05 Suivi de L - Enfant - Praticien P Diatrie 20
05 Suivi de L - Enfant - Praticien P Diatrie 20
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Suivi de l'enfant
Coordonné par Antoine Bourrillon et Grégoire Benoist
PLAN DU CHAPITRE
Mode d'emploi du carnet de santé . . . . . . . . . 91 L'enfant qui ne grossit pas bien. . . . . . . . . . . . 119
Calendrier vaccinal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95 Dépistage systématique des troubles visuels
Accidents de la vie courante – Prévention . . . 98 et auditifs au cabinet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123
Guide de l'examen clinique . . . . . . . . . . . . . . . 101 Pleurs excessifs du nourrisson . . . . . . . . . . . . . 128
Développement psychomoteur du nourrisson Troubles du sommeil chez le jeune enfant . . . 131
et de l'enfant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106 Odontologie pédiatrique . . . . . . . . . . . . . . . . . 135
Croissance staturale normale . . . . . . . . . . . . . . 109 Photoprotection . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141
Apports nutritionnels conseillés et alimentation L'enfant et le sport . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 142
du nourrisson . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
1 2 3 4 5 6 7
Numéro :
Fig. 5.1 Échelle colorimétrique des selles. La décoloration des selles du nouveau-né (5 à 7 sur l'échelle) est très évocatrice de l'existence d'une
atrésie des voies biliaires extrahépatiques. Carnet de santé 2018 : https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/carnet_de_sante-num-.pdf
Fig. 5.2 Courbes de croissance staturale et pondérale des filles de 1 à 18 ans. Cette courbe comporte en plus la manière de calculer la
taille cible en fonction de la taille des parents. Elle comporte également des informations relatives aux repères de la puberté et leur âge habituel
d'apparition. Courbes de croissance AFPA – CRESS/Inserm – CompuGroup Medical, 2018 (enfants nés à plus de 2 500 g et suivis par des médecins
sur le territoire métropolitain).
■ le focus sur l'exposition aux allergènes et produits pol- tifique concernant leur nature. L'attention est ainsi
luants. L'idée était d'attirer l'attention des familles sur attirée sur les vernis, colles, peintures, textiles et jouets
la possible présence dans l'environnement de l'enfant en premier usage, mais aussi sur le tabagisme passif. La
de produits nocifs, notamment de perturbateurs endo- recommandation d'éviter l'utilisation de produits cosmé-
criniens dans un contexte de relative incertitude scien- tiques dans les premiers mois, tant pour la mère que pour
94 Partie II. Spécialités
Fig. 5.3 Courbes de corpulence (IMC) des garçons de 1 mois à 18 ans (kg/m2).
le bébé, a suscité quelques réactions dans les médias, mais Certificats de santé
aussi de la part d'industries de cosmétiques ; Trois certificats de santé doivent réglementairement être
■ la diversification alimentaire : un tableau très didactique délivrés à l'issue de consultations réalisées dans les 8 jours
indique à quel âge les différents types d'aliments peuvent suivant la naissance, au cours du 9e mois et au cours du
être introduits dans l'alimentation de l'enfant ; 24e mois. Ces certificats sont des outils importants qui per-
■ des messages spécifiques adressés aux préadolescents et mettent de décrire l'état de santé de la population des enfants
adolescents concernant notamment la sécurité routière, français à ces âges. Le HCSP a déploré dans son avis le faible
les drogues illicites et addictions mais aussi la prévention taux de retour de ces certificats (surtout les 2e et 3e) et le
de grossesses non désirées.
Chapitre 5. Suivi de l'enfant 95
fait que nombre d'items ne soient pas renseignés, les rendant Vaccinations obligatoires
peu exploitables. Cette situation s'explique par l'insuffisance Jusqu'en 2017, les seules vaccinations obligatoires en France
de motivation du corps médical pour renseigner ces certi- étaient : diphtérie, tétanos et polio ; l'obligation vaccinale
ficats et les contraintes liées à la multiplication des docu- concernant la variole ayant été levée en 1984 et celle de la
ments à remplir qui comportent des informations proches vaccination BCG ayant été suspendue en 2007 au profit d'une
mais pas identiques, ainsi que par la complexité du circuit recommandation de vaccination ciblée sur les nourrissons et
de remontée et d'interprétation de ces certificats. Ainsi, le enfants considérés comme à risque élevé de tuberculose.
HCSP a recommandé la dématérialisation de ces certificats L'intérêt du maintien du caractère obligatoire de certaines
et la simplification du circuit de remontée des informations. vaccinations a été longuement débattu en France. Au terme
Les trois certificats, dont le contenu a été quelque peu modi- de ce débat, l'extension de l'obligation vaccinale à l'ensemble
fié, figurent toujours en version papier dans le nouveau du calendrier vaccinal du nourrisson a été décidée par le
carnet de santé ainsi qu'en version téléchargeable sur le site gouvernement français et votée à l'Assemblée nationale puis
du ministère chargé de la Santé. La Direction générale de la au Sénat en 2017 et mise en place en France pour les nour-
santé met progressivement en place la dématérialisation de rissons nés à partir du 1er janvier 2018.
ces échanges par l'intermédiaire d'une plate-forme nationale L'obligation qui concernait les 3 vaccins diphtérie, tétanos
et de la messagerie sécurisée de santé. Pour l'instant encore, et polio a donc été étendue vers les 8 autres vaccins recom-
ces certificats doivent être adressés sous pli confidentiel mandés au calendrier du nourrisson (jusqu'à 2 ans), c'est-
aux médecins départementaux de protection maternelle et à-dire les vaccinations coqueluche, Haemophilus influenzae
infantile du département de domicile des parents. sérotype b, hépatite B, pneumocoque conjugué, rougeole,
oreillons, rubéole, et méningocoque C conjugué. Les rappels
En conclusion polio de l'enfant (6 et 11 ans) ne sont donc plus obligatoires
Ce nouveau carnet de santé est certainement amélioré. mais restent fortement recommandés.
Pour 10 ans ? La dématérialisation totale du carnet de santé, Cette loi ne s'applique qu'aux nourrissons nés après le
intégré au dossier médical partagé, est apparue hautement 1er janvier 2018. Pour les nourrissons et enfants nés avant
souhaitable, avec l'espoir que ce changement intervienne cette date, l'ancienne obligation limitée à diphtérie, tétanos
avant 10 ans. D'ici là, une meilleure appropriation de ce et polio reste toutefois en vigueur.
carnet de santé apparaît utile tant pour les familles (rem- Les vaccinations recommandées et obligatoires justifient
plissage des parties qui leur sont réservées, présentation d'une prise en charge financière par la sécurité sociale (rem-
systématique lors des consultations) que pour les profes- boursement à 65 % par l'assurance maladie, restant à charge
sionnels qui devraient être incités à le consulter et le remplir remboursé par les mutuelles ou la CMU ; le tiers payant permet
systématiquement. aux patients de n'avoir rien à payer à l'achat en pharmacie).
Les différents vaccins sont inscrits sur des pages spéci-
fiques par le médecin en y mentionnant systématiquement
Calendrier vaccinal le nom, prénom et date de naissance, la date de vaccination,
le type de vaccin (tableau 5.1), le numéro du lot, la date de
Emmanuel Grimprel, Robert Cohen, François Vié le Sage péremption (étiquettes autocollantes disponibles sur chaque
vaccin). La signature et le cachet du médecin vaccinateur
authentifient l'acte vaccinal. Ces pages ont la valeur d'un cer-
Préambule tificat de vaccination, et peuvent être photocopiées à cet effet.
Le calendrier vaccinal définit la politique vaccinale d'un Ces vaccins doivent être inscrits de façon numérique
pays. Il s'applique aux enfants et aux adultes. Il répond à des dans le logiciel métier du vaccinateur. Ils peuvent aussi être
choix stratégiques qui tiennent compte de l'épidémiologie reportés sur un Carnet de vaccination électronique (CVE)
des pathologies infectieuses, de la disponibilité des vaccins dont l'utilisation commence à se développer et qui pourrait
et des caractéristiques de ceux-ci (efficacité, durée de pro- être systématisé très rapidement.
tection), des rapports bénéfices/risques et coût/efficacité de
la stratégie envisagée.
Le calendrier vaccinal est élaboré par la Commission tech- Recommandations générales
nique des vaccinations (CTV), commission permanente de la Le calendrier vaccinal 2019 comporte les vaccinations indi-
Haute autorité de santé (HAS), et est publié chaque année sur le quées dans le tableau 5.2.
site du ministère de la Santé et sur celui de Santé publique France. Une stratégie de rattrapage des non vaccinés est égale-
■ Les recommandations générales s'adressent à la totalité ment recommandée pour les vaccinations suivantes :
de la population. ■ vaccination ROR : 2 doses à 1 mois d'intervalle pour les
■ Les recommandations particulières s'adressent à une personnes nées depuis 1980 ;
partie seulement de la population comme : ■ vaccination MenCc : 1 dose jusqu'à 24 ans révolus ;
– certaines populations à risque infectieux élevé et/ou ■ hépatite B : schéma complet jusqu'à 15 ans révolus ;
spécifique (maladies chroniques, susceptibilité selon ■ HPV (filles) : schéma complet jusqu'à 19 ans révolus ;
l'âge, etc.) ; ■ HPV (garçons HSH) : schéma complet jusqu'à 25 ans ;
– certaines professions ; ■ rappel coqueluche pour les personnes n'ayant pas reçu le
– les voyageurs. rappel de 25 ans : jusqu'à 39 ans révolus.
96 Partie II. Spécialités
Tableau 5.1 Tableau de correspondances entre les valences vaccinales dans le calendrier des vaccinations
et les vaccins commercialisés en France.
(sans préjuger de problèmes de disponibilité, temporaires ou définitifs entre deux publications, dont
certains pourraient nécessiter une adaptation transitoire de la stratégie de vaccination)
Valences vaccinales contenues dans le vaccin Noms commerciaux des vaccins
BCG (tuberculose) Vaccin BCG SSI/Vaccin BCG BIOMED-LUBLIN
Diphtérie/Tétanos Vaccin uniquement sous ATU nominative en cas de contre-indication à un vaccin
contenant la valence coqueluche
Diphtérie/Tétanos/Poliomyélite Revaxis® (valences dTP)
Diphtérie/Tétanos/Coqueluche/Poliomyélite Enfants (valences DTCaP) : InfanrixTetra®/Tétravac-acellulaire®
Adolescents et adultes (valences dTcaP) : Boostrixtetra®/Repevax®
Diphtérie/Tétanos/Coqueluche/ InfanrixQuinta®
Poliomyélite/Haemophilus influenzae b Pentavac®
Diphtérie/Tétanos/Poliomyélite/ Infanrix Hexa®
Coqueluche/Haemophilus influenzae b/Hépatite B Hexyon®
Vaxelis®
Fièvre jaune Stamaril®
Grippe saisonnière Influvac®
Fluarixtetra®
Vaxigriptetra®
Influvac tetra®
Haemophilus influenzae b Act-Hib®
Hépatite A Enfants (12 mois à 15 ans) : Havrix® 720 U/Avaxim® 80 U
Adolescents (à partir de 16 ans) : Avaxim® 160 U/Havrix® 1 440 U
Adultes : Avaxim® 160 U/Havrix® 1 440 U/Vaqta® 50 U
Hépatite B Enfants : Engerix® B10 μg/HBVaxpro® 5 μg
Adolescents et adultes (à partir de 16 ans) : Engerix® B20 μg, HBVaxpro® 10 μg
Hépatite A et hépatite B Enfants (entre 1 et 15 ans) : Twinrix® Enfant
Adolescents et adultes (à partir de 16 ans) : Twinrix® Adulte
Leptospirose Spirolept®
Méningocoque A, C, Y, W À partir de l'âge de 6 semaines : Nimenrix® (conjugué)
À partir de l'âge de 2 ans : Menveo® (conjugué)
Méningocoque C Menjugate®/Neisvac® (vaccins conjugués)
Méningocoque B Bexsero®
Papillomavirus humains (HPV) Cervarix® (vaccin bivalent)
Gardasil® (vaccin quadrivalent)
Gardasil9® (vaccin nonavalent)
Pneumocoque Prevenar 13® (conjugué)
Pneumovax® (non conjugué)
Poliomyélite Imovax Polio®
Rage Vaccin rabique Pasteur®
Rabipur®
Rougeole/Oreillons/Rubéole M-M-RVaxPro®
Priorix®
Tétanos Ce vaccin n'existe que sous forme associée à d'autres valences dans des vaccins tri, tétra,
penta ou hexavalents
Typhoïde (fièvre) Typhim Vi®
Typherix®
Typhoïde et Hépatite A Tyavax®
Varicelle Varilrix®
Varivax®
Zona Zostavax®
Les vaccins indiqués en gras sont des vaccins vivants atténués. Extrait du calendrier des vaccinations et recommandations vaccinales 2019, ministère des Solidarités
et de la santé. Mise à jour chaque année en mars consultable sur : https://solidarites-sante.gouv.fr/calendrier-vaccinal
Chapitre 5. Suivi de l'enfant 97
Tableau 5.2 Calendrier vaccinal 2019. – l'entourage familial des nourrissons âgés de moins
de 6 mois présentant des facteurs de risque de grippe
Âge Vaccins grave, personnes séjournant dans un établissement
2 mois DTCaP-Hib-HB + VPC13 de santé de moyen ou long séjour quel que soit leur
4 mois DTCaP-Hib-HB + VPC13 âge ;
– les personnels soignants dans leur ensemble.
5 mois MenCc (1 dose)
■ Vaccination hépatite A recommandée :
11 mois DTCaP-Hib-HB + VPC13 – pour les jeunes accueillis dans les établissements et
12 mois ROR (dose 1) + MenCc (1 dose) services pour l'enfance et la jeunesse handicapées ;
16–18 mois ROR (dose 2)
– chez les patients atteints de mucoviscidose et/ou de
pathologies hépatobiliaires chroniques susceptibles
6 ans DTCaP d'évoluer vers une hépatopathie chronique ;
11–13 ans dTcaP1 + HPV (11–14 ans filles) – chez les enfants, à partir de l'âge de 1 an, nés de familles
25 ans dTcaP (ou dTP) dont l'un des membres (au moins) est originaire d'un
pays de haute endémicité et qui sont susceptibles d'y
45 ans dTP
séjourner ;
65 ans dTP + grippe injectable2 – chez les sujets homosexuels masculins ;
75 ans dTP tous les 10 ans – dans l'entourage familial d'un patient atteint d'hépa-
DTCaP-Hib-HB : vaccin combiné contenant les valences diphtérie (D), tétanos
tite A.
(T), coqueluche acellulaire (Ca), polio injectable (P), Haemophilus influenzae b ■ Vaccination hépatite B obligatoire pour les personnes
(Hib) et hépatite B. exerçant une activité professionnelle les exposant à des
MenCc : vaccin contre les infections invasives à méningocoque C. risques de contamination dans un établissement ou orga-
Une combinaison pentavalente DTCaP-Hib est également disponible pour le nisme de soins ou de prévention, public ou privé ainsi
nourrisson ne comportant pas la valence hépatite B. que les étudiants des filières suivantes :
Une combinaison tétravalente DTCaP est également disponible pour l'enfant
(ne comportant pas la valence Hib, inutile au-delà de l'âge de 5 ans).
– professions médicales et pharmaceutiques (médecin,
Les combinaisons faiblement dosées en anatoxine diphtérique (d au lieu de D) chirurgien-dentiste, pharmacien, sage-femme) ;
sont réservées aux grands enfants et adultes. Elles ne sont pas indiquées chez – et autres professions de santé (infirmier, infirmier
le nourrisson. spécialisé, masseur kinésithérapeute, pédicure-
Les combinaisons faiblement dosées en antigène coquelucheux (ca au lieu de podologue, manipulateur d'électroradiologie médi-
Ca) sont réservées aux adolescents et adultes. Elles ne sont pas indiquées chez cale, aide-soignant, ambulancier, auxiliaire de
le nourrisson.
puériculture, technicien en analyses biomédicale,
ROR : vaccination combinée triple rougeole, oreillons, rubéole (il n'y a plus de
vaccin monovalent disponible en France contre la rougeole, les oreillons ou la
assistant dentaire en formation).
rubéole). ■ Vaccination tétravalente conjuguée méningococcique
HPV : vaccin anti-Human Papillomavirus. ACYW recommandée chez les personnes âgées de 2 ans
1. Les doses de rappel diphtérie et coqueluche destinées à l'adolescent et et plus, ayant un déficit en fraction terminale du com-
l'adulte sont moins fortement dosées que celles destinées aux nourrissons, plément, recevant un traitement anti-C5A, porteurs d'un
d'où les signes d et ca au lieu de D et Ca.
déficit en properdine ou ayant une asplénie anatomique
2. Vaccination grippe saisonnière injectable, recommandée chaque année
chez les personnes âgées de 65 ans et plus.
ou fonctionnelle.
Calendrier des vaccinations et recommandations vaccinales 2019, ■ Vaccination pneumococcique recommandée chez les
ministère des Solidarités et de la santé. https://solidarites-sante.gouv.fr/ sujets à risque élevé d'infection invasive pneumococcique :
calendrier-vaccinal1 – vaccination conjuguée 13-valente à 1 dose pour
les enfants de 2 à 5 ans non préalablement vac-
Recommandations particulières cinés, suivie d'une dose de vaccin non conjugué
23 valences ;
■ Vaccination coqueluche, combinée avec la vaccination – association vaccin conjugué et vaccin polyosidique
diphtérie (d) tétanos (T) polio (P) recommandée dans le non conjugué 23-valent chez les adultes et les enfants
cadre du cocooning (protection indirecte du jeune nour- de plus de 5 ans.
risson) recommandée chez : ■ Vaccination varicelle recommandée pour :
– les adultes susceptibles de devenir parents dans les – tous les adolescents de 12 à 18 ans n'ayant pas d'an-
mois ou années à venir et lors du rappel dTP de 25 ans ; técédent clinique de varicelle ou dont l'histoire est
– les personnels soignants dans leur ensemble. douteuse, les femmes en âge de procréer, notamment
■ Vaccination grippe saisonnière recommandée pour : celles ayant un projet de grossesse et sans antécédent
– les sujets atteints de maladies respiratoires chroniques clinique de varicelle, les femmes n'ayant pas d'anté-
susceptibles d'être aggravées ou décompensées par une cédent clinique de varicelle (ou dont l'histoire est
affection grippale, dont asthme, bronchite chronique, douteuse) dans les suites d'une première grossesse ;
bronchiectasies, hyperréactivité bronchique, etc. (liste toute grossesse doit être évitée dans le mois suivant la
complète à consulter dans le document du ministère vaccination ;
de la Santé) ; – tous les adultes de plus de 18 ans exposés à la vari-
celle, immunocompétents sans antécédent de varicelle
1
Les mises à jour annuelles du calendrier des vaccinations ou dont l'histoire est douteuse, la vaccination doit être
et recommandations vaccinales sont disponibles sur le site effectuée dans les 3 jours suivant l'exposition à un
du ministère de la santé chaque année au mois de mars. patient avec éruption ;
98 Partie II. Spécialités
– toute personne sans antécédent de varicelle (ou dont accidentelle de l'enfant (800 décès en 1970, 250 actuellement),
l'histoire est douteuse) et dont la sérologie est négative, liée essentiellement à la réglementation et à la législation, ne doit
en contact étroit avec des personnes immunodépri- pas cacher la permanence du problème posé : 1 enfant sur 10 est
mées ; les enfants candidats receveurs, dans les 6 mois victime chaque année d'un accident de la vie courante et parmi
précédant une greffe d'organe solide, sans antécédents ceux-ci, 1 % en gardera des séquelles. À côté de la réglementa-
de varicelle (ou dont l'histoire est douteuse) et dont la tion, du développement de labels de qualité pour les produits les
sérologie est négative. plus courants, l'éducation des familles, l'information, la promo-
■ Vaccination BCG recommandée chez les enfants appar- tion d'un environnement sûr ont montré leur efficacité.
tenant aux groupes à risque suivants :
– né dans un pays de forte endémie tuberculeuse (les
définitions de ces pays varient dans le temps) ;
Définitions
– dont au moins l'un des parents est originaire de l'un de L'accident est un évènement indépendant de la volonté
ces pays ; humaine, provoqué par une force extérieure agissant rapide-
– devant séjourner au moins un mois d'affilée dans l'un ment et qui se manifeste par un dommage corporel ou mental.
de ces pays ; On distingue classiquement :
– ayant des antécédents familiaux de tuberculose (colla- 1. les accidents de la vie courante qui incluent :
téraux ou ascendants directs) ; – les accidents proprement domestiques, se produisant à
– résidant en Île-de-France ou en Guyane ; la maison ou dans ses abords immédiats, jardin, cour,
– dans toute situation jugée par le médecin comme garage et autres dépendances,
à risque élevé d'exposition au bacille tuberculeux, – les accidents scolaires (on y associe souvent la crèche),
notamment enfant vivant dans des conditions de – les accidents de sports, de vacances et de loisirs ;
logement défavorables (habitat précaire ou surpeuplé) 2. les accidents de la circulation : tout accident ayant lieu sur
ou socio-économiques défavorables ou précaires (en la voie publique, l'enfant pouvant être passager, cycliste,
particulier parmi les bénéficiaires de la CMU, CMUc, motocycliste ou piéton.
AME, etc.) ou en contact régulier avec des adultes ori-
ginaires d'un pays de forte endémie. Épidémiologie
■ Vaccinations du voyageur. Selon les zones visitées, peuvent
être recommandées les vaccinations suivantes : hépatite A, Mortalité
fièvre jaune, rage, typhoïde, méningococcique ACYW Plus de 200 enfants meurent chaque année au décours d'un
conjuguée, encéphalite japonaise, encéphalite à tiques, etc. accident de la vie courante (300 lors d'accidents de la circu-
lation). La mortalité accidentelle représente plus de 50 % de
la mortalité globale des enfants entre 1 et 14 ans. Ainsi en
Vaccinations des personnes 2012, 224 enfants sont décédés (28 entre 0 et 1 an, 112 entre
immunodéprimées 1 et 4 ans et 84 entre 5 et 14 ans). Les mécanismes des décès
Principes généraux accidentels sont indiqués dans le tableau 5.3.
■ Les vaccins vivants sont contre-indiqués chez les femmes
enceintes et en cas d'immunodépression. Morbidité
■ L'immunogénicité des vaccins est réduite chez les sujets Environ 12 à 15 % des enfants de 0 à 14 ans sont victimes
immunodéprimés → schémas vaccinaux particuliers ou chaque année d'un accident et plus de la moitié requièrent
renforcés. des soins médicaux. Ainsi, 1 à 2 % des enfants accidentés
■ Le risque accru de complications associées à certaines
infections justifie des vaccinations spécifiques ou des Tableau 5.3 Effectifs de mortalité standardisés
rappels supplémentaires. par type d'accident de la vie courante, selon l'âge
0–15 ans, France métropolitaine, 2012 (taux pour
Mesures générales 100 000 habitants).
■ Nécessité de renforcement des vaccinations du calendrier Mécanismes/âge 0–1 an 1–4 ans 5–14 ans
et d'étendre certaines indications ;
Chutes – 11 8
■ Notamment avec pneumocoque, méningocoque,
Haemophilus influenzae b, grippe injectable. Suffocations 16 22 8
■ Intérêt d'effectuer des dosages d'anticorps post-vaccinaux. Noyades – 46 26
Feu 1 9 12
Accidents de la vie courante – Intoxications – 1 2
Prévention Brûlures 0 0 2
garderont à vie des séquelles psychomotrices, esthétiques Facteurs de risques liés à l'enfant
ou fonctionnelles. Les enfants de 1 à 4 ans sont les plus ■ Entre 1 et 4 ans : le développement psychomoteur rapide
touchés et 60 % d'entre eux sont des garçons ; 5 % sont des du petit enfant, mal perçu par l'entourage (vigilance
« récidivistes ». insuffisante), allié à une immaturité (maladresse, imma-
Les accidents de la vie courante sont le plus souvent turité sensorielle, coordination imparfaite, centre de gra-
bénins. Cinq mécanismes regroupent les accidents les plus vité haut situé) et à une curiosité légitime soumet l'enfant
graves sur lesquels se porteront plus logiquement les efforts à un environnement inadapté à sa morphologie et ses
de prévention : les défenestrations, les noyades, les accidents compétences propres (chutes, intoxications, noyades,
liés au feu, les morsures d'animaux et les brûlures. Les lieux suffocation). Entre 18 mois et 3 ans, l'enfant acquiert de
sont répertoriés dans le tableau 5.4. plus en plus d'autonomie et le risque accidentel devient
maximal.
Mécanismes accidentels ■ Entre 4 et 10 ans : l'esprit de découverte, le développe-
Ils dépendent de l'âge de l'enfant et de ses capacités ment des activités physiques, la socialisation l'exposent
motrices (tableau 5.5). La tranche d'âge des 1–4 ans est aux risques des loisirs et des sports de contact : déforma-
la plus touchée et l'ensemble des mécanismes accidentels tions physiques, chocs directs, collisions.
sont en cause. ■ Après 10 ans : le besoin d'indépendance, l'opposition
coexistent avec une immaturité psychologique qui
Facteurs de risque l'expose aux expériences dangereuses, susceptibles de le
Un accident est la conséquence de la rencontre fortuite d'un valoriser.
enfant et d'un agent d'agressivité. Les conséquences de cette Certains profils psychologiques particuliers : les enfants
confrontation vont dépendre de la qualité de l'environne- anxiodépressifs ou hyperactifs sont à risque de récidives
ment matériel et humain. d'accidents dans la tranche d'âge 10–14 ans. Un handicap
moteur, psychomoteur ou sensoriel est un facteur de risque
reconnu d'accidents.
Tableau 5.4 Répartition des principaux lieux
d'accidents de l'enfant (%) en fonction de l'âge. Entourage humain
Lieu/âge 0–1 an 1–4 ans 5–9 ans 10–14 ans Les parents sont conscients des risques accidentels.
Domicile 81 76 34 14 Ils se font souvent des illusions sur les capacités psycho-
motrices de leur enfant : capacité dès le plus jeune âge et
École 0 7 33 26
avant même l'âge de la marche de se déplacer d'une pièce
Sports et 0 5 25 45 à l'autre, à monter sur une chaise et attraper un objet ainsi
loisirs
placé en hauteur.
Voie 5 3 6 9 L'attitude surprotectrice de l'entourage, les familles dis-
publique sociées, monoparentales, le bas revenu socio-économique
Divers 14 9 2 6 et surtout le bas niveau d'instruction maternelle sont
D'après Pédrono G, Bouilly M, Thélot B. Enquête permanente sur les accidents
autant de facteurs de risques identifiés, en particulier
de la vie courante (EPAC). Résultats 2010 en France métropolitaine. Données entre 1 et 4 ans.
Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2016. Toute situation (déménagement, décès, festivité, horaires
de préparation des repas – 11–13 h et 18–20 h) qui peut
limiter les capacités de surveillance de l'enfant induit une
Tableau 5.5 Répartition des mécanismes insécurité du jeune enfant. Dans 40 à 50 % des cas, une
accidentels (%) en fonction de l'âge. surveillance insuffisante ou une vigilance trop faible sont
l'explication majeure de l'événement accidentel.
Mécanismes/âge 0–1 an 1–4 ans 5–9 ans 10–14 ans
Chute de sa hauteur 12 21 24 23 Environnement matériel
Chutes hautes 59 29 25 29 Les enfants vivent dans un environnement « conçu par les
adultes pour les adultes ».
Coups/collisions 5 10 22 23
La maison est parsemée de pièges dans toutes les pièces,
Intoxications 6 13 1 1 la rue est inadaptée aux possibilités d'un jeune enfant. La
Brûlures 4 3 1 1 salle de bains, la cuisine, les escaliers sont les lieux les plus
Déformation à l'effort 3 2 9 8
à risque.
Les piscines privatives, les points d'eau, les cours d'im-
Morsures 1 4 2 2 meubles sont tout autant de sources de dangers potentiels.
Pincement 1 7 4 4 Les objets présents dans l'environnement immédiat
Corps étranger 2 4 2 1 de l'enfant changent régulièrement selon les innovations ;
ainsi, des accidents nouveaux surviennent depuis quelques
Autres 7 7 10 8
années : piles à mercure, micro-aimants, matériel d'exercice
D'après Pédrono G, Bouilly M, Thélot B. Enquête permanente sur les accidents physique à domicile, écrans plats, cheminées d'intérieur, et
de la vie courante (EPAC). Résultats 2010 en France métropolitaine. Données doivent être signalés pour alerter les familles des risques
Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2016.
nouveaux.
100 Partie II. Spécialités
Prévention ■ Une visite domiciliaire peut être proposée par les services
L'accident n'est pas une fatalité. La grande majorité des de PMI pour vérifier la sécurisation des pièces de l'appar-
accidents de la vie courante sont évitables. La prévention tement et du couchage de l'enfant (encadré 5.3).
associe des mesures passives : réglementation, législation, et
des mesures actives utilisant des stratégies d'éducation et de
promotion de la sécurité.
Encadré 5.1 Messages clés de la prévention
des accidents de l'enfant de 0 à 4 ans
Mesures passives
■
Au coucher : enlever tout collier, bracelet, foulard.
La réglementation permet de réduire fortement le ■
Utiliser un matelas adapté au lit en cas de lit d'appoint.
nombre d'accidents du jeune enfant : emballage des ■
Ranger dans un endroit qu'il ne peut atteindre tout objet
médicaments sous blister, barrières pour les piscines
coupant, pointu ou brûlant, tout produit toxique.
privées, hauteur des balustrades dans les immeubles, ■
Attacher la ceinture ventrale et de l'entrejambe de la chaise
détecteurs de fumées, normes des jouets et des produits
haute.
ménagers. ■
Ne pas laisser seul l'enfant de moins de 3 ans dans le bain.
La réglementation est appliquée lorsqu'elle est com- ■
Comprendre que les dispositifs de bain pour nourrisson ne
prise. Les remontées d'accidents du terrain aux décideurs
sont pas des articles de sécurité pour l'enfant.
permettent d'actualiser la réglementation, avec parfois des ■
Ne pas laisser de rallonge électrique branchée, non raccordée
délais dommageables pour l'enfant.
à un appareil.
■
Ne pas laisser seul l'enfant avec un ou plusieurs chiens.
■
Ne pas placer pas de meubles devant une fenêtre.
■
Débrancher tout outil électrique après usage.
Produits potentiellement dangereux ■
Ranger les produits ménagers et les médicaments dans un
n'ayant fait l'objet que de placard sécurisé ou hors de portée de l'enfant.
recommandations sans réglementation ■
Ne jamais laisser un enfant plus de quelques minutes seul
(septembre 2018) dans une pièce sans voir ce qu'il fait.
■
Être vigilant dès la proximité d'un point d'eau : mare, étang,
■
Trotteurs piscine gonflable ou enterrée, bassin de jardin.
■
Colliers d'ambre (pour lutter contre les douleurs dentaires) ■
Prendre garde aux bouées gonflables non munies de valves
■
Cordons pour serrer les capuches des enfants de moins de
« antiretour ».
6 mois
■
Température excessive de l'eau chaude sanitaire
■
Matériel de bains : anneaux, siège de bains
■
Coussins, oreillers sous la tête des nourrissons (pour éviter la
plagiocéphalie) Encadré 5.2 Accidents et précarité : facteurs
Tubes de médicaments avec comprimés en vrac (somnifères)
de risques risque accrus
■
■
Accessibilité moins bonne aux campagnes de prévention.
■
Objets/jouets importés, non labellisés.
Mesures actives ■
Coût des dispositifs de sécurité dans la maison.
■ Les actions d'éducation à la santé s'adressent aux parents ■
Surface habitable plus faible et encombrement des pièces.
lorsque l'enfant est jeune tant il est quasi impossible ■
Contrôles moins réguliers des matériels de chauffage :
de modifier les comportements individuels à cet âge chaudière, chauffe-eau, cheminées, etc.
(encadré 5.1).
■ L'apprentissage parental des capacités de développe-
ment de l'enfant ainsi que la nécessité d'une surveil-
lance « active » des jeunes enfants sont au cœur de cette
éducation. Encadré 5.3 Place des professionnels
■ La sécurisation de l'environnement quotidien de l'en- de santé dans la prévention
fant complète ces mesures actives par une information
et une responsabilisation des familles et des pouvoirs Les professionnels de la santé interviennent de diverses façons
publics. auprès des familles et peuvent avoir plusieurs opportunités
■ L'incidence accrue de certains types d'accidents graves pour faire de la prévention des accidents une priorité.
dans les situations de précarité (brûlures, défenestra- Les messages de prévention délivrés au décours d'une
tions, accidents liés aux incendies) justifie d'associer des consultation médicale ou hospitalière ne sont que partiellement
mesures spécifiques de prévention avec des messages suivis d'effet et ont un impact bref dans le temps s'ils ne sont
simples, relais d'informations proches des familles les pas renouvelés.
plus à risques (subvention des moyens de protection La combinaison de messages oraux et écrits, à différents
individuelle et collective). Les facteurs de risques sont moments de la vie familiale (pendant la grossesse, à la visite du
multiples (encadré 5.2). premier mois, à 9 mois) s'est avérée efficace.
Chapitre 5. Suivi de l'enfant 101
Antécédents familiaux
Recueil des informations ■ Père et mère : âge actuel, profession, pays d'origine, condi-
Le recueil des informations (encadré 5.4) concernant l'en- tions de logement, antécédents personnels (principales
fant et sa famille se situe habituellement dans le contexte de pathologies), existence éventuelle d'une consanguinité.
102 Partie II. Spécialités
■ Fratrie : prénoms des différents enfants par âge décrois- de la position assise avec et sans appui, de la station
sant avec, pour chacun d'entre eux, année de naissance ; debout avec appui, de la marche autonome, de l'acquisi-
antécédents néonatals et principales pathologies. tion des premiers mots et de la propreté.
Un arbre généalogique peut être établi dans toutes les cir- ■ Comportement habituel : contact avec la famille, appétit,
constances évoquant une maladie familiale. En aucun cas, sommeil, attitude au cours des jeux.
on ne saurait évoquer, devant les parents dès le premier ■ Mode de garde, scolarité : niveau, comportement avec
recueil d'informations, l'hypothèse « héréditaire » d'une l'environnement, avis des encadrants et enseignants.
pathologie suspectée.
Informations concernant les antécédents
Antécédents personnels de l'enfant pathologiques
Informations concernant la grossesse maternelle ■ Médicaux : nature et fréquence des infections des voies
et l'accouchement, état de l'enfant à la naissance aériennes supérieures ou inférieures, maladies infec-
tieuses éruptives, convulsions.
■ Chirurgicaux : adénoïdectomie, amygdalectomie, appen-
Ces informations doivent être d'autant plus détaillées que l'ob- dicectomie, etc.
servation concerne un nouveau-né ou un jeune nourrisson. ■ Pathologies traumatiques : préciser en particulier en cas
de répétition anormale.
■ Séjours prolongés en pays exposés à des pathologies infec-
Il convient de recueillir les précisions concernant : tieuses spécifiques : durée, prophylaxie d'un paludisme.
■ le déroulement de la grossesse : conditions de vie, surveil- Cette démarche, souvent consommatrice de temps, ne sau-
lance, examens complémentaires, traitements éventuels ; rait être imposée dans cette chronologie pour un enfant exa-
■ le terme théorique ; miné en urgence chez lequel l'abord de la pathologie actuelle
■ les circonstances de l'accouchement : anoxie périnatale, peut apparaître prioritaire.
voie basse ou césarienne (indication) ;
■ l'état de l'enfant à la naissance :
– score d'Apgar à 1 et 5 minutes (réanimation éventuelle, Toute rédaction d'une observation, consultation ou hospitalisa-
mode, durée), tion doit être l'occasion d'évaluer les démarches de prévention :
– poids, taille, périmètre crânien ; ■
vaccinations ;
■ l'âge et le poids de l'enfant à la sortie de la maternité. ■
recherche d'un déficit sensoriel.
Aborder l'enfant dans sa globalité.
Informations concernant le régime du nourrisson
et de l'enfant
■ Nature du premier aliment : Histoire de la maladie
– lait de mère : modalités de l'allaitement et durée ; Elle est rédigée en répondant à des règles simples :
– préparations pour nourrisson : date d'introduction des ■ utiliser un style :
protéines du lait de vache. – concis : phrases courtes, excluant des termes tels que
■ Régime actuel : « sur le plan de… » « au niveau de… », « problème
– type de lait actuel ; diagnostique », « problème thérapeutique », « notion
– date et chronologie éventuelle de la diversification : de », etc.,
gluten, légumes, fruits, viandes ; – précis : dates indiquées en clair et chiffrées, fréquence
– nombre, horaires, durée, volume et composition des repas. quantifiée d'un épisode (tous les jours, tous les mois et
■ Complément au régime : non pas « beaucoup » ou « souvent »),
– vitamines D et K (nom du produit pharmaceutique, – factuel : donner les faits bruts et non pas dans leur inter-
doses) ; prétation ou selon les « diagnostics de l'entourage » ;
– fluor, fer. ■ préciser les signes négatifs (p. ex. toux sans fièvre, diar-
■ Tolérance du régime : rhée sans vomissements, etc.), seuls garants que la ques-
– prise de poids, nombre et aspect des selles, tion a bien été posée ;
régurgitations ; ■ être lisible.
– réactions alimentaires éventuellement observées.
Examen physique de l'enfant
Informations concernant la croissance
staturo-pondérale Nous rapportons ici les données générales de cet examen
et les principaux signes à rechercher. Des précisions sup-
Données : courbe de poids, taille, périmètre crânien jusqu'à plémentaires sont données au sein de chaque chapitre de
l'âge de 3 ans (à reporter sur le carnet de santé). pathologie pédiatrique.
enfants.
sant leur caractère spontané ou provoqué, hématomes ■
B2 est plus éclatant que B1 au foyer pulmonaire.
fréquents sur les faces antérieures des jambes chez le
petit enfant),
– éruptions cutanées diverses,
Elle recherche :
– anomalies des cheveux ou des ongles ;
■ une modification des bruits du cœur : assourdissement,
■ l'état trophique :
éclat, dédoublement ;
– eutrophie (croissance normale),
■ un rythme à trois temps : bruit de galop, bruit claqué
– hypotrophie pondérale (maigreur) ou staturale (retard
protodiastolique, claquement mésosystolique ;
de taille),
■ un souffle (cf. chapitre 12) :
– obésité.
– le plus souvent systolique,
Cette évaluation est confirmée par les mesures de la taille,
– le plus souvent anorganique : de courte durée, d'inten-
du poids, de l'IMC comparées aux normes pour l'âge.
sité < 3/6, de tonalité basse, vibratoire et musicale,
maximum le long du bord gauche du sternum, du
2e au 3e espace ou du 4e au 5e espaces intercostaux
■
Respecter le temps de l'observation. gauches en dedans de l'apex, irradiant peu, d'intensité
Enfant totalement déshabillé.
variable selon les positions (disparition du souffle en
■
■
Inscrire toutes les données chiffrées au début de l'observation.
orthostatisme), l'examen, la respiration,
– parfois diastolique (toujours pathologique) ou continu
(canal artériel).
Examen cardiovasculaire
Il est effectué chez un enfant rassuré, familiarisé au stétho
scope préalablement réchauffé dans la paume de la main En cas de souffle avant l'âge de 1 an, un avis cardiopédiatrique
(nourrisson) et maintenu au calme, à distance d'un effort est utile.
(grand enfant).
■ sa couleur : gris perle avec un cadre rosé ; logie concernée, par exemple en cas de méningite
■ sa forme : la présence de la saillie de l'apophyse externe purulente :
du manche du marteau et le reflet lumineux triangulaire – évolution infectieuse (clinique, biologique, bactériolo-
témoignent de sa légère concavité ; gique, etc.),
■ son épaisseur : elle permet, par transparence, de déter- – évolution neurologique (syndrome méningé, anoma-
miner le caractère purulent ou séreux d'une éventuelle lies sensorielles, etc.),
collection rétrotympanique. – poids (sécrétion inappropriée d'hormone antidiuré-
L'examen de la cavité buccopharyngée permet de préciser : tique), etc. ;
■ l'aspect et le volume des amygdales : celles-ci ont atteint ■ en cas de diagnostic non assuré (p. ex. enquête étiolo-
leur volume maximum vers l'âge de 4 ans ; elles involuent gique sur des polyadénopathies ou à propos d'une fièvre
ensuite ; prolongée isolée) : regrouper dans différentes rubriques
■ l'aspect de la langue (recherche d'une stomatite) ; (p. ex. cadres étiologiques) les informations cliniques,
■ l'état de la muqueuse buccale (énanthème) ; hématologiques, biochimiques, bactériologiques, ou les
■ l'état dentaire : état maturatif, caries, infections dentaires données d'imagerie, qui permettent de confirmer, nuan-
(cf. infra dans ce chapitre). cer ou réorienter le diagnostic.
Au terme de cet examen, on doit vérifier le recueil d'un certain L'absence d'orientation étiologique initiale impose une rééva-
nombre de données chiffrées : luation clinique et une disponibilité du médecin.
■
taille ;
■
périmètre crânien (avant 3 ans) ;
poids ;
Développement psychomoteur
■
■
température ;
■
fréquence cardiaque ; du nourrisson et de l'enfant
■
pression artérielle ;
■
fréquence respiratoire (en cas de détresse respiratoire). Brigitte Chabrol
Enjeux
Synthèse et conclusion Le développement psychomoteur du nourrisson et
Une fois toutes ces informations recueillies, il convient : de l'enfant est le reflet de l'interaction entre des fac-
■ d'identifier, de discriminer et de saisir les indices signifi- teurs génétiques et des facteurs environnementaux, qui
catifs. Ceux-ci ont permis le plus souvent un diagnostic débute dès la vie intra-utérine. La maturation cérébrale
immédiat. Cependant, dans les cas difficiles, il importe et le développement du système nerveux central suivent
d'éliminer avant tout les urgences diagnostiques ou thé- étape par étape un programme déterminé. Les facteurs
rapeutiques, de demander un avis à un collègue, de pro- environnementaux peuvent quant à eux moduler le déve-
poser une réévaluation clinique proche ; loppement cérébral, certaines stimulations étant cru-
■ de proposer s'il y a lieu un plan d'investigations complé- ciales aux phases précoces de développement et dans une
mentaires ; fenêtre temporelle donnée (périodes critiques). L'impor-
■ d'assurer les prescriptions thérapeutiques : c'est-à-dire de tance du processus d'apprentissage dans la mise en place
proposer un traitement dont les objectifs apparaissent des différentes acquisitions psychomotrices est soulignée
clairement établis et fondés sur les données cliniques et actuellement.
paracliniques. Sa prescription doit être complétée par la L'évaluation du développement psychomoteur est capi-
précision des signes de surveillance témoignant de l'effica- tale. Il s'agit d'évaluer le développement d'un enfant d'un âge
cité thérapeutique ou à l'inverse, d'une éventuelle aggrava- donné par rapport à une norme de population. Il faut donc
tion nécessitant une reprise de contact avec le médecin. savoir tenir compte des variations individuelles au fil d'un
calendrier qui sera toujours le même pour chaque enfant. Au
cours de l'examen, plusieurs domaines du développement
L'observation sémiologique clinique permet dans la majorité sont évalués : développement moteur, capacités de commu-
des cas : nications et compétences sociales ainsi que développement
■
d'exclure les critères de gravité évoquant une urgence (ils cognitif (tableau 5.7).
sont précisés au cours de chaque chapitre de pathologie Deux circonstances différentes peuvent conduire à éva-
pédiatrique), luer le développement psychomoteur : lors d'un examen
■
l'économie des examens complémentaires en pathologie systématique, ou devant une inquiétude des parents ou à
pédiatrique habituelle. l'occasion d'une pathologie.
L'étude du développement psychomoteur repose sur
l'interrogatoire, qui est fondamental et ne doit jamais être
Chez un enfant hospitalisé, l'observation est enrichie des suggestif, et sur l'examen clinique. Deux notions sont impor-
données de suivi évolutif : tantes : le niveau des performances de l'enfant par rapport à
■ en cas de diagnostic certain : il importe de faire le point son âge chronologique et sa dynamique de développement
itératif sur chacun des problèmes inhérents à la patho- appréciée lors de consultations successives.
Chapitre 5. Suivi de l'enfant 107
Conclusion
Physiologie de l'hormone de croissance
La connaissance des différentes étapes du développe-
ment psychomoteur est indispensable. Elles doivent être La sécrétion d'hormone de croissance est sous la dépen-
soigneusement évaluées lors de tout examen de l'enfant et dance de la sécrétion de GHRH (GH Releasing Hormone,
notées dans le carnet de santé. En cas d'écart de développe- d'origine hypothalamique) et de la ghréline (origine stoma-
ment, les données recueillies, complétées par celle de l'exa- cale). L'hypothalamus est au sein du système nerveux cen-
men neurologique, permettent une orientation diagnostique. tral, et reçoit toutes les afférences donnant les informations
sur l'état nutritionnel, psychique, et les pathologies diverses.
Ainsi, en cas de carence nutritionnelle importante, d'insuf-
Croissance staturale normale fisance d'organe sévère, d'inflammation chronique, un
infléchissement de la vitesse de croissance d'origine centrale
Maxime Gérard
peut survenir, par inhibition de la sécrétion de GH.
La croissance staturale est un phénomène continu, se dérou- La sécrétion d'hormone de croissance est pulsatile. Le
lant en plusieurs phases : dosage de la GH de base, sans stimulation pharmacologique
■ de la naissance à 4 ans : phase de croissance rapide ; ou hors contexte d'hypoglycémie, n'est pas informatif ; le
■ de 4 ans à la puberté : phase de croissance linéaire, taux peut être nul sans valeur pathologique.
5–6 cm/an, anormale si < 5 cm/an ; La GH est libérée dans la circulation sanguine et se fixe
■ puis : phase de croissance pubertaire, rapide, 10 cm/an. à son récepteur hépatique, induisant la sécrétion d'un pep-
Le pic de croissance pubertaire débute dès l'apparition tide, l'IGF-1 (Insulin-like Growth Factor 1). C'est ce pep-
des bourgeons mammaires chez la fille (gain statural total tide qui va se fixer au niveau de récepteurs des cartilages
d'environ 20 cm), mais il est retardé d'un an environ chez de croissance, entraînant la croissance des os. La demi-vie
le garçon par rapport à l'augmentation du volume testi- de l'IGF-1 est longue, et son dosage (basal) est donc inté-
culaire (gain statural total d'environ 25 cm). ressant pour évaluer la sécrétion d'hormone de croissance
110 Partie II. Spécialités
26 9 POIDS 9
25 8 8
24 7 7
23 6 6
22 5 5
21 4 4
20 3 3
19 2 2
+2s
18 1 +1s 1
M.
17 0 0
–2s –1s
16 –1 –1
15 –2 –2
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 ans
14 Ces accroissements (moyenne M. et écarts type σ) ont été calculés par années révolues
jusqu'à 11 ans et obtenus ensuite d'après les courbes préparées en percentiles.
13 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 ans 13
12 12
11 TAILLE 11
10 10
9 9
8 8
7 7
6 6
5 5
4 4
3 3
2 2
1 +2s 1
+1s
0 –2s –1s M. 0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 ans
(normes dépendant de l'âge et du stade pubertaire). Le taux les courbes OMS et, depuis le 1er avril 2018 dans les car-
d'IGF-1 dépend aussi de l'état nutritionnel (un dosage bas nets de santé, les courbes actualisées de l'Inserm (fig. 5.2
chez un patient avec nutrition insuffisante n'est donc pas et 5.6).
informatif). L'utilisation des nouvelles courbes est préférée, même si
toutes sont utilisables. Le plus important est de surveiller la
cinétique de croissance si l'on a commencé un suivi sur une
Le dosage de GH de base n'est pas informatif. autre courbe.
Fig. 5.6 Courbes de croissance staturale et pondérale des garçons entre 1 et 18 ans.
Courbes de croissance AFPA – CRESS/Inserm – CompuGroup Medical, 2018 (enfants nés à plus de 2 500 g et suivis par des médecins sur le territoire
métropolitain).
Un enfant grandit normalement à plus ou moins 1,5DS
Calcul de la taille cible (cm) du couloir de croissance de sa taille cible (soit environ 6 cm,
tableau 5.9).
( Taille père + Taille mère ) / 2 Le calcul de la taille cible génétique a moins de valeur si
les parents sont de taille très différente. Un enfant grandit le
+ 6,5 pour les garçons, −6,5 pour les filles
plus souvent comme son père ou sa mère, et pas vraiment
selon la moyenne des deux.
112 Partie II. Spécialités
Tableau 5.9 Équivalences entre déviations ■ Signes digestifs (troubles du transit, selles glairosan-
standards (DS) et percentiles. glantes, douleurs abdominales).
■ Signes de déficit hypophysaire (constipation, frilosité,
Percentile 0,1 2,3 15,9 50 84,1 97,7 99,9
asthénie).
DS –3 –2 –1 0 +1 +2 +3 ■ Signes de compression du chiasma optique (troubles du
champ visuel, nausées, vomissements, notamment mati-
naux, hypertension intracrânienne).
Il est important de demander la puberté dans la famille
(âge des premières règles de la mère, âge de la poussée de
croissance pubertaire du père) pour voir comment s'est Analyse de la courbe de croissance
déroulée leur croissance pubertaire, et si possible d'exami- ■ Calcul de la taille cible.
ner leurs carnets de santé. ■ Appréciation de la vitesse de croissance.
Il est très fréquent de ne pas avoir le même âge osseux bilité interindividuelle des besoins et couvrir les besoins de
que son âge réel. Un retard d'âge osseux (âge osseux infé- la quasi-totalité de la population (97,5 % des individus). En
rieur à son âge réel) laisse plus de réserve de croissance. À pratique, l'ET est rarement connu et un coefficient de varia-
l'inverse, une avance d'âge osseux laisse moins de réserve tion défini par défaut, de l'ordre de 10 à 20 %, est ajouté au
de croissance. Attention, l'âge osseux peut avancer plus vite BNM à la place de l'ET pour dériver la RNP. La RNP corres-
que le temps réel, c'est-à-dire qu'en 1 an par exemple, l'âge pond donc à 120–140 % du BNM.
osseux peut avancer de 2 ans, notamment en période péri- Si pour un individu l'apport d'un nutriment est infé-
pubertaire. Avoir un retard d'âge osseux de 2 ans ne veut pas rieur aux ANC/VNR, cela ne signifie pas pour autant qu'il
dire qu'on grandira 2 ans de plus que les autres. ne couvre pas ses besoins pour ce nutriment. Le risque de
La fin de la croissance est marquée par un âge osseux de déficit pour un nutriment ne devient significatif que si son
15 ans pour la fille et 17 ans pour le garçon. apport est inférieur au BNM, soit 70–80 % de la RNP.
Lorsque les données scientifiques sont insuffisantes pour
déterminer le BNM (et par conséquent la RNP), une autre
Face à un retard statural, un retard d'âge osseux ne doit pas valeur, l'apport satisfaisant (AS) peut être proposée. L'AS est
complètement rassurer. Une consultation spécialisée doit être le niveau d'apport supposé suffisant d'après l'observation de
demandée s'il existe une croissance staturale pathologique. groupes de personnes en bonne santé. L'objectif de l'AS est
similaire à celui de la RNP : décrire le niveau d'apport d'un
nutriment considéré comme adéquat pour maintenir un bon
Conclusion état de santé. La distinction entre ces deux valeurs concerne
le niveau de preuves scientifiques sur lesquelles elles reposent.
Il existe plusieurs phases de croissance staturale : nourris-
son, enfant et adolescent. Spécificités des besoins nutritionnels
La croissance est plurifactorielle, l'évaluation de ses diffé-
rents facteurs est nécessaire en cas de croissance pathologique.
de l'enfant
La croissance staturale dite « normale » est une croissance Les besoins nutritionnels sont variables d'un enfant à l'autre.
staturale entre –2 et + 2DS, à plus ou moins 1,5DS de la Ils dépendent de l'âge, du sexe, de l'activité physique, de la
taille cible, et régulière sur son couloir. vitesse de croissance, du développement pubertaire, ainsi
L'examen de la courbe de croissance, taille, poids, IMC, que de caractéristiques génétiques et environnementales. La
PC (chez le moins de 5 ans), doit faire partie de toute consul- couverture des besoins nutritionnels permet d'assurer chez
tation pédiatrique. l'enfant un état de santé normal et une croissance staturo-
L'évolution de la croissance et de la puberté doit être surveil- pondérale optimale.
lée même en l'absence de pathologie identifiée, chez tout enfant.
Insister pour voir les enfants et les examiner à l'âge pubertaire. Apports nutritionnels conseillés/valeurs
nutritionnelles de référence chez l'enfant
Eau
Apports nutritionnels conseillés L'eau représente 75 % du poids du corps les premières
et alimentation du nourrisson semaines de vie et 60 % à l'âge d'un an. Le nourrisson est
Dominique Turck très dépendant des apports en eau du fait de ce contenu en
eau élevé et de l'immaturité des fonctions de concentration-
dilution des urines. Les besoins en eau, exprimés en kg de
Apports nutritionnels conseillés poids, sont d'autant plus importants que l'enfant est jeune.
Le terme « apports nutritionnels conseillés », ou son syno- Il faut être attentif au risque de déshydratation lorsque les
nyme « valeurs nutritionnelles de référence », désigne un pertes en eau sont augmentées : diarrhée, vomissements,
ensemble de valeurs, dont le besoin nutritionnel moyen, fièvre, température ambiante élevée.
la référence nutritionnelle pour la population, et l'apport L'AS en eau est de 700–1 000 mL/j de 0 à 6 mois,
satisfaisant. 800–1 000 mL/j de 6 à 12 mois et 1 100–1 300 mL/j de 1 à
3 ans. On peut utiliser les deux formules suivantes pour un
Définitions enfant d'un poids supérieur à 10 kg :
■ si le poids est > 10 kg, besoins en eau = 1 L + 50 mL par
Il ne faut pas confondre le besoin nutritionnel, qui
kg au-dessus de 10 kg (p. ex. besoins quotidiens de 1,4 L
concerne un individu, et les apports nutritionnels conseil-
pour un poids de 18 kg) ;
lés (ANC) ou valeurs nutritionnelles de référence (VNR),
■ si le poids est > 20 kg : besoins en eau = 1,5 L + 20 mL
qui concernent une population dans son ensemble.
par kg au-dessus de 20 kg (p. ex. besoins quotidiens de
Le besoin nutritionnel moyen (BNM) reflète le niveau
1,9 L pour un poids de 40 kg).
d'apport d'un nutriment qui répond aux besoins quotidiens
de la moitié des personnes dans une population donnée.
Sous réserve que les besoins pour un nutriment soient Énergie
répartis de façon normale (gaussienne), la référence nutri- Les besoins énergétiques, exprimés en kilocalories (kcal)
tionnelle pour la population (RNP) est calculée en ajoutant ou kilojoules (1 kcal = 4,185 kJ), sont d'autant plus éle-
au BNM, sauf pour l'apport énergétique, 2 écarts types (ET), vés que l'enfant est en croissance rapide, notamment au
marge de sécurité permettant de prendre en compte la varia- cours des 2 premières années de vie et pendant la puberté
114 Partie II. Spécialités
(tableau 5.10). Les besoins énergétiques sont estimés par (10–20 kcal/kg/j), elle augmente ensuite pour atteindre
l'analyse des ingesta spontanés d'un groupe de personnes en 25–40 kcal/kg/j jusqu'à 1 an. C'est chez l'adolescent
bonne santé ou des composantes de la dépense énergétique qu'elle varie le plus : la DE totale peut ainsi varier de
(DE) totale (méthode factorielle) : 2 000 à 3 500 kcal/j chez un garçon pesant 50 kg selon
■ DE de base : il s'agit de la DE mesurée le matin, l'intensité de son activité physique ;
chez un sujet à jeun depuis 12 heures, éveillé mais ■ DE de thermorégulation : elle varie en fonction de l'environ-
au repos, allongé et dans une ambiance proche de la nement thermique, de l'âge de l'enfant et de sa protection
neutralité thermique. Pour le jeune enfant chez qui vestimentaire. En cas d'hyperthermie, elle augmente
un jeûne prolongé n'est pas possible, c'est la DE de de 5–10 kcal/kg/j par degré de température corporelle
repos (DER), mesurée dans les mêmes conditions, le supplémentaire ;
plus à distance possible d'un repas, qui est prise en ■ coût énergétique de la croissance : il s'agit de l'énergie
compte. La DER est de 50–70 kcal/kg/j avant 1 an, nécessaire à la synthèse de nouveaux tissus et l'énergie
40–50 kcal/kg/j de 1 à 10 ans, et 30–40 kcal/kg/j de 10 déposée dans ces tissus sous forme de protéines ou de
à 15 ans ; lipides. Ce coût est d'environ 5 kcal par gramme de gain
■ DE liée à l'activité physique : elle varie selon l'âge et le pondéral. Il peut représenter jusqu'à 20–25 % de la DE
type d'activité physique. Faible avant l'âge de 6 mois totale durant les 6 premiers mois de vie.
Tableau 5.10 Apports nutritionnels conseillés/Référence nutritionnelle pour les enfants vivant en Europe.
Âge Énergie (BNM)1 MJ/j (kcal/j) Protéines (RNP) (g/j) Fer (RNP) (mg/j) Vit. D (AS)2 (μg/j) Calcium (RNP) (mg/j)
0–1 mois G : 1,5 (359) – 6–103 10 200
F : 1,4 (329)
1–2 mois G : 2,1 (505) G:8 6–103 10 200
F : 1,9 (449) F:7
2–3 mois G : 2,2 (531) G:8 6–103 10 200
F : 2,0 (472) F:8
3–4 mois G : 2,1 (499) G:9 6–103 10 200
F : 1,9 (459) F:8
4–5 mois G : 2,3 (546) G:9 6–103 10 200
F : 2,1 (503) F:8
5–6 mois G : 2,4 (583) G:9 6–103 10 200
F : 2,3 (538) F:8
6 mois G : 2,5 (598) G : 10 11 10 500
F : 2,3 (550) F:9
1 an G : 3,3 (789) G : 12 11 15 450
F : 3,0 (717) F : 11
18 mois G : 12 7 15 450
F : 11
2 ans G : 4,3 (1 028) G : 12 7 15 450
F : 4,0 (956) F : 12
3 ans G : 4,9 (1 171) G : 13 7 15 450
F : 4,6 (1 099) F : 13
4 ans G4 : 5,3–6,8 (1 267–1 625) G : 15 7 15 800
F4 : 4,6–6,3 (1 099–1 506) F : 14
5 ans G4 : 5,6–7,2 (1 388–1 721) G : 16 7 15 800
F4 : 5,2–6,74 (1 242–1 601) F : 16
10 ans G4 : 8,1–9,1 (1 936–2 175) G : 31 11 5 800
F4 : 7,6–8,6 (1 816–2 055) F : 31
15 ans G4 : 11,3–12,7 (2 701–3 035) G : 52 G : 11 5 1 150
F4 : 9,3–10,5 (2 223–2 510) F : 46 F : 13
18 ans G4 : 9,8–12,6 (2 342–3 011) G : 62 G : 11 5 1 150
F4 : 7,9–10,1 (1 888–2 412) F : 52 F : 16
AS : apport satisfaisant ; BNM : besoin nutritionnel moyen ; F : fille ; G : garçon ; RNP : référence nutritionnelle pour la population.
1. 1 mégajoule (MJ) = 1 000 kJ = 239 kcal.
2. 1 μg de vitamine D = 40 unités internationales (UI).
3. En l'absence de RNP pour le fer définie par l'Efsa (European Food Safety Authority) pour la tranche d'âge de 0 à 6 mois, les valeurs indiquées correspondent aux
ANC pour la population française publiés par l'Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments) en 2001.
4. Variations des besoins énergétiques en fonction du niveau d'activité physique faible ou élevé.
Chapitre 5. Suivi de l'enfant 115
Macronutriments Calcium
Protéines Les ANC/VNR en calcium, qui est essentiel pour une minéra-
Les protéines constituent la source d'azote de l'organisme. lisation optimale du squelette, doivent tenir compte du coeffi-
Elles apportent les acides aminés que l'organisme ne peut cient d'absorption (fonction de la biodisponibilité du calcium
synthétiser, dénommés indispensables, assurent le déve- des aliments) et de l'apport en vitamine D. La puberté est une
loppement musculaire et squelettique, et la production de période clé dans la minéralisation du squelette, où les besoins
protéines fonctionnelles (immunoglobulines, hémoglobine, calciques sont particulièrement élevés (cf. tableau 5.10).
enzymes). Les ANC/VNR en protéines ne dépassent pas Vitamines
12 g/j jusqu'à 2 ans, et 1 g/kg/j ensuite (cf. tableau 5.10). Les Vitamine D
protéines ne devraient pas contribuer à plus de 15 % des C'est de loin la principale vitamine dont les apports peuvent être
apports énergétiques. insuffisants dans les pays industrialisés. Elle joue un rôle essen-
tiel dans l'absorption du calcium, la minéralisation osseuse et
Lipides la prévention du rachitisme. Les ANC/VNR en vitamine D
En raison de leur densité calorique de 9 kcal/g, les lipides sont indiqués dans le tableau 5.10. Les réserves en vitamine D
contribuent principalement à la couverture des besoins du nouveau-né dépendent de celles de sa mère, et sont le plus
énergétiques. Les apports lipidiques doivent également assu- souvent faibles en Europe. Le lait maternel contient peu de
rer les besoins en vitamines liposolubles (A, D, E et K), et en vitamine D (0,5 à 2 μg/L, soit 20 à 80 UI/L) et les préparations
acides gras essentiels (AGE). Les lipides devraient contri- lactées sont enrichies en vitamine D mais insuffisamment. La
buer à 50–55 % des apports énergétiques de la naissance à prévention du déficit en vitamine D repose sur :
6 mois, 40 % de 6 à 12 mois et 35–40 % entre 1 et 3 ans. ■ la supplémentation des femmes enceintes au début du
Les AGE sont constitués de 2 acides gras polyinsa- 7e mois de grossesse (en particulier en cas de dernier tri-
turés (AGPI) : l'acide linoléique (C18 : 2n-6) et l'acide mestre hivernal ou printanier) avec une dose unique de
α-linolénique (C18 : 3n-3), constituants indispensables 80 000 à 100 000 UI ;
des membranes cellulaires, en particulier du tissu cérébral. ■ jusqu'à 18 mois, la supplémentation :
Leur carence est très rare dans les pays développés. L'AS – de 600–800 UI/j chez l'enfant recevant une prépara-
pour les acides linoléique et α-linolénique est respective- tion lactée,
ment de 4 et 0,5 % de l'apport énergétique total. À partir – de 800–1 000 UI/j chez l'enfant allaité ou recevant un
des AGE se produit une série d'élongations et de désatura- lait non enrichi en vitamine D ;
tions aboutissant à des AGPI à longue chaîne (AGPI-LC), ■ après 18 mois et jusqu'à l'adolescence, la supplémentation
principalement l'acide arachidonique (ARA ; C 20 : 4n-6) automno-hivernale par la prise orale de 2 doses de charge
pour la série n-6 et l'acide docosahexaénoïque (DHA ; C22 : de 80 000–100 000 UI chacune, l'une en novembre-
6n-3) pour la série n-3. Ces deux AGPI-LC jouent un rôle décembre et l'autre en février-mars.
essentiel dans le développement du système nerveux cen-
tral et de la rétine, ainsi que dans l'immunité et le contrôle Vitamine K
de l'inflammation. L'AS en DHA seul est de 100 mg/j de 0 à Elle joue un rôle essentiel dans la synthèse des facteurs de
24 mois. De 24 à 36 mois, l'AS de la somme (ARA + DHA) coagulation, en particulier en période néonatale. Les ANC/
est de 250 mg/j. VNR en vitamine K sont de 5 μg/j de 0 à 6 mois, 10 μg/j de
6 mois à 1 an et 12 μg/j entre 1 et 3 ans. Afin de prévenir la
Glucides maladie hémorragique du nouveau-né, il est recommandé
Ils ont surtout un rôle d'apport calorique. Leur source de donner 1 mg de vitamine K per os à la naissance et au
principale pendant les premiers mois d'alimentation lactée 3e–4e jour de vie. Pour tenir compte de la faible teneur en
exclusive est le lactose (glucose + galactose). Les glucides vitamine K du lait maternel, une troisième supplémentation
devraient contribuer à 45–60 % des apports énergétiques de 1 mg per os est recommandée à l'âge d'un mois en cas
après l'âge d'un an. L'AS en fibres, non défini avant un an, d'allaitement exclusif.
est de 10 g/j entre 1 et 3 ans.
2. diversification alimentaire : de 4–6 à 12 mois. La diver- ■ la présence de facteurs non nutritionnels : immunoglobu-
sification alimentaire est définie dans les pays industriali- lines sécrétoires (IgAs), facteurs de croissance, cytokines,
sés comme l'introduction d'aliments autres que le lait (lait en particulier anti-inflammatoires, cellules immunocom-
maternel ou préparation industrielle) ; pétentes (macrophages, polynucléaires, lymphocytes B et
3. alimentation totalement diversifiée : après 12 mois. T), hormones thyroïdiennes et corticostéroïdes, etc.
Une alimentation de type adulte est possible, tout en veil-
lant à la prévention des principaux déficits nutritionnels Tableau 5.11 Composition du lait maternel mature
à cet âge (fer, vitamine D, DHA). (> 15 jours) et du lait de vache (pour 100 mL).
Constituants Lait maternel Lait de vache
Alimentation lactée exclusive (de 0 à 4–6 mois)
Calories (kcal) 60–70 65–75
Allaitement maternel
Protéines (g) 0,8–1,2 3,0–3,7
L'allaitement maternel (dénommé allaitement dans la suite
du chapitre) est une pratique intime, dont la décision est de Lipides (g) 3–4 3,5–4
la responsabilité de chaque femme. C'est aussi une question Acide linoléique (mg) 350 90
Acide α-linolénique (mg) 37 Traces
de santé publique, à la lumière des bénéfices pour la santé
de l'enfant allaité et de sa mère. La prévalence et la durée de Glucides (g) 7,5 4,5–5
l'allaitement en France sont parmi les plus faibles d'Europe. Lactose (%) 85 100
Oligosaccharides (%) 15 –
En 2010, le taux d'initiation de l'allaitement en maternité en
France métropolitaine était de 70 % et sa durée médiane de Minéraux (mg) 200 900
15 semaines. Sodium (mg) 10–20 70
Calcium (mg) 30 120
Dans le respect absolu des convictions de chaque femme Fer (μg) 40–100 20–60
et pour lui permettre de prendre sa décision dans les meil-
leures conditions, il est de la responsabilité des profession- Vitamines
A (UI) 200 45
nels de santé de donner une information claire, objective et D (UI) 0,5–2 1–2
loyale sur la pratique de l'allaitement et sur ses bénéfices, B12 (μg) 0,01 6,6
et de soutenir le projet d'allaitement si c'est le choix de la Vitamine K (μg) 1,5 17
mère.
Charge osmolaire rénale (mOsm) 9,3 30,8
Composition du lait maternel D'après LASER Analytica, 2014. Comprehensive literature search and review
Le lait maternel (LM) satisfait à lui seul les besoins nutri- of breast milk composition as preparatory work for the setting of dietary
reference values for vitamins and minerals. EFSA supporting publication
tionnels du nourrisson pendant les 6 premiers mois, à l'ex-
2014 : EN-629.
ception de la vitamine D et de la vitamine K. L'enfant allaité
est la référence en matière de croissance et de développe-
ment : « Breast is best ». La composition du LM varie selon le stade de la lactation
Les principaux éléments de la composition du LM et le terme de l'enfant. Le colostrum (sécrétion des 3 pre-
mature (> 15 jours) et du lait de vache sont indiqués dans miers jours) est très riche en protéines (2 fois plus que le
le tableau 5.11. Par rapport au lait de vache, le LM se carac- LM mature) et en oligosaccharides (2 fois plus), en sodium,
térise par : en IgAs et cellules immunocompétentes. La concentration
■ une teneur en protéines environ 3 fois inférieure, témoi- en protéines et AGPI-LC est plus élevée dans le lait d'une
gnant d'une excellente absorption de ses acides aminés et mère d'un nouveau-né prématuré. La composition du LM
de leur adéquation aux besoins du nourrisson ; varie selon l'alimentation de la mère, notamment les graisses
■ une teneur en lipides similaire, mais avec une digestibi- ingérées (DHA contenu dans les poissons et les produits de
lité et un coefficient d'absorption très supérieurs. Ceci est la mer). L'alimentation de la mère influence aussi la teneur
lié en particulier à la présence dans le LM d'une lipase en iode, sélénium, vitamines A et du groupe B du LM.
dépendante des acides biliaires du nouveau-né qui com- Cependant, la qualité du LM ne dépend pas de l'état nutri-
pense l'insuffisance des lipases pancréatiques. Le LM est tionnel de la mère, sauf en cas de carence en vitamine B12
riche en ARA et en DHA ; secondaire à un régime végétalien.
■ la présence d'oligosaccharides. Constitués de 5 sucres Le LM est donc loin d'être un « simple » véhicule de nutri-
élémentaires (glucose, galactose, N-acétylglucosa- ments, c'est un produit biologique, évolutif et vivant.
mine, fucose, acide sialique), de structure ramifiée, leur
nombre dépasse 200. Ils jouent un rôle majeur dans la Bénéfices-santé de l'allaitement
mise en place de l'écosystème bactérien colique dominé, Les bénéfices-santé de l'allaitement sont difficiles à démontrer.
chez l'enfant allaité, par les bifidobactéries, en particulier Pour des raisons éthiques évidentes, il est en effet impossible
Bifidobacterium bifidum et, de ce fait, dans la protection de réaliser des études prospectives randomisées comparant
contre les infections intestinales ; l'allaitement et l'alimentation au biberon. Les études observa-
■ une teneur en sels minéraux très inférieure à celle du lait tionnelles ne permettent pas de prouver un lien de causalité.
de vache, qui contribue à une faible charge osmolaire Dans les pays où les conditions économiques et d'hygiène
rénale. Il faut souligner la meilleure biodisponibilité de demeurent précaires, l'allaitement est associé à une réduc-
minéraux comme le fer et le zinc en raison de la présence tion considérable de la mortalité infantile. En l'absence d'al-
de ligands dans le LM qui facilitent leur absorption ; laitement, le risque de décès est respectivement 14 et 2 fois
Chapitre 5. Suivi de l'enfant 117
plus élevé chez les enfants de la naissance à 6 mois et ceux choisie, le praticien peut être amené à en changer, mais en
âgés de 6 mois à 2 ans. Dans les pays industrialisés, l'allaite- évitant la « valse des laits », qui n'a souvent aucune justifi-
ment est associé chez le nourrisson à un moindre risque de cation scientifique. Les allégations (c'est-à-dire la commu-
diarrhées aiguës, d'otites aiguës et d'infections respiratoires nication) concernant les préparations ne sont pas toujours
sévères à l'origine d'hospitalisations. L'allaitement d'une supportées par des preuves scientifiques, ce qui est contraire
durée au moins égale à 3 mois est associé à une diminution à la réglementation européenne.
du risque d'asthme et d'eczéma pendant les 2–3 premières On distingue selon l'âge de l'enfant et sa période
années de la vie chez les enfants à risque d'allergie (au moins d'alimentation :
un parent du 1er degré allergique), ainsi qu'à une diminution ■ les préparations pour nourrissons (dénommées cou-
du risque d'obésité et de surpoids pendant l'enfance et l'ado- ramment laits « 1er âge »), de la naissance à 4–6 mois :
lescence, de diabète de type 2, et de maladies inflammatoires « denrées alimentaires destinées à l'alimentation parti-
chroniques de l'intestin (MICI). culière des nourrissons pendant les premiers mois de leur
Chez les enfants prématurés, l'alimentation avec du LM vie et répondant à elles seules aux besoins nutritionnels de
(ou du lait provenant de donneuses via un lactarium) favo- ces nourrissons jusqu'à l'introduction d'une alimentation
rise la maturation des fonctions digestives et la tolérance à complémentaire appropriée ». Il s'agit donc d'une alterna-
l'alimentation par voie orale. Elle diminue le risque d'enté- tive à l'allaitement maternel ;
rocolite ulcéronécrosante, et est associée à de meilleures ■ les préparations de suite (dénommées couramment
performances cognitives chez les nouveau-nés très préma- laits « 2e âge »), de 4–6 à 12 mois : « denrées alimentaires
turés (terme < 32 semaines). destinées à l'alimentation particulière des nourrissons
L'allaitement favorise également les interactions entre lorsqu'une alimentation complémentaire appropriée est
la mère et l'enfant ainsi que l'attachement, et constitue un introduite et constituant le principal élément liquide d'une
avantage économique non négligeable par rapport au coût alimentation progressivement diversifiée de ces nour-
des préparations pour nourrissons et de suite. rissons ». L'intérêt principal des préparations de suite
L'allaitement a aussi des effets bénéfiques pour la santé est leur enrichissement en fer, pour tenir compte des
de la mère. La perte de poids et la diminution de la masse apports souvent insuffisants provenant des aliments de
grasse sont plus rapides dans les 6 premiers mois du post- diversification ;
partum chez les femmes allaitantes. L'allaitement est associé ■ les préparations pour enfant en bas âge (dénommées
à une diminution de l'incidence du cancer du sein avant la couramment « laits de croissance »), entre 1 et 3 ans. Leur
ménopause et du cancer de l'ovaire, du diabète de type 2 et composition a pour principal objectif la prévention des
de la dépression du post-partum. déficits en fer, vitamine D et DHA. Elle n'est pas régle-
Les contre-indications de l'allaitement sont peu nom- mentée au niveau européen mais par chacun des États
breuses : infection par le VIH ou l'HTLV, galactosémie, membres. En France, elle doit répondre à la réglemen-
exposition à des isotopes radioactifs, maladie chronique tation sur les préparations de suite. L'enfant consomme
invalidante, tuberculose active, chimiothérapie anticancé- laitages et fromages ; le lait de vache peut être utilisé dans
reuse. Très peu de médicaments contre-indiquent l'allaite les préparations culinaires familiales. Il est préférentiel-
ment. Les indications du Vidal sont souvent alarmistes lement remplacé par une préparation pour enfant en bas
voire erronées ; en cas de doute, il faut consulter les centres âge pour le petit-déjeuner et le goûter.
régionaux de pharmacovigilance ou le CRAT (Centre de
référence pour les agents tératogènes, lecrat.fr). Préparations spécifiques
Les préparations ci-dessous sont destinées à des nourrissons
Préparations « standards » ayant des besoins nutritionnels spécifiques ou à risque élevé
Le lait de vache est totalement inadapté à l'alimentation du de pathologie ou en situation pathologique avérée.
jeune nourrisson, en raison de son contenu trop riche en pro-
téines et en sodium, et trop faible en acides gras essentiels, fer Préparations contenant des prébiotiques ou des probiotiques
et vitamine D. Il est formellement proscrit avant un an. Un prébiotique est un ingrédient non digestible qui induit
Toutes les préparations commercialisées en France un effet physiologique bénéfique pour l'hôte en stimulant de
répondent aux règles de composition décrites dans la direc- façon spécifique la croissance et/ou l'activité d'un nombre
tive européenne 2006/141/CE du 22 décembre 2006, trans- limité de populations bactériennes déjà établies dans le
posée en droit français par l'arrêté du 11 avril 2008. Cette côlon. Un probiotique est un micro-organisme (tels cer-
directive sera remplacée à partir de février 2020 par le règle- tains lactobacilles ou bifidobactéries) qui, une fois ingéré en
ment délégué 2016/127 de la Commission du 25 septembre quantité adéquate, demeure vivant lors du transit intestinal
2015. Ces préparations sont utilisées en l'absence d'allaite- et s'implante suffisamment pour modifier la flore intestinale
ment ou en complément de celui-ci. Les protéines autorisées et exercer un effet bénéfique démontré sur la santé de l'hôte.
sont les protéines de lait de vache, les protéines de soja et, En dépit de nombreuses études, les bénéfices cliniques
depuis 2013, les protéines de lait de chèvre. Les graisses sont démontrés se limitent à :
le plus souvent d'origine végétale, rarement d'origine lactée. ■ des selles plus molles avec certains prébiotiques (mélange
La préparation doit être choisie en fonction de l'état 90 % galacto – 10 % fructo-oligosaccharides) ;
nutritionnel du nourrisson, de son niveau de maturité ■ la réduction du risque de diarrhée aiguë chez des nour-
digestive et rénale, et des éventuels antécédents familiaux rissons avec certains probiotiques (Bifidobacterium lactis
d'allergie. En cas de mauvaise tolérance de la préparation et Streptococcus thermophilus).
118 Partie II. Spécialités
introduit selon une séquence variable non établie. Pour cifiques pour les bébés commercialisés par les industriels
les fruits/légumes, il est préférable de proposer une nou- n'ont aucun avantage nutritionnel démontré par rapport
veauté par jour, afin que l'enfant apprenne le goût parti- aux préparations « maison ».
culier de chacun de ces aliments. Chez le nourrisson à risque allergique, la diversification
peut être débutée et conduite comme chez l'enfant non à
En pratique risque d'allergie.
Allaitement Alimentation totalement diversifiée
L'OMS recommande un allaitement exclusif pendant 6 mois Après l'âge d'un an, l'alimentation est totalement diversi-
et partiel jusqu'à l'âge de 2 ans en fonction des souhaits de la fiée, comme celle de l'adulte. L'eau pure est la seule boisson
mère et de l'enfant. à proposer. Un apport de 250 mL/j de préparation pour
À la naissance, il faut privilégier le contact peau à peau enfants en bas âge est conseillé de 1 à 3 ans, afin d'assurer des
entre le nouveau-né et la mère le plus tôt possible et instaurer apports suffisants en fer, vitamine D et AGE. L'apport pro-
l'allaitement précocement, idéalement en salle de naissance et tidique provenant des aliments non lactés peut être limité à
selon la demande du nouveau-né. La position choisie par la 30–50 g/j de viande + poisson + œuf, bien qu'aucun effet
mère doit être la plus confortable possible (assise ou couchée). délétère ne puisse être attribué avec certitude à un apport
La bouche du nouveau-né doit prendre largement l'aréole en protéines élevé chez le nourrisson et le jeune enfant. Des
et non le seul mamelon. Il n'existe aucun médicament ou sucres complexes (céréales, féculents) peuvent être proposés
régime alimentaire susceptible d'influencer favorablement la au déjeuner et au dîner. Le grignotage doit être évité.
sécrétion lactée.
kg + 3σ kg
85
115 80 + 2σ 80
90 55 55
60 25 25
50 15 15
En dehors de situations évidentes et de diagnostic Fig. 5.7 Adolescent atteint d'une maladie de Crohn iléale termi-
établi retentissant sur la croissance (insuffisance car- nale paucisymptomatique. Absence de surveillance staturopondé-
rale régulière, perte d'un couloir en taille et poids, retard pubertaire et
diaque, polyhandicap, etc.), l'enquête sur un « petit
rattrapage spectaculaire après prise en charge thérapeutique.
poids » isolé doit débuter par les antécédents. Le poids
et la taille des parents, des frères et sœurs voire des
autres collatéraux proches peuvent être informatifs. Si prendre 2,5 kg entre 3 et 9 mois, passant de 4 à 6,5 kg. Un
la mère est petite et mince, si les enfants précédents enfant suivant la courbe de + 2DS va prendre 4 kg, passant
ont été petits et minces avant de grossir de façon plus de 6,5 à 10,5 kg. L'alimentation est souvent proportion-
importante ensuite, il n'est peut-être pas nécessaire de nelle en quantité, autre motif d'inquiétude pour les « petits
pratiquer d'investigations. poids ». Dans les deux cas, la croissance est normale, mais
Le retard de croissance intra-utérin (RCIU) est une l'enfant petit consulte car il « grossit mal ». Ce n'est pas en
grande cause de poids insuffisant dans les premiers mois mangeant plus qu'il va grossir et grandir plus !
ou premières années. S'il est important (en particulier au- Autre exemple, les maigreurs génétiques et constitu-
dessous de –2DS), associé à des signes dysmorphiques, des tionnelles. Certaines maladies génétiques s'accompagnent
malformations, un retard de développement, etc., l'enquête d'une maigreur (63 d'après Orphanet), dont par exemple la
génétique est bien sûr au premier plan, à la recherche d'un maladie de Marfan (fig. 5.8). On retrouve ici l'importance
syndrome identifiable. de l'étude familiale, la recherche de signes et malformations
associés et l'intervention des généticiens.
Petit poids : où va-t-il ? La maigreur constitutionnelle est une entité mal connue
(10 000 publications sur l'anorexie mentale en un siècle,
Les parents consultent pour une insuffisance pondérale du 35 sur la maigreur constitutionnelle en 70 ans). Il s'agit
nourrisson, ou le médecin s'inquiète devant la courbe de de sujets maigres, dont la famille comporte des individus
poids. maigres, mais qui suivent leur courbe de poids, la courbe de
taille étant également régulière mais à un niveau supérieur.
La courbe de poids est-elle normale ? La physiologie de ces sujets fait appel aux hormones régula-
Prenons le cas du RCIU (p. ex. pour une fille sur les courbes trices de la faim et de la satiété, au métabolisme des graisses
de Sempé). Un enfant situé sur la courbe de –2 DS va (graisses brune, beige et blanche). On trouve dans cette
Chapitre 5. Suivi de l'enfant 121
d'enrichissement de l'alimentation suivi, en cas d'échec, Quel bilan pour une cassure de courbe de poids
de la prescription de compléments nutritionnels oraux d'allure organique isolée ?
(p. ex. dans la mucoviscidose), de modification des tex- Le terme « bilan » est détestable et devrait être remplacé par
tures, positions et outils (polyhandicapé), avant d'envisa- des questions précises orientées par la clinique. Dans cette
ger une nutrition partielle ou de complément par sonde situation où aucun point d'appel clinique ne donne une
nasogastrique sur le court terme, gastrostomie sur le long hypothèse diagnostique, un bilan de débrouillage peut aider,
terme (p. ex. polyhandicapé). par exemple :
■ Dans les manuels nord-américains est proposé un diag ■ à visée diagnostique : recherche d'inflammation, de
nostic « d'insuffisance d'apport calorique », chez des maladie cœliaque, d'insuffisance rénale, de cholestase
enfants en insuffisance pondérale sans signes cliniques et infraclinique, d'hyperthyroïdie ;
sans cause évidente. Une diététicienne fait une enquête ■ à la recherche de signes biologiques de dénutrition : fer-
alimentaire et trouve un apport calorique inférieur aux ritine, pré-albumine, albumine, âge osseux, vitamines,
valeurs théoriques pour l'âge. Ceci entraîne des conseils IGF-1. La biologie n'est cependant ni nécessaire ni fiable
d'enrichissement de l'alimentation, pouvant de fait s'ac- pour le diagnostic de dénutrition.
compagner d'insistances potentiellement délétères pour Certains pointent cependant la faible rentabilité des bilans
la relation de l'enfant et de ses parents à l'alimentation. « d'emblée » prescrits pour ce motif chez l'enfant hospitalisé
Des stimulants de l'appétit sont cités en 2e intention. En et plaident pour une observation préalable du comporte-
l'absence de régime anormal, de troubles du comporte- ment et des relations parents – enfant.
ment alimentaire et de pathologie organique anorexiante, Chez le jeune nourrisson, l'allergie aux protéines du lait
ce diagnostic et cette attitude paraissent discutables. de vache peut prendre différents visages trompeurs. La
Dans ce type de démarche, les médecins ont une respon- mauvaise prise pondérale en fait partie, avec dans ce cas
sabilité en incitant les parents à enrichir ou insister, avec des IgE spécifiques quasi constamment négatives. Un test
un risque de déclencher des troubles du comportement d'éviction-réintroduction est indiqué en cas de suspicion, en
alimentaire, sans aucune efficacité durable sur la prise utilisant un hydrolysat extensif d'efficacité prouvée.
calorique et la croissance.
Une prise en charge médicale est toujours capable de faire
grossir un enfant, parfois au prix d'une nutrition par sonde
La chronologie des variations respectives du poids et de la taille
nasogastrique ou de gastrostomie. Ceci ne peut s'imaginer
est d'importance majeure, en l'absence d'autres signes cliniques
qu'avec un diagnostic le justifiant, un objectif, une échéance d'orientation :
de réévaluation régulière (fig. 5.10). ■
cassure de poids puis de taille : dénutrition chronique (mul-
tiples causes) ;
■
cassure de poids isolée : dénutrition aiguë ou situation non
organique ;
■
cassure de taille avec poids normal ou élevé : pathologie
endocrinienne (déficit en GH, hypothyroïdie, Cushing, etc.) ;
■
prise de poids excessive avec grande taille relative à l'âge :
obésité commune ;
■
prise de taille excessive avec poids normal ou élevé : cause
endocrinienne (puberté précoce, hyperthyroïdie, hypersécré-
tion de GH) ;
■
taille et poids à -2DS de façon régulière : cinétique de crois-
sance normale (RCIU ?) ;
■
taille normale ou élevée et poids bas suivant leurs couloirs :
maigreur constitutionnelle, certaines causes génétiques ;
■
infléchissement du poids et de la taille, puis redressement
sans traitement : passage sur la courbe génétique.
Dépistage systématique
des troubles visuels
et auditifs au cabinet
Gérard Beley
Troubles visuels
L'examen des fonctions visuelles dès les premiers mois et les
premières années de la vie doit permettre :
Fig. 5.10 Courbe typique d'intolérance au gluten et évolution ■ de repérer très tôt les malformations et les pathologies
sous régime. majeures du globe oculaire dans les premières semaines ;
124 Partie II. Spécialités
■ de repérer, si possible vers l'âge de 1 an, à l'âge préver- Qui adresser à l'ophtalmologiste ?
bal, les anomalies amblyogènes. Ce repérage est l'étape Le travail du médecin qui prend en charge un enfant
la plus difficile avec des moyens limités et des résultats consiste donc à dépister les enfants suspects de troubles
médiocres mais la mise sur le marché des réfractomètres visuels : malformations chez le tout-petit, facteurs amblyo-
pédiatriques automatiques est une avancée ; gènes à l'âge préverbal, troubles de la réfraction chez le
■ de dépister chez l'enfant plus grand les fréquents troubles plus grand. On identifie ces enfants en tenant compte des
de la réfraction. antécédents, des signes d'appel, puis des résultats d'exa-
Le but est d'adresser à l'ophtalmologiste tous les enfants mens systématiques.
atteints de pathologie et le moins possible d'enfants sans
troubles. Antécédents
Ce sont d'abord les enfants ayant des facteurs de risque de
Prérequis
problèmes visuels : prématurité, petit poids de naissance,
La vue est une fonction très immature à la naissance. La souffrance neurologique périnatale, trisomie 21, craniosté-
maturation anatomique et fonctionnelle se fait en plusieurs nose, embryopathies (toxoplasmose, rubéole), exposition in
années. utero aux drogues ou à l'alcool.
Ce sont ensuite ceux ayant des antécédents familiaux :
Maturation de la vue strabisme, myopie précoce, amblyopie, astigmatisme, mala-
L'acuité visuelle est de 1/30 à la naissance. Le nouveau-né die ophtalmologique héréditaire.
cligne à la lumière vive ; il fixe un visage à très faible distance. Ainsi tout enfant présentant des antécédents familiaux
À 1 mois, son acuité lui permet de voir un crayon à 30 cm. ou des facteurs de risque personnels doit bénéficier d'un
À 4 mois, il voit la mine du crayon à 30 cm (acuité de 1/10), examen complet chez un ophtalmologiste avec étude de la
commence à voir les couleurs et sa convergence est normale. réfraction sous cycloplégie.
À 6 mois, la vision binoculaire est installée, mais l'acuité est
encore faible (2/10). Ce n'est qu'à 1 an qu'il voit un cheveu à Signes d'appel
30 cm (acuité 4/10). Chez le tout-petit, des anomalies de la cornée, une leucoco-
rie, un nystagmus sont des signes qui impliquent un examen
Amblyopie dans les jours qui suivent.
Une perturbation dans ce développement peut altérer Les anomalies des paupières et du globe, l'absence de
définitivement la fonction visuelle et entraîner une vision poursuite oculaire, un strabisme constant, un torticolis
plus basse unilatérale le plus souvent et une absence de nécessitent un examen ophtalmologique.
vision binoculaire : c'est l'amblyopie. On retient trois types Après 4 mois, tout strabisme même intermittent est
d'amblyopie : pathologique et nécessite un avis ophtalmologique.
■ l'amblyopie organique, due à une anomalie du globe ocu- De 6 mois à l'acquisition du langage (âge préverbal),
laire (cataracte, rétinopathie, rétinoblastome, glaucome, s'ajoutent aux signes précédents des chutes fréquentes, une
etc.) quelles qu'en soient la nature ou la localisation ; photophobie ; mais ces signes sont rares.
■ l'amblyopie de privation, reliée à l'absence de stimuli À l'âge verbal, on peut citer enfin les céphalées, des diffi-
appropriés atteignant la rétine du fait d'un obstacle sur cultés scolaires.
le trajet des rayons lumineux. Elle n'est pas toujours
distinguée de l'amblyopie organique. Il s'agit souvent Anomalies à un examen systématique
d'une anomalie des paupières (ptosis, angiome). L'inté- Mais des enfants sans antécédents personnels ou familiaux
rêt de l'individualiser est une raison pronostique : dans et sans signes d'appel peuvent être porteurs de troubles
l'amblyopie de privation, la suppression de l'obstacle peut visuels et il est donc indispensable de faire des examens
entraîner la récupération, alors que dans l'amblyopie systématiques. L'Anaes conseille des examens différenciés
organique, la récupération est plus aléatoire ; selon l'âge. Le guide réalisé par la DGS et la Société française
■ l'amblyopie fonctionnelle, où aucune lésion du moins appa- de pédiatrie (2009) explique la réalisation pratique de ces
rente ne vient expliquer la baisse d'acuité visuelle. C'est examens.
l'amblyopie liée au strabisme et aux troubles de la réfraction.
Examen à la naissance, 2 et 4 mois de vie recommandé
Justification du dépistage de l'amblyopie par le carnet de santé
L'Anaes (aujourd'hui HAS) justifie le dépistage des troubles Cet examen comporte un examen anatomique à l'aide d'un
visuels pour les raisons suivantes : lampe-crayon des paupières, des globes oculaires, de la cor-
■ la prévalence importante du strabisme et de l'anisométro- née, de l'iris, des pupilles qui doivent être rondes, noires et
pie, facteurs les plus amblyogènes ; de même taille ; l'étude de la lueur pupillaire se fait avec un
■ l'accessibilité de ces pathologies à un traitement simple et ophtalmoscope (plus souvent avec un otoscope).
efficace ; Il faut ensuite rechercher le réflexe d'attraction du regard à
■ la réversibilité de l'amblyopie sous traitement n'existant la lumière douce, la poursuite oculaire avec un œil-de-bœuf,
que pendant une période dite sensible qui se situe avant le réflexe photomoteur, le réflexe de fermeture des paupières
3 ans. à l'éblouissement.
Chapitre 5. Suivi de l'enfant 125
Toute anomalie à cet examen nécessite un examen oph- Mais les autoréfractomètres fixes nécessitent l'immobilité
talmologique, mais celui-ci doit être réalisé dans les jours du sujet. Massifs et impersonnels, ils imposent une distance
qui suivent en cas de mégalocornée, de leucocorie ou d'ano- d'examen très faible et sont difficilement compatibles avec
malie de la lueur pupillaire. l'examen d'un tout-petit.
Dès 1995 sont apparus les premiers autoréfractomètres
Examen préverbal portables. Ces appareils étaient déjà plus rapides (mais
Un examen avant 1 an est favorisé par la ROSP (Rémuné- 10 à 15 secondes), ne nécessitaient pas d'immobilisation et
ration sur objectif de santé publique). L'interrogatoire et permettaient un usage ambulatoire mais ne pouvaient pas
l'examen externe de l'œil sont recommandés comme chez faire une mesure simultanée des deux yeux. En raison de ces
le tout-petit. Les réflexes précédemment cités doivent être insuffisances, ils étaient déconseillés en 2002.
également recherchés. Depuis, les appareils ont beaucoup évolué et les réfracto-
Il faut faire un dépistage du strabisme par l'étude des mètres automatiques à présent proposés sont miniaturisés,
reflets cornéens (en cas de strabisme un reflet est au centre portables à la main et autonomes. Le temps de capture est
d'une pupille et l'autre est décentré), des lunettes à secteur très court, de quelques secondes. La distance de travail est
(relation différente entre le bord du secteur et la pupille), du de 1 m environ dans une ambiance peu lumineuse et l'enfant
test à l'écran unilatéral, puis alterné (on observe un mouve- sur les genoux de sa mère n'est pas inquiet, ni effrayé.
ment de l'œil non caché quand l'autre reprend la fixation en Deux appareils sont commercialisés en France : le
cas de strabisme). Plusoptix S12C et le Spot Vision Screnner de Wech Allyn.
Le dépistage de l'amblyopie se fait par la défense à l'occlu- L'American Academy of Pediatrics (AAP), asso-
sion (l'occlusion du bon œil est mal tolérée) et les lunettes à ciée à d'autres sociétés savantes, a résumé l'intérêt de
secteur (si l'œil gauche est amblyope, l'enfant tourne la tête ces techniques pour le dépistage précoce des facteurs
pour regarder un objet situé sur sa gauche). Le test de Lang amblyogènes.
recherche la vision binoculaire. Sa présence élimine l'am- Les appareils doivent être étalonnés pour la recherche des
blyopie. Le Bébé-Vision (sur le principe des cartes de Teller), facteurs amblyogènes et l'American Association for Pediatric
non recommandé par l'Anaes, estime l'acuité de chaque œil Ophtalmology and Strabismus (AAPOS) propose le degré
séparé et peut permettre de dépister des amblyopies. d'hypermétropie, d'anisométrie, de myopie et d'astigma-
Ces examens sont difficiles. Si le médecin est peu habitué tisme qu'il faut retenir en fonction de l'âge. Une sensibilité
à ces tests ou s'il a un doute, il peut confier cette recherche à de 87 % et une spécificité de 75 % ont été rapportées pour les
un orthoptiste. facteurs de risque d'amblyopie pour l'un des appareils.
Mais aucune publication n'a étudié la sensibilité et la spé- Des études sont en cours en France. Certains pédiatres
cificité de ces examens et n'a rapporté les faux positifs et faux sont déjà équipés et il est probable que ce dépistage sera
négatifs de ces dépistages. En 2002, l'Anaes recommandait dans l'avenir généralisé, en remplacement d'examens diffi-
un examen de la réfraction après cycloplégie pour tous les ciles et peu efficaces.
enfants même en l'absence d'anomalie à ce bilan visuel. La
démographie des spécialistes en ophtalmologie n'a jamais
permis cette attitude. L'Anaes déconseillait les réfracto- Troubles auditifs
mètres portables en raison de leur performance insuffisante Dépistage systématique néonatal
à l'époque. L'évolution de cette technique a changé cette
donnée (cf. ci-dessous). La surdité existe dès la naissance dans un certain nombre de
cas mais elle n'est pas « visible ». Son dépistage et son diagnos-
À l'âge verbal (après 2 ans) tic étaient très difficiles et trop tardifs avec des conséquences
On ajoute aux examens précédents la mesure de l'acuité majeures sur le langage, la scolarisation et la socialisation.
visuelle de loin faite avec des images isolées (Pigassou) ou Les connaissances scientifiques et technologiques se sont
groupées (Cadet Image), ou des lettres chez le plus âgé. Il faut alliées pour apporter deux modes de dépistage non invasif
essayer de tester dès 2 ans (seuls les enfants très c oopératifs correspondant aux critères de Junger et Wilson.
et précoces en langage réussiront). Il faut le répéter à 2 ans ½ ■ C'est une pathologie fréquente : 126/100 000 naissances
(à cet âge, plus d'enfants répondront). À 3 ans, âge auquel d'après le travail CNAMTS-AFDPHE, soit 1 000 enfants
cette évaluation est demandée pour la première fois par le par an en France pour les surdités sévères et profondes.
carnet de santé, tout échec (retard de langage, refus de coo- Il faut le comparer à la fréquence de la mucoviscidose
pération) nécessite un examen chez un ophtalmologiste. (50/100 000), de l'hypothyroïdie (25/100 000) ou de la
phénylcétonurie (7/100 000).
■ C'est une pathologie grave car une absence d'audition
Autoréfractométrie pendant les 2 premières années conduit inévitablement
La skiascopie (détermination de la réfraction de l'œil) après à un retard de communication qui ne peut être récupéré
dilation représente l'examen diagnostique de référence. Mais ultérieurement en raison de la notion de période critique.
elle nécessite un opérateur entraîné et un temps très long ; ■ C'est une pathologie qui peut être repérée dans les pre-
elle est difficilement compatible avec un dépistage de masse. miers jours, à l'aide de deux tests non invasifs, non dou-
Dès 2002, l'Anaes souhaitait le développement d'outils per- loureux, acceptables par la population. Elle peut être
mettant l'étude de la réfraction sans cycloplégie. diagnostiquée à un stade latent par les PEA (potentiels
Les réfractomètres qui utilisent le principe de la skia évoqués auditifs) du tronc cérébral et par l'audiométrie
scopie et de la rétinoscopie ont été une solution alternative. comportementale.
126 Partie II. Spécialités
Deux techniques objectives de dépistage sont aujourd'hui les PEA, l'audiométrie comportementale et d'autres exa-
validées : mens si nécessaire), informer la famille sur les modes de
■ les otoémissions acoustiques provoquées (OEAP) sont communication existants et organiser sa prise en charge.
des sons très faibles émis au niveau de l'oreille et enre- En cas de test non concluant sur une seule oreille, on peut
gistrables dans le conduit auditif. Elles ne dépistent pas proposer de refaire des tests à l'âge de 12 mois. Mais il faut
la surdité mais un défaut de fonctionnement des cellules cependant tenir compte de certains facteurs de risque (surdité
ciliées externes de l'oreille interne. Leur présence permet familiale précoce, ventilation prolongée, poids de naissance
de conclure à la normalité de la chaîne auditive, de l'oreille < 1 500 g, fœtopathies autres que CMV (cytomégalovirus),
externe aux cellules ciliées externes. C'est un test rapide malformation craniofaciale, syndrome génétique), on peut
(de quelques secondes à quelques minutes), indolore, et alors recommander de refaire des PEAA vers 3–4 mois.
particulièrement facile chez un bébé qui dort. Il n'utilise Certaines pathologies nécessitent une attention particu-
pas de consommable. Les premiers appareils (Ilo 88) lière. C'est le cas notamment des infections à CMV. Même
donnaient des résultats graphiques, à interpréter. Actuel- en cas de test concluant sur les deux oreilles à la naissance,
lement, ces appareils sont automatisés et donnent une il est recommandé de faire des PEA à 3–4 mois et un suivi
réponse binaire : absence ou présence d'otoémissions ; audiométrique jusqu'à 6 ans. Il est également recommandé
■ les PEAA (potentiels évoqués auditifs automatisés) sont de faire des PEA vers 3 ou 4 mois en cas de méningite bac-
un enregistrement de l'activité électrique des premiers térienne, de traitement par les aminosides, ou d'hyperbili-
relais des voies auditives (potentiels d'action) générée par rubinémie supérieure à 350 μmol/L (même en cas de tests
des stimuli sonores (aigus) et recueillis grâce à des élec- concluants sur les deux oreilles).
trodes collées sur la peau de l'enfant. Ils ne testent pas les Dans les cas de surdité familiale de l'enfant ou du jeune
déficits dans les fréquences graves. Ce test est un peu plus adulte, de ventilation prolongée, de petit poids de naissance,
long. Il utilise des consommables (électrodes). L'interpré- de malformations craniofaciales, de syndrome génétique,
tation est automatisée et la réponse binaire. C'est le test de fœtopathie, un test non concluant unilatéral doit retenir
obligatoirement pratiqué chez les nouveau-nés à risque l'attention et on peut également faire des PEA à 3–4 mois.
(surdité neurologique).
Ces deux tests permettent en 1 à 5 minutes de vérifier si le Quelle place pour le dépistage des troubles
nouveau-né entend bien. auditifs après la période néonatale ?
Ce dépistage systématique et gratuit s'est mis en place tar- Ces tests dépistent et permettent de diagnostiquer 1,3 pour
divement en France en raison d'obstacles éthiques et législa- 1 000 enfants nés qui sont atteints de surdités profondes et
tifs mais l'arrêté du 23 avril 2012 paru au journal officiel du sévères.
5 mai 2012 a permis sa généralisation. Il est obligatoirement Mais d'autres surdités peuvent apparaître secondaire
proposé aux familles. Les modalités de ce dépistage ont été ment. Retenons les surdités génétiques d'apparition secon-
précisées par l'arrêté du 3 novembre 2014. daire, la bilatéralisation d'une atteinte unilatérale à la
Sa mise en place a transformé notre travail, mais il reste naissance et les hypoacousies acquises. La cause la plus fré-
très utile.
quente de ces hypoacousies est l'otite séromuqueuse.
La fréquence de ces pathologies est mal connue : pour
Rôle du médecin après le dépistage 10 enfants atteints de surdité congénitale, 5 à 9 enfants sup-
néonatal systématique plémentaires développeraient une surdité avant 9 ans.
Tout médecin qui prend en charge un nouveau-né doit Le dépistage de ces surdités peut se faire dans trois
d'abord s'assurer en consultant le carnet de santé que ce circonstances :
dépistage a été réalisé. Certains parents ont pu le refuser, il ■ lors d'un examen systématique conseillé par le carnet de
faut alors essayer de les convaincre de le faire. Une sortie très santé ;
précoce et précipitée peut faire que le dépistage n'est pas allé ■ lors de dépistage ciblé en cas de facteurs de risque (sur-
à son terme. Enfin, une pathologie grave (chirurgicale, car- dité familiale, otites répétées, etc.) ;
diaque, etc.) a pu sortir l'enfant du circuit classique alors que ■ devant certains signes cliniques d'appel (retard de lan-
ces enfants sont les plus à risque. Ces enfants étaient 15 en gage, hypoacousie constatée par la famille, etc.).
2016 et 3 en 2017 sur 23 000 naissances en Lorraine. Les facteurs de risque sont :
On doit ensuite s'assurer que des tests non concluants ont été ■ les antécédents familiaux (prothèse auditive avant
pris en charge rapidement pour la phase suivante. En Lorraine, 50 ans) ;
15 enfants en 2016 et 25 en 2017 sur 300 tests non concluants ■ les antécédents personnels périnataux : prématurité
n'avaient pas été pris en charge pour la phase diagnostique. (< 32 SA ou ses complications neurologiques), poids de
En cas de tests non concluants sur les deux oreilles à la naissance < 1 500 g, troubles neuromoteurs, anomalies
maternité (phase 1), certaines régions ont décidé, pour évi- chromosomiques (trisomie 21, délétion 22q11, etc.) mal-
ter la surcharge des centres de diagnostic, de faire un nou- formations craniofaciales, embryopathies, exposition aux
veau contrôle dans le même centre ou dans un autre lieu toxiques (drogues, alcool, etc.), hyperbilirubinémie ;
(phase 2) dans les 2 semaines. D'autres passent immédiate- ■ les antécédents personnels en dehors de la période néo-
ment à la phase diagnostique. Que ce soit après une phase 1 natale : méningites purulentes, traumatisme du rocher,
ou une phase 2, la famille doit partir avec un rendez-vous otites répétées.
fixé dans un centre référent de diagnostic qui doit, avant Les tests de dépistage sont différents en fonction de l'âge
l'âge de 3 mois, infirmer ou affirmer la surdité (en utilisant tout comme les signes d'appel.
Chapitre 5. Suivi de l'enfant 127
dans les enseignements. Ce test est rapide, attractif et peu Une première étape : qui dysfonctionne,
coûteux et il est validé. l'émetteur ou le récepteur ?
À partir de 5 ans L'interrogatoire joue dès ce stade un rôle clé pour distinguer
des parents intolérants à des pleurs habituels et des pleurs
L'enfant est maintenant latéralisé et une audiométrie vocale authentiquement excessifs. L'intolérance aux pleurs habi-
au casque est possible avec des audiomètres semblables à tuels s'inscrit dans un contexte sociologique d'intolérance
ceux utilisés chez l'adulte et commercialisés par de nom- aux symptômes chez certains parents et/ou peut révéler des
breux fabricants. Le carnet de santé nous rappelle l'intérêt de interactions précoces disharmonieuses.
ce dépistage à 6, 8, 10–12 et 14–16 ans. Il faut donc identifier les pleurs dits physiologiques, qui
relèvent plus d'un mode de communication peu élaboré, peu
Cas particuliers de l'otite séromuqueuse spécifique, que d'un symptôme. Les pleurs sont physiologi-
De 1 à 5 ans, l'otite séreuse est une pathologie fréquente. En quement pluriquotidiens chez le jeune nourrisson, d'autant
2017, l'HAS a publié un rapport et une fiche de pertinence que l'enfant est totalement dépendant de sa mère ou de son
sur les indications de pose d'aérateurs transtympaniques entourage. Ces pleurs habituels peuvent traduire un incon-
dans l'OSM chronique. Ce travail insiste sur l'intérêt d'une fort de l'enfant (faim, mauvaise position, couche souillée, dif-
audiométrie adaptée à l'âge. Chez le tout-petit, seule une ficultés d'endormissement, réveil solitaire, etc.), un stress lié
audiométrie comportementale semble apte à diagnosti- au bruit ou à une tension intrafamiliale, des douleurs modé-
quer une hypoacousie. Chez le plus grand, l'Audio 4 peut rées, quelle qu'en soit la cause. Ils sont modulés, harmonieux,
certainement être utilisé pour le repérage d'une surdité continus, d'environ 400 Hz et le plus souvent aisés à consoler.
moyenne. Si les pleurs semblent effectivement excessifs et n'entrent
pas dans ces catégories, la deuxième étape vise à les caté-
Conclusion goriser : s'agit-il de pleurs paroxystiques aigus ou de pleurs
Le dépistage de la surdité a changé depuis la mise en place du prolongés et/ou récurrents ? Dans ce dernier cas, ont-ils une
dépistage généralisé à la naissance. Il est important cepen- allure organique ou au contraire surviennent-ils chez un
dant de rester vigilant car des surdités constitutionnelles ou enfant bien portant ?
acquises, certes moins sévères, doivent être dépistées par
nos examens systématiques. Les pleurs paroxystiques aigus imposent
Il est souhaitable de ne retenir d'indication opératoire la recherche d'une étiologie organique
dans l'otite séromuqueuse qu'après avoir précisé sa réper-
cussion sur l'audition.
(fig. 5.11)
Ils sont particuliers par leur début brutal, leur intensité, chez
un enfant difficile, voire impossible à calmer. Ils peuvent
révéler une douleur aiguë, et demeurent rarement isolés.
Pleurs excessifs du nourrisson L'enquête étiologique requiert un interrogatoire rigoureux
et un examen clinique soigneux. De nombreuses patholo-
Pierre Foucaud
gies peuvent être évoquées : une fissure anale compliquant
Les pleurs excessifs du nourrisson continuent de poser de une constipation, une pyélonéphrite d'autant que durant les
nombreuses questions et constituent un motif fréquent de premières semaines de vie, la fièvre peut être absente (une
consultation, en médecine de premier recours comme à prise pondérale insuffisante, un ictère peuvent être un élé-
l'hôpital, y compris aux urgences. Au xviie siècle, on par- ment d'orientation), une otite, rare avant 3 mois, imposant
lait déjà de « cris incessants » qui interpellaient familles, une paracentèse pour analyse bactériologique, une hernie
éducateurs et médecins. On estime aujourd'hui que étranglée, essentiellement inguinale, une irritation cutanée,
8 à 25 % des nourrissons âgés de moins de 3 mois sont notamment un érythème du siège, un traumatisme osseux
concernés. Un flou est entretenu dans la littérature par secondaire à un accident (identifié ou non) ou à des sévices
la confusion entre les pleurs excessifs inexpliqués et les (avoués ou non), une hypertension intracrânienne venant
« coliques », alors que l'implication de la sphère digestive révéler une méningite, le plus souvent virale, un hématome
n'est que supposée. sous dural, une hémorragie méningée (le cri est alors par-
On comprend que la définition du caractère « exces- ticulier par son timbre aigu, son caractère plaintif chez un
sif » est, par nature, arbitraire. On peut retenir les cri- enfant irritable, hyperesthésique), un accès de tachycardie
tères de la CIM-10, à savoir la règle des 3 fois 3 (plus supraventriculaire, une blessure cornéenne (ongle). La sur-
de 3 heures/j, plus de 3 jours/semaine, depuis au venue de vomissements accompagnés d'accès de pâleur et
moins 3 semaines) ou, mieux, depuis 2007, le ressenti de pleurs paroxystiques évoque en premier lieu une inva-
des familles (ou de l'un des parents ou proches), dépas- gination intestinale aiguë, surtout lors du 2e semestre, de
sées ou anxieuses devant ces pleurs prolongés et répétés potentielle gravité si le diagnostic est méconnu. Les brûlures
(définition aujourd'hui privilégiée). De fait, la tolérance occultes sont devenues exceptionnelles (p. ex. brûlure œso-
de l'entourage est très variable. Elle dépend de différents phagienne sur un biberon excessivement réchauffé au four
critères : l'expérience, l'histoire familiale et personnelle à micro-ondes, sans contrôle préalable de la température).
des parents, leur personnalité, la place de l'enfant et les Ces situations qui nécessitent une prise en charge spé-
projections dont il est l'objet, les évènements de vie, les cifique ne doivent pas être méconnues. Elles constituent
conditions de logement. cependant une faible proportion des pleurs excessifs.
Chapitre 5. Suivi de l'enfant 129
Interrogatoire
et examens orientés Coliques Williams
Traitement étiologique Œsophagite APLV Angelman
Cornelia de Lange
Syndrome d'alcoolisme fœtal
Fig. 5.11 Conduite à tenir devant des pleurs excessifs du nourrisson. APLV : allergie aux protéines du lait de vache ; IIA : invagination intes-
tinale aiguë.
Les pleurs excessifs prolongés de 6 semaines, où ils atteignent un pic jusqu'à 3 heures/j. La
et récurrents sont la situation décrue s'amorce, et vers l'âge de 3–4 mois, ils se limitent à
1 heure/j. La connaissance de ces variations physiologiques
la plus fréquente et l'information des familles sont essentielles. Leur prise en
Malgré une multiplicité de travaux et de nombreuses hypo- charge individualisée vise à soulager l'enfant et à rassurer
thèses diagnostiques, les pleurs prolongés et récurrents les parents ; elle contribue à la prévention de la dépression
des 3 à 4 premiers mois de vie demeurent une énigme. Si, du post-partum, de certains passages à l'acte par exaspé-
dans de rares cas, une cause organique peut être identifiée, ration, notamment le syndrome des bébés secoués, forme
conduisant à une prise en charge spécifique, le plus souvent de maltraitance isolée ou répétée, grevée d'une morbimor-
il s'agit de pleurs inexpliqués, parfois improprement appelés talité importante, et permet d'éviter des sevrages intem-
« coliques du nourrisson ». On ne devrait parler de coliques pestifs, le lait (maternel en l'occurrence) finissant par être
du nourrisson que devant un tableau précis : enfant algique incriminé à tort.
au faciès érythrosique, poings serrés, front et sourcils plis-
sés, dos arqué, cuisses repliées sur un abdomen ballonné,
avec des émissions répétées de gaz. Ces coliques ou sup- Dans de rares cas (5 % environ), une étiologie
posées telles se manifestent volontiers entre 18 h et minuit, organique est retrouvée
sont hyperphoniques à 1 000 Hz, ne cèdent pas avec l'ali- Les éléments d'orientation sont une croissance pondérale
mentation, sont difficilement consolables. Diverses hypo- insuffisante, des circonstances déclenchantes ou des horaires
thèses physiopathologiques ont été émises : immaturité de la particuliers, des éléments dysmorphiques, un contexte
motricité intestinale, déséquilibre du microbiote intestinal, malformatif, un retard des acquisitions, des troubles de la
augmentation de la perméabilité intestinale, « adaptation succion-déglutition, des pleurs excessifs se prolongeant au-
digestive postnatale », etc. delà de 4 mois.
Après un intervalle libre de 2 à 3 semaines, ces pleurs La dysphagie douloureuse doit faire évoquer une œso-
inexpliqués augmentent en fréquence et durée jusqu'à l'âge phagite de reflux à cet âge. Les repas sont compliqués
130 Partie II. Spécialités
et interrompus par une agitation, des pleurs stridents moins, parfois des troubles du sommeil perdurent. Certains
per et postprandiaux. Le sommeil est lui aussi perturbé travaux non confirmés suggèrent des difficultés socio-
(cf. chapitre 15). émotives, voire cognitives à long terme. Ce sont bien sou-
L'allergie aux protéines du lait de vache (APLV) est (trop) vent les parents qui sont les plus éprouvés, avec un panel de
souvent évoquée. Comme il ne peut s'agir d'une forme IgE- réactions conjuguant anxiété, stress, privation de sommeil,
médiée, les signes d'accompagnement sont essentiels au fatigue, sentiment d'incompétence, exaspération, répercus-
diagnostic : prise de poids insuffisante, selles molles et, par- sions négatives sur la relation à l'enfant. Bien que rare, la
fois, eczéma. Seul le test d'exclusion/réintroduction permet situation qui requiert une détection précoce et une prise en
de confirmer le diagnostic. Parfois est incriminée une into- charge familiale adaptée est le dérapage relationnel (troubles
lérance au lactose. En dehors des cas exceptionnels d'alac- de l'attachement pouvant conduire à l'évitement, la négli-
tasie congénitale, la responsabilité du lactose est discutée et gence). Dans les cas extrêmes, les pleurs sont vécus comme
discutable à cet âge. une agression par les parents, plus souvent par l'un des
Enfin, certains syndromes très rares, difficiles à repérer parents, qui peut aller jusqu'à percevoir son propre enfant
dans les premières semaines, s'accompagnent de pleurs fré- comme persécuteur. Ce qui expose au risque de passage à
quents et de troubles du sommeil, liés ou non aux troubles l'acte sous formes de différents types de sévices, dont le syn-
digestifs sus-cités. L'attention peut être attirée par des pleurs drome du bébé secoué se soldant dans les formes classiques
excessifs qui se prolongent au-delà du 4e mois, des éléments par un ou des hématomes sous-duraux sans fracture et des
dysmorphiques, des troubles de la succion déglutition, hémorragies rétiniennes.
de signes associés (syndrome de Williams, d'Angelman, Un certain nombre de facteurs de risque ont été
de Cornelia de Lange, de Smith-Magenis, d'alcoolisation identifiés : jeune âge maternel, faible niveau d'étude
fœtale, etc.). des parents, isolement maternel, indépendamment du
Les poussées dentaires trop souvent mises en cause ne niveau social, conduites addictives, violence intrafami-
sont pas responsables de pleurs excessifs, elles rendent plu- liale, faible estime de soi, antécédents de maltraitance,
tôt l'enfant irritable. Quant au muguet buccal à Candida troubles de la personnalité souvent masqués, impulsi-
albicans, il est très rarement douloureux. vité. L'impulsivité est le facteur le plus souvent retrouvé,
et toutes les catégories sociales ou socioprofessionnelles
Dans la très grande majorité des cas, ces pleurs sont représentées.
restent inexpliqués
Leur fréquence est comparable chez les filles et les garçons, Les piliers de la prise en charge
chez les enfants nourris au sein et au biberon, chez ceux nés Les pleurs excessifs du nourrisson requièrent une prise
à terme ou prématurément. Des troubles du sommeil leur en charge individualisée. Deux objectifs se conjuguent
sont fréquemment associés. La dimension culturelle doit lorsqu'aucune cause organique n'a été retenue : le bien-
être prise en compte : il semblerait que des nourrissons éle- être de l'enfant, la réassurance et l'accompagnement des
vés avec un portage quasi permanent et un allaitement au parents.
sein immédiat à la demande pleureraient moins que ceux ■ Aucune molécule n'a fait la preuve de son efficacité dans
élevés au mode occidental. Quelques facteurs prédispo- les coliques du nourrisson, bien que soient régulièrement
sants, parfois contradictoires, ont été identifiés : premier prescrits des antispasmodiques (phloroglucinol, trimé-
enfant, familles monoparentales, vie urbaine, deux parents butine). Les médicaments homéopathiques (nux vomica,
au niveau d'étude élevé qui mènent une activité profession- colocynthis, magnesia phosphorica, crupum), les tisanes
nelle, âge maternel entre 30 et 34 ans, absence de soutien, phytothérapeutiques (notamment à base de verveine,
tabagisme passif, qui favorise coliques et RGO. Dans ce camomille, réglisse et mélisse), les préparations à base de
contexte, les interactions parents/enfant peuvent être déter- carbonate de chaux n'échappent pas à ce constat. L'intérêt
minantes. Des corrélations ont pu être établies entre anxiété des probiotiques a fait l'objet d'une récente méta-analyse.
maternelle et pleurs excessifs. Le baby blues avéré, des Ses résultats sont contradictoires. Lactobacillus reuteri, dis-
dépressions post-partum plus ou moins masquées peuvent ponible en gouttes en France, aurait une certaine efficacité
parasiter la réponse adaptée aux besoins du bébé. Un cercle (transitoire) chez les nourrissons nourris au sein. Les pro-
vicieux peut s'instaurer, la mère se sentir dépassée, voire biotiques donnés en prévention pourraient être efficaces,
persécutée dans des cas extrêmes. Des tensions intrafami- mais avec des risques d'évènements indésirables graves
liales, des violences conjugales, le surinvestissement d'un chez les nouveau-nés de petit poids ou les prématurés.
enfant « précieux » peuvent également conduire à des pleurs ■ L'impuissance des médecins peut se solder par des propo-
excessifs. Les pleurs apparaissent comme un moyen de libé- sitions diététiques. La « valse des laits » est régulièrement
ration d'une tension interne du nourrisson dont les besoins retrouvée dans les carnets de santé. Les propositions de
reçoivent une réponse inadaptée. lait de vache à hydrolyse protéique poussée ne peuvent se
concevoir si les pleurs sont isolés et la prise de poids nor-
male. Les « laits » végétaux à base d'amande, châtaigne,
Un pronostic globalement favorable riz font courir un risque de carences alimentaires poten-
Le plus souvent, ces pleurs excessifs diminuent au fil du tiellement graves… Chez les enfants présentant pleurs
temps et disparaissent entre les âges de 3 et 6 mois. Dans excessifs et RGO, diverses propositions thérapeutiques
la plupart des cas, entre 8 et 12 mois, plus rien ne distingue (siméticone, oméprazole) n'ont pu faire la preuve de leur
les enfants ayant présenté des « coliques » des autres. Néan- efficacité dans des études contrôlées.
Chapitre 5. Suivi de l'enfant 131
■ Le recours à la tétine connaît un regain d'intérêt depuis La santé somatique mais aussi psychique et sociale est
qu'est reconnu son rôle dans la prévention de la mort étroitement liée au temps et à la qualité du sommeil. Un
subite du nourrisson. Encore faut-il qu'elle soit proposée mauvais sommeil chez l'enfant peut être un marqueur,
à bon escient, avant que l'enfant n'en soit au stade des conséquence ou cause, de particularités relationnelles
hurlements. Les techniques comportementales ances- avec son entourage ou éducationnelles, de difficultés psy-
trales doivent être réinvesties et adaptées : le bercement, le chologiques ou de vie. Banal la plupart du temps et rele-
portage en déambulation, les berceuses (vocales ou méca- vant d'une prise en charge de premier recours de soutien
niques), les massages abdominaux, l'haptonomie, le décu- à la parentalité, il peut avoir, mal pris en compte ou s'il se
bitus dorsal avec bras croisés sur la poitrine et très légère pérennise, des conséquences somatiques, métaboliques,
pression. Ces approches n'ont de sens que si l'adulte est cognitives ou psychologiques. La qualité du sommeil est
en capacité lui-même de se contrôler et de se relaxer. Le un des grands thèmes à aborder systématiquement au
recours à l'ostéopathie, l'emmaillotement, le holding n'ont cours de toute consultation de suivi pédiatrique. Envi-
pas fait l'objet d'études contrôlées solides, et l'effet placebo ron 20 % des consultations pédiatriques concernent les
semble important pour des parents désemparés. troubles du sommeil.
■ Les parents doivent être soutenus et conseillés. Les La structuration du sommeil, ses différentes phases, ses
séances de préparation à la naissance devraient prévoir un rythmes sont variables au cours de la croissance et il importe
chapitre concernant les pleurs des nourrissons et la pré- d'en informer les parents dans une optique d'adaptation de
paration au « cap des 100 jours ». Pendant les premières la vie de l'enfant, de prévention et de traitement des troubles
semaines ou premiers mois de vie, l'enfant peut trouver du sommeil de l'enfant qui, non pris en charge, peuvent
sa place dans la chambre des parents (mais le partage du générer des troubles du sommeil de l'adulte.
lit est proscrit). Par la suite, lorsque l'enfant de plus de Les troubles du sommeil d'origine organique
6 mois a son propre espace, il est possible d'apprendre à (fig. 5.12) ne sont pas traités dans ce chapitre, à l'excep-
tolérer le pleur modéré et à lui laisser la chance de se ren- tion du syndrome d'apnées obstructives du sommeil
dormir spontanément. Les familles à risque de passage (encadré 5.5).
à l'acte doivent être repérées autant que possible. Leur
suivi doit être multidisciplinaire. Des prises en charge
comportementalistes ont été récemment proposées à
Structuration du sommeil, variation
Montréal (« thermomètre de la colère »). Plusieurs essais de rythme du nouveau-né au nourrisson –
randomisés testant le bénéfice de programmes indivi- Fonction et conséquences pratiques
dualisés auprès des parents par des intervenants formés Le sommeil qui module l'activité motrice et cérébrale de
ont fait la preuve de leur pertinence, avec des réductions l'individu est une activité cyclique spontanée et automa-
significatives des temps de pleurs. tique à partir d'une commande hypothalamique. Cette
activité cérébrale automatique règle le sommeil en cycles
répétés entrecoupés de microréveils. Les cycles de som-
En conclusion meil dès la fin de la vie fœtale se modifient dans leur
Quelques recommandations simples peuvent être données : structuration de la naissance à l'adolescence, puis à l'âge
■ mieux préparer les parents au cap des 100 premiers jours adulte.
de vie de leur enfant, en incluant les informations concer-
nant les pleurs du jeune nourrisson ;
■ écouter avec empathie, rassurer, pratiquer le renforce- Le sommeil des premiers mois de vie
ment positif après un (long) interrogatoire orienté et un De 0 à 6 mois : cycles veille/sommeil
examen clinique soigneux, permettant une prescription sur un rythme ultradien
médicamenteuse économe souvent portée par l'effet pla- Le sommeil des nouveau-nés comprend deux phases :
cebo (mesures diététiques rarement nécessaires) ; ■ le sommeil agité, indispensable à la structuration neu-
■ savoir catégoriser les pleurs excessifs ; ronale qui soutiendra les acquisitions psychomotrices.
■ repérer un entourage impulsif et/ou exaspéré, à risque de Il représente à la naissance 50 à 80 % du temps de som-
secouer un bébé en pleurs de façon incontrôlée, ou de lui meil. Au cours de cette phase, le bébé bouge, gémit,
infliger d'autres sévices physiques. grogne, a des mimiques, sa respiration est irrégulière.
La place des probiotiques devra faire l'objet de travaux Des parents inquiets, et non prévenus, prennent souvent
complémentaires. ces manifestations trop dérangeantes dans le silence de
Cette approche globale nécessite un temps important la nuit pour un état de mal-être de leur bébé, voire de
d'écoute et de réassurance des familles. douleurs ou de faim et, voulant l'apaiser, le prennent
dans les bras et lui proposent le sein ou un biberon. En
fait, ils le réveillent, désorganisant son sommeil parfois
Troubles du sommeil pour de longs mois ;
chez le jeune enfant ■ une phase de sommeil calme, qui dure 10 à 20 min/
cycle.
Catherine Salinier
La période d'éveil qui suit comprend une phase d'éveil
Le sommeil est une fonction biologique indispensable à calme où le bébé regarde autour de lui, fait des mouvements
la vie. Il soutient d'autres grandes fonctions biologiques. de succion, bouge calmement, puis une phase de veille active
132 Partie II. Spécialités
0–6 mois 6–24 mois : le plus souvent origine psychologique mais toujours
examiner l'enfant
Mise en place des rythmes circadiens
Fig. 5.12 Conduite à tenir face à des troubles du sommeil chez le jeune enfant. APLV : allergie aux protéines du lait de vache ; EEG : élec-
troencéphalogramme ; RGO : reflux gastro-œsophagien.
Les cycles complets de sommeil se suivent séparés de ■ Quel est le mode de vie de cet enfant ?
microréveils le plus souvent non perçus par le dormeur ■ Quel est le mode de relation de l'enfant avec ses parents ?
sauf si des interférences sensorielles (bruit, lumière,
etc.) ou psychiques (stress, préoccupation, anxiété, etc.)
Mode de vie de l'enfant
provoquent le réveil nocturne complet qui nécessite une
nouvelle période d'endormissement comme au coucher Ses rythmes biologiques sont-ils respectés, son rythme
pour laquelle l'enfant sollicitera souvent l'intervention de vie, l'ambiance de sa vie sont-ils compatibles avec le
parentale. lâcher-prise nécessaire à l'endormissement et à la séré-
nité du sommeil ? Les troubles du sommeil ont le plus
souvent leur origine dans la journée, dans tout l'envi-
Le respect de la succession des stades et des cycles de sommeil ronnement de l'enfant. De nombreux enfants ont une vie
joue un rôle fondamental dans diverses fonctions de l'organisme. trépidante, sont ballottés par des parents aux multiples
Le sommeil, en permettant de trier, consolider et mémoriser les occupations qui ne perçoivent pas que du temps calme,
connaissances, impacte les acquisitions scolaires chez l'enfant serein, de partage de tendresse, de jeux est nécessaire les
grand en favorisant les fonctions de mémorisation, d'attention jours sans travail et les vacances, et quotidiennement en
et de concentration. La qualité du sommeil intervient dans la fin de journée.
régulation de l'humeur, du contrôle des émotions ; ainsi, le Chez le nourrisson puis le petit enfant, il importe de
manque de sommeil est en lien avec des comportements impul- comprendre les difficultés de séparation et l'anxiété qui
sifs, hyperactifs, influençant la vie relationnelle d'un enfant dont
la personnalité se construit d'échanges et d'interactions.
peut en découler. La période du 9 e mois est classique-
ment la première expérience angoissante de séparation
qui se répétera tout au long de l'enfance à chaque acqui-
sition psychomotrice (marche, langage, etc.) ou chaque
Consultation pour troubles du sommeil étape de la vie sociale un peu difficile (entrée en crèche,
à l'école, au collège, etc.). Ces angoisses de séparation
rencontrés en pratique de ville doivent être accompagnées en les comprenant et en les
acceptant. Des évènements de vie de la famille (deuil,
souci professionnel, désaccords) perturbant la sérénité
Cette consultation doit être dédiée au trouble, le problème ne des parents auront d'autant plus d'impact sur l'enfant
peut pas être « évacué » en fin de consultation pour un autre
motif. Il n'y a jamais de conduite à tenir standardisée mais la
qu'il ne les comprendra pas parce qu'ils ne lui auront pas
solution viendra d'une ou de plusieurs consultations avec les été expliqués et que rien ne lui aura été dit pour contenir
deux parents et l'enfant où le médecin les amènera à trouver son anxiété.
« leur » solution à défaut de « la » solution.
Mode de relation de l'enfant avec ses parents
Ce mode de relation et la place de cet enfant dans cette
famille, dans ce couple, détermine la façon dont les
Diagnostic des troubles du sommeil parents sont en mesure d'accompagner le trouble ou sa
Allégation des parents et évaluation cause avec la compréhension, la bienveillance et la fer-
de la gêne occasionnée meté qui devraient prévaloir à l'éducation d'un enfant.
De quoi se plaignent les parents ? Quels troubles sont repérables Compréhension de la difficulté qu'exprime l'enfant, bien-
chez l'enfant qui pourraient être liés à un manque de sommeil ? veillance pour l'accompagner à la dépasser mais fermeté
Il est en effet des situations où des particularités de mode de qui doit rappeler le cadre qu'ils ont fixé. Certains parents
sommeil sont repérées à l'interrogatoire (enfant qui dort entre ont des difficultés à fixer ce cadre rassurant, ne com-
ses parents, parent qui passe sa soirée à endormir l'enfant, etc.) prennent pas que la fermeté et leur détermination calme
mais où personne ne porte de plainte, ni les parents ni l'enfant. contiennent l'enfant, qu'elles ne sont pas un manque
Quel droit alors pour le médecin d'intervenir sauf à amener les d'amour (ce qu'ils croient) mais au contraire le rassurent,
parents à réfléchir à leur pratique dans une optique de préven- que le trouble du sommeil n'existe ou perdure que parce
tion de ce qui pourrait potentiellement être délétère un jour qu'ils l'autorisent souvent inconsciemment. On doit ten-
pour le développement global de leur enfant ? ter de les amener à réfléchir et à comprendre ce qui leur
fait renoncer à de multiples soirées de calme pour eux
Agenda de sommeil car passées à endormir un enfant, d'accepter les nuits
Il est parfois utile, surtout chez le grand enfant, de maté- hachées. Il leur est possible de réfléchir à leur propre
rialiser les horaires de sommeil et de réveil et d'affirmer ou insécurité de parents, à leur propre anxiété de séparation
d'infirmer la réalité du trouble et le type de trouble : difficul- en résonance avec celle de leur enfant.
tés endormissement, réveils nocturnes, lien avec activité de
la journée, etc.
C'est souvent après plusieurs consultations et surtout lorsque la
Prise en charge des troubles du sommeil limite d'acceptation des parents est atteinte qu'ils peuvent enfin
Quel que soit l'âge de l'enfant, il est important de considérer poser la limite à l'enfant et lui permettre ainsi d'être plus serein
les troubles du sommeil comme un marqueur pluridimen- car contenu.
sionnel, avec deux grands axes de réflexion :
Chapitre 5. Suivi de l'enfant 135
Quand adresser l'enfant en consultation et bien tolérées par les parents déterminés (fermeté). Laisser
spécialisée ? « hurler » un enfant plus de quelques minutes n'a pas de sens.
Dans tous les cas, passée la période du nouveau-né, on doit
veiller à un coucher et un lever à heure régulière, à une soirée
Dans la plupart des cas, ces consultations de « guidance paren- calme partagée avec l'enfant sans écran, à un rituel de coucher
tale » sont suffisantes à faire cheminer les parents vers un amé- voire d'endormissement qui soit acceptable par les parents dans
nagement de leur mode de vie, un changement de regard sur la sa durée. Lorsque l'enfant se réveille la nuit, il a souvent besoin
place de l'enfant auprès (entre) eux et une redirection de leur du même rituel qu'à l'endormissement et si celui-ci est long et
mode d'éducation vers moins de complaisance mais plus de compliqué, il sera aussi long et compliqué en pleine nuit !
bienveillance ferme sans sévérité pour autant.
L'éruption des dents permanentes peut être associée à : bénin soit-il, peut modifier l'odontogenèse du germe de la
■ des anomalies de position et de nombre (agénésie de la dent définitive.
dent successionnelle), qui motivent souvent une consul-
tation orthodontique ; Anomalies de nombre
■ des anomalies non isolées de forme qui doivent conduire Elles vont soit dans le sens de la diminution, soit dans celui
à une consultation spécialisée (génétique) ; de l'augmentation du nombre de dents.
■ des accidents d'évolution, qui concernent principalement Dans le cas de la diminution, l'anomalie concerne :
les troisièmes molaires (dents de sagesse). ■ toutes les dents : l'anomalie est alors reliée à un syndrome
général tel que, par exemple, une dysplasie ectodermique
Anomalies dentaires anhidrotique ;
■ les dents de fin de série seulement (2e incisive latérale,
Elles concernent, outre l'éruption, la forme, le nombre, la 2e prémolaire et 3e molaire).
structure et la coloration. Dans le cas de l'augmentation, les dents ont soit une mor-
Les anomalies dentaires intéressent soit la denture tempo- phologie strictement conforme à celle de la dent dont elles
raire (rarement), soit la denture définitive, soit les deux. Il est sont la copie, soit elles sont dysmorphiques. L'augmentation
parfois difficile de tracer les limites précises des anomalies de 5 dents ou davantage est associée de façon significative à
dentaires entre elles. Elles peuvent être isolées, généralisées huit syndromes.
ou associées à des syndromes et en permettre le diagnostic.
Anomalies de structure
Anomalies de forme Elles ont trois origines :
Elles sont variées ; elles concernent la couronne et/ou la ■ héréditaires : amélogenèses ou dentinogenèses impar-
racine. Elles sont en rapport avec des étiologies aussi bien faites ;
embryologiques qu'infectieuses ou encore traumatiques. ■ congénitales : fentes alvéolopalatines, anomalies
Un traumatisme, par exemple, en denture temporaire, aussi chromosomiques (trisomie 21), troubles métaboliques
Chapitre 5. Suivi de l'enfant 137
Diagnostic
Il est posé grâce à l'apparence clinique typique associée à
la rapidité de l'évolution (fig. 5.14 et 5.15). La CPE débute
sournoisement, l'alternance des phases salivaires de démi-
néralisation et reminéralisation masquant la cavitation
sous-jacente. Dès lors où le rempart d'émail cède, la destruc-
tion tissulaire sera inéluctable et rapide.
Étiopathogénie
Elle est en rapport avec :
■ une contamination précoce par Streptococcus mutans
avant l'éruption des premières dents, émanant de l'entou-
rage de l'enfant (parents, fratrie, etc.) ;
■ la présence constante de plaque bactérienne : bros-
Fig. 5.13 Fluorose. sage aléatoire et/ou débuté trop tardivement. Le brossage
devrait être supervisé par les parents jusqu'à la maîtrise
Anomalies de coloration dentaire de l'écriture cursive (7-8 ans) ;
Elles sont d'origine :
■ bactérienne :
– coloration verte ou orange : ces anomalies sont dues
à la présence de bactéries chromogènes au sein d'une
plaque dentaire trop omniprésente,
– noire : ces anomalies sont dues à une bactérie chro-
mogène : Prevotella melaninogenica. Ces colorations
sont habituellement observées sur les dents tempo-
raires ; elles sont facilement éliminées par le net-
toyage professionnel dentaire. Elles disparaissent au
fur et à mesure des modifications salivaires au cours
de l'enfance. Elles sont disgracieuses et inquiètent
souvent les parents car confondues avec des lésions
carieuses ;
■ alimentaire : fruits rouges, thé, café, cola ;
■ pathologique : suite à une nécrose pulpaire après trauma-
tisme ;
■ iatrogène (historiquement liée à la prise de tétracyclines,
Fig. 5.14 Stade 1 de carie : lésions prodromiques décelées en
à l'amalgame proscrit chez l'enfant et la femme enceinte soulevant la lèvre supérieure. À ce stade, l'émail est reminéralisable
depuis le 1er juillet 2018). par apports topiques fluorés. Courtoisie Dr P. Rouas.
138 Partie II. Spécialités
Dysfonctions orofaciales
Toute dysmorphose craniofaciale générera une dysfonction,
l'une et l'autre s'entretenant.
Les déséquilibres fonctionnels s'installent très tôt, Fig. 5.16 Utilisation prolongée (> 1 an) de la tétine favorisant
une béance et une tendance à l'endognathie maxillaire en den-
empêchant un développement harmonieux. Ils sont soit
ture temporaire.
d'origine congénitale ou héréditaire, soit d'origine acquise
(traumatisme, succion non nutritive, infections ORL, etc.). Traumatismes alvéolodentaires
Une intervention précoce s'impose afin de prévenir l'aggra-
Les traumatismes bucco-dentaires sont très fréquents à
vation des dysmorphoses et/ou l'apparition de dyspraxies
l'occasion de l'apprentissage de la marche ou lors de jeux
orofaciales.
et d'activités sportives. Ils concernent principalement les
■ Dès la naissance et jusqu'à 7 ans, pour une harmonie
incisives centrales maxillaires (temporaires ou définitives) ;
des arcades temporaires, les objectifs sont de veiller :
deux tiers des enfants concernés sont des garçons.
– à la maturation des praxies orales, notamment au
Les fractures sont plus fréquentes sur les dents permanentes ;
maintien de la ventilation nasale, à la disparition de
les luxations sont l'apanage des dents temporaires (fig. 5.17).
la succion-déglutition (un frein lingual trop court
La réimplantation d'une dent permanente expulsée doit
empêche la langue de s'élever jusqu'aux incisives
toujours être tentée dans l'heure qui suit le traumatisme à
maxillaires) ;
condition qu'elle soit intacte.
– à la croissance transversale du maxillaire (élément
Une dent temporaire n'est jamais réimplantée (l'inflam-
clé du développement harmonieux de la face) : par
mation pouvant léser le germe).
exemple, les pertes dentaires rompent l'équilibre
musculaire entre joues et langue. La langue est pro-
pulsée, devient hypotonique et ne s'appuie plus sur le La consultation de l'enfant traumatisé
maxillaire ; Un traumatisme buccodentaire pouvant être associé à un
– à la qualité de l'occlusion. traumatisme crânien, l'interrogatoire doit renseigner en
■ Après 7 ans, s'ajoute l'obtention d'une déglutition mature priorité sur l'existence de troubles de la conscience afin de
et d'une mastication efficace. réagir face à une éventuelle urgence neurologique.
Les enfants respirateurs buccaux ont les yeux cernés, Puis quatre questions sont posées : « pourquoi, où, quand,
des narines hypodéveloppées et un air fatigué. De plus, comment » afin de faire corroborer l'observation et les faits
leur oreiller est mouillé le matin, leur sommeil est agité, pour écarter un cas de maltraitance et reconstituer l'impact
ils ont tendance à s'endormir pendant la journée et (valeurs diagnostique et pronostique).
présentent des problèmes d'attention et/ou d'hyperacti- À l'examen facial, il convient de palper la symphyse
vité. Outre les conséquences générales de la respiration mentonnière, les articulations temporomandibulaires
buccale, celle-ci favorise le développement de lésions (notamment lors d'un choc de bas en haut), les orbites et le
carieuses et empêche la maturation de la déglutition. nez à la recherche d'éventuelles fractures. Après nettoyage
Le glissement vers une résistance respiratoire (SAHOS) des plaies avec un linge propre et imbibé d'eau tiède, des
doit être envisagé et une orientation vers un ORL, ecchymoses et des plaies faciales et labiales sont recher-
proposée. chées ainsi que la présence de corps étrangers ou de dents
Par ailleurs, il faut motiver parents et enfants pour tendre impactées qui peuvent se localiser dans les tissus mous.
vers la cessation des succions non nutritives (fig. 5.16), pour
rétablir les fonctions orofaciales (notamment la respiration Traumatismes en denture temporaire3
nasale). Ils passent la plupart du temps inaperçus et/ou sont souvent
En présence d'une dysmorphose avérée, il est négligés ; ils ont pourtant des répercussions parfois impor-
conseillé d'adresser l'enfant dès 3 ans à un orthodon- tantes sur les dents définitives.
tiste qui, en outre, dépistera les éventuelles dysfonc-
tions orofaciales. 3
https://dentaltraumaguide.org/injury-groups/primary-teeth/
140 Partie II. Spécialités
Tableau 5.14 Dyschromies post-traumatiques sur Cependant, le soleil n'est pas que mauvais ! Il permet
les dents temporaires. la synthèse de la vitamine D, il influe positivement sur
le moral et peut même améliorer certaines dermatoses
Couleur Étiologie possible Conséquences possibles
inflammatoires (eczéma, psoriasis, lichen, etc.), immu-
Rose Résorption interne Exfoliation précoce nologiques (pelade, vitiligo, etc.) ou prolifératives (lym-
Gris Hémorragie dans les Abcès phomes cutanés T épidermotropes, etc.). La surprotection
tubuli et pigmentation Extraction imposée dans certaines génodermatoses, comme le xero-
Jaune Oblitération canalaire Exfoliation retardée derma pigmentosum (« enfants de la lune »), nécessite une
Éruption ectopique supplémentation en vitamine D pour prévenir un rachi-
Asymptomatique tisme carentiel.
Alors quand et comment protéger l'enfant du soleil ?
■ simple à réaliser : Il faut protéger tous les enfants du soleil, et en particulier
– une première visite entre 12 et 18 mois puis chaque année, ceux qui ont une peau très pâle, des cheveux blonds ou roux,
– un biberon contenant seulement de l'eau la nuit, des yeux clairs, ceux qui « brûlent » facilement au soleil et
– un brossage avec l'apparition de la 1re dent, celui du ne bronzent jamais (phototypes I et II sur les 6 phototypes
soir étant le plus important ; le révélateur de plaque de la classification de Fitzpatrick). Les nourrissons n'ont
facilite la lisibilité de la plaque, aucun intérêt à être exposés directement au soleil. De plus,
– un dentifrice fluoré en concentration adaptée à l'âge ils sont plus à risque de déshydratation, insolation ou hyper-
de l'enfant, thermie (« coup de chaleur »). Ne pas hésiter à les faire boire
– des premières molaires définitives bénéficiant si régulièrement !
besoin d'un scellement de leurs sillons selon le risque Il faut avant tout limiter les durées d'exposition :
carieux. ■ éviter toute exposition solaire non indispensable, surtout
entre 11 et 16 h, et privilégier les zones ombragées ;
Conclusion ■ s'exposer peu et progressivement, en se méfiant des
journées nuageuses ou venteuses, où l'on s'expose plus
Tous les enfants devraient pouvoir bénéficier de soins et de
sans s'en rendre compte ! On peut s'aider d'applications
suivi de leur santé orale afin de briser le cercle vicieux de
« météo » qui donnent l'intensité du rayonnement UV ;
l'anxiété et du classique renoncement aux soins. De plus,
■ ne pas oublier que la photoprotection, ce n'est pas que
des prises en charge particulières peuvent être proposées :
pendant les vacances à la mer ou à la montagne, mais
prémédications, MEOPA, anesthésie générale, techniques
toute l'année, lors des activités d'extérieur la semaine et le
psychocomportementales (p. ex. hypnose).
week-end : match de football, balade à vélo, etc. ;
Concernant les enfants à besoins spécifiques, il faudrait :
■ se méfier des expositions solaires indirectes : neige, eau,
■ intégrer systématiquement, dans leur suivi de santé glo-
sable, etc. Il faut donc se protéger du soleil à la plage,
bale, une surveillance de leur santé bucco-dentaire ;
même sous le parasol !
■ favoriser l'émergence de réseaux ville – hôpital – PMI
Il faut privilégier avant tout la protection vestimentaire, car
pour améliorer le dialogue, en identifiant les correspon-
c'est la plus efficace, avec :
dants chirurgiens-dentistes pédiatriques.
■ un vêtement bien couvrant, de maille serrée, de couleur
La santé buccodentaire en France est encore trop souvent
sombre et sec, l'humidité diminuant l'efficacité (tissus les
négligée ou envisagée lors de l'apparition des dents défini-
plus protecteurs : sergé de coton, soie, polyester réfléchis-
tives vers 6 ans. Mais il est alors parfois trop tard !
sant par exemple) ;
Elle reste un des reflets principaux des disparités en
■ des vêtements anti-UV adaptés aux enfants, notamment
matière de santé ; la fatalité, la fameuse peur du dentiste
à la plage, avec aujourd'hui des textiles améliorés par
et l'impuissance y sont souvent associées et empêchent les
l'incorporation de colorants, sels métalliques ou même
familles d'entrer dans une démarche préventive.
filtres à large spectre dans les fibres. Certains parlent de
« cosmétotextiles » ou « texticaments » ;
■ un chapeau à larges bords (pour le visage, les oreilles et la
La santé buccodentaire contribue à la qualité de vie de l'enfant et
nuque) ;
tous les professionnels de santé de la petite enfance devraient se
pencher sur son berceau pour préparer celle de l'adulte. ■ des lunettes de soleil enveloppantes anti-UV. Il est vrai
qu'il est plus dangereux de porter de « fausses lunettes
anti-UV », inefficaces, que de ne pas en porter du tout
(dilatation de la pupille à l'ombre de verres teintés) et que
Photoprotection seul le matériau des verres arrête les UV, la teinte ne pro-
Stéphanie Mallet tégeant que de l'éblouissement et non des UV.
Les produits de protection solaire sont la dernière étape
L'exposition solaire et les coups de soleil pendant l'enfance de photoprotection. Ils doivent être réservés aux zones du
favorisent l'apparition des nævus chez l'enfant et des cancers corps qui ne peuvent être protégées par les vêtements. Il faut
de la peau à l'âge adulte. La prévention primaire repose donc conseiller une crème solaire protégeant à la fois contre les
sur la photoprotection, c'est-à-dire l'« ensemble des moyens UVA et les UVB avec :
naturels ou artificiels capables de s'opposer aux effets délé- ■ un facteur de protection solaire adapté au type de peau
tères du soleil », de l'enfant et de l'adolescent. de l'enfant (moyenne ou haute protection : SPF entre
142 Partie II. Spécialités
15 et 50 suffisent en l'absence de pathologie induite par ■ la combinaison de mouvements corporels réduits au strict
la lumière) et aux conditions d'exposition, p. ex. SPF 50 + minimum (marcher, monter des escaliers, agir dans la vie
en conditions extrêmes (mer, montagne, neige) ; quotidienne) est une activité physique comme le jeu (foot-
■ en quantité suffisante, de manière homogène, ½ heure ball, tennis, danse, natation) ou toute autre activité récréa-
avant l'exposition solaire, avec une 2e couche ½ heure tive de loisir sans encadrement ni esprit de compétition ;
après le début de l'exposition ; ■ cette activité physique deviendrait-elle du sport quand
■ un renouvellement régulier, toutes les 2 heures à l'exté- elle est obligatoire et encadrée en EPS (éducation phy-
rieur, voire plus en cas de transpiration excessive et après sique et sportive) à l'école, quand elle est volontaire et
chaque baignade ; encadrée dans le cadre d'une association sportive ou
■ un produit résistant à l'eau, avec de préférence une cos- d'un club, que ce soit en loisir dont l'objectif est le jeu et
métique « crème » pour le visage et « lait » pour le corps ; le plaisir, ou en compétition dont le but est également la
■ dans l'idéal, des écrans minéraux, à base de poudres victoire individuelle ou collective ?
inertes opaques qui laissent des traces blanches, plutôt ■ sans oublier que ce peut être une activité physique dans
que des filtres chimiques (pour prévenir allergies et pho- un but thérapeutique.
toallergies de contact), bien que pas plus efficaces.
Le sport, c'est bien !
Attention Le sport fait partie des rythmes de vie de l'adulte comme de
l'enfant : pendant la journée, il y a des moments de travail,
La crème solaire ne doit pas servir à augmenter le temps d'expo-
de repos, d'alimentation et d'activité physique libre ou enca-
sition solaire. Il n'existe pas de « bronzage en sécurité », même
après application des meilleures crèmes solaires. Il faut conti- drée, puis de sommeil.
nuer à en appliquer une fois « bronzé »… L'activité physique sportive ou non fait partie de la vie et du
développement psychomoteur de l'enfant et réciproquement.
Le sport est bénéfique pour la santé : contrôle du poids, de
Enfin, l'enfance est l'âge de prédilection pour communi- la dépense énergétique, du développement musculaire, du
quer sur l'éducation solaire, base des futurs comportements renforcement du squelette, de l'amélioration du souffle et du
solaires. Et bien sûr, les parents doivent donner l'exemple fonctionnement cardiaque, etc. ; ainsi, il participe au bien-
aux enfants… être physique et à la prévention des maladies de l'adulte.
Le sport véhicule des valeurs éducatives (tableau 5.15) :
■ le sens de l'effort et de la persévérance, de la ténacité ;
L'enfant et le sport5 ■ l'affirmation de la personnalité et le besoin de s'exté-
Jérôme Valleteau de Moulliac rioriser, de communiquer, de fédérer, de participer,
de se socialiser indépendamment de toute hiérarchie
sociale ;
■ l'apprentissage de la loyauté, du « fair-play », le rejet de la
Préambule tricherie, de la simulation, du dopage ;
■
Le sport est utile et indispensable. ■ le respect des règles, de l'arbitrage, des sanctions éven-
■
Les enfants ne sont pas des adultes. tuelles qu'il faut savoir accepter, le respect de l'adver-
■
Il y a donc des limites à respecter afin d'éviter des incidents saire sans mépris, ce qui n'est pas contradictoire avec
moteurs, voire psychologiques. la volonté et la ténacité dans la recherche de la vic-
toire, le respect des autres, de ses partenaires dans un
sport de groupe, mais aussi le respect du public (en
Le sport, c'est quoi ? évitant les démonstrations agressives) et de l'environ-
nement ;
« On entend par “sport” toutes formes d'activités physiques et ■ le contrôle de soi et de sa propre agressivité : ne pas s'em-
sportives qui, à travers une participation organisée ou non, porter, ne pas répondre aux provocations, savoir rester à
ont pour objectif l'expression ou l'amélioration de la condition sa place et participer à l'effort collectif ;
physique et psychique, le développement des relations sociales ■ le dépassement de soi : une des raisons d'être du sport est
ou l'obtention de résultats en compétition de tous niveaux » d'offrir aux pratiquants de tout niveau et de tout âge un
(Charte européenne du sport, 2001, art. 2) sentiment d'accomplissement et de réussite par le recul de
Le sport, c'est aussi une « activité physique visant à amélio- ses limites. L'esprit d'équipe est une école de la solidarité ;
rer sa condition physique, l'ensemble des exercices physiques ■ le plaisir de réussir, de se dépasser, de favoriser l'estime de
se présentant sous forme de jeux individuels ou collectifs, don- soi en sachant accepter l'échec.
nant généralement lieu à compétition, pratiqués en observant
certaines règles précises » (Dictionnaire Larousse)
C'est donc une activité physique mais qui peut se décliner Mais le sport chez l'enfant a des limites
sous plusieurs formes : Limites liées à la spécificité de l'enfant
Croissance
5
Rédigé en s'inspirant de Michel Binder, pédiatre, médecin du L'âge réel, la taille, la vitesse de croissance, la maturité
sport de l'enfant et de l'adolescent, clinique du sport, centre physique (âge osseux), la puberté sont autant de facteurs à
médicochirurgical, Paris V. considérer dans la pratique du sport chez l'enfant. L'enfant
Chapitre 5. Suivi de l'enfant 143
Tableau 5.15 Quel sport, à quel âge, pour quel enfant ? Exemples non exhaustifs.
Sport Âge Commentaires
Football Dès 6 ans Endurance et vitesse
Gestion de l'espace et anticipation
Collectif
Coups
Rugby Dès 6 ans Abnégation, équipe, respect de l'adversaire
Tous les enfants peuvent y jouer
Certes coups mais sport d'évitement
Gymnastique Dès 6 ans au sol, puis agrès ou GRS Sport individuel complet et équilibré
Appropriation du corps
Souplesse et technicité
Goût de l'effort
Handball Dès 12 ans (accueil 9 ans) Très ludique et intense : efforts courts mais répétés
Course et statique
Esprit d'équipe
Basket-ball Accueil dès 4 ans Très pratiqué (filles)
Agilité, endurance, vision du jeu, tactique, coordination
Sport très complet
Ping-pong Dès 4 ans Renforcement musculaire et peu de blessures
Agilité autour de la table
Individuel : mental et persistance
Coordination et sens de l'anticipation
Judo (sport de combat) Dès 6 ans Souplesse
Canalise l'énergie
Turbulents : respect de la tradition et de la hiérarchie
… Et timides : confiance en soi
Badminton Dès 5 ans, parfois avant si capacité Très ludique mais très exigeant et fatigant
de concentration forte Concentration +++ et repère dans l'espace mental
En double : communication
Natation Dès 7 ans mais 0-7 ans Goût de l'effort mais musculation et dos
Le moins ludique si entraînements fréquents car répétition de
longueurs pour geste parfait
Respiration
Boxe Dès 6 ans, boxe éducative, assaut Contrôle de soi, ne pas perdre son calme
(FFB) Vitesse, endurance, agilité : tout le corps participe
Anticipation, évitement
Escrime Dès 5 ans Vitesse dans l'exécution des gestes, de la précision
Bonne coordination
Sport de neige Dès 3 ans Contrôle du corps, équilibre
Grand air mais soleil et altitude
Luge, jardin des neiges, école de ski
FFB : Fédération française de boxe ; GRS : gymnastique rythmique et sportive.
Selon fédérations respectives, à consulter pour tout autre sport.
est un organisme en développement et tous les enfants ■ De 2 à 6 ans, on peut proposer cependant une activité
n'évoluent pas au même rythme. Il faut cependant savoir et physique comme en témoignent la mode des « bébés
informer les parents et l'enfant que le sport ne rend pas petit : nageurs » et les cours de « baby sports », essentiellement
certes, un sport (danse, gymnastique ou patinage artistique axés sur l'éveil corporel et la gymnastique douce dès
féminins) avec un entraînement intensif (> 12 heures/ 4 ans : c'est alors par le plaisir et le jeu que dans un espace
semaine) chez des sujets parfois génétiquement sélectionnés protégé l'enfant peut être initié à l'éducation motrice,
sur leur morphologie, comme des apports nutritionnels ina- corporelle artistique voire sportive, véritable stimulation
daptés, peuvent retarder la puberté mais, si la taille défini- psychomotrice.
tive est différée, elle sera conforme à la taille cible. ■ De 6 à 7 ans, c'est l'âge du CP et, en même temps que
l'enfant apprend l'écriture et la lecture, qu'il découvre
Développement psychomoteur le schéma corporel, il commence à comprendre les
Il ne faut pas inscrire trop tôt un jeune enfant à des activi- bases de la condition physique : le contrôle postural,
tés sportives ; on conseille généralement le début la pratique l'équilibre, la latéralité, la coordination des mouve-
d'un sport vers 7 ans. ments, l'orientation temporo-spatiale mais aussi sa
144 Partie II. Spécialités
force, son habileté et sa vitesse ; il est alors prêt à s'ini- tion de l'âge, du sport pratiqué ou de la région impliquée
tier au sport. des fractures de fatigue, ostéochondroses apophysaires
■ De 7 à 12 ans, c'est l'âge de l'apprentissage, du perfec- (les plus connues étant la maladie de Sever au talon, la
tionnement dans le sport choisi et, s'il le désire et s'il a de maladie de Scheuermann vertébrale, l'apophysite tibiale
réelles aptitudes, l'ouverture à la compétition. antérieure ou maladie d'Osgood Schlatter) ou articu-
■ De 13 à 15 ans, c'est souvent la période des abandons laires. Les ostéochondroses correspondent toutes à des
car c'est l'âge de la contradiction, de la rébellion, du microtraumatismes répétés au niveau de l'insertion d'un
refus de l'autorité (entraîneur), des contraintes (entraî- tendon d'un muscle puissant. Le tendon étant lui-même
nements et exigence de performance) ; la morpholo- extrêmement solide, c'est le cartilage de croissance auquel
gie change (geste moins précis) et, en même temps, la il est fixé qui est à l'origine de douleurs. La présentation
motivation baisse. clinique est caractéristique et permet quasiment toujours
de faire le diagnostic.
Aspect psychologique La douleur en est le symptôme majeur, la sonnette
La valeur éducative du sport a été largement énoncée d'alarme. Il s'agit d'une douleur mécanique, augmentée
mais il ne faut pas oublier qu'indépendamment de son par les activités sportives et localisée en un point précis,
âge et de ses capacités physiques, chaque enfant a son s'accompagnant parfois de signes inflammatoires locaux.
profil psychologique : il peut être volontaire, motivé, Il faut que l'enfant sache la reconnaître et l'exprimer, que
ambitieux, altruiste, etc. Mais aussi timide, angoissé, mal son entourage l'écoute. Il doit la comprendre avec des
dans sa peau, peu sûr de lui, ou opposant, agressif, voire explications simples et adaptées à son âge. L'enfant, mais
indécis, vulnérable et influençable selon l'« air ambiant » aussi ses entraîneurs, professeurs d'éducation physique
sans réelle motivation personnelle… Sans parler de la et ses parents doivent en tenir compte et la respecter en
pression exercée par des parents excessifs ou champions acceptant au pire l'arrêt temporaire du sport en cause dans
par délégation ? D'autres, très exhibitionnistes, ne voient les formes les plus sévères, sinon l'arrêt du geste dès l'appa-
dans le sport que la recherche de gloire, d'honneur, quel rition de la douleur.
qu'en soit le prix. La pratique sportive doit donc tenir
compte des limites liées à la personnalité de l'enfant (et
de ses parents). Les ostéochondroses sont des pathologies de surmenage des
cartilages de croissance. Les tendinites sont beaucoup plus rares
chez l'enfant que chez l'adulte.
■
Il faut laisser l'enfant choisir son sport en tenant compte de
ses compétences physiques et psychologiques car sa moti-
vation et son épanouissement priment ; c'est ainsi que, après
mûre réflexion, il ne semble pas utile de le forcer à poursuivre Maladies chroniques
un sport qu'il ne veut plus pratiquer. Tout enfant porteur d'une maladie chronique doit faire du
■
Le sport doit rester un jeu librement consenti. Il faut donc le sport, cela fait « partie » de sa prise en charge. C'est alors au
laisser s'investir dans le sport qu'il désire. médecin de déterminer, en fonction de la pathologie pré-
existante et de l'état clinique de l'enfant, quel sport il ne peut
pratiquer, dans quelles circonstances et avec quelles limites
Besoins énergétiques ou restrictions.
C'est le cas des cardiopathies cyanogènes non opérées,
L'enfant a besoin pour vivre (métabolisme basal), pour des myocardiopathies obstructives, des troubles du rythme
grandir, pour le déroulement normal de la puberté et pour aggravés ou déclenchés par l'effort. Le cardiologue référent
pratiquer une activité physique, un ou des sports, d'un doit informer le patient, ses parents et son médecin traitant
apport énergétique adapté. Alors attention aux entraîne- de l'attitude à adopter.
ments intensifs, au désir de maigrir parfois sous la pres- Un enfant obèse doit être encouragé à faire du sport
sion de la pratique de certains d'entre eux, aux activités sachant que le sport ne fait pas maigrir mais s'inscrit dans
sportives exagérées dans le but de perdre du poids et qui le programme thérapeutique. Il faut alors privilégier les
pourraient s'inscrire dans une anorexie mentale qu'il sports d'endurance en décharge (vélo, aviron, natation) et
faut savoir dépister. Attention aussi à l'excès de boissons éviter les activités où l'enfant pourrait avoir de mauvaises
énergisantes. performances, sources de moqueries, démotivantes et qui
l'amèneraient à réduire sa pratique et donc à prendre du
Cartilages de croissance poids.
Le cartilage de croissance de l'enfant est particulièrement Le diabète, l'asthme, certaines infections ORL chro-
sensible, et donc très souvent soumis à des traumatismes niques l'épilepsie nécessitent parfois des aménagements
aigus et/ou chroniques (excès de sollicitation) qui peuvent particuliers
grever son parcours sportif. Il faut les différencier des En revanche, la scoliose ne contre-indique aucun sport
tendinites et des entorses, sachant qu'une entorse chez même avec corset. C'est la meilleure des kinésithérapies.
l'enfant est une fracture du cartilage jusqu'à preuve du Contrairement à une idée préconçue, les sports asymé-
contraire. C'est ainsi que peuvent apparaître, en fonc- triques ne favorisent pas la scoliose.
Chapitre 5. Suivi de l'enfant 145
Surentraînement
En pratique
Un entraînement est considéré comme « intensif » s'il dépasse ■
Le sport c'est bien ; bien le faire, c'est mieux.
schématiquement plus d'heures par semaine que l'âge : par ■
L'enfant n'est pas un adulte.
exemple plus de 12 heures/semaine à 12 ans. ■
La première condition à la pratique sportive : la motivation.
■
Le premier facteur limitant : la douleur.
■
Les contre-indications absolues à la pratique sportive sont
Qu'il soit volontaire ou « imposé », l'excès d'entraînement exceptionnelles.
Le sport hors limites est mauvais pour la santé : autant pour le
requiert des efforts dont l'intensité, le rythme et la durée
■