Les
relations
destructrices
Guérir des abus émotionnels et
bâtir des relations saines
LESLIE V ER N I C K
Introduction
Créé pour vivre connecté
Détruire : 1. réduire (une chose) en fragments inutiles ou en une
forme inutile, par exemple en la cassant ou la brûlant, blesser
irrémédiablement ; démolir. 2. mettre fin à ; éteindre. 3. tuer ;
anéantir. 4. rendre inefficace ou inutile ; neutraliser ; invalider.
5. vaincre complètement. 6. se livrer à la destruction.
Destructeur : 1. tendant à détruire ; causant beaucoup de
dommages... 2. tendant à renverser, à réfuter ou à discréditer ; négatif.
P
endant plus de 15 ans, je n’ai pas rendu visite ni parlé à ma
mère. Auparavant, tout contact avec elle était sporadique et
toujours tendu. Elle n’a pas assisté à mon mariage et elle n’était
pas présente non plus à la naissance de mon fils ou à l’adoption
de ma fille de Corée. Elle n’a jamais fêté Noël avec nous ou invité
ma famille à lui rendre visite.
Quand j’avais huit ans, mes parents ont divorcé et ça s’est mal
passé. Ma sœur cadette, mon frère et moi sommes allés vivre
avec notre mère. Nous avons enduré des années d’alcoolisme et
de comportements abusifs de la part de notre mère. Mon père a
17
Les relations destructrices
fini par obtenir la garde de ses enfants. Ma mère s’est remariée
avant de déménager dans une autre région. Elle n’a pas tenu à
garder de liens avec ses enfants.
En tant que conseillère chrétienne, je travaille avec beaucoup
de gens prisonniers de relations destructrices, mais je sais aussi
ce que l’on ressent quand on est pris au piège. Ma propre relation
douloureuse avec ma mère a commencé dès mon enfance, mais
elle ne s’est pas arrêtée lorsque j’ai grandi. Même en tant qu’adulte,
je craignais ses sautes d’humeur ; on ne pouvait pas communi-
quer, et elle ne voulait pas ou ne pouvait pas reconnaître qu’elle
me faisait du mal. L’impuissance, la confusion, la frustration et
la douleur de ce genre de relation peuvent être accablantes. Si
vous avez choisi de lire ce livre, vous savez exactement de quoi je
parle. Naviguer dans la douleur d’une manière qui honore Dieu
est difficile et parfois délicat.
Le titre de ce livre est loin de décrire les dommages que cause
ce genre de relation. Une relation destructrice ne blesse pas que
nos émotions. Elle attaque toutes les parties de notre existence.
Elle peut dévaster notre âme.
L’opposé du plan de Dieu pour nous
J’aimerais qu’il ne soit pas nécessaire d’écrire un livre sur ce sujet,
en particulier pour les chrétiens. Malheureusement, ce livre est
probablement attendu depuis longtemps. Quand vous pensez à
des relations destructrices, qu’est-ce qui vous vient à l’esprit en
premier ? La plupart des gens pensent généralement à des rela-
tions incluant une sorte de violence physique, verbale ou sexuelle.
Sans aucun doute, tous les comportements abusifs, qu’ils soient
physiques, sexuels ou émotionnels, détruisent toujours la per-
sonnalité de la victime ainsi que la relation. Cependant, nombre
de modèles relationnels fautifs, pas nécessairement étiquetés ou
reconnus comme étant abusifs, sont tout aussi nuisibles.
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Introduction
Imaginez une jolie maison blanche avec un grand porche. Une
bombe peut détruire la maison en un instant, mais il faudra beau-
coup plus de temps pour connaître les dégâts des termites ou de la
moisissure, et leurs effets dévastateurs pourront passer inaperçus
pendant des années. Tout comme il existe de nombreuses manières
de détruire une maison, une personne et une relation peuvent être
blessées ou détruites de bien des façons. Un individu peut être
démoli, écrasé, étouffé, supprimé, anéanti, détruit ou brisé. Une
relation est altérée lorsqu’elle est affaiblie, fracturée ou détruite par
les attitudes et les actions d’une ou deux personnes dans la relation.
Il est possible que vous ayez détecté depuis un certain temps
maintenant que quelque chose à l’intérieur de vous est en train de
mourir, même si vous ne pouvez le nommer ou en expliquer la
cause. Vous pouvez éprouver de la difficulté à en parler. Peut-être
que les gens ne perçoivent pas les signes des effets négatifs que
vous ressentez et ne comprennent pas ce que vous essayez d’ex-
primer. Ils peuvent même vous dire que vous faites une tempête
dans un verre d’eau, même si vous avez la certitude que quelque
chose a mal tourné, et que vous craigniez ne rien pouvoir faire
pour en renverser les effets.
Les relations qui mènent à ce genre de chagrin sont à l’opposé
du plan de Dieu pour nous. De saines relations sont au cœur du
message biblique, parce que Dieu nous a créés pour vivre connec-
tés les uns avec les autres. La Parole de Dieu se concentre sur
notre relation avec Dieu ; elle est remplie de commandements et
d’instructions sur la manière de bien prendre soin des autres et
d’aimer son prochain comme soi-même. Chacun des dix com-
mandements aborde un aspect de la communauté et ce qu’il faut
pour maintenir une bonne relation avec Dieu et avec les autres.
Personne ne fonctionne bien tout seul. Dans le film Seul au monde,
Tom Hanks a puissamment dépeint l’intolérance humaine à l’iso-
lement. Abandonné sur une île déserte, il se met à parler à un
ballon de volley nommé Wilson. Dieu a spécialement conçu la
19
Les relations destructrices
famille humaine ainsi que la famille de l’Église pour fournir les
liens étroits auxquels nos cœurs aspirent tant.
Jésus nous dit qu’il n’y a rien de plus important que d’ap-
prendre à aimer Dieu et son prochain (Mt 22.36-39). Puisque
les gens sont si importants pour Dieu, il nous met en garde sur
les conséquences douloureuses des relations destructrices. Par
exemple, le livre des Proverbes dit ceci : « Par sa bouche l’impie
perd son prochain » et « comme une massue, une épée et une
flèche aiguë, ainsi est un homme qui porte un faux témoignage
contre son prochain » (Pr 11.9 ; 25.18). Jésus prend la question de
la violence verbale très au sérieux en la comparant au meurtre
(Mt 5.21,22). Nombre de gens souffrent au sein de relations où
les paroles blessantes et les gestes menaçants sont les armes de
prédilection, utilisées pour manipuler, contrôler, punir et blesser
sans laisser la moindre preuve physique.
L’Église commence enfin à reconnaître la réalité de la violence
physique dans les foyers chrétiens, mais elle reste plutôt silen-
cieuse sur les conséquences dévastatrices d’autres formes d’abus
et de destruction, surtout lorsque le dommage n’est pas apparent.
Les blessures physiques sont bien visibles. Ecchymoses, fracture au
bras ou œil au beurre noir sont tout autant de preuves d’un dys-
fonctionnement, et les chrétiens commencent à en parler. Bien que
les blessures de l’âme et de l’esprit d’une personne soient moins
facilement détectées, elles sont tout aussi réelles et douloureuses
que les blessures physiques, et méritent qu’on y porte attention.
Nous autres, chrétiens, ne savons pas toujours reconnaître
les relations destructrices ou valider la profonde souffrance émo-
tionnelle qu’elles infligent. Nous ne savons pas non plus nécessai-
rement comment régler le problème. Ma prière est que ce livre
vous permette de voir plus clairement ce qui ne va pas dans les
relations qui vous font du mal, d’identifier les problèmes de cœur
sous-jacents qui sont à l’œuvre dans ces relations et d’apprendre
20
Introduction
à bien réagir dans vos situations relationnelles spécifiques, d’une
manière biblique et qui vivifie.
Trouver une compréhension biblique
Tout au long de ce livre, j’explique ce qui se passe et ce qu’il faut
faire à ce sujet selon une perspective biblique plutôt que psycho-
logique. Je fais cela délibérément. En prenant la défense de gens
blessés ou pris au piège dans des relations destructrices, je me suis
parfois heurtée à des chrétiens et à des dirigeants d’Églises. Ils se
méfient (peut-être à juste titre) de tout ce qui semble trop laïque
ou psychologique, et il est difficile de trouver un terrain d’entente.
Si vous êtes dans une relation destructrice, je vous encourage
à acquérir une compréhension et un vocabulaire bibliques par
rapport à ce qui se passe, de façon à ce que vous puissiez cerner
le problème et trouver la solution de Dieu.
Faire des distinctions
J’ai divisé Les relations destructrices en trois parties. La première
partie, « Y voir clair », vous aidera à apprendre à distinguer les rela-
tions saines des relations destructrices. Un questionnaire à remplir
soi-même à la fin du chapitre 1 vous permettra de repérer les
aspects malsains dans vos relations pour cerner ce qui cloche.
Dans le chapitre 2, j’étudie les effets émotionnels, physiques, men-
taux, relationnels et spirituels des relations destructrices, et je
démontre comment ces tendances sont transmises au sein des
familles. Dans les chapitres 3, 4 et 5, j’utilise un modèle biblique
pour expliquer comment les relations deviennent malsaines et je
décris sept attitudes du cœur qui, faute d’être corrigées, conduisent
toujours à des interactions destructrices avec les autres.
21
Les relations destructrices
Penser à votre propre rôle
Dans la deuxième partie, « Y mettre un terme », je vous enseigne
comment penser de manière plus biblique à votre propre rôle dans vos rela-
tions et je vous donne des stratégies spécifiques pour commencer
à faire des changements. Je veux que vous sachiez que vous n’avez
pas à continuer à vivre dans la souffrance. Dans les chapitres 6 et 7,
je vous aide à apprendre à prendre votre courage à deux mains et
à utiliser vos ressources afin d’amorcer un dialogue décisif avec
l’autre personne impliquée dans la situation destructrice. Une fois ce
processus entamé, les chapitres 8 et 9 vous montrent à quel moment
doit se faire la confrontation, comment dire la vérité avec amour
et quand il convient de prendre ses distances dans la relation. Je
vous donne des raisons bibliques pour soutenir vos décisions. Si
vous conseillez d’autres personnes, ces chapitres vous fourniront
des mesures spécifiques pour les aider à appliquer judicieusement
la vérité de la Parole de Dieu à leur situation particulière.
Guérir
Dans la troisième partie, « Y survivre », j’ai dépassé le stade de la rela-
tion pour me concentrer sur votre propre guérison. Malheureusement, il
est fréquent qu’une relation destructrice ne s’améliore pas. Il arrive
parfois que la personne concernée ne soit pas disposée à changer
ou à se voir d’une manière nouvelle. Toutefois, cela ne signifie pas
qu’il n’y a pas d’espoir pour vous. Dieu voit ce que vous traversez
et veut vous aider à guérir, même si votre relation ne change pas.
L’une des premières histoires de la Bible parle d’une relation
destructrice entre deux femmes. Saraï et son mari Abram (leurs
noms seront plus tard remplacés par Sara et Abraham) étaient
incapables d’avoir des enfants, même si Dieu avait promis à Abram
que ses descendants seraient nombreux. En ce temps-là, la cou-
tume voulait que les femmes stériles donnent à leurs maris une
22
Introduction
mère porteuse. Saraï a donc choisi Agar, sa servante égyptienne,
pour concevoir à sa place.
Quand Agar s’est retrouvée enceinte de l’enfant d’Abram, les
choses se sont détériorées entre elle et Saraï. Quand on a l’habi-
tude de se comparer aux autres, on a toujours tendance à se voir
supérieur ou inférieur, meilleur ou pire qu’eux. Je me demande
si Agar se sentait inférieure à Saraï, puisqu’elle était à son service.
Peut-être Saraï se croyait-elle supérieure à Agar, puisqu’elle était
l’épouse légitime. Quoi qu’il en soit, une fois Agar enceinte de
l’enfant d’Abram, les rôles se sont inversés. « Quand elle se vit
enceinte, elle regarda sa maîtresse avec mépris » (Ge 16.4).
La réaction de Saraï devant le mépris d’Agar était compré-
hensible, bien que destructrice. Saraï a évité d’assumer la respon-
sabilité de ses propres sentiments et actions en accusant Abram
de tous les désagréments liés à cette affaire. Abram a refusé de
s’impliquer et a dit à Saraï de gérer elle-même la situation. « Alors
Saraï la maltraita ; et Agar s’enfuit loin d’elle » (16.6). Saraï était
jalouse de la grossesse d’Agar, mais elle a justifié sa cruauté à
cause du mépris de sa servante à son égard.
Agar s’est retrouvée seule dans le désert, enceinte et en
détresse. Un ange du Seigneur l’a vue, l’a rassurée et lui a dit
quoi faire. Dieu avait entendu son appel au secours. À partir de
ce moment-là, elle a utilisé un nouveau nom pour décrire son
Dieu, Atta-El-roï, ce qui signifie le Dieu qui voit. Les problèmes
relationnels entre Saraï et Agar étaient loin d’être réglés, mais
Agar a trouvé du réconfort et a puisé sa force dans la vérité que
Dieu l’a vue et qu’il connaissait sa requête.
Dans la dernière partie de ce livre, je veux que vous sachiez
vraiment que Dieu vous voit et qu’il vous aime profondément.
Quand on a été rabaissé par les paroles ou les actes d’une autre
personne, on se sent brisé et impuissant, désagréable et peu
aimable. Il est merveilleux que notre guérison ne dépende pas
de l’affection, des compliments ou des demandes de pardon de
23
Les relations destructrices
l’autre personne. Il se peut qu’on ne reçoive jamais rien de cela.
Néanmoins, la force et la guérison viendront alors qu’on est rendu
capable de recevoir l’amour de Dieu et d’y croire.
Quand j’ai enfin cru (d’abord avec ma tête, puis dans mon cœur)
que Dieu m’aimait, j’ai commencé à guérir de la blessure du rejet
de ma mère. Ce processus de guérison ne s’est pas produit du
jour au lendemain ni même en une année, mais avec le temps, j’ai
commencé à lui pardonner, non pas parce qu’elle me l’a demandé,
mais parce que je le pouvais. Je n’avais plus besoin de me sentir
en colère ou blessée. J’étais enfin libre. Libre du passé, libre de la
douleur, libre d’être moi-même. Libre d’aimer. C’est ce que Dieu a
fait en moi en quinze ans. Même alors, je n’avais jamais rêvé, espéré
ou même prié que ma mère et moi puissions un jour nous récon-
cilier. Mais un jour, il y a de cela plusieurs années, tout a basculé.
Ma sœur cadette, Patt, m’a téléphoné tôt le matin. Notre
mère venait d’appeler en se plaignant d’avoir le souffle court. En
entendant maman parler, Patt lui a dit de raccrocher aussitôt et
d’appeler une ambulance. Ma sœur m’a demandé si je voulais
bien l’accompagner pour rendre visite à notre mère.
Dieu a sa façon bien à lui de créer des circonstances pour
voir si ce qu’on dit croire se traduit vraiment par la confiance en
lui et une foi authentique. J’étais mise à l’épreuve. Est-ce que je
le croyais vraiment quand il me disait que j’étais aimée, et qu’il
me précèderait et m’accompagnerait durant cette visite ? Est-ce
que je lui ferais confiance pour me protéger et me soutenir ?
Ces tests sont autant d’occasions pour nous d’apprendre à mieux
connaître Dieu et de grandir dans une foi véritable. Ce matin-là,
j’ai accepté d’accompagner ma sœur. Plus important encore, j’ai
dit oui à Dieu, sans savoir si ma mère me recevrait ou pas.
24
Introduction
Par la foi, j’ai fait ma valise et j’ai pris l’avion. À chaque pas,
je me suis rappelé inlassablement Psaumes 27.1 : « L’Éternel est ma
lumière et mon salut : de qui aurais-je crainte ? » Même si mon
cœur semblait plus fort, je me sentais physiquement affaiblie ; j’avais
l’estomac à l’envers et mon cœur battait la chamade. En entrant
dans la chambre de ma mère aux soins intensifs, mes genoux s’en-
trechoquaient, mais j’étais sûre d’une chose : Dieu était avec moi et
il me donnerait tout ce dont j’avais besoin pour interagir avec ma
mère d’une façon qui l’honore. J’ignorais ce qui allait se passer et
si nous serions en mesure de repartir sur de nouvelles bases, mais
j’ai senti en moi quelque chose qui surpassait ma peur de ma mère.
C’était l’amour de Dieu déversé en moi qui m’a permis de réfléchir
à comment répondre à ses besoins sans rien chercher, espérer ou
attendre en retour. Par un merveilleux miracle graduel, maman
et moi avons été en mesure de construire une relation positive
et aimante, et j’ai eu le privilège de prendre soin d’elle durant les
dernières semaines de sa vie et de l’emmener au pied de la croix.
Les derniers chapitres de la troisième partie vous montreront
comment guérir et reconstruire votre identité selon ce que Dieu
dit à votre sujet. Par la même occasion, vous apprendrez à devenir
de plus en plus la personne que Dieu vous a destinée à être. En
laissant Dieu vous aimer et vous abreuver de sa vérité, vous vous
épanouirez en faisant de nouveaux bourgeons, telle une plante qui
revient à la vie après avoir été piétinée et flétrie en raison d’un
manque de nutriments et de lumière. Alors vous commencerez
à réécrire votre histoire, non pas en tant que victime, mais en
tant que vainqueur qui a gagné la victoire.
Mes prières vous accompagnent tandis que vous entamez ce
cheminement. Dieu vous aidera. Il est votre Atta-El-roï, le Dieu
qui voit, qui vous voit.
25
Première partie
Y voir clair
Chapitre 1
Qu’est-ce qu’une relation
émotionnellement
destructrice ?
L’étendue de nos pensées et de nos actions est limitée par ce qu’on
échoue à remarquer. En raison de notre inaptitude à percevoir notre
manque de discernement, il y a peu de choses qu’on peut faire pour
changer à moins de constater que notre incapacité à remarquer les
choses modèle nos pensées et nos actes.
– Daniel Goleman
U
n jour, incapable de contenir sa douleur plus longtemps, Terri
a lancé à son mari, John : « Plutôt mourir que de continuer à
être ta femme. » Abasourdi, John ne pouvait comprendre pour-
quoi Terri lui disait ça. Il pensait que leur couple allait bien. Tous
deux étaient chrétiens ; ils aimaient Dieu et ils s’aimaient, ou du
moins, c’est ce qu’il pensait. Pourtant, ce qui lui semblait être
un mariage réussi était mortel pour Terri. Des années durant,
elle s’était efforcée d’être une bonne épouse, de répondre aux
besoins de John, de l’aimer comme une femme chrétienne est
censée aimer son mari, selon elle. John appréciait la façon dont
29
Les relations destructrices
Terri l’aimait et s’occupait de lui. En revanche, John était loin de
se douter que Terri se sentait mal aimée par lui.
Tout au long de leur vie de couple, John était confiant, alors
que Terri était moins sûre d’elle. John était sûr que sa façon de
faire les choses était la meilleure ; il s’était donc senti investi de
la mission d’aider Terri à être comme elle le devrait, selon lui. À
certains moments, John était dur et donnait à Terri l’impression
que ses méthodes à elle, ses pensées, ses sentiments, ses idées et
ses désirs n’étaient pas aussi sages, aussi utiles ou aussi spirituels
que ceux de John.
Il arrivait à Terri de dire ce qu’elle pensait, mais au fil des
ans, elle a trouvé qu’il était plus facile de garder le silence et
de le suivre. Il était fréquent qu’elle reçoive de la part d’autres
femmes chrétiennes des éloges pour son esprit calme et doux. Les
manières autoritaires de John ont fini par miner la fragile estime
de soi de Terri ainsi que sa capacité à défendre ses pensées et ses
sentiments. Elle s’est mise à croire que si elle avait une pensée
ou une émotion différente de celle de John, elle avait sûrement
tort. Petit à petit, au fil des ans, la Terri que Dieu avait destinée
à être a disparu.
La façon habituelle que John avait de se comporter avec Terri
n’était pas délibérément malveillante ; pourtant, le dommage était
bien réel. Après l’incident où Terri a laissé échapper ce qu’elle
pensait vraiment, ils ont tous deux pris conscience que chacun
devait apporter des changements significatifs (le mot biblique est
« se repentir ») dans leur façon d’interagir et de penser à l’autre.
Alors seulement pourraient-ils avoir un mariage sain ; alors seu-
lement Terri retrouverait-elle une bonne estime d’elle-même.
Pour Terri, la repentance allait consister à rassembler son
courage pour confronter le comportement dominateur de John.
Elle devrait aussi faire des efforts pour redécouvrir et exprimer
ses propres pensées, ses sentiments et ses idées, au lieu de tou-
jours s’en remettre à son mari. Pour John, la repentance allait
30
Qu’est-ce qu’une relation émotionnellement destructrice ?
impliquer d’apprendre à aimer sa femme selon le modèle biblique,
c’est-à-dire à valoriser et à encourager la personne que Dieu l’a
destinée à être, au lieu de toujours chercher à la changer. Il allait
devoir apprendre l’humilité et abandonner sa croyance profon-
dément ancrée que ses façons de faire sont toujours supérieures
à celles de Terri.
Considérons une autre situation. Depuis plusieurs années, Tom
était le pasteur-assistant d’une petite assemblée où on l’appréciait
et il aimait son ministère. Sans le moindre préavis, son pasteur lui
a demandé de démissionner. Tom et sa famille étaient anéantis.
Ils n’avaient jamais imaginé que cela puisse arriver. Tom et son
pasteur plus âgé avaient parfois des opinions divergentes sur leur
ministère, mais Tom pensait qu’ils géraient bien leurs conflits,
du moins jusqu’à ce que le pasteur principal fasse savoir à Tom
qu’il n’avait pas le profil recherché pour l’assemblée. Quand Tom
a protesté en disant qu’il souhaitait avoir une réunion avec les
anciens pour en discuter, le pasteur lui a dit qu’il semait la dis-
corde, et que son attitude d’insoumission menaçait la croissance
et la santé de l’Église. Il a demandé à Tom et à sa famille de partir
sur-le-champ.
Tom était en proie à une lutte intérieure. Devait-il rester et se
défendre ? Comment gérer cela à la manière de Dieu ? Pourquoi le
pasteur n’avait-il pas exprimé ses inquiétudes plus tôt ? Pourquoi
demandait-il à Tom de partir au moment même où le ministère
semblait florissant ?
Tom a été pris par surprise. Il croyait, en effet, que sa relation
avec son pasteur était d’une certaine façon, quand, en réalité,
elle était toute autre. Tom ne comprenait pas pourquoi le pas-
teur n’avait pas été honnête avec lui (ou peut-être avec lui-même)
dès le début. Dans le passé, il avait dit à Tom qu’il faisait un bon
31
Les relations destructrices
travail ; Tom n’avait donc jamais soupçonné que son pasteur ne
lui disait pas la vérité.
Tom a commencé à questionner son pasteur au sujet de ses
précédentes évaluations. Au lieu de prendre un moment pour
écouter les préoccupations de Tom et d’examiner ses propres
motivations, le pasteur lui a dit que ses questions et ses protes-
tations constituaient une preuve de son impiété. Dès lors, Tom
savait qu’il n’y avait aucun moyen d’avoir une discussion hon-
nête sur ce qui s’était passé. Leur relation s’est dégradée et leur
ministère commun a été affecté négativement. Anéantis, Tom et
sa femme ont quitté l’Église.
« Nous avons été complètement aveuglés, dit Tom en sanglo-
tant dans mon bureau. Je ne sais pas si je pourrai à nouveau faire
confiance à quelqu’un dans le ministère. Le pire, c’est qu’on ne
peut même pas en parler aux gens sans donner une mauvaise
image du pasteur et blesser tout le ministère de l’Église. Je ne
tiens pas à faire cela. » Il s’arrête.
« Leslie, j’aimais mon travail et j’estimais cet homme. Il était
comme un père pour moi. Comment peut-on se remettre de ce
genre de trahison ? »
« Pas rapidement ou facilement, dis-je à Tom et à sa femme.
Vous allez devoir vous accorder suffisamment de temps pour
évacuer votre colère, pleurer, questionner Dieu, guérir et sortir
grandis de cette expérience. »
J’ai ajouté : « Quand quelqu’un nous trahit profondément et
refuse d’en assumer la responsabilité, la relation même peut
être irréparable, du moins jusqu’à ce que le Seigneur révèle à
cette personne son péché. Vous pouvez, quand même, apprendre
quelque chose de cette situation et vous engager dans de nou-
velles relations avec plus de sagesse. Il pourrait s’avérer utile
d’apprendre à discerner les thèmes du cœur pécheur qui sont
caractéristiques des relations destructrices. » (Je les aborderai
dans les chapitres 3, 4 et 5.) « Devenir plus conscients et alertes
32
Qu’est-ce qu’une relation émotionnellement destructrice ?
peut vous aider dans de futures relations et cela vous évitera bien
des mauvaises surprises. »
Rita, une femme célibataire dans la quarantaine, vivait avec sa
mère et son père jusqu’à tout récemment. Les parents de Rita
prennent la plupart de ses décisions et continuent de la traiter
comme si elle était une enfant. Dans un sursaut d’indépendance
saine, Rita a commencé à fréquenter Charlie, également dans la
quarantaine, un homme qu’elle a rencontré sur Internet. Tous
deux étaient ravis de s’être trouvés l’un l’autre et après des fré-
quentations d’environ six mois, ils ont décidé de se marier. Les
parents de Rita s’y sont fortement opposés. Ils critiquaient Charlie
et continuaient à mettre de la pression sur Rita pour qu’elle fasse
les choses à leur façon.
Aujourd’hui, le mariage de Rita est au bord du gouffre à cause
de sa dépendance à ses parents. Rita se sent déchirée entre son
amour pour Charlie et sa loyauté envers eux. Elle s’efforce de
plaire à tous, sans pour autant y parvenir. Rita se sent désespérée
tandis qu’elle sombre dans l’anxiété et la dépression.
Les parents de Rita croient l’aimer, mais leur amour l’étouffe
au lieu de la libérer pour qu’elle vive sa vie de femme adulte.
Même si les parents de Rita sont loin de reconnaître les effets
de leur comportement ou de changer leurs habitudes, Rita peut
s’en libérer. Elle devra, pour cela, reconnaître que sa dépendance
détruit son couple et sa maturité en tant que personne ; elle devra
aussi apprendre à se tenir debout avec son mari. Si elle refuse de
prendre ces mesures, son mariage sera probablement détruit par
les interférences de ses parents et par son incapacité à se séparer
d’eux. En outre, Rita ne deviendra jamais la femme adulte que
Dieu l’a destinée à être. Elle restera immature.
33
Les relations destructrices
Terri et John, Tom et son pasteur, Rita et ses parents sont des
exemples de relations destructrices. Les rapports qu’ils entre-
tiennent leur semblent normaux, pour la plupart. Ils ne se consi-
dèrent pas comme étant des personnes abusives ou victimes d’une
relation abusive, mais les dommages personnels et relationnels
sont évidents.
Si vous vous trouvez dans une situation similaire, la bonne
nouvelle est qu’il existe certaines choses à faire pour reconnaître,
identifier et mettre fin à ces habitudes destructrices dans la rela-
tion. Avec l’aide de Dieu, je crois que le changement, la croissance
et la guérison sont possibles pour vous. Commencez, tout d’abord,
par nommer ce qui ne va pas, car nul ne peut changer ce qu’il
ne voit pas (ou refuse de voir).
Votre relation est-elle difficile
ou destructrice ?
Personne n’a de relation significative sans connaître une cer-
taine douleur. Cette dernière n’est pas la preuve qu’il s’agit d’une
mauvaise relation ou même d’une relation nuisible. Il n’existe
pas de relation parfaite ni de personne parfaite. Depuis qu’Ève a
décidé d’écouter la voix du serpent au lieu de faire confiance à
Dieu, le paradis a été perdu. Par conséquent, nous sommes tous
pécheurs et brisés.
Chacun d’entre nous a le potentiel d’être destructeur ou même
abusif. Qui n’a pas, dans un accès de colère, fait ou dit quelque
chose de profondément regrettable ? Quand mon fils, Ryan, était
âgé d’environ deux ans, il s’est jeté au sol au milieu d’un magasin
en donnant des coups de pied et en criant, parce que je ne voulais
pas lui acheter le jouet qu’il voulait. Embarrassée et en colère, je
l’ai attrapé par le bras et je l’ai soulevé pour le remettre debout.
34
Qu’est-ce qu’une relation émotionnellement destructrice ?
Ses pleurs n’ont fait que s’intensifier et il s’est mis à crier suffi-
sant fort de sorte que tout le monde dans le magasin a su que je
lui avais cassé le bras. Tous les regards se sont tournés vers moi,
tandis que le bras de Ryan se balançait mollement sur le côté.
Horrifiée, je l’ai conduit aux urgences en pleurant et en
avouant ma faute au docteur. Heureusement, Ryan ne s’était pas
cassé le bras. Toutefois, j’ai vite appris que le coude d’un jeune
enfant se disloque quand on tire trop fort sur son bras. Je n’ai plus
jamais tiré sur le bras de Ryan de cette façon-là, mais son coude
s’est accidentellement luxé plusieurs fois pendant son enfance.
À cause du péché, on fait parfois de mauvais choix et on réa-
git mal aux frustrations et aux souffrances de la vie. Pourtant,
quand on se rend compte qu’on a été malhonnête, irrespectueux,
méchant ou dur avec quelqu’un, on a la possibilité de l’admettre,
de demander pardon et de faire de son mieux pour réparer la
relation. On comprend alors qu’on a blessé quelqu’un et on ne
justifie pas sa mauvaise conduite en blâmant l’autre. On a de vrais
remords d’avoir causé de la peine à quelqu’un, et on fait des efforts
sincères pour éviter de répéter le même comportement à l’avenir.
Comment savoir, toutefois, si nos relations sont relativement
saines et parfois difficiles (incluant le péché et la souffrance, ainsi
que la repentance mutuelle et le pardon) ou carrément malsaines
et destructrices ?
Comme je viens de le suggérer, un seul épisode de compor-
tement fautif ne constitue pas à lui seul une relation destructrice
habituellement. Cependant, des actions et des attitudes répétitives
et généralisées qui ont pour résultat de démolir quelqu’un ou
d’inhiber sa croissance révèlent une relation destructrice. Une
relation destructrice n’est pas la même chose qu’une relation
difficile. L’apprentissage du calcul est difficile, mais il permet de
grandir et d’accéder à une plus grande maturité intellectuelle ou
mathématique. En revanche, ingérer du poison est destructeur.
Cela est nuisible et conduit souvent à la mort.
35
Les relations destructrices
Les actions et les attitudes blessantes se manifestent de façons
très variées au sein d’une relation. Ce peut être, par exemple, de
constamment traiter quelqu’un avec indifférence, négligence,
irrespect, cruauté, tromperie ou dureté. Ces schémas destructeurs
sont souvent accompagnés d’une absence de prise de conscience,
d’un refus d’assumer sa part de responsabilité et d’un manque
de remords chez l’offenseur. L’offenseur n’a pas d’empathie pour
sa victime, parce que dans sa tête, la victime est fautive ou res-
ponsable du problème.
Vous aurez peut-être du mal à distinguer des styles rela-
tionnels destructeurs, surtout si votre enfance incluait des élé-
ments similaires. On est nombreux à ne pas avoir conscience
du caractère vraiment destructeur des relations qu’on entretient
avec quelqu’un ou de la façon dont on a été traité. Cela nous
paraît normal. On peut même avoir l’impression que c’est de
l’amour. Or, tout comme les termites envahissent silencieuse-
ment une maison, au fil du temps, l’évidence de la destruction
devient indéniable.
Cinq modes relationnels qui sont
toujours destructeurs
Au fil des ans, j’ai identifié cinq types de relations nocives. En
lisant cette liste, vous trouverez peut-être que votre relation avec
une personne contient les cinq caractéristiques, ou une ou deux
seulement. Comprenez, s’il vous plaît, que si l’un de ces modèles
se retrouve constamment dans votre relation avec quelqu’un, le
comportement en question vous causera du tort et nuira à votre
relation, à moins que vous n’interveniez dans la situation.
36
Qu’est-ce qu’une relation émotionnellement destructrice ?
À quel moment une relation devient-elle destructrice ?
1. L’une des personnes (ou les deux personnes, réciproquement)
commet des abus physiques, émotionnels, verbaux ou sexuels sur
l’autre. (Voir « Les catégories d’abus » à la fin de cet ouvrage.)
2. L’une des personnes est régulièrement surprotectrice, dominatrice,
ou les deux, envers l’autre.
3. L’une des personnes dépend à l’excès de l’autre pour trouver sa
valeur personnelle, satisfaire tous ses besoins et prendre la plupart
de ses décisions.
4. Une personne a l’habitude de tromper l’autre en recourant au
mensonge, à la dissimulation, à l’imposture, à la tromperie ou à la
déformation d’informations en vue de faire paraître une chose diffé-
remment de ce qu’elle est réellement.
5. Une personne fait preuve d’indifférence ou de négligence de façon
chronique vis-à-vis des pensées, des sentiments ou du bien-être
de l’autre.
N’oubliez pas qu’en raison de notre nature pécheresse, nous
sommes tous capables d’agir de la sorte. Ce qui rend ces conduites
pécheresses destructrices, c’est leur caractère répétitif, ainsi que
le manque de conscience, de remords et de changement signifi-
catif. Cette distinction ne devrait pas minimiser la nature péche-
resse et destructrice des cas isolés. Selon les circonstances, un
seul incident d’abus ou de mensonge grave suffit à détruire entiè-
rement une relation, même si le coupable est plein de remords
par la suite et manifeste le désir de changer. Une seule balle suffit
à tuer quelqu’un.
Examinons les raisons qui font que ces cinq styles de conduite
sont si toxiques.
37
Les relations destructrices
L’abus
L’abus n’est pas présent dans toutes les relations destructrices,
mais toutes les relations comportant une sorte d’abus sont tou-
jours destructrices. Pour diagnostiquer le problème de la vio-
lence relationnelle, il existe des distinctions importantes entre les
relations où une personne cherche continuellement à avoir une
emprise sur l’autre et recourt à des tactiques abusives (qu’elles
soient physiques, verbales, sexuelles ou économiques) pour la
contrôler et l’intimider, et les relations où l’on retrouve des com-
portements abusifs mutuels (où les deux partenaires s’agressent
mutuellement verbalement ou physiquement en raison de leur
colère et de leur frustration) et des incidents abusifs non récur-
rents (comme la fois où j’ai tiré le bras de Ryan).
La peur d’être physiquement, sexuellement ou émotion-
nellement blessé restreint toute communication saine. Dans la
crainte, il est impossible à quiconque d’exprimer honnêtement
ses pensées ou ses sentiments, d’être en désaccord ou d’être
différent. Les personnes abusives en quête de pouvoir n’aiment
pas leurs victimes de manière saine. Les personnes abusives
s’intéressent seulement à leurs sentiments, à leurs désirs, à leurs
besoins et à leurs préférences. Leurs victimes leur servent juste
d’objets susceptibles de les aider à combler ces désirs, ces sou-
haits, ces besoins, etc.
Quand une personne abusive ne parvient pas à atteindre ces
objectifs, elle réagit souvent par la rage. Cette réaction prompte
est à la fois une punition (le partenaire ne répond pas aux attentes)
et un sévère avertissement de ne pas faillir à nouveau. La per-
sonne abusive apprend que la rage fonctionne. C’est un moyen
extrêmement efficace pour contrôler une personne.
Les hommes et les femmes utilisent tous les deux la rage pour
contrôler les autres, bien que les hommes soient plus statistique-
ment enclins que les femmes à recourir aux abus physiques et
38
Qu’est-ce qu’une relation émotionnellement destructrice ?
sexuels. La plupart du temps, les relations abusives sont confi-
nées à des partenariats intimes, comme dans les fréquentations,
la cohabitation et le mariage. Parfois, cependant, le déséquilibre
du pouvoir et du contrôle se manifeste entre enfants adultes et
parents âgés, dirigeants d’Église et leur assemblée locale, ou dans
le milieu de travail. Les liens affectifs, la dépendance écono-
mique et, dans le cas du mariage, les mandats bibliques contre le
divorce font que beaucoup d’individus se sentent pris au piège et
impuissants. Ils ignorent totalement comment s’y prendre pour
changer le rapport de force.
Contrairement à une relation abusive dans laquelle une per-
sonne cherche à avoir une emprise sur l’autre, les comportements
et les attitudes abusives peuvent se manifester dans n’importe
quelle relation, dans la mesure où un individu (ou les deux) ne
parvient pas à gérer les frustrations de la vie ou à maîtriser son
caractère avec maturité et piété. L’apôtre Paul nous met en garde
contre ce genre d’interaction : « Mais si vous vous mordez et vous
dévorez les uns les autres, prenez garde que vous ne soyez détruits
les uns par les autres » (Ga 5.15).
Phil et Joanne sont mariés depuis plus de trente ans. Ces
années ont pour la plupart été décevantes. Aucun des deux ne se
sent aimé, respecté ou valorisé par l’autre. Ils restent ensemble
parce que Dieu hait le divorce (Ma 2.16). Mais sur le plan émotion-
nel, ils ont divorcé depuis longtemps. Au mieux, leur communi-
cation est fonctionnelle (ils peuvent échanger des informations),
mais leur communication est généralement destructrice. Joanne
a pour habitude d’attaquer verbalement son mari, de le rabaisser
et de l’humilier. Phil se retire et prend ses distances jusqu’à ce
qu’il ne puisse plus en prendre, et puis il explose. Phil et Joanne
professent être chrétiens. Pourtant, chacun pèche régulièrement
contre l’autre. En pensée, ils justifient leur comportement en pre-
nant leur souffrance et leur déception comme excuses. Chacun
exige que l’autre change en premier.
39
Les relations destructrices
Il y a de l’espoir pour la relation de Phil et Joanne, à condition
qu’ils admettent tous les deux que leurs désirs légitimes pour un
meilleur conjoint les ont empêchés de voir leurs propres habi-
tudes destructrices. À moins d’aimer et de poursuivre Dieu plus
qu’ils n’aiment et poursuivent leurs propres désirs, ils continue-
ront à se trouver des excuses et à éviter de reconnaître le caractère
destructeur et répréhensible de leurs interactions.
La différence majeure entre ce genre de modèle d’abus mutuel
et l’abus oppressif, c’est que Phil n’essaie pas de s’immiscer dans
les décisions de Joanne ou de la dominer. Elle a beaucoup de
pouvoir décisionnel au sein de leur relation, tout comme lui. Par
contre, quand l’un d’eux est déçu et en colère contre l’autre, les
deux deviennent destructeurs. Si on laisse s’aggraver les manières
et les attitudes mutuellement abusives, elles peuvent devenir
tout aussi fatales pour la sécurité et le bien-être des gens impli-
qués dans la relation. Cela dit, les dynamiques et les solutions
sous-jacentes diffèrent de celles d’une relation abusive caractérisée
par le pouvoir et le contrôle. Dans la 2e partie, on verra que c’est
une distinction majeure.
Un incident violent ponctuel peut suggérer qu’une personne
tente d’exercer un pouvoir et un contrôle sur l’autre, comme mes
efforts visant à neutraliser Ryan et sa crise. Dans ce cas, l’offen-
seur se repent généralement assez vite, et il est peu probable que
l’action se reproduise.
Surprotection et domination
Non loin de la relation abusive que j’ai décrite ci-dessus se trouve
la relation de type contrôle. La personne abusive donne conti-
nuellement des conseils, prend des décisions pour l’autre ou
lui suggère comment agir, sous le couvert de « je sais ce qui est
le mieux pour toi ou le mieux pour nous ». Elle lui dit com-
ment s’habiller, comment cuisiner, quels programmes télévisés
40
Qu’est-ce qu’une relation émotionnellement destructrice ?
regarder, et la fréquence de ses visites à sa famille et à ses amis.
Parfois, le comportement contrôlant se limite à des domaines
spécifiques dans la relation, tels que les décisions liées à l’argent
ou aux amis.
John et Terri, le couple que j’ai présenté en début de chapitre,
correspondent à ce schéma. John s’est montré dominateur envers
Terri, sans toutefois recourir au langage abusif ou à la force pour
faire en sorte que Terri se conforme à sa volonté. Si Terri avait
été plus ferme au début de leur relation, les choses auraient pu
évoluer autrement entre eux.
Ce qui rend cette relation destructrice, c’est la combinai-
son de la personnalité autoritaire de John, de sa conviction que
ses façons de faire sont toujours les meilleures, du manque de
confiance chez Terri et de son désir naturel de plaire aux autres.
Si Terri avait confronté l’attitude de supériorité et de prise en
charge de John au début de leur mariage, il aurait peut-être fait
marche arrière et l’aurait encouragée plutôt que d’essayer de la
changer. Il aurait peut-être aussi développé plus d’humilité et
de tolérance à l’égard de ses différences. (John aurait pu aussi
chercher à la contrôler davantage, à utiliser des tactiques plus
abusives en vue d’avoir plus d’emprise sur Terri.)
Tous les parents ont parfois été tentés de dominer ou de sur-
protéger leurs enfants. Malheureusement, quand un tel niveau
d’implication devient la norme, surtout lorsque les enfants
deviennent adultes, c’est un frein pour leur croissance et leur
maturité. S’il est vrai qu’on déteste voir ses enfants se blesser
ou commettre une erreur, on leur fait plus de mal que de bien
quand on se mêle de ce qu’ils devraient apprendre ou faire.
Aujourd’hui, de plus en plus d’enfants adultes continuent de
dépendre de leurs parents, faute d’avoir appris à voler de leurs
propres ailes.
41
Les relations destructrices
Dépendance excessive
Un comportement de dépendance se manifeste généralement dans
une relation parent-enfant malsaine, comme celle de Rita avec
ses parents. Ce modèle s’observe également dans des relations
d’amitié à l’âge adulte ou de mariage, lorsqu’une personne compte
trop sur un ami ou un partenaire pour prendre des décisions,
être disponible en permanence, et répondre à tous ses besoins
affectifs et relationnels.
Jane et Marcy se sont rencontrées à une étude biblique pour
femmes et sont vite devenues meilleures amies. Célibataire et
solitaire, Jane a senti que Dieu avait finalement répondu à ses
prières en lui donnant une amie proche. Marcy avait beaucoup
d’autres amies, mais elle avait une affection particulière pour
Jane. Elle savait ce que c’était que de se sentir seule, et elle était
pleine de compassion pour Jane. Très vite, Jane s’est mise à appe-
ler Marcy tous les soirs. Elles parlaient des heures durant. Jane
raccrochait toujours en disant à Marcy combien elle l’aimait et
appréciait leur amitié.
Marcy estimait le fait que Jane soit si reconnaissante pour
leur amitié. Elle appréciait Jane également. Or, très vite, elle a
commencé à remarquer que chaque fois qu’elle avait quelque
chose d’autre à faire, Jane se sentait blessée et lui exprimait ses
sentiments. Jane insinuait également que Marcy devrait l’inclure
dans toutes ses autres activités et elle était en colère quand elle
découvrait que Marcy était allée quelque part sans elle. Jane avait
besoin de l’amitié de Marcy ; elle se sentait rejetée et furieuse
quand Marcy n’était pas toujours disponible pour elle.
Au début, Marcy s’était sentie flattée que l’on ait tant besoin
d’elle, mais après un certain temps, les attentes de Jane sont
devenues harassantes et pénibles. La dépendance de Jane envers
Marcy était malsaine. Elle comptait sur Marcy pour combler son
vide affectif et elle s’appuyait tant sur elle que Marcy a commencé
42
Qu’est-ce qu’une relation émotionnellement destructrice ?
à prendre ses distances pour protéger sa vie privée. Jane était
blessée, Marcy exténuée, et leur relation a pris fin.
Si vous reconnaissez que vous êtes trop dépendant des gens,
ou si vous vous retrouvez régulièrement à inviter ou à attirer les
gens à dépendre de vous, comprenez que Dieu n’a pas destiné les
gens à dépendre continuellement des autres pour leur bien-être.
Il veut qu’on apprenne à dépendre de lui et ainsi, à devenir
matures. Dieu utilise manifestement les autres pour répondre
à plusieurs de nos besoins, mais personne ne peut répondre à
tous nos besoins tout le temps. Quand on pense avoir toujours
besoin d’une personne en particulier, on a mis cette personne
à la place de Dieu dans notre vie. Remplacer Dieu par une per-
sonne nous détruira.
Dans le même ordre d’idée, il est possible de mettre les autres
à la place de Dieu en leur donnant l’autorité de déterminer ce que
vous valez. Vous cherchez peut-être à plaire aux gens, parce que
vous êtes pris dans le piège de la crainte des hommes (Pr 29.25).
La plupart des gens veulent être aimés et appréciés par les autres,
mais quand tout notre bien-être dépend de l’amitié, de l’appré-
ciation, de l’acceptation ou de l’estime d’une personne ou d’un
groupe en particulier, c’est qu’on a laissé une dépendance mal-
saine s’installer.
Mensonge
Carmen et Diane devenaient des amies proches lorsque Carmen
a commencé à remarquer des incohérences dans ce que disait
Diane. Carmen a noté certains mensonges. Une fois, sachant
que Diane n’avait pas été honnête, Carmen a repris son amie
avec douceur. Diane a réagi de manière défensive et a tout nié.
Carmen n’a pas discuté davantage. En revanche, elle a commencé
à s’éloigner de Diane. Elle est restée polie et amicale, mais elle n’a
plus considéré Diane comme une amie proche. Carmen n’avait
43
Les relations destructrices
pas confiance en elle. Le mensonge et le déni de Diane n’ont pas
détruit Carmen, mais ils ont détruit leur amitié.
Dans une autre situation, Cindy est venue me voir pour une
séance de counseling. Elle était déprimée et en colère contre
elle-même à cause de la dissolution de son mariage. La secrétaire
de son mari était enceinte de lui ; il voulait divorcer et épouser
son amante. Des années durant, Cindy avait soupçonné que Gary
fréquentait sa secrétaire, mais Gary avait tout nié catégorique-
ment. Lorsque Cindy lui demandait combien de temps il passait
avec cette femme après ses heures de travail, Gary réussissait à
lui donner des explications qui semblaient raisonnables, voire
acceptables. Cindy finissait même par se sentir honteuse de
l’avoir interrogé.
À d’autres moments, lorsque Cindy confrontait Gary par rap-
port à quelque chose qu’elle avait observé, il passait doucement
son bras autour d’elle et lui disait, d’un ton aimable, que ce qu’elle
voyait n’était pas réellement arrivé. Cindy a commencé à penser
qu’elle imaginait des choses1. Elle quittait ces discussions en se
sentant horriblement coupable de l’avoir questionné, surtout après
qu’il lui ait juré maintes fois que rien ne se passait. À présent,
elle se sentait stupide.
Les mensonges à répétition de Gary ont non seulement
détruit leur relation, mais ils ont aussi érodé la confiance de
Cindy dans ses propres perceptions et pensées. Elle avait d’ailleurs
commencé à croire qu’elle devenait folle ou qu’elle se faisait des
idées, quand, en fait, elle avait raison depuis le début.
On ne ment pas seulement quand on contredit la vérité, mais
aussi quand on induit quelqu’un en erreur dans ce qu’il pense.
On ment lorsqu’on prétend que tout va très bien, alors qu’en
réalité, on est en colère ou triste. On ment quand on cache un
problème d’alcool, de pornographie sur Internet ou tout autre
péché en donnant des excuses et en brouillant les pistes.
44
Qu’est-ce qu’une relation émotionnellement destructrice ?
On se ment même à soi-même quand on rend acceptable
ou même désirable quelque chose de mal. J’ai entendu certains
chrétiens prendre la défense d’un mari qui exigeait que tout se
fasse comme il le souhaitait, sous prétexte qu’il exerçait son rôle
en tant que chef, alors qu’en réalité, il était juste égoïste. Notre
culture a la manie d’utiliser le pouvoir du langage pour trom-
per et déformer la perception. On appelle des relations sexuelles
entre enseignant et étudiant des « liaisons », au lieu d’abus de
pouvoir. On appelle l’assassinat brutal d’une femme « un crime
passionnel », alors que l’assassin sanglote : « Je l’aimais si fort ».
On déforme le langage pour rendre nos actes moins odieux, plus
acceptables. Mais la Bible nous met en garde : « Malheur à ceux
qui appellent le mal bien, et le bien mal, qui changent les ténèbres
en lumière, et la lumière en ténèbres, qui changent l’amertume
en douceur, et la douceur en amertume ! » (És 5.20.)
Mentir est l’une des choses les plus destructrices que l’on
puisse faire quand on est confronté à un préjudice qu’on a com-
mis (Pr 26.18,19,28). J’ai vu des mariages se désintégrer, parce que
la personne blâmée refusait de confesser humblement toute la
vérité. Sheila a découvert que George la trompait avec quelqu’un
de l’Église. Il a craqué, l’a reconnu et s’est apparemment repenti.
Or, il n’a pas dit à Sheila que l’autre femme était enceinte. George a
secrètement fait le nécessaire pour qu’elle quitte l’Église et donne
son enfant à l’adoption. Quand la vérité a éclaté au grand jour
(et c’est toujours le cas, en général), la confiance que Sheila avait
commencé à reconstruire avec George s’est écroulée au point où
il lui était impossible de la restaurer.
Indifférence et négligence
Anna suppliait son mari de passer du temps avec elle et les
enfants, après le travail et le week-end, mais le football venait
toujours en premier. Il passait deux nuits par semaine et plusieurs
45
Les relations destructrices
week-ends avec les gars, à jouer au football, à parler de football, à
arbitrer des parties de football et à regarder du football à la télévi-
sion. Anna avait l’impression d’être une mère monoparentale por-
tant l’entière responsabilité du ménage. Elle se sentait également
seule. John semblait apprécier le football et ses amis beaucoup
plus qu’elle. Elle croyait qu’il la voyait comme quelqu’un qui est
là pour cuisiner, nettoyer, payer les factures, laver ses vêtements,
prendre soin des enfants et satisfaire ses besoins sexuels quand
il le désirait. Anna se demandait s’il avait déjà pensé à ce qu’elle
désirait ou ce dont elle avait besoin. Était-elle importante à ses
yeux en tant que personne, ou était-elle simplement une aide
familiale qui répondait à ses besoins ?
De temps à autre, dans tout mariage ou toute relation étroite,
il est normal que l’un ait l’impression que l’autre ne collabore pas.
C’est vrai : le fardeau est parfois inégal. La question à se poser n’est
pas : est-ce que je fais plus que l’autre ? Mais plutôt : mes besoins, mes
désirs, mes sentiments, mes buts ou mes points de vue sont-ils continuelle-
ment négligés ? Si la réponse est oui, il est nécessaire d’apprendre à
s’exprimer afin que ce comportement change. Dans le cas contraire,
au lieu d’être une relation de bienveillance mutuelle, elle se chan-
gera en un ministère unilatéral ou finira par se détériorer.
Récemment, alors que j’aidais une femme en counseling, elle
m’a demandé combien de temps elle devait poursuivre une relation
amicale où l’autre personne n’y contribue pas. Elle était lasse de
porter tout le poids de cette amitié. Elle devait toujours prendre
contact avec son amie et planifier leurs temps ensemble. Son
amie annulait souvent leurs plans à la dernière minute et ne les
reportait que rarement. Je lui ai dit : « Il semble que votre amie
n’est pas du tout désireuse d’entretenir votre relation amicale.
Pourquoi ne pas en parler avec elle et voir s’il y a mieux à faire ?
À moins que vous soyez prête à reconnaître que cette amitié a
fait son temps. »
46
Qu’est-ce qu’une relation émotionnellement destructrice ?
Chaque fois que l’on est impliqué dans une relation avec
quelqu’un, on s’attend à ce qu’elle soit caractérisée par certaines
qualités qui lui permettent de fonctionner et de s’épanouir. Les
bases sont la considération, l’honnêteté et le respect. À la manière
de Jane, nos attentes envers une autre personne peuvent parfois
être irréalistes, et nos exigences deviennent destructrices à la
longue. Toutefois, une relation saine exige des efforts de part et
d’autre. Comme c’est le cas pour tout dans la vie, ce qu’on n’en-
tretient pas se détériore.
Quand on est chroniquement indifférent ou négligent envers
quelqu’un, on lui communique en fait le message suivant : « Je ne
tiens pas à toi » ou « Tu n’es pas assez important pour moi pour
que j’emploie mon temps et mes ressources pour toi ». On n’est pas
Dieu ; nos ressources de temps et d’énergie sont limitées. S’il est
impossible d’être intime avec tout le monde, on doit consacrer son
temps, son attention et ses ressources à ceux envers qui on s’est
engagé, de façon à ce qu’ils se sentent aimés. Quand on s’engage
de façon implicite ou explicite envers quelqu’un, puis qu’on se
comporte d’une manière qui témoigne de l’indifférence vis-à-vis
des besoins de cette personne, elle se sent leurrée et dépréciée.
Lucy a fait une fausse couche en début de grossesse. Dévastée,
elle s’est tournée vers son mari, Allen, pour trouver du réconfort.
Lucy s’est écriée : « Il m’a tourné le dos et est allé se coucher. Je
me suis sentie si blessée et mal aimée. C’était comme si notre
bébé et moi n’existions pas. »
S’il vous semble impossible d’avoir une relation saine avec
quelqu’un, ne vous contentez pas de baisser les bras. Dieu nous
appelle à aimer en toutes circonstances, et cela inclut nos enne-
mis ; toutefois, Dieu ne nous demande jamais d’entretenir des liens
étroits avec eux. Dans les deuxième et troisième parties, on décou-
vrira ce que veut dire aimer ses ennemis et comment y arriver.
Un autre moyen d’identifier ce qui ne va pas dans une rela-
tion est d’observer ce qui fonctionne dans une relation saine. Les
47
Les relations destructrices
banquiers reçoivent une formation spéciale pour repérer de la
monnaie contrefaite en inspectant des milliers de vrais billets. Les
étudiants en médecine apprennent à diagnostiquer une maladie
en étudiant des corps en santé. La meilleure façon de reconnaître
les comportements de relations malsaines ou destructrices est
de les comparer et de les confronter aux caractéristiques des
relations saines.
Éléments fondamentaux nécessaires à
l’épanouissement des relations
Les gens s’engagent dans toutes sortes de relations. On a des
relations professionnelles, des amitiés en affaires, ainsi que des
échanges occasionnels avec les voisins et avec les gens de l’Église.
À un niveau plus profond, on a des amis proches, de meilleurs
amis, des amoureux ainsi que des liens familiaux avec nos frères
et sœurs, nos enfants, nos parents, nos beaux-parents et nos
conjoints. Dans chacune de ces relations, il y a des attentes diffé-
rentes concernant l’honnêteté, l’engagement, le soutien et le temps
requis pour que la relation soit mutuellement bénéfique. Or, la
relation la plus superficielle peut se détériorer en une rencontre
destructrice si les éléments de base suivants sont dépréciés par
l’une ou les personnes impliquées dans la relation.
Penchons-nous sur les qualités fondamentales nécessaires à
l’épanouissement de toute relation saine.
Engagement et sollicitude
Dans toutes relations saines, personnelles ou professionnelles, le
bien-être de l’autre nous importe, même si l’on est irrité, fatigué
ou occupé. À son niveau le plus élémentaire, l’engagement pro-
met que les sentiments, les désirs, les besoins, les aspirations et
les pensées de l’autre comptent pour nous, et que lorsque l’autre
48
Qu’est-ce qu’une relation émotionnellement destructrice ?
estime que quelque chose est urgent ou important, on lui accorde
notre attention. Cela ne signifie pas toujours que l’on doit faire
ce que l’autre veut. On n’a même pas à avoir la même opinion,
mais au moins, on accepte d’y réfléchir.
Certaines personnes sont légalement mariées, mais non dispo-
sées à s’engager à prendre soin de leurs conjoints, à les soutenir ou
à assurer leur bien-être. Ce mépris constant à l’égard des pensées,
des sentiments et du bien-être d’un partenaire engendre une grave
détresse émotionnelle, car la promesse d’engagement et d’attente
de sollicitude fait simplement partie de l’alliance conjugale.
La bienveillance sincère considère le bonheur, le bien-être
et le bien de l’autre. L’amour égoïste s’intéresse exclusivement
à ce que l’autre est tenu d’apporter dans la relation en termes
de contribution.
Honnêteté et intégrité
L’honnêteté personnelle (ne pas se mentir à soi-même) et l’hon-
nêteté interpersonnelle (en fonction du niveau d’intimité dans la
relation) sont indispensables à l’épanouissement de la confiance.
Toutes les relations n’exigent pas une transparence totale (en
d’autres termes, gardez vos habits émotionnels, sauf si la relation
est intime), mais toute relation saine se nourrit d’authenticité.
Les autres méritent de vous connaître tel que vous êtes vrai-
ment. J’aime pouvoir être moi-même avec mon mari. Il connaît
mes bons côtés et mes côtés immatures et bien qu’il n’aime pas
nécessairement certains aspects de ma personnalité, il m’accepte.
Comme je le disais plus haut, faire semblant, nier, dissimu-
ler, éviter, cacher ou déformer les faits ou vos sentiments pour
créer une impression particulière sont des formes de mensonge,
et ne génèrent que de la méfiance. Tel de l’acide sur du métal, la
tromperie sape les fondements nécessaires à une relation saine.
49
Les relations destructrices
Être honnête ne signifie pas de vider son sac sur ce qu’on
ressent au moment même où l’intensité est la plus forte. Cela peut
être très nocif. Un individu sain sait qu’il est sage de contenir ses
émotions toxiques jusqu’à ce qu’il ait eu un peu de temps pour
réfléchir à ses sentiments, et prier pour voir comment aborder
le problème de manière constructive. En faisant preuve de rete-
nue, on a l’assurance de vouloir la guérison et la restauration,
plutôt que de chercher simplement à se décharger de sa colère
ou à entrer dans une spirale infernale de colère.
Respect mutuel
Toute personne, indépendamment si on l’aime ou pas, ou si on
est en désaccord avec ses croyances ou sa conduite, porte en
elle-même la précieuse image de Dieu. Les chrétiens ne devraient
jamais se moquer d’un individu, le dédaigner ou lui manquer de
respect (Pr 14.21), même s’ils désapprouvent ses actes.
Il est si facile de montrer notre désapprobation à l’égard d’une
autre personne. On lève les yeux au ciel, on ricane quand elle
exprime ses sentiments ou ses pensées, on se moque d’elle, on
manifeste du dégoût ou du mépris à son égard, on lui fait des
commentaires dégradants, on dit des choses derrière son dos, on
l’humilie en public ou on essaie sans cesse de la changer pour
qu’elle devienne la personne qu’on pense qu’elle devrait être.
Les relations saines entre adultes existent dans la mesure
où les deux personnes impliquées dans la relation donnent et
reçoivent. David et Michelle n’avaient pas un mariage parfait, mais
c’était un mariage heureux. Ils s’aimaient et c’était visible. Leurs
proches voyaient bien qu’ils partageaient l’autorité et les respon-
sabilités à la maison. Ils étaient tous deux dévoués et soumis l’un
à l’autre pour leur bien-être mutuel et celui de leurs enfants.
Ensemble, ils échangeaient ouvertement sur leurs idées, leurs
sentiments et leurs pensées dans la famille et le point de vue de
50
Qu’est-ce qu’une relation émotionnellement destructrice ?
chacun était important et considéré. Non seulement y avait-il de
la place pour l’amour réciproque, les compliments et l’entraide,
mais aussi pour la liberté de se mettre au défi respectueusement,
de se confronter et se fortifier mutuellement.
Jésus nous sert de modèle dans nos interactions avec les
autres sur les plans mental, émotionnel et spirituel. Néanmoins, à
l’exception du Christ, personne n’a toujours raison ou ne voit les
choses exactement telles qu’elles le sont en tout temps. Je trouve
inquiétant de voir ceux qui dissuadent les femmes chrétiennes
de contredire leur mari, même quand il dirige ses pas ou toute la
famille au bord du gouffre. Ce type d’enseignement est néfaste,
non seulement pour la femme, qui doit mentir à son mari pour
ne pas blesser son ego, mais aussi pour le mari, qui croit être
sur la bonne voie, quand, en réalité, ce n’est pas le cas (Pr 29.1 ;
Ga 6.1 ; Ja 5.19,20). Chaque personne dans la relation est bafouée :
un mariage sain est alors impossible. Les enfants observent et
absorbent ces comportements typiques d’une relation destructrice
et ils les reproduiront dans leur vie d’adulte.
Êtes-vous dans une relation
émotionnelle destructrice ?
Si vous pensez qu’une relation dans laquelle vous êtes impliqué
peut être destructrice ou qu’elle pourrait le devenir, posez-vous
les questions suivantes. Vos réponses à ces questions vous aide-
ront à examiner la santé d’une ou de plusieurs relations, et à dis-
cerner des habitudes particulières qui sont destructrices. Soyez
honnête avec vous-même. Je comprends qu’il peut être extrême-
ment difficile de devoir faire face à la dure vérité que quelque
chose ne va pas. Il n’est pas impossible que vous pensiez, comme
l’un de mes patients : « Je préfère ne pas savoir, parce que si je
sais, je devrai faire quelque chose, et je ne sais pas quoi faire. »
Vous ne pouvez régler ou changer quoi que ce soit à moins d’être
51
Les relations destructrices
prêt à regarder les choses en face. Ne faites pas demi-tour main-
tenant. Une partie de vous sait déjà qu’il est temps d’affronter ce
qui cloche et de voir ce qu’il faut changer, sinon vous n’auriez pas
choisi ce livre. N’oubliez pas que Dieu vous voit ; il est avec vous.
Certaines personnes se rendent compte qu’elles sont impli-
quées dans plusieurs relations difficiles en même temps ou
qu’elles ont connu une série d’amitiés ou de mariages destruc-
teurs. Répondez à ce questionnaire pour chaque relation qui vous
préoccupe. Par exemple, si vous évaluez votre relation avec votre
conjoint, répondez à chaque question concernant votre conjoint
en premier. Ne combinez pas les réponses concernant votre
conjoint avec des réponses relatives à une autre relation. Vous
pouvez utiliser ce questionnaire pour chacune de vos relations.
Il vous aidera à déterminer non seulement si vos relations sont
destructrices, mais aussi de quelle manière elles le sont.
FRÉQUEMMENT
RAREMENT
TOUJOURS
PRESQUE
PARFOIS
JAMAIS
1. L’autre personne a-t-elle recours à la force
physique ou à des menaces pour vous
forcer à faire quelque chose que vous ne
voulez pas faire, ou vous empêcher de
faire quelque chose que vous voulez faire ?
2. La personne a-t-elle recours à des armes
verbales telles des jurons, des insultes, des
commentaires dégradants, des critiques
constantes ou des reproches pour vous
forcer à faire ce que vous ne voulez pas
faire, ou vous empêcher de faire ce que
vous voulez faire ?
52
Qu’est-ce qu’une relation émotionnellement destructrice ?
FRÉQUEMMENT
RAREMENT
TOUJOURS
PRESQUE
PARFOIS
JAMAIS
3. Est-ce que la personne vous insulte, vous
humilie en public ou vous traite de manière
dégradante quand elle est mécontente
de vous ?
4. La personne vous force-t-elle (ou vous
manipule-t-elle) à avoir des rapports sexuels
d’une manière que vous ne souhaitez pas ?
5. Avez-vous peur de la personne ?
6. Est-ce que la personne hurle, crie, vous
maudit ou vous blesse physiquement
quand elle est frustrée ou en colère ?
7. Est-ce que la personne menace de vous
enlever vos enfants ou les utilise pour
vous intimider de sorte à vous faire céder
à ce qu’elle veut ?
8. Craignez-vous d’être en désaccord avec
la personne ?
9. Lorsque vous communiquez vos pensées
et vos sentiments au sujet de quelque
chose qui compte pour vous, est-ce que la
personne vous ignore, se moque de vous
ou vous rejette ?
10. Êtes-vous verbalement ou physiquement
abusif, ou les deux, envers la personne ?
11. La personne pense-t-elle toujours avoir
raison au point d’argumenter avec vous
jusqu’à ce que vous lui donniez raison ?
53
Les relations destructrices
FRÉQUEMMENT
RAREMENT
TOUJOURS
PRESQUE
PARFOIS
JAMAIS
12. La personne prend-elle la plupart de vos
décisions à votre place ?
13. La personne contrôle-t-elle l’argent du
foyer, sans que vous ayez un mot à dire ?
14. Avez-vous abandonné des choses qui
comptaient pour vous, parce que la
personne vous a mis de la pression pour
que vous le fassiez ?
15. Est-ce que la personne boude ou se retire
pendant de longues périodes quand elle
est en colère contre vous ou contrariée ?
16. Lorsque vous souhaitez une accalmie ou
que vous ne voulez plus parler de quelque
chose, la personne continue-t-elle de
vous harceler pour que vous poursuiviez
la discussion ?
17. La personne vous ment-elle ?
18. Avez-vous observé la personne mentir
à d’autres ?
19. Est-ce que la personne vous dit que
quelque chose n’est pas arrivé, quand
vous savez que la chose s’est produite ?
20. La personne remet-elle en question ou
conteste-t-elle votre certitude à propos de
ce qu’elle a dit ou fait ?
21. La personne s’attend-elle à ce que vous
soyez là pour satisfaire tous ses besoins ?
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Qu’est-ce qu’une relation émotionnellement destructrice ?
FRÉQUEMMENT
RAREMENT
TOUJOURS
PRESQUE
PARFOIS
JAMAIS
22. Vous sentez-vous plus comme un enfant
que comme un adulte dans la relation ?
23. Êtes-vous émotionnellement dévasté
quand la personne est en colère contre
vous ou refuse tout contact avec vous ?
24. Lorsque vous essayez de parler à la
personne de vos sentiments ou de
quelque chose qui vous tracasse, est-ce
que vous finissez par avoir l’impression
que le problème est entièrement de
votre faute ?
25. Quand la personne fait quelque chose
de mal, vous blâme-t-elle ou blâme-t-elle
quelqu’un d’autre ?
26. L’autre personne justifie-t-elle
son comportement (colère,
jalousie, mensonges) ?
27. Vous sentez-vous aimé et chéri dans
la relation ?
28. Pouvez-vous exprimer une opinion
contraire à celle de la personne
avec confiance ?
29. La personne manifeste-t-elle de l’intérêt
pour vous et vos besoins ?
30. Êtes-vous en mesure d’exprimer à la
personne vos pensées et vos sentiments
en toute franchise ?
55
Les relations destructrices
FRÉQUEMMENT
RAREMENT
TOUJOURS
PRESQUE
PARFOIS
JAMAIS
31. Quand la personne fait quelque chose de
mal, est-ce qu’elle l’admet et en assume
la responsabilité ?
Si vous avez répondu à l’une des 25 premières questions par autre
chose que jamais, vous êtes probablement dans une relation malsaine.
Si vous avez répondu à la plupart des questions par parfois, fréquem-
ment ou presque toujours, vous êtes certainement dans une relation des-
tructrice et probablement abusive. À présent, reprenez le questionnaire
et regardez pour quelles questions en particulier vous avez répondu par
une réponse autre que jamais.
Les questions 1 à 16 décrivent les principales caractéristiques d’une
relation abusive où le désir de pouvoir et de contrôle chez l’offenseur est
le moteur. Si ce questionnaire vous a révélé que vous êtes dans une rela-
tion abusive, allez chercher de l’aide auprès de personnes qualifiées dans
votre Église ou dans votre communauté. Leur expertise en matière d’aide
aux victimes d’abus vous sera bien utile. (Vous trouverez des informations
sur les diverses ressources disponibles en fin d’ouvrage.) Si vous avez
répondu rarement à n’importe laquelle de ces questions, il se peut que
vous soyez encore en danger, selon la gravité de l’abus. Une fois par an
équivaut à rarement, mais c’est encore trop souvent pour une relation à
long terme comme un mariage.
La question 10 aborde en particulier les schémas d’abus mutuel. Si vous
avez répondu à cette question par fréquemment ou presque toujours, votre
relation pourrait être mutuellement abusive. Posez-vous les questions 1
à 16 à vous-même. Vous livrez-vous aux mêmes comportements abusifs
que vous remarquez chez l’autre ?
56
Qu’est-ce qu’une relation émotionnellement destructrice ?
Les questions 11 à 17 reflètent des signes moins évidents d’une relation
contrôlante. Cela ne veut pas dire qu’elle n’est pas abusive, mais si vous
avez répondu jamais aux questions 1 à 9, vous êtes apparemment dans
une relation de contrôle qui n’est pas manifestement abusive.
Les questions 17 à 20 décrivent une relation où la tromperie est présente. Si
la plupart de vos réponses reflètent des problèmes dans ce domaine, votre
relation est bâtie sur le mensonge et elle est donc instable. Vous ne pouvez
pas faire confiance à quelqu’un qui ne vous dit pas la vérité. Sans confiance,
il n’y a pas de relation durable.
Les questions 21 à 23 décrivent une relation de dépendance excessive.
Les questions 24 à 26 décrivent une personne qui ne se reconnaît pas
responsable de sa conduite ou de ses actes répréhensibles.
Marquez une pause et nommez les éléments destructeurs dans votre
relation avec cette personne en particulier. Y a-t-il des abus physique,
verbal ou sexuel ? Que dire des comportements et des attitudes contrô-
lants ? Y a-t-il plus d’abus mutuels ? Êtes-vous aussi dépendant ? Y a-t-il
présence de tromperie ou d’un manque dans le fait de reconnaître sa
part de responsabilité ?
Les questions 27 à 31 décrivent les éléments de base d’une relation saine. Si
vous avez répondu jamais ou rarement à l’une de ces questions, vos réponses
indiquent que votre relation est malsaine et probablement destructrice.
À ce stade, il est possible que vous vous sentiez dépassé et effrayé.
Ces sentiments sont normaux pour toute personne qui regarde
une vérité difficile en face. Si vous souhaitez changer et avoir
de meilleures relations, je tiens à vous assurer que vous pouvez
commencer dès maintenant à y travailler de votre côté. Le reste
de cet ouvrage, en particulier les chapitres 6 à 12, vous montrera
comment vous y prendre.
57
Les relations destructrices
Quand ma fosse septique s’est déversée dans mon sous-sol,
je voulais fermer les yeux et prétendre que ce n’était pas là. Puis,
j’ai voulu déménager. Au lieu de cela, ce soir-là, j’ai nettoyé ce
que j’ai pu et je me suis dit que laver le tout à l’eau de Javel suf-
firait. Cette approche me semblait plus simple que la réfection
de tout mon sous-sol. Or, lorsque j’ai consulté des professionnels,
ils m’ont assuré que l’eau de Javel seule ne suffirait pas à venir à
bout des bactéries. Il fallait une approche plus radicale.
Je ne veux pas vous faire peur, mais il est important que vous
compreniez les graves conséquences des relations destructrices
pour que vous fassiez tout votre possible pour changer ces habi-
tudes. Je sais qu’il est plus facile de fermer les yeux ou d’essayer
de passer outre en espérant que les dégâts ne soient pas trop
importants. Mais faites-moi confiance ; ignorer la destruction
ne rend jamais les choses meilleures ou même neutres. Le bilan
des dégâts ne fait que s’alourdir.
Dieu ne minimise jamais les ravages que le péché d’une
personne peut faire dans la vie d’une autre. Le péché détruit.
Regardons les effets que les relations destructrices ont sur notre
corps, notre pensée, nos émotions, notre esprit, nos enfants et
notre personnalité.
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