité ci-dessus nous rappelle la formule trigonomé-
tan α−tan β
trique : tan(α − β) = 1+tan α tan β . Pour n nombres réels distincts x1 , x2 , · · · , xn on suppose que xi =
 
π π
tan θi − < θi < i = 1, 2, . . . , n , et sans perte de généralité, on suppose que θ1 < θ2 < · · · < θn .
2 2
n−1 π
Donc, lorsque θn − θ1 > π = π − , avec θn − θ1 < π, on obtient :
n n
 
π
tan2 (θn − θ1 ) < tan2 .
n
40 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM

n−1
Lorsque θn − θ1 ≤ π, avec θn − θ1 = (θn − θn−1 ) + (θn−1 − θn−2 ) + · · · + (θ2 − θ1 ), on obtient
n
π π
l’existence d’un i ∈ J1, n −1K tel que 0 < θi+1 −θi ≤ . Ce qui implique que tan2 (θi+1 − θi ) ≤ tan .
n   n
π
D’après ce qui précède, on sait qu’il existe 1 ≤ i < j ≤ n tels que tan2 θj − θi ≤ tan2 , c’est-à-
n
dire :
  !2  
π xj − xi π π  2  
π  2
cos2 ≤ sin2 ⇐⇒ sin2 1 + xj xi ≥ cos2 xj − xi .
n 1 + xj xi n n n
 
π  2
En ajoutant le terme cos2 1 + xj xi aux deux membres, on déduit que :
n
 2   2   
π  2  π   
1 + xj xi ≥ cos2 xj − xi + 1 + xj xi = cos2 1 + xi2 1 + xj2 ,
n n
et lorsque n ≥ 32 :
 2  2
π π π 1 99
cos2 = 1 − sin2 ≥ 1− > 1− = .
n n n 10 100
Donc si n ≥ 32, alors pour n réels distincts x1 , x2 , · · · , xn , il existe deux nombres réels xi , xj véri-
fiant :
 2 99   
1 + xi xj > 1 + xi2 1 + xj2 .
100
Étudions maintenant le cas n = 31. Considérons 31 réels xi = tan(iθ) (i = 1, 2, . . . , 31), où θ =
1
arctan √ , alors
99

1 99 10 π π
tan θ = √ = < < =⇒ 0<θ< .
99 99 99 31 31

30π π
Donc, lorsque 1 ≤ i < j ≤ 31, on a : θ ≤ (j − i)θ ≤ 30θ < = π− < π − θ. D’où, pour
31 31
1 ≤ i < j ≤ 31, on obtient
!2
xj − xi 1 99
tan2 (j − i)θ ≥ tan2 θ ⇐⇒ ≥ ⇐⇒ (1 + xi xj )2 ≤ (1 + xi2 )(1 + xj2 ).
1 + xj xi 99 100

En conclusion, la valeur maximale recherchée est n = 31.


Exemple

Soient S = J1, 10K et A1 , A2 , · · · , Ak des sous-ensembles de S tels que :


(1)
|Ai | ≥ 5 (1 ≤ i ≤ k);
(2)
|Ai ∩ Aj | ≤ 2 (1 ≤ i < j ≤ k).
Quelle est la plus grande valeur possible de k ? (Chine)

On construit une matrice de taille 10 × k telle que le nombre à la i-ème ligne et j-ème colonne
est donné par 


1 si i ∈ Aj
xij = 
 avec i ∈ J1, 10K, j ∈ J1, kK.
0 si i < Aj
1.5. EXERCICES 41

k
X 10
X
Soient ri = xij , lj = xij , alors ri indique que i appartient à ri ensembles parmi A1 , A2 , · · · , Ak ,
j=1 i=1
et lj est égal au nombre d’éléments de Aj , i.e. lj = |Aj |. Par la condition (1), on sait que

10
X 10 X
X k X 10
k X k
X
ri = xij = xij = |Aj | ≥ 5k. (∗)
i=1 i=1 j=1 j=1 i=1 j=1

Si i ∈ At ∩Aj (t , j) on dira que i, At , Aj forme un triplet, et on note par S le nombre de ces triplets.

Maintenant, comme i appartient à ri ensembles parmi A1 , A2 , . . . , Ak , il y a r2i triplets (i, At , Aj )
 
contenant i (avec la convention 01 = 12 = 0. D’où

10 !  10 10

X ri 1 X 2 X 
S = =  ri − ri  . (∗∗)
2 2
i=1 i=1 i=1

D’autre part, pour deux ensembles quelconques At , Aj (t , j), il y a |At ∩ Aj | éléments appartenant
X
à At ∩Aj , donc il y a |At ∩Aj | triplets (i, At , Aj ) contenant At , Aj , ce qui implique que S = |At ∩
1≤t<j≤k
Aj |. Avec la condition (2) on obtient :
X !
k
S = |At ∩ Aj | ≤ 2 = k(k − 1). (∗ ∗ ∗)
2
1≤t<j≤k

Avec (∗∗), (∗ ∗ ∗) et l’inégalité de Cauchy-Schwarz et (∗), on a :


 10 10

X 1 X 2 X 2 
k(k − 1) ≥ |At ∩ Aj | =  ri − ri 
2
1≤t<j≤k i=1 i=1
  2 10   10   10 
10
1  1 X  X  1 X  X 
≥   ri  − ri  = 
 ri   ri − 10
2  10  20
i=1 i=1 i=1 i=1
1 5
≥ × 5k × (5k − 10) = k(k − 2) d’où k ≤ 6.
20 4
Finalement, les 6 sous-ensembles suivants vérifient les conditions (1) et (2) de l’exercice, ce qui
prouve que la réponse finale est k = 6. A1 = {1, 2, 3, 4, 5}, A2 = {1, 2, 6, 7, 8}, A3 = {1, 3, 6, 9, 10}, A4 =
{2, 4, 7, 9, 10}, A5 = {3, 5, 7, 8, 10}, A6 = {4, 5, 6, 8, 9}.

1.5 Exercices
1.5.1 Niveau débutant

Exercice 1 K

Un ensemble S d’individus vérifie la propriété suivante : chaque paire d’individus qui ont
le même nombre d’amis dans S n’ont aucun ami commun dans S. Montrer qu’il y a un
individu qui a exactement un ami dans S.

Solution. Considérons une personne qui a un nombre maximum n d’amis. Alors tous ses amis
ont un nombre différent d’amis, strictement positif, et inférieur ou égal à n. Il y a n amis et n
possibilités, donc l’un des n a exactement un ami.
42 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM

Exercice 2 K

Dans un tournoi sportif chaque participant affronte tous les autres participants exacte-
ment une seule fois. Il n’y a pas de partie nulle. Après la fin du tournoi, chaque joueur fait
la liste des joueurs
(a) qu’il a battu ;
(b) qui ont été battus par des joueurs qu’il a battus.
Montrer que la liste d’au moins un joueur contient le nom de tous les autres joueurs.

Solution. Notons A un participant ayant gagné le plus grand nombre de parties. Si A n’avait
pas la propriété recherchée, il existerait un autre joueur, B, qui aurait gagné contre A et contre
tous ceux qui ont été battus par A. Donc B aurait gagné plus de parties que A. Ceci contredit
la définition de A.

Exercice 3 K

On a placé n voitures identiques sur une piste circulaire. Elles ont juste assez d’essence
à elles toutes pour faire un tour complet. Montrer qu’une voiture peut réaliser ce tour
complet en prenant l’essence des voitures qu’elle rencontre.

Solution. Plaçons une voiture suplémentaire sur le circuit avec un réservoir suffisamment
plein. Elle achète à chaque voiture l’ensemble de son fuel. À un certain point A, son niveau est
le plus bas de tout le circuit. À ce point se trouve nécessairement une voiture. Cette voiture
peut faire le tour complet.

Exercice 4 K

Considérons n ≥ 3 points dans le plan non tous alignés. Montrer qu’il existe un cercle
passant par trois de ces points dont l’intérieur ne contient aucun autre point.

Solution. Considérons une paire de points réalisant la plus petite distance mutuelle. Il n’y a
aucun autre point dans le cercle de diamètre [AB]. Soit C le point parmi les points restant
qui réalise l’angle ACB le plus grand. Alors il n’y a aucun point de l’ensemble strictement à
l’intérieur du cercle circonscrit à ABC. Mais tous les autres points peuvent être sur le cercle.

Exercice 5 K
On choisit huit points sur un disque de rayon 1. Montrer qu’il y en a deux à distance
strictement inférieure à 1.

Solution. Au moins sept points parmi les huit sont distincts du centre O du disque. Alors le
360◦
plus petit angle A\
i OAj est au plus < 60◦ . Si A et B correspondent à un plus petit angle,
7
on a AB > 1, puisque AO ≤ 1, BO ≤ 1 et AOB[ ne peut pas être le plus grand des angles du
triangle AOB.

Exercice 6 K
On considère n points du plan. On marque les milieux de tous les segments ayant ces n
points comme extrémités. Montrer qu’il y a au moins (2n − 3) points marqués distincts.

Solution. Soient A et B deux des n points réalisant la distance maximale entre les points. Les
milieux des segments reliant A (resp. B) avec tous les autres points sont distincts et se trouvent
1.5. EXERCICES 43

AB
dans le disque de centre A (resp. B) et de rayon . On a donc deux cercles qui ont exactement
2
un point en commun. Il y a donc au moins 2(n − 1) − 1 = 2n − 3 milieux distincts. Cette valeur
peut d’ailleurs être atteinte en considérant les points du plan :

(0, 0), (1, 0), (2, 0), · · · , (n − 1, 0).

1.5.2 Niveau intermédiaire

Exercice 1 KK

Soit M = {1, 2, · · · , 40}. Déterminer le plus petit entier n ∈ N∗ pour lequel il est possible de
partitionner M en n sous-ensembles disjoints de sorte que chaque fois que a, b et c (pas
nécessairement distincts) sont dans le même sous-ensemble, alors a , b + c. (Biélorussie)

Solution. Si n = 4, on partitionne M en 4 sous-ensembles disjoints :

A = {5, 6, 7, 8, 9, 32, 33, 34, 35, 36}, B = {14, 15, 16, · · · , 25, 26, 27},
C = {2, 3, 11, 12, 29, 30, 38, 39}, D = {1, 4, 10, 13, 28, 31, 37, 40}.

Alors, pour trois nombres quelconques a, b, c (pas nécessairement distincts) appartenant au


même sous-ensemble on a : a , b+c. Donc, le plus petit entier cherché vérifie n ≥ 4. Supposons,
par l’absurde, qu’il est possible de partitionner M en trois sous-ensembles A, B et C avec les
conditions de l’exercice vérifiées. On peut supposer, sans perte de généralité, que |A| ≥ |B| ≥ |C|,
alors :
3 · |A| ≥ |A| + |B| + |C| = 40 i.e. |A| ≥ 14.
Si a1 < a2 < · · · < a14 sont les éléments de A, alors toute différence bi = a14 − ai (1 ≤ i ≤ 13) est
dans B∪C mais n’est pas dans A, car sinon ai +(a14 −ai ) = a14 , contradiction.
  D’après le principe
13 − 1
des tiroirs, parmi les 13 nombres b1 > b2 > · · · > b13 , il y a au moins +1 = 7 appartenant
2
à B ou à C. Supposons, sans perte de généralité, que b1 , b2 , · · · , b7 ∈ B. Le même raisonnement
que ci-haut montre que chacun des termes b1 −b2 , b1 −b3 , b2 −b3 ne peut pas être dans A ou B. Par
suite les différences b1 −b2 = a2 −a1 , b1 −b3 = a3 −a1 , et b2 −b3 = a3 −a2 sont dans C. Cependant,
en posant a = a3 − a1 , b = a2 − a1 , c = a3 − a2 , on obtient a = b + c et a, b, c ∈ C, contradiction. Il
est donc impossible de partitionner M en 3 sous-ensembles vérifiant les conditions données.
En conclusion, n = 4.

Exercice 2 KK

Montrer que n’importe quel polygone de surface 1 est inclus dans un rectangle de surface
inférieure ou égale à 2.

Solution. Soit [AB] un plus long segment, diagonale ou côté du polygone. On trace les perpen-
diculaires a et b à AB passant par A et B, alors le polygone est complètement inclus dans le
domaine convexe borné par les droites a et b. En effet, soit X un segment du polygone. On a
alors, par définition de [AB], AX ≤ AB et XB ≤ AB. Enfermons alors le polygone dans le plus
petit rectangle KLMN où KL et MN ont les points communs C et D avec le polygone. Alors :

A(KLMN ) = 2A(ABC) + 2A(ABD) = 2A(ABCD).

Comme le quadrilatère est inclus dans le polygone (celui-ci est convexe) et que celui-ci a pour
surface 1, la surface de KLMN est inférieure ou égale à 2.
44 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM

Exercice 3 KK

Considérons 2n + 3 points du plan tels que trois d’entre eux ne soient jamais alignés et
quatre d’entre eux jamais cocycliques. Montrer que l’on peut trouver un cercle passant par
trois des points de sorte qu’il y ait exactement n autres points à l’intérieur du cercle et n
autres points à l’extérieur.

Solution. Considérons deux points A et B tels que les points restants soient du même côté
de la droite AB. Ordonnons alors les points restants sous la forme X1 , X2 , · · · , X2n+1 de sorte
\
que AX \
i B > AXi+1 B pour tout i dans l’intervalle J1, 2nK. Alors le cercle passant par A, Xn+1 , B
contient exactement les points X1 , X2 , · · · , Xn . De plus, aucun point ne se trouve sur le cercle,
sinon on aurait quatre points cocycliques, ce qui est interdit par hypothèse.

Exercice 4 KK

Montrer que si l’on considère 15 entiers strictement supérieurs à 1, inférieurs ou égaux à


2021 et premiers entre eux deux à deux, l’un au moins est un nombre premier.

Solution. Supposons qu’il existe 15 entiers positifs n1 , n2 , · · · , n15 vérifiant les conditions de
l’énoncé et tous composés. Notons alors pi le plus petit diviseur premier de ni et p le plus
grand des pi . Comme tous les n1 , n2 , · · · , n15 sont premiers entre eux deux à deux, les nombres
p1 , p2 , · · · , p15 sont tous différents. Donc p ≥ 47 (47 étant le quinzième nombre premier). Alors,
l’entier n correspondant à p vérifie :

n ≥ p 2 ≥ 472 = 2209 > 2021.

On aboutit à une contradiction. Donc l’un au moins des 15 entiers est un nombre premier.

Exercice 5 KK

On place m jetons (m > n) sur les sommets d’un n-gone convexe. À chaque étape, deux je-
tons se trouvant sur un même sommet sont déplacés sur un voisin différent de ce sommet.
Montrer que si l’on retrouve la distribution initiale après un certain nombre de mouve-
ments, ce nombre de mouvements est un multiple de n.

Solution. Numérotons les sommets du n-gone dans le sens des aiguilles d’une montre. No-
tons ai le nombre de mouvements effectués à partir du sommet i. D’après les contraintes du
problème on a :
a2 + an a1 + a3 an−1 + a1
a1 = , a2 = , ··· , an = .
2 2 2
a + an
On peut supposer que a1 est supérieur ou égal à a2 , · · · , an . Alors a1 = 2 implique que
2
a1 + a3
a2 = an = a1 . De même, a2 = implique que a1 = a2 = a3 , et ainsi de suite. On trouve
2
donc finalement que a1 = a2 = · · · = an , et que le nombre total de mouvements est donc na1 .

Exercice 6 KK

Existe-t-il un tétraèdre dont chaque arête est un côté d’un angle obtu d’une face contenant
cette arête ?
1.5. EXERCICES 45

Solution. Soit AB une arête de longueur maximum du tétraèdre et ABC une face du tétraèdre.
Alors l’angle en C est au moins aussi grand que les angles en A et B. Donc les angles en A et B
sont aigus. Comme ceci vaut aussi pour l’autre face contenant AB, cette arête n’est pas le côté
d’un angle obtus d’une face du tétraèdre.

1.5.3 Niveau avancé

Exercice 1 KKK

Considérons un solide dont toutes les sections planes sont des cercles. Montrer que c’est
une sphère. (On suppose que le solide est fermé et borné)

Solution. Puisque le solide est fermé et borné alors il existe une plus grande corde (théorème
de Weierstrass). Considérons alors la plus grande corde du solide. Toute section par un plan
contenant cette corde est un cercle dont le diamètre est celui de la corde. En effet, si tel n’était
pas le cas, le cercle et le solide auraient une corde plus longue. Donc, le solide est une sphère
et un de ses diamètres est la corde.

Exercice 2 KKK

(2n + 1) personnes sont placées sur le plan de sorte que leurs distances mutuelles soient
toutes différentes. Chacune tire alors sur son plus proche voisin. Montrer que :
1 au moins une personne survit ;
2 personne n’est touchée par plus de cinq autres ;
3 les chemins pris par les balles ne se croisent pas ;
4 l’ensemble des segments formés par les balles ne contient pas de polygone fermé.

Solution.
1. Puisque toutes les distances mutuelles sont différentes alors il existe deux personnes A
et B réalisant la plus petite distance. Ces deux personnes se tireront dessus l’une l’autre. Si
quelqu’un d’autre tire sur A ou sur B, une personne au moins survivra puisqu’on a dépensé
trois balles sur les deux personnes A et B. Sinon, on peut oublier A et B. On est alors ramené
au même problème avec (2n − 1) personnes. En itérant le même argument, on trouve soit une
paire de personnes sur laquelle on tire trois balles au moins, soit on arrive à n = 1, autrement
dit trois personnes, cas pour lequel le résultat est trivial.
2. Supposons que A, B, C, D, . . . tirent sur P (figure de gauche).

Comme A tire sur P et pas sur B, on a AP < AB. Comme B tire sur P et pas sur A, on a BP < AB.
Donc AB est le plus grand côté du triangle ABP. Comme l’angle le plus grand est opposé au
côté le plus grand, on en déduit que P bP
b > A, b> B
b ou 2P b B,
b > A+ b ou encore 3P b B+
b > A+ b P b = 180◦ ,
ce qui montre que P b > 60 . Donc l’angle entre deux balles se rencontrant en P est strictement

supérieur à 60◦ . Comme 6 × 60◦ = 360◦ , alors au plus cinq balles peuvent se rencontrer en P.
3. Supposons que deux trajets de balles se croisent, A tirant sur B et C tirant sur D (figure
du milieu). Alors AB < AD et CD < CB impliquent que AB + CD < AD + CB. D’un autre
côté, d’après l’inégalité triangulaire, on a AS + SD > AD et BS + SC > BC impliquent que
AB + CD > AD + BC. On obtient ainsi une contradiction.
46 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM

4. Supposons qu’un tel polygone fermé ABCDE · · · MN existe(figure de droite), alors, quitte
à échanger B et N , on peut supposer que AN < AB. Par suite, AB < BC, BC < CD, CD <
DE, · · · , MN < N A, autrement dit, AB < N A. On obtient alors une contradiction.

Exercice 3 KKK

On place des tours sur un échiquier n × n de sorte que, si la case (i, j) est libre, il y a au
moins n tours en tout sur la i-ème ligne et la j-ème colonne. Montrer qu’il y a au moins
n2
tours sur l’échiquier.
2

Solution. Choisissons parmi les 2n lignes et colonnes celle qui a le plus petit nombre k de tours.
On peut supposer par exemple que c’est une ligne.
n n n2
⋄ Si k ≥ , les autres lignes comportent aussi au moins tours et il y a donc au moins tours
2 2 2
sur l’échiquier.
n
⋄ Si k < , il y a alors n − k cases vides sur cette ligne, donc au total, au moins (n − k)2 tours
2
dans les colonnes correspondants à ces cases vides. Les k colonnes restantes ont au moins k
tours. Il y a donc au moins (n − k)2 + k 2 tours sur l’échiquier. Montrons que cette quantité est
n2
plus grande ou égale à . On a :
2

2 2 
n (n − 2k) n2 /2
 si n est pair,
(n − k)2 + k 2 = + ≥ 
 2
2 2 (n + 1)/2 si n est impair.

Existence : Si n est pair, on occupe les cases noires avec n2 /2 tours. Si n est impair, il y a (n2 +1)/2
cases de même couleur, qui est d’ailleurs celle des quatre coins. On occupe ces cases avec des
tours.

Exercice 4 KKK

Considérons un chemin dans le plan qui respecte les règles suivantes. À partir d’un point
P(x, y) on peut se déplacer en un mouvement vers l’un des quatre points suivants :

H(x, y + 2x), B(x, y − 2x), G(x − 2y, y), D(x + 2y, y)

avec la restriction que l’on√ne peut pas revenir immédiatement sur ses pas. Montrer que si
l’on démarre du point (1, 2), on n’y reviendra jamais. (Hongrie)

Solution. Il est facile de vérifier que, si P n’est pas sur une des droites x = 0, y = 0, y = x
et y = −x, alors exactement un des quatre points obtenus à partir de P nous rapproche de
l’origine O, alors que les trois autres √ nous en éloignent. Puisque le rapport des coordonnées
de P n’est pas rationnel au départ ( 2 < Q), il ne le sera jamais, et on ne sera jamais sur une
des droites précédemment citées. Supposons, par l’absurde, qu’après une succession d’étapes
P0 P1 · · · Pn = P0 , on se retrouve au point de départ. Soit Pi le point de cet ensemble le plus
éloigné de l’origine O. On a alors :

d(O, Pi−1 ) < d(O, Pi ) > d(O, Pi+1 ),

et, par suite, le seul mouvement possible à partir de Pi est de revenir sur ses pas en Pi−1 . Or,
par hypothèse, ce mouvement est interdit.
En conclusion, on ne reviendra jamais au point de départ.
1.5. EXERCICES 47

Exercice 5 KKK

Chaque élève d’une classe de 30 a autant d’amis parmi ses camarades de classe, on désigne
par k le nombre d’amis de chaque élève. On dit qu’un élève est bon s’il est meilleur que la
majorité de ses k amis. Soit x le nombre de bons élèves. Quelle est la plus grande valeur
possible de x ?

Solution. Le meilleur$élève
% de la classe est le meilleur de k paires, et chaque bon élève est le
k k +1
meilleur d’au moins +1 ≥ paires. Ainsi, les bons élèves sont les meilleurs éléments
2 2
(x − 1)(k + 1)
d’au moins k + paires. Ce nombre ne peut pas dépasser le nombre total de paires
2
d’amis dans la classe, qui est de 15k. Donc :

(x − 1)(k + 1) 28k
k+ ≤ 15k i.e. x ≤ 1+ .
2 k+1
k+1
On peut alors remarquer que ≤ 30 − x, soit k ≤ 59 − 2x, puisque le nombre d’élèves qui
2
sont meilleurs que le plus mauvais parmi les bons élèves ne peut pas dépasser 30−x. Il s’ensuit
donc que :
59 − 2x
x ≤ 28 · +1 i.e. x2 − 59x + 856 ≥ 0.
60 − 2x
√ √
2 59 − 57 59 + 57
Les racines de l’équation x − 59x + 856 = 0 sont ≃ 25, 7 et ≃ 33, 2. Le plus
2 2
2
grand entier x ≤ 30 vérifiant l’inégalitéx − 59x + 856 ≥ 0 est x = 25. Pour être complet, il
faudrait trouver un exemple montrant que 25 peut être atteint.

Exercice 6 KKK
Trois écoles ont chacune n élèves. Chaque élève a en tout n + 1 connaissances parmi ceux
des deux autres écoles. Montrer que l’on peut trouver un élève dans chaque école, de sorte
que les trois se connaissent.

Solution. Sélectionnons tout d’abord l’élève A parmi ceux qui ont le plus de connaissances dans
l’une des deux autres écoles. Notons k le nombre de connaissances de A. Quitte à échanger les
numéros des écoles, on peut supposer que A est de la première école et que ses k connaissances
sont dans la deuxième école. Alors A connaît (n + 1 − k) élèves de la troisième école, avec
n + 1 − k ≥ 1, car k ≤ n. Considérons alors un élève B de la troisième école qui connaît A.
⋄ Si B connaît au moins un élève C parmi les k connaissances de A dans la deuxième école, on
a fini, et le problème est résolu.
⋄ Si B ne connaît aucune des k connaissances de A dans la deuxième école, il ne peut connaître
qu’au plus (n − k) élèves de cette école. Dans ce cas, il connaît au moins n + 1 − (n + k) = k + 1
élèves de la première école, ce qui contredit la définition de A.
En conclusion, A, B et C sont dans différentes écoles, et les trois se connaissent.

Exercice 7 KKK

On place 50 segments sur une droite. Montrer que 8 d’entre eux ont un point en commun
ou que 8 d’entre eux sont deux à deux disjoints. (Russie)

Solution. Soit [a1 , b1 ] le segment dont l’extrémité droite est la plus à gauche. Si plus de 7 seg-
ments contiennent b1 , on a fini. Sinon, il y a au moins 43 segments qui se trouvent com-
48 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM

plètement à droite de b1 . On extrait alors de ces 43 segments le segment [a2 , b2 ] dont l’ex-
trémité droite est la plus à gauche. Alors, soit b2 appartient à 8 segments, soit 36 segments
sont complètement à droite de b2 . En répétant ce procédé, on trouve, soit un point apparte-
nant à 8 segments, soit 7 segments disjoints croissants [a1 , b1 ], [a2 , b2 ], · · · , [a7 , b7 ] tels qu’il y
ait (50 − 7 · 7) = 1 segment complètement à droite de [a7 , b7 ]. Il s’agit du segment [a8 , b8 ], qui
complète l’ensemble des 8 segments disjoints.
Remarque : plus généralement on peut montrer que l’on peut extraire de (mn + 1) segments,
soit (m + 1) segments disjoints deux à deux, soit (n + 1) segments ayant un point en commun.
Ce résultat est un cas particulier du théorème suivant :

Théorème de Dilworth (1914-1993)


Dans un ensemble partiellement ordonné comportant (mn+1) éléments, on peut extraire,
soit une chaîne de (m + 1) éléments, soit (n + 1) éléments deux à deux incomparables.

Exercice 8 KKK

Dans un tournoi de football, chaque équipe joue exactement un seul match contre chacune
des autres équipes. À l’issue d’un match, le gagnant a 2 points, le perdant 0 points, et en
cas de match nul alors chacune des deux équipes a 1 point. À la fin du tournoi, l’équipe A
a obtenu le plus grand nombre de points mais en gagnant le minimum de matchs. Déter-
miner le plus petit nombre possible d’équipes participant à ce tournoi. (Russie)

Solution. Supposons que l’équipe A a gagné n matchs et a fait match nul en m rencontres,
alors le score total après la compétition est égal à 2n + m. Par hypothèse, le nombre de matchs
que les autres équipes ont gagné est ≥ n + 1. D’où, le score de chacune des autres équipes est
≥ 2(n + 1). On a : 2n + m > 2(n + 1), donc m ≥ 3, i.e., A a fait match nul au moins 3 fois. Ainsi, il
existe une équipe B qui a fait match nul avec A, et par suite le score de B est ≥ 2(n + 1) + 1, et
2n + m > 2(n + 1) + 1, c’est-à-dire m ≥ 4.
Supposons que S équipes ont pris part à ce tournoi, alors l’équipe A a gagné au moins un
match, sinon, le score de A est ≤ S − 1 et le score de chacune des autres équipes est ≤ S − 1.
Donc, le score total des S équipes est ≤ S(S − 1). Or, le score total des S équipes est
!
S
2 = S(S − 1),
2

ce qui donne une contradiction. Par suite, m ≥ 4, n ≥ 1, i.e., A a joué au moins 5 matchs, et
donc le nombre minimal d’équipes participantes est au moins égal à 6.
Voici un exemple qui montre que la réponse est exactement 6 :

A B C D E F total
A × 1 1 1 1 2 6
B 1 × 2 0 0 2 5
C 1 0 × 0 2 2 5
D 1 2 2 × 0 0 5
E 1 2 0 2 × 0 5
F 0 0 0 2 2 × 4

Dans le tableau ci-dessus, on voit que c’est l’équipe A qui a le plus gros score 6, et en même
temps c’est l’équipe qui a gagné le moins de matchs, un seul en l’occurence (contre F).
1.5. EXERCICES 49

Exercice 9 KKK
Il y a n personnes qui participent à une conférence internationale et chacune d’entre elles
connaît 8 participants. On suppose que chaque paire de personnes qui se connaissent
mutuellement ont exactement quatre connaissances communes, et que chaque paire de
personnes qui ne se connaissent pas mutuellement ont exactement deux connaissances
communes. Trouver tous les entiers n ∈ N∗ vérifiant ces conditions.

Solution. On se propose de montrer que de tels entiers n ∈ N∗ n’existent pas. Supposons, par
l’absurde, qu’une telle situation est possible, et que les 8 connaissances d’une personne x sont
x1 , x2 , · · · , x8 . Puisque x et x8 se connaissent, elles ont 4 connaissances communes. Sans perte de
généralité, supposons que les connaissances communes de x et x8 sont x1 , x2 , x3 , x4 . Donc x7 et
x8 ne se connaissent pas. Puisque x et x7 se connaissent, elles ont 4 connaissances communes
qui sont 4 personnes parmi x1 , x2 , x3 , x4 , x5 , x6 . Ainsi, parmi les 4 connaissances communes,
il y a au moins 2 personnes parmi x1 , x2 , x3 , x4 . Supposons que les 2 personnes sont x1 et x2 .
Ainsi x7 et x8 ne se connaissent pas, mais elles ont 3 connaissances communes x, x1 , x2 en
contradiction avec les données de l’exercice. Il n’y a donc pas d’entier naturel n vérifiant les
conditions données.

Exercice 10 KKK

Dans un club de tennis, 20 membres jouent 14 parties et chaque joueur joue au moins une
partie. Montrer qu’il existe 6 parties impliquant 12 joueurs différents. (États-Unis)

Solution. Supposons que la paire de joueurs jouant au i-ème jeu est (ai , bi ) (i = 1, 2, · · · , 14)
et soit M = {(ai , bi , ) : i = 1, 2, · · · , 14}. Un sous-ensemble S de M est dit bon si les joueurs
appartenant aux paires de joueurs de S sont distincts. Il est évident que les sous-ensembles
bons existent puisque le sous-ensemble à un élément de M est bon, et que le nombre de sous-
ensembles bons est fini. Il existe donc un sous-ensemble bon M0 tel que le nombre d’éléments
de M0 soit le plus grand possible. Supposons qu’il existe r paires de joueurs appartenant à
M0 . Nous avons juste besoin de montrer que r ≥ 6. Si r ≤ 5, alors deux quelconques des 20 − 2r
joueurs restants, à l’exception des 2r joueurs de M0 , ne jouent pas de partie (puisque si (a, b)
joue un jeu, alors M0 ∪ {(a, b)} est aussi un sous-ensemble bon, ce qui contredit la définition
de M0 ). Ainsi chacun des 20 − 2r joueurs joue un jeu contre l’un des 2r joueurs de M0 . Par
conséquent, le nombre de jeux est au moins égal à r + (20 − 2r) = 20 − r ≥ 15. Cela contredit le
fait que le nombre total des jeux est de 14. Par conséquent, il existe 6 parties impliquant 12
joueurs différents.

Exercice 11 KKK

Il y a 20 équipes au championnat de France de football Ligue 1. Chaque journée du cham-


pionnat, les équipes s’affrontent entre elles en 10 matchs différents. Quelle est la plus
petite valeur du nombre N de journées de championnat tel que, pour trois équipes quel-
conques A, B et C, deux d’entre elles se sont déjà affrontées.

Solution. Supposons que parmi trois équipes quelconques, il en existe deux qui se sont affron-
tées après S matchs du chamiponnat. Donc chacune des équipes B1 , B2 , · · · , Bk qui a joué un
match contre A a déjà joué au moins k matchs. Notons les 19 − k équipes restantes, à part
A, B1 , B2 , · · · , Bk , par C1 , C2 , · · · , C19−k . D’où, pour deux équipes quelconques, Ci et Cj , avec
1 ≤ i < j ≤ 19 − k, il en existe deux parmi A, Ci et Cj qui se sont affrontées. Or l’équipe A
et chacune des équipes Ci et Cj ne se sont pas rencontrées, d’où deux équipes Ci et Cj se
sont déjà affrontées, i.e., chacune de C1 , C2 , · · · , C19−k a joué 18 − k matchs contre 18 − k autres
50 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM

équipes. Par conséquent, on a :

1
S ≥ [k(k + 1) + (19 − k)(18 − k)] = (k − 9)2 + 90 ≥ 90.
2
D’autre part, si 20 équipes sont divisées en deux groupes, chaque groupe a 10 équipes de telle
sorte que deux équipes quelconques dans un même groupe se sont rencontrées, et que deux
équipes quelconques dans des groupes différents ne se sont pas rencontrées, alors le nombre

de matchs est égale à 2 10
2 = 90, et pour trois équipes quelconques, il y en a deux d’entre elles
appartenant au même groupe et qui se sont affrontées. En résumé, le plus petit nombre de
matchs requis est 90. Ainsi, à partir de la 10ème journée de championnat, on sait que parmi
trois équipes quelconques il y en a deux qui se sont déjà affrontées.

Exercice 12 KKK

Lors d’un tournoi de volleyball, chaque équipe a joué exactement un match contre chacune
des autres équipes. Au volleyball il n’y a pas de match nul, chaque match se termine par
un vainqueur et un vaincu. Si l’équipe A gagne contre l’équipe B, ou si l’équipe A gagne
contre l’équipe C et l’équipe C gagne contre l’équipe B, alors on dit que l’équipe A domine
l’équipe B. Si une équipe domine toutes les autres équipes, alors cette équipe est déclarée
championne. Est-il possible qu’il existe exactement deux champions à la fin du tournoi ?

Solution. On montre, tout d’abord, qu’un champion existe. Supposons que l’équipe A gagne
k fois avec k le plus grand possible, alors l’équipe A est la championne. Sinon, il existe une
équipe B telle que A ne la domine pas, i.e., B a gagné contre A ou bien que B a gagné contre les
k équipes battues par A. Donc B a gagné au moins k+1 fois, en contradiction avec la maximalité
de k. Avec le même raisonnement, on peut montrer que pour n’importe quel groupe d’équipes,
il existe une équipe qui domine toutes les autres.
Supposons qu’il existe deux champions A et B, et A a gagné contre B. On partage l’ensemble
des équipes en trois groupes : chaque équipe du premier groupe a été battue par A, chaque
équipe du deuxième groupe a battu A mais a perdu contre B, et chaque équipe du troisième
groupe a gagné contre A et contre B.
⋄ Si le troisième groupe est non vide, alors il existe une équipe C qui domine les autres équipes
de ce groupe et C a gagné contre A et contre B, donc C est aussi championne.
⋄ Si le troisième groupe est vide, et B est la championne, alors le deuxième groupe est non
vide. Donc il existe une équipe C qui domine les autres équipes du deuxième groupe et C a
gagné contre A, et A a gagné contre B. Donc C est aussi championne.
En résumé, on sait qu’il y a au moins trois champions. Par suite, il est impossible qu’il y a
exactement deux champions.

Exercice 13 KKK

Supposons que pour un ensemble fini A, il existe une fonction f : N∗ −→ A telle que :

si i, j ∈ N∗ et |i − j| est premier alors f (i) , f (j).

Quel est le plus petit nombre d’éléments que peut avoir A ?

Solution. La réponse est 4. Comme la différence de deux entiers quelconques parmi 1, 3, 6, 8


est toujours un nombre premier, alors par hypothèse on déduit que f (1), f (3), f (6), f (8) sont
quatre éléments distincts appartenant à A, par suite |A| ≥ 4. D’autre part, pour tout x ∈ N∗ on a
par division euclidienne x = 4k + r avec k ∈ N et r = 0, 1, 2, 3. Soit f (x) = r et A = {0, 1, 2, 3}, alors
pour tout x, y ∈ N∗ , si |x−y| est un nombre premier et f (x) = f (y) on a : 4 | |x−y|, ce qui contredit
|x − y| premier. Donc, la fonction f ci-dessus vérifie la condition de l’exercice et |A| = 4.
1.5. EXERCICES 51

Exercice 14 KKK

M est un ensemble fini de nombres réels. On suppose que pour trois éléments quelconques
et distincts de M, il existe deux d’entre eux dont la somme est aussi un élément de M. Quel
est le plus grand nombre d’éléments que peut avoir M ? (Russie)

Solution. Il est facile de voir que l’ensemble M = {−3, −2, −1, 0, 1, 2, 3} vérifie les conditions de
l’exercice. En effet, en prenant trois éléments distincts appartenant à M, si deux d’entre eux
sont de signes opposés alors leur somme est nulle et c’est un élément de M. Si l’un des trois
éléments est 0, alors on prend sa somme avec un autre élément (parmi les trois), la somme est
ainsi un élément de M. Les deux cas qui restent sont {−3, −2, −1} et {1, 2, 3}. Dans le premier
cas on choisit −2 et −1, et dans le second cas on choisit 1 et 2. On se propose de montrer main-
tenant que 7 est le plus grand nombre possible d’éléments que peut avoir M.
Supposons qu’il y a au moins 3 réels strictement positifs appartenant à M, et soient b < c les
deux plus grands. Étant donné n’importe quel réel strictement positif a ∈ M, une des sommes
suivantes a + b, a + c et b + c doit appartenir à M. Cependant, les deux dernières sommes dé-
passent c donc ne peuvent pas appartenir à M. Par suite, a = c − b, ce qui implique qu’il y a
au plus un autre réel strictement positif appartenant à M (à part b et c). D’où, M ne peut pas
avoir plus de 3 réels strictement positifs. De même, M ne peut pas avoir plus de trois réels
strictement négatifs. M peut contenir l’élément 0. En conclusion, 7 est le nombre maximum
d’éléments que peut avoir M.

Exercice 15 KKK

Soient M = {1, 2, 3, · · · , 19, 20}, et A1 , A2 , · · · , An des sous-ensembles différents de M tels que :

i , j =⇒ Ai ∩ Aj ≤ 2.

Quelle est la plus grande valeur possible pour n ?

Solution. La réponse est 1350. On sait que le nombre total de sous-ensembles à 1 éléments, à 2
éléments et à 3 éléments est égal à :
! ! !
20 20 20
+ + = 1350,
1 2 3

et ils vérifient tous les conditions de l’exercice. Par suite, on a clairement n ≥ 1350.
Soient B1 , B2 , · · · , Bn des sous-ensembles distincts de M tels que pour i , j on a |Bi ∩ Bj | ≤ 2. Si
l’un des sous-ensembles B1 , B2 , · · · , Bn possède au moins quatre éléments (on suppose que c’est
Bi par exemple) et a ∈ Bi , alors (Bi \ {a}) ∩ Bi possède au moins trois éléments, d’où (Bi \ {a}) <
{B1 , B2 , · · · , Bn }, car deux sous-ensembles quelconques parmi B1 , B2 , · · · , Bn ont au plus deux
éléments en commun. On échange Bi et Bi \ {a}, alors la nouvelle famille de sous-ensembles
vérifie elle aussi la condition de l’exercice. On continue ainsi notre échange, et on arrive à ce
que éventuellement chaque sous-ensemble de la famille de sous-ensembles admet au plus 3
éléments, et le nombre de sous-ensembles reste inchangé. Par conséquent :
! ! !
20 20 20
n ≤ + + = 1350.
1 2 3

Exercice 16 KKK

Soit n ≥ 3 un entier naturel donné. Déterminer le plus petit entier m ∈ N∗ tel que si on
partitionne l’ensemble S = {1, 2, · · · , m} en deux sous-ensembles disjoints, alors il existe
52 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM

n entiers strictement positifs x1 , x2 , · · · , xn (non nécessairement distincts) appartenant au


même sous-ensemble et vérifiant x1 + x2 + · · · + xn−1 = xn .

Solution. Si S = {1, 2, · · · , m} ne vérifie pas la condition de l’exercice, alors il existe deux en-
sembles A et B (avec A ∪ B = S et A ∩ B = ∅) tels que pour n’importe quels n − 1 éléments
(non nécessairement distincts) de A (resp. B) leur somme n’appartient pas à A (resp. B). On
suppose, sans perte de généralité, que 1 ∈ A, alors tant que m ≥ n − 1 on a :

1 + 1 + · · · + 1 = n − 1 ∈ B,
| {z }
n−1

et tant que m ≥ (n − 1)2 on a :

(n − 1) + (n − 1) + · · · + (n − 1) = (n − 1)2 ∈ A.
| {z }
n−1

Si n ∈ A, alors :
n + n + · · · + n +1 = (n − 1)2 ∈ B, une contradiction.
| {z }
n−2

Si n ∈ B, alors tant que m ≥ n2 − n + 1 on a :

n + n + · · · + n +(n − 1) = n2 − n + 1 ∈ A.
| {z }
n−2

Or,
1 + 1 + · · · + 1 +(n − 1)2 = n2 − n − 1 ∈ B, contradiction.
| {z }
n−2

Donc, lorsque m ≥ n2 − n − 1, l’ensemble S = {1, 2, · · · , m} vérifie la propriété de l’exercice.


Maintenant, soit S0 = {1, 2, · · · , n2 −n−2}, A = {1, 2, · · · , n−2}∪{(n−1)2 , (n−1)2 +1, · · · , n2 −n−2} et
B = {n−1, n, · · · , (n−1)2 −1}, alors A∪B = S0 et A∩B = ∅. Donc, pour tout x1 ≤ x2 ≤ · · · ≤ xn−1 ∈ A,
si xn−1 ≤ n − 2 alors :

n − 1 ≤ x1 + x2 + · · · + xn−1 ≤ n(n − 2) < (n − 1)2 ,

i.e. x1 + x2 + · · · + xn−1 < A. Si xn−1 > n − 2, alors xn−1 ≥ (n − 1)2 et

x1 + x2 + · · · + xn−1 ≥ 1 + 1 + · · · + 1 +(n − 1)2 = n2 − n − 1,


| {z }
n−2

d’où x1 +x2 +· · ·+xn−1 < A. Donc, A ne contient pas n nombres x1 , x2 , . . . , xn (non nécessairement
distincts) vérifiant x1 +x2 +· · ·+xn−1 = xn . De la même façon, on peut montrer que B ne contient
pas n nombres x1 , x2 , . . . , xn (non nécessairement distincts) vérifiant x1 + x2 + · · · + xn−1 = xn .
Ainsi, l’ensemble S0 ne peut pas vérifier la condition de l’exercice. Par conséquent, la plus
petite valeur possible recherchée est n2 − n − 1.

Exercice 17 KKK

Soient S = {1, 2, 3, · · · , 2005} et A = {a1 , a2 , · · · , ak } un sous-ensemble de S tel que la somme


de n’importe quels deux éléments de A n’est pas un multiple de 125. Quelle est la plus
grande valeur possible pour k ?
1.5. EXERCICES 53

Solution. Soit Si = {n : n ∈ S et n ≡ i (mod 125), i ∈ J0, 124K}, alors

|S1 | = |S2 | = |S3 | = |S4 | = |S5 | = 17 et |S0 | = |S6 | = |S7 | = · · · = |S124 | = 16.

Il est clair qu’il existe au plus un élément de S0 dans A, et il existe au plus un des ensembles
Si et S125−i dont les éléments sont tous dans A. Lorsque le nombre d’éléments de A atteint
son maximum, tous les éléments des ensembles S1 , S2 , S3 , S4 , S5 doivent être dans A. Donc, A
contient au plus : 1 + |S1 | + |S2 | + · · · + |S62 | = 1 + 5 × 17 + 57 × 16 = 998 éléments. D’autre part,
A = {125} ∪ S1 ∪ S2 ∪ · · · ∪ S62 vérifie la condition du problème et on a |A| = 998. En conclusion,
la plus grande valeur possible pour k est 998.

Exercice 18 KKK

Pour un entier naturel n ≥ 4 déterminer l’entier minimal f (n) tel que : pour tout m ∈ N∗ ,
dans chaque sous-ensemble de {m, m +1, m +2, · · · , m +n −1} à f (n) éléments, il y a au moins
3 nombres deux à deux premiers entre eux. (Chine)

Solution. Dans un exercice aussi difficile que celui là, il est judicieux de commencer par des
petites valeurs de n. On se propose de vérifier que f (4) = 4, f (5) = 5 et f (6) = 5.
⋄ Si n = 4, on considère l’ensemble {m, m + 1, m + 2, m + 3}. Si m est impair, alors m, m + 1, m + 2
sont deux à deux premiers entre eux. Si m est pair, alors m + 1, m + 2, m + 3 sont deux à deux
premiers entre eux. Donc, f (4) ≤ 4. Or, de l’ensemble {m, m + 1, m + 2, m + 3} on choisit un sous-
ensemble à 3 éléments formé de deux nombres pairs et un nombre impair, on sait que ces trois
nombres ne sont pas deux à deux premiers entre eux, d’où f (4) = 4.
⋄ Si n = 5, on considère l’ensemble {m, m+1, m+2, m+3, m+4}. Si m est pair, alors m, m+2, m+4
sont tous pairs. Par suite, 3 nombres quelconques de {m, m + 1, m + 2, m + 4} ne sont pas deux à
deux premiers entre eux. D’où f (5) > 4. Or, de l’ensemble {m, m + 1, m + 2, m + 3, m + 4} on peut
trouver 3 nombres qui sont deux à deux premiers entre eux. Par conséquent, f (5) = 5.
⋄ Si n = 6, alors l’ensemble {m, m+1, m+2, m+3, m+4, m+5} est formé de trois nombres pairs et
trois nombres impairs. Si on choisit un sous-ensemble à 4 éléments formé de 3 nombres pairs
et un nombre impair, alors il n’y a pas 3 nombres parmi eux qui sont deux à deux premiers
entre eux, par suite f (6) > 4. Considérons un sous-ensemble à 5 éléments, si parmi les 5 élé-
ments il y a 3 impairs, alors ces trois nombres doivent être deux à deux premiers entre eux.
Si ces 5 éléments sont 3 pairs et 2 impairs, alors parmi les 3 pairs il y a au plus un nombre
divisible par 3, et il y a au plus un nombre qui est divisible par 5. Donc parmi ces 3 nombres
pairs il existe un nombre qui n’est divisible ni par 3 ni par 5. Le nombre pair et les deux autres
nombres impairs sont deux à deux premiers entre eux, ce qui implique que f (6) = 5.
⋄ Si n > 6, on pose Tn = {t : t ≤ n + 1 et 2 | t ou 3 | t}. Donc, Tn est un sous-ensemble de
{2, 3, · · · , n + 1}, et chaque 3 éléments quelconques dans Tn ne sont pas deux à deux premiers
entre eux. D’après le principe d’inclusion-exclusion, on a :
     
n+1 n+1 n+1
|Tn | = + − .
2 3 6
     
n+1 n+1 n+1
D’où f (n) ≥ |Tn | + 1 = + − + 1. Soit, par division euclidienne, n = 6k + r
2 3 6
avec r ∈ J0, 5K, alors
           
n+1 n+1 n+1 r +1 r +1 r +1
+ − + 1 = 4k + + − + 1.
2 3 6 2 3 6
Il est facile de vérifier que :

      
r +1 r +1 r +1 
r si r = 0, 1, 2, 3
+ − = 

2 3 6 r − 1 si r = 4, 5.
54 CHAPITRE 1. PRINCIPE DE L’EXTREMUM

Si r = 0, 1, 2, 3, on peut diviser n = 6k + r nombres en k groupes :

{m, m + 1, · · · , m + 5}, {m + 6, m + 7, · · · , m + 11}, · · · , {m + 6(k − 1), m + 6k − 5, · · · , m + 6k − 1}

et il reste r nombres m + 6k, · · · , m + 6k + r − 1. Parmi 4k + r + 1 nombres, il y a au moins 4k + 1


nombres qui sont contenus dans les k groupes ci-dessus. Donc, il y a au moins un groupe qui
contient 5 nombres. Puisque f (6) = 5, il y a 3 nombres qui sont deux à deux premiers entre
eux. Si r = 4, et 5, on peut montrer de la même façon qu’il y a trois nombres qui sont deux à
deux premiers entre eux. En conclusion, on a montré que :
     
n+1 n+1 n+1
f (n) = + − + 1.
2 3 6
Chapitre

2
Fonctions génératrices

2.1 Définition. Propriétés


La notion de « fonction génératrice » est un outil puissant pour résoudre des problèmes de
dénombrement. L’idée générale de cet outil est la suivante : dans un problème de dénombrement,
on cherche, pour tout n ∈ N, le nombre d’objets de « rang » n, noté an . On obtient ainsi une suite
de nombres (a0 , a1 , a2 , · · · ), à laquelle on va associer une « série formelle » (qui peut être considérée
comme un polynôme de « degré infini »).
Définition (Fonction génératrice)

Une fonction génératrice d’une suite (an )n∈N est une série formelle, c’est-à-dire, une ex-
pression de la forme : X
a0 + a1 x + a2 x 2 + · · · · · · = an x n ,
n≥0

où a0 , a1 , a2 , . . . sont des nombres rationnels (ou réels, ou complexes)

☞ L’ensemble de toutes les séries formelles à coefficients dans Q est noté Q[[x]].
☞ Dans une série formelle, la variable x ne prend aucune valeur, elle est considérée comme
un « marque-page ». De plus, ici, on se posera aucun problème de convergence.
Exemple
! ! ! !
m m m
Déterminer la fonction génératrice de la suite : , ,··· , ,··· .
0 1 k

X m! m
!
m
! !
m m
k
La réponse est : x = + x + ··· + x = (1 + x)m .
k 0 1 m
k≥0

Exemple

Déterminer la fonction génératrice de la suite : (1, 1, 1, 1, · · · ).

La fonction génératrice de la suite (1, 1, 1, 1, · · · ) est F(x) = 1 + x + x2 + x3 + · · · . Bien que la suite


(1, 1, 1, · · · ) ne semble pas combinatoirement attractive, il se trouve que sa fonction génératrice est
1
d’une importance extrême. On observe que F(x) − xF(x) = 1, d’où F(x) = , qui est la formule
1−x
bien connue de la somme d’une série géométrique infinie. Cette équation n’est valable que pour
x de module strictement inférieur à 1, mais, comme on l’a mentionné ci-dessus, nous ne nous
soucions pas ici de propriétés analytiques, ni de convergence de F(x).

55
56 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES

Remarque

Dans le calcul d’une fonction génératrice F(x), nous serons particulièrement intéressés par
deux choses :
1 chercher si F(x) peut être écrit sous une forme close ou forme fermée, i.e., une expres-
sion dans laquelle n’apparaît pas explicitement une somme infinie,
2 trouver facilement (si l’on peut) le coefficient d’une certaine puissance de x (comme
on a remarqué au début du chapitre, ce nombre peut être le nombre d’objets de rang
n, ce qui est souvent ce que l’on cherche dans les problèmes de dénombrement).

Propriété
Soit f (x) la fonction génératrice de (a0 , a1 , a2 , · · · , an , · · · ) ∈ NN et g(x) la fonction génératrice
de (b0 , b1 , b2 , . . . , bn , · · · ) ∈ NN . Alors, f et g sont égales si, et seulement si, pour tout entier
naturel n, an = bn .

2.2 Opérations
Dans ce paragraphe, on notera F(x) et G(x) les fonctions génératrices respectives des suites
(a0 , a1 , a2 , · · · ) et (b0 , b1 , b2 , · · · ).
❏ Règle d’échelle : soit c une constante. La fonction génératrice de la suite (ca0 , ca1 , ca2 , · · · )
est cF(x).
❏ Règle d’addition : la fonction génératrice de la suite (a0 +b0 , a1 +b1 , a2 +b2 , . . . ) est F(x)+G(x).
❏ Règle de décalage : soit k un entier naturel. La fonction génératrice de la suite

(0, · · · , 0, a0 , a1 , a2 , · · · )
| {z }
k

est xk F(x). En effet : a0 xk + a1 xk+1 + a2 xk+2 + · · · = xk (a0 + a1 x + a2 x2 + . . . ) = xk F(x).


❏ Règle de dérivation : la dérivée F ′ (x) de la fonction F(x) est la fonction génératrice de la
suite (a1 , 2a2 , 3a3 , · · · ). En effet :
d
a1 + 2a2 x + 3a3 x2 + · · · = (a + a1 x + a2 x2 + · · ·) = F ′ (x).
dx 0
❏ Règle de multiplication : la fonction F(x)G(x) est la fonction génératrice de la suite

(c0 , c1 , c2 , · · · )

où cn = a0 bn + a1 bn−1 + a2 bn−2 + · · · + an b0 . Si F(x)G(x) = 1, on dit que G(x) admet un inverse


(multiplicatif) de F(x).

Proposition

Le série formelle F(x) admet un inverse multiplicatif si, et seulement si, a0 , 0.

Preuve
Supposons que F(x) admette un inverse multiplicatif, alors il existe G(x) tels que :

(a0 + a1 x + a2 x2 + · · · )(b0 + b1 x + b2 x2 + · · · ) = 1,
2.2. OPÉRATIONS 57

et par définition d’un produit de séries formelles, on a alors a0 b0 = 1, d’où a0 , 0.


Réciproquement, si a0 , 0, on considère la relation (a0 + a1 x + · · · )(b0 + b1 x + · · · ) = 1, alors
en développant et en comparant les coefficients des deux membres on obtient successive-
1 −a
ment : a0 b0 = 1 et donc b0 = ; a0 b1 + a1 b0 = 0 et donc b1 = 21 ; a0 b2 + a1 b1 + a2 b0 = 0 et
a0 a0
−a2 a0 − a21
donc b2 = , et ainsi de suite, on trouve les termes b3 , b4 , · · · .
a30

Exemple

Déterminer la fonction génératrice de la suite (1, 2, 3, 4, · · · ).

La série génératrice de cette suite est :


 ′
x 1
G(x) = 1 + 2x + 3x2 + 4x3 + · · · = (x + x2 + x3 + x4 + · · · )′ = = .
1−x (1 − x)2

Exemple
 
1 1 1
Déterminer la fonction génératrice de la suite 0, 1, − , , − , · · · .
2 3 4

La série génératrice de cette suite est :


Z Z
1 2 1 4 2 3 4 dx
G(x) = x − x + x − · · · = (1 − x + x − x + x − · · ·) dx = = ln(1 + x) + C.
2 3 1+x

Pour déterminer la constante C, on prend x = 0, et on obtient alors C = G(0). Si l’on écrit G(x) =
a0 + a1 x + a2 x2 + · · · , alors G(0) est tout simplement égal à a0 qui est nul dans ce cas. En conclusion,
G(x) = ln(1 + x).
❏ Règle de différence : la fonction génératrice de la suite
X
(a0 , a1 − a0 , a2 − a1 , a3 − a2 , · · · , an − an−1 , · · · ) est (1 − x)F(x) = a0 + (ak − ak−1 ) xk .

❏ Règle de la somme partielle : la fonction génératrice de la suite


k
 k 
X F(x) X X 
(a0 , a0 + a1 , a0 + a1 + a2 , · · · , al , · · · ) est =  al  xk .

1−x
l=0 k∈N l=0

Théorème (Formule du binôme généralisé)

Pour tout réel x de l’intervalle ] − 1, 1[ et tout réel α on a :


X α! X α(α − 1)(α − 2) · · · (α − k + 1)
(1 + x)α = xk = xk .
k k!
k≥0 k≥0


☞ on a α0 = 1.
☞ Si α est un entier strictement inférieur à k, le coefficient du binôme généralisé est le coeffi-
cient du binôme habituel. Si α et k sont des entiers positifs, avec α strictement inférieur à

k, on a aussi αk = 0 (en effet, dans ce cas, on ne peut pas choisir k objets dans un ensemble
de α objets).
58 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES

☞ Pour tout n ∈ N∗ , et |x| < 1, on a :


! ! ! +∞
X !
1 1+n−1 2+n−1 2 k +n−1 k k+n−1 k
= 1+ x+ x + ··· + x + ··· = x .
(1 − x)n 1 2 k k
k=0

☞ Pour tout n ∈ N∗ , et |x| < 1, on a :


! ! ! +∞
X !
1 1+n−1 2+n−1 2 k k+n−1 k k k+n−1 k
= 1− x+ x +· · ·+(−1) x +· · · = (−1) x .
(1 + x)n 1 2 k k
k=0

Exemple

Déterminer an (respectivement bn ) le nombre de solutions dans N (respectivement N∗ ) de


l’équation x1 + x2 + · · · + xk = n où n et k sont deux entiers strictement positifs.

Notons que les fonctions génératrices des suites (a0 , a1 , a2 , · · · ) et (b0 , b1 , b2 , · · · ) sont données par :
 k 1  k xk
A(x) = 1 + x + x2 + · · · = et B(x) = x + x2 + x3 + · · · = .
(1 − x)k (1 − x)k
+∞
X !
1 k+n−1 n
Or, on sait que pour |x| < 1, on a : A(x) = = x , par suite :
(1 − x)k n=0 n
!
k+n−1
an = pour n = 0, 1, 2, · · ·
n

Pour la fonction génératrice B(x) on a :


+∞
X ! +∞ !
xk k k + n − 1 n X k + n − 1 k+n
B(x) = =x x = x
(1 − x)k n=0
n
n=0
n
+∞
X ! +∞ ! +∞ !
m−1 m X n−1 n X n−1 n
= x = x = x .
m−k n−k k−1
m=k m=k n=k
!
n−1
Par conséquent, bn = pour tout n ≥ k, et bn = 0 pour n ∈ J0, k − 1K.
k−1
Exemple

Déterminer la fonction génératrice F(x) de la suite de Fibonacci (Fn )n≥0 définie par F0 =
0, F1 = 1 et Fn = Fn−1 + Fn−2 pour tout n ≥ 2.

D’après la relation de récurrence, on a :


+∞
X +∞
X +∞
X
Fn x n = Fn−1 xn + Fn−2 xn d’où F(x) − F0 − F1 x = x(F(x) − F0 ) + x2 F(x),
n=2 n=2 n=2

par suite (1 − x − x2 )F(x) = F0 + (F1 − F0 )x. Par conséquent, la fonction génératrice de la suite de
x
Fibonacci est donnée par : F(x) = .
1 − x − x2
Cette fonction génératrice permet de retrouver la formule explicite de la suite de Fibonacci :
! +∞
x 1 1 1 1 X k 
F(x) = 2
= √ − = √ α − β k xk ,
1−x−x 5 1 − αx 1 − βx 5 k=1
2.2. OPÉRATIONS 59
√ √
1+ 5 1− 2
où α = et β = . Par suite, si an est le coefficient de xn dans F, alors :
2 2
αn − β n
a n = Fn = √ pour tout n ≥ 1.
5

Exemple

Déterminer la fonction génératrice F(x) de la suite de Catalan (Cn )n≥0 définie par C0 = 1
et pour tout n ≥ 1 :
n−1
X
Cn = C0 Cn−1 + C1 Cn−2 + · · · + Cn−2 C1 + Cn−1 C0 = Ci Cn−i−1 .
i=0

En utilisant la règle de multiplication, on a :


n
X
F(x)2 = F(x)F(x) = C0 C0 + (C0 C1 + C1 C0 )x + · · · + Ci Cn−i xn + · · · = C1 + C2 x + · · · + Cn+1 xn + · · · ,
i=1

1 ± 1 − 4x
et donc xF(x)2 = F(x) − 1, par suite : F(x) = . Une seule de ces deux solutions est la
2x
fonction génératrice de la suite (Cn )n≥1 . D’après la formule du binôme généralisé on a :
X 1/2! X 1/2!
1/2 n n
(1 − 4x) = (−4) x = 1 + (−4)n xn .
n n
n≥0 n≥1

1 + 1 − 4x 1
D’où, si l’on prend F(x) = , alors le premier terme de F(x) sera qui n’est pas un
2x x
terme d’une série formelle. En conclusion, la série génératrice F(x) de la suite de Catalan (Cn )n≥0
est égale à : √
1 − 1 − 4x
F(x) = .
2x
On utilise maintenant cette égalité pour trouver une formule pour le coefficient du terme xn de
la série génératrice F(x), c’est-à-dire une formule pour Cn . Pour cela on remarque que :
!    
1 1
1/2 2 2 − 1 · · · 12 − n + 1 (−1)n−1 (2n − 3)(2n − 1) · · · 1
(−4)n = (−4)n = (−4)n
n n! 2n n!
!
(2n − 2)! n (2n − 2)! n 2 2n − 2
= (−4) = (−4) = − .
2 . . . (2n − 2)2n n! 2n−1 (n − 1)! 2n n! n n−1

On en déduit que :
X 2 2n − 2! X 2 2n − 2!
1/2 1/2
(1 − 4x) = 1− xn i.e. 1 − (1 − 4x) = xn .
n n−1 n n−1
n≥1 n≥1

Par conséquent :

1 − (1 − 4x)1/2 X 1 2n − 2! X 1 2n!
n−1
F(x) = = x = xn .
2x n n−1 n+1 n
n≥1 n≥0

D’où, pour tout n ∈ N on a : !


1 2n
Cn = .
n+1 n
60 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES

2.3 Suites récurrentes


Les fonctions génératrices permettent, entre autres, de déterminer l’expression explicite des
suites récurrentes.
Exemple

Soit (an )n≥0 une suite d’entiers définie par a0 = 1, a1 = 2, et pour tout n ≥ 0 :

an+2 = 3an+1 − 2an .

Déterminer l’expression explicite de (an )n≥0 .

+∞
X
Si g(x) = an xn est la série génératrice de la suite (an )n≥0 , alors pour tout x , 0 on a :
n=0

+∞
X +∞
X
g(x) − a0 g(x) − a0 − a1 x
= an+1 xn , = an+2 xn .
x x2
n=0 n=0

Par conséquent :

+∞
X
g(x) − a0 − a1 x g(x) − a0
−3· + 2g(x) = (an+2 − 3an+1 + 2an ) xn = 0.
x2 x
n=0

Puisque a0 = 1 et a1 = 2, alors il est facile de voir que :

+∞
X
1−x 1 1
g(x) = = = 2n xn , |x| < .
1 − 3x + 2x2 1 − 2x 2
n=0

En conclusion, an = 2n pour tout n ∈ N.

Exemple

Soit (an )n≥0 une suite d’entiers définie par a0 = 2, a1 = 1, et pour tout n ≥ 0 :

an+2 = 3an+1 − 2an .

Déterminer l’expression explicite de (an )n≥0 .

Comme dans l’exemple précédent on obtient que :

2 − 5x 3 1 1
g(x) = 2
= − , |x| < ,
1 − 3x + 2x 1 − x 1 − 2x 2

est la fonction génératrice de la suite (an )n≥0 . Il s’ensuit que pour tout n ∈ N :

+∞
X +∞
X +∞
X
g(x) = 3 xn − (2x)n = (3 − 2n ) xn .
n=0 n=0 n=0

En conclusion, an = 3 − 2n pour tout n ∈ N.


2.3. SUITES RÉCURRENTES 61

Exemple

Soit (an )n≥0 une suite réelle définie par a0 = 2, a1 = 5, et pour tout n ≥ 0 :

an+2 = 2an+1 − an .

Déterminer l’expression explicite de (an )n≥0 .

2+x 3 1
La fonction génératrice g de (an )n≥0 vérifie : g(x) = 2
= 2
− pour |x| < 1. Ainsi
(1 − x) (1 − x) 1−x
+∞
X +∞
X +∞
X
g(x) = 3 (n + 1)xn − xn = (3n + 2)xn .
n=0 n=0 n=0
En conclusion, an = 3n + 2 pour tout n ∈ N.
Exemple

Soit (an )n≥0 une suite réelle définie par a0 = 2, a1 = 5, et pour tout n ≥ 0 :

an+2 = 4an+1 − 4an .

Déterminer l’expression explicite de (an )n≥0 .

2 − 3x 1 1 3 1
La fonction génératrice g de (an )n≥0 vérifie : g(x) = 2
= · 2
+ · pour
(1 − 2x) 2 (1 − 2x) 2 1 − 2x
1
|x| < . Par suite :
2
+∞ +∞ +∞
1X 3X X
g(x) = (n + 1)(2x)n + (2x)n = 2n−1 (n + 4) xn et an = 2n−1 (n + 4).
2 2
n=0 n=0 n=0

Exemple

Trouver l’expression explicite de la suite (an )n≥0 définie par a0 = 1 et an − 3an−1 = 4n pour
tout n ≥ 1.

Si F(x) est la fonction génératrice de la suite (an )n≥0 , alors :


1
(1 − 3x)F(x) = 1 + 4x + 42 x2 + · · · =
1 − 4x
et par conséquent
1 −3 4 X X
F(x) = = + = (−3) 3n xn + 4 4n xn .
(1 − 3x)(1 − 4x) 1 − 3x 1 − 4x
n≥0 n≥0

On en déduit que la coefficient an de xn est donné par : an = 4n+1 − 3n+1 pour tout n ∈ N.
Exemple

On se donne 2n points sur un cercle. De combien de façons ces 2n points peuvent-ils être
reliés en n paires par n cordes sans points d’intersection ?

Soit an le nombre recherché. Notons que a0 = 1 et a1 = 1. Si A1 , A2 , · · · , A2n sont les points,


dans cet ordre, placés sur le cercle, alors le point A1 peut être relié aux points A2 , A4 , · · · , A2n .
Donc, pour tout n ≥ 1 on a : an = a0 an−1 + a1!an−2 + · · · + ak−1 an−k + · · · + an−1 a0 . On reconnaît les
1 2n
nombres de Catalan, ainsi on a : an = pour tout n ∈ N.
n+1 n
62 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES

2.4 Dénombrement sans répétition


Souvent, pour trouver la solution d’un problème de dénombrement, on peut traduire la des-
cription du problème directement en termes de fonction génératrice. Par exemple, la fonction
génératrice de la suite (an )n≥0 , où, pour tout n ∈ N, an désigne le nombre de manières de choisir n
éléments de l’ensemble {a}, est tout simplement 1 + x. En effet, il existe une manière de choisir un
ensemble vide, une manière de choisir un élément, et zéro manière de choisir plus d’un élément.
De même, la fonction génératrice de la suite (bn )n≥0 , où bn désigne le nombre de manières de
choisir n éléments de l’ensemble {b}, est 1 + x (le fait que les éléments a et b soient distincts est
sans incidence).
Dénombrement sans répétition

La fonction génératrice de la suite (cn )n≥0 , où cn désigne le nombre de manière de choisir n


éléments de l’ensemble {a, b}, est donnée par le produit des fonctions génératrices obtenues à
partir de {a} et {b}. On a donc :

(1 + x) (1 + x) = (1 + x)2 = 1 + 2x + x2 .
|{z} |{z} | {z }
fon. gén. fon. gén. fon. gén.
pour {a} pour {b} pour {a, b}

En effet, on a une seule manière de choisir aucun élément, deux manières de choisir un élé-
ment, une manière de choisir deux éléments et zéro manière de choisir plus de deux éléments.
Généralisation

En appliquant la règle ci-dessus à plusieurs reprises, on trouve que la fonction génératrice


de la suite (f n )n≥0 où f n désigne le nombre de manières de choisir n éléments de l’ensemble
{a1 , a2 , · · · , ak } est :
(1 + x) (1 + x) · · · (1 + x) = (1 + x)k ,
|{z} |{z} |{z} | {z }
fon. gén. fon. gén. fon. gén. fon. gén.
pour {a1 } pour {a2 } pour {ak } pour {a1 , · · · , ak }

qui est la fonction génératrice obtenue en utilisant le théorème du binôme, mais mainte-
nant avec une interprétation du problème en termes de fonctions génératrices.

On peut généraliser le principe ci-dessus comme suit. Soit F(x) la fonction génératrice de la
suite (an )n≥0 , où, pour tout entier n, an désigne le nombre de manières de choisir n objets d’un
ensemble A, et soit G(x) la fonction génératrice de la suite (bn )n≥0 , où, pour tout n, bn désigne le
nombre de manières de choisir n objets d’un ensemble B. Si A et B sont disjoints, alors la fonction
génératrice de la suite (cn )n≥0 désigne le nombre de manières de choisir n objets de la réunion
A ∪ B, est le produit F(x)G(x).
Cette règle reste valide si l’on demande de choisir des objets distincts ou si l’on permet qu’un
même objet soit choisi un nombre limité (ou illimité) de fois, ou encore un nombre quelconque
de fois. On a deux contraintes :
(1) on ne tient pas compte de l’ordre dans lequel les objets sont choisis,
(2) les restrictions pour la sélection d’objets de A et de B sont également appliquées dans la
sélection d’objets de A ∪ B.

Proposition (règle de convolution)

Le nombre total de manières pour choisir n objets de A ∪ B est :

a0 bn + a1 bn−1 + · · · + an b0 ,
2.5. DÉNOMBREMENT AVEC RÉPÉTITION 63

où an (resp. bn ) désigne le nombre de manières de choisir n objets de l’ensemble A (resp. B)

En effet, pour calculer le nombre de manières pour choisir n objets de A ∪ B, on remarque que,
pour j compris entre 0 et n, on peut choisir j objets de A et n − j objets de B. Cela peut être fait
de aj bn−j manières différentes, et donc en faisant la somme pour j compris entre 0 et n, on trouve
que le nombre total de manières de choisir n objets de A ∪ B est :

a0 bn + a1 bn−1 + · · · + an b0 ,

qui d’après la règle du produit, est exactement le coefficient de xn dans F(x)G(x).

2.5 Dénombrement avec répétition


Considérons le problème suivant :
Problème

De combien de manières différentes peut-on choisir k éléments dans un ensemble à n


éléments, si l’on permet que les éléments peuvent être chois plusieurs fois ?

Supposons que l’on choisisse n objets (avec des répétitions permises) à partir d’un ensemble
contenant un seul élément. Il y a une manière de ne choisir aucun objet, une manière de choisir
un objet, une manière de choisir deux objets, etc. Alors la fonction génératrice de la suite (an )n≥0 ,
où, pour tout entier n, an désigne le nombre de manières de choisir n éléments (avec répétition)
d’un ensemble à un élément est la fonction génératrice de la suite 1, 1, 1, · · · c’est-à-dire :

1
1 + x + x2 + x3 + · · · = .
1−x
La règle de convolution nous indique donc que la fonction génératrice F(x) de la suite (f n )n≥0
où, pour tout n, f n désigne le nombre de manières de choisir n éléments (avec répétition) de
l’ensemble {a1 , a2 , · · · , ak }, est donnée par le produit des fonctions génératrices Fj (x) (avec j variant
de 1 à k), associées aux suites qui représentent le nombre de manières de choisir n éléments (avec
répétition) de l’ensemble {aj }, c’est-à-dire :

1 1 1 1
F(x) = ··· = .
1−x 1−x 1−x (1 − x)k
|{z} |{z} |{z} | {z }
fon. gén. fon. gén. fon. gén. fon. gén.
pour {a1 } pour {a2 } pour {ak } pour {a1 , · · · , ak }

!
k+n−1
On sait, voir chapitre « dénombrement », qu’un ensemble à n éléments admet manières
k
!
k+n−1
de sélectionner k objets (avec des répétitions). On en déduit que est le coefficient de
k
1
xn dans la série formelle de . On peut également retrouver ce coefficient en utilisant la
(1 − x)k
formule du binôme généralisé :

1 X −k ! X n + k − 1!
n
F(x) = = (−x) = xn .
(1 − x)k n
n≥1
k
n≥1
64 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES

Exemple

Déterminer le nombre de manières de remplir un sac avec n fruits, soumis aux contraintes
suivantes :
(1) le nombre de pommes est pair,
(2) le nombre de bananes est un multiple de cinq,
(3) il y a au plus 4 oranges,
(4) il y a au plus un kiwi.

On construit la suite (puis la fonction génératrice associée) pour chacune des 4 contraintes.
⋄ Pour les pommes, désignons par pn le nombre de manières de choisir n pommes. D’après
la contrainte, pour n impair, pn est nul et, pour n pair, pn vaut 1. On obtient donc la suite
(1, 0, 1, 0, 1, 0, · · · ) et la fonction génératrice est :

1
P(x) = 1 + x2 + x4 + x6 + · · · = .
1 − x2

⋄ Pour les bananes, désignons par bn le nombre de manières de choisir n bananes. D’après la
contrainte, pour n multiple de 5, bn est nul et, sinon, bn vaut 1. On obtient donc la suite

(1, 0, 0, 0, 0, 1, 0, 0, 0, 0, 1, 0, · · · )

et la fonction génératrice est :

1
B(x) = 1 + x5 + x10 + x15 + · · · = .
1 − x5

⋄ Pour les oranges, désignons par on le nombre de manières de choisir n oranges. D’après la
contrainte, pour n compris entre 0 et 4, on vaut 1 et, pour n supérieur ou égal à 5, on est nul. On
obtient donc la suite (1, 1, 1, 1, 0, · · · , 0, · · · ) et la fonction génératrice est :

1 − x5
O(x) = 1 + x + x2 + x3 + x4 = .
1−x

⋄ Pour le kiwi, désignons par kn le nombre de manières de choisir n kiwis. D’après la contrainte,
pour n égal à 0 ou 1, kn vaut 1 et, pour n supérieur ou égal à 2, kn est nul. On obtient donc la suite
(1, 1, 0, · · · , 0, · · · ) et la fonction génératrice est :

K(x) = 1 + x.

D’après la règle de convolution, la fonction génératrice pour les quatre types de fruits est :

1 1 1 − x5 1
P(x)B(x)O(x)K(x) = 2
· 5
· · (1 + x) = = 1 + 2x + 3x2 + 4x3 + . . .
1−x 1−x 1−x (1 − x)2

Alors, le nombre de manières de remplir un sac avec n fruits, soumis aux conditions de l’énoncé,
est donné par le coefficient de xn dans P(x)B(x)O(x)K(x), qui est égal à (n + 1).
Si, par exemple, n = 6 fruits, alors il y a 7 manières (données dans le tableau ci-dessous) de remplir
un sac.

Pommes 6 4 4 2 2 0 0
Bananes 0 0 0 0 0 5 5
Oranges 0 2 1 4 3 1 0
Kiwi 0 0 1 0 1 0 1
2.6. EXEMPLES 65

Exemple

Déterminer le nombre de manières de distribuer r objets identiques dans n boîtes dis-


tinctes.

Si ar est le nombre de manières de distribuer r objets identiques dans n boîtes distinctes, alors la
fonction génératrice de la suite (ar )r≥0 est donnée par :
  +∞ !
1 n X r +n−1 r
(1 + x + x2 + · · · ) × · · · × (1 + x + x2 + · · ·) = = x .
| {z } | {z } 1−x r
r=0
(boîte 1) (boîte n)
!
r +n−1
Par conséquent, ar = .
r
Exemple

Déterminer le nombre de façons de distribuer r objets identiques dans n boîtes distinctes


de sorte qu’aucune boîte ne soit vide.

Soit ar le nombre de façons de distribuer r objets identiques dans n boîtes distinctes de sorte
qu’aucune boîte ne soit vide. Puisque chaque boîte ne doit pas être vide, alors la fonction gé-
nératrice correspondante pour chaque boîte est donnée par (x + x2 + x3 + · · · ). Donc, la fonction
génératrice de la suite (ar )r≥0 est :
 n +∞
X !
1 i +n−1 i
(x + x2 + · · · )n = xn (1 + x + x2 + · · · )n = xn = xn x.
1−x i
i=0
! !
r −n+n−1 r −1
Par conséquent, ar = 0 si r < n, et ar = = si r ≥ n.
n−1 n−1

2.6 Exemples
Exemple

Trouver des fonctions génératrices sous forme close associées aux suites suivantes :
(1) (1, −1, 1, −1, 1, −1, · · · )
(2) an = 2 si 2 ≤ n ≤ 7 et an = 0 sinon.
(3) (4, 16, 64, 256, 1024, 4096, · · · ).
(4) (5 · 7n − 3 · 22n )n≥0 .

Les fonctions cherchées sont :


(1)
+∞
X +∞
X 1
(−1)n xn = (−x)n = .
1+x
n=0 n=0
(2)
1 − x6
2x2 + 2x3 + 2x4 + 2x5 + 2x6 + 2x7 = 2x2 (1 + x + x2 + x3 + x4 + x5 ) = 2x2 · .
1−x
(3)
+∞
X +∞
X 4
4n+1 xn = 4 (4x)n = .
1 − 4x
n=0 n=0
66 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES

(4)
+∞
X +∞
X +∞
X
n 2n n n 5 3 2+x
(5 · 7 − 3 · 2 )x = 5 (7x) − 3 (4x)n = − = .
1 − 7x 1 − 4x (1 − 4x)(1 − 7x)
n=0 n=0 n=0

Exemple

Donner les suites associées à chacune des fonctions génératrices :

1 1 x(1 + x)
(1) (3 + x)5 , (2) , (3) , (4) .
1 − 2x (1 + 3x)2 1 − 2x2

(1) On a :
(3 + x)5 = 243 + 405x + 270x2 + 90x3 + 15x4 + x5 ,
et donc la suite associée est (243, 405, 270, 90, 15, 1, 0, 0, 0, 0, · · · ).
(2) On a :
+∞
X +∞
X
1
= (2x)n = 2n xn ,
1 − 2x
n=0 n=0

et donc la série associée est (1, 2, 22 , 23 , · · · ).


(3) D’après la formule du binôme généralisé on a :
+∞
X ! +∞
X
1 n+1 n
= (−3x) = (−3)n xn ,
(1 + 3x)2 n
n=0 n=0

et donc la suite associée est ((−3)n (n + 1))n≥0 .


(4) On a :
+∞
X +∞
X +∞
X
x(1 + x) 2 2 n n 2n+1
= (x + x ) (2x ) = 2 x + 2n x2n+2 ,
1 − 2x2
n=0 n=0 n=0

et donc la suite associée est définie par a0 = 0, an = 2(n/2)−1 si n est pair non nul, et an = 2(n−1)/2 si
n est impair.
Exemple

Soit A(x) la fonction génératrice associée à la suite (an )n≥0 . Donner, en fonction de A(x), la
fonction génératrice associée aux suites ci-dessous :
1 (ban + c), où b et c sont des constantes.
2 (0, 0, 1, a3 , a4 , a5 , a6 , · · · ).
3 (ak , ak+1 , ak+2 , ak+3 , · · · ).
4 (n2 an − nan+1 )n≥0 .
5 (a0 , 0, a2 , 0, a4 , 0, a6 , 0, · · · ).
6 (a0 , 0, a1 , 0, a2 , 0, a3 , 0, · · · ).
7 (an+2 − an+1 − an )n≥0 .
8 (3n an+1 + n(−1)n an )n≥0 .
9 (an a0 + an−1 a1 + · · · + a1 an−1 + a0 an + n)n≥0 .
10 (an + 2an−1 + 3an−2 + · · · + na1 + (n + 1)a0 )n≥0 .
2.6. EXEMPLES 67

Les fonctions cherchées sont :


(1)
+∞
X +∞
X +∞
X c
(ban + c)xn = b an x n + c xn = bA(x) + .
1−x
n=0 n=0 n=0
(2)
+∞
X
x2 + an xn = x2 + (A(x) − a0 − a1 x − a2 x2 ) = A(x) − a0 − a1 x + (1 − a2 )x2 .
n=3
(3)  
+∞
X +∞
X +∞ k−
1 X 1 
A(x) −
X
n

an+k x =n
an x n−k
= k an x n = k  an x  .
n=0
x x n=0
n=k n=k
(4)
n2 an − nan+1 = n(n − 1)an + nan − (n + 1)an+1 + an+1 .
+∞
X +∞
X +∞
X +∞
X +∞
X +∞
1X
n2 a n x n − nan+1 xn = x2 n(n − 1)an xn−2 + x nan xn−1 − (n + 1)an+1 xn + an+1 xn+1
x
n=0 n=0 n=2 n=1 n=0 n=0
2 ′′ A(x) − a0

= x A (x) + (x − 1)A (x) + .
x
(5)
1 1 A(x) + A(−x)
a0 + a2 x 2 + a4 x 4 + · · · = (a + a1 x + a2 x2 + · · · ) + (a0 − a1 x + a2 x2 − a3 x3 + · · ·) = .
2 0 2 2
(6)
a0 + a1 x2 + a2 x4 + a3 x6 + · · · = A(x2 ).
(7)
+∞
X +∞ +∞ +∞
1 X 1X X
(an+2 − an+1 − an )xn = 2 an+2 xn+2 − an+1 xn+1 − an x n
x x
n=0 n=0 n=0 n=0
1 1
= 2 (A(x) − a0 − a1 x) − (A(x) − a0 ) − A(x)
x x
(1 − x − x2 )A(x) + (a0 − a1 )x − a0
= .
x2
(8)
+∞
X +∞
X +∞
X +∞ +∞
n n n n n 1 X n+1
X
(3 an+1 + n(−1) an )x = an+1 (3x) + nan (−x) = an+1 (3x) +x nan (−x)n−1
3x
n=0 n=0 n=0 n=0 n=1
A(3x) − a0
= + xA′ (−x).
3x
(9)
 n 
+∞
X +∞ X
X  +∞
X  
  xn + 2 1 ′ x
n
(an a0 + · · · + a0 an + n)x = 
 a a
n−k k   nx n
= A (x) + x = A2 (x) + .
1−x (1 − x)2
n=0 n=0 k=0 n=0

(10)
+∞
 +∞   +∞ 
X X  X 
n
(an + 2an−1 + 3an−2 + · · · + na1 + (n + 1)a0 )x =  n  
an x   (n + 1)x 
n

n=0 n=0 k=0


 ′
1 A(x)
= A(x) −1 = .
1−x (1 − x)2
68 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES

Exemple

De combien de manières peut-on distribuer 12 ballons identiques à 4 enfants, si chaque


enfant doit recevoir au moins 2 ballons ?

Pour i compris entre 1 et 4, notons ani le nombre de manières de donner n ballons à l’enfant i.
On obtient, pour chaque i, la suite (0, 0, 1, 1, · · · ) et la fonction génératrice A(x) = x2 + x3 + x4 + · · · .
La fonction génératrice associée au nombre de manières de distribuer n ballons aux 4 enfants est
donc : !4
4

2 3 4
4 x2
F(x) = A(x) = x + x + x + · · · = .
1−x
+∞
X !
8 n+4−1 n
En utilisant le théorème du binôme généralisé on trouve F(x) = x x . Le coefficient
n
n=0
de x12 est donc : ! !
4+3 7
= = 35.
4 3
Exemple

De combien de manières peut-on choisir 12 beignets, si les sortes disponibles sont choco-
lat, pomme, nature et si on doit choisir au moins 2 beignets de chaque type, mais pas plus
de 4 beignets nature ? (l’ordre de sélection n’importe pas).

Soient C(x), P(x) et N (x) les fonctions génératrices associées respectivement aux nombres de
manières de choisir les beignets au chocolat, aux pommes ou nature. On a :
C(x) = P(x) = x2 + x3 + x4 + · · · et N (x) = x2 + x3 + x4 .
La fonction génératrice associée au nombre de manières de choisir n beignets est donc :
!2
 2   x2  
F(x) = C(x)P(x)N (x) = x2 + x3 + x4 + · · · x2 + x3 + x4 = x2 + x3 + x4 .
1−x
D’après le théorème du binôme généralisé on trouve :
+∞ ! +∞ !
 X n+2−1 n  6 X n+1 n
F(x) = x6 + x7 + x8 x = x + x7 + x8 x .
n 1
n=0 n=0
! ! !
7 6 5
Le coefficient de x12 est donc : + + = 18.
1 1 1
Exemple

Déterminer le nombre de façons de distribuer six bonbons à quatre enfants de telle ma-
nière que chacun en ait un ou deux.

Chaque enfant recevant un ou deux bonbons, nous lui associons le polynôme x+x2 . La fonction
+∞
X
génératrice associée au problème, notée Q(x) = qk xk , est de ce fait égale à :
k=0
 4
x + x2 = x4 + 4x5 + 6x6 + 4x7 + x8 .
Un coefficient qk de cette fonction est égal au nombre de façons de distribuer k bonbons à quatre
enfants de telle manière que chacun en ait un ou deux. Ainsi le problème n’a de solution que si
4 ≤ k ≤ 8 et alors :
2.6. EXEMPLES 69

Nombres de bonbons ≤3 4 5 6 7 8 ≥9
Nombres de solutions 0 1 4 6 4 1 0

En particulier pour k = 6 bonbons il y a 6 manières de les répartir.


Exemple

Trouver le nombre de solutions entières de l’équation : x1 + x2 + x3 + 2x4 + 3x5 = N , où


x1 ≥ 2, 0 ≤ x2 ≤ 3, 1 ≤ x3 ≤ 6, x4 ≥ 1, x5 ≥ 0 et N ≥ 10.

Pour i compris entre 1 et 5, soit Ai (x) la fonction génératrice associée au nombre de manières
de choisir αi xi = k, où αi est le coefficient de xi dans l’équation x1 + x2 + x3 + 2x4 + 3x4 = N . On a :

x2 1 − x4
A1 (x) = x2 + x3 + x4 + · · · = , A2 (x) = 1 + x + x2 + x3 = ,
1−x 1−x
x(1 − x6 ) x2
A3 (x) = x + x2 + x3 + x4 + x5 + x6 = , A4 (x) = x2 + x4 + x6 + · · · = ,
1−x 1 − x2
1
A5 (x) = 1 + x3 + x6 + x9 + · · · = .
1 − x3
La fonction génératrice associée au nombre de solutions de l’équation est donc :

x2 1 − x4 x(1 − x6 ) x2 1
F(x) = A1 (x)A2 (x)A3 (x)A4 (x)A5 (x) = · · · ·
1−x 1−x 1−x 1 − x2 1 − x3
x5 (1 − x2 )(1 + x2 )(1 − x3 )(1 + x3 ) x5 (1 + x2 )(1 + x3 )
= =
(1 − x)3 (1 − x2 )(1 − x3 ) 1 − x3
+∞ ! +∞ !
 X n+3−1 n  5 X n+2 n
5 7 8 10 7 8 10
= x +x +x +x x = x +x +x +x x .
n 2
n=0 n=0

Le coefficient de xN , pour N ≥ 10, est alors :


! ! ! !
N −3 N −5 N −6 N −8
+ + + = 2N 2 − 24N + 78.
2 2 2 2

Exemple

Quatre personnes lancent chacune une fois un dé, dont les faces sont numérotées de 1 à 6.
De combien de façons le total peut-il être 17 ?

La fonction génératrice pour chaque personne est : x + x2 + x3 + x4 + x5 + x6 . Donc la fonction


génératrice pour les 4 personnes est :
 4
    1 − x6
2 3 4 5 6 4 4 2 3 4 5 4 4
x+x +x +x +x +x = x 1+x+x +x +x +x =x · 4 .
1 − x4

4
X ! +∞
X !
 
6 4 k 4 6k k+3 k
On a 1 − x = (−1) −4
x et (1 − x) = x . On cherche le coefficient de x13 dans
k 3
k=0 k=0
 4
6 −4
1 − x (1 − x) :
! ! ! ! ! ! ! !
4 16 4 10 4 4 16 10
− + = −4 = 104.
0 3 1 3 2 3 3 3
70 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES

Exemple

Chacun des 3 garçons lance une fois un dé dont les faces sont numérotées de 1 à 6. Déter-
miner le nombre de façons d’obtenir un total de 14.

Soit ar le nombre de façons d’obtenir un total de r. La fonction génératrice de (ar )r≥0 est :
!3 +∞
X !
2 6 3 3 5 3 3 1 − x6 3 6 12 18 i +2 i
(x + x + · · · + x ) = x (1 + x + · · · + x ) = x = x (1 − 3x + 3x −x ) x.
1−x 2
i=0
! ! ! !
11 + 2 5+2 13 7
La réponse est a14 , coefficient de x14 , est donnée par : a14 = −3 = −3 = 15.
2 2 2 2

2.7 Partitions d’un entier naturel


Objectif

On recherche le nombre de décompositions, appelées partitions, d’un entier naturel non nul
n en tant que sommes d’entiers non nuls qui lui sont inférieurs, indépendamment de l’ordre
d’écriture.

Définition

Une partition d’un entier n ∈ N∗ en k parties est un k -uplet α = (α1 , α2 , · · · , αk ) tel que
α1 , α2 , · · · , αk ∈ N∗ , et :

α1 + α2 + · · · + αk = n, α1 ≥ α2 ≥ · · · ≥ αk .

Remarque
Les entiers entrant dans la décomposition, qualifiés de parties, sont non nuls car on pourrait
écrire 4 = 4 + 0 mais aussi 4 = 1 + 0 + 0 + 2 + 0 + 1 + 0 + 0 · · ·, etc. : on convient donc de ne pas
utiliser de zéros dans la décomposition.

✍ En dehors du cas trivial ci-dessus, l’entier se décompose en partitions de 2, 3, · · · , n élé-


ments. En considérant n = 4, la partition 3 + 1 sera dite d’ordre 2 et la partition 2 + 1 + 1 est
dite d’ordre 3.
✍ Eu égard à notre remarque préliminaire, n lui-même s’interprétera comme l’unique parti-
tion d’ordre 1.
✍ Si, exactement, f i des nombres α1 , α2 , · · · , αk sont égaux à i, alors α = (α1 , α2 , · · · , αk ) sera
notée α = (1f 1 2f 2 3f 3 · · · ). Dans ce cas, on a les égalités :

f 1 + f 2 + · · · + f n = k, f 1 + 2f 2 + 3f 3 + · · · + nf n = n.

Par exemple 5 + 3 + 3 + 1, (5, 3, 3, 1) et (11 32 51 ) sont des notations différentes de la même


partition de 12 en 4 parties.
L’objectif de ce paragraphe est de dénombrer toutes les partitions de n ∈ N∗ , que l’on note p(n).
❏ Notons pk (n) le nombre de décompositions de n en k éléments. On voit, par exemple, que
p3 (5) = 2. Le nombre p(n) de partitions est alors :
n
X
p(n) = pk (n).
k=1
2.7. PARTITIONS D’UN ENTIER NATUREL 71

Par exemple, pour n ≤ 10, on a :


n 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
p(n) 1 2 3 5 7 11 15 22 30 42
Par exemple, pour n = 5, les différentes partitions sont :

5 = 5 (ordre 1)
= 4+1 = 3+2 (ordre 2)
= 3+1+1 = 2+2+1 (ordre 3)
= 2+1+1+1 (ordre 4)
= 1+1+1+1+1 (ordre 5).

Donc, en tout, il y a : 1 + (1 + 1) + (1 + 1) + 1 + 1 = 7 partitions.

Proposition

Pour tout n ∈ N∗ , avec n > k > 1, on a la relation de récurrence :

pk (n) = pk−1 (n − 1) + pk (n − k),

avec les conditions initiales pn (n) = p1 (n) = 1.

Remarque
Une partition de n est équivalente à une distribution de n objets identiques dans n boîtes
identiques (avec éventuellement des boîtes vides). Voici une illustration avec n = 4.

❏ Soit ar le nombre de partitions d’un entier r en parties d’ordres 1, 2 ou 3. La fonction


génératrice de (ar )r≥1 est :
    1
1 + x + x2 + · · · 1 + x2 + x4 + · · · 1 + x3 + x6 + · · · = .
| {z }| {z }| {z } (1 − x)(1 − x2 )(1 − x3 )
ordre 1 ordre 2 ordre 3

❏ Soit ar le nombre de partitions de r en parties distinctes d’ordres 1, 2, 3 ou 4. La fonction


génératrice de (ar )r≥1 est ;
(1 + x)(1 + x2 )(1 + x3 )(1 + x4 ).
Notons que, dans cette partition, aucune répétition n’est autorisée, donc une partie d’ordre
k est utilisée au plus une fois, et donc la fonction génératrice correspondante est (xk )0 +
(xk )1 = 1 + xk . Par exemple, a6 = 2 car il y a deux façons pour exprimer x6 , à savoir :

x6 = 1 · x2 · 1 · x4 ←→ 6 = 2+4
6 2 3
x = x·x ·x ·1 ←→ 6 = 1 + 2 + 3.
72 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES

❏ Soit ar le nombre de partitions de r en parties distinctes (d’ordre quelconque) :

6 = 5 + 1 = 4 + 2 = 3 + 2 + 1;
7 = 6 + 1 = 5 + 2 = 4 + 3 = 4 + 2 + 1;
8 = 7 + 1 = 6 + 2 = 5 + 3 = 5 + 2 + 1 = 4 + 3 + 1;

alors, a6 = 4, a7 = 5 et a8 = 6. Il est facile de voir que la fonction génératrice de (ar )r≥1 est :
+∞
Y
(1 + x)(1 + x2 )(1 + x3 ) × · · · = (1 + xi ).
i=1

Notons que puisque l’ordre de chaque partie est arbitraire, alors le nombre de termes du
membre de gauche est infini. Par exemple a6 = 4 car dans le produit ci-dessus, il y a 4
façons pour exprimer x6 , à savoir :

x6 = x6 ←→ 6 = 6
6 1 5
x = x x ←→ 6 = 5+1
x6 = x2 x4 ←→ 6 = 4+2
6 1 2 3
x = x x x ←→ 6 = 3 + 2 + 1.

❏ Soit br la nombre de partition de r en des parties impaires. Par exemple b8 = 6 car parmi
les 22 partitions de 8 il y en a uniquement 6 ne contenant que des parties impairs, à savoir :

8 = 7+1 = 5+3 = 5+1+1+1 = 3+3+1+1 = 3+1+1+1+1+1 = 1+1+1+1+1+1+1+1.

On a aussi b6 = 4 car 6 = 5 + 1 = 3 + 3 = 3 + 1 + 1 + 1 = 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1. La fonction


génératrice de (br )r≥1 est :
1
(1 + x + x2 + · · · ) (1 + x3 + x6 + · · · ) (1 + x5 + x10 + · · · ) · · · = .
| {z }| {z }| {z } (1 − x)(1 − x3 )(1 − x5 ) · · ·
(1) (3) (5)

❏ Le nombre de partitions a8 en des parties distinctes est égal à 6 car :

8 = 8 = 7 + 1 = 6 + 2 = 5 + 3 = 5 + 2 + 1 = 4 + 3 + 1.

La fonction génératrice de an (partitions en des parties distinctes) est :


+∞
X +∞
Y +∞
Y 1
an x n = (1 + xk ) = .
n=0
1 − x2k−1
k=1 k=1

Théorème (Euler, 1748)

Le nombre de partitions de r en parties distinctes est égal au nombre de partitions de r en


parties impaires.

Démonstration
Soit ar (resp. br ) le nombre de partitions en parties distinctes (resp. impaires). Alors, la fonction
génératrice de (ar ) est :

1 − x2 1 − x4 1 − x6 1 − x8 1
(1 + x)(1 + x2 )(1 + x3 )(1 + x4 ) · · · = · 2
· 3
· ··· = ,
1−x 1−x 1−x 1−x 4 (1 − x)(1 − x3 )(1 − x5 ) · · ·
2.7. PARTITIONS D’UN ENTIER NATUREL 73

qui est précisément la fonction génératrice de (br ). Par suite ar = br pour tout r ∈ N∗ .

Définition (partition ordonnée)

Une partition ordonnée d’un entier strictement positif n en k parties est une solution de
l’équation x1 + x2 + · · · + xk = n dans l’ensemble des entiers strictement positifs, c’est-à-dire
un k -uplet (α1 , α2 , · · · , αk ) d’entiers strictement positifs tels que leur somme soit égale à n.
Pour la partition ordonnée (α1 , α2 , · · · , αk ) nous utiliserons également la notation α1 + α2 +
· · · + αk .

❏ Toutes les partitions du nombre 3 sont : 3; 2 + 1; 1 + 1 + 1.


❏ Toutes les partitions ordonnées du nombre 3 sont : 3; 2 + 1; 1 + 2; 1 + 1 + 1.
Théorème

Soit α = (1f 1 2f 2 · · · nf n ) une partition de l’entier n ∈ N∗ . Alors, il y a :

(f 1 + f 2 + · · · + f n )!
f 1 !f 2 ! · · · f n !

partitions ordonnées de n, telles que, pour tout i ∈ {1, 2, · · · , n}, il y a exactement f i parties
qui sont égales à i.

Théorème
!
n−1
1 Le nombre de partitions ordonnées de n ∈ N∗ en k parties est égal à .
k−1
2 Le nombre de toutes les partitions de n ∈ N∗ est égal à 2n−1 .

Théorème
Soient n1 , n2 , · · · , nk des entiers strictement positifs distincts. On note par H(n1 , · · · , nk ; n)
le nombre de partitions ordonnées de n ∈ N∗ en parties appartenant à l’ensemble
{n1 , n2 , · · · , nk }. Alors on a :
k
X
H(n1 , · · · , nk ; n) = H(n1 , · · · , nk ; n − nj )
j=1


0 si m < 0,

avec H(n1 , · · · , nj ; m) = 

1 si m = 0.

Démonstration
Soit S l’ensemble de toutes les partitions ordonnées de n ∈ N∗ telles que chaque partie de toute par-
tition appartient à l’ensemble {n1 , · · · , nk }. Soit Sj l’ensemble des partitions (α1 , α2 , · · · ) ∈ S telles que
α1 = nj . Alors, S est la réunion des ensembles, deux à deux disjoints, S1 , S2 , · · · , Sk , et par conséquent
on obtient :
k
X k
X
H(n1 , n2 , · · · , nk ; n) = |S| = |Sj | = H(n1 , n2 , · · · , nk ; n − nj ).
j=1 j=1
74 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES

Exemple

Supposons qu’un message soit envoyé par des signaux d’une longueur de 1, 2, 3 ou 4
unités de temps. Combien de messages différents peuvent être envoyés pendant 10 unités
de temps ?

On doit déterminer H(1, 2, 3, 4; 10). Posons H(n) = H(1, 2, 3, 4; n) pour tout n ∈ N∗ . Il est facile de
voir que H(1) = 1, H(2) = 2, H(3) = 4 et H(4) = 8. D’après le théorème précédent on trouve que :

H(n) = H(n − 1) + H(n − 2) + H(n − 3) + H(n − 4).

D’après la relation ci-dessus, il s’ensuit que H(5) = 15, H(6) = 29, H(7) = 56, H(8) = 108, H(9) =
208 et H(10) = 401.

Théorème
Soient n1 , n2 , · · · , nk des entiers strictement positifs distincts. On note par G(n1 , · · · , nk ; n)
le nombre de partitions de n ∈ N∗ telles que toute partie de toute partition appartient à
l’ensemble {n1 , n2 , · · · , nk }. Alors on a :

G(n1 , · · · , nk ; n) = G(n1 , · · · , nk ; n − nk ) + G(n1 , · · · , nk−1 ; n) (1)




0 si m < 0,

avec G(n1 , · · · , nj ; m) = 

1 si m = 0.

Démonstration
Soit S l’ensemble de toutes les partitions de l’entier strictement positif n telles que chaque partie de
chaque partition appartient à l’ensemble {n1 , · · · , nk }. Soit S1 ⊂ S l’ensemble des partitions dans S
pour lesquelles il existe une partie égale à nk , et soit S2 ⊂ S l’ensemble des partitions dans S pour
lesquelles une telle partie n’existe pas. Il est évident que :

|S| = G(n1 , · · · , nk ; n), |S1 | = G(n1 , · · · , nk ; n − nk ) et |S2 | = G(n1 , · · · , nk−1 ; n).

L’identité (1) découle clairement de |S| = |S1 | + |S2 |.

Corollaire
Si n1 = 1, n2 = 2, · · · , nk = k, Gk (n) = G(1, · · · , k; n), et Gk (0) = 1, Gk (m) = 0 pour m < 0, alors
on a les relations suivantes :

Gk (n) = Gk−1 (n) + Gk (n − k),


Gk (n) = Gk−1 (n) + Gk−1 (n − k) + Gk−1(n − 2k) + · · ·

Exemple

De combien de façons peut-on payer un montant de 50e avec des pièces ou des billets de
1e, 2e, 5e, 10e et 20e ?

Le nombre cherché est G(1, 2, 5, 10, 20; 50). Il est facile de voir que G(1, n) = 1 pour tout n ∈ N.
2.7. PARTITIONS D’UN ENTIER NATUREL 75

En utilisant la relation (1) du théorème on obtient les identités suivantes :

G(1, 2; 2k) = 1 + G(1, 2; 2k − 2) = k + G(1, 2; 0) = k + 1, k ∈ N∗ ,


G(1, 2; 2k + 1) = 1 + G(1, 2; 2k − 1) = k + G(1, 2; 1) = k + 1, k ∈ N∗ ,
G(1, 2, 5; 5) = G(1, 2, 5; 0) + G(1, 2; 5) = 1 + 3 = 4,
G(1, 2, 5; 10) = G(1, 2, 5; 5) + G(1, 2; 10) = 4 + 6 = 10,
G(1, 2, 5; 15) = G(1, 2, 5; 10) + G(1, 2; 15) = 10 + 8 = 18,
G(1, 2, 5; 20) = G(1, 2, 5; 15) + G(1, 2; 20) = 18 + 11 = 29,
G(1, 2, 5; 25) = G(1, 2, 5; 20) + G(1, 2; 25) = 29 + 13 = 42,
G(1, 2, 5; 30) = G(1, 2, 5; 25) + G(1, 2; 30) = 42 + 16 = 58,
G(1, 2, 5; 35) = G(1, 2, 5; 30) + G(1, 2; 35) = 58 + 18 = 76,
G(1, 2, 5; 40) = G(1, 2, 5; 35) + G(1, 2; 40) = 76 + 21 = 97,
G(1, 2, 5; 45) = G(1, 2, 5; 40) + G(1, 2; 45) = 97 + 23 = 120,
G(1, 2, 5; 50) = G(1, 2, 5; 45) + G(1, 2; 50) = 120 + 26 = 146,
G(1, 2, 5, 10; 10) = G(1, 2, 5, 10; 0) + G(1, 2, 5; 10) = 1 + 10 = 11,
G(1, 2, 5, 10; 20) = G(1, 2, 5, 10; 10) + G(1, 2, 5; 20) = 11 + 29 = 40,
G(1, 2, 5, 10; 30) = G(1, 2, 5, 10; 20) + G(1, 2, 5; 30) = 40 + 58 = 98,
G(1, 2, 5, 10; 40) = G(1, 2, 5, 10; 30) + G(1, 2, 5; 40) = 98 + 97 = 195,
G(1, 2, 5, 10; 50) = G(1, 2, 5, 10; 40) + G(1, 2, 5; 50) = 195 + 146 = 341,
G(1, 2, 5, 10, 20; 30) = G(1, 2, 5, 10; 10) + G(1, 2, 5, 10; 30) = 109,
G(1, 2, 5, 10, 20; 50) = G(1, 2, 5, 10, 20; 30) + G(1, 2, 5, 10; 50) = 450.

2.7.1 Exemples

Exemple

Soient n, k ∈ N∗ . Combien y a-t-il de solutions de l’équation x1 + x2 + · · · + xk = n dans N∗


(respectivement dans N).
! !
n−1 n+k−1
On a déjà vu que la réponse est dans le premier cas, et dans le second.
k−1 k−1

Exemple

Soient n, k ∈ N∗ . Quel est le nombre de solutions de l’inégalité x1 + · · · + xk ≤ n dans N ?

Soit S l’ensemble des k-uplets (x1 , x2 , · · · , xk ) tels que x1 + · · · + xk ≤ n, et x1 , . . . , xk ∈ N. Soit S ′


l’ensemble des solutions de x1 + · · · + xk + xk+1 = n dans N. Il est clair ! qu’il y a une bijection entre
′ n+k
S et S . Par conséquent, et d’après le dernier exemple, |S| = .
k

Exemple

Soient n, k ∈ N∗ , et c1 , c2 , · · · , ck des entiers. Combien y a-t-il de solutions de l’équation x1 +


x2 + · · · + xk = n telles que x1 ≥ c1 , x2 ≥ c2 , · · · , xk ≥ ck ?

Posons yi = xi − ci pour i ∈ J1, kK. On est donc ramené à déterminer les solutions de l’équation
y1 + y2 + · · · + yk = n − c1 − c2 − · · · − ck avec y1 , y2 , · · · , yk ∈ N. D’après l’avant dernier exemple, ce
76 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES

nombre est égal à : !


n − c1 − · · · − ck + k − 1
.
k−1

Exemple

Soient n, k ∈ N∗ , et r, s des entiers tels que 0 ≤ r ≤ s . Combien y a-t-il de solutions


(x1 , x2 , · · · , xk ) de l’équation x1 + x2 + · · · + xk = n telles que, pour tout j ∈ J1, kK, r ≤ xj ≤ s et
xj ∈ N ?

Le nombre de solutions est le coefficient de xn dans le développement de l’expression


 k
xr + xr+1 + · · · + xs .

Exemple

Soient n, k ∈ N∗ avec k ≥ 2. Combien y a-t-il de solutions (x1 , x2 , . . . , xk ) de l’équation x1 +


x2 + · · · + xk = 2n, dans l’ensemble N, telles que x1 > xk ?
!
2n + k − 1
Le nombre de solutions de x1 + x2 + · · · + xk = 2n dans N est . Le nombre de so-
k−1
lutions de cette! équation telles que x1 = xk = j, avec j ∈ J0, nK, et x2 , x3 , · · · , xk−1 ∈ N est égal à
2n − 2j + k − 3
. En conclusion, le nombre de solutions dans N telles que x1 > xk est égal à :
k−3
 ! n !
1  2n + k − 1 X 2n − 2j + k − 3 
 −  .
2  k − 1 k−3 
j=0

Exemple

Combien y a-t-il de triplets (x1 , x2 , x3 ) ∈ N3 tels que x1 + x2 + x3 = 100 et x1 ≤ x2 ≤ x3 ?

Soit m∈ N∗ . Il est facile de montrer que le nombre de paires (a, b) ∈ N2 vérifiant a ≤ b et a+b = m
m
est égal à + 1. Soit S l’ensemble des solutions de l’équation x1 + x2 + x3 = 100 dans N telles que
2
x1 ≤ x2 ≤ x3 . Pour tout k ∈ J0, 33K, soit Ak l’ensemble des solutions de l’équation x1 + x2 + x3 = 100
telles que k = x1 ≤ x2 ≤ x3 . Il est clair que S = A0 ∪ A1 ∪ · · · ∪ A33 , et les Ai sont deux à deux
disjoints. On pose a = x2 − k et b = x3 −$ k, alors |A 2
% k | est le nombre de paires (a, b) ∈ N telles que
100 − 3k
a + b = 100 − 3k, et 0 ≤ a ≤ b, i.e., |Ak | = + 1. Par conséquent :
2

33
X 33 
X 
4j + 1
|S| = |Ak | = 34 + = 884.
2
k=0 j=0

Exemple

Combien y a-t-il de triangles de périmètre 300 si la longueur de chaque côté est un entier
strictement positif ?

Le nombre de triplets (x, y, z) ∈ N∗ × N∗ × N∗ tels que x + y + z = 300, x < y + z, y < z + x et z < x + y


est égal au nombre de triplets (x, y, z) ∈ N∗ × N∗ × N∗ tels que z = 300 − x − y, x < 150, y < 150 et
2.7. PARTITIONS D’UN ENTIER NATUREL 77

x +y > 150. Ce nombre, que l’on note s, est aussi le nombre de points (x, y), à coordonnées entières
vérifiant les conditions x < 150, y < 150 et x + y > 150. D’où, s = 1 + 2 + 3 + · · · + 148 = 11026. Soit X
(respectivement Y ) le nombre de triangles avec trois côtés distincts (resp. avec exactement deux
côtés égaux), de périmètre 300, et dont les côtés sont des entiers strictement positifs. Alors, on a :
11026 = 6X + 3Y + 1 = 6(X + Y + 1) − 3(Y + 1) − 2, et le nombre de triangles vérifiant les conditions
de l’exemple est égal à :
11026 Y + 1 1
X +Y +1 = + + .
6 2 3
Notons que Y + 1 est le nombre de paires (x, y) ∈ N∗ × N∗ telles que 2x + y = 300 et 2x > y, i.e., le
nombre de x ∈ N∗ tels que 75 < x < 150. Par suite, Y + 1 = 74, et finalement X + Y + 1 = 1875.
Exemple

De combien de façons peut-on placer 12n +5 balles indiscernables dans 4 boîtes étiquetées
1, 2, 3 et 4, de sorte que chaque boîte contienne au moins une balle et que le nombre de
balles dans chaque boîte ne soit pas supérieur à 6n + 2 ?

Dans cette solution on considère toujours les équations dans l’ensemble N∗ . Le nombre de
solutions de l’équation :
x1 + x2 + x3 + x4 = 12n + 5 (1)
! !
12n + 4 12n + 4 − k
est égal à . Le nombre de solutions de l’équation x2 + x3 + x4 = 12n − k est . Il
3 3
s’ensuit que le nombre de solutions de (1) telles que x1 > 6n + 2 est égal à :

12n+2
X ! !
12n − k + 4 6n + 2
= .
2 3
k=6n+3

Donc, le nombre de solutions


! de l’équation
! (1) telles qu’aucun de x1 , x2 , x3 , x4 n’est plus grand que
12n + 4 6n + 2
6n+2 est égal à −4 . L’équation x3 +x4 = 12n−2k +5 admet exactement 12n−2k +4
3 3
solutions. Ainsi, l’équation :
2x1 + x3 + x4 = 12n + 5 (2)
6n+1
X !
6n + 2
admet exactement (12n − 2k + 4) = 2 solutions. L’équation x1 + x4 = 12n + 5 − 2k admet
2
k=1
exactement 6n − k + 2 solutions, et l’équation 2x1 + x4 = 12n + 5 − 2k − 1 admet exactement 6n − k + 1
solutions. Il s’ensuit que le nombre de solutions de l’équation (2) telles que x3 = k > 6n + 2 est :

6n+1
X 6n
X !
3n + 1
(6n − k + 2) + (6n − k + 1) = 2 .
2
k=3n+2 k=3n+1

Le nombre de solutions de l’équation ! (1) telles! que x1 = x2 , et aucun de x1 , x2 , x3 , x4 n’est plus


6n + 2 3n + 1
grand que 6n + 2 est égal à 2 −4 . Le nombre de solutions de l’équation 3x1 + x4 =
2 2
12n + 5 est 4n + 1, et le nombre de solutions de cette équation, telles que x4 > 6n + 2, est égal à 2n.
Donc, le nombre de solutions de l’équation 3x1 + x4 = 12n + 5, telles que x1 ≤ 6n + 2 et x4 ≤ 6n + 2,
est égal à 2n + 1. D’après le principe d’inclusion-exclusion, on déduit que le nombre de solutions
de (1) est égal à :
" ! !# !" ! !# !
12n + 4 6n + 3 4 6n + 2 3n + 1 4  
−4 − 2 −4 + 2 (2n + 1) = 12n 12n2 + 3n − 1 .
3 3 2 2 2 3
78 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES

Le nombre de solutions de l’équation (1) telles qu’il y a exactement trois entiers strictement posi-
tifs distincts parmi x1 , x2 , x3 , x4 est égal à :
!" ! !#
4 6n + 2 3n + 1
2 −4 − 12(2n + 1) = 12n(9n + 4).
2 2 2

Le nombre de solutions de l’équation (1) telles qu’il y a exactement deux entiers strictement
positifs distincts parmi x1 , x2 , x3 , x4 est égal à 4(2n + 1). La réponse finale à notre question est
donc :
12n(12n2 + 3n − 1) 12n(9n + 4) 4(2n + 1) (n + 1)(12n2 + 9n + 2)
+ + = .
24 12 4 2
Exemple

Déterminer le nombre de partitions de l’entier 40 en parties égales à 5, 10, 15 ou 20.

Pour répondre à la question on doit déterminer H(5, 10, 15, 20; 60). Notons que :

H(5, 10, 15, 20; 60) = H(1, 2, 3, 4; 12) = H(12).

On a vu que H(7) = 56, H(8) = 108, H(9) = 208, H(10) = 401, et

H(n) = H(n − 1) + H(n − 2) + H(n − 3) + H(n − 4).

Par suite, H(11) = 773 et H(12) = 1490.


Exemple

De combien de façons peut-on payer la somme de 27e à l’aide de :


1 pièces de 1e et 2e ;
2 pièces de 2e et billets de 5e ;
3 pièces de 1e, de 2e et billets de 5e ?

1. G(1, 2; 27) = 14.


2. G(2, 5; 27) = 3.
3. G(1, 2, 5; 27) = 34.
Exemple

De combien de façons peut-on payer la somme de 100e à l’aide de pièces ou de billets de


1e, 2e, 5e ou 10e ?

Un calcul simple montre que : G(1, 2, 5, 10; 100) = 2156.


Exemple

Montrer que le nombre de toutes les partitions d’un entier n ∈ N∗ est égal au nombre de
partitions de 2n en n parties.

Soit S1 l’ensemble des partitions de 2n en n parties, et soit S2 l’ensemble de toutes les partitions
de n ∈ N∗ . Pour tout (α1 , α2 , · · · , αn ) ∈ S1 tel que α1 ≥ · · · ≥ αk > 1 = αk+1 = · · · = αn , on définit
l’application f : S1 −→ S2 par :

f ((α1 , α2 , · · · , αn )) = (α1 − 1, α2 − 1, · · · , αk − 1) .

L’application f est une bijection, et par suite |S1 | = |S2 |.


2.8. SÉRIES GÉNÉRATRICES EXPONENTIELLES 79

2.8 Séries génératrices exponentielles

Définition

La série génératrice exponentielle g de la suite (an )n≥0 est définie par :


+∞
X a n
g(x) = xn .
n!
n=0

+∞
X +∞
X
a n n b
n n
❏ Si f (x) = x et g(x) = x sont les séries génératrices exponentielles des suites
n! n!
n=0 n=0
(an )n≥0 et (bn )n≥0 respectivement, alors
 n
+∞ X ! 
X  n  xn
h(x) = f (x)g(x) = 
 a b 
 k n−k 
k n!
n=0 k=0

n
X !
n
est la série génératrice exponentielle de la suite cn = a b .
k k n−k
k=0

Exemple

Déterminer la série génératrice exponentielle de la suite (1, 1, · · · , 1, · · · ).

+∞ r
X x
La série génératrice exponentielle est = e x . Ceci explique le nom « exponentielle ».
r!
r=0

Exemple

Déterminer la série génératrice exponentielle de la suite (0!, 1!, 2!, · · · , n!, · · · ).

+∞
X xr 1
La série génératrice exponentielle est r! = 1 + x + x2 + · · · = .
r! 1−x
r=0

Exemple

Déterminer la série génératrice exponentielle de la suite (1, k, k 2 , · · · , k r , · · · ) avec k ∈ R∗ .

+∞
X (kx)r
La série génératrice exponentielle est = e kx .
r!
r=0

Exemple

Déterminer la fonction génératrice, et la série génératrice exponentielle, de la suite d’en-


tiers (2n + 3n )n≥0 .

1 1 1
La fonction génératrice est g(x) = + pour |x| < . La série génératrice exponen-
1 − 2x 1 − 3x 3
tielle est f (x) = e 2x + e 3x .
80 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES

Exemple

Montrer que la série génératice exponentielle de la suite (1, 1 · 3, 1 · 3 · 5, 1 · 3 · 5 · 7, · · · ) est


3
(1 − 2x)− 2 .

3 1 × 3 × 5 × · · · × (2r + 1)
Il suffit de montrer que le coefficient de xr dans (1 − 2x)− 2 est . En effet,
! r!
+∞
X
3 −3/2
le coefficient de xr dans (1 − 2x)− 2 = (−2x)i est :
i
i=0

!  r
r
−3 (− 23 )(− 32 − 1) · · · (− 32 − r + 1) 1 3 · 5 · 7 · · ·(2r + 1) 1 · 3 · 5 · · ·(2r + 1)
(−2) 2 = (−2)r = (−2)r − = .
r r! 2 r! r!

Exemple
 
Déterminer la série génératrice exponentielle de la suite A0n , A1n , A2n , · · · où Arn est le

nombre de r -permutations de n objets distincts (on rappelle que Arn = nr · r!).

n
X n !
xr X n r
La série génératrice exponentielle est donnée par Arn = x = (1 + x)n . Notons que :
r! r
r=0 r=0

! ! !
n x1 x1 x1
(1 + x) = 1 + 1+ · 1+ ,
1! 1! 1!
| {z } | {z } | {z }
(1) (2) (n)

où chaque terme du membre de droite correspond à un objet distinct dans l’arrangement.

Exemple

Soit ar le nombre de r -permutations de p objets distincts. Déterminer la série génératrice


exponentielle de la suite (ar )r≥0 .

x x2 xp
La série génératrice exponentielle est 1+ + +· · ·+ car ar = 1 pour chaque r = 0, 1, 2, · · · , p
1! 2! p!
et ar = 0 pour chaque r > p.

Exemple

Soit ar le nombre de r -permutations de p balles bleues identiques et q balles rouges iden-


tiques. Déterminer la série génératrice exponentielle de la suite (ar )r≥0 .

La série génératrice exponentielle est donnée par :


! !
x x2 xp x x2 xq
1+ + + ··· + 1+ + + ··· + .
1! 2! p! 1! 2! q!
| {z }| {z }
(bleues) (rouges)

Plus généralement on a le résultat suivant :


2.8. SÉRIES GÉNÉRATRICES EXPONENTIELLES 81

Proposition

Soit ar le nombre de r-permutations du multi-ensemble :

{b1 , · · · , b1 , b2 , · · · , b2 , · · · , bk , · · · , bk }.
| {z } | {z } | {z }
n1 n2 nk

Alors, la série génératrice exponentielle de la suite (ar )r≥0 est donnée par :
! ! !
x x2 x n1 x x2 x n2 x x2 x nk
1+ + + ··· + 1+ + + ··· + ··· 1 + + + ··· + ,
1! 2! n1 ! 1! 2! n2 ! 1! 2! nk !
| {z }| {z } | {z }
(b1 ) (b2 ) (bk )

xr
et ar est le coefficient de dans le développement du produit ci-dessus.
r!

Exemple

De combien de manières 4 lettres du mot PAPAYA peuvent être arrangées ?

Soit ar le nombre des r-permutations du multi-ensemble {A, A, A, P, P, Y } formé par les lettres
du mot PAPAYA. La série génératrice exponentielle de la suite (ar )r≥0 est donnée par :
! ! !
x1 x2 x3 x1 x2 x1
1+ + + 1+ + 1+ .
1! 2! 3! 1! 2! 1!
| {z }| {z } | {z }
(A) (P) (Y )

En regroupant les termes en x4 dans ce produit on a :

x2 x2 x2 x2 x3 x3 x4
x· ·x+ ·x·x+ · ·1+ ·x·1+ · 1 · x = a4 · .
2! 2! 2! 2! 3! 3! 4!
4! 4! 4! 4! 4!
Par conséquent : a4 = + + + + .
2! 2! 2! 2! 3! 3!
|{z} |{z} |{z} |{z} |{z}
{A,P,P,Y } {A,A,P,Y } {A,A,P,P} {A,A,A,P} {A,A,A,Y }

Exemple

Soit ar le nombre de r -permutations du multi-ensemble {∞·b1 , ∞·b2 , · · · , ∞·bk } (i.e., chacun


des bi apparaît une infinité de fois). Déterminer la série génératrice exp. de (ar )r≥1 .

La série génératrice exponentielle est donnée par :


!k ∞
X ∞
X
x2 x3 (kx)r xr
1+x+ + + ··· = (e x )k = e kx = = kr · .
2! 3! r! r!
r=0 r=0

Exemple

Déterminer ar le nombre de façons de placer r ∈ N∗ objets distincts dans 4 boîtes distinctes


de sorte que les boîtes 1 et 2 contiennent un nombre pair d’objets et la boîte 3 en contienne
un nombre impair.
82 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES

e x + e −x x2 x4 e x − e −x x3
Notons que =1+ + + · · · ne contient que des termes pairs, et =x+ +
2 2! 4! 2 3!
x5
+ · · · ne contient que des termes impairs. La série génératrice exponentielle de (ar )r≥1 est :
5!
!2 x −x !  +∞

e x + e −x e −e 1  4x  1  X xr 
x 2x −2x r r r
e = e −1+e −e = −1 + (4 + 2 − (−2) )  ,
2 2 |{z} 8 8 r!
r=0
| {z } | {z } (4)
(1)(2) (3)

car les boîtes (1) et (2) contiennent un nombre pair d’objets, et la boîte (3) en contient un nombre
4r + 2r − (−2)r
impair. Par conséquent, ar = pour tout r ∈ N∗ .
8
Exemple

Déterminer ar le nombre de façons de placer r ∈ N∗ objets distincts dans n boîtes distinctes


de sorte qu’aucune boîte ne soit vide.

La série génératrice exponentielle de (ar )r≥1 est donnée par :


!n Xn !
x2 x3 n x n−i
x+ + + ··· = (e x − 1)n = (e ) (−1)i
2! 3! i
i=0
n
X ! X ∞
  n
+∞ X
X ! 
n  (n − i)r xr  i  i n r
 xr
 .
=   (−1) =  (−1)
 (n − i) 
i r! i r!
i=0 r=0 r=0 i=0

n
X !
i n
Donc, ar = (−1) (n − i)r , ce qui est exactement le nombre de surjections de J1, rK dans J1, nK.
i
i=0

Distribution de r objets dans n boîtes

D’une manière générale, les problèmes de distribution peuvent être classés en 4 types, selon que
les objets à distribuer sont identiques ou distincts et que les boîtes contenant ces objets sont
identiques ou distinctes. Nous terminons ce paragraphe en résumant les résultats pour ces 4
types de problèmes dans le tableau suivant, où ♯ désigne le nombre de façons de répartir r objets
en n boîtes soumises aux conditions des colonnes 2 et 3 du tableau.

Type r objets n boîtes ♯


I distincts distinctes nr
!
r +n−1
II identiques distinctes
r
Xn
III distincts identiques S(r, i)
i=1
IV identiques identiques nombre de partitions de r en n parties ou moins.

où S(r, n) est le nombre de Stirling de seconde espèce, i.e., le nombre de façon de distribuer r
objets distincts dans n boîtes identiques de sorte qu’aucune boîte ne soit vide. On a : S(0, 0) =
1, S(r, 0) = S(0, n) = 0, S(r, n) > 0 si r ≥ n ≥ 1, S(r, n) = 0 si n > r ≥ 1, S(r, 1) = 1 pour r ≥ 1, S(r, r) =
1   
1 pour r ≥ 1, S(r, 2) = 2r−1 − 1, S(r, 3) = (3r−1 + 1) − 2r−1 , S(r, r − 1) = 2r , S(r, r − 2) = 3r + 3 4r , et
2
pour tout r, n ∈ N∗ avec r ≥ n : S(r, n) = S(r − 1, n − 1) + nS(r − 1, n).
2.9. FORMULE DE MULTISECTION 83

2.9 Formule de multisection

Théorème : Formule de multisection


P
Soient f (x) = ak xk un polynôme, et (m, r) ∈ N∗ × N. Alors, on a :

X m−1
1 X −rt  t  2iπ
ak x k = ω f ωx où ω = e m .
m
k≡r (mod m) t=0

c’est-à-dire :
+∞
X m−1
1 X −rt
amj+r xmj+r = ω f (ω t x).
m
j=0 t=0

Démonstration
La preuve de la formule de multisection consiste simplement à comparer les coefficients de xj , j ≥ 0,
dans les deux membres de l’équation du théorème. Le coefficient de xj dans l’expression
m−1
1 X −rt  t 
ω f ωx
m
t=0

est égal à : 
m−1 
1X a j
 si j ≡ r (mod m)
cj = aj ω t(j−r) = 
0
m  sinon.
t=0

✍ La formule de multisection a été découverte en 1759 par le mathématicien anglais Thomas


Simpson (1710-1761).

Corollaire

X
En prenant m = 2 dans la formule de multisection, et si f (x) = ak xk , alors :
k=0


X ∞
X
f (x) + f (−x) f (x) − f (−x)
a2j x2j = , a2j+1 x2j+1 = .
2 2
j=0 j=0

On retrouve le résultat classique affirmant qu’une fonction est la somme d’une fonction paire et
d’une fonction impaire :
f (x) + f (−x) f (x) − f (−x)
f (x) = + .
2 2

Exemple
X ! ! ! !
n n n n
Déterminer la valeur de : = + + + ···
k 0 3 6
k≡0 (mod 3)
84 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES

n
X !
n k n
En appliquant la formule de multisection à (1 + x) = x avec 0 ≤ k < m et x = 1 on trouve :
k
k=0

X ! 2
n 1X
= (1 + ω s )n .
k 3
k≡0 (mod 3) s=0

Puisque ω 2 = ω, on déduit que :


X !   
n 1 n nπ
= 2 + 2 cos .
k 3 3
k≡0 (mod 3)

Plus généralement, on a l’identité de Ramus (1834) :


Exemple (identité de Ramus)

Montrer que :
X ! m−1   n
n 1X jπ j(n − 2r)π
= 2 cos cos .
k m m m
k≡r (mod m) j=0

n
X !
n n k
Soit f (x) = (1 + x) = x , alors :
k
k=0
! m−1 m−1

m−1 n ! 
X n 1 X −rt 1 X −rt 1 X X n (k−r)t 
t t n
= ω f (ω ) = ω (1 + ω ) = 
 ω  .

k m m m k
k≡r (mod m) t=0 t=0 t=0 k=0

D’un autre côté,  n 


!    
X n 
ℜ  ω (k−r)t  = 2n cos (n − 2r) tπ cosn tπ .

k m m
k=0
  !n n !
tπ e itπ/m + e −itπ/m 1 X n i(2k−n)tπ/m
En effet, cosn = = n e , ce qui donne
m 2 2 k
k=0
 n !   n ! 
    X n i(2k−n)tπ/m i(n−2r)tπ/m  X n (k−r)t 
n tπ n tπ     .
2 cos (n − 2r) cos = ℜ  e e  = ℜ 
  ω 
m m k k
k=0 k=0

On conclut que :
X ! m−1   n
n 1X jπ j(n − 2r)π
= 2 cos cos .
k m m m
k≡r (mod m) j=0

Exemple

Soit p un nombre premier impair. Trouver le nombre de sous-ensembles A de {1, 2, · · · , 2p}


tels que :
1 A possède exactement p éléments, et
2 la somme des éléments de A est divisible par p . (OIM, 1995)

On considère le polynôme F à deux variables défini par :


2p
Y  
F(x, y) = 1 + xy j .
j=1
2.9. FORMULE DE MULTISECTION 85

Le coefficient de xa y b dans le développement de F(x, y) est le nombre de sous-ensembles à a


éléments de J1, 2pK dont la somme des éléments est b. Le nombre N recherché peut donc s’écrire
X
N = [xp y σ ] F(x, y),
σ≡0 (mod p)

où [xp y σ ] F(x, y) est le coefficient de xp y σ dans le développement de F(x, y). Il ne reste plus qu’à
trouver une expression explicite de N . D’après la formule de multisection, on déduit que :
 
p−1
 1 X 
    2iπ
N = ap  F x, ω j  où ω = e p .
p 
j=0

Ainsi, on a :
   
p−1
 1 X  p−1
 1 X 
         
N = ap  1 + xω j 1 + xω 2j · · · 1 + xω 2pj  = ap  (1 + x)2 (1 + xω j )2 · · · (1 + xω (p−1)j )2  .
p  p 
j=0 j=0
 
Or, comme 1, ω j , ω 2j , · · · , ω (p−1)j est une permutation de {1, ω, ω 2 , · · · , ω p−1 } pour j ∈ J1, p −1K (car
p est premier), alors on déduit que
" #
1h i
N = ap (1 + x)2p + (p − 1) (1 + xp )2
p

car (1 + x)(1 + ωx) · · · (1 + ω p−1 x) = 1 + xp . En conclusion, on a :


" ! # " ! #
1 2p 1 2p
N = + 2(p − 1) = − 2 + 2.
p p p p

Exemple

Montrer que si n ∈ N∗ est un entier naturel quelconque, alors le nombre de sous-ensembles


de {1, 2, · · · , 2n} à n éléments dont la somme est divisible par n est donné par la formule :
  !
(−1)n X n 2d
ϕ (−1)d .
n d d
d|n

(Généralisation, OIM 1995)

Cette généralisation est due à Jacob Lurie, un candidat américain qui a gagné la médaille d’or
aux OIM en 1994 (avec un score parfait), et une médaille d’argent en 1995. Il est actuellement
professeur de mathématiques à l’Université Harvard.
Comme dans l’exemple précédent, N est donné par
 
n−1
 1 X 
 2 j 2 (n−1)j 2  2iπ
N = an  (1 + x) (1 + xω ) · · · (1 + xω )  où ω = e n .
n 
j=0

Pour tout j ∈ J0, n − 1K, il existe un plus petit entier k > 0 tel que ω jk = 1, c’est l’ordre de ω j et il
est égal à δ = dn où d = pgcd(n, j). On a :
 2  2 h    i2d
(1 + x)2 1 + xω j · · · 1 + xω (n−1)j = (1 + x) 1 + xω j · · · 1 + xω (δ−1)j
h i2d
= 1 + xδ (−1)δ−1 .
86 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES
 
n
Pour chaque diviseur d de n, il existe ϕ entiers j ∈ J0, n−1K tels que pgcd(n, j) = d, et par suite :
d

  !   !
1 X n 2d (−1)n X n 2d
N = ϕ (−1)δd−d = ϕ (−1)d .
n d d n d d
d|n d|n

Proposition

1 Soit ω une racine 2m-ème de l’unité, et fixons r ∈ N avec 0 ≤ r < m. Alors :

+∞
X m−1
(−1)k xmk+r 1 X −r(2t+1) ω2t+1 x
= ω e .
(mk + r)! m
k=0 t=0

En particulier :
+∞
X 3x 2m−1 x
(−1)k xmk e ωx + e ω + · · · + eω
= .
(mk)! m
k=0

+∞
X m−1
X
(−1)k xmk+r ωx
2 Si f r (x) = , alors e = ω r f r (x). Dans le cas particulier où m = 2 on
(mk + r)!
k=0 r=0
retrouve la relation d’Euler e ix = cos x + i sin x.

2.10 Exercices

2.10.1 Niveau débutant

Exercice 1 K

Trouver des fonctions génératrices sous forme close associées aux suites suivantes :
(1) (n2n )n≥0 .
(2) (an + b)n≥0 .
(3) (n2 )n≥0 .

Solution. Les fonctions cherchées sont :


(1)  +∞ ′
X+∞ +∞
X X   ′
1 2x
n2n xn = x n2n xn−1 = x  2n xn  = x = .
1 − 2x (1 − 2x)2
n=0 n=0 n=0

(2)
 +∞ ′
+∞
X +∞
X +∞
X X  +∞
X  
1 ′ b (a − b)x + b
(an + b)xn = a nxn + b xn = ax  xn  + b xn = ax + = .
1−x 1−x (1 − x)2
n=0 n=0 n=0 n=0 n=0

(3)
+∞
X +∞
X +∞
X +∞
X  ′′  ′
1 1 x(x + 1)
n2 xn = x +x2 n2 xn−2 = x2 n(n−1)xn−2 +x nxn−1 = x2 +x = .
1−x 1−x (1 − x)3
n=0 n=2 n=2 n=1
2.10. EXERCICES 87

Exercice 2 K

Donner les suites asociées à chacune des 4 fonctions génératrices :

5 4x2 x
(1) (1 − x)(1 + x2 )3 , (2) , (3) , (4) .
1 − x2 1−x (1 − 3x)3

Solution.
(1) On a :

(1 − x)(1 + x2 )3 = (1 − x)(1 + 3x2 + 3x4 + x6 ) = 1 − x + 3x2 − 3x3 + 3x4 − 3x5 + x6 − x7 ,

donc la suite associée est : (1, −1, 3, −3, −3, 1, −1, 0, 0, 0, · · · ).


(2) On a :
+∞
X X+∞
5 2 n
= 5 (x ) = 5x2n
1 − x2
n=0 n=0

et donc la suite associée est (5, 0, 5, 0, 5, 0, · · · ).


(3) On a :
X+∞ +∞
X
4x2
= 4x2 xn = 4xn ,
1−x
n=0 n=2

et donc la suite associée est (0, 0, 4, 4, 4, 4, · · · ).


(4) On a :
+∞
X ! +∞
X +∞
X
x n+2 n (n + 2)(n + 1) n n+1 n(n + 1) n n+1
= x (3x) = 3 x = 3 x ,
(1 − 3x)3 n 2 6
n=0 n=0 n=1
!
3n n(n + 1)
et donc la suite associée est .
6 n≥0

Exercice 3 K

Déterminer la fonction génératrice de la suite (cr )r≥0 définie par c0 = 0 et cr = 12 +22 +· · ·+r 2
Xr ! !
∗ 2 r +1 r +2
pour tout r ∈ N . En déduire que : i = + .
3 3
i=1

Solution. Soient ai = i et bi = i 2 pour tout i ∈ N. La fonction génératrice de (ar )r≥0 est A(x) =
x
. Puisque br = rar pour tout r ∈ N alors la fonction génératrice B(x) de la suite (br )r≥0
(1 − x)2
est donnée par :
(1 − x)2 + x · 2(1 − x) x + x2
B(x) = xA′ (x) = x · = .
(1 − x) 4 (1 − x)3
r
X r
X r
X
Maintenant, comme c0 = 0 = b0 , et cr = i2 = i2 = bi pour tout r ∈ N∗ , on déduit que
i=1 i=0 i=0
la fonction génératrice C(x) de la suite (cr )r est donnée par :

B(x) x + x2
C(x) = = .
1−x (1 − x)4
88 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES

Finalement, remarquons que :


+∞
X ! +∞
X ! +∞ !
x + x2 2 r +4−1 r r + 3 r+1 X r + 3 r+2
C(x) = = (x + x ) x = x + x
(1 − x)4 r=0
r
r=0
3
r=0
3
+∞
X ! +∞ ! +∞ " ! !#
r +2 r X r +1 r X r +1 r +2 r
= x + x = x+ + x .
3 3 3 3
r=1 r=2 r=2
! !
r +1 r +2
Puisque l’équation cr = + est aussi vraie pour r = 1, il s’ensuit que :
3 3
r
X ! !
2 r +1 r +2
i = cr = + pour tout r ∈ N∗
3 3
i=1

Exercice 4 K
r
X
Déterminer la fonction génératrice de la suite (cr )r≥0 définie par cr = i 2i pour tout
i=0
r
X
r ∈ N. En déduire que : i 2i = 2 + (r − 1)2r+1 .
i=0

Solution. Soient ai = 2i et bi = i2i pour tout i ∈ N. La fonction génératrice A(x) de la suite (ai )i
1
est donnée par A(x) = . Puisque bi = iai pour tout i ∈ N alors la fonction génératrice B(x)
1 − 2x
Xr
2x
de la suite (bi )i est donnée par B(x) = xA′ (x) = . Finalement, puisque c r = i 2i =
(1 − 2x)2
i=0
Xr
bi , alors la fonction génératrice C(x) de la suite (cr )r est donnée par :
i=0

B(x) 2x 2 4 2
C(x) = = = − + .
1−x (1 − 2x)2 (1 − x) 1 − x 1 − 2x (1 − 2x)2

X +∞
1 2
Puisque A(x) = = 2r xr , et A′ (x) = , alors
1 − 2x (1 − 2x)2
r=0

+∞ +∞
1 1 ′ 1 X r r−1 X
= A (x) = r 2 x = (r + 1)2r xr ,
(1 − 2x)2 2 2
r=1 r=0

ceci implique que :


+∞
X +∞
X +∞
X +∞
X +∞ 
X 
C(x) = 2 xr −4 2r xr +2 (r+1)2r xr = (2 − 4 · 2r + 2(r + 1)2r ) xr = 2 + (r − 1)2r+1 xr .
r=0 r=0 r=0 r=1 r=1

Puisque l’équation cr = 2 + (r − 1)2r+1 est aussi vraie pour r = 0, il s’ensuit que pour tout r ∈ N :
r
X
i 2i = cr = 2 + (r − 1)2r+1 .
i=0
2.10. EXERCICES 89

Exercice 5 K

Soit (an )n≥0 la suite définie par a0 = −1, a1 = 1 et pour n ≥ 2 :

an = 2an−1 + 3an−2 .

Donner la formule explicite de an .

Solution. Soit f (x) = a0 + a1 x + a2 x2 + · · · + an xn + · · ·, alors

−2xf (x) = −2a0 x − 2a1 x2 − · · · − 2an−1 xn − · · · et − 3x2 f (x) = −3a0 x2 − · · · − 3an−2 xn − · · ·

En additionnant les trois dernières équations, et en tenant compte que a0 = −1, a1 = 1 et an =


2an−1 + 3an−2 + 3n , on déduit que
  3x 6x − 1
1 − 2x − 3x2 f (x) = −1 + 3x + 32 x2 + · · · + 3n xn + · · · = −1 + = .
1 − 3x 1 − 3x
D’où
6x − 1 A B C
f (x) = = + + .
(1 + x)(1 − 3x)2 1 + x (1 − 3x)2 1 − 3x
7 3 21
Il n’est pas difficile de prouver que A = − , B = et C = − . En conclusion, on a :
16 4 16
7 3 21
f (x) = − + 2

16(1 + x) 4(1 − 3x) 16(1 − 3x)
+∞
X +∞
X ! +∞
X
7 n n 3 n+1 n 21
= − (−1) x + (3x) − (3x)n
16 4 1 16
n=0 n=0 n=0
+∞ "
X n+1 n
#
(4n − 3) · 3 − 7(−1)
= xn .
16
n=0

En conclusion, on a pour tout n ∈ N :

(4n − 3) · 3n+1 − 7(−1)n


an = .
16

Exercice 6 K

Soit (un )n≥0 la suite récurrente définie par u0 = 0, u1 = 1 et pour n ≥ 2 : un+1 = 5un − 6un−1 .
Montrer que, pour tout n ∈ N, on a : un = 3n − 2n .

Solution. Soit U(x) la fonction génératrice de (un )n≥0 . On a :

U(x) = u0 + u1 x + u2 x2 + u3 x3 + . . . = 0 + x + (5u1 − 6u0 )x2 + (5u2 − 6u1 )x3 + · · ·


= x + 5(u1 x2 + u2 x3 + · · · ) − 6(u0 x2 + u1 x3 + · · ·).
Or, u1 x2 + u2 x3 + · · · = xU(x) et u0 x2 + u1 x3 + · · · = x2 U(x). Donc, U(x) = x + 5xU(x) − 6x2 U(x) =
x −1 1 1
2
. Puisque 1−5x+6x2 = (1−2x)(1−3x), alors U(x) = + . Comme =
1 − 5x + 6x 1 − 2x 1 − 3x 1 − 2x
1
1 + 2x + (2x)2 + · · · et = 1 + 3x + (3x)2 + . . . , on obtient :
1 − 3x
   
U(x) = − 1 + 2x + (2x)2 + · · · + 1 + 3x + (3x)2 + · · · ,
et donc, pour tout n ∈ N on a : un = 3n − 2n .
90 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES

Exercice 7 K

Considérons un escalier à n marches. Combien de façons y a-t-il de monter cet escalier si,
à chaque pas, on monte soit 1 marche, soit 2 marches ?

Solution. Soit Sn le nombre de façons de monter un escalier à n marches, où, à chaque pas, on
monte soit 1 marche, soit 2 marches. Clairement, S1 = 1 et S2 = 2. Pour n ≥ 1, le nombre de
façons de monter un escalier à n + 2 marches est Sn+1 , si on monte la première marche seule et
Sn , si on monte les deux premières marches ensemble. On en déduit que l’on a : Sn+2 = Sn+1 +Sn .
Ceci implique que Sn est exactement le nombre de Fibonacci :
 √ !n+1 √ !n+1 
1  1 + 5 1− 5 
Fn+1 = √  −  .
5 2 2 

Exercice 8 K

Combien y a-t-il d’entiers à 3 chiffres tels que la somme de leurs chiffres soit égale à 11 ?

Solution. On note par x1 , x2 , x3 les chiffres des centaines, dizaines et unités respectivement,
alors :
x1 + x2 + x3 = 11, x1 ∈ J1, 9K, x2 ∈ J0, 9K, x3 ∈ J0, 9K. (1)
Le nombre recherché est égal au nombre de solutions de (1). Or le nombre S de solutions de
l’équation linéaire (1) est égal au coefficient de xn dans la fonction suivante :

f (x) = (x + x2 + · · · + x9 )(1 + x + · · · + x9 )2 = (1 + x + · · · + x9 )3 − (1 + x + · · · + x9 )2
(1 − x10 )3 (1 − x10 )2
= −
(1 − x)3 (1 − x)2
+∞ ! +∞ !
 X n+2 n  X n+1 n
10 20 30 10 20
= 1 − 3x + 3x − x x − 1 − 2x + x x .
2 1
n=0 n=0

D’où : " ! !# " ! !#


11 + 2 1+2 11 + 1 1+1
S = −3 − −2 = 61.
2 2 1 1
Ainsi, il y a 61 nombres entiers, à 3 chiffres, et tels que la somme de leurs chiffres soit égale à
11.

Exercice 9 K

Soit n un entier naturel inférieur ou égal à 12. Combien y a-t-il de façons de choisir n
beignets de trois saveurs différentes (fraise, vanille et chocolat) s’il doit y avoir au moins
deux beignets de chaque saveur et pas plus de quatre beignets au chocolat.

Solution. Utilisons une fonction génératrice pour résoudre ce problème. Cette fonction gé-
nératrice, notée G(x) est le produit de trois facteurs, chacun d’entre eux correspondant aux
contraintes sur le nombre de beignets d’un parfum donné.
Le facteur de la fonction génératrice correspondant au choix du nombre de beignets à la fraise
est la série formelle x2 + x3 + x4 + x5 + · · · . Celui pour le choix du nombre de beignets à la va-
nille est la série formelle x2 + x3 + x4 + · · · . Enfin celui correspondant au choix du nombre de
beignets au chocolat est le polynôme x2 + x3 + x4 car le nombre de beignets au chocolat doit
être compris entre 2 et 4. Multiplions ces trois facteurs pour obtenir G(x) qui est la fonction
2.10. EXERCICES 91

génératrice associée à notre problème :


   
G(x) = x2 + x3 + x4 + · · · x2 + x3 + x4 + · · · x2 + x3 + x4
 +∞ 2
X    1 1 − x3 1 − x3
6
= x  xk  1 + x + x2 = x6 · 2
· = x6 ·
(1 − x) 1−x (1 − x)3
k=0
+∞ ! +∞
 X 3+k −1 k  X (k + 2)(k + 1) k
6 3
= x 1−x x = x6 1 − x3 x .
k 2
k=0 k=0

Pour un nombre total de beignets égal à n, le nombre de choix possibles respectant les
contraintes de l’énoncé est le coefficient gn de xn dans G(x). Calculons ces coefficients gn pour
0 ≤ n ≤ 12.
  
G(x) = x6 1 − x3 1 + 3x + 6x2 + 10x3 + 15x4 + 21x5 + 28x6 + · · ·
= x6 + 3x7 + 6x8 + 9x9 + 12x10 + 15x11 + 18x12 + · · · .

Nous en déduisons le tableau suivant :

Nombres de beignets ≤5 6 7 8 9 10 11 12
Nombres de solutions 0 1 3 6 9 12 15 18

Exercice 10 K

Déterminer le nombre de façons de distribuer 10 bonbons identiques à 3 enfants de sorte


qu’aucun enfant ne reçoive plus de 4 bonbons.

Solution. Soit ar le nombre cherché. La fonction génératrice de la suite (ar )r est donnée par :
+∞ !
 3  3  X r +3−1 r
1 + x + · · · + x4 = 1 − x5 (1 − x)−3 = 1 − 3x5 + 3x10 − x15 x
r
r=0
+∞ !
 X r +2 r
5 10 15
= 1 − 3x + 3x − x x .
2
r=0

Par suite :
! ! ! ! !
10 + 2 10 − 5 + 2 10 − 10 + 2 12 7
a10 = −3 +3 = −3 + 3 = 6.
2 2 2 2 2

Exercice 11 K

Déterminer le nombre de façons de répartir 40 balles identiques dans 7 boîtes distinctes


si la boîte 1 doit contenir au moins 3 et au plus 10 balles.

Solution. Soit ar le nombre cherché. La fonction génératrice de la suite (ar )r est donnée par :
  6   6
x3 + x4 + · · · + x10 1 + x + x2 + · · · = x3 1 + x + · · · + x7 1 + x + x2 + · · ·
+∞ ! +∞ !
   X r +7−1 r  X r +6 r
= x3 1 − x8 (1 − x)−7 = x3 1 − x8 x = x3 1 − x8 x.
r 6
r=0 r=0
92 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES

Par suite :
! ! ! !
40 − 3 + 6 40 − 11 + 6 43 35
a40 = − = − = 6 096 454 − 1 623 160 = 4 473 294.
6 6 6 6

Exercice 12 K

Déterminer le nombre de façons de sélectionner 2n balles parmi n balles bleues identiques,


n balles rouges identiques et n balles blanches identiques, où n ∈ N∗ .

Solution. Soit ar le nombre cherché. La fonction génératrice de la suite (ar )r est donnée par :
+∞ !
   X r +3−1 r
n 3 n+1 3 −3 n+1 2n+2 3n+3
(1 + x + · · · + x ) = 1 − x (1 − x) = 1 − 3x + 3x −x x
r
r=0
+∞ !
 X r +2 r
= 1 − 3xn+1 + 3x2n+2 − x3n+3 x .
2
r=0

Par suite : ! ! ! !
2n + 2 2n − (n + 1) + 2 2n + 2 n+1
a2n = −3 = −3 .
2 2 2 2

Exercice 13 K

De combien de façons peut-on répartir 100 chaises identiques dans 4 salles différentes de
sorte que chaque salle ait 10, 20, 30, 40 ou 50 chaises ?

Solution. Le problème est équivalent à trouver le nombre de façons de répartir 10 chaises


identiques dans 4 salles différentes de sorte que chaque salle ait 1, 2, 3, 4 ou 5 chaises. Soit ar
le nombre cherché. La fonction génératrice de la suite (ar )r≥0 est donnée par :
 4  4  4
x + x2 + · · · + x5 = x4 1 + x + · · · + x4 = x4 1 − x5 (1 − x)−4
+∞ !
 X r +4−1 r
= x4 1 − 4x5 + 6x10 − 4x15 + x20 x
r
r=0
+∞ !
 X r +3 r
4 5 10 15 20
= x 1 − 4x + 6x − 4x + x x .
3
r=0

Par suite : ! ! ! !
10 − 4 + 3 10 − 9 + 3 9 4
a10 = −4 = −4 = 68.
3 3 3 3

Exercice 14 K

Déterminer la fonction génératrice de la suite (ar )r où ar est le nombre de solutions entières


de l’équation
x1 + 2x2 + 3x3 + 4x4 = r
avec xi ≥ 0 pour i = 1, 2, 3, 4.
2.10. EXERCICES 93

Solution. La fonction génératrice de la suite (ar )r est donnée par :


    
1 + x + x2 + · · · 1 + x2 + x4 + · · · 1 + x3 + x6 + · · · 1 + x4 + x8 + · · · =
h    i−1
= (1 − x) 1 − x2 1 − x3 1 − x4 .

Exercice 15 K

Pour r ∈ N∗ , soit ar le nombre de façons de sélectionner 4 entiers distincts parmi {1, 2, · · · , r}


de telle sorte qu’il n’y en ait pas deux consécutifs. Déterminer la valeur de ar .

Solution. On note que ar est égal aux nombres de façons d’arranger r − 4 nombres « 0 » et 4
nombres « 1 » de sorte que deux nombres « 1 » ne soient pas consécutifs, c’est égal alors au
nombre de solutions entières de l’équation :

x1 + x2 + x3 + x4 + x5 = r − 4

vérifiant x1 , x5 ≥ 0 et x2 , x3 , x4 ≥ 4. Soit br le nombre de solutions entières de l’équation

x1 + x2 + x3 + x4 + x5 = r − 4

vérifiant x1 , x5 ≥ 0 et x2 , x3 , x4 ≥ 1. La fonction génératrice de la suite (br )r est donnée par :


 3  2  5
x + x2 + x3 + · · · 1 + x + x2 + · · · = x3 1 + x + x2 + · · · = x3 (1 − x)−5 .

Puisque ar = br−4 , alors la fonction génératrice de la suite (ar )r est donnée par x7 (1 − x)−5 .
On a alors :
+∞
X ! +∞ ! +∞ ! +∞ !
7 −5 7 t + 5 − 1 t X t + 4 t+7 X r − 3 r X r − 3 r
x (1 − x) = x x = x = x = x .
t 4 4 4
t=0 t=0 r=7 r=0
!
r −3
Par conséquent, ar = .
4

Exercice 16 K
Pour r ∈ N, soit ar le nombre de solutions entières de l’équation x1 + x2 + x3 = r avec 3 ≤
x1 ≤ 9, 0 ≤ x2 ≤ 8 et 7 ≤ x3 ≤ 17. Déterminer a28 .

Solution. La fonction génératrice de (ar )r≥0 est donnée par :


   
x3 + x4 + · · · + x9 1 + x + · · · + x8 x7 + x8 + · · · + x17 =
       
x10 1 + x + · · · + x6 1 + x + · · · + x8 1 + x + · · · + x10 = x10 1 − x7 1 − x9 1 − x11 (1 − x)−3 .
Or, on a :
+∞ !
    X r +3−1 r
x10 1 − x7 1 − x9 (1 − x)−3 = x10 1 − x7 − x9 − x11 + x16 + x18 + x20 − x27 x
r
r=0
+∞ !
 X r +2 r
10 7 9 11 16 18 20 27
= x 1−x −x −x +x +x +x −x x .
2
r=0
! ! ! ! !
20 13 11 9 4
Par suite, a28 = − − − + + 1.
2 2 2 2 2
94 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES

Exercice 17 K

De combien de façons 3000 crayons identiques peuvent-ils être répartis, par paquets de
25, entre quatre groupes d’élèves de sorte que chaque groupe reçoive au moins 150, mais
pas plus de 1000, des crayons ?

Solution. Le problème est équivalent à déterminer le nombre de façons de répartir 3000


25 = 120
stylos parmi 4 groupes d’élèves de sorte que chaque groupe reçoive au moins 150 25 = 6, mais
1000
pas plus de 25 = 40 des stylos. Soit ar le nombre cherché. La fonction génératrice de la suite
(ar )r≥0 est donnée par :
 4  4  
x6 + x7 + · · · + x40 = x24 1 + x + · · · + x34 = x24 1 − x35 (1 − x)−4
+∞ !
 X r +4−1 r
24 35 70 105 140
= x 1 − 4x + 6x − 4x + x x
r
r=0
+∞ !
 X r +3 r
= x24 − 4x59 + 6x94 − 4x129 + x164 x .
3
r=0

Par suite :
! ! ! ! ! !
120 − 24 + 3 120 − 59 + 3 120 − 94 + 3 99 64 29
a120 = −4 +6 = −4 +6 .
3 3 3 3 3 3

Exercice 18 K
 6
Déterminer le coefficient de xk , k ≥ 18, dans l’expression x3 + x4 + x5 + · · · .

Solution. Remarquons que :


 6 h  i6  6
x3 + x4 + x5 + · · · = x3 1 + x + x2 + · · · = x18 1 + x + x2 + . . .
  +∞
X ! X+∞ !
18 1 6 18 6+r −1 r 18 r +5 r
=x =x x =x x .
1−x r 5
r=0 r=0
 6
Donc le coefficient de xk , k ≥ 18, dans l’expression x3 + x4 + x5 + · · · est le coefficient de
P r+5 r  
xk−18 dans 5 x , qui est k−18+5
5 = k−13
5 . En particulier, le coefficient de x30 dans
 6 
x3 + x4 + x5 + · · · est 17 5 = 6188.

Exercice 19 K
 3
Déterminer le coefficient de x20 , dans l’expression x3 + x4 + x5 + · · · .

Solution. On a :
+∞
X ! +∞
X !
 3 h  i3 k +3−1 k k+2 k
x3 + x4 + x5 + · · · = x3 1 + x + x2 + · · · = x9 (1 − x)−3 = x9 x = x9 x .
k 2
k=0 k=0
 
Donc, le coefficient de x20 dans l’expression x3 + x4 + x5 + · · · est égal au coefficient de x20−9 =
2.10. EXERCICES 95

+∞
X ! ! !
k+2 k 11 + 2 13
x11 dans x , qui est égal à = = 78.
2 2 2
k=0

Exercice 20 K
 4
Déterminer les coefficients de x9 et x14 dans l’expression 1 + x + x2 + x3 + x4 + x5 .

Solution. On a :
+∞ !
      X
k +4−1 k
2 5 4 6 4 −4 6 4
1 + x + x + ··· + x = 1 − x (1 − x) = 1 − x x
k
k=0
+∞ !
 X k +3 k
6 12 18 24
= 1 − 4x + 6x − 4x + x x .
3
k=0
! !
9+3 3+3
Donc, le coefficient de x9
dans l’expression (1 + x + x2 + · · · + x5 )4 est égal à −4 =
! ! 3 3
12 6
− 4 , et le coefficient de x14 dans l’expression (1 + x + x2 + · · · + x5 )4 est égal à :
3 3
! ! ! ! ! !
14 + 3 8+3 2+3 17 11 5
−4 +6 = −4 +6 .
3 3 3 3 3 3

Exercice 21 K

Déterminer la formule explicite de la suite (an )n≥0 définie par a0 = 1, a1 = 3, et pour tout
n ≥ 2 par :
1 an = 2an−1 + 3an−2 .
2 an = 2an−1 − 3an−2 .

Solution.
X +∞
1 1
1. La fonction génératrice de (an )n≥0 est donnée par g(x) = = (3x)n pour |x| < . Par
1 − 3x 3
n=0
conséquent, an = 3n pour tout n ∈ N.
1+x
2. La fonction génératrice de (an )n≥0 est donnée par g(x) = . Par conséquent, pour
1 − 2x + 3x2
tout n ≥ 0 : √ √
1−i 2  √ n 1 + i 2  √ n
an = · 1+i 2 + · 1−i 2 .
2 2

Exercice 22 K

On considère n droites dans le plan telles que deux quelconques d’entre elles ne sont
pas parallèles, et trois quelconques d’entre elles ne sont pas concourantes. En combien de
parties le plan est-il divisé par ces n droites ?

Solution. Supposons que les droites en question divisent le plan en xn parties. Alors on a x1 = 2,
et xn = xn−1 + n pour n ≥ 2. En effet, soient d1 , d2 , · · · , dn les droites en question. Les droites
d1 , d2 , · · · , dn−1 divisent le plan en xn−1 parties et ont n − 1 points d’intersection avec la droite
dn . Ces n − 1 points divisent la droite dn en n intervalles (deux d’entre eux ne sont pas bornés),
96 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES

et chacun de ces intervalles divise l’une des xn−1 parties du plan en deux nouvelles parties.
Maintenant, il est facile de conclure que :

n2 + n + 2
xn = 2 + 2 + 3 + 4 + · · · + n = .
2

Exercice 23 K

Déterminer le nombre de façons de colorier les n ∈ N∗ carrés d’un échiquier 1 × n en uti-


lisant les couleurs bleue, rouge et blanche, si chaque carré est coloré par une couleur et
qu’un nombre pair de carrés doivent être colorés en rouge.

Solution. Soit an le nombre cherché. La série génératrice exponentielle de la suite (an )n est
donnée par :
! +∞ n
X
x
x 2 e +e
−x e 3x + e x 3 +1 n
(e ) = = x .
2 2 2n!
n=0
3n + 1
Par conséquent, an = .
2

Exercice 24 K
Déterminer le nombre de suites à 4 nombres à n chiffres contenant un nombre impair de
0, un nombre pair de 1 et au moins un 3.

Solution. Soit an le nombre cherché. La série génératrice exponentielle de la suite (an )n est
donnée par :
! ! +∞
e x + e −x e x − e −x x x e 4x − e 3x − 1 + e −x 1 X 4n − 3n + (−1)n n
e (e − 1) = = − + x .
2 2 4 4 4n!
n=0

4n − 3n + (−1)n
Par conséquent, an = .
4

Exercice 25 K

Déterminer le nombre de mots de longueur n ∈ N∗ formés par les lettres : a, s, i, l, m, o dans


lesquels le nombre total de a et de s est :
1 pair,
2 impair.

Solution.
1. Soit an le nombre cherché. Alors, soit le nombre des a et des s sont tous les deux pairs, soit
ils sont tous les deux impairs. Par conséquent, la série génératrice exponentielle de la suite
(an )n est donnée par :
 ! !  +∞ n
x −x 2 e x − e −x 2  e 6x + e 2x X 6 + 2n n
x 4 e + e 
(e )   =
 = x .
2 2 2 2n!
n=0

6n + 2n
Par suite, an = .
2
2. Soit an le nombre cherché. Alors, soit le nombre de a est pair et le nombre de s est impair,
soit le nombre de a est impair et le nombre de s est pair. Par conséquent, la série génératrice
2.10. EXERCICES 97

exponentielle de la suite (an )n est donnée par :


! ! +∞
x 4 e x + e −x e x − e −x e 6x − e 2x X 6n − 2n n
2 (e ) = = x .
2 2 2 2n!
n=0

6n − 2n
Par suite, an = .
2

Exercice 26 K

Déterminer le nombre de façons de distribuer r ∈ N objets distincts dans 5 boîtes distinctes


de telle sorte que chacune des boîtes 1, 3 et 5 doit contenir un nombre impair d’objets
tandis que chacune des boîtes restantes doit contenir un nombre pair d’objets.

Solution. Soit ar le nombre cherché. La série génératrice exponentielle de la suite (ar )r est
donnée par :
!3 !2
e x − e −x e x + e −x e 5x − e 3x − 2e x + 2e −x + e −3x − e −5x
=
2 2 32
+∞
X 5r − 3r − 2 + 2(−1)r + (−3)r − (−5)r
= xr .
32r!
r=0

5r − 3r − 2 + 2(−1)r + (−3)r − (−5)r


Par conséquent, ar = .
32

2.10.2 Niveau intermédiaire

Exercice 1 KK
Montrer que pour tout n ∈ N∗ on a :
n
X ! ! !
2n + 1 2k 2n−2k+1 4n + 2
2 = .
2k k 2n + 1
k=0

4n+2
X !
4n + 2 k
Solution. D’une part, dans l’équation (1+x)4n+2 = x , le coefficient de x2n+1 est égal
k
k=0
4n+2
à 2n+1 . D’autre part, dans l’équation
!
2n+1
X
h i2n+12n + 1
4n+2 2
(1 + x) = (1 + x ) + 2x = (2x)2n+1−k (1 + x2 )k
k
k=0
 k ! 
X 2n + 1!
2n+1 X k 
2n+1−k 2n+1−k 

= 2 x  x2i  ,
k i
k=0 i=0

n
X ! !
2n + 1 2n+1−2i 2i
le coefficient de x2n+1 est égal à 2 . Donc,
2i i
i=0

n
X ! ! !
2n + 1 2i 2n−2i+1 4n + 2
2 = .
2i i 2n + 1
i=0
98 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES

Exercice 2 KK

Combien de façons y a-t-il de régler un montant de 21 centimes d’euros, si nous disposons


de six pièces de 1 centime, de cinq pièces de 2 centimes et de quatre pièces de 5 centimes ?

Solution. Le nombre cherché est égal au nombre de solutions de l’équation i1 + i2 + i3 = 21,


avec i1 ∈ {0, 1, 2, 3, 4, 5, 6}, i2 ∈ {0, 2, 4, 6, 8, 10} et i3 ∈ {0, 5, 10, 15, 20}, (i1 est le total payé avec des
pièces de 1 centime, i2 est le total payé avec des pièces de 2 centimes et i3 est le total payé avec
des pièces de 5 centimes). Le nombre de solutions de cette équation est égal au coefficient de
x21 dans le développement du produit :
   
1 + x + x2 + x3 + · · · + x6 1 + x2 + x4 + x6 + x8 + x10 1 + x5 + x10 + x15 + x20 .

En effet, un terme en x21 est obtenu en prenant un terme xi1 dans la première parenthèse, un
terme xi2 dans la deuxième parenthèse et un terme xi3 dans la troisième parenthèse, de façon à
avoir i1 + i2 + i3 = 21. Chaque choix possible pour i1 , i2 et i3 augmente d’une unité le coefficient
de x21 dans le produit. Le coefficient de x21 est 9. Les 9 façons possibles de régler un montant
de 21 centimes sont les suivantes :

21 = 5 + 5 + 5 + 5 + 1 = 5 + 5 + 5 + 2 + 2 = 5 + 5 + 5 + 2 + 2 + 1 + 1
= 5+5+5+2+1+1+1+1 = 5+5+5+1+1+1+1+1+1 = 5+5+2+2+2+2+2+1
= 5+5+2+2+2+2+1+1+1 = 5+5+2+2+2+1+1+1+1+1
= 5 + 2 + 2 + 2 + 2 + 2 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1.

Exercice 3 KK
De combien de façons différentes peut-on échanger la somme de n euros contre des pièces
de 1 et 2 euros ?

Solution. Supposons qu’il y a an façons différentes, alors


X
an = 1 avec (t1 , t2 ) ∈ N × N.
t1 +2t2 =n

La fonction génératrice de an est donnée par


 
+∞
X +∞  X
X  X+∞ X +∞
  n
f (x) = n
an x = 
 1  x = xt1 +2t2

n=0 n=0 t1 +2t2 =n t1 =0 t2 =0
  
+∞
 X +∞
  X 
   1 1
=  xt1   x2t2  = ·
   1 − x 1 − x2
t1 =0 t2 =0
1 A B C
= 2
= 2
+ + .
(1 + x)(1 − x) (1 − x) 1−x 1+x

1 1 1
Il n’est pas difficile de voir que A = , B = et C = . Par suite
2 4 4
+∞
X 1 1 1
f (x) = an x n = + +
2(1 − x)2 4(1 − x) 4(1 + x)
n=0
+∞ ! +∞ +∞ +∞
1 X n+1 n 1 X n 1 X 1X
= x + x + (−1)n xn = [2n + 3 + (−1)n ] xn .
2 1 4 4 4
n=0 n=0 n=0 n=0
2.10. EXERCICES 99

En conclusion, le nombre de façons différentes pour échanger la somme de n euros contre des
pièces de 1 et 2 euros est égal à :

2n + 3 + (−1)n
an = .
4

Exercice 4 KK

Considérons tous les quadruplets (a, b, c, d) d’entiers strictement positifs tels que a + b + c +
d = 31. Soient P l’ensemble des produits des éléments de ces quadruplets, et S la somme
des éléments de P. Montrer que S est divisible par 31.

Solution. Soit Q(x) = x + 2x2 + 3x3 + · · · . Pour obtenir un terme avec le coefficient 31 dans Q(x)4
on doit choisir 4 termes axa , bxb , cxc , dxd de Q(x) tels que a + b + c + d = 31 et les multiplier.
Ceci veut dire qu’ils apportent exactement la valeur abcd au coefficient de x31 . Or, il n’est pas
x 4 x4
difficile de voir que Q(x) = (1−x) 2 , et par suite Q(x) = (1−x)8 . Il n’est pas difficile, non plus, de

voir que cette dernière expression est la fonction génératrice de n+3 7 . Par suite
!
34 34 × 33 × 32 × 31 × 30 × 29 × 28 31 × 874 621 440
S = = = = 31 × 173 536.
7 7! 5040

En conclusion, S est divisible par 31.

Exercice 5 KK

Peut-on partitionner l’ensemble des entiers naturels en une infinité de sous-ensembles


infinis de sorte que chaque sous-ensemble soit obtenu à partir d’un autre en ajoutant le
même entier à chaque élément du premier ensemble ?

Solution. C’est possible ! considérons tout d’abord les deux sous-ensembles A et B des entiers
naturels définis comme suit. A est l’ensemble des nombres ayant des zéros aux positions paires
(en partant de la droite). B est l’ensemble des nombres ayant des zéros aux positions impaires
(idem). Chaque nombre entier est alors représenté de manière unique sous la forme n = a +
b, a ∈ A, b ∈ B. On fait alors la partition des entiers naturels N = A1 ∪ A2 ∪ A3 ∪ · · · comme suit :
A1 = A, et chaque Ak est obtenu à partir de A en ajoutant à chacun de ses éléments le k-ème
élément bk de B.

Exercice 6 KK

Déterminer la forme explicite de la suite (an )n≥0 définie par a0 = 0, a1 = 1 et pour n ≥ 2 :


n
X !
n
an = −2nan−1 + a a .
k k n−k
k=0


1 + 2x − 1 + 4x2
Solution. La fonction génératrice de la suite (an )n≥0 est donnée par g(x) = . Il
2
s’ensuit que a0 = 1, a2n+1 = 0 pour tout n ∈ N et :
!
n (2n)! 2n − 2
a2n = (−1) · · pour tout n ≥ 1.
n n−1
100 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES

Exercice 7 KK

Déterminer le nombre de suites d’entiers naturels (a1 , a2 , · · · , an ) telles que :

a1 ≤ 1, a1 + a2 ≤ 2, · · · , a1 + a2 + · · · + an−1 ≤ n − 1 et a1 + a2 + · · · + an = n.

!
1 2n
Solution. La réponse est le nombre de Catalan : .
n+1 n

Exercice 8 KK

De combien de façons un tableau 2 × n peut-il être rempli par les nombres 1, 2, · · · , 2n de


telle sorte que les nombres de n’importe quelle ligne, en regardant de gauche à droite,
forment une suite strictement croissante, et les nombres de n’importe quelle colonne, de
haut en bas, forment un suite strictement croissante ?

!
1 2n
Solution. La réponse est le nombre de Catalan : .
n+1 n

Exercice 9 KK

Montrer que le nombre de partitions d’un entier n ∈ N∗ en parties distinctes est égal au
nombre de partitions de n en parties impaires.

Solution. Soient S1 l’ensemble des partitions de n ∈ N∗ en parties impaires, et S2 l’ensemble des


partitions de n ∈ N∗ en parties distinctes. Soit α ∈ S1 la partition donnée par n = α1 + α1 + · · · +
s
X
α2 + α2 + · · · = kj αj où α1 , α2 , . . . , αs sont des entiers impairs distincts. Soit
j=1

kj = 2cj1 + 2cj2 + · · · , cj1 > cj2 > . . . , j ∈ {1, 2, · · · , s},

l’écriture en base 2 de k1 , k2 , . . . , ks . Soit f (α) la partition de n donnée par n = 2c11 α1 + 2c12 α1 +


· · · + 2c21 α2 + 2c22 α2 + · · · . Les parties de cette partition, i.e., 2c11 α1 , 2c12 α2 , . . . , 2c21 α2 , 2c22 α2 , · · · ,
sont des entiers strictement positifs distincts. Donc, f (α) ∈ S2 . Il est évident que la fonction
f : S1 −→ S2 est une injection. On se propose de montrer que f est surjective. Soit

n = n1 + n2 + · · · + nr , n1 > n2 > · · · > nr , (1)

une partition de n. Les parties de cette partition peuvent être représentées sous la forme
n1 = 2c1 α1 , n2 = 2c2 α2 , · · · , nr = 2cr αr , où α1 , α2 , · · · , αr sont des entiers impairs. Pour tout
j ∈ {1, 2, · · · , r}, remplaçons nj = 2cj αj dans la relation (1) par la somme de 2cj termes cha-
cun d’eux égal à αj . On obtient ainsi une partition α de n ∈ N∗ avec des parties impaires de
sorte que f (α) soit donné par (1). Ainsi, f est bijective et |S1 | = |S2 |.

Exercice 10 KK

Soient {A1 , A2 , · · · , An } et {B1 , B2 , · · · , Bn } deux partitions de l’ensemble X de sorte que : si


Ai ∩ Aj = ∅, pour certains i, j ∈ {1, 2, · · · , n}, alors |Ai ∪ Aj | ≥ n.
n2
1 Montrer que |X| ≥ .
2
2.10. EXERCICES 101

n2
2 Est-il possible d’avoir |X| = ?
2

Solution.
1. Posons m = min{|A1 |, |A2 |, · · · , |An |, |B1 |, |B2 |, . . . , |Bn |} et supposons, par exemple, que |A1 | = m.
Puisque les ensembles B1 , B2 , . . . , Bn sont deux à deux disjoints, il s’ensuit qu’au plus m de ces
ensembles ont une intersection non vide avec l’ensemble A1 . Supposons, par exemple, que :

A1 ∩ Bj , ∅ pour chaque j ∈ {1, 2, · · · , k}, A1 ∩ Bj = ∅ pour chaque j ∈ {k + 1, k + 2, · · · , n}

avec k ≤ m. Alors, |Bj | ≥ m pour tout j ∈ {1, 2, · · · , k}, et |Bj | ≥ n−m pour tout j ∈ {k +1, k +2, · · · , n}.
n
⋄ Si m < , alors en utilisant l’inégalité k ≤ m, on obtient :
2
n
X
|X| = |Bk | ≥ km + (n − k)(n − m) = n(n − m) − k(n − 2m)
k=1
n2 (n − 2m)2 n2
≥ n(n − m) − m(n − 2m) = + ≥ .
2 2 2
X n
n n2
⋄ Si m ≥ , alors |X| = |Bk | ≥ nm ≥ .
2 2
k=1
2. On peut avoir égalité comme on le voit avec l’exemple suivant. Soit n ∈ N∗ un entier pair,
et soient A1 , A2 , · · · , An des ensembles deux à deux disjoints tels que |Ai | = n/2 pour tout i.
En posant X = A1 ∪ A2 ∪ · · · ∪ An , et Bj = Aj pour tout j ∈ {1, 2, . . . , n}, alors les conditions de
l’exercice sont toutes vérifiées, et on a |X| = n2 /2.

Exercice 11 KK
Soit A1 A2 · · · An un polygone convexe tel qu’il n’y a pas trois diagonales qui se croisent au
même point. En combien de segments toutes les diagonales sont-elles divisées par leurs
points d’intersection ?

Solution. Pour tout k ∈ J3, n − 1K, la diagonale A1 Ak admet (k − 2)(n − k) points d’intersection
avec les autres diagonales. Ces points divisent la diagonale A1 Ak en (k − 2)(n − k) + 1 parties.
Le nombre total de segments ainsi obtenus est égal à :
n−1
n X n(n − 3)(n2 − 3n + 8)
· [(k − 2)(n − k) + 1] = .
2 12
k=3

Exercice 12 KK
Soit A1 A2 · · · An un polygone convexe tel qu’il n’y a pas trois diagonales qui se croisent au
même point. En combien de parties le polygone est-il divisé par ses diagonales ?

n(n − 3)
Solution. Le nombre de diagonales du polygone convexe A1 A2 · · · An est égal à . Soit S
2
l’ensemble des points d’intersection des diagonales du polygone. Il y a une bijection entre S

et l’ensemble des 4-combinaisons des sommets du polygone A1 A2 · · · An . Donc |S| = n4 . Dessi-
nons toutes les diagonales l’une après l’autre. Supposons que certaines diagonales soient déjà
dessinées, et nous dessinons une nouvelle diagonale d. Si la diagonale d a k ≥ 0 points d’inter-
section avec les diagonales précédemment dessinées, alors on obtient k + 1 nouvelles parties
102 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES
!
n(n − 3) n
du n-gone A1 A2 · · ·An . Il s’ensuit que le polygone est divisé en 1 + + parties.
2 4

Exercice 13 KK

Pour r ∈ N, et m, t ∈ N∗ , soit ar le nombre des sous-ensembles à m-éléments {n1 , n2 , · · · , nm }


de l’ensemble {1, 2, · · · , r} avec n1 < n2 < · · · < nm et ni+1 − ni ≥ t pour tout i = 1, 2, · · · , m − 1.
Montrer que : !
r − (m − 1)(t − 1)
ar = .
m

Solution. Soit ar le nombre de façons d’arranger r − m nombres 0 et m nombres 1 tels qu’il y a


t − 1 chiffres 0 entre deux chiffres 1 quelconques. C’est égal au nombre de solutions entières de
l’équation :
x1 + x2 + · · · + xm+1 = r − m
vérifiant x1 , xm+1 ≥ 0 et x2 , x3 , · · · , xm ≥ t − 1. Pour tout r ∈ N, soit br le nombre de solutions
entières de l’équation
x1 + x2 + · · · + xm+1 = r
vérifiant x1 , xm+1 ≥ 0 et x2 , x3 , · · · , xm ≥ t − 1. La fonction génératrice de la suite (br )r est :
 m−1  2  m+1
xt−1 + xt + xt+1 + · · · 1 + x + x2 + · · · = x(t−1)(m−1) 1 + x + x2 + · · ·
= x(t−1)(m−1)(1 − x)−(m+1) .

Puisque ar = br−m , alors la fonction génératrice de la suite (ar )r est donnée par :

x(t−1)(m−1)+m (1 − x)−(m+1) = xt(m−1)+1 (1 − x)−(m+1) .

Or, on a :
+∞
X ! +∞
X !
r +m+1−1 r r + m r+t(m−1)+1
xt(m−1)+1 (1 − x)−(m+1) = xt(m−1)+1 x = x
r m
r=0 r=0
+∞
X ! +∞
X !
r − t(m − 1) − 1 + m r r − (m − 1)(t − 1) r
= x = x .
m m
r=t(m−1)+1 r=0
!
r − (m − 1)(t − 1)
Par conséquent, ar = .
m

Exercice 14 KK

Pour r ∈ N, soit ar le nombre de solutions entières de x1 +x2 +x3 +x4 ≤ r avec 3 ≤ x1 ≤ 9, 1 ≤


x2 ≤ 10, x3 ≥ 2 et x4 ≥ 0. Déterminer la valeur de a20 .

Solution. Le nombre cherché est égal au nombre de solutions entières de l’équation

x1 + x2 + x3 + x4 + x5 = r

avec 3 ≤ x1 ≤ 9, 1 ≤ x2 ≤ 10, x3 ≥ 2 et x4 , x5 ≥ 0. Donc, la fonction génératrice de la suite (ar )r


2.10. EXERCICES 103

est donnée par :


   
x3 + x4 + · · · + x9 x + · · · + x10 x2 + x3 + · · · (1 + x + . . . )2 =
  
x6 (1 + x + · · · + x6 )(1 + x + · · · + x9 )(1 + x + x2 + · · ·)3 = x6 1 − x7 1 − x10 (1 − x)−5 .

Or, on a :
+∞ !
    X r +5−1 r
x6 1 − x7 1 − x10 (1 − x)−5 = x6 − x13 − x16 + x23 x
r
r=0
+∞ !
 X r +4 r
6 13 16 23
= x −x −x +x x .
4
r=0
! ! ! ! ! !
20 − 6 + 4 20 − 13 + 4 20 − 16 + 4 18 11 8
Par conséquent, a20 = − − = − − .
4 4 4 4 4 4

Exercice 15 KK

Pour n ∈ N∗ , montrer que le nombre de partitions de n en parties où aucune partie paire


n’apparaît plus d’une fois est égal au nombre de partitions de n dans lesquelles des parties
de toute taille apparaissent au plus trois fois.

Solution. Soient an (resp. bn ) le nombre de partitions de n en parties où aucune paire n’apparaît


plus d’une fois (resp. nombre de partitions de n dans lesquelles des parties de toute taille
apparaissent au plus trois fois). Les fonctions génératrices A(x) (resp. B(x)) de (an )n (resp.
(bn )n ) sont données par :
+∞ 
Y   +∞ 
Y  −1
A(x) = 1 + x2k−1 + x2(2k−1) + · · · 1 + x2k = 1 + x2k 1 − x2k−1 ,
k=1 k=1
+∞ 
Y  +∞ 
Y 
B(x) = 1 + xn + x2n + x3n = 1 − x4n (1 − xn )−1 .
n=1 n=1

Or, on a :
+∞ 
Y  1 − x4 1 − x8 1 − x12 1 − x16
B(x) = 1 − x4n (1 − xn )−1 = · · · ···
1 − x 1 − x2 1 − x3 1 − x4
n=1
(1 + x2 )(1 − x2 ) (1 + x4 )(1 − x4 ) (1 + x6 )(1 − x6 )
= · · ···
1−x 1 − x2 1 − x3
+∞ 
Y
1 + x2 1 + x4 1 + x6 1 + x8  −1
= · 3
· 5
· 7
· · · = 1 − x2k 1 − x2k−1 = A(x).
1−x 1−x 1−x 1−x
k=1

Par conséquent, an = bn pour tout n ∈ N∗ .

Exercice 16 KK

De combien de façons peut-on diviser l’ensemble {1, 2, · · · , n} en trois sous-ensembles,


deux à deux disjoints, de sorte qu’aucun d’entre eux ne contienne une paire de nombres
consécutifs ?
104 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES

Solution. Supposons que le premier ensemble est celui contenant l’élément 1. Alors, le nombre
2 doit être dans un autre ensemble, appelons-le le deuxième ensemble. Le nombre 3 ne peut
pas être dans le deuxième ensemble, il doit donc être dans le premier ou le troisième ensemble
(il a 2 options). De la même manière, une fois que 3 a été placé, 4 a deux options, et ainsi de
suite. Notons que lorsque nous faisons ce comptage, nous considérons le cas où un ensemble
a tous les éléments impairs, un autre ensemble a tous les éléments pairs et le dernier est vide.
Puisque c’est le seul cas que nous devons éliminer, il y a en tout 2n−2 − 1 partitions.

Exercice 17 KK
L’ensemble des entiers naturels est partitionné en m progressions arithmétiques infinies et
non constantes, de raisons d1 , d2 , · · · , dm . Montrer que :

1 1 1
+ + ··· + = 1.
d1 d2 dm

P
Solution. Soit f (x) = n≥1 xn la fonction génératrice des entiers naturels. Soit ai le premier
terme de la progression arithmétique de raison di , alors par hypothèses on a :
m 
X 
f (x) = xai + xai +di + xai +2di + · · · .
i=1

m
X x ai
x
Donc, = . En multipliant les deux membres de cette dernière égalité par 1 − x
1−x 1 − x di
i=1
on obtient :
Xm
x ai
x = .
i=1
1 + x + x2 + · · · + xdi −1
m
X 1
En prenant x = 1 dans la relation ci-dessus on conclut que : 1 = .
di
i=1

2.10.3 Niveau avancé

Exercice 1 KKK

Soit S = {1, 2, · · · , n} avec n ∈ N∗ . Déterminer le nombre de façons pour colorier, en vert ou


en rouge, des éléments de S de sorte qu’il n’y a pas deux entiers consécutifs peints avec la
même couleur.

Solution. On dit qu’un coloriage de S est « bon » s’il vérifie les conditions de l’exercice. Soient
cn le nombre de coloriages bons avec n non peint ; an le nombre de coloriages bons avec n est
vert ; et bn le nombre de coloriage bons avec n rouge. Notons que si n n’est pas colorié, les
autres n − 1 nombres ne doivent pas vérifier des conditions supplémentaires, d’où
cn = an−1 + bn−1 + cn−1 .
Si n est vert, alors n − 1 ne peut pas être vert, d’où an = cn−1 + bn−1 . On peut dire la même
chose pour bn , mais notons que toute coloration de an après avoir échanger les couleurs est
une coloration de bn et vice versa, d’où an = bn . Par suite :
cn = 2an−1 + cn−1 et an = an−1 + cn−1 .
On peut considérer que a0 = 0 et c0 = 1 de sorte que la relation de récurrence soit aussi vraie
pour n = 1.
2.10. EXERCICES 105

Si x 7−→ C(x) et x 7−→ A(x) sont les fonctions génératrices de ces suites, on a alors :

C(x) = x [2A(x) + C(x)] + 1 et A(x) = x [A(x) + C(x)] .

La résolution de ces équations donne :

x−1 −x
C(x) = et A(x) = .
x2 + 2x − 1 x2 + 2x − 1
√ √
Les racines du polynôme x2 + 2x − 1 sont α = −1 + 2 et β = −1 − 2. D’où
√   √ ! !
1− 2 1 1+ 2 1 1 1 1
C(x) = + = + .
2 x−α 2 x−β 2 1 + βx 1 + αx

Ainsi : √ n  √ n
2+1 + 1− 2
cn = .
2
De même, on trouve que :
√  √ n √  √ n
2 1+ 2 − 2 1− 2
an = .
4
Le nombre recherché est clairement égal à cn + 2an , il s’agit donc de :
√ n+1  √ n+1
2+1 + 1− 2
.
2

Exercice 2 KKK

Soient n et r deux entiers (1 ≤ r ≤ n). On forme tous les sous-ensembles à r éléments de


l’ensemble {1, 2, · · · , n} et on considère pour chacun de ces sous-ensembles son plus petit
élément. On appelle f (n, r) la moyenne arithmétique de tous les nombres ainsi obtenus.
n+1
Montrer que f (n, r) = . (OIM, 1981)
r +1


Solution. L’entier 1 est clairement le plus petit élément de n−1r−1 sous-ensembles de {1, 2, · · · , n} à
n−i 
r éléments et de façon générale i est le plus petit élément de r−1 sous-ensembles de {1, 2, · · · , n}
à r éléments : un tel ensemble est donné par r − 1 éléments distincts de {i + 1, i + 2, · · · , n}. On
en déduit que :
n−r+1 !
1 X n−i
f (n, r) = n · i .
r r −1
i=1
n−r+1
X ! !
n−i n+1
Il suffit donc de prouver que i = pour conclure. On utilise pour cela les
r −1 r +1
i=1
fonctions génératrices. Pour tout x ∈ C avec |x| < 1 on sait que :

X !
1 n−1+i i
= x.
(1 − x)n n−1
i=0
106 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES

1 1 1
Donc, pour |x| < 1, l’égalité évidente · = s’écrit sous la forme :
(1 − x)2 (1 − x)r (1 − x)r+2

X ∞
X ! ∞
X !
i r −1+i i r +1+i i
(i + 1)x · x = x.
r −1 r +1
i=0 i=0 i=0

En identifiant les coefficients de xn−r dans les 2 membres de l’égalité ci-dessus on déduit que :
n−r+1
X ! !
n−i n+1
i = .
r −1 r +1
i=1

Exercice 3 KKK
Il y a n emplacements de parking dans une rue à sens unique. Une par une, n voitures
numérotées de 1 à n entrent dans la rue. Chaque conducteur i va jusqu’à sa place préférée
ai , et, si elle est libre, l’occupe, sinon va à la première place libre suivante et l’occupe.
Si toutes les places suivantes sont occupées, il part pour de bon. Combien de suites ai
possèdent-elles la propriété que chaque conducteur peut se garer ? (Russie)

Solution. La réponse est (n +1)n−1 . Ajoutons une (n +1)-ème place de parking et prolongeons la
rue en un circuit qui va de cette (n + 1)-ème place à la première. On a en tout (n + 1)n suites ai
puisque chaque conducteur a n + 1 choix. Il restera après coup exactement une place libre. La
suite sera considérée comme bonne si la place (n + 1) est la place vide. Partitionnons les suites
ai en (n + 1)n−1 groupes de (n + 1) suites chacun : chaque groupe contient tous les décalages
cycliques d’une même suite. Donc chaque groupe contient tous les décalages cycliques d’une
même suite. Donc chaque groupe contient exactement une suite valide.

Exercice 4 KKK
$ %
n(n + 1)
Soient n > 3 un entier, kn = , et Xn un ensemble composé de kn éléments bleus,
6
n(n + 1)
kn éléments rouges et − 2kn éléments verts.
2
Montrer qu’il existe une partition {A1 , A2 , · · · , An } de l’ensemble Xn , telle que :
(a) |Aj | = j pour tout j ∈ {1, 2, · · · , n},
(b) chacun des ensembles A1 , A2 , · · · , An est composé d’éléments de la même couleur.

Solution. On utilise la notation Abj , Arj et Avj pour désigner un bloc d’une partition de l’en-
semble X avec |Aj | = j et tous les éléments de Aj sont bleus, rouges, ou verts respectivement.
On donne, pour tout n ∈ {4, 5, 6, 7, 8, 9} une partition de l’ensemble Xn vérifiant les conditions
(a) et (b) ci-dessus.
n = 4, kn = 3 : Ab1 , Ab2 , Ar3 , Av4 ;
n = 5, kn = 5 : Ab1 , Ar2 , Ar3 , Ab4 , Av5 ;
n = 6, kn = 7 : Ab1 , Ar2 , Av3 , Av4 , Ar5 , Ab6 ;
n = 7, kn = 9 : Av1 , Ab2 , Ar3 , Av4 , Av5 , Ar6 , Ab7 ;
n = 8, kn = 12 : Av1 , Av2 , Av3 , Ab4 , Ar5 , Av6 , Ar7 , Ab8 ;
n = 9, kn = 15 : Ab1 , Ab2 , Ab3 , Ab4 , Ab5 , Ar6 , Av7 , Av8 , Ar9 .
On montre par récurrence que le résultat est vrai pour tout n ≥ 4. On suppose que n ≥ 10,
et que le résultat est vrai pour tous les entiers 4, 5, · · · , n − 1. En particulier, le résultat est vrai
2.10. EXERCICES 107

pour n − 6. Notons que :

n(n + 1) (n − 6)(n − 5)
|Xn | − |Xn−6| = − = 6n − 15 = 3(2n − 5),
2 2
kn − kn−6 = 2n − 5.

Soit {A1 , A2 , · · · , An−6 } une partition de l’ensemble Xn−6 vérifiant les conditions (a) et (b), il est
facile de voir que :

{A1 , A2 , · · · , An−6 , Abn−5 , Arn−4 , Avn−3 , Avn−2 , Arn−1 , Abn }

est une partition de l’ensemble Xn qui vérifie aussi les conditions (a) et (b).

Exercice 5 KKK

À une conférence internationale il y a exactement 50 participants qui parlent anglais, exac-


tement 50 participants qui parlent français et exactement 50 participants qui parlent es-
pagnol. Certains de ces participants peuvent parler plus d’une des trois langues. Montrer
qu’il existe une partition des participants en 5 groupes, de sorte qu’il y ait exactement
10 participants anglophones, exactement 10 participants francophones et exactement 10
participants hispanophones dans chacun de ces groupes.

Solution. Soit SE l’ensemble des participants qui ne parlent que l’anglais, SEF l’ensemble des
participants qui parlent anglais et français et ne parlent pas espagnol, et SEFS l’ensemble des
participants qui parlent les trois langues. On définit, de même, les ensembles SF , SS , SES et
SFS . On a le lemme suivant :
« Quelques participants peuvent être choisis, de sorte qu’exactement deux d’entre eux parlent
anglais, exactement deux d’entre eux parlent français et exactement deux d’entre eux parlent
espagnol. Certains des participants choisis peuvent parler plus d’une langue ».
⋄ Cas 1. Si chacun des ensembles SEF , SES et SFS est non vide, alors on choisit un élément de
chacun d’eux, et on forme un ensemble à 3 éléments de cette façon.
⋄ Cas 2. Si, par exemple, SEF = ∅, et SES , ∅, SFS , ∅, alors on choisit un élément de chacun
des ensembles SE , SF , SES et SFS .
⋄ Cas 3. Supposons, par exemple, que SEF = SES = ∅ et SFS , ∅. Si SEFS , ∅, alors on choisit
un élément de chacun des ensembles SEFS , SFS et SE . Si SEFS = ∅ et |SFS | ≥ 2, alors on choisit
deux éléments de chacun des ensembles SFS et SE . Si SEFS = ∅ et |SFS | = 1, alors on choisit
deux éléments de SE , et un élément de chacun des ensembles SFS et SF , SS .
⋄ Cas 4. Supposons que SEF = SES = SFS = ∅. Si |SEFS | ≥ 2, alors on choisit deux éléments de
l’ensemble SEFS . Si |SEFS | = 1, alors on choisit un élément de chacun des ensembles SEFS , SE , SF
et SS . Si |SEFS | = 0, alors on choisit deux éléments de chacun des ensembles SE , SF et SS . Il est
facile de voir que de tels choix sont possibles.
En procédant de la même manière, on peut former cinq sous-ensembles disjoints Ai ⊂ X, i ∈
{1, 2, 3, 4, 5}, où X est l’ensemble de tous les participants, de sorte que chaque Ai contienne
exactement deux participants anglophones, exactement deux francophones et exactement
deux hispanophones. La réunion A1 ∪ A2 ∪ A3 ∪ A4 ∪ A5 vérifie les conditions de l’exercice.

Exercice 6 KKK

Pour n ∈ N∗ , déterminer le nombre de polynômes P, à coefficients dans {0, 1, 2, 3}, tels que
P(2) = n. (Russie)

Solution. Tout d’abord supposons que nous Xnous limitons aux polynômes de degré ≤ d, alors la
série génératrice est donnée par f d (x) = xP(2) où la somme est prise sur tout les polynômes
P
108 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES

P(X) = c0 + c1 X + · · · + cd X d avec ck ∈ {0, 1, 2, 3} pour tout k. Cette somme est un produit de d + 1


facteurs :
X 3 X 3 X3 d 
Y 
c0 +2c1 +···+2d cd k k k
f d (x) = ··· x = 1 + x2 + x2·2 + x3·2 .
c0 =0 c1 =0 cd =0 k=0

1 − a4
Puisque = 1 + a + a2 + a3 , alors on obtient :
1−a
 d+1
 d+2

d
Y 1 − x2
k+2
1 − x2 1 − x2
f d (x) = = .
k
1 − x2 (1 − x) (1 − x2 )
k=0

Lorsque d devient grand, alors le membre de gauche de l’égalité ci-dessus devient f (x), et le
1
membre de gauche (pour |x| < 1) devient . Par suite, on a :
(1 − x)(1 − x2 )

1 1 1 1 1 1 1 1
f (x) = 2
= 2
= · + · 2
+ ·
(1 − x)(1 − x ) (1 − x) (1 + x) 4 1 − x 2 (1 − x) 4 1+x
+∞
X n
!
1 (−1) n+1 n
= + + x .
4 4 2
n=0
 
1 (−1)n n + 1 n
En conclusion, le nombre cherché an est égal à : an = + + = + 1.
4 4 2 2

Exercice 7 KKK

Pour n ∈ N∗ , soit C(n) le nombre de représentations de n comme une somme de puis-


sances décroissantes de 2, où aucune puissance ne peut être utilisée plus de trois fois. Par
exemple, C(8) = 5 puisque les représentations pour 8 sont :

8 = 23 , 8 = 22 + 22 , 8 = 22 + 21 + 21 , 8 = 22 + 21 + 20 + 20 , 8 = 21 + 21 + 21 + 20 + 20 .

Montrer qu’il existe un polynôme Q(x) tel que C(n) = ⌊Q(n)⌋ pour tout n ∈ N∗ . (Putnam)

Solution. La fonction génératrice de la suite (C(n))n est donnée par :


+∞ 
Y +∞
Y r
r r r  1 − x4·2 1 − x4 1 − x8 1 − x16 1 − x32
1 + x2 + x2·2 + x3·2 = = · · · ···
1 − x2r 1 − x 1 − x2 1 − x4 1 − x8
r=0 r=0
1 1 1
= 2
= = .
(1 − x) (1 − x ) (1 − x)(1 − x)(1 + x) (1 + x)(1 − x)2
Or, on a :
+∞
X !
1 1+x 1+x i + 2 − 1  2 i
= = = (1 + x) x
(1 + x)(1 − x)2 (1 + x)2 (1 − x)2 (1 − x2 )2 i
i=0
+∞
X  
= (i + 1) x2i + x2i+1 .
i=0
   
2i + 2 2i + 3
Puisque =i +1 = pour tous les entiers i, il s’ensuit que :
2 2
+∞
X   +∞ 
X 
1 2i 2i+1 n+2 n
= (i + 1) x + x = x .
(1 + x)(1 − x)2 2
i=0 n=0
2.10. EXERCICES 109

1
Comme est la fonction génératrice de la suite (C(n))n , on déduit que :
(1 + x)(1 − x)2
 
n+2
C(n) = pour tout n ∈ N∗ .
2
x+2
Il suffit donc de prendre Q(x) = pour conclure.
2

Exercice 8 KKK
On lance n fois un dé. Quelle est la probabilité que la somme des valeurs obtenues soit
divisible par 5. (IMC)

Solution. Pour k ∈ N∗ soit pk la probabilité que la somme des valeurs obtenues soit égale à k.
Considérons la fonction génératrice :
+∞
X !n
x + x2 + x3 + x4 + x5 + x6
f (x) = pk xk = .
6
k=1

+∞
X 2π 2π
Notre but c’est de calculer la valeur de p5k . Soit ε = cos + i sin la première racine
5 5
k=1
cinquième de l’unité, alors :
+∞
X f (1) + f (ε) + f (ε2 ) + f (ε3 ) + f (ε4 )
p5k = .
5
k=1

εjn
Il est clair que f (1) = 1, et f (εj ) = pour j = 1, 2, 3, 4. D’où :
6n
4 −1
f (ε) + f (ε2 ) + f (ε3 ) + f (ε4 ) = si 5|n et sinon.
6n 6n
+∞
X X +∞
1 4 1 1
Donc, p5k = + si n est divisible par 5, et p5k = − sinon.
5 5 · 6n 5 5 · 6n
k=1 k=1

Exercice 9 KKK

Soit n ≥ 3 un entier naturel. On dit qu’un sous-ensemble A ⊂ {1, 2, · · · , n} est pair (resp.
impair) si la somme de ses éléments est un nombre pair (resp. impair). Par convention, la
somme de l’ensemble vide est 0, il est donc pair.
1 Déterminer le nombre de sous-ensembles pairs (resp. impairs) de l’ensemble
{1, 2, · · · , n}.
2 Déterminer la somme des éléments des sous-ensembles pairs (resp. impairs) de l’en-
semble {1, 2, · · · , n}. (Roumanie)

Solution.
n
Y
1. En développant la fonction génératrice f (x) = (1 + xk ) on peut écrire :
k=1
X
f (x) = xσ(A)
A⊂{1,··· ,n}
110 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES

où σ(A) désigne la somme des éléments du sous-ensemble A de {1, 2, · · · , n}. En prenant x = −1


on a (−1)σ(A) = 1 si A est pair, et (−1)σ(A) = −1 si A est impair. Donc, f (−1) nous donne la
différence entre le nombre de sous-ensembles pairs et impairs. Puisque f (−1) = 0, on déduit
qu’il y a autant d’ensembles pairs que d’ensemble impairs, à savoir 2n ÷ 2 = 2n−1 .
2. Pour déterminer σ(A) on va utiliser la dérivée de f . On a clairement :
X
f ′ (x) = σ(A)xσ(A)−1 .
A⊂{1,··· ,n}

D’autre part, comme f est un produit de n facteurs on déduit que sa dérivée est donnée aussi
par la formule suivante :
Y n n
X
′ k kxk−1
f (x) = (1 + x ) · .
1 + xk
k=1 k=1

Si P (resp. I) désigne la somme des éléments des ensembles pairs (resp. impairs), alors on a :


f ′ (1)
 =I +P


f ′ (−1) = I − P.

Il est facile de calculer f ′ (1). On a :

f ′ (1) = 2n−1 (1 + 2 + · · · + n) = n(n + 1) · 2n−2 .

Pour calculer f ′ (−1) notons que, pour n ≥ 3, il y a au moins deux facteurs de f qui s’annulent
pour x = −1, par suite f ′ (−1) = 0. En conclusion, on a :

n(n + 1) · 2n−2
I = P = = n(n + 1) · 2n−3 .
2

Exercice 10 KKK

Parmi tous les sous-ensembles à 90 éléments de l’ensemble {1, 2, · · · , 2022}, y en a-t-il plus
avec une somme paire des éléments ou plus avec une somme impaire des éléments ?

2022
Y
Solution. On considère les fonctions génératrices du type (1 + y j x). En prenant y = 1 puis
j=1
y = −1 on trouvera les sommes paires puis les sommes impaires des éléments. L’astuce c’est de
voir que le coefficient de x90 dans ce produit est égal à :
X
y j1 +j2 +···+j90 .
1≤j1 <j2 <···<j90 ≤2022

Soit A (resp. B) le nombre de sous-ensembles avec une somme paire (resp. impaire) des élé-
ments. En prenant y = 1, le coefficient de x90 est A + B, et en prenant y = −1, le coefficient de
x90 est A − B. Il suffit de déterminer ces coefficients pour conclure. !
2022 90 2022
⋄ En prenant y = 1 le produit devient (1 + x) , et le coefficient de x est A + B = .
90
⋄ En prenant y = −1, le produit devient :
2022
Y   1011
1 + (−1)j x = (1 + x)1011 (1 − x)1011 = 1 − x2 ,
j=1

car il y a 1011 nombres impairs et 1011 nombres pairs compris entre 1 et 2022. Le terme x90
2.10. EXERCICES 111

dans ce polynôme est : ! !


1011  2 45 1011 90
A−B = −x = − x .
45 45
!
1011
Par conséquent B−A = > 0, donc il y a plus de sous-ensembles avec une somme impaire
45
des éléments. Une addition et une soustraction des relations A − B et B − A nous donnent :
" ! !# " ! !#
1 2022 1011 1 2022 1011
B = + et A = − .
2 90 45 2 90 45

Exercice 11 KKK

Soit p un nombre premier impair. Trouver le nombre de sous-ensembles A de {1, 2, · · · , 2p}


tels que :
1 A possède exactement p éléments, et
2 la somme des éléments de A est divisible par p. (OIM, 1995)

2p
Y  
Solution. Regardons, à nouveau, la fonction génératrice x − y j . Le coefficient de xp est :
j=1
X
− y j1 +j2 +···+jp .
1≤j1 <j2 <···<jp ≤2p

On voit que nous avons besoin de quelque chose qui « détecte » les sommes modulo p dans
l’exposant. L’astuce qui fait cela est la racine p-ème de l’unité que l’on note ε.
Si ai est le nombre de sous-ensembles à p éléments avec une somme ≡ i (mod p), pour 0 ≤ i ≤
Y2p
   
p−1, alors le coefficient de xp dans x − εj est égal à : − a0 + a1 ε + · · · + ai εi + · · · + ap−1 εp−1 .
j=1
2p
Y   h i2
D’autre part, on a : x − εj = (x − 1)(x − ε) · · · (x − εp−1 ) = (xp − 1)2 = x2p − 2xp + 1.
j=1
Par suite, a0 + a1 ε + · · · + ai εi + · · · + ap−1 εp−1 = 2. Ceci veut dire que ε est racine du polynôme :
a0 − 2 + a1 x + · · · + ap−1 xp−1 .
Le polynôme minimal de ε est xp−1 + xp−2 + · · · + x + 1, et ceci implique que :
xp−1 + xp−2 + · · · + x + 1 divise a0 − 2 + a1 x + · · · + ap−1 xp−1 .
Puisque ces deux polynômes ont le même degré, alors il existe une constante λ telle que :
 
λ xp−1 + xp−2 + · · · + x + 1 = a0 − 2 + a1 x + · · · + ap−1 xp−1 .
On obtient que a0 −2 = λ et ai = λ pour i ≥ 1. Finalement, notons que pour tout sous-ensemble
à p éléments de l’ensemble {1, 2, · · · , 2p} on a un résidu modulo p pour la somme des éléments,
d’où : !
2p
a0 + a1 + · · · + ap = .
p
! " ! #
2p 1 2p
Par suite, (2 + λ) + λ + · · · + λ = , ce qui donne λ = − 2 . Finalement :
| {z } p p p
p−1
" ! #
1 2p
a0 = λ + 2 = − 2 + 2.
p p
112 CHAPITRE 2. FONCTIONS GÉNÉRATRICES
Chapitre

3
Techniques et stratégies
supplémentaires

3.1 Démonstrations par coloriage

Coloriage

Le « coloriage » est une technique très efficace dans les problèmes faisant intervenir des tableaux
(échiquier ou des choses semblables). Elle nous permet de simplifier énormément le problème. La
partie la plus cruciale se situe dans le choix d’un sous-ensemble (pertinent) de cases à étudier.
L’utilisation des couleurs nous simplifie souvent la tâche. Les problèmes présentés ici sont es-
sentiellement des démonstrations d’impossibilité, assez ingénieuses, construites sur des idées de
coloriage ou de parité.

Définition (Tétramino)

Un tétramino est une figure géométrique composée de quatre carrés, chacun ayant au
moins un côté complètement partagé avec un autre. Le terme tetramino est une combi-
naison du préfixe tetra (quatre en grec ancien) et domino. Il appartient à la classe des
polyominos, tout comme les dominos et les pentaminos.

Les tetraminos ci-dessus sont appelés, de haut en bas et de gauche à droite, tétramino droit,
tétramino carré, tétramino en L ou L-tétramino, tétramino décalé, tétramino en T .
Exemple

Est-il possible de couvrir un échiquier de taille 10 × 10 avec des L-tétraminos ?

Remarque : ces pièces peuvent être retournées.

113
114 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

On colorie les colonnes de l’échiquer en noir et blanc de façon alternative (une colonne noire,
puis une blanche, puis une noire, ... et ainsi de suite). Il y a donc 50 cases blanches et 50 cases
noires. On voit que, indépendamment de la façon avec laquelle on pose la pièce, dans les quatre
cases couvertes il y a toujours trois de la même couleur, et la quatrième avec l’autre couleur (i.e.
trois noires et une blanche, ou bien trois blanches et une noire). On dit que la pièce est noire si
elle couvre trois cases noires et une case blanche ; et on dit que la pièce est blanche si elle couvre
trois pièces blanches et une pièce noire. Alors, le nombre de pièces noires est égal au nombre de
pièces blanches. Par suite, le nombre total de pièces doit être pair. Ceci veut dire que le nombre
de cases doit être divisible par 8. Or, comme il y a 100 cases, il est impossible donc de les couvrir
avec des pièces de la forme ci-dessus.
Exemple

Un sol rectangulaire est recouvert de carreaux de taille 2 × 2 et 1 × 4. Un carreau a été cassé


mais on ne dispose, pour le remplacer, que d’un carreau de l’autre sorte. Montrer qu’il est
impossible de recouvrir le sol, même en réarrangeant tout le carrelage.

Colorions le sol comme indiqué ci-dessous :

Un carreau 4 × 1 recouvre toujours, soit 0, soit 2 cases rouges. Un carreau 2 × 2 recouvre toujours
une et une seule case rouge. On en déduit immédiatement que le nombre de carreaux de chaque
sorte ne peut être changé que d’un nombre pair.
Exemple

Sur un échiquier 9 × 9 il y a 65 fourmis placées aux centres de certaines cases. Les fourmis
commencent à se déplacer au même moment, et avec la même vitesse, vers les cases qui
partagent un côté avec les cases où elles se trouvent au départ. Une fois arrivées aux centres
des nouvelles cases, elles font une rotation de 90◦ et continuent de se déplacer (sans pour
autant quitter l’échiquier). Montrer qu’à un certain moment il y a deux fourmis dans la
même case.
Remarque : lorsque la fourmi tourne, ça peut être à droite ou à gauche.

On colorie l’échiquier en utilisant quatre couleurs A, B, C et D comme suit :


A C A C A
B D B D B
A C A C A ···
B D B D B
A C A C A
.. ..
. .
Il y a 25 cases A ; 20 cases C ; 20 cases B et 16 cases D. D’après le principe des tiroirs, il y a au
moins 33 fourmis aux cases en couleurs A et D ou 33 fourmis en cases en couleurs B et C. Dans le
second cas, après une étape il y a au moins 33 fourmis dans les cases A et D. Comme les fourmis
doivent tourner après chaque étape, on sait que chaque fourmi qui était à une case A se dirige
vers une case D après deux étapes et vice versa. D’après le principe des tiroirs il doit y avoir au
moins 17 fourmis dans les cases A ou au moins 17 fourmis dans les cases D. Ceci nous dit qu’à un
certain moment il y a au moins 17 fourmis dans les cases D. Encore une fois, par le principe des
tiroirs, il y a deux fourmis dans la même case.
3.1. DÉMONSTRATIONS PAR COLORIAGE 115

Exemple

Est-il possible de former un rectangle à l’aide des cinq tétraminos présentés ci-dessus ?

Tout rectangle de 20 cases peut être colorié comme un échiquier avec 10 cases noires et 10
cases blanches. Chaque tétramino sauf celui en T recouvrirait alors 2 cases noires et 2 blanches.
Les 2 cases noires et les 2 cases blanches restantes ne pourraient pas être recouvertes par le tétra-
mino en T . En effet, un tétramino en T recouvre toujours trois cases d’une couleur et une d’une
autre.
Exemple

Montrer qu’un échiquier 10 × 10 ne peut pas être recouvert à l’aide de 25 tétraminos en T .

Un tétramino en T recouvre toujours trois cases d’une couleur et une d’une autre (voir fi-
gures ci-dessous). Pour recouvrir complètement le carré 10 × 10, il faudrait un nombre pair de
tétraminos en T , mais 25 est impair, contradiction.

noire blanche noire blanche noire blanche


noire blanche

Exemple

Montrer qu’un échiquier 8 × 8 ne peut pas être recouvert à l’aide de 15 tétraminos en T et


d’un tétramino carré.

Le tétramino carré recouvre deux cases blanches et deux cases noires. Les 30 cases blanches
et les 30 cases noires restantes nécessiteraient autant de tétraminos en T recouvrant trois cases
blanches que de tétraminos en T recouvrant trois cases noires. Ceci est impossible puisque l’on a
un nombre pair de tétraminos en T à notre disposition.

Exemple

Montrer qu’une grille 10 × 10 ne peut pas être recouverte à l’aide de 25 tétraminos droits.

Colorions la grille par diagonales à l’aide de quatre couleurs A, B, C, D comme dans le tableau
ci-dessous :

B C D A B C D A B C
A B C D A B C D A B
D A B C D A B C D A
C D A B C D A B C D
B C D A B C D A B C
A B C D A B C D A B
D A B C D A B C D A
C D A B C D A B C D
B C D A B C D A B C
A B C D A B C D A B

Quelle que soit la façon de placer un tétramino droit sur la grille, il recouvre toujours une case
de chaque couleur. Donc, 25 tétraminos droits recouvriront 25 cases de chaque couleur. Or, il y a
26 cases de couleur B dans la grille. Contradiction.
116 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

Exemple

Considérons un échiquier n × n dont on aurait retiré les quatre coins. Pour quelles valeurs
de n peut-on le recouvrir avec des L-tétraminos ?

L’échiquier comporte n2 − 4 cases. Pour pouvoir être recouvert par des tétraminos il faut que
n2 −4 soit un multiple de 4, i.e., que n soit un
entier pair. Or ceci n’est pas suffisant, pour s’en aper-
cevoir colorions-le comme dans la figure ci-dessous (où le symbole • désigne une case coloriée en
noir, et blanche sinon).

• • • • • • • •

• • • • • • • • • •

• • • • • • • • • •

• • • • • • • • • •

• • • • • • • • • •

Un L-tétramino recouvre trois cases blanches et une noire, ou trois noires et une blanche. Comme
il y a le même nombre de cases blanches et de cases noires, il faut utiliser un nombre pair de
L-tétraminos pour tout paver, c’est-à-dire que n2 − 4 doit être un multiple de 8, i.e., n doit être
de la forme 4k + 2. Il est facile de vérifier que n = 4k + 2 est aussi une condition suffisante. En
conclusion, les valeurs de n pour lesquelles on peut recouvrir l’échiquier avec des L-tétraminos
est n = 4k + 2.
Exemple

Montrer qu’un rectangle a × b peut être recouvert par des rectangles 1 × n si, et seulement
si, n divise a ou b .

⋄ Si n divise a ou b, on peut recouvrir facilement le rectangle avec des carreaux 1 × n.


⋄ Supposons que n ne divise pas a, i.e., a = qn+r avec 0 < r < n. Colorions alors le rectangle comme
ci-dessous :

A B C D A B C D A B
A B C D A B C D A B
A B C D A B C D A B
A B C D A B C D A B
A B C D A B C D A B
A B C D A B C D A B
A B C D A B C D A B
A B C D A B C D A B
A B C D A B C D A B
A B C D A B C D A B

Il y a bq + b cases des couleurs allant de 1 à r, et bq cases des couleurs allant de r + 1 à n. Les h


carreaux horizontaux 1 × n du pavage recouvrent une case de chaque couleur. Donc après que les
h carreaux horizontaux ont été placés, il reste (bq + b − h) cases des couleurs allant de 1 à r et bq − h
cases de couleurs allant de r + 1 à n. Ainsi, n doit diviser à la fois bq + b − h et bq − h. Il divise ainsi
leur différence, c’est-à-dire que n divise b. En conclusion, le rectangle a ×b peut être recouvert par
des rectangles 1 × n si, et seulement n |a ou n | b.
3.1. DÉMONSTRATIONS PAR COLORIAGE 117

Exemple

Un échiquier de taille (2n − 1) × (2n − 1) sera recouvert par des pièces des formes ci-dessous

Montrer qu’au moins 4n−1 de pièces du premier type (celui à gauche) seront utilisées pour
recouvrir l’échiquer (2n − 1) × (2n − 1). (Proposé à l’OIM, 2002)

On numérote les lignes et les colonnes de l’échiquier de 1 à 2n − 1. On colorie en noir les cases
qui sont situées dans une ligne impaire et une colonne impaire ; et on colorie en blanc le reste des
cases. Il y a n2 cases noires et 2n2 − 4n + 1 cases blanches. Les pièces de la première forme (celle
de gauche) peuvent recouvrir deux cases blanches et une case noire, ou bien trois cases blanches.
Les deux autres pièces couvrent toujours trois cases blanches et une case noire. Soit A le nombre
de pièces de la première forme qui recouvrent une seule case noire ; B le nombre de pièces de la
première forme qui ne recouvrent aucune case noire ; et C le nombre de pièces des autres formes.
En comptant le nombre de cases noires on a : A + C = n2 , et en comptant les cases blanches on a :
3n2 − 4n + 1 = 2A + 3B + 3C. D’où :

4n − 1 = 3n2 − (3n2 − 4n + 1) = 3(A + C) − (2A + 3B + 3C) = A − B ≤ A + B.

Par suite, il y a au moins 4n − 1 pièces de la première forme.


Exemple

Lorsqu’on enlève deux carrés unités adjacents d’un rectangle de taille 2 × 3, la forme obte-
nue est dite « forme-L ».
Est-il possible de recouvrir un échiquier 8 × 8 par 7 carrés 2 × 2 et 9 forme-L ?

On colorie en noir les cases de l’échiquier 8 × 8 qui sont sur des lignes impaires, et on colorie
en blanc les cases qui sont sur des lignes paires. Il y a donc 32 cases noires et 32 cases blanches.
Si on peut recouvrir l’échiquier avec 7 carrés 2 × 2 et 9 forme-L, alors chaque carré 2 × 2 couvre
2 cases blanches et 2 cases noires, et chaque forme-L couvre une case blanche et 3 cases noires
ou bien 3 cases blanches et une case noire. Supposons qu’il y a x forme-L qui couvrent une case
blanche et 3 cases noires, et les 9−x forme-L restantes couvrent 3 cases blanches et une case noire.
Alors, le nombre de cases noires recouvertes est égal à :
9
7 × 2 + 3x + (9 − x) = 32 ce qui donne x = .
2
9
Comme n’est pas un entier, on a donc une contradiction. Par conséquent, il n’existe pas un
2
recouvrement de l’échiquier 8 × 8 par 7 carrés 2 × 2 et 9 forme-L.
Exemple

On suppose qu’il y a 30 personnes qui forment un parlement, et deux personnes sont


des amis ou des adversaires politiques, et chaque personne a exactement six opposants
politiques. Trois personnes forment un triplet, et un triplet s’appelle un « bon triplet » si
deux personnes du triplet sont des amis ou des adversaires. Trouver le nombre de bons
triplets. (Russie)

On représente les 30 personnes par 30 points dans l’espace tels que 4 points quelconques ne
sont pas coplanaires. Si deux personnes sont des amis, alors on relie les points correspondants
par un segment rouge ; sinon on les relie par un segment bleu. Alors, le nombre de bon triplets
118 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

est égal au nombre de triangles monocolores (i.e. les trois côtés sont de la même couleur). Si les
deux côtés formant un angle sont de couleurs différentes, alors on dit que l’angle est de couleurs
différentes. Donc, il n’existe pas d’angles de couleurs différentes dans n’importe quel triangle
monocolore, et il y a exactement deux angles de couleurs différentes dans un triangle qui n’est pas
monocolore. Comme le nombre de segments bleus rencontrant chaque point est 6, et le nombre de
segments rouges rencontrant chaque point est 23, alors le nombre d’angles de couleurs différentes
de chaque point est égal à 23×6 = 138. Le nombre total d’angles de couleurs différentes dans toute
la figure est égal à 138 × 30 = 4140. Donc, le nombre de triangles qui ne sont pas
! monocolores est
1 30
égal à × 4140 = 2070, et le nombre de triangles monocolores est égal à : − 2070 = 1990.
2 3
En conclusion, le nombre total de bon triplets est égal à 1990.

3.2 Les fonctions en combinatoire


Définition

Soient A, B deux ensembles, et f : A −→ B une fonction donnée.


✓ On dit que f est injective si, pour tout x, y ∈ A avec f (x) = f (y), on a x = y .
✓ On dit que f est surjective si, pour tout z ∈ B, il existe au moins un élément x ∈ A
tel que f (x) = z.
✓ On dit que f est bijective si, elle est à la fois injective et surjective.

Proposition

Soient A, B deux ensembles finis et f : A −→ B une fonction donnée. Alors :


✓ si f est injective on a : |A| ≤ |B| ;
✓ si f est surjective on a : |A| ≥ |B| ;
✓ si f est bijective on a : |A| = |B|.

Proposition

Si A et B sont deux ensembles finis de même cardinal, et f : A −→ B une fonction donnée,


alors on a équivalence entre :
• f est injective,
• f est surjective,
• f est bijective.

On passe maintenant aux exemples d’applications de ces notions dans la résolution des pro-
blèmes de combinatoire.
Exemple

On suppose qu’il y a n objets rangés sur une droite, et soit M un sous-ensemble de ces n
objets. Si deux éléments quelconques de M ne sont pas adjacents (i.e. ne sont pas côte à
côte) alors on dit que M est un sous-ensemble parfait. Combien y a-t-il de sous-ensembles
parfaits à k éléments ?

On nomme a1 , a2 , · · · , an les n objets rangés sur la droite. Soit {ai1 , ai2 , · · · , aik } un sous-ensemble
parfait (avec 1 ≤ i1 < i2 < · · · < ik ≤ n). Alors, on sait que :

ij+1 − ij ≥ 2 pour j ∈ J1, k − 1K et 1 ≤ i1 < i2 − 1 < i3 − 2 < · · · < ik − (k − 1) ≤ n − (k − 1).

Donc, i1 , i2 − 1, · · · , ik − (k − 1) est une sous-suite strictement croissante de 1, 2, · · · , n − (k − 1).


3.2. LES FONCTIONS EN COMBINATOIRE 119

Réciproquement, pour toute telle sous-suite strictement croissante

1 ≤ j1 < j2 · · · < jk ≤ n − (k − 1),

l’ensemble contenant les éléments aj1 , aj2 +1 , · · · , ajk +(k+1) est un sous-ensemble parfait. Ainsi, on
obtient une correspondance bijective entre les deux notions. Puisque le nombre de façons de
choisir une
! sous-suite strictement croissante j1 , j!2 , . . . , jk de la suite 1, 2, · · · , n − k + 1 est égal à
n−k+1 n−k+1
, alors le nombre recherché est .
k k
Exemple

On considère un polygne convexe à n côtés, et on suppose que trois diagonales quel-


conques ne se coupent pas au même point à l’intérieur du polygone. Combien y a-t-il
de points d’intersection (à l’intérieur de ce polygone) de toutes les diagonales ?

Comme un point d’intersection P est déterminé par deux diagonales l et m, et réciproque-


ment, deux diagonales l et m déterminent un point d’intersection P, alors on songe à établir
une bijection entre P et (l, m). Or deux diagonales l et m sont formées en reliant deux paires de
sommets (A, B) et (C, D), et pour quatre sommets quelconques du polygone convexe à n côtés, il
existe seulement deux diagonales se coupant en un point à l’intérieur du polygone (voir figure
ci-dessous).

D
b

A
b

l m

b b

C B

Donc, on peut établir une bijection entre (l, m) et les quatre sommets (A, B, C, D), i.e. :

P ←→ (l, m) ←→ (A, B, C, D).

Par conséquent, il existe autant de points d’intersection des diagonales


! du polygone convexe que
n
de quadruplets de sommets. En conclusion, le nombre cherché est .
4
Exemple

L’espace est rapporté à un repère orthonormé (Oxyz) et S est un ensemble fini de points
de cet espace. On désigne respectivement par Sx , Sy , Sz les ensembles constitués par les
projections orthogonales des points de S sur les trois plans (Oyz), (Ozx), (Oxy). Montrer
que
|S|2 ≤ |Sx | |Sy | |Sz |,
où |A| désigne le cardinal d’un ensemble fini A. (OIM 1992)
Remarque : la projection orthogonale d’un point sur le plan est le pied de la perpendicu-
laire abaissée de ce point sur le plan.
[
Pour tout (i, j, 0) ∈ Sz , on pose : Tij = {(i, j, z) : (i, j, z) ∈ S} . Il est clair que S = Tij .
(i,j,0)∈Sz
120 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

D’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz on obtient :


X X X
|S| ≤ 12 · |Tij |2 = |Sz | |Tij |2 . (1)
(i,j,0)∈Sz (i,j,0)∈Sz (i,j,0)∈Sz
[  
Soit V = Tij × Tij , où Tij × Tij = {((i, j, t1 ), (i, j, t2 )) : (i, j, tk ) ∈ S, k = 1, 2} , alors
(i,j,0)∈Sz

X 2
|V | = Tij .
(i,j,0)∈Sz

On définit l’application f : V −→ Sx × Sy par :


((i, j, t1 ), (i, j, t2 )) 7−→ ((0, j, t1 ), (i, 0, t2 )) . On sait facilement que f est injective, par suite :

|V | ≤ Sx × Sy = |Sx | · Sy , (2)

Des relations (1) et (2) on déduit que : |S|2 ≤ |Sx | · Sy · |Sz | .

Exemple

Soit M un ensemble formé de 48 entiers strictement positifs distincts et dont les diviseurs
premiers sont plus petits ou égaux à 30. Montrer qu’il existe quatre entiers strictement
positifs et distincts (a, b, c, d) ∈ M 4 tels que leur produit abcd soit un carré parfait.(Russie)

Il y a 10 nombres premiers qui sont ≤ 30. Il s’agit de

p1 = 2, p2 = 3, p3 = 5, p4 = 7, p5 = 11, p6 = 11, p7 = 17, p8 = 19, p9 = 23, p10 = 29.


α α α
Soient Y = {p1 1 p2 2 · · · p1010 : αi = 0 ou 1, i ∈ J1, 10K}, et X la famille des sous-ensembles à 2 élé-
ments de M. Pour tout {a, b} ∈ X, le produit ab peut s’écrire de façon unique sous la forme :
2
ab = Kab · mab , où Kab ∈ N∗ , mab ∈ Y . On fait correspondre la paire {a, b} à l’entier strictement
positif mab , cette correspondence donne lieu à une application f de X dans Y . Puisque |X| =
48 10 = 1024, alors f n’est pas injective (car |X| > |Y |). Donc, il existe deux paires
2 = 1128, |Y | = 2
{a, b}, {c, d} ∈ X, avec {a, b} , {c, d}, telles que mab = f ({a, b}) = f ({c, d}) = mcd . Il s’ensuit que
2
abcd = Kab 2
mab · Kcd mcd = (Kab Kcd mab )2 est un carré parfait.

Si a, b, c, d sont distincts, la preuve est terminée. Sinon, il y a exactement deux nombres égaux dans
{a, b} et {c, d}. On suppose, sans perte de généralité, que a , c et b = d. Comme abcd = acb 2 est un

carré parfait, alors ac est aussi un carré parfait. Puisque |M \ {a, b}| = 46 et 46 2 = 1035 > 1024 = |Y |,
alors de la même façon que ci-dessus il existe deux paires distinctes {a′ , b ′ } et {c ′ , d ′ } éléments de
X \ {{c, d}} telles que le produit a′ b ′ c ′ d ′ est un carré parfait. Si a′ , b,′ , c ′ , d ′ sont distincts, alors la
preuve est terminée. Sinon, de la même façon on peut supposer que a′ , c ′ , b ′ = d ′ et a′ c ′ est un
carré parfait. Par conséquent, il existe quatre nombre distincts a, c, a′ , c ′ ∈ M tels que aca′ c ′ est un
carré parfait, ce qui termine la preuve.
Exemple

On suppose qu’il y a n ≥ 6 points sur un cercle tels que chaque paire de points est reliée par
un segment, et trois segments quelconques ne se coupent pas au même point à l’intérieur
du cercle. (Donc, chaque trois segments qui se coupent en trois points forment un triangle).
Déterminer le nombre de triangles formés par ces segments. (Chine)

On va distinguer quatre cas possibles.


3.2. LES FONCTIONS EN COMBINATOIRE 121

A1
b A1 A6
A1 b
b
b A2
B2 B1 A5
b b b b
B1
A4
O b
b
b b B3
b B3 b B2 b
B5 b A5
b b
A2 b
B4 A2
b b
b b b
A3 A3 A3 A4
A4

On appelle les points sur le cercle « points externes », et les points d’intersection des segments
(situés à l’intérieur du cercle) sont appelés « points internes ». Les triangles obtenus sont de quatre
sortes.
(1) Les trois sommets de chaque triangle sont des points externes. Il est clair que, dans ce cas, le

nombre de triangles est égal à n3 .
(2) Deux sommets de chaque triangle sont des points externes, et le troisième sommet est un point
interne (figure à gauche). Dans ce cas, chaque quatre points A1 , A2 , A3 , A4 sur le cercle donnent

lieu à quatre triangles A1 OA2 , A2 OA3 , A3 OA4 et A4 OA1 . Le nombre de triangles est égal à 4 n4 .
(3) Deux sommets de chaque triangle sont internes, et le troisième sommet est un point externe
(figure du milieu). Dans ce cas chaque cinq points du cercle A1 , A2 , A3 , A4 , A5 donnent lieu à cinq

triangles A1 B1 B2 , A2 B2 B3 , A3 B3 B4 , A4 B4 B5 et A5 B5 B1 . Le nombre de triangles est égal à 5 n5 .
(4) Les trois sommets de chaque triangle sont des points internes (figure à droite). Dans ce cas,
chaque six points A1 , A2 , A3 , A4 , A5 , A6 donnent lieu à un seul triangle B1 B2 B3 . Le nombre de

triangles est égal à n6 .
! ! ! !
n n n n
En conclusion, le nombre total de triangles est égal à : +4 +5 + .
3 4 5 6
Exemple

Soient S = {1, 2, · · · , 1000}, et A un sous-ensemble de S à 201 éléments. On dit que le sous-


ensemble A est « bon » si la somme de ses éléments est divisible par 5. Quel est le nombre
de sous-ensembles « bons » de S ?

On divise les 201 éléments de S en 5 classes S0 , S1 , S2 , S3 , S4 avec


n o
Sk = A : |A| = 201 et S|A| ≡ k (mod 5)

où S|A| désigne la somme des éléments de A, et k ∈ J0, 4K. On construit une application f : S0 −→
Sk (avec k ∈ J1, 4K) comme suit : si A = {a1 , a2 , · · · , a201 } ∈ S0 , alors

f (A) = {a1 + k, a2 + k, · · · , a201 + k}

et si un certain ai + k est > 1000, alors on utilise ai + k − 1000 à la place de ai + k. Par conséquent :
201
X 201
X
(ai + k) = ai + 201k ≡ k (mod 5) i.e. f (A) ∈ Sk .
i=1 i=1

Il est clair que f est bijective, donc |Sk | = |S0 | (1 ≤ k ≤ 4). D’où
!
1 1 1000
|S0 | = (|S0 | + |S1 | + |S2 | + |S3 | + |S4 |) = ,
5 5 201
!
1 1000
i.e., le nombre de sous-ensembles bons à 201 éléments est égal à : .
5 201
122 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

Exemple

Soient A1 , A2 , · · · , An des ensembles finis. Montrer que si

X Ai ∩ Aj
< 1,
1≤i<j≤n |Ai |
· Aj

alors il existe ai ∈ Ai , (i = 1, 2, · · · , n), tel que ai , aj si i , j (1 ≤ i < j ≤ n).

Soient S = {1, 2, · · · , n} et T = A1 ∪ A2 ∪ · · · ∪ An . Considérons toutes les applications f : S −→ T


vérifiant : pour tout i ∈ S, f (i) ∈ Ai (i = 1, 2, · · · , n). Soit M l’ensemble de telles applications f .
Alors :
|M| = |A1 | × |A2 | × · · · × |An |.

On se propose de montrer qu’il existe au moins une application injective f appartenant à M.


Si f ∈ M n’est pas injective, alors il existe i, j ∈ S, i , j tels que f (i) = f (j). Donc, pour une telle
fonction f , le nombre f (i) = f (j) prend au plus |Ai ∩Aj | valeurs distinctes, et f (k) (k , i, j) prend au
plus |Ak | valeurs distinctes. Donc pour i, j ∈ S (i , j) donnés, le nombre d’applications f vérifiant
f (i) = f (j) est au plus égal à :

Y Ai ∩ Aj
Ai ∩ Aj · |Ak | = · |M|.
k=1,k,i,j
|Ai | · Aj

D’où, le nombre d’applications dans M qui ne sont pas injectives est au plus égal à :

X Ai ∩ Aj
· |M| < |M|.
1≤i<j≤n |Ai | · Aj

Il s’ensuit qu’il existe au moins une application injective f 0 ∈ M. Soit f 0 (i) = ai (i = 1, 2, · · · , n),
alors ai ∈ Ai (i = 1, 2, · · · , n), et pour tout i, j ∈ S (i , j), ai = f 0 (i) , f 0 (j) = aj .

Exemple

Soit n ∈ N∗ un entier naturel pair. De combien de façons peut-on choisir 4 nombres dis-
tincts a, b, c, d de l’ensemble {1, 2, · · · , n} tels que : a + c = b + d ? (a, b, c, d ne sont pas ordon-
nés).

On suppose, sans perte de généralité, que a > b > d. De la relation a + c = b + d, on déduit que

c < d. Le nombre de façons pour choisir trois nombres a > b > c de S = {1, 2, · · · , n} est égal à n3 . Le
nombre de façons pour choisir trois nombres a > b > c de S = {1, 2, · · · , n} vérifiant a + c − b = b, i.e.

a + c = 2b (a et c ont la même parité) est égal à 2 n/2
2 . Soit

B = {(a, b, c) : n ≥ a > b > c ≥ 1, a + c − b , b} ,


! !
n n/2
alors |B| = −2 . Pour tout (a, b, c) ∈ B, on pose d = a+c−b, alors le quadruplet (a, b, c, d) vérifie
3 2
la condition du problème. Or, chaque quadruplet (a, b, c, d) correspond à deux triplets (a, b, c) et
(a, d, c) (puisque d > c), donc le nombre recherché est égal à :
" ! !#
1 1 n n/2 n(n − 2)(n − 5)
|B| = −2 = .
2 2 3 2 24
3.3. APPARIER DES OBJETS 123

3.3 Apparier des objets


Apparier des objets

La méthode « apparier des objets » ou « mettre en paire » consiste, sous certaines règles, à mettre
tous les objets du problème en question en paires afin que le calcul devienne simple, et il est plus
facile alors de trouver la solution.

Exemple

Soit M = {1, 2, · · · , 1000}. Pour tout sous-ensemble non vide X de M , on note λX la somme
du plus grand et du plus petit élément de X . Quelle est la moyenne arithmétique de tous
les λX ? (Chine)

Soient X un sous-ensemble quelconque non vide de M, et X ′ = {1001 − x : x ∈ X}. Alors, X ′ est


un sous-ensemble non vide de M et X ′ , X1 si X , X1 . Donc, tous les sous-ensembles non vides
de M sont divisés en deux catégories selon que (1) X = X ′ ; (2) X , X ′ .
⋄ Pour X = X ′ , si x ∈ X, alors 1001 − x ∈ X, d’où 1001 − x0 est le plus grand élément de X lorsque
x0 est le plus petit élément de X. Dans ce cas on a :
λX = x0 + (1001 − x0 ) = 1001.
⋄ Pour X , X ′ , supposons que le plus petit (resp. plus grand) élément de X est x0 (resp. y0 ),
alors le plus petit (resp. plus grand) élément de X ′ est 1001 − y0 (resp. 1001 − x0 ). Dans ce cas
on a : λX + λX ′ = x0 + y0 + (1001 − x0 ) + (1001 − y0 ) = 2002. En résumé, la valeur de la moyenne
arithmétique de tous les λX est égale à 1001.
Exemple

On suppose que parmi 133 entiers strictement positifs il y a au moins 799 paires d’entiers
premiers entre eux. Montrer qu’il existe 4 entiers strictement positifs et distincts a, b, c et
d tels que :
pgcd(a, b) = pgcd(b, c) = pgcd(c, d) = pgcd(d, a) = 1.

On représente les 133 entiers strictement positifs par 133 points A1 , A2 , · · · , A133 dans le plan.
Si deux entiers sont premiers entre eux alors on relie les points correspondants par un segment,
et sinon ils ne sont pas reliés entre eux. On obtient ainsi un graphe G vérifiant : il y a au moins
799 arêtes reliant les 133 points de G. D’où, le problème original est équivalent à montrer qu’il
existe un quadrilatère avec 4 sommets A, B, C, D et quatre arêtes AB, BC, CD, DA dans G. Par suite,
il suffit de montrer qu’il existe deux points B et D tels qu’ils sont adjacents à A et à C (deux points
sont dits adjacents s’ils sont reliés par un segment).
Si B et D sont tous les deux adjacents au point A, alors B et D sont mis en paire, et (B, D) est
alors appelée la paire appartenant au point A. Supposons qu’il y a di arêtes se coupant au point
A (i = 1, 2, · · · , 133), alors
d1 + d2 + · · · + d133 ≥ 2 × 799, (1)
et le nombre total de paires appartenant à chacun de A1 , A2 , · · · , A133 est égal à :
133 !  133 133

X di 1 X 2 X 
=  di − di  . (2)
2 2
i=1 i=1 i=1

D’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz on a :


 133 2 133 133 133
 133 2
X  X X X 1 X 
 di  ≤ 12 di2 c’est-à-dire di2 ≥  di  . (3)

133 
i=1 i=1 i=1 i=1 i=1
124 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

En utilisant les relations (1)-(3) on déduit que :


!   133 2 133 
133
X di 1  1 X  X 
≥   di  − di 
2 2  133  
i=1 i=1 i=1
 133   133 
1 X  X 
=  d   d − 133  = 1 · 2 · 799 · (2 · 799 − 133)
i i 
2 × 133   2 · 133
i=1 i=1
!
1 133 × 132 133
> × 2 × 6 × 133 × (2 × 6 × 133 − 133) = = .
2 × 133 2 2

Or les 133 points forment uniquement 133 2 paires, donc le calcul dans le membre de gauche de
l’inégalité ci-dessus comporte des répétitions. Par suite, il y a au moins une paire (B, D) apparte-
nant à deux points distincts A et C, i.e. les points B et D sont adjacents à A et à C. Par conséquent,
les quatre points A, B, C, D correspondent à quatre entiers strictement positifs a, b, c, d vérifiant
pgcd(a, b) = pgcd(b, c) = pgcd(c, d) = pgcd(d, a) = 1. La preuve est ainsi terminée.
Exemple

Soit n > 1 un entier tel que n ≡ 1 (mod 4). Soit P = {a1 , a2 , · · · , an } une permutation quel-
conque de {1, 2, · · · , n}, et notons par kp le plus grand indice vérifiant :

a1 + a2 + · · · + ak < ak+1 + ak+2 + · · · + an .

Déterminer, pour toutes les permutations P , la somme de tous les indices kp correspon-
dants.

Soit n = 4m + 1 (m ∈ N∗ ). Pour toute permutation p = {a1 , a2 , · · · , an } de {1, 2, · · · , n}, on sait (par


définition de kp ) que :
a1 + a2 + · · · + akp < akp +1 + akp +2 + · · · + an (1)
et
a1 + a2 + · · · + akp +1 ≥ akp +2 + akp +3 + · · · + an . (2)
Or, on ne peut pas avoir égalité dans (2) car sinon :

n(n + 1)
2(a1 + a2 + · · · + akp +1 ) = a1 + a2 + · · · + an = = (4m + 1)(2m + 1),
2
c’est une contradiction (pair=impair). Donc, la relation (2) devient en fait :

a1 + a2 + · · · + akp +1 > akp +2 + akp +3 + · · · + an . (3)

D’où, pour la permutation p ′ = {an , an−1 , · · · , a2 , a1 }, on déduit des relations (1) et (3) que kp′ =
n − (kp + 1), i.e., kp′ + kp = n − 1. On met, en paire, les permutations p = {a1 , a2 , · · · , an−1 , an } et
n!
p ′ = {an , an−1 , · · · , a2 , a1 }, alors le nombre de telles paires est égal à . Par conséquent, la somme S
2
(n − 1) × n!
demandée est égale à : .
2
Exemple

Soit M l’ensemble des points du plan à coordonnées entières (x, y) avec 1 ≤ x, y ≤ 12. On
colorie les points de M en rouge, bleu ou blanc. Montrer qu’il existe un rectangle, avec ses
côtés parallèles à l’axe des abscisses(Ox) ou l’axe des ordonnées (Oy), et tel que ses quatre
sommets appartiennent à M et sont de la même couleur.
3.3. APPARIER DES OBJETS 125

Supposons, sans perte de généralité, que le nombre de points rouges est le plus grand. Par le
principe des tiroirs, il est égal au moins à :
 
12 × 12 − 1
+ 1 = 48.
3
Supposons que le nombre de points rouges d’ordonnée i est égal à ai (i = 1, 2, · · · , 12), alors :
a1 +! a2 + · · · + a12 ≥ 48. On met, en paire, chaque deux points rouges de la i-ème ligne, alors il y a
ai a (a − 1)
= i i paires de points rouges à la i-ème ligne. Par suite, la somme des paires des points
2 2
rouges est égale à :
!  12    2 12 
X12 12 12
ai 1 X 2 X  1  1 X  X 
=  ai − ai  ≥   ai  − ai 
2 2 2  12 
i=1 i=1 i=1 i=1 i=1
 12   12 
1 X  X  1
= 
 ai   ai − 12 ≥ × 48(48 − 12) = 72. (1)
24 24
i=1 i=1

D’autre part, s’il n’existe pas de rectangle vérifiant la conclusion de l’exercice, alors les projections
de toutes les paires de points rouges sur l’axe des x sont différentes, donc le nombre de toutes les
paires de points rouges ne dépasse pas le nombre de paires formées par les 12 points (x, 0) (x =

1, 2, . . . , 12) sur l’axe des x, c’est-à-dire 12
2 = 66. Contradiction avec (1). Par suite, le rectangle
vérifiant la conclusion de l’exercice existe bien.
Exemple

Soient M1 , M2 , . . . , M11 des ensembles vérifiant :


1 |Mi | = 5, pour tout i ∈ J1, 11K ;
2 |Mi ∩ Mj | , 0, pour tout 1 ≤ i < j ≤ 11.
Soit T = M1 ∪ M2 ∪ · · · ∪ M11 , et pour tout x ∈ T on pose : n(x) = | {Mi : x ∈ Mi , i ∈ J1, 11K} |
et n = max n(x). Quelle est la plus petite valeur possible de n ? (Roumanie)
x∈T

Soit T = {x1 , x2 , · · · , xm } et considérons la matrice m × 11 dont le terme à la i-ème ligne et j-ème


colonne est donné par :



1 si xi ∈ Mj
aij =  i ∈ J1, mK, j ∈ J1, 11K.
0 si xi < Mj

11
X
Alors, n(xi ) = aij montre que xi appartient à n(xi ) ensembles parmi M1 , M2 , · · · , M11 , où n =
j=1
m
X
max {n(xi )} et |Mj | = aij représente le nombre d’éléments dans l’ensemble Mj . Par la condition
1≤i≤m
i=1
(1) on obtient :
m
X X 11
m X 11 X
X m 11
X
n(xi ) = aij = aij = |mj | = 11 × 5 = 55. (∗)
i=1 i=1 j=1 j=1 i=1 j=1

Si xk ∈ Mi ∩ Mj (i < j), alors on dit que la paire (Mi , Mj ) appartient à xk . Donc, le nombre total de
paires d’ensembles appartenant à chacun de x1 , x2 , · · · , xm est égal à
X m ! m m
n(xi ) 1X 1 X
= n(xi ) (n(xi ) − 1) ≤ (n − 1) n(xi ). (∗∗)
2 2 2
i=1 i=1 i=1
126 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

D’autre part, par la condition (2), pour tout Mi , Mj (i < j), il existe un élément y ∈ Mi ∩ Mj ,
i.e. (Mi , Mj ) appartient à y, par suite cette paire (Mi , Mj ) est comptée au moins une fois dans le

membre de gauche de (∗∗). Or il y a 11 2 = 55 paires d’ensembles formées par M1 , M2 , . . . , M11 , d’où
m
X ! m
X
n(xi ) 1 1
55 ≤ ≤ (n − 1) n(xi ) ≤ × 55 × (n − 1) i.e. n ≥ 3.
2 2 2
i=1 i=1

Si n = 3, alors pour tout xi ∈ T , n(xi ) ≤ n = 3. Maintenant, on montre (par l’absurde) qu’il n’existe
pas de xi ∈ T tel que n(xi ) ≤ 2. Supposons qu’il existe un élément xi0 ∈ T tel que n(xi0 ) ≤ 2, alors :

m
1X 1X 1  
55 ≤ n(xi ) (n(xi ) − 1) = n(xi ) (n(xi ) − 1) + n(xi0 ) n(xi0 ) − 1
2 2 2
i=1 i,i0
1 X 1  
≤ (n − 1) n(xi ) + n(xi0 ) n(xi0 ) − 1
2 2
i,i0
m
X   1
1 1 1
= (n − 1) n(xi ) + n(xi0 ) n(xi0 ) − n ≤ (3 − 1) × 55 + × 2 × (2 − 3) = 54
2 2 2 2
i=1

ce qui est une contradiction. Donc, pour tout xi ∈ T , n(xi ) = 3 =⇒ 3m = 55, ce qui est im-
possible, d’où n ≥ 4. Finalement, pour n = 4, il existe 11 ensembles vérifiants les conditions
(1) et (2) de l’exercice : M1 = M2 = {1, 2, 3, 4, 5}, M3 = {1, 6, 7, 8, 9}, M4 = {1, 10, 11, 12, 13}, M5 =
{2, 6, 9, 10, 14}, M6 = {3, 7, 11, 14, 15}, M7 = {4, 8, 9, 12, 15}, M8 = {5, 9, 13, 14, 15}, M9 = {4, 5, 6, 11, 14},
M10 = {2, 7, 11, 12, 13} et M11 = {3, 6, 8, 10, 13}. Donc, n(xi ) ≤ 4. En conclusion, la plus petite valeur
possible pour n est 4.

3.4 Problèmes d’extremums et combinatoire


Dans ce paragraphe on s’intéresse aux problèmes de recherche d’extremums en rapport avec la
combinatoire. On commence par énoncer et démontrer un résultat fondamental dans ce domaine.
Le théorème de Pick (1899) fournit une formule simple pour calculer l’aire A d’un polygone
construit sur une grille de points équidistants (c’est-à-dire des points de coordonnées entières) tel
que tous ses sommets soient des points de la grille de ce polygone en se servant du nombre i de
points intérieurs du polygone et du nombre b de points du bord du polygone.
Théorème de Pick (1859-1942)

L’aire A est donnée par la formule :

b
A = i+ − 1.
2

Démonstration
On commence la démonstration du théorème de Pick par un exemple simple : prenons pour polygone
P un carré horizontal de côté n ≥ 2 dont les sommets sont les points de coordonnées (0, 0), (n, 0), (0, n)
et (n, n). Alors, on a clairement A = n2 , b = 4(n + 1) − 4 = 4n (les sommets sont comptés deux fois), et
i = (n − 1)2 . On voit ainsi que (n − 1)2 + 2n − 1 = n2 .
Pour montrer le cas général, l’idée consiste à découper le polygone P en polygones plus simples (pas
des carrés du type ci-dessus mais plutôt des triangles). Il suffira alors d’établir la formule pour un
triangle, car on observe que la formule est additive au sens suivant : supposons que P1 et P2 sont
deux polygones ayant une ou plusieurs arêtes consécutives en commun mais dont les intérieurs sont
disjoints.
3.4. PROBLÈMES D’EXTREMUMS ET COMBINATOIRE 127

On note P le polygone P1 ∪ P2 et A1 , i1 , b1 (respectivement A2 , i2 , b2 ) l’aire, le nombre de points


intérieurs et sur la frontière de P1 (respectivement P2 ). On a clairement A = A1 + A2 . Soit x le
nombre de points qui sont sur la frontière commune à P1 et à P2 et dans l’intérieur de P1 ∪ P2 , alors
on a les relations : i = i1 + i2 + x et b = b1 + b2 − 2x − 2, par suite :

b b + b2 − 2x − 2 b b
i+ − 1 = i1 + i2 + x + 1 − 1 = i1 + 1 − 1 + i2 + 2 − 1.
2 2 2 2

P1 P2

Par conséquent, si la formule est vraie pour P1 et P2 , elle est aussi vraie pour P. Montrons maintenant
que tout polygone P peut être décomposé en triangles à sommets dans Z × Z, et même en triangles
élémentaires, c’est-à-dire qui n’ont aucun point à coordonnées entières dans leur intérieur ou au bord
hormis les sommets. On procède de la façon suivante : on commence par trianguler le polygone P
n’importe comment (en fait, il est facile de montrer par récurrence sur le nombre de sommets que tout
polygone admet une triangulation, voir figure précédente à droite). Si un des triangles contient un
point à coordonnées entières dans son intérieur, on le relie aux trois sommets. On continue cela tant
qu’il reste des points intérieurs à coordonnées entières. Enfin, pour un triangle sans point intérieur à
coordonnées entières, on regarde s’il y a des points à coordonnées entières sur un des bords en dehors
des sommets. Si tel est le cas, on relie le sommet opposé à tous les points entiers du côté en question. En
conclusion, tout polygone admet une triangulation en triangles élémentaires . Comme P est obtenu
en assemblant ces triangles élémentaires avec 1 ou 2 arêtes en commun, il suffit, d’après l’additivité
de vérifier que la formule est vraie pour un triangle élémentaire T . Comme pour un tel triangle on
a : i = 0 et b = 3, on est ramené à montrer que l’aire de T est égale à 1/2. Quitte à effectuer une
translation, on peut supposer que l’un des sommets de T est l’origine (0, 0). On note (a, b) et (c, d)
les coordonnées des deux autres sommets. Puisque T est élémentaire alors u = (a, b) et v = (c, d)
forment une base du réseau Z2 car si (x, y) ∈ Z2 on peut écrire (x, y) = αu + βv avec (α, β) ∈ R2
puisque (u, v) est une base de R2 . On va voir que α et β sont des entiers. On peut écrire α = ⌊α⌋ + r
et β = ⌊β⌋ + s avec r, s ∈ [0, 1[. Le point (x, y) − ⌊α⌋u − ⌊β⌋v = ru + vs est dans Z2 et se trouve dans
le parallélogramme de base (u, v). Comme T est élémentaire, ce parallélogramme ne contient aucun
point à! coordonnées entières en dehors de ses sommets. Ainsi, r = s = 0. Il en résulte que la matrice
a c
est dans GL2 (Z). Son déterminant est donc égal à ±1. Or ce déterminant représente l’aire
b d
algébrique du parallélogramme défini par u et v. L’aire de T est donc égale à 1/2.

Dans l’exemple ci-dessous on a : i = 8, b = 13, d’où A = 8 + 6, 5 − 1 = 13, 5.


128 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

Exemple

Soit n ≥ 4 un entier naturel. Quel est le nombre maximal de points à coordonnées entières
contenus à l’intérieur ou sur le bord d’un carré de côté n ?

Soit K un carré arbitraire de côté n, et soit M le plus petit polygone convexe contenant les points à
coordonnées entières situés dans K. Alors, l’aire [M] de M est ≤ n2 , et le périmètre P (M) de M est
m
≤ 4n. D’après la formule de Pick on a : [M] = +k −1, où k est le nombre de points à coordonnées
2
entières situés à l’intérieur de M, et m le nombre de points à coordonnées entières situés sur la
m
frontière (ou les bords) de M. Donc, +k −1 ≤ n2 . Puisque la distance entre deux points distincts
2
et à coordonnées entières est ≥ 1, alors P (M) ≤ m. Par conséquent, m ≤ 4n et on déduit que :
 
m m
m+k = + k − 1 + + 1 ≤ n2 + 2n + 1 = (n + 1)2 .
2 2

D’où, le nombre m + k de points à coordonnées entières dans K ne dépasse pas (n + 1)2 .


D’autre part, il est clair qu’il existe un carré de côté n contenant (n + 1)2 points à coordonnées
entières.
Exemple

Quel est le nombre minimum de plans nécessaires pour couper un cube en au moins 300
pièces ?

En utilisant une preuve par récurrence sur n, il n’est pas difficile de montrer que n droites
n(n+1)
divisent le plan en moins de p(n) = 2 + 1 parts. On obtient précisément p(n) lorsque deux
droites quelconques se coupent, et aucun triplet de droites quelconques ne se coupent en un
point. En utilisant encore une fois la récurrence sur n, on montre que n plans divisent l’espace en
3
moins de q(n) = n +5n+6
6 parts, et on obtient précisément q(n) lorsque deux plans quelconques se
coupent, aucun triplet de plans quelconques n’ont une droite en commun, et aucun quadruplet
de plans quelconques n’ont un point en commun.
Puisque q(12) = 299 < 300 < 378 = q(13), alors pour couper l’espace en au moins 300 parts il
nous faut 13 plans. Il est facile de voir, maintenant, que le même nombre de plans est nécessaire
pour couper un cube en au moins 300 pièces.
Exemple

Soit n ≥ 3 un entier donné. Pour des points A1 , A2 , · · · , An dans le plan, et tels que trois
points quelconques ne sont pas alignés, on note par α le plus petit des angles A\ i Aj Ak pour
i, j et k différents. Quelle est la plus grande valeur possible pour α ?

180◦
On se propose de montrer que : α ≤ .
n
Il existe deux points, disons par exemple A1 , A1 b b
A2 , tels que tous les autres points sont situés du b

même côté par rapport à la droite (A1 A2 ). Choi-


b

sissons un point A3 tel que A\ 1 A2 A3 soit maxi- b

mal, alors tous les autres points sont contenus b


A3
A2
dans cet angle.

De plus, A\
1 A2 A3 ≥ α(n − 2) puisque l’angle entre deux demi-droites consécutives [A2 Ai ) est
≥ α. Ensuite, on choisit un point A4 tel que A\ 2 A3 A4 soit un maximum, etc. On a clairement
A\A A
2 3 4 ≥ α(n − 2), A\ A A
3 4 5 ≥ α(n − 2), etc. Comme le nombre de points est n, alors il existe un
3.4. PROBLÈMES D’EXTREMUMS ET COMBINATOIRE 129

nombre minimal m ≤ n tel que Am+1 ∈ {A1 , A2 , · · · , Am−1 } (il est clair que Am+1 , Am ), c’est-à-dire
\
Am−1 Am A est maximal pour A = Ai pour un certain i ∈ J1, m − 1K. Si i , 1, alors A1 est situé dans
l’angle Am−1\ Am Ai , une contradiction. Par suite, i = 1 et chacun des angles du polygone convexe
A1 A2 · · ·Am est ≥ α(n − 2). Par conséquent : 180◦ (m − 2) ≥ mα(n − 2), ce qui implique :
   
180◦ (m − 2) 180◦ 2 180◦ 2 180◦
α≤ = 1− ≤ 1− = .
m(n − 2) n−2 m n−2 n n
Il est facile de voir que si A1 , A2 , · · · , An sont les b

sommets d’un polygone régulier à n côtés, alors b b

180 ◦
on a : α = . α
n b

α
b

En conclusion, la plus grande valeur possible


180◦ α
de α est égale à : . b b

n
b b

Exemple

Quel est le plus grand nombre de points que l’on peut placer dans le disque unité de sorte
que la distance entre deux points quelconques soit strictement supérieure à 1 ?

Soient O le centre du disque, et A1 , A2 , · · · , An des points à l’intérieur du disque tels que Ai Aj >
1 pour i , j. On peut supposer que ces points sont rangés dans le sens des aiguilles d’une montre
puisque deux quelconques d’entre eux n’appartiennent pas au même rayon. Posons αi = A\ i OAi+1
pour i ∈ J1, nK, avec An+1 = A1 . Alors αi > 60◦ puisque Ai Ai+1 est le plus grand côté du triangle
Ai OAi+1 . D’où :
360◦ = α1 + α2 + · · · + αn > n · 60◦ et par suite n ≤ 5.

Pour montrer que le nombre cherché est 5, on b

prend 5 points A1 , A2 , A3 , A4 , A5 qui sont suffi- b

samment proches des sommets d’un pentagone


A1
régulier inscrit dans le cercle unité (voir figure b
b
A2 b
b
ci-contre). En conclusion, 5 est le plus grand A5 O
b
nombre de points que l’on peut placer dans le
A3
disque unité de sorte que la distance entre deux
A4
points quelconques soit strictement supérieure b b

à 1. b b

Exemple

Soit n ≥ 4 un entier. Quel est le nombre maximal d’angles aigus dans un polygone convexe
à n côtés ?

b
b

α4

αn α3
b b

b
α1 α2
130 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

Si le polygone convexe à n ≥ 4 côtés admet au moins 4 angles aigus, alors leurs angles extérieurs
seront obtus, donc leur somme sera plus grande que 360◦ . Cependant, la somme de tous les
angles extérieurs α1 , α2 , · · · , αn du polygone convexe est égale à : n · 180◦ − (n − 2) · 180◦ = 360◦ , une
contradiction.
Exemple

Quel est le plus petit nombre de points qui peuvent être placés dans un polygone convexe
à n côtés de sorte que chaque triangle, formé par trois des sommets du polygone convexe,
contienne un au moins de ces points ?

Soit A1 A2 · · ·An un polygone convexe quel- b b


Ai
conque. Les diagonales issues du sommet A1
b
le coupent en n − 2 triangles. Donc, le nombre b

cherché est inférieur ou égal à : n−2. Une répar- An b b

tition des n−2 points dans un polygone convexe b

à n côtés et vérifiant les conditions de l’exercice b

est présentée dans la figure ci-contre.


b b
b A3
A1
b

A2

3.5 Classification
Méthode de classification

Lorsque de nombreuses situations sont définies dans un problème mathématique, nous discutons
habituellement chaque situation individuellement et trouvons la solution. En résumant et en
faisant la synthèse de ces conclusions sur chacun des cas, nous obtenons la solution du problème
initial. Telle est l’idée et la méthode de classification.
Lorsque nous résolvons des problèmes en appliquant l’idée et la méthode de classification, les
règles suivantes doivent être respectées :
1 chaque situation dans le problème d’origine doit être contenue dans une classe ;
2 deux classes quelconques sont disjointes et il n’y a aucun chevauchement ;
3 la classification doit suivre le même critère ;
4 la règle pour choisir le critère de classification est que le problème, dans chaque situation
individuelle, peut être résolu plus facilement que le problème original.

Exemple

Combien de nombres à 3 chiffres peut-on former avec les chiffres J0, 9K de sorte que la
somme des chiffres soit un nombre pair plus grand ou égal à 10 ?

Les nombres à 3 chiffres et dont leur somme est paire sont de deux types : chaque chiffre est
pair ou un est pair et les deux autres sont impairs.
(1) Si chaque chiffre est pair, le nombre de ces nombres à 3 chiffres est égal à A53 − A42 = 48.
(2) Lorsqu’un chiffre est pair et les deux autres sont impairs, le nombre de ces nombres à 3 chiffres
est égal à : ! ! !
5 5 3 5 2
A − A = 280.
1 2 3 2 2
3.5. CLASSIFICATION 131

Or, parmi ces 280 nombres, il y a 42 qui ont une somme des chiffres plus petite que 10, il s’agit
de : 204, 240, 402, 206, 260, 602, 620, 103, 130, 301, 310, 105, 150, 501, 510, 107, 170, 701, 710,
305, 350, 503, 530, 123, 132, 213, 231, 312, 321, 125, 152, 215, 251, 512, 521, 134, 143, 314, 341,
413, 431. En conclusion, le nombre de nombres à 3 chiffres et dont la somme est un nombre pair
plus grand ou égal à 10 est égal à 48 + 280 − 42 = 286.
Exemple

On suppose qu’une figure est composée de 2n points (avec n ≥ 2 et quatre points quel-
conques ne sont pas coplanaires), et on suppose qu’il y a n2 + 1 segments reliant ces 2n
points. Montrer qu’il existe n triangles dans cette figure.

On fait un raisonnement par récurrence sur n. Pour n = 2, on suppose qu’il y a quatre points

A, B, C, D et qu’il y a 22 + 1 = 5 segments les reliant. Donc, il y a seulement 42 − 5 = 1 paire de ces
points qui ne sont pas reliés par un segment. Supposons, sans perte de généralité, qu’il n’y a pas
de segment reliant les points C et D. Alors, il y a deux triangles dans la figure : ABC et ABD, et le
résultat est prouvé dans ce cas.
Supposons que le résultat est vrai pour le rang k ≥ 2, et montrons le au rang k + 1. Soit G une
figure formée de 2k + 2 points et supposons qu’il y a (k + 1)2 + 1 segments reliant ces points. On
montre, tout d’abord, qu’il existe au moins un triangle. On suppose que les points donnés A et B
sont reliés par un segment, et notons par a (ou b) le nombre de segments reliant A (ou B) avec les
2k autres points restants.
(1) Si a + b ≥ 2k + 1, alors il existe un point C (C différent de A et de B) qui est relié avec A et B par
des segments. Donc, il existe un triangle ABC.
(2) Si a + b ≤ 2k, en supprimant les points A et B et tous les segments rencontrant A et B, alors
dans la figure restante il y a 2k points et au moins (k + 1)2 + 1 − 2k − 1 = k 2 + 1 segments reliant ces
points. Par hypothèse de récurrence, il y a k triangles.
Soit ABC un de ces triangles, et nA , nB ou nC le nombre de segments reliant les points A, B ou C
et les autres 2k − 1 points respectivement. On distingue deux cas.
⋄ Cas 1 : si nA + nB + nC ≥ 3k − 1, il y a au moins k triangles avec un côté parmi les côtés AB, BC ou
CA respectivement. En ajoutant le triangle ABC, on a alors au moins k + 1 triangles.
⋄ Cas 2 : si nA + nB + nC ≤ 3k − 2, i.e., (nA + nB ) + (nB + nC ) + (nC + nA ) ≤ 6k − 4,$ alors %parmi les
6k − 4
trois nombres nA + nB , nB + nC et nC + nA , il y a au moins un ne dépassant pas = 2k − 2.
3
Supposons, sans perte de généralité, que nA +nB ≤ 2k −2. Après avoir supprimer les points A et B,
et tous les segments rencontrant A et B, alors dans la figure restante il y a 2k points et au moins
(k + 1)2 + 1 − (2k − 2) − 3 = k 2 + 1 segments reliant ces points. Par hypothèse de récurrence, il existe
k triangles. En ajoutant le triangle ABC, on a alors au moins k + 1 triangles.
La preuve par récurrence est ainsi terminée.
Exemple

Sur un groupe de n personnes (avec n ≥ 6) on suppose que :


 
n+2
1 chaque personne envoie ses vœux de « bonne année » par SMS à au plus
2
personnes ;
2 parmi 3 personnes quelconques, il y a au moins deux qui s’envoient des vœux par
SMS.
Montrer qu’il est possible de diviser ces n personnes en deux groupes disjoints de sorte
que deux personnes quelconques dans le même groupe s’envoient des vœux par SMS.

On représente une personne par un point du plan, trois points quelconques ne sont pas ali-
gnés. Si deux personnes s’envoient des vœux par SMS, alors les points correspondants sont reliés
par un segment rouge, et sinon, les deux points sont reliés par un segment bleu. Ainsi, on a une
132 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

figure géométrique G  vérifiant


 :
n+2
(1) il y a au plus n − segments rouges rencontrant chaque point dans G ;
2
(2) parmi trois points quelconques de G, il y a au moins deux points qui sont reliés par un seg-
ment rouge.
Le problème est alors équivalent à montrer qu’il est possible de diviser G en deux sous-ensembles
disjoints de sorte que deux points quelconques dans le même sous-ensemble soient reliés par un
segment rouge.
Soit S l’ensemble de n points dans G, d’après la condition (1) il y a au moins
    
n+2 n
n−1− n− =
2 2
j k
segments bleus rencontrant chaque point de S. Supposons que le point A1 et les n2 points
j k
B1 , B2 , · · · , B⌊n/2⌋ sont reliés par les segments bleus, et les points B1 et les n2 points A1 , A2 , · · · , A⌊n/2⌋
sont reliés par les segments bleus. Soient
n o n o
S1 = A1 , A2 , · · · , A⌊n/2⌋ et S2 = B1 , B2 , · · · , B⌊n/2⌋ ,

alors par la condition (2), on sait que S1 ∩ S2 = ∅ et deux points quelconques dans le même sous-
ensemble Si (i = 1 ou 2) sont reliés par un segment rouge.
Cas 1 : si n = 2k est pair, alors l’ensemble S est divisé en deux sous-ensembles disjoints S1 et S2
de sorte que deux points dans le même sous-ensemble soient reliés par un segment rouge. Le
résultat est donc vrai.
Cas 2 : si n = 2k + 1 ≥ 6 est impair, alors k ≥ 3. Comme |S1 ∪ S2 | = 2k, alors il existe un point C ∈ S
qui n’appartient pas à S1 ∪ S2 .
⋄ Si C et B1 sont reliés par un segment bleu, on pose S1′ = S1 ∪ {C}, alors par la condition (2)
on sait que n’importe quels deux points dans S1′ et dans S2 sont reliés par un segment rouge, et
S = S1′ ∪ S2 , S1′ ∩ S2 = ∅. Le résultat est donc vrai.
⋄⋄ Si C et A1 sont reliés par un segment bleu, alors pour la même raison que dans le cas ⋄ le
résultat est encore vrai.
⋄ ⋄ ⋄ Si C et chacun
  de A1 et B1 sont reliés par un segment rouge, alors par la condition (1), il
n
y a au moins = k ≥ 3 points et le point C sont reliés par les segments bleus et ces points
2
n’appartiennent pas tous à S2 . Sans perte de généralité, supposons que C et un autre point Ai
(avec 2 ≤ i ≤ k) dans S1 sont reliés par un segment bleu, et C et les deux points Bt , Bj (avec
 
n
2 ≤ t < j ≤ k) dans S2 sont reliés par deux segments bleus. On connaît au moins = k points et
2
le point Ai sont reliés par les segments bleus et au moins k − 1 de ces points, à l’exception de C,
appartiennent à S2 . Or, il y a seulement k − 2 points dans S2 , à l’exception de deux points Bj , Bt .
Donc, Ai et l’un des deux points Bt , Bj doivent être reliés par un segment bleu. On suppose, pour
simplifier, que le point Ai et le point Bt sont reliés par un segment bleu. Alors, deux quelconques
parmi les trois points C, Ai , Bt sont reliés par un segment bleu, ce qui est en contradiction avec la
condition (2).

3.6 Méthode des étapes intermédiaires


Méthode des étapes intermédiaires

La méthode des étapes intermédiaires consiste à transformer le problème original difficile en


un groupe de « petits problèmes » intermédiaires. Pour ces « petits problèmes », les solutions
des problèmes postérieurs dépendent souvent des solutions des problèmes antérieurs. Lorsque le
dernier problème est résolu, nous obtenons la solution du problème de départ.
3.7. MÉTHODE D’ÉVALUATION 133

Exemple

Déterminer le plus petit entier n ∈ N∗ tel que parmi n nombres irrationnels, il existe 3
nombres irrationnels vérifiant : la somme de deux quelconques est un nombre irrationnel
√ √ √ √
Lorsque n = 4, et avec les nombres − 2, − 3, 2, 3, on voit que la propriété n’est pas vérifiée.
Par conséquent, on a n ≥ 5. On se propose de montrer dans la suite que n = 5 est le plus petit
entier vérifiant la propriété de l’exercice.
Montrons que parmi 5 nombres irrationnels, il existe au moins trois tels que la somme de deux
parmi eux soit aussi un nombre irrationnel. On représente les 5 nombres irrationnels par des
points du plan avec 3 quelconques non coplanaires, on les nomme x, y, z, u, v (et on va confondre
le nombre irrationnel et le point qu’il représente). Si la somme de deux nombres est un nombre
rationnel alors on relie les points correspondants par un segment rouge, et sinon, on les relie par
un segment bleu. On obtient ainsi une figure géométrique G, et le problème revient à montrer
qu’il existe un triangle bleu dans G.
On commence par montrer qu’il existe un triangle monochromatique dans G (i.e. un triangle
avec les 3 côtés de même couleur). Si parmi 4 segments rencontrant un certain point il y a au
moins 3 segments rouges (ou bleus), alors il doit y avoir un triangle monochromatique. Donc, et
sans perte de généralité, on peut supposer qu’il y a exactement 2 segments rouges et 2 segments
bleus rencontrant chaque point dans G. Et il y a 5 segments rouges et 5 segments bleus dans G.
Comme il y a seulement 2 segments rouges rencontrant chaque point dans G, alors chaque point
est un sommet d’une ligne brisée. Or chaque ligne brisée fermée a au moins 3 segments, d’où
5 segments rouges forment une ligne brisée fermée. De même, 5 segments bleus forment une
ligne brisée fermée. Pour simplifier, supposons que xyzuv est une ligne brisée fermée rouge, alors
x + y, y + z, z + u, u + v, v + x sont tous des nombres rationnels. Donc
1
x = [(x + y) − (y + z) + (z + u) − (u + v) + (v + x)]
2
est un nombre rationnel, ce qui contredit la condition de l’exercice. Par conséquent, il existe un
triangle monochromatique.
Deuxièmement, montrons qu’il existe un triangle bleu. Sinon, il existe un triangle rouge. Pour
simplifier, supposons que xyz est un triangle rouge, alors x + y, y + z, z + x sont tous des nombres
1
rationnels, et x = [(x + y) + (z + x) − (y + z)] est un nombre rationnel, ce qui contredit la condi-
2
tion de l’exercice. Donc, il existe un triangle bleu. Supposons que xyz est un triangle bleu, i.e.
il existe 3 nombres irrationnels x, y, z tels que la somme de deux quelconques d’entre eux est un
nombre irrationnel.
En résumé, on a montré que n = 5 est la plus petite valeur vérifiant les conditions de l’exercice.

3.7 Méthode d’évaluation


Méthode d’évaluation

On attribue aux conclusions recherchées des nombres distincts. Puis nous analysons, calculons
et comparons ces nombres en détail. C’est la méthode d’évaluation que nous allons mettre en
œuvre sur trois exemples.

Exemple

Lorsqu’on supprime un carré unité d’un carré 2 × 2, l’objet obtenu est appellé « forme-L ».
Utiliser quelques formes-L pour recouvrir un rectangle 5 × 7, et chaque forme-L couvre
exactement 3 carrés unités. On suppose que les chevauchements sont autorisés et sans
134 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

sauts, et que chaque forme-L ne dépasse pas les bords sur rectangle 5 × 7.
Est-il possible que chaque carré unité du rectangle 5×7 soit recouvert par le même nombre
de formes-L ? (Russie)

On suppose qu’on écrit −2 ou 1 dans chaque carré unité du rectangle 5 × 7 comme dans le
tableau ci-dessous :

−2 1 −2 1 −2 1 −2
1 1 1 1 1 1 1
−2 1 −2 1 −2 1 −2
1 1 1 1 1 1 1
−2 1 −2 1 −2 1 −2

alors, la somme des trois nombres dans chacun des 3 carrés formant une forme-L est toujours ≥ 0.
Donc, peu importe le nombre de fois qu’on recouvre les nombres par des formes-L, la somme de
tous les nombres recouverts par les formes-L (si un nombre est recouvert n fois alors il est compté
n fois dans cette somme) est toujours ≥ 0. D’autre part, la somme des nombres dans le tableau
ci-dessus est égale à : 12 × (−2) + 23 × 1 = −1. Si chaque carré unité est recouvert k fois, alors le
total de tous les nombres recouverts par ces formes-L est égal à −k, ceci est une contradiction.
Par suite, il est impossible que chaque carré unité du rectangle 5 × 7 soit recouvert par le même
nombre de formes-L.
Exemple

Il y a 20 filles et 20 garçons qui sont assis, face à face, autour de deux cercles concentriques
(voir figure ci-dessous). Il y a exactement 20 personnes assises sur chacun des deux cercles,
mais on ignore le nombre de garçons et de filles sur chacun d’eux. S’il arrive qu’un garçon
g et une fille f soient assis face à face (chacun sur un cercle et en face l’un de l’autre), alors
on dit que (f , g) forme une paire de partenaires. Montrer qu’il est possible de faire tourner
le petit cercle de sorte que le nombre de paires partenaires soit supérieur ou égal à 10.

b b
r
r

b b b
r

r
r

b b
r

On note a1 , a2 , · · · , a20 (respectivement b1 , b2 , · · · , b20 ) les personnes assises, dans le sens des ai-
guilles d’une montre, autour du petit (respectivement grand) cercle. Si ai ou bi est un garçon on
lui attribue le nombre +1, et si c’est une fille on lui attribue le nombre −1. On tourne le petit
3.8. RAISONNEMENT PAR L’ABSURDE 135

cercle pour que a1 soit en face de bi , et on pose pour i ∈ J1, 20K :


20
X
Si = ak bi+k−1 , (avec la convention bj+20 = bj ).
k=1

On suppose, sans perte de généralité, que le nombre de filles sur le grand cercle est plus grand
ou égal au nombre de garçons sur ce même cercle, alors le nombre de garçons sur le petit cercle
est plus petit ou égal au nombre de filles sur ce même cercle. D’où :
a1 + a2 + · · · + a20 ≤ 0 et b1 + b2 + · · · + b20 ≥ 0.
Par conséquent :
S1 + S2 + · · · + S20 = (a1 + a2 + · · · + a20 ) (b1 + b2 + · · · + b20 ) ≤ 0.
D’après le principe de la valeur moyenne, il existe i0 ∈ J1, 20K tel que Si0 ≤ 0. Cela veut dire que
dans l’expression
a1 bi0 + a2 bi0 +1 + · · · + a20 bi0 +19 , (avec la convention bj+20 = bj )
le nombre de termes égaux à −1 est plus grand ou égal au nombre de termes égaux à +1, par suite
il existe au moins 10 paires partenaires.
Exemple

Toutes les cases d’un échiquier de taille m × n (avec m ≥ 3, n ≥ 3) sont coloriés en rouge
ou en vert. Deux cases adjacentes (i.e. avec un côté commun) sont dites « bon couple » si
elles sont de couleurs différentes (une rouge et l’autre verte). On suppose qu’il y a S « bons
couples ». Le nombre S est-il pair ou impair (Chine)

On classe les cases de l’échiquier en trois catégories : les cases aux quatre coins de l’échi-
quier, les cases le long des bords (n’incluant pas ceux dans les quatre coins), et enfin le reste
des cases. On attribue le nombre +1 à toutes les cases rouges, et on attribue le nombre −1 aux
cases vertes. On note a, b, c, d les nombres attribués aux cases de la première catégories (ceux si-
tués aux quatre coins de l’échiquier), puis x1 , x2 , · · · , x2m+2n−8 les nombres attribués aux cases de
la deuxième catégorie (situés le long des bords de l’échiquier et n’incluant pas les quatre coins),
en enfin y1 , y2 , · · · , y(m−2)(n−2) les nombres attribués aux cases de la troisième catégorie. Pour deux
cases adjacentes (i.e. avec un côté commun), on effectue le produit des deux nombres qui leur sont
attribués et on l’attribue, à son tour, au côté commun de ces deux cases. On note par H le produit
de tous les nombres attribués aux côtés communs des cases adjacentes. Il y a deux cases adjacentes
pour chaque case de la première catégorie, donc leurs nombres attribués apparaissent deux fois
dans H. Il y a 3 cases adjacentes pour chaque case de la deuxième catégorie, donc leurs nombres
attribués apparaissent trois fois dans H. Finalement, il y a 4 cases adjacentes pour chaque case de
la troisième catégorie, donc leurs nombres attribués apparaissent 4 fois dans H. Par conséquent :
 4
H = (abcd)2 (x1 x2 · · · x2m+2n−8 )3 y1 y2 · · · y(m−2)(n−2) = (x1 x2 . . . x2m+2n−8 )3 .

⋄ Si x1 x2 · · · x2m+2n−8 = +1 : alors H = +1, et dans ce cas le nombre de « bons couples » est pair.
⋄ Si x1 x2 · · · x2m+2n−8 = −1 : alors H = −1, et dans ce cas le nombre de « bons couples » est impair.
Par suite, la parité de S dépend de la couleur des cases de la deuxième catégorie. Lorsque le
nombre de cases vertes dans la deuxième catégorie est impair alors S l’est aussi. Sinon, S est pair.

3.8 Raisonnement par l’absurde


Le raisonnement par l’absurde est un outil très efficace pour résoudre des problèmes difficiles
en combinatoire comme nous allons voir sur plusieurs exemples et exercices.
136 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

Exemple

Soit ABCDE un pentagone convexe dont les sommets sont des points à coordonnées en-
tières. Les 5 diagonales de ABCDE forment un nouveau pentagone convexe A1 B1 C1 D1 E1
à l’intérieur de ABCDE (voir figure ci-dessous). Montrer que le pentagone A1 B1 C1 D1 E1
contient un point à coordonnées entières sur sa frontière ou dans son intérieur. (Russie)

E
b

C1 B1
b D
b
b
b b
A O
b
b E1 A1
D1 b

b b

B C

On utilise dans la solution la terminologie « pentagone entier » pour dire un pentagone dont
les sommets sont des points à coordonnées entières. On utilise aussi la notation [△ABC] pour
exprimer l’aire du triangle ABC.
Supposons, par l’absurde, que le résultat est faux. Comme l’aire de n’importe quel polygone entier
est un entier ou la moitié d’un entier, alors il existe un polygone entier d’aire minimale. Supposons
que le pentagone convexe d’aire minimale est ABCDE. Sans perte de généralité, on suppose que :

[△ABC] = min {[△ABC], [△BCD], △CDE], [△DEA], [△EAB]} .

On affirme que le triangle AC1 D1 n’a pas de points à coordonnées entières sur ses côtés ou à
son intérieur, à l’exception de A. Par hypothèse, il n’y a pas de point à coordonnées entières sur
[C1 D1 ]. Supposons, par l’absurde, qu’il existe un point A′ à coordonnées entières sur [AC1 ] ou
bien [AD1 ], ou à l’intérieur du triangle AC1 D1 . Alors, le pentagone A′ BCDE est entier et d’aire
plus petite que le pentagone entier ABCDE. De plus, le pentagone construit avec les diagonales
de A′ BCDE est à l’intérieur de A1 B1 C1 D1 E1 , ce qui implique qu’il ne contient pas de points à
coordonnées entières. Mais alors le pentagone A′ BCDE a une aire plus petite que le pentagone
ABCDE et vérifie les mêmes propriétés, ce qui contredit la minimalité. Pour les mêmes raisons,
le triangle CA1 E1 n’a pas de points à coordonnées entières sur ses côtés ou à son intérieur, à
l’exception de C.
Ensuite, [△ABC] ≤ [△DBC] et [△ABC] ≤ [△EAB], d’où d(D, BC) ≥ d(A, BC) et d(E, AB) ≥ d(C, AB),
où d(X, Y Z) désigne la distance du point X à la droite Y Z. Par suite, le triangle B1 AC contient
un autre sommet O du parallélogramme avec deux côtés adjacents [BA] et [BC] sur ses côtés ou
dans son intérieur. Comme A, B, C sont tous des points à coordonnées entières, alors O est aussi
un point à coordonnées entières. Or, le triangle AC1 D1 n’a pas de points à coordonnées entières
sur ses côtés ou dans son intérieur, à l’exception de A et il en est de même pour le triangle CA1 E1
à l’exception de C. Donc, le pentagone A1 B1 C1 D1 E1 contient un point O à coordonnées entières
sur ses bords ou dans son intérieur, et ceci est une contradiction. La preuve est ainsi terminée.
Exemple

Les trois sommets du triangle ABC sont coloriés respectivement en rouge, bleu et noir.
Les points reliant des points à l’intérieur du triangle ABC aux sommets de ce triangle
forment de nouveaux petits triangles. On suppose que chaque sommet de ces nouveaux
petits triangles est colorié avec l’une des trois couleurs mentionnées ci-dessus.
3.8. RAISONNEMENT PAR L’ABSURDE 137

Montrer que, pour n’importe quel coloriage des ces sommets, il existe un triangle dont les
sommets sont coloriés de trois couleurs différentes.

Supposons, par l’absurde, que le résultat est faux, alors il n’existe aucun triangle dont les trois
sommets sont coloriés de trois couleurs différentes. Le côté du triangle dont les deux extrémités
sont coloriés en rouge et bleu est appelé un côté rouge-bleu. Supposons que le nombre de tous les
côtés rouge-bleu dans le triangle ABC est k. Comme chaque côté rouge-bleu dans le triangle ABC
est un côté commun de deux triangles, et exactement un des trois côtés du triangle ABC est un
côté rouge-bleu, alors le nombre total de côtés rouge-bleu dans tous les petits triangles est égal
à S = 2k + 1. D’autre part, supposons que le nombre de petits triangles dont les trois sommets
sont rouges, rouge et bleu ou rouge, bleu et bleu est égal à p. Comme chaque tel triangle a deux
côtés rouge-bleu, et le reste des triangles n’ont pas de côté rouge-bleu (car il n’y a pas de triangles
dont les trois sommets sont rouges, bleus ou noirs), alors S = 2p. On obtient ainsi 2p = 2k + 1,
i.e., on a égalité entre un nombre pair et un nombre impair (tous les deux non nuls), ceci est une
contradiction. La preuve est ainsi terminée.
Exemple

On suppose qu’il y a 2016 jeunes filles assises autour d’une table circulaire. Elles jouent
un jeu avec 2016 cartes. Initialement, la fille F a toutes les 2016 cartes entre ses mains. Si
une fille a au moins deux cartes dans sa main, alors elle doit envoyer une carte à la fille
assise à sa droite et une carte à la fille assise à sa gauche. Le jeu s’arrête si, et seulement si,
chacune des 2016 filles a seulement une carte dans la main. Montrer qu’il est impossible
que le jeu s’arrête.

Supposons, par l’absurde, que le résultat est faux. On nomme les 2016 filles par 1, 2, · · · , 2016. Si
la fille i a la carte A après un certain nombre d’envois de cartes, alors on dit que la carte A a la
valeur flottante i. Supposons que la somme des valeurs flottantes des 2016 cartes est Sk après k
envois de cartes, et que la première fille a toutes les cartes au départ, d’où S0 = 2016. Si dans le
k-ème envoi de cartes, la première fille envoie une carte à la 2-ème et à la 2016-ème fille, alors la
valeur flottante augmente :

(2 − 1) + (2016 − 1) = 2016 c’est-à-dire Sk = Sk−1 + 2016.

Si dans le k-ème envoi de cartes, la 2016-ème fille envoie une carte à la 1-ère et à la 2015-ème
fille, alors la valeur flottante décroît :

(2016 − 1) + (2016 − 2015) = 2016 c’est-à-dire Sk = Sk−1 − 2016.

Si dans le k-ème envoi, la i-ème fille envoie une carte à la (i − 1)-ème fille et une carte à la (i + 1)-
ème fille, alors la valeur flottante augmente :

[i − (i − 1)] + [i − (i + 1)] = 0 (2 ≤ i ≤ 2015) i.e. Sk = Sk−1 .

Donc Sk est un multiple de 2016 (puisque S0 = 2016). Si le jeu s’arrête au bout d’un certain
nombre d’envois, alors le nombre total de valeurs flottantes des 2016 cartes est égal à :
S = 1 + 2 + · · · + 2016 = 1008 × 2017, S n’est donc pas un multiple de 2016, contradiction. En
conclusion, le jeu ne peut pas s’arrêter.
Exemple

Est-il possible de partager l’ensemble des entiers en trois sous-ensembles disjoints tel que
pour tout entier n, les trois nombres n, n − 50 et n + 2005 appartiennent aux trois sous-
ensembles distincts respectivement ?
138 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

On se propose de montrer que c’est impossible. Supposons, par l’absurde, qu’il est possible de
partager l’ensemble des entiers en 3 sous-ensembles disjoints tels que pour tout n ∈ Z, les entiers
n, n − 50 et n + 2005 appartiennent respectivement aux trois sous-ensembles disjoints. On utilise
le symbole m ←→ k pour dire que m et k appartiennent au même sous-ensemble, et le symbole
×
m ←→ k pour dire que m et k appartiennent à des sous-ensembles distincts, et enfin le symbole
(p, q, r) ∈ I pour dire que les entiers p, q, r appartiennent respectivement aux trois sous-ensembles
disjoints.
Si on utilise n −50 ou n +2005 pour changer chaque n dans (n, n −50, n +2005) ∈ I respectivement,
alors
(n − 50, n − 100, n + 1955) ∈ I et (n + 2005, n + 1955, n + 2 × 2005) ∈ I .
× ×
Donc, on obtient n + 1955 ←→ n − 50, et n + 1955 ←→ n + 2005, et il s’ensuit que n + 1955 ←→ n.
Donc on sait que (n − 50, n − 100, n) ∈ I à partir de (n − 50, n − 100, n) ∈ I . Si on utilise n − 50 pour
changer chaque n dans (n − 50, n − 100, n) ∈ I , on sait que (n − 100, n − 150, n − 50) ∈ I . Il s’ensuit
× ×
que n ←→ n − 150 à partir de n ←→ n − 50 et n ←→ n − 100. En commençant avec n ←→ 1955 et
n ←→ n − 150 on déduit les relations suivantes :
0 ←→ 1955 ←→ 2 × 1955 ←→ · · · ←→ 50 × 1955 = 652 × 150 − 50 ←→ 651 × 150
←→ · · · ←→ 150 − 50 ←→ −50.
× ×
Or, n ←→ n − 50, d’où 0 ←→ −50, et ceci est une contradiction. En conclusion, il n’existe pas de
partitions de Z en trois sous-ensembles disjoints avec les propriétés requises.
Exemple

Soient n > 1 un entier impair, et k1 , k2 , · · · , kn des entiers donnés. Pour chacune des n! per-
mutations a = (a1 , a2 , · · · , an ) de l’ensemble {1, 2, · · · , n}, on pose :
X n
S(a) = ki ai = k1 a1 + k2 a2 + · · · + kn an . Montrer qu’il existe deux permutations distinctes
i=1
b et c telles que n! divise S(b) − S(c). (OIM, 2001)

méthode : soit Sn l’ensemble des n! permutations a = {a1 , a2 , · · · , an } de {1, 2, · · · , n}. On calcule


1ère X
S= S(a) (mod n!). On a :
a∈Sn

X n
XX n X
X
S = S(a) = ki ai = ai . (1)
a∈Sn a∈Sn i=1 i=1 a∈Sn
X
Pour tout i ∈ J1, nK, ai contient (n − 1)! fois chacun des nombres 1, 2, · · · , n. Donc
a∈Sn
X (n + 1)!
ai = (n − 1)!(1 + 2 + · · · + n) = .
2
a∈Sn

D’où
n
(n + 1)! X
S = ki .
2
i=1
Supposons, par l’absurde, qu’il existe deux permutations b, c ∈ Sn , b , c, telles que S(b) et S(c)
donne le même reste lorsqu’on les divise par n!. D’où l’ensemble {S(a) (mod n!), a ∈ Sn } contient
tous les restes 1, 2, · · · , n!. Donc on a
X n!(n! + 1)
S (mod n!) = S(a) (mod n!) = (1 + 2 + · · · + n!) (mod n!) = (mod n!).
2
a∈Sn
3.8. RAISONNEMENT PAR L’ABSURDE 139

En combinant ce résultat avec (1), on obtient


 n
  n

 1 X 1   X 
n! |  (n + 1)! ki − n!(n! + 1) =⇒ 2n! | (n + 1)! ki − n!(n! + 1)
2 2
i=1 i=1
 n

 X 
=⇒ 2 | (n + 1) ki − 1 .
i=1

Or n + 1 est pair, donc on aboutit à une contradiction, ce qui termine la preuve.


2ème méthode : on commence par montrer le
n!
X
Lemme : Notons les n! permutations de {1, 2, · · · , n} par p1 , p2 , · · · , pn! . Soit N = S(pi ), alors n!|N
i=1
pour tout entier impair n > 1.
Preuve : soit j ∈ {1, 2, · · · , n}. On compte le nombre de permutations pi qui ont j à la m-ème place où
m est fixé. Le nombre est évidemment (n − 1)! car les autres n − 1 nombres peuvent être permutés
dans les n − 1 places restantes en (n − 1)! façons. Donc le nombre j apparaît (n − 1)! fois dans
chaque place pour toutes les permutations p1 , p2 , · · · , pn! . Donc chaque nombre j apparaît (n − 1)!
Xn!
fois comme le coefficient de chaque ki dans N = S(pi ). D’où
i=1

n
X n
X n n
n(n + 1) X n+1 X
N = (n − 1)! j ki = (n − 1)! ki = n! ki .
2 2
j=1 i=1 i=1 i=1

Comme n est impair on sait que n+1 2 ∈ Z. D’où n!|N . CQFD.


On suppose, par l’absurde, qu’il n’existe pas deux permutations distinctes b, c ∈ {p1 , p2 , · · · , pn! }
telles que n! | S(b) − S(c). Considérons les n! − 1 différences S(p1 ) − S(p2 ), S(p1 ) − S(p3 ), · · · , S(p1 ) −
S(pn! ). Par notre hypothèse aucune d’elles n’est divisible par n!. De plus, deux quelconques d’entre
elles n’ont pas le même résidu modulo n!. En effet, supposons que S(p1 ) − S(pi ) ≡ S(p1 ) − S(pj )
(mod n!), alors S(pj ) − S(pi ) ≡ 0 (mod n!) en contradiction avec notre hypothèse. Donc chacune de
ces n! − 1 différences doit être congrue à l’un de 1, 2, · · · , n! − 1 (mod n!). D’où

n!
X
(S(p1 ) − S(pi )) ≡ 1 + 2 + · · · + (n! − 1) (mod n!)
i=2
n!
X (n! − 1)n!
(n! − 1)S(p1 ) − S(pi ) ≡ (mod n!)
2
i=2
n!
X (n! − 1)
n!S(p1 ) − ≡ n! (mod n!)
2
i=1
n!
X (n! − 1)
− S(pi ) ≡ n! (mod n!).
2
i=1

n!
X
n!−1
Cependant S(pi ) ≡ 0 (mod n!) par le lemme. Mais 2 < Z car n! est pair pour n ≥ 3, donc
i=1
(n!−1)
n! 2 . 0 (mod n!). Donc notre hypothèse est fausse, et par suite il existe deux permutations b
et c distinctes telles que n! | S(b) − S(c).
3ème méthode : supposons qu’il n’existe pas deux permutations distinctes b, c telles que n! | S(b) −
S(c). Alors, toutes les sommes S(a) doivent être distinctes (mod n!). Or il y a exactement n!
sommes S(a) et n! résidus distincts (mod n!). Donc pour tout résidu t (mod n!) il existe une
140 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

unique permutation p telle que S(p) ≡ t (mod n!). (appelons ce résultat (*)). Considérons une per-
mutation quelconque b = (b1 , b2 , · · · , bn ) de 1, 2, · · · , n. Soit c = (c1 , c2 , · · · , cn ) définie par ci = n+1−bi
pour 1 ≤ i ≤ n. Notons qu’il existe un j tel que bj = 1 et donc cj = n de sorte que bj , cj comme
n ≥ 3. Donc b et c sont des permutations distinctes. On a
n n n n
 n

X X X X  n + 1 X 
S(b) − S(c) = k i bi − ki (n + 1 − bi ) = 2 ki bi − (n + 1) ki = 2 S(b) − ki 
2
i=1 i=1 i=1 i=1 i=1

car n est impair. Cependant, par (*) on peut choisir b telle que
n
n+1 X
S(b) ≡ t = ki (mod n!).
2
i=1

D’où S(b) − S(c) est divisible par n!, contredisant notre hypothèse de départ.

3.9 Méthode d’ajustement local

Méthode d’ajustement local

On effectue des ajustements (ou des transformations) selon la nature de la question de sorte
que le chemin entre la conclusion existante et l’objectif ultime soit plus court, et que le but
soit atteint, étape par étape. Ainsi, nous pouvons être assurés que l’objectif final sera atteint
grâce à un nombre fini d’ajustements (ou transformations). C’est ce qu’on appelle la méthode
d’ajustment local. Avec cette méthode, on peut résoudre les problèmes suivants :
1 pour montrer que certains objets combinatoires ont des caractéristiques données ;
2 pour résoudre des problèmes d’extremum en combinatoire ;
3 pour montrer qu’il existe des objets combinatoires avec certaines propriétés données ;
4 pour résoudre des problèmes concernant la possibilité d’atteindre des objectifs étape par
étape.

Exemple

On considère un grand carré n × n (avec n ≥ 4) composés de n2 carrés unités. Sur chaque


petit carré, il y a le chiffre +1 ou −1. Le produit de n nombres dans des lignes ou colonnes
distinctes est appelé « terme basique ». Soit S la somme des n! termes basiques, montrer
que S est divisible par 4. (Chine)

On assimile le grand carré à une matrice carrée n × n. On note aij l’élément situé à la i-ème
ligne et j-ème colonne. On sait alors que aij = ±1. Le nombre de termes basiques contenant aij est
égal à (n−1)!, donc si le signe du nombre aij change (de +1 à −1, ou de −1 à +1), alors le nombre de
termes basiques dont le signe a changé est égal aussi à (n−1)!. Supposons que le nombre de termes
basiques qui changent de −1 à +1 est égal à h, et le nombre de termes basiques qui changent de
+1 à −1 est égal à (n − 1)! − h. Le nombre total de termes basiques qui ont changé est passé de S à
S ′ , et l’accroissement ∆S = S ′ − S vérifie :

∆S = S ′ − S = 2h − 2 [(n − 1)! − h] = 4h − 2(n − 1)!.

Comme n ≥ 4, alors S ′ − S est divisible par 4, i.e., lorsque le signe d’un certain aij a changé, alors
l’accroissement ∆S de S est un multiple de 4.
Si tous les termes aij de la matrice sont égaux à +1, alors le nombre total de termes basiques est
3.9. MÉTHODE D’AJUSTEMENT LOCAL 141

égal à S = n!, et c’est un multiple de 4 (puisque n ≥ 4). Si tous les termes de la matrice ne sont pas
égaux à +1, alors chaque terme −1 dans la matrice peut être changé en +1, on le fait un par un et
à chaque fois l’accroissement ∆S de S est un multiple de 4. Donc, après plusieurs ajustements (ou
transformations), tous les nombres aij de la matrice changent en +1 et alors le nombre total de
termes basiques est égal à n!, qui est un multiple de 4. En conclusion, le nombre total de termes
basiques dans la matrice est un multiple de 4.
Exemple

On suppose que le nombre 2008 est écrit comme somme de certains entiers strictement
positifs et distincts de sorte que leur produit soit maximal.
Quelle est cette valeur maximale ?

Comme il y a un nombre fini de façons d’écrire 2008 comme somme d’entiers strictement
positifs, alors il existe un cas pour lequel le produit de ces entiers est maximal. On suppose que
2008 = a1 + a2 + · · · + ak avec a1 a2 · · · ak maximal. On note cette subdivision par S = {a1 , a2 , · · · , ak }
avec a1 < a2 < · · · < ak . La subdivision S a les propriétés suivantes :
(1) il existe au plus un entier strictement positif a ∈ [a1 , a2 ] et a < S. En effet, supposons que
a, b ∈ [a1 , a2 ], a, b < S et a − 1 ∈ S, b + 1 ∈ S. On pose

S ′ = ( S \ {a − 1, b + 1} ) ∪ {a, b},

alors Q ′
X X S ab ab
S′ = S = 2008 et Q = = > 1,
S (a − 1)(b + 1) ab − (b − a) − 1
Q Q Q
d’où S ′ > S. Contradiction avec S est maximal.
(2) a1 , 1. En effet, si a1 = 1, soit S ′ = ( S \ {1, ak } ) ∪ {ak + 1}, alors
X X Q ′ Y Y
S a +1

S = S = 2008 et Q = k > 1 i.e. S′ > S.
S 1 · ak
Q
Contradiction avec S maximal.
(3) a1 = 2 ou 3.
(i) Si a1 = 4 et 5 ∈ S, on pose S ′ = (S \ {5}) ∪ {2, 3}, alors
X X Q ′ Y Y
′ S 2×3
S = S = 2008 et Q = > 1 i.e. S′ > S.
S 5
Q
Contradiction avec S maximal.
(ii) Si a1 = 4 et j < S (j = 5, 6, · · · , t − 1), mais t ∈ S (t ≥ 6), alors on pose
S ′ = (S \ {4, t}) ∪ {2, 3, t − 1}, donc
X X Q ′
S 2 × 3 × (t − 1) 4t + 2(t − 3)
S′ = S = 2008 et Q = = > 1,
S 4t 4t
Q Q Q
i.e. S ′ > S. Contradiction avec S maximal.
(iii) Si a1 ≥ 5, on pose S ′ = (S \ {a1 }) ∪ {2, a1 − 2}, alors
X X Q ′
S 2(a1 − 2) a1 + (a1 − 4)
S′ = S = 2008 et Q = = > 1,
S a1 a1
Q Q Q
i.e. S ′ > S. Contradiction avec S maximal.
Des relations (1)-(2) et (3), on sait que a1 = 3, alors

3 + 4 + 5 + · · · + n − t = 2008 c’est-à-dire (n − 2)(n + 3) = 4016 + 2t.


142 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

D’où n = 63, et t = 5, c’est-à-dire S = {3, 4, 6, 7, · · · , 63}. On pose S ′ = (S \ {7}) ∪ {2, 5}, alors
X X Q ′ Y Y
S 2×5
S′ = S = 2008 et Q = >1 i.e. S′ > S.
S 7
Q Q
Contradiction avec S maximal. Donc, a1 = 2, et lorsque S = {2, 3, 4, 5, 6, 8, 9, · · · , 63}, alors S
63!
atteint son maximum égal à .
7
Exemple

14 personnes jouent à un jeu où il n’y a pas de match nul (soit on gagne soit on perd). Cha-
cun des 14 joueurs joue exactement un seul match contre chacun des 13 autres joueurs.
Pour trois joueurs A, B et C on dit que le triplet (A, B, C) est une « combinaison triangu-
laire » si A gagne contre B, B gagne contre C , et C gagne contre A. Quel est le nombre
maximum de combinaisons triangulaires ?

On note les 14 joueurs par A1 , A2 , · · · , A14 . On suppose que Ai a gagné contre ai joueurs (i ∈
J1, 14K). Si 3 joueurs ne forment pas une combinaison triangulaire, alors parmi les trois joueurs,
il y a un qui a gagné contre les deux autres. Donc, le nombre de triplets qui ne sont pas des
combinaisons triangulaires est égal à :

14
X ! ! !
ai 2 2
avec la convention = = 0.
2 0 1
i=1

! 14 !
14 X ai
Le nombre S de triplets qui sont des combinaisons triangulaires est égal à : S = − . Par
3 2
i=1
X14 !
ai
conséquent, S atteint son maximum lorsque est minimal. On se propose de montrer main-
2
i=1
14
X !
ai
tenant que si atteint son minimum alors ai − aj ≤ 1 (1 ≤ i < j ≤ 14). En effet, supposons
2
i=1
qu’il existe ai −aj ≥ 2 (i , j, 1 ≤ i, j ≤ 14), et posons a′i = ai −1, a′j = aj +1, a′k = ak (k , i, j, 1 ≤ k ≤ 14),
alors
X14 X14 !
′ 14
ai = ai = = 91.
2
i=1 i=1

Or

X14 ! 14 ! ! ! " ! !#
a′t X at ai − 1 aj + 1 ai aj
− = + − + =
2 2 2 2 2 2
i=1 i=1
" ! !#
ai − 1 aj h i
− − = − (ai − 1) − aj = −(ai − aj ) + 1 ≤ −2 + 1 ≤ −1.
1 1

Donc
14
X ! X14 ! 14
X !
a′t ai ai
< contradiction avec minimal.
2 2 2
i=1 i=1 i=1

14
X !
ai
Des relations = 91 et ai − aj ≤ 1 (1 ≤ i, j ≤ 14), on obtient que parmi a1 , a2 , · · · , a14 , il y a
2
i=1
3.10. MÉTHODES DE CONSTRUCTION 143

14
X !
ai
sept 6 et sept 7, donc la valeur minimale de est égal à :
2
i=1
! !
6 7
7 +7 = 252
2 2
! 14 ! !
14 X ai 14
et le maximum de S est donné par : S = − = − 252 = 112. D’autre part, lorsque
3 2 3
i=1
1 ≤ i ≤ 7, on suppose que Ai gagne contre Ai+1 , Ai+2 , · · · , Ai+6 , et Ai+7 , Ai+8 , · · · , Ai+13 gagnent
contre Ai (avec la convention Aj+14 = Aj ), et lorsque 8 ≤ i ≤ 14, on suppose que Ai gagne contre
Ai+1 , Ai+2 , · · · , Ai+7 , et Ai+8 , Ai+9 , · · · , Ai+13 gagnent contre Ai (avec la convention Aj+14 = Aj ), alors
dans ce cas on a l’égalité S = 112. En conclusion, le nombre maximum de triplets qui sont des
combinaisons triangulaires est égal à 112.
Exemple

On suppose que dans 2024 boîtes il y a, au départ, au moins 4 balles. Un jeu consiste à
prendre 2 balles de deux boîtes différentes (1 balle de chaque boîte), et de les mettre dans
une troisième boîte. Est-il possible qu’après un certain nombre d’étapes toutes les balles
se trouvent dans une même boîte ?

On va résoudre le problème général en remplaçant 2024 par un entier quelconque n ≥ 4. On


montre que le résultat est vrai par récurrence sur m (le nombre de balles). Pour m = 4, il y a au
plus 4 boîtes non vides. On ne se préoccupe pas des autres boîtes vides et considérons toutes les
positions initiales possibles :
(1) (1, 1, 1, 1),
(2) (1, 2, 1, 0),
(3) (2, 2, 0, 0),
(4) (1, 3, 0, 0).
Dans les cas (1) − (4) ci-dessus on procède comme suit :
(1) (1, 1, 1, 1) → (3, 1, 0, 0) → (2, 0, 2, 0) → (1, 2, 1, 0) → (0, 4, 0, 0),
(2) (1, 2, 1, 0) → (0, 4, 0, 0),
(3) (2, 2, 0, 0) → (1, 1, 2, 0) → (0, 0, 4, 0),
(4) (1, 3, 0, 0) → (0, 2, 2, 0) → (2, 1, 1, 0) → (4, 0, 0, 0).
Supposons que le résultat soit vrai jusqu’au rang m et montrons le pour le rang m + 1. On a m + 1
balles, on marque l’une d’entre elles que l’on appelle « ballon d’or ». On ignore tout d’abord le
ballon d’or et on considère juste les m autres. Par hypothèse de récurrence, on peut mettre toutes
les m balles dans une seule boîte. Si cette boîte contient aussi le ballon d’or alors c’est fini. Sinon,
on prend deux boîtes vides et on procède comme suit :
(1, m, 0, 0) → (0, m − 1, 2, 0) → (2, m − 2, 1, 0) → (2, m − 3, 0, 2) → (1, m − 1, 0, 1) → (0, m + 1, 0, 0).
Toutes les balles sont dans la même boîte, et la preuve par récurrence est terminée.

3.10 Méthodes de construction


Méthodes de construction

Pour prouver que certains énoncés en combinatoire sont vrais, nous utilisons souvent la mé-
thode de construction. Les méthodes de construction sont divisées en deux classes : la méthode
de construction directe et la méthode de construction inductive. S’il est difficile de construire
un objet remplissant les conditions données, alors nous pouvons commencer par les aspects sui-
vants :
144 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

1 nous analysons les structures de l’objet que nous devons construire, puis on construit cet
objet (la méthode d’analyse combinatoire) ;
2 nous construisons certaines parties vérifiant des conditions partielles, et puis l’objet qui
doit être construit à partir de ces parties (la méthode de pièces composées) ;
3 nous construisons un objet vérifiant une partie des conditions requises, puis nous effec-
tuons quelques ajustements, étape par étape de telle sorte que l’objet satisfasse toutes les
conditions (la méthode d’ajustement par étapes).
Si certains objets concernant un nombre entier strictement positif n doivent être construits, et
qu’il est difficile de le faire directement, nous pourrions les construire en utilisant la méthode de
construction inductive.

Exemple

Existe-t-il un ensemble M0 formé d’une infinité de cerles dans le plan tels que :
1 deux cercles quelconques dans M0 et leurs intérieurs ont au plus un point commun ;
2 chaque point de l’axe des abscisses et à coordonnée rationnelle appartient à un
cercle dans M0 ?
p
Pour un point à coordonnées rationnelles (r, 0), avec r = , (p, q) ∈ Z × N∗ , on trace un cercle
q
Cr (Rr ) au dessus de l’axe des abscisses, de rayon Rr > 0, et tels qu’ils (le cercle et l’axe des abscisses)
sont tangents au point (r, 0). L’ensemble formé de ces cercles est noté M0 . Il est clair que l’ensemble
M0 vérifie la condition (2) de l’exercice. Pour que M0 satisfasse la condition (1), on doit trouver
une condition que doit vérifier Rr . Soient Cr1 (Rr1 ) et Cr2 (Rr2 ) deux cercles éléments de M0 , ils se
coupent si et seulement si la distance entre leurs centres est plus petite que la somme de leurs
rayons, c’est-à-dire :
q
(r1 − r2 )2 + (Rr1 − Rr2 )2 < Rr1 + Rr2 ⇐⇒ (r1 − r2 )2 < 4Rr1 Rr2 .
pi
Avec ri = , i ∈ {1, 2}, on obtient : (p1 q2 − p2 q1 )2 < 4q12 q22 Rr1 Rr2 . (∗).
qi
1 4
Si on prend Rri = 2 (k ≥ 2), alors de (*) on déduit que : (p1 q2 − p2 q1 ) < 2 ≤ 1. Si r1 , r2 , alors
kqi k
le membre de gauche de la dernière inégalité est un entier strictement positif, et ceci constitue
1
une contradiction. Ainsi, tant que Rr = 2 (k ≥ 2), l’ensemble M0 vérifie toutes les conditions de
kq
l’exercice. En conclusion, on a montré qu’il existe un ensemble avec une infinité de tels cercles :
( )
p 1
M0 = Cr (Rr ) : r = , Rr = 2 (k ≥ 2), (p, q) ∈ Z × N∗ , pgcd(p, q) = 1 .
q kq

Exemple

Est-il possible de partager l’ensemble N∗ des entiers strictement positifs en deux ensembles
disjoints A et B de sorte que :
1 trois éléments quelconques de A ne sont pas en progression arithmétique ;
2 toute infinité de nombres de B ne peuvent pas former une suite arithmétique infinie
de raison d , 0 ?

On commence par faire une analyse du problème : soient A = {a1 , a2 , a3 , · · · } (a1 < a2 < a3 < · · · )
et B = N∗ \ A vérifiant les conditions (1) et (2) de l’exercice. Si a < b < c sont des éléments de A
3.10. MÉTHODES DE CONSTRUCTION 145

formant une suite arithmétique alors 2b = a + c > c. Donc, si ai+1 ≥ 2ai (i = 1, 2, 3, · · · ), alors trois
nombres quelconques de A ne peuvent pas être en progression arithmétique, et il n’est donc pas
difficile de construire un tel ensemble. Pour que l’ensemble B satisfasse la condition (2), on doit
juste laisser au moins un terme de la suite arithmétique et infinie (a + nd)n≥0 appartenir à A pour
tout a, d ∈ N∗ .
Passons maintenant à la démonstration : soit (a, d) la suite arithmétique infinie de premier terme
a et de raison d. On arrange toutes les suites arithmétiques infinies de raison d , 0 sous la forme
suivante : (1, 1), (1, 2), (2, 1), (1, 3), (2, 2), (3, 1), · · · selon la règle : si a + d < a′ + d ′ ou a + d = a′ + d ′ et
a < a′ , alors (a, d) est placée avant (a′ , d ′ ).
D’où, on construit la suite comme suit : soit a1 = 1, si a1 , a2 , · · · , an ont été choisis, alors parmi
la (n + 1)-ème suite arithmétique on prend un nombre qui est plus grand que 2an comme an+1
par exemple. Soit A = {a1 , a2 , · · · , an , · · · }, puisque an+1 > 2an , alors trois nombres quelconques de
A ne sont pas en progression arithmétique. Maintenant, on pose B = N∗ \ A, et il y a au moins un
terme (élément de A) dans chacune des suites arithmétiques de raison d , 0 et infinies. Donc, un
nombre infini d’éléments de B ne peuvent pas former une suite arithmétique infinie et de raison
d , 0. En conclusion, les deux ensembles A et B ainsi construits vérifient les conditions (1) et (2)
de l’exercice.
Exemple

Considérons 2000 points dans le plan. Montrer que ces 2000 points peuvent être recou-
verts par des cercles vérifiant les conditons suivantes :
1 la somme des diamètres de ces cercles est ≤ 2000 ;
2 la distance entre deux cercles quelconques est > 1.

On montre, tout d’abord, qu’il existe plusieurs cercles vérifiant la condition (1). En effet, on
prend 2000 cercles de diamètre 1 tels que le centre de chacun soit un point donné. Donc, les 2000
cercles couvrent 2000 points donnés et la somme des diamètres de ces cercles est 2000. Ensuite,
si deux cercles ont un point commun (comme dans la figure ci-dessous), alors on effectue un
ajustement.

O1

O3

O2

Comme dans la figure ci-dessus, on utilise un grand cercle (de centre O3 ) à la place des deux
cercles de centres respectifs O1 et O2 . Les centres O1 , O2 , O3 sont alignés, et les deux cercles de
centres O1 et O2 sont tangents intérieurement au cercle de centre O3 . Il est clair que le diamètre
du cercle de centre O3 ne dépasse pas la somme des diamètres des cercles de centres O1 et O2 ,
et la somme des distances des points donnés sur le cercle de centre O3 à sa circonférence est
≥ 12 . S’il y a deux cercles avec des points communs, alors on effectue le même ajustement. Donc,
avec plusieurs ajustements, on obtient que la somme des diamètres des cercles ayant des points
communs ne dépasse pas 2000 et ils couvrent les 2000 points donnés et la distance de chaque
point à la circonférence du cercle qui couvre ce point est ≥ 12 . Soit d le minimum des distances
entre deux cercles, alors d > 0. On distingue deux cas.
⋄ Si d > 1 : alors le résultat est vrai.
⋄ Si 0 < d ≤ 1 : alors on effectue un ajustement comme suit : on utilise le cercle avec le même
146 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

1 d
centre et dont le rayon est diminué de − à la place du cercle de départ. Alors ces nouveaux
2 3
cercles couvrent les 2000 points donnés et la somme de leurs diamètres ne dépasse pas 2000 et la
distance entre deux quelconques d’entre eux est plus grande ou égale à :
!
1 d 1
d +2 − = d + 1 > 1.
2 3 3

La preuve est ainsi complète.


Exemple

Existe-t-il une suite infinie d’entiers strictement positifs a1 < a2 < a3 < · · · telle que
pour tout entier A il existe au plus un nombre fini de nombres premiers dans la suite
(an + A)n≥1 ?

Analyse du problème : si |A| ≥ 2, alors n! + A est un nombre composé lorsque n ≥ |A|. Donc,
lorsque |A| ≥ 2, on pose an = n!, alors il y a au plus un nombre fini de nombres premiers dans la
suite (an + A)n≥1 . Si A = ±1, par la formule de factorisation, on prend an = (n!)3 , alors an + A est
aussi un nombre composé.
Solution du problème
 : soit an = (n!)3 . Si A = 0, alors il n’y a pas de nombres premiers dans la suite
(an )n = (n!)3 . Si |A| ≥ 2, alors an + A = (n!)3 + A (n ≥ 1) est un nombre composé (multiple de A)
n
lorsque n ≥ |A|. Si A = ±1, alors
h i
an + A = (n!)3 ± 1 = (n! ± 1) × (n!)2 ∓ n! + 1

est un nombre composé lorsque n ≥ 3. Donc, pour tout entier A, il y a au plus un nombre fini de
nombres premiers dans la suite (an + A)n≥1 .
Exemple

Montrer que pour tout entier n ≥ 2, il existe n entiers strictement positifs a1 , a2 , · · · , an tels
que pour tout 1 ≤ i < j ≤ n :    
ai − aj | ai + aj .

Analyse du problème : on sait que le résultat est vrai pour n = 2. Supposons que, pour n = k,
il existe k entiers strictement positifs a1 , a2 , · · · , ak vérifiant la condition du problème. Lorsque
n = k +1, on pose bi = ai +λ (1 ≤ i ≤ k), et bk+1 = λ (λ est indéterminé). Pour que bi +bj = ai +aj +2λ
soit divisible par bi − bj = ai − aj , il est nécessaire que λ soit divisible par ai − aj (1 ≤ i < j ≤ k), et
pour que bi + bk+1 = ai + 2λ soit divisible par bi − bk+1 = ai (1 ≤ i ≤ k), il est nécessaire que λ soit
divisible par ai . Donc, la preuve est terminée si on pose
k
Y Y  
λ = ai ai − aj .
i=1 1≤i<j≤k

Solution du problème : lorsque n = 2, on sait que le résultat est vrai. Supposons que, lorsque n = k, il
existe k entiers strictement positifs a1 , a2 , · · · , ak tels que pour tout 1 ≤ i < j ≤ k, ai + aj est divisible
par ai − aj . Lorsque n = k + 1, on pose bi = ai + λ (1 ≤ i ≤ k), et bk+1 = λ avec

k
Y Y  
λ = ai ai − aj .
i=1 1≤i<j≤k

Alors, si 1 ≤ i < j ≤ k, bi +bj = ai +aj +2λ est divisible par bi −bj = ai −aj . Lorsque 1 ≤ i ≤ k, bi +bk =
ai + 2λ est divisible par bi − bk = ai . La preuve est ainsi complète.
3.11. RACINES DE L’UNITÉ 147

Exemple

Montrer qu’il existe un ensemble M tel que :


1 M contient exactement 2016 entiers strictement positifs ;
2 tout élément de M , et la somme de tout éléments de M , peuvent s’écrire sous la
forme mk avec m, k ∈ N∗ et k ≥ 2.

Analyse du problème : il est clair que l’ensemble {1, 2, · · · , 2016} ne vérifie pas la condition (2).
On cherche un entier d > 0 tel que l’ensemble M = {d, 2d, · · · , 2016d} vérifie la condition (2).
Comme
n chaque élément ode M et la somme de tout éléments de M appartiennent à l’ensemble
S = d, 2d, · · · , 2016×2017
2 d il nous suffit de trouver un entier d > 0 tel que chaque élément de S
peut s’écrire sous la forme mk (m, k ∈ N∗ et k ≥ 2). On va utiliser plus généralement n au lieu de
2016×2017
2 et on va construire l’ensemble S vérifiant les conditions du problème par récurrence.
Solution du problème : on commence par énoncer et montrer un lemme.
Lemme : pour tout n ∈ N∗ , il existe dn ∈ N∗ tel que chaque élément de l’ensemble
M = {dn , 2dn , · · · , ndn }
peut s’écrire sous la forme mk (m, k ∈ N∗ et k ≥ 2).
Preuve du lemme : pour n = 1 on sait que le résultat est vrai avec d1 = 32 . Supposons que pour
k
n ∈ N∗ le résultat est vrai, i.e., il existe dn ∈ N∗ tel que idn = mi i (mi , ki ∈ N∗ et ki ≥ 2, i = 1, 2, · · · , n).
On pose dn+1 = dn [(n + 1)dn ]k , avec k = ppcm(k1 , k2 , · · · , kn ), et soit k = ki qi (1 ≤ i ≤ n), alors :
k k
idn+1 = idn [(n + 1)dn ]k = mi i [(n + 1)dn ]ki qi = (mi [(n + 1)dn ]qi ) i , 1≤i≤n
et (n + 1)dn+1 = [(n + 1)dn ]ki +1 . Le lemme est ainsi prouvé.
On revient maintenant à la preuve de l’exercice. Soit n0 = 2016×2017
2n , alors par le lemme on sait
o
qu’il existe dn0 ∈ N∗ tel que chaque élément de l’ensemble Sn0 = dn0 , 2dn0 , · · · , n0 dn0 peut s’écrire
sous la forme mk (m, k ∈ N∗ et k ≥ 2). Donc, l’ensemble M = {dn0 , 2dn0 , · · · , 2016dn0 } vérifie les
conditions (1) et (2) de l’exercice.

3.11 Racines de l’unité


Racines de l’unité

La technique de « racines de l’unité » a été mise en avant dans la solution extraordinaire du


problème 6 de l’OIM 1995 par le candidat bulgare Nikolay Nikolov. Cette solution ingénieuse
lui a vallu d’ailleurs un prix spécial du jury. On verra, un peu plus loin cette démonstration,
mais avant on commence par un exemple qui donne une première idée sur cette technique.

Exemple

Déterminer le nombre de sous-ensembles de J1, 2000K tels que la somme de leurs éléments
soit divisible par 5.

Considérons le polynôme P(X) = (1 + X)(1 + X 2 ) · · · (1 + X 2000 ). Il existe une bijection entre


chaque sous-ensemble {a1 , · · · , am } de J1, 2000K et le terme X a1 X a2 · · · X am . Donc, on regarde la
somme des coefficients des termes X 5k dans P(X) (avec k ∈ N∗ ). Notons S cette somme, et soit
2iπ
ω = e 5 la racine 5-ième de l’unité. Alors, ω 5 = 1, 1 + ω + ω 2 + ω 3 + ω 4 = 0 et
5
1 X  k
S = P ω .
5
k=1
148 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

Soit Q(X) = X 5 − 1, alors


Q(X) = (X − ω) (X − ω 2 ) (X − ω 3 ) (X − ω 4 ) (X − ω 5 )
et Q(−1) = −2 = (−1 − ω) (−1 − ω 2) (−1 − ω 3 ) (−1 − ω 4 ) (−1 − ω 5 ). Par conséquent :
(1 + ω) (1 + ω 2 ) (1 + ω 3 ) (1 + ω 4 ) (1 + ω 5 ) = 2 et P(ω) = 2400 .
De même, pour k ∈ J2, 4K, on a : P(ω k ) = 2400 . Finalement, on a : P(ω 5 ) = P(1) = 22000 et
1  1  402 
S = 4 × 2400 + 22000 = 2 + 22000 .
5 5
On présente maintenant un lemme qui nous sera très utile par la suite :
Lemme
Si p est un nombre premier et a0 , a1 , · · · , ap−1 sont des nombres rationnels tels que :
! !
2π 2π 2iπ
a0 + a1 ǫ + a2 ǫ 2 + · · · + ap−1 ǫ p−1 = 0 où ǫ = cos + i sin =e p ,
p p

alors : a0 = a1 = · · · = ap−1 .

Les polynômes 1+X +X 2 +· · ·+X p−1 et a0 +a1 X +a2 X 2 +· · ·+ap−1 X p−1 ont une racine commune,
donc ne sont pas premiers entre eux. Puisque le polynôme 1 + X + X 2 + · · · + X p−1 est irréductible
sur Q (voir chapitre sur les polynômes), alors il doit diviser a0 + a1 X + a2 X 2 + · · · + ap−1 X p−1 , et ceci
n’est possible que lorsque a0 = a1 = · · · = ap−1 .
Exemple

Soit p un nombre premier impair. Trouver le nombre de sous-ensembles A de {1, 2, · · · , 2p}


tels que :
1 A possède exactement p éléments, et
2 la somme des éléments de A est divisible par p . (OIM, 1995)

2π 2π
Soient ǫ = cos + i sin et xj le nombre de sous-ensembles X de A tels que |X| = p et
p p
S(X) ≡ j (mod p) (où S(M) désigne la somme des éléments de l’ensemble M avec la convention
S(∅) = 0). Alors, on a :
p−1
X X X
xj ǫ j = ǫ S(B) = ǫ c1 +c2 +···+cp .
j=0 B⊂A, |B|=p 1≤c1 <c1 <···<cp ≤2p

Or le terme de droite dans l’égalité ci-dessus est précisément le coefficient de X p dans le polynôme
(X + ǫ)(X + ǫ 2 ) · · · (X + ǫ 2p ). Comme on a : X p − 1 = (X − 1)(X − ǫ) · · · (X − ǫ p−1 ), alors on trouve
p−1
X
2 2p p 2
facilement que (X + ǫ)(X + ǫ ) · · · (X + ǫ ) = (X + 1) . Par suite, xj ǫ j = 2, et le lemme implique
j=0
!
2p
que x0 − 2 = x1 = · · · = xp−1 . Comme il y a sous-ensembles à p éléments, on conclut que :
! p
2p
x0 + x1 + · · · + xp−1 = . Finalement, la réponse est donnée par :
p
" ! #
1 2p
x0 = 2 + −2 .
p p
3.11. RACINES DE L’UNITÉ 149

Exemple

Soit f (n) le nombre de sous-ensembles de {1, 2, · · · , n} dont la somme des éléments est di-
visible par n (on tient compte aussi de l’ensemble vide). Montrer que
1 X n
f (n) = · ϕ(d) · 2 d .
n
d|n
d impair

n
Y X X
2iπ
Soient ǫ = e n et g(X) = (1 + X i ) = ak X k . Il est clair que f (n) = ajn . D’un autre côté,
i=1 k≥0 j≥0
X
on va exprimer la somme ajn grâce aux termes g(ǫ j ). En effet, on a l’identité :
j≥0

n
1 X  j X
· g ǫ = ajn .
n
j=1 j≥0
  n
Calculons, à présent, le terme g ǫ j . Si d = , i.e., lorsque ǫ j est une racine primitive
pgcd(j, n)
d-ème de l’unité, alors : X d − 1 = (X − ǫ j )(X − ǫ 2j ) · · · (X − ǫ dj ) et ainsi



j 2j dj 2 si d impair
(1 + ǫ )(1 + ǫ ) · · · (1 + ǫ ) =  
0 sinon.
  n
D’où g ǫ j = 2 d si d est impair, et 0 sinon. Or, il y a exactement ϕ(d) valeurs de j pour lesquelles
ǫ j est une racine primitive d-ème de l’unité, par conséquent :
n
1 X  j 1 X n
· g ǫ = · ϕ(d) · 2 d .
n n
j=1 d|n
d impair

Exemple

On considère un rectangle qui peut être recouvert par une combinaison finie de rectangles
de la forme 1 × m et n × 1, où m, n sont des entiers naturels strictement positifs. Montrer
qu’il est possible de recouvrir ce rectangle en utilisant uniquement les rectangles 1 × m ou
uniquement les rectangles n × 1. (Berkeley Math circle)

On suppose que le rectangle est de dimension a × b avec a, b des entiers naturels strictement
positifs. Si on montre que n | a ou m | b alors l’exercice est résolu. On divise le rectangle a × b en des
carrés 1 × 1 et on les nomme(1, 1),  (1, 2),· · · , (1,
 b), · · · , (a, 1)(a,
 2),  · · · , (a, b) (comme
 pour abscisse et
2π 2π 2π 2π
ordonnée). On pose ǫ1 = cos + i sin et ǫ2 = cos + i sin . Dans le carré (x, y), on
n n m m
y
écrit le nombre ǫ1x · ǫ2 , on a ainsi une matrice M de Ma×b (C). La somme des éléments de chaque
ligne, et de chaque colonne de M est nulle. Donc, la somme de tous les éléments de la matrice est
nulle, ce qui donne :
 a   b 
X X  X 

x y  i  j
0 = ǫ1 ǫ2 =  ǫ1  ·  ǫ2  .
 
1≤x≤a i=1 j=1
1≤y≤b

a
X b
X j
D’où, l’une des deux sommes ǫ1i ou ǫ2 est nulle, c’est-à-dire que n|a ou m|b.
i=1 j=1
150 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

Exemple

Est-il possible de recouvrir une table carrée 13 × 13, à laquelle on a enlevé le carré au
milieu, en utilisant seulement des rectangles 1 × 4 ou 4 × 1 ? (Olympiade Baltique)

On va montrer que ceci est impossible. On fait un raisonnement par l’absurde en supposant
qu’un tel recouvrement est possible.
Comme dans l’exemple précédent, on divise la table en des carrés 1×1, et on associe au carré (k, j)
le nombre complexe i k+2j avec i le complexe tel que i 2 = −1. Il est facile de voir que la somme des
4 nombres de chaque rectangle 4×1 ou 1×4 est égale à 0 (car i +i 2 +i 3 +i 4 = 0 et 1+i 2 +i 4 +i 6 = 0).
Donc la somme de tous les nombres est égale à la valeur correspondant au carré central (7, 7),
c’est-à-dire :
i 13 − 1 2 i 26 − 1
i 21 = (i + i 2 + · · · + i 13 )(i 2 + i 4 + · · · + i 26 ) = i · ·i · 2 = i3.
i −1 i −1
Ce qui est impossible. En conclusion, il est impossible de recouvrir notre table par des rectangles
1 × 4 ou 4 × 1.

3.12 Exercices
3.12.1 Niveau débutant

Exercice 1 K
Montrer que, lors d’une réception, il y a toujours deux personnes qui ont serré la main
avec le même nombre de personnes.

Solution. Une personne peut serrer la main de k personnes pour tout k ∈ J0, n − 1K. Cependant,
si une personne a serré la main de n − 1 personnes, alors aucune personne ne peut serrer la
main des 0 autres. Donc, il y a en réalité seulement n−1 options : soit J0, n−2K ou bien J1, n−1K.
Le principe des tiroirs permet de conclure.

Exercice 2 K

Sur chaque case d’un carré 9 × 9 se trouve un caméléon. À un certain signal, tous les ca-
méléons se déplacent en diagonale vers une autre case du carré. Certaines cases peuvent
être occupées par plusieurs caméléons et certaines autres peuvent être vides. Trouver le
nombre minimal de cases vides.

Solution. Colorions les colonnes alternativement en rouge et vert. On a ainsi 45 cases rouges
et 36 cases vertes. Comme les caméléons changent nécessairement de couleur en se déplaçant,
il reste au moins 9 cases rouges vides. On voit facilement qu’une solution comportant 9 cases
rouges vides existe.

Exercice 3 K
Les points du plan sont coloriés soit en rouge, soit en vert. Montrer qu’alors l’une des deux
couleurs dispose de points à toutes les distances possibles.

Solution. On fait un raisonnement par l’absurde. On suppose le résultat faux, alors il n’y a
pas deux points rouges à distance a et il n’y a pas deux points verts à distance b. On peut
supposer, par exemple, que a ≤ b. Considérons un point C vert, on construit alors un triangle
3.12. EXERCICES 151

isocèle ABC de longueurs AC = BC = b et AB = a. Puisque C est vert, A n’est pas vert, donc A
est rouge. Mais B ne peut pas être rouge car sa distance au point A est a et ne peut pas être
vert non plus car sa distance au point C est b.

Exercice 4 K
Les points du plan sont coloriés avec trois couleurs : noir, blanc et rouge. Montrer qu’il
existe deux points à distance 1 de même couleur.

Solution. Supposons que toutes les paires de points à distance 1 soient formées de points ayant
des couleurs différentes. Choisissons alors un point rouge quelconque R et construisons un
triangle équilatéral de côté 1 :

b
R

B
b b
N

b R′

Alors l’un des deux points B et N est blanc et l’autre est noir. Par suite, le point R′ symétrique
de R par rapport à [BN ] est forcément rouge. En opérant une rotation de centre R on obtient
un cercle de points rouges (celui des points R′ ) duquel on peut facilement extraire une corde
de longueur 1.

Exercice 5 K

Considérons les trois points du plan A = (0, 0), B = (0, 1) et C = (1, 0). On construit de nou-
veaux points en appliquant des symétries de centre A, B ou C aux points A, B ou C. Puis
on construit par le même procédé de nouveaux points à partir des points précédémment
construits, etc. Est-il possible d’obtenir ainsi le point D = (1, 1) ?

Solution. Colorions les points à coordonnées entières de sorte que ceux qui ont leurs deux
coordonnées impaires soient noirs et les autres soient blancs. Par des réflexions sur des points
entiers, le point réfléchi a la même couleur que le point initial, quel que soit le point sur lequel
on effectue la réflexion. Comme les trois points A, B et C sont blancs, on ne peut pas obtenir
le point D, de couleur noire.

Exercice 6 K

On place un +1 ou un −1 sur chaque case d’un tableau 25 × 25. Soit ai le produit des
éléments de la i-ème ligne et bj celui des éléments de la j-ème colonne. Montrer que

a1 + b1 + · · · + a25 + b25 , 0.

Solution. Le produit a1 a2 · · · a25 = b1 b2 · · · b25 est égal au produit de tous les éléments du tableau.
Supposons que :
a1 + b1 + a2 + b2 + · · · + a25 + b25 = 0.
Pour arriver à zéro, il faut le même nombre de termes positifs et négatifs. Si parmi les ai il y
a n termes négatifs, alors il y a 25 − n termes négatifs parmi les bj . Les nombres n et 25 − n
ont des parités différentes. Donc les produits a1 · · · a25 et b1 · · · b25 ont des signes différents et
ne peuvent pas être égaux. Contradiction.
152 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

3.12.2 Niveau intermédiaire

Exercice 1 KK

Il y a 2n points sur un segment [AB], et ils sont symétriques par rapport au milieu M de
[AB]. Parmi ces points, il y a n points qui sont coloriés en rouge, et les autres n points sont
coloriés en vert. Montrer que la somme des distances du point A aux points rouges est
égale à la somme des distances du point B aux points verts.

Solution. On note SA (resp. SB ) la somme des distances du point A (resp. B) aux points rouges
(resp. verts). On considère un cas spécial : n points verts sont à gauche du milieu M et n points
rouges sont à droite de M. Dans ce cas, il est clair que SA = SB . Le cas général est qu’au moins
un point rouge C est à gauche de M et au moins un point vert D est à droite de M. On prend
un point rouge C à gauche de M et un point vert D à gauche de M. Si on échange C avec D,
alors la somme des distances de A aux points rouges est égale à : SA′ = SA + CD, et la somme
des distances de B aux points verts est égale à SB′ = SB + CD. D’où, SA′ − SB′ = SA − SB est une
constante. Par suite, on peut effectuer un nombre fini d’ajustements de sorte que le cas spécial
ci-dessus se produise, la preuve est ainsi terminée.

Exercice 2 KK

On ajoute le signe « + » ou « − » à chacun des nombres 1, 2, 3, · · · , 2017 tel que leur somme
algébrique soit positive ou nulle et est minimale. Déterminer cette expression.

Solution. On montre, tout d’abord, que cette somme algébrique est impaire. Puisque

1 + 2 + 3 + · · · + 2017 = 1009 × 2017

est impair, et pour chaque deux entiers a et b, la parité de a + b et a − b est la même, alors toute
somme algébrique de 1, 2, · · · , 2017 est impaire. Finalement, comme

1 + (2 − 3 − 4 + 5) + (6 − 7 − 8 + 9) + · · · + (2014 − 2015 − 2016 + 2017) = 1,

alors la valeur recherchée est égale à 1.

Exercice 3 KK
Montrer qu’on peut placer des carrés parfaits distincts c1 , c2 , · · · , cn×m dans chaque case
d’un rectangle de taille m × n de sorte que la somme des éléments de chaque ligne, et de
chaque colonne, soit aussi un carré parfait.

Solution. On note les ck du problème par a2i bj2 avec (i, j) ∈ J1, nK × J1, mK. La somme de toutes
Xn
les lignes, ainsi que toutes les colonnes, sont des carrés parfaits, ainsi que les sommes a2i et
i=1
m
X
bi2 . On note que (k + 1)2 = (2k + 1) + k 2 , on suppose que a1 est impair et a2 , a3 , · · · , an−1 pairs
i=1
et 0 < a1 < a2 < · · · < an−1 . Soient
n−1
X n
X
a2i = 2M + 1 (M ∈ N∗ ) et an = M, alors a2i = (M + 1)2 .
i=1 i=1

Poue que ces nombres soient distincts, on augmente la différence de deux nombres quel-
3.12. EXERCICES 153

conques dans chaque ligne. Par exemple, on suppose b1 > 2an et b1 impair, et b2 , b3 , · · · , bn−1
m−1
X m−1
X
2
pairs et bi+1 > bi an (i ∈ J1, m−2K). En notant bi = 2S +1 et bm = S, on obtient bi2 = (S +1)2 .
i=1 i=1
Ainsi, on a montré que la façon ci-dessus permet de répondre au problème.

a21 b12 a22 b12 ··· a2j b12 ··· a2n−1 b12 a2n b12
a21 b22 a22 b22 ··· a2j b22 ··· a2n−1 b22 a2n b22
.. .. .. .. .. .. ..
. . . . . . .
2 2 2 2 2 2
a 1 bi a 2 bi ··· a j bi ··· 2
an−1 bi2 an bi2
2

.. .. .. .. .. .. ..
. . . . . . .
a21 bm−1
2
a22 bm−1
2
··· 2
a2j bm−1 ··· a2n−1 bm−12 2
a2n bm−1
a21 bm 2 a22 bm 2 ··· a2j bm 2 ··· a2n−1 bm 2 a2n bm 2

Exercice 4 KK
Montrer qu’il existe dans le plan 2022 points, non tous alignés, tels que la distance entre
deux points quelconques parmi eux soit un nombre entier strictement positif.

Solution. On généralise le problème à n ∈ N∗ au lieu de 2022.


Soient P(0, 2ab) et Q(a2 − b 2 , 0), avec a, b des entiers, alors la longueur su segment [PQ] est
donnée par : q
|PQ| = (a2 − b 2 )2 + (2ab)2 = a2 + b 2 ∈ N.
On considère le point P0 (0, 2m) avec m = p1 p2 · · · pn (où p1 , p2 , · · · , pn sont des nombres premiers
distincts) ; et le point Qi (a2i − bi2 , 0) avec ai = p1 p2 · · · pi et bi = pi+1 pi+2 · · · pn (i ∈ J1, n − 1K). Alors,
il est clair que les n points P0 , Q1 , Q2 , · · · , Qn−1 vérifient la condition de l’exercice.

Exercice 5 KK

On enlève un coin d’un échiquier (2n + 1) × (2n + 1). Pour quelles valeurs de n peut-on
recouvrir les cases restantes par des dominos 2 × 1 de telle sorte que la moitié des dominos
soient horizontaux ?

Solution. Colorions l’échiquier comme sur la figure ci-dessous :


• • • • • •

• • • • • • •

• • • • • • •

• • • • • • •
Il y a 2n2 + n cases blanches et 2n2 + 3n cases noires, soit un total de 4n2 + 4n cases. On aura
donc besoin de 2n2 + 2n dominos pour recouvrir la figure. Comme la moitié de ces dominos
doivent être horizontaux par hypothèse, il y en aura n2 + n horizontaux et autant de verticaux.
Chaque domino vertical recouvre une case blanche et une case noire. Une fois tous les dominos
verticaux placés, il reste n2 cases blanches et n2 + n cases noires à recouvrir (par des dominos
horizontaux). D’après le coloriage, un domino horizontal couvre des cases de la même couleur.
Il faut donc que n soit pair. Il est alors facile de montrer, en construisant explicitement la
solution, que cette condition est suffisante. Autrement dit, on peut donc recouvrir des carrés
154 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

(4n + 1) × (4n + 1) mais pas des carrés (4n − 1) × (4n − 1).

Exercice 6 KK
Chaque point du plan est colorié avec l’une parmi n couleurs distinctes. Montrer qu’il
existe un rectangle ayant tous ses sommets de la même couleur.

Solution. Considérons les points à coordonnées entières (x, y) avec 1 ≤ x ≤ n + 1 et 1 ≤ y ≤


nn+1 + 1. Chaque ligne horizontale peut être coloriée de nn+1 façons différentes. D’après le
principe des tiroirs, au moins deux de ces nn+1 +1 lignes ont même coloriage. Considérons deux
telles lignes, dont on note les coordonnées respectives k et m. Pour tout i ∈ J1, n + 1K, les points
(i, k) et (i, m) ont la même couleur. Comme il n’y a que n couleurs possibles, une couleur au
moins est répétée, par exemple aux abscisses a et b. Alors le rectangle (a, k), (b, k), (b, m), (a, m)
a ses quatre sommets de la même couleur.

Exercice 7 KK

Chaque point de l’espace est colorié soit en rouge, soit en vert. Montrer que parmi l’en-
semble des carrés de côté 1, il y en a au moins un qui possède trois sommets rouges ou
quatre sommets verts.

Solution. Soit P la propriété qu’il existe un carré unité avec quatre sommets verts.
⋄ Cas 1 : tous les points sont verts. P est vraie.
⋄ Cas 2 : il y a un point rouge P1 . On construit alors une pyramide à base carrée sur les points
P2 , P3 , P4 et P5 dont tous les côtés ont même longueur.
⋄ Cas 2.1 : les quatre points P2 , P3 , P4 , P5 sont verts. P est vraie.
⋄ Cas 2.2 : l’un des quatre points, par exemple P2 , est rouge. On construit alors le prisme
dont la base est un triangle équilatéral et dont P1 P2 est une arête latérale. On note les sommets
restants P6 , P7 , P8 , P9 (i.e., on construit un triagle équilatéral dans le plan orthogonal à P1 P2 dont
P1 est un sommet et on le projette dans le plan parallèle au précédent passant par P2 ).
⋄ Cas 2.2.1 : les quatre points P6 , P7 , P8 , P9 sont verts. P est vraie.
⋄ Cas 2.2.2 : l’un des points P6 , P7 , P8 , P9 est rouge, par exemple P6 , alors le carré unité passant
par P1 , P2 et P6 comporte trois sommets rouges.

Exercice 8 KK

Considérons un échiquier 5×5. On écrit −1 sur l’une de ses cases et +1 sur toutes les autres.
À chaque étape, on peut changer les signes de tous les nombres d’un sous-carré a × a (avec
a > 1), le but étant d’obtenir un +1 sur toutes les cases de l’échiquier. Quelles positions
initiales du −1 permettent d’arriver à la solution ?

Solution. Colorions l’échiquier comme ci-dessous (le symbole • désigne une case noire, les
autres étant blanches) :

• • • •
• • • •
• • • •
• • • •
• • • •

Dans ce coloriage, chaque sous carré contient un nombre pair de cases noires. Donc, si −1 est
sur une case noire, il y aura toujours un nombre impair de −1 sur les cases noires. En opérant
une rotation de 90◦ on constate qu’il est nécessaire que le −1 soit sur la case centrale.
Si le −1 est sur la case centrale, on peut alors arriver à éliminer tous les −1 en cinq mouvement :
3.12. EXERCICES 155

(1) changer les signes du carré 3 × 3 en bas à gauche ;


(3) changer les signes du carré 3 × 3 en haut à droite ;
(3) changer les signes du carré 2 × 2 en haut à gauche ;
(4) changer les signes du carré 2 × 2 en bas à droite ;
(5) changer les signes du carré 5 × 5.

Exercice 9 KK

Les sommets d’un pentagone convexe sont tous situés en des points entiers et les longueurs
de ses côtés sont toutes entières. Montrer que le périmètre du pentagone est un nombre
pair.

Solution. Colorions les points entiers à la manière d’un échiquier habituel. Construisons les
cinq triangles rectangles extérieurs au pentagone dont les côtés de celui-ci sont les hypoté-
nuses et dont les autres côtés sont parallèles aux axes. Quand on fait le tour du pentagone par
ces 10 côtés, comme on revient au point de départ, on a nécessairement parcouru un nombre
pair de segments unités (deux points entiers voisins ont des couleurs différentes). Donc la
somme des longueurs de ces 10 côtés est un nombre pair. Or, la parité de la somme des lon-
gueurs des hypoténuses des triangles rectangles (soit, des côtés du pentagone) est la même que
celle de la somme des longueurs des 10 autres côtés. Donc le périmètre du pentagone est pair.

3.12.3 Niveau avancé

Exercice 1 KKK

On se donne N droites (N > 1) du plan, deux d’entre elles n’étant pas parallèles et trois
d’entre elles n’étant pas concourantes. Montrer qu’il est possible d’attribuer une valeur
non nulle entière dont la valeur absolue ne dépasse pas N à toutes les régions du plan
ainsi délimitées de sorte que la somme des valeurs des régions touchant une droite donnée
(d’un côté ou de l’autre) soit égale à 0. (Tournoi des villes)

Solution. Colorions la carte correspondante avec deux couleurs. On attribue alors à chaque
région un entier dont la valeur est égale au nombre de sommets qu’elle contient. Le signe de
cet entier est positif pour les régions noires et négatif pour les régions blanches. La somme
des valeurs des régions touchant une droite donnée sera alors 0. En effet, choisissons une des
N droites. Si un sommet n’est pas sur cette droite, il contribuera pour +1 dans deux régions
et pour −1 dans deux régions. S’il est sur la droite, il contribuera pour +1 dans une région et
pour −1 dans une autre.

Exercice 2 KKK

Combien y a-t-il de nombres à 4 chiffres abcd vérifiant les conditions :


(1) a, b, c, d ∈ {1, 2, 3, 4} ;
(2) a , b, b , c, c , d, d , a ;
(3) a est le plus petit des chiffres a, b, c, d. (Chine)

Solution. Lorsqu’il y a exactement deux chiffres distincts dans abcd, le nombre de façons de

choisir 2 chiffres distincts parmi 4 chiffres distincts est égal à 42 , et le plus petit chiffre doit
être à la première ou à la troisième position, alors que le plus grand doit être le deuxième ou
le quatrième, i.e., le nombre à 4 chiffres est déterminé de façon unique par 2 chiffres. Donc,

dans ce cas, le nombre de nombres à 4 chiffres distincts est 42 = 6. Lorsqu’il y a exactement 3
chiffres distincts dans abcd, le nombre de façons pour qu’il y a exactement trois chiffres dis-

tincts parmi 4 est égal à 43 , et le plus petit chiffre doit être le premier. Si le premier et le troi-
156 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

sième chiffre sont les mêmes, alors il y a A22 nombres à 4 chiffres formés par ces trois chiffres.
Si le deuxième et le quatrième chiffre sont les mêmes, alors on peut former A22 nombres à 4
chiffres avec ces
 trois chiffres. Donc, dans ce cas, le nombre de nombres distincts à 4 chiffres

est 43 A22 + A22 = 16. Lorsqu’il y a exactement quatre chiffres distincts dans abcd, le plus petit
chiffre doit être le premier, les autres chiffres peuvent être choisis de A33 façons. Donc dans ce
cas, le nombre de nombres distincts à 4 chiffres est A33 = 6.
En conclusion, le nombre total de tels nombres est égal à : 6 + 16 + 6 = 28.

Exercice 3 KKK

Les nombres à 5 chiffres, avec au moins trois chiffres distincts, sont formés à partir des
chiffres {1, 2, 3, 4, 5, 6}. Combien y a-t-il de tels nombres avec en plus la condition que les
chiffres 1 et 6 ne sont pas adjacents ?

Solution. Soient Sn l’ensemble des nombres à n chiffres formés de 1, 2, 3, 4, 5, 6 et tels que 1 et


6 ne sont pas adjacents, et sn = |Sn | son cardinal. Soient An (resp. Bn ) le sous-ensemble de Sn
formé des nombres à n chiffres tels qu’il y a au moins trois chiffres distincts (resp. au plus
deux chiffres distincts). Alors, en posant an = |An | et bn = |Bn | on a : an = sn − bn , et on obtient :
" ! #
6  
s1 = 6, s2 = 62 − 2 = 34 et b5 = 6 + − 1 25 − 2 = 426.
2

Soient Xn (resp. Yn ) le sous-ensemble de Sn formé des nombres à n chiffres avec comme pre-
mier chiffre 1 ou 6 (resp. le premier chiffre est 2, 3, 4 ou 5). En posant xn = |Xn | et yn = |Yn |,
alors on a les relations de récurrence :

sn = xn + yn , xn = xn−1 + 2yn−1 et yn = 4sn−1 .

En reportant la dernière équation dans les deux premières on déduit que :

sn = xn + 4sn−1 et xn = xn−1 + 8sn−2 .

On a donc xn = sn − 4sn−1 , et en reportant dans l’équation de droite ci-dessus on déduit que :


sn = 5sn−1 + 4sn−2 . Avec s1 = 6, s2 = 34, on obtient s3 = 194, s4 = 1106 et s5 = 6306. En conclu-
sion, la réponse à l’exercice est donnée par : a5 = s5 − b5 = 6306 − 426 = 5880.

Exercice 4 KKK

On considère 3 segments de longueurs respectives 1, 2 et 3. Le segment de longueur 3 est


divisé en n ≥ 2 segments. Montrer que parmi les n + 2 segments, il existe 3 segments qui
sont les côtés d’un triangle.

Solution. On note les longueurs des n segments respectivement par a1 , a2 , · · · , an . Tout d’abord,
s’il existe un ak > 1, alors 1, 2 et ak sont les longueurs des côtés d’un triangle. Ensuite, suppo-
1
sons que a1 ≤ a2 ≤ · · · ≤ an ≤ 1, si an−1 > , alors an−1 + an > 1, d’où 1, an−1 , an sont les longueurs
2
1
des côtés d’un triangle. Si an−1 ≤ et il existe k tel que ak + ak+1 > ak+2 , alors ak , ak+1 , ak+2 sont
2
1
les longueurs des côtés d’un triangle. Si an−1 ≤ et pour tout k, l’inégalité ak + ak+1 ≤ ak+2 est
2
1
vraie, alors ak ≤ ak+2 . D’où, lorsque n est impair :
2
 
1 1 1
a1 + a2 + · · · + an ≤ 2(a2 + a4 + · · · + an−1 ) + an ≤ 2 + + · · · + (n−1)/2 + 1 < 3.
2 4 2
3.12. EXERCICES 157

Lorsque n est pair :


 
1 1 1
a1 + a2 + · · · + an ≤ 2(a1 + a3 + · · · + an−1 ) + an ≤ 2 + + · · · + n/2 + 1 < 3,
2 4 2
et ceci est une contradiction. La preuve est ainsi complète.

Exercice 5 KKK

On choisit un sous-ensemble X de l’ensemble S = {1, 2, · · · , n}. Ensuite, on choisit un autre


sous-ensemble Y de S de sorte que X n’est pas un sous-ensemble de Y et Y n’est pas un
sous-ensemble de X. Combien y a-t-il de façons pour choisir X et Y de façon ordonnée ?

Solution. Le nombre de sous-ensembles de S est égal à 2n . Donc, le nombre de façons pour


n
choisir X et Y de façon ordonnée est égal à : A22 = 2n (2n − 1) . Lorsque X ⊂ Y (X , Y ), et en

posant |Y | = i (1 ≤ i ≤ n), alors le nombre de façons pour choisir Y est ni . Comme X est le
propre sous-ensemble de Y , alors il y a 2i − 1 façons pour choisir X, et le nombre de façons
pour choisir X ⊂ Y (X , Y ) est :
n
X !
n  i 
2 − 1 = 3n − 2n .
i
i=0

De même, le nombre de façons pour choisir Y ⊂ X (Y , X) est égal à :


n
X !
n  i 
2 − 1 = 3n − 2n .
i
i=0

En conclusion, la réponse est : 2n (2n − 1) − 2 (3n − 2n ) = 22n − 2 · 3n + 2n .

Exercice 6 KKK

On considère, dans le plan, 9 points Ai (xi , yi ) à coordonnées entières, i.e., xi , yi ∈ Z, i =


1, 2, · · · , 9. On suppose que trois points quelconques ne sont pas alignés. Montrer qu’il
existe un triangle Ai Aj Ak (avec 1 ≤ i < j < k ≤ 9) dont le barycentre est un point à co-
ordonnées entières.

Solution. On sait que parmi 5 entiers, il existe trois dont la somme est un multiple de 3, et on
sait aussi que les coordonnées du barycentre du triangle Ai Aj Aj sont
 
x1 + x2 + x3 y1 + y2 + y3
, .
3 3
(1) Si parmi toutes les abscisses des points Ai il y en a cinq qui ont le même reste modulo
3, alors (et sans perte de généralité) on suppose que x1 ≡ x2 ≡ x3 ≡ x4 ≡ x5 (mod 3). Comme
parmi y1 , y2 , y3 , y4 et y5 il existe trois nombres, disons yi , yj , yk (1 ≤ i < j < k ≤ 5), dont la
somme est un multiple de 3, alors le barycentre du triangle Ai Aj Ak est un point à coordonnées
entières.
(2) De même, si parmi les ordonnées des points Ai , il y a cinq nombres qui ont le même reste
modulo 3, alors on aboutit à la même conclusion que ci-dessus.
(3) Si les restes modulo 3 de n’importe quelle cinq abscisses de Ai ne sont pas les mêmes,
et de même pour les ordonnées, alors les restes xi et yi (avec i ∈ J1, 9K) sont égaux à 0,1 ou
2 respectivement. Donc, il y a au moins 2 restes de xi (ou yi ) qui apparaissent trois fois. On
suppose, sans perte de généralité, que :

x1 ≡ x2 ≡ x3 ≡ 0 (mod 3), x4 ≡ x5 ≡ x6 ≡ 1 (mod 3).


158 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

Si y1 ≡ y2 ≡ y3 (mod 3) ou y4 ≡ y5 ≡ y6 (mod 3), alors le résultat est vrai. Sinon, modulo 3, les
restes de y1 , y2 et y3 prennent au moins deux valeurs distinctes α et β (avec α , β et α, β ∈
{0, 1, 2}) et on pose {α, β, γ} = {0, 1, 2}. De même, modulo 3, les restes de y4 , y5 et y6 prennent au
moins deux valeurs distinctes α et β, ou α et γ, ou β et γ. En d’autres termes, modulo 3, les
restes de y1 , y2 , y3 , y4 , y5 , y6 sont classés en deux catégories :
⋄ ces restes prennent toutes les valeurs de {α, β, γ} = {0, 1, 2} ;
⋄⋄ ces restes prennent les valeurs de α et β, mais chaque valeur prend 2 − 4 fois. Dans ce cas,
on prend k ∈ {7, 8, 9} tel que xk ≡ 2 (mod 3), alors il existe 1 ≤ i ≤ 3 < j ≤ 6 tels que

xi + xj + xk ≡ 0 + 1 + 2 ≡ 0 (mod 3)

et
yi + yj + yk ≡ α + β + γ ≡ 0 (mod 3),
ou
yi + yj + yk ≡ α + α + α ≡ 0 (mod 3)
ou
yk ≡ β + β + β ≡ 0 (mod 3).
Donc, le barycentre du triangle Ai Aj Ak est à coordonnées entières. La preuve est ainsi com-
plète.

Exercice 7 KKK
Supposons que l’aire d’un hexagone régulier A1 A2 A3 A4 A5 A6 est égale à S. Montrer qu’il
existe au moins un triangle Ai Aj Ak (avec 1 ≤ i < j < k ≤ 6) tel que :
  S
Aire Ai Aj Ak ≤ .
6

Solution. On note par M1 , M2 , M3 les intersections respectives des diagonales A1 A4 et A2 A5 ,


A2 A5 et A3 A6 , A3 A6 et A1 A4 . Parmi les 6 triangles : A1 A2 M2 , A2 A3 M1 , A3 A4 M1 , A4 A5 M3 ,
A5 A6 M3 et A6 A1 M2 , il existe un triangle, disons A1 A2 M2 , dont l’aire est ≤ S6 . En effet, on le
montre par le principe de la valeur moyenne et l’argument suivant : la somme des aires de ces
six triangles ne dépasse pas l’aire S de l’hexagone. Par suite, on a :
S
min {Aire (A1 A2 A6 ) , Aire (A1 A2 M2 )} ≤ Aire (A1 A2 M2 ) ≤ .
6

A6
A5
b b

M2 b

b A4
b
M3
b

M1
b b

A1 A3

A2
3.12. EXERCICES 159

Exercice 8 KKK

On considère 1989 points dans l’espace tels que trois quelconques ne soient pas alignés.
Ils sont divisés en 30 groupes de sorte que le nombre d’éléments de deux groupes quel-
conques soient différents. On prend un point de chacun de trois groupes quelconques pour
déterminer un triangle. Déterminer le nombre d’éléments dans chaque groupe tel que le
nombre des ces triangles soit maximal. (Chine)

Solution. Soient n1 , n2 , · · · , n30 le nombre de points dans les 30 groupes respectivement, alors
n1 , n2 , · · · , n30 sont distincts et n1 + n2 + · · · + n30 = 1989. Le nombre total de triangles est :
X
S = ni nj nk .
1≤i<j<k≤30

Comme le groupe de façons de partitionner les groupes est fini, alors le maximum de S existe.
On suppose, sans perte de généralité, que n1 < n2 < · · · < n30 . On montre, tout d’abord, que si
S atteint son maximum, alors on a les propriétés suivantes :
(1) nk+1 − nk ≤ 2 (k = 1, 2, · · · , 29). En effet, s’il existe k0 tel que nk0 +1 − nk0 ≥ 3, (1 ≤ k0 ≤ 29),
on suppose (pour simplifier) k0 = 1, i.e., n2 − n1 ≥ 3, et on pose n′1 = n1 + 1, n′2 = n2 − 1, n′k =
nk (3 ≤ k ≤ 30), et supposons que le nombre total de triangles correspondants à la subdivision
{n′1 , n′2 , · · · , n′30 } est S ′ , alors de
X X X
S = n1 n2 nk + (n1 + n2 ) ni nj + ni nj nk et n′1 + n′2 = n1 + n2
3≤k≤30 3≤i<j≤30 3≤i<j<k≤30

on obtient
X X
S ′ − S = (n′1 n′2 − n1 n2 ) nk = [n2 − (n1 + 1)] nk > 0 i.e. S ′ > S,
3≤k≤30 3≤k≤30

ce qui est en contradiction avec S est maximal.


(2) Il y a au plus un k0 tel que nk0 +1 − nk0 = 2. En effet, s’il existe k1 < k2 tel que nk1 +1 − nk1 =
2, nk2 +1 − nk2 = 2, et posons n′k = nk1 + 1, n′k = nk2 − 1, n′i = ni (i , k1 , k2 ). Avec le même raison-
1 2
nement, on obtient que le total S ′ des triangles correspondants à la subdivision {n′1 , n′2 , · · · , n′30 }
X30
est plus grand strictement que S, ce qui est une contradiction. Comme ni = 1989, il est
i=1
impossible d’avoir nk+1 − nk = 1 (k = 1, 2, · · · , 29). Sinon, n1 , n2 , · · · , n30 forment une suite arith-
métique de raison 1, par suite
30
X
1989 = ni = 15(n1 + n30 )
i=1

est divisible par 15, et ceci est une contradiction. Donc, il existe un k0 tel que nk0 +1 − nk0 = 2,
i.e., les 30 nombres sont :

n1 , n1 + 1, · · · , n1 + (k0 − 1), n1 + (k0 + 1), · · · , n1 + 30.

D’où
1
1989 + k0 = × 30 × (n1 + 1 + n1 + 30) = 15(2n1 + 31).
2
Ainsi, k0 = 6, n1 = 51. On conclut que lorsque le nombre de points dans les 30 groupes est égal
respectivement à :
51, 52, 53, 54, 55, 56, 58, 59, · · · , 81
alors le nombre total de triangles est maximal.
160 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

Exercice 9 KKK

Il y a 2n+1 joueurs p1 , p2 , · · · , p2n+1 dans un tournoi sportif, et chaque joueur joue un match
contre chacun des 2n autres participants, les matchs ne se terminent jamais par égalité (il
y a toujours un vainqueur et un vaincu). On suppose que le joueur pi a gagné wi fois,
montrer que :
2n+1
X n(2n + 1)(4n + 1)
n2 (2n + 1) ≤ wi2 ≤ .
3
i=1

Solution. Comme il n’y a pas de match nuls, et qu’il y a exactement un seul gagnant à l’issue
2n+1
X
de chaque rencontre, alors wi est égale au nombre total de matchs, c’est-à-dire :
i=1

2n+1
X !
2n + 1
wi = = n(2n + 1).
2
i=1

D’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz on obtient :


2n+1 2 2n+1  2n+1 
 X   X   X 
n (2n + 1) = 
2 2
wi  ≤  12   wi2  = (2n + 1)S,
i=1 i=1 i=1

d’où, S ≥ n2 (2n+1). D’autre part, supposons que lorsque i +j (i < j) est impair, pi gagne contre
pj , et lorsque i + j (i < j) est pair, pj gagne contre pi , alors pour tout i (1 ≤ i ≤ 2n + 1), wi = n.
Donc, S = n2 (2n + 1). Par conséquent, la plus petite valeur de S est n2 (2n + 1).
Montrons maintenant l’inégalité de droite. Supposons que w1 ≥ w2 ≥ · · · ≥ w2n+1 . Si w1 < 2n,
i.e., il y a un certain pk qui a gagné contre p1 , et posons w1′ = w1 + 1, wk′ = wk − 1, wi′ = wi (i ,
2n+1
X
i, k, 1 ≤ i ≤ 2n + 1) et S ′ = wi′2 , alors :
i=1

S ′ − S = (w1 + 1)2 + (wk − 1)2 − w12 − wk2 = 2(w1 − wk ) + 2 > 0.

Lorsque l’inégalité w1′ < 2n est vraie, on effectue le même ajustement. Comme S est stricte-
ment croissant après un ajustement on obtient w1 = 2n après un nombre fini d’ajustements.
Maintenant, on réarrange les 2n + 1 nombres w1 , w2 , · · · , w2n+1 tels que w1 ≥ w2 ≥ · · · ≥ w2n+1 .
De la relation w1 = 2n on sait que w2 ≤ 2n − 1. Lorsque l’inégalité w2 < 2n − 1 est vraie, on
effectue le même ajustement. Donc, on obtient w2 = 2n − 1 éventuellement. D’où, l’ajustement
est similaire, ainsi on obtient :
n(2n + 1)(4n + 1)
S ≤ (2n)2 + (2n − 1)2 + · · · + 22 + 12 + 02 = .
3
D’autre part, on suppose que pour tout 1 ≤ i < j ≤ 2n + 1, pi gagne contre pj , alors wi = 2n + 1 −
i (1 ≤ i ≤ 2n + 1). Dans ce cas :
2n+1
X 1
wi2 = n × (2n + 1)(4n + 1) est vraie.
3
i=1

2n+1
X n(2n + 1)(4n + 1)
Par conséquent, le maximum de S = wi2 est égal à .
3
i=1
3.12. EXERCICES 161

Exercice 10 KKK

Montrer que l’ensemble N∗ peut être partitionné en 100 sous-ensembles non vides et dis-
joints tels que si trois entiers strictement positifs a, b, c vérifient a + 99b = c, alors au moins
deux d’entre eux appartiennent au même sous-ensemble. (Russie)

Solution. On construit les 100 sous-ensembles comme suit : Ai = {k : k ≡ i − 1 (mod 99), k ∈


N∗ et k est pair}, avec i ∈ J1, 99K, et A100 = {k : k ∈ N∗ , k est impair}. Notons que si les entiers
strictement positifs a, b, c vérifient a + 99b = c, alors le nombre de nombres impairs parmi a, b, c
est 2 ou 0. Si deux de a, b, c sont impairs, alors les deux nombres appartiennent à A100 . Si a, b, c
sont pairs, alors a ≡ c (mod 99), d’où a, c appartiennent au même sous-ensemble Ai0 (1 ≤ i0 ≤
99).

Exercice 11 KKK

Montrer qu’il existe une infinité d’entiers n ∈ N∗ tels que l’ensemble Sn = {1, 2, · · · , 3n} peut
être partitionné en trois sous-ensembles disjoints A = {a1 , a2 , · · · , an }, B = {b1 , b2 , · · · , bn } et
C = {c1 , c2 , · · · , cn } tels que : ∀ i ∈ J1, nK, ai + bi = ci .

Solution.
1ère méthode : On montre le résultat par récurrence sur n ∈ N∗ . Pour n = 1, on prend A =
{1}, B = {2} et C = {3}, alors le résultat est vrai. Supposons que le résultat est vrai jusqu’au rang
n. Montrons le au rang n + 1. Pour 4n ∈ N∗ , on suppose que l’ensemble S4n = {1, 2, · · · , 12n} peut
être partitionné en trois sous-ensembles disjoints A′ = {a′1 , a′2 , · · · , a′4n }, B′ = {b1′ , b2′ , · · · , b4n
′ }, C ′ =
′ ′ ′
{c1 , c2 , · · · , c4n }, avec :

a′i = 2i − 1 (i ∈ J1, 3nK), a′3n+k = 2ak (k ∈ J1, nK),


bi′ = 9n + 1 − i (i ∈ J1, 3nK), ′
b3n+k = 2bk (k ∈ J1, nK),
ci′ = 9n + 1 (i ∈ J1, 3nK), ′
c3n+k = 2ck (k ∈ J1, nK).

Pour tout i ∈ J1, 4nK, l’égalité a′i + bi′ = ci′ est vraie. Par suite, il existe une infinité d’entiers stric-
tement positifs n = 1, 4, 42 , 43 , · · · vérifiant la condition du problème.
2nde méthode : On montre le résultat par récurrence sur n ∈ N∗ . Pour n = 1, on prend
A = {1}, B = {2} et C = {3}, alors le résultat est vrai. Supposons que le résultat est vrai
jusqu’au rang n. Montrons le au rang n + 1. Pour 3n + 1 ∈ N∗ , on suppose que l’ensemble
S3n+1 = {1, 2, · · · , 3(3n + 1)} peut être partitionné en trois sous-ensembles disjoints A′ =
{a′1 , a′2 , · · · , a′3n+1 }, B′ = {b1′ , b2′ , · · · , b3n+1

}, C ′ = {c1′ , c2′ , · · · , c3n+1

}, avec :

a′i = 2ai − 1 (i ∈ J1, nK), a′n+i = 3ai (i ∈ J1, nK),


bi′ = 3bi (i ∈ J1, nK), ′
bn+i = 3bi + 1 (i ∈ J1, nK),
ci′ = 3ci − 1 (i ∈ J1, nK), ′
cn+i = 3ci + 1 (i ∈ J1, nK)
′ ′
a2n+i = 3ai + 1 (i ∈ J1, nK), a3n+1 = 1,
′ ′
b2n+i = 3bi − 1 (i ∈ J1, nK), b3n+1 = 9n + 2,
′ ′
c2n+i = 3ci (i ∈ J1, nK), c3n+1 = 9n + 3.

Pour tout i ∈ J1, 3n + 1K, l’égalité a′i + bi′ = ci′ est vraie. Par suite, il existe une infinité d’entiers
3k − 1
strictement positifs n = 1, 4, 13, 40, 121, · · · , i.e. n = (k ∈ N∗ ), vérifiant la condition du
2
problème.
162 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

Exercice 12 KKK

Pour tout n ∈ N∗ , montrer qu’il existe un ensemble fini M de points dans le plan tel que :
pour tout P ∈ M, il y a exactement n points A1 , A2 , · · · , An ∈ M avec d(P, Ai ) = 1 pour tout
i ∈ J1, nK. ( d(P, Ai ) désigne la distance de P à Ai ).

Solution. On fait une démonstration par récurrence. Lorsque n = 1, soit M1 l’ensemble conte-
nant les deux extrémités d’un segment de longueur 1, alors M1 vérifie les hypothèses de l’exer-
cice. On suppose que pour n = k, il existe un ensemble Mk formé d’un nombre fini de points
tels que pour tout P ∈ Mk , il existe exactement k points A1 , A2 , · · · , Ak ∈ Mk avec d(P, Ai ) = 1
pour tout i ∈ J1, kK. On pose |Mk | = mk . Lorsque m = k + 1, on dessine mk cercles dont les
centres sont respectivement les mk points Mk et de rayon 1. Ensuite, on relie - par des seg-
ments - le centre et le point d’intersection dans chaque cercle, et on relie - par des segments
- n’importe quels deux points quelconques de Mk . Comme le nombre de tels segments est
fini, il existe une droite l qui n’est parallèle à aucun d’eux. On translate l’ensemble Mk en Mk′
lelong de la droite l de sorte que la distance entre chaque point P de Mk et le point corres-
pondant P ′ ∈ Mk′ soit égale à 1. Donc, Mk ∩ Mk′ = ∅ pour tout P ∈ Mk ∪ Mk′ , il y a exactement
k + 1 points P1 , P2 , · · · , Pk+1 ∈ Mk ∩ Mk′ vérifiant la propriété que la distance entre P et chacun
de P1 , P2 , · · · , Pk+1 est égale à 1, i.e., lorsque n = k + 1 l’ensemble Mk+1 = Mk ∪ Mk′ vérifie la
condition de l’exercice. En conclusion, pour tout n ∈ N∗ , il existe un ensemble Mn de points
vérifiants la condition de l’exercice.

Exercice 13 KKK
Montrer que tout n ∈ N∗ , sauf un nombre fini d’entre eux, peut s’écrire comme la somme
de 2016 entiers strictement positifs n = a1 + a2 + · · · + a2016 avec :

a1 < a2 < · · · < a2016 et ai | ai+1 ∀ i ∈ J1, 2015K.

Solution. On montre un résultat plus général : pour tout entier m ≥ 2, il existe nm ∈ N∗ tel que
pour n ≥ nm , il y a m entiers strictement positifs a1 , a2 , · · · , am vérifiant n = a1 + a2 + · · · + am
avec a1 < a2 < · · · < am et ai | ai+1 (i = 1, 2, · · · , m − 1). Lorsque m = 2, n = 1 + (n − 1), alors n2 = 3.
Supposons que le résultat est vrai pour m = k, i.e., il existe nk ∈ N∗ tel que pour n ≥ nk , il existe
k entiers strictement positifs b1 , b2 , · · · , bk vérifiant n = b1 + b2 + · · · + bk avec b1 < b2 < · · · < bk
et bi | bi+1 (i = 1, 2, · · · , k − 1). Pour n = k + 1, soit nk+1 = 22nk +1 (2nk + 1), alors pour tout entier
strictement positif n = 2r (2s + 1) ≥ nk+1 = 22nk +1 (2nk + 1), on obtient 2s + 1 ≥ 2nk + 1 ou 2r ≥
22nk +1 . Si 2s + 1 ≥ 2nk + 1, i.e., s ≥ nk , alors par hypothèse de récurrence on sait qu’il existe k
entiers strictement positifs b1 , b2 , · · · , bk vérifiant s = b1 + b2 + · · · + bk avec b1 < b2 < · · · < bk et
bi | bi+1 (i = 1, 2, · · · , k − 1). Alors :
n = 2r + 2r+1 s = 2r + 2r+1 (b1 + b2 + · · · + bk ) = a1 + a2 + · · · + ak+1 ,
avec a1 = 2r et ai = 2r+1 bi−1 (i = 2, 3, · · · , k + 1) vérifiant a1 < a2 < · · · < ak+1 et ai | ai+1 (i =
1, 2, · · · , k +1). Si 2r ≥ 22nk +1 , i.e., r ≥ 2nk +1, alors il existe r1 = 0 ou 1 tel que r = 2p +r1 (p ∈ N∗ ),
et de r = 2p + r1 ≥ 2nk + 1, on déduit p ≥ nk et
2p − 1 = (1 + 1)p − 1 ≥ (1 + p) − 1 = p nk .
Par hypothèse de récurrence, on conclut qu’il existe k entiers strictement positifs b1 , · · · , bk tels
que 2p − 1 = b1 + b2 + · · · + bk avec b1 < b2 < · · · < bk et bi | bi+1 (i = 1, 2, · · · , k − 1). Alors :
n = 2r (2s + 1) = 2r1 (2s + 1) + (2r − 2r1 ) (2s + 1)
= 2r1 (2s + 1) + 2r1 (2s + 1) (2p + 1) × (b1 + b2 + · · · + bk ) = a1 + a2 + · · · + ak+1 ,
où a1 = 2r1 (2s + 1) et ai = 2r1 (2s + 1) (2p + 1) bi−1 (i = 2, 3, · · · , k + 1) vérifient a1 < a2 < · · · < ak+1 et
ai | ai+1 (i = 1, 2, · · · , k). La preuve par récurrence est ainsi terminée.
3.12. EXERCICES 163

Exercice 14 KKK

Dans une soirée il y a n garçons et n filles. Chaque garçon est attiré par a filles, et chaque
fille est attirée par b garçons. Déterminer toutes les paires (a, b) telles qu’il existe toujours
un garçon et une fille qui s’attirent mutuellement.

Solution. Considérons les paires (r, s) où r est un garçon et s est une fille qui attire r. Il y a au
moins a paires pour chaque garçon, donc il y a au moins a·n paires. Donc, il y a une fille qui est
au moins dans a de ces paires, c’est-à-dire il y a une fille qu’au moins a garçons sont attirés par
elle. Si cette fille est attirée par plus de n − a garçons, alors on peut trouver la paire souhaitée.
Donc, si a + b > n on peut trouver une telle paire.
Si a + b ≤ n, on va montrer que ce n’est plus possible nécessairement de trouver de telles
paires. On numérote les garçons et les filles de 1 à n. Considérons une paire (i, j) où i est
le nombre d’une fille et j le nombre d’un garçon, on dit que i est attirée par j si i + j est
congru modulo n à l’un de 1, 2, · · · , b. On dit que j est attiré par i si i + j est congru modulo n
à l’un de n, n − 1, · · · , n − a + 1. Ainsi, on a la condition du problème, et aucune paire ne s’attire
mutuellement.
En conclusion, la condition a + b > n assure l’existence d’un garçon et d’une fille qui s’attirent
mutuellement.

Exercice 15 KKK

Montrer que pour tout ensemble de dix naturels parmi {10, 11, 12, · · · , 98, 99}, il existe au
moins 2 sous-ensembles disjoints dont les sommes des éléments sont égales. (OIM, 1972)

Solution. On sait qu’un ensemble fini de n éléments possède 2n sous-ensembles, y compris l’en-
semble vide et l’ensemble lui-même. Si nous excluons ces deux derniers sous-ensembles, nous
avons pour l’ensemble donné à 10 éléments 210 − 2 = 1022 sous-ensembles stricts. La somme
des éléments dans chacun de ces sous-ensembles est inférieure à 9 × 99 = 891. Donc pour 1022
ensembles, il y a au plus 891 valeurs possibles de la somme ; il y a donc par le principe des
tiroirs au moins deux sommes qui ont la même valeur. Soient E1 et E2 les sous-ensembles cor-
respondants. En enlevant de E1 et E2 , le cas échéant, les éléments qui sont contenus dans les
deux sous-ensembles, on obtient une solution.

Exercice 16 KKK
Soit M un ensemble de 1985 entiers distincts strictement positifs, ayant tous leurs divi-
seurs premiers inférieurs ou égaux à 26. Montrer que l’on peut trouver 4 éléments distincts
de M dont le produit est la puissance quatrième d’un entier. (OIM, 1985)

Solution. Les diviseurs premiers possibles pour les éléments de M sont : 2,3,5,7,11,13,17,19,23.
On écrit les éléments de M sous la forme : 2p1 × 3p2 × 5p3 × · · · × 23p9 . On attribue à chaque
élément le 9-uplet (p1 , p2 , · · · , p9 ), où pi = 1 s’il est impair et pi = 0 s’il est pair. Le nombre de
ces 0 − 1 9-uplets est égal à 29 = 512, donc il y a deux 9-uplets parmi n’importe quel 513 qui
sont identiques (par le principe des tiroirs). On choisit deux nombres a1,1 et a1,2 de M tels
que les 9-uplets correspondants sont les mêmes, alors a1,1 a1,2 est un carré parfait, et tous les

exposants sont pairs. D’où a1,1 a1,2 est un entier.

De même, des 1983 nombres restants, on peut choisir a2,1 et a2,2 tels que a2,1 a2,2 est un entier.
D’une façon similaire on obtient les entiers :
√ √ √ √
a1,1 a1,2 , a2,1 a2,2 , a3,1 a3,2 , · · · , a513,1 a513,2 . (1)

(On choisit la dernière paire de 1985 − 2 · 512 = 961 nombres).


Les 513 entiers listés dans (1) ont 9 diviseurs premiers. Donc, l’argument précédent nous
164 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
√ √
donne deux d’entre eux, ai,1 ai,2 , aj,1 aj,2 , tels que les 0 − 1 9-uplets correspondants sont les
mêmes. Leur produit est un carré parfait, donc
√ p
ai,1 ai,2 × aj,1 aj,2 = b 2 , b entier,

et ainsi ai,1 ai,2 aj,1 aj,2 = b 4 , le résultat est ainsi prouvé.


Remarque : la sélection peut se faire à partir de 2 · 512 + 513 = 1537 entiers.

Exercice 17 KKK

Soit n un entier strictement positif. Un tableau carré de taille N = n2 +1 est divisé en carrés
unités avec N lignes et N colonnes. Les N 2 carrés sont coloriés avec une des N couleurs
de sorte que chaque couleur a été utilisée N fois. Montrer que, peu importe le coloriage, il
existe une ligne et une colonne avec au moins n + 1 couleurs différentes. (Roumanie)

Solution. Soient ai et bi le nombre de lignes avec la couleur i et le nombre de colonnes avec la


couleur i, respectivement. Notons qu’il y a au plus ai bi carrés de couleur i. Donc, on a :
!2
a + bi
N ≤ a i bi ≤ i .
2

Or comme N > n2 , on a que ai + bi > 2n. En sommant par rapport à i on obtient :


N
X N
X
ai + bi > 2nN .
i=1 i=1

N
X N
X
Donc, par le principe des tiroirs, soit ai > nN ou bien bi > nN . Supposons, sans perte de
i=1 i=1
N
X
généralité, que c’est le premier cas qui est vrai. Notons que ai est le nombre de paires (C, i)
i=1
où C est une colonne qui possède un carré de couleur i. Il y a N colonnes possibles et plus de
nN paires. D’où, il doit y avoir une colonne dans plus de n paires, et c’est ce qu’on cherche.

Exercice 18 KKK

Soit a1 , a2 , · · · , a100 une permutation de {1901, 1902, · · · , 2000}. Avec cette permutation on
construit la suite de sommes partielles (Sn )n donnée par :

S1 = a 1 , S2 = a 1 + a 2 , S3 = a 1 + a 2 + a 3 , ··· , S100 = a1 + a2 + · · · + a100 .

Combien de telles permutations ne contiennent aucun terme de la suite S1 , S2 , · · · , S100 qui


soit divisible par 3 ? (Canada)

Solution. Soit M = {1901, 1902, · · · , 2000} = K0 ∪ K1 ∪ K2 avec Ki = {n : n ∈ M et n ≡ i


(mod 3)} (i = 0, 1, 2), alors |K0 | = |K1 | = 33, |K2 | = 34. Soit a′i ≡ ai (mod 3), 0 ≤ a′i ≤ 2 (i =
1, 2, · · · , 100), alors les permutations S ′ = {a′1 , a′2 , · · · , a′100 } déterminent si les permutations
S = {a1 , a2 , · · · , a100 } vérifient la propriété de l’exercice ou non. Comme S ′ contient 33 nombres
0 ; 33 nombres 1, et 34 nombres 2, si chacune des sommes partielles S1 , S2 , · · · , S100 n’est pas di-
visible par 3, alors la suite consistant en 67 éléments 1 ou 2 de S ′ doit être 1, 1, 2, 1, 1, 2, · · · , 1, 2
ou 2, 2, 1, 2, 1, 2, 1, · · · , 2, 1. Or, |K2 | = |K1 | + 1, donc le second cas seulement est possible. Puisque
chaque 0 peut être mis dans n’importe quelle position à l’exception de a′1 (, 0), le nombre de
3.12. EXERCICES 165


façons d’arranger 33 nombres 0 est égal à 99 33 . Par suite, le nombre de permutations vérifiant
la condition de l’exercice est égal à :
!
99 99! · 33! · 34!
· 33! · 33! · 34! = .
33 66!

Exercice 19 KKK
On dispose de six couleurs différentes pour colorier les six faces d’un cube. On veut que
chaque face soit coloriée avec une des six couleurs, et que deux faces partageant un côté
soient de couleurs différentes. Combien y a-t-il de façons pour le faire ? (Chine)

Solution. Comme trois faces ayant un sommet en commun doivent être coloriées avec 3 cou-
leurs différentes, alors il y a au moins trois couleurs qui sont utilisées. On distingue quatre cas
possibles : on utilise 6 couleurs, 5 couleurs, 4 couleurs ou 3 couleurs.
⋄ Cas 1 : lorsque les six couleurs sont utilisées, on retourne une face coloriée avec une certaine
couleur, et on choisit une couleur parmi les 5 restantes pour colorier la face de base, il y a
5
1 façons différentes pour le faire. Ensuite, on utilise les couleurs restantes pour colorier les
quatre faces restantes, il y a (4 − 1)! façons différentes pour le faire. En conclusion, lorsque les
6 couleurs sont utilisées, le nombre de façons distinctes pour colorier les 6 faces du cube est
égal à !
5
· (4 − 1)! = 30.
1
⋄ Cas 2 : lorsqu’on utilise cinq couleurs différentes, le nombre de façons de prendre 5 couleurs

parmi 6 est égal à 65 . Dans ce cas, il y a une paire de faces opposées qui ont la même couleur.

On choisit une couleur parmi 5 pour colorier des faces opposées de 51 façons différentes.
1
Ensuite, on utilise les couleurs restantes pour colorier les quatre autres faces en · (4 − 1)!
2
façons différentes. En conclusion, dans ce cas le nombre de façons différentes pour colorier les
faces du cube est égal à : ! !
6 5 1
· · · (4 − 1)! = 90.
5 1 2
⋄ Cas 3 : lorsque 4 couleurs sont utilisées, le nombre de façons de choisir 4 couleurs parmi 6

est égal à 64 . Dans ce cas, chaque paire de faces opposées sont coloriées avec la même couleur,
et la paire restante a deux couleurs différentes. On choisit 2 couleurs parmi 4 pour colorier la

troisème paire en 42 façons différentes. Ensuite, on utilise les couleurs restantes pour colorier
les autres faces sachant que deux faces opposées ont la même couleur, il y a une seule façon de
faire. En conclusion, dans ce cas le nombre de façons différentes pour colorier les 6 faces du
cube est égal à : ! !
6 4
· · 1 = 90.
4 2
⋄ Cas 4 : lorsqu’on utilise 3 couleurs différentes, le nombre de façons de choisir 3 parmi 6

couleurs différentes est égal à 63 . Dans ce cas, chacune des paires de faces opposées est de la
même couleur. Il y a une seule façon de faire. En conclusion, le nombre de façons différentes
pour colorier les 6 faces du cube est égal à :
!
6
· 1 = 20.
3

En résumé, et d’après les quatre cas ci-dessus, on conclut que le nombre total de façons diffé-
rentes pour colorier les 6 faces du cube est égal à : 30 + 90 + 90 + 20 = 230.
166 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

Exercice 20 KKK

On considère un polygone convexe à 2016 côtés tel que trois diagonales quelconques ne se
coupent pas en un point à l’intérieur du polygone. Ces différentes diagonales forment plu-
sieurs régions à l’intérieur du polygone convexe. Montrer qu’il y a en tout 686 212 874 400
régions à l’intérieur du polygone convexe.

Solution. On montre le résultat dans le cas général où l’on remplace 2016 par n ∈ N∗ .
Supposons que, parmi ces différentes régions, il y a n3 triangles, n4 quadrilatères convexes,
· · · , et nm polygones convexes à m côtés. Alors, le nombre total des régions est égal à :

S = n3 + n4 + · · · + nm .

D’autre part, le nombre total de sommets de toutes ces régions est égal à : 3n3 + 4n4 + · · · +
mnm . Finalement, le nombre total de points d’intersection de ces diagonales à l’intérieur du

polygone convexe est égal à n4 et chaque point d’intersection des diagonales est le sommet
commun de 4 régions (puisque trois diagonales quelconques ne se coupent pas en un point à
l’intérieur du polygone), et chaque sommet du polygone à n côtés est le sommet commun de
n − 2 régions. Donc, on obtient :
!
n
3n3 + 4n4 + · · · + mnm = 4 + n(n − 2). (1)
4

Maintenant, la somme totale des angles intérieurs de toutes les régions est égale à :

n3 · 180◦ + n4 · 360◦ + · · · + nm · (nm − 2) · 180◦ .

D’autre part, la somme des angles internes du polygone convexe à n côtés est (n − 2) · 180◦ et
 
la somme des angles internes aux n4 points d’intersection des diagonales est égale à n4 · 360◦ .
Par conséquent :
!
◦ ◦ ◦ ◦ n
n3 · 180 + n4 · 360 + · · · + nm · (m − 2) · 180 = (n − 2) · 180 + · 360◦
4

c’est-à-dire !
n
n3 + 2n4 + · · · + (m − 2)nm = (n − 2) + 2 . (2)
4
(1)−(2)
La relation 2 permet d’obtenir :
!  
n (n − 1)(n − 2) (n − 1)(n − 2) n2 − 3n + 12
S = n3 + n4 + · · · + nm = + = .
4 2 24

Avec n = 2016 on retrouve bien la valeur 686 212 874 400.

Exercice 21 KKK

On suppose que a1 , a2 , a3 , a4 , a5 est une permutation de 1, 2, 3, 4, 5 telle que pour tout i ∈


J1, 4K, chaque permutation de a1 , a2 , · · · , ai n’est pas une permutation de 1, 2, · · · , i. Quel est
le nombre total de telles permutations ? (Chine)

Solution. Soient S l’ensemble des permutations de 1, 2, 3, 4, 5 et


Ai = {(a1 , a2 , a3 , a4 , a5 ) : (a1 , a2 , a3 , a4 , a5 ) ∈ S et
(a1 , · · · , ai ) permutation de 1, · · · , i (i ∈ J1, 4K)}.
3.12. EXERCICES 167

Alors, le nombre de permutations recherchées est égal à A1 ∩ A2 ∩ A3 ∩ A4 .


Or |A1 ∩ A3 | = 2! · 2! car les permutations dans l’ensemble A1 ∩ A3 sont de la forme 1xx45 et
1xx54. De même, |A1 ∩ A4 | = 3! car les permutations dans l’ensemble A1 ∩ A4 sont de la forme
1xxx5, et ainsi de suite. Donc :

|S| = 5!, |A1 | = 4!, |A2 | = 2! · 3!, |A3 | = 3! · 2!, |A4 | = 4!, |A1 ∩ A2 | = 3!,
|A1 ∩ A3 | = 2! · 2!, |A1 ∩ A4 | = 3!, |A2 ∩ A3 | = 2! · 2!, |A2 ∩ A4 | = 2! · 2!,
|A3 ∩ A4 | = 3!, |A1 ∩ A2 ∩ A3 | = 2!, |A1 ∩ A2 ∩ A4 | = 2!, |A1 ∩ A3 ∩ A4 | = 2!,
|A2 ∩ A3 ∩ A4 | = 2!, |A1 ∩ A2 ∩ A3 ∩ A4 | = 1.

D’après la formule d’inclusion-exclusion, on déduit que :


4
X X X
|A1 ∩ A1 ∩ A1 ∩ A1 | = |S| − |Ai | + |Ai ∩ Aj | − |Ai ∩ Aj ∩ Ak |+
i=1 1≤i<j≤4 1≤i<j<k≤4

+ |A1 ∩ A2 ∩ A3 ∩ A4 | = 5! − (4! + 2! · 3! + 3! · 2! + 4!)+


+ (3! + 2! · 2! + 3! + 2! · 2! + 2! · 2! + 3!) − (2! + 2! + 2! + 2!) + 1
= 120 − 72 + 30 − 8 + 1 = 71.

Exercice 22 KKK

Soit M (p × 2018, 7p × 2018) un point du plan, avec p nombre premier. Déterminer le


nombre de triangles rectangles tels que :
1 les sommets sont des points à coordonnées entières, et M est le sommet correspon-
dant à l’angle droit ;
2 le centre du cercle inscrit est l’origine O.

Solution. On se propose de donner deux solutions à cet exercice.

b
M

1 D
C b b

b
0
−2 −1 O0 1 2 3
b

A
−1

b
B

−2

1ère solution : comme dans la figure ci-dessus, le triangle rectangle MAB vérifie les conditions
(1)-(2) de l’exercice. On trace les perpendiculaires issues de O aux côtés AM et MB, et dont les
pieds sont respectivement C et D, alors
1
OC = OD = MC = MD = r = √ OM
2
avec r le rayon du cercle inscrit au triangle AMB. Donc, le triangle MAB est déterminé unique-
ment par BD = u et AC = v. On peut connaître le nombre de triangles recherchés en établissant
168 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

une équation en u et v, et en trouvant le nombre de solutions entières de cette équation.


Pour faciliter les calculs, on fait translater le point O vers M de sorte que le nouveau re-
père soit x′ My ′ . Dans ce nouveau repère, les coordonnées de M sont (0, 0) et ceux de O sont
(−p × 2018, −7p × 2018). Par suite :
q √
|OM| = (p × 2018)2 + (7p × 2018)2 = p × 2018 × 5 2.
Si la pente de la droite (AM) est k, alors la pente de la droite (OM) est donnée par :
7p × 2018
k′ = = 7.
p × 2018
Comme O est le centre du cercle inscrit dans le triangle AMB, et OMA \ = 45◦ , alors on déduit
que :
k′ − k 7−k
1 = tan (45◦ ) = = ,
1 − k′k 1 − 7k
3 4
c’est-à-dire k = et puisque MB ⊥ MA on obtient que la pente de MB est k1 = − . Donc, on
4 3
suppose que les coordonnées de A et B sont respectivement (−4t, −3t) et (3t ′ , −4t ′ ). Puisque
pgcd(3, 4) = 1, et A, B sont à coordonnées entières, alors t et t ′ sont deux entiers strictement
positifs. Il s’ensuit que :
MA = 5t, MB = 5t ′ et r = MC = MD = MO · cos45◦ = p × 2018 × 5.
On note BD = u et AC = v, alors u = MB − MD = 5 (t ′ − p × 2018) et v = MA − MC = 5(t − p ×
2018).
\ \
[ = β, alors α + β = MAB + MBA = 45◦ , tan α = r , tan β = r et
[ = α et OAC
On note OBD
2 u v
r 1 − tan β v −r
= tan α = tan(45◦ − β) = = .
u 1 + tan β v +r
r(v + r) 2r 2 r(m + 2r)
D’où u = . On note v − r = m et = n, alors u = = r + n. Ainsi, m et n sont
v−r m m
m n
tous les deux des multiples de 5. On pose m0 = et n0 = , alors m0 , n0 sont des entiers
5 5
strictement positifs et :
m n 2r 2 2
m0 n0 = · = 2 = 2 (p × 2018 × 5)2 = 23 × 10092 × p 2 . (1)
5 5 5 5
Comme chaque paire d’entiers strictement positifs (m0 , n0 ) correspond une unique paire d’en-
tiers strictement positifs (u, v) = (n + r, m + r), on obtient alors un seul triangle MAB vérifiant
les conditions de l’exercice. Par suite, le nombre de triangles vérifiant les conditions de l’exer-
cice est égal au nombre d’entiers strictement positifs (m0 , n0 ) solutions de l’équation (1). On
distingue trois cas.
⋄ Cas 1 : si p , 2 et p , 1009
alors toutes les solutions de l’équation m0 · n0 = 23 × 10092 × p 2 sont données par


m0 = 2i × 1009j × p k


 avec i ∈ J0, 3K, j ∈ J0, 2K, k ∈ J0, 2K.
n0 = 23−i × 10092−j × p 2−k

Dans ce cas, le nombre de solutions est égal à : 4 × 3 × 3 = 36.


⋄ Cas 2 : p = 1009
alors toutes les solutions de l’équation m0 · n0 = 23 × 10094 sont données par


m0 = 2i × 1009j


 avec i ∈ J0, 3K, j ∈ J0, 4K.
n0 = 23−i × 10094−j

Dans ce cas, le nombre de solutions est égal à : 4 × 5 = 20.


3.12. EXERCICES 169

⋄ Cas 3 : p = 2
alors toutes les solutions de l’équation m0 · n0 = 25 × 10092 sont données par


m0 = 2i × 1009j


 avec i ∈ J0, 5K, j ∈ J0, 2K.
n0 = 25−i × 10092−j

Dans ce cas, le nombre de solutions est égal à : 6 × 3 = 18.


En conclusion, le nombre S de solutions est donné par :


 36 si p , 2, p , 1009,



S =  20 si p = 1009,


18 si p = 2.

2nde solution : en utilisant les notations de la première solution on obtient MA = 5t, MB = 5t ′


r
(t, t ′ sont des entiers strictement positifs) et r = p × 2018 × 5. On note r0 = = 2 × 1009 × p,
√ √ 5
alors AB = MA 2 + MB2 = 5 t 2 + t ′2 . On sait que AB = MA + MB − 2r = 5t + 5t ′ − 10r , i.e.,
√ √ 0
5 t 2 + t ′2 = 5(t + t ′ − 2r0 ), c’est-à-dire t 2 + t ′2 = t + t ′ − 2r0 . En prenant le carré on déduit
que : (t − 2r0 )(t ′ − 2r0 ) = 2r02 = 23 × 10092 × p 2 . On note m0 = t − 2r0 et n0 = t ′ − 2r0 , alors :
m0 n0 = 2r02 = 23 × 10092 × p 2 . La fin de la preuve est identique à celle de la première solution.

Exercice 23 KKK

Un triangle équilatéral ABC de côté n est divisé en n2 triangles équilatéraux de côtés 1 par
des segments parallèles à ses côtés.
1. Combien y a-t-il de triangles équilatéraux dans cette figure géométrique ?
2. Combien y a-t-il de losanges dans cette figure ?

Solution.
1. Le nombre de triangles équilatéraux de côté k et dont le sommet est en haut est égal à :
1
xk = 1 + 2 + · · · + [n − (k − 1)] =(n − k + 1)(n − k + 2)
2
(n − k + 1)(n − k + 2)(n − k + 3) − (n − k)(n − k + 1)(n − k + 2)
= .
6
Par suite, le nombre S1 de triangles équilatéraux dont le sommet est en haut est égal à :
n
X n(n + 1)(n + 2)
S1 = xk = .
6
k=1
Le nombre de triangles équilatéraux de côté l et dont le sommet est en bas est égal à :
 
(n − 2l + 1)(n − 2l + 2) n
yl = 1 + 2 + · · · + (n − 2l + 1) = , 1≤l ≤ .
2 2
Lorsque n = 2m est pair, le nombre de triangles équilatéraux dont le sommet est en bas est
égal à :
⌊n/2⌋
X m
1X
S2 = yi = [(2m − 2l + 2) − (2m − 2l + 2)]
2
i=1 l=1
m h
X i m
X m
X
2 2
= 2(m − l + 1) − (m − l + 1) = 2 l − l
l=1 l=1 l=1
1 1 n(n + 2)(2n − 1)
= 2 × m(m + 1)(2m + 1) − m(m + 1) = .
6 2 24
170 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

Lorsque n = 2m − 1 est impair, on obtient


⌊n/2⌋
X m−1
1X
S2 = yl = (2m − 2l)(2m − 2l + 1)
2
i=1 l=1
m−1
X m−1
X
2 (m − 1)m(2m − 1) m(m − 1)
= 2 (m − l) + (m − l) = +
3 2
l=1 l=1
(m − 1)m(4m + 1) (n − 1)(n + 1)(2n + 3)
= = .
6 24
En conclusion, le nombre S de triangles équilatéraux est égal à


 n(n + 2)(2n + 1)


 si n est pair,
S = S1 + S2 =  8
 2
 n(2n + 3n − 1)

 si n est impair.
8
2. Comme la moitié inférieure de chaque losange dont les côtés ne sont pas parallèles à BC
est un triangle équilatéral dont le sommet est en bas, alors on a une bijection entre des deux
ensembles. Par suite, le nombre de losanges dont les côtés ne sont pas parallèles à BC est égal
à S2 . Par conséquent, le nombre recherché est :


 n(n + 2)(2n − 1)

 si n est pair,
 8
3S2 = 
 (n − 1)(n + 1)(2n + 3)


 si n est impair.
8

Exercice 24 KKK

On considère un tableau de dimensions 1001 × 1001. On veut colorier certains carrés en


respectant les deux conditions suivantes :
• si deux carrés partagent un côté, alors au moins un des deux est colorié ;
• si 6 carrés sont consécutifs (horizontalement ou verticalement), alors parmi eux il y a au
moins deux carrés consécutifs coloriés.
Déterminer le nombre minimum de carrés coloriés en respectant ces 2 conditions.

Solution. On se focalise sur les pièces de taille 5 × 1. Si on l’étend, par l’un de ses côtés, en une
pièce 6 × 1 on a trois carrés coloriés. Si la pièce 5 × 1 n’a pas 3 carrés coloriés, alors le coloriage
dans la pièce 6 × 1 doit être alternatif, ceci est impossible d’après la deuxième condition de
l’exercice.
On divise le tableau 1001 × 1001 en 3 tableaux : un tableau 1000 × 1001, un tableau 1 × 1000
et un tableau 1 × 1. Le deux premiers tableaux peuvent être divisés en parts de tailles 5 × 1 et
3(10012 − 1)
1 × 5 respectivement, donc le nombre de carrés coloriés est au moins égal à . Pour
5
montrer qu’un coloriage avec ce nombre là est possible, on va faire ce qui suit.

On commence le coloriage de la première ligne, de gauche à droite, en utilisant la figure ci-


dessus. Ensuite, on fait la même chose pour la prochaine ligne mais en décalant d’un carré à
gauche le coloriage, et on continue ainsi de suite. Ainsi, chaque pièce 1 × 5 a 3 carrés coloriés.
Si on divise le tableau comme indiqué, le carré qui est seul à gauche n’est pas colorié, donc ça
3.12. EXERCICES 171

ne pose aucun problème. En conclusion, le nombre recherché est égal à :

3(10012 − 1)
= 601 200.
5

Exercice 25 KKK

Soit ABC un triangle équilatéral de côté n. On le divise en plusieurs triangles équilatéraux


de côté 1 (voir figure ci-dessous). Déterminer le nombre f (n) (respectivement g(n)) de
losanges de côté 1 (respectivement parallélogrammes) ainsi formés.
A
b

b b

D
b b b

F N
b b b b

B b b b C
J
b b b b b b

B′ i i +1 k k +1 C′

Solution.
1. On considère tout d’abord le petit losange DN JF dont les côtés ne sont pas parallèles à (BC).
On prolonge ses côtés pour couper le côté [BC]. On prolonge aussi le côté [BC] pour obtenir le
côté [B′ C ′ ] avec BB′ = CC ′ = 1 et (BC)//(B′ C ′ ). Le segment [B′ C ′ ] est alors partagé en n+2 petits
segments égaux, on note ces points de division par 0, 1, 2, · · · , n+1 (avec 0 correspondant à B′ , et
n+1 à C ′ ). Donc, à chaque petit losange dont les côtés ne sont pas parallèles à [BC] correspond
quatre points de division i, i + 1, k, k + 1 éléments de [B′ C ′ ]. Réciproquement, à chaque quatre
points distincts sur [B′ C ′ ] correspond un petit losange dont les côtés ne sont pas parallèles à
b

[BC]. Cette correspondance est une bijection, ainsi le nombre de petits losanges dont les côtés

ne sont pas parallèles à [BC] est égal à n2 . Par symétrie, on conclut que le nombre total de
losanges dans la figure ainsi obtenue est égal à :
!
n n! 3n(n − 1)
f (n) = 3 = 3× = .
2 2 × (n − 2)! 2

2. On montre de la même façon que ci-dessus que :


!
n+2 (n − 1)n(n + 1)(n + 2)
g(n) = 3 = .
4 8

Exercice 26 KKK

Il y a 100 jetons sur une table. Les joueurs A et B vont enlever les jetons de la table à
tour de rôle. À chaque tour, ils peuvent enlever 2, 5 ou 6 jetons. Le premier joueur qui ne
peut pas enlever de jetons a perdu. On suppose que A joue en premier. Qui a une stratégie
gagnante ? (Allemagne)

Solution. On va voir que l’ensemble des positions perdantes est l’ensemble des nombres
congrus à 0, 1, 4, 8 modulo 11. Si A est dans une position perdante et enlève 5 ou 6 jetons,
B peut enlever 6 ou 5 jetons, respectivement. La seule fois où ceci est impossible pour B est
172 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

s’il y a moins de jetons que ceux nécessaires pour faire revenir A à la position perdante où il
était (ils devraient être moins de 11 jetons lorsque c’est le tour de A). Le seul cas est s’il y a
exactement 8 jetons restants, alors B peut enlever 2 jetons et gagner. Si A était en 0 ; B enlève
5. Si A était dans 4 ; B enlève 2. Si A était dans 8 ; B enlève 5. Comme 100 ≡ 1 (mod 11), alors
A perd.

Exercice 27 KKK

Un examen comporte k questions, et il y a n élèves qui le passent. Un élève échoue à


l’examen si le nombre de ses réponses justes est strictement inférieur à la moitié de toutes
les questions. On dit qu’une question est facile si plus de la moitié des élèves arrivent à la
résoudre. Est-il possible que :
(1) tous les élèves échouent même si toutes les questions sont faciles ?
(2) aucun élève n’échout même si aucune question n’est facile ? (Estonie)

Solution. Soit T le nombre de paires (E, p) où E est l’élève et p la question que E a bien réussi.
n
(1) Si toutes les questions étaient faciles, alors chaque question p est dans plus de paires. Si
2
k
tous les élèves ont échoué, alors chaque élève est dans moins que paires. D’où
2
n k
k < T < n , ce qui est impossible.
2 2
(2) Avec un raisonnement similaire à celui en haut, on obtient :
  & '
n k
k ≥ T ≥ n ,
2 2

nk
donc on doit avoir T = et k, n sont tous les deux pairs. Si, dans ce cas, on énumère tous les
2
élèves et toutes les questions, il est suffisant pour chaque élève de répondre correctement à
toutes les questions avec la même parité pour obtenir le résultat souhaité.

Exercice 28 KKK

Tous les diviseurs strictement positifs de N ∈ N∗ sont écrits sur un tableau. Deux joueurs
A et B jouent au jeu suivant (à tour de rôle) : au premier tour, A efface N . Si le dernier
nombre effacé est d, alors le prochain joueur enlève un diviseur de d ou un multiple de d.
Le joueur qui ne peut plus jouer a perdu. Déterminer tous les nombres N pour lesquelles
A a une stratégie gagnante. (Olympiade d’Europe Centrale)

a a a
Solution. Soit N = p11 p22 · · ·pk k la décomposition de N en produit de facteurs premiers. Dans
une étape du jeu, le joueur écrit un diviseur de N , qui peut être représenté comme une
suite (b1 , b2 , · · · , bk ) avec bi ≤ ai . Donc, une suite (b1 , b2 , · · · , bk ) peut être suivie par une suite
(c1 , c2 , · · · , ck ) si 0 ≤ ci ≤ bi pour tout i, ou bien bi ≤ ci ≤ ai pour tout i. Si un au moins des ai est
impair, alors B a une stratégie gagnante. Supposons que a1 est impair, et partageons les suites
en des paires de la forme (b1 , b2 , · · · , bk ) et (a1 − b1 , b2 , b3 , · · · , bk ). Après que A joue une certaine
suite, B joue l’autre suite qui est dans la paire, c’est une stratégie gagnante pour le joueur B. Si
tous les ai sont pairs, on peut utiliser un argument plus simple pour partager les suites diffé-
rentes, à partir de (a1 , a2 , · · · , ak ), en paires. Si (b1 , b2 , · · · , bk ) , (a1 , a2 , · · · , ak ), soit j le plus petit
indice tel que bj < aj . Alors, la paire de (b1 , b2 , · · · , bk ) est (b1 , b2 , · · · , bj−1 , aj − bj − 1, bj+1 , · · · , bk )
(notons que bj , aj − bj − 1 puisque aj est pair). Au premier tour A joue la suite (a1 , a2 , · · · , ak ).
Après un jeu de la part de B, A a besoin seulement de jouer la paire de la dernière suite jouée.
En conclusion, les nombres pour lesquels A a une stratégie gagnante sont les carrés parfaits.
3.12. EXERCICES 173

Exercice 29 KKK
Dans une école il y a n élèves. L’école propose des activités supplémentaires aux élèves.
Un élève peut s’inscrire à plusieurs activités. On sait que, pour chaque activité proposée,
il y a au moins 2 élèves inscrits. On sait aussi que si dans deux activités différentes il y
a au moins 2 élèves en commun, alors le nombre d’élèves inscrits aux deux activités sont
différents. Montrer que le nombre total d’activités proposées est ≤ (n − 1)2 . (Iran)

Solution. On suppose qu’il y a Ak activités avec exactement k élèves. On compte le nombre de


paires (P, C) où C est une activité avec exactement k élèves et P est une paire d’élèves dans C.
Notons que chaque paire P est comptée au plus une fois (par la condition de l’exercice). Donc,
 
T ≤ n2 . Cependant, chaque activité C a exactement k2 paires. Par suite :
! !
k n
Ak ≤ .
2 2

On a donc une majoration pour Ak pour tout les k tels que 2 ≤ k ≤ n. On a donc (n−1) inégalités.
En les sommant on obtient :
!
1 1 1
A2 + A3 + · · · + An ≤ n(n − 1) + + ··· +
1·2 2·3 (n − 1) · n
     
1 1 1 1 1
= n(n − 1) 1 − + − + ··· + −
2 2 3 n−1 n
 
1 2
= n(n − 1) 1 − = (n − 1) .
n

Exercice 30 KKK

Dans un village (avec au moins un habitant), il y a plusieurs associations. Chaque habitant


du village est membre d’au moins k associations, et deux associations différentes ont au
plus un membre en commun. Montrer qu’il y a au moins k associations ayant le même
nombre de membres. (Suisse)

Solution. Supposons qu’il y a m associations, et soit A l’association qui a le plus grand nombre
a de membres. On note par T le nombre d’associations avec au moins un membre de A. On
sait que chacun des a membres doit être dans une autre des k − 1 associations. Notons aussi
que chaque association différente de A peut avoir au plus un membre de A, d’où T ≥ (k −
m−1
1)a + 1. Puisque T ≤ m, ceci veut dire que a ≤ . Donc, on a m associations, chacune
 k − 1
m−1
avec un nombre de membres allant de 1 à . D’après le principe des tiroirs, au moins k
k−1
associations ont le même nombre de membres.

Exercice 31 KKK

Soient n un entier strictement positif, et P(k) le nombre de permutations de {1, 2, · · · , n} qui


Xn
ont exactement k points fixes. Montrer que kP(k) = n!. (OIM, 1987)
k=0

Solution. Considérons les paires (P, t) où P est une permutation de {1, 2, · · · , n} et t est un point
fixe de P. Chaque élément t de {1, 2, · · · , n} est dans (n − 1)! paires, puisqu’on a juste besoin de
permuter les autres éléments. Si une permutation admet k points fixes, elle est dans k paires.
174 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

n
X
Donc : n (n − 1)! = kP(k).
k=0

Exercice 32 KKK

Sur une table il y a des cartes numérotées par les nombres 0, 1, 2, · · · , 1024. A et B jouent
à tour de rôle au jeu suivant : tout d’abord B enlève 29 cartes, ensuite A enlève 28 cartes,
ensuite B enlève 27 cartes, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il reste exactement 2 cartes avec
les nombres a et b. Le joueur A doit payer |a − b| dollars au joueur B. Quelle est la plus
grande somme d’argent que peut gagner B ? (Italie)

Solution. On va élaborer une stratégie pour B. Dans son premier tour, il enlève les nombres
impairs, de cette façon la différence minimale entre deux nombres restants est au moins égale
à 2. Au second tour, il y a uniquement des nombres de la forme 4k et 4k + 2. Comme B doit
enlever la moitié des nombres, il peut être sûr qu’il va enlever tous les nombres avec l’une
des deux formes ci-dessus. Donc, la différence minimale entre deux nombres restants est cette
fois-ci est au moins égale à 4. Le joueur B peut continuer ainsi, et donc double la différence à
chaque tour.
La stratégie de A est similaire. Si deux nombres avec la plus grande différence sont à un mo-
x+y x+y
ment x et y, alors entre x et ou bien entre et y on a la moitié ou bien moins que la
2 2
moitié de tous les nombres. Donc A peut enlever tous cela. La différence maximale entre deux
nombres restants est ainsi divisée par 2. Il continue ainsi, il fait diviser par 2 à chaquefois la
différence maximale entre les nombres restants.
En utilisant cette stratégie B peut garantir un gain d’au moins 32 dollars, et A peut garantir
qu’il va perdre au plus 32 dollars. En conclusion, 32 est le nombre recherché.

Exercice 33 KKK

Avec les pièces suivantes on recouvre un tableau de taille 1993 × 2000. Soit s le nombre de
pièces utilisées des deux premières formes (celle à gauche et celle du milieu). Quelle est la
plus grande valeur possible de s ? (Vietnam)

Solution. On colorie les lignes en noir et blanc et de façon alternée, on commence par le noir
(un carré noir, puis un carré blanc, puis un carré noir, puis un carré blanc, et ainsi de suite).
Il y a 2000 carrés noirs de plus que les carrés blancs. Les pièces des deux premières formes
utilisent le même nombre de carrés noirs et de carrés blancs. Les pièces de la troisième forme
utilisent toujours 3 carrés d’une même couleur et 2 carrés de l’autre couleur. Donc, on a besoin
d’au moins 2000 pièces de la troisième forme. Par suite :

1993 × 2000 − 5 × 2000


s ≤ = 994 000.
4
On peut faire un recouvrement du tableau avec seulement 2000 pièces de la troisième forme
en divisant le tableau 1993 × 2000 en 1000 tableaux de tailles 1993 × 2. Dans chacun d’eux
on place deux pièces de la troisième forme aux extrémités (avec les petits bouts sortants sur
différentes colonnes), et on recouvre le reste avec des pièces de la deuxième forme.
3.12. EXERCICES 175

Exercice 34 KKK

Soient a, b deux entiers strictement positifs et considérons une suite de ab + 1 nombres


différents. Montrer qu’il existe toujours une sous-suite, d’au moins a + 1 nombres, stric-
tement croissante, ou une sous-suite, d’au moins b + 1 nombres, strictement décroissante.
(Théorème d’Erdős-Szekeres )

Solution. Considérons la suite (c1 , c2 , · · · , cab+1 ) de ab + 1 nombres différents. À chaque ci de la


suite on associe une paire (aj , bj ) d’entiers strictement positifs, où aj est la longueur de la plus
longue sous-suite strictement croissante qui se termine en cj ; et bj est la longueur de la plus
longue sous-suite strictement décroissante qui se termine en cj .
Étant donnés deux nombres ci et cj dans la suite avec i < j, on montre que leurs paires associées
(ai , bi ) et (aj , bj ) ne peuvent pas être égales.
⋄ Si ci < cj : on peut ajouter cj à la plus longue sous-suite strictement croissante qui se termine
par ci , donc on a une sous-suite strictement croissante de longueur ai + 1 qui se termine par cj .
Ceci donne aj ≥ ai + 1.
⋄ Si ci > cj : on peut ajouter cj à la plus grande sous-suite strictement décroissante qui se
termine en ci , donc on a une sous-suite strictement décroissante de longueur bi + 1 qui se
termine par cj . Ceci donne bj ≥ bi + 1.
S’il n’y avait pas de sous-suites de la longueur qu’on souhaite avoir, alors pour chaque 1 ≤ j ≤
ab + 1 on aurait aj ≤ a et bj ≤ b. Ceci nous aurait donné au plus ab paires différentes. Comme
on a ab + 1 paires, alors par le principe des tiroirs au moins deux doivent être égales, ce qui est
une contradiction.

Exercice 35 KKK

Soit n un entier strictement positif. Dans l’espace on considère l’ensemble

S = {(x, y, z) : x, y, z ∈ {0, 1, · · · , n}, x + y + z > 0}

constitué de (n + 1)3 − 1 points. Trouver le plus petit nombre de plans dont la réunion
contient S mais ne contient pas (0, 0, 0). (OIM, 2007)

Solution. On va montrer une petite généralisation de ce résultat en considérant a, b, c des entiers


naturels non tous nuls, et

S = {(x, y, z) : 0 ≤ x ≤ a, 0 ≤ y ≤ b, 0 ≤ z ≤ c et x + y + z > 0}.

On va prouver que a + b + c est le nombre minimal de plans dont la réunion contient S et ne


contient pas (0, 0, 0). L’énoncé correspond au cas a = b = c = n, et donc la réponse au problème
est 3n.
Montrons, tout d’abord, qu’il existe a + b + c plans ayant la propriété voulue. Il suffit de consi-
dérer, pour tout entier k vérifiant 1 ≤ k ≤ a + b + c, le plan d’équation x + y + z = k. On a ainsi
a + b + c plans dont la réunion contient S sans contenir (0, 0, 0).
Montrons, à présent, que a + b + c est le nombre minimal de tels plans. Pour cela, on va utiliser
des polynômes : on considère r plans π1 , π2 , · · · , πr dont la réunion contient S mais pas (0, 0, 0).
Pour 1 ≤ k ≤ r, soit ak x + bk y + ck z + dk = 0 une équation de πk , et formons le polynôme P en
(x, y, z) qui s’annule en tout point de S et ne s’annule pas en (0, 0, 0) :
r
Y
P(x, y, z) = (ak x + bk y + ck z + dk ) .
k=1

Le degré total de P est r, et on doit prouver que le degré total de P est ≥ a + b + c.


On a besoin du lemme suivant :
176 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

Lemme : soit Q(x, y, z) un polynôme de 3 variables s’annulant en tout point de S et ne s’annu-


lant pas en (0, 0, 0). Alors le degré total de Q est ≥ a + b + c.
Preuve : on fait un raisonnement par récurrence sur N = a + b + c. Si N = 1, l’ensemble S
est un singleton. Comme Q s’annule en un point et ne s’annule pas en un autre, il n’est pas
constant et son degré total est ≥ 1. Soit N ≥ 2, et on suppose que le résultat est vrai jusq’au
rang N − 1. On suppose maintenant que a + b + c = N et, sans perte de généralité, que a > 0. On
note S ′ = {x ∈ S : x , a} (où S est notre ensemble défini plus haut). Soit Q(x, y, z) un polynôme
s’annulant en tout point de S mais pas en (0, 0, 0), et posons R(x, y, z) = Q(x + 1, y, z) − Q(x, y, z),
alors on remarque que R s’annule en tout point de S ′ et ne s’annule pas en (0, 0, 0). Par hypo-
thèse de récurrence, le degré total de R est ≥ (a − 1) + b + c = N − 1. Comme la différence des
degrés totaux de Q et R est égale à 1, alors on conclut que le degré total de Q est ≥ N .
Le lemme ci-dessus permet de conclure que a + b + c est le nombre minimal de plans dont la
réunion contient S et ne contient pas (0, 0, 0).
Remarque : cet exercice est un cas particulier d’un théorème d’Alon et Füredi :
N. Alon and Z. Füredi, Covering the cube by affine hyperplanes, European Journal of Combinatorics
14 (1993), 79-83.
Complément : Nullstellensatz. Le « Nullstellensatz » (ou théorème des zéros) est l’un des plus
grands théorèmes du mathématicien David Hilbert. C’est un théorème d’algèbre commutative, il
est à la base du lien entre les idéaux et les variétés algébriques (voir le sujet d’algèbre de l’agréga-
tion externe de mathématiques en 1994).
Pour étudier les minorations des cardinaux de divers sous-ensembles (restricted sumset en an-
glais) en théorie additive des nombres ou en combinatoire, trois mathématiciens (Noga Alon,
Melvyn Nathanson et Imre Z. Rusza) ont donné une version combinatoire du Nullstellensatz (en
1999) :

Théorème Alon-Nathanson-Rusza
Soit F un corps quelconque et f = f (x1 , · · · , xn ) un polynôme dans F(x1 , · · · , xn ). Supposons
que le degré de f est t1 + · · · + tn (avec ti ∈ N pour tout i ∈ J1, nK) et que le coefficient de
t t
x11 · · · xnn est non nul. Si S1 , · · · , Sn sont des sous-ensembles de F tels que |Si | > ti , alors il
existe un n-uplet (s1 , · · · , sn ) ∈ S1 × · · · × Sn tel que : f (s1 , · · · , sn ) , 0.

Le théorème ci-dessus (que l’on note théorème ANR) est très puissant et possède plusieurs
applications. Il a permis de montrer le « théorème de Cauchy-Davenport », la « conjecture de
Erdős-Heilbronn », le « théorème de Chevalley-Warning », le « théorème de Erdős-Ginzburg-
Ziv », ... etc.
On se propose de montrer que l’exercice 6 de l’OIM 2007 est aussi une simple conséquence
du théorème ANR : ce problème proposé par Gerhard J. Wörginger (professeur autrichien à
l’Université de Eindhoven aux Pays-Bas) est parmi les plus difficiles proposés aux OIM. Sur les
520 candidats participants, 473 ont obtenu un zéro. Seuls cinq candidats, Konstantin Matveev
(Russie), Peter Scholze (Allemagne), Danyko Radchenko (Ukraine), Pietro Vertechi (Italie) et
Iurie Boreico (Moldavie) ont résolu entièrement ce problème (7/7), le meilleur prochain can-
didat a obtenu seulement 2/7. Il est facile de voir que 3n plans donnés par les équations
x + y + z = i, avec i ∈ J1, 3nK, sont suffisants. On va montrer que 3n est le nombre minimum de
plans requis.
Supposons, par l’absurde, qu’il existe des plans P1 , · · · , Pk , k ≤ 3n − 1, couvrant S mais ne pas-
sant pas par (0, 0, 0). Chaque plan Pi est défini par une équation ai x+bi y+ci z+di = 0 avec di , 0,
Yk
S
puisque O = (0, 0, 0) < Pi . Donc Pi couvre S si, et seulement si g(x, y, z) = (ai x+bi y +ci z+di )
i=1
s’annule en tout point de S. La réunion des plans ne contient pas O, g(0, 0, 0) , 0.
Pour appliquer le théorème ANR, on choisit le corps F = R. Cependant, S n’est pas de la forme
3.12. EXERCICES 177

S1 × S2 × S3 pour certains S1 , S2 , S3 ⊂ R. Considérons le polynôme


n
g(0, 0, 0) Y
f (x, y, z) = g(x, y, z) − (x − i)(y − i)(z − i).
(−1)3n (n!)3
i=1

Il est clair que f s’annule en tout points de S ∪ {0} = S1 × S2 × S3 avec S1 = S2 = S3 = J0, nK.
g(0,0,0)
Comme k < 3n, on a deg(f ) = 3n. Le coefficient de xn y n zn dans f est égal à (−1)3n (n!)3 , 0. Par le
théorème ANR, il existe un point (x0 , y0 , z0 ) ∈ S1 ×S2 ×S3 tel que f (x0 , y0 , z0 ) , 0. Contradiction.

Exercice 36 KKK

Il y a 577 députés dans l’assemblée nationale française. Chaque député a des ennemis
(politiques) au sein de l’assemblée. Montrer qu’il existe un sous-ensemble non vide K de
députés tel que : pour chaque député de l’assemblé, le nombre de ses ennemis dans l’en-
semble K est pair.

Solution. On commence par un lemme.


lemme : soient F un corps de caractéristique 2, et n un entier naturel impair. Si M ∈ Mn (F) est
symétrique et ses termes diagonauxsont tous nuls, alors det(M) = 0.
preuve du lemme : on pose M = mij , et si Sn est le groupe des permutations de
1≤i,j≤n
{1, 2, · · · , n}, alors on sait que
X n
Y n
XY
det(M) = (−1)σ miσ(i) = miσ(i) , (1)
σ∈Sn i=1 σ∈Sn i=1

puisque −1 = 1 dans F. Si σ ∈ Sn est tel que σ −1 = σ, aors les cycles disjoints formant σ ont
pour longueur 1 ou 2. Comme n est impair, il y a au moins unQ cycle contenant un seul élément
k. Pour ce k, on a σ(k) = k, alors mkσ(k) = mkk = 0, et par suite ni=1 miσ(i) = 0.
On suppose maintenant que σ ∈ Sn est tel que σ −1 , σ. Comme M est symétrique, alors :
n
Y n
Y n
Y n
Y
miσ −1 (i) = mσ −1 (i)i = mσ −1 (σ(i))σ(i) = miσ(i) .
i=1 i=1 i=1 i=1

D’où, puisque F est de caractéristique 2, alors :


n
Y n
Y
miσ −1 (i) + miσ(i) = 0.
i=1 i=1

Donc, tous les termes dans (1) s’annulent et ainsi det(M) = 0.


On revient maintenant à l’exercice : on suppose, plus généralement, qu’il y a n députés
s1 , s2 , · · · , sn où n est n’importe quel entier impair. On pose F = Z/2Z = {0, 1}, et soit M ∈ Mn (F)
dont les éléments (mij )1≤i,j≤n sont définis par :


1 si i , j et si et sj sont des ennemis,

mij = 

0 sinon.

Alors M est symétrique, et ses termes diagonaux sont tous nuls, donc par le lemme on a
det(M) = 0.
Pour tout vecteur v = (v1 , v2 , · · · , vn ) ∈ (Z/2Z)n , il existe un unique ensemble de députés Sv tel
que : si ∈ Sv ⇐⇒ vi = 1. Pour chaque k ∈ J1, nK, la k-ème composante du vecteur Mv est le
nombre total d’ennemis, modulo 2, qu’a le député sk dans l’ensemble Sv . Puisque det(M) = 0,
il existe un vecteur non nul v ∈ (Z/2Z)n tel que Mv = 0. Pour ce vecteur v, on pose K = Sv .
Comme Mv = 0, chaque député a 0 ennemis, modulo 2, dans K ; c’est-à-dire chaque député a
un nombre pair d’ennemis dans K.
178 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

Exercice 37 KKK
On considère 321 points différents à l’intérieur du cube unité. Montrer que 4 de ces points
4
sont situés à l’intérieur d’une sphère de rayon 23 .

Solution. Soient n et k deux entiers strictement positifs, r un nombre réel strictement positif,
et supposons qu’il y a n points X1 , X2 , · · · , Xn à l’intérieur du cube unité tels qu’aucun k + 1
d’entre eux n’appartiennent à une boule de rayon r. Soient Bi la boule de centre Xi et de rayon
r, et B = B1 ∪ B2 ∪ · · · ∪ Bn . Aucun point n’appartient à k + 1 de ces boules Bi , car si un point P
appartenait à B1 ∩ B2 ∩ · · · ∩ Bk+1 alors X1 , X2 , · · · , Xk+1 seraient tous dans la boule de centre P
et de rayon r, contradiction avec l’hypothèse. Donc, si |B| désigne le volume de la boule B, on
a : k |B| ≥ |B1 | + |B2 | + · · · + |Bn |, c’est-à-dire :
4 n
|B| ≥ · π · r3 · . (1)
3 k
D’autre part, comme B contient le « cube rond » formés de tous les points à une distance au
plus égale à r du cube unité, alors on a :

4
|B| ≤ 1 + 6r + 3πr 2 + πr 3 . (2)
3
Les relations (1) et (2) ci-dessus donnent la majoration :
 
3 9 9
n ≤ k + + + 1 .
4πr 3 2πr 2 4r
Pour k = 3 et r = 0, 1739, on obtient n < 320, 0988 . . ., donc pour 321 points à l’intérieur du
4
cube unité, quatre d’entre eux sont à l’intérieur d’une sphère de rayon 0, 1739 < 23 .

Exercice 38 KKK

Il y a n joueurs qui participent à un tournoi de tennis. On suppose que chaque participant


joue exactement une partie avec chacun des n − 1 autres participants, et que chaque joueur
joue au plus un match par jour. Quel est le nombre minimal de jours nécessaires pour finir
le tournoi ?

Solution. On distingue deux cas selon que n est pair ou impair.


⋄ Cas 1 : n est impair. Le premier jour, au moins un joueur est exempt (ne joue pas). Ce joueur
doit encore jouer contre chacun des n − 1 joueurs pendant des jours différents, donc il faudrait
au moins n jours pour finir le tournoi. Montrons que n est le nombre minimal recherché. On
numérote les n joueurs avec les nombres 0, 1, 2, · · · , n − 1. Le joueur x confronte le joueur y le
r-ème jour si, et seulement si, x + y ≡ 2r (mod n). Il est alors facile de vérifier que le joueur x a
un unique et différent adversaire chaque jour sauf le x-ème jour où il est exempt.
⋄ Cas 2 : n est pair. Dans ce cas le nombre minimal de jours requis est n − 1. On laisse de côté
un joueur, et on utilise le programme du jour n − 1 du premier cas. Chaque jour le joueur en
plus peut confronter le joueur qui aurait été exempt.

Exercice 39 KKK

On suppose que les nombres entiers naturels 1, 2, · · · , 2n − 1, 2n sont répartis en deux en-
sembles {a1 , a2 , · · · , an } et {b1 , b2 , · · · , bn } tels que a1 < a1 < · · · < an et b1 > b2 > · · · > bn .
Montrer que : |a1 − b1 | + |a2 − b2 | + · · · + |an − bn | = n2 . (Identité de Proizvolov, 1985)
3.12. EXERCICES 179

Solution. Notons que pour tout i ∈ J1, nK, il y a exactement un des nombres ai , bi qui appartient
à {1, 2, · · · , n} et l’autre appartient à {n + 1, n + 2, · · · , 2n}. En effet, si par exemple ai ≤ n et bi ≤ n,
alors {1, 2, · · · , n} doit contenir les n+1 nombres distincts a1 , a2 , · · · , ai (puisque a1 < a2 < · · · < ai )
et bi , bi+1 , · · · , bn (puisque bi > bi+1 > · · · > bn ), ce qui est impossible. On montre, de même, que
si ai ≥ n + 1 et bi ≥ n + 1 on aboutit à une contradiction.
Donc, on a :

|a1 − b1 | + |a2 − b2 | + · · · + |an − bn | =


= [(n + 1) + (n + 2) + · · · + 2n] − [1 + 2 + · · · + n] = n2 .

Exercice 40 KKK

Montrer que pour n’importe quel choix de 23 nombres dans l’intervalle [1, 2016], il y a
trois d’entre eux qui sont les longueurs des côtés d’un triangle.

Solution. On partage l’intervalle [1, 2016] en 11 intervalles :

[20 , 21 [, [21 , 22 [, · · · , [29 , 210 [, [210 , 2016].

D’après le principe des tiroirs, il y a trois éléments (parmi les 23 choisis) qui sont dans le
même intervalle. Supposons que a < b < c sont ces trois éléments de l’intervalle [2k , 2k+1 [, avec
k ∈ J0, 10K. Alors on peut écrire a+b ≥ 2k +2k , donc a+b ≥ 2k+1 > c, c’est-à-dire a+b > c. Comme
c est le plus grand des trois éléments, alors il est clair que a + c > b et b + c > a. Les trois réels
a, b, c sont bien les longueurs des côtés d’un triangle.

Exercice 41 KKK

Soit A un ensemble de 51 nombres choisis dans {1, 2, · · · , 100}. Montrer qu’il existe au moins
une équation du second degré, à coefficients dans A, et dont les racines sont rationnelles.

Solution. Soient a1 < a2 < · · · < a51 les éléments de A. On considère les différences a51 − a1 , a51 −
a2 , · · · , a51 − a50 , on obtient 50 entiers naturels non nuls, distincts, et plus petits que 100. Avec
les 51 éléments de A, on obtient donc 101 entiers naturels non nuls et plus petits que 100.
D’après le principe des tiroirs, il existe i, j ∈ {1, 2, · · · , 50} tels que a51 − ai = aj . En choisissant
a51 = b; ai = a; aj = c on obtient b = a+c. L’équation de second degré ax2 +bx +c = 0 admet pour
racines x1 = −1; x2 = − ac ∈ Q.

Exercice 42 KKK

On considère m entiers naturels distincts dans l’ensemble {1, 2, · · · , n}. Montrer qu’on peut
choisir quelques-uns d’entre eux, de somme S, tels que :

m(m + 1) √
0 ≤ S− ≤ n + 2n − m.
2

Solution. Soient a1 < a2 < · · · < am ces m éléments de l’ensemble {1, 2, · · · , n}. Soit j le plus petit
indice tel que
m(m + 1)
a1 + a2 + · · · + aj ≥ ,
2
et soit i le plus grand indice tel que

m(m + 1)
ai + ai+1 + · · · + aj ≥ .
2
180 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

Notons que S = ai + ai+1 + · · · + aj vérifie la première condition demandée. Pour i maximal on a

m(m + 1)
S ≤ ai + − 1, (1)
2
et pour j minimal on a :

m(m + 1)
a1 + a2 + · · · + aj−1 < ≤ ai + · · · + aj =⇒
2
i(i − 1)
aj > a1 + · · · + ai−1 ≥ 1 + 2 + · · · + (i − 1) = .
2

Or n − 1 ≥ aj , donc i ≤ 2n + 1. Il s’ensuit que

ai ≤ n − m + i ≤ n − m + 2n + 1. (2)

Des relations (1) et (2) on obtient que, pour S, les deux conditions de l’exercice sont vérifiées.

Exercice 43 KKK
Au début, chacune des six boîtes B1 , B2 , B3 , B4 , B5 , B6 contient un jeton. Deux types d’opé-
ration sont possibles :
Type 1 : choisir une boîte non vide Bj avec 1 ≤ j ≤ 5 ; ôter un jeton de la boîte Bj et ajouter
deux jetons à la boîte Bj+1 .
Type 2 : choisir une boîte non vide Bk avec 1 ≤ k ≤ 4 ; ôter un jeton de la boîte Bk et échan-
ger les contenus des boîtes (éventuellement vides) Bk+1 et Bk+2 .
Est-il possible, à la suite d’un nombre fini de telles opérations, que les boîtes
2010
B1 , B2 ,B3 , B4 , B5 soient vides et que la boîte B6 contienne exactement 20102010 jetons ?
c c
(Noter que ab = a(b ) ). (OIM, 2010)

Solution. Oui, une telle suite finie d’opérations est possible. On note par (a1 , a2 , · · · , an ) −→
(a′1 , a′2 , · · · , a′n ) le processus suivant : si certaines boîtes consécutives contiennent a1 , · · · , an je-
tons, alors il est possible de faire une série d’opérations de sorte que les boîtes contiennent
a′1 , a′2 , · · · , a′n jetons respectivement, alors que le contenu des autres boîtes reste inchangé.
2010
Soit A = 20102010 , notre but est de montrer que (1, 1, 1, 1, 1, 1) −→ (0, 0, 0, 0, 0, A). On com-
mence par deux lemmes pratiques.
Lemme 1 : (a, 0, 0) −→ (0, 2k , 0) pour tout a ≥ 1.
Preuve : on montre par récurrence que (a, 0, 0) −→ (a − k, 2a , 0) pour tout 1 ≤ k ≤ a. Pour k = 1,
on applique l’opération de type 1 à la première boîte :

(a, 0, 0) −→ (a − 1, 2, 0) −→ (a − 1, 21 , 0).

Supposons maintenant que k < a et que le résultat est vrai pour k < a. On commence de (a −
k, 2k , 0), on applique l’opération de type 1 à la boîte du milieu 2k fois, jusqu’à ce qu’elle se vide.
Ensuite on applique l’opération de type 2 à la première boîte :

(a − k, 2k , 0) −→ (a − k, 2k − 1, 2) −→ · · · −→ (a − k, 0, 2k+1 )
−→ (a − k − 1, 2k+1 , 0).

D’où : (a, 0, 0) −→ (a − k, 2k , 0) −→ (a − k − 1, 2k+1 , 0).


2
. .. 2
Lemme 2 : pour tout n ∈ N∗ , soit Pn = 22 (par exemple P3 = 22 = 16). Alors, (a, 0, 0, 0) −→
(0, Pa , 0, 0) pour tout a ≥ 1.
Preuve : de même que pour le lemme 1, on montre que (a, 0, 0, 0) −→ (a − k, Pk , 0, 0) pour tout
3.12. EXERCICES 181

1 ≤ k ≤ a. Pour k = 1 on applique l’opération de type 1 à la première boîte :

(a, 0, 0, 0) −→ (a − 1, 2, 0, 0) = (a − 1, P1 , 0, 0).

Supposons maintenant que le lemme est vrai pour k < a. On commence de (a − k, Pk , 0, 0), on
applique le lemme 1, puis l’opération de type 1 à la première boîte :

(a − k, Pk , 0, 0) −→ (a − k, 0, 2Pk , 0) = (a − k, 0, Pk+1 , 0)
−→ (a − k − 1, Pk+1 , 0, 0).

Donc (a, 0, 0, 0) −→ (a − k, Pk , 0, 0) −→ (a − k − 1, Pk+1 , 0, 0).


On revient maintenant à l’exercice : on applique tout d’abord l’opération de type 1 à la boîte
5, ensuite on applique l’opération de type 2 aux boîtes B4 , B3 , B2 et B1 dans cet ordre. Ensuite
on applique le lemme 2 deux fois :

(1, 1, 1, 1, 1, 1) −→ (1, 1, 1, 1, 0, 3) −→ (1, 1, 0, 3, 0, 0) −→ (1, 0, 3, 0, 0, 0)


−→ (0, 3, 0, 0, 0, 0) −→ (0, 0, P3 , 0, 0, 0) = (0, 0, 16, 0, 0, 0)
−→ (0, 0, 0, P16 , 0, 0).

On a déjà plus de A jetons dans la boîte B4 puisque :


2010 2010 2010 2011
A ≤ 20102010 < (211 )2010 = 211·2010 < 22010
11 )2011 11·2011 215
< 2(2 = 22 < 22 < P16 .

Pour faire baisser le nombre de jetons dans B4 , on applique l’opération de type 2 de façon
répétitive jusqu’à faire diminuer son contenu à A/4 (dans chaque étape on ôte un jeton de B4
et on échange les boîtes vides B5 et B6 ). Finalement, on applique l’opération de type 1 de façon
répétitive aux boîtes vides B4 et B5 :
   
A A
0, 0, 0, , 0, 0 −→ · · · −→ (0, 0, 0, 0, , 0 −→ · · · −→ (0, 0, 0, 0, 0, A) .
4 2

Exercice 44 KKK

Soit k un entier strictement positif. Montrer qu’il est toujours possible de partition-
ner l’ensemble {0, 1, 2, · · · , 2k+1 − 1} en deux sous-ensembles disjoints {x1 , x2 , · · · , x2k } et
{y1 , y2 , · · · , y2k } tels que :

∀ m ∈ J1, kK, x1m + x2m + · · · + x2mk = y1m + y2m + · · · + y2mk .

Solution. On montre le résultat par récurrence sur k ∈ N∗ . Pour k = 1, il suffit de prendre


x1 = 0, x2 = 3, y1 = 1, y2 = 2. On suppose le résultat vrai jusqu’au rang k et on se propose de le
montrer pour le rang k + 1. Par hypothèse de récurrence, l’ensemble {0, 1, 2, · · · , 2k+1 − 1} peut
être partitionné en deux sous-ensembles {x1 , x2 , · · · , x2k } et {y1 , y2 , · · · , y2k }, alors les ensembles
{x1 , x2 , · · · , x2k , 2k+1 + y1 , 2k+1 + y2 , · · · , 2k+1 + y2k } et
{y1 , y2 , · · · , y2k , 2k+1 + x1 , 2k+1 + x2 , . . . , 2k+1 + x2k } sont disjoints et leur réunion est égale à
{0, 1, 2, . . . , 2k+2 − 1}. Montrons que

2k
X 2k 
X m 2k
X 2k 
X m
xim + 2k+1
+ yi = m
yi + 2k+1 + xi . (1)
i=1 i=1 i=1 i=1
182 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

En effet, on a les équivalences :

2k
X 2k
X m−1
X ! 2k 2k 2k m−1 ! 2k
m k+1 m−t X t X m X m X m k+1 m−t X t
(1) ⇐⇒ xim + yim + (2 ) yi = yi + xi + (2 ) xi
t t
i=1 i=1 t=0 i=1 i=1 i=1 t=0 i=1
m−1
X ! 2k
m k+1 m−t X t
⇐⇒ (2 ) (xi − yit ) = 0.
t
t=0 i=1

2k 
X 
L’hypothèse de récurrence donne : xit − yit = 0; t = 1, 2, · · · , m − 1, donc (1) est vraie, et la
i=1
preuve par récurrence est ainsi terminée.

Exercice 45 KKK

On écrit au tableau les nombres entiers 1, 2, · · · , n. Chaque minute on efface deux d’entre
eux, a et b, et on écrit au tableau la valeur |a − b|. À la fin on se retrouve avec un seul
nombre. Quels sont les valeurs possibles de ce dernier nombre ?

Solution. Soit Ln l’ensemble des valeurs possibles que peut prendre le dernier nombre inscrit
sur le tableau. On se propose de montrer par récurrence sur n ∈ N∗ que :
( )
n(n + 1)
Ln = k : 0 ≤ k ≤ n, k ≡ (mod 2) . (1)
2

Lorsqu’on efface les nombres a et b et on les remplace par |a − b|, alors la somme totale des
nombres écrits au tableau diminue d’un nombre pair égal à : a + b − |a − b| = 2 min{a, b}. Donc, à
chaque étape, la somme des nombres écrits au tableau a la même parité que la somme initiale
n(n+1)
qui est 2 .
Le résultat est clair pour n = 1 et n = 2. Supposons que n ≥ 3 est tel que pour tout m < n on a :
( )
m(m + 1)
Lm = k : 0 ≤ k ≤ m, k ≡ (mod 2) .
2

On doit montrer (1) pour ce nombre n. Soit r le reste de la division de n par 4, les valeurs
possibles de r sont 0, 1, 2 ou 3.
⋄ Si r = 0 : par hypothèse de récurrence Ln−1 = {0, 2, 4, · · · , n − 2}. Pour chaque k ∈ Ln−1 , on
a n − k ∈ Ln car on peut commencer par réduire l’ensemble {1, 2, · · · , n − 1} jusqu’au nombre
restant k et enfin traiter les nombres k et n. Donc, 2, 4, 6, · · · , n ∈ Ln . Par récurrence, 1 ∈ Ln−2 .
Notons que pour tout k ∈ Ln−2 , on a : k − (n − (n − 1)) ∈ Ln , d’où 0 ∈ Ln .
⋄ Si r = 1 : par hypothèse de récurrence, Ln−1 = {1, 3, 5, · · · , n−2}. Pour chaque k ∈ Ln−1 on a n−k ∈
Ln . Donc 2, 4, 6, · · · , n−1 ∈ Ln . Par récurrence 1 ∈ Ln−2 . Pour tout k ∈ Ln−2 , on a k−(n−(n−1)) ∈ Ln .
D’où 0 ∈ Ln .
⋄ Si r = 2 : par hypothèse de récurrence Ln−1 = {1, 3, 5, · · · , n − 1}. Pour chaque k ∈ Ln−1 on a
n − k ∈ Ln . Donc, 1, 3, 5, · · · , n − 1 ∈ Ln .
⋄ Si r = 3 : par hypothèse de récurrence on a Ln−1 = {0, 2, 4, · · · , n − 1}. Pour chaque k ∈ Ln−1 on
a n − k ∈ Ln . Donc, 1, 3, 5 · · · , n ∈ Ln .

Exercice 46 KKK

Soit A un ensemble de 225 éléments. On suppose qu’il existe 11 sous-ensembles A1 , · · · , A11


3.12. EXERCICES 183

de A tels que |Ai | = 45 pour 1 ≤ i ≤ 11 et |Ai ∩ Aj | = 9 pour 1 ≤ i < j ≤ 11. Montrer que

|A1 ∪ A2 ∪ · · · ∪ A11 | ≥ 165,

et donner un exemple pour lequel on a égalité. (États-Unis)

Solution. On peut supposer, sans perte de généralité, que A1 ∪ A2 ∪ · · · ∪ A11 = {1, 2, · · · , n}, où n
est le cardinal de A1 ∪· · ·∪A11 . On doit montrer que n ≥ 165. Pour chaque 1 ≤ i ≤ n et 1 ≤ j ≤ 11
on définit eij par :


0 si i < Aj

eij = 

1 si i ∈ Aj .

Alors :
11
X X 11
n X 11
n X
X
2
495 = 11 · 45 = |Aj | = eij = eij .
j=1 i=1 j=1 i=1 j=1

D’après l’inégalité de la moyenne on a :


 2  2  
11
X

n X 

X  11 
n X X

11 Xn
2
X X n 

 eij  ≤ n  eij  = n  eij + 2 eij eik 
  
   
i=1 j1 i=1 j=1 j=1 i=1 1≤j<k≤11 i=1
 
 X 
 
= n 495 + 2 |Aj ∩ Ak |
 
1≤j<k≤11
! !
11
= n · 495 + 2 · 9 = 1485 · n.
2

4952
On conclut que n ≥ = 165, ce qui termine la preuve. Il nous reste à trouver un exemple
1485 
pour lequel on a égalité. L’ensemble {1, 2, · · · , 11} admet 11 3 = 165 sous-ensembles de cardinal
3. Soit B1 , B2 , · · · , B165 une famille quelconque de ces sous-ensembles. On définit A1 , · · · , A11
par :
i ∈ Aj ⇐⇒ j ∈ Bi , 1 ≤ i ≤ 165, 1 ≤ j ≤ 11.

Chaque nombre j ∈ {1, 2, . . . , 11} est inclu dans exactement 10 2 = 45 des sous-ensembles Bi ,
d’où |Aj | = 45. De plus, pour n’importe quelles valeurs distinctes j, k ∈ {1, 2, · · · , 11}, on a : i ∈
Aj ∩Ak si, et seulement si, j, k ∈ Bi , ce qui est vérifié pour 9 sous-ensembles Bi . Par conséquent,
|Aj ∩ Ak | = 9.

Exercice 47 KKK

46 carrés d’un échiquier 9 × 9 sont coloriés en rouge. Montrer qu’on peut trouver un carré
2 × 2 sur l’échiquier qui contient au moins 3 carrés rouges. (Singapour)

Solution. Soient aij , pour 1 ≤ i, j ≤ 9, les carrés de l’échiquier. On considère que





1 si le carré est rouge
aij = 

0 sinon.
184 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

9
X
Pour chaque 1 ≤ i ≤ 9 on pose ri = aij . Si r1 ≤ 5 on a :
j=1

(r2 + r3 ) + (r4 + r5 ) + (r6 + r7 ) + (r8 + r9 ) = 46 − r1 ≥ 41,

donc il existe un i ∈ {2, 4, 6, 8} tel que : ri + ri+1 ≥ 11. Si r3 ≤ 5 on a :

(r1 + r2 ) + (r4 + r5 ) + (r6 + r7 ) + (r8 + r9 ) = 46 − r3 ≥ 41,

donc il existe un i ∈ {1, 4, 6, 8} tel que : ri + ri+1 ≥ 11. En répétant cet argument, on peut déduire
que si l’un de r1 , r3 , r5 , r7 ou r9 est ≤ 5, alors il existe un 1 ≤ i ≤ 8 tel que ri + ri+1 ≥ 11. De plus,
comme r1 , r9 ≤ 9 on a :

(r1 + r2 ) + (r2 + r3 ) + · · · + (r8 + r9 ) = 2 · 46 − r1 − r9 ≥ 74.

Donc, il existe un 1 ≤ i ≤ 8 tel que ri + ri+1 ≥ 10. De plus, soit l’un de ri ou ri+1 est ≥ 6, ou bien
ri = ri+1 = 5. Dans le second cas, d’après la première partie de la solution, il existe un 1 ≤ j ≤ 8
tel que rj + rj+1 ≥ 11. D’où, il suffit de résoudre le problème avec la condition qu’il existe i tel
que ri + ri+1 ≥ 10 et ri ≥ 6. Si ri + ri+1 ≥ 11, alors la conclusion est claire, donc sans perte de
généralité on peut supposer que ri + ri+1 = 10. Pour simplifier, on suppose que r1 + r2 = 10 et
r1 ≥ 6. Comme r2 ≤ 4, il existe un i ∈ {1, 3, 5, 7, 9} tel que a1i + a2i ≤ 1. En enlevant les carrés a1i
et a2i des deux premières colonnes, on se retrouve avec quatre carrés 2 × 2. Au moins 4 carrés
ont r1 + r2 − (a1i + a2i ) ≥ 9 carrés rouges, ce qui termine la preuve.

Exercice 48 KKK

On écrit au tableau n nombres. Chaque minute on efface deux d’entre eux, a et b, et on écrit
au tableau la valeur (a + b)/4. Après n − 1 minutes, il ne reste plus qu’un seul nombre écrit
au tableau. Montrer que si les n nombres au départ sont tous égaux à 1, alors le nombre
restant à la fin est ≥ 1/n.

Solution. On montre le résultat par récurrence sur n ∈ N∗ . Pour n = 1 et n = 2 le résultat est


clair. Supposons que le résultat est vrai pour n = 1, 2, · · · , m − 1 et considérons le cas avec m
nombres écrits au tableau. À l’avant dernière étape, on a deux nombres a et b. Le nombre a
provient d’un nombre k de chiffres 1, donc a ≥ 1/k. De même b ≥ 1/(n−k). Alors, par l’inégalité
entre les moyennes arithmétique et harmonique on a :
1 1
a+b k + n−k 1
≥ ≥ .
4 4 n
L’estimation est optimale pour n = 2t avec t ∈ Z. Pour déterminer la borne exacte f (n) notons
que
f (k) + f (n − k)
f (n) = min .
1≤k≤n 4
Une simple récurrence permet de voir que :

f (n) f (n) + f (n + 1)
f (2n) = , f (2n + 1) = .
2 4

Exercice 49 KKK

Neuf journalistes se retrouvent à une conférence de presse. Chacun d’eux parle au plus 3
langues différentes, et deux quelconques parmi eux connaissent une même langue. Mon-
3.12. EXERCICES 185

trer qu’au moins 5 journalises parlent la même langue.

Solution. Supposons qu’aucune langue n’est parlée par plus de 4 journalistes, alors :
(1) chaque journaliste parle exactement 3 langues (car si un journaliste parle au plus 2 langues,
le principe des tiroirs donne au moins quatre des huit autres qui parlent en commun une de
ses langues), et
(2) il n’y a aucune langue parlée par moins de 3 journalistes (car si une langue est parlée par
au plus 2 journalistes, A et B, au moins 4 des 7 autres doivent parler une des deux langues
restantes et parlées par A -par exemple-).
Pour déterminer le nombre de langues, par (1) on doit avoir 3x + 4y = 9 · 3, où x et y sont le
nombre de langues parlées respectivement par 3 et 4 journalistes. Il y a 3 cas : x = 9, y = 0 ;
x = 5, y = 3 ; et x = 1, y = 6. Puisque chaque paire de journalistes peuvent parler une langue en
commun, on doit avoir
! ! !
3 4 9
x+ y≥ i.e. x + 2y ≥ 12.
2 2 2

Il nous reste alors juste le cas x = 1, y = 6. Supposons, sans perte de généralité, que l0 est la
langue parlée par exactement 3 journalistes, et l1 , · · · , l6 les langues parlées par exactement 4
journalistes. Supposons aussi que l0 est parlée par chacun des journalistes j1 , j2 et j3 et que
les autres journalistes sont j4 , j5 , · · · , j9 . Pour chaque i = 0, 1, 2, six journalistes sont répartis
en deux groupes de 3 personnes selon la langue parlée en commun avec ji , et les six langues
l1 , · · · , l6 sont réparties en groupes de deux parmi j1 , j2 et j3 , de sorte que j1 parle {l0 , l1 , l2 }, j2
parle {l0 , l3 , l4 }, et j3 parle {l0 , l5 , l6 }. On peut supposer aussi que j4 , j5 et j6 parlent l1 alors que
j7 , j8 et j9 parlent l2 . Notons qu’on ne peut pas avoir le cas où j4 , j5 , j6 parlent aussi l3 , car alors
j7 , j8 et j9 doivent parler l4 ce qui oblige les 6 journalistes j4 , · · · , j9 à parler la même langue.
La langue l3 est parlée par j4 , j7 et j8 , et la langue l4 est parlée par j5 , j6 et j9 . Or, j5 , j6 , j8 et j9
doivent parler une langue commune et ça doit être une de l5 ou l6 de sorte que l’une d’entre
elles est parlée par 5 journalistes (incluant j3 ).

Exercice 50 KKK

On écrit sur un tableau les nombres 1, 2, · · · , 2016. Une opération consiste à choisir deux
nombres a et b du tableau tels que b ≥ a + 2, effacer a et b, et les remplacer par a + 1 et b − 1.
Montrer que le nombre maximal de telles opérations est égal à : 341 397 168.

Solution. On montre, plus généralement, que le nombre maximal d’opérations pour les
nombres 1, 2, · · · , n est égal à :    
n n−1 n+1
× × . (1)
6 2 2
Soit s = (s1 , · · · , sn ) le moment où le nombre k est écrit sk fois au tableau, sk ≥ 0. Le moment
Xn
initial étant S = (1, 1, · · · , 1). On appelle valeur du moment s le nombre f (s) = sk k 2 , il re-
k=1
présente la somme des carrés des nombres écrits au tableau. Si un moment s change en un
moment t lorsqu’on choisit des nombres a et b alors :

f (s) − f (t) = a2 + b 2 − (a + 1)2 − (b − 1)2 = 2(b − a − 1) ≥ 2, (2)

avec égalité si, et seulement si, b = a + 2.


D’après (2) et f (t) > 0, le processus qui consiste à faire des opérations successives se ter-
mine éventuellement à un moment final que l’on note T . Au moment final T = (t1 , · · · , tn ),
les nombres écrits au tableau sont soit identiques ou bien ils diffèrent de deux. Notons que la
186 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

valeur moyenne des nombres écrits au tableau est toujours égale à (n + 1)/2. Donc, pour un
nombre pair n = 2m, on a : tm = tm+1 = m et tk = 0 pour k < {m, m + 1}. Pour un nombre impair
n = 2m + 1, on obtient tm+1 = n et tk = 0 pour k , m + 1. D’après (2), le nombre (f (S) − f (T ))/2
est une borne supérieure pour le nombre total d’opérations. Pour n = 2m pair on a :
 2m 
f (S) − f (T ) 1 X 2   (m − 1)(m + 1) · 2m
=  k − m m + (m + 1)  =
2 2
.
2 2 6
k=1

Pour n = 2m + 1 impair, on obtient de même :

f (S) − f (T ) m(m + 1)(2m + 1)


= .
2 6
Dans les deux cas, il s’agit bien du nombre annoncé dans (1).
On utilise la notation s →− t pour une opération avec b = a + 2. Pour montrer que la borne
a
supérieure est atteinte, il suffit de montrer qu’il existe une suite d’opérations qui transforme S
en T telles qu’uniquement les opérations de la forme → − sont appliquées. Voici une telle suite :
a

n n−4
z }| { z }| {
(1, 1, · · · , 1) −
→→− · · · −−−→ (0, 2, 1, · · · , 1, 2, 0)
1 2 n−2
n−6
 2 z }| {
→ − · · · −−−→ (0, 0, 3, 1, · · · , 1, 3, 0, 0)
−→
2 3 n−3
n−8
 3 z }| {
→ − · · · −−−→ (0, 0, 0, 4, 1, · · · , 1, 4, 0, 0, 0)
−→
3 4 n−4
..
.

Pour les nombres pairs n = 2m, la suite se termine à :


m−2 m−2 m−1 m−1
z }| { z }| {  m−1 z }| { z }| {
(0, · · · , 0, m − 1, 1, 1, m − 1, 0, · · · , 0) −−−−→ (0, · · · , 0, m, m, 0, · · · , 0).
m−1

Pour les nombres impairs n = 2m + 1, la suite se termine à :


m−1 m−1 m m
z }| { z }| {  m z }| { z }| {
(0, · · · , 0, m, 1, m, 0, · · · , 0) −→ (0, · · · , 0, n, 0, · · · , 0).
m

Ceci termine la preuve que la borne (1) est atteinte.

Exercice 51 KKK

On considère 5 points dans le plan tels que trois quelconques ne sont pas alignés, et quatre
quelconques ne sont pas sur un même cercle. Montrer qu’il y a, au moins, 4 ensembles de
3 points chacun vérifiant : le cercle passant par ces trois points contient le quatrième dans
son intérieur et le cinquième est à l’extérieur

Solution. On prend deux points quelconques A et B, et appelons les trois autres points restants
C, D et E. Si ces trois points sont tous situés d’une part de la droite (AB), on suppose sans perte
de généralité, que le cercle passant par ABD a un plus grand rayon que le cercle passant par
3.12. EXERCICES 187

ABC et a un plus petit rayon que le cercle passant par ABE. Alors, il contient C et ne contient
pas E. Si deux des trois points restants sont situés sur un même côté de la droite (AB) et que
le troisième (disons E) est situé de l’autre côté, alors sans perte de généralité on suppose que
le rayon du cercle passant par ABD est plus grand que le rayon du cercle passant par ABC.
Considérons le cercle passant par ABD : s’il ne contient pas E, alors le cercle passant par ABC
contient tous les points situés du même côté que E (par rapport à la droite (AB)) et contenus
dans le cercle passant par ABD, y compris le point E, donc on a un cercle passant par A, B et
C contenant E et ne contenant pas D.

Il y a 52 = 10 choix pour A et B, donc on a au moins 10 cercles, chacun compté exactement 3
fois. D’où, il y a au moins 4 cercles.

Exercice 52 KKK

On considère mn + 1 points tels que, pour n’importe quels m + 1 d’entre eux, il y en a


deux avec la distance les séparant égale à 1. Montrer qu’il existe une sphère de rayon 1
contenant au moins n + 1 des points.

Solution. Soit S un ensemble de mn + 1 points. Supposons, par l’absurde, que toute sphère de
rayon 1 contient au plus n points de S. On choisit un point quelconque P1 de S. La sphère
de centre P1 et de rayon 1 « recouvre » au plus n points de S. On choisit n’importe quel point
« non recouvert » P2 de S. La sphère de centre P2 et de rayon 1 recouvre au plus n points non
recouverts de S. On continue de choisir un point non recouvert comme étant le centre de la
prochaine sphère. Comme la réunion de n’importe quel k de ces sphères recouvre au plus kn
points de S, il en faut au moins m + 1 d’elles pour recouvrir S. On obtient notre contradiction
désirée en observant que les centres de ces sphères forment un ensemble d’au moins m + 1
points de S, deux quelconques parmi eux ne sont pas à une distance égale à 1.

Exercice 53 KKK
Soit
M = {(x, y) : 1 ≤ x ≤ 1443; 1 ≤ y ≤ 2022, x, y ∈ N∗ }
un ensemble de points dans le plan. Déterminer le nombre de losanges dont les sommets
appartiennent à M et dont les diagonales sont parallèles aux axes de coordonnées.

Solution. On prend, plus généralement s, t ∈ N∗ au lieu de 1443, 2022 respectivement. On se


propose de montrer que le nombre de losanges vérifiant les hypothèses de l’exercice est :
$ % $ %
(t − 1)2 (s − 1)2
× .
4 4

Les diagonales des losanges doivent avoir une longueur paire. Considérons t points situés sur
une même droite et distants de 1 (comme les points d’abscisses respectives 1, 2, 3, · · · , t). De
combien de façons peut-on choisir deux points distants d’un nombre pair ? il y a jt − 2 paires k
avec la distance 2 ; t − 4 paires avec la distance 4, et ainsi de suite. En tout on a : (t − 1)2 /4 .
On obtient le nombre total de losanges en combinant les paires t et les paires s, d’où le résultat
annoncé ci-haut.

Exercice 54 KKK

Déterminer 364 sous-ensembles A1 , A2 , · · · , A364 à 5 éléments chacun, de l’ensemble B =


{0, 1, 2, · · · , 16}, et tels que :

∀ 1 ≤ i < j ≤ 364, |Ai ∩ Aj | ≤ 3.


188 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

17
Solution. Soit X (5) la famille des sous-ensembles de B à 5 éléments, alors on a : X (5) = 5 =
364 × 17 = 6188. Pour chaque k ∈ J0, 16K on définit
(5) n o
Xk = (a1 , a2 , a3 , a4 , a5 ) ∈ X (5) : a1 + a2 + a3 + a4 + a5 ≡ k (mod 17) .

(5)
Il est clair que les classes Xk , k ∈ J0, 16K, sont disjointes, et donc, par le principe des tiroirs,

au moins une des classes doit contenir plus que 17 5 /17 = 364 éléments.
Il nous reste à montrer que |Ai ∩ Aj | ≤ 3 pour tous les sous-ensembles distincts Ai et Aj et
appartenant à la même classe. Il est clair qu’il suffit de montrer que |Ai ∩ Aj | , 4. En effet,
si Ai = {a1 , a2 , a3 , a4 , a5 } et Aj = {b1 , b2 , b3 , b4 , b5 } sont tels que ai = bi pour i = 1, 2, 3, 4, alors
a1 + a2 + a3 + a4 + a5 ≡ b1 + b2 + b3 + b4 + b5 (mod 17) implique que a5 ≡ b5 (mod 17), ce qui est
impossible à moins que a5 = b5 .

Exercice 55 KKK

Soient B1 , B2 , · · · , Bb des sous-ensembles à k éléments de l’ensemble {1, 2, · · · , n} et tels que :


|Bi ∩ Bj | ≤ 1 pour tout i , j. Montrer que :
  
n n−1
b ≤ · .
k k−1

Solution. On définit la matrice A = (aij ) de taille b × n par :





1 si j ∈ Bi ,
aij = 

0 si j < Bi .
j k j k
On se propose de montrer que bk ≤ n n−1 n−1
k−1 . Supposons, par l’absurde, que bk > n k−1 . Comme
A possède b lignes et chaque ligne a exactement k chiffres 1 (à cause du cardinal de Bi ), alors
la matrice A admet exactement bk chiffres 1. Donc, d’après le j principe
k des tiroirs, il existe
n−1
une colonne (disons la première par exemple) qui a plus de k−1 chiffres 1. Donc, on peut
supposer, sans perte de généralité, que :
 
n−1
a11 = a21 = · · · = at1 = 1 pour t = + 1.
k −1
Comme |B1 ∩ Bi | ≤ 1 pour i = 2, 3, · · · , b, au plus un parmi a1i , a2i , · · · , ati peut aussi être égal à
1, d’où :
a12 + a22 + · · · + at2 ≤ 1,
a13 + a23 + · · · + at3 ≤ 1,
.. .
. ≤ ..
a1n + a2n + · · · + atn ≤ 1,
et en sommant ces n − 1 inégalités on obtient :
(k − 1) + (k − 1) + · · · + (k − 1) ≤ n − 1,
car chaque ligne de A contient exactement k chiffres 1, un d’eux est ai1 pour i = 1, 2, · · · , t. Par
suite t(k − 1) ≤ n − 1 et ainsi
 
n−1 n−1
+1 = t ≤ , une contradiction.
k −1 k−1
j k j k
Donc, bk ≤ n n−1 , et par conséquent b ≤ nk n−1
k−1 , et puisque b est un entier, on doit avoir
j j kk k−1
n n−1
b ≤ k k−1 .
3.12. EXERCICES 189

Exercice 56 KKK

Soit n > 1 un entier naturel. Combien y a-t-il de permutations (a1 , a2 , · · · , an ) de {1, 2, · · · , n}


telles que :
1 | a1 − a2 , 2 | a2 − a3 , · · · , n − 1 | an−1 − an ?

Solution.
1ère méthode :
pour n = 2 les seules permutations qui vérifient les conditions de l’exercice sont (1, 2) et (2, 1) ;
et pour n = 3 les seules permutations possibles sont (2, 1, 3) et (2, 3, 1). Supposons dans la suite
que n ≥ 4. La condition n − 1 | an−1 − an et |an−1 − an | ∈ {1, 2, · · · , n − 1} nous donnent soit :
(i) an−1 = 1 et an = n, ou bien
(ii) an−1 = n et an = 1.
Supposons que (i) est vraie, alors on affirme que pour m = 0, 1, · · · , ⌊n/2⌋ − 1 :

an−2m = n − m et an−2m−1 = m + 1.

C’est vrai pour m = 0. Supposons que c’est vrai pour tous m = 0, 1, · · · , k pour un certain 0 ≤ k <
⌊n/2⌋ + 1, alors de

n − 2k − 2 | an−2k−2 − an−2k−1 , an−2k−1 = k + 1, n − 2k − 2 > 0,

et an−2k−2 ∈ {k + 2, k + 3, · · · , n − k − 1} on obtient an−2k−2 − (k + 1) = n − 2k − 2 et par suite an−2k−2 =


n − k − 1. Il s’ensuit que an−2k−3 ∈ {k + 2, k + 3, · · · , n − k − 2}. De cette relation, ainsi que des
conditions :

n − 2 − 3 | an−2k−3 − an−2k−2 , an−2k−2 = n − k − 1, n − 2k − 3 > 0

on trouve que an−2k−3 − (n − k − 1) = −(n − 2k − 3) et par suite an−2k−3 = k + 2 ; ce qui prouve notre
affirmation. Notons que si n est impair, alors a1 = ⌊n/2⌋ + 1. Donc (i) donne lieu à une seule
permutation vérifiant les conditions de l’exercice. Avec des arguments similaires, on montre
que (ii) donne lieu à une seule permutation vérifiant les conditions de l’exercice.
⋄ Si n = 2m est pair, les deux permutations sont données par

(m, m + 1, m − 1, m + 2, · · · , 2, 2m − 1, 1, 2m) et (m + 1, m, m + 2, m − 1, · · · , 2m − 1, 2, 2m, 1).

⋄ Si n = 2m + 1 est impair, les deux permutations sont données par

(m + 1, m, m + 2, m − 1, · · · , 2, 2m, 1, 2m + 1) et (m + 1, m + 2, m, m + 3, . . . , 2, 2m, 2m + 1, 1).

Pour (ii) on peut aussi utiliser l’observation suivante : si (a1 , · · · , an ) est une permutation véri-
fiant les conditions de l’exercice alors il en est de même pour la permutation
(n + 1 − a1 , · · · , n + 1 − an ).
2nde méthode : on appelle bonne permutation (BP en abrégé) une permutation qui vérifie les
conditions de l’exercice. Il est clair que les deux dernières positions (an−1 et an ) doivent être
occupées par n ou 1 ; on utilise alors la terminologie BP de type (i) ou type (ii) (selon que
an = n, an−1 = 1 ou bien an = 1, an−1 = n).
⋄ Si (a1 , · · · , an ) est une BP de type (i), alors (a1 , · · · , an−1 ) est une BP de longueur n − 1 et de type
(ii), et réciproquement.
⋄ Si (a1 , · · · , an ) est une BP de type (ii), alors (a1 − 1, · · · , an−1 − 1) est une BP de longueur n − 1 et
de type (i), et réciproquement.
Par suite, il existe une bijection entre les BP de longueur n et les BP de longueur n − 1. Par
conséquent, le nombre de BP est le même pour tout n. Pour n = 2 il y a deux BP. Donc, il y a
deux BP pour tout n > 1.
190 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

Exercice 57 KKK

Au lycée Albert Einstein, il y a un nombre infini de casiers, numérotés par les entiers na-
turels 1, 2, 3, · · · . Chaque casier est utilisé par exactement un seul élève. L’administration
a décidé de réorganiser l’attribution des casiers, mais ces derniers seront occupés par les
mêmes étudiants qui en possédaient un. Il y aura un casier par élève mais dans un ordre
différent de l’ancien. Quelques étudiants peuvent se retrouver avec le même casier qu’au-
paravant.
Après la nouvelle organisation des casiers, on a remarqué qu’il y a un nombre infini
d’élèves dont les numéros de leurs nouveaux casiers sont plus grands que les numéros
de leux anciens casiers. Montrer qu’il y a aussi un nombre infini d’élèves dont les numéros
des nouveaux casiers sont plus petits que les numéros de leurs anciens casiers.

Solution.
(1) Supposons qu’il y a un nombre infini d’élèves dont le numéro du nouveau casier est plus
grand que celui de l’ancien, et supposons qu’il y a juste un nombre fini d’étudiants dont le
numéro du nouveau casier est plus petit que celui de l’ancien.
(2) De (1) il s’ensuit qu’il existe un numéro de casier N qui soit maximal, i.e., à partir duquel
un élève a changé pour un casier dont le numéro est plus petit que le numéro de l’ancien ca-
sier.
(3) Considérons les casiers 1, 2, · · · , N , et notons qu’avec (2), aucun élève avec un numéro de
casier plus grand que N n’a changé pour l’un de ces casiers. Donc, le changement des N pre-
miers casiers est en fait une permutation de (1, · · · , N ).
(4) Chaque arrangement des élèves avec les casiers N + 1, N + 2, · · · implique un plus petit
nombre M, M > N , à partir duquel un élève a changé de casier. M ne peut pas être « atteint »
par le bas car sinon il ne serait pas le minimum ; M ne peut pas être « atteint » par le haut car
alors N ne serait pas le maximum comme énoncé dans (2).
L’énoncé (1) donne alors une contradiction, et la preuve est ainsi terminée.

Exercice 58 KKK

Déterminer tous les ensembles finis E dans le plan tels que : si deux droites, chacune d’elles
passant par au moins 2 points de S, se coupent en P, alors P appartient à S.

Solution. Il est clair que si un ensemble fini E de points dans le plan possède exactement une
des propriétés suivantes :
(i) les points de E sont colinéaires,
(ii) |E| = 5, et les points de E sont les 4 sommets d’un parallélogramme ainsi que le point
d’intersection des diagonales,
(iii) tous les points de E, à l’exception d’un seul, sont sur une droite,
alors E vérifie les conditions de l’exercice. On se propose de montrer, réciproquement, que si
E vérifie les conditions de l’exercice alors il vérifie (i), (ii) ou (iii).
Soit E un ensemble fini vérifiant les propriétés de l’exercice, on peut supposer que |E| ≥ 4, car
sinon E vérifie (i) ou (iii) et c’est fini. Si A, B, C, D sont 4 points de E, 3 quelconques parmi eux
ne sont pas colinéaires, alors on peut les grouper en deux paires, {A, B} et {C, D}, de sorte que
les deux droites (AB) et (CD) s’intersectent. Cette observation montre que E contient 3 points
colinéaires situés sur une droite que l’on appelle l. Pour chaque point L ∈ E ∩l, et chaque point
P ∈ E et P < l, soit θ(P, L) l’angle non-obtus entre PL et l (on suppose que (i) n’est pas vérifiée
car sinon la preuve est finie). On choisit P et L tels que θ(P, L) est minimal et s’il y a plusieurs
choix pour P on choisit celui tel que la distance d(P, L) est minimale. Soient A et B deux autres
points de l appartenant à E. On choisit les points L′ ∈ (PL) et B′ ∈ (PB), non nécessairement
dans E, tels que P est situé entre L et L′ et entre B et B′ .
3.12. EXERCICES 191
b
b
B′
b L′
P

b b b

L l A B

On affirme que E ne contient aucun point différent de P et situé du même côté de l que P. En
effet, cela découle de :
d (par minimalité de θ(P, L)),
(a) E ne contient aucun point à l’intérieur de l’angle PLB
(b) E ne contient aucun point sur la demi-droite ]P, L′ ),
\
(c) E ne contient aucun point à l’intérieur de l’angle B ′ PL′ ,
(d) E ne contient aucun point sur (PL) (par minimalité de d(P, L)),
(e) E ne contient aucun point sur la demi-droite ]P, B′ ),
d
(g) E ne contient aucun point à l’intérieur de PBL.
Si E ne contient aucun point de ce côté de l qui ne contient pas P, alors par notre affirmation
on voit que E vérifie (iii). Donc, supposons que E contient un tel point ; appelons le Q. Par
notre affirmation, Q est le seul point de E situé sur ce côté. Maintenant il est facile de voir que
l contient exactement 3 points, sinon on peut créer un nouveau point de E sur un côté de l. De
plus, PQ ∩ l = A, QLkPB, QBkPL. Donc E vérifie (ii).

Exercice 59 KKK

Combien y a-t-il de permutations (x1 , · · · , xn ) de {1, · · · , n} telles que la somme


S = |x1 − x2 | + |x2 − x3 | + · · · + |xn−1 − xn | + |xn − x1 | est : (a) minimale, (b) maximale.

Solution.
(a) Soient j et k tels que xj = 1 et xk = n. Pour tout m, on définit xn+m = xm , alors on a par
n
X k−1
X j−1
X
l’inégalité triangulaire : |xi − xi+1 | = |xi − xi+1 | + |xi − xi+1 | ≥ |xk − xj | + |xj − xk | = 2n − 2.
i=1 i=j i=k
On a égalité si, et seulement si, les deux suites {xk = nxk+1 , · · · , xj−1 , xj = 1} et
{xk , xk−1 , · · · , xj+1 , xj = 1} sont décroissantes. Chaque élément de {n − 1, n − 2, · · · , 3, 2} doit être
dans la première ou la deuxième suite, mais pas dans les deux en même temps. Choisir quels
éléments sont dans ces suites détermine la position de {n − 1, n − 2, · · · , 2, 1} de façon unique.
Donc, il y a n · 2n−2 permutations avec une somme minimale égale à 2n − 2.
(b) On regarde l’effet d’un élément xi sur la somme S. Si xi > xi+1 et xi > xi−1 , alors les termes
contenant xi sont xi − xi+1 et xi − xi−1 , donc le terme xi apporte dans ce cas à la somme une
contribution égale à 2xi . De même, si xi < xi+1 et xi < xi−1 , alors le terme xi apporte la contri-
bution −2xi à la somme S. Finalement, si xi est plus petit que xi−1 ou xi+1 , et plus grand que
l’autre, alors sa contribution à S est nulle dans ce cas.
Supposons que j n’ont aucune contribution à la somme. Il y a n paires des éléments xi , xi+1 ,
n−j
dans chaque paire un nombre est plus grand que l’autre, donc il y a 2 nombres xi qui contri-
buent la valeur 2xi à la somme S. Si on peut arranger les nombres qui contribuent avec 2xi
n−j
à la somme pour être les 2 plus grands nombres, et les nombres xi qui contribuent avec
n−j
−2xi à la somme S pour être les 2 plus petits nombres, alors une somme maximale est at-
teinte avec j aussi petit que possible. Ceci est en fait possible. Si n = 2k est pair et j = 0,
on doit avoir {xi , xi+2 , · · · , xi−4 , xi−2 } est une permutation de {k + 1, k + 2, · · · , 2k} pour i = 0 ou
i = 1, et les autres k nombres doivent être une permutation de {1, 2, . . . , k}. Sinon, pour un xi ,
on aurait xi < xi+1 < xi+2 qui est une contradiction. Ceci donne une même somme maximale
192 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES

2(k +1+k +2+· · ·+2k)−2(1+2+· · ·+k) = 2k 2 = n2 /2, pour toute permutation de {k +1, k +2 · · · , 2k}
et {1, 2, · · · , k}. Donc, si n = 2k il y a 2(k!)2 permutations possibles avec une somme maximale.
Si n = 2k + 1 est impair, alors j doit être impair, donc j ≥ 1. En plaçant l’élément du mi-
lieu k + 1 dans l’une des 2k + 1 positions possibles, on a des permutations de {1, 2, . . . , k} et
{k + 2, k + 3, · · · , 2k + 1} dans des positions alternées. Ceci donne la somme maximale (n2 − 1)/2
pour n’importe quelle telle permutation. Donc, pour n = 2k+1 il y a 2(2k+1)(k!)2 permutations
qui donnent la valeur maximale de S.

Exercice 60 KKK
Les sommets d’un 2n-gone régulier A1 · · · A2n sont partitionnés en n paires. Montrer que,
si n = 4m+2 ou n = 4m+3, deux paires sont les extrémités de segments de même longueur.

Solution. Supposons que toutes les paires de sommets soient à des distances différentes. On
associe alors au segment [Ap , Aq ] le plus petit des deux nombres |p − q| et 2n − |p − q|. On trouve
les nombres de 1 à n chacun une fois. Supposons que parmi ceux-ci, il y ait k nombres pairs et
n−k nombres impairs. Les segments [Ap , Aq ] où p et q ont des parités différentes correspondent
aux nombres impairs. Ainsi, parmi les segments restants, il doit y avoir k sommets impairs
et k sommets pairs et les segments doivent relier des sommets de même parité. Donc k est
pair. Lorsque n est de la forme 4m, 4m + 1, 4m + 2, 4m + 3, le nombre de nombres pairs est
respectivement 2m, 2m, 2m + 1, 2m + 1. Donc, n = 4m ou n = 4m + 1.

Exercice 61 KKK

Un carré 23 × 23 est entièrement recouvert de carreaux de la forme 1 × 1, 2 × 2 et 3 × 3. De


quel nombre minimum de carreaux de forme 1 × 1 a-t-on eu besoin ? (Russie)

Solution. Supposons que l’on n’ait pas besoin de carreau 1×1. Colorions alors les lignes du carré
alternativement en blanc et noir. Il y aura 23 cases noires de plus que de cases blanches. Un
carreau 2 × 2 recouvre autant de cases noires que de cases blanches. Un carreau 3 × 3 recouvre
trois cases d’une couleur de plus que l’autre. La différence entre le nombre de cases blanches
et noires devrait donc être divisible par 3. Ce n’est pas le cas de 23. Notre hypothèse est donc
fausse. On a ainsi besoin d’au moins un carré 1 × 1. En construisant explicitement la solution,
on démontre qu’un seul carré 1 × 1 suffit. On place le carré 1 × 1 au centre de la figure et on
sépare la figure restante en quatre rectangles 12×11. Chacun de ces 12×11 rectangle peut être
pavé avec une ligne de six carrés 2 × 2 et trois lignes de quatre carrés 3 × 3.

Exercice 62 KKK

Montrer qu’il n’existe aucun chemin fermé du cavalier (des échecs) sur une grille 4 × n.

Solution. Colorions la grille à l’aide des quatre couleurs A, B, C, D comme ci-dessous :

A B A B A B
C D C D C D
D C D C D C
B A B A B A

Chaque case A doit être précédée et suivie par une case C. Il y a exactement le même nombre
de cases A et C et elles doivent toutes se placer dans n’importe quel chemin fermé. Pour passer
par toutes les cases, il faut aussi passer d’une case C à une case D. Mais il est alors impossible
de revenir à une case A sans repasser avant par une case C. L’existence d’une boucle fermée
impliquerait donc qu’il y a plus de cases C que de cases A, ce qui est faux.
3.12. EXERCICES 193

Exercice 63 KKK

Étant donné un rectangle de dimensions m × n, quel nombre minimum de cases faut-il


colorier pour qu’il soit impossible de placer un triomino en forme de L sur les cases res-
tantes ?

Solution.
⋄ Supposons m et n tous deux pairs et colorions une colonne sur deux. On ne peut plus alors
placer de triomino en forme de L dans les cases restantes. Montrons qu’il est impossible de
colorier moins de cases. Partitionnons le rectangle en mn/4 carrés de taille 2 × 2. Dans chaque
carré ainsi construit, il faut au moins colorier deux cases. La réponse est donc mn/2.
⋄ Supposons n pair et m impair et colorions une colonne sur deux dans le sens impair, en
commençant avec la deuxième. Montrons qu’il est impossible de colorier moins de cases. En
effet, on peut extraire de ce rectangle n(m − 1)/4 carrés disjoints de taille 2 × 2, dans lesquels il
faut colorier au moins deux cases. La réponse est donc n(m − 1)/2.
⋄ Supposons n et m tous les deux impairs et n ≥ m. Comme les deux directions sont impaires,
on choisit la direction qui économise le maximum de cases colorées. On colorie donc (m − 1)/2
bandes de taille 1 × n. Montrons qu’il est impossible de colorier moins de cases. Pour cela, on
raisonne par récurrence. Supprimons deux cases sur la moitié du bord de façon à obtenir un
rectangle (n − 2) × (m − 2). Le morceau ainsi supprimé peut être partitionné en (m + n − 6)/2
carrés de taille 2 × 2 et un carré de taille 3 × 3 avec un coin manquant. Dans les carrés 2 × 2, il
faut colorier au moins m + n − 6 cases et dans le carré 3 × 3, il faut colorier au moins trois cases.
On trouve alors la réponse n(m − 1)/2 par récurrence.

Exercice 64 KKK

On colorie chaque entier positif ou nul, soit en noir, soit en blanc (chaque couleur étant
utilisée au moins une fois) de sorte que la somme de deux entiers de couleur différente soit
noire et le produit soit blanc. Quelle est la couleur du produit de deux nombres blancs ?
Trouver tous les coloriages possibles.

Solution. Soient m et n deux entiers blancs. Montrons que mn est blanc. Soit k un nombre noir.
Alors m + k est noir, et, par suite mn + kn = (m + k)n est blanc et kn est blanc. Si mn était noir,
mn + kn serait noir, ce qui est impossible. Donc mn est blanc.
Soit l le plus petit nombre blanc. En utilisant le résultat précédent, on voit que tous les mul-
tiples de l sont blancs. Montrons maintenant qu’il n’y a pas d’autre nombre blanc. Soit n un
nombre blanc et écrivons n = ql + r avec 0 ≤ r < l. Si r , 0, alors r est noir car l est le plus petit
entier blanc. Ceci implique que ql est noir, alors qu’il est blanc. Donc les nombres blancs sont
exactement les multiples de l > 1 (chaque couleur est utilisée au moins une fois).
194 CHAPITRE 3. TECHNIQUES ET STRATÉGIES SUPPLÉMENTAIRES
Chapitre

4
Théorie des graphes

4.1 Généralités

4.1.1 Notions de base


La théorie des graphes est la branche de mathématique qui étudie les graphes. Les graphes
qu’on considère ici sont formés de points vi (les sommets, vertex en anglais) et de segments ei (les
arêtes, edge en anglais) reliant certains de ces points. Un graphe représente un ensemble qui a
une relation binaire.
Dans les problèmes de compétitions, on rencontre souvent des énoncés du type : « il y a un nombre
de villes. Quelques-unes d’entre elles sont reliées par des compagnies aériennes et d’autres ne le
sont pas », « il y a un certain nombre de points dans le plan, la distance entre quelques-uns d’entre
eux est égale à 1, mais pas pour les autres », .... etc. Dans ces problèmes, il y a deux aspects, des
objets (comme par exemple : villes, points, ... etc.) et puis des relations entre ces objets (comme
par exemple : liaison, distance, ... etc.). Pour représenter ces problèmes, on désigne les objets par
des points ( qu’on appelle les sommets), et s’il y a une relation entre deux objets on relie les points
par un segment (qu’on appelle arête), on construit ainsi ce qu’on appelle un graphe.

Définition

Un graphe G est un couple (V , E) où V est un ensemble fini et non vide appelés sommets
et E est un ensemble de paires d’éléments de V appelées arêtes.

Exemple : G = (V = {a, b, c, d, e}, E = {{b, c}, {c, d}, {d, e}, {e, c}}) est un graphe. Par commodité, on
notera bc au lieu de {b, c}. On a donc bc = cb. Il est donc possible de réécrire le graphe G de la
façon suivante : G = (V = {a, b, c, d, e}, E = {bc, cd, de, ec}).
On peut représenter un tel graphe par un schéma ou une matrice d’adjacence.

a e

b c

figure 1

Avant de définir une matrice d’adjacence du graphe G, il faut se donner un ordre sur les sommets,
par exemple (a, b, c, d, e). La matrice d’adjacence de G correspondant à cet ordre sur les sommets

195
196 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

est :
 
0 0 0 0 0

0 0 1 0 0
 
MG = 0 1 0 1 1
 
0
 0 1 0 1
0 0 1 1 0
Le coefficient de la i-ème ligne et de la j-ème colonne est égal à 1 si, et seulement si, il y a une
arête entre le i-ème sommet et le j-ème sommet, il est égal à 0 sinon.
Définition

Deux graphes G = (V , E) et G ′ = (V ′ , E ′ ) sont égaux si, et seulement si, V = V ′ et E = E ′ .

Définition (Ordre d’un graphe)

Le nombre n de sommets s’appelle l’ordre du graphe G . On le note parfois |G| (qui est donc
égal au cardinal de l’ensemble V , noté |V |). C’est aussi le nombre de ligne ou de colonnes
d’une matrice d’adjacence du graphe.

Définition (Taille d’un graphe)

Le nombre m d’arêtes s’appelle la taille du graphe. On le note parfois kGk (qui est donc
égal à |E|). C’est aussi le nombre de « 1 » divisé par 2 d’une matrice d’adjacence du graphe.

☞ Dans la figure 1 on a : |G| = 5 et kGk = 4.


Définition (Sommets adjacents)

Si e = xy est une arête de G , on dit que x et y sont des sommets voisins ou adjacents et e
est une arête incidente aux sommets x et y

☞ Dans la figure 1, les sommets b et c sont adjacents, tandis que b et d ne le sont pas. Le
sommet a n’a aucun voisin.
Définition (Voisinage d’un sommet)

Le voisinage d’un sommet x de G , noté VG (x), est l’ensemble de ses voisins.

☞ Dans la figure 1, on a VG (d) = {c, e}, VG (a) = ∅.


Définition (Degré d’un sommet)

Le degré d’un sommet x est le cardinal de VG (x). On le note degG (x).

☞ Le degré d’un sommet est égal au nombre de fois où ce sommet apparaît comme extrémité
d’une arête.
☞ Dans la représentation graphique d’un graphe, le degré d’un sommet est égal au nombre
d’arêtes incidentes à ce sommet.
☞ Dans la représentation matricielle d’un graphe, le degré d’un sommet est égal au nombre
de « 1 » sur la ligne correspondant à ce sommet.
☞ Un sommet de degré 0 est un sommet isolé. Dans la figure 1, le sommet a est un sommet
isolé.
☞ Dans la figure 1 on a degG (c) = 3 car VG (c) = {b, d, e}.
4.1. GÉNÉRALITÉS 197

Proposition

Soit G = (V , E) un graphe. On a :

1X
degG (x) = |E|.
2
x∈V

Cela signifie que le nombre d’arêtes est égal à la moitié de la somme de tous les degrés.

Preuve
En sommant les degrés de tous les sommets, on compte une fois chaque extrémité de
toutes les arêtes. Une arête ayant deux extrémités, on en déduit la proposition ci-dessus.

✓ Pour compter les arêtes, on peut compter les extrémités et puis diviser par 2.

Exemple

Dans une assemblée de dix personnes, chaque membre serre la main de tous les autres.
Combien y aura-t-il de poignées de mains ?

Notons V = {1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10} cette assemblée et modélisons la situation par un graphe G


dont les sommets sont les éléments de V et dont les arêtes représentent les poignées de mains.
On a degG (1) = 9 car 1 est voisin de tous les autres sommets (il a serré les mains de tous le monde) ;
1X
de même degG (2) = degG (3) = · · · = degG (10) = 9. On peut donc en conclure que degG (x) =
2
x∈V
10 × 9
= 45. Il y a donc 45 arêtes dans ce graphe et donc 45 poignées de mains.
2
On pouvait aussi conclure en remarquant ! qu’une arête est une combinaison de 2 éléments parmi
10 10 × 9
les 10 éléments de V . Donc, il y a = = 45 arêtes.
2 2

Définition (Opérations ensemblistes)

Soient G = (V , E) et G ′ = (V ′ , E ′ ) deux graphes.


❏ Réunion de graphes : on définit le graphe G ∪ G ′ par G ∪ G ′ = (V ∪ V ′ , E ∪ E ′ ).
❏ Intersection de graphes : on définit le graphe G ∩ G ′ , pour V ∩ V ′ , ∅, par G ∩ G ′ =
(V ∩ V ′ , E ∩ E ′ ).
❏ Suppression d’un sommet : pour tout x ∈ V , on notera G \ {x} (ou plus simplement
G \ x) le graphe obtenu à partir de G en retirant le sommet x ainsi que les arêtes
incidentes à x. Plus généralement, pour tout sous-ensemble S ⊂ V , on notera G \ S
le graphe obtenu à partir de G en retirant les sommets de S ainsi que les arêtes
ayant une ou deux extrémités dans S .
❏ Suppression d’une arête : de la même manière, pour tout e ∈ E , on notera G \ {e}
(ou G \ e ) le graphe obtenu à partir de G en retirant l’arête e . On a donc G \ {e} =
(V , E \ {e}). Plus généralement, pour tout sous-ensemble A ⊂ E , on notera G \ A, le
graphe obtenu à partir de G en retirant les arêtes de A.
❏ Ajout d’une arête : si e est une paire de sommets de V n’appartenant pas à E , on
notera G + {e} (ou G + e ) le graphe obtenu à partir de G en rajoutant l’arête e . On a
donc : G + {e} = (V , E ∪ {e}).
198 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

Notation
Pour un ensemble V de sommets, on notera P2 (E), l’ensemble de toutes les arêtes ayant
leurs 2 extrémités dans E, c’est-à-dire l’ensemble de toutes les parties de V (ou les com-
binaisons de V ) à deux éléments. On a donc P2 ({a}) = ∅, P2 ({a, b}) = {ab}, P2 ({a, b, c}) =
n(n − 1)
{ab, bc, ca}. Plus généralement, si |V | = n ≥ 1, alors |P2 (V )| = .
2

Définition (Graphe complet)

Un graphe G = (V , E) est dit complet (ou clique) si, et seulement si, E = P2 (V ) ; autrement
dit chaque sommet est voisin de tous les autres.
n(n − 1)
Si on note n l’ordre d’un tel graphe, alors sa taille est .
2
Si V = {1, 2, 3, · · · , n} (avec n ≥ 1), on note Kn un tel graphe.

Définition (Graphe complémentaire)

Soit G = (V , E) un graphe. Le graphe complémentaire de G , noté G , est défini par G =


(V , P2 (V ) \ E). Autrement dit, les arêtes de G sont exactement celles qui ne sont pas dans
G.

Exemple : le complémentaire du graphe G = (V = {a, b, c, d, e}, E = {bc, cd, de, ec}) de la figure 1 est
G = (V = {a, b, c, d, e}, E = {ab, ac, ad, ae, bd, be}). Remarquons que le graphe G ∪ G est complet de
taille 10.
Définition (sous-graphe)

Soit G = (V , E) un graphe.
1 Un graphe G ′ = (V ′ , E ′ ) est un sous-graphe de G = (V , E) si, et seulement si, V ′ ⊂ V
et E ′ ⊂ E . On notera G ′ ⊂ G pour signifier que G ′ est un sous-graphe de G .
2 G ′ est un sous-graphe couvrant de G si, et seulement si, G ′ est un sous-graphe de G
et V ′ = V .
3 Soit A une partie non vide de V . On appelle sous-graphe de G induit par A, et on
note G[A], le graphe défini par G[A] = (A, P2 (A) ∩ E). Ce graphe admet donc pour
arêtes celles de G dont les deux extrémités sont dans A.

Exemple : considérons le graphe suivant :


4.1. GÉNÉRALITÉS 199

d b e

c
Alors, à gauche on a un sous-graphe couvrant de G ; au milieu un sous-graphe quelconque ; et à
droite le sous-graphe de G induit par {a, b, c, e}.

a a a

d b e d b b e

c c c

Définition (Graphes isomorphes)

Deux graphes G = (V , E) et G ′ = (V ′ , E ′ ) sont isomorphes si, et seulement si, il existe une


bijection f : V −→ V ′ vérifiant f (E) = E ′ (en convenant de noter f (E) l’ensemble des images
des arêtes de E , l’image de l’arête xy état l’arête f (x)f (y)).

Exemple : les graphes G = (V = {a, b, c, d}, E = {ab, ac, bc, bd, dc}) et G ′ = (V ′ = {1, 2, 3, 4}, E ′ =
{12, 14, 24, 23, 43}) sont isomorphes.

a d 2

b c 1 3

En effet, si on considère la bijection f : V −→ V ′ définie par f (a) = 1, f (b) = 2, f (c) = 4, f (d) = 3,


elle vérifie :
f (E) = f {ab, ac, bc, bd, dc}) = {12, 14, 24, 23, 34} = E ′ .

Exemple

Un crime a eu lieu la nuit du 5 au 6 avril 2021 dans une demeure isolée. En plus de la
victime, il y avait 7 autres personnes dans la demeure. Chacune affirme à l’inspecteur, en
guise d’alibi, avoir passé une partie de la nuit avec 3 des autres suspects successivement.
Après un moment de réflexion, l’inspecteur est convaincu qu’on lui a menti. Pourquoi ?
Question subsidiaire : combien de personnes ont menti sachant que les menteurs n’ont
rencontré personne ce soir-là, occupés qu’ils étaient à commettre leur forfait ? On sait de
plus que parmi ceux qui n’ont pas menti, il y en au moins deux qui ne se sont pas rencon-
trés cette nuit.

S’il existe un graphe G modélisant ces affirmations, G est d’ordre 7 et chaque sommet de G
est de degré 3. Donc la somme des degrés des sommets de G est égale à 21, est impaire. Ceci est
impossible d’après notre dernière proposition. Donc G n’existe pas.
Question subsidiaire : on note m le nombre de personnes ayant menti. S’il existe, le graphe G ′ ,
vérifiant ces hypothèses, est tel que tous les sommets de son sous-graphe induit par les m per-
sonnes qui ont menti sont de degré 0 et tous les sommets de son sous-graphe (noté G1 ) induit par
200 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

3(7 − m)
les (7 − m) autres sommets sont de degré 3. Donc la taille de G1 est égale à . De plus, G1
2
n’est pas un graphe complet car deux de ces sommets ne sont pas adjacents. D’où m vérifie :

3(7 − m) (7 − m)(6 − m)
< .
2 2
Le second de droite de l’inégalité ci-dessus est la taille d’un sous-graphe complet d’ordre 7 − m.
Puisque m , 7, on déduit de l’inégalité que m < 3.
⋄ Si m = 2, G ′ n’existe pas car la somme des degrés de G1 serait égale à 5 × 3 = 15, impaire, ce qui
est impossible.
⋄ Si m = 1, la représentation ci-dessous montre l’existence de G ′ .

Donc on peut conclure qu’une seule personne a menti.


Exemple

Voici le plan d’un petit village fortifié des Alpes au Moyen Âge :
a

b
c g
h
i
d e f

Chaque arête est une rue du village, chaque sommet une place. Les pointillés autour du
village représentent une muraille infranchissable. Le seul accès au village est le sommet a.
Ce soir, c’est l’émoi au village. Le garde en faction à l’entrée du village a vu entrer un loup.
Dans chacune des rues du village, un témoin a vu avec certitude passer le loup une fois et
ne jamais revenir. « Je sais où se trouve le loup » affirme un villageois.
Mais où se trouve le loup ?

Le loup a effectué un parcours dans le graphe représentant le village passant par toutes les
arêtes une fois et une seule fois (un tel parcours sera dit eulérien, nous étudierons ce type de
parcours un peu plus loin dans ce chapitre). À chaque fois que le loup arrive dans un sommet par
une arête, il en ressort par une arête différente. On peut donc associer les arêtes d’un sommet 2
par 2 (une entrée et une sortie) : mis à part le sommet initial et le sommet final, tous les sommets
doivent donc être de degré pair. Le sommet a est de degré 1 (sommet initial) et le seul autre
sommet de degré impair est le sommet c : c’est donc là où se trouve le loup. Il a pu faire par
exemple le parcours (a, b, i, f , h, g, f , e, g, b, c, e, d, c).

4.1.2 Chaînes, cycles et parcours

Définition (Chaîne)

❏ Une chaîne est une suite quelconque d’arêtes, donc de sommets adjacents.
❏ La longueur d’une chaîne est le nombre d’arêtes qu’elle comporte.
4.1. GÉNÉRALITÉS 201

Exemple : dans le graphe ci-dessous, 1 − 2 − 3 est une chaîne de longueur 2 ; et 1 − 3 − 4 − 2 est une
chaîne de longueur 3.

1 2

4 3

Aucune chaîne ne peut comporter 1−4 ou 4−1 car il n’y a pas d’arête entre 1 et 4. Donc 2−3−4−1,
par exemple, n’a aucun sens, n’existe pas.

Définition (Cycle)

Un cycle est une chaîne dont l’origine et l’extrémité sont confondues (on pourra donc dire
qu’il a une seule extrémité), à condition que toutes les arêtes soient différentes.

✍ Un cycle peut comporter plusieurs fois le même sommet.


✍ Si les arêtes ne sont pas toutes distinctes, on parlera simplement de « chaîne fermée ».
Exemple : sur le graphe ci-dessous, 1 − 2 − 3 − 4 − 5 − 1 est un cycle. De même que 3 − 1 − 5 − 4 − 3.

1 2
5
4 3

Mais 3 − 1 − 5 − 4 − 1 − 3 est une chaîne fermée (on parcourt deux fois l’arête qui relie les sommets
1 et 3). De même que 2 − 3 − 1 − 4 − 3 − 2.

Définition (Graphe connexe)

Un graphe est connexe lorsque quels que soient les sommets i et j considérés, il existe
toujours une chaîne reliant i et j .

Proposition

Soit G = (V , E) un graphe. Si G est connexe, alors |E| ≥ |V | − 1.

Définition (Graphe stable)

Un graphe ou un sous-graphe est stable lorsque ses sommets ne sont reliés par aucune
arête.

Définition (Distance)

On appelle distance de deux sommets du graphe la longueur de la plus courte chaîne qui
relie ces deux sommets.

✍ La distance d’un sommet à lui-même est nulle.


✍ Deux sommets qui ne peuvent être reliés par aucune chaîne sont considérés comme étant
à une distance infinie lun de l’autre.
202 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

Définition (Diamètre)

Le diamètre d’un graphe est la distance des deux sommets les plus éloignés l’un de l’autre.

☞ Le diamètre d’un graphe complet est égal à 1 car tous les sommets sont reliés entre eux
par au moins une arête.
☞ Le diamètre d’un graphe qui n’est pas connexe est infini car il y a des sommets qui ne sont
reliés par aucune arête. La distance de ces sommets est donc infinie.
Exemple : Dans le graphe ci-dessous, la distance des sommets 1 et 2 est égale à 1 ; la distance de
2 à 4 est 2. La distance de 3 à 6 est 3.

1 2 3

6 5 4

Le diamètre du graphe ci-dessus est égal à 3.


Définition (Parcours)

1 Un parcours π d’un graphe G est une liste non vide et ordonnée de sommets de G
telle que deux sommets consécutifs soient adjacents dans G .
2 Un parcours élémentaire de G est un parcours de G sans répétition de sommets.
3 Un parcours couvrant d’un graphe G est un parcours qui passe par tous les som-
mets de G .
4 Un parcours fermé est un parcours dans lequel le sommet initial (c’est-à-dire l’ori-
gine) est égal au sommet final (c’est-à-dire l’extrémité du parcours).
5 La longueur d’un parcours π , notée |π|, est son nombre de sommets moins un.

Exemples : considérons le graphe G de la figure 1 :

a e

b c

d
✍ π1 = (b) est un parcours de longueur nulle du graphe G.
✍ π2 = (b, c, e, d, e, d, e, d) est un parcours du graphe G de b vers d dans lequel le sommet d a 3
occurences.
✍ π3 = (b, c, d, e) est un parcours élémentaire de G.
✍ π4 = (b, c, b) est un parcours fermé de G.
✍ La liste ordonnée (b, d, e) de sommets de G n’est pas un parcours de G (bd n’est pas une
arête de G).
Remarques :
❏ Une chaîne d’extrémités a et b admet un unique parcours élémentaire de a vers b (et un
autre de b vers a).
❏ À tout parcours élémentaire π de G, correspond une chaîne P de G qui a pour sommets,
ceux de π et pour arêtes, celles parcourues dans π.
4.1. GÉNÉRALITÉS 203

❏ À tout parcours fermé π d’un graphe G dans lequel chaque sommet n’apparaît qu’une
fois, excepté l’origine du parcours qui n’est égal qu’à l’extrémité du parcours, correspond
un cycle C de G qui a pour sommets, ceux de π et pour arêtes, celles parcourues dans π.
❏ Plus généralement, à tout parcours π d’un graphe G correspond un sous-graphe Gπ de G
qui a pour sommets, ceux de π et pour arêtes, celles parcourues dans π.
Proposition

Soient G = (V , E) un graphe, et x, y deux sommets de G. S’il existe dans G un parcours πxy


de x vers y, alors il existe une chaîne Pxy de G d’extrémités x et y, dont les sommets et les
arêtes sont des sommets et des arêtes de πxy .

Définition (Graphe sans cycle)

On dit qu’un graphe est sans cycle s’il ne possède aucun sous-graphe qui soit un cycle.

Proposition

Si G = (V , E) est un graphe sans cycle ayant au moins une arête, alors G possède au moins
deux sommets de degré 1.

Proposition

Si G = (V , E) est un graphe sans cycle, alors son nombre d’arêtes est strictement inférieur à
son nombre de sommets. Autrement dit :

G sans cycle =⇒ |E| ≤ n − 1.

La preuve se fait par récurrence sur le nombre de sommets. Les deux propositions suivantes sont
souvent plus utiles sous leur forme contraposée :
✍ Tout graphe n’ayant qu’un ou zéro sommet de degré 1 n’a pas d’arête ou admet nécessaire-
ment au moins un cycle.
✍ Tout graphe ayant une taille supérieure ou égale à son ordre admet nécessairement au
moins un cycle. Autrement dit : |E| ≥ |V | =⇒ G = (V , E) admet au moins un cycle.
Exemple

Un inspecteur de Police est chargé de retrouver l’arme du crime dans un réseau de grottes
souterraines que l’on peut représenter par un graphe (les arêtes sont des galeries, les som-
mets représentent les croisements entre plusieurs galeries ou les extrémités des galeries).
Étant un peu fatigué ce jour-là, l’inspecteur demande à son assistant, un novice peu
consciencieux, de faire l’inspection à sa place. Au bout d’une heure, son assistant revient
à l’entrée du réseau :
– As-tu visité toutes les galeries ? demande l’inspecteur.
– Oui, répond le jeune assistant, je les ai toutes parcourues 2 fois, il y en a même une que
j’ai parcourue 3 fois.
– Hum ! fait l’inspecteur.
Pourquoi l’inspecteur est-il sceptique ?

Dans un parcours, à chaque occurence d’un sommet (hormis le sommet de départ et celui d’arri-
vée), il y a deux arêtes parcourues : l’arête qui permet d’accéder au sommet et celle qui permet
d’en sortir. Si le parcours est fermé, cette propriété s’étend au sommet de départ : l’arête qui per-
met de sortir du sommet de départ correspond à l’arête qui permet d’entrer à la fin du parcours
204 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

dans le même sommet. Donc dans ce cas, pour un sommet quelconque du graphe, si on somme le
nombre de fois que sont parcourues ses arêtes incidentes, on obtient un nombre pair. Ici, si on se
fie à ce que raconte l’assistant, un sommet incident à l’arête qu’il est censé avoir parcouru 3 fois
aurait une somme de parcours d’arêtes incidentes impaire. Absurde !
Exemple

Soit G = (V = {a, b, c, d, e, f }, E = {ab, ae, bc, bd, cd, ce, ef }) un graphe.


1 Représenter ce graphe.
2 Donner tous les cycles de G .
3 Donner tous les sous-graphes induits de G qui sont des cycles.
4 Donner toutes les chaînes de longueur maximale de G .
5 Quel est l’ordre du plus grand sous-graphe complet de G ?
6 Déterminer un parcours de a vers b de longueur 3, puis un autre de longueur 4.
7 Donner toutes les chaînes de G d’extrémités a et b .
8 Déduisez-en le nombre de parcours élémentaires de a vers b .

1. Une représentation possible du graphe G est :

f b

e c d

2. Le graphe G admet trois cycles :

C1 = ({a, b, c, e}, {ab, bc, ce, ea}), C2 = ({b, c, d}, {bc, cd, db}), C3 = ({a, b, d, c, e}, {ab, bd, dc, ce, ea}).

3. G[{a, b, c, e}] = C1 , G[{b, c, d}] = C2 , mais G[{a, b, c, d, e}] , C3 . Il n’y a donc que deux sous-graphes
induits de G qui sont des cycles.
4. Les chaînes de G de longueur maximale sont : P1 = ({a, b, c, d, e, f }, {ab, bd, dc, ce, ef }),

P2 = ({a, b, c, d, e, f }, {f e, ea, ab, bc, cd}), P3 = ({a, b, c, d, e, f }, {f e, ea, ab, bd, dc}).

5. G[{b, c, d}] est le plus grand sous-graphe complet de G.


6. π1 = (a, e, c, b) est un parcours de G de longueur 3 de a vers b (il y a aussi (a, e, a, b), (a, b, c, b),
etc.). π2 = (a, e, c, d, b) est un parcours de G de longueur 4 de a vers b.
7. Les chaînes de G d’extrémités a et b sont :

({a, b}, {ab}), ({a, e, c, b, }, {ae, ec, cb}) et ({a, e, c, d, b}, {ae, ec, cd, db}).

8. Les parcours élémentaires de a vers b (c’est-à-dire les parcours sans répétition de sommets) sont
les 3 parcours associés aux 3 chaînes de la question précédente, orientés de a vers b. On retrouve
les parcours π1 et π2 de la question (6) auxquels il faut ajouter π3 = (a, b).

4.1.3 Graphes orientés


Un graphe est dit orienté si au moins une de ses arêtes est orientée, c’est-à-dire qu’on peut
aller que dans la direction de la flèche et non l’inverse.
4.1. GÉNÉRALITÉS 205

Définition (Graphe orienté)

Un graphe orienté est un couple G = (V , A) où V est un ensemble non vide et où A est un


ensemble, éventuellement vide, muni d’une application ϕ : A −→ V × V . Les éléments de
V sont appelés sommets. Les éléments de A sont appelés arcs.

☞ Soit a un élément de A, si ϕ(a) = (u, v), on dit que a est un arc de u vers v. On dit aussi que
a est un arc sortant en u et est un arc entrant en v et que v est un successeur de u et u est
un prédécesseur de v. On dit que a est une boucle s’il existe u dans V tel que ϕ(a) = (u, u).
On peut représenter un graphe orienté comme dans les exemples ci-dessous.

boucle arc boucle


A
A B
arc
F

Exemple : prenons l’exemple d’un réseau routier :


– une ville A est représentée par un point. Une rocade partant du sud de cette ville pour la
contourner et la rejoindre au nord sera représentée sur un graphe par une boucle.
– Il y a dans cette ville des sens uniques. Ils seront représentés sur le graphe par une flèche,
appelée arête orientée ou plus couramment arc, qui aura donc une origine et une extrémité. Une
boucle pourra être elle-même orientée.
– Entre deux villes A et B, il peut y avoir à la fois une route nationale et une autoroute. Il y aura
donc sur le graphe deux arêtes entre les points A et B. Si ces arêtes ne sont pas orientées, et si de
plus le graphe ne comporte aucune boucle, on dira que le graphe est un multigraphe.
– Dans le cas où deux sommets adjacents sont reliés par une seule arête et où il n’y a aucune
boucle, on parlera de graphe simple.
– Les villes A et B peuvent être reliées par deux routes séparées, chacune à sens unique (par
exemple les deux voies d’une autoroute). Nous aurons donc sur le graphe deux arêtes orientées
(en sens différent, bien sûr) entre A et B.
Définition

Soit G = (V , A) un graphe orienté. On dit que le graphe non orienté G ′ = (V , E) est associé
à G , s’il existe une bijection f : A −→ E et si, pour tout arc a de G , de u vers v , f (a) est une
arête de G ′ d’extrémités u et v .
Le graphe non orienté G ′ , associé à G est unique, à un isomorphisme près.

Le graphe situé à droite dans la figure ci-dessous est associé au graphe orienté situé à gauche.

A B A B

C C

E D E D

figure 2

Soit G = (V , A) un graphe orienté, d’ordre n. Notons V = {v1 , v2 , · · · , vn }. La matrice d’adjacence


de G, associée à la numérotation (v1 , · · · , vn ) est la matrice MG = (mi,j )1≤i,j≤n , carrée d’ordre n, où
206 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

mi,j est le nombre d’arcs du sommet vi au sommet vj .


Exemple : la matrice d’adjacence du graphe non orienté de la figure 2 est donnée par :
 
0 2 0 0 1
1 0 1 0 0
 
 
MG = 0 0 1 0 0 .
 
0 2 1 0 0
 
1 0 0 1 0

Définition

Soit G = (V , A) un graphe orienté et soit v un sommet de G , on appelle :


❏ demi-degré extérieur de v , et on note d + (v), le nombre d’arcs sortant en v ,
❏ demi-degré intérieur de v , et on note d − (v), le nombre d’arcs entrant en v .
Pour tout sommet v de G , d + (v)+d − (v) est le degré de v dans le graphe non orienté, associé
à G.

Théorème (des coups de pieds)

Soit G = (V , A) un graphe orienté. Alors, on a :


X X
|A| = d + (v) = d − (v) = |MG |
v∈V v∈V

où |MG | désigne la somme des termes de toute matrice d’adjacence MG de G.

Démonstration
Notons V = {v1 , v2 , · · · , vn }. On a, pour tout i ∈ J1, nK,
 
n n X
X X  n 

n
X
d + (vi ) = aij , |MG | =  a  = d + (vi )
 ij 
j=1 i=1 j=1 i=1

et, pour tout j ∈ J1, nK,


n
 n
n X
 n
X X   X

d (vj ) = aij , |MG | =  a  = d − (vj ).
 ij  
i=1 j=1 i=1 j=1

De plus, pour chaque arc il y a exactement une extrémité initiale et une extrémité finale, donc dans
Xn n
X
les deux sommes d + (vi ) et d − (vi ), on a compté chaque arc exactement une fois, d’où
i=1 i=1
X X
|MG | = d + (v) = d − (v) = |A|.
v∈V v∈V

Définition (Chemin)

Soit G = (V , A) un graphe orienté et soit k un entier strictement positif. Un chemin de


longueur k (ou k -chemin) de G est une suite (v0 , a1 , v1 , · · · , vk−1 , ak , vk ) de sommets et d’arcs
de G , telle que pour tout i ∈ J1, kK, ai soit un arc de vi−1 à vi .
Les sommets v0 et vk sont respectivement appelés extrémité initiale et extrémité finale
du k -chemin et on dit que le k -chemin relie v0 à vk et est un (v0 , vk )-chemin.
4.1. GÉNÉRALITÉS 207

❏ Si les arcs a1 , a2 , · · · , ak sont distincts, on dit que le chemin est simple.


❏ Si les sommets v0 , v1 , · · · , vk sont distincts, on dit que le chemin est élémentaire.
❏ Un chemin fermé est un chemin dont les extrémités initiale et finale sont confondues.
❏ Soit u un sommet de G, on dit que (u) est un 0-chemin de u à u.
Définition (Circuit)

Un circuit de longueur k (ou un k -circuit) de G est un k -chemin fermé, dont les arcs sont
distincts.
Si les sommets v0 , v1 , · · · , vk sont distincts, on dit que le circuit est élémentaire.

✍ Soit G ′ le graphe non orienté, associé au graphe orienté G. Une chaîne de G ′ est appelée
chaîne de G. Un cycle de G ′ est appelé cycle de G.
Résumé :
Graphe non orienté Graphe orienté
arête arc
chaîne chemin
cycle circuit

4.1.4 Graphes particuliers

Définition (Graphe biparti)

Soit G = (V , E) un graphe. On dit que G est biparti si l’ensemble E peut être partagé en
deux sous-ensembles A et B tels que :
✓ les éléments de A ne sont reliés entre eux par aucune arête,
✓ les éléments de B ne sont reliés entre eux par aucune arête,
✓ les arêtes relient uniquement des éléments de A à des éléments de B.

1
5
2
6
3
7
4

Dans l’exemple ci-dessus, l’ensemble A se compose des sommets 1, 2, 3 et 4, et l’ensemble B des


sommets 5, 6 et 7.
Définition (Arbre)

Un arbre est un graphe non orienté, connexe, et sans cycle.

☞ Un arbre possède toujours un nombre d’arêtes égal au nombre de sommets moins un (au-
cune arrête n’arrive à la racine de l’arbre –le sommet le plus à gauche, ci-dessous–). Cet
arbre par exemple comporte 6 sommets et 5 arêtes.
☞ Un arbre possède en fait souvent une orientation implicite. Le graphe ci-dessous est géné-
ralement parcouru de gauche à droite. Certains auteurs parlent donc d’arbre même lorsque
l’orientation est clairement indiquée et ne donnent donc que deux conditions dans la défi-
nition : il est impératif qu’il soit connexe et sans circuit.
208 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

A C
E
D
F

Définition (Graphe planaire)

Un graphe planaire est un graphe qui peut-être dessiné sans que ses arêtes ne se croisent
mutuellement en dehors de leurs extrémités.

✍ G est planaire s’il admet, dans le plan, une représentation telle que deux arêtes n’aient un
point commun que si elles sont incidentes à un même sommet.
Exemple

Est-il possible de concevoir un appartement de 4 pièces sur un seul étage de façon que
l’on puisse passer d’une pièce quelconque à n’importe quelle autre pièce sans passer par
une pièce intermédiaire, quelle qu’elle soit, même un couloir, des toilettes ou un simple
placard, qui sont ici considérés comme des pièces à part entière ?
Même question pour un appartement de 5 pièces.

Dessinons un graphe dont les sommets correspondent aux pièces et les arêtes aux portes.

1
2
3

Le problème posé aura une solution si le graphe est complet (possibilité de passage d’une pièce à
l’autre, donc présence de portes partout, autrement dit d’arêtes entre deux sommets quels qu’ils
soient) et si les arêtes ne se coupent pas (le contraire signifierait le passage obligé par une pièce
intermédiaire), donc si le graphe est planaire.
Avec 5 sommets, un tel graphe (à la fois complet et planaire) n’existe pas, le graphe complet K5
n’est pas planaire (voir paragraphe sur « graphes planaires » plus loin dans cette leçon). Donc,
il n’est pas possible de concevoir un appartement de 5 pièces tel que l’on puisse passer d’une
pièce quelconque à n’importe quelle autre pièce sans passer par une pièce intermédiaire, quelle
qu’elle soit, même un couloir, des toilettes ou un simple placard. La conception d’un appartement
possédant cette propriété nécessiterait par exemple la présence d’un étage (duplex) par lequel il
faudrait pouvoir passer. Mais l’appartement ne serait plus dessiné sur un seul plan, et le graphe
correspondant ne serait plus plan-aire.

4.1.5 Rappel des principales notions


❏ Graphe : ensemble de points et de lignes reliant entre eux certains de ces points.
❏ Sommet : n’importe lequel de ces points.
❏ Boucle : arête reliant un sommet à lui-même.
4.2. EXEMPLES 209

❏ Arête : n’importe quelle ligne joignant deux sommets.


❏ Ordre d’un graphe : nombre de sommets.
❏ Degré d’un sommet : nombre d’arêtes dont il est une extrémité.
❏ Sommets adjacents : deux sommets reliés par au moins une arête.
❏ Chaîne : une suite quelconque d’arêtes, donc de sommets adjacents.
❏ Longueur d’une chaîne : le nombre d’arêtes qu’elle comporte.
❏ Graphe complet ou clique : un graphe est complet lorsque deux sommets distincts quel-
conques sont adjacents. Chaque sommet est donc relié à chacun des autres sommets.
❏ Cycle : une chaîne dont l’origine et l’extrémité sont confondues, à condition que les arêtes
soient toutes différentes. Mais on peut passer plusieurs fois par le même sommet. Si les
arêtes ne sont pas toutes distinctes, on parlera simplement de chaîne fermée.
❏ Sous-graphe d’un graphe : toute partie d’un graphe composée de quelques sommets et de
toutes les arêtes qui les relient.
❏ Graphe connexe : quels que soient les sommets i et j, il existe une chaîne reliant ces deux
sommets. Un graphe complet est nécessairement connexe.
❏ Composante connexe : si A est un sommet d’un graphe G, l’ensemble de tous les sommets
B pour lesquels il existe un chemin de A à B est appelé la composante connexe de A.
❏ Distance de deux sommets : longueur de la plus courte chaîne les reliant l’un à l’autre (si
on peut les relier). Si on ne peut pas les relier, leur distance est considérée comme infinie.
❏ Diamètre d’un graphe : distance séparant les 2 sommets les plus éloignés l’un de l’autre.
❏ Sous-graphe stable : c’est un sous-graphe dont les sommets ne sont reliés par aucune arête.

4.2 Exemples

Exemple

n(n − 1)
Soit G un graphe simple avec |V | = n et |E| = e . Montrer que : e ≤ .
2

Dans un graphe simple, chaque arête est adjacente à deux sommets distincts, et chaque deux
sommets quelconques sont reliés par !au plus une arête. Comme il y a n sommets, alors le nombre
n n(n − 1)
total des arêtes est égal au plus à : = .
2 2

Exemple

Dans une pharmacie il y a n tiroirs pour ranger les médicaments. Deux tiroirs quelconques
ont les mêmes types de médicaments à l’intérieur, et chaque médicament est contenu dans
exactement deux tiroirs. Combien y a-t-il de médicaments différents ?

On construit un graphe G comme suit : on représente chaque tiroir par un sommet vi . On


représente chaque deux tiroirs vi et vj qui contiennent un médicament en commun (le même
médicament dans chacun des deux tiroirs) par une arête (vi , vj ). Par hypothèse, le graphe est un
graphe complet Kn , et le nombre de médicaments différents est égal au nombre d’arêtes 12 n(n − 1).

Exemple

Dans une conférence scientifique il y a n professeurs participants A1 , A2 , · · · , An . Montrer


que ces n professeurs peuvent être répartis en deux groupes de sorte que pour chaque
professeur Ai , avec i ∈ J1, nK, le nombre di de personnes qu’il connaît, dans l’autre groupe,
est plus grand ou égal au nombre di′ de personnes qu’il connaît dans son groupe.
210 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

On représente les n professeurs par n sommets v1 , v2 , · · · , vn , et on relie par une arête deux
d’entre eux qui se connaissent. On divise les n professeurs en deux groupes et de façon arbitraire.
Il y a un nombre fini de façons pour les diviser en deux groupes, considérons le nombre S d’arêtes
reliant les sommets dans les deux groupes respectivement, il existe une division pour laquelle S
est maximum. On a, pour cette division, di ≥ di′ pour tout i ∈ J1, nK, sinon, si d1 < d1′ , on fait
changer v1 de groupe (il passe de son groupe actuel à l’autre groupe). Le nombre S augmente de
d1′ − d1 > 0, contradiction avec le fait que S est maximal.
Exemple

Plusieurs personnes participent à un voyage organisé. On suppose que pour tout m ≥ 3


voyageurs, ils ont uniquement un ami commun. (N.B. : si A est ami avec B, alors B est
ami avec A. Aucune personne n’est amie avec elle même). Combien y a-t-il de personnes
participants à ce voyage organisé ?

Par hypothèse, chacun a des amis. Supposons que k (k ≤ m) personnes sont des amies, comme
elles ont un ami commun, alors k + 1 personnes sont des amies. De même, on peut déduire que
m + 1 personnes A1 , A2 , · · · , Am+1 sont des amies. On va montrer qu’il n’y a pas d’autres per-
sonnes dans le voyage autres que A1 , A2 , · · · , Am+1 . Soit B une personne (autre que les m + 1) et
qui a au moins deux amies parmi A1 , A2 , . . . , Am+1 , supposons que B et A1 , A2 sont des amies,
alors les m personnes B, A3 , A4 , . . . , Am+1 ont deux amies communes A1 , A2 , ce qui est une contra-
diction. Donc, la personne B, autre que A1 , A2 , . . . , Am+1 , peut être amie avec au plus une per-
sonne parmi A1 , A2 , · · · , Am+1 . Supposons, sans perte de généralité, que A2 , A3 , · · · , Am+1 , excep-
tée A1 , ne peuvent pas être des amies de B. Bien évidemment, l’amie commune C des m voya-
geurs B, A1 , A2 , . . . , Am+1 n’est ni A2 , A3 , · · · , Am−1 , ni A1 . Puisque m ≥ 3, C fait des amies avec
m − 1 ≥ 2 personnes parmi A1 , A2 , · · · , Am+1 . Contradiction avec le fait que C fait des amies avec au
plus une parmi A1 , A2 , . . . , Am+1 . Donc, dans le voyage organisé, il y a seulement m + 1 passagers
A1 , A2 , · · · , Am+1 , chacun d’eux a m amis.
Exemple

Il y a 101 personnes dans une salle de fête. On suppose que chacune d’elles a serré la main
à au moins une autre personne. Montrer qu’il y a obligatoirement une personne qui a serré
la main à au moins deux personnes.

On représente les 101 personnes par 101 sommets v1 , v2 , · · · , v101 . Si deux d’entre elles se
serrent la main, alors on relie les deux sommets par une arête. Supposons que le graphe ainsi
construit admet r arêtes, alors G admet 2r sommets (par hypothèses). Or, 2r est un nombre pair
et 101 est impair. Donc, il y a obligatoirement une personne qui a serré la main à au moins deux
personnes.
Exemple

Il y a n participants A1 , A2 , · · · , An à une compétition mathématique. Certains participants


se connaissent et d’autres non. On suppose que deux participants quelconques, et qui ne se
connaissent pas, ont une connaissance commune. On suppose que A1 et A2 se connaissent,
mais n’ont pas de connaissance commune. Montrer que A1 et A2 ont le même nombre de
connaissances.

On représente les n participants A1 , A2 , . . . , An par les n sommets v1 , v2 , · · · , vn . Si deux per-


sonnes se connaissent, alors il y a une arête reliant les sommets correspondants, on obtient alors
un graphe simple. Les sommets de G sont tels que deux sommets quelconques et non adjacents
ont un voisin commun. On se propose de montrer que deux sommets adjacents v1 et v2 ont le
même nombre de voisins. On note, respectivement, N (v1 ) et N (v2 ) l’ensemble des voisins de v1 et
v2 . S’il existe un sommet vi dans N (v1 ) et vi , v2 , alors vi n’est pas dans N (v2 ). Sinon, A1 et A2 ont
4.2. EXEMPLES 211

comme connaissance commune Ai . Par suite, v2 et vi ont un voisin commun vj et vj , v1 . Donc,


N (v2 ) contient vj comme le montre la figure ci-dessous. Pour vi , vk dans N (v1 ), qui sont distincts
de v2 , tous les deux ne peuvent pas être adjacents à un sommet vj dans N (v2 ), qui est distinct
de v1 . Sinon, deux sommets non adjacents v1 , vj ont trois voisins communs v2 , vi , vk . Donc, vi est
dans N (v2 ), qui est différent de vj . D’où, le nombre de sommets dans N (v1 ) n’est pas plus grand
que celui de N (v2 ). De même, le nombre de sommets dans N (v2 ) n’est pas plus grand que celui
de N (v1 ). Par conséquent, le nombre de connaissances de A1 et de A2 sont les mêmes.

N (v1 ) N (v2 )

vi bc bc vj

v1 bc bc v2

Exemple

9 mathématiciens se retrouvent à une conférence internationale. Pour trois mathémati-


ciens quelconques, au moins deux d’entre eux peuvent donner un exposé dans la même
langue. Si chaque mathématicien parle au plus 3 langues, montrer qu’au moins 3 mathé-
maticiens peuvent donner un exposé dans la même langue. (États-Unis)

bc v3

bc v4

v1 bc

bc
v5

bc v6

On représente les 9 mathématiciens par 9 sommets v1 , v2 , · · · , v9 . Si deux d’entre eux peuvent faire
un exposé dans la langue i, alors il y a une arête reliant les deux sommets et on les colorie avec la
couleur i. On obtient ainsi un graphe avec 9 sommets et des arêtes colorées. Chaque trois sommets
ont au moins une arête les reliant, et les arêtes incidentes à un sommet sont coloriées avec au plus
3 couleurs différentes. On va montrer qu’il y a trois sommets dans le graphe G, deux quelconques
d’entre eux sont adjacents aux trois arêtes colorées avec la même couleur (le triangle est dit un
triangle monochromatique).
Si les arêtes (vi , vj ), (vi , vk ) sont coloriées avec la couleur i, alors les sommets vj , vk sont adjacents
et l’arête (vj , vk ) a la couleur i. Donc, pour le sommet v1 , il y a deux cas possibles.
(1) Le sommet v1 est adjacent à v2 , v3 , · · · , v9 . Par le principe des tiroirs, au moins deux sommets,
disons (sans perte de généralité) (v1 , v2 ), (v1 , v3 ) ont la même couleur. Donc v1 v2 v3 est un triangle
monochromatique.
(2) Le sommet v1 n’est pas adjacent à au moins un de v2 , v3 , · · · , v9 . Supposons (sans perte de
généralité) qu’il s’agit de v2 . Pour trois sommets quelconques, il y a au moins une arête les reliant,
donc il y a au moins 7 arêtes reliant les sommets v3 , v4 , · · · , v9 à v1 ou v2 . De là, on sait qu’au
moins 4 sommets parmi v3 , v4 , · · · , v9 sont adjacents avec v1 ou v2 . On suppose, sans perte de
212 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

généralité, que v3 , v4 , v5 , v6 sont adjacents à v1 comme dans la figure ci-dessus. Donc, il doit y
avoir deux arêtes parmi (v1 , v3 ), (v1 , v4 ), (v1 , v5 ), (v1 , v6 ) qui ont la même couleur. Supposons que
(v1 , v3 ), (v1 , v4 ) ont la même couleur, alors v1 v3 v4 est un triangle monochromatique.
Exemple

Il y a n amis, et deux quelconques parmi eux se sont téléphonés au plus une fois. Chaque
n − 2 parmi eux ont téléphoné 3m fois (où m ∈ N). Déterminer la valeur de n. (Chine)

Il est clair que n ≥ 5. On représente les n personnes par les n sommets A1 , A2 , · · · , An . Si Ai et


Aj se sont téléphonées alors il y a une arête (Ai , Aj ) les reliant. Par hypothèses, il y a une arête
reliant deux des n sommets, on suppose (sans perte de généralité) qu’il s’agit de (A1 , A2 ). On
suppose qu’il n’y pas d’arête reliant A1 et A3 . Considérons les n − 2 sommets A1 , A4 , A5 , . . . , An ;
A2 , A4 , A5 , · · · , An ; et A3 , A4 , A5 , · · · , An . On sait que le nombre d’arêtes reliant un de A1 , A2 , A3 à
tous les A4 , A5 , · · · , An est le même, on le note k. On ajoute A2 à l’ensemble A1 , A4 , A5 , · · · , An , alors
il y a S = 3m + k + 1 arêtes reliant les n − 1 sommets. En mettant de côté un sommet parmi les n − 1,
alors le nombre d’arêtes reliant les n − 2 sommets restants est toujours égal à 3m . Donc, il y a k + 1
arêtes reliant chaque sommet et les n − 2 sommets restants. Par conséquent :
1
S =(n − 1)(k + 1).
2
De même, en ajoutant A3 à l’ensemble A1 , A4 , A5 , · · · , An , on obtient n − 1 sommets et le nombre
1 1 1
d’arêtes est t = 3m + k = (n − 1)k. Pour S = t + 1, on a : (n − 1)(k + 1) = (n − 1)k + 1, c’est-à-dire
2 2 2
n = 3, ce qui est une contradiction. Donc, il y a une arête reliant A1 et A3 . De même, il y a aussi
une arête reliant A1 , A2 et tous les Ai (i = 3, 4, . . . , n). Pour Ai , Aj (i , j), il y a une arête reliant Ai
et A1 . Donc, il y a une arête reliant Ai et Aj . Par suite c’est un graphe complet. Par conséquent :
1
3m = (n − 2)(n − 3). En conclusion, on a : n = 5.
2
Exemple

On suppose qu’il y a n > 3 personnes telles que quelques-unes d’entre elles se connaissent
et d’autres non. Au moins une d’entre elles ne connaît pas les autres. Quel est le plus grand
nombre de personnes qui connaissent les autres ?

On construit un graphe G comme suit : on représente les n personnes par n sommets v1 , · · · , vn ,


et 2 sommets sont adjacents si, et seulement si, les 2 personnes correspondantes se connaissent.
Comme il y a au moins une personne qui ne connaît pas les autres, alors dans le graphe G il y a au
moins deux sommets qui ne sont pas adjacents. On suppose qu’il n’existe pas d’arête e = (v1 , v2 )
reliant v1 et v2 . Donc le graphe G est le graphe complet Kn privé de l’arête e. Le plus grand nombre
de sommets qui sont adjacents avec les sommets restants est n − 2. En conclusion, le plus grand
nombre de personnes qui connaissent les autres est n − 2.
Exemple

Soit n un entier strictement positif ; A1 , A2 , · · · , A2n+1 sont 2n + 1 sous-ensembles d’un en-


semble B. On suppose vérifiées les propriétés suivantes :
1 chaque ensemble Ai contient exactement 2n éléments ;
2 pour tout (i, j), 1 ≤ i < j ≤ 2n + 1, Ai ∩ Aj contient exactement un élément ;
3 tout élément de B appartient à au moins deux des ensembles Ai .
Pour quelles valeurs de n est-il possible d’associer à tout élément de B la valeur 0 ou 1
de telle sorte que dans chaque ensemble Ai on trouve exactment n éléments affectés de la
valeur 0 ? (OIM, 1988)
4.3. DEGRÉ D’UN SOMMET 213

Tout d’abord, le mot « au moins » dans (3) peut être remplacé par « exactement ». S’il existe un
élément a1 ∈ A1 ∩ A2n ∩ A2n+1 , alors chacun des 2n − 2 sous-ensembles restants A2 , A3 , . . . , A2n−1 a
au plus un élément de A1 . Donc, il y a au moins un élément dans A1 mais pas dans A2 ∪ A3 ∪ · · · ∪
A2n−1 ∪ A2n ∪ A2n+1 . Contradiction avec (3).
Construisons le graphe complet K2n+1 où chaque sommet vi représente un sous-ensemble Ai , et
chaque arête (vi , vj ) = eij (1 ≤ i, j ≤ 2n + 1, i , j) représente l’élément commun de Ai et Aj . Donc la
question se reformule sous la forme suivante : quels sont les n tels qu’en associant aux arêtes de
K2n+1 la valeur 0 ou 1, il y a exactement n arêtes parmi les 2n arêtes incidentes à tout sommet vi ,
qui sont affectées de la valeur 0 ?
1
K2n+1 admet n(2n + 1) arêtes. Il y a n(2n + 1) arêtes qui sont affectées de la valeur 0. Donc, n doit
2
être pair. Réciproquement, si n = 2m est pair, on associe les arêtes
(vi , vi−m ), (vi , vi−m+1 ), · · · , (vi , vi−1 ), (vi , vi+1 ), · · · , (vi , vi+m ), i = 1, 2, · · · , 2n + 1, à la valeur 0, sinon à
1 dans K2n+1 , ce qui termine la preuve.
En conclusion, la condition nécessaire et suffisante est : n pair.
Exemple

On suppose que 12k scientifiques participent à une conférence. Chacun d’eux a serré la
main à 3k+6 personnes, et deux quelconques parmi eux ont serré la main au même nombre
de personnes. Combien y a-t-il de scientifiques participant à cette conférence ? (Chine)

On sait que deux scientifiques quelconques ont serré la main au même nombre de personnes.
Pour une personne a, on note par A l’ensemble de toutes les personnes qui ont serré la main à
a, et on note par B les autres personnes. On sait alors que |A| = 3k + 6 et |B| = 9k − 7. Pour b ∈ A,
les n personnes serrant la main à a, b sont toutes dans A. Par conséquent, b a serré la main à n
personnes dans A et 3k + 5 − n personnes dans B. Pour c ∈ B, les n personnes serrant la main à a, c
sont toutes dans A. Donc, le nombre de personnes dans A qui ont serré la main à quelqu’un de B
est égal à :
(3k + 6)(3k + 5)
(3k + 6)(3k + 5 − n) = (9k − 7)n =⇒ n =
12k − 1
(12k − 1 + 25)(12k − 1 + 21)
i.e. 16n = . Il est clair que pgcd(3, 12k − 1) = 1, donc (12k − 1) | 25 × 7. Or
(12k − 1)
12k − 1 ≡ 3 (mod 4), ainsi 12k − 1 ∈ {7, 5 × 7, 52 × 7}. Un calcul simple montre que 12k − 1 = 5 × 7
admet l’unique solution k = 3, n = 6. En conclusion, il y a 36 scientifiques participants à cette
conférence.
Ensuite, nous construisons une figure formée de 36 points. Chaque point est le bout de 15 arêtes,
et pour deux points quelconques il y a 6 points qui leur sont adjacents. Naturellement, on peut
utiliser 6 graphes complets K6 . On range les 36 points en 6 sous-ensembles et on labélise les
points qui sont dans le même sous-ensemble. On obtient une matrice carrée 6 × 6 :
1 2 3 4 5 6
6 1 2 3 4 5
5 6 1 2 3 4
4 5 6 1 2 3
3 4 5 6 1 2
2 3 4 5 6 1
Pour chaque point dans la matrice carrée, il se connecte seulement à 15 points dans la même
ligne, dans la même colonne, ou ayant le même label. Il est évident que pour deux personnes
quelconques il y a 6 personnes qui leur ont serré la main.

4.3 Degré d’un sommet


Dans ce paragraphe on étudie, de façon plus approfondie, la notion de degré d’un sommet.
214 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

Définition

Le degré d’un sommet v dans un graphe G , que l’on note degG (v) (ou plus simplement
d(v)), est le nombre d’arêtes qui ont pour extrémité v .

✍ On note δ(G) (respectivement ∆(G)) le minimum (resp. le maximum) des degrés des som-
mets du graphe G. On pose e = |E|.
✍ Un sommet est dit impair (resp. pair) si son degré est impair (resp. pair).
✍ Un graphe G = (V , E) est dit k-régulier si d(v) = k pour tous les sommets v ∈ V . Par exemple,
le graphe complet Kn est (n − 1)-régulier.
Théorème (des poignées de mains)

Si G est un graphe à n sommets v1 , v2 , · · · , vn , alors :

d(v1 ) + d(v2 ) + · · · + d(vn ) = 2e.

Il suffit de voir que chaque arête relie deux sommets du graphe, et donc qu’elle est comptée
exactement deux fois dans la somme du membre de gauche dans l’égalité du théorème.
☞ Il y a environ deux cents ans, Euler a déduit de ce théorème le résultat suivant : si plusieurs
personnes se serrent la main lorsqu’elles se rencontrent, alors le nombre total de poignées
de mains est pair.
☞ On déduit du résultat ci-dessus qu’il y a un nombre pair de personnes qui ont serré la main
un nombre impair de fois.
Théorème
Dans tout graphe G, le nombre de sommets, ayant un degré impair, est un nombre pair.

Démonstration
On suppose que G admet les sommets impairs v1 , v2 , · · · , vt , et les sommets pairs vt+1 , vt+2 , · · · , vn .
D’après le théorème précédent on a :

d(v1 ) + d(v2 ) + · · · + d(vt ) + d(vt+1 ) + d(vt+2 ) + · · · + d(vn ) = 2e,


d(v1 ) + d(v2 ) + · · · + d(vt ) = 2e − d(vt+1 ) − d(vt+2 ) − · · · − d(vn ).

Comme d(vt+1 ), d(vt+2 ), · · · , d(vn ) sont tous pairs, le membre de droite de l’égalité est pair. Cependant,
d(v1 ), d(v2 ), · · · , d(vt ) sont tous impairs, donc t doit être pair pour que d(v1 ) + d(v2 ) + · · · + d(vt ) soit
pair. Par conséquent, le nombre de sommets avec un degré impair est un nombre pair.

Exemple

Soit G = (V , E) un graphe tel que |V | = n et |E| = e . Montrer que


2e
δ ≤ ≤ ∆.
n
n
X 2e
Comme d(vi ) = 2e, alors nδ ≤ 2e ≤ n∆, et par conséquent δ ≤ ≤ ∆.
n
i=1

Exemple

Soit G un graphe avec n sommets et n + 1 arêtes. Montrer qu’il existe au moins un sommet
dont le degré est ≥ 3.
4.3. DEGRÉ D’UN SOMMET 215

n
X 2(n + 1)
On a d(vi ) = 2(n + 1), donc la moyenne des degrés des sommets est > 2, par suite il
n
i=1
existe au moins un sommet dont le degré est ≥ 3.
Exemple

Existe-t-il un polyèdre tel que le nombre de ses faces est impair et chaque face admet un
nombre impair d’arêtes ?

On représente les faces du polyèdre par des sommets, et on relie deux sommets par une arête
si, et seulement si, les deux faces qu’ils représentent ont une arête commune, on obtient ainsi un
graphe G. Par hypothèse, le nombre de sommets ayant un degré impair est un nombre impair. Un
tel polyèdre ne peut pas exister car dans tout graphe G, le nombre de sommets ayant un degré
impair, est un nombre pair.
Exemple

Montrer que parmi n > 2 personnes, il y a au moins 2 personnes dont le nombre de leurs
amis est le même.

On représente les n personnes par les sommets v1 , v2 , · · · , vn . Si deux personnes sont amies
alors on relie leurs sommets correspondants par une arête, on obtient ainsi un graphe G. Si on
montre que dans le graphe G il y a au moins deux sommets qui ont le même degré alors on a
répondu à la question de l’exercice.
Un sommet est adjacent à au plus n − 1 autres sommets dans un graphe simple à n sommets,
d’où d(v) ≤ n − 1 pour tout v ∈ V . Donc, le degré d’un sommet dans G appartient à l’ensemble
{0, 1, 2, · · · , n − 1}. Cependant, ceci n’est pas toujours réalisable. Notons qu’un sommet de degré 0
ne peut être adjacent à aucun autre sommet, et que le sommet de degré n − 1 doit être adjacent à
chacun des n − 1 sommets. D’où, les seuls degrés possibles sont {0, 1, 2, · · · , n − 2} ou {1, 2, · · · , n − 1}.
D’après le principe des tiroirs, il y a au moins deux sommets avec le même degré.
Exemple

123 jeunes participent à un forum. On suppose que chaque jeune a discuté avec au moins
5 autres participants. Montrer qu’il y a au moins un participant qui a discuté avec plus de
5 personnes.

On représente les 123 jeunes par 123 sommets v1 , v2 , · · · , v123 , et on relie par une arête les
sommets correspondants à deux jeunes qui ont discuté entre eux. Si le graphe ne contient au-
cun sommet dont le degré est plus grand que 5, alors le degré de chaque sommet du graphe est
égal à 5, ceci veut dire que le nombre de sommets impairs dans le graphe est impair, ce qui est
impossible. Par conséquent, le graphe contient au moins un sommet dont le degré est > 5.
Exemple

2n personnes se retrouvent dans une réunion autour d’une table ronde (avec n ≥ 2). On
suppose que chaque personne connaît au moins n personnes. Montrer qu’il existe forcé-
ment 4 personnes qui connaissent les personnes assises devant elles autour de la table
ronde et de sorte que ces quatre personnes forment un rectangle.

Le problème peut être reformulé sous la forme suivante : soit G un graphe avec 2n sommets
et tels que le degré de chacun d’eux est ≥ n. Montrer que G contient un rectangle.
⋄ Si G = K2n : le résultat est vrai.
⋄ Si G , K2n : il existe deux sommets v1 et v2 qui ne sont pas adjacents. Puisque d(v1 ) + d(v2 ) ≥ 2n,
alors par le principe des tiroirs, parmi les 2n − 2 sommets restants il doit y avoir deux sommets
216 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

v3 et v4 qui sont adjacents à v1 et à v2 . Par suite, les quatre sommets v1 , v2 , v3 et v4 forment un


rectangle.

Exemple

On considère 9 personnes v1 , v2 , · · · , v9 . On suppose que v1 a serré la main à 2 personnes.


v2 et v3 ont serré la main à 4 personnes respectivement. v4 , v5 , v6 et v7 ont serré la main
à 5 personnes respectivement. v8 et v9 ont serré la main à 6 personnes respectivement.
Montrer qu’il existe forcément 3 personnes parmi les 9 qui se sont serrés les mains entre
elles.

On représente les 9 personnes par 9 sommets, et on relie par une arête deux sommets repré-
sentants deux personnes qui se sont serrées la main. Comme d(v9 ) = 6, alors il existe vk , v1 , v2 , v3
qui est adjacent à v9 . Il est clair que d(vk ) ≥ 5. Parmi les 5 autres sommets adjacents à v9 il existe
un sommet vh adjacent à vk (sinon, d(vk ) ≤ 9 − 5 − 1 = 3). Donc, les sommets v9 , vh , vk répondent à
la question.

Exemple

Dans une compétition mathématique il y a 24 équipes participantes. Chaque équipe est


présidée par un leader et un deputy leader. Au début de la réunion d’organisation, quelques
chefs de délégations (leaders et deputy leaders) se serrent la main, les deux chefs d’une
même équipe ne se serrent pas la main. À la fin de la réunion, un leader L demande aux 47
personnes le nombre de poignées de mains qu’ils ont faites, et toutes les réponses étaient
différentes. Combien de personnes ont serré la main du deputy leader (collègue du leader
L) ?

On représente les 48 personnes par les sommets v, v0 , v1 , · · · , v46 où v est le leader L. Si deux
personnes se sont serrées la main alors on relie les sommets correspondants par une arête, on
obtient ainsi un graphe G. Dans le graphe G on a d(vi ) ≤ 46 pour tout i ∈ J0, 46K, et d(vi ) , d(vj ) si
i , j. D’où, à l’exception de L, les degrés des autres sommets sont : 0, 1, 2, · · · , 46. On suppose, sans
perte de généralité, que d(vi ) = i pour i ∈ J0, 46K. Le sommet v46 est adjacent à chaque sommet
sauf v0 , donc v0 et v46 sont des partenaires (un leader et un deputy leader). En supprimant v46
et v0 et les arêtes dont les sommets sont ces deux points, alors on obtient un graphe G1 . Le degré
de chaque sommet dans le graphe G1 , à l’exception de v, est toujours différent des autres mais a
baissé de 1. Donc, v45 et v1 sont des partenaires (leader et deputy leader). Il en est de même pour
v44 et v2 , v43 et v3 ,· · · , v24 et v22 . Ainsi, le partenanire de v est v23 . En conclusion, le nombre de
poignées de mains échangées par le deputy leader (partenaire de L) est 23.
remarque : on peut généraliser en considérant n ∈ N∗ au lieu de 24. La réponse est alors n − 1.

Exemple

Chaque ville dans un pays a 100 routes la reliant aux autres villes, et chaque ville peut être
visitée en partant de n’importe quelle autre ville. Actuellement, une route est fermée pour
cause de travaux. Montrer qu’on peut toujours visiter n’importe quelle ville en partant de
n’importe quelle autre ville.

On suppose que la route fermée est celle reliant les villes A et B. On doit montrer qu’on peut
arriver à la ville B en partant de A. Si ce n’est pas le cas alors, à l’exception de A, les degrés de
tous les sommets dans le sous-graphe connecté contenant A sont pairs. Ceci est une contradiction
d’après le théorème : « dans tout graphe G, le nombre de sommets, ayant un degré impair, est un
nombre pair ».
4.3. DEGRÉ D’UN SOMMET 217

Exemple

Un club de jeu d’échecs compte 99 membres, et chaque membre peut jouer aux échecs
uniquement avec un autre membre qu’il connaît (il ne joue pas avec les membres qu’il ne
connaît pas). Chaque membre connaît au moins 67 membres. Montrer qu’il existe forcé-
ment 4 membres qui peuvent jouer entre eux aux échecs. (Pologne)

On représente les 99 membres par des sommets, et on relie par une arête deux membres qui
ne se connaissent pas, on obtient ainsi un graphe G. Comme chaque membre connaît au moins 67
autres membres alors d(v) ≤ 99−1−67 = 31 pour tous les sommets v. On doit montrer qu’il existe
4 sommets qui ne sont pas deux à deux adjacents dans le graphe G. Pour un sommet u, on choisit
un sommet v qui n’est pas adjacent à u. Parmi les 97 sommets restants, le nombre de sommets qui
sont voisins de u ou de v ne peut pas dépasser :

d(u) + d(v) ≤ 31 + 31 = 62.

Donc, il existe un sommet x qui n’est pas adjacent à u et à v, et le nombre de sommets adjacents
à u, v ou x ne peut pas dépasser :

d(u) + d(v) + d(x) ≤ 31 × 3 = 93.

D’où, dans les 96 sommets restants, il doit exister un sommet y qui n’est pas adjacent à u, v et à
x, par suite les 4 membres correspondants aux sommets u, v, x et y se connaissent deux à deux, et
ils peuvent donc jouer aux échecs entre eux.
remarque 1 : on peut généraliser ce résultat
  comme suit : il y a n ≥ 4 membres dans un club,
2n
et chaque personne connaît au moins + 1 membres. Montrer qu’il existe 4 personnes qui se
3
connaissent entre eux deux à deux.
remarque 2 : on peut résoudre cet exercice en utilisant le principe des tiroirs (on laisse au lecteur
le soin de le faire).
Exemple

20 joueurs de tennis ont participé à un tournoi, ils ont joué en tout 14 matchs (pas de
matchs en double, que des simples), et chaque participant a joué au moins un match.
Montrer qu’il existe 6 matchs pour lesquels les 12 joueurs qui y ont participé sont tous
différents. (États-Unis)

On représente les 20 joueurs par 20 sommets v1 , v2 , · · · , v20 , et on relie par une arête les som-
mets correspondants à deux joueurs qui ont joué l’un contre l’autre, on obtient ainsi un graphe G.
Il y a 14 arêtes dans le graphe G, et on note di ≥ 1 le degré du sommet vi , avec i ∈ J1, 20K. D’après
le théorème des poignées de mains on sait que :

d1 + d2 + · · · + d20 = 2 × 14 = 28.

On supprime di − 1 arêtes incidentes à vi (i.e. ayant une extrémité au sommet vi ). Comme une
arête peut être supprimée deux fois (car deux extrémités), alors le nombre d’arêtes supprimées
ne dépasse pas :
(d1 − 1) + (d2 − 1) + · · · + (d20 − 1) = 28 − 20 = 8.

Donc le graphe, après avoir supprimer les arêtes, admet au moins 14 − 8 = 6 arêtes, et le degré de
chaque sommet dans ce nouveau graphe G ′ est au plus égal à 1. Par suite, les 12 sommets qui sont
incidents aux 6 arêtes sont différents, c’est-à-dire il existe 6 matchs pour lesquels les 12 joueurs
sont tous différents.
218 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

Exemple

Soit S = {x1 , x2 , · · · , xn } un ensemble de points dans le plan, et la distance entre deux points
quelconques est ≥ 1. Montrer qu’il existe au plus 3n paires de points avec la distance entre
les deux points de la paire est exactement égale à 1.

On représente les n points par n sommets, on relie par une arête deux points tels que la
distance entre eux est égale à 1, on obtient ainsi un graphe G. On note par e le nombre d’arêtes
du graphe G. Il est clair que le sommet adjacent au sommet xi dans le graphe G est sur le cercle
centré en xi et de rayon 1. Comme la distance entre deux points de S n’est pas plus petite que
1, alors il y a au plus 6 points de S sur le cercle. D’où, d(xi ) ≤ 6. En appliquant le théorème des
poignées de mains on a :
d(x1 ) + d(x2 ) + · · · + d(xn ) = 2e, 6n ≥ 2e,
c’est-à-dire e ≤ 3n. Par conséquent, le nombre d’arêtes dans G ne peut pas dépasser 3n. Ainsi, il
y a au plus 3n paires de points avec la distance entre les deux points de la paire est exactement
égale à 1.
Exemple

On considère n points dans le plan. Montrer que le nombre de paires de points avec la
distance entre les deux points de la paire est 1 ne peut pas dépasser :

n 2 √
+ n n.
4 2

On représente les n points par n sommets dans un graphe G. Soit V = {v1 , v2 , · · · , vn } l’ensemble
des sommets dans le graphe G. On relie par une arête deux sommets distants de 1, alors par le
théorème des poignées de mains on a :
d(v1 ) + d(v2 ) + · · · + d(vn ) = 2e.
Soit Ci le cercle de centre vi et de rayon 1, alors le nombre total de points d’intersection entre
deux cercles quelconques parmi les n cercles ne dépasse pas :
!
n
2 = n(n − 1).
2
D’autre part, si vi est adjacent à vj et à vk , alors vi ∈ Ck ∩ Cj . Par suite, vi vu comme point d’inter-
!
d(vi )
section des cercles C1 , C2 , · · · , Cn , est compté fois, d’où :
2
! ! ! !
d(v1 ) d(v2 ) d(vn ) n
+ + ··· + ≤ 2 = n(n − 1). (1)
2 2 2 2
D’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz, on a :
! ! !
d(v1 ) d(v2 ) d(vn ) 2
+ + ··· + ≥ e 2 − e. (2)
2 2 2 n
D’après les relations (1) et (2) on a :
2 2
e − e ≤ n(n − 1) i.e. 2e 2 − ne − n2 (n − 1) ≤ 0.
n
Donc √
n 2 √
e ≤ + n n.
4 2
4.4. THÉORÈME DE TURÁN 219

Exemple

Un cube d’arête de longueur n est divisé en n3 cubes unités par des plans parallèles à ses
côtés. Combien y a-t-il de paires de cubes unités dont le nombre de sommets communs est
plus petit ou égal à 2 ?

On utilise le cube unité comme un sommet d’un graphe, et on relie par une arête les deux
sommets correspondants s’il y a une face commune entre les deux cubes unités. On obtient ainsi
un graphe G. La réponse à notre exercice est justement le nombre d’arêtes du compémentaire du
graphe G, i.e. G. Il est facile de voir que le nombre d’arêtes de G est égal à 3n2 (n − 1), et que le
1
nombre d’arête de Kn3 est n3 (n3 − 1). Par conséquent, le nombre d’arêtes de G est égal à :
2
1 3 3 1 7
n (n − 1) − 3n2 (n − 1) = n6 − n3 + 3n2 . Le nombre de paires de cubes unités qui ont moins de
2 2 2
2 sommets communs est égal à :
1 6 7 3
n − n + 3n2 .
2 2

4.4 Théorème de Turán


Une des principales questions en théorie des graphes est la suivante : si un graphe à n som-
mets ne contient pas un graphe complet (ou m-clique) Km comme un sous-graphe, quel est alors
le nombre maximal d’arêtes que peut avoir le graphe ?
Cette question a été résolue en 1941 par le mathématicien hongrois Pál Turán (1910-1976). Ceci a
constitué le point de départ d’une nouvelle branche connue sous le nom de « théorie des graphes
extrémaux ». En 1978, le mathématicien hongrois Béla Bollobás a écrit un livre sur ce thème et il
est considéré comme la référence absolue de ce domaine, le titre du livre est Extremal graph theory.

Définition (Graphe multiparti)

On dit qu’un graphe G est k -parti (avec k entier ≥ 2) si l’ensemble des sommets V de G
peut se décomposer en une union disjointe de k sous-ensembles, i.e. :
k
[
V = Vi , Vi ∩ Vj = ∅, i , j.
i=1

Donc, il n’existe aucune arête dont les deux extrémités sont dans le même sous-ensemble.
On note le k -parti graphe G par G = (V1 , V2 , · · · , Vk ; E).

bc bc bc

bc bc

bc bc bc bc bc bc

☞ Un graphe est dit biparti lorsque ses sommets peuvent être répartis en deux groupes dis-
joints A et B de sommets indépendants (il n’existe aucune arête entre eux).
☞ On définit de manière analogue les graphes triparti, ... etc.
☞ Dans les figures ci-haut, on voit à gauche un graphe biparti, et à droite un graphe triparti.
220 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

Définition (Graphe k-parti complet)

Soit G = (V1 , V2 , · · · , Vk ; E), avec |Vi | = mi , un graphe k -parti. On dit que G est un graphe
k -parti complet si toute paire de sommets n’appartenant pas à un même ensemble Vi est
reliée par une arête. On note G par Km1 ,m2 ,··· ,mk .

✍ Dans le graphe ci-haut à gauche, on a un graphe complet biparti K2,3 .


✍ Il y a respectivement m2 et m(m+1) arêtes dans$ les%graphes complets biparti Km,m et Km,m+1 ,
n2
donc le nombre d’arêtes du graphe est égal à , où n est le nombre de sommets de G.
4
✍ Les graphes complets bipartis Km,m et Km,m+1 ne contiennent aucun triangle.
Théorème
Si un graphe G à n sommets$ 2 % ne contient aucun triangle, alors le plus grand nombre pos-
n
sible d’arêtes est égal à . On a égalité si, et seulement si, n est pair et G = K n2 , n2 .
4

Démonstration
Supposons que v1 est le sommet qui a le plus haut degré d(v1 ) = d, et notons les d sommets adjacents
à v1 par vn , vn−1 , · · · , vn−d+1 . Comme G ne contient pas de triangles, alors deux sommets quelconques
parmi vn , vn−1 , · · · , vn−d+1 ne sont pas adjacents. Par suite, le nombre d’arêtes de G vérifie :
!2
n−d +d n2
e ≤ d(v1 ) + d(v2 ) + · · · + d(vn−d ) ≤ (n − d) · d ≤ = .
2 4
$ %
n2
Comme e doit être un entier, alors e ≤ . La borne supérieure peut être atteinte lorsque G = Km,m
4
si n = 2m, et G = Km,m+1 si n = 2m + 1.

Théorème de Turán (1941)

Supposons que G est un graphe à n sommets et ne contient aucun Km+1 , alors :


 
1 n2
e(G) ≤ 1 − · .
m 2
On a égalité si, et seulement si, G ≃ Tm (n).

Exemple

Soit G un graphe simple à n sommets. Montrer que si G ne contient aucun quadrilatère,


alors le nombre e d’arêtes vérifie :
1  √ 
e ≤ n 1 + 4n − 3 .
4
Un quadrilatère est formé de 4 sommets A, B, C, D et 4 arêtes AB, BC, CD, DA.

Soit V = {v1 , v2 , · · · , vn } l’ensemble des sommets du graphe G. Pour! chaque sommet vi ∈ V , le


d(vi )
nombre de paires de sommets (x, y) adjacents à vi est égal à . Comme G ne contient aucun
2
quadrilatère, alors lorsque vi varie dans V , toutes les paires de sommets (x, y) sont distinctes.
4.4. THÉORÈME DE TURÁN 221
! !
d(vi ) d(vj )
Sinon, les paires de sommets (x, y) sont comptées dans et dans respectivement.
2 2
Donc, vi , x, vj et y forment un quadrilatère. D’où :
n
X ! !
d(vi ) n
≤ .
2 2
i=1

Grâce à l’inégalité de Cauchy-Schwarz on a :

n ! n
 n 2
X d(vi ) 1X 1 1 X  2
= d(vi )2 − e ≤ ·  d(vi ) − e = e 2 − e.
2 2 2 n n
i=1 i=1 i=1

D’où !
2 2 n n 1
e −e ≤ , e 2 − e − n2 (n − 1) ≤ 0.
n 2 e 4
n √ 
En résolvant la dernière inégalité, on déduit que : e ≤ 1 + 4n − 3 .
4
Exemple

Soit S = {x1 , x2 , · · · , xn } un ensemble de points dans le plan. Soit d la distance maximale


entre deux points quelconques (et distincts) de S . Si d est fini, alors on dit que le diamètre
de S est égal à d . On suppose que le diamètre de S est égal à 1. Quel est le nombre maximal√
2
de paires de points de S telles que la distance entre les deux points de la paire soit > ?
2

Pour n = 6, on place les points de S = {x1 , x2 , x3 , x4 , x5 , x6 } comme les sommets d’un héxagone
régulier de sorte que les distances des deux points dans les paires (x1 , x4 ), (x2 , x5 ), (x3 , x6 ) soit égale
à 1. Alors, la figure ci-dessous (à gauche) montre que le diamètre de S est égal à 1. Il n’est pas
difficile de montrer que la distance entre les deux points des paires

(x1 , x3 ), (x2 , x4 ), (x3 , x5 ), (x4 , x6 ), (x5 , x1 ), (x6 , x2 )



3
est égale à . Donc, il y a 9 paires de points dont la distance entre les deux points de la paire est
2 √
2
strictement plus grande que .
2
x1
x1 x6 bc
bc bc

x2
x2 x5 bc

bc bc

x4 bc bc
x6
bc bc bc bc

x3 x4 x3 x5

Or, 9 n’est pas la réponse optimale dans le cas de 6 points. On suppose qu’on range les 6 points
comme dans la figure ci-dessus (à droite) : les sommets x1 , x3 , x5 forment un triangle équilatéral
de côté 1. Les sommets x2 , x4 , x6 forment un triangle équilatéral de côté 0, 8 et dont les côtés
sont parallèles à ceux du grand triangle. Alors, √ la distance entre les deux points de la paire, à
!
2 6
l’exception de (x1 , x2 ), (x3 , x4 ), (x5 , x6 ), est > . Donc, on a − 3 = 12 paires de points dont la
2 2

2
distance entre les deux points de la paire est > .
2
222 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES
% $
n2
On se propose de montrer, dans le cas général, que la réponse est : .
3
On trace un graphe G où les n points x1 , x2 , · · · , xn sont les sommets. Deux sommets
√ sont adjacents
2
si, et seulement si, la distance entre les deux points correspondants est > . On montre, tout
2
d’abord, que G ne contient aucun K4 . Pour quatre points quelconques dans le plan, leur enveloppe
convexe peut avoir trois formes possibles : un segment, un triangle ou un quadrilatère, voir la
figure ci-dessous.
xl xk
b
b xj
b

xj
b

b b b b b b b b
xi xj xk xl xi xk xl xi

Il est clair que, dans chacun des trois cas, il existe un angle x\ ◦
i xj xk ne dépassant pas 90 . Pour
les trois sommets xi , xj , xk , il est impossible que les distances entre deux sommets quelconques

2
parmi les trois soient toutes > et ≤ 1. En notant d(x, y) la distance entre les points x et y, on a
√ 2
d(xj , xk ) > 22 pour tous les j, k et x\ ◦
i xj xk ≥ 90 , d’où :
q
d(xi , xk ) ≥ d(xi , xj )2 + d(xj , xk )2 > 1.

Comme le diamètre de S est 1, alors parmi quatre sommets quelconques (et distincts) de G il
existe au moins une paire dont les sommets ne sont pas adjacents, ceci veut dire que G ne contient
aucun K4 .
x1
b
b b

b
b
b

b
b
b

b b b
b
b b
b

b
b
b b b

b b b
b
b

xn

$ 2%
n
D’après le théorème de Turán le nombre d’arêtes de G ne peut pas dépasser e3 (n) = . On peut
3
$ 2%
n
construire un ensemble de sommets {x1 , x2 , · · · , xn } qui contient paires de sommets telles que
3

2
la distance entre les deux sommets dans chaque paire soit > . On fait la construction comme
√ ! 2
1 2
suit : on choisit r tel que 0 < r < 1− , puis on trace trois cercles de rayon 1 et les distances
4 2
4.4. THÉORÈME DE TURÁN 223

entre deux centres parmi les trois est égale toujours à 1 − 2r. Comme dans la figure ci-dessus. On
place les points x1 , x2 , · · · , x⌊n/3⌋ dans un cercle ; les points x⌊n/3⌋+1 , · · · , x⌊2n/3⌋ dans un autre cercle,
et puis les points x⌊2n/3⌋+1 , · · · , xn dans le dernier cercle de sorte que la distance entre x1 et xn

2
soit égale à 1. De plus, on a d(xi , xj ) > si, et seulement si, xi et xj appartiennent à des cercles
$ 2 %2 √
n 2
différents. Donc, il y a exactement paires de sommets (xi , xj ) telles que d(xi , xj ) > .
3 2
Exemple

1 Montrer que le nombre d’arêtes dans un graphe complet m-parti et ayant n sommets
est égal à : ! !  
n−k k+1 n
em (n) = + (m − 1) avec k = .
2 2 m

2 Soit G un graphe complet m-parti et ayant n sommets. Montrer que e(G) ≤ em (n).

(1) Par division euclidienne on a n = mk + r avec 0 ≤ r < m, alors par définition de Tm,n on a :
! ! !
n k+1 k
em (n) = −r − (m − r) .
2 2 2
Il suffit de remplacer r par n − mk, et simplifier l’expression obtenue pour déduire le résultat
souhaité.
(2) On note respectivement par n1 , n2 , · · · , nm le nombre de sommets des m parties du graphe
complet m-parti G. Si G n’est pas isomorphe à Tm (n), alors il existe ni − nj > 1. Considérons un
graphe m-parti G ′ , le nombre de sommets de ses m parties est n1 , n2 , · · · , ni − 1, · · · , nj + 1, · · · , nm .
m
1X
Puisque e(G) = (n − nk )nk , alors :
2
k=1
m
X
1 1 1
e(G ′ ) = (n − nk )nk + (n − ni + 1)(ni − 1) + (n − nj − 1)(nj + 1) = e(G) + (ni − nj ) − 1 > e(G).
2 2 2
k=1,k,i,j

SiG′ est isomorphe à Tm (n), alors c’est fini. Sinon, on continue ce procédé jusqu’à ce qu’on trouve
un graphe isomorphe à Tm,n .
Exemple

Soit S un ensemble formé! de m paires (a, b) ∈ N∗ × N∗ telles que 1 ≤ a < b ≤ n. Montrer qu’il
4m n2
y a au moins m− triplets (a, b, c) vérifiants (a, b), (a, c) et (b, c) ∈ S .(Asie-Pacifique)
3n 4

On construit un graphe G en notant le nombre i par vi , avec i = 1, 2, . . . , n et (i, j) ∈ S. Le


sommet vi est adjacent à vj si, et seulement si, (i, j) ∈ S. Alors, il y a n sommets et m arêtes dans
!
4m n2
G. On se propose de montrer qu’il y a au moins m− triangles dans G. Soit di le degré de
3n 4
vi , et soit E l’ensemble des arêtes de G. Si (vi , vj ) ∈ E, alors il y a di + dj − 2 arêtes reliant vi , vj avec
tous les n − 2 autres sommets. Donc, il y a au moins di + dj − n paires d’arêtes reliant vi , vj avec le
même sommet. Ces arêtes, avec l’arête (vi , vj ), forment des triangles, donc il y a au moins di +dj −n
triangles dans G contenant (vi , vj ). Comme on a compté chaque triangle contenant l’arête (vi , vj )
trois fois, alors le nombre K de triangles dans G est égal à :
1 X  
K = di + dj − n .
3
(vi ,vj )∈E
224 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

Comme le degré di du sommet vi a été compté trois fois dans l’équation ci-dessus, et que le
nombre d’arêtes est m, alors :  n 
1 X 2 
K =  di − mn . (1)
3
i=1
n
X
Puisque di = 2m, alors l’inégalité de Cauchy-Schwarz appliquée à (1) donne :
i=1
  2  ! !
n
1  1 X  
 1 4m2 4m n2
K ≥    di  − mn =
 − mn = m− .
3 n  3 n 3n 4
i=1

Soient (n, m) ∈ N∗ × N∗ , alors par division euclidienne de n par m on a : n = mk + r avec k ≥ 1


et 0 ≤ r < m. On note le graphe complet m-parti Kn1 ,n2 ,··· ,nm par Tm (n), avec n1 = n2 = · · · = nr =
k + 1; nr+1 = nr+2 = · · · = nm = k. On note par em (n) le nombre d’arête de Tm (n), alors d’après
l’exemple précédent :
! !  
n−k k+1 n
em (n) = + (m − 1) , k= .
2 2 m
 m 
X 
Soit G = (V1 , V2 , . . . , Vm ; E) un graphe m-parti avec n sommets, et p = |vi |  pi = n. On peut
i=1
montrer que le nombre d’arêtes dans G est ≤ em (n) avec égalité si, et seulement si, G ≃ Tm (n). En
d’autres termes, Tm (n) est le seul graphe m-partite avec n sommets et ayant le plus grand nombre
d’arêtes.
Il est clair que tout graphe m-parti ne contient aucun Km+1 , de plus le mathématicien hongrois
Pàl Turàn a montré en 1941 que Tm (n) est le seul graphe m-parti avec n sommets et contenant le
plus grand nombre d’arêtes et aucun Km+1 .
Exemple

Il y a n élèves dans une classe A, et n élèves dans une classe B. On suppose que chaque
élève de la classe A connaît quelques élèves de la classe B, mais pas tous ; et que chaque
élève de la classe B connaît au moins un élève de la classe A. Montrer qu’il est possible de
trouver deux élèves x et x′ de la classe A, et deux élèves y et y ′ de la classe B tels que : x
connaît y et ne connaît pas y ′ , alors que x′ connaît y ′ et ne connaît pas y .

On construit un bigraphe G = (A, B; E) comme suit : on représente chaque élève de la classe A


par un sommet dans A, et on représente chaque élève de la classe B par un sommet dans B. Si un
élève de la classe A connaît un élève de la classe B alors on relie les sommets correspondants par
une arête. Supposons que le degré de x est le plus élevé dans A. Comme d(x) < n, dans B, alors il
existe un sommet y ′ qui n’est pas adjacent à x. Supposons que x′ ∈ A est adjacent à y ′ . Puisque, à
l’exception de y ′ , il y a d(x′ ) − 1 sommets adjacents à x′ et d(x′ ) − 1 ≤ d(x) − 1 < d(x), alors il existe
forcément un sommet y qui est adjacent à x mais pas à x′ . On obtient ainsi 4 sommets x, x′ , y, y ′
correspondants à 4 élèves répondant aux conditions de l’exercice.
Exemple

Dans un secteur circulaire de rayon 6 kilomètres, il y a 18 patrouilles de police qui veillent


sur la sécurité des citoyens. Chaque patrouille de police peut communiquer avec une autre
patrouille grâce à des téléphones sans fil d’une portée 9 kilomètres. Montrer qu’à tout
moment, il y a deux patrouilles telles que chacune d’elles peut communiquer avec 5 autres
patrouilles.
4.5. ARBRES 225

On représente les 18 patrouilles de police par 18 sommets x1 , x2 , · · · , x18 . Supposons que


( √ )
d(xi , xj ) 2 9
E = (xi , xj ) : ≤ < . (1)
12 2 12

D’après un exemple précédent on a :


! $ 2%
18 18
|E| ≥ − = 45.
2 3

Donc, il y a au moins 45 paires de patrouilles qui peuvent communiquer entre elles. Si la condi-
tion (1) ci-dessus n’est pas satisfaite, alors il n’existe pas deux sommets dont le degré est > 5 et
par suite :
1
|E| ≤ (1 × 17 + 4 × 17) < 43,
2
une contradiction.
Exemple

On considère 2n points dans l’espace tels que quatre quelconques ne sont pas sur le même
plan. Montrer que s’il y a n2 + 1 segments les reliant, alors ces segments peuvent former
au moins n triangles distincts.

On fait un raisonnement par récurrence sur n. Pour n = 2 on a n2 + 1 = 5. Il y a 5 segments


parmi 4 sommets, qui forment deux triangles. On suppose le résultat vrai jusqu’au rang k et on le
montre pour n = k + 1. Montrons qu’il existe au moins un triangle. Soit [AB] un segment donné, et
notons respectivement par a et b le nombre de segments issus de A (resp. B) aux 2k autres points.
(1) Si a + b ≥ 2k + 1 : il existe un sommet C, différent de A et B, de sorte que AC et BC existent.
Donc, il existe un triangle ABC.
(2) Si a + b ≤ 2k : si on enlève A et B, alors parmi les 2k sommets restants, il existe au moins k 2 + 1
segments, et par hypothèse de récurrence il existe un triangle.
Supposons que ABC est un triangle formé par ces trois segments, on note respectivement par α, β
et γ les segments issus de A, B et C respectivement vers les 2k − 1 autres points.
(3) Si α + β + γ ≥ 3k − 1 : le nombre de triangles ayant un de AB, BC, CA comme côté est égal au
moins à k. Ces k triangles avec le triangle ABC donnent k + 1 triangles.
(4) Si α + β + γ ≤ 3k − 2 : il existe au moins un nombre ne dépassant pas 2k − 2 parmi les trois
nombres α + β, β + γ, γ + α. Supposons, sans perte de généralité, que α + β ≤ 2k − 2. Lorsqu’on sup-
prime deux sommets A, B, alors parmi les 2k sommets restants il existe au moins k 2 + 1 segments.
Par hypothèse de récurrence, il existe au moins k triangles. Ces k triangles avec le triangle ABC
donnent k + 1 triangles. Le résultat est donc montré par récurrence.

4.5 Arbres

Définition (Arbre)

❏ Un arbre est un graphe G = (V , E) connexe et sans cycle.


❏ Une forêt est un graphe G = (V , E) sans cycle.

☞ Les composantes connexes d’une forêt sont des arbres.


☞ Une forêt est un graphe simple.
☞ Les sommets de degré 1 d’un arbre sont appelés les feuilles. Les autres sont appelés les
nœuds.
226 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

Définition (Sommet pendant)

On appelle sommet pendant d’un graphe G = (V , E), tout sommet de degré 1.

☞ Si une forêt possède au moins une arête, elle admet au moins deux sommets pendants.
☞ Un arbre d’ordre supérieur ou égal à 2 admet au moins deux sommets pendants.
☞ Un arbre peut avoir plus de deux sommets pendants et un graphe peut avoir deux sommets
pendants sans être un arbre. En fait, les chaînes sont des arbres admettant exactement deux
sommets pendants et on peut montrer que ce sont les seuls.
☞ Tout arbre, d’ordre supérieur ou égal à 2, est biparti (donc est 2-colorable).

Proposition (caractérisation des arbres)

Les 6 propositions suivantes sont équivalentes pour tout graphe G = (V , E).


1 G est un arbre.
2 Pour tout couple (x, y) de sommets distincts de G, il existe une unique chaîne Pxy
d’extrémités x et y.
3 G est connexe et minimal pour cette propriété au sens des arêtes (c’est-à-dire la
suppression d’une arête quelconque déconnecte le graphe).
4 G est sans cycle et maximal pour cette propriété au sens des arêtes (c’est-à-dire le
rajout d’une seule arête crée un cycle).
5 G est connexe et possède n − 1 arêtes.
6 G est sans cycle et possède n − 1 arêtes.

Définition (Arbre recouvrant)

Un arbre recouvrant d’un graphe G est un sous-graphe couvrant de G qui est un arbre.

Proposition

Un graphe est connexe si, et seulement si, il possède un arbre recouvrant.

Corollaire
Pour tout graphe connexe ayant n sommets et m arêtes on a :

m ≥ n − 1.

Exemple

Dans un pays il y a n villes. On peut voyager par avion de n’importe quelle ville à une autre
en faisant éventuellement des escales dans d’autres villes. Montrer qu’il y a au moins n − 1
liaisons directes, chacune d’elles reliant deux villes du pays.

On trace un graphe en représentant les n villes par n sommets. S’il existe une liaison directe entre
deux villes alors on relie les sommets correspondants par une arête. Par hypothèse, G est connexe,
donc le nombres d’arêtes dans G n’est pas inférieur à n − 1, par suite il y a au moins n − 1 liaisons
directes chacune d’elles reliant deux villes.
4.5. ARBRES 227

Exemple

Un arbre T contient ni sommets de degrés i (avec i ∈ J1, kK). Si les nombres n2 , · · · , nk sont
tous connus, quelle est la valeur de n1 ?
Si nr (avec r ∈ J3, kK) n’est pas connu, et nj (j , r ) est connu, quelle est la valeur de nr ?

k
X
Supposons que T contienne n sommets et e arêtes, alors n = ni ; e = n − 1 et
i=1

n
X n
X k
X
d(vi ) = ini = 2e = 2n − 2 = 2 ni − 2.
i=1 i=1 i=1

D’où,
k
X
n1 = (i − 2)ni + 2.
i=2

Pour r ≥ 3, de cette dernière égalité on obtient :


 k 
1 X 
nr =  (2 − i)ni − 2 .
r −2  
i,r

Exemple
n
X
Soient d1 , d2 , · · · , dn des entiers strictement positifs (avec n ≥ 2), et di = 2n − 2. Montrer
i=1
qu’il existe un arbre dont les degrés des sommets sont d1 , d2 , · · · , dn .

n
X
Parmi d1 , d2 , · · · , dn il doit y avoir au moins deux qui sont égaux à 1 car sinon di ≥ 2n − 1.
i=1
On fait un raisonnement par récurrence sur le nombre n de sommets. Lorsque n = 2 le résultat
est clair. Supposons que le résultat est vrai pour n = k, alors lorsque n = k + 1 il existe un nombre
1 parmi d1 , d2 , · · · , dk , dk+1 . On suppose, sans perte de généralité, que dk+1 = 1, il est facile de voir
que parmi les k + 1 nombres il existe un nombre qui est ≥ 2, notons le par dk . Considérons les k
nombres d1 , d2 , · · · , dk−1 , (dk − 1) :

d1 + · · · + dk−1 + (dk − 1) = 2(k + 1) − 2 − 1 − 1 = 2k − 2.

Par hypothèse de récurrence, il existe un arbre T ′ dont les sommets sont v1 , · · · , vk ,

k
X
d(vi ) = d1 + · · · + dk−1 + (dk − 1) = 2k − 2.
i=1

Dans T ′ , il existe une arête reliant vk à vk+1 , on obtient un arbre T et alors :

k+1
X
d(vi ) = 2k − 2 + 1 + 1 = 2(k + 1) − 2.
i=1

L’arbre T répond à la question.


228 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

Exemple

n joueurs de tennis (avec n > 3) ont joué plusieurs matchs (simple messieurs). On suppose
que les adversaires de deux joueurs quelconques sont différents. Montrer qu’on peut enle-
ver un joueur de sorte que les adversaires de deux joueurs quelconques, parmi les restants,
soient toujours différents. (Chine)

On représente les n joueurs par n sommets v1 , v2 , · · · , vn . Si le résultat est faux, i.e., aucun
joueur ne peut être éliminé. Pour le joueur vk , avec k ∈ J1, nK, puisqu’il ne peut pas être éliminé,
alors en enlevant vk , on peut toujours trouver une paire de joueurs vi et vj dont les adversaires
sont les mêmes (s’il y a plusieurs paires, on prend une quelconque parmi elles). Ceci montre que
les adversaires de vi et vj sont différents à cause de vk . On suppose, sans perte de généralité, que
vi a joué contre vk alors que vj n’a pas joué contre vk . On ajoute une arête (que l’on appelle k) entre
vi et vj , on obtient alors un graphe avec n sommets et n arêtes, et il y a n arêtes avec n nombres
différents.
Le graphe avec n sommets et n arêtes doivent avoir un cycle, supposons que vi1 , vi2 , · · · , vik est un
cycle. Le long du cycle, aller à travers une arête veut dire ajouter ou enlever un joueur parmi les
joueurs, et le joueur ajouté et le joueur enlevé sont différents. En allant le long d’un cycle, on peut
retourner à vi1 , i.e., après l’ajout ou le retrait de joueurs ayant joué contre vi1 , le résultat est le
même que les adversaires (au départ) de vi1 . Une contradiction.
Exemple

Dans une tour de contrôle il y a 5 gardiens. Chacun des 5 gardiens fait deux siestes par
jour, et deux gardiens quelconques (parmi les 5) prennent leur sieste en même temps.
Montrer qu’il doit y avoir 3 gardiens qui prennent leur sieste en même temps.

On représente les 10 siestes des 5 gardiens par les sommets v1 , v2 , · · · , v10 , et on relie deux de
ces sommets vi et vj si, et seulement si, les siestes se font en même temps. On obtient ainsi un
!
5
graphe G. Par hypothèses, le graphe G admet au moins = 10 arêtes car deux gardiens prennent
2
la sieste en même temps. Or G admet 10 sommets, donc G doit avoir un cycle. Soit vi1 vi2 · · · vik vi1
un cycle, supposons que vi1 se réveille en premier, alors dès que vi1 se réveille, vi2 et vik sont
toujours en sieste. Ceci montre qu’il doit y avoir forcément 3 gardiens qui prennent la sieste en
même temps.
Exemple

Soit G = (V , E) un graphe. Montrer que si |E| ≥ |V | + 4, alors il existe forcément deux cycles
qui n’ont aucune arête commune. (Théorème de Lajos Pósa)

Supposons que la conclusion est fausse, alors il doit y avoir forcément un contre exemple.
Considérons le contre exemple pour lequel |E| + |V | est minimal. Pour ce contre exemple, |E| =
|V | + 4, (sinon on peut enlever des arêtes et avoir toujours un contre exemple, contradiction avec
|E| + |V | minimal). Donc, |E| > |V |. Le graphe doit contenir un cycle. La longueur du plus court
cycle est au moins 5. Sinon, la longueur du plus court cycle est ≤ 4, alors on enlève ce cycle. On
continue d’avoir |E| ≥ |V |. Il existe toujours un cycle. Ce cycle et le cycle précédent contiennent
une arête commune, une contradiction !
De plus, le degré de chaque sommet est au moins 3. Sinon, si le degré d’un sommet est 2, on
l’enlève et on change les deux arêtes adjacentes à ce sommet par une arête. On continue d’avoir
|E| = |V | + 4 et |E| + |V | devient plus petit, une contradiction. Si le degré d’un sommet est 1, on
enlève ce sommet et ses arêtes adjacentes, on continue d’avoir |E| = |V | + 4 et |E| + |V | est plus petit,
une contradiction. S’il existe un sommet isolé, on l’enlève et |E| > |V | + 4 et |E| + |V | est plus petit,
contradiction. Prenons un cycle C0 dont la longueur est au moins 5. Le cycle contient au moins
4.6. COLORATION D’UN GRAPHE 229

5 sommets. Pour chaque sommet de C0 , il est adjacent à au moins une arête qui n’est pas dans le
cycle et les sommets adjacents sont distincts. (Sinon, il existe un cycle dont la longueur est plus
petite que 5). Alors il est facile de voir que |V | ≥ 2 × 5 = 10. D’autre part :
X X
2|E| = d(v) ≥ 3 = 3|V |, |E| = |V | + 4,
v∈V v∈V

d’où 2|V | + 8 ≥ 3|V |, |V | ≤ 8, une contradiction. Donc, un tel contre exemple n’existe pas, et le
théorème est ainsi montré.
Exemple

Lors d’une soirée, 21 personnes ont passé des appels téléphoniques, un Monsieur a re-
marqué que ces 21 personnes ont appelé 102 fois et que deux personnes quelconques ont
appelé au plus une fois. Ce Monsieur a aussi remarqué qu’il y a m personnes, la première
a appelé la deuxième, la deuxième a appelé la troisième, · · · , la (m − 1)-ème personne a
appelé la m-ème, et la m-ème a appelé la première. Il n’a pas donné la valeur de m, mais
affirme que m est impair. Montrer qu’il existe 3 personnes parmi les 21 telles que chacune
des trois appelle chacune des deux autres.

On représente les 21 personnes par 21 sommets. Il y a une arête reliant deux sommets si, et
seulement si, les deux personnes se sont téléphonées. Par hypothèse, il existe un cycle impair de
longueur m (un cycle est impair si sa longueur est impaire). Soit C le plus petit cycle impair dans
le graphe, on note sa longueur par 2k + 1.
⋄ Si k = 1 : soit C un triangle, cela veut dire que les 3 personnes se sont téléphonées entre elles.
⋄ Si k > 1 : on pose C comme étant v1 v2 · · · v2k+1 v1 et il n’y a pas d’arête reliant vi et vj (1 ≤ i, j ≤
2k + 1, i − j , ±1 (mod 2k + 1)). Sinon, supposons que vi , vj soient adjacents et la somme des lon-
gueurs des cycles v1 v2 · · · vi vj · · · v2k+1 v1 et vi vi+1 · · · vj vi est 2k + 3. Alors, parmi eux il doit y avoir
un cycle impair dont la longueur est plus petite que 2k + 1, contradiction avec le fait que C est le
plus court cycle.
Supposons qu’il n’y a pas de triangles parmi les 21 − (2k + 1) = 20 − 2k sommets autres que
v1 , v2 , · · · , v2k+1 . D’après le théorème de Turán, il y a au moins (10 − k)2 arêtes les reliant. Chaque
sommet parmi eux n’est pas adjacent à deux sommets qui sont adjacents à C, donc il est adjacent
à au plus k sommets. D’où, la somme des arêtes est :

2k + 1 + k(20 − 2k) + (10 − k)2 = 100 + 2k + 1 − k 2 = 102 − (k − 1)2 ≤ 102 − (2 − 1)2 = 101.

Contradiction. Donc, le graphe doit contenir un triangle, ce qui veut dire qu’il existe trois per-
sonnes qui se sont téléphonées entre elles.

4.6 Coloration d’un graphe


Dans ce paragraphe on va apprendre à résoudre des exercices du type suivants : « plusieurs
intermittents du spectacle, {g1 , g2 , g3 , g4 , f 1 , f 2 , f 3 , p1 , p2 , p3 , c1 , c2 , c3 , s1 , s2 , s3 }, sont convoqués pour
participer au tournage de 7 films, que l’on désigne par les lettres A, B, C, D, E, F et G. Ils doivent
participer aux films selon les données du tableau ci-dessous :

A B C D E F G
Figurant g1 g2 g2 g1 g3 g4 g1
Figurante f1 f1 f2 f1 f2 f3 f2
Preneur de son p1 p1 p2 p3 p2 p1 p1
Cadreur c1 c2 c1 c2 c3 c3 c3
Scripte s1 s2 s2 s1 s3 s3 s2
230 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

Tous doivent absolument participer aux films pour lesquels ils sont convoqués. Une journée de
tournage coûtant très cher, il faut si possible tourner plusieurs films en même temps et en un mi-
nimum de jours. Quelle solution pouvez-vous proposer ? Autrement dit, quels films pourra-t-on
tourner en même temps (en parallèle) pour gagner du temps, et de l’argent ? »
Pour cela nous serons amenés à faire du coloriage, ou plus précisément de la coloration, qui est
le terme le plus fréquemment utilisé dans ce domaine.
Colorer un graphe, c’est associer une couleur à chaque sommet de façon que deux sommets ad-
jacents soient colorés dans des couleurs différentes.

Définition (Coloration)

1 On appelle coloration des sommets d’un graphe G = (V , E), toute attribution d’une
couleur à chaque sommet du graphe.
2 Une coloration qui utilise k couleurs est une k-coloration.
3 Une coloration est valide lorsque deux sommets adjacents ont toujours des couleurs
différentes.
4 On appelle nombre chromatique d’un graphe G , le plus petit nombre de couleurs
nécessaires à une coloration valide des sommets. On note χ(G) ce nombre.
5 Une χ(G)-coloration valide est une coloration optimale.

✍ Soit G = (V , E) un graphe, et une k-coloration de ce graphe. On peut renommer les couleurs


à l’aide des entiers de l’ensemble {1, 2, · · · , k}. La k-coloration sera donc entièrement définie
par une application c : V −→ {1, 2, · · · , k}.
Exemple : soit le graphe G = ({A, B, C}, {AB, BC}) et la 2-coloration qui attribue aux sommets A
et C la couleur rouge, et au sommet B la couleur verte. En remplaçant la couleur rouge par le
nombre 1 et la couleur verte par le nombre 2, on définit l’application c suivante : c(A) = c(C) = 1
et c(B) = 2. Cette application n’est pas unique.
Dans la suite de ce paragraphe, par le mot « couleur », il faudra comprendre « nombre entier stric-
tement positif » et une k-coloration pourra être définie par une application c : V −→ {1, 2, · · · , k}.
✍ Si c est l’application désignant une coloration, on notera c(x) la couleur du sommet x, et
c −1 (i) l’ensemble des sommets ayant la couleur i (avec i ∈ J1, kK).
✍ Soit G un graphe, c une application représentant une coloration valide de G et i une cou-
leur. Le sous-graphe de G induit par c −1 (i) est de taille nulle.
✍ Un graphe complet d’ordre n demande à être coloré avec n couleurs différentes puisque les
sommets sont tous adjacents deux à deux.
✍ Un graphe G = (V , E) est k-colorable si, et seulement si, il est k-parti.
 Pour colorer un graphe d’une façon efficace, voici deux algorithmes. Le premier étant assez
basique, le second, dû à Welsh et Powell, et connu sous le nom d’algorithme glouton, permet de
trouver une coloration de tout graphe G.
Premier algorithme

1 On commence par le sommet de degré le plus élevé (ou un des sommets de degré le plus
élevé, s’il y en a plusieurs). On lui affecte une couleur.
2 On choisit une autre couleur et on colore tous les sommets adjacents au sommet coloré
ci-dessus dans cette nouvelle couleur, sauf s’ils sont adjacents entre eux. On utilise alors
deux couleurs différentes.
3 On passe ensuite au sommet non encore coloré de degré le plus élevé et on le colore dans
la même couleur que le premier, si possible. Sinon, on choisit une autre couleur.
4 Et on recommence (étape 2) jusqu’à ce que tous les sommets soient colorés.
4.6. COLORATION D’UN GRAPHE 231

Exemple :

A 2
B 3
F 1

C 2
E 3
D 1

Les sommets de degré le plus élevé sont le D et le E. Prenons le D. On le colore par exemple
avec la couleur 1. On colore ensuite les sommets qui lui sont adjacents avec une autre couleur. On
colore donc a priori les sommets A, C et E avec la couleur 2. Mais non ! C et E sont adjacents entre
eux, donc on ne va colorer que le A et le C avec la couleur 2, et on va choisir une autre couleur pour
le sommet E, ce sera avec la couleur 3. On obtient la coloration ci-haut à droite. Trois couleurs
ont été nécessaires, ce qui était prévisible puisque dans ce graphe il y a un sous-graphe complet
composé des sommets C, D et E.
Deuxième algorithme (Welsh et Powell)

1 On ordonne les sommets en fonction de leur degré, dans l’ordre décroissant.


2 On colore le premier sommet de la liste (couleur 1).
3 En parcourant la liste, on colore tous les sommets de celle-ci qui ne sont pas adjacents au
premier sommet coloré avec la même couleur 1, sauf si eux-mêmes sont adjacents entre
eux. On ne colore alors que le premier de ces sommets adjacents entre eux qui se présente
dans la liste.
4 On revient en arrière dans le tableau et on s’intéresse au premier sommet de la liste non
encore coloré. On le colore d’une deuxième couleur 2.
5 On colore de la même couleur 2 les sommets non encore colorés qui ne lui sont pas adja-
cents et qui ne sont pas adjacents entre eux.
6 On revient en arrière comme à l’étape 4, et on continue ainsi par l’étape 6 jusqu’à ce que
tous les sommets soient colorés.

Exemple :

A B 1 2
C 1
G 3
F D 2 3
E 3

On commence par ordonner les sommets en fonction de leur degré, dans l’ordre décroissant :

Sommets A B F C D E G
Degrés 5 4 4 3 3 3 2
Couleurs 1 2 2 1 3 3 3

– On colore le sommet A avec la couleur 1.


– Dans la liste qui suit, seul le C ne lui est pas adjacent. On colore le C avec la couleur 1.
– On revient en arrière. Le premier sommet non coloré est le B. On le colore avec la couleur 2.
– Les sommets F et G, non encore colorés, ne sont pas adjacents au B mais le sont entre eux. On
colorera donc que le F avec la couleur 2.
232 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

– On revient en arrière. Le premier sommet non coloré est le D. On le colore avec la couleur 3.
– Les sommets E et G, derniers de la liste et non encore colorés, ne lui sont pas adjacents et ne
sont pas adjacents entre eux. On peut donc les colorer tous les deux avec la couleur 3 comme le
D. La coloration est ainsi terminée.
☞ Dans le premier algorithme, après avoir coloré le premier sommet, on s’intéresse à ceux
qui lui sont adjacents. Dans le deuxième algorithme, au contraire, après avoir coloré le
premier sommet, on cherche dans la liste ceux qui ne lui sont pas adjacents. Les résultats
peuvent être légèrement différents.
☞ Un tel algorithme est qualifié de « glouton » parce qu’une fois qu’une couleur a été choisie
pour un sommet, il ne permet pas de revenir en arrière pour modifier ce choix.
Exemple : on considère le graphe G représenté ci-dessous :

C
A
B D

F E

Voici deux colorations gloutonnes du même graphe :


ordre 1 sur les sommets A B F C D E
coloration gloutonne 1 1 2 1 1 2 3

ordre 2 sur les sommets A F D C B E


coloration gloutonne 2 1 1 1 2 3 4
Le premier ordre proposé conduit à une coloration optimale, ce qui n’est pas le cas pour le second
ordre.
☞ Une coloration gloutonne d’un graphe G est valide mais pas nécessairement optimale.
☞ Il existe des colorations qui ne sont pas gloutonnes.
☞ Soient G un graphe et x un sommet de G. À l’issue d’une coloration gloutonne, la couleur
de x sera inférieure ou égale à d(x)+1 puisqu’il restera toujours une couleur non utilisée par
les voisins de x dans l’ensemble {1, 2, · · · , d(x), d(x) + 1}. Plus généralement, une coloration
gloutonne n’utilisera pas plus de ∆(G) + 1 couleurs, où ∆(G) est le plus haut degré du
graphe G.
☞ Pour le i-ème sommet des sommets ordonnés suivant un ordre préposé, on a c(xi ) ≤ i (car
seulement i − 1 sommets sont déjà colorés).
☞ Pour améliorer les performances de l’algorithme, il peut être pratique d’ordonner les som-
mets par ordre de degrés décroissants. Cependant même si cette méthode donne de bons
résultats la pluspart du temps, rien ne permet de démontrer qu’elle est systématiquement
plus efficace qu’une autre.

Proposition

Soit G = (V , E) un graphe donné. Il existe au moins un ordre sur les sommets de G tel que
la coloration gloutonne calculée à partir de cet ordre soit optimale.

Preuve
Soit c une coloration optimale de G utilisant k couleurs, donc k = χ(G). Ordonnons les
sommets de G de la façon suivante : pour tout couple d’entiers i et j, entre 1 et k, si i < j,
alors tous les sommets de c −1 (i) sont classés avant ceux de c −1 (j). Montrons que la co-
loration gloutonne avec cet ordre n’utilise pas plus de k couleurs. Pour cela, on montre
4.6. COLORATION D’UN GRAPHE 233

par récurrence forte, que pour tout i ∈ J1, kK, les sommets de c −1 (i) sont colorés par des
couleurs inférieures ou égales à i. On note P(i) cette proposition à montrer par récurrence
forte. P(1) est vraie car : tous les sommets de c −1 (1) sont colorés avec la couleur 1puis-
qu’ils ne sont pas adjacents entre eux, et aucun autre sommet n’est coloré avant eux. On
suppose que P(1), P(2), · · · , P(i) sont vraies, et montrons que P(i + 1) l’est aussi. Pour tout
j ∈ J1, iK, on a par hypothèse de récurrence que les sommets de c −1 (j) sont colorés avec
des couleurs inférieures ou égales à j. Les sommets de c −1 (i + 1) sont colorés avec des cou-
leurs inférieures ou égales à i + 1. Un sommet quelconque u de c −1 (i + 1) n’a aucun voisin
dans c −1 (i + 1) et tous ses voisins colorés avant lui par l’algorithme sont dans des classes
inférieures. Donc, d’après l’hypothèse de récurrence, le sommet u sera coloré avec une
couleur appartenant à {1, 2, · · · , i, i + 1} (puisqu’il y a au moins la couleur i + 1 qui n’a pas
été utilisée par ses voisins). Au final, on obtiendra une coloration gloutonne optimale (qui
peut être différente de la coloration optimale initiale).

Définition (Nombre chromatique)

Le nombre chromatique d’un graphe est le nombre minimal de couleurs permettant de


le colorer.

☞ Dans un graphe complet, le nombre minimal de couleurs est égal à l’ordre de ce graphe,
comme nous l’avons remarqué plus haut (car tous les sommets sont reliés par des arêtes,
donc il faut une couleur par sommet).
☞ Si d est le degré le plus élevé des sommets, il faudra au plus d + 1 couleurs. En effet, il faut
une couleur pour ce sommet lui-même. Et, s’il est de degré d, il est adjacent à d sommets.
En supposant que ces d sommets sont adjacents entre eux, il faut d couleurs supplémen-
taires pour les colorer. Soit en tout d + 1. Cette remarque nous donne le nombre maximal
de couleurs nécessaire pour colorer un graphe.
☞ Si le graphe contient un sous-graphe complet d’ordre n, il faudra au minimum n couleurs
pour le colorer. Cela nous donne un nombre minimal de couleurs à utiliser pour le graphe
entier.
☞ Les deux remarques ci-dessus nous permettent de trouver un encadrement du nombre
chromatique du graphe. Il n’existe aucun procédé, aucune formule permettant de trou-
ver précisément le nombre chromatique d’un graphe quelconque comportant un grand
nombre d’arêtes. Le tableau ci-dessous donne un ordre de grandeur du temps de calcul
qu’il faudrait à un ordinateur en fonction de l’ordre n du graphe. On considère qu’il fau-
drait 10−6 seconde à notre ordinateur pour effectuer une coloration gloutonne (quelque
soit l’ordre n du graphe !)
n temps de calcul
10 3, 6 secondes
20 771 siècles
30 8, 4 × 1016 siècles
On voit clairement, étant donné les ordres de grandeur, que le choix arbitraire de 10−6 se-
conde pour effectuer une coloration gloutonne, a finalement peu d’influence sur la conclu-
sion : quelle que soit la rapidité de calcul de l’ordinateur, on atteindra très vite des temps
de calculs phénoménaux.
Proposition

Soit G = (V , E) un graphe, ∆(G) le degré maximum des sommets de G et ω(G) l’ordre du


plus grand sous-graphe complet de G. Alors :

ω(G) ≤ χ(G) ≤ ∆(G) + 1.


234 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

Preuve
⋄ Montrons la première inégalité : soit K un sous-graphe complet de G d’ordre maximal.
On a donc |K| = ω(G). Puisque K ⊂ G, alors χ(K) ≤ χ(G). Puisque K est complet, alors
χ(K) = |K|, et finalement ω(G) ≤ χ(G).
⋄ Montrons la seconde inégalité : ∆(G) + 1 est le majorant obtenu pour les colorations
gloutonnes (qui sont valides), d’où χ(G) ≤ ∆(G) + 1.

Exemple : considérons le graphe G suivant

A
B

C
E
D

Il y a ici un sous-graphe complet d’ordre 4, composé des sommets A, B, C et F. Donc 4 ≤ χ(G).


De plus, il y a deux sommets de degré 4, le C et le F. Donc χ(G) ≤ 4 + 1 = 5. En conclusion,
4 ≤ χ(G) ≤ 5. (En fait 4 couleurs suffisent et χ(G) = 4).

Proposition (Brooks, 1941)

Si G = (V , E) un graphe connexe qui n’est ni complet ni un cycle impair, alors :

χ(G) ≤ ∆(G).

(On gagne donc une unité sur le majorant par rapport à la proposition précédente).

La preuve est assez difficile, mais elle n’utilise que des techniques élémentaires (la récurrence
sur l’ordre n du graphe G).

Définition (Coloration des arêtes)

1 On peut, comme pour les sommets, donner une « couleur » à chaque arête d’un
graphe. Cette opération s’appelle une coloration des arêtes. Plus précisément, une
coloration des arêtes d’un graphe G = (V , E) est une application c ′ : E −→ N∗ .
2 Une coloration c ′ des arêtes d’un graphe sera dite valide lorsque pour tout couple
d’arêtes u et v ayant une extrémité commune, on aura c ′ (u) , c ′ (v).
3 Le plus petit nombre de couleurs nécessaires à la coloration valide des arêtes d’un
graphe G est appelé indice chromatique de G et est noté χ′ (G).
4 Une coloration valide utilisant χ′ (G) couleur sera dite optimale. Dans ce cas, on
pourra toujours s’arranger pour décrire une telle coloration par une application
c ′ : E −→ {1, 2, · · · , χ′ (G)}.

☞ Soient G = (V , E) un graphe, ∆(G) le plus grand degré de ce graphe, et x un sommet de


degré ∆(G). Alors, les ∆(G) arêtes ayant x pour extrémités doivent toutes être de couleurs
distinctes. Par suite, on a :
∆(G) ≤ χ′ (G).
4.6. COLORATION D’UN GRAPHE 235

Proposition (Vizing, 1964)

Si G = (V , E) un graphe, alors :
χ′ (G) ≤ ∆(G) + 1.

✍ Il n’ y a que deux possibilités pour l’indice chromatique d’un graphe G :


χ′ (G) ∈ {∆(G), ∆(G) + 1}.
Comme pour le nombre chromatique, il n’y a pas d’algorithme simple pour déterminer
l’indice chromatique d’un graphe. Il y a, cependant, une réponse simple pour les graphes
bipartis.

Proposition (Kőnig, 1916)

Si G = (V , E) est un graphe biparti, alors :

χ′ (G) = ∆(G).

Revenons maintenant à la résolution du problème présenté au début de ce paragraphe :


Exemple

plusieurs intermittents du spectacle, {g1 , g2 , g3 , g4 , f 1 , f 2 , f 3 , p1 , p2 , p3 , c1 , c2 , c3 , s1 , s2 , s3 }, sont


convoqués pour participer au tournage de 7 films, que l’on désigne par les lettres
A, B, C, D, E, F et G . Ils doivent participer aux films selon les données du tableau ci-
dessous :
A B C D E F G
Figurant g1 g2 g2 g1 g3 g4 g1
Figurante f1 f1 f2 f1 f2 f3 f2
Preneur de son p1 p1 p2 p3 p2 p1 p1
Cadreur c1 c2 c1 c2 c3 c3 c3
Scripte s1 s2 s2 s1 s3 s3 s2

Tous doivent absolument participer aux films pour lesquels ils sont convoqués. Une jour-
née de tournage coûtant très cher, il faut si possible tourner plusieurs films en même
temps et en un minimum de jours. Quelle solution pouvez-vous proposer ? Autrement dit,
quels films pourra-t-on tourner en même temps (en parallèle) pour gagner du temps, et de
l’argent ?

On relie, par des arêtes, les films impossibles à tourner en même temps parce qu’une même
personne doit y participer. Donc les films dont les tournages simultanés sont incompatibles. Par
exemple A et C sont incompatibles parce que c1 doit participer à ces deux films. De même que
B, F et G à cause de p1 . On obtient le graphe (à gauche), et on va réaliser une coloration de ce
graphe (à droite).

A B 1 3

G C 2 4

F D 4 4
E 1

Cette coloration permet de conclure que les films A et E pourront être tournés simultanément,
ainsi que les films C, D, F et enfin B devra être tourné séparément, seul, comme le film G.
236 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

Exemple

Dans un tournoi d’échecs, chaque joueur doit affronter tous les n−1 autres joueurs. Chaque
partie dure 1 heure. L’organisateur veut limiter la durée du tournoi. Proposez un planning
des rencontres pour n = 3, 4 et 5. (On pourra utiliser la notion d’indice chromatique).

Un tournoi d’échecs où chacun des n joueurs doit affronter tous les autres peut être modélisé
par le graphe complet Kn , un sommet représentant un joueur, et une arête représentant une par-
n(n − 1)
tie. Le nombre de parties est donc égal à la taille de Kn , i.e., parties.
2
Si l’on considère qu’une couleur représente un créneau horaire, deux arêtes adjacentes de Kn ne
peuvent pas avoir la même couleur (puisque qu’un joueur, sommet commun à ces deux arêtes, ne
peut pas jouer deux parties en même temps). Proposer un planning des rencontres revient donc à
colorer les arêtes de Kn dont l’indice chromatique est χ′ (Kn ) = 3 pour n = 3 et n = 4, et χ′ (K5 ) = 5.
Un planning possible est :
n 9h-10h 10h-11h 11h-12h 12h-13h 13h-14h
3 1−2 1−3 2−3
4 1 − 2, 4 − 3 1 − 3, 4 − 2 2 − 3, 4 − 1
5 2 − 5, 3 − 4 1 − 3, 4 − 5 1 − 5, 2 − 4 1 − 2, 3 − 5 1 − 4, 2 − 3

4.7 Parcours eulériens et graphes eulériens


Le problème des sept ponts de Königsberg est un problème mathématique connu pour être à
l’origine de la théorie des graphes. Résolu par Leonhard Euler, il se présente de la façon suivante :
la ville de Königsberg (aujourd’hui Kaliningrad, en Russie) est construite autour de deux îles A
et D situées sur la rivière Pregel et reliées entre elles par un pont e. Six autres ponts relient les
rives de la rivière à l’une ou l’autre des deux îles, comme représentés sur la figure ci-dessous. Le
problème consiste à déterminer s’il existe ou non une promenade dans les rues de Königsberg
permettant, à partir d’un point de départ au choix, de passer une et une seule fois par chaque
pont, et de revenir à son point de départ, étant entendu qu’on ne peut traverser le Pregel qu’en
passant sur les ponts.

Une telle promenade n’existe pas, et c’est Euler qui donna la solution de ce problème en caractéri-
sant les graphes que l’on appelle aujourd’hui « eulériens » en référence à l’illustre mathématicien,
à l’aide d’un théorème dont la démonstration rigoureuse fut en fait publiée par Carl Hierholzer
en 1873.
Définition

❏ On appelle parcours eulérien d’un graphe G , tout parcours qui contient une fois et
une seule chaque arête du graphe.
4.7. PARCOURS EULÉRIENS ET GRAPHES EULÉRIENS 237

❏ On appelle graphe eulérien, un graphe admettant un parcours eulérien fermé.

❏ On ne peut « passer » sur chaque arête qu’une fois et une seule, mais on peut passer plu-
sieurs fois par chaque sommet.
❏ Un graphe qui admet une chaîne eulérienne peut être parcouru sans lever le crayon et en
passant qu’une seule fois sur chaque trait.
❏ Si G est un graphe admettant un cycle eulérien C, et si v est un sommet de G, alors C arrive
à v autant de fois qu’il en part, donc tout sommet de G est de degré pair.
Théorème Euler (1741) et Hierholzer (1873)

Un graphe G = (V , E) connexe est eulérien si, et seulement si, d(v) est pair pour tout
sommet v ∈ V .

Démonstration
Soit G = (V , E) un graphe où tous les sommets sont de degré pair, on se propose de montrer que G est
réunion de cycles disjoints. Soit v0 ∈ V et choisissons, en partant de v0 , aussi longtemps que possible,
des arêtes non encore parcourues de sorte à former une chaîne. Comme les sommets sont tous de degré
pair, alors cette chaîne est en fait un cycle C1 qui se referme en v0 . Si, en supprimant les arêtes de ce
cycle, il reste encore des arêtes, alors on choisit un sommet v1 par lequel passe C1 et tel que le graphe
partiel G \ C1 on ait d(v1 ) > 0 (ceci est possible car G est connexe). Dans la composante connexe de
G \ C1 contenant v1 , on construit un nouveau cycle C2 de v1 à v1 . Puisque le nombre d’arêtes dans G
est fini, alors ce procédé va s’arrêter lorsqu’on aura obtenu un ensemble de cycles disjoints en arêtes
dont la réunion est G tout entier. Or, on peut rallonger C1 en insérant en v1 le cycle C2 et ainsi de
suite jusqu’à aboutir au cycle eulérien recherché.

Corollaire
Tout graphe eulérien se décompose en cycles, i.e., on peut répartir les arêtes en cycles deux à deux
disjoints.

Corollaire
Un graphe connexe G = (V , E) admet un chemin eulérien si, et seulement si, le nombre de ses
sommets de degré impair est 0 ou 2.

Exemple

Donner une solution du problème des ponts de Königsberg.

Le graphe des ponts de Königsberg est donné par :


238 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

Les sommets sont les régions et les arêtes les ponts. La question est de savoir s’il existe un circuit
eulérien. Or on voit que les sommets ne sont pas tous de degré pair, par conséquent un tel circuit
n’existe pas et le problème des ponts de Königsberg n’a pas de solutions.
Exemple

On place, dans l’ordre, n sommets v1 , v2 , · · · , vn sur une droite. Chaque sommet est colorié
en rouge ou en bleu. Si les extrémités du segment [vi , vi+1 ] sont de couleurs différentes
alors on dit que ce segment est « standard ». On suppose que les couleurs de v1 et vn sont
différentes. Montrer que le nombre de segments « standards » est impair.

Supposons qu’il y a k segments « standards », et on fait correspondre à un sommet vi le nombre


ai défini par : 

+1 si vi est bleu,

ai = 
 i ∈ J1, nK.
−1 si vi est rouge,
Alors, on a : −1 = a1 an = (a1 a2 ) (a2 a3 ) × · · · × (an−1 an ) = (−1)k . Par conséquent, k est impair.
Exemple

Sur un cercle on se donne un ensemble E de 2n − 1 points distincts (avec n ≥ 3). Si exacte-


ment k de ces points sont coloriés en noir, cette coloration est dite « bonne » s’il existe au
moins une paire de points noirs telle que l’un des deux arcs ouverts formés par ces deux
points contienne exactement n points de E .
Trouver la plus petite valeur de k pour laquelle toute coloration en noir d’exactement k
points de E est « bonne ». (OIM, 1990)

On représente les points de E par les sommets v1 , v2 , · · · , v2n−1 (dans le sens contraire des ai-
guilles d’une montre) et on place une arête entre vi et vi+(n−1) pour i ∈ J1, 2n − 1K. On suppose que
vj+(2n−1)k = vj pour k ≥ 1, on obtient alors un graphe G. Le degré de chaque sommet dans G est
2 (i.e. chaque sommet est adjacent à deux autres sommets) et vi , vi+3 sont adjacents à une arête
commune. Comme chaque sommet de G est de degré pair, alors G peut se décomposer en un ou
plusieurs cycles.
⋄ Si 3 | (2n − 1) : le graphe G est composé de 3 cycles, l’ensemble des sommets de chaque cycle est
donné par :
( s {) ( s {)
2n − 1 2n − 4
vi : i = 3k, k ∈ 1, , vi : i = 3k + 1, k ∈ 0, ,
3 3
( s {)
2n − 4
vi : i = 3k + 2, k ∈ 0, .
3
2n − 1
Comme le nombre de sommets dans chaque cycle est , il est possible de choisir au plus
  3
1 2n − 1 n−2
−1 = sommets et chaque deux d’entre eux ne sont pas adjacents (notons que 2n−1 3
2 3 3
est un entier impair). Donc, on peut choisir n − 2 sommets qui ne sont pas tous adjacents deux à
deux. D’après le principe des tiroirs, on doit colorier en noir au moins n − 1 sommets pour être
sûrs qu’il existe au moins une paire de sommets noirs adjacents.
⋄ Si 3 ∤ (2n − 1) : chaque sommet parmi v1 , v2 , · · · , v2n−1 peut s’écrire sous la forme v3k , donc le
graphe G est un cycle de longueur 2n − 1. On peut choisir n − 1 sommets non adjacents dans ce
cycle, et au plus n−1 sommets non adjacents. D’où, il faut colorier en noir au moins n−1 sommets
de sorte qu’il y a au moins une paire de sommets noirs adjacents.
En conclusion, la plus petite valeur k est donnée par :



n − 1 si 3 | (2n − 1)
k = 
n si 3 ∤ (2n − 1).
4.8. GRAPHES HAMILTONIENS ET CYCLES HAMILTONIENS 239

remarque : en remplaçant dans l’énoncé 2n − 1 et n + 1 respectivement par p et q on peut montrer


que le nombre k recherché est égal à :
$ %
p
k = pgcd(p, q) · + 1.
2 · pgcd(p, q)

Théorème
Soit G un graphe connexe non-orienté. Le graphe G est eulérien si, et seulement si, on peut
orienter les arêtes de G de telle sorte que, pour tout sommet v de G, on ait : d + (v) = d − (v).

4.8 Graphes hamiltoniens et cycles hamiltoniens


Nous avons étudié les graphes possédant un cycle eulérien. Le problème « dual » est de savoir
si un graphe d’ordre fini contient un cycle élémentaire passant par tous les sommets (et pas for-
cément par toutes les arêtes). Un tel cycle est appelé cycle hamiltonien. Sir William Hamilton a
proposé en 1859 le jeu suivant : on considère un dodécaèdre. Les sommets de celui-ci sont des
villes du monde. L’objectif du jeu, appelé Autour du monde, est de partir d’une ville, de visiter
exactement une fois toutes les autres villes en suivant les arêtes du dodécaèdre et de revenir à la
ville de départ. Cela revient à trouver un cycle hamiltonien dans un graphe. On dira donc qu’un
graphe est hamiltonien s’il possède un cycle hamiltonien, par exemple Kn . De même, un graphe
(d’ordre fini) est semi-hamiltonien s’il existe une chaîne élémentaire passant par tous les sommets
du graphe. Cette chaîne est appelée chaîne hamiltonienne.
Il est étrange de constater que trouver un cycle hamiltonien ou une chaîne hamiltonienne (pro-
blèmes très proches des problèmes eulériens) est beaucoup plus difficile ! Actuellement il n’existe
pas de caractérisation simple des graphes hamiltoniens. En fait ce problème appartient à la classe
NP-complete.
Définition

❏ Dans un graphe non-orienté, une chaîne est appelée chaîne hamiltonienne si, et
seulement si, c’est une chaîne qui passe une fois et une seule par chaque sommet
du graphe situé entre les deux extrémités de la chaîne.
❏ Un cycle hamiltonien est un cycle qui passe une fois et une seule par chaque som-
met du graphe.
❏ Un graphe possédant un cycle hamiltonien est un graphe hamiltonien.

☞ Un cycle hamiltonien passe par tous les sommets, mais pas nécessairement par toutes les
arêtes. Par exemple dans le graphe ci-dessous le cycle A−B−C −D −A est hamiltonien mais
ne passe pas par l’arrête entre les sommets A et C :
A

D B

C
☞ Un graphe hamiltonien est nécessairement connexe.
☞ Un graphe hamiltonien est nécessairement d’ordre ≥ 3.
☞ Un graphe hamiltonien n’a pas de sommets de degré 1.
☞ Les graphes complets d’ordre ≥ 3 sont hamiltoniens.
❏ Chaîne hamiltonienne : une chaîne hamiltonienne est une chaîne qui passe une fois et
une seule par chaque sommet du graphe.
240 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

❏ Cycle hamiltonien : un cycle hamiltonien est une chaîne hamiltonienne qui est cyclique.
On peut transformer un cycle hamiltonien en chaîne hamiltonienne, en enlevant une arête
quelconque du cycle. En revanche, une chaîne hamiltonienne ne peut être étendue en un
cycle hamiltonien que si ses extrémités sont adjacentes.
❏ Graphe hamiltonien : un graphe qui contient un cycle hamiltonien est appelé graphe
hamiltonien.
❏ Graphe semi-hamiltonien : un graphe semi-hamiltonien est un graphe qui contient une
chaîne hamiltonienne, mais pas de cycle hamiltonien.
❏ Graphe hamiltonien-connexe : un graphe est dit hamiltonien-connexe lorsque, pour toute
paire de sommets du graphe, il existe une chaîne hamiltonienne entre ces sommets.
❏ Décomposition hamiltonienne : une décomposition hamiltonienne d’un graphe est une
partition de l’ensemble de ses arêtes en cycles hamiltoniens.
✍ Exemple d’un graphe hamiltonien :

✍ Exemple d’un graphe semi-hamiltonien :

✍ Exemple d’un graphe non hamiltonien :

✍ Un graphe hamiltonien ne doit pas être confondu avec un graphe eulérien, où l’on passe
par toutes les arêtes une fois et une seule : dans un cycle hamiltonien, on peut très bien
négliger de passer par certaines arêtes. Un graphe peut être eulérien, hamiltonien, les deux
à la fois, ou aucun des deux : le graphe papillon est un exemple de graphe eulérien mais
pas hamiltonien.

Exemples :
☞ Les n-cycles et les n-cliques sont des graphes hamiltoniens.
☞ Le graphe ci-dessous comporte un cycle hamiltonien d’origine le sommet A : A − E − C −
D − B − A. Il comporte en fait un cycle hamiltonien à partir de n’importe quel sommet. Ce
graphe est donc hamiltonien.
A
E B

D C
☞ Le graphe ci-dessous ne comporte aucun cycle hamiltonien, quelle que soit l’origine choi-
sie. On peut par contre y trouver des chaînes hamiltoniennes, par exemple A−E−F−C−B−D
ou A − B − C − F − E − D ou encore F − C − B − D − E − A. Mais il n’y en a pas partant de E, par
exemple ; ou en partant de B.
4.8. GRAPHES HAMILTONIENS ET CYCLES HAMILTONIENS 241

A B

F C

E D

Théorème de Walecki (1890)

décomposition du graphe complet Kn en cycles hamiltoniens disjoints.


Kn est réunion de cycles hamiltoniens disjoints si, et seulement si, n est impair.

Démonstration
!
n n(n − 1)
On sait que le graphe complet Kn possède = arêtes, et comme tout cycle hamiltonien en
2 2
utilise n, alors on a besoin de n−1
2 cycles. En particulier, n doit être impair.
Si n = 2m + 1 est impair, on construit m cycles hamiltoniens disjoints de la façon suivante : on place
2m des sommets de K2m+1 autour d’un cercle de sorte à obtenir un polygone régulier à m sommets, et
puis on place le sommet restant comme centre de ce cercle. On numérote, dans le sens trigonométrique,
les 2m sommets en question par 1, 2, · · · , 2m
1
b

2 2m
b b

2m + 1
b b b

b b

m+1


Le cycle présenté dans la figure ci-dessus est hamiltonien. Il donne lieu, par des rotations d’angles
m
avec k ∈ J0, m − 1K, à m cycles hamiltoniens disjoints.

3 Dans ce qui suit, on donnera des résultats qui donnent des conditions suffisantes simples qui
permettent d’affirmer qu’un graphe est hamiltonien.
Théorème A
Soit G un graphe simple à n ≥ 3 sommets. Si pour toute paire de sommets (v, v ′ ) on a la
relation :
d(v) + d(v ′ ) ≥ n − 1,
alors G possède une chaîne hamiltonienne.

✍ Remarquons que tout graphe simple, d’ordre ≤ 2, est non hamiltonien.


242 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

Théorème de Øysten Ore (1960)

Soit G un graphe simple d’ordre ≥ 3. Si, pour toute paire (u, v) de sommets non adjacents
de G, on a :
d(u) + d(v) ≥ n,
alors G est hamiltonien.

Démonstration
Soit G = (V , E) un graphe simple, d’ordre ≥ 3. Montrons que si G est non hamiltonien, il existe une
paire {u, v} de sommets non adjacents de G, telle que d(u) + d(v) soit ≤ n − 1. Sans perte de généralité,
on suppose que le nombre d’arêtes de G est maximal. Comme G n’est pas hamiltonien, G n’est pas le
graphe complet.
Le nombre d’arêtes du graphe G étant maximal, il existe une paire {u, v} de sommets non adjacents,
telle que le graphe G + {u, v} = (V , E ∪ {u, v}), obtenu en rajoutant à G l’arête e = {u, v}, soit hamil-
tonien. Soit C un cycle hamiltonien de G + {u, v}. La chaîne C \ {e} est une chaîne hamiltonienne de
G, d’extrémités u et v. Notons (v1 , · · · , vn ) cette chaîne, avec v1 = u et vn = v. Supposons qu’il existe
i ∈ {1, · · · , n − 1}, tel que {v1 , vi+1 } et {vn , vi } soient des arêtes de G. Remarquons que v1 et vn n’étant
pas adjacents, i est différent de 1 et n − 1, ce qui suppose n ≥ 4. Le graphe G admettrait un cycle
hamiltonien : (v1 , vi+1 , · · · , vn , vi , · · · , v1 ), ce qui est exclu. Posons alors :

I = {i ∈ {1, · · · , n − 1} : {v1 , vi+1 } ∈ E} et J = {i ∈ {1, · · · , n − 1} : {vn , vi } ∈ E} .

Les ensembles I et J étant disjoints, on a : |I| + |J| = |I ∪ J| ≤ n − 1, car I ∪ J est un sous-ensemble de


{1, · · · , n − 1}. On remarque que |I| = d(u) et |J| = d(v). On en déduit d(u) + d(v) ≤ n − 1.

Un corollaire du théorème de Ore est le théorème de Gabriel Andrew Dirac (1925-1984) :


Théorème de Dirac (1952)
n
Un graphe simple à n ≥ 3 sommets et dont chaque sommet est au moins de degré est
2
hamiltonien.

Preuve
n n
Pour toute paire (u, v) de sommets de G on a : d(u) + d(v) ≥ + = n. Le résultat découle
2 2
du théorème précédent.

Théorème
Soit G = (V , E) un graphe simple d’ordre n admettant deux sommets non adjacents u et v,
dont la somme des degrés est ≥ n et soit le graphe G +{u, v} = (V , E ∪{u, v}). Alors, G +{u, v}
est hamiltonien si, et seulement si, G est hamiltonien.

Démonstration
⋄ Si le graphe G est hamiltonien, alors, pour toute paire {u, v} de sommets non adjacents de G, le
graphe G + {u, v} est aussi hamiltonien.
⋄ Supposons maintenant que G ne soit pas hamiltonien et qu’il existe deux sommets non adjacents u
et v de G, tels que G + {u, v} soit hamiltonien. Alors, tout cycle hamiltonien de G + {u, v} contiendrait
l’arête {u, v} et donc G admettrait une chaîne hamiltonienne d’extrémités u et v. Comme dans la
démonstration du théorème de Ore, on en déduirait l’inégalité : d(u) + d(v) ≤ n − 1, ce qui est une
4.8. GRAPHES HAMILTONIENS ET CYCLES HAMILTONIENS 243

contradiction.

Théorème
!
n−1
Soit G un graphe simple, d’ordre n ≥ 3, admettant au moins + 2 arêtes. Alors, G est
2
hamiltonien.

Démonstration
Le résultat est trivial pour n = 3. Supposons maintenant que n ≥ 4, et montrons le résultat! par
n−1
contradiction. Supposons qu’il existe un entier n ≥ 4 et un graphe G d’ordre n, admettant +2
2
arêtes, qui ne soit pas hamiltonien. Le graphe G, n’étant pas hamiltonien, n’est pas le graphe complet.
Soient u et v deux sommets non adjacents de G, et soit GV \{u,v} le sous-graphe de G, engendré par
V \ {u, v}. Comme on a :
!
  n−1  
E GV \{u,v} = + 2 − d(u) − d(v) et V GV \{u,v} = n − 2,
2
! !
n−1 n−2
on obtient + 2 − d(u) − d(v) ≤ et, en utilisant le triangle de Pascal :
2 2
! ! !
n−1 n−2 n−2
d(u) + d(v) ≥ − +2 = + 2 = n,
2 2 1

ce qui est contraire au théorème de Ore.

Définition (Tournoi)

Un tournoi est un graphe orienté G = (V , A) dont le graphe non orienté associé est un
graphe complet.

☞ La raison pour laquelle on appelle ce graphe orienté « tournoi » vient du fait que l’ensemble
des sommets de Kn peut représenter un ensemble de joueurs où chaque paire de joueurs
participe à un match et on oriente l’arête de x vers y, si le joueur x bat le joueur y.

Théorème de Rédei (1934)

Tout tournoi admet un chemin hamiltonien.

Démonstration
Soit C = (v0 , · · · , vq ) un chemin élémentaire, maximal d’un tournoi T = (V , A). Supposons qu’il existe
un sommet v n’appartenant pas à C, alors, C étant maximal, (v, v0 ) n’appartient pas à A, donc (v0 , v)
appartient à A. De même, (v, vq ) appartient à A. Soit i le plus petit indice tel que (v, vi ) appartienne
à A. L’indice i est strictement positif et (vi−1 , v) appartient à A. Remplaçons l’arc (vi−1 , vi ) du chemin
C par le chemin (vi−1 , v, vi ). On obtient ainsi un chemin élémentaire passant par un sommet de plus
que C.

Exemple : A − C − B − D est un chemin hamiltonien dans le tournoi représenté par :


244 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

A B

C D

Exemple

Un voyagiste organise des circuits touristiques parmi les châteaux de la Loire. Huit châ-
teaux peuvent être visités, représentés ci-dessous par les sommets d’un graphe. Les routes
qu’empruntent les cars correspondent aux arêtes.

A B
H C

G
F E D

Vérifier qu’il est possible de trouver une chaîne qui permet de passer une fois et une seule
par chaque ville (une fois qu’on a visité le château de la dite ville, inutile d’y repasser si
on peut l’éviter !). Donner au moins deux chaînes répondant à la question.

Nous devons trouver une chaîne hamiltonienne. En voici une : A − E − D − C − H − G − F − B. Une


autre B − F − G − H − C − D − E − A. Et si, par exemple, pour la première chaîne donnée ci-dessus,
nous revenons au sommet A, nous avons un cycle hamiltonien.
Si le voyagiste est basé en A, il recherchera un cycle d’extrémité A, sinon n’importe quelle chaîne
lui conviendra.
Exemple

On considère un échiquier ayant 2 lignes et n colonnes (n ≥ 3). Existe-t-il un parcours


fermé du cavalier sur cet échiquier, dans lequel le cavalier passe une fois et une seule fois
par chacune des cases ?

Si on modélise notre problème par un graphe d’ordre 2 × n où chaque sommet est une case de
l’échiquier et où chaque arête représente un déplacement possible du cavalier, on constate que
les quatre coins de l’échiquier sont de degré 1. Ce graphe ne peut donc pas être hamiltonien, et
par suite le parcours recherché n’existe pas.
Exemple

On considère un échiquier ayant 3 lignes et n colonnes, avec n un nombre impair supérieur


ou égal à 3. Existe-t-il un parcours fermé du cavalier sur cet échiquier, dans lequel le
cavalier passe une fois et une seule fois par chacune des cases ?

Si on considère la couleur des cases (blanc et noir), on constate qu’à chaque déplacement, le
cavalier change de couleur. Donc un parcours fermé, passant une et une seule fois par chaque
case, doit avoir autant de cases noires que de cases blanches, ce qui n’est pas possible avec un
échiquier ayant un nombre impair de cases.
Exemple

On considère un échiquier ayant 3 lignes et 4 colonnes. Existe-t-il un parcours fermé du


cavalier dans lequel il passe une fois et une seule fois par chacune des cases ?
4.8. GRAPHES HAMILTONIENS ET CYCLES HAMILTONIENS 245

On considère un échiquier ayant 3 lignes et 4 colonnes.


a b c d
e f g h
i j k l
On modélise cet échiquier par le graphe ci-après :

d f l

k e c

b h j

i g a

Le graphe est non hamiltonien car G \ {b, j} a trois composantes connexes. (On crée plus de com-
posantes connexes que de sommets enlevés).
Exemple

On construit, avec du papier, un dodécaèdre régulier. Peut-on le découper, en traçant une


droite, en deux parties de sorte que cette droite ne passe pas par les sommets du dodéca-
èdre, et divise chaque face en deux ?

On sait qu’on obtient un dodécaèdre en considérant le solide dont les sommets sont les centres
des faces d’un isocaèdre. Un isocaèdre régulier est formé de 20 triangles équilatéraux semblables.
Au milieu de chaque triangle équilatéral on place un sommet. Si deux triangles ont un côté com-
mun alors on relie par une arête les deux sommets (centres respectifs des deux triangles équila-
téraux), on obtient ainsi un dodécaèdre régulier formé de 12 pentagones réguliers. On sait aussi
qu’on peut trouver un cycle hamiltonien dans un dodécaèdre régulier. On coupe avec des ciseaux
le dodécaèdre en suivant le cycle hamiltonien, ceci permet aussi de couper chaque face en deux,
et cette « coupure » ne passe par aucun sommet du dodécaèdre régulier.

Dans la figure ci-dessus, on a un cycle hamiltonien sur le dodécaèdre régulier.


Exemple

n personnes ont participé à une conférence qui a duré quelques jours. Chaque soir, les
conférenciers se retrouvent autour d’une table ronde pour le dinner. À chaque dinner,
chaque personne doit s’asseoir à côté de personnes différentes. Combien de jours au maxi-
mum a duré la conférence ?

On représente les n personnes par n sommets. On trace un graphe complet Kn , alors le cycle
hamiltonien dans Kn est une façon de s’asseoir autour de la table. Le nombre maximal de dinners
246 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

est le nombre de cycles hamiltoniens dans Kn sans arrêtes communes.


n(n − 1)
Kn contient arêtes et chaque cycle hamiltonien contient n arêtes, donc il y a au plus
  2
n−1
cycles hamiltoniens avec aucune arête commune.
2

1
2k b 2
b b
2k − 1 3
b b
2k − 2
b 4
b

v
b
b b b

b b

b b k −1
k +3
b
k +2 k
k +1

⋄ Si n = 2k + 1 : on range les sommets 0, 1, 2, · · · , 2k comme dans la figure ci-dessus. On considère


tout d’abord un cycle hamiltonien (0, 1, 2, 2k, 3, 2k − 1, 4, · · · , k + 3, k, k + 2, k + 1, 0), puis on fait une
π 2π π
rotation (dans le sens des aiguilles d’une montre) de centre O et d’angles , , · · · , (k − 1) , on
  k k k
n−1
obtient alors k = cycles hamiltoniens sans arêtes communes.
2
⋄ Si n = 2k + 2 : on ajoute un sommet v au centre et on obtient aussi k cycles hamiltoniens.
Exemple

Dans une école chaque professeur peut enseigner jusqu’à 4 matières différentes. On sou-
haite faire passer aux élèves 7 examens en 7 jours consécutifs (1 examen par jour), et de
sorte qu’il n’y a pas deux épreuves consécutives dans deux matières enseignées par le
même professeur. Cela est-il possible ?

Supposons que le graphe G contienne 7 sommets, chaque sommet représente un examen. Si


deux matières ne sont pas enseignées par le même professeur alors on relie par une arête les
sommets correspondants. Comme le nombre maximum de matières enseignées par un même
professeur est 4 alors le degré de chaque sommet est ≥ 3. La somme des degrés de deux sommets
quelconques est ≥ 6, donc par le théorème A le graphe G contient une chaîne hamiltonienne.
Comme dans cette chaîne chaque deux sommets qui sont adjacents représentent deux matières
qui ne sont pas enseignées par le même professeur, on peut alors arranger 7 examens dans l’ordre
des sommets dans cette chaîne. Donc, il est possible de faire passer 7 examens en 7 jours en
respectant la contrainte du problème.
Exemple

Dans une usine on fabrique des chemises bicolores (ayant deux couleurs) en utilisant 6 fils
de couleurs différentes. Chacune des 6 couleurs des fils est assortie avec 3 autres couleurs
(elles forment ainsi un groupe avec 4 couleurs différentes). Montrer qu’il est possible de
choisir 3 chemises distinctes de sorte les 6 couleurs différentes soient toutes présentes.
4.8. GRAPHES HAMILTONIENS ET CYCLES HAMILTONIENS 247

On représente les 6 fils par 6 sommets. Si deux couleurs sont dans le même groupe, alors on
relie par une arête les sommets correspondants, on obtient ainsi un graphe G. On sait que chaque
couleur est assortie avec 3 autres couleurs différentes, donc pour tout sommet vi on a d(vi ) ≥ 3. On
va montrer que le graphe G contient 3 arêtes, deux quelconques parmi elles n’ont pas de sommets
communs.
Pour tout sommet v dans G, par le théorème de Dirac, G contient un cycle hamiltonien que l’on
note par v1 v2 v3 v4 v5 v6 v1 . Alors les arêtes (v1 , v2 ), (v3 , v4 ), (v5 , v6 ) sont les 3 arêtes qui n’ont pas de
sommets communs.
Exemple

Soit A0 A1 A2 · · · A2n−1 un polygone régulier à 2n côtés. On trace toutes les diagonales et on


obtient un graphe G . Montrer que tout cycle hamiltonien de G doit contenir deux arêtes
qui sont parallèles dans le graphe.

Supposons que (Ai Aj ) et (Ak Al ) sont parallèles. Puisque le nombre de sommets entre Ai et Al
est égal au nombre de sommets entre Aj et Ak , alors i − l = k − j. Donc, la condition nécessaire et
suffisante pour que (Ai Aj ) et (Ak Al ) soient parallèles est :

i +j ≡ k+l (mod 2n).

Supposons que Ai0 Ai1 · · ·Ai2n−1 est un cycle hamiltonien. (i0 , i1 , · · · , i2n−1 ) est une permutation de
(0, 1, 2, · · · , 2n). On suppose que deux arêtes quelconques ne sont pas parallèles, donc parmi les 2n
nombres i0 + i1 , i1 + i2 , · · · , i2n−1 + i0 , deux quelconques ne sont pas congrus modulo 2n, par suite :

(i0 + i1 ) + (i1 + i2 ) + (i2 + i3 ) + · · · + (i2n−1 + i0 ) = 0 + 1 + 2 + · · · + 2n − 1 = 2n2 − n = n (mod 2n).

D’autre part :

(i0 + i1 ) + (i1 + i2 ) + (i2 + i3 ) + · · · + (i2n−1 + i0 ) = 2(i0 + i1 + i2 + · · · + i2n−1 )


= 2(0 + 1 + 2 + · · · + 2n − 1) = 2n2 − n = 2n(2n − 1) ≡ 0 (mod 2n).

On a ainsi une contradiction, ce qui termine la preuve.


Exemple

Dans une compétition mathématique chaque équipe comporte 6 candidats qu’il faut par-
tager en 3 groupes (2 dans chaque groupe) pour résoudre 3 problèmes. Chaque candidat
peut collaborer avec au moins 3 candidats parmi les 5 autres.
1. Les deux élèves d’un même groupe peuvent-ils collaborer entre eux ?
2. Combien y a-t-il de façons différentes pour partager les 6 candidats en 3 groupes ?

1. On représente les 6 candidats par 6 sommets v1 , v2 , . . . , v6 . Si vi collabore avec vj alors ces deux
sommets sont adjacents. Par hypothèse on a d(vi ) ≥ 3 pour tout i ∈ J1, 6K. D’après le théorème de
Dirac, G contient un cycle hamiltonien C = vi1 vi2 · · · vi3 vi1 . Dans le cycle, deux sommets adjacents
représentent deux candidats qui peuvent collaborer entre eux.
2. Il y a deux façons de faire : les trois groupes sont (vi1 , vi2 ), (vi3 , vi4 ), (vi5 , vi6 ) ; l’autre façon est de
considérer les groupes (vi6 , vi1 ), (vi2 , vi3 ), (vi4 , vi5 ).
Exemple

Dans un royaume le gouvernement compte 2n ministres, mais parmi eux il y a quelque


uns qui ne s’apprécient pas. On suppose que le nombre de ministres qu’un ministre quel-
conque n’appécie pas ne dépasse pas n − 1. Les 2n ministres peuvent-ils se mettre autour
d’une table circulaire de sorte que deux ministres qui ne s’apprécient pas ne soient pas
assis côte à côte ?
248 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

On représente les 2n ministres par 2n sommets. Si deux ministres s’apprécient alors on relie
par une arête les deux sommets correspondants, on obtient ainsi un graphe G. Pour tout sommet
v du graphe G on a :
d(v) ≥ (2n − 1) − (n − 1) = n.

D’après le théorème de Dirac, le graphe G contient un cycle hamiltonien, et on peut arranger les
sommets suivant l’ordre dans le cycle, ce qui donne une solution à notre problème.
Exemple

On suppose que parmi 9 enfants, chacun connaît au moins quatre autres enfants. Peut-on
ranger ces enfants sur une droite de sorte que chaque enfant connaisse l’enfant qui est
assis à côté de lui ?

On représente les 9 enfants par 9 sommets, et on relie par une arête les sommets correspon-
dants à deux enfants qui se connaissent, on obtient ainsi un graphe G. Dans le graphe G, on a
pour deux sommets quelconques v et v ′ :

d(v) + d(v ′ ) ≥ 8.

Donc, par le théorème A, G contient une chaîne hamiltonienne, et on peut ranger les enfants sur
une droite en suivant l’ordre dans la chaîne.
Exemple

Un chef cuisinier utilise 8 ustensiles de cuisine pour préparer des repas. Il peut utiliser
deux ustensiles pour chaque plat. Chaque ustensile peut être utilisé pour au moins 4 plats.
Le chef cuisinier peut-il cuisiner 4 plats de sorte qu’il utilise 8 ustensiles distincts ?

On représente les ustensiles par des sommets, et les plats par les arêtes, on obtient ainsi un
graphe G. Dans le graphe G, le degré de chaque sommet est ≥ 4. Donc, par le théorème de Dirac,
G contient un cycle hamiltonien.
Exemple

Autour d’une table il y a au moins 5 personnes assises. Montrer qu’on peut les permuter
de sorte que chacune d’elle a deux nouveaux voisins.

S’il y a 5 personnes, on les note par ABCDEA, puis on considère la nouvelle position ADBECA,
et le problème est résolu dans ce cas. S’il y a plus de 5 personnes, on relie les deux sommets
correspondants seulement si ils ne sont pas voisins, on obtient ainsi un graphe G. Comme le degré
de chaque sommet est égal à |V (G)| − 3, alors la somme des degrés de deux sommets quelconques
est 2n − 6 où n est le nombre de sommets. Comme n > 5 alors 2n − 6 ≥ n. D’après le théorème de
Ore, G contient un cycle hamiltonien, et on peut placer les personnes en suivant l’ordre dans le
cycle.
Exemple

Peut-on placer les nombres 1, 2, · · · , 9 sur un cercle de sorte que la somme de deux voisins
ne soit jamais divisible par 3, 5, ou 7 ?

Écrivons les neuf nombres sur un cercle et dessinons une arête entre deux nombres dont la
somme n’est multiple ni de 3, ni de 5, ni de 7. On dispose alors d’un graphe dont on doit trouver
un circuit hamiltonien. Mais ceci est facile car 1, 2 et 4 n’ont que deux voisins. On trouve alors
1, 3, 8, 5, 6, 2, 9, 4, 7.
4.9. GRAPHES PLANAIRES 249

4.9 Graphes planaires

Définition (Graphe planaire)

Un graphe G est dit planaire s’il admet une représentation dans le plan euclidien R2 de
sorte que ses arêtes soient des courbes simples, qui ne se croisent pas mutuellement en
dehors de leurs extrémités.

☞ Autrement dit, G est planaire s’il admet, dans le plan, une représentation telle que deux
arêtes n’aient un point commun que si elles sont incidentes à un même sommet. Une telle
représentation de G est appelée représentation plane. Remarquons qu’une représentation
plane d’un graphe planaire G n’est pas unique en général.
Exemple : le figure de gauche est planaire, car il admet la représentation plane donnée par la
figure de droite.

F F
G E G E

H D H D

A C A C
B B

❏ L’étude des représentations planes des graphes planaires utilise souvent le célèbre théorème
de Jordan, qui établit qu’une courbe fermée, simple, sépare le plan en deux régions (une
région du plan est un sous-ensemble ouvert et connexe de R2 ), l’une bornée et l’autre non
bornée, que chacune de ces régions est connexe par arcs et que la courbe est la frontière
commune aux deux régions.
❏ Dans une représentation plane d’un graphe G, le complémentaire, dans R2 , de l’ensemble
des arêtes est partitionné en régions du plan, appelées faces du graphe G. Autrement dit,
une face du graphe est une région maximale (au sens de l’inclusion) qui ne contient ni
sommet qui soit l’extrémité d’une arête, ni de partie d’arête. Une face de graphe planaire
est une zone du plan délimitée par les arêtes.
❏ Par définition, une représentation plane d’un graphe planaire n’admet qu’une seule face
non bornée, qui sera appelée la face extérieure ou face infinie de G.
❏ Une face f d’un graphe connexe G est bordée par une chaîne fermée (non nécessairement
un cycle) du graphe G, appelée frontière de f . La longueur de la face f de G, notée l(f ),
est la longueur de cette chaîne.

Exemple

Montrer que le graphe complet K5 n’est pas planaire.

En effet, supposons que le graphe K5 admette une représentation plane. Soit C un 5-cycle de K5 .
D’après le théorème de Jordan, dans la représentation plane de K5 , le cycle C sépare le plan en
deux régions. Les 5 diagonales de C sont des arêtes de K5 . Parmi ces 5 diagonales, deux d’entre
elles, au plus, peuvent être dessinées à l’extérieur de C et deux, au plus, à l’intérieur de C. On ne
pourra pas donc dessiner la dernière diagonale, sans en croiser une autre.
remarque : on donnera, plus loin, une autre preuve utilisant la formule d’Euler.
250 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

Exemple

Montrer que le graphe biparti complet K3,3 n’est pas planaire.

En effet, supposons que K3,3 admette une représentation plane. Soit {a1 , a2 , a3 } ∪ {b1 , b2 , b3 } la
partition de V (K3,3 ) et soit C le 4-cycle (a1 , b1 , a2 , b2 , a1 ). D’après le théorème de Jordan, C dé-
termine une partition du plan en deux régions. Si on place b3 à l’intérieur (respectivement à
l’extérieur) de C on ne pourra placer a3 ni à l’intérieur, ni à l’extérieur de C.
remarque : on donnera, plus loin, une autre preuve utilisant la formule d’Euler.

✍ Question : Quels sont les graphes planaires ? Existe-t-il une caractérisation pour la plana-
rité d’un graphe en utilisant le fait que K5 et K3,3 ne sont pas planaires.
Cette dernière question a fait l’objet de nombreuses recherches, jusqu’à ce que le mathématicien
polonais Kazimierz Kuratowski (1896-1980) trouve une réponse en 1930. Pour énoncer le théo-
rème de Kuratowski, nous aurons besoin de la définition suivante :
Définition (Homéomorphisme de graphes)

Deux graphes G et G ′ sont homéomorphes si l’on peut obtenir un même graphe en subdi-
visant certaines de leurs arêtes.
Deux graphes sont homéomorphes si, et seulement si, leurs représentations graphiques
usuelles (avec des segments de droites reliant les sommets entre eux) sont homéomorphes
au sens que ce mot a en topologie.

☞ De façon schématique, deux graphes G1 , G2 sont dits homéomorphes si G1 peut être obtenu
en ajoutant quelques nouvelles arêtes à celles de G2 .
☞ Le fait d’ajouter ou de retrancher un certain nombre de sommets de degré 2 ne change pas
le fait qu’un graphe soit planaire ou ne le soit pas.
Théorème de Kuratowski (1930)

Un graphe fini est planaire si, et seulement si, il ne contient pas de sous-graphe homéo-
morphe au graphe complet à 5 sommets K5 ni au graphe biparti complet à 6 sommets K3,3 .
Un graphe homéomorphe à K5 ou à K3,3 est appelé un sous-graphe de Kuratowski.

✍ La formule d’Euler est un outil fondamental pour les graphes planaires.


Théorème : Formule d’Euler (1758)

Soit G un graphe simple planaire connexe dont une représentation planaire possède v
sommets, e arêtes et f faces, alors :

v − e + f = 2.

Si G n’est plus supposé connexe mais possède k composantes connexes, alors :

v − e + f = 1 + k.

Démonstration
On fait un raisonnement par récurrence sur e.
Si G possède un seul sommet, alors v = 1, e = 0, f = 1, et la relation v − e + f = 2 est alors vraie. Si G
a une arête, alors v = 2, e = 1, f = 1, et la relation v − e + f = 2 est alors vraie.
Supposons que le résultat est vrai pour tous les graphes planaires et connexes avec k arêtes, i.e.,
vk − ek + f k = 2. On étudie le cas où G possède k + 1 arêtes.
4.9. GRAPHES PLANAIRES 251

Si on ajoute une nouvelle arête au graphe connexe G avec k arêtes de sorte que G reste toujours
connexe, alors il y a deux cas.
(i) On ajoute un nouveau sommet v ′ qui est adjacent à un sommet v de G comme dans la figure
ci-dessous (à gauche). Alors, vk et ek augmentent de 1, et f k ne change pas. Donc :

(vk + 1) − (ek + 1) + f k = vk − ek + f k = 2.

(ii) On ajoute une nouvelle arête pour relier deux sommets de G comme dans la figure ci-dessous (à
droite). Alors, f k et ek augmentent de 1, et vk ne change pas. Donc :

vk − (ek + 1) + (f k + 1) = vk − ek + f k = 2.

Par hypothèse de récurrence, le théorème est vrai pour toute valeur entière strictement positive de e.

v′
bc

v′ v
bc bc bc bc

bc bc

bc bc bc bc

À l’aide de la formule d’Euler, on peut déterminer le nombre maximal d’arêtes dans un graphe
simple planaire. Comme une face a au moins 3 arêtes, les bords de f faces ont au moins 3f arêtes.
2
De plus, une arête appartient aux bords d’au plus 2 faces, d’où 2e ≥ 3f , ce qui donne f ≤ e. En
3
utilisant la formule d’Euler on déduit que :
2
2 = v − e + f ≤ v − e + e.
3
Par conséquent, on a le théorème :
Théorème
Pour un graphe G connexe, simple, planaire et ayant v ≥ 3 sommets et e arêtes on a la
relation :
e ≤ 3v − 6.

En fait, le théorème ci-dessus est aussi vrai pour les graphes planaires non connexes. Ce ré-
sultat permet de montrer si un graphe est planaire ou ne l’est pas.
Exemple

Montrer que le graphe complet K5 n’est pas planaire.

En effet, v = 5 et e = 10 ne vérifient pas e ≤ 3v − 6, ce qui permet de conclure que K5 n’est pas


planaire.
Exemple

Montrer que K3,3 n’est pas un graphe planaire.

Supposons que K3,3 est un graphe planaire. Comme on choisit de façon arbitraire 3 sommets
dans K3,3 , il doit y avoir 2 sommets qui ne sont pas adjacents entre eux. Par suite, chaque face a
252 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

e
au moins 4 arêtes et sa frontière. Puisque 4f ≤ 2e, alors f ≤ , et par la formule d’Euler on déduit
2
que :
e
2 = v −e+f ≤ v −e+ c’est-à-dire e ≤ 2v − 4.
2

Or, dans K3,3 on a v = 6, e = 9, d’où 9 > 2 × 6 − 4, ce qui donne une contradiction. En conclusion,
K3,3 n’est pas un graphe planaire.

Corollaire B
Tout graphe simple, planaire admet au moins un sommet de degré ≤ 5. Tout graphe simple,
planaire, sans triangle admet au moins un sommet de degré ≤ 3.

☞ Une autre façon de montrer que K3,3 n’est pas planaire est le problème suivant : énigme des
trois maisons.

Exemple

L’énigme des trois maisons est un jeu mathématique dont l’analyse utilise un théorème de
topologie (théorème de Jordan) ou de théorie des graphes (K3,3 n’est pas un graphe pla-
naire). Ce problème n’a pas de solution. Georges Perec le cite en 1978 dans son livre Je me
souviens : « Je me souviens des heures que j’ai passées, en classe de troisième, je crois, à es-
sayer d’alimenter en eau, gaz et électricité, trois maisons, sans que les tuyaux se croisent ».
Cette énigme est déjà posée par Henry Dudeney en 1917 dans son livre Amusements in ma-
thematics. Elle est popularisée par Martin Gardner, qui la présente dans son Sixième livre
de jeux mathématiques.
Un lotissement de trois maisons doit être équipé d’eau, de gaz et d’électricité. La règlemen-
tation interdit de croiser les canalisations pour des raisons de sécurité. Comment faut-il
faire ?

On suppose, par l’absurde, que le graphe connexe des trois maisons et trois fournisseurs (eau, gaz
et éléctricité) est planaire, alors on a v = 6 et e = 9. Il est clair que le graphe est biparti (car on ne
relie pas deux maisons entre elles, ni deux fournisseurs entre eux), donc aucune des faces n’est
un triangle, et la face non bornée n’est pas non plus délimitée par trois arêtes. Donc, toute face
9
utilise au moins 4 arêtes, chacune servant pour deux faces, ainsi 2e ≥ 4f , ce qui donne f ≤ . Or,
2
par la formule d’Euler on a f = 2 + e − v = 5, contradiction
4.9. GRAPHES PLANAIRES 253

Exemple

Combien y a-t-il de types de polyèdres réguliers ? Quels sont leurs nombres d’arêtes, som-
mets et faces ?

Comme chaque sommet dans un polyèdre régulier appartient à au moins 3 faces, lorsque
chaque angle interne au sommet du polyèdre régulier est ≥ 120◦ , il ne peut pas en fait être un
sommet d’un polyèdre régulier. Donc, on ne peut considérer que les polyèdres avec, comme faces,
des pentagones réguliers, des carrés ou des triangles équilatéraux.
(1) Polyèdres construits à partir de pentagones réguliers :
3 3
comme l’angle interne d’un pentagone régulier est π, et π × 4 > 2π, alors chaque sommet est
5 5
5 2 2
de degré 3. D’où 3v = 2e, f = e, et par la formule d’Euler e − e + e = 2. Il est facile de voir
2 3 5
que e = 30, v = 20, f = 12. Donc, il y a un seul polyèdre régulier construit à partir de pentagones
réguliers. C’est le dodécaèdre régulier avec 20 sommets, 30 arêtes et chaque sommet est incident
à 3 arêtes.
(2) On laisse aux lecteurs le soin de vérifier qu’il y a 4 types de polyèdres réguliers construits à
l’aide de carrés ou triangles équilatéraux, il s’agit du cube, du tétraèdre régulier, octaèdre régulier
et l’isocaèdre régulier.
Dans la figure ci-dessous on a de gauche à droite : tétraèdre régulier, cube, octaèdre régulier,
isocaèdre régulier, dodécaèdre régulier.

Nom du polyèdre Nature des faces Faces Sommets Arêtes


Tétraèdre régulier Triangles équilatéraux 4 4 6
Cube Carrés 6 8 12
Octaèdre régulier Triangles équilatéraux 8 6 12
Isocaèdre régulier Triangles équilatéraux 20 12 30
Dodécaèdre régulier Pentagones réguliers 12 20 30

Exemple

On partitionne un carré en n polygones convexes, avec n ∈ N∗ fixé. Quel est le nombre


maximal d’arêtes que peut avoir un tel polygone convexe ?

D’après la formule d’Euler, on sait que lorsqu’un polygone convexe est partitionné en n polygones
alors v − e + n = 1 (puisque f = n + 1). Comme on partitionne ici un carré en n polygones convexes,
alors pour chaque sommet de ces polygones, s’il n’appartient pas au carré, alors il doit être le
sommet d’au moins 3 polygones convexes. On note par A, B, C, D les sommets du carré, et par v
un sommet quelconque (à l’exception de A, B, C, D), alors :

d(v) ≤ 3 [d(v) − 2] .

En calculant la somme de tous les sommets, à l’exception de A, B, C, D, on obtient :

2e − [d(A) + d(B) + d(C) + d(D)] ≤ 3 [2e − (d(A) + d(B) + d(C) + d(D)) − 6(v − 4)] .

D’où
4e ≥ 2 [d(A) + d(B) + d(C) + d(D)] − 6(v − 4).
254 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

Puisque d(A) ≥ 2, d(B) ≥ 2, d(C) ≥ 2 et d(D) ≥ 2, alors 2e ≥ 8 + 3(v − 4). En utilisant la relation
v − e + n = 1, on déduit que :

3(e + 1) = 3v + 3n ≤ 2e + 4 + 3n c’est-à-dire e ≤ 3n + 1.

Montrons que la valeur maximale 3n + 1 est atteinte. On trace n − 1 droites coupant un côté du
carré de sorte que toutes les droites soient parallèles à leurs arêtes adjacentes et divisent le carré
en n rectangles. Le nombre d’arêtes est égal à : 4 + 3(n − 1) = 3n + 1.
En conclusion, le nombre maximal d’arêtes que peut avoir de tels polygones convexes est 3n + 1.

Théorème de Kozyrev et Grinberg (1968)

Si un graphe planaire possède un cycle hamiltonien c, si f i′ est le nombre de polygones à i


côtés et inclus dans c, et si f i′′ est le nombre de polygones à i côtés en en dehors de c, alors
on a :

1 · f 3′ + 2 · f 4′ + 3 · f 5′ + · · · = n − 2;
1 · f 3′′ + 2 · f 4′′ + 3 · f 5′′ + · · · = n − 2;
1 · (f 3′ − f 3′′ ) + 2 · (f 4′ − f 4′′ ) + 3 · (f 5′ − f 5′′ ) + · · · = 0,

où n est le nombre de sommets de G, et aussi la longueur de c.

Supposons qu’il y a d arêtes à l’intérieur de c. Comme G est un graphe planaire, alors ses
arêtes ne s’intersectent pas, et une arête divise la face en deux parties. Ces arêtes mettent les
parties côte à côte dans le graphe. On obtient une nouvelle face à chaque fois qu’on met une arête
dans le graphe. Par suite, d arêtes divisent l’intérieur de c en d + 1 faces. Le nombre total de faces
à l’intérieur de c est égal à :
f 2′ + f 3′ + f 4′ + · · · = d + 1. (1)

On marque chaque polygone à i côtés avec le nombre i. La somme de tous les nombres marqués
sur les faces est égal au nombre d’arêtes qui forment les faces. Chaque arête à l’intérieur de c est
comptée deux fois, mais l’arête sur c est comptée une seule fois, par conséquent :

2 · f 2′ + 3 · f 3′ + 4 · f 4′ + 5 · f 5′ + · · · = 2d + n. (2)

La relation (2) − 2 × (1) donne :

1 · f 3′ + 2 · f 4′ + 3 · f 5′ + · · · = n − 2. (3)

De même, on a la relation suivante :

1 · f 3′′ + 2 · f 4′′ + 3 · f 5′′ + · · · = n − 2. (4)

La relation (3) − (4) donne :

1 · (f 3′ − f 3′′ ) + 2 · (f 4′ − f 4′′ ) + 3 · (f 5′ − f 5′′ ) + · · · = 0.

Exemple

Montrer que le graphe de Grinberg n’admet pas de cycles hamiltoniens.


4.9. GRAPHES PLANAIRES 255

Supposons, par l’absurde, que le graphe de Grinberg contient un cycle hamiltonien, comme il
y a seulement des pentagones, des octogones et des nonagones, alors par le théorème de Kozyrev
et Grinberg on a :
3 · (f 5′ − f 5′′ ) + 6 · (f 8′ − f 8′′ ) + 7 · (f 9′ − f 9′′ ) = 0.
D’où  
7 f 9′ − f 9′′ ≡ 0 (mod 3)
ce qui contredit f 9′ − f 9′′ = 1. Par suite, le graphe de Grinberg n’admet pas de cycles hamiltoniens.
Exemple

Soit G un graphe simple et planaire. Montrer qu’il admet un sommet de degré ≤ 5.


application : le réseau de bus dans une ville comporte n stations. On suppose que chaque
station est connectée à au moins 6 routes, montrer qu’il existe deux routes qui se coupent.

On suppose que G est connexe, sinon on considère une composante connexe. Si le degré de
e 2e
chaque sommet est ≥ 6, alors 6v ≤ 2e, d’où v ≤ . Puisque f ≤ , alors
3 3
e 2e
2 = v −e+f ≤ −e+ = 0,
3 3
une contradiction.
Exemple

Montrer qu’un graphe simple et planaire, avec moins de 30 arêtes, admet un sommet de
degré ≤ 4.

v
X 2
Supposons que le degré de chaque sommet est > 4, alors 2e = d(vi ) ≥ 5v, c’est-à-dire v ≤ e.
5
i=1
6
Puisque e ≤ 3v − 6, alors e ≤ e − 6, ce qui veut dire e ≥ 30, une contradiction.
5
Exemple

Montrer que dans un graphe simple et planaire avec 6 sommets et 12 arêtes, chaque face
est entourée par 3 arêtes.
256 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

2e
D’après la formule d’Euler, f = 2 + e − v = 8. Comme il y a = 3 arêtes sur chaque face en
f
moyenne, et puisqu’il y a au moins 3 arêtes sur chaque face, alors il y a 3 arêtes sur chaque face.
Exemple

Soit G un graphe avec au moins 11 sommets, et G son compémentaire, i.e., G a les mêmes
sommets que G et toutes les arêtes possibles mais qui ne sont pas dans G . Montrer que G
ou G n’est pas un graphe planaire.

Supposons que G et G sont tous les deux planaires. Le nombre de sommets dans G et G est
1
v, et le nombre d’arêtes est e et e ′ respectivement. Alors, e + e ′ = v(v − 1). En additionnant les
2
inégalités e ≤ 3v − 6 et e ′ ≤ 3v − 6 on obtient :
1
v(v − 1) = e + e ′ ≤ 6v − 12, v 2 − 13v + 24 ≤ 0, v ≤ 11,
2
en contradiction avec les hypothèses.
Exemple

Supposons que chaque sommet d’un polyèdre convexe est adjacent à tous les autres som-
mets. Montrer que, à l’exception du tétraèdre, un tel polyèdre convexe n’existe pas.
!
n
Il y a arêtes dans un polyèdre convexe à n sommets et chaque face contient au moins 3
2 !
2 n
arêtes. Donc, le nombre de faces du polyèdre ne dépasse pas . D’après la formule d’Euler :
3 2
! !
2 n 2 n
n+ ≥ + 2.
3 2 3 2

En simplifiant on arrive à n2 − 7n + 12 ≤ 0, c’est-à-dire (n − 3)(n − 4) ≤ 0 ; n peut prendre seulement


les valeurs 3 et 4.
Exemple

Si un polyèdre avec n arêtes existe, quelle est la plus grande valeur possible pour n ?

On représente les sommets du polyèdre par les sommets d’un graphe, et les arêtes du polyèdre
par les arêtes du graphe. On obtient ainsi un graphe connexe planaire. D’où, v ≥ 4, f ≥ 4. D’après
la formule d’Euler on a : e = v + f − 2 ≥ 6, ceci veut dire qu’il n’existe pas de polyèdre dont le
nombre d’arêtes est plus petit que 6. S’il existe un graphe avec e = 7, alors 3f ≤ 2 × 7; f = 4. Or, un
polyèdre avec 4 faces peut contenir seulement 6 arêtes, donc il n’existe pas de polyèdre à 7 arêtes.
Considérons k ≥ 4, la pyramide dont la base est un polygone à k arêtes est un polyèdre avec 2k
arêtes. On coupe un coin de la pyramide dont la base est un polygone avec k−1 arêtes pour obtenir
un polyèdre avec 2k + 1 arêtes. En conclusion, pour n ≥ 6 et n , 7, il existe un polyèdre avec n
arêtes.
Exemple

Un polyèdre convexe possède 10n faces. Montrer qu’il existe n faces qui ont le même
nombre d’arêtes.

Supposons qu’un polyèdre convexe contient x sommets et les 10n faces contiennent

C1 , C2 , ··· , C10n
4.10. LE PROBLÈME DES QUATRE COULEURS 257

sommets et a1 , a2 , · · · , a10n arêtes respectivement. Le nombre d’arêtes du polyèdre convexe est égal
10n 10n 10n
1X 1X 1X
à ai . D’après la formule d’Euler : 10n + x = ai + 2. Puisque x ≤ ai , alors :
2 2 3
i=1 i=1 i=1

10n 10n 10n


1X 1X X
ai + 2 − 10n ≤ ai c’est-à-dire ai ≤ 60n − 12.
2 3
i=1 i=1 i=1

Si parmi 10n faces il n’y a pas n faces dont les nombres d’arêtes sont égaux, alors :
10n
X
ai ≥ (3 + 4 + · · · + 12)(n − 1) + 13 × 10 = 75n + 55 > 60n − 12,
i=1

une contradiction. En conclusion, il y a au moins n faces dont le nombre d’arêtes est le même.
Exemple

Soit S = {x1 , x2 , . . . , xn } (avec n ≥ 3) l’ensemble des sommets sur le plan. La distance entre
deux sommets quelconques est ≥ 1. Montrer qu’il y a au plus 3n − 6 paires de sommets
dont la distance, entre les deux sommets formant la paire, est égale à 1.

On trace un graphe G = (V , E) avec V = {x1 , x2 , · · · , xn }. Dans le graphe, deux sommets xi et xj


sont adjacents si, et seulement si, d(xi , xj ) = 1. Supposons que le graphe G contient deux arêtes
distinctes AB et CD se coupant en O.
b b

D B

O
b

Ab C
b

1
Puisque d(A, B) = d(C, D) = 1, on peut supposer, sans perte de généralité, que d(O, A) ≤ , d(O, C) ≤
2
1
et l’angle entre AB et CD est θ, alors :
2
q
d(A, C) = d(O, A)2 + d(O, C)2 − 2d(O, A) × d(O, C) cos θ.

1 1
Par la condition ci-dessus, seulement lorsque θ = π, d(O, A) = , d(O, C) = , alors d(A, C) = 1.
2 2
Mais alors, dans ce cas, A coïncide avec D et B coïncide avec C, ceci veut dire que AB et DC sont
en fait la même arête, contradiction avec l’hypothèse qu’il existe deux arêtes distinctes. À part
ce cas, on a d(A, C) < 1. En contradiction avec l’hypothèse que la distance entre deux sommets
quelconques est ≥ 1. En résumé, G est un graphe planaire et le nombre d’arêtes de G est ≤ 3n − 6.

4.10 Le problème des quatre couleurs


Résolu en 1976 par Kenneth Appel et Wolfgang Haken de l’université d’Illinois, le problème
des quatre couleurs offre une triple particularité : sa popularité, due à la simplicité suggestive de
son énoncé ; les nombreux efforts faits pour le résoudre, qui ont fécondé toute la branche de la
258 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

théorie des graphes ; sa solution, enfin, qui n’a pu être obtenue qu’avec l’aide très considérable de
l’ordinateur : c’est le premier théorème général établi par cette voie.
Position du problème : On veut colorier une carte géographique tracée sur le plan (ou la sphère)
de manière que 2 régions voisines soient toujours de couleurs différentes. Précisons que chaque
région est connexe (d’un seul tenant) et que deux régions voisines ont au moins une ligne frontière
en commun. Dans ces conditions, les cartographes ont constaté que toute carte pouvait être colo-
riée avec quatre couleurs au plus. C’est cette proposition, appelée conjecture des quatre couleurs,
qui a été démontrée par Kenneth Appel et Wolfgang Haken.
Théorème
Tout graphe planaire admet une 4-coloration (des sommets).

Exemple

Voici une carte de la région Rhône-Alpes, qui se compose de huit départements. Les pré-
fectures sont marquées sur cette carte. Montrer qu’il est possible de colorier cette carte
avec trois couleurs seulement, ou quatre si l’on compte la couleur blanche qui entoure la
carte. La règle étant que 2 départements qui ont un bout de frontière en commun soient
colorés dans des couleurs différentes.

On dessine un graphe où les sommets correspondent aux départements (ou à leur préfecture,
par exemple) désignés par leur première lettre. Les arêtes relient les départements qui ont un
morceau de frontière commun et doivent donc être colorés différemment. On a marqué entre
parenthèses la couleur utilisée pour chaque sommet, et, on voit que trois couleurs : rouge, noir,
jaune, ont suffi. Par exemple G(n) veut dire que Grenoble est colorée en noir, P(j) veut dire que
Privas est colorée en jaune.

A(n) C(j)

B(r) G(n)

L(j) V(r)

S(r) P(j)
4.11. THÉORIE DE RAMSEY 259

On se contente de montrer ici que tout graphe planaire est 6-colorable. Pour le cas 5-colorable, la
preuve est beaucoup plus technique, nous l’omettons dans ce livre.
Théorème
Tout graphe planaire admet une 6-coloration.

Démonstration
Soit G un graphe planaire d’ordre n. On fait une preuve par récurrence sur n. Le résultat est vrai
pour les graphes d’ordre ≤ 6. Soit n > 6, on suppose que le résultat est vrai pour les graphes planaires
d’ordre n − 1. Soit maintenant G un graphe planaire d’ordre n. D’après le corollaire B, le graphe
G admet un sommet v de degré au plus 5. Soit G ′ = G \ v, en vertu de l’hypothèse de récurrence,
G ′ admet une 6-coloration. Le degré de v étant ≤ 5, les voisins de v utilisent au plus 5 couleurs
différentes, et donc on peut associer la dernière couleur à v.

4.11 Théorie de Ramsey


En combinatoire, la théorie de Ramsey, nommée d’après le mathématicien et logicien anglais
Frank Ramsey (1903-1930), tente typiquement de répondre à des questions de la forme : « com-
bien d’éléments d’une certaine structure doivent être considérés pour qu’une propriété particu-
lière se vérifie ? »
Le premier exemple de résultat de cette forme est le principe des tiroirs, énoncé par Dirichlet
en 1834. Supposons, par exemple, que n chaussettes soient rangées dans m tiroirs. Existe-t-il une
valeur de l’entier n à partir de laquelle nous puissions être sûrs qu’il existe au moins un tiroir
contenant au moins deux chaussettes ? La réponse donnée par le principe des tiroirs est que c’est
le cas dès que n > m. Le théorème de Ramsey généralise ce principe.
Un résultat typique dans la théorie de Ramsey commence par considérer une certaine structure
mathématique, qui est alors découpée en morceaux. Quelle doit être la grandeur de la struc-
ture d’origine afin d’assurer qu’au moins un des morceaux possède une certaine propriété ? Par
exemple, considérons un graphe complet d’ordre n, c’est-à-dire ayant n sommets reliés à chaque
autre sommet par une arête (un graphe complet d’ordre 3 s’appelle un triangle). Colorons mainte-
nant chaque arête en rouge ou bleu. Quelle grandeur n doit-il avoir afin d’assurer, quelle que soit
la coloration choisie, l’existence d’au moins un triangle bleu ou un triangle rouge ? On peut dé-
montrer que la réponse est 6. Ce résultat peut se reformuler de la manière suivante : à une soirée
à laquelle se rendent au moins six personnes, il y a au moins trois personnes qui se connaissent
mutuellement ou au moins trois qui sont étrangères les unes aux autres.

Exemple

Dans l’espace, il y a 6 points tels que 3 quelconques parmi eux ne sont pas alignés, et
4 quelconques parmi eux ne sont pas sur un plan. On relie les 6 points, deux à deux,
pour former 15 segments. On utilise la couleur rouge ou la couleur verte pour colorier ces
segments (un segment ne peut être colorié qu’une seule fois). Montrer qu’avec n’importe
quel coloriage, il existe toujours un triangle monochromatique ( i.e. les 3 côtés sont de la
même couleur). (Putnam)

Soient A1 , A2 , · · · , A6 les six sommets. Considérons les cinq segments A1 A2 , A1 A3 , · · · , A1 A6 is-


sus de A1 . Comme il y a seulement deux couleurs pour colorier cinq segments, alors il doit y avoir
trois segments de même couleur. Supposons, sans perte de généralité, qu’il s’agit des segments
A1 A2 , A1 A3 , A1 A4 qui sont en rouge (on représente une arête rouge par un trait continu et une
arête verte par un trait en pointillés. Si le triangle A2 A3 A4 est vert (figure à gauche), alors c’est
260 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

un triangle monochromatique. Si dans le triangle A2 A3 A4 il y a au moins une arête (par exemple


A2 A3 ) qui est rouge (voir figure à droite), alors le triangle A1 A2 A3 est monochromatique. Donc,
dans tous les cas on a un triangle monochromatique.
A1 A1
b b

A2 A4 A2 A4
b b b b

b b

A3 A3

☞ À partir de l’exemple ci-dessus, on peut facilement voir que lorsque n ≥ 6, on utilise deux
couleurs pour colorier toutes les arêtes de Kn . On appelle Kn un graphe complet bicolore.
Dans un graphe complet bicolore il y a un triangle monochromatique.
☞ La figure ci-dessous montre un graphe complet bicolore K5 et ne contenant aucun triangle
monochromatique.

b b

b b

Théorème C
Si un graphe complet bicolore Kn contient un triangle monochromatique, alors n ≥ 6.

Exemple

Montrer qu’il est impossible de colorier K10 avec 4 couleurs de sorte que n’importe quel
sous-graphe K4 de K10 contienne toutes les 4 couleurs.

On fait un raisonnement par l’absurde. Supposons qu’il existe une telle coloration. Si un sommet
A est adjacent à 4 arêtes de même couleur, disons verte, on les note AB, AC, AD, AE. Parmi les
arêtes reliant B, C, D, E il doit forcément y avoir une arête verte, disons qu’il s’agit de BC. Alors,
il y a 4 arêtes vertes reliant A, B, C, D, et les deux autres arêtes restantes sont coloriées avec les
3 autres couleurs, une contradiction. Donc, le sommet A doit être adjacent à au plus 3 arêtes de
même couleur. Supposons, sans perte de généralité, que AB, AC, AD sont tous de couleur verte. Il
y a 6 arêtes reliant A, B, C, D, d’où les 3 arêtes restantes sont coloriés de couleurs différentes. Il n’y
a pas d’arête verte parmi AB, BD, CD.
Considérons les 6 sommets restants. D’après le théorème précédent, le graphe doit contenir un
triangle vert ou un triangle sans côté vert. S’il y a 3 sommets E, F, G avec aucune arête verte
les reliant, alors il n’y a pas d’arête verte reliant A, E, F, G, contradiction. Donc, sans perte de
généralité, soit EFG un triangle vert. Comme il n’y a pas d’arêtes vertes reliant B, C, D, E, il doit y
4.11. THÉORIE DE RAMSEY 261

avoir une arête verte parmi BE, CE, DE. Supposons que BE est verte, alors il doit y avoir 4 arêtes
vertes reliant B, E, F, G, c’est aussi une contradiction.
Exemple

Dans l’espace, on se donne un ensemble de 9 points tels que 4 quelconques d’entre eux ne
soient pas coplanaires. Chaque paire de ces points définit une arête, et chaque arête est
soit coloriée en bleu, soit coloriée en rouge, soit non coloriée.
Trouver le plus petit entier n tel que, quelle que soit la façon dont on colorie exactement n
arêtes, l’ensemble de ces arêtes coloriées contient un triangle ayant ses 3 côtés de la même
couleur. (OIM, 1992)

Par hypothèse il n’y a pas 4 points coplanaires, donc 3 points quelconques parmi les 9 ne
sont pas alignés, on a alors un problème de théorie des graphes planaires. Le problème peut se
reformuler de la façon suivante : il y a 9 points dans le plan, et parmi eux 3 points quelconques
ne sont pas alignés, et on a 36 segments. Combien de segments doit-on prendre de sorte qu’il
existe un triangle monochromatique lorsqu’on colorie le graphe avec deux couleurs et de façon
arbitraire ?
On va construire un graphe bicolore avec 9 sommets et 32 arêtes. On colorie les arêtes reliant
v1 à v2 , v3 , v8 , v9 en rouge (trait continu), et on colorie les arêtes reliant v1 et v4 , v5 , v6 , v7 en bleu
(trait en pointillés). On divise les sommets (à l’exception de v1 ) en quatre groupes : (1) (v2 , v3 ) ;
(2) (v4 , v5 ) ; (3) (v6 , v7 ) ; (4) (v8 , v9 ). On appelle (1) et (2) ; (2) et (3) ; (3) et (4) des groupes adjacents.
À l’exception de v1 , deux sommets appartenant à un groupe ne sont pas adjacents (i.e. non reliés
entre eux) ; deux sommets appartenant à deux groupes différents et adjacents sont reliés par une
arête rouge (trait continu) et deux sommets appartenant à deux groupes différents et qui ne sont
pas adjacents sont reliés par une arête bleue (trait en pointillés). La figure ci-dessous montre qu’il

y a 92 − 4 = 32 arêtes dans le graphe G qui contient 16 arêtes rouges et 16 arêtes bleues. Il n’est
pas difficile de voir que G ne contient aucun triangle monochromatique. Donc, n ≥ 33.
v1
b

v9
v2
b b

v8
b b v3

b b

v7 v4

b b

v6 v5

Montrons maintenant que n ≥ 33. Supposons que les 33 arêtes ont été coloriées, alors que 3 ne le
sont pas encore. On note e1 , e2 , e3 ces trois arêtes. Choisissons une extrémité v1 , v2 , v3 de e1 , e2 , e3
respectivement. Puis, on enlève les 3 sommets de K9 et les 6 sommets restants d’un graphe K6 .
D’où, si on colorie le graphe en bleu et en rouge, le graphe doit contenir un triangle monochro-
matique. En conclusion, la réponse est n = 33.
⋄ Pour généraliser le théorème C, on a besoin tout d’abord d’accroître le nombre de couleurs. On
utilise k couleurs c1 , c2 , · · · , ck pour colorier le graphe complet Kn . On appelle le graphe complet
Kn un graphe complet k-colore si chaque arête est coloriée avec une couleur. On peut imaginer
262 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

que si n est très grand, le graphe complet k-colore Kn doit contenir un triangle monochromatique.
On note par rk le plus petit entier n qui vérifie cette propriété. Dans le théorème C on a montré
que r2 = 6. Il est clair que r1 = 3. L’existence de rk a été montrée par le mathématicien et logien
anglais Ramsey. On appelle rk le nombre de Ramsey. Les valeurs de rk actuellement connues sont
r1 = 3, r2 = 6, r3 = 17 et c’est tout ! On a le théorème suivant :
Théorème D

1 Pour tout k ∈ N∗ , le nombre de Ramsey rk existe. De plus on a :

rk+1 ≤ (k + 1) (rk − 1) + 2.

2 Pour tout k ∈ N∗ on a :
rk ≤ ⌊k! e⌋ + 1.

1. Soit G un graphe complet de (k + 1)(rk − 1) + 2 sommets, où on utilise k + 1 couleurs. Soit v un


de ses sommets : il est à l’extrémité de (k + 1)(rk − 1) + 1 arêtes, et d’après le principe des tiroirs au
moins rk d’entre elles sont de la même couleur (supposons que c’est rouge). Soit E l’ensemble des
rk sommets, autres que v, à leur extrémité. Si le graphe complet défini par E comporte une arête
rouge entre deux points u et w, alors uvw est un triangle monochromatique. Sinon, les arêtes de
E sont marquées par seulement k couleurs, donc par définition de rk on peut trouver un triangle
monochromatique avec les arêtes de E. On a montré que, dans tous les cas, G comporte un triangle
monochromatique, d’où l’inégalité : rk+1 ≤ (k + 1)(rk − 1) + 2.
r −1 r −1 1
2. L’inégalité dans 1 peut s’écrire sous la forme : k+1 ≤ k + , donc par sommation,
(k + 1)! k! (k + 1)!
et puisque r1 = 3, on déduit que :

rk − 1 1 1 1
≤ 1 + + + ··· + ≤ e,
k! 1! 2! k!
d’où rk ≤ ⌊k! e⌋ + 1.
D’après le théorème D on sait que : r3 ≤ 3(r2 − 1) + 2 = 3 × 5 + 2 = 17. Montrons qu’effectivement
r3 = 17 :
Exemple

Parmi 17 scientifiques chacun est en correspondance avec tous les autres. Dans leurs
échanges de lettres ils ne traitent que 3 sujets et un scientifique sur deux ne traite qu’un
seul sujet. Démontrer qu’il y a au moins trois scientifiques qui traitent un seul et même
sujet. (OIM, 1964)

Fixons un sommet A dans le graphe à 17 sommets. Il y a au moins 6 arêtes parmi les 16


commençant en A qui ont la même couleur, disons rouge. Appelons B1 , B2 , · · · , B6 les extrémités
de ces 6 arêtes. Si l’une des arêtes reliant ces sommets (disons B1 B2 ) est rouge, alors AB1 B2 est un
triangle monochromatique, et c’est fini.
S’il n’y a pas d’arêtes reliant deux sommets quelconques parmi B1 , B2 , · · · , B6 , alors toutes les arêtes
sont bleues ou jaunes, le théorème C permet de dire qu’il n’y a pas de triangles monochromatique
parmi eux.
Exemple (Généralisation)

Soit a1 = 3 et an = nan−1 − (n − 2) pour n > 1. Si le graphe complet à an sommets est colorié


avec n couleurs, alors il admet un triangle monochromatique.

En effet : on fait un raisonnement par récurrence. Pour n = 1 c’est le théorème C, et pour


n = 3 c’est le problème de l’OIM 1964 ci-dessus. Supposons le résultat vrai jusqu’au rang n − 1 et
4.11. THÉORIE DE RAMSEY 263

montrons le au rang n. Considérons un graphe à an sommets et colorié avec n couleurs. On fixe


un sommet A. Les an − 1 = nan−1 − n + 1 arêtes partant de A sont aussi coloriés avec n couleurs,
donc il y a au moins an−1 qui ont la même couleur. Soient B1 , B2 , · · · , Ban −1 les extrémités des an−1
arêtes avec la même couleur (disons rouge) et partant de A. S’il y a une arête rouge parmi elles
(disons celle entre Bi et Bk ), alors ABi Bk est un triangle rouge, et le résultat est prouvé. S’il n’y
a pas d’arêtes rouges parmi B1 , B2 , . . . , Ban −1 , alors c’est un sous-graphe de an−1 sommets coloriés
avec n − 1 couleurs, et ainsi par l’hypothèse de récurrence, admet un triangle monochromatique.
On peut montrer que : an = ⌊n! e⌋ + 1.
⋄ On va maintenant généraliser le théorème C en introduisant les nombres de Ramsey bicolores.
Soit Gn un graphe complet à n sommets. On appelle k-clique tout sous-graphe de Gn à k sommets.
On se pose le problème suivant :
Problème

si p et q sont deux entiers ≥ 2, existe-t-il un plus petit entier naturel n = R(p, q) tel que, pour
toute coloration de Gn à l’aide de deux couleurs rouge et vert (une couleur pour chaque arête), il
y ait toujours au moins une p-clique rouge ou une p-clique verte ?

Ce problème a été résolu en 1928 par Ramsey qui a prouvé l’existence des nombres R(p, q)
pour tous entiers p, q ≥ 2. Ces nombres R(p, q) sont appelés les nombres de Ramsey bicolores, et
ils vérifient, par définition, les égalités : R(p, q) = R(q, p) et R(p, 2) = p ∀p ≥ 2.
Exemple

Montrer que R(3, 3) = 6.

On doit construire un graphe ayant le plus grand nombre de sommets qui, pour une coloration
convenable, ne contienne aucune 3-clique rouge, ni de 3-clique verte.

b A
b

B F
b b
b b

C E
b b b b

La figure ci-haut à gauche donne une coloration de G5 sans aucun triangle (3-clique) monochro-
matique. D’autre part, soient A, B, C, D, E et F les sommets d’un graphe complet G6 (figure ci-haut
à droite). D’après le principe des tiroirs, une des deux couleurs (disons rouge) est utilisée pour
colorier trois au moins des segments AB, AC, AD, AE et AF. Supposons, sans perte de généralité,
que les segments AB, AC et AD sont coloriés en rouge. Considérons maintenant les trois segments
BC, CD et BD. Si un des ces segments est colorié en rouge (disons par exemple BC), alors le tri-
angle ABC est alors rouge. Si par contre les trois segments sont coloriés en vert, alors le triangle
BCD est vert. En conclusion on a : R(3, 3) = 6. Comme conséquence on a le résultat suivant :
Exemple

Montrer que dans une réunion de 6 personnes, il y a au moins 3 personnes se connaissant


mutuellement, ou 3 personnes complètement étrangères l’une à l’autre. (Hongrie)
264 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

⋄ La détermination explcite des nombres de Ramsey bicolore R(p, q) est très difficile pour p et
q ≥ 3. D’ailleurs, le grand mathématicien Erdős disait : « imaginez une force extraterrestre, vi-
goureuse et plus puissante que nous qui atterrit et demande la valeur de R(5, 5) où sinon ils
détruiront notre planète. Dans ce cas, nous devrions regrouper l’ensemble des ordinateurs et tous
nos mathématiciens pour trouver la valeur. Mais supposons, par contre, qu’ils demandent la va-
leur R(6, 6), nous devrions alors tenter de détruire les extraterrestres ». Cependant, on a quelques
estimations comme par exemple le théorème suivant :
Théorème d’Erdős-Szekeres (1935)

Pour tous les entiers p, q ≥ 2 on a :

R(p, q) ≤ R(p − 1, q) + R(p, q − 1).

On pose n = R(p − 1, q) + R(p, q − 1), alors il suffit de montrer que, pour toute coloration de Gn
en rouge et vert, il existe au moins une p-clique verte ou une q-clique rouge. Si on fixe un sommet
x de Gn , alors il est l’extrémité de n − 1 = R(p − 1, q) + R(p, q − 1) − 1 arêtes dans Gn . Donc, il y a au
moins R(p − 1, q) arêtes vertes ou R(p, q − 1) arêtes rouges parmi ces n − 1 arêtes. On suppose, sans
perte de généralité, qu’il s’agit de la première possibilité (i.e. R(p − 1, q) arêtes vertes). On désigne
par A l’ensemble des sommets de Gn , autres que x, qui sont l’extrémité de l’une de ces R(p − 1, q)
arêtes vertes, alors |A| = R(p − 1, q). Par définition des nombres de Ramsey bicolores, on en déduit
que le graphe complet engendré par les sommets appartenant à A contient soit une (p − 1)-clique
verte, soit une q-clique rouge. Par conséquent, le graphe complet engendré par les sommets de
A ∪ {x} contient au moins une p-clique verte ou une q-clique rouge.
Corollaire
Pour tous les entiers p, q ≥ 2, on a :
!
p+q−2
R(p, q) ≤ .
p−1

On fait un raisonnement par récurrence sur p + q. On sait que pour tout p ≥ 2 on a :


!
p
R(p, 2) = R(2, p) = p = .
p−1

Supposons que le résultat est vrai pour tous p, q ≥ 3 tels p + q = n. On suppose, à présent, que p et
q sont des entiers tels que p + q = n + 1, alors
! ! !
p+q−3 p+q−3 p+q−2
R(p, q) ≤ R(p − 1, q) + R(p, q − 1) ≤ + = .
p−2 p−1 p−1

Théorème
Pour tous entiers p, q ≥ 2 tels que R(p − 1, q) et R(p, q − 1) soient pairs on a :

R(p, q) ≤ R(p − 1, q) + R(p, q − 1) − 1.

On pose n = R(p − 1, q) + R(p, q − 1), et on fixe un sommet x de Gn . Le sommet x est l’extrémité


de n − 1 arêtes dans Gn . Si R(p − 1, q) au moins de ces arêtes sont vertes, ou R(p, q − 1) au moins des
arêtes sont rouges, alors c’est fini d’après le corollaire précédent. Si, par contre, il y a exactement
R(p −1, q)−1 arêtes vertes et R(p, q−1)−1 arêtes rouges et ceci pour tous les sommets x de Gn , alors
n
Gn contient au total : [R(p − 1, q) − 1] arêtes vertes, impossible car ce nombre n’est pas entier.
2
4.11. THÉORIE DE RAMSEY 265

Exemple

Montrer que R(3, 4) = 9. Autrement dit : montrer que parmi 9 personnes, il y en a trois qui
se connaissent deux à deux, ou quatre qui ne se connaissent jamais deux à deux. Montrer
que le résultat est faux pour un nombre strictement inférieur à 9.

On sait que R(2, 4) = 4, et que R(3, 3) = 6. De plus, par le théorème précédent on a : R(3, 4) ≤
4 + 6 − 1 = 9. D’autre part, la figure ci-dessous montre une coloration de G8 sans aucune 3-clique
rouge, ni de 4-clique verte (en trait continu c’est la couleur rouge ; et en pointillés la couleur
verte) :

A H
b b

B
b b G

C b b
F

b b

D E

⋄ De la même façon, on a les deux résultats suivants :

Exemple

La valeur R(4, 4) = 18 pose le problème suivant : parmi 18 personnes, il y en a 4 qui se


connaissent toutes ou 4 qui ne se connaissent pas deux à deux. Pour 17 personnes, ceci
n’est pas forcément vrai.

Exemple

La valeur R(3, 6) = 18 pose le problème suivant : parmi 18 personnes, il y en a 3 qui se


connaissent toutes ou 6 qui ne se connaissent pas deux à deux. Pour 17 personnes, ceci
n’est pas forcément vrai.

⋄ Pour les valeurs connues de R(p, q) on les donne sous la forme du tableau suivant :

valeur de q
1 2 3 4 5 6 7
valeur de p
1 1 1 1 1 1 1 1
2 1 2 3 4 5 6 7
3 1 3 6 9 14 18 23
4 1 4 9 18 × × ×
5 1 5 14 × × × ×
6 1 6 18 × × × ×
7 1 7 23 × × × ×

❏ Nombres de Ramsey multicolores :


pour k ≥ 3, le nombre de Ramsey multicolore R(p1 , p2 , · · · , pk ) est le plus petit entier positif
n tel que, pour toute coloration du graphe complet Gn à l’aide de k couleurs : couleur 1,
couleur 2, · · · , couleur k, il existe au moins une couleur i et une pi -clique colorée à l’aide
de la couleur i.
266 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

Exemple

On partage l’ensemble {1, 2, 3, 4, 5}, de façon arbitraire, en deux sous-ensembles A et B.


Montrer qu’il est possible de trouver deux nombres dans un sous-ensemble tels que leur
différence soit égale à un nombre de ce même sous-groupe.

On choisit 6 sommets et on les nomme 1, 2, 3, 4, 5, 6. Pour deux sommets quelconques i > j, on


a toujours : 1 ≤ i − j ≤ 5. Pour les deux sommets i > j, si i − j ∈ A, alors on colorie l’arête ij en
rouge ; si i − j ∈ B on colorie l’arête ij en vert. On obtient ainsi un graphe complet bicolore K6 . On
sait que K6 contient un triangle monochromatique ijk (avec i > j > k), ceci veut dire que les trois
nombres :
a = i −k b = i −j c = j −k
sont dans le même groupe et en plus : a − b = (i − k) − (i − j) = j − k = c.
remarque : il est possible que b = c, et alors a = 2b. L’exercice peut s’écrire alors sous la forme : on
divise l’ensemble {1, 2, 3, 4, 5}, de façon arbitraire, en deux sous-ensembles A et B. Montrer qu’il
est possible de trouver un nombre dans un sous-ensemble de sorte qu’il est le double d’un autre
nombre dans le sous-ensemble, ou la somme de deux nombres dans le même sous-ensemble.
❏ Un triangle hétérochromatique est un triangle dont les 3 côtés sont coloriés avec 3 cou-
leurs distinctes. On donne une illustration dans l’exemple suivant :
Exemple

Il y a 3n + 1 personnes inscrites dans un club. Chaque deux personnes peuvent jouer à l’un
des trois jeux suivants : échec, dame, ping-pong. On sait que chacun doit jouer aux échecs
avec n personnes, aux dames avec n personnes, et au ping-pong avec n personnes. Montrer
que parmi les 3n+1 personnes, il y a forcément 3 personnes qui sont respectivement joueur
d’échec, joueur des dames, et joueur de ping-pong.

On représente les 3n + 1 personnes par 3n + 1 sommet. Si deux personnes jouent aux échecs alors
on relie les sommets correspondants par une arête rouge. Si deux personnes jouent aux dames
alors on relie les sommets correspondants par une arête bleue. Si deux personnes jouent au ping-
pong alors on relie les sommets correspondants par une arête noire. On obtient ainsi un graphe
complet 3-colore K3n+1 . On doit montrer qu’il y a un triangle hétérochromatique dans K3n+1 .
Si deux arêtes ayant pour extrémité un sommet commun ne sont pas de la même couleur, alors
on dit que l’angle formé par ces deux arêtes est un angle hétérochrome. Un triangle hétérochrome
est un triangle dont les trois angles sont hétérochromes. Chaque sommet est adjacent à 3n arêtes,
qui sont n rouges, n bleues et n noires respectivement. Donc, le nombre d’angles hétérochromes

induits par un sommet est égal à : 32 n2 = 3n2 . Le graphe complet 3-colore K3n+1 contient 3n2 (3n+
1) angles hétérochromes en tout. D’autre part, le graphe complet K3n+1 contient
!
3n + 1 n(3n + 1)(3n − 1)
=
3 2
triangles en tout. On souhaite appliquer le principe des tiroirs avec ces triangles comme étant les
tiroirs, et les angles hétérochromes comme étant les chaussettes.
Puisque 3n2 (3n + 1) > n(3n + 1)(3n − 1), le nombre d’angle hétérochromes dans le graphe complet
3-colore K3n+1 est plus grand que le double du nombre de triangles, alors par le principe des
tiroirs il doit y avoir un triangle avec 3 angles hétérochromes.
Exemple

Il y a 100 invités dans une salle de réception. Chacun des invités connaît au moins 67 per-
sonnes. Montrer que parmi ces 100 invités il y a 4 personnes telles que deux quelconques
parmi elles se connaissent. (Pologne)
4.11. THÉORIE DE RAMSEY 267

On représente les 100 invités par 100 sommets A1 , A2 , · · · , A100 . On relie chaque deux som-
mets par une arête et on la colorie soit en rouge soit en bleu. L’arête reliant Ai et Aj est rouge si, et
seulement si, Ai et Aj se connaissent mutuellement. On doit montrer que dans le graphe complet
bicolore K100 , si le nombre d’arêtes rouges partant de chaque sommet est ≥ 67, alors K100 contient
un sous-graphe complet K4 .
Soit A1 un sommet. Le nombre d’arêtes rouges issues de ce sommet est ≥ 67, donc il existe forcé-
ment une arête rouge A1 A2 . Puisque le nombre d’arêtes rouges issues de A2 est ≥ 67, le nombre
d’arêtes bleues issues de A1 et A2 est ≤ 32 × 2 = 64. Ils donnent lieu à 66 sommets et il doit exister
un sommet, disons A3 , de sorte que A1 A3 et A2 A3 soient des arêtes rouges. Le nombre d’arêtes
bleues issues de A1 , A2 , A3 est ≤ 32 × 3 = 96 et ces arêtes bleues donnent lieu à 99 sommets. Il doit
y avoir un sommet A4 de sorte que A1 A4 , A2 A4 , A3 A4 soient des arêtes rouges. Par conséquent, le
sous-graphe complet K4 de sommets A1 , A2 , A3 , A4 est rouge.
Exemple

On se donne un prisme dont les deux bases A1 A2 A3 A4 A5 et B1 B2 B3 B4 B5 sont des penta-


gones. Chaque côté de ces deux bases ainsi que chaque segment Ai Bj , pour 1 ≤ i ≤ 5 et
1 ≤ j ≤ 5, est colorié soit en rouge soit en vert. On suppose que tous les triangles dont les
trois sommets sont des sommets du prisme et dont les trois côtés sont colorés ont deux
côtés de couleurs différentes. Montrer que les dix côtés formés par les deux bases de ce
prisme sont de la même couleur. (OIM, 1979)

Bi Bk
b b

P
A3
b
P
A1
b

z
P
b
A2

On appelle un segment coloré une arête. On montre, tout d’abord, que toutes les 5 arêtes des bases
inférieure et supérieure ont la même couleur. Supposons, par l’absurde, que la base inférieure
possède une arête rouge et une autre arête verte.
Soit A2 le sommet commun de l’arête rouge A1 A2 , et de l’arête verte A2 A3 (voir figure). Il y a 3
arêtes de la même couleur (par exemple rouge) parmi les arêtes entre A2 et les 5 sommets de la
base supérieure. Comme chaque 3 arêtes d’un pentagone contiennent deux sommets adjacents,
il y a deux sommets voisins dans la base supérieure, Bi et Bk qui sont reliés par une arête rouge
avec A2 . Comme chaque triangle a deux couleurs distinctes, les arêtes A1 Bk et A1 Bi sont vertes,
car sinon on aurait A1 A2 Bi ou A1 A2 Bk des triangles rouges. Mais alors dans le triangle Bi Bk A1 ,
l’arête Bi Bk doit être rouge, une contradiction, car alors le triangle A2 Bi Bk serait rouge. Donc, les
arêtes de la base inférieure sont de la même couleur. Par symétrie, il en est de même pour la base
supérieure.
Maintenant, il reste juste à montrer que les bases supérieures et inférieures ont la même couleur.
Supposons que la base inférieure est rouge. Une des extrémités de l’arête rouge A1 A2 est reliée
au sommet Bi avec une arête verte. Donc, l’un d’eux (disons A1 par exemple) est l’extrémité de 3
arêtes vertes. Deux de ces trois extrémités d’arêtes vertes sont des sommets adjacents, donc l’arête
les reliant (sur la base supérieure) est rouge. Mais alors, toutes les arêtes de la base supérieure sont
rouges comme on l’a prouvé ci-dessus.
268 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

remarque : on a juste utilisé le fait que les bases supérieure et inférieure possèdent un nombre
impair de sommets, on n’a pas utilisé non plus le fait qu’elles sont de la même forme. Notre
preuve s’adapte donc à un cas beaucoup plus général que celui demandé dans l’exercice.

Exemple

Il y a deux compagnies aériennes X et Y qui desservent 10 grandes villes. Pour deux villes
quelconques parmi les dix, il y a seulement une seule compagnie qui propose un vol di-
rect (aller et retour), l’autre compagnie propose un itinéraire avec des escales. Montrer
qu’il doit y avoir une compagnie qui peut proposer deux itinéraires de sorte que les deux
itinéraires proposés ne passent pas par les mêmes villes et chaque itinéraire passe par un
nombre impair de villes.

On représente les 10 villes par les 10 sommets u1 , u2 , · · · , u10 . Si le vol entre ui et uj est as-
suré par la compagnie X, alors on relie ui et uj par une arête rouge ; et si le vol est assuré par
la compagnie Y alors on relie ui et uj par une arête verte. On obtient ainsi un graphe complet
bicolore K10 . Pour résoudre l’exercice, on doit montrer qu’il existe obligatoirement deux triangles
monochromatiques ou des polygones ayant aucune arête commune et un nombre impair d’arêtes
dans K10 .
Le graphe complet bicolore K10 contient un triangle monochromatique. Soit u8 u9 u10 un tri-
angle monochromatique. On sait aussi que les triangles construits avec les sommets u1 , u2 , · · · , u7
doivent contenir un triangle monochromatique (car 7 ≥ 6). Soit u5 u6 u7 un triangle monochro-
matique. Si les deux triangles u5 u6 u7 et u9 u9 u10 ont la même couleur, alors c’est fini. Supposons
alors que u5 u6 u7 est rouge alors que u8 u9 u10 est vert.
Le nombre d’arêtes reliant les ensembles de sommets {u5 , u6 , u7 } et {u8 , u9 , u10 } est égal à 3 × 3 = 9.
D’après le principe des tiroirs, il doit y avoir 5 arêtes de la même couleur (on suppose rouge par
exemple). Les cinq arêtes sont induites par {u8 , u9 , u10 }, donc il doit y avoir une arête qui est ad-
jacente à deux arêtes rouges qui sont u8 u6 et u8 u7 . Comme le montre la figure ci-dessous, il doit
y avoir aussi un autre triangle rouge u6 u7 u8 (la couleur rouge est en trait continu, et la couleur
verte en pointillés) :

u5
b

u6 u7
b b

b u8

u9 u10
b b

Considérons le graphe complet bicolore K5 dont les sommets sont u1 , u2 , u3 , u4 , u5 . Si K5 contient


un triangle monochromatique, peu importe sa couleur, avec le triangle rouge u6 u7 u8 ou le tri-
angle vert u8 u9 u10 , alors K10 contient deux triangles monochromatiques avec une arête commune
et la même couleur. Sinon, le graphe complet bicolore K5 ne contient aucun triangle monochro-
matique. Il est facile de voir que K5 contient deux pentagones monochromatiques dont l’un est
rouge et l’autre vert, ce qui termine la preuve.
remarque : si on remplace 10 villes par 9 villes, alors la conclusion de l’exercice est fausse. Un
exemple est donné comme suit : on divise les 9 villes en 3 groupes : A = {u1 , u2 , u3 , u4 , u5 }, B =
{u6 , u7 , u8 } et C = {u9 }. Les vols entre les villes de A sont assurés par la compagnie X. Les vols
entre les villes de B sont assurés par la compagnie Y . Les vols entre A et B, C et A sont assurés
par la compagnie Y . Les vols entre C et B sont assurés par la compagnie X.
4.11. THÉORIE DE RAMSEY 269

Exemple

Dans l’espace, il y a 6 points. On les relie par des segments qui sont soit de couleur rouge
ou de couleur bleue. Montrer qu’il y a forcément 2 triangles monochromatiques.

Comme 6 ≥ 6 alors par le théorème C il existe forcément un triangle monochromatique. Sup-


posons, sans perte de généralité, que A1 A2 A3 est un triangle rouge. Pour les trois arêtes du tri-
angle A4 A5 A6 il y a deux cas possibles :
(1) les trois arêtes du triangle A4 A5 A6 sont toutes rouges, et alors la preuve est finie.
(2) Il y a une arête bleue dans le triangle A4 A5 A6 , disons que c’est A4 A5 . Pour A1 A4 , A2 A4 , A3 A4 ,
s’il y a deux arêtes rouges parmi eux, alors il existe forcément un triangle rouge. S’il n’y a pas
d’arêtes bleues, disons, A1 A4 et A2 A4 . S’il existe une arête bleue parmi A1 A5 et A2 A5 , il doit y
avoir un triangle bleu. Si A1 A5 et A2 A5 sont tous rouges, alors le triangle A1 A2 A5 est rouge.
Exemple

Dans l’espace il y a 8 points. On les relie entre eux par des segments qu’on colorie avec deux
couleurs différentes. Montrer qu’il existe forcément trois segments de la même couleur et
n’ayant aucun point en commun.

Supposons, par l’absurde, qu’il n’existe pas 3 segments qui ont la même couleur et n’ont au-
cune extrémité en commun. Comme le montre la figure ci-dessous, on suppose, sans perte de
généralité, que A1 A2 est rouge.

A6 A5
b b

A1
A4
b b

A2 A3
b b

A7 A8
b b

Par hypothèse, trois segments A3 A4 , A5 A8 , A6 A7 ne peuvent être tous bleus. On suppose, sans
perte de généralité, que A3 A4 est rouge. Comme A1 A2 et A3 A4 sont rouges, les segments reliant
deux quelconques des points A5 , A6 , A7 , A8 sont tous bleus. De même, les segments reliant deux
points quelconques parmi A1 , A2 , A3 , A4 sont tous rouges. Supposons, sans perte de généralité, que
A1 A6 est bleu, alors A3 A8 doit être rouge. Peu importe la couleur de A4 A5 , on a une contradiction
avec l’hypothèse.
Exemple

Dans l’espace, il y a 6 points. Trois points quelconques ne sont pas les sommets d’un tri-
angle équilatéral. Montrer que parmi tous ces triangles, il existe un triangle dont le côté le
plus court est aussi le côté le plus long d’un autre triangle.
270 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

On colorie le côté le plus court de chaque triangle en rouge et les autres côtés en bleu. Comme
r2 = 6, il existe forcément un triangle monochromatique qui est rouge et dont le côté le plus long
est aussi le côté le plus court d’un autre triangle.
Exemple

On place 9 points distincts sur un cercle. On les relie entre eux par des segments coloriés en
rouge ou en bleu. On suppose que tout triangle, avec les 3 sommets parmi les 9 points sur
le cercle, contient un segment rouge. Montrer qu’il existe 4 points tels que tout segment
reliant deux d’entre eux est rouge.

On considère un sommet A et le graphe complet bicolore K9 . Si A est l’extrémité de 4 arêtes


bleues AA1 , AA2 , AA3 , AA4 , alors le sous-graphe complet K4 dont les sommets sont A1 , A2 , A3 , A4
dans K9 ne contient aucune arête bleue. Si A est l’extrémité de 6 arêtes rouges AA1 , AA2 , · · · , AA6 ,
alors le sous-graphe complet dont les sommets sont A1 , A2 , · · · , A6 dans K9 contient un triangle
monochromatique Ai Aj Ak (1 ≤ i, j, k ≤ 6). Puisque K9 ne contient aucun triangle bleu, alors
Ai Aj Ak est un triangle rouge et le sous-graphe complet K4 dont les sommets sont A, Ai , Aj , Ak
est rouge. Si chaque sommet de K9 est l’extrémité de 5 arêtes rouges, alors le nombre d’arêtes
5×9
rouges dans K9 est égal à , ce qui est impossible.
2
Exemple

1 Montrer que parmi 19 personnes, il y a 3 personnes qui se connaissent entre eux ou


6 personnes qui ne se connaissent pas.
2 Montrer que parmi 18 personnes, il y a 4 personnes qui se connaissent entre eux ou
ne se connaissent pas.

D’après le théorème d’Erdős-Szekeres on sait que :

R(3, 6) ≤ R(3, 5) + R(2, 6) − 1 = 14 + 6 − 1 = 19.


R(4, 4) ≤ R(4, 3) + R(3, 4) = 9 + 9 = 18.

Théorème de Schur (1916)

On divise l’ensemble {1, 2, · · · , N } en n sous-ensembles. Si N est assez grand, alors il existe


un sous-ensemble qui contient x, y et |x − y|.

Démonstration
Considérons le graphe complet n-colore Kn . On fait un coloriage de la façon suivante : on colorie
(x, y) avec la couleur i si, et seulement si, |x − y| est dans le i-ème sous-ensemble. D’après le théorème
D, Krn doit contenir un triangle monochromatique. Supposons que les 3 sommets du triangle sont
tous coloriés avec la couleur j, alors parmi 1, 2, · · · , rn il y a 3 entiers naturels a > b > c tels que :
x = a − c, y = a − b, z = x − y sont tous dans le j-ème sous-ensemble.

Exemple

Une société internationale a ses membres dans 6 pays différents. La liste des membres
contient 1978 noms numérotés 1, 2, · · · , 1978. Montrer qu’il y a au moins un membre dont
le numéro est égal à la somme des numéros de deux membres de son pays, ou égal au
double du numéro de l’un des membres de son pays. (OIM, 1978)
4.11. THÉORIE DE RAMSEY 271

D’après le théorème D on a :

r6 ≤ ⌊6! e⌋ + 1 = 1958 < 1978.

D’après le théorème de Schur, la conclusion en découle.


Exemple

Soit n un entier. Montrer que pour tout nombre premier p suffisamment grand il existe
des entiers x, y et z non divisibles par p et vérifiant l’équation de Fermat :

xn + y n = zn (mod p).

(Équation de Fermat sur un corps fini)

On considère le corps fini Fp = {0, 1, · · · , p−1} muni de l’addition et de la multiplication modulo


p. Un théorème d’algèbre nous dit que : pour tout corps fini F, il existe g ∈ F tel que tout élément
non nul de F est une puissance de g. Soit 0 , g ∈ Fp tel que : {g, g 2 , · · · , g p−1 } = Fp \ {0}.
On définit une coloration de {1, 2, · · · , p − 1} comme suit : pour tous r ∈ {1, 2, · · · , p − 1}, il existe un
unique m ∈ {1, 2, · · · , p − 1} tel que g m = r. On pose la couleur c(r) = m (mod n).
Si p est assez grand, alors par le théorème de Schur, il existe x, y, z ∈ {1, 2, · · · , p − 1} de la même
couleur et tels que x + y = z dans N et en particulier dans Fp . On écrit dans Fp : x = g nt1 +i , y =
g nt2 +i , z = g nt3 +i , alors :
g nt1 +i + g nt2 +i = g nt3 +i .
On divise par g i on déduit que :  n  n  n
g t1 + g t2 = g t3 .
Il suffit de prendre X = g t1 , Y = g t2 et Z = g t3 pour répondre au problème : X n + Y n = Z n .
Exemple

Quel est le plus petit entier n ∈ N∗ vérifiant : pour n nombres irrationnels donnés, il existe
toujours 3 nombres parmi eux tels que la somme de deux quelconques (parmi les 3) est
aussi un nombre irrationnel ?

√ On√montre
√ √que pour n = 4 le résultat tombe en défaut. En effet, considérons
√ √ l’ensemble

{ √2, − 2, 3, − 3}, en choisissant 3 quelconques parmi eux, on a alors : 2 + (− 2) = 0 et 3 +
(− 3) = 0 qui est un nombre rationnel. Par conséquent, on a forcément n ≥ 5. Soit {x, y, z, u, v} un
ensemble de 5 nombres irrationnels, on représente ces nombres par 5 sommets. Si la somme de
deux nombres d’entre eux est un nombre irrationnel alors on relie les sommets correspondants
par une arête de couleur rouge. Si la somme est maintenant un nombre rationnel alors on relie
les sommets correspondants par une arête de couleur bleue. On obtient ainsi un graphe complet
bicolore K5 . On montre tout d’abord que K5 ne contient aucun triangle bleu. Supposons, par l’ab-
surde, que xyz est un triangle bleu, alors les trois nombres x + y, y + z, z + x sont tous rationnels.
Par suite
1
x = [(x + y) + (z + x) − (y + z)]
2
est aussi un nombre rationnel, contradiction avec le fait que x est irrationnel. Montrons main-
tenant que K5 ne contient aucun pentagone bleu. Supposons, par l’absurde, que xyzuv est un
pentagone bleu, alors les 5 nombres x + y, y + z, z + u, u + v, v + x sont tous rationnels. D’où
1
x = [(x + y) + (z + u) + (v + x) − (y + z) − (u + v)]
2
est un nombre rationnel, contradiction. Ainsi, K5 ne contient aucun triangle bleu ni pentagone
bleu. Maintenant d’après la figure ci-dessous
272 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

b b

b b

il doit y avoir un triangle rouge. Si xyz est un triangle rouge, alors x + y, y + z, z + x sont tous des
nombres irrationnels. En conclusion, n = 5 est le plus petit entier répondant aux conditions de
l’exercice.
Exemple

Quel est le plus petit entier n ∈ N∗ tel que lorsque Kn est colorié de façon arbitraire avec 2
couleurs, il existe forcément deux triangles monochromatiques ayant la même couleur et
n’ayant aucune arête en commun ?

Comme le montre la figure ci-dessous, en colorant K7 avec deux couleurs (rouge : trait continu,
bleu : trait en pointillés), il y a quatre triangles rouges :
A1 A4 A6 , A2 A4 A6 , A3 A4 A6 , A7 A4 A6 ,
et quatre triangles bleus :
A1 A2 A3 , A2 A3 A7 , A1 A3 A7 , A1 A2 A7 .

A1
b

A7 b b
A2

b b A3
A6

b b
A5 A4

Il est facile de voir que deux triangles monochromatiques quelconques et ayant la même couleur
ont une arête commune. Par suite n ≥ 8.
On va montrer, dans la suite, et en utilisant l’absurde, que n = 8.
On commence par montrer un lemme : si le résultat est faux alors il existe un triangle rouge et
un triangle bleu n’ayant aucun sommet commun. Tout d’abord, K8 qui est bicolore doit contenir
un triangle monochromatique, supposons (sans perte de généralité) que A1 A2 A3 est un triangle
bleu. Parmi A3 A4 A5 A6 A7 A8 il doit exister un triangle monochromatique qui n’est pas bleu. Si ce
triangle rouge contient A3 alors le lemme est vrai. Sinon, supposons que A4 A5 A6 est un triangle
rouge, il y a 9 arêtes reliant les triangles A1 A2 A3 et A4 A5 A6 parmi lesquelles il y a au moins 5
arêtes de la même couleur (on suppose que c’est rouge). Donc, A1 , A2 , A3 sont les extrémités d’au
moins 5 arêtes rouges. Parmi eux, il doit y avoir un sommet qui est l’extrémité d’au moins deux
arêtes rouges. Ce triangle formé par ce sommet et le triangle A1 A2 A3 contient un sommet com-
mun, donc le lemme est vrai.
Revenons maintenant à la démonstration : on raisonne par l’absurde, on suppose le résultat est
faux, alors par le lemme, soient A1 A2 A3 un triangle bleu et A3 A4 A5 un triangle rouge. Considé-
rons les arêtes reliant A1 A4 A6 A7 A8 , parmi elles il n’y a aucun triangle monochromatique. Donc,
K5 est formé d’un cycle bleu de 5 sommets et un cycle rouge de 5 sommets (voir figure ci-dessous,
avec rouge en trait continu et bleu en pointillés) :
4.12. COUPLAGES 273

A7
b

A8 A6
b b

A1 A4
b b

A3
A2
b b A5

Supposons, sans perte de généralité, que A1 A4 A6 A7 A8 est un cycle bleu de 5 sommets, et


A1 A7 A4 A8 A6 est un cycle rouge à 5 sommets. On discute maintenant la couleur de A3 A7 . Si A3 A7
est bleue, alors A3 A8 et A3 A6 doivent être rouges (sinon, les triangles A3 A7 A8 ou A3 A6 A7 serait
bleu, contradiction avec A1 A2 A3 ). D’où A3 A6 A8 est rouge, contradiction avec A3 A4 A5 ! Si A3 A7
est rouge, on discute la couleur de A3 A8 . Si A3 A8 est bleue, alors A2 A4 doit être rouge, A2 A8 doit
être bleue et A2 A7 doit être rouge. D’où, A2 A4 A7 est un triangle bleu, contradiction avec A3 A4 A5 .
Si A3 A8 est rouge, alors A5 A7 doit être rouge et A5 A8 doit être bleue, d’où le triangle A5 A7 A8 est
bleu, contradiction avec A1 A2 A3 !
En conclusion, n = 8, et c’est le plus petit entier naturel vérifiant les conditions de l’exercice.

4.12 Couplages
En mathématiques, le théorème de Hall ou lemme des mariages est un résultat combinatoire
qui donne une condition nécessaire et suffisante, sur une famille d’ensembles finis, pour qu’il soit
possible de choisir des éléments distincts, un par ensemble. Il a été démontré en 1935 par Philip
Hall (1904-1982) et a été à l’origine de la théorie du couplage dans les graphes. Il se présente,
de manière imagée, sous la forme suivante : supposons que l’on veut marier n filles à n garçons,
de manière à ce que chaque individu aime bien son époux(se), quand est-ce possible ? La réponse
est : cela est possible si, et seulement si, dès qu’on prend un groupe de k filles, alors l’ensemble
des garçons qui aiment bien au moins une des filles de ce groupe est de cardinal ≥ k.
Un autre problème que l’on peut résoudre avec le théorème des mariages de Hall est le suivant :
dans une entreprise employant p ouvriers x1 , x2 , · · · , xp pour q postes de travail y1 , y2 , . . . , yq , chaque
ouvrier est qualifié pour un ou plusieurs de ces postes. Est-il possible d’affecter chacun à un poste
pour lequel il est qualifié ?
Exemple (lemme des mariages)

Soient F et G deux ensembles finis, et soit Φ : G −→ P (F) une application.


On a équivalence entre :
1 il existe une injection ϕ : G −→ F telle que : ∀ g ∈ G ϕ(g) ∈ Φ(g).
[
2 Pour tout G ′ ∈ P (G) : Φ(g) ≥ |G ′ |.
g∈G′
Application :
G = {g1 , · · · , gm } l’ensemble des garçons ; F = {f 1 , · · · , f n } l’ensemble des filles ; Φ : à chaque
garçon g ∈ G on associe un ensemble de filles Φ(g).
On a équivalence entre :
274 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

1 chaque garçon g ∈ G peut choisir une fille ϕ(g) dans l’ensemble Φ(g), de telle sorte
que deux garçons différents ne choisissent jamais la même fille,
2 si un sous-ensemble de garçons possède k éléments, la réunion des ensembles de
filles dans lesquels ils peuvent choisir possède au moins k éléments.

(1) =⇒ (2) ′ ′ ′
[c’est immédiat. Si ϕ est une injection, on a |ϕ(G )| = |G | pour toute partie G de G. Or,

ϕ(G ) ⊂ Φ(g), donc
g∈G′

[
|G ′ | = |ϕ(G ′ )| ≤ Φ(g) .
g∈G′

[
(2) =⇒ (1) Avec G ′ = G on voit que Φ(g) ≥ |G| donc, a fortiori, |F| ≥ |G| ou n ≥ m (il y au
g∈G
moins autant de filles que de garçons). Notons M+n l’ensemble des matrices carrées d’ordre n à
coefficients positifs ou nuls. Construisons une matrice A ∈ M+n de la façon suivante : sur les m
premières lignes, le coefficient aij (1 ≤ i ≤ m, 1 ≤ j ≤ n) vaut 1 si le i-ème garçon peut choisir
la j-ème fille, c’est-à-dire f j ∈ Φ(gi ), et vaut 0 sinon. Les coefficients des n − m dernières lignes
valent tous 1. On rappelle que le permanent per(A) d’une matrice A = (ai,j ) ∈ Mn (R) est le réel
X
donné par : per(A) = aσ(1),1 · · · aσ(n),n . Le permanent de notre matrice n’est pas nul, en effet, si
σ∈Sn
on avait per(A) = 0, on pourrait extraire de A une matrice nulle de format s × (n + 1 − s) et cette
matrice serait nécessairement extraite des m premières lignes (donc s ≤ m), notons i1 < i2 < · · · < is
les indices de lignes et j1 < j2 < · · · < jn+1−s les indices de colonnes de cette matrice nulle extraite,
on aurait alors :
s
[ s
[
Φ(gik ) ⊂ F \ {f j1 , · · · , f jn+1−s } donc Φ(gik ) ≤ n − (n + 1 − s) = s − 1 < s,
k=1 k=1
X
ce qui contredit l’assertion (2) avec G ′ = {gi1 , · · · , gis }. Donc, per(A) = aσ(1),1 · · · aσ(n),n , 0, ainsi
σ∈Sn
il existe au moins une permutation σ ∈ Sn telle que aσ(i),i , 0 pour tout i ∈ J1, nK. Par conséquent,
pour tout i ∈ J1, mK, on a ai,σ −1 (i) , 0 et f σ −1 (i) ∈ Φ(gi ).
L’application ϕ : G −→ F, gi 7→ f σ −1 (i) (1 ≤ i ≤ m) vérifie les conditions de l’assertion (1).

Définition (Couplage. Couplage parfait)

Soit G = (V , E) un graphe donné. On dit que G ′ est en couplage avec G si G ′ est un sous-
graphe de G tel que tous ses sommets sont de degré 1.
On dit que G ′ est en couplage parfait avec G si G ′ utilise tous les sommets de G .

❏ Un couplage est un sous-ensemble G ′ d’arêtes telles que deux arêtes quelconques de G ′


sont non adjacentes.
❏ Si G ′ est en couplage avec G, alors il a un nombre pair de sommets et ils sont organisés
comme des paires de sommets adjacents et distincts.
❏ Un couplage parfait dans un graphe ayant un nombre pair 2n de sommets est un ensemble
de n arêtes du graphe, deux-à-deux disjointes et telles que chaque sommet du graphe est
incident à exactement une arête du couplage.
❏ Tout couplage G ′ est un graphe biparti et ses composantes ont le même nombre de som-
mets.
4.12. COUPLAGES 275

Définition (Voisinage)

Soit V ′ un sous-ensemble de V . Le voisinage de V ′ , que l’on note Γ(V ′ ), est l’ensemble des
sommets adjacents à au moins un sommet de V ′ .

☞ Si G est un graphe biparti de composantes X et Y , et si V ′ ⊂ X, alors Γ(V ′ ) ⊂ Y .


Théorème de Hall (1935)

Soit G un graphe de composantes X et Y telles que |X| = |Y |. Alors, G admet un couplage


parfait si, et seulement si :

|S| ≤ |Γ(S)| pour tout S ⊂ X.

☞ Un graphe biparti G = (U, V ; E) admet un couplage parfait si, et seulement si, pour tout
sous-ensemble X de U (de V , respectivement), le nombre de sommets de V (de U, respec-
tivement) adjacents à X est supérieur ou égal à la cardinalité de X.

Démonstration
Notons que si G a un couplage parfait, alors la condition est clairement satisfaite. Montrons la réci-
proque en utilisant la récurrence sur n = |X|. Si n = 1 le résultat est clair. Supposons que le résultat
est vrai pour tout k < n, et soit G un graphe vérifiant les hypothèses et tel que |X| = n. Il y a deux cas
à distinguer : soit il existe un sous-ensemble non vide S X tel que |S| = |Γ(S)| ou il n’existe pas.
⋄ Dans le premier cas, soit T = Γ(S), S ′ = X \ S et T ′ = Y \ T . Notons que le graphe induit par S et
T vérifie les hypothèses et ses composantes ont moins de n sommets, donc il doit y avoir un couplage
parfait dans ce graphe. Soit A ⊂ S ′ , notons que :

|Γ(S ∪ A)| ≥ |S ∪ A| = |S| + |A| = |T | + |A|.

Donc, il doit y avoir au moins A sommets n’appartenant pas à T qui sont adjacents à S ∪ A. Puisque
T = Γ(S), ces sommets sont adjacents aux sommets de A. D’où, le graphe induit par S ′ et T ′ vérifient
aussi les hypothèses du théorème et ses composantes ont moins que n sommets. Il contient aussi un
couplage parfait, ceci implique que G contient un couplage parfait.
⋄ Dans le second cas |Γ(S)| ≥ |S| + 1 pour tout les S X non vides. Soit x un sommet quelconque
dans X et y un sommet adjacent à x. Soit T = Y \ {y} et S = X \ {x}. Notons que si S ′ ⊂ S alors
Γ(S ′ ) ≥ |S ′ | + 1, donc il y a au moins |S ′ | sommets différents de y qui sont adjacents à S ′ . Ainsi, le
graphe généré par S et T satisfait les hypothèses du théorème. Puisque ses composantes ont moins
que n sommets il doit avoir un couplage parfait. Si on ajoute l’arête {x, y} à ce couplage, on a alors un
couplage parfait dans G.

Exemple

Considérons un ensemble G = {g1 , · · · , g5 } de 5 garçons et un ensemble F = {f 1 , · · · , f 5 } de 5


filles. Chaque garçon gi fait une liste des filles qu’il préfère :

g1 = {f 1 , f 2 , f 3 }, g2 = {f 4 , f 5 }, g3 = {f 4 }, g4 = {f 5 }, g5 = {f 1 , f 5 }.

Est-il possible de marier chaque garçon avec l’une des filles qu’il préfère ?

On peut répondre à cette question en utilisant le théorème de Hall ci-dessus. Soit G = (A, B; E)
le graphe biparti avec A = {g1 , · · · , g5 } et B = {f 1 , · · · , f 5 } et {gi , f j } est une arête de G si la fille f j
est dans la liste du garçon gi . Chaque garçon peut être marié à l’une des filles qu’il préfère si,
et seulement si, G admet un couplage parfait. Mais, G n’admet pas de couplage parfait, car il ne
276 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

vérifie pas la deuxième condition du théorème de Hall. En effet, avec l’ensemble A′ = {g2 , g3 , g4 }
on a Γ(A′ ) = {f 4 , f 5 } et donc |A′ | > |Γ(A′ )|.

f1 f2 f3 f4 f5

g1 g2 g3 g4 g5

Exemple

On dispose de deux feuilles carrées en papier et d’aire 2003. Chaque feuille est divisée en
2003 polygones d’aire 1 (les divisions peuvent être différentes). Une feuille est placée au
dessus de l’autre. Montrer qu’on peut placer 2003 épingles de sorte que chacun des 4006
polygones soit troué. (Kazakhstan)

Soit G un graphe avec 4006 sommets, chacun représentant un polygone. On place une arête entre
deux sommets si les polygones associés sont dans des feuilles différentes et lorsque, une feuille
est placée au dessus de l’autre, ces deux polygones ont au moins un point en commun. Notons
que si S est un ensemble de k polygones dans la première feuille, ils couvrent une aire égale à k.
Donc, pour les couvrir on a besoin d’au moins k polygones de la deuxième feuille de papier. Ceci
implique la condition de mariage dans le graphe G. On a donc un couplage parfait. En utilisant
ce couplage, on déduit immédiatement où placer les 2003 épingles.

4.13 Exercices
4.13.1 Niveau débutant

Exercice 1 K

Montrer que si G est un graphe connexe à n sommets, alors G possède au moins n−1 arêtes.

Solution. On montre le résultat par récurrence sur n ∈ N∗ . Le résultat est clair pour n = 1 et
n = 2. Soit n ≥ 2 un entier fixé, on suppose que tout graphe connexe de n sommets possède
au moins n − 1 arêtes. Considérons G un graphe connexe à n + 1 sommets, et soit a le nombre
d’arêtes de G. Grâce à la connexité on sait que chaque sommet
X est de degré au moins 1.
⋄ Si chaque sommet est de degré au moins 2, alors 2a = d(A) ≥ 2n, et par suite a ≥ n.
A
⋄ S’il existe un sommet de degré 1, notons le A, alors le graphe induit G ′ obtenu en éliminant A
et l’arête dont il est l’extrémité, est un graphe connexe de n sommets qui possède exactement
une arête de moins que G. Par hypothèse de récurrence, G ′ possède donc au moins n −1 arêtes,
d’où G en possède au moins n, ce qui termine la preuve par récurrence.

Exercice 2 K

1 Montrer qu’un graphe à n sommets, chacun de degré au moins 2, possède un cycle.


2 Montrer que si un graphe possède n sommets et au moins n arêtes, alors il possède
un cycle.

Solution.
1. On peut supposer, sans perte de généralité, que le graphe est connexe (sinon se restreindre
4.13. EXERCICES 277
P
à une composante connexe). Soit a le nombre des arêtes du graphe, alors 2a = d(A) ≥ 2n, et
ainsi a > n−1. C’est donc un graphe connexe qui n’est pas un arbre (car un graphe à n sommets
est un arbre si, et seulement si, il est connexe et possède exactement n − 1 arêtes). Par consé-
quent, il possède au moins un cycle.
2. Si chaque graphe induit par chaque composante connexe possédait plus de sommets que
d’arêtes, alors en additionnant le nombre d’arêtes de chaque composante connexe, on obtien-
drait a < n (deux composantes connexes sont deux à deux disjointes, donc, en sommant, on
ne compte jamais un sommet plusieurs fois, ni une arête). Par suite, il existe une composante
connexe qui induit un graphe connexe possédant au moins autant d’arêtes que de sommets.
On déduit, comme ci-dessus, que ce graphe induit possède un cycle, et donc le graphe initial
le possède également.

Exercice 3 K

On appelle coloriage correct tout coloriage de sorte que deux régions ayant une frontière
commune n’aient pas la même couleur. Montrer qu’une carte admet un coloriage correct si,
et seulement si, tous ses sommets sont de degré pair.

Solution. On rappelle que le degré d’un sommet est le nombre d’arêtes qui en partent. Si un
sommet a un nombre impair d’arêtes, alors ne serait-ce que les régions autour de ce sommet
ne peuvent pas être correctement coloriées avec deux couleurs.
Montrons que cette condition est suffisante. On va le montrer par récurrence sur le nombre
d’arêtes. Le résultat est trivial pour des cartes à deux arêtes.
Supposons maintenant le résultat vrai pour toute carte à au plus n arêtes dont les sommets sont
tous de degré pair. Considérons une carte M avec (n + 1) arêtes et dont les sommets sont tous
de degré pair. On part alors d’un sommet A de la carte et on suit des arêtes jusqu’à retomber
sur un sommet déjà rencontré. On efface alors la partie du chemin qui va de B à B. On a alors
une carte M ′ dont les sommets sont de degré pair et avec moins d’arêtes. Par hypothèse de
récurrence, M ′ admet un coloriage correct. On ajoute alors le chemin qu’on vient d’effacer et
on échange les couleurs à l’intérieur ou à l’extérieur du chemin. On obtient ainsi un coloriage
correct de M.

Exercice 4 K

Montrer qu’un graphe à n sommets, k arêtes et ne comportant aucun tétraèdre vérifie


$ 2%
n
k ≤ .
3

(On appelle tétraèdre quatre sommets joints deux à deux par une arête).

Solution. Le résultat est clair pour n ≤ 3. Supposons l’énoncé vrai avec n sommets. Considé-
rons trois sommets supplémentaires formant un triangle. Ils ne peuvent pas être tous reliés
à un autre point. On aura donc au plus 2n + 3 arêtes en plus. Donc le nombre total d’arêtes
supplémentaires sera :
n2 (n + 3)2
+ 2n + 3 = .
3 3

Exercice 5 K

En France, il y a 39 aéroports internationaux (en 2021). On suppose que dans tout groupe
de 3 aéroports, au moins 2 ne sont pas reliés par un vol direct (aller et retour). Quel est le
nombre maximum de vols directs en France ?
278 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

Solution. On considère le graphe G dont les sommets sont les 39 aéroports. On relie par une
arête deux aéroports reliés par un vol direct. Par hypothèse, le $graphe
% G est sans triangle.
392
D’après le théorème de Turán, le graphe G contient au maximum = 380 arêtes.
4

Exercice 6 K

Un ensemble de 1985 personnes a participé à une conférence internationale. Dans chaque


sous-ensemble de trois participants, il y en avait toujours deux qui parlaient une langue
commune. Si on suppose en outre que chaque participant parle au plus cinq langues, mon-
trer qu’au moins 200 personnes parlaient une langue commune. (Allemagne)

Solution. La proposition est vraie si une personne a une langue en commun avec chacune
des 1984 autres personnes, car 19844 > 200. On suppose donc qu’il existe une paire {P1 , P2 }
sans langue commune. Chaque paire forme 1983 triplets avec les 1983 personnes restantes.
Chacune de ces personnes a une langue en commun avec, soit P1 , soit P2 , soit les deux. Ainsi,
l’un des deux a une langue en commun avec 992 personnes. Comme P1 parle au plus 5 langues,
l’une d’elles est parlée par au moins 199 des 992. Alors cette langue est parlée au moins par
199 + 1 = 200 personnes, en comptant P1 .

Exercice 7 K

Un ensemble de n personnes est tel que, dans chaque sous-ensemble de quatre d’entre
elles, une personne connaît les trois autres. Montrer qu’il existe une personne qui connaît
toutes les autres. (Si A connaît B, alors B connaît A).

Solution. Supposons que A et B ne se connaissent pas. Soient C et D deux autres personnes.


Alors C et D doivent se connaître, puisque l’un parmi A, B, C et D connaît les trois autres. En
particulier, si une personne E ne connaît pas toutes les autres, c’est forcément A ou B qu’elle ne
connaît pas. Et si encore une personne F ne connaissait pas toutes les autres ce serait aussi A
et B qu’elle ne connaîtrait pas. Mais, dans ce cas, {A, B, E, F} ne respecteraient pas l’hypothèse
de l’énoncé. Donc, tout le monde, sauf au plus trois personnes, connaît tout le monde.

Exercice 8 K

Une fête regroupe n personnes, chacune ayant un ami présent. Dans tout groupe d’au
moins 3 personnes, il n’y a jamais exactement deux paires d’amis. Montrer que chaque
personne est amie avec toutes les autres. (Si A est amie de B, alors B est amie de A).

Solution. Soit G le graphe simple non orienté dont les sommets sont les personnes. Deux som-
mets sont reliés par une arête si, et seulement si, les deux personnes sont amies. Par hypothèse,
tout sommet est de degré ≥ 1 (*), et il n’existe pas de graphe induit possédant exactement 2
arêtes (**). On se propose de montrer que G est complet. Les cas n = 2 (d’après (*)) et n = 3
(d’après (**)) sont immédiats. On suppose alors que n ≥ 4. On suppose, par l’absurde, qu’il
existe deux sommets, A et B, qui ne soient pas reliés. Puisque d(A) ≥ 1, il existe un sommet
C adjacent à A. Si C est adjacent à B, alors d’après (**), A et B sont adjacents (sinon, en consi-
dérant que les sommets A, B, C on aurait un graphe induit possédant exactement deux arêtes).
Contradiction. Donc B et C ne sont pas adjacents. De même, il existe un sommet D adjacent à
B, mais pas à A ni à C. Mais alors, en ne considérant que les sommets A, B, C, D on obtient un
graphe induit qui contredit (**). Finalement, A et B sont adjacents, ce qui termine la preuve.
4.13. EXERCICES 279

Exercice 9 K

Dans un pays il y a au moins 101 villes, et des liaisons aériennes directes (aller-retour)
existent entre certaines d’entre elles. La capitale du pays est ainsi reliée à 100 villes, et
chaque autre ville possède 10 liaisons aériennes différentes. Il est possible de voyager de
n’importe quelle ville à n’importe quelle autre par des laisons aériennes, en transitant
éventuellement par d’autres villes.
Montrer qu’il est possible de fermer la moitié des liaisons aériennes de la capitale tout en
préservant la capacité de voyager d’une ville à l’autre. (Tournoi des villes)

Solution. Soit G le graphe dont les sommets sont les villes et les liaisons aériennes les arêtes.
Soit G ′ le graphe induit obtenu par suppression de la capitale C et des arêtes qui la concernent.
Par hypothèse, G est connexe. Par contre, G ′ ne l’est pas forcément. Quoiqu’il en soit, chaque
composante connexe de G ′ contient au moins un somemt adjacent à C dans G. Dans G ′ , chacun
de ces sommets est de degré 9 (ce qui assure, entre autre qu’une composante connexe contient
au moins 10 sommets), et tous les autres sont de degrés 10. Mais, chaque composante, vue
comme un graphe connexe (non réduit à un sommet), possède un nombre pair de sommets de
degrés impairs, ce qui assure qu’au moins deux sommets sont de degrés impairs dans chaque
composante connexe. Comme C est de degré 100 dans G, le nombre de composantes connexes
de G ′ ne dépasse donc pas 50. On peut alors rétablir la connexité en restorant C et une arête
pour chaque composante connexe. Cela revient à conserver la connexité initiale de G tout en
éliminant au moins 50 arêtes.

Exercice 10 K

Avant la réunion d’un comité, certains de ses 10 membres se sont serrés la main. Est-
il possible que le nombre de poignées de main ait été, dans un certain ordre, égal à
1, 1, 1, 3, 3, 3, 4, 6, 7 et 8 ?

Solution. Considérons les membres du comité comme les sommets d’un graphe, avec deux
sommets adjacents si les personnes correspondantes se serrent la main. Ensuite, si la situation
qui vient d’être décrite avait pu se produire, les degrés des sommets du graphe auraient été,
dans un certain ordre, égaux à 1, 1, 1, 3, 3, 3, 4, 6, 7 et 8. Mais cela contredirait le théorème des
poignées de mains, puisque nous aurions un nombre impair de sommets de degré impair. Par
conséquent, une telle situation ne peut pas avoir lieu.

Exercice 11 K
Soient x1 , x2 , · · · , xn des nombres réels distincts. Quel est le nombre maximal de paires
ordonnées (xi , xj ) telles que : 1 < |xi − xj | < 2.

Solution. Considérons un graphe G de sommets les xi , avec xi relié à xj si, et seulement si,
1 < |xi − xj | < 2. On se propose de montrer que G ne contient pas K3 (i.e., ne contient pas de
triangles). En effet, si xi , xj et xk sont les sommets d’un triangle dans G, avec xi < xj < xk , alors :

xk − xi = (xk − xj ) + (xj − xi ) > 1 + 1 = 2,

ce qui est une contradiction. On conclut, grâce $ au%théorème de Turán, que le nombre maximal
n2
de paires ordonnées (xi , xj ) est au plus égal à .
4
280 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

Exercice 12 K

Dans un pays il y a k villes qui doivent être reliées par un réseau de routes de telle sorte
que les conditions suivantes soient remplies :
(a) chaque route relie directement deux villes.
(b) Il y a exactement k − 1 routes.
(c) 2 villes quelconques peuvent être reliées, pas nécessairement, par une route directe.
Montrer qu’il existe une ville directement reliée à exactement l’une des autres villes.

Solution. Désignons par A1 , A2 , · · · , Ak les villes, et soient x1 , x2 , · · · , xk les routes directes par-
tant de ces villes, respectivement. Il résulte de la condition (b) que :

x1 + x2 + · · · + xk = 2(k − 1).

Il est facile de conclure maintenant qu’il existe un entier positif j ∈ {1, 2, · · · , k}, tel que xj < 2.
De la condition (c), il s’ensuit que xj ≥ 1, et donc xj = 1.

4.13.2 Niveau intermédiaire

Exercice 1 KK

On se donne 2n points dans l’espace. On trace au total n2 + 1 segments entre ces points.
Montrer qu’il y a au moins un ensemble de trois points reliés deux à deux.

Solution. On démontre la contraposée : tout graphe à 2n points et sans triangle a au plus


n2 arêtes. Le résultat est clair pour n = 1. Supposons le résultat vrai pour un graphe à 2n
points et montrons qu’il l’est pour 2n + 2 points. Soit G un graphe à 2n + 2 points sans triangle
complet. Choisissons alors deux points A, B de G reliés par une arête. En oubliant A, B et tous
les segments liés à A et B, on obtient un graphe G ′ à 2n points et sans triangle. Par hypothèse
de récurrence, T ′ a au plus n2 arêtes. Combien d’arêtes peut avoir G ? Comme tout sommet
C de G ′ ne peut pas avoir à la fois une arête vers A et une vers B (sinon, G aurait le triangle
ABC), le nombre d’arêtes de A ou de B vers G ′ est au plus 2n. Donc, sans oublier l’arête AB
elle-même, G a au plus n + 1 arêtes de plus que G ′ , donc au plus n2 + 2n + 1 = (n + 1)2 arêtes.
Il est de plus facile de montrer que le résultat est optimal : si on partitionne les 2n points en
deux blocs P et Q à n points chacun et qu’on relie chaque élément de P à chaque élément de
Q, ce graphe a n2 arêtes et aucun triangle.

Exercice 2 KK

1 On place n points dans l’espace de sorte que quatre d’entre eux ne soient jamais
coplanaires. On connecte alors certains de ces points par des segments et on forme
un graphe G avec k arêtes. Montrer que si G ne contient pas de triangle, alors :
$ 2%
n
k ≤ .
4

2 Une planète est divisée en 20 pays. Parmi chaque triplet de pays, il y en a toujours
deux qui n’entretiennent pas de relations diplomatiques. Montrer qu’il y a au plus
200 ambassades sur cette planète.

Solution.
1. Soit m le plus grand nombre possible de voisins qu’ont les points de la figure et soit p
4.13. EXERCICES 281

un point réalisant ce maximum. On peut alors partitionner les points en deux groupes A =
{p1 , · · · , pm } et B = {p, q1 , · · · , qn−m−1 } où l’ensemble A est constitué des points reliés à p. Aucun
des points de A n’est joint à un autre puisque G ne contient pas de triangle. Donc les éléments
de A ne peuvent être reliés qu’à des éléments de B. Chaque élément de B pouvant avoir au
plus m voisins, on trouve la relation :
 2
n2 n n2
k ≤ m(n − m) = − −m ≤ .
4 2 4
n n+1
On a égalité lorsque n est pair et que m = . Autrement, le maximum est atteint pour m =
2 2
n+1 n−1
et les deux partitions ont alors respectivement et éléments.
2 2
2. Il s’agit de la question dernière avec n = 20. Remarquons qu’à chaque paire de pays amis, il
faut associer deux ambassades.

Exercice 3 KK

On considère un graphe quelconque. Montrer qu’il est possible de colorier chacun de ses
sommets en noir ou en blanc de sorte qu’au moins la moitié des voisins de chaque sommet
noir (respectivement blanc) est blanc (respectivement noir).

Solution. Colorions les sommets du graphe en noir et blanc de manière arbitraire. Considé-
rons maintenant les sommets un par un. Chaque fois qu’un sommet a plus de voisins de sa
propre couleur que de l’autre, on change sa couleur. Par ce procédé, on augmente strictement
le nombre d’arêtes reliant des sommets de couleurs opposées. Donc tout coloriage qui a un
nombre maximum de telles arêtes répond à la question.

Exercice 4 KK
Soit G un graphe tel que tous ses sommets ont un degré ≥ 3. Montrer que G possède au
moins un cycle pair. (Olympiade Balkanique)

Solution. Soit v1 , v2 , · · · , vk le plus long chemin dans le graphe. Le sommet v1 est adjacent à au
moins 3 sommets, donc à au moins deux sommets différents de v2 . Ces deux sommets doivent
être dans le chemin, car sinon on a une contradiction avec la maximalité. Donc, v1 est adjacent
à v2 , vi , vj . D’après le principe des tiroirs, deux des nombres 2, i, j ont la même parité. La section
du chemin entre leurs sommets correspondants et v1 donne lieu au cycle recherché.

Exercice 5 KK

Peut-on dessiner à l’intérieur d’un pentagone une carte composée de triangles de sorte que
chaque sommet ait un degré pair ?

Solution. Supposons qu’une telle carte existe. Comme le degré en chaque sommet est pair, on
peut colorier le plan en rouge et bleu de sorte que les pays ayant une frontière commune soient
coloriés différemment. Colorions l’extérieur du pentagone en rouge et supposons que l’on ait
r triangles rouges et b triangles bleus. On compte le nombre d’arêtes k de deux manières :
– chaque triangle bleu est borné par trois arêtes. De cette façon, chaque arête est comptée une
fois, donc k = 3b ;
– les pays rouges sont bornés par k = 3r + 5 arêtes.
Donc, 3b = 3r + 5, ce qui est impossible.
282 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

Exercice 6 KK

De combien de façons peut-on trianguler un n-gone convexe par n − 3 diagonales ne se


coupant pas de sorte que chaque triangle ait au moins un côté commun avec le n-gone ?

Solution. Soit n > 4. On peut choisir un sommet s1 de n façons. On relie ses voisins via une dia-
gonale d1 . On choisit la diagonale suivante parmi deux : d2 = s3 sn , ou d2 = s2 sn−1 . De même, on
choisit les diagonales d3 , · · · , dn−3 parmi deux. Il y a donc n · 2n−4 façons de choisir un sommet
s1 et les diagonales d1 , · · · , dn−3 . Chacune de ces triangulations comporte exactement deux tri-
angles ayant deux côtés communs (donc voisins) avec le n-gone (parce qu’on a n − 2 triangles
et n sommets en tout). On a donc compté chaque triangulation deux fois. La réponse est donc
n · 2n−5 , ce que l’on peut vérifier facilement pour n = 4.

Exercice 7 KK

Soit S un ensemble de n ≥ 3 points dans l’espace. Les segments joignant ces points sont de
longueurs toutes distinctes et on colorie r de ces segments en rouge. Soit m le plus petit
entier pour lequel m ≥ 2· nr . Montrer qu’il existe toujours un chemin de m segments rouges
dont les longueurs sont croissantes. (Allemagne)

Solution. Considérons le sous-graphe composé des segments rouges. Plaçons un routard sur
chaque sommet. Tout d’abord, les routards aux extrémités du segment le plus court échangent
de place. Puis ceux aux extrémités du deuxième segment le plus court échangent de place. Puis
ceux aux extrémités du troisième segment le plus court échangent de place, et ainsi de suite.
Comme chacun des r segments a été traversé par exactement 2 routards, ils ont parcouru en
tout 2r segments. Donc au moins l’un des n routards a traversé plus de 2r/n segments. Comme
le chemin de chaque routard est constitué de segments contigus de longueurs croissantes, on
a montré l’existence d’un chemin d’au moins m segments rouges de longueurs croissantes.

Exercice 8 KK

Deux cavaliers noirs sont placés dans les coins du bas d’un échiquier 3 × 3 et deux ca-
valiers blancs, dans les coins du haut. Le but du jeu est d’échanger les cavaliers par des
mouvements autorisés sur des cases libres. Trouver le nombre minimum de mouvements
nécessaires.

Solution. On transforme le problème tel qu’il est posé (figure à gauche) en le graphe de la
figure à droite.

a C d a B
D B
b A c
A b

d C

D c

Dans ce graphe, on passe d’un sommet à un de ses voisins en un mouvement de cavalier.


Pour échanger leurs places, les cavaliers doivent effectuer une rotation en 16 mouvements. Le
minimum de 16 est évident sur ce graphe.
4.13. EXERCICES 283

Exercice 9 KK
Montrer que dans un ensemble E de 2n personnes, il y en a deux qui ont un nombre pair
d’amis communs.

Solution. Supposons le contraire : chaque paire de personnes a dans E un nombre impair


d’amis communs. Soit P l’une des personnes et soit M = {A1 , · · · , Ak } l’ensemble de ses amis.
On commence par montrer le lemme suivant :
lemme : l’entier k est pair pour tout P.
En effet, pour tout Ai ∈ M, considérons la liste de ses amis dans M. La somme totale pour tous
les k est paire puisqu’elle est égale à deux fois le nombre de paires d’amis dans M. Le nombre
de personnes dans chaque liste est impair par hypothèse. Donc k est pair.
Posons k = 2m. On regarde maintenant, pour chaque Ai ∈ M, la liste de tous ses amis, pas
seulement dans M, sauf P. Chaque liste contient, d’après le lemme appliqué à Ai un nombre
impair de personnes. Donc la somme de ces nombres pour les 2m personnes est paire. Mais
alors, au moins l’une des (2m − 1) personnes (A excepté) apparaît dans un nombre pair de
listes, autrement dit, elle a un nombre pair d’amis avec A. Cette contradiction montre qu’au
moins deux personnes dans E ont un nombre pair d’amis communs.

Exercice 10 KK

Montrer que, dans tout groupe de 50 personnes, il en existe toujours au moins deux qui
ont un nombre pair (éventuellement nul) de connaissances communes dans le groupe.
(L’amitié est supposée réciproque). (Tournoi des villes)

Solution. Considérons le graphe simple G dont les sommets sont les personnes, deux étant re-
liés si les personnes correspondantes se connaissent. On appelle lien tout chemin de longueur
2. Le but est de montrer qu’il existe deux sommets reliés par un nombre pair de liens. On
suppose, par l’absurde, que deux sommets quelconques soient toujours reliés par un nombre
impair de liens. Soit M un sommet arbitraire, on répartit alors les autres sommets en deux
groupes : le groupe A contenant les sommets adjacents à M, et le groupe B des sommets qui
ne sont pas adjacents à M. Chaque sommet A ∈ A n’a de lien avec M que via un autre som-
met de A. Il en découle que dans le graphe induit par A, ce sommet A est de degré impair.
Ceci étant vrai pour chaque A ∈ A, il faut donc que A contienne un nombre pair de sommets,
et alors d(M) est pair. Puisque M a été choisi de façon arbitraire, on en déduit que chaque
sommet de G est de degré pair. Reconsidérons le sommet M, d’après ce qui précède, chaque
sommet A ∈ A est de degré pair, est adjacent à M, et il y a un nombre impair de sommets qui
lui sont adjacents dans A. Il doit donc avoir un nombre pair de sommets qui lui sont adjacents
dans B. Par suite, le nombre total d’arêtes qui relient un sommet de A et un sommet de B
est pair. Enfin, tout sommet de B n’a de liens avec M que via un sommet de A. Donc, il doit
être adjacent à un nombre impairs de sommets de A. Par suite B doit lui aussi contenir un
nombre pair de sommets. Mais alors |A| + |B| + 1 est impair, et ne peut donc être égal à 50.
Contradiction. Ce qui termine la preuve par l’absurde.

Exercice 11 KK

Dans un pays, 11 villes sont reliées deux à deux directement soit par une autoroute soit
par une ligne de chemin de fer (qui fonctionnent dans les deux sens). Montrer qu’il existe
forcément un pont sur lequel soit une autoroute passe au-dessus d’une autre, soit une voie
de chemin de fer passe au-dessus d’une autre. (Russie)

Solution. Supposons, par l’absurde, qu’il n’existe pas une autoroute qui passe au-dessus d’une
autre, ni une voie de chemin de fer qui passe au-dessus d’une autre. Il y a 11 villes reliées
284 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

deux à deux, d’où 55 liaisons de deux natures (train ou route). D’après le principe des tiroirs il
existe donc au moins 28 liaisons d’une même nature. Par symétrie des rôles, on peut supposer
qu’il y a au moins 28 autoroutes. Considérons alors le graphe simple G dont les sommets sont
les villes et les arêtes sont les routes. De notre hypothèse on déduit que G est planaire. Donc,
a ≤ 3s − 6, or ici 3s − 6 = 27 < 28 ≤ a. Contradiction.

Exercice 12 KK

Soient P1 , P2 , · · · , Pn des points distincts du plan. On note d la plus petite distance non nulle
entre deux de ces points. Montrer qu’il n’y a pas plus de 3n−6 paires {Pi , Pj } pour lesquelles
Pi Pj = d.

Solution. Considérons le graphe G dont les sommets sont les n points, deux reliés par une arête
si, et seulement si, ils sont à une distance d l’un de l’autre. Montrons que G est un graphe
planaire. Plus précisément, on montre que la représentation de G pour laquelle l’arête {Pi , Pj }
est le segment [Pi , Pj ] est planaire.
Supposons, par l’absurde, par exemple que les segments ouverts ]P1 , P2 [ et ]P3 , P4 [ aient le point
O en commun. Notons que les deux segments ne peuvent se rencontrer qu’en O sans quoi l’une
des distances P2 P3 ou P2 P4 serait strictement inférieure à d. L’inégalité triangulaire permet
d’affirmer que OP1 + OP3 > P1 P3 et OP2 + OP4 > P2 P4 , d’où :

2d = P1 P2 + P3 P4 = OP1 + OP2 + OP3 + OP4 > P1 P3 + P2 P4 .

Donc, l’une des distances P1 P3 , P2 P4 est strictement inférieure à d, ce qui contredit la mini-
malité de d. Ainsi, la représentation ci-dessus de G est bien planaire. Comme G possède n
sommets, le nombre d’arêtes ne dépasse pas 3n − 6, ce qui est la conclusion désirée.

Exercice 13 KK

On dispose 21 points sur un cercle. Montrer que, parmi les cordes qui relient deux quel-
conques de ces points, au moins 100 définissent un angle au centre du cercle ne dépassant
pas 120◦ .

Solution. Soit G le graphe dont les sommets sont les points, deux étant reliés par une arête
si, et seulement si, la corde qu’ils définissent sous-tend un angle au centre dépassant 120◦ .
Soient A, B, C trois des points, que l’on suppose disposés dans cet ordre sur le cercle (sens
trigonométrique). Comme l’angle autour du centre O du cercle est de 360◦ = 3 × 120◦ , il est
facile de vérifier que ces points ne peuvent être deux à deux reliés par une arête dans le graphe.
Cela signifie que G est sans triangle. D’après le théorème de Turán on sait que G ne possède
2
pas plus de 214 arêtes. Par suite, le nombre x de cordes qui définissent un angle ne dépassant

pas 120 , i.e., le nombre de couples non reliés par une arête, est au moins égal à :

21 × 20 212 399
− = = 99, 75.
4 4 4
Comme x est évidemment un entier, on a donc x ≥ 100.

Exercice 14 KK

20 équipes de football participent à un tournoi. Le premier jour, chacune dispute un


match. Le second jour, chaque équipe joue un autre match, contre une équipe différente
de celle de la veille. Montrer qu’après ce second jour, il est possible de trouver un groupe
de 10 équipes dont 2 quelconques ne se sont pas encore rencontrées. (Tournoi des villes)
4.13. EXERCICES 285

Solution. On construit un graphe G dont les sommets sont les 20 équipes, en reliant deux
sommets par une arête rouge si, et seulement si, ils correspondent à deux équipes qui se sont
affrontées le premier jour, et par une arête verte pour le second jour. Ainsi, chaque sommet
est l’extrémité d’exactement une arête rouge et une arête verte, et donc a pour degré 2. Dans
chaque composante connexe, en partant d’un sommet arbitraire, et en suivant alternativement
une arête rouge et une arête verte, on parcourt ainsi un cycle eulérien, qui est également un
cycle hamiltonien. La bicoloration assure que ce cycle est de longueur paire. En choisissant un
sommet sur deux dans chacun de ces cycles, on obtient alors 10 sommets indépendants qui
représentent bien 10 équipes dont deux quelconques ne se sont pas encore affrontées.

Exercice 15 KK
Le roi Arthur fait asseoir ses 2n chevaliers autour d’une table ronde. Chacun des chevaliers
possède au plus n − 1 ennemis parmi les autres chevaliers. Montrer que Merlin l’Enchan-
teur peut trouver un arrangement des 2n chevaliers de sorte qu’aucun ne soit assis à côté
d’un de ses ennemis (bien sûr, l’animosité est réciproque, et seuls les chevaliers s’assoient
autour de la table). (Russie)

Solution. Considérons le graphe dont les sommets sont les chevaliers, deux étant reliés par une
arête si, et seulement si, ils ne sont pas ennemis (on dira donc qu’ils sont amis). Il s’agit donc
de prouver que ce graphe est hamiltonien. Le théorème de Dirac permet alors de conclure.

Exercice 16 KK

Un commandant de bataillon a demandé à des volontaires de composer 11 patrouilles,


toutes formées par le même nombre d’hommes. Si chaque homme est entré dans exacte-
ment deux patrouilles et que deux patrouilles quelconques ont exactement un homme en
commun, calculer le nombre de volontaires et de membres de chaque patrouille.

Solution. Soient P1 , P2 , · · · , P11 les patrouilles, et h1 , h2 , · · · , hn les volontaires. On relie hi et Pj si hi


est un membre de Pj . Soit k le nombre de membres de chaque patrouille, et soit Ai l’ensemble
des hommes dans la patrouille Pj . Comme on a n hommes en tout, alors : n = |A1 ∪A2 ∪· · ·∪A11 |.
Par suite, d’après le principe d’inclusion-exclusion on a :
X X X
n = |A1 ∪ A2 ∪ · · · ∪ A11 | = |Ai | − |Ai ∩ Aj | + |Ai ∩ Aj ∩ Ak | − · · · .
i i<j i<j<k

Or, comme aucun homme n’est membre de trois, ou plus, de patrouilles, alors seuls les deux
premiers termes de la somme ci-dessus sont non nuls, ainsi :
X X !
11
n = |Ai | − |Ai ∩ Aj | = 11k − = 11k − 55.
2
i i<j

Comptons, maintenant, le nombre d’arêtes de notre graphe (biparti) de deux manières diffé-
rentes : d’une part, puisque chaque homme est de degré 2, nous avons un total de 2n arêtes ;
par contre, comme chaque patrouille est de degré k, le nombre d’arêtes est égal à 11k. Ainsi,
2n = 11k. Finalement, en résolvant le système d’équations :


n = 11k − 55



2n = 11k

on obtient n = 55 et k = 10.
286 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

Exercice 17 KK

x élèves participent à une compétition mathématique dans laquelle 2y problèmes sont


proposés. On sait que chaque élève a résolu y problèmes, et que chaque problème a été
résolu par le même nombre d’élèves ; de plus, deux élèves quelconques ont résolu exacte-
ment trois problèmes communs. Calculer les valeurs de toutes les paires possibles (x, y).

Solution. Regardons la situation posée comme un graphe biparti G, avec les éléments des en-
sembles indépendants, formés de sommets, sont les élèves et les problèmes, et tel qu’un élève
et un problème sont adjacents si, et seulement si, l’élève a résolu le problème. Si chaque pro-
blème a été résolu par k élèves, en appliquant un double comptage on conclut que k = 2x .
Maintenant, soit E l’ensemble des étudiants, e ∈ E et P l’ensemble des y problèmes résolus
par e. Si H est le sous-graphe de G induit par (E \ {e}) ∪ P, alors H
 est aussi biparti ; en appli-
quant un double comptage à H on conclut que 3(x − 1) = y 2x − 1 . On conclut finalement que
(x, y) = (4, 9) ou (x, y) = (8, 7).

Exercice 18 KK
Montrer qu’il est impossible de placer les nombres 1, 2, 3, · · · , 13 autour d’un cercle de
sorte que, pour deux nombres voisins x et y, on ait : 3 ≤ |x − y| ≤ 5. (Hongrie)

Solution. Supposons, par l’absurde, qu’il existe un moyen de placer les nombres donnés
comme indiqué, et considérons le graphe G = (V ; E) tel que V = {1, 2, · · · , 13} et {x, y} ∈ E
si, et seulement si, x et y sont voisins dans le cercle. Alors, G a 13 sommets et 13 arêtes,
et tous les sommets sont de degré 2. Maintenant, regardons les ensembles de sommets
A = {1, 2, 3, 4, 10, 11, 12, 13} et B = {5, 6, 7, 8, 9} ; nous pouvons avoir au plus deux arêtes joignant
des paires d’éléments de A : une joignant 1 et 4 et une autre joignant 10 et 13. Puisque nous
avons 13 arêtes au total, deux d’entre elles partant de chaque sommet, nous concluons qu’au
moins 4 · 2 + 4 · 1 = 12 arêtes relient des éléments de A à des éléments de B. Puisque B a cinq
éléments, le principe des tiroirs garantit qu’au moins l’un d’entre eux doit recevoir au moins
trois arêtes, ce qui est absurde.

Exercice 19 KK

Un bâtiment rectangulaire est formé de deux rangées de quinze pièces carrées (situées
comme les carrés unités de deux rangées adjacentes d’un échiquier ordinaire). Chaque
pièce a une, deux ou trois portes, qui mènent respectivement à une, deux ou trois pièces
adjacentes. On sait que les portes sont réparties de telle manière qu’il est toujours possible
de passer d’une pièce à une autre sans sortir du bâtiment. Calculer le nombre de façons
distinctes de distribuer les portes le long du bâtiment. (Autriche-Pologne)

Solution. Interprétons le problème dans le langage de la théorie des graphes, de la manière


suivante : associons un sommet à chaque pièce et mettons une arête entre deux sommets si, et
seulement s’il y a une porte entre les pièces correspondantes. Pour deux rangées de n pièces
chacune, la condition dans l’énoncé du problème équivaut à la connexité du graphe résultant
Gn (de 2n sommets). Maintenant, soit an le nombre de graphes connectés Gn satisfaisant les
conditions données. Tout d’abord, on vérifie que a1 = 1 et a2 = 5. Ensuite, en utilisant un
argument récursif on montre que an+1 = 4an + bn , où bn est le nombre de graphes Gn ayant
exactement deux composantes connexes. Enfin, on montre que bn = 1 + 2a1 + 2a2 + · · · + 2an−1
et on conclut, à partir de cette dernière récurrence, que an+2 = 5an+1 − 2an pour tout n ≥ 1.
4.13. EXERCICES 287

Exercice 20 KK

Dans une ville il y a au moins deux lignes de bus et un ensemble d’arrêts (de bus) de sorte
que les conditions suivantes soient remplies :
(a) deux arrêts quelconques de bus sont reliés par une ligne.
(b) Pour deux lignes quelconques , il y a exactement un arrêt de bus en commun.
(c) Sur chaque ligne, il y a exactement n arrêts de bus.
Combien de lignes de bus y a-t-il ?

Solution. On monre qu’exactement n lignes de bus passent par chaque arrêt de bus. Soit l1 une
ligne de bus choisie arbitrairement, et A1 , A2 , · · · , An représentent tous les arrêts de bus de la
ligne l1 . Soit B un arrêt de bus qui n’est pas sur la ligne l1 . L’existence d’un tel arrêt de bus
découle des conditions données. Il résulte de la condition (b) que chaque ligne de bus qui passe
par B a exactement un arrêt de bus sur la ligne l1 . Il résulte de la condition (a) que pour tout
k ∈ {1, 2, · · · , n}, il existe une ligne de bus qui relie B et Ak . Par conséquent, il y a exactement
n lignes de bus qui passent par B. Considérons un arrêt de bus Ak sur la ligne de bus l1 , et
supposons que Aj , Ak . Soit l2 la ligne de bus qui relie B et Aj . Il découle de la condition (b)
que Ak n’est pas sur la ligne de bus l2 (car l2 passe par n arrêts de bus). De manière analogue,
on montre qu’il y a exactement n lignes de bus qui passent par Ak . Maintenant, il est facile de
conclure que, pour tout j ∈ {1, 2, · · · , n}, il y a exactement n − 1 lignes de bus différentes de l1
qui passent par Aj . D’après la condition (b), toutes ces lignes de bus sont différentes les unes
des autres. Il s’ensuit que le nombre total de lignes de bus est : n(n − 1) + 1.

Exercice 21 KK

Dans une ville il y a 57 lignes de bus telles que :


(a) deux arrêts quelconques de bus sont reliés par une ligne.
(b) Pour deux lignes quelconques , il y a exactement un arrêt de bus en commun.
(c) Pour chaque ligne, il y a au moins 3 arrêts de bus.
Combien d’arrêts de bus y a-t-il sur chaque ligne ?

Solution. Soit l1 une ligne de bus, et supposons qu’il y ait exactement n arrêts de bus sur la
ligne l1 , avec n ≥ 3. Soit B un arrêt de bus qui n’est pas sur la ligne l1 . De la même manière que
dans l’exercice précédent, on conclut qu’il y a exactement n lignes qui passent par B. Soit l2
une ligne de bus différente de l1 . Il découle de la condition (b) qu’il y a exactement un arrêt de
bus commun aux lignes l1 et l2 . Notons cet arrêt de bus par A. Soient B1 et B2 des arrêts de bus
sur les lignes l1 et l2 , respectivement, tels que B1 , A et B2 , A. Il résulte de la condition (a)
qu’il existe une ligne l3 , telle que l3 passe par B1 et B2 . Il découle de la condition (b) que l3 , l1
et l3 , l2 . Il découle de la condition (c) qu’il y a un arrêt de bus X sur la ligne l3 , tel que X , B1 ,
et X , B2 . Puisque X n’est pas sur la ligne l1 , il y a exactement n lignes qui passent par X.
Chaque ligne passant par X a exactement un arrêt de bus sur la ligne l2 , et pour chaque arrêt
de bus sur la ligne l2 , il y a une ligne qui la relie à X. Par conséquent, il y a exactement n arrêts
de bus sur la ligne l2 également. Puisque chaque ligne a exactement n arrêts de bus, il résulte
de l’exercice précédent que le nombre total d’arrêts de bus est n(n − 1) + 1. Par conséquent,
n(n − 1) + 1 = 57, c’est-à-dire n = 8.

Exercice 22 KK

Chaque ville d’un pays est reliée à exactement trois autres villes par des vols directs. On
peut voyager, par avion, de chaque ville à n’importe quelle autre ville avec au moins une
correspondance (i.e., une escale). Déterminer le nombre maximal de villes dans ce pays.
288 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

Solution. Notons par 1, 2, · · · , n les villes, où n ∈ N∗ est l’inconnue. Supposons que la ville 1 est
reliée par un vol direct aux villes 2, 3 et 4. Le nombre de villes qui peuvent être visitées en
partant de 1, en plus de 2, 3 ou 4, avec un vol supplémentaire est d’au plus 6. Par conséquent,
il n’y a pas plus de 1 + 3 + 6 = 10 villes dans ce pays. Dix villes peuvent être reliées par des
compagnies aériennes en vérifiant les conditions de l’exercice comme le montre la figure ci-
dessous :

7 6

8 3 2 5

9 4 10

Exercice 23 KK
Dans un pays, le réseau routier est construit de sorte qu’il y a exactement trois routes au
départ de n’importe quelle ville. Un passager part de la ville A en empruntant l’une des
trois routes possibles. Lorsqu’il arrive dans la ville voisine, il tourne à gauche, dans la
ville suivante il tourne à droite, puis dans la ville d’après il tourne à gauche, etc. Montrer
qu’après un certain moment le passager reviendra dans la ville A.

Solution. Supposons que le passager commence le voyage à l’instant 0. Notons les moments
de changement de direction par 1, 2, 3, · · · . Un chemin direct est une route qui relie deux villes,
mais ne passe pas par une troisième ville. Soit n le nombre total de chemins directs. Après un
long moment, le passager empruntera 4n + 1 trajets directs. Il s’ensuit que le passager emprun-
tera un trajet direct qui relie deux villes, disons A et B, au moins 5 fois. On déduit également
que le passager empruntera ce chemin dans une direction donnée, disons de A vers B, au moins
3 fois. Le passager choisira deux fois la même direction en B, par exemple, il tournera deux
fois vers la droite. Supposons que cela se produise aux instants i et j, avec i < j. On conclut
que le passager tournera vers la gauche aux instants i − 1 et j − 1, il tournera vers la droite aux
instants i − 2 et j − 2, etc. Il s’ensuit que la route que prend le passager à partir de l’instant 0
jusqu’à l’instant i est la même que le chemin qu’il emprunte du moment j − i au moment j.
Par conséquent, le passager sera dans sa propre ville au moment j − i.

4.13.3 Niveau avancé

Exercice 1 KKK
On colorie en deux couleurs les points des côtés d’un triangle équilatéral. Existe-t-il sur
son périmètre trois points d’une même couleur formant un triangle rectangle ?(OIM, 1983)

Solution. Supposons qu’il n’y ait pas de triangle rectangle avec des sommets de la même cou-
leur. Partitionnons alors chaque côté du triangle équilatéral en trois parties de longueurs
égales. Les points de séparation sont les sommets d’un hexagone régulier. Si deux sommets op-
posés sont de la même couleur alors tous les autres sont de la couleur opposée et on trouve un
triangle rectangle monochromatique. Supposons maintenant que les sommets opposés aient
tous des couleurs différentes, alors il existe deux sommets appartenant au même côté du tri-
angle qui sont de couleur différente. Alors les points de ce côté, à part les deux points pré-cités,
ne peuvent être ni de l’une ni de l’autre couleur, ce qui est impossible. On obtient ainsi une
contradiction.
4.13. EXERCICES 289

Exercice 2 KKK

Soit A un sous-ensemble de l’ensemble S = {1, 2, · · · , 1 000 000} ayant exactement 101 élé-
ments. Montrer qu’il existe des nombres t1 , t2 , · · · , t100 dans S, tels que les ensembles
Aj = {x + tj : x ∈ A} pour j = 1, 2, · · · , 100 soient deux à deux disjoints. (OIM, 2003)

Solution. Considérons un graphe à 106 sommets notés 1, 2, · · · , 106 . On relie les sommets i et j
par une arête si les ensembles A + i et A + j sont disjoints. Alors, un sommet i est lié à j si, et
seulement si, i − j n’est pas de la forme a − a′ , où a et a′ sont distincts dans A. Or, il existe au
plus 101 × 100 telles différences a − a′ , donc un sommet a admet au moins 106 − 101 × 100 − 1
voisins dans le graphe. Il existe donc au moins

1  
· 106 · 106 − 101 × 100 − 1 arêtes dans le graphe.
2
Le problème demande de prouver que le graphe possède un sous-graphe complet de 100 som-
mets, ceci est vrai d’après le théorème de Turán puisque :

1   98 1012
· 106 · 106 − 101 × 100 − 1 > · i.e. 106 > 99 + 99 × 10 100 = 106 − 1 vraie.
2 99 2

Exercice 3 KKK
Soit G un graphe de n sommets. Montrer que G est biparti si, et seulement si, il ne possède
pas de cycles de longueur impaire. (Théorème de Kőnig)

Solution.
(=⇒) Comme tout fait alterner un sommet d’un groupe et un sommet de l’autre groupe, alors
il est clair que l’on ne peut revenir en un même sommet qu’en ayant utilisé un nombre pair
d’arêtes intermédiaires. Par conséquent, un cycle ne peut qu’être de longueur paire.
(⇐=) On va construire une bipartition de G, pour cela on remarque tout d’abord qu’il suffit
de construire une telle bipartition sur chaque composante connexe, car ensuite nous n’aurons
plus qu’à répartir les deux groupes de sommets indépendants sur chaque composante pour
former les deux groupes cherchés sur G lui-même. Ainsi, il suffit de montrer le résultat pour
un graphe G que l’on peut supposer connexe.
Soit A un sommet arbitraire, on note pour tout sommet X, éventuellement X = A, d(X, A) la
distance entre X et A, i.e., la longueur minimale d’un chemin reliant X et A (par définition
d(A, A) = 0). Grâce à la connexité de G on est sûr que d(X, A) est bien défini.
On note respectivement par P et I l’ensemble des sommets dont la distance à A est respec-
tivement paire ou impaire. Alors, P et I forment une partition de l’ensemble des sommets.
Supposons qu’il existe deux sommets X, Y ∈ P qui soient reliés par une arête, alors en utili-
sant un chemin de longueur minimale qui relie A à X, puis l’arête XY , et enfin un chemin de
longueur minimale qui relie Y à A, on crée ainsi un cycle de longueur impaire, contradiction
avec l’hypothèse de départ. D’où, P est un ensemble de sommets indépendants. Un raisonne-
ment analogue montre qu’il en est de même pour I .
remarque : il y a une autre formulation équivalente du théorème de Kőnig : G admet une
bicoloration si, et seulement si, il ne possède pas de cycles de longueur impaire. Les deux
formulations sont équivalentes puisque : si G est biparti alors il suffit de colorier chacun des
deux groupes de sommets indépendants d’une seule couleur pour obtenir une 2-coloration.
Réciproquement, si une 2-coloration existe, les deux groupes formés par les sommets d’une
même couleur donnent la bipartition désirée.
290 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

Exercice 4 KKK

Montrer que si l’ensemble des arêtes de Km est partitionné en n sous-ensembles A1 , A2 ,


· · · , An , avec m > 2n , alors un au moins des sous-ensembles Ai induit un graphe qui possède
un cycle de longueur impaire.

Solution. On fait un raisonnement par récurrence sur l’entier n.


Pour n = 1, le résultat est évident pour tout m ≥ 3.
Soit n ≥ 1 un entier fixé, et supposons que le résultat est vrai au rang n. Pour m > 2n+1 , on se
donne une partition de l’ensemble des arêtes de Km en n + 1 sous-ensembles A1 , A2 , · · · , An+1 .
Si le graphe Gn+1 induit par An+1 n’est pas biparti alors d’après le théorème de Kőnig il admet
un cycle de longueur impaire, et c’est fini alors. On suppose donc que Gn+1 est biparti, et on se
donne une partition de l’ensemble des m sommets en deux sous-ensembles, notés E et F, tels
qu’aucune arête de An+1 ne relie deux sommets de E ou deux sommets de F. L’un de ces deux
ensembles, disons E par exemple, contient plus de 2n sommets (au moins m/2), et chaque arête
reliant deux de ces sommets appartient donc à l’un des ensembles A1 , A2 , · · · , An . L’hypothèse
de récurrence assure alors que l’une de ces parties induit un graphe qui possède un cycle de
longueur impaire. La preuve par récurrence est ainsi terminée.

Exercice 5 KKK

Des élèves ont passé une série d’examens portant sur n ≥ 3 matières. Pour chacune des
matières, exactement trois des élèves ont eu la meilleure note dans cette matière, et pour
deux matières différentes quelconques, un et un seul élève a eu la meilleure note dans ces
deux matières. Quel est le plus petit entier n pour lequel ces conditions impliquent qu’un
même élève ait eu la meilleure note dans chacune des matières. (Hong-Kong)

Solution. On se propose de montrer que la plus petite valeur possible de n est n = 8.


On donne tout d’abord un exemple de situation avec 7 matières (et donc, pour n < 7 également)
pour laquelle il n’y a pas un élève qui a été le meilleur dans chacune des matières. Dans le
tableau ci-dessous, une étoile indique la meilleure note :

A B C D E F G
1 ⋆ ⋆ ⋆
2 ⋆ ⋆ ⋆
3 ⋆ ⋆ ⋆
4 ⋆ ⋆ ⋆
5 ⋆ ⋆ ⋆
6 ⋆ ⋆ ⋆
7 ⋆ ⋆ ⋆
On construit le graphe G dont les sommets sont les élèves. Deux tels sommets sont reliés par
une arête si, et seulement si, les élèves correspondants ont eu la meilleure note dans une ma-
tière donnée. D’où, chaque matière correspond à un triangle unique auquel on attribue une
couleur différente. Comme pour deux matières quelconques, il n’y a pas deux élèves qui ont
les meilleures notes dans ces deux matières à la fois, alors chaque arête du graphe appartient à
un et un seul des triangles associés, et est donc coloriée d’une seule couleur. De plus, puisque
pour deux matières quelconques, il y a toujours un et un seul élève qui a eu les meilleures
notes dans ces deux matières, alors deux triangles monochromatiques ont toujours un et un
seul sommet en commun.
Si quatre triangles monochromatiques ont un sommet commun X alors tous les triangles mo-
nochromatiques ont ce sommet puisque, dans le cas contraire, un cinquième triangle mono-
chromatique devrait posséder un sommet commun différent avec chacun des autres triangles
4.13. EXERCICES 291

monochromatiques, contradiction avec le fait qu’un triangle possède 3 sommets seulement.


Si n ≥ 8, alors un triangle monochromatique arbitraire T possède un sommet commun avec au
moins 7 autres triangles monochromatiques. D’après le principe des tiroirs, un des sommets
de T est commun à trois autres triangles monochromatiques, et on est alors dans la situation
décrite ci-dessus.
En conclusion, le plus petit entier n vérifiant les conditions de l’exercice est n = 8.

Exercice 6 KKK

Autour d’une table ronde il y a 2n Français, 2n Allemands et 2n Anglais. Les personnes


dont les deux voisins, celui de droite et celui de gauche, sont de la même nationalité
doivent se lever (par exemple si un Français est assis entre deux Anglais, alors il doit
se lever). Quel est le nombre total de personnes qui peuvent se lever ?

Solution. On considère un graphe avec un sommet par personne (soit 6n sommets en tout), et
on relie deux sommets par une arête si, et seulement si, les deux personnes sont assises avec
exactement une personne entre elles. On obtient alors une réunion de deux cycles disjoints
de longueures 3n (les personnes assises à une place paire et les personnes assises à une place
impaire). On colorie les sommets avec 3 couleurs selon la nationalité (Française, Allemande
ou Anglaise). Notons que s’il y a deux sommets adjacents et avec la même couleur, alors la
personne entre elles est debout, et sinon la personne entre elles est assise. On veut maximiser
le nombre de sommets adjacents et de la même couleur. Considérons un des deux cycles,
comme il y a seulement 2n sommets de chaque couleur, il ne peut pas être monochromatique.
Soit v0 un sommet de ce cycle, on commence en v0 et on se promène le long du cycle jusqu’à
atteindre un sommet d’une autre couleur. On peut faire cela de deux façons différentes, une
par direction dans le cycle (selon le sens qu’on choisit pour notre promenade). Notons que
lorsqu’on trouve un sommet d’une couleur différente pour la première fois, on utilise une
arête différente selon le sens de notre promenade le long du cycle.
Donc, dans ce cycle, on a au moins deux personnes assises. En faisant la même chose pour
l’autre cycle, on déduit qu’il y a au plus 6n−4 personnes debouts. Pour montrer que ce nombre
de 6n − 4 est atteint on procède comme suit : on colorie dans un cycle 2n sommets consécutifs
en rouge, les 2n sommets consécutifs suivant en vert, et le reste des sommets en bleu. On
fait asseoir les personnes selon les nationalités, on obtient un arrangement où seulement 4
personnes sont assises.
En conclusion, le nombre maximal de personnes qui peuvent se lever est égal à 6n − 4.

Exercice 7 KKK

Supposons que n mathématiciens assistent à une conférence. Certains d’entre eux sont
amis avec d’autres. L’amitié est une relation symétrique (si A est un ami de B, alors B est
un ami de A). Pour deux mathématiciens qui ne sont pas amis, il y a exactement deux amis
communs et pour deux amis, il n’y a pas d’ami commun. Montrer que tous les mathéma-
ticiens ont le même nombre d’amis parmi les participants à la conférence.

Solution.
(a) Soient A et B deux amis. Supposons que A1 , A2 , · · · , An , B sont tous des amis de A. Alors, il
n’y en a pas deux parmi A1 , A2 , · · · , An , B qui sont amis. Puisque A1 et B ne sont pas amis, il
s’ensuit qu’ils ont deux amis communs, disons A et B1 . Alors B1 et A ne sont pas amis, et donc
l’ensemble de leurs amis communs est {A1 , B}. On déduit qu’aucun de A2 , A3 , · · · , An n’est un
ami de B1 . De manière analogue, on montre qu’il y a un B2 , B1 , tel que B2 est un ami commun
de A2 et B, etc. On conclut qu’il y a n mathématiciens, B1 , A, B2 , A, · · · , et Bn , A, de sorte
qu’ils soient amis de B. Il s’ensuit que le nombre d’amis de B n’est pas inférieur au nombre
d’amis de A. De même, le nombre d’amis de A n’est pas inférieur au nombre de amis de B. On
292 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

conclut finalement que les mathématiciens A et B ont le même nombre d’amis.


(b) Si X et Y ne sont pas amis, alors ils ont un ami commun, disons Z. D’après ce qui précède,
il s’ensuit qu’ils ont tous les deux le même nombre d’amis que Z.

Exercice 8 KKK

Il y a un groupe de 80 touristes tels que parmi trois quelconques d’entre eux, il y a deux
qui ne se connaissent pas. On suppose que, peu importe la façon avec laquelle on place
les 80 touristes dans 2 autocars, il y aura toujours deux touristes qui sont dans le même
autocar et qui se connaissent. Montrer qu’il y a un touriste qui connaît au plus 32 autres
touristes.

Solution. On va résoudre l’exercice dans le cas général où 80 est remplacé par n, et 32 remplacé
2n
par .
5
On considère un graphe avec un sommet par touriste, et une arête reliant deux sommets si les
touristes correspondants se connaissent. La première condition de l’exercice nous dit qu’il n’y
a pas de triangles ; et la seconde condition de l’exercice nous dit que le graphe n’est pas biparti.
Comme le graphe n’est pas biparti, alors d’après le théorème de Kőnig, il y a au moins un cycle
impair. Soit (v0 , v1 , v2 , · · · , vk = v0 ) le plus court cycle impair. Puisqu’il n’y a pas de triangles
alors k ≥ 5. Supposons qu’un sommet en dehors du cycle est adjacent à deux sommets (vi
et vj ) dans le cycle. On sait que vi et vj divisent le cycle en deux parties, l’une de longeur
paire et l’autre de longueur impaire. Si on remplace la partie paire par (vi , v, vj ) on obtient
un cycle impair plus court, à moins que vi et vj sont à la distance 2 dans le cycle d’origine.
Donc, v peut être adjacent seulement à 2 sommets du cycle. De plus, le cycle ne peut pas avoir
des diagonales à cause de sa minimalité. Par conséquent, chaque sommet du graphe (incluant
ceux dans le cycle) est adjacent à au plus deux sommets parmi v1 , v2 , · · · , vk . Considérons les
paires (u, vj ) où u est un sommet du graphe et vj est un sommet du cycle tels qu’ils forment
une arête. Chaque sommet u est dans au plus deux paires, donc il y a au plus 2n paires. Or,
comme il y a k sommets dans le cycle, il doit y avoir un dans au plus 2n/k paires.
2n 2n
Donc, au moins un des sommets v1 , v2 , · · · , vk a un degré ≤ ≤ .
k 5

Exercice 9 KKK

2n + 1 équipes participent à un tournoi sportif. Chaque équipe joue exactement un seul


match contre chacune des autres équipes. Chaque match se termine par un vainqueur
(pas de matchs nuls). On dit qu’un ensemble {A, B, C}, formé de 3 équipes, est cyclique si A
bat B, B bat C et C bat A.
1 Déterminer, en fonction de n, le nombre minimum d’ensembles cycliques.
2 Déterminer, en fonction de n, le nombre maximal d’ensembles cycliques. (Italie)

Solution.
1. On place les équipes sur une droite avec chaque équipe ayant battu toutes celles qui sont à
sa droite, et ayant perdu contre toutes celles qui sont à sa gauche. Ceci montre que le nombre
minimal d’ensembles cycliques peut être égal à zéro.
2. Dans chaque ensemble non-cyclique, il y a exactement une équipe qui a battu les deux
autres équipes de l’ensemble. On numérote les équipes de 1 à 2n+1, et on note par rk le nombre
d’équipes qui ont été battues par l’équipe k. Alors le nombre d’ensembles non-cycliques est
égal à : ! ! !
r1 r r
+ 2 + · · · + 2n+1 .
2 2 2
4.13. EXERCICES 293

En utilisant plusieurs fois l’inégalité classique qui dit que si a < b alors :
! ! ! !
a b a+1 b−1
+ ≥ + ,
2 2 2 2

on obtient :
! ! ! r1 +r2 +···+r2n+1 ! !
r1 r2 r2n+1 2n+1 n
+ + ··· + ≥ (2n + 1) = (2n + 1) .
2 2 2 2 2

Donc, le nombre maximum est au plus égal à :


! !
2n + 1 n n(n + 1)(2n + 1)
− (2n + 1) = .
3 2 6

Pour obtenir un tournoi avec ce nombre d’ensembles cycliques, il suffit d’en trouver un avec
rk = n pour tout k. Pour cela, on place les 2n+1 équipes autour d’un cercle, avec chaque équipe
ayant battu les n autres équipes dans le sens des aiguilles d’une montre, et ayant perdu contre
les autres n équipes.

Exercice 10 KKK

Lors d’un tournoi d’échecs, 25 joueurs d’échecs doivent jouer exactement une partie les
uns contre les autres. Déterminer le nombre minimal de parties à terminer de manière à
ce que pour chaque groupe de trois joueurs d’échecs, deux d’entre eux aient déjà joué une
partie l’un contre l’autre.

Solution. Divisons les joueurs d’échecs en deux groupes composés de 12 et 13 membres, et


supposons que deux joueurs quelconques aient déjà joué une partie l’un contre l’autre si et
 13
seulement s’ils appartiennent au même groupe. Le nombre de parties terminées est 12 2 + 2 =
144. Pour n’importe quels trois joueurs d’échecs, il y en a deux qui appartiennent au même
groupe, et donc ces deux joueurs ont déjà joué une partie l’un contre l’autre.
Supposons maintenant que le nombre de parties terminées soit n ≤ 144, et, parmi trois joueurs
d’échecs quelconques, il y en a deux qui ont déjà joué une partie l’un contre l’autre. Il y a un
joueur, disons A, qui n’a pas joué plus de 11 parties. Soit S1 l’ensemble des joueurs qui ont déjà
joué contre A, et S2 l’ensemble des joueurs qui n’ont pas joué contre A. Alors, on a : |S1 | = k < 11

et |S2 | = 24 − k. Tous les joueurs de S2 ont joué 24−k2 parties les uns contre les autres. Puisque
23
2 > 144 et n ≤ 144, il s’ensuit que k > 1. Supposons que m paires de joueurs de S1 n’ont
k
pas joué les uns contre les autres, avec 0 ≤ m ≤ 2 . Au moins un joueur d’échecs de chaque
telle paire (X, Y ) a déjà joué une partie contre B, où B est un joueur d’échecs fixe de S2 (dans
le cas contraire, considérer les joueurs d’échecs X, Y et B). Le nombre de ces paires n’est pas
inférieur à m(24−k)/(k −1), car tout joueur de S1 peut être membre d’au plus k −1 de ces paires
mentionnées ci-dessus. Par conséquent :
! ! ! !
24 − k k m(24 − k) 24 − k k
n≥ +k+ −m+ ≥ +k+ = (k − 11)(k − 12) + 144 ≥ 144.
2 2 k −1 2 2

Exercice 11 KKK
Montrer que dans tout ensemble de 17 personnes, dans lequel chacune en connaît exac-
tement quatre, il existe deux personnes qui ne se connaissent pas et qui n’ont aucune
connaissance en commun. (Russie)
294 CHAPITRE 4. THÉORIE DES GRAPHES

Solution. On représente chaque personne par un point du plan. On joint deux points par une
ligne si les personnes se connaissent. On obtient un graphe dont les sommets sont les per-
sonnes et les arêtes les relations de connaissance. On montre le résultat par l’absurde. Sup-
posons que chaque sommet A soit relié à chacune des 16 autres personnes, soit directement,
soit par l’entremise d’une tierce personne. A est relié à exactement 4 personnes, qui chacune
sont reliées à trois autres personnes. Il n’y a donc pas d’autres sommets dans le graphe et les
17 personnes énumérées précédemment sont distinctes. Toutes les autres arêtes, qui sont au
nombre de 17 · 4/2 − 16 = 18 ne peuvent joindre que des points extérieurs.

Chacune de ces 18 arêtes définit un cycle à travers A de 5 arêtes. À cause du choix de A, il y a


aussi 18 cycles passant par chacun des autres sommets. Chaque cycle passe par 5 arêtes. Il y a
donc 18 · 17/5 cycles, ce qui est impossible, ce nombre n’étant pas entier.

Exercice 12 KKK
Dans chaque case d’un tableau de n × n cases unitées, on a inscrit un nombre. Deux lignes
quelconques sont toujours différentes, i.e., il existe au moins une colonne qui rencontre
ces lignes selon des nombres différents. Montrer qu’il existe une colonne que l’on peut
effacer de sorte que, dans le tableau n × (n − 1) restant, les lignes soient encore deux à deux
différentes. (Tournoi des villes)

Solution. Supposons, par l’absurde, qu’après l’élimination d’une colonne quelconque on ob-
tienne toujours au moins deux lignes identiques. Alors, pour chaque colonne c, on peut choi-
sir deux lignes qui deviennent identiques lorsque l’on supprime c. On fixe un tel choix pour
chacune des colonnes. Considérons le graphe G dont les sommets sont les lignes deux étant
reliées si elles correspondent à l’un des choix ci-dessus. Alors, notre hypothèse nous assure
que chaque colonne détermine exactement une arête. Ce graphe est évidemment sans boucle,
mais aussi sans arête multiple. En effet, supposons que deux lignes, l1 et l2 , soient reliées par
des arêtes associées d’une part à la colonne c et d’autre part à la colonne c ′ . Cela signifie que
d’une part l1 et l2 sont identiques, sauf éventuellement aux cases appartenant à c. Et d’autre
part, qu’elles sont identiques, sauf éventuellement aux cases appartenant à c ′ . Comme c et
c ′ sont supposées distinctes, c’est donc que les deux lignes sont identiques, en contradiction
avec l’énoncé. Ainsi, chaque arête correspond à la donnée d’une colonne, et deux colonnes
différentes donnent des arêtes différentes. On identifiera alors arêtes et colonnes. Donc G est
simple, possède n sommets et n arêtes. On sait qu’alors G possède un cycle l1 l2 · · · lk l1 (la numé-
rotation n’a aucun rapport avec l’ordre des lignes dans le tableau). Quitte à réduire ce cycle, on
peut supposer que les lignes utilisées sont deux à deux distinctes. On note ci la colonne asso-
4.13. EXERCICES 295

ciée à l’arête (li , li+1 ) avec lk+1 = l1 . Ainsi, les colonnes c1 , c2 , · · · , ck sont deux à deux distinctes.
Par construction, les nombres inscrits sur les lignes l1 et l2 sont égaux sauf ceux qui sont sur c1 .
En particulier, ceux inscrits sur ck sont égaux. De même, puisque c2 , ck , les nombres inscrits
sur les lignes l2 et l3 et sur ck sont égaux. Et ainsi de suite, on prouve de proche en proche que
tous les nombres inscrits dans la colonne ck et sur les lignes l1 , l2 , · ·