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Transfert de radioéléments à Tchernobyl

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E

Transfert de radioéléments en zone non saturée.


Etude expérimentale et modélisation appliquées

S
au Site Pilote de Tchernobyl

E
Stéphanie SZENKNECT

H
Laboratoire d'étude des transferts dans les sols et le sous-sol
(LETS)

T
Octobre 2003

Réf : IRSN – 2003/39 – FR

INSTITUT DE RADIOPROTECTION ET DE SURETE NUCLEAIRE


77 - 83 avenue du Général de Gaulle - 92140 CLAMART - Tel. : (33) 01 58 35 88 88 - RCS NANTERRE B 440 546 018
LABORATOIRE D’ETUDE DES TRANSFERTS EN HYDROLOGIE ET ENVIRONNEMENT

THÈSE
présentée par

Stéphanie SZENKNECT

pour obtenir le titre de

DOCTEUR DE L’UNIVERSITÉ JOSEPH FOURIER - GRENOBLE I


(Arrêté ministériel du 30 mars 1992)

Spécialité : Sciences de la Terre et de l’Univers

TRANSFERT DE RADIOÉLÉMENTS EN ZONE NON


SATURÉE.
Etude expérimentale et modélisation appliquées au Site Pilote
de Tchernobyl.

Directeur de thèse : Jean-Paul GAUDET

Date de soutenance : 7 octobre 2003

COMPOSITION DU JURY :

Dr. Thierry BARIAC : CNRS, Université Paris VI Rapporteur


Dr. Dmitri BUGAI : Institute of Geological Science, Kiev Rapporteur
Pr. Laurent CHARLET : Université Grenoble I Président
Dr. Michel ESTEVES : IRD, Grenoble Examinateur
Dr. Jean-Paul GAUDET : Université Grenoble I Examinateur
Dr. Lionel DEWIERE : IRSN/DPRE, Fontenay aux Roses Invité
Laurent LE-SAOUT : EDF/DRD, Chatou Invité

Thèse préparée au Laboratoire d’Etude des STockages de Surface, Institut de Radioprotection et de Sûreté
Nucléaire, Département de Protection de l’Environnement, Centre de Fontenay aux Roses ; à la Section
d’Application des Traceurs, Commissariat à l’Énergie Atomique, Direction de la Recherche Technologique,
Centre de Grenoble ; et au Laboratoire National d’Hydraulique et Environnement, Électricité de France,
Département de la Recherche et du Développement, Chatou.
Remerciements.

En premier lieu, je souhaite remercier l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire


ainsi qu’Electricité de France pour avoir financé cette étude. En particulier, Messieurs Lionel
Dewiere et Laurent Le Saout, sans qui ce projet n’aurait pu voir le jour. Je les remercie également
tous deux vivement pour avoir assuré avec beaucoup d’enthousiasme et d’implication le suivi
scientifique, technique et logistique de mes travaux de thèse.
Un très grand merci à Jean-Paul Gaudet du Laboratoire d’Etude des Transferts en
Hydrologie et Environnement pour avoir accepté la direction de cette thèse. Sa disponibilité, son
expérience, ses qualités scientifiques, pédagogiques et tout simplement humaines ont été sans
conteste à l’origine du si bon déroulement de cette thèse.
Je tiens aussi à remercier vivement Messieurs Dmitri Bugaï de l’Institute of Geological
Science de Kiev et Thierry Bariac de l’Université Pierre et Marie Curie – Paris VI pour s’être
penchés sur mon travail en qualité de rapporteurs et pour la pertinence de leurs commentaires. Je
suis également très reconnaissante envers Messieurs Michel Esteves du LTHE pour avoir participé
à la soutenance et Laurent Charlet du Laboratoire de Géophysique Interne et Tectonophysique de
Grenoble pour avoir assuré la présidence du Jury.
Enfin, je souhaite remercier Monsieur Xavier Vitart, Madame Annie Tregourès et Monsieur
François Tardif, qui se sont succédés au cours de ma thèse à la tête de la Section d’Application
des Traceurs du CEA de Grenoble. Je les remercie tous chaleureusement pour avoir accepté que
l’essentiel de mes travaux se déroule à la SAT. Pendant ces 3 années, j’ai vraiment eu l’impression
de faire partie de ce laboratoire grâce à l’équipe sympa et dynamique qui m’a accueillie, je pense
en particulier à Véronique Barthès qui a suivi mon travail côté CEA, David Rudloff puis David
Alincant pour l’appui technique et les p’tites blagues au labo, Georges Gousseau dit « Jojo »,
Philippe Berne alias PhiPhi (merci pour les re-lectures), Thierry Melkior (merci aussi pour les re-
lectures !!), Sakina Yahiaoui (merci pour les analyses, le café du matin et le voisinage), Daniel
Getto et Patrick Burghoffer (merci pour les conseils et pour le réacteur ouvert), bref, finalement
merci à tout le personnel de la SAT, qui a un moment ou un autre s’est trouvé impliqué dans la
réalisation de ce travail !
Je n’oublie pas non plus mes collègues du LESTS, tout particulièrement Alain Desprès pour
m’avoir accueillie, Christophe Ardois qui s’est intéressé à mon travail dès son arrivée à l’IRSN, et
qui a beaucoup contribué à me faire progresser, je pense aussi à Denise Stammose que je
remercie vivement pour ses encouragements, ainsi qu’Isabelle Devol-Brown et Jean-Luc Roujou.
Pour finir, mille mercis à toute la famille Szenknect pour son soutien, à mes amis grenoblois
(Alex et JC, Garance et Christophe, Mathieu et Peggy, Guillaume et Jeanne, Mariebe, Aude, Sim
et Mike ...) qui ont fait que ces 3 dernières années soient si souvent ponctuées de moments
sympas. Enfin, pour ces dernières années et toutes celles qui vont suivre, merci, et bien plus, à
celui qui est toujours là pour moi et qui se reconnaîtra !
Table des matières

TABLE DES MATIERES

TABLE DES MATIERES I

LISTE DES FIGURES V

LISTE DES TABLEAUX X

LISTE DES PRINCIPAUX SYMBOLES ET ABREVIATIONS XII

INTRODUCTION GENERALE 3

CHAPITRE I : APPROCHE BIBLIOGRAPHIQUE DE L’ECOULEMENT D’EAU ET DU


TRANSFERT DE SOLUTES EN MILIEU POREUX INSATURE 11

A. LE TRANSFERT HYDRIQUE 11

1. GENERALITES SUR LES SOLS, DEFINITION DES VARIABLES FONDAMENTALES 11


1.1. Représentation physique d’un sol 11
1.2. Classification texturale des sols 13
1.3. Variables descriptives fondamentales 14
2. CARACTERISTIQUES HYDRAULIQUES DES SOLS 16
2.1. Notion de potentiel de l’eau du sol 16
2.2. Géométrie de la phase liquide 17
2.3. La courbe caractéristique de rétention d’eau 19
2.4. La courbe caractéristique de conductivité hydraulique 23
3. THEORIE DE L’ECOULEMENT EN ZONE NON SATUREE 27
3.1. Ecoulement en régime permanent 27
3.2. Ecoulement en régime transitoire 30
4. SYNTHESE DE LA PARTIE A 33

B. OUTILS D’ETUDE DU TRANSPORT DE SOLUTE EN MILIEU POREUX SATURES ET


NON SATURES 35

1. LES MECANISMES DE TRANSFERT EN MILIEU POREUX SATURES ET NON SATURES


35
1.1. Définitions des variables fondamentales 35
1.2. Transport par convection 36
1.3. La dispersion hydrodynamique 36
1.4. Hétérogénéités de l’écoulement 40
2. MODELISATION DU TRANSPORT DE SOLUTE : CAS DES TRACEURS DE
L’ECOULEMENT 40
2.1. Définition d’un traceur de l’écoulement 41
2.2. Les équations de la dynamique du transport de soluté 42
2.3. Les solutions analytiques du modèle de convection-dispersion 48
2.4. Notion de distribution de temps de séjour 51

I
Table des matières

3. LE CESIUM ET LE STRONTIUM : DEUX ELEMENTS INTERAGISSANT AVEC LA MATRICE


SOLIDE DANS LES SOLS NATURELS 53
3.1. Notion d’équilibre thermodynamique et de cinétique chimique 54
3.2. Généralités concernant le phénomène de sorption 57
3.3. Réactivité des sols sableux naturels vis à vis du césium et du strontium 65
4. TRANSPORT DE SOLUTES REACTIFS 75
4.1. L’approche globale 76
4.2. L’approche couplée géochimie-transport 81
5. SYNTHESE DE LA PARTIE B 82

CHAPITRE II : OUTILS D’ETUDE DU TRANSPORT DE SOLUTES EN MILIEU POREUX


SATURE ET INSATURE. 89

A. MATERIAUX DE L’ETUDE 89

1. LE SABLE EOLIEN DE PRIPYAT-ZATON 89


1.1. Le site de prélèvement 89
1.2. Caractérisation de l’échantillon utilisé : ZATEO-SAT 91
2. L’EAU SYNTHETIQUE DE TCHERNOBYL 94
2.1. L’eau du Site Pilote 94
2.2. L’eau équilibrée avec le sable de Pripyat Zaton 95

B. ETUDE EN COLONNE DE LABORATOIRE 97

1. CARACTERISATION EXPERIMENTALE DES ECOULEMENTS EN MILIEU POREUX 97


1.1. Principe des expériences en colonne de laboratoire 97
1.2. Analyse des courbes de percée 98
2. FONCTIONNEMENT DES COLONNES 101
2.1. Dispositifs expérimentaux 101
2.2. Technique de remplissage des colonnes 104
2.3. Fonctionnement des colonnes non saturées en eau 107
2.4. Acquisition de profils d’activité 110

C. ETUDE EN REACTEUR OUVERT 113

1. PRINCIPE DE MESURE DES PARAMETRES DESCRIPTIFS DE LA REACTION DE


SORPTION 113
2. LE DISPOSITIF EXPERIMENTAL 114
3. DIMENSIONNEMENT DES EXPERIENCES EN REACTEUR OUVERT ET PROTOCOLE
115
3.1. Dimensionnement 115
3.2. Déroulement des expériences 117
3.3. Calcul des bilans de matière 118

D. ETUDE EN CONDITIONS STATIQUES 119

E. SYNTHESE 120

II
Table des matières

CHAPITRE III : SORPTION DU CS ET DU SR SUR LE SABLE DE PRIPYAT : ESSAIS


EN CONDITIONS STATIQUES ET DYNAMIQUES 125

A. LE STRONTIUM 125

1. RESUME DE L’ARTICLE SOUMIS A JOURNAL OF CONTAMINANT HYDROLOGY 125


2. INTRODUCTION 128
3. MATERIALS AND METHODS 129
3.1. The soil 129
3.2. Synthetic groundwater and solutes 130
3.3. Batch experiments 131
3.4. Reactor experiments 132
3.5. Column experiments 134
4. DATA ANALYSIS AND MODELING 137
4.1. The interaction mechanism 137
4.2. Transport model 138
5. RESULTS AND DISCUSSION 140
5.1. Batch studies 140
5.2. Stirred flow-through reactor studies 142
5.3. Column studies 150
6. DISCUSSION AND CONCLUSIONS 153

B. LE CESIUM 158

1. ESSAIS EN BATCHS 158


1.1. Les conditions d’essais 158
1.2. Estimation du temps de mise à l’équilibre du système sol/solution 158
1.3. Construction de l’isotherme de sorption 160
2. ESSAIS EN REACTEUR OUVERT PARFAITEMENT AGITE 165
2.1. Les conditions expérimentales 166
2.2. Les résultats obtenus en réacteur ouvert 167
2.3. Modélisation par un mécanisme à 2 types de sites de sorption. 172
3. ESSAIS EN COLONNE SATUREE 177
3.1. Caractéristiques hydrodynamiques de la colonne 177
3.2. Migration de Cs dans la colonne de sable de Pripyat 179
3.3. Modélisation 183
4. CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES 187

III
Table des matières

CHAPITRE IV : MIGRATION DU CS ET DU SR EN COLONNES NON SATUREES EN


EAU 193

A. TRANSPORT D’UN TRACEUR INERTE EN COLONNES NON SATUREES 193

1. CARACTERISTIQUES GEOMETRIQUES ET CONDITIONS D’ECOULEMENT 193


2. IDENTIFICATION DES PROPRIETES HYDRODYNAMIQUES DES COLONNES NON
SATUREES 196

B. MIGRATION DES RADIOELEMENTS EN COLONNES NON SATUREES 200

1. PRINCIPAUX RESULTATS 200


1.1. Migration du Cs 201
1.2. Migration du Sr 202
2. MODELISATION DES PROFILS DE CONCENTRATION DES RADIOELEMENTS 204
2.1. Estimation des paramètres des modèles chimie-transport en non saturé 204
2.2. Résultats des simulations 208
3. TEST DE VALIDATION DU MODELE DE TRANSPORT REACTIF EN NON SATURE 213
3.1. Détermination des paramètres du modèle de transport réactif 213
3.2. Détermination des paramètres géochimiques 215
3.3. Résultats des simulations 215

C. DISCUSSION ET CONCLUSIONS 219

CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES 223

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES 229

ANNEXES 243

IV
Liste des tableaux

LISTE DES FIGURES

INTRODUCTION :
90
Figure 0-1 : Panache de Sr sous la tranchée n°22. 6

CHAPITRE I :

Figure I-1 : Représentation simplifiée d’un milieu poreux non saturé. 12

Figure I-2 : Illustration de la notion d’élément de volume représentatif d’un milieu poreux. 12

Figure I-3 : Classification texturale « en triangle » des sols proposée par l’USDA. 13

Figure I-4 : Description de la géométrie du système « tube capillaire ». 18

Figure I-5 : Illustration de la notion d’angle de contact entre la phase solide et l’interface eau-air. 19

Figure I-6 : Courbe de rétention d’eau de Brooks et Corey. 20

Figure I-7 : Courbe de rétention d’eau de Van Genuchten. 21

Figure I-8 : Courbes principales et courbes premières en humidification et en drainage sur un cycle
hystérétique. 22

Figure I-9 : Illustration de l’effet de la diminution de la teneur en eau sur la tortuosité des chemins fluides. 24

Figure I-10 : Courbe schématique reliant la vitesse de Darcy au gradient de charge hydraulique. 29

Figure I-11 : Description du perméamètre et définition géométrique des variables. 29

Figure I-12 : Conservation de la masse d’eau dans un élément de volume représentatif du milieu poreux. 31

Figure I-13 : Les principales causes de la dispersion mécanique dans un milieu poreux. 37

Figure I-14 : Evolution du coefficient de dispersion hydrodynamique en fonction de la valeur du nombre de


Péclet microscopique. 38

Figure I-15 : Représentation de la fraction d’eau immobile dans la théorie du film mince. 47

Figure I-16 : Evolution temporelle de la concentration de flux d’un traceur de l’écoulement à la profondeur
ζ = 1 en fonction de la valeur du nombre de Péclet. 49

Figure I-17 : Distributions spatiales de la concentration résidente d’un traceur de l’écoulement au bout de
τ = 1 et τ = 5 en fonction de la valeur du nombre de Péclet. 51

Figure I-18 : Illustration des différents mécanismes de sorption. 58

Figure I-19 : Différents mécanismes d’adsorption d’un cation à la surface d’un minéral. 59

Figure I-20 : Classification des isothermes d’adsorption en fonction de la valeur de leur pente à l’origine. 60

Figure I-21 : Interprétation physique de l’isotherme de Freundlich. 62

Figure I-22 : Les causes de la cinétique physique. 65

Figure I-23 : Structure cristalline d'une illite. 69

V
Liste des tableaux

Figure I-24 : Mécanismes de sorption du Cs+ au niveau des FES et dans l’espace interfoliaire d’une illite. 70

CHAPITRE II :

Figure II-1 : Localisation géographique du site de prélèvement du sable étudié : clearing 2. 90

Figure II-2 : Affleurement n°2 de Pripyat Zaton et schéma d’interprétation de la série sédimentaire
caractéristique de la structure d’un dépôt éolien. 90

Figure II-3 : Analyses géologiques des carottes prélevées entre le Site Pilote et Pripyat Zaton. 91

Figure II-4 : Distribution de taille des particules en volume du sable ZATEO-SAT. 92

Figure II-5 : Observations au MEB du sable ZATEO-SAT. 93

Figure II-6 : Comparaison des concentrations en ions majeurs dans l’eau de site prélevée en amont de la
tranchée et l’eau reconstituée. 95

Figure II-7 : Evolution des concentrations en ions majeurs, du pH, de la conductivité et du potentiel redox
dans la solution mise en circulation dans la colonne de sable de Pripyat et comparaison avec la
composition de l’eau synthétique. 96

Figure II-8 : Principe des expériences en colonne de laboratoire. 98

Figure II-9 : Dispositif expérimental pour l’étude de la migration de radioéléments en colonne saturée en eau.
101

Figure II-10 : Dispositif expérimental pour l’étude de la migration de radioéléments en colonne non saturée
en eau. 103

Figure II-11 : Détermination du coefficient d’atténuation massique de l’eau dans nos conditions opératoires.
104

Figure II-12 : Prise de vue d’une partie du banc gamma IRSN. 105

Figure II-13 : Profils de masse volumique apparente de 4 colonnes acceptées et d’une colonne rejetée. 107

Figure II-14 : Evolution des profils h(z) et θ(z) pendant les phases transitoires d’assèchement et d’infiltration
de la colonne non saturée qui précèdent la mise en place du régime d’écoulement permanent,
avec un profil de teneur en eau uniforme. 109

Figure II-15 : Ajustement du modèle de Brooks et Corey pour la courbe caractéristique de conductivité
hydraulique d’une colonne de sable ZATEO-SAT (θsat = 0,31). 110

Figure II-16 : Cône d’ouverture de la sonde gamma. 111

Figure II-17 : Reconstitution de la courbe de percée du soluté à partir des profils de concentration totale. 112

Figure II-18 : Principe de fonctionnement du réacteur ouvert parfaitement agité. 113

Figure II-19 : Schéma de montage du réacteur ouvert parfaitement agité. 115

Figure II-20 : Calcul de la concentration de soluté fixé sur le solide et de la concentration de soluté désorbé.
119

VI
Liste des tableaux

CHAPITRE III :

Article concernant le Sr :

Figure 1: Cumulative size distribution by volume of studied eolian sand. 130

Figure 2: Stirred flow-through reactor experimental setup. 133

Figure 3: Typical flow-through reactor BTCs of inert and reactive solutes, and expected results. 134

Figure 4: Experimental setup for miscible displacement experiments. 135

Figure 5: Sr sorption isotherms on the eolian sand and related fitted curves using the Langmuir model.
(Direct batch experiments; Batch experiments after 5 washing steps with synthetic water; Stirred
flow-through reactor experiments). 141

Figure 6: Evolution of the normalized inert tracer concentration in the reactor outflow as a function of the
normalized time t/τ, with and without 8 g of sand in the reactor. The inert tracer BTCs are
compared to the theoretical evolution of the outflow composition predicted by the perfectly stirred
reactor model. 143

Figure 7: Flow-through reactor BTCs of Sr for different flow rates (20, 100, 200 ml/h) compared to the BTC of
-6
the inert tracer. [Sr]0 was 1.1 10 mol/L for all three experiments. 144

Figure 8: Instantaneous Sr sorption rate and desorption rate calculated from the results of the stirred flow-
-6
through experiments at different flow rates (20 ml/h, 100 ml/h, 200 ml/h) and [Sr]0 = 1.1 10 mol/L.
Rates are expressed as the amount of aqueous strontium removed from (sorption stage) or added
to (desorption stage) the solution for a given number of reactor volumes passing through the
reactor. 145

Figure 9: Flow-through reactor BTCs of Sr for inflow concentrations compared to the BTC of the inert tracer.
Q was 100 ml/h for the five experiments. 147

Figure 10: Comparison of flow-through reactor BTCs of Sr measured and predicted by the cation exchange
model. 148

Figure 11: Simulations with the cation exchange model of the evolution of [Sr]aq, [Sr]s, [Ca]s, [Mg]s, [Na]s, and
[K]s concentrations during Stage I. 149

Figure 12: Column BTCs of the inert tracer (tritiated water) at the start (07/2002) and end of the miscible
displacement experiments (11/2002). 150

Figure 13: Column BTCs of 85Sr at different equilibrating stable Sr concentrations (see Table 5 for the
isotopic ratio of the different solutions). 151

Figure 14: Simulated profiles of aqueous and sorbed stable Sr concentrations in the column at the end of the
preconditioning stage for miscible displacement experiment with Sr-free feed solution. 153

Paragraphe concernant le Cs :

Figure III-1 : Etude en batchs de la cinétique de sorption du Cs sur le sable éolien de Pripyat Zaton. 159

Figure III-2 : Isotherme de sorption du Cs sur le sable éolien de Pripyat. 160

Figure III-3 : Evolution du coefficient de distribution (ou Kd) du Cs en fonction de la concentration en phase
liquide à l’équilibre. 161

VII
Liste des tableaux

Figure III-4 : Modélisation de l’isotherme de sorption du Cs sur le sable éolien de Pripyat par un modèle
d’échange d’ions à deux types de sites. 164

Figure III-5 : Estimation du coefficient de distribution du Cs sur le sable éolien de Pripyat par un modèle
d’échange d’ions à deux types de sites. 165

Figure III-6 : Courbes de percée du traceur de l’écoulement en sortie du réacteur, en présence et en absence
de sable et à 100 ml/h. Ajustement du paramètre τ du modèle du réacteur parfaitement mélangé.
168

Figure III-7 : Courbes de percée du Cs en sortie du réacteur ouvert, pour différentes valeurs du débit (20,
100, 200 ml/h). Pour les trois expériences, C0=1 10-8 mol/l. 169

Figure III-8 : Comparaison des taux de sorption et de désorption pour les différents débits testés. 170

Figure III-9 : Courbes de percée du Cs en sortie du réacteur ouvert à 100 ml/h, pour différentes valeurs de la
concentration injectée en entrée de réacteur : 5 10-8 < C0 < 10-9 mol/l. 171

Figure III-10 : Courbes de percée expérimentales à 100 ml/h pour différentes concentrations initiales de Cs
en solution, comparées aux simulations réalisées en prenant en compte l’hypothèse de
l’équilibre thermodynamique pour la réaction de sorption sur les 2 types de sites et en
considérant une cinétique de sorption et de désorption sur les sites « particuliers » avec
-1
ks = 1/300 s . 174

Figure III-11 : Comparaison des taux de sorption et de désorption simulés avec PHREEQC pour les
différents débits testés. 176

Figure III-12 : Comparaison des courbes de percée du traceur de l’écoulement en sortie de la colonne n°1
saturée en eau, enregistrées à différentes dates en cours d’expérience. 178

Figure III-13 : Evolution des profils de concentration totale de Cs le long de la colonne n°1 saturée. 180

Figure III-14 : Courbe de percée du Cs mesurée en sortie de la colonne n°1 par comptage gamma des
échantillons collectés. 181

Figure III-15 : Evolution de la concentration totale de Cs en un point de la colonne n°1 saturée. Les courbes
choisies ont été repérées par la côte de la sonde de mesure gamma depuis le bas de la
colonne. 181

Figure III-16 : Profil de concentration résidente totale de Cs déterminé par autopsie de la colonne n°1 à la fin
de l’expérience de migration. 182

Figure III-17 : Trois profils de concentration totale de Cs le long de la colonne n°1 saturée. Les profils choisis
ont été repérés par le nombre de volumes de pore passés dans la colonne depuis l’injection.
Les profils simulés avec PHREEQC sont représentés par des lignes. 185

Figure III-18 : Courbe de percée du Cs mesurée en sortie de la colonne n°1 saturée et influence de la
capacité d’échange des sites particuliers sur les courbes simulées avec PHREEQC. 186

Figure III-19 : Trois profils de concentration totale de Cs le long de la colonne n°1 saturée. Le temps
caractéristique de la réaction de sorption pour les courbes simulées est 100 s. 187

CHAPITRE IV :

Figure IV-1 : Profils de teneur en eau dans les différentes colonnes dédiées à l’étude de la migration des
radioéléments en non saturé. 195
Figure IV-2 : Courbes de percée du traceur de l’écoulement mesurées en sortie de colonnes à saturation
naturelle et en conditions non saturées. 198

VIII
Liste des tableaux

Figure IV-3 : Evolution de la dispersivité du sable éolien en fonction de la teneur en eau moyenne dans la
colonne. 199
Figure IV-4 : Evolution des paramètres du modèle mobile-immobile en fonction de la teneur en eau moyenne
dans la colonne. 200
Figure IV-5 : Evolution des profils de concentration totale de Cs dans la colonne n°8 non saturée en eau
(<θ> = 0,17). 201
85
Figure IV-6 : Evolution des profils de concentration totale de Sr dans les colonnes non saturées en eau
n°11 (<θ> = 0,23 et Q = 45,4 ml/h), n°14 (<θ> = 0,19 et Q = 19,8 ml/h) et n°15 (<θ> = 0,15 et
Q = 4,9 ml/h). 203
Figure IV-7 : 2 profils de concentration totale de Cs enregistrés respectivement en saturé (colonne n°1) et en
non saturé (colonne n°8), 87 Vp environ après l’injection de la solution marquée et simulés
avec PHREEQC. 209
Figure IV-8 : Profils simulés de concentration de Sr stable dans la solution au contact du sable et fixé à la
surface du sable dans la colonne n°11 avant l’injection de la solution marquée. 210
85
Figure IV-9 : 2 profils de concentration totale de Sr enregistrés le long de la colonne n°11 non saturée en
eau (<θ> = 0,23) respectivement 210 h et 422 h après l’injection de la solution marquée, et
simulés avec PHREEQC. 211
85
Figure IV-10 : 2 profils de concentration totale de Sr enregistrés le long de la colonne n°14 non saturée en
eau (<θ> = 0,19) respectivement 157 h et 408 h après l’injection de la solution marquée, et
simulés avec PHREEQC. 211
Figure IV-11 : 2 profils de concentration de 85Sr enregistrés le long de la colonne n°15 non saturée en eau
(<θ> = 0,16) respectivement 391 h et 679 h après l’injection de la solution marquée, et simulés
avec PHREEQC. 216
Figure IV-12 : Courbes de percée du traceur de l’écoulement mesurées en sortie de la colonne n°15 à
saturation naturelle et en insaturé. 217
85
Figure IV-13 : Influence du paramètre kM sur les simulations des 2 profils de concentration totale de Sr
enregistrés le long de la colonne n°15 non saturée en eau (<θ> = 0,16) respectivement 391 h
et 679 h après l’injection de la solution marquée. 218
Figure IV-14 : 2 profils de concentration totale de 85Sr enregistrés le long de la colonne n°15 non saturée en
eau (<θ> = 0,16) respectivement 391 h et 679 h après l’injection de la solution marquée, et
différentes simulations réalisées avec PHREEQC. 219
Figure IV-15 : Courbes de percée du 85Sr simulées à 2 teneurs en eau différentes. 221

IX
Liste des tableaux

LISTE DES TABLEAUX

CHAPITRE I :

Tableau I-1 : Lois cinétiques les plus simples. 56

Tableau I-2 : Capacité d’échange et constante de sélectivité pour Cs+ des sites de l’illite. 70

Tableau I-3 : Gamme de variation des valeurs de Kd du Cs mesurées sur des sols sableux. 71

Tableau I-4 : Constantes de complexation du Sr avec les ligands inorganiques les plus courants. 73

Tableau I-5 : Produits de solubilité des 2 principales espèces solides du Sr. 73

Tableau I-6 : Gamme de variation des valeurs de Kd du Sr mesurées sur des sols sableux. 75

CHAPITRE II :

Tableau II-1 : Comparaison de la composition théorique de l’eau synthétique et des analyses de l’eau de
nappe prélevée en aval de la tranchée. 94

Tableau II-2 : Synthèse des résultats de calculs d’ESTEL-2D pour l’estimation de la durée de la phase
d’infiltration en fonction de la teneur en eau visée dans l’expérience de migration en colonne
non saturée. 108

CHAPITRE III :

Article concernant le Sr :

Table 1: Soil physical-chemical characteristics 130

Table 2: Comparison of Chernobyl Pilot Site aquifer and synthetic groundwater compositions. 131

Table 3: Flow-through reactor experiment conditions and main results. 133

Table 4: Column characteristics and transport model parameters. 136

Table 5: Column experiment conditions and main results. 136

Table 6: Major cations concentrations in solution after 3 days for synthetic water/sand and deionized
water/sand systems in batch reactors. 141

Table 7: Comparison of water residence times (τ) in the stirred flow-through reactor determined by volumetric
measurements of internal volume of the reactor and flow rate, and by fitting the parameter of the
perfectly stirred reactor model on tritiated water BTCs. 143

Paragraphe concernant le Cs :

Tableau III-1: Conditions des essais en réacteur ouvert et principaux résultats concernant le Cs. 167

Tableau III-2 : Comparaison des temps de séjour de l’eau dans le réacteur déterminés par la mesure directe
du volume interne du réacteur et du débit et par ajustement du modèle du réacteur
parfaitement mélangé sur les courbes de percée du traceur de l’écoulement. 167

X
Liste des tableaux

Tableau III-3 : Caractéristiques géométriques de la colonne de sable de Pripyat n°1 et conditions de l’essai
de migrationdu Cs. 177

Tableau III-4 : Paramètres ajustés de la solution analytique de l’équation de convection-dispersion (Ts et Pe)
pour décrire la fonction de transfert de la colonne n°1. 179

Tableau III-5: Paramètres du modèle de transport du Cs en saturé et durées des simulations réalisées avec
PHREEQC. 184

Tableau III-6 : Intercomparaison des conditions expérimentales des différents essais réalisés en conditions
statiques et dynamiques. 188

CHAPITRE IV :
Tableau IV-1 : Caractéristiques géométriques des colonnes et conditions d’écoulement pour les essais de
traçages en saturé et non saturé. 194
Tableau IV-2 : Paramètres optimisés des fonctions de transfert des colonnes (modèles de convection-
dispersion et mobile-immobile) en saturé et non saturé. 198
Tableau IV-3 : Paramètres des modèles de transport en insaturé et durées des simulations réalisées avec
PHREEQC. 205
Tableau IV-4 : Concentrations de sites d’échange introduites dans les fichiers d’entrée de PHREEQC pour
chaque colonne non saturée en eau. 208
Tableau IV-5 : Comparaison des moments d’ordre 0, d’ordre 1 et d’ordre 2 des profils enregistrés le long des
colonnes n°11 et n°14 et des profils simulés. 212
Tableau IV-6 : Paramètres des modèles de transport en insaturé et durée des simulations réalisées pour la
colonne n°15. 214
Tableau IV-7 : Concentration de sites d’échanges introduite dans le fichier d’entrée de PHREEQC pour la
colonne non saturée n°15. 215
Tableau IV-8 : Comparaison des moments d’ordre 0, d’ordre 1 et d’ordre 2 des profils enregistrés le long de
la colonne n°15 et des profils simulés avec chaque modèle. 216
Tableau IV-9 : Paramètres optimisés des fonctions de transfert de la colonne n°15 (modèles de convection-
dispersion et mobile-immobile) à saturation naturelle et en insaturé. 217
Tableau IV-10 : Conditions géochimiques et valeurs des paramètres imposés dans le modèle de transport
réactif pour la comparaison de simulations réalisées à 2 teneurs en eau différentes. 220

XI
LISTE DES PRINCIPAUX SYMBOLES ET ABREVIATIONS

Symbole
Signification Unité
Abrévation
α Dispersivité du milieu poreux m

ε Porosité géométrique -

θ Teneur en eau volumique -

Θ Teneur en eau normalisée -

θim Fraction d’eau immobile -

θm Fraction d’eau mobile -

θr Teneur en eau résiduelle du milieu poreux -

θsat Teneur en eau à saturation du milieu poreux -

Ψ Potentiel de l’eau du sol J. m-3

Ψc Potentiel capillaire (ou matriciel) de l’eau du sol J. m-3

Ψo Potentiel osmotique de l’eau du sol J. m-3

Ψg Potentiel gravitaire de l’eau du sol J. m-3

Ψt Potentiel tensiométrique de l’eau du sol J. m-3

υi Coefficient stoechiométrique de l’espèce i -

ν Viscosité cinématique de l’eau m².s-1

ϑ(t) Vitesse de réaction mol.s-1.m-3


Masse volumique du milieu poreux sec (diphasique) ou masse volumique -3
ρd sèche
kg.m
-3
ρl Masse volumique du liquide kg.m
-3
ρs Masse volumique du solide kg.m

ρt Masse volumique du milieu poreux (triphasique) kg.m-3

σe-a Tension de surface à l’interface eau-air J.m-2

∆G Variation d’enthalpie libre de réaction J.mol-1

∆G° Enthalpie libre de réaction dans l’état standard J.mol-1


-1
∆H Variation d’enthalpie du système J.mol

∆S Variation d’entropie du système J.mol-1.K-1

Π Produit d’activités -
BM Bilan de Masse
BTC(s) Break-Through Curve(s), courbe(s) de percée
C(h) Capacité spécifique du milieu poreux m-1
-3
Caq Concentration résidente de soluté en phase aqueuse mol.m
CD Modèle de Convection-Dispersion

XII
-1
CEC Capacité d’Echange Cationique du sol mol.kg
-3
Cf Concentration de flux de soluté en phase aqueuse mol.m
-3
Cs Concentration résidente de soluté en phase solide mol.m
-3
Ct Concentration résidente totale de soluté dans le milieu poreux mol.m
D Coefficient de dispersion hydrodynamique m².s-1

D(θ) Diffusivité du milieu poreux m².s-1


-1
D0 Coefficient de diffusion moléculaire dans l’eau libre m².s
De Coefficient de diffusion effectif m².s-1
Dk Nombre de Damköhler -
-1
Dp Coefficient de diffusion de pore m².s
dp Diamètre des particules du sol m
DRX Diffraction de Rayons X
e Indice des vides -
EVR Elément de Volume Représentatif m3
EXAFS Extended X-rays Absorption Fine Structure
f Fraction du volume d’eau qui participe à l’écoulement -
FI Force ionique mol.m-3
g Accélération de la pesanteur m.s-2
h Hauteur manométrique (pression, tension ou succion de l’eau du sol) m
H Charge hydraulique m
jc Flux molaire de soluté transporté par convection mol.m².s-1
jd Flux molaire de soluté transporté par diffusion mol.m².s-1
js Flux molaire total de soluté mol.m².s-1
-1
K Tenseur de conductivité hydraulique du milieu poreux m.s

-1
K sat Tenseur de conductivité hydraulique du milieu poreux saturé en eau m.s

K Constante d’équilibre -
K(θ) Conductivité hydraulique relative m.s-1
3 -1
Kd Coefficient de distribution du soluté entre les phases solide et liquide m .kg
KF Constante de Freundlich m3.mol-1
Coefficient cinétique de transfert de masse de soluté entre les fractions -1
kM d’eau mobile et immobile
s

Coefficient de sélectivité apparent qui caractérise l’équilibre d’échange


KM/N entre M et N
-
-1 1-n -1
kréac Constante cinétique de la réaction (mol.l ) .s
L Longueur caractéristique du transport par convection m
LESTS Laboratoire d’Etude des Stockages de Surface
LTHE Laboratoire d’étude des Transferts en Hydrologie et Environnement

XIII
MEB Microscope Electronique à Balayage
MIM Modèle Mobile-Immobile
ml Masse de liquide kg
ms Masse de solide kg
mt Masse de milieu poreux (triphasique) kg
p Pression (pair pression de l’air, pl pression de l’eau du sol) Pa
Pe Nombre de Péclet -
PHREEQC Code couplé géochimie-transport (1-D)
q Vitesse au sens de Darcy m.s-1
Q Débit d’eau m3.s-
R Facteur de retard du soluté réactif par rapport à l’eau -
Re Nombre de Reynolds -
S Section de colonne m²
S° Degré ou taux de saturation -
SAA Spectrophotométrie d’Absorption Atomique
SAT Section d’Application des Traceurs
T Tortuosité du milieu poreux -
T° Température K
Ts Temps de séjour moyen dans le système considéré s
v Vitesse de pore ou vitesse microscopique moyenne m.s-1
3
Vl Volume de liquide m
Vp Volume de pore m3
3
Vr Volume interne du réacteur à flux continu m
3
Vs Volume de solide m
3
Vt Volume de milieu poreux (triphasique) m
w Teneur en eau massique -
ZNS Zone Non Saturée

XIV
INTRODUCTION GÉNÉRALE
2
Introduction générale

Les sites et sols pollués par les activités industrielles ont fait l’objet d’une prise de
conscience récente de la part de la communauté scientifique puis du grand public. Depuis une
vingtaine d’années, la communication autour de ces thèmes s’est fortement développée, les
populations ont été alertées et sont de plus en plus sensibles à la qualité de leur environnement.
Le passif environnemental laissé par deux siècles d’activités industrielles est lourd et les
conséquences sur les écosystèmes, les ressources en eau et sur la santé humaine peuvent être
importantes. Les pouvoirs publics ont donc été amenés à réagir. Aujourd’hui des outils
réglementaires existent pour traiter de manière pragmatique les problèmes environnementaux
posés par les sites pollués et proposer des solutions de traitement en fonction de l’usage actuel et
futur de ces sites. L’Etat a également mis en place des moyens de contrôle des industriels afin de
ne pas reproduire les erreurs commises par le passé.
L’augmentation de la pression foncière autour des villes et la nécessité de préserver et
restaurer les ressources naturelles nous obligent à multiplier les actions de surveillance et de
réhabilitation de sites pollués. En France, en 2001, une communication sur les sols pollués en
Conseil des Ministres a souligné la nécessité d’accroître les efforts en matière de recherche et
développement sur cette thématique. La gestion des sites et sols pollués est un domaine émergent
en France qui implique à la fois les pouvoirs publics, les industriels et la communauté scientifique.
La pluridisciplinarité fait la richesse de la recherche scientifique dans le domaine des sites
et sols pollués. Des équipes spécialisées dans des domaines aussi variés que les sciences de la
Terre, la biologie, la microbiologie, l’écologie, le génie des procédés, l’hydrogéologie, sont
amenées à collaborer et assurer le transfert technologique en lien avec des partenaires industriels.
L’importance des enjeux (santé, environnement, foncier, économie...) souligne la nécessité de
progresser dans la connaissance scientifique sur de nombreux points :
− la caractérisation des sites pollués,
− la métrologie de l’environnement,
− les processus de transfert des polluants vers les eaux et la biosphère,
− la prédiction de l’évolution des sites à long terme,
− l’évaluation des risques sanitaires,
− les techniques de réhabilitation et de surveillance des sites pollués.

Dans ce contexte motivant, l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire, et plus


particulièrement le Département de PRotection de l’Environnement, a su se positionner en tant
qu’expert de la gestion des sites pollués par des produits radioactifs. Il s’agit généralement de sites
d’entreposage de résidus d’exploitation d’anciennes mines d’uranium, de sites pollués par des
installations dans lesquelles des produits radioactifs ont été manipulés et de sites pollués par des
retombées accidentelles. Ces expertises portent à la fois sur la caractérisation radiologique des
sites et sur l’évaluation de leur impact sur l’environnement et sur l’homme. Les activités de
recherche de l’IRSN/DPRE dans le domaine du stockage de surface et des sites pollués par des
produits radioactifs ont pour objectif une meilleure compréhension des phénomènes qui conduisent
à la dissémination des radioéléments dans l’environnement.
D’autre part, le projet EDF/DRD « Transfert de Polluants Sols et Nappes des Centrales
Nucléaires de Production d’Electricité » a la double vocation de répondre aux questions relatives à
la propreté radiologique et à la sûreté nucléaire des sites de production d'électricité. L'un des
thèmes de recherche associé est orienté vers l'étude des transferts de polluants radioactifs dans
les sols par le vecteur « eau souterraine ».

3
Introduction générale

Depuis 1999, l’IRSN, en coopération avec le Commissariat à l’Energie Atomique et des


organismes de recherche Ukrainiens (Institute of Geological Science et Ukrainian Institute of
Agricultural Radiology), s’est doté d’un outil d’étude, en vraie grandeur, des phénomènes de
transport des radioéléments dans la géosphère et la biosphère : la plateforme expérimentale de
Tchernobyl.
A la suite de la catastrophe de Tchernobyl, les débris et les terres très fortement
contaminés par les retombées radioactives ont été enterrés dans l’urgence dans des tranchées
non étanches, afin d’éviter une dissémination des particules radioactives par transport
atmosphérique. On a recensé environ 900 tranchées de ce genre dans la zone d’exclusion des
30 km autour de la centrale Nucléaire. L’une d’entre elle, la tranchée n°22 (T22), ainsi que la zone
de 4 hectares qui l’entoure, constitue la plateforme expérimentale de Tchernobyl (ou Chernobyl
Pilot Site). Le site pilote de Tchernobyl se trouve à quelques kilomètres de la centrale nucléaire, au
cœur de l’ancienne forêt rousse. La tranchée n°22 contient essentiellement des troncs d’arbres et
du sol contaminés par des particules de combustible. Soumise à l’action de l’eau de pluie, la
tranchée relâche des radioéléments dans l’environnement.
Le site pilote de Tchernobyl est équipé des moyens nécessaires au suivi de la migration
des radioéléments dans le sol et vers les plantes. Pour l’étude du transport des radioéléments, les
partenaires du projet ont scindé le compartiment sol en 3 sous ensembles :
− la tranchée n°22, considérée comme le terme source de la pollution,
− la zone non saturée (ZNS) en eau, ou encaissant de la tranchée, qui s’étend entre la
surface et 3,5 m de profondeur,
− l’aquifère, ou zone saturée, situé en dessous de 3,5 m de profondeur.
Pour chacun de ces sous ensembles, la démarche d’étude passe par l’identification et la
quantification des mécanismes prépondérants et par l’acquisition des paramètres des modèles
capables de les décrire. L’objectif est l’élaboration d’une modélisation globale, intégrant les
modèles relatifs à chaque sous ensemble, afin de caractériser et décrire le transfert des
radioéléments à l’échelle du site. Chaque étape fait l’objet d’une validation expérimentale qui utilise
les équipements du Site Pilote et des laboratoires impliqués dans le projet.

La volonté des autorités de sûreté et des industriels d’intégrer la zone non saturée des sols
dans les modèles de transport des polluants par le vecteur eau souterraine est relativement
récente. Jusqu’à présent, les outils opérationnels d’aide à la décision, négligeaient la présence de
cette zone située entre l’origine de la pollution et l’aquifère. Cette démarche est pénalisante car le
retard attendu, et donc l'atténuation de la concentration en radioéléments dans l'eau due à la zone
non saturée n’est pas prise en compte pour le calcul final de transport dans l'aquifère. Les
évaluations sont alors censées surestimer les concentrations réelles. La raison essentielle de ce
choix est que les outils numériques et les données à acquérir, sont généralement peu ou pas
disponibles. En pratique, dans certains cas, cette démarche peut conduire les autorités locales et
les organismes de contrôle à prendre des mesures inappropriées ou disproportionnées, donc
coûteuses. Cette situation est en train de changer avec l'apparition sur le marché de codes
industriels pour la résolution des équations du non saturé. Cependant, les temps de calculs sont
généralement longs et réduisent le champ d'application de tels outils. D’autre part, l'acquisition des
paramètres hydrodynamiques et de transport dans la zone non saturée est toujours problématique.
Pour l'IRSN il était temps de faire le point sur le sujet et de proposer des approches
justifiées de ce problème, ainsi que des solutions à court et à moyen terme. De son côté,
EDF/DRD développe un outil simplifié d'analyse d'impact et d’aide à la décision prenant en compte
la zone non saturée dans le cadre du projet « Transferts de Polluants Sols et Nappes des CNPE ».
Les objectifs en matière de recherche et développement d'EDF recoupant très largement ceux de

4
Introduction générale

l'IRSN, ce travail de thèse est financé par les deux organismes. Après concertation, le choix du site
d’étude s’est porté sur la plateforme expérimentale de Tchernobyl.

Le transport des radioéléments dans la zone non saturée des sols résulte de la contribution
de plusieurs mécanismes élémentaires plus ou moins bien connus :
− la diffusion, ou propagation des radioéléments en absence de mouvement de fluides,
− l’advection ou entraînement des radioéléments par l’écoulement de fluides (gaz ou
liquide),
− l’échange de matière entre fluides et phases solides (les roches).
Concernant ce dernier point, de nombreuses études montrent que dans la zone non-
saturée comme dans les aquifères, la spéciation des polluants, c’est à dire les formes chimiques
qu’ils prennent dans la solution du sol et sur les supports solides (minéraux et vivants), joue un rôle
capital dans leur mobilisation (Fesch et al., 1998 b ; Schoen et al., 1999 ; Staunton et al., 1999 ;
Plassard et al., 2000 ; Albrecht et al., 2003). En effet, la structure, la teneur en eau, la nature
minéralogique et la teneur en matière organique du sol, les temps de contact et la composition de
la solution du sol sont autant de facteurs qui contrôlent la rétention, la migration et le relargage de
polluants déversés en surface de manière diffuse ou accidentelle.
Compte tenu du couplage entre les mécanismes de transport (diffusion et advection) et les
réactions biogéochimiques, la compréhension des processus de transfert des radioéléments dans
les sols en vue de leur modélisation, passe nécessairement par une simplification du système et
une réduction de l’échelle d’observation. La réalisation d’expériences au laboratoire permet d’isoler
les contributions de chacun des phénomènes et de travailler dans des conditions physico-
chimiques parfaitement maîtrisées. Avec un souci de représentativité des conditions de terrain,
nous nous sommes orientés en particulier vers la réalisation de colonnes de sol non saturées en
eau.
Notre étude est restreinte à l’identification et à la quantification des mécanismes
prépondérants impliqués dans la migration, en régime d’écoulement d’eau permanent, du
césium et du strontium dans le sol non saturé du Site Pilote de Tchernobyl. Les isotopes
radioactifs de ces éléments sont présents au niveau du site pilote. Le 90Sr relâché dans
l’environnement par dissolution des particules de combustible contenues dans la tranchée est
particulièrement mobile (Figure 0-1). Un panache s’est formé dans la nappe phréatique située sous
la tranchée. Le 137Cs a un comportement radicalement différent et ne pénètre pas profondément
dans le sol.
La méthodologie et les outils expérimentaux mis en oeuvre dans le cadre de ce travail de
thèse sont les suivants :
− caractérisation des lois d'interaction radioéléments/sol saturé en conditions statiques et
dynamiques,
− utilisation d'un banc de mesure d’activité gamma sur colonne de laboratoire pour réaliser
les expériences phénoménologiques de transfert de radioéléments dans le sol non
saturé,
− recherche d'outils numériques de résolution des équations du transport réactif en milieu
non saturé. Les objectifs étant d'une part, de définir, de dimensionner, puis d'interpréter
correctement les expériences, et d'autre part de mener des comparaisons saturé/non
saturé,
− définition du domaine de validité des modèles de transport réactif élaboré en milieu
poreux non saturé.

5
Introduction générale

116
Disturbed (man-caused) layer
Trench No.22-T
120
1230
114 1050
1020
2400 Zone non saturée
Groundwater level (June 2001)
112
Flow direction 1760 2370 123
Eolian sand layer
m a.s.l.

110 (K=6 m/day, Kd~1-3 ml/g) 346 1510 1840 350

45 100
108 126
Caractérisation des
52 26 15
mécanismes en
106 Alluvial sand layer
(K=0.03 m/day, Kd~10 ml/g) Sr-90 in well, Bq/L milieu simplifié, à
2
l’échelle du dm3
104
0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 22 24
X, m Utilisation d’un
By courtesy of D. Bugaï modèle
déterministe à
cette échelle

Figure 0-1
90
Panache de Sr sous la tranchée n°22.

L’une des originalités de ce travail a été de mettre en évidence expérimentalement le rôle


d’une diminution du taux de saturation des colonnes de sol du site pilote et les conséquences sur
les paramètres effectifs du transport réactif du Cs et du Sr.

Ce mémoire s’organise en 4 chapitres.


Le chapitre I présente les aspects théoriques nécessaires à la compréhension des
mécanismes de transport de soluté en milieu poreux saturé et les spécificités du non saturé, ainsi
que les propriétés chimiques du Cs et du Sr et l’affinité de ces éléments pour les minéraux qui
constituent le sol. Cette synthèse bibliographique nous a permis de cerner les domaines de validité
des modèles utilisés pour la description du transport de soluté réactif en milieu poreux saturé et
insaturé.
Le chapitre II décrit en détail la méthodologie utilisée, le principe des expériences réalisées
et les résultats attendus. Nous revenons également dans ce chapitre sur la nature du sol étudié et
sur les gammes de variations sur site des facteurs physico-chimiques importants.
Le chapitre III présente les résultats de l’étude de l’interaction radioéléments/sol, en
absence d’écoulement d’eau et en présence d’un écoulement d’eau dans le milieu poreux saturé.
La modélisation des mécanismes de transport et des réactions à l’interface solide/liquide, réalisée
au cours de ce travail de thèse, est détaillée et justifiée.
Enfin, le chapitre IV résume les résultats des expériences phénoménologiques de transport
des radioéléments dans des colonnes non saturées en eau. L’influence d’une diminution de la
teneur en eau moyenne dans la colonne sur les paramètres effectifs des modèles de transfert
construits sur la base des résultats obtenus en milieu poreux saturé est illustrée. Nous nous livrons
également à un exercice de prédiction du comportement du strontium en non saturé, en
extrapolant le modèle élaboré au cours de ce travail.

6
CHAPITRE I
APPROCHE BIBLIOGRAPHIQUE DE
L’ÉCOULEMENT D’EAU ET DU
TRANSFERT DE SOLUTÉS EN MILIEU
POREUX INSATURÉ
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

SOMMAIRE

CHAPITRE I : APPROCHE BIBLIOGRAPHIQUE DE L’ECOULEMENT


D’EAU ET DU TRANSFERT DE SOLUTES EN MILIEU POREUX
INSATURE.

A. LE TRANSFERT HYDRIQUE ................................................................................... 11


1. GENERALITES SUR LES SOLS, DEFINITION DES VARIABLES FONDAMENTALES ..................... 11
1.1. Représentation physique d’un sol....................................................................... 11
1.2. Classification texturale des sols.......................................................................... 13
1.3. Variables descriptives fondamentales................................................................. 14
1.3.1. La porosité géométrique ......................................................................................... 14
1.3.2. La masse volumique apparente.............................................................................. 14
1.3.3. La teneur en eau .................................................................................................... 15
2. CARACTERISTIQUES HYDRAULIQUES DES SOLS .............................................................. 16
2.1. Notion de potentiel de l’eau du sol...................................................................... 16
2.2. Géométrie de la phase liquide ............................................................................ 17
2.2.1. Interface entre 2 fluides : l’eau et l’air ..................................................................... 17
2.2.2. La rétention capillaire.............................................................................................. 18
2.3. La courbe caractéristique de rétention d’eau ...................................................... 19
2.3.1. Les modèles les plus utilisés .................................................................................. 20
2.3.2. Le phénomène d’hystérésis .................................................................................... 22
2.4. La courbe caractéristique de conductivité hydraulique ....................................... 23
2.4.1. Equation de Darcy-Buckingham, 1907.................................................................... 23
2.4.2. Tortuosité du milieu poreux..................................................................................... 23
2.4.3. Paramétrisation de la courbe de conductivité hydraulique ...................................... 24
2.4.4. Contraintes sur les paramètres de forme des modèles proposés............................ 26
3. THEORIE DE L’ECOULEMENT EN ZONE NON SATUREE....................................................... 27
3.1. Ecoulement en régime permanent ...................................................................... 27
3.1.1. Sol saturé ............................................................................................................... 27
3.1.2. Ecoulement en milieu poreux non saturé ................................................................ 30
3.2. Ecoulement en régime transitoire ....................................................................... 30
3.2.1. Conservation de la masse d’eau............................................................................. 31
3.2.2. Dynamique de l’écoulement.................................................................................... 32
4. SYNTHESE DE LA PARTIE A........................................................................................... 33
B. OUTILS D’ETUDE DU TRANSPORT DE SOLUTE EN MILIEU POREUX SATURES
ET NON SATURES................................................................................................... 35
1. LES MECANISMES DE TRANSFERT EN MILIEU POREUX SATURES ET NON SATURES .............. 35
1.1. Définitions des variables fondamentales............................................................. 35
1.2. Transport par convection .................................................................................... 36
1.3. La dispersion hydrodynamique ........................................................................... 36
1.4. Hétérogénéités de l’écoulement ......................................................................... 40
2. MODELISATION DU TRANSPORT DE SOLUTE : CAS DES TRACEURS DE L’ECOULEMENT ......... 40

8
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

2.1. Définition d’un traceur de l’écoulement ............................................................... 41


2.2. Les équations de la dynamique du transport de soluté....................................... 42
2.2.1. Toute l’eau est mobile............................................................................................. 42
2.2.2. Une fraction de l’eau est immobile .......................................................................... 44
2.3. Les solutions analytiques du modèle de convection-dispersion.......................... 48
2.3.1. Courbe de percée................................................................................................... 48
2.3.2. Profil de concentration ............................................................................................ 50
2.4. Notion de distribution de temps de séjour........................................................... 51
3. LE CESIUM ET LE STRONTIUM : DEUX ELEMENTS INTERAGISSANT AVEC LA MATRICE SOLIDE
DANS LES SOLS NATURELS ................................................................................................. 53
3.1. Notion d’équilibre thermodynamique et de cinétique chimique ........................... 54
3.1.1. Modèle d’équilibre et constante d’équilibre ............................................................. 54
3.1.2. Cinétique de réaction.............................................................................................. 55
3.2. Généralités concernant le phénomène de sorption............................................. 57
3.2.1. Définitions............................................................................................................... 57
3.2.2. Les mécanismes de l’adsorption............................................................................. 58
3.2.3. Des modèles pour décrire le phénomène d’adsorption ........................................... 59
3.2.4. Cinétique des réactions de sorption........................................................................ 64
3.3. Réactivité des sols sableux naturels vis à vis du césium et du strontium ........... 65
3.3.1. Le cas du césium.................................................................................................... 66
3.3.2. Le cas du strontium ................................................................................................ 72
4. TRANSPORT DE SOLUTES REACTIFS .............................................................................. 75
4.1. L’approche globale, cas des interactions instantanées décrites par une isotherme
linéaire 76
4.1.1. Pas de régionalisation de l’écoulement................................................................... 76
4.1.2. Une fraction d’eau est immobile.............................................................................. 77
4.2. L’approche couplée géochimie-transport ............................................................ 81
5. SYNTHESE DE LA PARTIE B........................................................................................... 82

9
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

10
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

Approche bibliographique de l’écoulement et du


transfert de solutés en milieu poreux insaturé

L’objectif de ce chapitre est de faire le point sur l’état actuel des connaissances des phénomènes
physiques mis en jeu lors du transfert de produits solubles dans la couche aérée des sols située au
dessus des aquifères appelée zone non saturée.
Ce chapitre est scindé en deux parties, tout d’abord l’étude du transfert hydrique ou écoulement de
l’eau en milieu poreux et en présence d’une phase gazeuse, puis l’étude du transfert d’espèces
solubles dans le milieu poreux par le vecteur eau uniquement.

A. LE TRANSFERT HYDRIQUE

Cette première partie est dédiée exclusivement à l’étude de l’état de l’eau contenue dans
un sol non saturé : l’eau en condition d’équilibre statique, puis les mécanismes physiques à
l’origine de l’écoulement de l’eau. Dans un premier temps, nous définissons le domaine d’étude et
les grandeurs fondamentales nécessaires à la description des caractéristiques physiques et
hydrauliques du système eau/sol. Le cadre de ce travail ayant été défini, nous établissons dans un
second temps les équations de l’écoulement d’eau dans le milieu poreux.

1. GENERALITES SUR LES SOLS, DEFINITION DES VARIABLES FONDAMENTALES

1.1. Représentation physique d’un sol

La zone non saturée des sols, siège des transferts que nous étudions, est un milieu poreux
triphasique composé :
− d’une matrice solide formée par l’assemblage des particules minérales (appelées
graviers, sables, limons et argiles en fonction de leur dimension). Les mouvements de
fluide ont lieu à l’intérieur de cette trame dans les interstices laissés vides appelés pores.
− d’un mélange gazeux (essentiellement air et vapeur d’eau) occupant une fraction des
pores. Ce mélange gazeux se trouve soit sous forme d’une phase continue qui s’écoule
dans le milieu poreux et transporte des espèces volatiles, soit sous forme de bulles
occluses piégées dans la matrice poreuse.
− d’eau occupant le reste de l’espace vide laissé dans les pores. Cette solution contient de
nombreuses espèces dissoutes ou solutés, c’est le siège des transferts de matière que
nous étudions. L’eau du sol se trouve généralement sous 2 formes, soit de l’eau mobile
qui participe à l’écoulement, soit de l’eau immobile liée aux particules solides par des

11
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

forces d’adsorption moléculaire, et piégée dans des pores isolés de l’écoulement (Bond
et Wierenga, 1990).
La figure suivante donne une représentation schématique d’un sol non saturé (Van Genuchten et
Wierenga, 1976) :

sol région
eau mobile dynamique
air
eau immobile région
sol stagnante

Figure I-1

Représentation simplifiée d’un milieu poreux non saturé en eau (Van Genuchten et Wierenga, 1976).

En physique du sol, les variables introduites peuvent être définies à des échelles
différentes. Nous distinguerons dans la suite l’échelle microscopique (ou locale) et l’échelle
macroscopique (ou échelle de l’Elément de Volume Représentatif, noté EVR, Bear, 1972).
L’échelle microscopique est l’échelle classique de la mécanique des fluides pour laquelle le fluide
est un milieu continu. Les variables locales définies à cette échelle décrivent une quantité physique
en un point. Par exemple :
− la concentration de soluté, définie comme la quantité (en masse ou nombre de moles) de
soluté contenue dans une unité de volume de fluide,
− la masse volumique d’un fluide ou d’un solide, définie comme la masse d’un élément de
volume infinitésimal de ce fluide ou de ce solide,
− la viscosité d’un fluide,
− la vitesse d’un fluide…
Il faut se placer à l’échelle macroscopique pour pouvoir considérer le milieu poreux comme
un milieu continu. Pour définir l’élément de volume représentatif du milieu poreux, considérons les
variations d’une variable d’état, par exemple la masse de solide ms contenue dans un volume de
milieu poreux Vt, en fonction du volume de l’échantillon Vt. On obtient une courbe ayant l’allure
suivante :

ms/Vt

ρd

Vt
EVR

Figure I-2

Illustration de la notion d’élément de volume représentatif d’un milieu poreux (Gaudet, 1978).

12
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

L’EVR est l’élément de volume minimum dont les caractéristiques sont représentatives du
milieu poreux. L’échelle de l’EVR doit être comparée à l’échelle de mesure. En ce qui nous
concerne, l’échelle de mesure correspond aux dimensions d’une colonne de laboratoire. A cette
échelle réduite le milieu poreux peut être homogène, alors qu’à l’échelle du site la variabilité des
propriétés physiques du milieu impose généralement la prise en compte d’hétérogénéités
spatiales.

1.2. Classification texturale des sols

Dans la suite nous distinguerons fréquemment deux notions importantes : la texture et la


structure d’un sol.
La texture représente la distribution de taille des particules constituant le sol. On distingue
les particules de diamètre supérieur à 2 mm, appelées graviers, et les particules de diamètre
inférieur à 2 mm réparties en 3 classes texturales : sable, limon et argile. La texture est une
caractéristique statique du sol, facilement accessible. Il est commode de classer les sols dans des
groupes texturaux, en fonction de la distribution de tailles des particules qui le composent. La
Figure I-3 représente les limites entre les différents groupes texturaux définis par l’US Department
of Agriculture.

Figure I-3

Classification texturale « en triangle » des sols proposée par l’USDA.

13
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

La structure d’un sol représente l’arrangement relatif des particules qui le composent. La
structure, par opposition à la texture, est une caractéristique dynamique du sol. La structure varie
dans le temps et fortement dans l’espace. La structure du sol impose notamment la géométrie du
réseau poral. Cette notion ne permet pas de distinguer des catégories de sols.

1.3. Variables descriptives fondamentales

Dans la suite, les symboles m et V font référence respectivement à une masse (kg) et à un
volume (m3). Les indices ()l, ()s ()g et ()t désignent respectivement des quantités relatives à la phase
liquide, solide, gazeuse et à l’ensemble des 3 phases.
Les variables suivantes sont définies à l’échelle de l’EVR.

1.3.1. La porosité géométrique

Par définition la porosité géométrique ε du milieu poreux est égale au rapport du volume
des espaces vides sur le volume occupé par le solide dans l’EVR.
Vl + Vg
ε= équation I-1
Vt
Dans le cas des sols déformables, le volume de l’ensemble n’est pas constant et on utilise
fréquemment la notion d’indice des vides (e) au lieu de la porosité.
Vl + Vg ε
e= = équation I-2
Vs 1− ε

1.3.2. La masse volumique apparente

La masse volumique apparente (ou masse volumique sèche) ρd du milieu poreux est égale
à la masse de solide contenue dans l’EVR divisée par le volume de l’EVR (en kg.m-3).
ms
ρd = équation I-3
Vt

On peut exprimer ρd en fonction de la masse volumique du solide, ρs et de la porosité du


milieu poreux. En effet :
ms = ρs Vs et Vs = Vt − (Vl + Vg )
Vt − (Vl + Vg )
ρd = ρs = ρs (1 − ε )
Vt
On obtient la relation fréquemment utilisée :

ρd
ε = 1− équation I-4
ρs

Lorsque le sol est composé de grains de quartz, ρs = 2650 kg.m-3 (Bolz et al., 1976, p 192).

14
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

1.3.3. La teneur en eau

On distingue la teneur en eau massique w, définie comme le rapport entre la masse d’eau
et la masse de solide contenues dans l’EVR, et la teneur en eau volumique θ, définie comme le
rapport entre le volume d’eau contenu dans l’EVR et le volume de l’ensemble.
ml
w= équation I-5
ms

Vl ρd
θ= = w équation I-6
Vt ρl
Le degré (ou taux) de saturation, S° s’exprime comme le rapport entre la teneur en eau
volumique et la porosité géométrique.
Vl θ
So = = équation I-7
Vl + Vg ε

Théoriquement, la teneur en eau du sol peut prendre toutes les valeurs comprises entre 0
et ε. En pratique, les valeurs prises par θ sont bornées par la teneur en eau résiduelle θr et la
teneur en eau à saturation θsat.
Le piégeage de l’air dans la matrice poreuse au cours des cycles d’infiltration et de
drainage implique que la teneur en eau à saturation d’un sol n’atteint jamais, dans les conditions
naturelles, la valeur de la porosité géométrique (d’après Rogowski, 1971 : θsat ≤ 0,9.ε). En
revanche, au laboratoire, il est possible de saturer complètement l’espace poral en faisant circuler
dans la colonne de sol un gaz très soluble dans l’eau (N2O par exemple) avant la mise en eau.
La teneur en eau résiduelle est associée à la notion d’eau liée à la matrice solide par des
forces de Van der Waals, des liaisons chimiques et l’attraction moléculaire. Cette fraction d’eau
résiduelle ne peut être extraite du sol par un drainage gravitaire. En réalité, même s’il est possible
d’attribuer un sens physique à θr, il est très difficile d’avoir accès à sa valeur. Cette variable est
généralement considérée comme un paramètre de calage des modèles hydrologiques.
On introduit fréquemment la teneur en eau normalisée dans les modèles hydrologiques, définie
par :
θ − θr
Θ= équation I-8
θ sat − θr

D’autre part, nous avons évoqué le fait qu’une partie de l’eau du sol à une teneur en eau
donnée pouvait être isolée de l’écoulement, bloquée par capillarité dans les pores les plus fins. On
désignera dans la suite la teneur en eau immobile par la variable θim et la teneur en eau mobile par
θm. Ces variables sont liées par la relation suivante :
θ m + θim = θ équation I-9

15
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

2. CARACTERISTIQUES HYDRAULIQUES DES SOLS

2.1. Notion de potentiel de l’eau du sol

Il est indispensable de connaître la distribution d’énergie de l’eau du sol pour prédire son
comportement. En effet, les gradients d’énergie régissent les flux de matière. Dans la suite, pour
étudier la densité d’énergie de l’eau du sol, nous nous plaçons dans l’hypothèse simplificatrice où
l’énergie cinétique de l’eau peut être négligée devant l’énergie potentielle. C’est effectivement le
cas lorsque la vitesse d’écoulement et le gradient de température sont suffisamment faibles (Roth,
1995).
L’énergie potentielle de l’eau contenue dans le sol est définie par le travail nécessaire pour
porter un volume infinitésimal d’eau d’un état de référence à son état dans la matrice poreuse.
L’état de référence choisi est l’eau pure (ne contenant aucune espèce dissoute), libre (soumise
uniquement à la force de gravité), à l’altitude z0, à la pression p0 et à la température T0. L’énergie
potentielle associée à cet état de référence est nulle. Bien que l’énergie potentielle calculée
dépende du choix de l’état de référence, ce n’est pas le cas du gradient d’énergie.
La densité volumique d’énergie potentielle de l’eau du sol est appelé potentiel de l’eau du
sol, Ψ (en J.m-3). Traditionnellement (Bolt, 1976), Ψ se décompose en trois potentiels distincts :
− Ψg, le potentiel gravitaire est la densité d’énergie nécessaire pour apporter un volume
élémentaire d’eau libre, pure, de l’altitude de référence z0, à l’altitude z. Si on suppose
que l’axe des z est orienté positivement vers le bas, on obtient :
Ψg = −ρl g(z − z 0 ) équation I-10

− Ψo, le potentiel osmotique est la densité d’énergie nécessaire pour dissoudre dans un
volume élémentaire d’eau pure porté à l’altitude z, les composants chimiques contenus
dans l’eau du sol à cette même altitude. On néglige généralement la contribution du
potentiel osmotique dans le calcul du potentiel de l’eau du sol. Cette hypothèse peut se
révéler fausse dans des régions très arides où des espèces chimiques peuvent précipiter
et s’accumuler dans certaines couches du sol.
− Ψt, le potentiel tensiométrique est la densité d’énergie nécessaire pour apporter un
volume élémentaire d’eau du sol (contenant les espèces dissoutes) libre à l’altitude z et
à la pression p0, dans le sol de façon réversible et à température constante.

Lorsque le sol est indéformable, que la solution du sol développe une force ionique
négligeable, que la pression de l’air est constante et uniforme et vaut p0, la seule contribution au
potentiel tensiométrique provient de la densité d’énergie nécessaire pour qu’un volume d’eau
élémentaire traverse l’interface air-eau. Dans ce cas le potentiel tensiométrique est égal au seul
potentiel matriciel ou potentiel capillaire, Ψc.
Ψc = p l − p 0 = ρl gh équation I-11

avec h (m) hauteur manométrique au point considéré (on choisit généralement la pression
atmosphérique comme pression de référence, p0). Dans la zone non saturée, h est négative, on
l’appelle alors tension, ou succion. Au niveau de la surface libre de la nappe, h est nulle, et dans la
zone saturée, h est positive (pression hydrostatique).

16
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

Dans le cas simple d’un milieu poreux non saturé, indéformable où l’air est à la pression
atmosphérique prise comme pression de référence et avec z0 = 0, le potentiel total de l’eau du sol
s’exprime par :
Ψ = Ψg + Ψc = ρlg(h-z) équation I-12

Darcy, 1856 a introduit la notion de charge hydraulique H (m) pour exprimer le potentiel de
l’eau du sol. Par définition :
Ψ
H= équation I-13
ρ lg

H correspond à la hauteur d’une colonne d’eau au repos au potentiel Ψ, lorsque le pied de la


colonne est pris comme niveau de référence.
Dans le cadre de nos hypothèses simplificatrices et avec l’axe z orienté vers le bas,
H = h-z.

2.2. Géométrie de la phase liquide

2.2.1. Interface entre 2 fluides : l’eau et l’air

La géométrie de la phase liquide (dans notre cas : de l’eau développant une force ionique
faible) est liée à la géométrie de l’espace poral et à la valeur de la teneur en eau volumique, θ.
Quelle que soit la valeur de θ, la géométrie de la phase liquide est déterminée par l’état d’énergie
totale minimum. A l’équilibre, l’énergie totale est déterminée par la position des molécules d’eau
dans le champ gravitationnel, dans le champ électrique externe créé par la matrice solide et dans
le champ électrique interne créé par le moment dipolaire des molécules d’eau.
Près de la surface des minéraux constituant la matrice solide, le champ électrique est si
grand que les interactions entre les molécules d’eau elles-même peuvent être négligées. Par
conséquent, la matrice solide est toujours recouverte d’un film d’eau très fin, même à des teneurs
en eau très faibles. Cette eau « adsorbée » a des propriétés physiques très différentes de l’eau
libre, ce n’est pas un fluide.
Lorsque la teneur en eau augmente, l’épaisseur du film mince augmente ainsi que la
distance moyenne des molécules d’eau par rapport à la surface solide. Lorsque cette distance est
suffisante pour pouvoir négliger l’interaction des molécules d’eau avec la matrice solide, l’énergie
totale ne dépend plus que de la force de gravité et des forces d’attraction entre les molécules
d’eau. En se plaçant dans le cas où la quantité d’eau adsorbée représente une fraction négligeable
de la teneur en eau, il est possible d’établir une relation simple entre le rayon de courbure de
l’interface eau-air et la densité d’énergie par unité de surface d’interface, appelée tension de
surface, σe-a en J.m-2.

Dans le cas où la géométrie de l’interface est correctement décrite par une sphère, on établit
(Roth, 1995) la relation suivante entre la différence de pression ∆p qui règne de part et d’autre de
l’interface eau-air, la tension de surface et le rayon de la sphère :
2σ e−a
∆p = p eau − p air = équation I-14
r

17
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

Dans un cas plus général, où la forme de l’interface est approchée par un ellipsoïde dont les
rayons de courbures sont notés r1 et r2, on montre que l’équation I-14 devient :
1 1
∆p = σ e −a  +  équation I-15
 r1 r2 

A l’équilibre, la différence de pression entre les 2 fluides est constante et l’équation I-15
(équation de Laplace) est vérifiée en tout point de l’interface. D’autre part, à l’équilibre, le système
doit se trouver dans un état d’énergie minimum. Ces deux conditions déterminent la géométrie de
l’interface.
La présence d’une troisième phase modifie les équations établies dans ce paragraphe,
valables uniquement pour décrire l’interface entre deux fluides. Le pore étant généralement
assimilé à un tube capillaire, le paragraphe suivant nous permet de comprendre le comportement
de l’eau dans un cas simple.

2.2.2. La rétention capillaire

Expérimentalement, lorsqu’on plonge un tube capillaire de rayon r dans un réservoir d’eau


on constate que le niveau de l’eau dans le tube s’élève à une hauteur h au dessus du niveau de
l’eau dans le réservoir (c.f. Figure I-4). Plus le diamètre du tube est petit, plus la hauteur h est
grande.

vecteur unitaire pair


normal à la surface,
z
dirigé vers l’intérieur
de la phase liquide
h
peau 0

2r

Figure I-4

Description de la géométrie du système « tube capillaire ».

En supposant que le fluide est parfaitement mouillant, que le solide est toujours recouvert
d’un film d’eau, et que l’interface eau-air est une demi-sphère de rayon –r (dans la convention
choisie pour la direction du vecteur normal à la surface), on obtient la relation suivante entre la
hauteur capillaire et le rayon du tube capillaire :
2σ e −a
h= équation I-16
ρl gr

En rapprochant l’équation I-14 et l’équation I-16, on retrouve l’équation I-11 (attention la


convention pour l’orientation de l’axe z a changé) :

18
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

∆p = p eau − p air = − ρ lgh équation I-17

Dans un cas plus général, où le fluide n’est pas parfaitement mouillant, l’angle de contact
ϕ entre les phases liquide et solide caractérise l’attraction ou la répulsion des molécules d’eau par
la surface solide (c.f. Figure I-5). Si ϕ > 90°, la phase solide est hydrophobe (c’est le cas de la
matière organique par exemple), si ϕ < 90°, la phase solide est hydrophile.

fluide parfaitement mouillant : ϕ = 0 solide hydrophile : ϕ < 90° solide hydrophobe : ϕ > 90°

eau
solide solide solide

Figure I-5

Illustration de la notion d’angle de contact entre la phase solide et l’interface eau-air.

De la même façon que dans le cas du fluide parfaitement mouillant, on peut établir la
relation liant la hauteur capillaire et le diamètre du tube capillaire, on obtient une expression faisant
intervenir cette fois le cosinus de l’angle de contact :
2σ e−a cos(ϕ )
h= équation I-18
ρ l gr

En rapprochant l’équation I-14 et l’équation I-18, on obtient cette fois la relation :


2σ e −acos(ϕ )
∆p = p eau − p air = − ρl gh = − équation I-19
r

La géométrie réelle du réseau poral est considérablement plus complexe qu’un ensemble
de tubes capillaires de diamètres différents. Même les modèles de tubes capillaires les plus
sophistiqués simulant l’interconnection des pores (Childs et Collis-George, 1950) ne sont pas
capables de décrire correctement la structure des sols (Mualem, 1976). Ce constat a de lourdes
répercussions pour l’estimation de paramètres macroscopiques liés à la structure microscopique
du sol.
L’échec des modèles géométriques pour décrire la structure du réseau poral a conduit les
auteurs à construire des modèles empiriques pour prévoir le comportement de l’eau dans le sol à
l’échelle de mesure.

2.3. La courbe caractéristique de rétention d’eau

La variation de teneur en eau volumique (θ) selon la tension de l’eau dans le sol (h) est
appelée courbe caractéristique de rétention d’eau. L’allure de cette courbe, fortement non linéaire,
dépend de la structure et de la texture du sol. Pour un même sol, il n’y a pas unicité de la courbe

19
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

de rétention d’eau. La courbe obtenue dépend de « l’histoire hydrique » du sol, c’est à dire du
nombre de cycles d’infiltration et de drainage subits.

2.3.1. Les modèles les plus utilisés

De nombreuses relations faisant intervenir différents paramètres de calage ont été


proposées pour décrire la courbe de rétention d’eau. Les plus utilisées dans la littérature sont :

− Le modèle de Brooks et Corey, 1964 :


 θ−θ  hbc 
λ
 r
=  pour h ≤ hbc < 0 équation I-20
 θ sat − θr  h 

θ = θ sat pour hbc ≤ h ≤ 0

L’allure de la courbe est la suivante :

-h

-hbc

θr θs θ

Figure I-6

Courbe de rétention d’eau de Brooks et Corey.

− Le modèle de Van Genuchten, 1980 :


−m
  n 
θ − θr h
= 1 +    équation I-21

θ sat − θ r   h g  
 
hg est le paramètre de normalisation en pression, m et n sont les paramètres de forme.

L’allure de la courbe est la suivante :

20
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

-h

-hg

θr θs θ

Figure I-7

Courbe de rétention d’eau de Van Genuchten.

Les paramètres de forme du modèle de Van Genuchten sont liés par la relation suivante :
km
m = 1− équation I-22
n

km est un réel positif.


Afin d’obtenir une expression analytique de la relation décrivant la courbe caractéristique de
conductivité hydraulique (c.f. paragraphe 2.4.3), Van Genuchten, 1980 utilise des valeurs de km
entières. Ces valeurs sont liées au choix d’un modèle de tubes capillaires pour décrire la géométrie
du réseau poral.
Si l’on choisit le modèle de Burdine, 1953, km = 2 et on obtient la condition de Burdine qui
relie m et n par :
2
m = 1− équation I-23
n

En utilisant le modèle de Mualem, 1976, km = 1 et on obtient la condition de Mualem qui


relie m et n par :
1
m = 1− équation I-24
n

La courbe de rétention d’eau est décrite par deux types de paramètres (Haverkamp et al.,
1998a) :
− les paramètres de forme, m et n ou λ , liés à la forme de la courbe de rétention d’eau
dépendent principalement de propriétés texturales du sol, c’est à dire de caractéristiques
géométriques statiques et facilement accessibles.
− les paramètres de normalisation, hbc ou hg, θsat et θr liés à « l’échelle » de la courbe de
rétention d’eau, dépendent essentiellement de la géométrie du réseau poral. Or les
propriétés structurales du sol présentent une grande variabilité spatiale et temporelle et
sont difficilement accessibles à l’échelle du terrain.

21
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

2.3.2. Le phénomène d’hystérésis

Bien que la courbe de rétention d’eau soit caractéristique d’un sol aux propriétés
géométriques, minéralogiques et biologiques données, elle n’est généralement pas unique. Cette
non unicité est liée à « l’histoire hydrique » du sol. La succession des épisodes d’infiltration et de
drainage génère un ensemble de courbes de rétention d’eau contenu entre deux courbes
enveloppes appelées branches principales en humidification et en drainage. Nous avons
représenté sur la figure suivante les courbes principales en humidifaction (MWC) et en drainage
(MDC) ainsi que les courbes premières sur un cycle hystérétique :

θW(h) h θD(h)

hw MDC w
θ (h,hw)
d
θ (h,hd)

hd
MWC
θd θw θsat θ

Figure I-8

Courbes principales et courbes premières en humidification et en drainage sur un cycle


hystérétique.

Les exposants « d » et « w » font référence respectivement à « drainage » et « humidification ».


L’indice « d » indique le point de la courbe principale en humidification (MWC) où la courbe
première en drainage commence. L’indice « w » indique le point de la courbe principale en
drainage (MDC) où la courbe première en humidification commence (c.f. Figure I-8).
Le phénomène d’hystérésis peut s’expliquer par :
− des variations d’angle de contact à l’interface eau-air,
− une géométrie particulière de la matrice poreuse,
− l’effet de bouteille d’encre, c’est à dire le fait que le rayon d’ouverture aux extrémités d’un
pore soit plus petit que le rayon principal du pore. En condition de drainage, le pore reste
plein d’eau tant que la pression capillaire est inférieure (en valeur absolue) à la pression
correspondant au plus petit rayon. A un pression h donnée, la teneur en eau du pore est
donc plus grande en phase de drainage qu’en phase d’infiltration.
Parlange, 1976, 1980 propose une méthode précise et robuste pour déterminer à partir
d’une des courbes enveloppes (MDC ou MWC), l’autre branche principale ainsi que toutes les
courbes intermédiaires du cycle.
Le phénomène d’hystérésis a été mis en évidence lors d’expériences réalisées au
laboratoire sur des sols sableux. L’effet peut être important lors de l’infiltration de l’eau dans des
sols initialement secs, au profil de teneur en eau non uniforme (Vachaud et Thony, 1971).
Toutefois son influence dans des conditions naturelles est souvent masquée par les
hétérogénéités et la variabilité spatiale des sols.

22
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

2.4. La courbe caractéristique de conductivité hydraulique

2.4.1. Equation de Darcy-Buckingham, 1907

L’équation de Darcy-Buckingham est une loi phénoménologique, introduite en 1856 par


Darcy et étendue par Buckingham aux milieux poreux non saturés, qui relie le flux d’eau (ou
volume d’eau traversant une section élémentaire de milieu poreux perpendiculaire à la direction de
l’écoulement par unité de temps) au gradient de charge hydraulique :

q = −K(x, y,z,θ).grad(H) équation I-25

avec K (x, y, z, θ) tenseur de conductivité hydraulique (m.s-1) et H (m) charge hydraulique, reliée au
potentiel de l’eau du sol Ψ (J.m-3) par l’équation I-13.
q (m.s-1) est appelée « vitesse de Darcy », il s’agit d’une vitesse fictive. En réalité,
l’écoulement n’a lieu qu’entre les grains solides et la vitesse microscopique moyenne v (m.s-1) qui
règne dans les pores est supérieure à q (en projection sur la direction de l’écoulement) :
q
v= équation I-26
θ

Souvent on écrit :

K (x, y, z, θ) = K sat (x, y, z ) K (θ) équation I-27

avec K sat (x, y, z ) tenseur de conductivité hydraulique à saturation et K(θ), conductivité relative.

2.4.2. Tortuosité du milieu poreux

Dans un milieu poreux non saturé, une partie de l’espace poral est occupée par l’air. L’air
remplace l’eau dans des structures de plus en plus fines au fur et à mesure que le potentiel de
l’eau diminue. La géométrie de l’espace occupé par l’eau dans le milieu poreux change
considérablement avec la diminution de la teneur en eau. Ce changement de géométrie de la
phase liquide détermine la valeur de la conductivité hydraulique du milieu poreux par au moins 2
effets :
− la surface moyenne d’écoulement des filets fluides diminue,
− la tortuosité des lignes d’écoulement augmente.

Considérons deux points A et B du milieu poreux reliés entre eux par un « chemin fluide ».
Ces deux points sont situés à l’échelle macroscopique à une distance ∆z, la longueur du chemin
fluide qui les relie vaut ∆l. Généralement, la longueur ∆l est supérieure à ∆z à cause de la
tortuosité du réseau poral. Le gradient hydraulique à l’échelle macroscopique vaut ∆Ψ/∆z, tandis
qu’à l’échelle microscopique, le gradient ∆Ψ/∆l est inférieur à ∆Ψ/∆z. Plus la teneur en eau
diminue, plus la tortuosité augmente, ∆l augmente et le gradient microscopique diminue (c.f. Figure
I-9). On attribue la diminution du flux d’eau qui en résulte à une diminution de la conductivité

23
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

hydraulique. En effet, à l’échelle macroscopique, le gradient hydraulique reste constant. Cet effet
est schématisé sur la figure suivante :

A A air

solide
∆l ∆l ∆z
∆z
liquide

chemin fluide
B B

Figure I-9

Illustration de l’effet de la diminution de la teneur en eau sur la tortuosité des chemins fluides.

La définition géométrique de la tortuosité T (>1) est (Vervoort et al., 2003) :


∆l
T= équation I-28
∆z

Burdine, 1953 établit expérimentalement une relation liant la tortuosité du sol non saturé T, à la
tortuosité du sol à saturation Tsat et au degré de saturation S°.
Tsat
T=
Se
équation I-29
S o − Sro o θ θ
avec S e = ,S = et Sro = r
1 − Sr
o
θ sat θ sat

2.4.3. Paramétrisation de la courbe de conductivité hydraulique

K(θ) est la courbe caractéristique de conductivité hydraulique en fonction de la teneur en


eau volumique. Un certain nombre de modèles basés sur une représentation physique de la
structure du réseau des pores permettent de décrire la courbe caractéristique et d’extrapoler les
valeurs de conductivité hydraulique obtenues à partir de quelques mesures directes. Le réseau
poral est généralement assimilé à un ensemble de tubes capillaires interconnectés (Childs et
Collis-George, 1950) ou non (Burdine, 1953). La distribution des rayons des tubes est reliée à la
courbe caractéristique de rétention d’eau.
Pour calculer la conductivité hydraulique du milieu poreux à une teneur en eau donnée, il
faut donc connaître la relation h(θ), la conductivité hydraulique à saturation Ksat et faire une
hypothèse sur le géométrie du réseau de pores (c’est à dire sur la structure du sol).

Mualem et Dagan, 1978 ont montré que l’ensemble des modèles capillaires proposés
pouvaient être regroupés sous une forme commune faisant intervenir 2 paramètres « libres »
supplémentaires, notés a et b dans l’équation suivante :

24
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

2
 Θ −(1+b ) 
 ∫h dΘ 
K a0 
=Θ 1 équation I-30
K sat  − (1+b ) 
∫h dΘ 
0 

θ − θr
avec Θ =
θ sat − θr
b est un paramètre propre au modèle capillaire utilisé et a est un paramètre généralement associé
à la tortuosité du milieu poreux.
Différentes valeurs du paramètre a ont été utilisées en fonction du modèle capillaire
développé par les auteurs : a = 0 pour Childs et Collis-George, 1950 ; a = 1/2 pour Mualem, 1976
et a = 4/3 pour Millington et Quirk, 1961. Toutefois ces valeurs, basées sur l’intuition des différents
auteurs ou déduites d’analyses statistiques, doivent être considérées avec précaution. La meilleure
solution consiste à déterminer la valeur du paramètre a spécifique du sol étudié.

La forme originale du modèle proposé par Mualem, 1976, supposait b = 0, on obtient alors
l’expression suivante très largement utilisée :
2
 Θ −1 
 ∫ h dΘ 
K a0  équation I-31
=Θ 1
K sat  −1 
 ∫ h dΘ 
0 

En combinant l’équation I-31 avec un modèle de courbe caractéristique de rétention d’eau,


on achève la paramétrisation du modèle de conductivité hydraulique. Van Genuchten, 1980 a
réalisé le premier cette étape d’intégration. Il a montré qu’une expression analytique de la fonction
K(θ) ne pouvait être obtenue que si i = m–1+1/n, était un entier. Une solution simple consiste à
choisir i = 0, on retrouve alors la condition de Mualem (équation I-24).

L’expression suivante relie la teneur en eau et la pression de l’eau du sol en utilisant le


modèle de Van Genuchten (équation I-21) et la condition de Mualem (équation I-24) :
−m
 1

 
  h   1− m
équation I-32
Θ = 1 +
h  
  g 
 

La combinaison de l’équation I-31 avec l’équation I-32 permet d’obtenir le modèle de Van
Genuchten et Mualem pour la courbe de conductivité hydraulique en fonction de la teneur en eau :
2
  1
 
m
K
= Θ 1 − 1 − Θ m  
a
équation I-33
K sat    
   

25
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

Une description complète des deux courbes caractéristiques du milieu poreux dans le
modèle de Van Genuchten et Mualem nécessite donc la détermination de 6 paramètres : θr, θsat,
hg, m, Ksat et a.

En utilisant le modèle de Brooks et Corey (équation I-20) pour décrire la courbe de rétention
d’eau, on obtient à partir de l’équation I-31 :
2
K a +2 +
=Θ λ équation I-34
K sat

Un expression similaire avait été obtenue par Burdine, 1953 en utilisant le modèle des
tubes capillaires en parallèle.
Une description complète des deux courbes caractéristiques du milieu poreux dans le
modèle de Brooks et Corey et Burdine (équation I-20 et équation I-34) nécessite aussi la
détermination de 6 paramètres : θr, θsat, hbc, λ, Ksat et a.

L’équation I-20 et l’équation I-21 ou l’équation I-33 et l’équation I-34 sont valables à
l’échelle macroscopique dès lors que le milieu poreux peut être considéré comme homogène.
Typiquement à l’échelle du terrain, la variabilité spatiale des propriétés hydrodynamiques du sol
définit la dimension critique en surface de l’élément homogène. Cette dimension excède rarement
le m².
La mesure directe sur le terrain des courbes caractéristiques est coûteuse et donne une
information locale (pour une description complète des méthodes de mesure, se reporter à Gardner,
1986). A l’échelle du terrain la multiplication des points de mesure est irréalisable c’est pourquoi il
est intéressant de disposer de techniques robustes d’estimation des paramètres des courbes
caractéristiques dans les régions où les informations sont limitées (les techniques d’estimation des
courbes caractéristiques sont détaillées dans l’Annexe I. Nous avons utilisé la méthode à base
semi-physique d’Haverkamp et Parlange pour l’estimation des paramètres des courbes
caractéristiques du sol étudié dans le cadre de ce travail de thèse : le sable éolien de Pripyat
Zaton, Annexe II-2).

2.4.4. Contraintes sur les paramètres de forme des modèles proposés

Fuentes et al., 1992 montrent que toutes les relations décrivant la courbe de rétention d’eau
possèdent un domaine de validité « algébrique » et un domaine d’existence physique liée aux
processus de transfert.
La forme de la courbe caractéristique de rétention d’eau des sols impose pour les
paramètres de forme des modèles de Brooks et Corey et Van Genuchten : λ >0 et mn >0 . Ces
conditions définissent le domaine de validité algébrique de ces relations.
Les contraintes imposées par la physique des processus de transfert et les contraintes
algébriques sont les suivantes :
− la quantité d’eau contenue dans la frange capillaire d’une colonne de sol de dimension
finie doit être une grandeur finie lorsque l’équilibre est atteint. Cette condition impose :
λ > 1 et/ou mn > 1 (Fuentes et al., 1991 et 1992). Zammit, 1999 montre que cette
condition est rarement respectée. Ce résultat implique que les paramètres obtenus par
ajustement des modèles sur les courbes de rétention d’eau ne peuvent pas être utilisés
tels quels pour la modélisation des transferts en conditions très sèches (par exemple
pour décrire le phénomène d’évaporation). Ross et al., 1991 proposent une version

26
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

modifiée des relations de Brooks et Corey et Van Genuchten pour laquelle la condition
sur les paramètres de forme est moins contraignante.
− d’autre part, l’intégration de l’équation de Richards (formulation dite de Fokker-Plank en
fonction de θ) pour le calcul des transferts d’eau dans la zone non saturée impose que la
diffusivité D(θ) = K(θ)dh/dθ, soit intégrable. En utilisant le modèle de Brooks et Corey
pour décrire la courbe de conductivité hydraulique et le modèle de Brooks et Corey ou
Van Genuchten pour décrire la courbe de rétention d’eau, la condition sur la diffusivité
impose les contraintes suivantes sur les paramètres de forme des modèles : η ≥ 1 + 1/λ
et/ou η ≥ 1 + 1/mn. D’autre part Zammit, 1999 montre que des valeurs du paramètre η
supérieures à 40 sont irréalistes.
− enfin des valeurs négatives du facteur de tortuosité a sont également physiquement
impossibles.

3. THEORIE DE L’ECOULEMENT EN ZONE NON SATUREE

Dans le paragraphe 2, nous nous sommes intéressés uniquement à l’état d’équilibre


statique de l’eau du sol, c’est à dire en absence de transfert de masse ou d’énergie. Cet état
implique que le potentiel total de l’eau du sol Ψ, est constant et uniforme. Dans les conditions
naturelles, l’eau contenue dans les sols se trouve rarement dans un état d’équilibre statique. Des
flux d’eau sont créés en permanence par l’évaporation, l’infiltration des eaux de pluies ou
l’extraction racinaire.
Dans ce paragraphe 3, nous étudions dans un premier temps le mouvement de l’eau du sol
en régime permanent. Dans un système stationnaire, il n’y a pas d’évolution temporelle des
variables d’état. Le système sol est traversé par un flux d’eau constant, et semble ne subir aucune
modification. Ce cas correspond à l’état d’équilibre dynamique du sol. Dans les conditions
naturelles, l’écoulement est transitoire ce qui signifie que les flux d’eau varient dans le temps et
l’espace. Nous établirons l’équation différentielle qui détermine le mouvement de l’eau dans le sol
en régime transitoire dans le cas simplifié où la dynamique de la phase liquide peut être traitée
indépendamment des autres phases.
La résolution de cette équation nécessite l’emploi de méthodes numériques. Néanmoins, il
existe des solutions analytiques intéressantes d’un point de vue physique dans des cas très
simples.
Dans toute la suite, nous établissons les équations de l’écoulement en monodimensionnel.
D’une part ce formalisme suffit pour décrire les résultats obtenus en colonne de laboratoire et
d’autre part sur le terrain, les transferts de masse dans la zone non saturée sont surtout soumis à
des gradients de potentiels verticaux.

3.1. Ecoulement en régime permanent

3.1.1. Sol saturé

Parallèlement aux études théoriques menées par Euler ou Navier sur la dynamique des
fluides, Darcy, 1856 réalisa une étude expérimentale capitale pour la physique du sol. Le principe
de l’expérience consistait à mesurer le flux d’eau q à travers une colonne verticale de sable saturé

27
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

en eau en fonction de la différence de potentiel ∆Ψ appliquée sur la longueur ∆z de la colonne.


Darcy utilisa la notion de charge hydraulique H (m) pour exprimer ses résultats plutôt que la notion
de potentiel de l’eau du sol.
Ψ
H= équation I-13
ρ lg

H correspond à la hauteur d’une colonne d’eau au repos, au potentiel Ψ, lorsque le pied de la


colonne est pris comme niveau de référence.

Il établit la relation linéaire suivante ou loi de Darcy, entre le flux volumique d’eau q (m.s-1)
ou vitesse de Darcy, et le gradient de charge hydraulique :
∆H
q = −K sat équation I-35
∆z

Le flux volumique d’eau est égal au volume d’eau traversant une unité de surface de
colonne perpendiculaire à la direction de l’écoulement par unité de temps. Il s’agit d’une vitesse
d’infiltration fictive, puisqu’en réalité l’eau ne s’écoule qu’entre les grains solides à une vitesse v
supérieure à q :
q
v= équation I-26
θ sat

v est appelée vitesse de pore ou vitesse microscopique moyenne. En effet, à l’échelle


microscopique, le vecteur vitesse a trois composantes (vx, vy, vz), v est la moyenne sur la section
de l’écoulement de la composante verticale vz.

La loi phénoménologique de Darcy se déduit de l’équation de Navier-Stokes à condition


que la vitesse d’écoulement soit suffisamment faible pour que l’énergie cinétique du fluide puisse
être négligée par rapport à l’énergie dissipée par frottement. D’autre part, la masse volumique du
fluide et sa viscosité doivent être constantes (Whitaker, 1986 ; Bear, 1979). Dans ces conditions
d’écoulement laminaire la relation suivante est vérifiée :

q = −K ∗ sat équation I-36
dz

∗ K sat
c K sat = (en kg-1.m3.s) équation I-37
ρl g

Lorsque la vitesse de Darcy q augmente, la relation entre q et le gradient de potentiel dévie


progressivement de la relation linéaire I-61. Le domaine de validité de la loi de Darcy est limité par
la valeur prise par le nombre de Reynold, Re défini pour un écoulement en milieu poreux (par
analogie avec la dynamique des fluides en conduite) par (Bear, 1979) :
qd
Re = équation I- 38
ν

ν est la viscosité cinématique de l’eau (0,01002 cm².s-1, Handbook of Chemistry and Physics,
1984) et d une longueur caractéristique du milieu poreux (par exemple d10, diamètre maximum des
particules dont la masse représente 10 % de la masse de sol).

28
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

Quelle que soit la définition de d, on montre expérimentalement (c.f. Figure I-10) que la loi
de Darcy est valable tant que le nombre de Reynolds est inférieur à une valeur comprise entre 1 et
10.

Figure I-10

Courbe schématique reliant la vitesse de Darcy (q) au gradient de charge hydraulique (J).

(extrait de Bear, 1979).

Un exemple d’application simple de la loi de Darcy est le perméamètre qui permet de


mesurer la conductivité hydraulique à saturation d’une colonne de sol.

H(t) = -zSL(t)
0

Ksat

L
z

Figure I-11

Description du perméamètre et définition géométrique des variables.

29
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

La loi de Darcy nous donne pour un sol saturé :


∆H
q = −K sat équation I-39
∆z

On choisit ∆H = H(t) - H(L) ≈ zSL(t) (cote de la surface libre), alors ∆z ≈ L (zSL(t) est négligeable
devant L).
La vitesse de Darcy est la vitesse d’infiltration du fluide,
dzSL (t)
q= équation I-40
dt
En combinant l’équation I-39 et l’équation I-40, on obtient l’équation différentielle suivante :
z SL (t) dzSL (t)
- K sat . = équation I-41
L dt
Cette équation se résout facilement en séparant les variables. En pratique, on procède à un
essai entre t0 et tf, et on peut mesurer Ksat en traçant ln(zsl/z0) en fonction du temps :
L  z (t ) 
K sat = − × ln SL f 
tf  z0 

3.1.2. Ecoulement en milieu poreux non saturé

D’après la loi de Darcy (équation I-36), le flux volumique d’eau q dans un milieu saturé
dépend du gradient hydraulique dΨ/dz et d’une constante Ksat, la conductivité hydraulique du milieu
poreux à saturation. Cette constante dépend de la géométrie de l’espace poral et des propriétés
physiques de l’eau. Ksat est déterminée expérimentalement par une seule mesure. En effet, lorsque
le milieu poreux saturé est indéformable, la géométrie de la phase liquide ne change pas. La
même approche peut être adoptée pour un milieu poreux indéformable non saturé en eau.
Toutefois, la conductivité hydraulique n’est plus une constante, mais une fonction de la géométrie
de la phase liquide dans le réseau poral. Cette fonction, K(θ) est la courbe caractéristique de
conductivité hydraulique du milieu poreux (décrite au paragraphe 2.4).
La relation K(θ) ne présente pas ou peu d’hystérésis. Buckingham, 1907 étudia le premier
la dépendance de la conductivité hydraulique du milieu poreux non saturé vis à vis de la teneur en
eau. Il postula que la loi de Darcy pouvait être étendue à la zone non saturée suivant :

q = −K ∗ (θ ) équation I-42
dz

K (θ )
c K ∗ (θ ) = (en kg-1.m3.s) équation I-43
ρlg

3.2. Ecoulement en régime transitoire

Dans les conditions naturelles, le flux d’eau dans la zone non saturée des sols n’est pas
stationnaire mais varie en temps et en espace. Le flux d’eau q, la teneur en eau volumique θ, et le

30
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

potentiel de l’eau Ψ sont étroitement liés. La relation entre ces trois quantités doit satisfaire les
principes de conservation de la masse, de la quantité de mouvement et de l’énergie.
Nous supposons dans la suite que l’énergie thermique créée par le frottement de l’eau est
évacuée hors du système-sol sans perturber le mouvement de l’eau. Finalement, seule l’équation
de conservation de la masse d’eau dans un EVR doit être écrite.

3.2.1. Conservation de la masse d’eau

q(z-; t) q(z+; t)
ρl(z ; t)θ(z; t)∆z3

∆z
z
- +
z z

Figure I-12

Conservation de la masse d’eau dans un élément de volume représentatif du milieu poreux (EVR).

La variation de masse d’eau dans un EVR (un cube de côté ∆z) pendant le pas de temps
∆t, est égale à la différence entre la quantité d’eau entrant et la quantité d’eau sortant de l’EVR
pendant ∆t.
[ρ (z; t )θ(z; t ) − ρ (z; t )θ(z; t )]∆z = [ρ (z ; t )q(z ; t ) − ρ (z ; t )q(z ; t )]∆z ∆t
l
+ +
l
− − 3
l
− −
l
+ + 2 équation I-44

En divisant les deux membres de l’équation I-44 par ∆z3∆t, et en passant à la limite ∆t→0 ;
∆z→0, on obtient une équation aux dérivées partielles, appelée équation de continuité ou de bilan
de masse d’eau :

( ρ lθ ) + ∂ ( ρ lq) = 0 équation I-45
∂t ∂z

Dans les conditions naturelles, on peut affirmer que la densité de l’eau du sol ρl est
constante et uniforme, l’équation I-45 s’écrit alors :
∂θ ∂q
+ =0 équation I-46
∂t ∂z

31
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

3.2.2. Dynamique de l’écoulement

L’équation I-46 de conservation de la masse et l’équation de Darcy-Buckingham (équation


I-42) doivent être satisfaites. En combinant ces deux équations, on obtient une équation
différentielle reliant les deux variables d’état θ et Ψ :

∂θ ∂  ∗ ∂Ψ 
− K (θ) =0
∂t ∂z  ∂z 
équation I-47

Décomposons le potentiel total de l’eau du sol. En supposant que la contribution du


potentiel osmotique est négligeable, que le potentiel tensiométrique est égal au seul potentiel
capillaire et que l’axe z est dirigé positivement vers le bas, suivant l’équation I-12 on obtient :
Ψ = Ψc − ρl gz équation I-48

En insérant l’équation I-48 dans l’équation I-47, on obtient :


∂θ ∂  ∗  ∂Ψc 
− K (θ ) − ρl g   = 0 équation I-49
∂t ∂z   ∂z 

En utilisant la branche appropriée de la courbe caractéristique de rétention d’eau, on peut


exprimer θ et K(θ) en fonction du potentiel capillaire. L’équation I-49 modifiée fait alors intervenir la
variable Ψc et la fonction C(Ψc) appelée capacité spécifique du sol :
∂Ψc ∂  ∗  ∂Ψc 
C(Ψc ) − K (Ψc ) − ρ lg  = 0 équation I-50
∂t ∂z   ∂z 


c C(Ψc ) = (en J-1.m3) équation I-51
dΨc
L’équation I-50 est appelée formulation en potentiel de l’équation de Richards.

En utilisant la charge hydraulique H (équation I-13) au lieu du potentiel total de l’eau Ψ et


les hypothèses précédentes, on obtient à partir de l’équation I-47 la formulation en charge de
l’équation de Richards.
Ψ
H= =h−z équation I-13
ρl g

∂h ∂   ∂h  
C(h ) − K (h) − 1  = 0 équation I-52
∂t ∂z   ∂z  


c C(h) = (en m-1) équation I-53
dh

32
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

La capacité spécifique est une caractéristique du sol, mais elle n’est pas unique pour un
même sol. Les relations C(h) ou C(Ψc) présentent de l’hystérésis.

La dernière façon d’écrire l’équation de Richards est la formulation en teneur en eau


(parfois appelée équation de Fokker-Plank) qui fait apparaître la diffusivité du milieu poreux D(θ) :
∂θ ∂  ∂θ 
− D(θ) − K (θ) = 0 équation I-54
∂t ∂z  ∂z 

dh
avec D(θ ) = K (θ ) (en m².s-1) équation I-55

D(θ) présente également de l’hystérésis, en revanche K(θ) n’en présente pratiquement pas.

La résolution de l’équation de Richards pour un jeu de fonctions caractéristiques et pour


des conditions initiales et aux limites données décrit entièrement le mouvement de l’eau dans le
sol. Mais, quelle que soit la formulation choisie, cette résolution est difficile. On pourra se reporter à
Pan et Wierenga, 1995 pour les avantages et inconvénients de chacune de ces formulations. Les
fonctions C(h) et K(h) ou D(θ) et K(θ) sont fortement non linéaires et les valeurs prises par les
fonctions varient de plusieurs ordres de grandeurs quand on passe de conditions sèches à
humides.
Finalement, pour la résolution numérique on utilise quasiment systématiquement la
formulation en charge de l’équation de Richards bien qu’elle fasse intervenir deux fonctions qui
présentent de l’hystérésis. En effet, la formulation en teneur en eau pose des problèmes de
continuité, les fonctions de θ prenant des valeurs singulières en θr et θsat.
La résolution numérique de l’équation de Richards en deux dimensions est correctement
traitée dans de nombreux codes de calculs d’écoulement en milieu poreux. Les problèmes liés à la
conservation de la masse ont été résolus (Célia et al, 1990). Par exemple, l’outil EDF ESTEL-2D
(Renaud, 1999), ou le module R2D2 (Lagneau, 2003) implanté dans le code HYTEC développé
par l’école des Mines de Paris et le CEA, permettent de calculer le champ de pression et le champ
de vitesse d’écoulement en milieu poreux non saturé.
Les méthodes numériques permettent de résoudre un très grand nombre de problèmes
définis par :
− l’équation différentielle de Richards,
− un jeu de paramètres pour les fonctions caractéristiques du milieu poreux,
− un jeu de conditions initiales et aux limites.
Bien entendu il faut fournir explicitement des valeurs pour les paramètres du problème avant de le
résoudre numériquement.

4. SYNTHESE DE LA PARTIE A

La partie A du chapitre I de ce mémoire est une synthèse des propriétés hydrodynamiques


et physiques du sol. Nous avons rappelé que le comportement hydrodynamique du sol est
déterminé par un jeu de fonctions caractéristiques reliant trois variables d’état interdépendantes : la
teneur en eau volumique θ, la pression de l’eau dans le sol h et la conductivité hydraulique du sol

33
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

K. Ce jeu de fonctions caractéristiques fait intervenir des paramètres que l’on peut regrouper en
deux catégories :
− des paramètres de forme : m et η,
− des paramètres d’échelle : θsat, Ksat, hg.
Les différentes méthodes pour estimer ces paramètres ont été présentées. On peut
distinguer deux types d’approches. Tout d’abord les méthodes basées sur une étude statistique
fournissent par régression multilinéaire une fonction dite de pédotransfert pour le calcul des
paramètres des caractéristiques du sol à partir de facteurs texturaux. Ces fonctions sont très
faciles à utiliser mais dépendent de la base de données choisie pour les élaborer.
Le second type d’approches englobe l’ensemble des méthodes à base semi-physique. Ces
méthodes permettent d’accéder aux paramètres de forme des fonctions caractéristiques à partir de
la seule information texturale, mais elles échouent dans la prédiction des paramètres d’échelle
fortement dépendant de la structure du sol (notamment le paramètre Ksat). Ces modèles supposent
une relation probablement trop simplifiée entre le diamètre des particules du sol et le diamètre des
pores (Zammit, 1999).
Les paramètres de forme et d’échelle des fonctions caractéristiques interviennent
directement dans les équations de la dynamique de l’écoulement (paragraphe 3) et conditionnent
la réponse hydrodynamique du domaine étudié. Les valeurs prises par les paramètres doivent
donc être déterminées de la façon la plus précise possible.
Nous avons établi l’équation de Richards qui décrit le transfert de masse en milieu poreux
non saturé. La résolution analytique de cette équation différentielle non linéaire n’est possible que
dans des cas très simples, par exemple l’infiltration monodimensionnelle dans un sol initialement
sec (Jury et al., 1991). Dans des cas plus complexes, il faut recourir à des méthodes de résolution
numérique. Il existe de nombreux outils pour le calcul d’écoulement en zone non saturée en deux
ou trois dimensions. Citons par exemple l’outil EDF ESTEL-2D (un exemple de simulation
numérique en non saturé réalisée avec ESTEL-2D est présenté dans le Chapitre II), le module
R2D2 implanté dans le code HYTEC développé par l’école des Mines de Paris et le CEA, le code
FEFLOW commercialisé par Waterloo Hydrogeologic ou le code PORFLOW commercialisé par la
société ACRI. Cette liste étant bien entendu non exhaustive.
Pour contourner ces difficultés, la recherche s’oriente actuellement non plus sur la
détermination à l’échelle des paramètres hydrodynamiques, mais sur l’inversion du flux mesuré à
l’échelle de l’étude (en particulier de l’infiltration ou de l’évaporation) à l’aide des solutions
analytiques de l’équation de Richards. La méthode de « Beerkan » notamment (Haverkamp et al.,
1990 ; Gerard-Marchant, 1998 ; De Condappa, 2002), permet de décrire les flux d’infiltration et de
déterminer les paramètres hydrodynamiques du sol indépendamment de l’échelle spatiale de
l’étude. Cette méthode est robuste, c’est à dire utilisable pour des modélisations hydrogéologiques
à grande échelle spatiale, rapide et facile à utiliser. Les données expérimentales nécessaires pour
utiliser cette méthode sont :
− l’évolution temporelle de l’infiltration (qui contient l’information structurale),
− la courbe granulométrique (qui contient l’information texturale).
Ces données sont assez facilement accessibles sur le terrain, un essai d’infiltration réalisé
sur le terrain avec un simple anneau circulaire suffit. Même un nombre restreint d’essais réalisés
sur site permet d’améliorer grandement l’estimation des caractéristiques hydrodynamiques du sol
et la qualité de prédiction des modèles.

34
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

B. OUTILS D’ETUDE DU TRANSPORT DE SOLUTE EN MILIEU


POREUX SATURES ET NON SATURES

Nous avons vu que les gradients de potentiel de l’eau du sol étaient à l’origine du
mouvement de la phase liquide au sein du milieu poreux. Dans les conditions naturelles, l’eau du
sol contient un grand nombre d’espèces chimiques produites par les processus bio-géochimiques
et les activités anthropiques. L’eau est le vecteur principal du déplacement de ces espèces dans
les sols saturés et non saturés. Cette partie est dédiée à l’étude des mécanismes
hydrodynamiques et chimiques à l’origine du comportement dans la zone non saturée des sols et
dans les aquifères des deux éléments étudiés dans le cadre de ce travail de thèse : le césium et le
strontium.
Dans un premier temps, nous nous intéressons au transport d’espèces n’interagissant pas
avec la matrice solide, appelées traceurs de l’écoulement. Le deuxième paragraphe est consacré
aux mécanismes chimiques prépondérants à l’origine de la spéciation du césium et du strontium
dans les sols. Enfin, le dernier paragraphe décrit le transport dans les milieux poreux, par le
vecteur eau souterraine, d’espèces solubles interagissant avec la matrice solide.

1. LES MECANISMES DE TRANSFERT EN MILIEU POREUX SATURES ET NON


SATURES

Nous faisons l’hypothèse que le transport de solutés en milieux poreux saturés et non
saturés a lieu uniquement dans la phase liquide. A l’échelle de mesure, on attribue les flux de
matière observés au sein d’un milieu poreux homogène à deux phénomènes : la convection
caractérisée par une vitesse convective moyenne des molécules, v (m.s-1) et la dispersion
hydrodynamique caractérisé par un coefficient de dispersion D (m2.s-1).

1.1. Définitions des variables fondamentales

Plaçons nous à l’échelle de l’EVR pour définir les concentrations de solutés dans le milieu
poreux.
Ct désigne la concentration résidente totale de soluté dans l’EVR définie comme la quantité de
soluté en masse, M, ou en nombre de moles, N, par unité de volume total.
M N
Ct = en kg.m-3 ou C t = en mol.m-3 équation I-56
Vt Vt

Caq désigne la concentration résidente de soluté en phase aqueuse, définie comme la quantité de
soluté en aqueuse en masse, Maq, ou en nombre de moles, Naq, par unité de volume d’eau.
Maq Maq
Caq = = en kg.m-3 de solvant
Vl θVt
équation I-57
Naq Naq
ou Caq = = en mol.m-3 de solvant.
Vl θVt

35
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

Dans le cas d’un traceur de l’écoulement, la quantité totale de soluté se trouve en phase aqueuse,
M = Maq (ou N = Naq) et on obtient la relation suivante :
C t = θCaq équation I-58

Dans le cas d’une espèce fixée à la surface des grains solides, on définit Cs comme la
quantité de soluté fixé par unité de masse de solide :
Mfixé Mfixé
Cs = = en kg.kg-1
ms ρd Vt
équation I-59
N N
ou C s = fixé = fixé en mol.kg-1
ms ρd Vt

Lorsque l’élément étudié se répartit entre des espèces fixées et des espèces en solution,
M = Maq + Mfixé (ou N = Naq + Nfixé) on obtient la relation suivante :
C t = θCaq + ρdCs équation I-60

1.2. Transport par convection

La convection est un des mécanismes prépondérants à l’origine des flux de matière dans
les milieux poreux.
On désigne par jc (kg.m-2.s-1) le flux massique (ou molaire s’il est exprimé en mol. m-2.s-1) de soluté
transporté par convection.
Le volume d’eau traversant une surface élémentaire de milieu poreux ∆z², perpendiculaire à la
direction de l’écoulement, pendant la durée ∆t est : q∆z²∆t (on rappelle que q désigne la vitesse de
Darcy). Ce volume d’eau contient une masse de soluté : Caq q∆z²∆t. On obtient donc l’expression
suivante pour le flux convectif de soluté :
jc = qCaq en kg.m-2.s-1 équation I-61

On rappelle que la vitesse convective moyenne v (ou vitesse de pore) est liée à la vitesse
de Darcy par :
q
v= équation I-62
θ

1.3. La dispersion hydrodynamique

Le phénomène de dispersion hydrodynamique résulte de 2 mécanismes. D’une part la


diffusion moléculaire au sein du milieu poreux et d’autre part la dispersion mécanique (Maraqa et
al., 1997 ; Roth, 1995).
La dispersion mécanique provient des variations de longueur des lignes de courant qui
traversent le milieu poreux (dispersion cinématique) et des variations de vitesse d’écoulement
d’une ligne de courant à une autre (dispersion dynamique) (c.f. Figure I-13).

36
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

Grain

Distribution de
vitesses à
l’intérieur d’un
pore

Grain
Direction macroscopique
de l’écoulement

Figure I-13

Les principales causes de la dispersion mécanique dans un milieu poreux.

(extrait de Bear, 1972).

La diffusion moléculaire dans les pores est un phénomène indépendant de la vitesse du


fluide dû à l’agitation des molécules transportées au sein du fluide (ou mouvement Brownien). Ce
phénomène tend à homogénéiser la concentration résidente de soluté dans l’espace, la migration
des molécules s’effectue des zones fortement concentrées vers les zones faiblement concentrées.
Le flux massique de soluté transporté uniquement par diffusion est calculé à partir de la première
loi de Fick :
∂Caq équation I-63
jd = −D e en kg.m-2.s-1
∂z
De est appelé coefficient de diffusion effectif (m².s-1). On introduit aussi parfois le coefficient de
diffusion de pore Dp = De/ε.
Le rapport entre le coefficient de diffusion effectif et le coefficient de diffusion moléculaire
dans l’eau libre, D0 est une fonction de la porosité géométrique ε, de la tortuosité T, et de la
constrictivité δ. La constrictivité est définie comme le rapport entre les sections minimales et
maximales des pores. Pour un milieu poreux constitué de particules sphériques de même
diamètre, la constrictivité vaut environ 0,75 (Melkior, 2000).
δ δ
De = ε 2
D0 ou encore Dp = 2 D0 équation I-64
T T

Entre 1950 et 1970, de nombreux auteurs (se reporter à Bear, 1969 et 1972 pour une
synthèse bibliographique) se sont efforcés de décrire le phénomène de dispersion
hydrodynamique qui apparaît à l’échelle macroscopique. Le flux massique de soluté transporté
uniquement par dispersion est calculé à partir de la relation suivante faisant intervenir un
coefficient de dispersion noté D (m².s-1) :
∂C aq équation I-65
jD = −Dθ en kg.m-2.s-1
∂z

37
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

Le coefficient de dispersion hydrodynamique, D est défini comme la somme du coefficient


de dispersion mécanique Dm, et du coefficient de diffusion de pore Dp.
D = Dp + Dm équation I-66

Expérimentalement, Bear, 1972 montre que D est une fonction monotone, croissante de v
en milieu poreux saturé en eau (c.f. Figure I-14).

Figure I-14

Evolution du coefficient de dispersion hydrodynamique en fonction de la valeur du nombre de


Péclet microscopique, Pe. Dd désigne le coefficient de diffusion effectif, V est la vitesse de pore et d
représente une dimension caractéristique de la structure du milieu poreux.

(extrait de Bear, 1979)

On peut distinguer plusieurs régions sur cette courbe. Pour des valeurs faibles de la vitesse
convective moyenne (région I), la diffusion moléculaire domine. Dans cette région, la valeur du
coefficient de dispersion hydrodynamique est constante et légèrement inférieure à la valeur de De.
Progressivement, lorsque v augmente, la dispersion créée par le réseau des lignes de courant
augmente. Le coefficient de dispersion mécanique devient prépondérant, il augmente d’abord

38
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

quadratiquement (région II) puis linéairement (région III et IV) en fonction de v. Si v augmente
encore (région V, Pe > 105), la loi de Darcy n’est plus applicable.
Bear, 1972, suggère que dans un cas d’écoulement mono-dimensionnel, lorsque Pe > 1
(région III et IV), on peut négliger le terme de diffusion moléculaire et on peut calculer le coefficient
de dispersion hydrodynamique suivant :
D≈αv équation I-67

α (en m) est appelé dispersivité du milieu poreux. C’est un paramètre intrinsèque du milieu qui
dépend de la structure du sol et de la géométrie de l’espace occupé par l’eau dans le réseau poral.
v est la vitesse de pore ou vitesse microscopique moyenne (m.s-1).
Théoriquement, des relations analytiques ont été établies entre le tenseur de vitesse et le
tenseur de dispersion pour un milieu poreux périodique, grâce aux techniques de changement
d’échelle et d’homogénéisation. Auriault et Adler, 1995 montrent qu’il existe 4 régimes
d’écoulement d’eau caractérisés par l’ordre de grandeur du nombre de Péclet. Ils établissent pour
chacun de ces régime l’expression du tenseur de dispersion. Ils montrent que lorsque le temps
caractéristique de la convection est très court par rapport au temps caractéristique de la diffusion,
l’expression du tenseur de dispersion fait intervenir un terme de convection.
De nombreux auteurs affirment, sur la base de résultats expérimentaux obtenus en colonne
de laboratoire, que la dispersivité du milieu poreux augmente lorsque la teneur en eau diminue.
Les résultats obtenus par De Smedt et Wierenga, 1984 montrent que la dispersivité de sols non
saturés est 20 à 73 fois plus élevée que dans le cas saturé, 7 fois plus élevée pour De Smedt et
al., 1986 sur de colonnes de sable et 2 à 3 fois plus élevée pour Maraqa et al., 1997 également sur
des colonnes de sable non aggrégé. Haga et al., 1999 établissent une relation entre le nombre de
1,2
θ
Péclet et la teneur en eau dans des colonnes de billes de verre du type : Pe = 0,8  .
ε
De Smedt et Wierenga, 1984 attribuent l’augmentation du coefficient de dispersion dans le
cas des expériences en non saturé à la présence d’une fraction d’eau immobile. En utilisant un
modèle de transport prenant en compte une cinétique de transfert de masse de soluté entre l’eau
mobile et l’eau immobile, ils déterminent une valeur de dispersivité en non saturé égale à la valeur
mesurée lorsque le milieu est saturé. Pour De Smedt et Wierenga, 1984 ou Bond et Wierenga,
1990, la présence d’eau immobile se traduit par l’asymétrie de la courbe de percée du traceur de
l’écoulement qui présente un front montant raide et une traînée.
Dans le cas de sols non agrégés, comme des sables, et en absence d’eau immobile
(repérée par l’asymétrie de la courbe de percée du traceur de l’écoulement), Yale et Gardner,
1978, Maraqa et al., 1997 et Nützmann et al., 2002 affirment que l’équation I-67 reste valable en
conditions non saturées. Cependant, α n’est plus une constante, mais une fonction de la teneur en
eau. Ils attribuent l’augmentation de la dispersivité à l’étalement de la distribution de vitesse
microscopique au sein du milieu poreux lorsque la teneur en eau diminue.
Nützmann et al., 2002 établissent une relation liant la dispersivité moyenne de la colonne et la
teneur en eau moyenne dans un sable grossier :

α (θ) = a × θb équation I-68

avec a = 0,05 cm et b = -2,25.


a est une fonction de la longueur caractéristique des hétérogénéités du milieu poreux (typiquement
du même ordre de grandeur que le diamètre caractéristique des particules du sol).
Maraqa et al., montrent que la dispersivité du milieu poreux non saturé est 2 à 3 fois plus grande
que la dispersivité du milieu poreux saturé, indépendamment de la valeur de la teneur en eau pour
des sables dont le degré de saturation est compris entre 0,5 et 0,9.

39
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

1.4. Hétérogénéités de l’écoulement

Les sols naturels, en particulier dans la zone non saturée, présentent très souvent des
hétérogénéités de structure à petite échelle comme des fissures, des macropores ou des agrégats,
et des hétérogénéités de texture (horizons de nature et d’origine différentes...).
Les hétérogénéités texturales et structurales des sols naturels se traduisent par une
distribution non uniforme des vitesses d’écoulement à l’échelle de mesure. La variabilité des
caractéristiques hydrodynamiques du milieu poreux a des répercussions sur le transport de soluté,
notamment sur les temps d’arrivée, les profondeurs d’infiltration ou sur la distribution spatiale des
concentrations (Thomasson et al., 2003).
Pour traiter ces problèmes, de nouveaux concepts sont apparus comme la régionalisation
de l’écoulement ou la notion d’écoulement préférentiel.
Coats et Smith, 1964 puis Van Genuchten et Wierenga, 1976 développent un modèle de
transport permettant de distinguer des régions du volume poral où l’écoulement est nul. Le
transfert de masse entre les zones d’eau mobile et stagnante suit une cinétique du premier ordre.
Ce modèle a été très largement utilisé par la suite pour décrire l’écoulement en condition non
saturée (Gaudet, 1977, De Smedt et Wierenga, 1984 , Bond et Wierenga, 1990, Maraqa et al.,
1997, Fesch et al., 1998 a et b, Kamra et al., 2001, Comegna et al., 2001, Fevrier, 2001...). Si dans
certains cas la présence d’eau immobile ne fait pas de doute et se justifie par la structure même du
milieu poreux, le sens physique donné aux paramètres du modèle est parfois discuté notamment
dans le cas de sols peu structurés comme les sables (Comegna et al., 2001).
La régionalisation de l’écoulement se base sur la distribution de taille des pores du milieu
poreux. L’utilisation d’un modèle à double-porosité (Warren et Root, 1963) se justifie dans le cas
de sols fracturés ou de sols présentant une porosité bi-modale. A saturation, les macropores
conduisent la majorité du flux, mais ce sont les premiers à se drainer lorsque la teneur en eau
diminue. En non saturé, l’écoulement a lieu uniquement dans la microporosité, une région ayant
généralement des caractéristiques physiques, hydrodynamiques, chimiques et microbiologiques
très différentes (Fesch et al., 1998b, Schwartz et al., 2000).
La notion d’écoulement préférentiel constitue un cas extrême d’écoulement régionalisé. La
totalité du flux circule dans les macropores sans qu’il y ait d’échange ou de transfert de solutés
vers les autres régions du volume poral (Gupta et al., 1999). La structure du milieu, l’histoire
hydrique du sol peuvent favoriser l’apparition de ce type d’écoulement préférentiel (Flury et al.,
1994, Angulo-Jaramillo et al., 1996).

2. MODELISATION DU TRANSPORT DE SOLUTE : CAS DES TRACEURS DE


L’ECOULEMENT

De nombreux modèles prenant en compte les mécanismes fondamentaux de convection et


de dispersion ainsi que les hétérogénéités du milieu poreux ont été élaborés pour décrire
l’écoulement d’eau et le transport de contaminant en zone non saturée. Pour une revue récente et
complète on se reportera à Šimůnek et al., 2003 ou Jury et Roth, 1990.
En fonction de l’échelle d’étude des phénomènes et de l’information disponible on s’oriente
vers des approches déterministes ou probabilistes. En ce qui nous concerne, l’échelle d’étude est
la colonne de laboratoire. A cette échelle, la connaissance de la structure du milieu poreux et de la
nature de l’écoulement est suffisante pour établir un modèle déterministe et définir un domaine de
validité pour ce modèle.

40
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

Les modèles présentés dans ce paragraphe 2 sont ceux que nous utilisons par la suite. On
peut distinguer des modèles mécanistiques, basés sur la connaissance des mécanismes
physiques fondamentaux à l’origine des observations, et des relations fonctionnelles ou modèles
empiriques permettant de décrire les phénomènes observés sans expliquer les processus
physiques qui en sont la cause. Les modèles utilisés font intervenir des paramètres et des
variables définis à l’échelle de l’élément de volume homogène représentatif. Plus précisément, les
paramètres et les variables introduits traduisent le comportement moyen d’un domaine
macroscopique du milieu poreux.

2.1. Définition d’un traceur de l’écoulement

Pour caractériser les mécanismes de transport de soluté en milieu poreux, on utilise des
traceurs de l’écoulement. Il s’agit de molécules inertes, non réactives ayant un comportement
identique à celui des molécules d’eau. D’autre part, ces molécules sont identifiables à l’aide d’une
propriété physique caractéristique (fluorescence, charge, radioactivité...).
Théoriquement, les seuls véritables traceurs de la molécule d’eau sont les isotopes de
l’eau : eau deutériée (2H1HO), eau marquée à l’oxygène 18 (H218O), eau tritiée (3H1HO). On peut
éventuellement utiliser les deux premiers pour réaliser des traçages de l’eau dans l’environnement,
mais le coût des analyses (par spectroscopie de masse) est souvent rédhibitoire. D’autre part, les
conditions d’utilisation des traceurs radioactifs sont contraignantes. S’il est possible de manipuler
l’eau tritiée dans des laboratoires équipés (Gaudet, 1978 ; De Smedt et al., 1986 ; Martin-Garin et
al., 2002), il n’est pratiquement pas envisageable de l’employer pour caractériser l’écoulement à
l’échelle d’un site .
Dans la pratique de nombreux auteurs s’orientent vers d’autres types de traceurs, et
utilisent notamment des traceurs anioniques. Les plus couramment utilisés au laboratoire sont les
ions Br- (Schwartz et al., 2000, Fevrier, 2001), ou Cl- (Gaudet, 1978, De Smedt et Wierenga, 1979,
James et Rubin, 1986). Toutefois, ces molécules ne sont pas électriquement neutres et peuvent
donc interagir avec des particules chargées du sol. Une autre solution consiste à choisir des
traceurs non-ioniques (« chélates ») de grande stabilité.
Sur le terrain, le choix de la molécule est soumis à d’autres critères (Gaillard, 1994) :
− toxicité nulle,
− présence naturelle aussi faible que possible,
− tenue à long terme dans le milieu naturel (pas de dégradation),
− sensibilité, précision et simplicité de la technique analytique,
− faible prix de revient, facilité d’approvisionnement.
Le choix d’un bon traceur résulte d’un bon compromis entre ces différents critères. Les
traceurs les plus utilisés sont principalement :
− des anions : iodure (NaI) ou bromure (NH4Br),
− des complexes métalliques avec l’EDTA (utilisés en raison de leur coût pour le traçage
de faibles volumes d’eau),
− le lithium (LiCl), notamment pour des applications industrielles,
− des traceurs fluorescents en solution fortement diluée : Amino-G-acide, Fluorescéine,
Rhodamine B et WT. Toutefois, ces traceurs se dégradent au contact des éléments
constitutifs des sols (argile, matière organique) et leur utilisation se limite aux traçages
d’écoulements de surface ou d’écoulements souterrains dans des milieux fracturés ou
karstifiés.

41
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

2.2. Les équations de la dynamique du transport de soluté

Dans la suite nous supposons que le milieu poreux est homogène, la teneur en eau
uniforme, et que le régime d’écoulement d’eau est permanent.

2.2.1. Toute l’eau est mobile

Rappelons les définitions, à l’échelle de l’EVR de :


− la concentration résidente totale de soluté par unité de volume de milieu poreux, Ct :
M N
Ct = en kg.m-3 ou C t = en mol.m-3.
Vt Vt

− le flux massique de soluté par unité de surface et par unité de temps : js, en kg.m-2.s-1.

Par analogie avec l’équation I-46, on peut établir l’équation de conservation de la masse de
soluté contenue dans un EVR. On obtient l’équation différentielle suivante, faisant intervenir le flux
massique de soluté et la concentration résidente totale :
∂C t ∂j
=− s équation I-69
∂t ∂z

Dans le cas d’un traceur de l’écoulement, la quantité totale de soluté se trouve en phase
aqueuse, M = Maq (ou N = Naq) et on obtient la relation suivante :
C t = θCaq équation I-58

Par définition, le traceur de l’écoulement est transporté uniquement en phase liquide.


Décomposons le flux massique de soluté en un flux convectif et un flux dispersif, on obtient à partir
de l’équation I-61 et de l’équation I-65 l’expression suivante pour le flux massique de soluté :
∂Caq
js = jc + jD = qCaq − Dθ équation I-70
∂z

En combinant l’équation I-69, l’équation I-58 et l’équation I-70 on obtient l’équation de


convection-dispersion en régime d’écoulement d’eau unidirectionnel et permanent :

∂Caq ∂Caq ∂Caq 2


+v −D =0
∂t ∂z ∂z 2
q équation I-71
avec v = , vitesse de pore en m.s -1,
θ
et D = αv + Dp en m².s-1.

42
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

On utilise également parfois la notion de concentration de flux Cf, sa définition est la


suivante :
js θD ∂Caq
Cf = = Caq − . équation I-72
q q ∂z

Cette notion est bien distincte de la concentration résidente Caq. Imaginons que l’on
recueille pendant ∆t un volume de solution ∆V = q.∆z².∆t. Il contiendrait une masse de soluté
∆M = js.∆z².∆t. La concentration de soluté dans ce volume vaudrait ∆M/∆V = Cf. Cette
concentration est différente de la concentration massique de soluté en phase liquide, Caq. En effet
Caq correspond à la masse moyenne de soluté par unité de volume d’eau alors que Cf correspond
à la masse moyenne de soluté traversant une section donnée sur une période donnée, divisée par
le volume d’eau qui traverse cette section pendant la même période (Roth, 1995). La différence
entre ces deux notions est importante pour des milieux très dispersifs (Parker et Van Genuchten,
1984a).
Si l’on trace un profil de concentration de soluté à un instant donné, on mesure la
concentration résidente Ct en fonction de la profondeur z. Si l’on trace une courbe de percée, on
« mesure » en sortie de colonne les variations temporelles de la concentration de flux. En sortie de
∂C aq
colonne, la condition à la limite est de type fermé, c’est à dire = 0.
∂z
Avec les mêmes hypothèses, la concentration de flux satisfait aussi l’équation de
convection-dispersion :
∂C f ∂C f ∂ 2C f équation I-73
+v −D =0
∂t ∂z ∂z 2

Souvent, il est plus pratique de formuler les équations du transfert de soluté en introduisant
des variables normalisées. Choisissons t0 comme temps de référence, ce peut être par exemple la
date d’acquisition d’un profil de concentration résidente. Dans ce cas, vt0 est la longueur
caractéristique du transport par convection. Nous définissons les variables normalisées suivantes :
z t
ς= et τ = équation I-74
vt 0 t0

En utilisant ces variables normalisées, l’équation I-71 devient :


∂Caq ∂Caq 1 ∂ Caq
2
+ − . =0
∂τ ∂ς Pe ∂ς 2
équation I-75
v 2t0
avec Pe = , nombre de Péclet macroscopique.
D

Intéressons nous à la concentration de flux Cf. Nous choisissons L comme profondeur de


référence, ce peut être, par exemple, la longueur de la colonne. Dans ce cas, L/v est le temps
caractéristique du transport par convection. Nous définissons les variables normalisées suivantes :
z vt
ς= et τ = équation I-76
L L

43
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

En utilisant ces variables normalisées, l’équation I-73 devient :


∂C f ∂C f 1 ∂ 2C f
+ − =0
∂τ ∂ς Pe ∂ς 2
équation I-77
vL
avec Pe = , nombre de Péclet macroscopique.
D
On constate que la valeur du nombre de Péclet dépend du choix arbitraire de la durée t0 ou
de la longueur L. En particulier si on choisit L = v.t0, les 2 nombres de Péclet définis sont égaux.

Le nombre de Péclet macroscopique permet de comparer les temps caractéristiques des


phénomènes de convection et de dispersion. En effet si on définit le temps caractéristique du
transport par convection par :
L
tC = (s) équation I-78
v
et le temps caractéristique du phénomène de dispersion hydrodynamique par :
D
tD = (s) équation I-79
v2

On constate que :
tC
Pe = équation I-80
tD
Si le nombre de Péclet est élevé cela signifie tC >> tD et le transport par convection domine.
La comparaison des temps caractéristiques est une méthode très puissante pour isoler, entre
autres, les processus prédominants pour le transport de solutés en milieu poreux (Sardin et al.,
1991).
Le seul paramètre du modèle de convection-dispersion est le coefficient de dispersion D
(m².s-1) ou la dispersivité α (m) qui est un paramètre intrinsèque du milieu poreux saturé. Nous
avons vu que α dépend également de la teneur en eau, pour des écoulements d’eau non saturés
(Nützmann et al., 2002).

2.2.2. Une fraction de l’eau est immobile

Une fraction de l’eau contenue dans le milieu poreux peut rester liée à la matrice solide
(eau pelliculaire, zone d’eau morte...). L’importance de cette fraction dépend de la forme, de
l’arrangement relatif et de la distribution de taille des particules du sol (masse volumique sèche,
granulométrie, surface spécifique, tortuosité, connectivité des pores...).
Coats et Smith, 1964 puis Van Genuchten et Wierenga, 1976 développent un modèle de
transport permettant de distinguer des régions du volume poral où l’écoulement est nul, le modèle
MIM. Le transfert de soluté dans la fraction d’eau mobile est décrit par une équation de convection-
dispersion. Le transfert de masse entre les zones d’eau mobile et stagnante suit une cinétique du
premier ordre. La dispersion est nulle dans la fraction d’eau immobile.
Si l’on suppose que les teneurs en eau mobile et immobile ont une répartition uniforme
dans le milieu poreux, les équations du modèle MIM pour un écoulement permanent et

44
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

unidirectionnel s’écrivent (Gaudet, 1977, de Smedt et Wierenga, 1984 , Bond et Wierenga, 1990,
Maraqa et al., 1997, Fesch et al., 1998 a et b, Kamra et al., 2001, Comegna et al., 2001, Fevrier,
2001) :
∂Cm θim ∂Cim ∂ 2Cm ∂C m
+ − Dm + vm =0
∂t θ m ∂t ∂z 2
∂z
équation I-81
 ∂C 
θim  im  = k M (Cm −Cim )
 ∂t 
et θ = θim + θm
Avec :
− Cm concentration résidente de soluté dans la fraction d’eau mobile (kg.m-3 ou mol.m-3),
− Cim concentration résidente de soluté dans la fraction d’eau immobile (kg.m-3 ou mol.m-3),
− θm teneur volumique en eau mobile (m3.m-3),
− θim teneur volumique en eau immobile (m3.m-3),
− Dm coefficient de dispersion dans la fraction d’eau mobile (m².s-1),
− vm = q/θm vitesse microscopique moyenne dans la fraction d’eau mobile (m.s-1),
− kM coefficient cinétique de transfert de masse de soluté entre les fractions mobiles et
immobiles (s-1).
Pour un traceur de l’écoulement la totalité de la masse de soluté se trouve en phase liquide,
on a donc : Ct = θCaq = θmCm + θimCim (Jury et Roth, 1990).

Pour normaliser le système d’équations du modèle MIM, on introduit les variables sans
dimension suivantes :
vmt z
τ= , ς= équation I-82
L L

En introduisant ces variables normalisées dans l’équation I-81, on fait apparaître 3


paramètres sans dimension dans le système d’équations du modèle MIM :
∂C m ∂C 1 ∂ 2Cm ∂Cm
f + (1 − f ) im = −
∂τ ∂τ Pe ∂ς 2 ∂ς

(1 − f ) ∂Cim = ω(Cm − Cim ) équation I-83


∂τ
θm v L k L
avec f = , Pe = m et ω = M
θ Dm θm v m

f représente le degré de régionalisation de l’écoulement. Pour des sables peu structurés à


texture fine, Gaudet, 1977 montre que f est une fonction croissante de la teneur en eau (dans une
gamme de teneur en eau comprise entre 0,075 et 0,3). Des études postérieures montrent que f
dépend également de la vitesse d’écoulement dans la fraction d’eau mobile (Nkedi-Kizza et al.,
1983, Pang et Close, 1999).

45
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

De la même façon que dans le cas du modèle de convection-dispersion non régionalisé, le


nombre de Péclet permet de comparer les temps caractéristiques du transport par convection et
par dispersion dans la région dynamique du milieu poreux. En effet si on définit le temps
caractéristique du transport par convection dans la fraction d’eau mobile par :
L
tC = (s) équation I-84
vm
et le temps caractéristique du phénomène de dispersion hydrodynamique dans la fraction d’eau
mobile par :
Dm
tD = 2
(s) équation I-85
vm
On rappelle que Dim = 0 dans le modèle MIM.
De la même façon que pour le modèle de convection-dispersion « classique », on constate que :
tC
Pe = équation I-86
tD

ω permet de comparer les temps caractéristiques du transport par convection dans la


fraction d’eau mobile, et du transfert de masse entre la fraction d’eau mobile et la fraction d’eau
immobile. En effet si on définit le temps caractéristique du transfert de masse par (Sardin et al.,
1991) :
θim
tM = (s) équation I-87
kM
tM est le temps caractéristique de mise en équilibre de la concentration de soluté dans la fraction
d’eau mobile avec la concentration de soluté dans le fraction d’eau immobile.
On constate que :
tC
ω= équation I-88
tM

Si ω est grand, le temps caractéristique de l’échange entre les deux fractions d’eau est petit
par rapport au temps caractéristique de la convection. Cela signifie que l’on peut négliger le
déséquilibre physique créé par la présence d’une fraction d’eau immobile.
Si ω est petit, le temps caractéristique de l’échange entre les deux fractions d’eau est grand par
rapport au temps caractéristique de la convection. Cela signifie que les régions d’eau immobile
sont pratiquement isolées de l’écoulement. Dans le cas limite où kM = 0, il n’y a pas de transfert de
masse entre les 2 régions. Le soluté est uniquement transporté par convection-dispersion dans
une fraction limitée du volume poral occupée par l’eau mobile.
Concernant le paramètre kM, il est possible de l’estimer en se basant sur une interprétation
physique de la présence d’eau immobile. Chen et al., 1992 s’appuient sur la théorie du film mince
qui recouvre la surface du matériau poreux.

46
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

vm
dp
Cm
eau
mobile
δ
Cim, eau immobile
x
Figure I-15

Représentation de la fraction d’eau immobile dans la théorie du film mince.

Le transfert de masse de soluté à travers ce film est gouverné par l’équation de diffusion de
Fick :
∂Caq ∂ 2Caq
= D0
∂t ∂x 2
avec D0 coefficient de diffusion moléculaire du soluté dans l’eau libre.

Dans ce cas, kM est donné par (Coats et Smith, 1964) :


D 0 S p θ im
kM = . . équation I-89
δ Vp θ

Sp et Vp sont respectivement l’aire et le volume d’une particule de sol de diamètre dp, et δ est
l’épaisseur du film mince entourant la particule. Dans le cas de particules sphériques, Vp/Sp= dp/6.

Pour calculer δ, Chen et al., 1992 utilisent la relation de Wilson et Geankopolis, 1966 :
2 2
− −
D0  ρldp θv m  3  µ  3
= 1,09v m   ×  l  équation I-90
δ  µl   ρlD0 
où µl est la viscosité dynamique de l' eau (kg.m -1.s-1 )

L’utilisation du modèle MIM se justifie lorsque les courbes de percée du soluté présente une
forte asymétrie (front montant raide et front descendant trainant). Dans ce cas la description des
résultats est incompatible avec l’emploi du modèle de convection–dispersion non-régionalisé.
Toutefois la dualité zone mobile-zone stagnante est dans la plupart des cas assez éloignée de la
réalité et le sens physique que l’on veut attribuer aux paramètres du modèle MIM est parfois
discuté (Comegna et al., 2001).
La détermination de ces paramètres se fait généralement par ajustement du modèle sur
des résultats expérimentaux. Cette technique soulève essentiellement 2 questions :

47
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

− quelle est la représentativité du modèle ?


− y a t-il unicité des paramètres ?
Pour répondre à la première question, il convient de tester la correspondance entre courbes
expérimentales et courbes calculées pour différentes conditions d’essai (pour des conditions aux
limites différentes, pour des teneurs en eau différentes, en plusieurs points du milieu...). On peut
apporter des éléments de réponse à la seconde question par l’étude de la sensibilité des
paramètres.

2.3. Les solutions analytiques du modèle de convection-dispersion

L’équation de convection-dispersion possède des solutions analytiques pour un certain


nombre de conditions initiales et aux limites (on pourra consulter entre autres Jury et Roth, 1990 ;
Wen et Fan, 1975 ; Crank, 1975 ou encore Carslaw et Jaeger, 1959). Dans la suite nous citons
certaines solutions analytiques fréquemment utilisées pour l’étude du transport unidirectionnel de
soluté en colonne de laboratoire.
On considère l’injection d’une impulsion de solution contenant un traceur inerte à la
concentration C0 dans une colonne de sol homogène, semi-infinie. A t = 0 (début de l’injection),
Caq(z,0) = 0. L’écoulement est monodimensionnel et permanent. L’axe z est dirigé vers le bas de la
colonne, on injecte le traceur en z = 0 (en haut de la colonne).

2.3.1. Courbe de percée

Les conditions aux limites sont les suivantes :


js (0, t ) = qC f (0, t ) = m0δ (t )
équation I-91
js (z, t )  
→ 0
z →+∝

m0 (m0 = q.C0) est la masse de traceur injectée par unité de surface de colonne et par unité de
temps (en kg.m-2.s-1) et δ(t) est une fonction de Dirac définie par :
δ (t ) = 0 ∀ t ≠ 0
+∝ équation I-92
∫ δ (t )dt = 1
−∝

Pour ces conditions initiales et aux limites, la solution de l’équation de convection-


dispersion est :

qC f (z, t ) C f (z, t ) z  [z − vt ]2 
= = exp −  équation I-93
 
m0 C0 2 πDt 3  4Dt 

Lorsque Pe >> 1. On peut donner une bonne approximation de l’équation I-93 par :

qC f (z, t ) C f (z, t ) v3  [z − vt ]2 .v  vz
= = exp − , 〉〉 1 équation I-94
m0 C0 4πDz  4Dz  D
 

48
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

En utilisant les variables normalisées définies précédemment (équation I-76), l’équation I-94
s’écrit :

qC f (ς ,τ ) C f (ς ,τ ) Pe  [ς − τ ]2 .Pe 
= = exp − , Peς 〉〉 1 équation I-95
m0 C0 4πς  4 ς 
 
avec Pe = vL/D.

On remarque que l’équation I-94 décrit une Gaussienne en temps (z est un paramètre fixé)
z θz S z θ
de moment d’ordre 1, ou centre de gravité, ou temps de séjour moyen Ts = = = (avec S
v q Q
2Dz
section de la colonne et Q débit volumique en m3.s-1), et de variance . Ts correspond au
v3
temps nécessaire pour renouveler une fois le volume d’eau contenu dans l’espace poral dans le
sytème considéré. C’est pourquoi on désigne la quantité Vp = Sθz (en m3) par le terme « volume de
pore ».
La Figure I-16 illustre l’influence de la valeur du nombre de Péclet sur l’allure de la courbe
de percée d’un traceur de l’écoulement (pour z = L ou ζ = 1). Plus Pe est grand, plus le pic est
étroit. Le centre de gravité des courbes de percée est situé à l’abscisse τ = 1, qui correspond à la
durée d’infiltration d’un volume de pore au débit Q.

Figure I-16

Evolution temporelle de la concentration de flux d’un traceur de l’écoulement à la profondeur ζ = 1


en fonction de la valeur du nombre de Péclet. Les lignes continues représentent la solution exacte
de l’équation de convection-dispersion, les lignes pointillées représentent la solution approchée
(équation I-95).

(extrait de Roth, 1995).

49
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

2.3.2. Profil de concentration

Cette fois les conditions initiales sont les suivantes :


C0
Caq (z,0) = δ (z ) équation I-96
θ
C0 est la concentration initiale totale de soluté dans la colonne en kg.m-3.

Et les conditions aux limites deviennent :


js (0, t ) = 0
équation I-97
js (z, t )  
→ 0
z→+ ∝

Dans ces conditions, la solution analytique de l’équation I-71 est la suivante (Jury et Roth,
1990) :

θ 1  [z − vt ]2  v  vz   z + vt 
Caq (z, t ) = exp − − exp erfc  équation I-98
C0 πDt  4Dt  2D D  4Dt 

Lorsque t >> 2D/v², cette solution peut être approchée par :

θ 1  [z − vt ]2 
Caq (z, t ) = exp − , t 〉〉 2D équation I-99
C0 2 πDt  4Dt  v2

En utilisant les variables normalisées définies précédemment (équation I-74), l’équation I-99
s’écrit :
 2 
θ Pe  [ς − τ ]  2
Caq (ς ,τ ) = exp − , τ 〉〉 équation I-100
C0 4πτ  4τ  Pe
 Pe 

L’équation I-99 décrit une Gaussienne en z (t est un paramètre fixé) de moment d’ordre 1
v.t (ou τ) et de variance 2.D.t (ou 2τ/Pe).

La Figure I-17 décrit l‘allure des profils de concentration résidente pour 2 temps de
transport différents (τ = 1 et τ = 5) en fonction de la valeur du nombre de Péclet. Au cours du
transport, le pic de soluté d’abord très étroit s’étale, et la concentration maximale diminue.

50
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

Figure I-17

Distributions spatiales de la concentration résidente d’un traceur de l’écoulement au bout de τ = 1


et τ = 5 en fonction de la valeur du nombre de Péclet. La différence entre la solution exacte de
l’équation de convection-dispersion et la solution approchée (équation I-100) n’est pratiquement
pas perceptible pour ces simulations.

(extrait de Roth, 1995)

2.4. Notion de distribution de temps de séjour

Nous rappelons les conditions dans lesquelles nous nous plaçons pour définir la notion de
distribution de temps de séjour des molécules de traceur. Ces conditions sont vérifiées lorsqu’on
pratique des expériences en colonne de laboratoire :
− le milieu poreux est homogène à l’échelle macroscopique,
− le fluide est incompressible,
− l’écoulement est monodimensionnel et permanent,
− en entrée et en sortie du système le flux est purement convectif.
Soit Cf(0,t), la concentration de flux de soluté injectée en entrée du système (en z = 0).
f
C (L,t) est la concentration de flux en sortie du système, c’est la réponse du système associée au
signal d’entrée. Si le système est linéaire, on peut formuler une relation entre Cf(0,t) et Cf(L,t). Pour
cela on introduit la notion de fonction de transfert.

51
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

La transformée de Laplace de la fonction de transfert G(L,s) du système colonne de sol de


longueur L est définie par :

C f (L, s )
G(L, s) = équation I-101
C (0, s)
f

C f est la transformée de Laplace du signal Cf, définie par :



C f (0, s) = ∫ C f (0, t )e −st dt
0 équation I-102

C (L, s) = ∫ C (L, t )e dt
f f − st

Considérons à présent un système sol traversé par un flux volumique d’eau constant, q. A
t = 0, début de l’injection, le sol ne contient pas de soluté. On impose en entrée du système un
signal de la forme :
js (0, t ) = qC f (0, t ) = qC0δ (t ) équation I-103

On peut dire que qCf(L,ts)dts représente la quantité de molécules (en kg.m-2) sortant du
système dont l’âge est compris entre ts et ts+dts. La distribution de temps de séjour (ou DTS) du
traceur de l’écoulement, E(L,ts) est obtenue en normant la fonction qCf(L,ts) :
qC f (L, t s ) C f (L, t s )
E(L, t s ) = ∝
= équation I-104
C0
∫ qC (L, t s )dt s
f


Par définition d’une distribution : ∫ E(L, t s )dt s = 1 .
0

La DTS est la fonction densité de probabilité du temps de séjour d’une molécule de traceur
de l’écoulement dans le système. Par définition, le temps de séjour moyen est égal au moment
d’ordre 1 de la fonction densité de probabilité :
+∝
Ts = ∫ t sE(L, t s )dt s équation I-105
0

Et sa variance est égale au moment centré d’ordre 2 de la fonction densité de probabilité :


+∝ +∝
var (t s ) = ∫ (t s − Ts ) E(L, t s )dt s = ∫ t s E(L, t s )dt s − Ts
2 2 2 équation I-106
0 0

Pour une colonne de sol remplissant les conditions évoquées au début de ce paragraphe et
ne contenant pas de traceur à l’état initial, la fonction de transfert du système peut être obtenue
expérimentalement assez simplement (Parker et Van Genuchten, 1984b). Dans le cadre de nos
hypothèses, la concentration de flux est égale à la concentration de traceur en phase liquide Cl (en
sortie du système le flux est purement convectif) qui est une grandeur facilement mesurable. On
identifie la fonction de transfert à la réponse impulsionelle du système, c’est à dire la variation de la
concentration Cl en sortie du système en réponse à une injection instantanée de traceur.

52
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

La fonction de transfert du système caractérise le fonctionnement hydrodynamique de la


colonne de sol indépendamment de la forme du signal d’entrée imposé. En effet, on montre (Jury
et Roth, 1990) que pour un système linéaire, la réponse à une excitation quelconque Cf(0,t), est
égale au produit de convolution du signal d’entrée et de la fonction de transfert :
t
C f (L, t ) = ∫ C f (0,τ ).F(L, t − τ )dτ équation I-107
0

En outre on constate en utilisant l’équation I-101, l’équation I-107 et la transformée de


Laplace de la fonction de Dirac δ(t), que la transformée de Laplace de la fonction de transfert du
système est égale à la transformée de Laplace de la DTS.
G(L, s) == E(L, s ) équation I-108

Nous avons vu qu’un système dynamique était totalement caractérisé par sa fonction de
transfert. Les propriétés de la fonction de transfert sont particulièrement intéressantes. En effet, si
l’on considère un système constitué de sous systèmes en série, la fonction de transfert globale des
N sous systèmes est le produit des fonctions de transfert Gj(Lj, s) de chaque sous système :

( )
N
G(L, s) = ∏ G j L j , s équation I-109
j =1

L’expression des moments de la DTS se déduit de la connaissance de la transformée de


Laplace de la fonction de transfert du système G(L,s). En effet, en utilisant l’équation I-105,
l’équation I-106 et l’équation I-108, on obtient (Villermaux, 1985) :
∂ nG
µn = (− 1) lim s→0
n

∂sn
 ∂G 
Ts = (− 1).  équation I-110
 ∂s  s = 0
2 ∂ G
2
var (t s ) = (− 1) . 2  − Ts2
 ∂s  s = 0

La méthode des moments est fréquemment utilisée pour la caractérisation des propriétés
hydrodynamiques et chimiques du système sol/solution (Valocchi, 1990 ; Schoen et al., 1999 ;
Pang et al., 2003).

3. LE CESIUM ET LE STRONTIUM : DEUX ELEMENTS INTERAGISSANT AVEC LA


MATRICE SOLIDE DANS LES SOLS NATURELS

Les substances dissoutes qui pénètrent dans la zone non saturée des sols naturels
participent à des réactions chimiques, subissent des transformations physiques ou entrent dans
des cycles biologiques. Certains de ces phénomènes vont ralentir le transport des substances
dissoutes, ou les immobiliser totalement. D’autres au contraire vont faciliter le transfert des solutés

53
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

en dehors de la zone non saturée (migration en phase liquide vers l’aquifère, volatilisation,
dégradation...).
En particulier, la connaissance des processus de transfert de polluants à l’interface solide-
liquide est prépondérante. Dans de nombreux cas, le phénomène d’adsorption à la surface des
minéraux qui composent les roches et les sols naturels réduit considérablement la mobilité de
substances polluantes en solution. On sait également que des modifications brutales des
conditions physico-chimiques du milieu (acidification, variation du potentiel redox…) peuvent
entraîner la libération de substances immobilisées à des concentrations nuisibles pour
l’environnement (c’est le cas par exemple de l’uranium, Gabriel et al., 1998).
De manière générale, la mobilité d’une substance dissoute au contact d’un sol naturel
dépend à la fois des propriétés chimiques de cette substance et de la composition minéralogique
du milieu poreux. On peut ajouter que la structure du sol (en particulier la présence d’agrégats)
joue un rôle dans les processus de rétention des substances dissoutes (Fesch et al., 1998b).
L’objectif de ce paragraphe est de présenter les principales réactions chimiques impliquant
le césium et le strontium dans les eaux souterraines et à l’interface solide-liquide, ainsi que les
modèles les plus fréquemment utilisés pour décrire ces réactions.

3.1. Notion d’équilibre thermodynamique et de cinétique chimique

3.1.1. Modèle d’équilibre et constante d’équilibre

Les données thermodynamiques permettent de savoir si une réaction est « spontanée »,


c’est à dire thermodynamiquement possible dans des conditions fixées. Par contre, ces données
ne nous donnent pas d’idée sur la « vitesse » de la réaction.
L’état d’équilibre du système définit les conditions limites vers lesquelles le système tend.
L’équation ∆G = ∆H – T°∆S, exprime que la variation de l’enthalpie libre de réaction (∆G en J/mol)
est égale à la tendance à diminuer l’enthalpie (∆H en J/mol), moins la tendance à augmenter
l’entropie du système (∆S en J.mol-1.K-1).
A température et pression constantes, les réactions chimiques d’un système ne se déroulent que
dans le sens d’une diminution de l’enthalpie libre de réaction (∆G < 0). L’équilibre est atteint
lorsque le système est en position énergétique minimale. En comparant modèle d’équilibre et
système réel on peut donc déterminer dans quelle mesure l’équilibre est établi.

Pour la réaction chimique : aA + bB ⇔ cC + dD, la relation entre l’enthalpie libre de réaction


et la composition du système est la suivante :

∆G = ∆G0 + RT oln
(C)c (D)d = ∆G0 + RT olnΠ équation I-111
(A )a (B )b
où ∆G0 est l’enthalpie libre de réaction dans l’état standard (ou énergie libre molaire standard de
Gibbs), et Π est le produit d’activité. L’état standard correspond au corps pur sous une pression de
1 bar.

54
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

∆G0 est égal par définition à la somme des enthalpies libres de formation des produits
moins la somme des enthalpies libres de formation des réactifs multipliées par les coefficients
stoechiométriques :
∆G0 = cG0f (C) + dG0f (D) − aG0f (A ) − bG0f (B) équation I-112

Les valeurs de Gf0 (ainsi que de Hf0 et S0) sont tabulées (on se réfèrera par exemple à L. Sigg et
al., 1992).

On rappelle également que les phases solides pures et les solvants ont une activité égale à
1, l’activité des gaz est égale à leur fugacité (ou pression partielle) et l’activité des espèces en
solution est proportionnelle à leur concentration (égale dans le cas des solutions très diluées).

A l’équilibre ∆G = 0, et le produit d’activité est égal à la constante d’équilibre de la réaction


considérée :
 (C)c (D)d 
K = Π éq =  a b  équation I-113
 (A ) (B) éq

Alors :
∆G0 = −RT olnK équation I-114

On obtient en combinant l’équation I-111 et l’équation I-114, la relation suivante :


Π
∆G = ∆G0 + RT olnΠ = RT oln équation I-115
K

La comparaison de Π (composition effective du système) avec la valeur de K (composition


à l’équilibre) indique si le système est à l’équilibre (∆G = 0), si la réaction est spontanée (∆G < 0)
ou impossible (∆G > 0).

3.1.2. Cinétique de réaction

La thermodynamique traite de la composition chimique d’un système à l’équilibre


indépendamment de la variable temporelle. La cinétique a pour objet de connaître la vitesse à
laquelle s’installe un équilibre (vitesse de réaction) et par quel chemin le système évolue vers cet
état d’équilibre (mécanismes réactionnels).
La « vitesse » de réaction par unité de volume est définie par :
1 dCi
ϑ (t ) = en mol.s-1.l-1 équation I-116
υi dt
avec Ci, concentration de l’espèce i (en mol/l) et υi coefficient stoechiométrique de l’espèce i (positif
pour les produits de la réaction, négatif pour les réactifs).

55
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

Dans tout équilibre réversible du type : aA + bB + … ⇔ cC + dD + … on écrit la vitesse de


réaction comme :
1 d[A ] 1 d[B] 1 d[C]
ϑ (t ) = −
a dt
( α β
)
= k [A ] × [B] × ... = −
b dt
=
c dt
= ... équation I-117

où k (en (mol/l)1-n.s-1) est la constante de vitesse ; α, β, etc… sont les ordres partiels de la réaction
et n (somme des ordres partiels) est l’ordre global de la réaction. L’ordre de la réaction est un
paramètre phénoménologique défini lorsque la validité de l’équation choisie est prouvée
expérimentalement. La figure ci-dessous résume les lois de vitesse les plus simples.

Equation différentielle
Ordre Temps de demi-vie Représentation graphique
Loi cinétique après intégration
[A]
-d[A]/dt = k
Zéro [A] = [A]0 – kt [A]0/2k k
-1
k en mol.s 1
t

Ln[A]
-d[A]/dt = k[A] ou = k[B]
Premier [A] = [A]0exp(-kt) ln2/k k
-1
k en s 1
t

1/[A]
-d[A]/dt = k[A]² ou = k[A][B]
Deuxième 1/[A] = 1/[A]0 + kt 1/k[A]0
k
k en mol-1.s-1 1/[A]0
t

Tableau I-1

Lois cinétiques les plus simples.

On définit le temps caractéristique d’une réaction chimique (ou temps de demi-vie) comme
le temps au bout duquel la concentration en réactif de départ est divisée par deux. La comparaison
du temps caractéristique d’une réaction et, par exemple, du temps caractéristique de la convection,
permet d’identifier les phénomènes prépondérants (Sardin et al., 1991).

Un cas particulier intéressant pour la suite est celui d’une réaction élémentaire réversible du
type :
k1
A⇔B
k -1

56
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

Dans ce cas l’équation I-116 nous fournit l’expression suivante pour la vitesse de réaction :
d[A]
ϑ (t ) = - = k 1 [A ] − k −1 [B ] équation I-118
dt

Pour cette dernière réaction, lorsque l’équilibre thermodynamique est atteint :


d[A ] d[B]
= =0 équation I-119
dt éq dt éq

En combinant l’équation I-113, l’équation I-118 et l’équation I-119 on obtient la relation


suivante entre la constante d’équilibre et les constantes de vitesse :
 [B]  k
K=  = 1
 [A ]éq k −1
équation I-120

3.2. Généralités concernant le phénomène de sorption

3.2.1. Définitions

On désigne par sorption l’ensemble des mécanismes réversibles qui engendrent le transfert
d’une espèce de la phase aqueuse vers la phase solide. On distingue parmi ces mécanismes :
− l’adsorption de l’espèce à la surface des particules solides (immobilisation d’un ion ou
d’une molécule à l’interface), l’échange ou remplacement d’une espèce fixée par une
autre est un cas particulier d’adsorption,
− l’absorption de l’espèce à l’intérieur des particules (mécanisme de diffusion dans un
solide, accumulation à l’intérieur de microorganismes…),
− la précipitation de surface.
Il est parfois délicat de distinguer entre l’adsorption et d’autres réactions à l’interface solide-
liquide comme la précipitation de surface ou la dissolution (Sposito, 1984). Une des différences
majeures est que le phénomène d’adsorption est limité par la capacité d’adsorption (ou d’échange)
des solides. Les minéraux argileux, la matière organique ou les oxydes et hydroxydes ont des
capacités d’adsorption différentes et limitées.

Pour une description complète de ces phénomènes, se référer à Bolt et al., 1978, Appelo et
Postma, 1996, Sigg et al., 1992 ou Schweich et al., 1981 ou Sposito, 1984 et 1989.

57
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

La Figure I-18 illustre ces différents phénomènes :

Figure I-18

Illustration des différents mécanismes de sorption.

(extrait de Appelo et Postma, 1999).

3.2.2. Les mécanismes de l’adsorption

Des interactions chimiques et des phénomènes électrostatiques sont à l’origine de


l’adsorption des espèces en solution à la surface du solide. On distingue classiquement les
mécanismes d’adsorption en fonction de l’affinité entre l’espèce retenue et la surface des minéraux
(Sposito, 1989). Par ordre d’affinité croissante, on parle de :

− accumulation dans la couche diffuse :


Sous l’influence du champ électrique créé dans la solution du sol par le déficit de charges
positives existant, généralement, à la surface des minéraux qui composent les sols
naturels (en particulier les minéraux argileux), les cations sont attirés vers la surface alors
que les anions sont repoussés. Parallèlement à cette répartition des espèces au sein de la
phase liquide en fonction de leur charge, dictée par les phénomènes électrostatiques, les
phénomènes de diffusion tendent à homogénéiser les concentrations. Un équilibre est
créé à proximité de la surface des minéraux donnant naissance à une couche diffuse
d’accumulation des cations et d’exclusion des anions (Bolt, 1978 ; Stumm et Morgan,
1981).
Ce mécanisme d’adsorption n’est pas spécifique d’une espèce dissoute, mais dépend
uniquement de la valence du cation et de la force ionique de la solution du sol.
− complexation surfacique de sphère externe :
Dans ce mécanisme, les cations s’approchent des sites de surface en conservant leur
sphère d’hydratation. Les molécules d’eau s’intercalent entre la surface et le cation retenu.
La liaison est de type électrostatique ce qui rend le complexe formé assez peu stable.

58
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

− complexation de sphère interne :


Ce mécanisme met en jeu des interactions spécifiques avec la surface. Le cation perd sa
sphère d’hydratation et se fixe au niveau de sites de surface spécifiques par des liaisons
chimiques (ioniques ou covalentes). Ces complexes sont donc plus stables que les
complexes de sphère externe.
La figure suivante représente les différents mécanismes de fixation décrits succinctement
dans ce paragraphe :

Figure I-19

Différents mécanismes d’adsorption d’un cation à la surface d’un minéral.

(extrait de Sposito, 1989).

L’adsorption d’un cation dépend de sa valence, de son rayon ionique, de sa spéciation


(certains complexes peuvent aussi s’adsorber), du pH de la solution du sol (qui impose la densité
de charge surfacique et détermine l’activité des protons) et surtout de la composition de l’adsorbat.
Les surfaces des minéraux comportent plusieurs types de sites de réactivité variable (c’est le cas
notamment des argiles), le sol étant lui même un assemblage complexe de différents minéraux.

3.2.3. Des modèles pour décrire le phénomène d’adsorption

D’une façon générale, la loi d’équilibre pour la réaction d’adsorption est représentée par
une relation de la forme : Cs = f(composition de la solution). Cette loi, accompagnée de la
température à laquelle elle s’applique est souvent appelée isotherme d’équilibre.
Généralement, on détermine indirectement la concentration d’élément sorbé par unité de
masse de solide, Cs, à partir de la mesure de Caq en faisant un bilan de matière dans un élément
de volume représentatif du milieu poreux et on obtient :
C t − θCaq
Cs = en mol/kg de solide équation I-121
ρd

Rappelons que Ct est la concentration totale de l’élément interagissant dans le système (en mol/l
de solvant), Caq est la concentration totale de l’élément interagissant en solution (en mol/l de

59
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

solvant) θ est la teneur en eau volumique (ou volume de solvant par unité de volume de milieu
poreux) et ρd est la masse de solide adsorbant par unité de volume de milieu poreux (en kg/l).
On obtient la loi de distribution de soluté entre les phases solide et liquide en faisant varier Caq
dans le système solide/solution. Nous évoquerons dans la suite les différentes techniques
expérimentales pour déterminer la loi de distribution de soluté entre les phases solide et liquide ou
isotherme de sorption.
L’isotherme d‘adsorption représente l’évolution de Cs en fonction de la variable
prépondérante Caq, toutes les autres variables étant maintenues constantes. La forme de
l’isotherme d’adsorption renseigne sur le mécanisme d’adsorption à la surface des particules. On
classe les isothermes en 4 types en fonction de leur allure :

S-curve L-curve
Cs (mol/kg)

Cs (mol/kg)
Caq (mol/l)
Caq (mol/l)

H-curve C-curve
Cs (mol/kg)
Cs (mol/kg)

Caq (mol/l)
Caq (mol/l)

Figure I-20

Classification des isothermes d’adsorption en fonction de la valeur de leur pente à l’origine.

(d’après Sposito, 1984).

S-curve : (sigmoïde) l’adsorption augmente brutalement à partir d’une certaine concentration, c’est
le cas de l’adsorption à la surface de particules solides hydrophobes.
L-curve : système de Langmuir, saturation des sites à haute concentration.
H-curve : haute affinité du solide pour le soluté, pas de saturation apparente.
C-curve : isotherme linéaire, rapport constant entre la quantité fixée et la concentration en solution.
On peut décrire l’allure de ces courbes par des relations fonctionnelles. Quelle que soit la
forme de l’isotherme, aux très faibles concentrations l’isotherme paraît quasi-linéaire (type C).

3.2.3.1. Les modèles empiriques

3.2.3.1.1. Loi de Langmuir (L-curve)

60
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

Dans l’hypothèse la plus simple on admet que les sites d’adsorption X à la surface du solide
(adsorbant), sont occupés par l’espèce réactive de la solution, E (adsorbat) avec une
stoechiométrie 1 : 1. Le mécanisme de sorption est décrit par la réaction réversible suivante :
X + E ⇔ EX.
Les concentrations de X et EX peuvent être exprimées en mol/l de solution. Lorsque les
activités des espèces de surface sont proportionnelles à leurs concentrations, on peut appliquer la
loi d’action de masse pour calculer la constante d’équilibre, K (l/mol) :

K=
[EX] = exp − ∆G0  équation I-122
[X][E]  RT o 
 
Considérons un nombre maximum de sites de surface Xtot de sorte que [X]tot = [X] + [EX], il vient :

[EX] = K[X] [E]


tot
en mol/l de solution équation I-123
1 + K[E]

ou encore avec les notations définies précédemment :


avec [Γ]tot nombre de sites maximum par kg de sol, [Γ]tot = [X]totθ/ρd.
K[Γ]tot Caq
Cs = en mol/kg de solide équation I-124
1 + KCaq

Le modèle de Langmuir est applicable s’il y a équilibre thermique jusqu’à la formation d’une
monocouche d’adsorbat à la surface du solide, si l’énergie d’adsorption est indépendante du taux
d’occupation des sites, et si l’activité est la même pour tous les sites.
Le modèle de Langmuir fait intervenir deux paramètres : une constante d’équilibre K et le
nombre de sites total à la surface de l’adsorbat. Le produit K[Γ]tot fixe la valeur de la pente de
l’isotherme à l’origine, [Γ]tot fixe la valeur de l’asymptote horizontale de l’isotherme quand Caq
augmente. Il est donc possible d’attribuer un sens physique aux deux paramètres du modèle de
Langmuir.

3.2.3.1.2. Isotherme de Freundlich (H-curve)

Une isotherme du type H peut être décrite par une relation fonctionnelle du type :
n
Cs = KF Caq avec 0 < n < 1 équation I-125

L’équation I-125 est appelée modèle de Freundlich et fait intervenir deux paramètres de
calage : KF et n.
On interprète souvent une isotherme de Freundlich comme la somme de plusieurs isothermes de
Langmuir, traduisant de façon mécaniste la présence de différents types de sites d’affinités
différentes pour le soluté :

61
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

Sites plus nombreux à la

Cs (mol/kg)
surface du solide, mais
de plus faible affinité.

Adsorption sur des sites


peu nombreux à haute
affinité (K élevé).

Caq (mol/l)

Figure I-21

Interprétation physique de l’isotherme de Freundlich.

De façon statistique, l’isotherme de Freundlich correspond à une succession de sites


caractérisés par un continuum de valeurs de logK, dont la densité suit une distribution normale plus
ou moins dispersée autour de la valeur moyenne de logK en fonction de l’exposant n (Sigg et al.,
1992).

3.2.3.1.3. Isotherme linéaire (C-curve)

L’isotherme linéaire est décrite par une relation du type :


Cs = Kd Caq équation I-126

Kd, appelé coefficient de partage ou de distribution (l.kg-1) est l’unique paramètre de cette
loi. L’utilisation de cette loi implique que les divers solutés présents dans la solution du sol
s’adsorbent indifféremment les uns des autres. C’est une circonstance assez rare qui rend le
modèle linéaire peu applicable, sauf dans le cas de solutions très diluées. On entend par solution
diluée, une solution où l’un des solutés adsorbables est présent en faible concentration et en large
excès devant les autres. La simplicité de cette relation ne doit être en aucun cas une raison de son
emploi.
La technique standard de détermination du Kd repose sur un ensemble de mesures de
concentrations de soluté (Cséq et Caqéq) en tubes à essais, c’est à dire dans des conditions
statiques. Le rapport préconisé entre la masse de sol sec introduite et le volume de solution est de
l’ordre de 0,25 kg.l-1, c’est à dire largement inférieur à ceux rencontrés en colonne de laboratoire et
sur le terrain. L’extrapolation de ces résultats paraît hasardeuse même pour des expériences en
colonne, c’est à dire dans des conditions dynamiques, et à plus forte raison dans des modèles de
terrain.

Ces différentes relations empiriques issues de la théorie de l’adsorption gaz-solide


(Schweich, 1984), devraient être réservées à la fixation de molécules non ioniques et peu polaires.
L’adsorption de substances ioniques peut être décrite par la thermodynamique statistique ou par la
théorie de la double couche électrique. Nous n’aborderons pas dans ce document cette approche
complexe, qui peut souvent être remplacée par l’utilisation du mécanisme d’échange d’ions.

62
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

3.2.3.2. Un modèle mécanistique : l’échange d’ions

L’échange d’ions est un des processus prépondérants dans les interactions entre les sols et
les eaux naturelles. D’une part, toutes sortes de cations entrent dans la composition des eaux
naturelles et on les retrouve dans certains types de pollutions selon les conditions physico-
chimiques (métaux lourds, certains radioéléments, etc…). D’autre part, les minéraux argileux,
matériaux échangeurs d’ions reconnus, sont presque toujours présents dans les sols naturels.
Un matériau échangeur de cations est constitué d’une matrice solide à la surface de
laquelle les charges négatives existantes sont compensées par des cations mobiles. L’échange
entre la solution et le solide est représenté par une relation stoechiométrique. Par exemple on
décrit l’échange entre les deux cations monovalents K+ et Na+ par la réaction réversible suivante :
Na+ + KX ⇔ NaX + K+
L’espèce X- désigne un site d’échange à la surface du matériau échangeur de cations. NaX et KX
désignent respectivement un site occupé par un cation Na+ et un site occupé par un cation K+.

KNa/K est le coefficient de sélectivité apparent, défini par :

K Na/K =
[K ](NaX)
+

[Na ](KX)
+
équation I-127

Le coefficient de sélectivité apparent caractérise l’équilibre d’échange, il a la même structure


qu’une loi d’action de masse mais ce n’est pas une constante thermodynamique et il varie avec les
conditions expérimentales et dépend de la nature de l’échangeur.
Les parenthèses dans l’expression du coefficient de sélectivité indiquent qu’il s’agit de
l’activité des cations adsorbés. Il n’existe pas de théorie unifiée pour calculer l’activité des espèces
adsorbées sur une phase solide (comme la théorie de Debye-Hückel qui relie activité et
concentration des espèces en solution), mais plusieurs conventions. On définit parfois l’activité des
ions échangeables (Mm+) par la fraction molaire, βMmol (fraction de la quantité totale de cations
échangeables) et plus souvent par la fraction équivalente, βM (fraction du nombre total de sites) :
[MXm ] , avec TEC = [IX ] (Total
mol
βM =
TEC
∑ i Exchangeable Cations) en équation I-128
I
mol/kg de sol.
m[MXm ]
βM = , avec CEC = ∑ i[IXi ] (Capacité d’Echange Cationique) en eq/kg équation I-129
CEC I
de sol (ou fréquemment en meq/100 g).

Il n’y a pas de différence entre ces deux conventions lorsque l’échange est homovalent
(échange de cations de même charge). En revanche, dans le cas d’un échange hétérovalent
comme Ca2+/Na+ : Na+ + ½ CaX2 ⇔ NaX + ½ Ca2+, le calcul du coefficient de sélectivité dépend de
la convention utilisée.

63
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

Si on utilise les fractions équivalentes (convention de Gaines & Thomas, 1953), on obtient :

β Ca 2+
= Na0.5
[ ] 0,5

=
[NaX][Ca 2+ ]
0,5
1
[Na+ ][CaX2 ]0,5 ⋅
GT
K Na/Ca
β Ca Na + [ ] 2CEC
équation I-130

Si on utilise les fractions molaires (convention de Vanselow, 1932), on obtient :

=
βmol[
Na Ca
2+
]0,5

=
[NaX][Ca 2 + ]
0,5
1
[Na+ ][CaX2 ]0,5 ⋅
V
K
[Na ]
Na/Ca
0.5
équation I-131
+
βmol
Ca
TEC

Un des arguments évoqués pour choisir entre ces deux conventions est que dans un cas
on se réfère à ce qu’on peut considérer comme une propriété du solide (la CEC) pour calculer
l’activité des cations échangeables, tandis que dans l’autre cas, on se réfère à une quantité qui
varie selon la valence des cations échangeables dans le système (la TEC). Théoriquement, la
CEC représente le nombre total de sites d’échange à la surface du solide. On mesure la CEC en
déplaçant tous les cations échangeables à la surface du solide par exemple en mettant le sol au
contact d’une solution très concentrée en cations NH4+, et en déterminant la diminution de
concentration d’ammonium en solution. La valeur de la CEC d’un sol dépend aussi de la façon
dont on la mesure et une valeur de CEC donnée n’a de sens que lorsqu’on précise la technique
avec laquelle on l’a déterminée.
Pour une description très complète du modèle d’échange d’ions on pourra se reporter à
Helfferich, 1962. Des approches théoriques de la variation du coefficient de sélectivité avec la
composition de la solution sont données dans Bolt et al., 1978. Des exemples concrets appliqués
aux milieux naturels illustrent le problème dans Appelo et Postma, 1996.

3.2.4. Cinétique des réactions de sorption

On définit le temps caractéristique d’une réaction chimique (ou temps de demi-vie) comme
le temps au bout duquel la concentration en réactif de départ est divisée par deux (paragraphe
3.1.2).
Dans le cas du transport de soluté dans un milieu poreux, il convient de comparer le temps
caractéristique de la réaction Tréac au temps de séjour moyen de l’eau Ts (ou temps caractéristique
du transport par convection défini au paragraphe 2.3.1). On distingue 3 cas de figure :
− Ts >> Tréac : cas de l’équilibre thermodynamique pour la réaction considérée,
− Ts ≈ Tréac : traitement cinétique des phénomènes,
− Ts << Tréac : la réaction considérée n’a pas lieu.

A l’interface solide-liquide il est très important de prendre en compte les limitations


cinétiques dues aux processus physiques, notamment la diffusion. En effet, quelle que soit la
vitesse d’écoulement ou d’agitation, il existe à l’interface solide-liquide une couche de fluide
immobile due à la viscosité de la solution. Pour se fixer sur le solide, le soluté doit traverser ce film
par diffusion moléculaire, ce mécanisme appelé transfert externe suit la première loi de Fick.
Si le solide est lui même poreux, le soluté doit migrer à l’intérieur des pores du solide par
diffusion dans le fluide stagnant interne avant d’atteindre les sites de fixation. C’est ce qu’on
appelle le transfert interne. Ces différentes étapes sont schématisées sur la figure suivante :

64
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

Réaction dans Réaction


le grain à la

concentration
surface

Cs
solide liquide

Ci δ Ce

distance
interface

interne diffusion externe

Figure I-22

Les causes de la cinétique physique.

Ce est la concentration du soluté dans le fluide homogène, Cs est la concentration dans le fluide
stagnant externe entourant les grains solides et Ci est la concentration dans le fluide stagnant
interne. Bien entendu Cs et Ci ne sont pas directement mesurables, sauf à l’équilibre où elles
deviennent égales à Ce. Ce sont les gradients qui s’établissent entre ces concentrations qui
contrôlent la vitesse de transfert du soluté.
Finalement, on montre que le temps caractéristique du transfert de masse, tM, de la phase
liquide vers la phase solide résultant du couplage de l’ensemble de ces processus (transfert
externe, transfert interne et réaction chimique) est égal à la somme des temps caractéristiques de
chacun des processus pris séparément (Sardin et al., 1991).
La comparaison du temps de séjour de l’eau dans le réacteur avec le temps caractéristique
global du transfert de masse permet d’estimer la pertinence d’un traitement cinétique de la réaction
de sorption. Cet aspect cinétique doit être pris en compte dans l'interprétation des expériences de
migration sur colonne de laboratoire où l'hypothèse d'équilibre thermodynamique n'est pas toujours
vérifiée, contrairement à ce qui se passe à l'échelle du terrain. Pour s'en convaincre, on peut
utiliser le nombre de Damköhler comme critère :
L
Dk = équation I-132
v k −1

L est la longueur caractéristique du transport par convection (m), v est la vitesse de pore (m.s-1) et
k-1 est le temps caractéristique de la réaction (s).
Jennings et al., 1984 précise que l'hypothèse d'équilibre thermodynamique est vérifiée si Dk est
supérieur à 100.

3.3. Réactivité des sols sableux naturels vis à vis du césium et du strontium

Après ces généralités sur les mécanismes de sorption, nous allons nous intéresser plus
particulièrement aux principales réactions chimiques pouvant s’opérer entre les différentes phases
qui présentes dans le milieu poreux et le césium et le strontium.

65
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

3.3.1. Le cas du césium

3.3.1.1. Spéciation

3.3.1.1.1. Généralités

Le césium stable, 133Cs, se retrouve partout dans les sols dans une gamme de
concentration allant de 0,3 à 25 mg/kg (Lindsay, 1979). On s'est très largement intéressé à la
géochimie du césium parce que les produits de fission contiennent principalement trois isotopes
radioactifs du césium, le 134Cs (t1/2 = 2,05 ans), le 135Cs (t1/2 = 3 106 ans) et le 137Cs (t1/2 = 30,23
ans). Le césium existe dans l'environnement à l'état d'oxydation +I.

3.3.1.1.2. Spéciation en phase aqueuse

L'espèce dominante du césium dans les eaux souterraines est l'ion Cs+. La complexation
du césium avec des ligands inorganiques ou organiques a une très faible influence sur la
spéciation du césium en phase aqueuse. En effet le césium forme des complexes extrêmement
faibles avec les sulfates, les nitrates, les chlorures (Bovard et al., 1970). De même les complexes
du césium avec des ligands organiques d'origine industrielle (comme l'EDTA par exemple) sont
rares, à cause de leur faible stabilité et de la présence d'ions en compétition (comme Ca2+ par
exemple) à des concentrations largement plus importantes dans les eaux naturelles.
La spéciation du césium dans les eaux naturelles n'est pas un facteur permettant
d'expliquer le comportement de cet élément dans les systèmes environnementaux. On retiendra
que le césium se trouve très majoritairement sous forme Cs+ lorsque :
− 4 ≤ pH ≤ 10.5,
− force ionique ≤ 0.1 M,
− concentration en acides humiques ≤ 5 mg/l.
Ce qui est le cas de la plupart des eaux naturelles.

3.3.1.1.3. Précipitation/dissolution

La solubilité des sels de césium est très élevée, ni la précipitation, ni la coprécipitation n'est
susceptible d'affecter la géochimie du césium dans les eaux souterraines.

3.3.1.2. Sorption/désorption

Un très grand nombre d'études consacrées à l'adsorption du Cs sur les roches, les sols, les
sédiments et les minéraux ont été réalisées depuis quelques dizaines d'années. En effet le 137Cs
représente une part importante des déchets radioactifs de l'industrie nucléaire et des quantités
importantes de 137Cs ont été accidentellement relâchées dans l’environnement à la suite de la

66
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

catastrophe de Tchernobyl. Le césium, très soluble dans l'eau, est potentiellement très dangereux
car il est susceptible de se déplacer dans l'environnement à travers les aquifères. Cette mobilité
est toutefois considérablement réduite par le phénomène d'adsorption sur les minéraux qui
composent les roches et les sols naturels. C’est pourquoi le césium reste très souvent localisé
dans les couches superficielles du sol (Reynolds et al., 1982 ; Szerbin et al., 1999 ; Rafferty et al.,
2000).

3.3.1.2.1. Généralités

La réaction du césium sur les minéraux est très souvent décrite par un processus
d'échange d'ions (Cornell, 1993). L'équilibre d'échange cationique est représenté par la loi d'action
de masse,
1 1 m+
MX m + Cs + ⇔ CsX + M
m m

où MXm et CsX, représentent les espèces sorbées du cation échangeable et de Cs+.

La constante d'équilibre, K, est appelée constante de sélectivité et mesure l'affinité relative


d'une surface saturée en cations Mm+ pour Cs+. Cette constante est définie suivant la convention
de Gaines-Thomas par :

K GT
=
[ ]
β Cs Mm +
1
m
équation I-133
β [Cs ]
Cs/M
1
m +
M

avec :
m[MXm ]
βM = , avec CEC = ∑ i[IXi ] (Capacité d’Echange Cationique) en eq/kg équation I-134
CEC I
de sol (ou meq/100 g).

L'interaction du Cs avec des phyllosilicates et en particulier avec le groupe des micas a été
largement étudiée. En effet les feuillets d'argiles sont chargés négativement, et les cations
présents en solution sont adsorbés pour équilibrer globalement la charge de la structure des
alumino-silicates. Ce déficit en charges positives est créé par le remplacement des cations Al3+ et
Si4+ par des cations moins chargés lors de la constitution des structures élémentaires des feuillets
(c'est ce que l'on nomme les substitutions isomorphiques). Il existe également d'autres types de
sites situés sur les bords des feuillets d'argile. Il s'agit des groupement Si-OH ou Al-OH provenant
de la rupture de liaisons covalentes au sein de la structure du minéral. La capacité de ces sites
dépend du pH de la solution. Les cations le plus souvent adsorbés, appelés "cations
échangeables" sont Na+, K+, Ca2+ ou Mg2+. Dans un mécanisme d'échange d'ions, il apparaît une
compétition entre les ions en solution pour l'accès aux sites de fixation. L'affinité de la surface est
généralement d'autant plus grande que le rayon de l'ion hydraté est petit, et que sa charge est
grande (Bolt, 1978 ; Sposito, 1984).
Le césium, sous forme Cs+, est très fortement retenu par les phyllosilicates (Sawhney,
1972 ; Brouwer et al., 1983 ; Poinssot et al., 1999 ; Zachara et al., 2002). Cs+ hydraté est adsorbé
par des réactions d’échanges au niveau des sites (ou Regular Exchange Sites) localisés sur les
plans de base des argiles telles que la montmorillonite et la smectite. Le Cs+ est également
fortement retenu au niveau de sites très sélectifs localisés sur les bords des feuillets (ou Frayed
Edge Sites) des micas altérés (ou hydromicas) comme l’illite et la vermiculite (Brouwer et al.,

67
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

1983 ; Poinssot et al., 1999 ; Zachara et al., 2002). L’utilisation de techniques spectroscopiques, en
particulier l’EXAFS (Extended X-ray Absorption Fine Structure), montre que Cs+ partiellement ou
totalement déshydraté, est adsorbé sous forme d’un complexe de sphère interne sur les bords des
feuillets ou entre les feuillets des hydromicas (illite et vermiculite). En revanche, Cs+ entouré de sa
sphère d’hydratation forme des complexes de sphère externes sur les plans de bases des argiles
« gonflantes » comme la smectite et la montmorillonite (Kemner et al., 1997 ; Bostick et al., 2002).
Les groupements hydroxyles à la surface des oxydes (SiO2, Fe2O3, Al2O3…) peuvent
constituer des sites de sorption pour le césium (Schwertmann et Taylor, 1989). L'adsorption du
césium sur des acides humiques a été également démontré (Hsu et Chang, 1994 ; Rigol et al.,
1998).
Un sol naturel est un assemblage complexe de minéraux et il est difficile de décrire le
comportement de l'ensemble en réunissant les contributions isolées de chaque élément (Yanagi et
al., 1989 ; Chang et al., 1993 ; Hsu et Chang, 1994). Un certain nombre de points communs
émergent de l'ensemble des études sur l'interaction du césium avec des sols sableux naturels.
Tout d'abord, la quantité d'argile au sens granulométrique, (c'est à dire les particules ayant un
diamètre inférieur à 2 µm) contenue dans les sols dits "sableux" est faible, et même si la
composition minéralogique varie, la Capacité d'Echange Cationique (CEC) de ces sols excède
rarement 10 meq/100g. Les auteurs mettent en évidence l'existence de plusieurs types de sites de
fixation du césium sur ces sols et insistent sur l'importance des effets cinétiques. Saiers et al., 1996
a et b, proposent un modèle à 2 types de sites pour décrire les résultats obtenus à la suite d'essais
de migration de 137Cs dans des colonnes de quartz quasiment pur. Ils distinguent des sites sur
lesquels 55 à 70 % du césium se fixe de façon instantanée, et des sites où apparaît une cinétique
de sorption. Les auteurs supposent que le taux de sorption est ralenti par une étape de transport
par diffusion dans la microporosité des grains de sable, ou à travers une couche d'eau immobile
entourant ces grains. En effet, lorsque le mécanisme d’adsorption peut être décrit par de l’échange
d’ions, on considère généralement que la cinétique de la réaction est instantanée. Les étapes de
diffusion règlent alors la vitesse de fixation. (Pour plus de précisions on se reportera à Sardin et al.,
1991).
De plus, la surface des grains de sable n'est pas lisse, des zones d'altération apparaissent
constituant probablement des surfaces ayant une affinité différente pour le césium. Les travaux de
Litton et Olson, 1993, montrent également que les grains de sable sont recouverts par endroit de
traces d'oxydes de fer, d'aluminium et de titane (ce que l'on appelle le "coating"). On peut supposer
que ces traces ont une affinité pour le césium différente de celle des grains de sable non
recouverts. Tous ces éléments pourraient expliquer l'introduction dans les modèles d'une
distinction entre différents types de sites.
Ohnuki, 1994a propose également un mécanisme de fixation du césium à l'état de traces
sur les sables mettant en jeu 2 types de sites. Il met en évidence une cinétique de sorption du
césium sur les sables, se déroulant en une étape rapide suivie d'une étape lente. Le phénomène
de désorption est également soumis à une cinétique. Il observe qu'une partie non négligeable (70
à 40 %) du césium fixé sur le sable n'est pas désorbée au contact d'une solution de KCl à 1 mol/l. Il
considère que cette fraction est fixée de façon irréversible sur l'un des 2 types de sites ayant une
affinité très forte pour le césium. Il affirme que les composants principaux des sables qu'il utilise,
c'est à dire le quartz et les oxydes de fer ne sont pas responsables de la fixation du césium sur les
sols sableux. D'après lui, la fraction fine contenue même en faible quantité dans ce type de sol est
à l'origine du phénomène de sorption du césium.
La conclusion que l’on peut tirer de l’ensemble de ces études, est que la proportion
d’argiles « gonflantes » et de micas altérés est le facteur clé pour prédire le comportement du 137Cs
dans les sols (Staunton et Levacic, 1999). C’est pourquoi nous allons détailler dans le paragraphe
qui suit le mécanisme de sorption du césium sur un des hydromicas, l'illite (appelée aussi
hydromuscovite), qui a été très largement étudiée en raison de sa forte affinité pour Cs+.

68
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

3.3.1.2.2. Le cas de l'illite

Les feuillets d'illite sont constitués de 2 types de couches élémentaires :


− Les couches tétraédriques dont le motif de base est un tétraèdre constitué d'un atome
de silicium entouré de 4 atomes d'oxygène.
− Les couches octaédriques dont le motif de base est un atome d'aluminium ou de
magnésium entouré de 8 atomes d'oxygène.

O
H

O
H O
H

oxygène silicium

O
hydroxyle aluminium, magnésium
H

Figure I-23

Structure cristalline d'une illite.

(d'après Grim, 1968)

En général il est admis que le mécanisme de fixation du césium sur l'illite est l'échange
d'ions, que l'isotherme de sorption est bien décrite par un modèle de Freundlich et que le pH a une
faible influence sur la quantité de césium sorbé (Brouwer et al., 1983 ; Comans et al., 1991 ;
Comans et Hockley, 1992 ; Poinssot et al., 1999). Les auteurs distinguent au moins 2 types de
sites de fixation sur l'illite :
− Des sites de forte affinité pour le césium et de faible capacité situés sur les bords des
feuillets : les Frayed Edges Sites
− Des sites de faible affinité pour le césium et de grande capacité situés sur les faces des
feuillets : les Regular Exchange Sites (ou planar sites)
Les FES (type II) sont accessibles aux cations de petites tailles ayant une faible énergie
d'hydratation comme K+, NH4+, Rb+ ou Na+. On retrouve systématiquement ces cations, en

69
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

particulier K+, dans les eaux naturelles. Ils sont en compétition avec Cs+ pour l'accès aux sites
d’échange. Toutefois la séquence de sélectivité pour les métaux alcalins (groupe IA) est la
suivante : Cs+ > Rb+ > K+ > Na+ > Li+ (Sposito, 1984). L’affinité des sites pour le césium est la plus
grande. Néanmoins, les concentrations en K+ et en Na+ dans les eaux naturelles sont très
largement supérieures aux concentrations de Cs+.
Les cations bivalents (comme Ca2+, Mg2+ et Sr2+), ne sont pas en compétition avec le césium pour
l'accès aux FES pour des raisons d'encombrement stérique. On parle alors de sites sélectifs.
Les cations sont fixés à la surface des feuillets au niveau des RES (type III) pour équilibrer
le déficit global en charges positives dues aux substitutions isomorphiques. Tous les cations
présents en solution sont susceptibles de se fixer, ces sites ne sont pas sélectifs.
Certains auteurs (Brouwer et al., 1983 ; Comans et al., 1991 ; Steefel et al., 2003)
distinguent un troisième type de sites (site de type I) particulièrement sélectifs vis à vis du césium
et du potassium. En effet, Cs+ et K+ perdent facilement leur sphère d'hydratation et ils ont un rayon
ionique qui leur permet de s'insérer dans les cavités hexagonales créées par la disposition des
atomes d'oxygène à la surface des feuillets d'argile. Il arrive même que le cation ayant perdu sa
sphère d'hydratation se fixe sur 2 feuillets réalisant un "pont" entre les deux. Une telle fixation peut
s'avérer irréversible puisque les autres cations ne peuvent plus pénétrer dans l'espace interfoliaire
(Figure I-24).

Figure I-24

Mécanismes de sorption du Cs+ au niveau des FES et dans l’espace interfoliaire d’une illite.

(extrait de Ohnuki, 1994a).

Le Tableau I-2 regroupe les constantes de sélectivité de l'illite pour le césium ainsi que les
capacités des différents types de sites :

Sites Nombre (% CEC) logKCs/Ca logKCs/k logKCs/Na logKH/Na


Type I 0,55 30,6 9,4 13
Type II 3,30 13,8 3,2 6,8 2,25
Type III 96,15 4,6 1,5 3,6
Références Brouwer, 1983 Brouwer, 1983 Brouwer, 1983 Brouwer, 1983 Poinssot, 1999
Tableau I-2

Capacités et constantes de sélectivité pour Cs+ des sites de l’illite.

Les protons, au même titre que les autres cations en solution, peuvent entrer en
compétition avec le césium pour l'accès aux sites. Poinssot et al., 1999 montrent que la sorption

70
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

sur l'illite du césium à l'état de traces est influencée notablement par de fortes variations du pH
lorsque la force ionique de la solution est faible. La compétition n'est pas le seul facteur invoqué
pour expliquer ce phénomène. En effet, les protons placés contre la surface des feuillets d'argile
pénètrent dans la structure en provoquant une dissolution de la matrice. Les cations constitutifs de
la structure comme Al3+ ou Mg2+ sont alors libérés en solution et susceptibles d'être sorbés à leur
tour.
Le réaction de sorption du césium sur l'illite n'est pas instantanée. Le phénomène est plus
lent pour une illite saturée en Ca2+ que pour une illite saturée en K+. Dans les 2 cas on observe une
cinétique de fixation en 2 temps (Comans et Hockley, 1992) : une fixation rapide à la surface des
feuillets suivie d'un phénomène plus lent (durée de l'ordre d'une dizaine de jours) attribué à de la
diffusion vers l'intérieur de l'espace interfoliaire. Le césium fixé sur les sites facilement accessibles
est désorbé rapidement, mais le césium fixé sur les sites très sélectifs n'est pas remobilisable ou
seulement très lentement.
Ce type de mécanisme, à deux ou trois types de sites, est également utilisé pour décrire la
fixation de Cs+ sur des assemblages de phyllosilicates (biotite, muscovite, vermiculite, smectite)
dans des sédiments naturels (Zachara et al., 2002 ; Steefel et al., 2003).

3.3.1.2.3. Les facteurs ayant un effet prépondérant sur la fixation du Cs et


les valeurs de Kd associés

Pour prédire le comportement d'un polluant dans un milieu poreux, on introduit


généralement dans les modèles de transport la notion de facteur de retard. Ce facteur mesure
l'affinité du matériau pour le polluant en comparant le temps de séjour du polluant dans le sol et
celui de l'eau. Pour calculer ce facteur de retard on utilise le paramètre Kd (c.f. pragraphe
3.2.3.1.3).
L'utilisation du modèle du Kd pour prédire la migration d'un polluant dans un milieu naturel
ou l'efficacité d'une technique de remédiation est contestée. En effet ce paramètre est mesuré en
laboratoire, sur des échantillons de sols, dans des conditions physico-chimiques bien définies. On
comprend alors que la représentativité du Kd à l'échelle du site soit discutable.
En ce qui concerne le césium, la variabilité des Kd mesurés sur des sols naturels est très
grande : entre 7,1 et 7610 l.kg-1 (EPA 402-R-99-004B, 1999). Le Tableau I-3 donne quelques
valeurs de Kd du césium trouvées dans la littérature pour des sols sableux :

dp CEC [Cs]t Kd
Référence Sol pH
(mm) (meq/100g) (mol/l) (ml/g)
-4 -9 -4
Ohnuki, 1994a Sable A, Honshu, Japon 2 10 – 0,2 0,9 2,4 10 - 10 5,5 60 ± 9
-4 -9 -4
Ohnuki, 1994a Sable B, Honshu, Japon 2 10 – 0,2 0,8 2,4 10 - 10 5,5 40 ± 9
-4 -9 -4
Ohnuki, 1994a Sable C, Honshu, Japon 2 10 – 0,2 3,0 2,4 10 - 10 5,5 370 ± 40
-12 -10
Chang et al., 1993 Sable standard, ASTM C109 d50 = 0,247 10 – 10 4.9 29
Sable, argile < 1 %,
Reynolds et al., 1982 d50 = 0,13 1,06 8,5 10-8 – 4,4 10-4 6.3 77 ± 2
Chalk River, Ontario

-9
10 - 3500
EPA 402-R-99-004B 54 sols naturels, argile < 4 % <3 < 10
médiane : 200
Tableau I-3

Gamme de variation des valeurs de Kd du césium mesurées sur des sols sableux.

71
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

Plutôt qu'une seule valeur de Kd, c'est une gamme de valeurs probables de ce paramètre
sur site qu'il faut estimer en prenant en compte la variabilité des facteurs ayant une influence
prépondérante sur la fixation du polluant. Or il apparaît à la suite de cette étude bibliographique,
que les facteurs ayant une forte influence sur la quantité de césium fixé dans un système
géochimique naturel sont :
− La CEC du solide,
− La proportion de fines (particules de diamètre inférieur à 2 µm),
− Le pourcentage d'illite au sein de la fraction fine,
− La concentration de cations K+ en solution,
− La force ionique de la solution,
− Le pH.

La dépendance du Kd du Cs vis à vis de la teneur en eau n’a pas encore été testée à notre
connaissance.

3.3.2. Le cas du strontium

3.3.2.1. Spéciation

3.3.2.1.1. Généralités

Le strontium existe dans l'environnement uniquement à l'état d'oxydation +II. A cause de sa


taille et de sa position dans la classification périodique des éléments, le strontium est considéré
comme un analogue chimique du calcium. Il peut donc se substituer au calcium dans la structure
d'un grand nombre de minéraux.
Il existe naturellement 4 isotopes stables du strontium : 84Sr (0,55 %), 86Sr (9,75 %), 87Sr
(6,96 %) et 88Sr (82,74 %). Le strontium possède un certain nombre d'isotopes radioactifs entre
80
Sr et 95Sr, dont 90Sr (T1/2 = 28,1 ans), un produit de fission qui pose des problèmes de stockage et
représente un risque écologique.

3.3.2.1.2. Les espèces du Sr en phase aqueuse

Le strontium dissous forme des complexes relativement faibles avec des ligands
inorganiques comme les sulfates, les nitrates, les chlorures et les carbonates. Stevenson et Fitch,
1986 montre que le strontium ne peut pas former de complexes stables avec les acides humiques
et fulviques car il est en compétition permanente avec le calcium qui se retrouve dans les eaux
naturelles à des concentrations très largement supérieures. C'est pourquoi la complexation avec
des ligands organiques ou inorganiques ne domine pas la spéciation du strontium dans les eaux
naturelles, et on peut dire que la forme prédominante du strontium dissous est l'ion libre Sr2+. Le
tableau ci-dessous donne toutefois quelques constantes thermodynamiques :

72
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

Complexe hydroxyle Sr2+ + OH- = SrOH+ logK (25°C) = -13,29 Baes et Mesmer, 1976

2+ - +
Sr + HCO3 = SrHCO3 logK (T° K) = 3,248+0,014867T° Busenberg et al., 1984
Complexes carbonates
2+ 2-
Sr + CO3 = SrCO3 logK (T° K) = 1,019+0,012826T° Busenberg et al., 1984

logK (25 °C) = 2,29


Complexe sulfate Sr2+ + SO42- = SrSO4 ∆Hr° = 2,08 kcal/mol
Reardon, 1983

Tableau I-4

Constantes de complexation du strontium avec les ligands inorganiques les plus courants.

3.3.2.1.3. Précipitation/dissolution

Les deux principales espèces insolubles du strontium sont la célestite (SrSO4) et la


strontianite (SrCO3). En milieu acide, la célestite peut précipiter et contrôler la concentration de
strontium en solution si l'activité de Sr2+ est supérieure à 10-4 mol/l. Inversement, en milieu basique,
c'est la précipitation de strontianite qui est susceptible de contrôler la concentration de strontium en
solution. Toutefois, les concentrations de strontium en solution dans les eaux naturelles sont
généralement largement inférieures à la limite de solubilité de ces espèces. Le tableau ci-dessous
donne les produits de solubilité des 2 principales espèces solides du strontium :

Strontianite SrCO3(s) = Sr2+ + CO32- logK (T° K) = 155,03 - 7239,59/T° - 56,58logT° Busenberg et al., 1984

logK (T° K) = -14805,96 - 2,46T + 756968,53/T° -


Célestite SrSO4(s) = Sr2+ + SO42- Reardon et al., 1987
40553604/T°² + 5436,36logT°

Tableau I-5

Produits de solubilité des 2 principales espèces solides du strontium.

3.3.2.2. Sorption/désorption

3.3.2.2.1. Généralités

Un grand nombre d'études ont été menées afin de comprendre comment le strontium était
fixé sur les sols et dans quelle quantité. Il est en effet crucial dans les évaluations de sûreté
nucléaire d'estimer correctement la mobilité et le devenir du 90Sr dans l'environnement.
Il est acquis que le strontium se trouve presque entièrement sous forme cationique dans les
eaux naturelles et réagit avec les sols, les sédiments et les roches par échange d'ions lorsque le
pH est inférieur à 9 (Izrael et Rovinskii, 1970 ; Torstenfelt et al., 1982 ; Jackson et Inch, 1983 ;
Lefèvre et al., 1993a). Jackson et Inch, 1983 montrent que le 90Sr est fixé de façon totalement
réversible sur des sols naturels. Toutefois, certaines études indiquent qu'une partie du 90Sr

73
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

(environ 10%) ne peut pas être remobilisée (Ohnuki, 1994b ; Brady et al., 1999), le strontium se
substituant partiellement au calcium dans des minéraux tels que la calcite ou l'anhydrite.
Il est important de connaître la nature des cations pouvant entrer en compétition avec le
strontium pour l'accès aux sites d'échange. D'après Kokotov et Popova, 1962, Ames et Rai, 1978
et Sposito, 1989, le strontium domine la plupart des cations des colonnes IA et IB de la
classification périodique des éléments dans la compétition pour l'accès aux sites. Voici les cations
présents dans les eaux naturelles, classés en fonction de leur capacité à déplacer le strontium fixé
au niveau d'un site d'échange : Sr2+ (stable) > Ca2+ > Mg2+ > Hg2+ > Cd2+ > Zn2+.
Bien entendu, la compétition entre Sr2+ et les autres cations majeurs dépend de leur
concentration respective et du type de matériau sur lequel les cations peuvent être sorbés (Koss et
Kim, 1990 ; Jeong et al., 1996). En particulier, Ca2+ se retrouve typiquement dans les eaux
naturelles à des concentrations 2 ordres de grandeur au dessus de la concentration en Sr2+ stable
et 12 ordres de grandeur au dessus de la concentration en 90Sr en solution.
Lefèvre et al. ,1993a et 1993b montrent que lorsque la relation suivante est vérifiée :
[Ca 2+
]
K (SrCO3 )
〈 s = 4,07 à 20°C , l'échange cationique Sr/Ca et l’équilibre de précipitation -
[Sr 2+
]
K s (CaCO3 )
dissolution de la strontianite dominent le transport de strontium dans les sables argilo-calcaires. Le
coefficient de sélectivité dans l'échange Sr/Ca est proche de 1 ce qui indique que la réactivité du
calcium et du strontium à la surface des argiles est la même; Ca2+ et Sr2+ sont des analogues
chimiques.
En ce qui concerne la cinétique de sorption du strontium, la plupart des auteurs distinguent
au moins 2 phases dans le processus :
− une phase de courte durée (1 h à 1 jour) pendant laquelle la concentration de Sr sorbé
augmente rapidement (Torstenfelt et al., 1982, Bunde et al., 1998, Moyes et al., 1998),
− une phase de longue durée (de plusieurs mois à plusieurs années) où on assiste à une
augmentation très lente de la concentration sorbée (Torstenfelt et al., 1982).
Ces 2 phases correspondent à des mécanismes de sorption différents. La phase de
sorption rapide est généralement attribuée à de l'échange d'ions sur des sites facilement
accessibles à la surface des minéraux (Torstenfelt et al., 1982, Moyes et al., 1998). La seconde
phase de longue durée traduit soit une étape de diffusion plus ou moins lente à l'intérieur de la
matrice des minéraux vers des sites plus spécifiques (Torstenfelt et al., 1982), soit une étape de
précipitation ou de coprécipitation.

3.3.2.2.2. Les facteurs prépondérants dans la fixation du Sr et les valeurs


de Kd associées

De même que pour le césium, la variabilité des Kd du strontium mesurés sur des sols
naturels est très grande : de 1 l.kg-1 à plusieurs milliers de l.kg-1 (EPA 402-R-99-004B, 1999 et
Guillou, 2001). Le Tableau I-6 donne quelques valeurs de Kd du strontium trouvées dans la
littérature pour des sols sableux.
Il apparaît que les facteurs ayant une forte influence sur la quantité de strontium fixé dans
un système géochimique naturel sont :
− La CEC du solide,
− La proportion de fines (particules de diamètre inférieur à 2 µm),
− La nature des argiles au sein de la fraction fine,
− La concentration de Ca2+ en solution,

74
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

− La concentration de carbonates,
− La force ionique de la solution,
− La quantité de matière organique et sa nature,
− Le pH.

dp CEC [Sr]t Kd
Référence Sol pH
(mm) (meq/100g) (mol/l) (ml/g)

EPA 402-R-99-004B, 1999 63 sols naturels, argile < 4 % <3 < 10-4 5-8 2 - 60

EUR 16648, 1997 Sable, 2,4 % d'argile d50 = 0,2 1,3 ± 0,1 10-8 – 10-6 8,3 76

Guillou, 2001 Sols sableux 10 - 16

Sable argile < 1 % -8 -1


Reynolds et al., 1982 d50 = 0,13 1,06 3 10 – 7 10 6,3 15 ± 0.6
Chalk River, Ontario

Tableau I-6

Gamme de variation des valeurs de Kd du strontium mesurées sur des sols sableux.

De nombreux paramètres affectant la valeur du coefficient de distribution ont été mis en


évidence. Toutefois la dépendance du Kd vis à vis de la teneur en eau a été rarement testée. Porro
et al., 2000 ont montré pour du basalte, que le coefficient de distribution du strontium n’était pas
influencé par la valeur de la teneur en eau.

4. TRANSPORT DE SOLUTES REACTIFS

Le mouvement d’un soluté réactif dans le milieu poreux résulte du couplage entre les
mécanismes de transfert (décrits dans les paragraphes 2) et les phénomènes d’interaction avec les
particules constituant la matrice solide et avec les autres espèces dissoutes dans la solution du sol
(décrits au paragraphe 3).
Il existent deux approche pour aborder la modélisation du transport de solutés réactifs. La
première consiste à coupler l’équation du transport en milieu poreux (type convection-dispersion)
avec l’expression analytique de l’isotherme de sorption de l’espèce considérée (modèle de
Freundlich ou de Langmuir) et éventuellement une loi cinétique. Cette approche dite « globale »,
ou du type « boîte noire » ne renseigne pas sur le mécanisme de sorption. La seconde est la
modélisation géochimique. Dans cette approche on formule indépendamment l’équation du
transport et les lois d’action de masse et les lois cinétiques pour les réactions chimiques
considérées (en phase liquide et à l’interface solide-liquide). Cette approche fait appel à des outils
informatiques appelés codes couplés géochimie-transport.
Nous présentons dans ce quatrième paragraphe les avantages et inconvénients respectifs
de ces deux approches et donnons quelques exemples de modèles couplés à titre d’illustrations.

75
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

4.1. L’approche globale, cas des interactions instantanées décrites par une
isotherme linéaire

Cette approche dite « globale » utilise les modèles continus de transport tels que
convection-dispersion (CD) ou mobile-immobile (MIM) et les modèles de sorption empiriques tels
que Kd, Langmuir ou Freundlich.
Dans cette approche, la seule variable explicative du phénomène de rétention étant la
concentration de l’élément étudié en solution, les paramètres de la fonctionnelle choisie pour
décrire l’isotherme de sorption dépendent des conditions physico-chimiques qui règnent dans le
milieu poreux. Ces conditions géochimiques ne sont généralement pas uniformes sur le terrain et
varient dans le temps. Dans ce cas, la prise en compte du rôle des cofacteurs et leur
hiérarchisation doit faire l’objet d’un plan d’expériences.
Cette approche où les interactions chimiques sont décrites par des isothermes et, au
besoin, des lois cinétiques nécessite la résolution d’un système d’équations différentielles
couplées. Il existe des solutions analytiques au problème de transport d’espèce réactive lorsque
l’isotherme de sorption peut être représentée par un modèle de Kd. Le code CXTFIT (Toride et al.,
1999) utilise des solutions analytiques de l’équation de convection-dispersion et du modèle MIM
calculées pour différentes conditions initiales et aux limites et peut prendre en compte une loi
d’ordre 1 pour la cinétique de la réaction de sorption. Lorsque le système contient des équations
différentielles non-linéaires, il faut utiliser des logiciels de résolution numérique, comme AQUASIM
(Reichert, 1994 ; Reichert, 1995).
Nous allons décrire dans la suite certains modèles bien adaptés à la description du
transport réactif de Cs+ et Sr2+.

4.1.1. Pas de régionalisation de l’écoulement

Cette partie concerne en particulier des espèces ioniques adsorbées de façon non
spécifique à la surface de la matrice solide. Ce type d’interactions met en jeu principalement des
forces électrostatiques et n’implique pas nécessairement de réaction chimique. Pour des
concentrations de soluté faibles, une fraction constante de la masse de soluté en phase liquide est
adsorbée, c’est ce que l’on nomme un processus d’adsorption linéaire (c.f. paragraphe 3.2.3.1.3).
Bien que l’utilisation d’un simple coefficient de distribution pour décrire l’interaction entre une
espèce chimique et un sol ait été largement critiquée, c’est encore la principale méthode
employée.
Nous considérons que le milieu poreux est homogène, que l’écoulement est permanent,
que le profil de teneur en eau est uniforme et que toute l’eau est mobile. Reprenons le bilan de
masse de soluté dans le EVR (équation I-69), nous lui ajoutons un terme de décroissance utile si
l’espèce chimique considérée est instable (un isotope radioactif par exemple) :
∂C t ∂j
= − s − rt équation I-135
∂t ∂z
Pour de la décroissance radioactive :
 ∂C 
rt = −  t  = λC t (λ en s-1)
 ∂ t  décroissance

76
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

On rappelle que : C t = θCaq + ρ dC s , et on suppose que la décroissance de l’espèce chimique est la


même quelle que soit la phase dans laquelle elle se trouve, l’équation I-135 s’écrit alors :
∂C aq ∂C s ∂j
θ + ρd = − s − λ(θCaq + ρ dC s ) équation I-136
∂t ∂t ∂z
On suppose que le transport macroscopique de soluté se fait uniquement dans la phase
liquide. Et on rappelle que le flux massique de soluté se décompose en un flux convectif et un flux
dispersif :
En combinant l’équation I-137 et l’équation I-136, on obtient :
∂Caq
j s = jc + jD = qCaq − Dθ équation I-137
∂z

∂C aq ∂C s ∂Caq ∂ 2 Caq
θ + ρd = −q + Dθ − λ(θCaq + ρdC s ) équation I-138
∂t ∂t ∂z ∂z 2
En utilisant le modèle du Kd constant et l’équation I-138, on obtient l’expression suivante
pour la concentration résidente de soluté en phase liquide :

∂Caq ∂Caq ∂ 2Caq


R = −v +D − λRCaq
∂t ∂z ∂z 2 équation I-139
ρdK d
avec R = 1 + , facteur de retard.
θ
On constate que cette équation (avec λ = 0) est semblable à l’équation I-71 du transport de
t
traceur non interactif. En effet si l’on effectue le changement de variable suivant : t' = , l’équation
R
∂Caq ∂Caq ∂ 2Caq
I-139 en absence de décroissance devient : +v −D = 0 . Cette dernière équation
∂t' ∂z ∂z 2
 t
admet les mêmes solutions que l’équation I-73. En d’autres termes : C aq (z, t ) = C traceur  z,  .
 R
Si la réaction de sorption est instantanée, et en absence de terme de décroissance, le
comportement hydrodynamique d’un soluté interagissant linéairement avec la matrice solide est
identique à celui d’un traceur de l’écoulement, mais décalé dans le temps.

4.1.2. Une fraction d’eau est immobile

Nous avons vu qu’un effet de la désaturation du milieu était l’apparition d’une fraction d’eau
immobile. D’un point de vue physique, un modèle parfois plus adapté au transport de soluté
interagissant linéairement avec un milieu poreux saturé a été développé par Van Genuchten et
Wierenga, 1976. Il s’agit de distinguer deux régions du sol, une région stagnante et une région
dynamique. La région dynamique du sol est au contact de l’eau mobile, tandis que la région
stagnante est au contact de l’eau immobile.
Nous avons vu que les interactions décrites par une isotherme linéaire n’impliquent pas de
processus chimiques, mais des forces électrostatiques. On considère donc que dans la région
dynamique du sol, les concentrations de soluté en phase liquide et en phase solide sont à

77
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

l’équilibre (c’est à dire que la réaction de sorption est instantanée). En revanche, dans la région
stagnante le processus de sorption est contrôlé par la diffusion à travers l’eau immobile. C’est à
dire qu’il existe un gradient de concentration de soluté entre l’eau mobile et l’eau immobile. On ne
tient compte dans ce cas que du transfert externe, car le sol que nous utilisons dans la suite est un
sable dont les grains ne sont pas poreux (il n’existe pas de microporosité).
On définit :
− Cm en kg/l, concentration de soluté dans la phase liquide mobile,
− Cim en kg/l, concentration de soluté dans la phase liquide immobile,
− Sm en kg/kg, concentration de soluté dans la phase solide au contact de l’eau mobile,
− Sim en kg/kg, concentration de soluté en phase solide au contact de l’eau immobile.

En faisant un bilan de masse du soluté considéré dans la phase liquide et fixé sur la phase
solide on obtient les expressions suivantes pour les concentrations résidentes de soluté en phase
liquide et en phase solide :
θm θ
C aq = Cm + im Cim = fCm + (1 − f )Cim
θ θ équation I-140
N N
C s = m Sm + im Sim = f' Sm + (1 − f')Sim
Nt Nt
avec Nm, Nim, Nt respectivement nombre de sites en contact avec l’eau mobile, nombre de sites en
contact avec l’eau immobile et nombre de sites total.
La concentration résidente totale de soluté dans l’EVR vaut alors :
C t = θmCm + θimCim + ρ d [f' Sm + (1 − f')Sim ] équation I-141

En repartant de l’équation I-135 et de l’équation I-137 et en faisant les hypothèses


suivantes :
− le régime d’écoulement d’eau est permanent,
− le milieu poreux est homogène,
− le profil de teneur en eau est uniforme,
− le transport par convection et dispersion de soluté se fait uniquement dans la phase
liquide mobile,
On obtient :
∂Cm ∂Cim ∂S ∂S ∂C ∂ 2Cm
θm + θim + ρd f' m + ρ d (1 − f') im = −q m + Dmθ m équation I-142
∂t ∂t ∂t ∂t ∂z ∂z 2

D’autre part on suppose que le transfert de masse de soluté de l’eau mobile vers l’eau
immobile suit une loi cinétique du premier ordre :
∂Cim ∂S
θ im = k M (Cm − Cim ) − ρ d (1 − f') im équation I-143
∂t ∂t
On suppose également que la réaction de sorption est instantanée sur le solide et suit une
isotherme linéaire caractérisée par la valeur du coefficient de distribution. Si on suppose en outre
que la réactivité des surfaces au contact de l’eau mobile et de l’eau immobile est la même, on
obtient :

78
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

S m = K d Cm
équation I-144
Sim = K dCim
Enfin, Nkeddi-Kizza et al.,1984 ou Fevrier, 2001 supposent que f’ est égal numériquement à
f. C’est à dire que la répartition des sites réactifs à la surface du sol est uniforme. Ce n’est pas le
cas notamment des sols contenant des micro-aggrégats (Fesch et al., 1998 b). Dans ce cas, la
majorité des sites de sorption est localisée dans les aggrégats de particules fines, à l’intérieur
desquels l’eau est immobile. Même si la fraction d’eau immobile est très faible, il est possible que
la majorité des sites de sorption se trouve au contact de l’eau immobile, dans ce cas f’ << f. Il est
également possible que l’accessibilité des sites contenus dans la fraction de sol au contact de l’eau
immobile varie en fonction de la teneur en eau. Finalement, il n’est pas évident de trouver une
relation entre f et f’ pour des sols naturels non saturés. En supposant que nous ne nous trouvons
pas dans ce cas précis (mais le plus courant), nous pouvons utiliser l’hypothèse simplificatrice f =
f’.
L’équation I-142 et l’équation I-143 s’écrivent alors :

(θm + fρ dK d ) ∂Cm + (θim + (1 − f )ρ dK d ) ∂Cim = −q


∂C m
+ Dm θm
∂ 2Cm équation I-145
∂t ∂t ∂z ∂z 2
et :

(θim + (1 − f )ρdK d ) ∂Cim = k M (Cm − Cim ) équation I-146


∂t

On définit les variables normalisées suivantes :


vt z
τ= et ς = équation I-76
L L

L’équation I-145 et l’équation I-146 s’écrivent en utilisant ces variables normalisées :


∂C m ∂C 1 ∂ 2Cm ∂Cm
βR + (1 − β )R im = −
∂τ ∂τ Pe ∂ς 2 ∂ς équation I-147
∂C
et (1 − β )R im = ω(Cm − Cim )
∂τ

On fait apparaître dans le système d’équations 4 paramètres sans dimension :


θm + fρdKd
β=
θ + ρdK d
ρdKd
R = 1+
θ équation I-148
v mL q
Pe = , avec v m =
Dm θm
k ML
ω=
θv

79
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

Ces équations possèdent des solutions analytiques pour différents types de conditions
initiales et de conditions aux limites (Van Genuchten et Wierenga, 1976, Van Genuchten et
Wagenet, 1989).

On peut utiliser la notion de fonction de transfert pour résoudre le problème du transport de


soluté réactif décrit précédemment.
Dans le domaine de Laplace et avec les conditions initiales suivantes :
Cim (z, s) = 0
∀z, 
 Cm (z, s) = 0

L’équation I-145 devient :


[θim + (1 − f )ρdKd]sCim = αCm − αCim
1
ou encore, Cim = Cm équation I-149
1 + t Ms
θim + (1 − f )ρdKd βR
avec tM = =
α θα
tM est le temps caractéristique du transfert de masse de la phase mobile vers la phase immobile.

Sardin et Schweich, 1991 calculent le temps de séjour moyen du soluté réactif dans une
colonne de sol de longueur L, contenant une fraction d’eau immobile en utilisant les propriétés de
la fonction de transfert du système et notamment l’équation I-110, on obtient :
∂G(L, s)
Ts = (− 1)
∂s s = 0
équation I-150
1  R L
Ts = t m  + K  = t m avec t m =
f  f vm
Par rapport au cas précédent, le temps de séjour moyen des molécules de soluté réactif est
fonction non seulement de la valeur du facteur de retard, mais aussi de la fraction d’eau immobile
contenue dans le milieu poreux.

Cette approche dite globale est utilisée également pour le transport de radioéléments en
zone non saturée. Depuis quelques années, des modèles de plus en plus élaborés ont été
développés pour décrire le transport d’espèces réactives dans des milieux poreux structurés
hétérogènes. Le transport d’espèces chimiques dans des milieux de ce genre est dominé par des
phénomènes « non idéaux » tels que : cinétique chimique, cinétiques de transfert de masse,
variabilité spatiales des propriétés hydrodynamiques du milieu poreux, écoulements préférentiels.
Pour une revue récente de ces modèles on peut se reporter à Šimůnek et al., 2003, mais aussi
Brusseau et Rao, 1990. Des expériences au laboratoire sur des colonnes de sols non remaniés ont
été réalisées et modélisées par Johnson et al., 2003, des expériences de traçages à l’échelle d’un
site sont décrites et analysées dans Pang et Close, 1999. Enfin, nous citons les travaux de
Srivastava et Brusseau, 1996, qui illustrent l’influence de ces facteurs « non idéaux » sur les
moments spatiaux des panaches de solutés réactifs.

80
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

4.2. L’approche couplée géochimie-transport

Cette approche est basée sur une discrétisation du milieu étudié en cellules (ou réacteurs)
successives dans lesquelles les différents mécanismes de transport et les réactions chimiques
sont pris en compte.
Dans cette approche, les réactions chimiques nécessaires sont écrites et caractérisées par
leur constante d’équilibre thermodynamique. En particulier les réactions à l’interface solide-liquide
y sont conceptualisées par des modèles de complexation de surface ou d’échange d’ions. Les
variables du modèle géochimique sont les activités des espèces à prendre en compte, les
réactions à considérer et les constantes thermodynamiques sont les paramètres à introduire.
Nous avons utilisé le code couplé chimie-transport PHREEQC (version 2) (Parkhurst et
Appelo, 1999) dans la suite de ce document. Ce code permet la résolution numérique de l’équation
de convection-dispersion mono-dimensionelle, avec au besoin prise en compte de la
régionalisation de l’écoulement et le couplage avec des réactions chimiques réversibles et
irréversibles impliquant les espèces transportées (complexation/dissociation,
précipitation/dissolution, complexation de surface, équilibre d’échange d’ions, etc...). Dans cette
version de PHREEQC, l’utilisateur peut également définir des cinétiques de réactions. PHREEQC
est à l’heure actuelle un des codes couplés géochimie-transport les plus complets. Il est
particulièrement bien adapté à la modélisation des expériences réalisées en colonne de
laboratoire.
Le principe de fonctionnement de PHREEQC a été très bien décrit dans Fevrier, 2001. En
pratique, l’espace est discrétisé en cellules de longueur ∆z. Le nombre de cellules doit être
suffisamment grand pour éviter les problèmes de dispersion numérique. Toutefois, il convient de
trouver un bon compromis pour limiter le temps de calcul. Le temps de séjour (timest) dans chaque
cellule est calculé à partir de la longueur de la cellule et de la vitesse de pore : timest = ∆z/v. Le
coefficient de dispersivité (α en m) du milieu poreux est spécifié dans chaque cellule. La durée de
la simulation (tsimul) fournie le nombre de pas de temps (shifts) suivant : shifts = tsimul/timest.
Le modèle mobile-immobile dans PHREEQC correspond à deux groupes de cellules en
parallèle, l’un formé uniquement de cellules convectives et l’autre formé de cellules stagnantes. Le
transfert de soluté entre ces deux groupes suit une cinétique du premier ordre, le coefficient de
transfert de masse (s-1) peut être spécifié pour chaque paire de cellules. Le nombre de cellules
mobiles est égal au nombre de cellules immobiles, mais chacun de ces deux groupes représente
une fraction différente du volume poral spécifiée également par l’utilisateur.
Après chaque étape de transport, PHREEQC calcule dans chaque cellule un nouvel état
d’équilibre chimique en prenant en compte toutes les réactions spécifiées par l’utilisateur, puis
PHREEQC enregistre les concentrations des espèces mobiles utilisées au pas de temps suivant. A
la fin de la simulation, un message du module de transport permet de sortir de cette boucle.
Les principales limitations des modèles couplés géochimies-transport sont liées aux
nombre de paramètres nécessaires. En particulier, les bases de données thermodynamiques ne
fournissent pas toujours les constantes dont l’utilisateur a besoin, se contredisent parfois ou ne
spécifient pas la source des informations. Les données cinétiques sont pratiquement inexistantes.
L’utilisateur se voit donc dans l’obligation de hiérarchiser les phénomènes afin de simplifier au
maximum le modèle et limiter le nombre de paramètres introduits dans le modèle.
D’autre part, nous avons vu que le nombre de pas de temps était lié d’une part à la durée
de la simulation, mais aussi à la longueur de chaque cellule. Lorsque l’utilisateur se voit contraint
de raffiner son maillage, par exemple en multipliant par 2 le nombre de cellules (pour éviter des
instabilités numériques), le temps de calcul est multiplié par 4 au moins (2 fois plus de cellules et
deux fois plus de pas de temps). Pour des simulations longues, le temps de calcul peut se révéler
rédhibitoire.

81
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

5. SYNTHESE DE LA PARTIE B

Nous avons rappelé dans cette partie que l’eau en mouvement était le vecteur principal de
la propagation des solutés dans les sols. Nous avons évoqué les mécanismes hydrodynamiques et
chimiques à l’origine du comportement, dans la zone non saturée et dans les aquifères, des deux
éléments étudiés dans le cadre de ce travail de thèse : le césium et le strontium.
Les facteurs ayant une influence prépondérante sur le transport réactif du césium et du
strontium sont liés à la nature du sol (texture, structure, composition chimique et minéralogique), à
la composition de la solution du sol (cations et anions majeurs, ligands organiques, pH...), à la
vitesse d’infiltration qui règle le temps de séjour moyen de l’eau dans un horizon non saturé (ou la
vitesse d’écoulement de la nappe dans un aquifère). Ce dernier facteur est important dans les cas
où la cinétique chimique et la cinétique physique doivent être prises en compte pour la
modélisation des réactions de sorption et de désorption.
L’influence de ces facteurs sur la mobilité et la spéciation du césium et du strontium a été
largement étudiée dans des milieux poreux saturés. En revanche, l’influence du facteur teneur en
eau est assez peu détaillée. Nous avons essayé de faire le point sur les effets directs et indirects
d’une variation de teneur en eau dans le processus de transport de soluté réactifs.
Essentiellement, nous retenons que :
− la géométrie de la phase liquide dans le milieu poreux change lorsque la teneur en eau
diminue, notamment la tortuosité des chemins fluides augmente et la section moyenne
des pores qui participent à l’écoulement diminue. Certaines zones d’eau sont isolées de
l’écoulement.
− cette modification de la géométrie de la phase fluide à des répercussions sur les
propriétés hydrodynamiques du milieu poreux : la conductivité hydraulique diminue, la
distribution de vitesses de pore s’étale, il apparaît une régionalisation de l’écoulement et
la dispersivité du milieu poreux augmente.
− cette modification de la géométrie de la phase fluide à des répercussions sur
l’accessibilité aux sites de surface. Ces sites sont localisés généralement sur les
particules fines. Entre ces particules, se trouvent les pores les plus fins. Les pores les
plus fins étant les derniers à se vider, à une teneur en eau donnée les surfaces les plus
réactives restent au contact de l’eau. Toutefois, cette eau n’est pas ou peu mobile.
L’accès aux sites se fait alors par diffusion des zones mobiles vers les surfaces réactives
à travers la phase fluide immobile. Plus la tortuosité augmente, plus le coefficient de
diffusion diminue, autrement dit, plus le temps caractéristique d’accès aux sites
augmente. Il est possible que dans certains cas, la vitesse d’écoulement soit telle que
les sites ne soient plus « accessibles ». En d’autres termes, le facteur teneur en eau
peut avoir une influence sur la réactivité « apparente » des surfaces minérales.

L’ensemble des phénomènes décrits dans ce paragraphe sont étroitement imbriqués. Les
expériences de laboratoire que nous pouvons réaliser pour mettre en évidence l’influence du
facteur teneur en eau sur la migration de polluants concerne des échantillons de sol de quelques
dm3. A cette échelle, nous sommes capables de traduire le comportement moyen de l’échantillon,
mais la résolution du système est trop faible pour permettre la distinction entre chacun de ces
effets. Notre objectif est de savoir, si en moyenne, le facteur teneur en eau de l’échantillon de sol a
un impact sur la mobilité des deux radioéléments qui nous intéressent, et si c’est le cas, comment
prendre en compte simplement cet effet dans les modèles de transport.
Avec cet objectif à l’esprit, et en imaginant le degré de complexité des processus physico-
chimiques qui interviennent dans un milieu poreux naturel triphasique, nous avons décidé de nous
placer dans les conditions hydrodynamiques les plus simples possibles et les moins éloignées

82
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

possibles de ce qui se passe à saturation. Nous avons réalisé des expériences de migration des
radioéléments en non saturé dans un milieu poreux homogène, en régime d’écoulement
permanent, avec une distribution de teneur en eau uniforme et nous avons comparé les résultats
obtenus à différentes teneurs en eau (y compris à saturation complète). La méthodologie employée
est décrite au chapitre II, les résultats sont présentés dans les chapitres III et IV.

83
Chapitre I – Approche bibliographique des transferts d’eau et de solutés en milieu poreux insaturé

84
CHAPITRE II
OUTILS D’ETUDE DU TRANSPORT DE
SOLUTES EN MILIEU POREUX SATURE
ET INSATURE
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

SOMMAIRE

CHAPITRE II : OUTILS D’ETUDE DU TRANSPORT DE SOLUTES EN


MILIEU POREUX SATURE ET INSATURE.

A. MATERIAUX DE L’ETUDE........................................................................................ 89
1. LE SABLE EOLIEN DE PRIPYAT-ZATON.......................................................................... 89
1.1. Le site de prélèvement..................................................................................... 89
1.2. Caractérisation de l’échantillon utilisé : ZATEO-SAT ....................................... 91
1.2.1. Caractérisation chimique.................................................................................... 91
1.2.2. Caractérisations physiques ................................................................................ 92
2. L’EAU SYNTHETIQUE DE TCHERNOBYL ......................................................................... 94
2.1. L’eau du Site Pilote.......................................................................................... 94
2.2. L’eau équilibrée avec le sable de Pripyat Zaton .............................................. 95
B. ETUDE EN COLONNE DE LABORATOIRE ............................................................. 97
1. CARACTERISATION EXPERIMENTALE DES ECOULEMENTS EN MILIEU POREUX ................... 97
1.1. Principe des expériences en colonne de laboratoire ....................................... 97
1.2. Analyse des courbes de percée....................................................................... 98
1.2.1. L’allure de la courbe........................................................................................... 98
1.2.2. Les moments de la courbe de percée et des profils ........................................... 98
1.2.3. Ajustement des modèles sur les résultats expérimentaux ................................ 100
2. FONCTIONNEMENT DES COLONNES ........................................................................... 101
2.1. Dispositifs expérimentaux .............................................................................. 101
2.1.1. Banc d’auscultation gamma des colonnes saturées : PILCOL.......................... 101
2.1.2. Banc d’auscultation gamma des colonnes non saturées .................................. 102
2.2. Technique de remplissage des colonnes....................................................... 104
2.3. Fonctionnement des colonnes non saturées en eau ..................................... 107
2.3.1. Mise en place du régime d’écoulement permanent .......................................... 107
2.3.2. Détermination de la relation K(θ) pour le matériau de l’étude ........................... 110
2.4. Acquisition de profils d’activité ....................................................................... 110
2.4.1. Etalonnage et intercomparaison compteurs/sonde........................................... 110
2.4.2. Reconstitution de la courbe de percée à partir des profils d’activité.................. 112
C. ETUDE EN REACTEUR OUVERT........................................................................... 113
1. PRINCIPE DE MESURE DES PARAMETRES DESCRIPTIFS DE LA REACTION DE SORPTION ... 113
2. LE DISPOSITIF EXPERIMENTAL ................................................................................... 114
3. DIMENSIONNEMENT DES EXPERIENCES EN REACTEUR OUVERT ET PROTOCOLE ............. 115
3.1. Dimensionnement .......................................................................................... 115
3.1.1. Taille de l’échantillon solide.............................................................................. 116
3.1.2. Temps de séjour dans le réacteur .................................................................... 116
3.1.3. Volumes des solutions d’alimentation et durée des essais ............................... 116
3.2. Déroulement des expériences ....................................................................... 117
3.2.1. Caractérisation de l’hydrodynamique ............................................................... 117
3.2.2. Etude de la cinétique d’interaction.................................................................... 117
3.2.3. Détermination des isothermes de sorption et de désorption ............................. 118
3.3. Calcul des bilans de matière.......................................................................... 118

86
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

D. ETUDE EN CONDITIONS STATIQUES................................................................... 119


E. SYNTHESE .............................................................................................................. 120

87
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

88
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux


saturé et insaturé

Ce travail de thèse est intégré dans le programme « Site Pilote de Tchernobyl », (Chernobyl
Pilot Site) dont l'objectif est de permettre la validation expérimentale des outils de quantification
des transferts de radioéléments dans les sols saturés et non saturés (c.f. Introduction générale).
Les partenaires du projet ont choisi d’étudier, entre autre, la migration du césium 137 et du
strontium 90 dans la couche de sable qui constitue la zone non saturée au niveau du CPS.
Nous avons vu au chapitre précédent que l’étude du transfert d’un soluté réactif dans un
milieu poreux nécessite, d’une part, la détermination des propriétés hydrodynamiques du milieu
poreux, et d’autre part, la connaissance des interactions chimiques possibles entre le soluté en
mouvement et la surface des particules solides. Un de nos objectifs est de mettre en évidence un
effet éventuel d’une diminution du degré de saturation du milieu poreux sur les paramètres
caractéristiques du transfert du Cs et du Sr dans le milieu choisi.
Afin de proposer des approches justifiées du problème, nous avons travaillé à une échelle
réduite dans un milieu poreux simplifié. Nous avons mené indépendamment des expériences en
conditions dynamiques (colonne et réacteur ouvert) et en conditions statiques (tubes à essais). A
l’échelle du laboratoire, nous pouvons travailler dans des conditions contrôlées (conditions initiales
et aux limites, structure et texture du milieu poreux, vitesse d’écoulement, teneur en eau,
composition chimique des solutions). Dans ce chapitre, nous présentons la méthodologie que nous
avons utilisée afin de caractériser et modéliser l’écoulement de l’eau dans le milieu poreux simplifié
et les interactions radioéléments/sol, dans des conditions physico-chimiques contrôlées,
représentatives des conditions de terrain.

A. MATERIAUX DE L’ETUDE

1. LE SABLE EOLIEN DE PRIPYAT-ZATON

1.1. Le site de prélèvement

Le sol utilisé pour l’ensemble de nos expériences (ZATEO-SAT) a été prélevé sur le site de
Pripyat Zaton au niveau de l’affleurement n°2 (clearing 2). Nous avons travaillé sur 2 échantillons
de sable provenant de lots importants (50 kg environ) prélevés par les partenaires du projet « Site
Pilote de Tchernobyl » en 1999, puis en juillet 2001. Chaque lot à été séché à 60 °C pendant 24 à
48 h, puis tamisé à 1 mm. La fraction supérieure à 1 mm représente environ 1 % de la masse
totale du lot et se compose essentiellement de débris végétaux, de grains de quartz et de blocs
bruns (Ardois et al., 2002). La Figure II-1 permet de localiser géographiquement le site de Prypiat
Zaton (en bordure d’un bras de la rivière Pripyat) par rapport au Site Pilote et à la centrale
nucléaire de Tchernobyl (ChNPP).

89
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

LEGEND Pripyat
Zaton Clearing 1
- well

156
- geologic
exposure Clearing 2
159

162

515

ChNPP

36

Pilot
Site

0 0.5 1 km

Figure II-1

Localisation géographique du site de prélèvement du sable étudié : clearing 2, Bugaï et al., 2001.

La Figure II-2 représente une photo de l’affleurement n°2, ainsi que le schéma
d’interprétation de la structure sédimentaire caractéristique d’un dépôt éolien.

Figure II-2

Affleurement n°2 de Pripyat Zaton (partie supérieure, photo de L. Dewière) et schéma d’interprétation
de la série sédimentaire caractéristique de la structure d’un dépôt éolien, Bugaï et al., 2001.

90
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

Le sable a été prélevé en chaque point d’une grille régulière tracée à la surface de
l’affleurement, puis homogénéisé. Le sol prélevé à cet endroit ne contient pas de particules de
combustible et n’est pas contaminé par les radioéléments les plus mobiles. L’analyse des profils
géologiques révèle que le dépôt éolien de Pripyat Zaton a la même structure et la même origine
que celui du Site Pilote (Figure II-3). Des analyses granulométriques, minéralogiques et chimiques
d’échantillons provenant des 2 sites ont confirmé les similitudes observées.

Pilot Site exposure


m Pripyat Zaton
a.s.l.
12-99 162 160 157
115 Man caused deposits
113 35
sts
111 Aeolian Suite st
Q3-4
109 s
sts
107 ob-dch ob-dch
st st
105
probable
103 boundary
ch s
101
99
97 conditional boundary

95 facial
Alluvial Suite Q1-2
replacement
ch - channel facies, ob - ovebank facies, ob-dch - ovebank-dead channel facies,
s - sand, st - silt, sts - silty sand

Figure II-3

Analyses géologiques des carottes prélevées entre le Site Pilote et Pripyat Zaton, (voir Figure II-1
pour l’emplacement des points de prélèvements) Bugaï et al., 2001.

1.2. Caractérisation de l’échantillon utilisé : ZATEO-SAT

1.2.1. Caractérisation chimique

Les analyses chimiques ont été réalisées par le Service d’Analyse des Roches et des
Minéraux (SARM) du Centre de Recherche Pétrographiques et Géochimiques (CRPG-CNRS) de
Nancy. L’analyse chimique du sable ZATEO-SAT révèle que la silice est la phase majoritaire
(98 ± 0,2 % en masse), les phases secondaires détectées sont : l’alumine, Al2O3 (0,88 ± 0,05 % en
masse) ; les oxydes de potassium, K2O (0,26 ± 0,02 % en masse) ; les oxydes de fer, Fe2O3
(0,24 ± 0,02 % en masse) et la matière organique mesurée par perte au feu (0,31 ± 0,04 % en
masse).

91
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

1.2.2. Caractérisations physiques

1.2.2.1.Séparation granulométrique

La détermination de la distribution cumulée de tailles de particules de l’échantillon ZATEO-


SAT (Figure II-4) a été réalisée au Laboratoire d’Etude des Stockages de Surface
(IRSN/DPRE/SERGD) avec un granulomètre laser de type Beckman Coulter LS230.

100

80
cumulative volume %

60

40

20

0
1 10 100 1000
Particle size (µm)

Figure II-4

Distribution de taille des particules en volume du sable ZATEO-SAT.

La distribution cumulée de taille de particules est centrée autour de la valeur : d50 = 230 µm.
1 % des particules (en volume) ont une taille inférieure à 2 µm (limite supérieure de la classe des
argiles au sens granulométrique).

1.2.2.2.Séparation minéralogique par Diffraction de Rayons X

Le diffractogramme de poudre réalisé sur la fraction globale du sable fournit une information
qualitative sur la composition minéralogique de l’échantillon. Le spectre obtenu montre que le
quartz est le minéral le plus représenté. Les autres phases minérales identifiables sont :
feldspaths, micas et chlorites. Les raies de ces différents minéraux sont de très faibles intensités.
Le diffractogramme de poudre réalisé sur la fraction fine (protocole de fractionnement décrit
dans Devol-Brown et al., 2002) permet de détecter la présence d’illite et de kaolinite, ansi que des
traces de carbonates.
Cette technique ne permet pas d’identifier les phases mal cristallisées et les phase
adsorbées. Or dans les sols et les sédiments, les métaux sont souvent associées à ces phases
très réactives (oxyhydroxydes par exemple).

1.2.2.3.Morphologie des particules

Des observations au Microscope Electronique à Balayage des particules de sable éolien


ont également été réalisées par le LESTS. La Figure II-5 présente quelques images des grains de

92
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

sable. Les grains sont polis et recouverts d’un dépôt lamellaire. Il s’agit probablement de phases
argileuses minoritaires détectées en DRX. Les oxydes d’aluminium et de potassium, identifiés par
l’analyse chimique, entrent dans la composition de ces phases.

Figure II-5

Observations au MEB du sable ZATEO-SAT, Ardois et al., 2002.


Grossissement : x 35, photo du haut et x 400 photo du bas.

93
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

2. L’EAU SYNTHETIQUE DE TCHERNOBYL

Pour l’ensemble des expériences réalisées dans le cadre de ce travail de thèse, nous avons
utilisé une eau synthétique répondant à plusieurs exigences :
- la composition de l’eau synthétique doit se rapprocher de la composition de l’eau en
équilibre avec le sable afin de ne pas déstructurer les colonnes, et de réduire la durée
des phases de pré-conditionnement,
- la composition de l’eau synthétique doit se rapprocher de celle de l’eau prélevée en
amont de la tranchée 22, considérée comme étant la moins perturbée par la présence
des déchets enfouis,
- la composition de l’eau synthétique doit être facile à reproduire et à contrôler.

Toutes les solutions utilisées dans la suite ont été préparées par dissolution de sels (CsCl
ou SrCl2(H2O)6), ou dopage avec les solutions contenant les traceurs radioactifs dans de l’eau
synthétique.

2.1. L’eau du Site Pilote

Dans le cadre du projet « Site Pilote de Tchernobyl », un grand nombre d’analyses


chimiques et radiologiques des eaux de la nappe ont été réalisées par le LESTS sur des
prélèvements provenant des piézomètres situés en aval de la tranchée (jusqu’à 30 m environ) et
sur un piézomètre « de référence » situé en amont. Les échantillons d’eau de nappe ont été
prélevés et analysés (Guillou et al., 2000) entre octobre 98 et juillet 2001. Le Tableau II-1 présente
une synthèse des résultats d’analyses des majeurs effectuées sur 120 échantillons par
Spectrophotométrie d’Absorption Atomique (le strontium a été analysé uniquement sur 19
échantillons).

Eau synthétique Eau de site


concentration théorique moyenne écart type min max
espèce
mol/L mol/L mol/L mol/L mol/L
Ca2+ 7,7 10-5 ± 1 10-5 3,56 10-4 4,4 10-4 4,97 10-5 1,98 10-3
K+ 5,9,10-5 ± 1 10-5 9,63 10-4 7,5 10-5 2,07 10-5 2,74 10-4
Na+ 5,7 10-5 ± 1 10-5 5,21 10-5 6,6 10-5 1,41 10-5 2,21 10-4
Mg2+ 2,1 10-5 ± 0,5 10-5 4,20 10-5 6,0 10-5 7,5 10-6 1,87 10-4
3,71 10-5
Sr2+ 0 8,4 10-6 # 6,9 10-6 # 4,9 10-6 # #
- -5 -5
Cl 4,0 10 ± 1 10
SO42- 1,1 10-4 ± 1 10-5
Force ionique 5,72 10-4
pH 6,4 ± 0,2 5,3 ± 0,4
Tableau II-1
Comparaison de la composition théorique de l’eau synthétique et des analyses en SAA de l’eau de
nappe prélevée en aval de la tranchée.

Il existe une très grande variabilité spatiale et temporelle des concentrations en cations
majeurs mesurées dans l’eau du site. Les valeurs minima ont presque toujours été mesurées dans
les échantillons provenant du piézomètre de référence, situé en amont hydraulique de la tranchée.
Nous avons supposé que la composition de l’eau prélevée en amont de la tranchée était

94
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

représentative de l’état initial du site, avant le dépôt du déchet. Le déchet contient une fraction très
importante de matière organique (essentiellement des troncs d’arbres) par rapport à l’encaissant
(le sable éolien contient environ 0,03 % en masse de matière organique mesuré par perte au feu).
Il semble que les processus de maturation de la matière organique contenue dans la tranchée
perturbe localement la chimie de l’eau de nappe.
Nous avons décidé de nous baser sur les analyses de l’eau prélevée en amont de la
tranchée pour déterminer la composition de l’eau synthétique, et mettre au point un protocole de
fabrication (Annexe II-4). La Figure II-6 permet de comparer la composition de l’eau de site
reconstituée suivant ce protocole et la composition en ions majeurs de l’eau prélevée en amont de
la tranchée.

12
forage amont, eau prélevée le 22/06/00
eau reconstituée
10

0
K+ Ca++ Na+ Mg++ Cl- SO4-- pH
ions majeurs

Figure II-6

Comparaison des concentrations en ions majeurs dans l’eau de site prélevée en amont de la
tranchée et l’eau reconstituée (analyses en électrophorèse ionique capillaire réalisées à la SAT).

2.2. L’eau équilibrée avec le sable de Pripyat Zaton

Par la suite, nous avons voulu nous assurer que la composition de l’eau synthétique n’était
pas significativement différente de la composition de l’eau en équilibre avec le sable éolien de
Pripyat. Nous avons fabriqué une colonne dans laquelle nous avons fait circuler en circuit fermé de
l’eau utlra-pure et nous avons suivi les variations du pH, de la conductivité, du potentiel redox, et
de la concentration des ions majeurs au cours de la mise à l’équilibre d’eau ultra-pure avec du
sable.
La colonne contient 150 g de sable ZATEO-SAT, le volume d’eau total mis en circulation
est 146,3 ml. Le débit imposé par la pompe péristaltique est 140 ml/h. Il faut 15 min pour
renouveler une fois le volume d’eau contenu dans la colonne. Nous avons prélevé régulièrement
des échantillons d’eau de 1 ml, pour l’analyse en électrophorèse ionique capillaire, nous avons
enregistré le pH, la conductivité et le potentiel redox de l’eau en circulation au moment du
prélèvement. Les résultats sont présentés Figure II-7 :

95
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

18 7

15 6

Mg2+ Mg2+, eau synthé 5


12 Na+ Na+, eau synthé
K+ K+, eau synthé 4
9 Ca2+ Ca2+, eau synthé
3
pH pH, eau synthé
6
2

3 1

0 0
0 10 20 30 40 50
temps écoulé depuis mise en circulation (h)

60
SO4-- SO4--, eau synthé
50
Cl- Cl-, eau synthé

40

30

20

10

0
0 10 20 30 40 50 60
temps écoulé depuis mise en circulation (h)

40 400

30 300

20 200

potentiel rédox
10 100
conductivité
température
0 0
0 10 20 30 40 50
temps écoulé depuis mise en circulation (h)

Figure II-7

Evolution des concentrations en ions majeurs (mg/l), du pH, de la conductivité (µSm/cm) et du


potentiel redox (mV) dans la solution mise en circulation dans la colonne de sable de Pripyat et
comparaison avec la composition de l’eau synthétique.

96
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

En premier lieu, on constate que la durée de mise à l’équilibre du système sol/solution est
de l’ordre de 20 h, ce qui correspond, compte tenu du débit imposé, à renouveler environ 100 fois
le volume d’eau contenu dans la colonne (ou volume de pore).
La composition en ions majeurs de l’eau équilibrée avec le sable (pour un rapport
solide/liquide de 1 :1), est légèrement différente de la composition de l’eau synthétique (comparer
avec les valeurs annoncées dans le Tableau II-1). En particulier pour l’eau équilibrée :
[Ca2+] = 4,5 ± 0,1 mg/l = 1,13 10-4 ± 2 10-6 mol/l et [K+] = 4,7 ± 0,4mg/l = 1,2 10-4 ± 10-5 mol/l. On
peut donc affirmer que l’utilisation de l’eau synthétique ne déstabilisera pas les colonnes de sable
de Pripyat Zaton, mais qu’une phase de pré-conditionnement du sable sera nécessaire de façon à
ce que le système sol/eau synthétique s’équilibre.

B. ETUDE EN COLONNE DE LABORATOIRE

1. CARACTERISATION EXPERIMENTALE DES ECOULEMENTS EN MILIEU POREUX

1.1. Principe des expériences en colonne de laboratoire

Dans notre cas, une colonne de laboratoire contient un milieu poreux reconstitué dans
lequel circule en permanence et à débit constant une solution d’alimentation. L’étude
expérimentale du transport d’un soluté à travers ce milieu poreux consiste à injecter un signal, ou
fonction d’entrée, en entrée de colonne et mesurer en sortie la réponse de la colonne à cette
sollicitation, ou courbe de percée. Le signal « émis » en entrée de colonne est un créneau de
traceur de longueur δt, et de concentration C0 (Figure II-8). La courbe de percée correspond à
l’évolution de la concentration de soluté en phase liquide en fonction du temps : Caq(t).
On utilise un traceur non retenu pour caractériser l’écoulement du fluide dans le milieu
poreux. Dans notre cas, nous avons choisi l’eau tritiée (3H1HO) comme traceur de l’écoulement. Le
tritium est un émetteur β- détecté en scintillation liquide. Les solutions marquées injectées dans
nos expériences ont des activités volumiques de tritium de l’ordre de 370 kBq/l. Pour étudier le
transfert du Cs et du Sr nous avons choisi deux isotopes émetteurs gamma comme marqueurs : le
134
Cs (γ émis à 605 keV, T1/2 = 2,07 ans) et le 85Sr (γ émis à 514 keV, T1/2 = 64,9 jrs). La
comparaison de la courbe de percée du traceur de l’écoulement et du marqueur du soluté réactif
permet de découpler les mécanismes du transport et les interactions à la surface des particules
solides (Sardin et al., 1986). Le fait d’utiliser des émetteurs gamma permet de mesurer également
les profils de concentration résidente de Cs et de Sr le long de la colonne, Ct (z).
Nous avons vu au Chapitre I, que dans les conditions qui règnent dans un essai de traçage
en colonne, la courbe d’élution du soluté correspond au produit de convolution de la fonction
d’entrée et de la fonction de transfert du système (Villermaux, 1985). L’objectif des essais de
traçages à l’eau tritiée est de déterminer la fonction de transfert de l’eau de la colonne de sol.
Expérimentalement, on mesure la fonction d’entrée en court-circuitant le lit de sable, puis on
mesure la courbe de percée en procédant ,cette fois, à la même injection dans la colonne.
Numériquement, avec le logiciel afour développé par P. Berne du CEA Grenoble, nous avons
ajusté sur la courbe de percée expérimentale du traceur de l’écoulement, le produit de convolution
de la fonction d’entrée et d’un modèle de transport pour décrire la fonction de transfert. Les
différents modèles utilisables ont été décrits au Chapitre I.

97
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

C/C0
Entrée
1

Ct
t
δt

t1

t2
C/C0

3H
z

Cs ou Sr
Sortie

Figure II-8

Principe des expériences en colonne de laboratoire.

1.2. Analyse des courbes de percée

1.2.1. L’allure de la courbe

L’analyse de la forme de la courbe de percée du traceur de l’écoulement nous renseigne


sur le comportement interne du fluide dans la colonne :
- un pic de restitution symétrique est le signe d’un milieu homogène,
- la présence de plusieurs pics de restitution est le signe d’un court-circuit dans la
colonne ou d’un écoulement régionalisé (dû à la présence de macropores par exemple),
- une courbe de percée qui présente un front d’arrivée raide et une traînée peut traduire
la présence de zones d’eau stagnante.

1.2.2. Les moments de la courbe de percée et des profils

L’analyse des moments de la courbe de percée expérimentale et des profils de


concentration résidente est possible quelle que soit la forme de la fonction d’entrée et les
caractéristiques du traceur (Valocchi, 1990 ; Srivastava et al., 1996 ; Schoen et al., 1999 ; Pang et
al., 2003).

1.2.2.1.Calcul du taux de restitution du soluté

Le moment d’ordre 0, µ0 (mol), de la courbe de percée est défini par :

98
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

+∞
µ0 = Q ∫ Caq (L, t )dt équation II-1
0

En comparant les moments d’ordre 0 de la courbe de percée du soluté et de la fonction d’entrée,


on calcule le bilan de masse (BM, ou taux de restitution) suivant :
µ0
BM = équation II-2
QC0 δt

avec Q (l/h) débit d’injection, C0 (mol/l) concentration du soluté dans le signal d’entrée et δt (h)
durée d’injection du créneau.
Pour un bon traceur de l’écoulement, BM = 1.
Pour un soluté réactif, BM = 1, signifie que les réactions subies par le soluté sont entièrement
réversibles. Si BM < 1, le soluté a subi des transformations irréversibles : décroissance radioactive,
dégradation chimique ou biologique, volatilisation.
Le calcul du bilan de masse peut se faire sur un profil de concentration résidente, Ct (mol/l
de milieu poreux), enregistré à la date t. Dans ce cas, on calcule le moment d’ordre 0 suivant :
L
µ0 = S∫ C t (z, t )dz équation II-3
0

avec L longueur de la colonne (cm) et S section de la colonne (cm²).


En comparant les moments d’ordre 0 du profil et de la fonction d’entrée (définie par :
Caq(z,0) = C0 δz), on calcule le bilan de masse, BM, suivant :
µ0
BM = équation II-4
SC0 δz

1.2.2.2.Calcul du facteur de retard

Le moment d’ordre 1, µ1, de la courbe de restitution du soluté est relié au temps de séjour
moyen des molécules dans le système, Tssoluté (h) par :
+∞
µ1 = Q ∫ tCaq (L, t )dt équation II-5
0

µ1  µ1 
fe
Tssoluté = − équation II-6
µ0  QC0δt 

On rappelle que δt correspond à la durée d’injection du créneau de concentration C0 et µ1fe désigne


le moment d’ordre 1 de la fonction d’entrée. On ne peut employer cette méthode pour calculer le
temps de séjour moyen des molécules dans la colonne que lorsque le bilan de masse calculé en
utilisant l’équation II-2 est égal à 1.
Le facteur de retard, R, d’un soluté par rapport à une molécule d’eau est évalué en
comparant les temps de séjour moyens de ce soluté et du traceur de l’écoulement :
Tssoluté
R= équation II-7
Tseau
On rappelle que, théoriquement, pour un traceur de l’eau :

99
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

L Lθ Vp
Tseau = = = équation II-8
v q Q
avec v (cm/h), vitesse de pore, θ, teneur en eau volumique, q (cm/h), vitesse de Darcy et Vp (cm3)
volume de pore.
Si le facteur de retard calculé est inférieur à 1, cela signifie que le soluté migre plus vite que les
molécules d’eau. Une explication de ce phénomène consiste à dire que le volume « vu » par le
soluté dans la porosité est plus petit que le volume de pore. C’est la cas, par exemple, lorsqu’il y a
exclusion anionique.
Si le facteur de retard est supérieur à 1, cela signifie que le soluté subit des interactions avec la
matrice poreuse qui le ralentissent par rapport aux molécules d’eau.

Le moment d’ordre 1, µ1, d’un profil de concentration résidente enregistré le long de la


colonne à la date t, est relié à la distance moyenne parcourue par les molécules dans le système
depuis la position du centre de masse du profil initial, z (cm), par :
L
µ1 = S∫ zCt (z, t )dz équation II-9
0

µ1 µ1fe
z = − équation II-10
µ0 SC0δz

Dans ce cas la fonction d’entrée du système est définie par : Caq(z,0) = C0 δz. On ne peut utiliser
cette méthode pour calculer la distance moyenne parcourue par les molécules dans la colonne que
lorsque le bilan de masse calculé en utilisant l’équation II-4 est égal à 1.
On pourrait définir le facteur de retard apparent mesuré à partir des profils de concentration
résidente comme :
soluté
z
R= eau équation II-11
z
eau
mais on ne mesure pas directement et de façon non destructive z , il faudrait trouver un
émetteur gamma qui soit aussi un bon traceur de l’écoulement.

1.2.3. Ajustement des modèles sur les résultats expérimentaux

Les modèles utilisés pour décrire les fonctions de transfert des colonnes ont été présentés
au Chapitre I. Les deux modèles utilisés dans la suite sont le modèle de convection-dispersion
(CD) et le modèle mobile-immobile (MIM). En pratique, nous avons vérifier que le taux de
restitution du traceur de l’écoulement (l’eau tritiée) était égal à 1, avant de normer en surface les
fonctions d’entrée et les courbes de restitution du traceur de l’écoulement. Cette opération est
nécessaire avant la modélisation numérique avec afour. Nous rappelons que ce logiciel utilise
l’algorithme de Levenburg-Marquardt pour optimiser les paramètres du modèle CD ou MIM de
façon à ce que le produit de convolution de la fonction d’entrée normée et de la fonction de
transfert s’ajuste sur la courbe de percée expérimentale normée en surface.
Pour décrire les profils de concentration résidente, ou les courbes de percée des solutés
réactifs, nous avons utilisé le logiciel PHREEQC (version 2). PHREEQC nous permet de modéliser
les réactions chimiques subies par le soluté en conditions dynamiques grâce à un module de
transport mono-dimensionnel. Les paramètres hydrodynamiques (dispersivité du milieu poreux,

100
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

vitesse de pore, fraction d’eau mobile, coefficient de transfert de masse) introduits dans les fichiers
d’entrée de PHREEQC sont directement déduits des paramètres ajustés par afour.
Les paramètres géochimiques introduits dans les fichiers d’entrée de PHREEQC
proviennent, soit de la base de données par défaut du logiciel, soit d’ajustement sur des résultats
obtenus indépendamment en tubes à essais et en réacteur ouvert dans des conditions
comparables.

2. FONCTIONNEMENT DES COLONNES

2.1. Dispositifs expérimentaux

2.1.1. Banc d’auscultation gamma des colonnes saturées : PILCOL

Le montage expérimental utilisé pour les essais de traçages en colonne de laboratoire


saturée en eau est le banc gamma PILCOL disponible au DTEN/SAT dont le schéma est présenté
Figure II-9.

pHMONITOR

pH FLOW-
THROUGH
ELECTRODE

FLOW
SCINTILLATION
ANALYZER
DATA
ACQUISITION

COLUMN

WASTE LIQUID SCINTILLATION


COUNTING COCKTAIL

SAMPLE LOOP

PUMP

STABLE SR SOLUTION
SPIKED WITH 85SR
SYNTHETIC
GROUNDWATER
OR STABLE SR SOLUTION

BALANCE

Figure II-9

Dispositif expérimental pour l’étude de la migration de radioéléments (ici le 85Sr) en colonne saturée
en eau.

101
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

Ce dispositif comprend une pompe d’alimentation à piston de type Pharmacia P-500 (débit
minimum 1 mL/h) assurant un débit constant Q à travers la colonne et un système d’injection du
traceur composé d’une boucle de 0,5 mL et d’une vanne d’injection. L’alimentation de la colonne
se fait de bas en haut. La colonne est constituée d’un tube en quartz (Pharmacia diamètre interne
16 mm, longueur 200 mm), et de deux pistons mobiles permettant d’ajuster la hauteur du milieu
poreux mis en place. L’ensemble des transferts de fluide entre les éléments insérés dans le circuit
est assuré par des tubes capillaires en Teflon (1/16 de pouce).
La colonne est fixée sur un chariot dont le déplacement est réglé par un automate de
positionnement et peut se translater verticalement devant l’ouverture collimatée d’une sonde
gamma. La sonde est reliée à une chaîne de détection. L’ensemble du système est piloté par un
ordinateur qui assure également l’acquisition et le stockage des données. La précision sur le
positionnement de l’automate par rapport à une côte de référence est 0,05 mm. La côte de
référence choisie par l’utilisateur correspond à la limite inférieure du lit de sable. Cette côte est
repérée manuellement à plus ou moins 1 mm.
Ce dispositif permet d’effectuer, en cours de traçage, des profils de répartition de l’activité
dans la colonne en fonction de la cote z. L’activité est proportionnelle à la concentration totale de
soluté dans la colonne (dans la phase liquide et fixé sur la phase solide). Le coefficient de
couplage permettant de passer du taux de comptage à la concentration totale dépend du matériau,
du traceur et de la géométrie du dispositif de comptage. Il est déterminé au cas par cas par une
procédure d’étalonnage détaillée au paragraphe 2.4.1).
En sortie de colonne, le fluide est soit analysé en continu à l’aide d’une cellule de comptage
en ligne ou bien dirigé sur un préleveur de fractions pour des comptages différés (sur un compteur
indépendant) et/ou des analyses chimiques. Le pH et la conductivité peuvent également être suivis
et enregistrés en continu en sortie de colonne. La courbe de percée (concentration en traceur dans
la phase liquide en sortie de colonne en fonction du temps) est déduite de ces comptages après
étalonnage des compteurs.

2.1.2. Banc d’auscultation gamma des colonnes non saturées

Le banc d’auscultation gamma et d’acquisition de paramètres hydrodynamiques en colonne


non saturée développé par l’IRSN est représenté Figure II-10. L’alimentation de la colonne peut se
faire par le haut ou par le bas grâce à un système de 2 vannes trois voies. En configuration « mise
en eau de la colonne », seule la pompe d’alimentation fonctionne et le remplissage de la colonne
se fait lentement de bas en haut, de façon à chasser un maximum de bulles d’air. En configuration
« régime d’écoulement non saturé permanent », les 2 pompes placées respectivement en entrée et
en sortie de colonne fonctionnent au même débit. L’alimentation de la colonne se fait de haut en
bas par infiltration uniforme sur toute la section supérieure de la colonne. La prise d’air principale
est située en haut de la colonne, pour certaines expériences des prises d’air ont été ménagées le
long des éléments de colonnes.
Les colonnes ont été fabriquées « sur mesure » de façon à respecter la géométrie de
comptage qui assure la meilleure résolution pour le détecteur collimaté. Les colonnes, en plexiglas,
ont un diamètre intérieur de 5 cm, et une longueur variable (de 30 cm jusqu’à 1 m de long). En pied
de colonne un filtre en Teflon (HVLP Millipore) de 0,45 µm de taille de pore, maintenu entre 2
joints plats, assure la continuité hydraulique entre le sable non saturé en eau et la pompe
d’aspiration.
Des balances placées en amont de la pompe d’alimentation et en aval de la pompe
d’aspiration, permettent d’enregistrer en continu les flux d’eau entrant et sortant de la colonne.

102
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

Injection
PUMP loop
pHmeter

Irrigation head

Air entry

γ rays
detector
Pompe
d’alimentation
BALANCE

MOTOR
Filter

PUMP
pHmeter
conductimeter

Pompe
BALANCE
d’aspiration

Figure II-10

Dispositif expérimental pour l’étude de la migration de radioéléments en colonne non saturée en eau.

L’autre particularité du banc IRSN est la présence d’un bloc émetteur contenant une source
scellée d’Américium 241 d’activité 1,67 GBq (le 02/02/2001, T1/2 = 432,7 ans). Le bloc source est
muni d’une porte qui permet d’occulter le rayonnement émis par la source. Le bloc émetteur est
solidaire du bloc détecteur constitué de la sonde de détection gamma et du collimateur.
L’ensemble se déplace en translation le long de la colonne par le biais d’un moteur et d’un
automate de positionnement (MIP50-E, Maxon motor ag). Des butées de référence sont disposées
le long du banc de façon à repérer le haut de la colonne et les sources étalons disposées le long
du banc. Des butées de fin de courses ont également été installées. La précision sur le
positionnement de l’automate par rapport à une cote de référence est de l’ordre du µm. La cote de
référence choisie par l’utilisateur correspond à la limite supérieure du lit de sable. Cette cote est
repérée manuellement à plus ou moins 1 mm.
L’Am-241 émet un rayonnement gamma à 59,5 keV, détecté à travers la colonne par la
sonde collimaté. L’atténuation du rayonnement gamma à travers la colonne est une fonction de la
teneur en eau dans la « tranche » de colonne vue par le détecteur. Les marqueurs utilisés sont le
Cs-134 et le Sr-85 également détectés par la sonde. Grâce au banc gamma IRSN, il est donc
possible, d’enregistrer simultanément le long de la colonne un profil de teneur en eau et un profil
d’activité volumique du traceur injecté (en occultant la source).
L’équation suivante est une adaptation de la loi de Beer-Lambert, (Gerard-Marchant, 1998 ;
İshakoğlu et Baytas, 2002) qui relie la teneur en eau en un point de la colonne, θ(z), aux
comptages à travers la colonne sèche, Ns (cps), à travers la colonne humide, N (cps), au diamètre
intérieur de la colonne, d (cm), à la masse volumique de l’eau ρl (g/cm3), et au coefficient moyen
d’atténuation massique de l’eau µl (cm²/g) :

103
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

1  N (z ) 
θ(z ) = ln  s  équation II-12
µlρl d  N(z ) 
Une fois le lit de sable mis en place, on mesure Ns(z) (c.f. Figure II-13). Nous avons mesuré
indépendamment µl en utilisant la relation suivante, et une cuve en plexiglas remplie d’eau, de
longueur x variable, placée entre le bloc source et le détecteur :
N 
µlρl x = ln  vide  équation II-13
 N 
Nvide (cps) correspond au taux de comptage cuve vide, et N (cps) correspond au taux de comptage
cuve pleine d’eau. La Figure II-11 représente l’évolution de la quantité ln (Nvide/N) en fonction de
l’épaisseur d’eau qui intercepte le faisceau gamma. La pente de la droite de régression nous
permet d’évaluer µ l pour notre détecteur, on obtient à 20°C : µ l = 0,193 ± 0,003 (g/cm²) :

0.6

0.5

0.4

0.3 y = 0.1926x
2
R = 0.9953
0.2

0.1

0
0 0.5 1 1.5 2 2.5 3
(x) épaisseur d'eau en cm

Figure II-11

Détermination du coefficient d’atténuation massique de l’eau dans nos conditions opératoires.

La programmation de séquences d’acquisition de profils, le stockage de données,


l’enregistrement des balances, sonde de température, pH-mètres et conductivimètre, la gestion
d’alarmes, ainsi que la manipulation d’électrovannes se fait par l’intermédiaire du logiciel LabView
d’acquisition et de supervision du banc IRSN (Woo, 2001).
La Figure II-12 (page suivante) représente une vue d’une partie du banc gamma IRSN.

2.2. Technique de remplissage des colonnes

En tout premier lieu, avant de procéder aux essais de traçages en colonne, il faut mettre au
point une technique de remplissage qui assure l’homogénéité du milieu poreux structuré, la
stabilité dans le temps des colonnes et qui soit facilement reproductible afin de fabriquer
systématiquement des colonnes ayant des propriétés hydrodynamiques comparables. Cette étape
préliminaire peut se révéler délicate en fonction de la nature du matériau utilisé.

104
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

Rail de
déplacement

Source étalon

Butées
Colonne non
saturée

Sonde gamma et
chaîne de détection

Bloc source

Collimateur en plomb
Moteur

Figure II-12

Prise de vue d’une partie du banc gamma IRSN (bâti, colonne, bloc émetteur et bloc détecteur).

En particulier, les sols agricoles riches en matière organique et en débris végétaux posent
problème car les particules qui le composent ont des tailles et des densités différentes, un
remplissage sans précaution conduit assurément à une ségrégation granulométrique et
minéralogique dans la colonne. Les sols argileux sont également délicats à manipuler en raison de
leur faible perméabilité, les colonnes ont une mauvaise tenue dans le temps et peuvent se fracturer
en cours d’expérience sous l’effet d’une augmentation de la pression interstitielle. On rencontre
également des difficultés avec des sols dont la courbe granulométrique est bimodale. Le contraste
entre la taille des particules favorise les hétérogénéités au moment de la mise en place du milieu
poreux. En cours d’expérience une déstabilisation des particules fines peut se produire entraînant
parfois le colmatage des pores ou des filtres placés en sortie de colonne.
Le matériau que nous utilisons ne présente aucune de ces caractéristiques. Nous nous
sommes orientés vers une technique de remplissage à sec (le sol est passé au préalable, 48 h à
l’étuve à 60 °C). Après la mise en place du filtre Teflon à 0,45 µm et d’une grille de protection en
pied de colonne, on pèse la colonne vide, et on introduit le sable homogénéisé dans la colonne par

105
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

ajouts successifs et réguliers. Après chaque ajout, la nouvelle « couche » est mélangée, de bas en
haut, à l’aide d’une tige rigide fine et taillée en biseau. On essaye de donner le même nombre de
coups à chaque ajout de sable.
Lorsqu’on a atteint la hauteur visée pour le lit de sable, L (cm), on pèse à nouveau la
colonne de façon à déterminer la masse de sable introduite, M (g). Cette valeur nous permet
d’estimer la porosité géométrique (ε) moyenne du lit de sable suivant (voir Chapitre 1) :
M
ρd =
LS
équation II-14
ρ
ε = 1− d
ρs

Pour du quartz, ρs = 2,65 g/cm3 (Bolz et al., 1976, p. 192), ρd désigne la masse volumique sèche
du milieu poreux mis en place.
La détermination de la porosité moyenne permet d’effectuer un premier tri des colonnes. Le
banc gamma IRSN, nous permet également de mesurer les variations de ρd le long de la colonne.
En effet, des variations de porosité, entraînent des variations au niveau des comptages à travers la
colonne sèche. L’équation suivante relie ρd en un point de la colonne aux comptages colonne vide,
Nvide (cps), colonne pleine de sable sec, Ns (cps), au diamètre intérieur de la colonne, d (cm), et au
coefficient moyen d’atténuation massique du sable, µs (cm²/g) :

1  N (z ) 
ρd (z ) = ln  vide  équation II-15
µs d  Ns (z ) 

Pour déterminer directement µs il faudrait réussir à fabriquer des étalons de sable structuré
de densité apparente moyenne parfaitement connue et uniforme sur toute la hauteur de l’étalon.
Etant donné la difficulté de la tâche, nous nous sommes contentés d’évaluer les variations relatives
de ρd(z) autour de la valeur moyenne mesurée. Cette information est suffisante pour juger la
qualité du remplissage de la colonne. La Figure II-13 représente les variations de la masse
volumique apparente du sable mis en place dans des colonnes utilisées pour les essais de
migration des radioéléments, et à titre d’exemple, une colonne ayant été rejetée :

2
Colonne n°8
Colonne n°11
Colonne n°14
1.9
Colonne n°15

1.8

1.7

1.6
0 30 60 90 120 150 180 210 240 270 300 330 360 390

mm

106
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

1.85
colonne rejetée

1.80

1.75

1.70

1.65

1.60

1.55

1.50
50 100 150 200 250 300 350 400 450 500
mm

Figure II-13

Profils de masse volumique apparente de 4 colonnes acceptées (n°8, n°11, n°14 et n°15, c.f. Chapitre
IV pour les caractéristiques géométriques de ces colonnes) et d’une colonne rejetée.

On constate Figure II-13 que la technique de remplissage est reproductible. Les profils de
masse volumique apparente sont homogènes et comparables. Le calcul des barres d’erreurs est
détaillé en Annexe II-1.
Une fois la colonne jugée acceptable, on procède à la mise en eau. On fait circuler
uniquement dans les colonnes dédiées à l’étude du milieu poreux saturé un courant de protoxyde
d’azote (N 2O). Ce gaz très soluble dans l’eau remplace l’air contenu dans les pores et permet de
remplir totalement les pores avec la solution d’alimentation. Pour la mise en eau, on fait circuler de
bas un eau l’eau d’alimentation des colonnes à 5 ml/h maximum. Puis, on augmente
progressivement le débit et on procède à la phase de pré-conditionnement du sol, qui consiste à
renouveler plusieurs dizaines de fois le volume d’eau contenu dans la colonne (c .f. paragraphe
2.2. pour l’estimation de la durée de mise à l’équilibre du système sol/solution).
Enfin, à saturation totale, ou à saturation naturelle (pour les colonnes dédiées à l’étude du
milieu poreux non saturé), on procède à un traçage à l’eau tritiée de la colonne. L’injection d’eau
tritiée est quasi-instantanée (0,5 ml pour les colonnes du banc PILCOL, 1 ml pour les colonnes du
banc IRSN). L’analyse de la courbe de percée du traceur de l’écoulement nous permet de
déterminer les caractéristiques hydrodynamiques de la colonne et de nous assurer que la structure
du milieu poreux correspond à nos exigences.

2.3. Fonctionnement des colonnes non saturées en eau

2.3.1. Mise en place du régime d’écoulement permanent

En pratique, on procède avant l’injection du soluté réactif, à la mise en place dans la


colonne d’un régime d’écoulement permanent, avec un profil de teneur en eau uniforme. Pour cela,
la colonne est asséchée en imposant une tension constante (hbord) en pied de colonne par le biais
d’une pompe à piston, jusqu’à obtention d’un profil de charge hydrostatique (qui se traduit par une

107
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

absence d’écoulement). Ensuite, la colonne est alimentée par le haut, au débit Q = qbord S (section
de la colonne). On suit la progression du flux d’infiltration grâce au dispositif de mesure de teneur
en eau par absorption gamma. Lorsqu’on obtient un profil de teneur en eau quasi-uniforme, on
remet la pompe d’aspiration en fonctionnement en pied de colonne, toujours au débit Q = qbord S.
La Figure II-14 (page suivante) représente l’évolution des profils de tension de l’eau dans la
colonne pendant les phases transitoires d’assèchement et d’infiltration. Connaissant la forme de la
relation h(θ) pour le sol, on peut également imaginer l’allure des profils de teneur en eau,
également représentés Figure II-14.

En pratique, cette méthode présente plusieurs difficultés majeures qui rendent l’obtention
d’un profil de teneur en eau parfaitement uniforme impossible. Pendant la phase d’assèchement de
la colonne, la difficulté consiste à arrêter l’aspiration de la pompe juste avant la mise en place du
profil de charge hydrostatique. En effet, si on attend trop longtemps la pompe d’aspiration se
désamorce. En revanche, si on arrête la pompe trop tôt, le pied de la colonne reste trop humide et
on n’obtient pas un profil de teneur en eau uniforme dans la colonne.
Pendant la phase d’infiltration de la colonne, la difficulté consiste à estimer correctement la
durée de la phase transitoire, tf, c’est à dire le moment où on obtient un profil de teneur en eau
quasi-uniforme : θ(z) =θf. Si on redémarre trop tôt la pompe d’aspiration le haut de la colonne reste
trop sec, si on redémarre trop tard la pompe d’aspiration, le bas de la colonne est trop humide.
Enfin, la dernière difficulté consiste à régler un débit de fonctionnement des pompes
d’alimentation et d’aspiration rigoureusement identique. Etant donné la durée des essais de
migration (plusieurs semaines), même une très faible différence conduit soit à l’assèchement
progressif, soit à la saturation progressive (voire au débordement...) de la colonne. Les débits
entrant et sortant doivent être contrôlés et ajustés au besoin en permanence.

Nous avons déterminé grâce au logiciel de calcul EDF, ESTEL-2D, la durée de la phase
transitoire d’infiltration en estimant les paramètres des courbes caractéristiques h(θ) et K(θ) pour
notre sol. La technique d’estimation utilisée est celle d’Haverkamp et al., 2000 (c.f. Annexe I), les
résultats de l’estimation sont présentés en Annexe II-2. Le Tableau II-2 fournit les principaux
résultats des calculs réalisés avec ESTEL-2D. Ces résultats ont servis de base au
dimensionnement des expériences en conditions non saturées.

hbord = -39 cm hbord = -50 cm hbord = -70 cm


qbord = 2,79 cm/h qbord = 1,08 cm/h qbord = 0,17 cm/h
Q = 55 ml/h Q = 21 ml/h Q = 3 ml/h
θ final = 0,26 θ final = 0,20 θ final = 0,12
Durée de la phase transitoire : Durée de la phase transitoire : Durée de la phase transitoire :
1h30min 2h > 6h
Tableau II-2
Synthèse des résultats de calculs d’ESTEL-2D pour l’estimation de la durée de la phase d’infiltration
en fonction de la teneur en eau visée.

108
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

Phase d’assèchement Phase d’infiltration dans


de la colonne la colonne
qbord
L 0 hbord hbord-L 0 hbord
h h
t↑

hini (z) = (z − L) + hbord dh


→ 0
dz t→tf
 ∂h 
q = −K(θ) − 1 = 0 qbord = K(θf )
t↑
 ∂z 

L L

z z

Phase d’assèchement Phase d’infiltration dans


de la colonne la colonne
qbord
θsat θf = θ(tf)
θ θ

t↑

t↑

dθ dh
 →0 ⇒ →0
θ(hini (z)) dz t →t f
dz t→tf
qbord = K(θf )

L L

z qbord z

Figure II-14

Evolution des profils h(z) et θ(z) pendant les phases transitoires d’assèchement et d’infiltration de la
colonne non saturée qui précèdent la mise en place du régime d’écoulement permanent, avec un
profil de teneur en eau uniforme.

109
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

2.3.2. Détermination de la relation K(θ) pour le matériau de l’étude

Figure II-14, on constate qu’à la fin de la mise en place du régime permanent dans la
colonne, la vitesse de Darcy imposée par l’intermédiaire des pompes est égale à K(θf). Grâce au
banc gamma IRSN, nous mesurons directement θ (avec une précision relative de l’ordre de 10 %).
La vitesse de Darcy est connue : q = Q/S, S étant la section de la colonne et Q le débit nominal
des pompes. Nous avons mesuré la courbe K(θ) sur une colonne fabriquée suivant le protocole
décrit au paragraphe 2.2. La teneur en eau à saturation de la colonne déterminée par traçage est
0,31. La Figure II-15 représente les résultats obtenus sur notre échantillon de sol (ZATEO-SAT)
ainsi que l’ajustement du modèle de Brooks et Corey (équation I-41). Les paramètres ajustés du
modèle sont : Ksat = 174,5 cm/h et η = 9,719.

10

ZATEO-SAT

8
Brooks et Corey ajusté R²=0.97

0
0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1
θ/θsat

Figure II-15

Ajustement du modèle de Brooks et Corey pour la courbe caractéristique de conductivité


hydraulique d’une colonne de sable ZATEO-SAT (θsat = 0,31).

2.4. Acquisition de profils d’activité

2.4.1. Etalonnage et intercomparaison compteurs/sonde

La colonne se déplace devant la sonde gamma. Comme le montre la Figure II-16, la sonde
intègre à la cote z l’activité d’un volume de colonne correspondant à un cône d’ouverture qui est
défini par la géométrie du collimateur et fournit un point du profil P(z). La réponse, P(z), exprimée
en coups par seconde (cps) corrigés du bruit de fond est reliée à l’activité dans la colonne, A(z),
h
par un produit de convolution (Berne et al., 2001) : P(z) = I ⊗ A(z) = ∫ A(z − k).I(k )dk où I(k) est la
−h
réponse impulsionnelle de la sonde gamma. On peut l’évaluer expérimentalement à l’aide d’une

110
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

« source ponctuelle » constituée d’une pastille de même diamètre que la colonne, d’activité connue
et d’épaisseur négligeable (en pratique, inférieure à celle de l’ouverture du collimateur : 5 mm).

cône d’ouverture collimateur


z

I(z)

source sonde γ

réponse
impulsionnelle
de la sonde

paroi de la colonne

sable éolien
Figure II-16

Cône d’ouverture de la sonde gamma.


(extrait de Barthès et al., 2003).

En toute rigueur, retrouver A(z) à partir de P(z) nécessite une déconvolution. Dans la
pratique, on considère que la courbe I(k) est suffisamment étroite pour être assimilable à une
fonction de Dirac et on confond A(z) et P(z).
On admet que la réponse de la sonde est linéaire et que P(z) est directement
proportionnelle à la concentration totale de soluté dans la colonne : P(z) = a.Ct (z) où a est le
coefficient de couplage en cps.L.mol-1.
Connaissant la quantité totale de traceur injectée : Co Vinjecté (équivalente à un nombre de
moles), on intègre sur toute sa hauteur la réponse P(z) obtenue à un instant où le traceur est
L
entièrement dans la colonne. On admet par linéarité que : S ∫ P(z)dz = aC0 Vinjecté et on en déduit
0
ainsi le coefficient de couplage, a. On reconstitue les profils de concentration totale C t (z) dans la
colonne à un instant donné t à partir de P(z).
Les mesures d’activité dans la phase liquide sont effectuées à l’aide d’un compteur γ (1480
WIZARDTM, Wallac) ou de la cellule du FLO-ONE (500Tr Series, Packard). L’étalonnage de ces
appareils est effectué avec des dilutions successives de la solution d’injection de concentration Co
constante ; on obtient ainsi la courbe d’étalonnage reliant la concentration en traceur dans la phase
liquide aux comptages.

111
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

2.4.2. Reconstitution de la courbe de percée à partir des profils d’activité

Dans certaines conditions expérimentales, les temps de séjour moyens sont très longs
(plusieurs mois), il est alors difficile d’obtenir une courbe de percée. C’est le cas, par exemple,
lorsqu’on utilise des colonnes de grandes dimensions et des éléments fortement interagissant avec
la matrice solide. On cherche donc à exploiter quantitativement les profils gamma enregistrés le
long de la colonne au cours du traçage.
Nous avons réalisé une validation croisée des procédures d’étalonnage des différents moyens de
mesure de l’activité utilisés : compteur gamma ou cellule du FLO-ONE d’une part et sonde gamma
d’autre part, en comparant la courbe de percée expérimentale et la courbe de percée déduite des
profils d’activité volumique. Si on dispose de profils C t (z) enregistrés le long de la colonne au
cours du traçage, on obtient en intégrant cette fonction sur la hauteur L de la colonne une fonction,
L
R(t) = ∫ C t (z, t)dz (en mol) qui croît jusqu’à atteindre un palier, Rtot, correspondant à la quantité
0
totale de traceur injectée (c.f. Figure II-16).

t0
R(t) début de
R(t)
Aire de
(moles)
sortie du
C (z,t)
t traceur quantité totale de
Rtot
(mol) traceur injectée

∆ mol

∆V/Q
t1 temps ou
volume écoulé V=Qt

quantité de traceur
∆ mol / ∆V sorti de la colonne
dans la phase liquide
Courbe de entre t0 et t1
percée
reconstituée
(mol /L)

t0 t1 temps ou
volume écoulé V =Qt

Figure II-17

Reconstitution de la courbe de percée du soluté à partir des profils de concentration totale.


(extrait de Barthès et al., 2003).

La fonction R(t) commence à décroître à partir du moment où le traceur sort de la colonne.


R tot − R(t) représente alors la quantité de traceur sorti de la colonne à l’instant t. En dérivant par
1 ∂ (R tot − R )
rapport au temps et en divisant par le débit on obtient la courbe de percée : Caq (t) = .
Q ∂t
Nous avons comparé les courbes de percée du Cs-134 mesurée directement en sortie
d’une colonne saturée et calculée par cette méthode (c.f. Chapitre III), de façon à valider les

112
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

procédures d’étalonnage de la sonde gamma. Il est donc permis d’exploiter quantitativement les
données « profils », Ct(z) en mol/l, en utilisant des outils adaptés comme PHREEQC par exemple.

C. ETUDE EN REACTEUR OUVERT

1. PRINCIPE DE MESURE DES PARAMETRES DESCRIPTIFS DE LA REACTION DE


SORPTION

Ce paragraphe présente la méthodologie développée dans le cadre de ce travail de thèse


pour l’étude de la réaction d’une espèce chimique en solution au contact d’un matériau solide
grâce à l’utilisation d’un réacteur ouvert parfaitement mélangé ou réacteur à flux continu (pour des
compléments, c.f. Szenknect et al., 2003).
Un réacteur est un conteneur fermé dans lequel l’échantillon solide est mis au contact de
l’espèce étudiée en solution. Le réacteur ouvert parfaitement mélangé est traversé par un flux
constant de solution, il est ouvert au transfert de masse avec le milieu extérieur. Lorsque le régime
d’écoulement de solvant est permanent, on injecte le soluté étudié à l’entrée du réacteur et on
enregistre les variations de la concentration de soluté en sortie. Cette technique expérimentale est
destinée en particulier à l’étude des phases transitoires des réactions chimiques à l’interface
solide-liquide.
L’utilisation du réacteur ouvert permet de déterminer la loi de distribution de soluté entre les
phases solide et liquide et les lois cinétiques de sorption en modifiant d’une part les variables
explicatives du phénomène de sorption et d’autre part le temps de séjour de l’eau dans le réacteur.
Cette technique facilite la maîtrise des paramètres physico-chimiques ayant une influence
sur le phénomène de sorption pendant toute la durée de l’expérience (température, pH,
composition de la solution, composition de l’échangeur). L’utilisation du réacteur permet l’étude de
la réversibilité des réactions en limitant notablement les sources d’erreurs expérimentales par
rapport à la technique des tubes à essais qui nécessite un nombre important de manipulations.
L’expérimentation en tubes à essais constitue toutefois une étape préliminaire indispensable au
dimensionnement des expériences en réacteur ouvert.
Pour un réacteur idéal (c’est à dire parfaitement mélangé), la concentration de soluté dans
le réacteur, [M]aq(t) est à tout instant égale à la concentration en sortie (Figure II-18).

Vr, volume d’eau dans le réacteur


M, masse de solide dans le réacteur
Q, débit

E(t) [M]aq(t)
Q Q
C0 C0

t t

Figure II-18

Principe de fonctionnement du réacteur ouvert parfaitement agité.

113
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

La conservation de la masse d’élément, M, contenue dans le réacteur donne :


d[M] t
dt
=
Q
Vr
(C0 − [M]aq ) équation II-16

Dans le cas où M se comporte comme un traceur de l’écoulement (pas de réactions


chimiques, pas d’interactions avec le solide), [M]t = [M]aq = T(t). La réponse du réacteur à un
échelon E(t) de concentration de soluté (à t = 0; la concentration en entrée de réacteur passe de 0
à C0) est alors :
  t 
T(t) = C0 1 − exp −  
  Ts   équation II-17
Vr
avec Ts = , temps de séjour du traceur de l' écoulement dans le réacteur.
Q
On ajuste (par la méthode des moindres carrés) le paramètre Ts de ce modèle sur la réponse du
réacteur à l’injection d’un échelon de concentration d’un traceur de l’écoulement. On compare alors
le temps de séjour de l’eau dans le réacteur déterminé par le traçage avec le temps de séjour
théorique calculé à partir de la mesure du volume interne du réacteur.
En se plaçant dans le cas où Ts >> Tréac, temps caractéristique de la réaction, l’hypothèse
de l’équilibre thermodynamique est vérifiée pour la réaction de sorption étudiée. L’allure de la
réponse du réacteur à un échelon de concentration de soluté réactif dépend alors de la forme de
l’isotherme de sorption.
En se plaçant dans le cas où Ts ≈ Tréac, l’hypothèse de l’équilibre thermodynamique n’est
pas vérifiée pour la réaction de sorption étudiée. L’allure de la réponse du réacteur à un échelon de
concentration de soluté réactif dépend alors de la forme de l’isotherme de sorption et de la
cinétique de la réaction de sorption.
En se plaçant dans le cas où Ts << Tréac, l’hypothèse de l’équilibre thermodynamique n’est
pas vérifiée pour la réaction de sorption étudiée. Le temps de contact entre le solide et le soluté est
trop petit pour que la réaction ait lieu. Dans ce cas, la courbe de percée du soluté se rapproche de
la courbe de percée d’un traceur de l’écoulement.

2. LE DISPOSITIF EXPERIMENTAL

Le dispositif expérimental développé au DTEN/SAT est inspiré du réacteur imaginé par Van
Capellen et al. 1997a, 1997b et également utilisé par Martin-Garin et al., 2003. Il a l’avantage de
s’adapter à un très grand nombre de sols naturels quelle que soit leur texture.
Ce dispositif comprend :
- un système d’alimentation du réacteur à débit constant (pompe Pharmacia P-500),
- un système d’injection permettant la maîtrise des variations de concentration de soluté
en entrée du réacteur,
- un système d’agitation externe évitant l’altération de la surface des particules de sol par
abrasion dans le réacteur,
- un système de filtration et de décolmatage des filtres placés en entrée et en sortie du
réacteur permettant de travailler avec des particules fines,
- le réacteur fabriqué à partir de matériaux chimiquement inertes,

114
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

- un système de suivi en continu des paramètres physico-chimiques ayant une influence


sur le phénomène de sorption (température, pH, conductivité de la solution,
concentrations des solutés en sortie du réacteur…)

Ce dispositif expérimental est schématisé Figure II-19 :

STIRRED FLOW-
THROUGH REACTOR

PUMP
pH monitor
conductimeter

C0

STABLE Sr SOLUTION
SPIKED WITH 85Sr FLOW
SCINTILLATION
BALANCE BALANCE WASTE ANALYZER

SYNTHETIC
GROUNDWATER LIQUID SCINTILLATION
COUNTING COCKTAIL
DATA
ACQUISITION

Figure II-19

Schéma de montage du réacteur ouvert parfaitement agité.

Les deux réservoirs qui alimentent alternativement le système, contiennent respectivement


l’eau d’alimentation du réacteur ne contenant pas l’élément étudié, et l’eau d’alimentation
contenant le soluté interagissant avec la matrice solide à une concentration C0.

3. DIMENSIONNEMENT DES EXPERIENCES EN REACTEUR OUVERT ET PROTOCOLE

3.1. Dimensionnement

L’objectif de ce paragraphe sur le dimensionnement des expériences en réacteur ouvert est


de donner des éléments afin d’estimer la faisabilité d’un essai, sa durée et son coût. Un certain
nombre de données sont nécessaires pour le dimensionnement d’un essai en réacteur ouvert :
- la granulométrie du milieu poreux,
- un ordre de grandeur de l’affinité du solide pour l’élément,
- une gamme de concentration dans laquelle choisir C0,
- un ordre de grandeur du temps caractéristique de la réaction,
- une idée sur les variables explicatives de la réaction de sorption étudiée.

115
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

L’ensemble de ces données doit nous permettre de déterminer :


- la taille de l’échantillon,
- la taille du réacteur,
- les débits,
- le volume et les concentrations des solutions à préparer,
- les variables physico-chimiques à enregistrer en sortie de réacteur,
- les techniques d’analyses et les appareils de mesures adaptés.

3.1.1. Taille de l’échantillon solide

L’échantillon introduit dans le réacteur doit être représentatif du milieu poreux étudié. Plus
précisément, la taille de l’échantillon dépend de la granulométrie du milieu étudié. Dans le meilleur
des cas toutes les classes granulométriques sont représentées dans leur proportion « naturelle ».
L’échantillon le plus petit possible contient alors une seule particule du diamètre maximum. En cas
de doute sur la représentativité d’un tel échantillon, on peut toujours multiplier les expériences avec
des échantillons différents. Il est également envisageable de fabriquer un réacteur de taille adaptée
à la taille de l’échantillon jugé représentatif du milieu poreux étudié.
Le réacteur fabriqué à la SAT est bien adapté à un échantillon de quelques cm3, il est donc
plutôt conçu pour des particules de diamètre compris entre 5 mm et 0,5 µm (domaine des sables
fins).

3.1.2. Temps de séjour dans le réacteur

La taille du réacteur est non seulement liée à la taille de l’échantillon de sol représentatif,
mais aussi à la gamme de temps de séjour de l’eau, Ts que l’on souhaite décrire connaissant la
gamme de débits fournis par la pompe. La gamme des temps de séjour est fixée grâce à
l’estimation faite du temps caractéristique de la réaction, selon que l’on veut se placer dans les
conditions où l’hypothèse de l’équilibre thermodynamique est vérifiée (Tréac << Ts) ou dans les
conditions de mise en évidence de la cinétique de réaction (Tréac ≈ Ts).
Le dispositif expérimental mis au point dans le cadre de cette étude, permet de décrire une
gamme de Ts allant de quelques minutes à 30 h environ.

3.1.3. Volumes des solutions d’alimentation et durée des essais

Le volume de la solution de concentration C0 à préparer doit être suffisant pour alimenter le


réacteur en continu pendant l’intégralité de la phase de sorption, c’est à dire jusqu’à la mise en
place du régime permanent. Nous avons vu qu’à un débit donné, la mise en place du régime
permanent était d’autant plus lente que la quantité de soluté sorbé par unité de masse de solide en
équilibre avec C0 était importante. Autrement dit, le volume de solution à préparer, V0 dépend de
Cs(C0). La durée de l’essai, V0/Q est donc d’autant plus grande que l’on travaille à un débit faible.

On retiendra donc pour dimensionner un essai, qu’on ne maîtrise pas le volume d’effluent
produit au cours de l’expérience car il dépend entièrement du milieu poreux étudié et de son
affinité pour l’élément étudié, mais que l’on peut avoir une marge de manœuvre sur la durée de
l’essai en jouant sur le débit. Le volume d’effluent produit est un paramètre important dans le calcul

116
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

du coût de l’essai lorsqu’il s’agit par exemple de solutions radioactives nécessitant un traitement
onéreux.

3.2. Déroulement des expériences

3.2.1. Caractérisation de l’hydrodynamique

Les expériences réalisées doivent être thermostatées. Avant chaque remplissage le


réacteur doit être soigneusement nettoyé avec de l’acide nitrique à 5 % puis rincé à l’eau ultra-pure
et séché.
Avant chaque injection on procéde à la mise en contact prolongé du sol avec l’eau
d’alimentation jusqu'à stabilisation des variables mesurées en continu en sortie du réacteur.
On teste les performances du réacteur en imposant en entrée un échelon de concentration
d’un traceur de l’eau (de l’eau tritiée par exemple). Une fois le régime permanent atteint, on injecte
à nouveau dans le réacteur de l’eau d’alimentation ne contenant pas le traceur de l’écoulement
tout en poursuivant l’enregistrement de la concentration en sortie de réacteur (utile pour les
expériences de désorption). On détermine le temps de résidence d’un traceur de l’écoulement (Ts),
en présence et en absence de sol. Si le réacteur est suffisamment bien agité et le volume de
l’échantillon solide faible par rapport au volume intérieur du réacteur, la présence des particules
solides n’influence pratiquement pas Ts qui dépend alors uniquement de Q. On choisit la masse de
l’échantillon pour se placer dans ces conditions.
On vérifie le caractère « idéal » du réacteur en ajustant le modèle décrit précédemment
(équation II-17).

3.2.2. Etude de la cinétique d’interaction

On propose dans un premier temps de fixer la concentration de soluté en entrée du


réacteur, C0 (au milieu des gammes de concentrations choisies) et de faire varier le débit
d’injection.
Il est important de s’assurer qu’il n’y a pas de fixation de soluté sur les parois du réacteur et
dans les tubes capillaires, en injectant les solutions préparées dans le réacteur vide et en calculant
le bilan de matière.
Le choix du débit de départ est donné par l’estimation du temps caractéristique de la
réaction de sorption, Tréac. On peut avoir une idée de l’ordre de grandeur de Tréac grâce aux
résultats obtenus en tubes à essais. On choisit Q de sorte que : Ts = Vr/Q ≈ Tréac.
Voici l’enchaînement des tâches à réaliser pour chaque débit testé:
- injection d’eau d’alimentation jusqu'à stabilisation des variables physico-chimiques
enregistrées en sortie de réacteur (pH, conductivité, concentrations des ions
majeurs…),
- injection d’eau tritiée à Q choisi jusqu'à obtention du régime permanent, puis injection
d’eau d’alimentation jusqu'à ce que l'activité de tritium revienne au niveau du bruit de
fond,
- injection de la solution contenant l’élément réactif à la concentration C0 choisie, jusqu'à
obtention du régime permanent ([M]aq = C0 en sortie). Il faut préparer des volumes de
solution suffisants,

117
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

- injection d’eau d’alimentation au même débit pour l’étude de la désorption, jusqu'à ce


que [M]aq en sortie revienne au niveau du bruit de fond,
- si la totalité du soluté fixé a pu être désorbée, on réutilise le même échantillon de sol en
modifiant simplement le débit, et on répète l’enchaînement des tâches à partir du
deuxième point. Sinon, on vide le réacteur, on le nettoie soigneusement et on le remplit
à nouveau de sol sec. On répète alors l’enchaînement des tâches à partir du premier
point à un débit différent.
- on cherchera ensuite un modèle permettant de décrire l’évolution de la concentration en
sortie de réacteur, fonction du temps de séjour de l’eau.

3.2.3. Détermination des isothermes de sorption et de désorption

Après l’étude de la cinétique de sorption, il est possible de se placer dans les conditions où
l’hypothèse de l’équilibre thermodynamique est vérifiée. Pratiquement, on choisit Q de sorte que :
Ts = Vr/Q >> Tréac. Soit Qmin ce débit.
Il n’est pas nécessaire de renouveler l’injection d’eau tritiée à Qmin si on utilise le même
réacteur que précédemment.
Pour déterminer la loi d’équilibre pour la réaction de sorption à Qmin, on répéte pour chaque
concentration C0 de la gamme testée, la procédure suivante :
- injection d’eau d’alimentation jusqu'à stabilisation des variables physico-chimiques
enregistrées en sortie de réacteur,
- injection à Qmin de la solution contenant l’élément réactif à la concentration C0 jusqu'à
obtention du régime permanent ([M]aq = C0),
- injection d’eau d’alimentation à Qmin jusqu'à ce que [M]aq en sortie de réacteur revienne
au niveau du bruit de fond,
- si la totalité du soluté fixé a pu être désorbée, on réutilise le même échantillon en
modifiant simplement la concentration C0, et on répète l’enchaînement des tâches à
partir du deuxième point. Sinon, on vide le réacteur, on le nettoie soigneusement et on
le remplit à nouveau de sol sec. On répète alors l’enchaînement des tâches à partir du
premier point avec une solution plus concentrée.
- on cherche ensuite un modèle permettant de décrire l’évolution de la concentration en
sortie de réacteur, fonction de C0.

3.3. Calcul des bilans de matière

L’utilisation du réacteur ouvert permet l’étude de la réversibilité de la réaction de sorption en


comparant dans un premier temps les quantités sorbée et désorbée.
Si l’étude du front « montant » de concentration [M]aq en sortie de réacteur permet de
déterminer un modèle pour la réaction de sorption, l’étude du front descendant permet de
déterminer un modèle pour la réaction de désorption.
En sorption, lorsqu’on atteint le régime permanent, la concentration de soluté en sortie du
réacteur, [M]aq se maintient à une valeur constante égale à la concentration C0. La différence
d’aires entre la courbe de réponse en coordonnées normalisées du réacteur à un échelon de
concentration de soluté et celle d’un traceur inerte, correspond alors à la quantité de soluté sorbé
en équilibre avec C0.

118
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

Traceur de l’écoulement, T(t)


[M]aq/C0 [M]d

Elément M
[M]s
réactif

tf td
t/Ts

Figure II-20
Calcul de la concentration de soluté fixé sur le solide et de la concentration de soluté désorbé du
solide.

La quantité de soluté sorbé par unité de masse de solide entre t = 0 et tf est donnée par :

[M]s = QC0 [A T (t f ) − A M (t f )]en mol/kg


M
équation II-18
1 tf tf

∫ [M]aq (t )dt
1
avec A T (t f ) = ∫ T (t )dt et A M (t f ) =
C0 0 C0 0

La quantité de soluté désorbé par unité de masse de solide peut être calculée par :

[M]d (t d ) = QC0 (A'M (t d ) − A T (t d )) en mol/kg


M
td t équation II-19
avec A'M (t d ) =
1
[
∫ aqM] (t )dt et A' (t
T d ) =
1 d
∫ T(t )dt
C0 tf C0 t
f

D. ETUDE EN CONDITIONS STATIQUES

Nous avons également mené une étude des réactions de sorption du Cs et du Sr (en
collaboration avec IRSN/LESTS) à la surface des particules de sable de Pripyat en tubes à essais.
L’objectif de cette étude est de déterminer l’isotherme de sorption de ces 2 éléments en solution
dans l’eau synthétique de Tchernobyl. Cette étude préliminaire doit nous aider à dimensionner les
expériences en conditions dynamiques (colonne et réacteur ouvert) qui suivent, et en particulier,
nous permettre d’estimer les facteurs de retard et la durée des essais.
Les expériences en tubes à essais se sont déroulées en 2 temps :
- étude rapide de la cinétique de sorption, afin d’estimer la durée de contact sol/soluté
minimum pour la détermination de l’isotherme de sorption,
- détermination des isothermes de sorption pour les deux éléments.

119
Chapitre II – Outils d’étude du transport de solutés en milieu poreux saturé et insaturé

Le protocole détaillé des essais en batchs a été décrit dans Devol-Brown et al., 2002 et
s’inspire très largement de celui de Reynolds et al., 1981. Nous résumons donc ici uniquement les
conditions expérimentales :
- le rapport solide/liquide est 10 g de sable pour 10 ml de solution,
- la température maintenue pendant toute la durée des essais est 21 ± 2 °C,
- les solutions mises au contact du sable sont préparées dans de l’eau synthétique de
Tchernobyl par dissolution de sels de CsCl et de SrCl2(H2O)6. Une fois les solutions
inactives préparées, on ajoute en quantité négligeable l’isotope radioactif choisi (Cs-134
ou Sr-85) de façon à obtenir une activité volumique suffisante.
- les gammes de concentrations initiales sont, pour le Cs de 5 10-10 à 10-3 mol/l et pour le
Sr de 10-9 à 10-4 mol/l. La plus faible concentration de la gamme est fixée par l’ajout de
la solution radioactive seule, de façon à obtenir l’activité volumique voulue.
- la durée de contact sol/soluté est de l’ordre de 24 h,
- la phase solide et la phase liquide sont séparées par centrifugation (pendant 10 min à
45 000 g et à la température souhaitée). A la suite de quoi, on dose la quantité de
radioéléments restant en solution dans le surnageant.

Pour déterminer la quantité de radioélément fixé on procédera de la façon suivante : par


exemple pour le césium,

[Cs]aq = (
A 134 Cs )
[Cs]0aq en mol/l
(
A 0 134 Cs )
( ) en mol/kg
équation II-20
V [Cs]aq − [Cs]aq
0
[Cs]sorbé =
M
A0(134Cs) désigne l’activité volumique initiale de Cs-134 en solution (Bq/l), A(134Cs) désigne
l’activité volumique finale de Cs-134 en solution (Bq/l), [Cs]aq0 désigne la concentration initiale de
Cs en solution (mol/l), [Cs]aq désigne la concentration finale de Cs en solution (mol/l), V désigne le
volume de solution (l) et M la masse de sable (kg).
Les activités initiales et les concentrations initiales de Cs sont présentées en Annexe II-3.
Pour le Sr on se reportera à Devol-Brown et al., 2002 et Chapitre III, partie A.

E. SYNTHESE

Ce chapitre méthodologique pose les bases de l’étude de la migration des deux éléments
étudiés dans un milieu poreux structuré et simplifié. Les outils théoriques et expérimentaux
présentés dans les deux chapitres précédents, nous ont permis d’aborder à l’échelle du laboratoire
la caractérisation et la modélisation de l’écoulement d’eau dans le sable de Pripyat Zaton pour
différentes valeurs de la teneur en eau et différentes vitesses d’écoulement. Ces outils nous
permettent également, dans un deuxième temps, de caractériser et modéliser le transfert, en
saturé et en non saturé, des deux éléments interagissant avec la matrice solide, dans des
conditions physico-chimiques contrôlées.
Les résultats de l’ensemble des expériences réalisées en conditions statiques et en
conditions dynamiques, en milieu poreux structuré saturé et insaturé sont présentés dans les deux
chapitres suivants.

120
CHAPITRE III
SORPTION DU CESIUM ET DU
STRONTIUM SUR LE SABLE DE
PRIPYAT : ESSAIS EN CONDITIONS
STATIQUES ET DYNAMIQUES
SOMMAIRE

CHAPITRE III : SORPTION DU CS ET DU SR SUR LE SABLE DE


PRIPYAT : ESSAIS EN CONDITIONS STATIQUES ET DYNAMIQUES

A. LE STRONTIUM....................................................................................................... 125
1. RESUME DE L’ARTICLE SOUMIS A JOURNAL OF CONTAMINANT HYDROLOGY .................. 125
2. INTRODUCTION ........................................................................................................ 128
3. MATERIALS AND METHODS........................................................................................ 129
3.1. The soil .......................................................................................................... 129
3.2. Synthetic groundwater and solutes................................................................ 130
3.3. Batch experiments ......................................................................................... 131
3.4. Reactor experiments...................................................................................... 132
3.5. Column experiments ...................................................................................... 134
4. DATA ANALYSIS AND MODELING................................................................................. 137
4.1. The interaction mechanism............................................................................ 137
4.2. Transport model............................................................................................. 138
5. RESULTS AND DISCUSSION ....................................................................................... 140
5.1. Batch studies ................................................................................................. 140
5.2. Stirred flow-through reactor studies ............................................................... 142
5.2.1. BTCs of conservative tracer .............................................................................. 142
5.2.2. Sorption and transport of strontium ................................................................... 143
5.2.3. Modeling the non linear and reversible sorption process by cationic exchange . 147
5.3. Column studies .............................................................................................. 150
5.3.1. BTCs of inert tracer and hydrodynamic properties of the column ...................... 150
5.3.2. Sorption and transport of reactive tracer ........................................................... 151
6. DISCUSSION AND CONCLUSIONS ............................................................................... 153
B. LE CESIUM .............................................................................................................. 158
1. ESSAIS EN BATCHS .................................................................................................. 158
1.1. Les conditions d’essais .................................................................................. 158
1.2. Estimation du temps de mise à l’équilibre du système sol/solution................ 158
1.3. Construction de l’isotherme de sorption......................................................... 160
1.3.1. Les résultats obtenus en batchs........................................................................ 160
1.3.2. Modélisation de l’isotherme de sorption ............................................................ 162
2. ESSAIS EN REACTEUR OUVERT PARFAITEMENT AGITE.................................................. 165
2.1. Les conditions expérimentales....................................................................... 166
2.2. Les résultats obtenus en réacteur ouvert....................................................... 167
2.2.1. Hydrodynamique du réacteur ouvert ................................................................. 167
2.2.2. Cinétique et réversibilité de la réaction de sorption ........................................... 168
2.2.3. Isotherme de sorption du Cs ............................................................................. 170
2.3. Modélisation par un mécanisme à 2 types de sites de sorption..................... 172
2.3.1. Equilibre thermodynamique dans le réacteur .................................................... 172
2.3.2. Traitement cinétique de la sorption au niveau des sites particuliers .................. 174
3. ESSAIS EN COLONNE SATUREE ................................................................................. 177
3.1. Caractéristiques hydrodynamiques de la colonne ......................................... 177

122
3.2. Migration de Cs dans la colonne de sable de Pripyat .................................... 179
3.2.1. Conditions expérimentales ................................................................................ 179
3.2.2. Evolution des profils de concentration totale en Cs ........................................... 179
3.2.3. Courbe de percée du Cs ................................................................................... 180
3.2.4. Autopsie de la colonne et bilans massiques...................................................... 182
3.3. Modélisation................................................................................................... 183
3.3.1. Choix des paramètres du modèle...................................................................... 183
3.3.2. Simulations suivant l’hypothèse d’équilibre thermodynamique pour la réaction de
sorption de Cs+ ................................................................................................. 185
3.3.3. Simulations suivant l’hypothèse d’une cinétique pour la réaction de sorption sur
les sites particuliers........................................................................................... 186
4. CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES.............................................................................. 187

123
124
Sorption du Cs et du Sr sur le sable de Pripyat : essais
en conditions statiques et dynamiques

L’objectif de ce chapitre est d’illustrer la méthodologie employée et de présenter les


résultats expérimentaux obtenus afin de mettre en évidence les mécanismes physico-chimiques
responsables de la rétention du césium et du strontium à la surface des particules de sable éolien
de Pripyat Zaton.
Les résultats présentés dans ce chapitre concernent les essais réalisés au laboratoire en
conditions statiques (ou batchs) et en conditions dynamiques (réacteur ouvert et colonne). Nous
avons choisi dans un premier temps d’étudier la rétention des deux éléments en milieu dispersé et
en milieu structuré saturé en eau. Le chapitre IV a pour but d’illustrer l’influence du seul facteur
teneur en eau sur le phénomène de rétention décrit et modélisé dans ce chapitre.
Le chapitre est scindé en deux parties, la première concerne le strontium et fait l’objet d’une
publication et la seconde concerne le césium. La méthodologie utilisée est identique dans les deux
cas.

A. LE STRONTIUM

1. RESUME DE L’ARTICLE SOUMIS A JOURNAL OF CONTAMINANT HYDROLOGY

Nous avons mis en oeuvre différentes techniques de laboratoire afin d’identifier et quantifier
les mécanismes prédominants impliqués dans le transport réactif de strontium dans le sable éolien
de Pripyat Zaton. Des expériences en tubes à essais ont été réalisées pour l’étude en conditions
statiques de l’état d’équilibre de la réaction de sorption du strontium à la surface des particules de
sable. Des essais en réacteur ouvert ont permis d’étudier en conditions dynamiques, la cinétique et
la réversibilité de la réaction de sorption du strontium. Enfin, nous avons réalisé des expériences
de migration du strontium dans une colonne saturée de sable de Pripyat. notre objectif principal
était de comparer les résultats et d’établir un modèle déterministe permettant d’interpréter
l’ensemble des résultats obtenus quelles que soient les conditions physico-chimiques régnant dans
les différents systèmes.
Il apparaît à la suite de notre étude que les résultats issus des expériences en systèmes
ouverts (réacteur et colonne) sont en très bon accord, bien que les rapports solide/liquide soient
très différents et que l’échantillon de sol soit dispersé dans un cas et structuré dans l’autre. L’étude
en réacteur ouvert a montré que le mécanisme de sorption du strontium à la surface des particules
de sable est non linéaire, instantané et réversible dans nos conditions expérimentales. Les essais
de migration de strontium radioactif en colonne ont été réalisés afin de mettre en évidence la
compétition entre strontium stable et strontium radioactif pour la réaction de sorption et l’effet d’une
variation de concentration de strontium stable en solution sur le facteur de retard du strontium
radioactif. Les résultats obtenus en réacteur ouvert et en colonne ont été modélisés à l’aide du
code couplé chimie-transport PHREEQC. Un modèle d’échange cationique a été élaboré pour
décrire les résultats obtenus en réacteur ouvert. Les paramètres ayant été ajustés sur les résultats
des essais en réacteur, nous avons utilisé ce modèle pour interpréter les résultats des expériences
en colonne. En dissociant le strontium stable et le strontium radioactif, en conservant les
paramètres du modèle d’échange élaboré à partir des résultats obtenus en réacteur, et en couplant

125
le modèle chimique au modèle de transport par convection-dispersion, nous avons pu décrire
l’ensemble des courbes de percée du strontium radioactif.
L’étude en colonne a montré que la variable explicative principale pour le facteur de retard
du strontium radioactif est la concentration en strontium stable initialement présente dans le
système sol/solution, puis dans une moindre mesure les concentrations des cations divalents
présents dans la solution (notamment Ca2+). Sans contrôle des conditions initiales du système, il
est difficile d’interpréter le phénomène de rétention du strontium radioactif. Ces observations nous
ont permis d’avancer certaines hypothèses pour expliquer les différences observées entre les
résultats obtenus en conditions statiques et en conditions dynamiques, en particulier, le nombre de
sites d’échange accessibles à 85Sr2+ varie d’un ordre de grandeur entre les expériences en tubes à
essais et les expériences en colonne et réacteur ouvert. Nous avons montré qu’un grand nombre
de « lavages » du sol étaient nécessaires afin de garantir l’état d’équilibre du système sol/solution
au moment de l’introduction du strontium radioactif dans le système sol/solution. Des espèces
inconnues initialement présentes à la surface du sol en concentration inconnue (notamment du
strontium stable) sont relarguées et entrent en compétition avec l’élément étudié pour l’accès aux
sites d’échange. Il faut donc procéder à de nombreuses analyses chimiques de la solution, avant et
après l’introduction du strontium radioactif dans les tubes à essais, pour pouvoir interpréter et
modéliser les résultats obtenus en « remontant » à la composition initiale de l’échangeur.
Dans les systèmes ouverts, la phase de pré-conditionnement du sol est suffisante pour
garantir l’état d’équilibre dans le système sol/solution et le renouvellement constant de la solution
d’alimentation assure le maintien des conditions physico-chimiques en cours d’expérience. On peut
donc dire qu’il y a moins de variables inconnues dans le système ce qui facilite l’interprétation et la
modélisation.
Les expériences réalisées ont montré que les paramètres ajustés du modèle d’échange
d’ions varient fortement en fonction de la géochimie du système, en partie à cause de la nature du
sol qui ne « tamponne » pas les effets des variations de concentrations des cations en compétition
avec 85Sr2+ pour l’accès aux sites d’échange. Les expériences réalisées dans des conditions
physico-chimiques légèrement différentes (rapport m/V variable, composition initiale de l’échangeur
et composition de la solution différentes) fournissent une gamme de variation pour ces paramètres.
Des expériences complémentaires doivent être réalisées afin d’affiner le choix de ces paramètres.
En particulier, la nature et la concentration des cations échangeables à la surface du sable doivent
être déterminées précisément. Des essais de sorption du 85Sr doivent être réalisés en batchs en
contrôlant davantage la chimie de la solution en cours d’expérience et en travaillant dans une
gamme de concentrations nettement supérieure de façon à déterminer la capacité de sorption du
sol vis à vis du Sr (ou le comportement asymptotique de l’isotherme).

126
Competition with stable isotope and reactive transport of 85Sr in a
Chernobyl sand column : static and dynamic experiments and modeling.

a, * a b, * c
Stéphanie Szenknect , Christophe Ardois , Jean-Paul Gaudet , Véronique Barthes

a
Laboratoire d’Etude des Stockages de Surface, IRSN/DPRE/SERGD, BP n°17, 92262 Fontenay aux Roses
Cedex, France.
b
Laboratoire d’Etude des Transferts en Hydrologie et Environnement, CNRS/INPG/IRD/UJF-UMR 5564, BP
n°53, 38041 Grenoble Cedex 9, France.
c
Section d’Application des Traceurs, CEA/DRT/DTEN, 17 rue des Martyrs, 38054 Grenoble Cedex 9,
France.

Abstract
The effects of nonlinear sorption and competition with major cations present in the soil solution on
radioactive strontium transport in an eolian sand were examined. Three laboratory techniques were used to
identify and quantify the chemical and hydrodynamic processes involved in strontium transport. Batch
experiments were performed to study the chemical equilibrium state of the soil/solution system under static
conditions. Stirred flow-through reactor experiments were performed to study the kinetics and reversibility of
the strontium sorption reaction at the surface of solid particles under dynamic conditions. Lastly, strontium
transport was studied in the structured porous medium under saturated flow conditions in laboratory columns.
The major goal was to compare the results obtained under static and dynamic conditions, and to describe in
a deterministic manner the predominant processes involved in radioactive strontium transport in such
systems. Experiments under dynamic conditions, namely flow-through reactor and column experiments, were
in very good agreement. However, the solid/liquid ratio was very different. Sand particles in the reactor were
dispersed and shaken, whereas the sand sample was structured in the column. The experimental data
obtained from the flow-through reactor study pointed to a nonlinear, instantaneous and reversible sorption
process. Miscible displacement experiments were conducted to demonstrate the competition between stable
85
and radioactive strontium, and its effect on the Sr retardation factor. The results were modeled using the
PHREEQC computer code. A suitable cation-exchange model was used to describe the solute/soil reaction.
The model successfully described the results of the entire set of miscible displacement experiments using the
same set of parameter values for the reaction calculations. The column study revealed that the stable Sr
aqueous concentration was the most sensitive variable of the model, and that the initial state of the
sand/solution system had also to be controlled to explain and describe the measured retardation factor of
radioactive strontium. From these observations, propositions can be made to explain the discrepancies
observed between some data obtained from static (or batches) and dynamic (reactor and column)
experiments. For the most part, this study highlights difficulties encountered in controlling the solution and
exchanger composition during the equilibrium period in the batch system. Desorbed antecedent species
(stable Sr) are removed from the column or reactor in the flow system but continue to compete for sorption
sites in the batch system. This will affect the exchange equilibrium in batch systems, but not in flow systems,
because the solution phase composition is relatively constant. Batch experiments are simple and fast, and
provide a very useful means of multiplying data. However, interpretation becomes difficult when different
species compete for sorption sites in the soil/solution system. A combination of batches, flow-through reactor
and column experiments, coupled with hydrogeochemical modeling, would seem to offer a very powerful tool
3
for identifying and quantifying the predominant processes on a dm scale, and provide a range of radioactive
strontium retardation factor as a function of the geochemistry of the soil/solution system.

Keywords : solute transport, soil, isotope, non linear sorption, column, stirred flow-through reactor, batch,
hydrogeochemical modeling.

* Corresponding authors. Fax : +33-4-76-82-50-01 ; e-mail addresses : [email protected], [email protected].

127
2. INTRODUCTION

In mid 1999, the French Institute for Radiological Protection and Nuclear Safety (IRSN)
began to manage the Chernobyl Pilot Site (CPS) project, which is scheduled to last four years. The
project is organized through an international cooperation agreement between two Ukrainian
(Institute of Geological Science and Institute of Agricultural Radiology) and two French institutes
(IRSN and Atomic Energy Commission (CEA)). The project is aimed at characterizing and
modeling radionuclide migration from the near-surface radioactive waste burial site (trench)
containing dispersed nuclear fuel to soils and the geosphere (Dewiere et al., 2003).
The study site is located 2.5 km south-west of the Chernobyl Nuclear Power Plant. In 1987, this
sector was earmarked for the interim storage of surface soil and contaminated tree trunks. These
materials can be found in trenches a few meters deep. In 1999, one of these trenches (T22) was
chosen by IRSN and its partners for carrying out experiments to validate basic models representing
radionuclide transfer to soils and aquifers. Trench T22 and the top layer contain fuel particles that
dissolve and release 90Sr and 137Cs, the two main radionuclides of interest in the project. For 15
years, radionuclides have been penetrating the unsaturated soil zone and the water table with the
result that 90Sr activity in the water table varies between 10 and 13000 Bq.l-1, while the plume can
be seen to spread over a few tens of meters downstream of trench T22 (Bugaï et al., 2002). 137Cs
is strongly sorbed by the soil surrounding the trench, and 137Cs activity is fixed in a few centimeters
from the trench perimeter. The experimental study of Cs migration and the interaction mechanism
with the soil surrounding the trench will be described more extensively in another paper.
Radionuclide mass (activity) transfer to the aquifer is controlled by the fuel particle mass
(activity) available for the dissolution process, fuel dissolution mechanisms, waste material sorption
parameters, sorption parameters and structure of the surrounding undisturbed, unsaturated soil
layer, and the meteoric water inflow rate from the surface. The activity distribution in the waste
burial site is very heterogeneous, as indicated by in-situ trench characterization data based on
indirect measurements (waste beta/gamma-emission rate). Data concerning the unsaturated zone
monitored over a 6-month period in 2000 and 2001 provides information on the regime of meteoric
water infiltration to the aquifer. In particular, it follows that the annual infiltration recharge at the
Pilot Site, ranging from 230 to 260 mm/y, is concentrated in a few periods during the year related to
big summer rainstorms and the spring snowmelt period.
Prediction of contaminant transport in the subsurface is strongly influenced by the hydraulic
and chemical properties of the soil, processes such as advective and diffusive transport,
hydrodynamic dispersion, adsorption and desorption, as well as biological and chemical
transformations (Brusseau, 1994; Fesch et al., 1998; Gabriel et al., 1998; Albrecht et al., 2003).
Variability in the hydraulic and chemical properties of the soil can cause large spatial differences in
rates of contaminant transport from the surface to the groundwater. This, together with the fact that
water and radionuclides are unevenly distributed over the Pilot Site in spatial and temporal terms,
has caused contaminants (90Sr) to arrive at depths at varying times. In many cases, chemical
effects are far more significant than hydraulic effects in explaining the differences in arrival times
(Thomasson et al., 2003).
A number of solute transport models covering many of the hydraulic and chemical
processes affecting transport through the subsurface already exist (for a recent review see
Šimůnek et al., 2003). Use of these models on a field scale requires knowledge of many
parameters used for describing underlying physical and chemical processes (Pang et al., 1999).
The lack of parameter values, the recognized uncertainty relating to field-scale mechanisms
responsible for solute movement in natural soils, and the questionable representativeness of
samples (Jury et al., 1985) makes it very difficult to use comprehensive models for field-scale
studies. The project partners therefore opted to use a simplified model for solute transport through
the subsurface. They assumed that the conventional convective-dispersive transport equation,

128
where chemical interactions are represented by a single retardation factor (R), could successfully
be used to make field-scale predictions of 90Sr transport through the unsaturated zone and in the
aquifer. Recent studies suggest that a range of R values should be used when adopting such a
simple field approach in order to avoid underestimating the solute arrival times (Thomasson et al.,
2003). In order to gain insight into the impact of various chemical mechanisms and processes on
strontium arrival time, and define as narrow a range of retardation factors as possible, it was
decided to perform experiments on the laboratory scale under closely controlled initial and limit
conditions, and to use a comprehensive model on this reduced scale.
This work examined the effect of nonlinear sorption and competition with major cations
present in the soil solution, on radioactive strontium transport in the eolian sand making up the
unsaturated zone on the Pilot Site. Three main laboratory techniques were used to identify and
quantify the chemical processes involved in strontium transport. Batch experiments were
performed to study the chemical equilibrium state of the soil/solution system under static
conditions. Stirred flow-through reactor experiments were conducted to study the kinetics and
reversibility of the sorption reaction of strontium at the surface of solid particles under dynamic
conditions. Lastly, the transport of strontium was studied in the structured porous medium under
saturated flow conditions in laboratory columns.
The aim of the study was to compare the results obtained under static and dynamic
conditions, as other researchers have frequently done in the past (Bajracharya et al., 1996; Fesch
et al., 1998; Porro et al., 2000; Plassard et al., 2000; Tran et al., 2002), but focusing on the initial
physical and chemical conditions in the soil/solution system and on the importance of
experimentation and modeling feedback.

3. MATERIALS AND METHODS

3.1. The soil

The soil used was an eolian sandy deposit representative of the CPS subsurface. It was an
average sample from Pripyat Zaton exposure, located 2 km north-east of the CPS. The geological
characterization of the Pilot Site and its geological analog, Pripyat Zaton, demonstrated the
continuity of the sedimentary suites on a regional scale. Moreover, the scale of the wind deposition
phenomena covered more than a few kilometers. Sand from Pripyat Zaton was not contaminated
with 90Sr.
The soil sample was dry sieved and the < 1 mm fraction used for characterization and
laboratory experiments (the > 1 mm fraction represented less than 1% of the total sample mass).
Soil particle size distribution (Figure 1) was determined using a laser granulometer (Beckam-
Coulter LS230, NF ISO 13320-1).
The main components of the soil were determined by chemical and X-ray diffraction
analyses. The mineralogical composition of the sand by percentage mass was: 95-98% quartz, <
5% feldspar. The X-ray diffraction analysis of the isolated fine fraction revealed the presence of
illite and kaolinite. The chemical composition of the sand by percentage abundance was: 95-98%
SiO2, < 2% Al2O3+Fe2O3 (measured by ICP-AES after acid digestion).

129
100

80

60

40

20

0
1 10 100 1000
Particle size (µm)

Figure 1: Cumulative size distribution by volume of studied eolian sand.

The cation exchange capacity (CEC) of the soil was determined using the sodium acetate
saturation method (Metson, 1956), organic carbon content by wet combustion, and specific surface
area by N2 adsorption using the BET model (Beckam-Coulter SA3100). The results of all these
analyses are shown in Table 1.
Sand particle density was assumed to be equal to that of quartz, i.e. 2.65 g/cm3 (Bolz et al.,
1976, p 192).

Table 1:

Soil physical-chemical characteristics

Main component: quartz, 95-98 % in mass

Oxides: SiO2 > 98 % ; Al2O3 + Fe2O3 < 2 % in mass

Organic carbon content: < 0.3 %

CEC: 1.25 meq/100 g

Specific surface area: 1.6 – 2.4 m²/g

Solid particles specific density: 2.65 g/cm3

3.2. Synthetic groundwater and solutes

All column, batch and reactor tests were conducted using synthetic groundwater, formulated
to approximate the composition observed in CPS aquifer samples. Groundwater was used as a
basis for these tests because 90Sr movement in the CPS aquifer is of significant interest. Chemical
compositions of synthetic groundwater and field samples are compared in Table 2. The
concentrations of major cations chosen for synthetic water were in the range of field
concentrations. The highest concentrations were measured in the wells located downstream of the
trench. These concentrations were not representative of the equilibrium state but disturbed by
leaching of the waste contained in the trench (maturation of organic matter). The composition of the
water in equilibrium with the eolian sand was determined experimentally. The concentrations of

130
major cations were close to those of the synthetic water. The first conditioning stage of all column
and reactor experiments was then reduced.

Table 2:
Comparison of Chernobyl Pilot Site aquifer and synthetic groundwater compositions. Average
# :
concentrations and standard deviations were calculated from 180 samples analysis by SAA. ( For
2+
Sr results have been calculated only on 19 samples, others being under the minimum detectable
-6
level of 4.5 10 mol/l).
Synthetic groundwater Pilot Site Aquifer

component base chemistry average std deviation min max


mol/L mol/L mol/L mol/L mol/L
2+ -4 -4 -5 -3
Ca 7.7 10-5 ± 1 10-5 3.56 10 4.4 10 4.97 10 1.98 10
K+ -5
5.9 10 ± 1 10
-5
9.63 10
-5
7.5 10-5 2.07 10-5 2.74 10-4
+ -5 -5 -5 -5 -5 -4
Na 5.7 10 ± 1 10 5.21 10 6.6 10 1.41 10 2.21 10
Mg2+ -5
2.1 10 ± 0.5 10
-5
4.20 10
-5
6.0 10-5 7.49 10-6 1.87 10-4
Sr2+ 0 8.43 10-6 #
6.85 10-6 #
4.91 10-6 #
3.71 10-5 #

Cl- 4.0 10-5 ± 1 10-5


SO42- 1.1 10-4 ± 1 10-5
Ionic strength 5.72 10-4
pH 6.4 ± 0.2

Synthetic groundwater was prepared by adding cations as sulfate salts to distilled,


deionized water, except for K, which was added as chloride, and Ca as carbonate. The pH was
adjusted to 6.4 ± 0.2 by adding 0.1 N H2SO4. The theoretical concentrations were then verified by
chemical analysis with a capillary ion analyzer (Waters).
Known stable strontium concentration solutions were prepared by adding amounts of strontium
chloride salt to the previous synthetic groundwater. A wide range of concentrations ranging from
10-3 mol/l to 10-9 mol/l was studied. Equilibrium speciation modeling was performed using the
PHREEQC (Version 2) geochemical code (Parkhurst and Appelo, 1999) to check that the solutions
in equilibrium with atmospheric CO2 were undersaturated with respect to calcite (CaCO3),
strontianite (SrCO3), celestite (SrSO4) and SrCl2(s).
For radiometric measurements, spiked strontium solutions were also prepared using 85Sr as a
radioactive tracer. This isotope was chosen as a tracer because its good gamma-emission of
514 keV and short radioactive half-life of 64.85 days lead to very low concentrations of 10-12 to
10-8 mol/L in solution.

3.3. Batch experiments

Batch tests were performed at room temperature (22 ± 2 °C) in 16 ml polycarbonate tubes.
For all experiments, a solid/solution ratio of 1 (10 g soil/10 ml solution) was used. The sand was
added to the tubes and weighed to the nearest 0.01 g. The required solutions were then added to
each tube and brought into contact under mechanical agitation in rototubes for 24 hours. Kinetics
experiments performed showed that solid/solution equilibrium was reached within this time. Blank
experiments with no solid did not reveal any adsorption of chemical species and radioactive tracer
on vials. Phase separation was then carried out by temperature-controlled centrifugation at

131
22 000 G for 15 mn. A same known amount of supernatant was then transferred to each tube and
the weight checked for subsequent radiochemical analyses.
In order to obtain the strontium adsorption isotherm, the total concentration of strontium adsorbed
onto the solid and the remaining concentration in solution at equilibrium must be calculated. These
concentrations can be determined through the use of a radioactive tracer. The concentrations were
calculated as follows: the aqueous strontium concentration was defined as the 85Sr activity
remaining in the supernatant divided by the initial activity, then multiplied by the initial total
strontium concentration. It was assumed that the loss in Sr amount was fixed to the solid and this
was used to calculate the adsorbed strontium concentration.
Strontium partitioning between the solid and liquid phase was defined and computed by the
following equation:

[Sr]s =  85
( )
V  A 85 Sr i 
− 1 [Sr ]aq
( )
M  A Sr eq 
(1)

where [Sr]s is the amount of total Sr sorbed by the soil (mol/kg), [Sr]aq is the total strontium
concentration in equilibrium solution (mol/L), A(85Sr)i is the initial volumetric activity concentration in
the solution (Bq/L), A(85Sr)eq is the remaining volumetric activity concentration of the equilibrium
solution (Bq/L), V is the volume of the solution (L) and M is the mass of dry soil in suspension (kg).

3.4. Reactor experiments

Flow-through reactors were used to study mass transfer kinetics at the solid–liquid interface
(van Capellen and Qiu, 1997 a, b). The flow rate can be made to vary to see how solution
residence time in the reactor affects the reaction rate, and determine the characteristic time of
solute sorption and desorption. Comparison of characteristic times is a powerful method for
isolating the predominant physical or chemical processes involved in reactive solute transport
(Sardin et al., 1991). Breakthrough experiments can be also performed in order to measure the
sorption and desorption isotherms of chemical species in the presence of a suspended solid
(Grolimund et al., 1995).
In a perfectly stirred flow-through reactor, the solution composition is homogeneous in the reactor
and equal to that measured in the outlet flow. The theoretical evolution over time of the outlet
concentration Caq (mol/L) of an inert species after a stepwise increase in the input concentration
from 0 to C0 is given by (Villermaux, 1985):
  t 
C aq (t) = C 0 1 − exp −   (2)
  τ 

where τ = Vr/Q (h) is the solution residence time in the reactor, Vr (ml) is the volume of solution
contained in the reactor and Q (ml/h) is the flow rate.
The theoretical evolution over time of the outlet concentration Caq (mol/L) of an inert species after a
stepwise decrease in the input concentration from C0 to 0 is given by (Villermaux, 1985):
 t
C aq (t) = C 0 exp −  (3)
 τ

Equation 2 and equation 3 define the breakthrough curve (BTC) of an inert tracer. For a reactive
species, the BTC deviates from that predicted by equation 2 and equation 3. This method was

132
used to complete the results obtained with the classical batch technique for the measurement of
sorption isotherms.
Figure 2 represents the stirred flow-through reactor experimental setup. The flow-through
reactor had an internal volume (Vr) of 34 ± 0.5 ml determined gravimetrically. A mass of 8 g of sand
was added to the tared reactor and weighed to the nearest 0.01 g. Aqueous solution flowed into
and out of the reactor through 0.45 µm pore size hydrofoil Teflon membranes (HVLP, Millipore).

STIRRED FLOW-
THROUGH REA CTOR

PUMP
pH monitor
conductimeter

C0

STABLE Sr SOLUTION
SPIKED WITH 85Sr FLOW
SCINTILLATION
BALANCE BALANCE WASTE ANALYZER

SYNTHETIC
GROUNDWATER LIQUID SCINTILLA TION
COUNTING COCKTAIL
DATA
ACQUISITION

Figure 2: Stirred flow-through reactor experimental setup.

Tritiated synthetic groundwater was used as an inert tracer. The initial activity of the tritiated
synthetic groundwater was 370 kBq/L. Strontium initial concentrations, [Sr]0 ranged from 4.85 10-5
mol/L to 10-8 mol/L, but initial activity of all the solutions spiked with 85Sr was 370 kBq/L. The
corresponding 85Sr concentration was so low that it was negligible compared with the stable
strontium concentration.

Table 3:
Flow-through reactor experiment conditions and main results. Inflow solutions were stable Sr
85
solutions spiked with Sr. Theoretical water residence time was calculated as the ratio between the
gravimetrically measured internal volume of the reactor and flow rate delivered by the piston pump.

Inflow concentration Flow rate (Q), Water residence time Stage I Stage II Stage III Sr mass
([Sr]0), mol/L ml/h (τ), min balance
V/Vr V/Vr V/Vr

-5
4.85 10 100 20.4 50 17.1 14.6 80 %
-5
1.17 10 100 20.4 50 11.0
-6
1.14 10 100 20.4 50 21.4 43.2 85 %
-7
1.1 10 100 20.4 50 23.6 35.5 100 %
-8
1.1 10 100 20.4 50 24.4 45.3 100 %
-6
1.09 10 200 10.2 50 29.7 67.8 85 %
-6
1.09 10 20 102 50 29.6 54.7 85 %

133
A constant flow rate was supplied by a mechanical piston pump (Pharmacia P-500). The flow rates
were in the range of 20 ml/h to 200 ml/h. The soil suspension in the reactor was continuously
stirred by the reactor rotation, thus avoiding the need for a magnetic bar in the reactor. The outflow
solutions were monitored on-line for pH, conductivity and radionuclide activity.
A beta-gamma flow scintillation analyzer (Packard 500TR Series) was used for on-line
radiometric analysis of outflow solutions. The activity of prepared standards was measured
frequently so that corrections could be made for any instrument drift and radioactive decay. Counts
could be converted to mol/L on the assumption that the activity of the strontium solutions spiked
with 85Sr was proportional to the total strontium concentration in the outflow.
The experiments were carried out at 22 ± 2 °C. Before each experiment, the reactor was
washed with 5% nitric acid solution, then rinsed with distilled, deionized water. Reactor
performance was improved by imposing a step change from synthetic groundwater to tritiated
synthetic groundwater (A(3H)0 = 370 kBq/L). The tritiated water experiments were performed at
100 ml/h with and without sand, and equation 2 was used to describe the normalized BTC (A/A0(t)).
Strontium sorption experiments on Pripyat Zaton eolian sand were performed using
synthetic groundwater solutions in the following sequence. (Stage I) Synthetic groundwater was
pumped through the reactor until soil/Sr-free solution equilibrium was reached. (Stage II) The input
was switched to the solution containing Sr with an otherwise identical composition to that of
groundwater. The solution containing Sr was supplied at a constant flow rate until steady state was
reached. Once steady state is reached, the total dissolved strontium concentration [Sr]aq remains
constant in the outflow. (Stage III) In a number of experiments, strontium desorption was monitored
by switching back to synthetic groundwater. Figure 3 illustrates the expected results of a typical
sorption-desorption experiment. Table 3 provides a summary of the experimental conditions of the
strontium breakthrough experiments performed.

BTC of inert tracer


Amount of solute
desorbed
Amount of solute
Caq/C0

BTC of sorbed
reactive solute

t/τ
Sorption stage Desorption stage

Figure 3: Typical flow-through reactor BTCs of inert and reactive solutes, and expected results.

Blank tests performed with a solution of stable strontium spiked with 85Sr
(C0 = 1.1 10-7 mol/L and A(85Sr)0 = 370 kBq/L) revealed no significant strontium sorption by the
reactor materials or filters.

3.5. Column experiments

All column experiments were conducted at 22 ± 2 °C. The experimental setup is shown in
Figure 4. The solutions were fed to a dual-piston pump (Pharmacia P-500). Flow rate was 10 ml/h,
the corresponding Darcy’s velocity was 5.0 cm/h. The pump was connected to the bottom of the

134
column. A Teflon sample loop (500 µl, Rheodyne) linked to a 2 × 3-way injection valve was coupled
up to allow inert and reactive tracer pulse injection. The column outlet was connected to a pH flow
cell, and the pH electrode was inserted into the flow cell and connected to the pH monitor
(Amersham Pharmacia Biotech). In addition, a beta-gamma flow scintillation analyzer (Packard
500TR Series) was connected to the column outlet to obtain an on-line measurement of the beta or
gamma activity outflow.

pHMONITOR

pH FLOW-TROUGH
ELECTRODE

FLOW
SCINTILLATION
ANALYSER
DATA AQUISITION

COLUMN

WASTE LIQUID SCINTILLATION


COUNTING COCKTAIL

SAMPLE LOOP

PUMP

STABLE SR SOLUTION
SPIKED WITH 85SR
SYNTHETIC
GROUNDWATER
OR STABLE SR SOLUTION

BALANCE

Figure 4: Experimental setup for miscible displacement experiments.

A glass column (Pharmacia LKB C16, diameter 16 mm and approximate length 20 cm) with
polypropylene end pieces was equipped with 0.45 µm pore size hydrofoil Teflon membranes
(HVLP, Millipore). Teflon 1/16’’ capillaries were used to connect the elements. The column was
packed dry. The sand bed length was measured, the amount of sand weighed, and the geometric
porosity calculated, assuming a solid-particle density of 2.65 g/cm3. The geometric characteristics
of the column are listed in Table 4.
To minimize gas entrapments, the column was saturated with N2O gas, then slowly
saturated (at a flow rate of 1 ml/h) from bottom to top with the feed solution (free-strontium
synthetic groundwater or stable strontium solution) with 20 to 140 pore volumes (one pore volume
of the column is the fraction of the total volume of the column occupied by water, calculated by
Vp = θsat S L where θsat is the saturated water content, S is the section of the column and L the
length). The aim of this first stage was to equilibrate the porous medium with the tracer-free
solutions. The pulse of tracer-spiked solution composed of identical major ions composition was
then injected by switching the injection valve. The pulse was then displaced by the tracer-free
solution. The resulting concentration history in the column effluent is referred to as a breakthrough
curve (BTC).

135
Table 4:
Column characteristics and transport model parameters. Advection-dispersion parameters were
determined by matching the convolution product of the analytical solution of the advection-
dispersion equation in response to a Dirac input function and the measured input function on the
tritiated water BTC.
Length Diameter Dry bulk density Geometric Flow rate Darcy‘s velocity Spiked solution volume
3
cm cm (ρd) g/cm porosity (ε) (Q) ml/h (q) cm/h (Vinj) ml

19.7 1.6 1.75 0.34 10.0 4.97 0.5

Water residence time Pore water velocity Saturated water content Pore volume Dispersivity
(τ) h (v) cm/h θsat (Vp) ml (α) cm

1.4 14.03 0.34 13.5 0.04

BTCs were determined for the nonreactive tracer prior to the strontium experiments.
Nonreactive tracer tests had three goals: to determine whether the experimental design met the
theoretical requirements of constant, one-dimensional flux through a homogeneous saturated
porous medium, to assess the homogeneity of the sand bed with respect to physical transport
characteristics, and to obtain the dispersivity value. Tritiated synthetic groundwater was used as an
inert tracer-spiked solution. The initial activity of tritiated synthetic groundwater was 370 kBq/L.
Several inert tracer BTCs were performed during the miscible displacement experiments to ensure
that sand-packed column transport properties did not change over time.
For the reactive tracer experiments, the concentrations of the major cations of the equilibrating and
tracer solutions were identical to those of the synthetic groundwater. Different equilibrating
solutions were prepared by adding stable Sr as chloride salt to the synthetic groundwater. The
concentration of stable strontium in equilibrating solutions was ≤ 10-5 mol/L. 85Sr was added to the
equilibrating solution to prepare the pulse solution, and 85Sr BTCs were monitored at the outlet of
the column. The mass balance of 85Sr was 100%, indicating that losses of solute (due to biological
or chemical transformations or irreversible sorption) were negligible. Table 5 provides a summary
of the experimental conditions and results for the different column tests: composition of feed
solution, tracer-spiked solution, restitution level of strontium radioactive tracer and retardation
factor. The retardation factor is defined as the ratio between the residence times of the active tracer
(85Sr) and inert tracer (3H) used.

Table 5:
Column experiment conditions and main results. Isotopic composition of equilibrating solution and
85
injected solution are compared. Sr mass balance and retardation factor were calculated using the
method of temporal moments (see Jury and Roth, 1990 or Schoen et al., 1999 for detailed
explanation).
[Sr]aq in feed solution Equilibrium stage [Sr]aq in [85Sr]aq in 85
Sr mass Retardation
pulse pulse balance factor
mol/L pore volume number mol/L mol/L R=Ts(85Sr)/Ts(3H)

0 20 0 1,4.10-8 100 % 242


9.5 10-7 140 9.5 10-7 5 10-10 100 % 103
-6 -6 -9
2.48 10 140 2.48 10 1.9 10 100 % 85
8.00 10-6 140 8.00 10-6 1.3 10-9 100 % 33

136
4. DATA ANALYSIS AND MODELING

4.1. The interaction mechanism

Strontium in solution is assumed to be present mainly in the form of an uncomplexed Sr2+


ion. Only in highly alkaline soils could strontianite (SrCO3) control strontium concentration in
solutions. The extent to which strontium partitions from the aqueous phase to the solid phase is
assumed to be controlled primarily by the CEC of the solid phase and ionic strength of the soil
solution (Koss and Kim, 1990; Ohnuki, 1994). It has also been reported that most of the Sr2+ in
solution is reversibly sorbed onto soil (Jackson, 1983). These findings are consistent with the
cation exchange proposed as the mechanism generally controlling strontium adsorption (Keren and
O’Connor, 1983; Lefèvre et al., 1993 a, b). In media where pH is greater than 9 and where
carbonates predominate, coprecipitation with CaCO3 and precipitation as SrCO3 may become an
increasingly significant mechanism in controlling strontium removal from solution (Lefèvre et al.,
1993 a,b). A negative correlation between solution pH and amount of Sr2+ sorbed has been
reported (Prout, 1958; Keren and O’Connor, 1983; Koss and Kim, 1990). This trend is probably due
to protons competing with Sr2+ for exchange sites and the result of pH increasing the CEC. It has
been reported that Ca2+ exerts a specific depressing effect on Sr2+ adsorption. It is true that calcium
is found in groundwater at concentrations typically 2 orders of magnitude greater than stable
strontium and 12 orders of magnitude greater than radioactive strontium. Moreover, the valence
state, the radius of hydrated Ca2+, and the free energy of hydratation of Ca2+ suggest that Ca2+ has
a greater capacity for displacing strontium from an exchange site than other more common
groundwater cations (Kinniburgh et al., 1975). Competition between Sr2+ and Ca2+ for site
accessibility is taken into account in strontium interaction modeling through the selectivity
coefficient KSr/Ca. As calcium and strontium are similar cations, KSr/Ca can be expected to be
approximately one (Bolt et al., 1978).
The main reactions and processes involved in the laboratory experiments were simulated
using the PHREEQC (Version 2) computer program for speciation, batch reaction and one-
dimensional transport. The PHREEQC code has been successfully applied in various geochemical
modeling studies (Appelo et al., 1998; Van Breukelen et al., 1998; Prommer et al., 1999; Hormann
et al., 2002). A full description of its mathematical background can be found in the program manual
(Parkhurst and Appelo, 1999).
PHREEQC solves the set of balance equations for the chemical reactions specified by the
user in an input file. The chemical reactions taken into account for speciation calculations are:
− Precipitation-dissolution of:
SrCO3(s) ↔ Sr2+ + CO32-
SrSO4(s) ↔ Sr2+ + SO42-
SrCl2(s) ↔ Sr2+ + 2Cl-
− Complexation/dissociation of:
SrCl+ ↔ Sr2+ + Cl-
SrCl2 ↔ Sr2+ + 2Cl-
SrOH+ ↔ Sr2+ + OH-
SrCO3 ↔ Sr2+ + CO32-
SrHCO3+ ↔ Sr2+ + HCO3-
SrSO4 ↔ Sr2+ + SO42-

137
Ion exchange equilibria are calculated by PHREEQC using the Gaines and Thomas convention.
For a binary reaction involving two cations, Aa+ and Bb+, competing for a soil exchanger X,

1 a+ 1 1 1
A + B − X b ↔ A − X a + Bb+ (4)
a b a b

the selectivity coefficient KA/B of Aa+ for Bb+ exchange is (according to the Gaines-Thomas
convention):

(A − Xa ) 1a [Bb+ ] b
1

K A/B = (5)
(B − Xb ) 1b [A a+ ] a
1

where square brackets denote thermodynamic activities in solution, and parentheses the
equivalent fraction of exchangeable fraction on the exchanger. It is assumed that the exchange
complex is always fully occupied by cations.
In PHREEQC, all cation exchange reactions are related to Na+, which has been chosen as the
reference cation. For example, the reaction given by equation (4) is split into two half-reactions as:
1 a+ 1
A + Na − X ↔ A − X a + Na + (6)
a a

1 b+ 1
B + Na − X ↔ B − X b + Na + (7)
b b

The selectivity coefficient KA/B is then calculated as :


K A/Na
K A/B = (8)
K B/Na

For most of the chemical processes taken into account in the calculations, the
thermodynamic constants given in the PHREEQC database were used. The selectivity coefficient
with respect to Na+ of the major cations, K+, Mg2+, Ca2+, provided by the PHREEQC database were
derived from the compilation made by Bruggenwert and Kamphorst, 1982. The selectivity
coefficient of Sr2+ with respect to Na+ was determined on the basis of the results of this study.
The experiments in this study were modeled by adding a new species to the PHREEQC database
in order to distinguish 85Sr, the radioactive isotope of strontium. It was assumed that 85Sr had the
same chemical characteristics as stable strontium, meaning that it was involved in the same
chemical reactions defined with the same thermodynamic constants as stable strontium.
Competition between 85Sr2+ and stable Sr2+ was allowed assuming that: K 85 Sr/Sr = 1 .

4.2. Transport model

PHREEQC is capable of modeling a one-dimensional, advection-dispersion transport


process. This process can be combined with equilibrium and kinetic chemical reactions.

138
Conservation of mass for a transported chemical yields the following advection-reaction-dispersion
equation:
∂C aq ∂Caq ∂ 2Caq ∂C s
= −v +D − (9)
∂t ∂z ∂z 2
∂t

where Caq is the concentration of solute in water (mol/L), t is time (s), v is pore water flow velocity
(m/s), z is distance (m), D is the hydrodynamic dispersion coefficient (m²/s, D = αv+De, where De is
the effective diffusion coefficient (m²/s) and α the dispersivity (m)), and Cs is the concentration of
∂C
solute in the solid phase (expressed as mol/L in the pores). The term − v aq represents
∂z
∂ 2C aq ∂C s
advective transport, D represents dispersive transport, and is the change in
∂z 2
∂t
concentration in the solid phase due to reactions (Cs is expressed in the same units as Caq in
PHREEQC).
The usual assumption is that v and D are equal for all solute species, so that Caq can be the
total dissolved concentration for an element.
The transport part of equation (9) is solved by PHREEQC with an explicit finite difference
scheme that is forward in time, central in space for dispersion, and upward for advective transport.
∂C s
The chemical interaction term for each element is calculated separately from the transport
∂t
part of equation (9) for each time step, and is the sum of all equilibrium and non-equilibrium
reaction rates. The numerical approach follows the basic components of the advection-reaction-
dispersion equation in a split-operator scheme (Press et al., 1992). For each time step, advective
transport is calculated first, followed by all equilibrium and kinetically controlled reactions, and then
dispersive transport, which is followed again by the calculation of all equilibrium and kinetically
controlled chemical reactions. Kinetic and equilibrium chemical reactions are calculated both after
the advection step and after the dispersion step in order to reduce numerical dispersion and the
number of iterations between chemistry and transport.
A major advantage of the split-operator scheme is that numerical accuracy and stability can
be obtained by adjusting time step to grid size for the individual parts of the equation. Numerical
dispersion is minimized by always having the following relationship between time and distance
discretization:
∆z
∆t A = (10)
v

where ∆tA is the time step for advective transport and ∆z is the cell length defined in the input file.
PHREEQC automatically calculates the dispersive time step in accordance with the Von Neumann
criterion to avoid numerical instability.
Input to PHREEQC calls for the definition of a time step equal to the advection time step
∆tA. Furthermore, the number of advection steps to be calculated, called shifts, must be defined.

The boundary conditions appropriate for laboratory column and reactor experiments are flux
conditions defined as:
∂Caq (z end , t )
C aq (z end , t ) = C0 + α (11)
∂z

139
The initial conditions depend on the experimental methodology. The initial distribution of
stable strontium sorbed onto the sand was particularly important and the “history” of the sand bed
prior to the tracer injection had to be simulated accurately.
Breakthrough curves of the conservative tracer (tritiated water) were analyzed for the
column experiments using the TableCurve2D 4.0 (User’s manual, SPSS Inc.) computer code that
uses the analytical solution of the advection-dispersion equation (with no reaction term) for a Dirac
input function (Wen and Fan, 1975). This made it possible to estimate parameter values of the
hydrodynamic dispersion coefficient D (or dispersivity) and water residence time τ in the system.
TableCurve uses the Levenburg-Marquardt algorithm for fitting its non-linear equations and user-
defined functions.
The transport parameters fitted to the BTC of the conservative tracer were used in the
PHREEQC input file to simulate the transport of reactive solutes. At this stage, the only parameters
fitted were the exchanger capacity (in mol/L) and the selectivity coefficient of strontium with respect
to Na+. These two parameters were determined on the basis of the stirred flow-through reactor
study, and the validity of the model was then tested in batchs under static conditions and in a
structured sand column under dynamic conditions.

5. RESULTS AND DISCUSSION

5.1. Batch studies

A first type of experiment has been conducted to determine the strontium sorption isotherm
for the sand/synthetic water system. "Direct" batch experiments were performed for this system
and the resulting isotherms are shown in Figure 5. For low stable strontium concentrations at
equilibrium ([Sr2+]eq < 10-6 mol/L), the isotherm is linear and the corresponding distribution
coefficient (Kd) value obtained is 13.5 ml/g. For higher strontium concentrations, strong non-linear
behavior is observed, and the sorption coefficient decreases as the strontium concentration
increases. This effect is probably due to the well-known competition effect (Hilton et al., 1997)
between Sr2+ and major dissolved cations (Ca2+, Mg2+). A Langmuir model described the previous
isotherms quite well; it is defined by the following equation:
KSmax
Cs = Caq (12)
1 + KCaq

where Cs is the concentration of solute sorbed onto the soil (mol/kg), Caq is the solute aqueous
concentration in equilibrium with Cs (mol/L), Smax is the sorption capacity of the soil (mol/kg), and K
(L/mol) is the Langmuir constant. The parameter values fitted to the “direct” batch experiment
isotherm are 9.2 10-4 mol/kg for Smax and 1.45 104 L/mol for K.

140
100

10

0
1e-13 1e-11 1e-9 1e-7 1e-5 1e-3
Sr concentration in equilibrium (mol/L)

Figure 5: Strontium sorption isotherms on the eolian sand and related fitted curves using the
Langmuir model. ( Ο Direct batch experiments; Batch experiments after 5 washing steps with
synthetic water; S Stirred flow-through reactor experiments).

As the stable Sr2+ concentration is one of the main factors controlling sorption of the radioactive
strontium tracer, and non-linear behavior begins at quite low Sr2+ concentrations, the initial
presence of strontium in the studied sand was checked by bringing the sand into contact with
deionized water and synthetic water for 3 days. The composition of water at equilibrium was then
measured (Table 6).

Table 6:
Major cations concentrations in solution after 3 days for synthetic water/sand and deionized
water/sand systems in batch reactors.
+
Concentrations (mol/L) K Na+ Ca2+ Mg2+ Sr2+
Synthetic water in contact with sand 1.05 10-4 6.5 10-5 1.35 10-4 1.9 10-5 3 10-7
-5 -5 -5 -6 -6
Deionized water in contact with sand 7.9 10 2.2 10 6.2 10 8 10 1 10

For the deionized water/sand system, a slight dissolution of the matrix was observed,
together with a final stable strontium concentration of 10-6 mol/L. For the synthetic water/sand
system, a lower slightly stable strontium concentration of 3 10-7 mol/L was reached. Such
concentrations are not far from the critical concentration above which non-linear behavior is
observed. They should therefore be taken into account to calculate the real strontium concentration
initially present. Changes in the chemical composition of both solutions were also checked. Using
the fresh synthetic water as a reference, an increase of K+ and Ca2+ concentrations was observed
in the synthetic water/sand system, whereas Na+ and Mg2+ concentrations were close to those
observed in the fresh synthetic water. For the deionized water/sand system, a higher K+
concentration and a lower Na+ concentration were observed, while the two remaining cations were
at the same level as in the fresh synthetic water. These measurements indicate that synthetic water

141
is not in equilibrium with sand, and that the initial chemical composition of water may influence the
dissolution and equilibrium of the sand/solution system.
A second type of batch experiments was performed to study the impact of the initial
equilibrium state of the solution/sand system on the actual sorption isotherm of strontium. Sand
was first brought into contact for 24 hours with synthetic water without stable strontium and
radioactive tracer. After phase separation by centrifugation, supernatant was carefully removed and
replaced by fresh synthetic water. This washing step was repeated 4 times to equilibrate the
solid/solution system. The strontium sorption isotherm was then determined according to the
procedure used for "direct" batch experiments. The resulting isotherm shows the same general
behavior, although for the linear part of the isotherm, a higher Kd of 20 ml/g was calculated. The
non-linear part of the isotherm seems to begin at the same level of aqueous strontium
concentration (~10-6 mol/L) and the saturation level seems somewhat lower than the previous value
obtained with "direct" batch experiments. A Langmuir model described the previous isotherm quite
well with associated parameter values of 4.3 10-4 mol/kg for Smax and 4.73 104 L/mol for K.
Chemical analyses show clearly that synthetic water is not in equilibrium with sand during
initial contact. However, Na+ and Mg2+ concentrations seem to reach steady state after the five
conditioning steps. A slight increase in K+ concentrations with conditioning seems to occur. The
same is true for Ca2+ after a slight decrease observed during the first three washing steps. Global
concentrations of competing cations (Ca2+, Mg2+) are lower than those measured in "direct" batch
experiments, thus leading to an increasing Kd in the linear part of the isotherm in accordance with
the cation exchange process. For the non-linear part of the isotherm, an increase in concentration
of the two main competing cations (Ca2+, Mg2+) are observed, this release being due to a
competition effect caused by high stable strontium concentration. This general behavior is in good
agreement with the theory of ion exchange process assumed to control strontium sorption onto the
studied sand.
These batch experiments indicated that Kd determination might be affected in the event of
solid/solution disequilibria and the presence of significant amounts of stable strontium.

5.2. Stirred flow-through reactor studies

5.2.1. BTCs of conservative tracer

Two experimental inert tracer BTCs are compared to the theoretical BTC (equation (2) for
stage II and equation (3) for stage III) in Figure 5. Note that in the figure, the x-axis represents the
number of reactor volumes (Vr) that have passed through the reactor, and the y-axis represents the
concentration, Caq (or volumetric activity), measured in the outflow normalized by the input
concentration C0. In this non-dimensional representation, the BTC of an inert tracer is independent
of the flow rate and input concentration if the reactor is perfectly stirred.
Equation (2) and equation (3) provided an excellent fit to measured BTCs of tritiated water
over the entire range of flow rates tested. The presence of 8 g of sand in the reactor did not affect
the tritiated water BTCs. Table 7 gives the fitted residence time (τ) of water in the reactor under
different experimental conditions and shows the correlation factor used as a criterion for estimating
the quality of the fit.
It could be assumed that aqueous concentrations were homogeneous within the reactor and
equal to that measured in the outflow.

142
1.2

input function
1
without sand

0.8
with sand
C/C0

0.6 theoretical BTC

0.4

0.2 STAGE II STAGE III

0
0 2 4 6 t/τ 8 10 12

Figure 6: Evolution of the normalized inert tracer concentration in the reactor outflow as a function of
the normalized time t/τ, with and without 8 g of sand in the reactor. The inert tracer BTCs are
compared to the theoretical evolution of the outflow composition predicted by the perfectly stirred
reactor model. The values of parameter τ (residence time) fitted to the BTCs are given in Table 6.

Table 7:
Comparison of water residence times (τ) in the stirred flow-through reactor determined by volumetric
measurements of internal volume of the reactor and flow rate, and by fitting the parameter of the
perfectly stirred reactor model on tritiated water BTCs.
Flow rate Sand Stage II Stage III volumetric measurements

Q ml/h Mg τ min r² τ min r² τ = Vr/Q min


100 0 20.5 0.99 20.1 0.99 20.4 ± 0.4
100 8 20.6 0.98 19.9 0.99 20.4 ± 0.4
20 8 102.8 0.98 101.1 0.98 102 ± 1.5

5.2.2. Sorption and transport of strontium

5.2.2.1.Kinetics and reversibility

Strontium BTCs for [Sr]0 = 1.1 10-6 ± 0.05 mol/L in synthetic groundwater at flow rates of 20
ml/h, 100 ml/h and 200 ml/h are shown in Figure 7. The BTCs are compared to the BTC of the inert
tracer indicating retention of strontium on the sand. In the range of water residence times tested
(between 10.3 min and 103 min), the normalized total strontium BTCs were superimposed. In the
experimental conditions of interest here, flow rate had no effect on the total strontium BTC. In other
words, the characteristic time of the sorption mechanism observed under these experimental
conditions is at least one order of magnitude less than 10.3 min, the shortest residence time tested
for water in the reactor.

143
1

0.8

0.6

0.4 BTC of inert tracer


20 ml/h
100 ml/h
0.2
200 ml/h

0
0 5 10 15 t/τ 20 25 30

(a)

1
BTC of inert tracer
0.8 20 ml/h
100 ml/h
0.6 200 ml/h

0.4

0.2

0
0 10 20 30 t/τ 40 50 60 70

(b)
Figure 7: Flow-through reactor BTCs of Sr for different flow rates (20, 100, 200 ml/h) compared to the
BTC of the inert tracer. In this non-dimensional representation (normalized strontium concentration
as a function of normalized time) the BTCs of a nonreactive tracer are superimposed whatever the
-6
flow rate. [Sr]0 was 1.1 10 mol/L for all three experiments. (a) Stage II. (b) Stage III.

This upper value for characteristic fast sorption time must be borne in mind to determine the
conditions under which kinetic treatment of sorption reaction is required to describe our column
experiments. The Damkhöler number Dk (Saiers and Hornberger, 1996) can be calculated to check
whether kinetics during the column experiment or natural groundwater flow rates are important.
This dimensionless number relates the advection time scale to the kinetic adsorption time scale:
L
Dk = (13)
vTas

where L is some characteristic length, usually taken as the distance of solute transport (for
example column length), v is the pore-water velocity and Tas is the characteristic kinetic adsorption
time. Jennings and Kirchner, 1984 reported that adsorption equilibrium could be assumed if
Dk > 100. As the order of magnitude of Tas is one minute, the characteristic advection time (L/v) for

144
the displacement experiments must be approximately 100 mn for local equilibrium to be assumed.
This analysis also indicates that the equilibrium approach may suffice on the field scale.
Another important result is that the strontium concentration in the outflow came within a few
percent of the input concentration during stage II, even for the lowest flow rate. This means that the
composition of the steady-state solution was the same as that of the input solution, even when the
solution remained in contact with the sand for a long period (103 mn). Under these experimental
conditions, there was no evidence of a “slow” sorption mechanism implying a continuous removal
of dissolved strontium in the reactor.
The BTCs of strontium relating to the decreasing step were also superimposed whatever
the flow rate between 20 ml/h and 200 ml/h. The quantity of sorbed strontium released during stage
III was estimated and compared to the quantity sorbed during stage II. The amount of strontium
adsorbed onto the surface of sand particles during stage II was determined by calculating the
difference in surface area between the inert tracer BTC and the strontium BTC. The amount of
strontium leached by synthetic groundwater during stage III was determined by calculating the
difference in surface area between the inert tracer BTC and the strontium BTC and was compared
to the amount of sorbed strontium to calculate the mass balance (Table 3). Results of desorption
experiments showed that strontium removed from the solution by sorption was mostly reversibly
bound to sand particles, with 80 to 100% of sorbed strontium recovered at the end of stage III
depending on the length of the desorption stage.

3e-8

20 ml/h
2e-8 Stage III
100 ml/h

1e-8 200 ml/h

0e+0
0 10 20 30 t/τ 40 50

-1e-8
Stage II

-2e-8

-3e-8

Figure 8: Instantaneous Sr sorption rate (negative values) and desorption rate (positive values)
calculated from the results of the stirred flow-through experiments at different flow rates (20 ml/h,
-6
100 ml/h, 200 ml/h) and [Sr]0 = 1.1 10 mol/L (see Figure 7). Rates are expressed as the amount of
aqueous strontium removed from (sorption stage) or added to (desorption stage) the solution for a
given number of reactor volumes passing through the reactor.

The amount of strontium released per reactor volume of synthetic water during stage III was
also independent of the flow rate under the experimental conditions of this study. In the range of
water residence times tested (10.3 mn to 103 mn), the desorption rate was slightly lower than the
sorption rate (the maximum desorption rate was 75 ± 5% of the maximum sorption rate). Figure 8
shows the evolution of sorption and desorption rates expressed as the amount in mol of strontium
instantaneously removed from (stage II) or added to (stage III) the aqueous solution. However, this
observation is consistent with the reversible and instantaneous cation exchange mechanism if the

145
affinity of soil for Sr2+ is greater than for other major cations in solution. Further modeling (see
section 4.2.3.) will confirm this assumption.

5.2.2.2.Non linearity of sorption isotherm

Figure 9 represents the evolution of the normalized, total aqueous strontium concentration
in the outflow as a function of the normalized time t/τ. BTCs were plotted at the same flow rate (100
ml/h), but with the input total aqueous concentration [Sr]0 ranging from 4.85 10-5 mol/L to
1.1 10-8 mol/L. As soon as the outflow concentration was constant, the sand sample was assumed
to be in equilibrium with the steady outlet solution and stage II was stopped. In the range of [Sr]0
tested, steady-state dissolved strontium concentration always reached the same value as the input
concentration.
The BTCs were compared to the BTC of the inert tracer indicating retention of strontium on
the sand. The amount of strontium sorbed per unit mass of sand sample was in equilibrium with the
total aqueous concentration of strontium reached at the end of stage II (the input concentration
under these experimental conditions). The sorption isotherm of strontium on the eolian sand could
then be plotted. Figure 5 shows the sorption isotherms of strontium in a more familiar
representation, obtained by batch and reactor techniques. The resulting adsorption isotherm data
also fitted the Langmuir equation best, with the following values 5 10-5 mol/kg for Smax and
1.45 106 L/mol for K. The linear part of the isotherm finished at the same level as for batch
experiments, but a higher Kd of 25 L/kg was obtained. Moreover, Figure 5 shows that in batch
experiments, the sorption capacity Smax of the sand for strontium was one order of magnitude
higher than in reactor experiments. Although similar results were obtained by Fesch et al., 1998, no
clear reasons can be given yet to explain these discrepancies between batch and flow
experiments.
The non linearity of sorption isotherms can be seen clearly in Figure 9. All the BTCs with
input concentration [Sr]0 ≤ 10-6 mol/L were superimposed in the non-dimensional representation. In
others words, in this range of total strontium aqueous concentration, the amount of sorbed
strontium was independent of the steady (or equilibrium) strontium concentration in the liquid
phase. The sorption isotherm was linear when the aqueous strontium concentration was less than
10-6 mol/L. When the input strontium concentration exceeded 10-6 mol/L, the difference in surface
area between the nonreactive tracer BTC and the strontium BTC decreased. This means that the
amount of sorbed strontium decreased, as did the slope of the sorption isotherm.

1.0

0.8

BTC of inert tracer


0.6
1.1 10-8 mol/L

0.4 1.1 10-7 mol/L


1.14 10-6 mol/L
0.2 1.17 10-5 mol/L
4.85 10-5 mol/L
0.0
0 5 10 15 20
t/τ

(a)

146
1
BTC of inert tracer
0.8 1.14 10-6 mol/L

1.1 10-7 mol/L


0.6
1.1 10-8 mol/L

0.4 4.85 10-5 mol/L

0.2

0
0 5 10 15 20 25 30 35
t/τ

(b)
Figure 9: Flow-through reactor BTCs of Sr for inflow concentrations compared to the BTC of the inert
tracer. In this non-dimensional representation, the BTCs of a nonreactive tracer are superimposed
whatever the inflow concentration, C0. Q was 100 ml/h for the five experiments. (a) Stage II. (b)
Stage III.

The same effect can be observed on the BTCs of strontium in response to the step
decrease. Results of desorption experiments (Table 3) show that strontium removed from the
solution by sorption was mostly reversibly bound to sand particles, and 80 to 100% of sorbed
strontium was recovered at the end of stage III depending on the length of the desorption stage.

5.2.3. Modeling the non linear and reversible sorption process by cationic
exchange

PHREEQC and the interaction model detailed in section 3.1. were used to describe the
BTCs of strontium resulting from the stirred flow-through reactor study. The two parameters of the
model to be determined were the sorption capacity of the sand, X- (mol/kg) and the selectivity
coefficient of Sr2+ with respect to Na+. The value of the sorption capacity of the sand was already
determined by using TableCurve to fit the Langmuir equation to the sorption isotherm resulting from
the flow-through reactor study (Figure 5).
The fitted parameter Smax in the Langmuir model is the sorption capacity of the sand for strontium,
assuming that the stoechiometry of the sorption reaction: Sraq + X = Sr-X is 1:1. One atom of the
reactive element occupies one free sorption site X. The cation exchange reaction with the
PHREEQC convention is written in the input file as: Sr2+ + 2X- = SrX2. One free cation Sr2+
occupies two sites X- to ensure the balance of charges. The exchanger capacity X- defined in the
PHREEQC input file must be the Smax parameter of the Langmuir equation multiplied by 2 (the
valence of the exchangeable cation) and converted to mol/L. As the mass of the sand sample (M)
was 8 g and the volume of the solution (Vr) was 34 ml, this leads to the value:
M
X− = 2 5 10 −5 = 2.35 10 −5 mol/L. Figure 10 shows the results of manually fitting the selectivity
Vr
coefficient of Sr2+ with respect to Na+ to the Stage II results with PHREEQC. The value of the fitted
parameter was: log KSr/Na = 2.6.

147
1

0.8

0.6

1.14 10-6 mol/L


0.4
1.17 10-5 mol/L
0.2
4.85 10-5 mol/L

0
0 5 10 15 20
t/τ

(a)

1.14 10-6 mol/L


0.8
4.85 10-5 mol/L
0.6

0.4

0.2

0
0 10 20 30 40
t/τ

(b)
Figure 10: Comparison of flow-through reactor BTCs of Sr measured and predicted by the cation
exchange model. Markers represent measured data, lines show fits obtained with PHREEQC (section
-6
4.2.3. for parameter values). All the results obtained for [Sr]0 < 1.1 10 mol/L are superimposed with
the BTC represented by the “×” symbol whatever the flow rate, and are not plotted in this figure. (a)
Stage II. (b) Stage III.

The same model is used to describe the results obtained during stage III (Figure 10). The
partial irreversibility observed depends on the relative affinity of the soil surface for the cation in the
inflow solution.
The interaction model built on the basis of the flow-through reactor study can be used to
validate the assumption that the initial state of the sand sample was in equilibrium with the Sr-free
synthetic water. Assuming that the sand without conditioning was in equilibrium with a solution
containing 10-6 mol/L of strontium, as measured in the batch experiments, the model can estimate
the minimum number of reactor volumes needed to reach equilibrium with the Sr-free synthetic
water during Stage I. Figure 11 gives simulation results. A steady state in the outflow is reached
after 50 reactor volumes have passed through. We are sure that under the flow-through reactor
experimental conditions, the initial state of the sand was in equilibrium with the Sr free synthetic
water. In this case, the radioactive isotope of strontium was a tracer of the stable strontium. The
sorption isotherm resulting from the measurement of the 85Sr removal from the solution is
representative of the total (stable and radioactive) strontium sorption isotherm. When the initial
state of the sand sample is unknown, a couple of coordinates ([Sr]aq; [Sr]s)eq cannot be plotted on

148
the sorption isotherm from radioactive tracer removal from solution, especially if the isotherm is
nonlinear. This is because the amount of tracer sorbed onto the solid matrix depends on the initial
and unknown amount of stable element sorbed onto the sand and released in the solution. As the
stable element concentrations are several orders of magnitude higher than the radioactive tracer
concentration, the slope of the isotherm determined by the decrease in the volumetric activity of the
solution between the initial state and equilibrium state can be underestimated if the isotherm is
nonlinear. This phenomenon could explain the discrepancies observed between the Sr sorption
isotherms obtained using the batch technique and the flow-through reactor technique, in particular
why the slope of the batch isotherm is smaller than that of the reactor isotherm for trace
concentrations of total Sr.
This is the typical case on the Pilot Site. Analysis of the natural groundwater composition
(Table 2) revealed that the average stable strontium concentration is 8.43 10-6 mol/L. This value is
above the linearity limit of the real sorption isotherm of strontium (10-6 mol/L).

1e-6 4e-5
[Sr]aq [Sr]s [Ca]s
[Mg]s [Na]s [K]s
8e-7
3e-5

6e-7
2e-5
4e-7

1e-5
2e-7

0e+0 0e+0
0 20 40 t/τ 60 80 100

Figure 11: Simulations with the cation exchange model of the evolution of [Sr]aq, [Sr]s, [Ca]s, [Mg]s,
[Na]s, and [K]s concentrations during Stage I. Note the different scales and units for the aqueous and
sorbed concentration. Initial state was: sand in equilibrium with the synthetic water containing
-6
10 mol/L of aqueous strontium.

According to the results of this study, the distance covered by the 90Sr released from the trench
since 1986 (10 m) can be explained by the non linearity of the Sr sorption isotherm. Indeed, the
pore velocity in the eolian sand aquifer at Pilot Site is about 3 cm/day. That means that the mean
distance covered by a conservative tracer since 1986 is about 175 m. The observed retardation
factor, R, of 90Sr at Pilot Site is about 17.5 (175/10). According to the classical relation used to
calculate the retardation factor :
ρdKd
R = 1+ (14)
ε

where Kd (L/kg) is the distribution coefficient of Sr, a retardation factor of 17.5 (with ρd = 1.8 kg/l
and ε = 0,32) leads to a distribution coefficient of about 3 l/kg. this is the value measured with the
stirred flow through reactor for [Sr]aq = 10-5 mol/l (see Figure 5), the average stable strontium
concentration measured at Pilot Site.

149
5.3. Column studies

5.3.1. BTCs of inert tracer and hydrodynamic properties of the column

The hydrodynamic properties of the column packed with Pripyat eolian sand were inferred
from the BTC of the nonreactive tracer: tritiated water. Typical normalized BTCs of tritium are
included in Figure 12. The BTCs measured at the beginning and at the end of the series of miscible
displacement experiments were equal. After more than 5 months of operation and more than 1000
pore volumes of leaching, no change was observed in the hydrodynamic characteristics of the sand
packed column.
The BTCs were highly symmetric in shape. The data is well described by the one-
dimensional advection-dispersion equation (AD model):
∂C aq ∂Caq ∂ 2Caq
= −v +D (13)
∂t ∂z ∂z 2

The AD model parameters v and D fitted to the nonreactive tracer BTC are given in Table 4. The
hydraulic dispersivity of the sand-packed column (α = D/v = 400 µm) is comparable to the grain
size of the column matrix (d50 = 225 µm). The water residence time in the column, Ts, is calculated
as the ratio between the length of the column and the pore water flow velocity (Ts = L/v). The pore
volume, Vp is the total volume of void space accessible to the tracer in the column. Vp is calculated
as the water residence time multiplied by the flow rate. The pore volume value is required to
determine the saturated water content θsat = Vp/Vtot, where Vtot is the total volume of the sand-
packed column.

0.4 0.08
input function

0.3 inert tracer BTC 0.06


26/07/2002

inert tracer BTC


0.2 27/11/2002 0.04

analytical
solution of AD
0.1 model 0.02

0.0 0
0 40 80 120 160
min

Figure 12: Column BTCs of the inert tracer (tritiated water) at the start (07/2002) and end of the
miscible displacement experiments (11/2002). Markers represent measured data, continuous lines
show the convolution product of the analytical solution of the advection-dispersion equation in
response to a Dirac input function with the measured input function (dotted line). The fitted
parameters of the transfer function are given in Table 4.

The value of the saturated water content is equal to the geometric porosity determined
gravimetrically. There were no air entrapments in the column. The corresponding value of the

150
vL
Peclet number, Pe = was 493. The results show that the flow regime within the column was
D
dominated by advection.
From these observations, and the good agreement between the measured and predicted
BTCs, it was concluded that the physical transport properties of the experimental system
adequately met the requirements of the AD model, and that uncertainty in physical transport
parameters would not seriously complicate interpretations of reactive solute transport data.

5.3.2. Sorption and transport of reactive tracer

Table 5 gives the characteristics of the 85Sr miscible displacement experiments performed
in the sand packed column. Figure 13 shows the 85Sr breakthrough curves measured at 4 different
stable strontium concentrations in the equilibrating solutions: Sr-free synthetic groundwater,
synthetic groundwater with 9.5 10-7, 2.5 10-6 and 8 10-6 mol/L. The curves are plotted as 85Sr
aqueous concentration versus dimensionless time, represented as the number of pore volumes
that has passed through the column. The difference in surface area under the curves is due to the
difference in initial 85Sr volumetric activity in the injected pulse. The surface area under the BTC (or
zero order moment) is related to the amount of 85Sr released from the column. For all experiments,
the restitution level of 85Sr reached 100%.

0 mol/L PHREEQC calculation


2.5 10-6 mol/L 0.95 10-6 mol/L
8 10-6 mol/L

9e-12 4.5e-12

6e-12 3.0e-12

3e-12 1.5e-12

0e+0 0.0e+0
0 60 120 180 240 300 360
V/Vp

Figure 13: Column BTCs of 85Sr at different equilibrating stable Sr concentrations (see Table 5 for the
isotopic ratio of the different solutions). Markers represent measured data, lines show PHREEQC
simulations. Cation exchange model parameters were previously determined in independent flow-
through reactor experiments and corrected only by the solid/liquid ratio, transport model parameters
were fitted to the inert tracer BTC.

It is apparent that 85Sr migration was highly retarded compared with the nonreactive solute
(BTC of nonreactive solute is close to one pore volume). The retardation factor R, was calculated
as the ratio between the first-order moment of the 85Sr BTC, or mean residence time of reactive
solute, and the water residence time Ts. The 85Sr retardation factor (Table 5) decreases as the

151
stable strontium concentration in the equilibrating solution increases. This is clearly an effect of the
non linearity of Sr sorption isotherm. The 85Sr BTCs were symmetrical in spite of the non linearity of
the total Sr sorption isotherm, because the 85Sr aqueous concentration was several orders of
magnitude lower than the stable Sr concentration, and induced only negligible variations in total Sr
concentration. Therefore the portion of total strontium sorption isotherm described is very small,
and the slope does not change during the experiments.
From these observations, it was assumed that the 85Sr sorption mechanism was fully
reversible under these experimental conditions and the total Sr sorption isotherm was not linear. As
the water residence time in the column, Ts was higher than the characteristic time of sorption
resulting from flow-through reactor study (the Damkhöler number Dk reached 84), we assumed that
there was no sorption or desorption kinetic effects. The symmetry of the 85Sr BTCs is also a sign
confirming the chemical equilibrium assumption (Schweich et al., 1981).
As the results obtained in column experiments were consistent with the flow-through reactor
study, it was decided to test the cation exchange model and use it to explain 85Sr retardation factor
variations as a function of stable strontium concentration. It was then necessary to add the new
85
Sr species to the PHREEQC database. No parameter fitting was performed at this step.
Transport parameters were already determined with the nonreactive tracer BTC analysis, and were
directly imported into the PHREEQC input file. All the selectivity constants of major cations with
respect to Na+ were conserved. The selectivity constant of the new species 85Sr2+ with respect to
Na+ was equal to that of stable Sr2+ with respect to Na+ (log KSr/Na = 2.6). The exchanger capacity
resulting from the flow-through reactor study was used: X- = 10-4 mol/kg. In order to allow for the
increase in solid/liquid ratio between the flow-through reactor and column, the exchanger capacity
was calculated as:
1 10-4 m/V, where m is the solid mass per unit of porous medium volume, and V is the water
volume per unit of porous medium volume. The resulting exchanger capacity in mol of exchange
sites, X- per unit volume of water in the porous media was 10-4ρd/θsat = 5 10-4 mol/L.
Stirred flow-through reactor and batch studies have shown that the control of the initial soil-solution
chemistry was crucial for understanding radioactive isotope behavior in the system. Many factors
should be taken into account, such as the non linearity of the sorption isotherm, the concentration
of stable strontium in natural groundwater in equilibrium with the sand, and the initial synthetic
water/solid chemical disequilibria. It is therefore, obvious that 85Sr migration in the sand-packed
column was dependent on the initial concentration of stable Sr sorbed onto the sand particles. It
was necessary to determine whether the conditioning stage of the column was long enough to
ensure equilibrium of the sand bed with the feed solution. Considering that the sand without
conditioning was in equilibrium with a solution containing 10-6 mol/L of strontium, as measured in
batch experiments, the model can estimate the minimum number of pore volumes needed to reach
equilibrium with the Sr-free synthetic water and the stable Sr equilibrating solution, and compare it
with the real number of pore volumes that have passed through the column before the pulse
injection (Table 5). For the three stable Sr equilibrating solutions, chemical equilibrium was
established in the soil-solution system before the 85Sr injection. The length of the conditioning stage
(140 Vp) was sufficient. This was not the case for the Sr-free synthetic groundwater experiment.
Figure 14 shows the evolution of Sr concentration profiles in the column after 20 pore volumes of
synthetic ground water had passed through the column. Both sorbed Sr and aqueous Sr
concentration profiles are plotted. It is clear that chemical equilibrium was not reached when the
pulse injection of 85Sr was performed.
Taking into account the conditioning stage length in the PHREEQC simulations, it was then
possible to describe the 85Sr experimental BTCs. The theoretical BTCs obtained from PHREEQC
calculations for the different 85Sr miscible displacement experiments were compared with the
experimental BTCs on Figure 13. There was good agreement between the measured and
predicted 85Sr BTCs when the length of the equilibrating stage was included in the transport
calculations. The retardation factor and maximum aqueous concentration were well estimated.

152
For the different simulations, it was assumed that major cation concentrations in the
different feed solutions were equal to the synthetic groundwater concentrations used for the reactor
study. In fact, there was little variation in synthetic groundwater composition from one experiment
to an other. This might explain the few discrepancies observed between predicted and measured
85
Sr BTCs.
A sensitivity analysis of the model revealed that the predominant variable for predicting 85Sr
migration under these experimental conditions was the stable Sr aqueous concentration in the
groundwater. The second important variable was Ca2+ concentration. The spatial variability in
calcium and stable strontium concentrations on the unsaturated zone of the Pilot Site can lead to
large spatial differences in surface-to-groundwater contaminant transport rates.

2e-6 3.0e-5

2e-6 2.4e-5

1e-6 1.8e-5

8e-7 1.2e-5
[Sr]aq initial state
[Sr]aq after 20 Vp
4e-7 6.0e-6
[Sr]s initial state
[Sr]s after 20 Vp
0e+0 0.0e+0
0 40 80 120 160 200
mm

Figure 14: Simulated profiles of aqueous and sorbed stable Sr concentrations in the column at the
end of the preconditioning stage for miscible displacement experiment with Sr-free feed solution. It
was assumed that the initial state of the system was: sand in equilibrium with the synthetic water
-6
containing 10 mol/L of aqueous strontium.

6. DISCUSSION AND CONCLUSIONS

In this work, we have examined the effects of nonlinear sorption and competition with stable
strontium on radioactive 85Sr transport in a natural sand. Using a multiple tracer approach, different
physical and chemical processes (including hydrodynamic transport, nonlinear sorption,
competition with major cations) were identified and quantified. Various sets of batch, reactor and
miscible displacement experiments were performed covering a wide range of experimental
conditions.
Experiments under dynamic conditions, namely flow-through reactor and column
experiments, were in very good agreement. However, the solid/liquid ratio was very different (0.24
g/ml for the reactor and 5.0 g/ml for the sand-packed column), sand particles in the reactor were
dispersed and shaken, whereas the sand sample was structured in the column. The experimental
data resulting from flow-through reactor study gave evidence of a nonlinear sorption process. The
results were modeled with the PHREEQC computer code (Version 2). A cation exchange model
proved suitable for describing the solute/soil reaction. Two parameters were fitted: the number of
exchange sites accessible for 85Sr2+ and the selectivity constant of Sr2+ with respect to Na+. This

153
model successfully described the results of the entire set of miscible displacement experiments
using the same set of parameter values for reaction calculations. Miscible displacement
experiments were conducted to demonstrate competition between stable and radioactive strontium
and its effect on the 85Sr retardation factor. This study was performed for two reasons: the non
linearity of the Sr sorption isotherm on the eolian sand, and the high stable strontium aqueous
concentration levels observed in the field. The column study revealed that the stable Sr aqueous
concentration was the most sensitive variable of the model, and that it was essential to control the
initial state of the sand/solution system to explain and describe the measured retardation factor of
radioactive strontium.
On the basis of these observations, explanations can be proposed for the discrepancies
observed between data obtained from static (batches) and dynamic (reactor and column)
experiments. The adsorption isotherm data obtained from the batch study also fitted the Langmuir
isotherm best. In batch experiments, however, the sorption capacity of the sand for radioactive
strontium was one order of magnitude higher than in dynamic experiments and the slope of the
isotherm was lower. Neither the “solid/solution ratio effect”, nor the increase in accessible reactive
surface area resulting from the disaggregation of clay clusters during shaking and/or from abrasion
processes can be put forward, for if such effects had existed, they would have led to discrepancies
between flow-through reactor and column results. Classical alternative explanations include a loss
of fine particles (with higher reactivity) during the initial conditioning of the sand sample in the
reactor (that hardly occurs in the column), or inadequate control of solution and exchanger
composition during the equilibrium period in the batch system (Porro et al., 2000). Desorbed
antecedent species (stable Sr for example) are removed from the column or reactor in the flow
system but remain to compete for sorption sites in the batch system. This will affect exchange
equilibria in batch systems, but not in flow systems, because the exchanger is in equilibrium with
the feed solution thanks to the conditioning stage and the solution phase composition is relatively
constant.
Static and dynamic experiments provide two different sets of parameters for the cation
exchange model. We have shown the influence of the conditioning of the soil on the values of the
fitted parameters, especially the number of exchange sites accessible for 85Sr2+. The geochemistry
of the soil/solution system has to be controlled accurately during experiments, because small
variations of the concentration and nature of competitive cations in solution has a big influence on
the fitted number of exchange sites accessible for 85Sr2+ due to the nature of the sand. Static and
dynamic experiments provide a range of values for the parameters of the cation exchange model.
But we can say that in flow systems, the number of unknown variables decreases and the fitting of
the model parameters is facilitated.
On the field scale, 90Sr migration through the unsaturated zone and in the aquifer could be
predicted using a simplified model, assuming that the advective-dispersive transport equation, in
which chemical interactions are represented by a single retardation factor identified by in-situ
measurements, and on condition that the hydrogeochemical system is stable. Maturation of the
organic matter content of the trench could lead to future perturbations of the geochemistry of the
system, especially Ca2+ concentration. In this case, the cation exchange model could provide an
estimation of a range of retardation factors. Additional studies are planned to quantify possible
changes in physical-chemical conditions (pH, [Ca2+]) induced by waste maturation in the trench.

Acknowledgements

We gratefully acknowledge the assistance of the Tracers Applications Laboratory of the


French Atomic Agency (CEA-SAT, Grenoble) who provided technical support for the dynamic
experiments, and express particular thanks to D. Alincant and D. Rudloff. BET and batch
measurements were carried out by J.L. Roujou (IRSN/DEPRE.SERGD/LESTS). We express our
great gratitude to L. Dewiere and D. Bugaï for their helpful discussions. Financial support was

154
supplied jointly by Radiation Protection and Nuclear Safety Institute (IRSN-Chernobyl Pilot Site
project) and by Electricité de France (EDF-CNPE project).

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157
B. LE CESIUM

1. ESSAIS EN BATCHS

Les essais en batchs (ou réacteurs fermés) permettent l’étude de l’état d’équilibre de la
réaction de sorption du césium à la surface des particules de sable, dans des conditions physico-
chimiques imposées. Les essais ont été réalisés en suivant le protocole mentionné au chapitre II
(et rappelé dans la partie A).
La première partie de l’étude consiste à estimer le temps de mise à l’équilibre du système
sol/solution. L’objectif de la seconde partie est l’étude de l’isotherme de sorption du césium.

1.1. Les conditions d’essais

Suivant le protocole décrit au chapitre II, les solutions de césium ont été préparées par
dissolution d’un sel de CsCl dans l’eau synthétique de Tchernobyl. Le césium se trouve très
majoritairement en solution sous forme Cs+ (> 99% de la concentration totale) dans toute la
gamme de concentration testée (calcul de spéciation réalisé à l’aide de PHREEQC (Version 2),
Parkhurst et Appelo, 1999). Les solutions de césium stable sont ensuite dopées avec la solution de
traceur radioactif.
Nous avons choisi de déterminer le temps de mise à l’équilibre du système sol/solution pour
deux concentrations radicalement différentes de façon à mettre éventuellement en évidence des
mécanismes de sorption qui intéressent des catégories de sites de capacités différentes (Poinssot
et al., 1999).
L’activité volumique initiale introduite dans les tubes est estimée pour chaque solution par
comptage gammamétrique. Le compteur est régulièrement étalonné et la réponse du détecteur (en
nombre de coups) est une fonction linéaire de l’activité totale contenue dans l’échantillon. (Voir
Annexe II-3 pour les valeurs des concentrations totales en césium dissout dans les solutions
préparées et mises en contact avec le sable, ainsi que les activités exprimées en nombre de coups
enregistrés par seconde et par ml).
Nous avons placé 10 g de sable dans chaque tube, et nous avons ajouté 10 ml de solution
dopée. Le rapport m/V est élevé pour ce type d’expérience, mais se rapproche des rapports
solide/liquide mesurés en colonne. L’ensemble des expériences se déroule à 22 ± 3 °C.

1.2. Estimation du temps de mise à l’équilibre du système sol/solution

Nous avons préparé un doublet de tubes et un blanc pour chaque concentration de Cs et


chaque durée de contact. Les comptages réalisés dans les blancs n’ont pas révélé de fixation de
césium sur les parois des tubes à essais (voir Annexe III-1).
Les tubes contenant le sol et les solutions ont été placés au shaker pour des durées allant de
30 min à 7 jours. La Figure III-1 représente l’évolution de la concentration totale de Cs en solution
dans le surnageant, en fonction de la durée de contact entre le sol et la solution. Quelle que soit la
concentration initiale, on constate qu’une fraction importante de la quantité de Cs en solution a
disparue dès 30 min de contact avec le sable. On constate que cette fraction est d’autant plus
grande que la concentration initiale en Cs est faible. Ces premiers résultats nous permettent d’ores

158
et déjà d’affirmer que l’isotherme de sorption n’est pas linéaire sur une gamme de concentration
aussi large (10-10 à 10-4 mol/l).

2.8e-5 1e-11
2.5e-5 8e-12
2.2e-5
6e-12
1.9e-5
4e-12
1.6e-5
2e-12
1.3e-5 concentration initiale = 5 10-10 mol/l
concentration initiale = 10-4 mol/l
1.0e-5 0e+0
0 50 100 150 0 50 100 150
temps de contact (h) temps de contact (h)

Figure III-1
Etude en batchs de la cinétique de sorption du Cs sur le sable éolien de Pripyat Zaton.

Il est difficile de conclure sur le temps de mise à l’équilibre en utilisant les résultats obtenus
pour la solution initialement la moins concentrée. Même avec un temps de comptage de 1 h, nous
avons atteint la limite de sensibilité du compteur et les variations de concentrations résiduelles
observées ne sont pas significatives.
En s’intéressant uniquement aux résultats obtenus pour la concentration initiale la plus
forte, on constate (voir Annexe III-1 pour les données chiffrées) que la diminution de la
concentration de Cs en solution n’est pratiquement plus détectable après 24 h de mise en contact
avec le sable. Nous avons choisi pour l’étude de l’isotherme de sorption de laisser les échantillons
pendant 48 h au contact de la solution dopée et sous agitation.
Les résultats de l’étude semblent indiquer que le mécanisme de sorption du césium est très
rapide. Le temps caractéristique de la réaction de sorption est inférieur à 30 min. Pour de
nombreux minéraux, l’adsorption du Cs se déroule en deux étapes. Une étape rapide attribuée à
de la fixation sur des sites très facilement accessibles (temps caractéristique de l’ordre d’une
heure), suivie d’une étape lente attribuée à un transport par diffusion vers des sites internes ou
dans des micro-fissures. Cornell, 1993 précise que ce mécanisme a été observé pour des
minéraux comme la biotite, l’illite (Comans et al., 1991), la vermiculite (Sawhney, 1966), la
montmorillonite, la calcite. En revanche, Torstenfelt et al., 1982 affirment que l’adsorption du
césium sur des oxydes tels que le quartz, l’hematite, la magnétite a lieu en moins de 24 h. Ces
auteurs n’observent pas d’adsorption supplémentaire pendant les 6 mois suivant le début de la
mise en contact du césium avec des particules d’oxydes purs non poreuses.
Dans notre cas, le sol est composé majoritairement de grains de quartz. Des traces de
minéraux argileux (essentiellement, illite, smectite et feldspaths) ont été détectées en DRX après
enrichissement de la fraction fine. Les grains de sable observés au Microscope Electronique à
Balayage (voir Chapitre II) sont polis et ne présentent pas de porosité apparente. Toutefois, ils sont
partiellement recouverts d’un dépôt « en feuillets ». Il s’agit probablement de la phase argileuse
mise en évidence en DRX. Le mécanisme de sorption lente n’a pas pu être observé dans notre cas
car il est probable que ce phénomène intéresse un nombre de sites de fixation trop petit pour avoir
une influence notable sur la concentration de césium en solution. Même avec une technique de
marquage radioactif, la diminution de la concentration totale de Cs en phase aqueuse n’est pas
sensible au bout de 7 jours.

159
1.3. Construction de l’isotherme de sorption

1.3.1. Les résultats obtenus en batchs

Nous avons préparé un triplet de tubes et un blanc pour chaque concentration de Cs dans
la gamme testée. Le sol est resté au contact de la solution de Cs pendant 48 h. Les tubes ont été
centrifugés, une fraction du surnageant prélevée et passée au compteur gamma. Puis les
concentrations résiduelles de Cs en phase aqueuse et les concentrations de Cs fixé sur le sable à
l’équilibre thermodynamique ont été calculées (c.f. Chapitre II et Annexe III-2 pour les données
chiffrées). La Figure III-2 représente la relation existant entre la concentration de césium fixé par
unité de masse de sable, et la concentration totale de césium en phase aqueuse à l’équilibre
thermodynamique (après 48 h de contact). Cette représentation est appelée isotherme de sorption
(c.f. Chapitre I). La dispersion des points obtenus dans des conditions physico-chimiques
rigoureusement identiques (pour une même concentration initiale de césium en solution) donne
une idée de l’incertitude de la mesure due au processus d’échantillonnage et au protocole utilisé.

1e-2

1e-3

1e-4

1e-5
Type 2
1e-6

1e-7

1e-8

1e-9
Type 1
1e-10

1e-11
1e-14 1e-12 1e-10 1e-8 1e-6 1e-4

[Cs]aq (mol/l)

Figure III-2
Isotherme de sorption du Cs sur le sable éolien de Pripyat obtenue en batchs.

Il apparaît nettement sur la Figure III-2 une rupture de pente autour de la valeur [Cs]aq = 10-
9
mol/l. Classiquement, un changement de pente de la courbe log([Cs]s mol/kg) en fonction de
log([Cs]aq en mol/l) est révélateur de la présence de deux types de sites de sorption (Poinssot et
al., 1999 ; Steefel et al., 2003). Aux très faibles concentrations ([Cs]aq << 10-9 mol/l), la pente de
l’isotherme est forte. Cette zone correspond à la partie linéaire de l’isotherme de sorption du Cs sur
le premier type de site. Lorsque la concentration en phase liquide augmente, le taux d’occupation
des sites du type 1 augmente jusqu’à atteindre la saturation, tandis que la fixation sur le second
type de sites devient prépondérante. Comme la pente de l’isotherme aux fortes concentrations
([Cs]aq >> 10-9 mol/l) est inférieure à la pente de l’isotherme aux faibles concentrations, on peut
supposer que l’affinité du second type de site pour le Cs est moins forte que l’affinité du premier
type de site. D’autre part, en première approximation la valeur de la concentration de Cs sorbé lors

160
du changement de pente donne un ordre de grandeur de la capacité de sorption des sites du type
1.
La non linéarité de l’isotherme est tout à fait évidente sur la Figure III-3 qui représente
l’évolution du coefficient de distribution (ou Kd en l/kg) en fonction de la concentration de Cs en
phase aqueuse. Le Kd est calculé comme la concentration de Cs fixé (mol/kg) divisée par la
concentration de Cs en phase liquide (mol/l) à l’équilibre.

800

700

600

500

400

300 Type 1

200
Type 2
100

0
1e-14 1e-12 1e-10 1e-8 1e-6 1e-4
[Cs]aq (mol/l)

Figure III-3
Evolution du coefficient de distribution (ou Kd) du Cs en fonction de la concentration en phase
liquide à l’équilibre.

En dépit de la forte incertitude sur les mesures de Kd à faibles concentrations, on reconnaît


à nouveau dans cette représentation de l’isotherme la contribution des deux types de sites avec
des affinités différentes pour Cs+.
Dans le modèle d’échange d’ions, en utilisant la convention de Gaines et Thomas, chaque site
d’échange X a une charge –1. Nous rappelons (c.f. Chapitre I) la définition de la constante de
sélectivité apparente KM/Cs pour un échange binaire entre Cs+ et un cation Mm+ :

K X
=
βM
1
m[Cs ] +

[M ]
M/Cs
1
m+
βCs m
équation III-1
m[MX m ]
avec βM =
CEC X
et CEC X = ∑ m[MX ]
M
m

D’après Appelo et Postma, 1996, on peut déduire de l’équation III-1, une expression du coefficient
de distribution du Cs :
1
1 βMm
Kd = CEC X équation III-2
K X M/Cs Mm + [ ] 1
m

161
Dans nos conditions expérimentales, la forte variation de Kd en fonction de la concentration de Cs+
en solution ne s’explique pas par les variations, très faibles, des concentrations des cations
majeurs (K+, Na+, Mg2+, Ca2+) présents en solution. La dépendance du Kd vis à vis de la
concentration de Cs+ en phase liquide, s’explique également par la présence de différents types de
sites d’échanges, ayant des constantes de sélectivité, KM/Cs, différentes et des capacités d’échange
différentes.
A ce stade, nous avons donc envisagé de décrire l’allure de l’isotherme de sorption du Cs sur le
sable éolien de Pripyat par un modèle d’échange d’ions prenant en compte la présence d’au moins
deux types de sites.

1.3.2. Modélisation de l’isotherme de sorption

Les analyses chimiques du sable éolien de Pripyat révèle la présence de 3 à 5 % d’oxydes


d’aluminium et de fer. Ces composants entrent dans la structure des minéraux argileux. Les Kd du
Cs déterminés en batchs sont très élevés et ne correspondent pas aux valeurs typiquement
mesurées pour du quartz « pur » (Ohnuki, 1994a ; Saiers et Hornberger, 1996a). Il apparaît
clairement que les phases minoritaires sont responsables de la forte rétention du Cs+ sur le sable
éolien de Pripyat. De très nombreuses études réalisées par le passé montrent que le
comportement du césium dans les sols et les sédiments d’Europe est essentiellement contrôlé par
la présence d’illite, même en très faible quantité (Cremers et al., 1988 ; Wauters et al., 1996a,
1996b). D’autre part, nous avons vu (Chapitre I) que le mécanisme d’échange d’ions permet de
décrire la réaction de sorption du Cs+ sur l’illite (et sur la plupart des minéraux argileux) à condition
de considérer différents types de sites. On distingue en particulier, les sites situés sur les bords
des feuillets (FES) et les sites situés sur les plans de base des feuillets (RES) (Comans et al.,
1990 ; Brouwer et al., 1983 ; Cornell, 1993 ; Poinssot et al., 1999 ;Zachara et al., 2002 ; Steefel et
al., 2003). C’est pourquoi, bien que nous n’ayons pas caractérisé la fraction fine du sable, nous
avons choisi d’utiliser un modèle d’échange cationique semblable pour décrire le mécanisme de
sorption du Cs sur le sable éolien de Pripyat Zaton.
D’après les résultats que nous avons obtenus en tubes à essais, il semblerait nécessaire
d’introduire dans le modèle au moins 2 types de sites d’échange.
Nous avons utilisé, à nouveau, le code couplé chimie-transport PHREEQC (Version 2) et sa
base de données (Parkhurst et Appelo, 1999) pour simuler les résultats des expériences en tubes
à essais. Pour le modèle d’échange d’ions, nous avons introduit deux types de sites d’échanges :
des sites dits « réguliers », X- et des sites dits « particuliers », Y-. Les sites réguliers (type 2), ont
une forte capacité, mais une affinité moins grande pour Cs+ que les sites particuliers (type 1). Nous
avons fait l’hypothèse que les sites réguliers étaient accessibles à tous les cations présents en
solution, quelle que soit leur charge, leur taille ou leur énergie d’hydratation. On pourrait assimiler
ces sites aux RES, et parler d’adsorption du Cs+ non spécifique au niveau de ces sites.
La convention utilisée dans PHREEQC pour définir les activités des cations échangeables
est la convention de Gaines et Thomas. Pour une réaction d’échange binaire qui implique deux
cations Aa+ et Bb+ en compétition pour l’accès aux sites d’échanges X-,
1 a+ 1 1 1
A + B − X b ↔ A − X a + B b+ équation III-3
a b a b
le coefficient de sélectivité KA/B de Aa+ par rapport à Bb+ est défini par :

AX a ) a [B b + ] b
1

K A/B =
( 1

équation III-4
(BXb ) 1b [A a+ ] a
1

Les crochets désignent l’activité des espèces en solution (par défaut PHREEQC calcule les
coefficients d’activité des espèces chargées en utilisant l’équation de Davies, pour plus de détails,

162
consulter Parkhurst et Appelo, 1999) et les parenthèses désignent la fraction équivalente des
cations échangeables à la surface l’échangeur (c.f. Chapitre I). L’hypothèse introduite dans le
modèle d’échange est que les sites sont toujours totalement occupés par les cations présents en
solution. Ou encore que la somme des fractions équivalentes de tous les cations pris en compte
est égale à 1.
Dans PHREEQC, toutes les réactions d’échanges cationiques au niveau des sites
« réguliers » sont définies par rapport à Na+, considéré comme le cation de référence. Par
exemple, la réaction décrite par l’équation III-3 est scindée dans la base de données PHREEQC en
2 demi-réactions d’échange :
1 a+ 1
A + Na − X ↔ A − X a + Na + équation III-5
a a
1 b+ 1
B + Na − X ↔ B − X b + Na + équation III-6
b b
Le coefficient de sélectivité KA/B est alors calculé suivant :
K A/Na
K A/B = équation III-7
K B/Na
La base de données de PHREEQC contient les coefficients de sélectivité apparents définis par
rapport à Na+ de tous les cations présents en solution (Ca2+, Mg2+, K+) pour les réactions
d’échanges au niveau des sites réguliers. Ces données proviennent de la compilation faite par
Bruggenwert et Kamphorst, 1982. Le coefficient de sélectivité de Cs+ par rapport à Na+ pour les
sites réguliers doit être déterminé d’après nos résultats expérimentaux.
Nous avons supposé que la réaction d’échange entre Cs+ et K+ détermine la fixation du Cs+
au niveau des sites particuliers, et que les autres cations présents dans nos conditions
expérimentales n’entraient pas en compétition avec Cs+ pour l’accès à ce type de sites. En effet
Cremers et al., 1988, montrent que les cations alcalins, faiblement hydratés, comme Cs+, K+ ou
Rb+, sont retenus spécifiquement au niveau des sites d’échanges localisés sur les bords des
feuillets des minéraux argileux. Si on considère que les sites « particuliers » mis en évidence sont
les FES des minéraux argileux contenus dans le sable éolien, le seul cation présent en solution
dans nos conditions expérimentales et susceptible d’entrer en compétition avec Cs+ pour l’accès à
ces sites d’échanges est K+. Nous avons donc supposé que l’échange Cs+/K+ était la réaction la
plus importante à prendre en compte dans le modèle.
Pour déterminer les capacités des deux types de sites X- et Y-, nous nous sommes basés
sur l’observation de la Figure III-2 et sur la mesure de la Capacité d’Echange Cationique du sable
réalisée indépendamment. D’après Voegelin et al., 2000, la CEC du sol dans un modèle d’échange
multi-sites s’exprime par :
[ ]
CEC = ∑ ∑ m MX i m = ∑ m[MX m ] + ∑ m[MYm ] équation III-8
i M M M

Nous rappelons que la CEC du sable éolien déterminée par la méthode de saturation à l’acétate
d’ammonium (Metson, 1956) est 1,25.10-2 mol/kg. D’autre part, la Figure III-2 fournit la valeur de
CECY. En effet, nous avons vu que le changement de pente de l’isotherme de sorption du Cs
intervient pour un chargement de la surface compris entre 10-7 et 2 10-7 mol/kg de Cs. (voir Annexe
III-3 pour le fichier d’entrée du modèle). En supposant qu’il n’y ait que 2 types de sites nous
considérons donc que CECX + CECY = 1,25 10-2 mol/kg, c’est à dire CECX ≈ 1,25 10-2 mol/kg
(avec 10-7 mol/kg ≤ CECY ≤ 2 10-7 mol/kg).
La Figure III-4 représente la simulation de l’isotherme de sorption pour le couple de valeurs
(log KXCs/Na ; log KYCs/K) décrivant le mieux l’isotherme avec les valeurs imposées des capacités
d’échanges des sites réguliers (X-) et particuliers (Y-) mentionnées auparavant. L’évolution de la
quantité de césium fixée à la surface des particules solides en fonction de la quantité de césium en

163
phase liquide à l’équilibre résulte de la contribution des deux types de sites. Toutefois on constate
qu’aux très faibles concentrations, le césium est presque totalement échangé sur les sites
particuliers, tandis qu’aux concentrations fortes (> 10-7 mol/l) la fraction la plus importante du
césium est retenue sur les sites réguliers. Ce comportement est dû à la grande différence existant
d’une part entre les coefficients de sélectivité de chacun des sites vis à vis du césium :
log KYCs/K = 5,4 pour les sites particuliers tandis que log KXCs/Na = 2,3 pour les sites réguliers, et
d’autre part à la différence entre les capacités d’échanges : CECY = 10-7 mol/kg et CECX = 1,25 10-
2
mol/kg.

1e-2

batchs
1e-3
réacteur ouvert
1e-4
Cs-Y + Cs-X
1e-5
Cs-Y
1e-6 Cs-X

1e-7

1e-8

1e-9

1e-10

1e-11
1e-14 1e-13 1e-12 1e-11 1e-10 1e-9 1e-8 1e-7 1e-6 1e-5 1e-4 1e-3
[Cs]aq (mol/l)

Figure III-4
Modélisation de l’isotherme de sorption du Cs sur le sable éolien de Pripyat par un modèle
d’échange d’ions à deux types de sites.

On constate sur la Figure III-4 que le modèle sur-estime la quantité de Cs fixé pour les
concentrations les plus fortes ([Cs]aq > 10-7 mol/l). Le fait de diminuer la constante de sélectivité
KXCs/Na diminue la pente de l’isotherme dans toute la gamme de concentration comprise entre 10-9
mol/l et 10-3 mol/l. Dans ce cas, le modèle sous-estime la quantité de Cs fixé en équilibre avec
[Cs]aq dans la gamme 10-9 – 10-7 mol/l. Il est donc probable que la capacité d’échange des sites
réguliers soit surestimée par le modèle. Il est possible qu’un troisième type de sites intervienne à
forte concentration, ou que d’autres mécanismes de sorption apparaissent. Nous n’avons pas
essayé d’ajuster la capacité des sites d’échanges réguliers, car la région de l’isotherme qui nous
intéresse concerne les très faibles concentrations de césium (<< 10-7 mol/l) et cette région est
décrite par le mécanisme d’échange du césium sur les sites particuliers.
La Figure III-5 illustre l’incertitude sur l’ajustement des coefficients de sélectivité liée à
l’incertitude sur les points expérimentaux, notamment aux faibles concentrations. Il est possible de
déterminer un intervalle de valeurs probables pour les coefficients de sélectivité.

164
800

700 batchs

600
réacteur ouvert
X
500 log K Cs/Na = 2,3
Y
Série1
log K Cs/K = 5,4
400
log KXCs/Na = 2,15
Y
Série4
log K Cs/K = 5,6
300

200

100

0
1e-15 1e-13 1e-11 1e-9 1e-7 1e-5 1e-3
[Cs]aq (mol/l)

Figure III-5
Estimation du coefficient de distribution du Cs sur le sable éolien de Pripyat par un modèle
d’échange d’ions à deux types de sites. Gamme de valeurs probables pour les coefficients de
X Y
sélectivité K Cs/Na (entre 2,15 et 2,3) et K Cs/K (entre 5,4 et 5,6).

Il semble que le couple de valeurs : log KYCs/K = 5,4 et log KXCs/Na = 2,3 intercepte un
maximum de points expérimentaux sur l’isotherme de sorption. Toutefois des valeurs de log KXCs/Na
comprises entre 2,15 et 2,3 sont possibles (en supposant que la capacité d’échange des sites
réguliers est égale à 1,25 10-2 mol/kg), et des valeurs de log KYCs/K comprises entre 5,4 et 5,6 sont
également possibles en supposant que la capacité d’échanges des sites particuliers est comprise
entre 10-7 et 2 10-7 mol/kg.
La validité de ce modèle sera testée indépendamment à partir des résultats des
expériences en réacteur ouvert.

2. ESSAIS EN REACTEUR OUVERT PARFAITEMENT AGITE

Nous avons poursuivi l’étude de la réaction de sorption du césium en solution au contact du


sable éolien de Pripyat au moyen d’un réacteur ouvert parfaitement mélangé ou réacteur à flux
continu.
Un réacteur est un conteneur fermé dans lequel l’échantillon solide est mis au contact de
l’espèce étudiée en solution. Le réacteur ouvert parfaitement mélangé est traversé par un flux
constant de solution, il est ouvert au transfert de masse avec le milieu extérieur. Lorsque le régime
d’écoulement de solvant est permanent, on injecte le soluté étudié à l’entrée du réacteur et on
enregistre les variations de la concentration de soluté en sortie. Cette technique expérimentale est
destinée en particulier à l’étude des phases transitoires des réactions chimiques à l’interface
solide-liquide. En effet, la courbe d’élution du soluté (ou courbe de percée) est porteuse
d’informations sur la réaction entre le sol et le soluté étudié (c.f. Chapitre II).

165
L’utilisation du réacteur ouvert ou réacteur à flux continu permet en outre de déterminer la
loi de distribution de soluté entre les phases solide et liquide et les lois cinétiques de sorption en
modifiant d’une part les variables explicatives du phénomène de fixation et d’autre part le temps de
séjour de l’eau dans le réacteur (Nagy et al., 1992 ; Van Capellen et al., 1997a, 1997b).
Cette méthode complète avantageusement les résultats fournis par la méthode classique
de détermination de l’isotherme de sorption en tubes à essais (ou réacteurs fermés) que nous
avons présentée dans le paragraphe précédent.

2.1. Les conditions expérimentales

Nous avons dimensionné les expériences en réacteur ouvert de façon à ce que le temps de
séjour de l’eau dans le réacteur soit du même ordre de grandeur que le temps de séjour de l’eau
dans la colonne n°1 (de l’ordre de 30 min). De cette façon, nous espérons mettre en évidence une
éventuelle cinétique de sorption du Cs+, avec un temps caractéristique inférieur à 30 min, que nous
n’avons pas pu détecter par les expériences en tubes à essais. L’étude de la désorption du Cs
(cinétique ou irréversibilité) doit nous apporter des informations supplémentaires afin d’interpréter
les résultats obtenus en colonne et de comprendre les différences observées avec le modèle
d’échange élaboré uniquement à partir des résultats obtenus en batchs.
Pour l’étude de l’isotherme de sorption, nous avons préparé différentes solutions de césium
stable par dissolution d’un sel de CsCl dans de l’eau synthétique de Tchernobyl. Les
concentrations en césium stable en solution sont comprises entre 10-9 mol/l et 5 10-8 mol/l. Nous
avons ensuite dopée les solution de césium stable avec une solution de 134Cs. L’activité volumique
des solutions dopées est de l’ordre de 370 kBq/l (ou 10 µCi/l). L’augmentation de concentration qui
en résulte est négligeable par rapport aux concentrations de césium stable initiales.
L’étude de la cinétique de sorption est basée sur la comparaison du temps caractéristique
de la réaction à la surface des particules de sable et du temps de séjour de l’eau, τ, dans le
réacteur. Nous avons choisi de réaliser des essais pour trois débits différents : 20 ml/h, 100 ml/h et
200 ml/h. Le temps de séjour théorique de l’eau dans le réacteur est calculé comme le rapport du
volume intérieur du réacteur sur le débit imposé par la pompe. Nous avons déterminé le volume
intérieur du réacteur par pesée. En prenant en compte la densité de l’eau, et en comparant la
masse du réacteur vide et la masse du réacteur parfaitement plein, nous avons estimé le volume
interne (Vr) à 47 ± 1 ml. Pour tous les essais, nous avons placés 10 ± 0,02 g de sable dans le
réacteur. La masse volumique des grains de quartz étant 2,65 g/cm3, le volume occupé par le
sable dans le réacteur est de l’ordre de 3,8 ml. Ce qui signifie que dans nos conditions
expérimentales, le temps de séjour théorique de l’eau, τ, varie entre 130 min et 13 min.
Nous rappelons qu’un essai en réacteur ouvert se déroule en 3 étapes. Tout d’abord une
phase de pré-conditionnement du sable qui consiste à faire circuler dans le réacteur un volume
d’eau synthétique suffisant pour que le système sable/solution soit en équilibre au moment de
l’injection du césium. Nous avons injecté environ 1 l d’eau synthétique (ce qui revient à renouveler
23 fois le volume de solution contenu dans le réacteur) avant l’injection de césium. La seconde
étape correspond à l’injection de la solution contenant du césium à la concentration [Cs]0 (ou
phase de sorption). L’injection se poursuit jusqu’à ce que la concentration en sortie du réacteur ait
atteint un régime permanent. A ce moment, on réinjecte de l’eau synthétique ne contenant pas de
césium dans le réacteur pour l’étude de la désorption. Le Tableau III-1 résume les conditions des
essais et les principaux résultats obtenus.

166
Concentration Débit Temps de séjour Durée phase Concentration Coefficient de Durée phase Taux
injectée (Q) théorique de sorption sorbée distribution de désorption de restitution
([Cs]0) (τ) ([Cs]s) (Kd)
mol/l ml/h min V/Vr mol/kg l/kg V/Vr %
4,97E-08 100 25,8 97,2 5,75E-06 116 69,9 86,8
9,70E-09 100 25,8 91,2 1,40E-06 144 112,6 86.3
5,30E-09 100 25,8 45,7 5,20E-07 98
5,07E-09 100 25,8 65,0 7,03E-07 139 51,3 69,0
1,03E-09 100 25,8 101,2 1,75E-07 170
9,98E-09 20 129 72.2 1,41E-06 141 88,8 83,9
9,98E-09 200 12,9 105,1 1,51E-06 151 53,5 85,0
Tableau III-1

Conditions des essais en réacteur ouvert et principaux résultats. Les durées des phases de sorption
(phase II) et désorption (phase III) sont exprimées en nombre de volume de réacteur écoulé. Le taux
de restitution de Cs est calculé en faisant le rapport de l’aire sous la fonction d’entrée et sous la
courbe de percée.

2.2. Les résultats obtenus en réacteur ouvert

2.2.1. Hydrodynamique du réacteur ouvert

Préalablement aux expériences de rétention du césium, nous avons procédé à la validation


du dispositif expérimental par des essais de traçage à l’eau tritiée. Nous avons suivi l’évolution en
sortie du réacteur de l’activité volumique de la solution en réponse à l’injection d’un créneau
d’activité initiale C0 de l’ordre de 370 kBq/l (ou 10 µCi/l). Nous avons vérifié l’adéquation des
résultats obtenus à différents débits, en présence et en absence de sable dans le réacteur avec le
modèle théorique du réacteur parfaitement mélangé (Chapitre II et article).
L’ajustement du paramètre τ du modèle du réacteur parfaitement mélangé a été réalisé
avec le logiciel TableCurve2D (SPSS Inc.).
Le Tableau III-2 permet de comparer les valeurs du paramètre τ du modèle ajusté sur les
résultats des traçages dans le réacteur avec la valeur théorique résultant de la mesure
gravimétrique du volume interne du réacteur. Le coefficient de corrélation R² permet d’estimer la
qualité de l’ajustement du modèle. On constate que pour toutes les situations testées, le modèle du
réacteur parfaitement mélangé convient pour décrire les résultats expérimentaux, et que les
valeurs ajustées du temps de séjour sont cohérentes.

Débit Masse de sable Phase de Phase de Temps de séjour


sorption desorption théorique
ml/h g τ min R² τ min R² τ = Vr/Q min
100 0 26,8 0,99 26,1 0,98 26 ± 1
100 10 26,8 0,99 25,1 0,98 26 ± 1
200 10 13,9 0,99 13,2 0.98 13 ± 1
Tableau III-2

Comparaison des temps de séjour de l’eau dans le réacteur déterminés par la mesure directe du
volume interne et du débit et par ajustement du modèle du réacteur parfaitement mélangé sur les
courbes de percée du traceur de l’écoulement.

167
1.0

10 g de sable
0.8 pas de sable
fonction d'entrée
modèle
0.6

0.4
SORPTION DESORPTION

0.2

0.0
0 50 100 150 min 200 250 300

Figure III-6

Courbes de percée du traceur de l’écoulement en sortie du réacteur, en présence et en absence de


sable et à 100 ml/h. Ajustement du paramètre τ du modèle du réacteur parfaitement mélangé
(τ = 26 ± 1 min).

Nous avons également procédé à un traçage à vide du réacteur (pas de sable) avec une
solution de césium stable à 5 10-9 mol/l dopée en 134Cs (10 µCi/l) afin de vérifier qu’il n’y avait pas
de fixation du césium sur les matériaux constituant le réacteur et sur les capillaires. Le résultat du
traçage est présenté en Annexe III-. Le taux de restitution du césium avoisine 100 % et le temps de
séjour dans le réacteur est de l’ordre de 29 min. Le césium est donc très légèrement retardé par
rapport au traceur de l’écoulement. En supposant que la différence observée sur les temps de
séjour du césium et de l’eau tritiée soit significative, le facteur de retard du Cs est de l’ordre de
1,12. La rétention du césium est donc faible et totalement réversible. Nous verrons dans la suite
que ce phénomène est négligeable par rapport à la fixation du césium sur les particules de sable.

2.2.2. Cinétique et réversibilité de la réaction de sorption

La Figure III-7 représente les courbes de percée du césium, pour une concentration initiale
[Cs]0 de 9,9.10-8 ± 0,2.10-8 mol/l et pour différentes valeurs du débit : 20, 100 et 200 ml/h. Les
courbes de percée du césium sont comparées à celle du traceur de l’écoulement. On constate une
forte rétention du césium se traduisant par un retard à l’arrivée au plateau. Dans la gamme des
temps de séjour de l’eau testée (entre 13 min et 130 min), les courbes de percée sont très
proches. Toutefois, on constate un léger décalage en début de courbe (Phase de sorption,
V/Vr < 20). De même, le temps d’arrivée au plateau varie légèrement en fonction du débit. En
revanche, on n’observe pas de différence entre les courbes pendant la phase de désorption.

168
1

0.8

0.6

0.4
traceur écoulement
20 ml/h
0.2
100 ml/h
200 ml/h
0
0 20 40 60 80 100
t/τ

(a)

1 traceur écoulement
20 ml/h
100 ml/h
0.8 200 ml/h

0.6

0.4

0.2

0
0 20 40 60 80 100 120
t/τ

(b)
Figure III-7
Courbes de percée du césium en sortie du réacteur ouvert, pour différentes valeurs du débit (20, 100,
-8
200 ml/h). Pour les trois expériences, C0=1.10 mol/l. En coordonnées normalisées, les courbes de
percée du traceur de l’écoulement sont superposées quel que soit le débit. (a) Phase II (sorption) et
(b) Phase III (désorption).

La concentration de césium en phase liquide au plateau (à l’équilibre) atteint la


concentration initiale pour les 3 débits testés. Ceci signifie que les expériences en réacteur ouvert

169
ne mettent pas en évidence un mécanisme de sorption dont le temps caractéristique serait très
grand par rapport au temps de séjour de l’eau dans nos conditions expérimentales.
Dans la gamme testée, le débit ne semble pas avoir d’influence sur la quantité de césium
désorbée. Toutefois, en examinant les bilans de matière (Tableau III-1), on constate que la
quantité de Cs relarguée est inférieure à la quantité fixée dans le même temps. Ce phénomène est
visible sur la Figure III-8 qui représente les quantités de césium (en moles) retirées de la solution
(pendant la phase de sorption) et ajoutées à la solution pendant la phase de désorption par unité
de temps (en t/τ).
Les deux séries de courbes ne sont pas symétriques par rapport à l’axe des abscisses. Le
taux de désorption est à tout moment inférieur au taux de sorption. Ce phénomène peut s’expliquer
par une différence entre les temps caractéristiques des réactions de sorption et de désorption.

4e-10
20 ml/h
3e-10 100 ml/h
200 ml/h
désorption
2e-10

1e-10

0e+0
0 20 40 60 80 100 120
-1e-10 t/τ

-2e-10 sorption

-3e-10
intersection des 3 courbes
-4e-10

Figure III-8
Comparaison des taux de sorption et de désorption (en moles de Cs ajoutées ou ôtées de la solution
par unité de temps) pour les différents débits testés.

2.2.3. Isotherme de sorption du Cs

La Figure III-9 représente l’évolution de la concentration normalisée de césium en phase


liquide en fonction du temps normalisé (ou nombre de volumes de réacteur écoulés) pour
différentes concentrations de césium injectées entre 5 10-8 mol/l et 10-9 mol/l. Pour toutes ces
expériences, le débit dans le réacteur a été maintenu à 100 ml/h. Le temps de séjour de l’eau
correspondant est 26 min. Les expériences se déroulent à 22 ± 3 °C.
La phase de sorption se poursuit jusqu’à ce que la concentration de césium en sortie de
réacteur atteigne une valeur constante. Dans nos conditions expérimentales, la valeur de
concentration obtenue à la mise en place du régime permanent est égale à la concentration
injectée (C/C0 =1).

170
1

0.8

0.6

0.4 traceur de l'écoulement


5,0 10-8 mol/l
9,7 10-9 mol/l
0.2 5,3 10-9 mol/l
10-9 mol/l
Kd = 130 l/kg
0
0 20 40 60 80 100
t/τ

(a)

1 traceur de l'écoulement
5,0 10-9 mol/l
9,7 10-9 mol/l
0.8
Kd = 130 l/kg

0.6

0.4

0.2

0
0 20 40 60 80 100
t/τ

(b)
Figure III-9
Courbes de percée du césium en sortie du réacteur ouvert à 100 ml/h, pour différentes valeurs de la
-8 -9
concentration injectée en entrée de réacteur : 5.10 < C0 < 10 mol/l. En coordonnées normalisées,
les courbes de percée du traceur de l’écoulement sont superposées quel que soit C0. (a) Phase II
(sorption) et (b) Phase III (désorption).

La quantité de soluté adsorbé à la surface du sable est calculée à partir de la différence


d’aires entre la courbe de percée du traceur de l’écoulement et la courbe de percée du soluté
réactif. Les représentations classiques de l’isotherme (Figure III-4 et Figure III-5) montrent qu’en

171
moyenne, les données obtenues en batchs et en réacteur ouvert sont cohérentes. Les valeurs du
coefficient de distribution figurent dans le Tableau III-1. Malgré tout, les courbes de percée ne sont
pas superposées dans la représentation normalisée quelle que soit C0. Comme prévu, le modèle
du Kd constant ne convient pas pour décrire la forme des courbes (Figure III-9). L’isotherme n’est
pas linéaire dans la gamme de concentration de césium en solution décrite pendant les
expériences en réacteur (0 ≤ [Cs]aq ≤ 5 10-9 mol/l). D’autre part, le modèle du Kd qui suppose une
réaction instantanée et réversible surestime notablement la quantité de césium qui peut être
désorbée dans nos conditions expérimentales (Figure III-9 b).
Les résultats obtenus en réacteur ouvert paraissent en bon accord avec les résultats
obtenus en tubes à essais. Il y a donc de grandes chances pour que le modèle d’échanges d’ions
à deux types de sites convienne pour interpréter les résultats des expériences en réacteur ouvert.
Les valeurs ajustées des 4 paramètres du modèle d’échange permettent de décrire correctement
l’isotherme de sorption du Cs pour [Cs]aq < 10-7 mol/l (Figure III-4). Cette condition est toujours
vérifiée pour les expériences en réacteur ouvert.

2.3. Modélisation par un mécanisme à 2 types de sites de sorption.

2.3.1. Equilibre thermodynamique dans le réacteur

Dans un premier temps, nous avons choisi de tester le modèle d’échange cationique à deux
types de sites pour décrire les résultats obtenus en réacteur ouvert, sans faire intervenir de
cinétique de sorption et de désorption. La Figure III-10 représente les données expérimentales et
les résultats de la modélisation en supposant que le mécanisme de sorption du césium est
l’échange d’ions pour les deux types de sites et que la réaction est instantanée et réversible. Les
constantes de sélectivité apparente KYCs/K pour les sites particuliers et KXCs/Na pour les sites
réguliers ne sortent pas des gammes de valeurs probables déterminées à partir de l’isotherme de
sorption du césium obtenue en tubes à essais. Les capacités d’échanges n’ont pas été modifiées.
On constate qu’en utilisant ce modèle à 2 types de sites, l’allure en « S » des courbes de
percée du césium pendant la phase de sorption est bien reproduite. Notamment pour les plus
faibles concentrations de césium en phase liquide. Seul le départ des courbes n’est pas
correctement décrit par le modèle d’échange.
Dans les premiers volumes de réacteur, la concentration de césium en solution est faible
(C/C0 < 0,2). Nous avons vu au paragraphe 1.3.2, qu’aux faibles concentrations ([Cs]aq < 10-
10
mol/l), le mécanisme d’échange du césium sur les sites particuliers domine. Au départ de
l’expérience, le modèle surestime la quantité de cation Cs+ fixé à la surface des particules solides
contenues dans le réacteur ouvert. En supposant qu’il existe une cinétique de sorption au niveau
des sites particuliers, la quantité fixée par unité de volume de réacteur écoulé au départ de l’essai,
serait plus faible que pour une réaction instantanée. Nous avons donc fait le choix de modifier le
modèle d’échange cationique, et de prendre en compte une cinétique de réaction au niveau des
sites particuliers.

172
1

0.8

0.6

0.4
10-9 mol/l

équilibre thermo.
0.2
cinétique (300 s)
0
0 20 40 60 80 100
V/Vr ou t/τ

0.8

0.6

0.4 5,3 10-9 mol/l

équilibre thermo.
0.2
cinétique (300 s)
0
0 10 20 30 40 50
V/Vr ou t/τ

1 9,7 10-9 mol/l


équilibre thermo.

0.8 cinétique (300 s)

0.6

0.4

0.2

0
0 40 80 120 160 200
V/Vr ou t/τ

173
1 5,0 10-8 mol/l
équilibre
0.8 cinétique (300 s)

0.6

0.4

0.2

0
0 30 60 90 120 150
V/Vr ou t/τ

Figure III-10
Courbes de percée expérimentales (symboles) à 100 ml/h pour différentes concentrations initiales de
Cs en solution, comparées aux simulations réalisées en prenant en compte l’hypothèse de l’équilibre
thermodynamique pour la réaction de sorption sur les 2 types de sites et en considérant une
-1
cinétique de sorption et de désorption sur les sites « particuliers » avec ks = 1/300 s .

2.3.2. Traitement cinétique de la sorption au niveau des sites particuliers

Nous avons choisi une formulation du taux de sorption du césium déjà proposée par Saiers
et al., 1996 pour modéliser un mécanisme de sorption non linéaire et réversible. L’expression du
taux de sorption du Cs+ au niveau des sites d’échange particuliers est la suivante :
m ∂[CsY]
Vr ∂t
= ks
CEC Y − [CsY]
CEC y
[ ]
Cs + − k d [CsY ]
m
Vr
Y
équation III-9
Vk K
et r s = Cs/K
mk d K+[ ]
CEC Y

avec ks constante cinétique de la réaction de sorption du césium (s-1), kd constante cinétique de la


réaction de désorption (s-1), Vr volume de solution contenu dans le réacteur (l), m masse de sable
contenue dans le réacteur (kg), CECY capacité d’échange des sites particuliers (mol/kg), KYCs/K
constante de sélectivité apparente des sites particuliers et [CsY] concentration de Cs+ échangeable
(mol/kg).
En examinant l’expression du taux de sorption, on constate que la quantité de césium
échangé au niveau des sites particuliers par unité de temps est une fonction de la quantité de Cs+
en solution mais aussi du taux d’occupation des sites particuliers.
Puis, en supposant que la réaction de sorption est réversible, on établit la seconde
expression liant les deux constantes cinétiques. On constate que le modèle « cinétique » introduit
1 seul paramètre supplémentaire par rapport au modèle d’échange à l’équilibre : ks (s-1). Le temps
caractéristique de la réaction de sorption est proportionnel à l’inverse de ks.

En résumé, le modèle proposé pour décrire la rétention du césium à la surface des


particules de sable est défini par :

174
− un mécanisme d’échange avec les cations présents en solution au niveau des sites
« réguliers » (X-). Ce mécanisme est instantané et réversible et fait intervenir 2
paramètres : la constante de sélectivité entre Cs+ et Na+ (les constantes de sélectivité des
autres cations présents dans l’eau synthétique sont pris dans la base de données de
PHREEQC) et la capacité d’échange des sites réguliers supposée proche de la CEC du
sable mesurée indépendamment.
− un mécanisme d’échange binaire entre les cations Cs+ et K+ au niveau des sites
« particuliers ». Nous introduisons une cinétique pour les réactions de sorption et de
désorption au niveau de ces sites. Ce mécanisme fait intervenir 3 paramètres : la
constante de sélectivité (KYCs/K), la capacité d’échange des sites « particuliers » (CECY) et
la constante cinétique pour la réaction de sorption (ks). La constante cinétique de la
réaction de désorption, kd, est liée à ks et KYCs/K car nous supposons que la réaction
d’échange est réversible.
Ces deux mécanismes ont été utilisés auparavant pour décrire la sorption du Cs+ sur l’illite
(Comans et al., 1991 ; Comans et al., 1992) et sur des sols sableux (Ohnuki, 1994a).
Finalement, l’objectif est de déterminer une combinaison des 4 paramètres introduit dans le
modèle (X- étant imposé) décrivant l’ensemble des résultats obtenus, soit 6 courbes de percée
indépendantes et l’isotherme de sorption mesurée en tubes à essais. PHREEQC ne possédant pas
d’algorithme d’optimisation, cet ajustement doit être réalisé « manuellement ». Nous nous
contenterons donc d’une analyse qualitative de la pertinence du modèle élaboré dans le cadre de
cette thèse.
Nous rappelons que le jeu de paramètres du modèle d’échange d’ions à l’équilibre
thermodynamique qui convient pour décrire l’isotherme de sorption du Cs obtenue en tubes à
essais (temps de contact de 24 h) et la courbe de percée du 134Cs est le suivant :
− log KYCs/K = 5,4-5,6
− CECY = 10-7-2 10-7 mol/kg
− log KXCs/Na = 2,3-2,15
− CECX = 1,25 10-2 mol/kg.
(Ces valeurs peuvent être comparées aux coefficients d’échange déterminés par Brouwer, 1983
pour les différents sites de l’illite et présentés dans le Tableau I-2)
Nous ajustons uniquement la constante cinétique de la réaction de sorption, ks, à partir des
résultats des expériences en réacteur ouvert réalisées à des débits différents. La Figure III-11
(page suivante) représente les taux de sorption et de désorption simulés en supposant que
ks-1 = 300 s.
On constate en premier lieu que les valeurs des taux de sorption et de désorption sont
assez bien reproduites par le modèle (comparer avec la Figure III-8). Surtout, on s’aperçoit que les
courbes simulées ne sont plus superposées dans les premiers volumes de réacteurs. On distingue
la courbe à 20 ml/h pour laquelle le taux de sorption est le plus élevé. D’autre part la position des 3
courbes expérimentales l’une par rapport à l’autre est également bien reproduite par le modèle. On
s’aperçoit notamment que les courbes simulées se croisent de la même façon que les courbes
expérimentales. Toutefois, le point d’intersection des 3 courbes expérimentales se situe autour de
30 Vr alors que les courbes simulés s’interceptent autour de 20 Vr. Cette remarque nous conduit à
penser que le nombre de sites « particuliers » est sans doute sous-estimé.
Les différences entre les 3 courbes simulées sont moins marquées pour la phase de
désorption, ce qui est également le cas des courbes expérimentales. Ceci s’explique par le fait que
le modèle introduit un facteur 200 entre les temps caractéristiques de sorption et de désorption au
niveau des sites particuliers. Pour un temps caractéristiques de sorption de l’ordre de 300 s (5
min), le temps caractéristique de désorption correspondant est de l’ordre de 17 h. Cette valeur est
largement supérieure aux temps de séjour de l’eau dans le réacteur (entre 13 min et 130 min). La

175
comparaison des temps caractéristiques nous conduit à penser que la réaction de désorption du
césium fixé sur les sites particuliers n’a pas le temps de se produire quel que soit le débit testé
dans nos conditions d’essais. En revanche, le temps caractéristique de la réaction de sorption est
du même ordre de grandeur que le temps de séjour de l’eau dans le réacteur. Les effets de la
cinétique de sorption sont donc perceptibles.

4.5e-10
100 ml/h (300 s)
20 ml/h (300 s) désorption
3.0e-10
100 ml/h (300 s)

1.5e-10

0.0e+00
0 20 40 60 80 t/τ 100

-1.5e-10

sorption
-3.0e-10
point d’intersection des 3 courbes

-4.5e-10

Figure III-11
Comparaison des taux de sorption et de désorption simulés avec PHREEQC (en moles de Cs
ajoutées ou ôtées de la solution par unité de temps) pour les différents débits testés. Pour cette
-1
simulation, la constante cinétique de la réaction de sorption ks vaut (1/300) s .

La Figure III-10 présente également les courbes de percée simulées par le modèle
cinétique pour les différentes concentrations testées. Le modèle décrit particulièrement bien les
résultats obtenus aux plus faibles concentrations ( < 10-8 mol/l) pour une valeur de ks de (1/300) s-1.
Pour la plus forte concentration, on constate que le jeu de paramètres choisi ne convient pas. Nous
avons probablement sous-estimé la capacité des sites particuliers, toutefois l’ordre de grandeur est
correct (10-7 mol/kg). Ceci expliquerait également le fait que la quantité de césium désorbé est sur-
estimée par le modèle.
Globalement, le modèle élaboré permet de décrire correctement l’allure de l’ensemble des
courbes de percée et l’isotherme de sorption mesurée en batchs avec un jeu de paramètres
cohérents. Les résultats des expériences en conditions statiques et dynamiques ont révélé la
présence de deux types de sites de sorption du césium sous forme Cs+. Pour des niveaux de
concentration en phase liquide faibles (< 10-7 mol/l), le césium se fixe majoritairement sur des sites
« particuliers » ayant une très forte affinité pour cet élément. La réaction de sorption au niveau des
sites particuliers peut être décrite dans nos conditions géochimiques par une réaction d’échange
binaire entre les cations Cs+ et K+.
Les expériences en réacteur ouvert ont mis en évidence l’existence d’une cinétique de
sorption sur ces sites particuliers. Le temps caractéristique de la réaction de sorption est de l’ordre
de la minute, le temps caractéristique de la désorption est de l’ordre de la dizaine d’heures. Ce
dernier point est peut-être la cause des différences observées entre les simulations et les profils de
concentration du Cs dans la colonne enregistrés aux temps longs.

176
3. ESSAIS EN COLONNE SATUREE

Nous avons choisi de tester le modèle élaboré à partir des résultats obtenus en réacteurs
en procédant à des essais indépendants de migration en colonne de laboratoire. Par rapport aux
tubes à essais, cette technique est relativement peu utilisée dans la littérature pour l’étude de la
rétention du césium à la surface des particules solides. Pourtant, cette méthode présente de
nombreux avantages. Les temps de contact et le rapport solide/liquide sont plus proches de ceux
rencontrés sur le terrain. L’alimentation en continu de la colonne assure le maintien des conditions
physico-chimiques en cours d’expérience, et le contrôle de ces conditions est facilité par rapport à
l’utilisation des batchs. Les conditions initiales et aux limites du système sont maîtrisées. Enfin les
difficultés liées à l’abrasion des particules solides ou la perte de matière dans les réacteurs
disparaissent. L’inconvénient majeur de cette technique, en dehors du fait qu’elle nécessite un
certain « savoir-faire », est la durée des essais de migration qui impose de réduire le nombre
d’expériences avec des soluté fortement retenus.

Longueur Diamètre Masse Porosité Débit Vitesse Volume Concentration


volumique géométrique de Darcy injecté totale de Cs injectée
(L) apparente (ρd) (ε ) (Q) (q) (Vinj) [Cs]0
cm cm g/cm3 − ml/h cm/h ml mol/l
10,7 1,6 1,78 0,33 15,0 7,46 0,5 9,8E-08
Tableau III-3

Caractéristiques géométriques de la colonne de sable de Pripyat n°1 et conditions de l’essai de


migration. La masse volumique apparente et la porosité géométrique ont été déterminées en utilisant
3
la masse de sable introduite, la masse volumique du quartz (2,65 g/cm ), le volume total de la colonne
et les équations I-3 et I-4.

L’étude du transfert réactif du césium à travers le sable de Pripyat saturé en eau a été
réalisée sur le banc PILCOL à l’aide d’une colonne dont les dimensions sont données dans le
Tableau III-3. Le banc gamma PILCOL permet de suivre l’évolution en cours d’expérience de la
position et de l’allure des profils de concentrations de césium radioactif (émetteur gamma).
L’installation en sortie de colonne d’un collecteur de fractions et d’un compteur à scintillation liquide
muni d’une cellule de comptage en ligne (FLO-ONE), permet l’enregistrement des courbes de
percée des différents traceurs utilisés.

3.1. Caractéristiques hydrodynamiques de la colonne

Préalablement à l’étude de la migration du césium, les paramètres hydrodynamiques de la


colonne de sable de Pripyat sont obtenus avec un traceur inerte (ou traceur de l’écoulement) dans
des conditions identiques à celles du traçage césium.
Le traceur inerte utilisé ici est l’eau tritiée (le tritium est un émetteur β détecté en scintillation
liquide). La fonction d’entrée est une injection-impulsion de 0,5 mL contenant 37 MBq (ou 1 µCi) de
3
H. Le débit est maintenu constant à 15 mL/h. La réponse à cette sollicitation, renseigne sur le
comportement hydrodynamique de la colonne de sable.
Afin de suivre l’évolution et contrôler la stabilité du remplissage, plusieurs traçages ont été
effectués au cours du temps, les courbes de percée obtenues sont présentées sur la Figure III-12.
On constate que les courbes de percée du traceur de l’écoulement réalisés à plusieurs mois
d’intervalle ne sont pas tout à fait superposables. Les moments d’ordre 1 des trois courbes sont
proches, mais au cours du temps, le moment d’ordre 2 augmente. Cela signifie que le volume de

177
pore ne change pas, mais la dispersivité du lit de sable augmente, probablement suite à la
réorganisation des particules de sable dans la colonne au cours de l’essai.

0.20

0.18 DTS 25/01/02

0.16 DTS 12/02/02

0.14
DTS 23/04/02
0.12

0.10

0.08

0.06

0.04

0.02

0.00
10 15 20 25 30 min 35 40 45 50

Figure III-12
Comparaison des courbes de percée du traceur de l’écoulement en sortie de la colonne n°1 saturée
en eau enregistrées à différentes dates en cours d’expérience. Les 3 courbes sont normées en
surface.

Nous avons ajusté sur les données expérimentales les paramètres de la solution analytique
de l’équation de convection-dispersion pour une injection du type fonction de Dirac (équation I-
155). Les deux paramètres du modèle sont le temps de séjour de l’eau dans la colonne (Ts en h)
et le nombre de Péclet. Les valeurs des paramètres ajustés sont indiquées dans le Tableau III-4
ainsi que le coefficient de corrélation R², permettant de juger la qualité de l’ajustement (le logiciel
Peakfit utilise l’algorithme de Levenburg-Marquardt pour réaliser l’ajustement de la solution
analytique). En réalité, la fonction d’entrée diffère légèrement d’une véritable fonction de Dirac.
Pour prendre en compte le retard induit par le volume des capillaires en entrée de colonne, nous
avons ajusté les paramètres du modèle de sorte que le produit de convolution de la fonction
d’entrée réelle avec la solution analytique de l’équation de convection-dispersion en réponse à une
injection de Dirac, décrive correctement les courbes de percée expérimentales.

Le temps de séjour moyen du traceur de l’écoulement dans la colonne de sable est 0,46 h
(27,6 min), ce qui correspond à une teneur en eau volumique à saturation de 32 % et un volume
de pore de 6,9 ml. Aux incertitudes de mesure près, la valeur de la teneur en eau à saturation de la
colonne déterminée par traçage à l’eau tritiée est égale à la valeur de la porosité géométrique.
Cela signifie qu’il n’y a pas de bulles d’air piégées dans la matrice solide, ni de volume d’eau
inaccessible au traceur (ce qui se produit parfois lorsqu’on utilise des traceurs anioniques). Nous
avons pu atteindre cette valeur de saturation du milieu poreux grâce à la mise en circulation de gaz
NO2 soluble dans l’eau dans la colonne avant la mise en eau.

178
Date Temps Nombre Coefficient de Vitesse Teneur Volume Dispersivité
de séjour de Péclet corrélation de pore en eau de pore

Ts (h) Pe R² v = L/t (cm/h) θsat Vp = L.S.θsat (ml) λ (cm)


25/01/2002 0,46 424 0,998 23,09 0,32 6,95 0,025
12/02/2002 0,46 364 0,998 23,15 0,32 6,93 0,029
23/04/2002 0,46 262 0,995 23,23 0,32 6,91 0,041
Tableau III-4

Paramètres ajustés de la solution analytique de l’équation de convection-dispersion (Ts et Pe) pour


décrire la fonction de transfert de la colonne n°1. L désigne la longueur de la colonne (10,7 cm) et S la
section totale (2,011 cm²).

La dispersivité du milieu poreux augmente légèrement au cours du temps et passe de


0,025 cm au moment de l’injection de césium à 0,05 cm en fin d’expérience. Toutefois nous
verrons que la rétention du césium est telle que le choix de l’une ou l’autre de ces valeurs
extrêmes dans le modèle de transport n’a pratiquement pas d’influence sur l’allure des courbes
simulées.

3.2. Migration de Cs dans la colonne de sable de Pripyat

3.2.1. Conditions expérimentales

Pour pouvoir utiliser le modèle élaboré à partir des résultats obtenus en batch et en
réacteur ouvert, nous nous sommes placés dans des conditions physico-chimiques identiques.
L’eau synthétique dont la composition est donnée dans le Tableau II-1 a été utilisée pour
l’alimentation en continu de la colonne. La température dans le laboratoire a été maintenue entre
22 et 28 °C.
Les paramètres d’injection du césium sont donnés dans le Tableau III-3. Cette expérience
de traçage en colonne saturée s’est déroulée en continu sur plusieurs mois. Des échantillons de 10
ml ont été recueillis en sortie de colonne à l’aide d’un préleveur de fractions tout au long de
l’expérience. La courbe de percée du Cs a été déterminée à partir des comptages gamma
effectués sur les échantillons collectés. Le compteur gamma a été calibré à l’aide d’une source
étalon de 134Cs. D’autre part, un grand nombre de profils d’activité gamma a été réalisé le long de
la colonne à intervalles de temps réguliers (environ un profil par semaine) pour suivre l’avancée du
front de césium dans la colonne.

3.2.2. Evolution des profils de concentration totale en Cs

Parmi la centaine de profils longitudinaux réalisés le long de la colonne, nous en avons


sélectionné huit afin de visualiser la progression du front d’infiltration du césium (Figure III-13).
Chaque profil sélectionné a été repéré par le nombre de volumes de pore écoulés depuis le début
de l’expérience. On constate que la progression du front ne s’effectue pas à vitesse constante mais
ralentit au cours de l’expérience. L’intensité des profils a pu être exprimée en concentration de
césium total (phase liquide et phase solide) en utilisant la méthode décrite au chapitre II.

179
1E-08

218.5 Vp 570.3 Vp 1439.8 Vp

8E-09 3148.7 Vp 5692.7 Vp 7760.6 Vp

6E-09

4E-09

2E-09

0E+00
2 12 22 32 42 52 62 72 82 92 102
position de la sonde de détection par rapport au bas de la colonne (mm)

injection par le bas de la colonne


Figure III-13
Evolution des profils de concentration totale de Cs le long de la colonne n°1 saturée en eau. Les
profils choisis ont été repérés par le nombre de volumes de pore passés dans la colonne depuis
l’injection.

Nous rappelons que la quantité mesurée par la sonde gamma correspond à une activité
totale de césium par unité de volume de colonne. En d’autre termes, la quantité représentée en
ordonnée sur ce graphique correspond à la quantité totale de césium (en solution et fixé à la
surface du solide) par unité de volume de milieu poreux. Cette quantité notée [Cs]t s’exprime à
partir de la concentration de césium sorbé, [Cs]s et de la concentration de césium en phase liquide,
[Cs]aq suivant : [Cs]t = (θ sat [Cs]aq + ρd [Cs]s ) .

L’exploitation des profils nécessitent la détermination d’une relation liant [Cs]s et [Cs]aq. De
toute évidence, une relation linéaire (soit un modèle du type Kd constant) ne convient pas pour
décrire les profils. En effet, les profils présentent un front d’arrivée raide et une traînée importante
et leur vitesse de progression dans la colonne semble diminuer au cours du temps. Comme le
laissait présager les résultats obtenus en réacteurs agités, un modèle du type Kd ne peut prendre
en compte ces phénomènes. Autrement dit, il n’existe pas de solution analytique simple permettant
de décrire ces profils de concentrations. La modélisation de ces résultats nécessite l’utilisation d’un
modèle couplé chimie-transport.
Nous avons décidé de tester la validité du modèle d’échange d’ions décrit dans les
paragraphes précédents, en conditions dynamiques, et en milieu structuré. Nous avons choisi à
nouveau PHREEQC pour résoudre numériquement l’équation de convection-dispersion couplée
avec le modèle d’échange d’ions à deux types de sites.

3.2.3. Courbe de percée du Cs

La courbe de percée (Figure III-14) a été reconstituée à partir des mesures par
spectrométrie gamma effectuées sur les échantillons collectés en sortie de colonne.

180
2.8e-12

comptages collectes
2.4e-12
déduit des profils
2.0e-12

1.6e-12

1.2e-12

8.0e-13

4.0e-13

0.0e+00
0 2000 4000 6000 8000 10000 12000
V/Vp

Figure III-14
Courbe de percée du Cs mesurée en sortie de la colonne n°1 par comptage gamma des collectes.

Le calcul du moment d’ordre 0 de la courbe de percée, nous indique que 83 % du césium


injecté a été restitué après 12000 volumes de pore (représentant environ 230 jours). Le calcul du
moment d’ordre 1 permet de déterminer le facteur de retard du césium par rapport au traceur de
l’écoulement, on obtient R = 6600. Toutefois, la courbe de percée est incomplète, le facteur de
retard est donc sous-estimé.

1e-8 6e-12
22.5 mm
42.5 mm 5e-12
8e-9
62.5 mm
82.5 mm 4e-12
6e-9 102.5 mm
107 mm :courbe de percée
3e-12

4e-9
2e-12

2e-9
1e-12

0e+0 0e+0
0 2000 4000 6000 8000 10000
V/Vp

Figure III-15
Evolution de la concentration totale de Cs en un point de la colonne n°1 saturée. Les courbes
choisies ont été repérées par la côte de la sonde de mesure gamma depuis le bas de la colonne.

181
D’autre part, la courbe de percée « déduite des profils » par le calcul des bilans de matière
est proche de la courbe mesurée directement à partir de l’activité de 134Cs en phase liquide. Nous
avons vérifié de cette façon que les données « profils » et « courbe de percée » correspondaient
quantitativement. La technique « d’étalonnage » de la sonde gamma du banc PILCOL est validée.
Qualitativement on s’aperçoit sur la Figure III-15 que les résultats sont également en bon accord.
Nous avons représentés les données issues des acquisitions avec la sonde gamma de PILCOL
sous forme d’évolution à côte fixe de la concentration résidente totale de 134Cs dans la colonne. La
Figure III-15 (page précédente) confirme l’allure « à 2 bosses » de la courbe de percée.

3.2.4. Autopsie de la colonne et bilans massiques

En fin d’expérience, la colonne a été découpée en 8 tronçons d’égale épaisseur (environ 13


mm). Ces tronçons ont été pesés. Sur chacun d’eux, des échantillons de 0,5 g de sable ont été
prélevés et comptés avec un temps d’intégration de 20 s. Pour chaque échantillon une valeur
d’activité a été obtenue, correspondant à une quantité moyenne de césium. La quantité totale de
césium restant dans la colonne a ainsi été évaluée à 5.10-12 mol, ce qui représente environ 10 %
de la quantité totale injectée. L’ordre de grandeur des concentrations mesurées (de 1 à 2 10-10
mol/kg de sable) est cohérent avec les derniers profils effectués le long de la colonne avec la
sonde gamma.

1.8E-10
Rétention du Césium
caractérisée par autopsie de la
1.6E-10
colonne
4,6.10-12 mol de 134Cs fixé sur le sable après
1.4E-10 12000 Vp, soit 10 % de la quantité injectée.

1.2E-10
[Cs]fixé (mol/kg)

1.0E-10

8.0E-11

6.0E-11
Entrée Sortie

4.0E-11 bas de colonne haut de colonne

2.0E-11

0.0E+00
8 21 34 47 60 73 86 99
mm

Figure III-16
Profil de concentration résidente totale de Cs déterminé par autopsie de la colonne n°1 à la fin de
l’expérience de migration.

S’agit-il pour autant de rétention définitive ? Sur la Figure III-16, le profil de concentration de
césium fixé, reconstitué à la fin de l’expérience présente un minimum en milieu de colonne et une
remontée en sortie qui pourrait s’interpréter comme la traînée de la courbe de percée. On peut
donc en conclure que les 10 % obtenus représentent une estimation maximum de la rétention
définitive. Le temps de séjour du Cs dans la colonne est tel (6600 fois le temps de séjour de l’eau,
soit environ 130 jours) qu’il est possible qu’un mécanisme de sorption lente apparaisse à cette
échelle de temps. On ne peut pas exclure que ce mécanisme soit irréversible.

182
3.3. Modélisation

3.3.1. Choix des paramètres du modèle

Nous avons choisi de tester la validité du modèle d’échange d’ions élaboré à partir des
résultats obtenus en réacteurs, dans des conditions dynamiques en colonne de laboratoire saturée
en eau. La modélisation des mécanismes couplés chimie-transport-1D est possible avec le logiciel
PHREEQC (c.f. Chapitre I).
Le code de calcul PHREEQC repose sur une discrétisation de l’espace à modéliser en
cellules convectives. Les paramètres du modèle de transport par convection-dispersion, sont le
temps de séjour de l’eau dans chaque cellule et la dispersivité du milieu poreux. Par ajustement de
la solution analytique de l’équation de convection-dispersion sur la courbe de percée du traceur de
l’écoulement, nous avons déjà déterminé la vitesse de pore et la dispersivité (Tableau III-4).
Nous avons choisi de simuler avec PHREEQC, 3 profils de concentration totale de Cs
(exprimée en mol/mm de colonne) enregistrés au bout de 570 volumes de pore, 1440 volumes de
pore et 3149 volumes de pore ainsi que la courbe de percée du césium (ou évolution de la
concentration totale de césium dans l’effluent en sortie de colonne en fonction du temps). Les deux
fichiers d’entrée correspondant à la simulation d’un profil et de la courbe de percée sont présentés
respectivement en Annexe III-4 et Annexe III-5. Le Tableau III-5 (page suivante) résume les
paramètres du modèle de transport introduits dans les fichiers d’entrée.
Les valeurs des constantes d’échange au niveau des sites réguliers (X-) et des sites
particuliers (Y-) sont identiques à celles déterminées pour les essais en réacteurs :
− logKCs/K = 5,4-5,6 pour Y- et logKCs/Na = 2,15-2,3 pour X-.
Les ordres de grandeur des capacités d’échange pour ces deux types de sites sont :
− CECX = 1,25 10-2 mol/kg et CECY = 10-7-2 10-7 mol/kg.
Nous rappelons que dans PHREEQC, les capacités d’échange des sites sont exprimées en moles
par litre d’eau dans le milieu poreux. Les concentrations de sites calculées s’expriment donc
suivant :
ρd
X − = 1,25.10− 2 × = 6,7 10 −2 mol/l
θ sat
équation III-10
− −7 ρ
Y = 10 × d = 5,4 10 −7 à 10,8 10 -7 mol/l
θ sat

Nous rappelons que ρd (kg/l de milieu poreux) désigne la masse volumique apparente du milieu
poreux et θsat (l d’eau/l de milieu poreux), la teneur en eau à saturation.

183
Colonne n°1

longueur modélisée 11 cm
∆z (longueur d’une cellule convective) 0,79 cm
nombre de cellules convectives 14
vitesse de pore : v 23,2 cm/h
temps de séjour dans une cellule mobile : timest = ∆z/v 121,8 s
dispersivité : α (disp) 0,04 cm
teneur en eau moyenne : <θ> 0,33
temps carac. du transport par convection : tC = L/v 0,47 h
durée d’injection du radioélément (simul 1) 120 s
nombre de pas de temps correspondant
1
(shift 1)
270 h
date d’acquisition du profil (simul 2)
570 Vp écoulés
nombre de pas de temps correspondant
7975
(shift 2)
681,7 h
date d’acquisition du profil (simul 2)
1440 Vp écoulés
nombre de pas de temps correspondant
20148
(shift 2)
681,7 h
date d’acquisition du profil (simul 2)
1440 Vp écoulés
nombre de pas de temps correspondant
20148
(shift 2)
1490,7 h
date d’acquisition du profil (simul 2)
3149 Vp écoulés
nombre de pas de temps correspondant
44242
(shift 2)
5681 h
durée de simulation pour courbe de percée (simul 2)
12000 Vp écoulés
nombre de pas de temps correspondant
168594
(shift 2)
Tableau III-5
Paramètres du modèle de transport en saturé et durées des simulations réalisées avec PHREEQC.

184
3.3.2. Simulations suivant l’hypothèse d’équilibre thermodynamique pour la
réaction de sorption de Cs+

La Figure III-17 représente les 3 profils mesurés à l’aide de la sonde gamma ainsi que les
simulations réalisées avec PHREEQC en supposant que dans la gamme de concentration de Cs
en phase liquide décrite dans cet essai de migration, la réaction de sorption au niveau des deux
types de sites est correctement décrite par le mécanisme d’échange d’ions élaborés à partir des
résultats obtenus en réacteur. Les valeurs des paramètres du modèle d’échange utilisés pour ces
trois simulations sont : logKCs/K = 5,6 pour Y-, logKCs/Na = 2,3 pour X-, et nous avons considéré que
CECY = 10-7 mol/kg.
En observant les trois profils simulés, on peut affirmer que le modèle reproduit correctement
les niveaux de concentrations observés dans la colonne. En revanche, la position et la forme des
profils ne sont pas correctes. Nous avons observé que la progression des profils, caractérisée par
la vitesse de déplacement du front de concentration, diminuait en cours d’expérience. Ce n’est pas
le cas des profils simulés. Finalement, on constate sur la Figure III-18 que le modèle sur-estime le
facteur de retard du Cs aux temps « courts » (V/Vp < 1440) et sous-estime le facteur de retard aux
temps longs (V/Vp > 1140). Enfin la forme des profils n’est pas reproduite par le modèle, les profils
simulés sont symétriques.

données exp. 570 Vp


1.8e-12
données exp. 1440 Vp
données exp. 3149 Vp
1.5e-12 570 Vp : équilibre
1440 Vp : équilibre
1.2e-12 3149 Vp équilibre

9.0e-13

6.0e-13

3.0e-13

0.0e+00
2.5 17.5 32.5 47.5 62.5 77.5 92.5 107.5
mm

Figure III-17
Trois profils de concentration totale de Cs le long de la colonne n°1 saturée. Les profils choisis ont
été repérés par le nombre de volumes de pore passés dans la colonne depuis l’injection. Les profils
simulés avec PHREEQC sont représentés par des lignes.

La Figure III-18 représente deux simulations de la courbe de percée du Cs en faisant varier


le nombre de sites particuliers (de 10-7 mol/kg à 2 10-7 mol/kg). On constate que ce paramètre a
beaucoup d’influence sur la valeur du temps de séjour moyen dans la colonne. En choisissant la
valeur 2 10-7 mol/kg pour CECY, on s’aperçoit que le modèle reproduit correctement la date
d’apparition du Cs dans les effluents en sortie de colonne. Le facteur de retard de la courbe
simulée est 7500.

185
3.0e-12
données exp.

2.5e-12 CEC Y = 10-7 mol/kg

CEC Y = 2 10-7 mol/kg


2.0e-12

1.5e-12

1.0e-12

5.0e-13

0.0e+00
0 2000 4000 6000 8000 10000 12000
V/Vp

Figure III-18
Courbe de percée du Cs mesurée en sortie de la colonne n°1 saturée (symboles) et influence de la
capacité d’échange des sites particuliers sur les courbes simulées avec PHREEQC.

Nous devons prendre en compte la cinétique de la réaction de sorption du Cs au niveau


des sites particuliers pour simuler les données obtenues en colonne. En effet, la vitesse
d’écoulement dans la colonne est telle que le temps de séjour de l’eau dans la colonne est du
même ordre de grandeur que le temps caractéristique du transfert de masse de la phase liquide
vers la phase solide. Pour se convaincre de la nécessité d’un traitement cinétique de la réaction,
nous pouvons calculer le nombre de Damköhler dans nos conditions expérimentales. Rappelons la
définition donnée par Saiers et Hornberger, 1996a du nombre de Damköhler :
L
Dk = équation III-11
v × k −1
Avec L, longueur caractéristique du transport par convection (L = 10,7 cm), v vitesse de pore (23,2
cm/h) et k-1 temps caractéristique de la réaction. Jennings et Kirchner, 1984 précise que
l'hypothèse d'équilibre thermodynamique est vérifiée si Dk est supérieur à 100. Dans nos
conditions expérimentales, l’hypothèse d’équilibre thermodynamique pour la réaction de sorption et
0,46
de désorption est vérifiée seulement si k s−1 et k d−1 ≤ = 17 s . D’après les résultats obtenus en
100
réacteur ouvert, nous pouvons affirmer que cette hypothèse n’est pas vérifiée. En effet, l’ordre de
grandeur du temps caractéristique de sorption (ks-1) est 300 s, et l’ordre de grandeur du temps
caractéristique de désorption (kd-1) est 17 h. Un traitement cinétique du mécanisme de sorption du
césium au niveau des sites particuliers s’impose pour espérer reproduire les résultats
expérimentaux obtenus en colonne.

3.3.3. Simulations suivant l’hypothèse d’une cinétique pour la réaction de


sorption sur les sites particuliers

Dans un second temps, nous avons donc utilisé le modèle élaboré en réacteur ouvert pour
décrire le mécanisme cinétique de sorption du césium au niveau des sites particuliers. La
représente les profils de concentration totale de 134Cs le long de la colonne simulés avec
PHREEQC en supposant que le temps caractéristique de la réaction de sorption est 100 s.

186
Les profils simulés ne sont plus symétriques. Le front de césium se propage plus
rapidement dans la colonne, ce qui induit une sortie précoce du césium. Le temps caractéristique
de la désorption est grand par rapport au temps caractéristique de la convection, le césium sorbé
est donc fixé durablement dans la colonne. Ce mécanisme explique la traînée observée sur les
profils.
Il semble que le modèle élaboré à partir des expériences en tubes à essais et réacteur
ouvert ne permette pas de reproduire correctement les profils et la courbe de percée mesurés en
colonne. Il est sans doute possible de trouver un jeu de paramètres afin de décrire les profils
mesurés jusqu’à 1440 Vp, puis, pour les temps de séjour très long dans la colonne, il apparaît un
nouveau mécanisme que le modèle actuel à 2 types de sites d’échange ne reproduit pas. Ce
modèle a été construit à partir des résultats obtenus en réacteur c’est à dire pour des temps de
contact Cs/sol de quelques dizaines de jours au maximum. L’échelle de temps pour des
expériences en colonne est bien différente (de l’ordre de plusieurs mois). Il est donc possible dans
ces conditions expérimentales qu’un autre mécanisme de sorption apparaisse. On pense par
exemple à de la diffusion vers d’autres types de sites moins accessibles.
Toutefois, à ce stade, et sans pousser plus loin la caractérisation du solide il n’est pas
possible de compliquer d’avantage le modèle de sorption du césium en faisant apparaître de
nouveaux paramètres inconnus.

1.8e-12
données exp. 570 Vp
données exp. 1440 Vp
1.5e-12
données exp. 3149 Vp
570 Vp : 1/ks = 100 s
1.2e-12
1440 Vp : 1/ks = 100 s
3149 Vp : 1/ks = 100 s
9.0e-13

6.0e-13

3.0e-13

0.0e+00
2.5 17.5 32.5 47.5 62.5 77.5 92.5 107.5
mm

Figure III-19
Trois profils de concentration totale de Cs le long de la colonne n°1 saturée. Les profils choisis ont
été repérés par le nombre de volumes de pore passés dans la colonne depuis l’injection. Les
données expérimentales sont représentées par des symboles, les profils simulés avec PHREEQC par
des lignes. Le temps caractéristique de la réaction de sorption pour les courbes simulées est 100 s.

4. CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES

Avant de tirer les principales conclusions de cette étude de l’interaction du Cs, sous forme
Cs+, avec le sable éolien de Pripyat, il nous paraît nécessaire de résumer et de comparer les

187
conditions dans lesquelles se sont déroulées les différentes expériences. Que ce soit en tubes à
essais, en réacteur ouvert ou en colonne, nous avons utilisé l’eau synthétique de Tchernobyl
comme eau d’alimentation. La composition de l’eau synthétique est donnée dans le Tableau II-1.
Toutes les expériences ont été réalisées à 22 ± 3°C. Le Tableau III-6 donne la gamme de variation
de la concentration de Cs en phase liquide, du rapport solide/liquide, et du temps de contact Cs/sol
pour les différents essais.

Technique Objet de Conditions M/V Temps de Temps de [Cs]aq


l’étude contact contact Cs/sol
expérimentale (kg/l) (mol/l)
sol/solution

1
cinétique de statique sous
batchs milieu 30 min à 7 jrs 30 min à 7 jrs 10-4
sorption agitation
dispersé
1
état d’équilibre
statique sous
batchs de la réaction milieu 1 jr 1 jr 10-13 à 10-3
agitation
de sorption
dispersé

cinétique de 0,21
dynamique
réacteur ouvert sorption et de milieu 13 à130 min 1 à 10 jrs 10-6
sous agitation
désorption dispersé
0,21
état d’équilibre dynamique
réacteur ouvert milieu 26 min 2 jrs 0 à 5 10-8
réversibilité sous agitation
dispersé
5,4
couplage
colonne dynamique milieu 30 min 230 jrs 0 à 10-7
chimie/transport
structuré
Tableau III-6
Intercomparaison des conditions expérimentales des différents essais réalisés.

En conditions statiques, les expériences en tubes à essais dédiées à l’étude de l’état


d’équilibre du système sol/solution, ont permis de mettre en évidence la non linéarité de l’isotherme
de sorption et de distinguer la présence de deux types de sites. Nous avons pu décrire l’isotherme
de sorption en utilisant un modèle d’échange d’ions à deux types de sites. Les différences sont
telles entre les capacités respectives et les constantes de sélectivité apparentes du Cs+ pour ces
deux types de sites, qu’on peut affirmer que pour des concentrations de césium en solution
inférieures à 10-9 mol/l, le mécanisme de sorption prépondérant a lieu au niveau de sites dits
« particuliers ». Toujours en conditions statiques, les expériences en tubes à essais dédiées à
l’étude de la cinétique de la réaction de sorption ont montré que le temps caractéristique de la
réaction de sorption était inférieur à 30 min. Cette pré-étude cinétique ayant été réalisée à une
concentration de Cs en phase aqueuse élevée (10-4 mol/l), c’est la cinétique de sorption au niveau
des sites « réguliers » qui a été caractérisée.
L’étude en réacteur ouvert a confirmé la présence de ces deux types de sites et
l’importance de la prise en compte de la réaction d’échange au niveau des sites particuliers pour
[Cs]aq < 10-8 mol/l. L’étude de la cinétique de la réaction a montré que le temps caractéristique de
la réaction de sorption au niveau des sites particuliers est de l’ordre de 5 min. La réaction de
sorption au niveau des sites réguliers est instantanée. Les temps de contact Cs/sol sont trop
faibles dans cette étude pour mettre en évidence un éventuel mécanisme de sorption lente (temps
caractéristiques > 7 jours). La réaction de sorption est totalement réversible, néanmoins le temps

188
caractéristique de la réaction de désorption au niveau des sites particuliers est beaucoup plus
grand que le temps caractéristique de la réaction de sorption (17 h au lieu de 5 min).
Enfin, le modèle élaboré à partir des résultats obtenus en tubes à essais et en réacteur
ouvert a pu être testé dans le cadre d’un essai de migration en colonne. Des profils de
concentration résidente de césium ont été enregistrés en cours d’expérience, ainsi que la quasi-
totalité de la courbe de percée. Le temps caractéristique de la convection dans la colonne (0,5 h)
est tel qu’un traitement cinétique de la réaction de sorption au niveau des sites particuliers et
surtout de désorption est nécessaire pour interpréter les résultats obtenus. Toutefois, il semble
qu’un autre mécanisme de sorption apparaisse en colonne lorsque le temps de contact entre le Cs
et le sable devient très grand (plusieurs mois). Ce phénomène n’a pas été mis en évidence en
réacteur ouvert ou en batchs car les temps de contact sont beaucoup plus faibles (typiquement, la
durée d’un essai est de quelques jours). De tels mécanismes de sorption lente, interprétés comme
de la diffusion vers des sites spécifiques ont déjà été observés (Comans et al., 1992 ; Ohnuki,
1994a).
Toutefois nous n’avons pas réussi à déterminer la nature des différentes phases minérales
responsables de la forte rétention du césium. L’analyse chimique du sable a révélé la présence
d’oxydes de fer et d’aluminium qui entrent dans la composition des argiles. La teneur en argile (au
sens minéralogique) du sable est de l’ordre de quelques pour cents en masse. Des techniques
spectroscopiques spécifiques pourraient être utilisées afin de déterminer la nature des phases à
l’origine des deux (voire trois) mécanismes de sorption du césium mis en évidence à l’échelle du
laboratoire sur des échantillons de sol complet. L’EXAFS (Extended X-ray Absorption Fine
Structure) semble adaptée à cette problématique, à condition de travailler à des niveaux de
concentration de césium suffisants (typiquement de l’ordre de 10-100 ppm). L’enregistrement de
spectres EXAFS sur la fraction fine (< 0,2 µm) et sur le sol complet permettrait de distinguer les
phases responsables de la rétention du césium. Cette technique a déjà été utilisée avec succès
pour confirmer la présence de deux types de sites de sorption du césium (complexes de sphère
externe et complexes de sphère interne) sur des minéraux argileux « purs » (Bostick et al., 2002).
Cependant, sans aller plus loin dans la caractérisation des phases minérales contenues
dans le sable éolien, et dans le contexte d’une étude de sûreté au niveau du site pilote de
Tchernobyl, on peut d’ores et déjà affirmer que le transfert dans la nappe n’est pas le vecteur
principal du déplacement du 137Cs dans la biosphère. Le facteur de retard estimé d’après nos
résultats est supérieur à 6600. Le césium se déplace dans la colonne 6600 fois plus lentement que
l’eau. La vitesse de pore déterminée dans l’aquifère est de l’ordre de 3 cm/jour, le Cs se déplace à
une vitesse d’environ 0,16 cm/an. Dans les conditions de notre essai, il faudrait donc 625 ans
environ pour que le césium se déplace de 1 m dans la nappe. Compte tenu de la période de
décroissance radioactive du 137Cs (30 ans), ces résultats indiquent que le transfert dans la nappe
n’est pas le vecteur principal du déplacement du 137Cs dans la biosphère. Ce résultat est confirmé
par les analyses radiologiques effectuées sur le site. En revanche l’étude de la remobilisation du
césium fixé au niveau des couches superficielles du sol par les chelatants d’origine végétale
(acides organiques et acidification de la solution du sol) semble pertinente.

189
190
CHAPITRE IV
MIGRATION DU CESIUM ET DU
STRONTIUM EN COLONNES NON
SATUREES EN EAU
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

SOMMAIRE

CHAPITRE IV : MIGRATION DU CS ET DU SR EN COLONNES NON


SATUREES EN EAU.

A. TRANSPORT D’UN TRACEUR INERTE EN COLONNES NON SATUREES ........ 193


1. CARACTERISTIQUES GEOMETRIQUES ET CONDITIONS D’ECOULEMENT .......................... 193
2. IDENTIFICATION DES PROPRIETES HYDRODYNAMIQUES DES COLONNES NON SATUREES . 196
B. MIGRATION DES RADIOELEMENTS EN COLONNES NON SATUREES ............ 200
1. PRINCIPAUX RESULTATS........................................................................................... 200
1.1. Migration du Cs.............................................................................................. 201
1.2. Migration du Sr .............................................................................................. 202
2. MODELISATION DES PROFILS DE CONCENTRATION DES RADIOELEMENTS....................... 204
2.1. Estimation des paramètres des modèles chimie-transport en non saturé...... 204
2.1.1. Les paramètres du modèle de transport........................................................... 204
2.1.2. Les paramètres des modèles géochimiques .................................................... 206
2.2. Résultats des simulations .............................................................................. 208
2.2.1. Le cas du Cs .................................................................................................... 208
2.2.2. Le cas du Sr..................................................................................................... 209
3. TEST DE VALIDATION DU MODELE DE TRANSPORT REACTIF EN NON SATURE .................. 213
3.1. Détermination des paramètres du modèle de transport réactif ...................... 213
3.2. Détermination des paramètres géochimiques................................................ 215
3.3. Résultats des simulations .............................................................................. 215
C. DISCUSSION ET CONCLUSIONS .......................................................................... 219

192
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en


eau

Le chapitre précédent présente les résultats des expériences menées en réacteurs


parfaitement mélangés et en colonnes saturées en eau. Nous avons montré la cohérence des
résultats obtenus dans des conditions physico-chimiques très différentes. Nous avons pu identifier
et quantifier les mécanismes prépondérants impliqués dans le transfert du césium et du strontium
dans le sable éolien de Pripyat. Nous avons également élaboré un modèle couplé chimie-transport
qui prend en compte ces différents mécanismes.
Dans un deuxième temps, nous avons voulu mettre en évidence l’effet d’une modification
de la teneur en eau moyenne dans une colonne de sable homogène sur les paramètres
hydrodynamiques et géochimiques caractéristiques du système sol/solution déterminés dans les
mêmes conditions, mais à saturation. L’objet de ce chapitre est de faire le point sur l’ensemble des
résultats obtenus en colonne non saturée et de déterminer les paramètres de transfert des deux
radioéléments étudiés (134Cs et 85Sr) en fonction des variations de la teneur en eau. Enfin, nous
essayons de relier les modifications éventuelles de ces paramètres à des modifications de la
géométrie de la phase liquide dans la matrice poreuse.

A. TRANSPORT D’UN TRACEUR INERTE EN COLONNES NON


SATUREES

1. CARACTERISTIQUES GEOMETRIQUES ET CONDITIONS D’ECOULEMENT

La méthodologie utilisée pour la caractérisation de la migration des radioéléments en


colonnes non saturées est basée sur le découplage des mécanismes de transport et des réactions
chimiques dans le système sol/solution (Sardin et al., 1986). La première étape de l’étude consiste
donc à déterminer les propriétés hydrodynamiques de la colonne non saturée en utilisant un
traceur de l’écoulement, en l’occurrence l’eau tritiée (le tritium est un émetteur β détecté en
scintillation liquide). La fonction d’entrée est une injection-impulsion de 1 mL contenant 74 MBq (ou
2 µCi) de 3H (pour la colonne n°8, la fonction d’entrée correspond à un créneau de 186,5 ml d’une
solution d’eau tritiée ayant une activité volumique de 0,74 MBq/ml).
Nous avons procédé pour chaque colonne non saturée à 2 traçages à l’eau tritiée. Dans un
premier temps, nous avons déterminé les caractéristiques hydrodynamiques du lit de sable à
saturation naturelle, puis après drainage et mise en place du régime d’écoulement permanent dans
la colonne, nous avons injecté l’eau tritiée dans les mêmes conditions que le traceur réactif. Le
Tableau IV-1 contient les caractéristiques géométriques et les conditions d’écoulement relatives à
chaque colonne. Les colonnes saturées n°1 et n°2 sont celles qui ont été décrites au chapitre
précédent.
Le choix de la taille des colonnes (saturées et non saturées) a été dicté par le dispositif
expérimental d’acquisition des profils d’activité des radioéléments et de teneur en eau. La
géométrie de comptage des 2 bancs gamma utilisés (banc PILCOL de la SAT et banc IRSN)
impose l’utilisation de colonnes de diamètres différents. Toutefois, la technique de remplissage des
colonnes est identique (remplissage à sec décrit au Chapitre II). On constate que les valeurs de

193
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

masse volumique sèche des différentes colonnes (déterminées par pesée en supposant que la
masse volumique des grains de sable est égale à celle du quartz soit 2,65 g/cm3) sont très
proches. La structure des différents lits de sable est équivalente.

colonne n° longueur diamètre ρd porosité débit vitesse de Darcy Volume injecté [Sr]0
géométrique
3
cm cm g/cm (ε) (Q) ml/h (q) cm/h (Vinj) ml mol/l
-8
saturée n°2 19,7 1,6 1,75 0,34 10,0 4,97 0,5 1,4 10
non saturée n°11 40,0 5,0 1,80 0,32 45,4 2,31 1,0 4,3 10-9
non saturée n°14 28,1 5,0 1,80 0,32 19,8 1,01 1,0 1,5 10-9
-10
non saturée n°15 28,0 5,0 1,81 0,32 4,9 0,25 1,0 4,5 10

colonne n° longueur diamètre ρd porosité débit vitesse de Darcy Volume injecté [Cs]0
géométrique
3
cm cm g/cm (ε) (Q) ml/h (q) cm/h (Vinj) ml mol/l
-8
saturée n°1 10,7 1,6 1,78 0,33 15,0 7,46 0,5 9,8 10
non saturée n°8 30,1 5,0 1,84 0,31 9,9 0,50 186,5 1,0 10-7

Tableau IV-1
Caractéristiques géométriques des colonnes et conditions d’écoulement pour les essais de traçages
en saturé et non saturé.

Nous avons également utilisé le banc gamma IRSN afin de nous assurer de l’homogénéité
des colonnes se traduisant par l’uniformité du profil de masse volumique apparente (absence de
ségrégation granulométrique, de tendance, ou de périodicité). Les profils de masse volumique
apparente des différentes colonnes sont présentés au Chapitre II.
La Figure IV-1 représente l’évolution des profils de teneur en eau pendant la mise en eau
des colonnes (remplissage par le bas de la colonne). Nous avons pu déterminer pour chaque
colonne la valeur moyenne de la teneur en eau à saturation naturelle à l’aide de la sonde gamma
étalonnée et de la source d’Am-241. Puis, après drainage et mise en place du régime
d’écoulement permanent non saturé dans chacune des colonnes, nous avons enregistré en cours
d‘expérience l’évolution des profils de teneur en eau dans chaque colonne (Figure IV-1
également).

Colonne n°8 : mise en eau Colonne n°8 : contrôle de la teneur en eau


0.4 0.3
21/02/02 21h 22/02/02 3h 12/03 10h35 30/03 14h40
22/02/02 9h 22/02/02 13h30
22/02/02 16h30 16/04 15h25 24/04 15h20
0.3
0.2
teneur en eau

0.2
5
0.1
0.1

0.0 0.0
10 60 110 160 210 260 mm 30 80 130 180 230 280 mm

haut bas haut bas


<θsat> = 0,27 ± 0,02 <θ> = 0,16 ± 0,02

194
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

Colonne n°11 : mise en eau Colonne n° 11 : contrôle de la teneur en eau


0.35
0.4 0.30
0.25
0.3
0.20
0.15
0.2 18/09 11 h 30-sept 07-oct
19/09 23 h 0.10 13-oct 18-oct
0.1 0.05
10 70 130 190 250 310 370 mm 10 110 210 310 mm
haut bas haut bas

<θsat> = 0,30 ± 0,02 <θ> = 0,23 ± 0,02

Colonne n°14 : mise en eau Colonne n°14 : contrôle de la teneur en eau


0.4
07/12 15h20 08/12 15h20
0.25
09/12 15h20 10/12 14h15
0.3
0.20
0.2
0.15

0.1 0.10 09-janv 15-janv


19-janv 25-janv
0.0 0.05
10 70 130 190 250 mm 10 110 210 mm

haut bas haut bas

<θsat> = 0,26 ± 0,02 <θ> = 0,19 ± 0,02

Colonne n°15 : mise en eau Colonne n°15 : contrôle de la teneur en eau


0.4 0.2
11/04 23h52 12/04 11h52
14/04 09h26 22/04 10h23
0.3 0.15

0.2 0.1

0.1 0.05 24-avr 05-mai


09-mai 15-mai
20-mai
0.0 0
0 70 140 210 mm 0 30 60 90 mm

haut bas haut bas


<θsat> = 0,29 ± 0,02 <θ> = 0,15 ± 0,02
Figure IV-1

Profils de teneur en eau dans les différentes colonnes dédiées à l’étude de la migration des
radioéléments en non saturé. Nous avons mesuré θsat en moyenne sur les colonnes, ainsi que la valeur
de la teneur en eau moyenne dans la colonne en régime d’écoulement permanent et en conditions non
saturées.

On constate que la teneur en eau à saturation naturelle est inférieure à la porosité


géométrique des colonnes, en moyenne on mesure : 0,8ε ≤ θsat ≤ 0,9ε. Ces valeurs sont tout à fait

195
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

conformes aux observations de Rogowski, 1971. Le protocole de mise en eau des colonnes
saturées (n°1 et n°2) prévoit la circulation d’un gaz soluble dans l’eau (N2O) avant le remplissage
du lit de sable. Cette étape permettait d’occuper totalement l’espace poral avec l’eau d’alimentation
de la colonne. Nous n’avons pas procédé à cette étape préalable à la mise en eau des colonnes
non saturées. Des bulles d’air sont donc restées piégées dans l’espace poral.
Une fois la colonne saturée, nous rappelons qu’un traçage à l’eau tritiée a été réalisé dans
la colonne.
La colonne a en suite été asséchée en pompant à un débit faible (5 ml/h) en pied de
colonne. Un fois la colonne suffisamment sèche, nous avons ré-alimenté la colonne en injectant
par le haut de l’eau synthétique au débit de fonctionnement Q (ml/h) (Tableau IV-1). Une fois le
profil de teneur en eau uniforme établi, nous avons redémarré la pompe installée en pied de
colonne de façon à maintenir un régime d’écoulement permanent et nous avons procédé au
second traçage à l’eau tritiée. On constate sur la Figure IV-1 que l’obtention d’un profil de teneur
en eau uniforme sur toute la longueur de la colonne n’est pas simple. En réalité, le pied de colonne
doit rester saturé en eau de façon à ce que le dispositif de pompage ne se désamorce pas. Les
valeurs de teneur en eau indiquée dans la Figure IV-1 sont les valeurs moyennes sur la portion de
colonne explorée. Les profils de teneur en eau sont restés constants tout au long des expériences
de traçages.

2. IDENTIFICATION DES PROPRIETES HYDRODYNAMIQUES DES COLONNES NON


SATUREES

L’évolution de l’activité volumique de tritium en sortie de colonne, ou courbe de percée du


traceur de l’écoulement, a été enregistrée en continu à l’aide d’un compteur à scintillation liquide
étalonné (FLO-ONE, Packard).
Le premier traçage en conditions saturées nous permet d’estimer la qualité du remplissage
de la colonne (homogénéité, absence de court-circuit, de volume mort...) et d’évaluer l’effet d’une
diminution de teneur en eau sur les mécanismes de transport. Lorsque la courbe de percée en
conditions saturées est symétrique et que le modèle de convection-dispersion classique est
suffisant pour décrire le transport d’une espèce inerte, la colonne est acceptée. L’objectif de cette
sélection est de s’assurer que le comportement hydrodynamique du lit de sable peut être décrit le
plus simplement possible. La Figure IV-2 représente les courbes de percée du traceur de
l’écoulement pour les colonnes dédiées aux essais de migration des radioéléments en conditions
non saturées.
Les essais de traçage à l’eau tritiée en conditions saturées et non saturées ont été réalisés
au même débit. La diminution de la teneur en eau entraîne une diminution du temps de séjour
moyen de l’eau dans la colonne. D’autre part, en non saturé, la courbe de percée présente un front
raide et une traînée. Cette allure caractéristique est très souvent attribuée à la présence d’eau
immobile dans la colonne (c.f. Chapitre I).
Nous avons ajusté sur les données expérimentales les paramètres du modèle de
convection-dispersion et du modèle mobile-immobile de sorte que le produit de convolution de la
fonction d’entrée réelle avec la fonction de transfert optimisée, décrive correctement les courbes de
percée expérimentales. Nous avons réalisé cet ajustement avec le logiciel CEA développé par P.
Berne, afour (Villermaux, 1985), qui utilise l’algorithme de Levenburg-Marquardt. Nous rappelons
que les deux paramètres du modèle de convection-dispersion sont : le temps de séjour de l’eau
dans la colonne (Ts en h) et le coefficient de dispersion hydrodynamique (D en cm²/h) (c.f.
Chapitre I, équation I-132). Les paramètres du modèle mobile-immobile (c.f. Chapitre I, équation I-
140) sont : le temps de séjour de l’eau mobile (Ts = L/vm en h), la fraction d’eau mobile (f = θm/θ), le

196
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

coefficient de dispersion hydrodynamique (Dm en cm²/h) et le coefficient de transfert de masse de


la phase liquide mobile vers la phase liquide immobile (kM en h-1).

Colonne n° 8

9e-4
fonction entrée
8e-4
non saturé
7e-4

CD non saturé
6e-4

5e-4 MIM non saturé

4e-4

3e-4

2e-4

1e-4

0e+0
0 500 1000 1500 2000 2500
temps depuis injection (min)

Colonne n° 11
2.5e-2

non saturé

2.0e-2 CD non saturé

MIM non saturé

1.5e-2 saturé

CD saturé
1.0e-2

5.0e-3

0.0e+0
150 200 250 300 350 400 450
temps depuis injection (min)

197
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

Colonne n°14
1.4e-2
non saturé
1.2e-2 CD non saturé
MIM non saturé
1.0e-2 saturé
CD saturé
8.0e-3

6.0e-3

4.0e-3

2.0e-3

0.0e+0
100 200 300 400 500 600 700
temps depuis injection (min)

Figure IV-2

Courbes de percée du traceur de l’écoulement mesurées en sortie de colonnes à saturation naturelle


et en conditions non saturées. Ajustement des paramètres des modèle de convection-dispersion
(CD) et mobile-immobile (MIM) pour les différentes conditions expérimentales.

Le Tableau IV-2 résume les paramètres hydrodynamiques des différentes colonnes ajustés
sur les courbes de percée du traceur de l’écoulement.

colonne n° modèle R² Ts vitesse de pore teneur en eau teneur teneur dispersivité kM


testé vm = L/Ts θ en eau mobile en eau immobile α
-1
h cm/h − θm θim cm h
n°2 CD 0,998 1,4 14,03 0,34 ± 0,01 0,04
saturée n°11 CD 0,995 5,2 7,65 0,30 ± 0,01 0,07
non saturée n°11 CD 0,946 3,83 10,44 0,22 ± 0,01 0,29
non saturée n°11 MIM 0,999 3,3 12,07 0,23 ± 0,01 0,19 0,04 0,02 0,190
saturée n°14 CD 0,990 8,5 3,30 0,31 ± 0,01 0,14
non saturée n°14 CD 0,944 5,0 5,58 0,18 ± 0,01 0,18
non saturée n°14 MIM 0,999 4,7 5,96 0,19 ± 0,01 0,17 0,02 0,04 0,190
n°1 CD 0,995 0,5 23,23 0,32 ± 0,01 0,04
non saturée n°8 CD 0,994 10,0 3,01 0,17 ± 0,01 0,84
non saturée n°8 MIM 0,995 8,7 3,47 0,17 ± 0,01 0,14 0,03 0,75 0,173

Tableau IV-2
Paramètres optimisés des fonctions de transfert des colonnes (modèles de convection-dispersion et
mobile-immobile) en saturé et non saturé.

Tout d’abord, nous constatons que les valeurs de teneur en eau moyenne dans les
colonnes (saturées ou non) déterminées par traçage à l’eau tritiée (Tableau IV-2), et calculées à
partir de la mesure de l’atténuation du rayonnement gamma de la source d’Am à travers la colonne

198
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

(Figure IV-1) sont en bon accord compte tenu des sources d’erreurs expérimentales. Ceci signifie
d’une part que la sonde gamma a été correctement étalonnée, et d’autre part que toute l’eau
contenue dans la colonne est accessible au traceur de l’écoulement choisi (ce n’est pas toujours le
cas, lorsqu’on utilise par exemple des traceurs anioniques, James et Rubin, 1986).
Ensuite, il apparaît clairement que la dispersivité du milieu poreux calculée à partir des
paramètres ajustés du modèle de convection-dispersion, augmente lorsque la teneur en eau
diminue (Figure IV-3). Nous avons déterminé les paramètres du modèle proposé par Nützmann et
al., 2002 (c.f. Chapitre I) pour décrire la dépendance de la dispersivité du milieu poreux vis à vis de
la teneur en eau. La relation fournie par Nützmann fait intervenir un paramètre de forme et un
paramètre d’échelle correspondant à la longueur caractéristique des hétérogénéités du milieu
poreux.
Dans notre cas, la dimension des hétérogénéités ajustée sur les résultats obtenus est de
l’ordre de 30 µm (soit 10 fois plus petite que le d50 du sable éolien de Pripyat). La valeur du
paramètre de forme du modèle est proche de celle déterminée par Nützmann et al., 2002 pour une
colonne de sable grossier (la dimension des hétérogénéités étant alors de l’ordre de 500 µm). La
valeur prise par le paramètre d’échelle dans notre cas semble physiquement acceptable étant
donné la texture fine du sable éolien de Pripyat. On constate sur la Figure IV-3 que la mauvaise
qualité de l’ajustement est due en grande partie à la valeur de dispersivité élevée mesurée dans la
colonne n°8 pour θ = 0,17. Cette valeur est probablement sur-estimée. Nous ne sommes pas
parvenus à ajuster correctement le coefficient de dispersion de la fonction de transfert en
convoluant avec la fonction d’entrée du type créneau.

0.9
données exp.
0.8 modèle de Nützmann
0.7

0.6
α = 0,003θ-2,99 en cm
0.5 R² = 0,70
0.4

0.3

0.2

0.1

0
0.1 0.15 0.2 0.25 0.3 0.35
teneur en eau

Figure IV-3

Evolution de la dispersivité du sable éolien en fonction de la teneur en eau moyenne dans la colonne.
Comparaison avec un modèle puissance (Nützmann et al., 2002).

Enfin, dans tous les cas testés, le modèle mobile immobile permet de reproduire l’asymétrie
des courbes de percée et de décrire la traînée. On constate également que la prise en compte
d’une fraction d’eau immobile suffit pour expliquer l’augmentation de la dispersivité (encore une
fois la seule exception est la colonne n°8). La dispersivité du milieu poreux ajustée dans le modèle
mobile-immobile en non saturé prend des valeurs très proches de la dispersivité déterminée par
ajustement du modèle de convection-dispersion classique en conditions saturées. La fraction d’eau

199
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

immobile contenue dans les colonnes varie peu dans la gamme de teneur en eau testée (en
moyenne 14 % de la teneur en eau totale) et sans lien très net avec le taux de saturation (Figure
IV-4) dans nos conditions expérimentales. Il semblerait que le coefficient de transfert de masse
entre les régions d’eau immobile et mobile, kM soit pratiquement constant (de l’ordre de 0,18 ± 0,01
h-1) dans une gamme de teneur en eau proche de la saturation (au delà de 50 % de saturation).

kM (h-1) f vm (cm/h) Linéaire (vm (cm/h))

1 14

0.9
12
0.8

0.7 10

0.6 y = 144.65x - 21.281 8


2
0.5 R = 0.9977
6
0.4

0.3 4
0.2
2
0.1

0 0
0.15 0.16 0.17 0.18 0.19 0.2 0.21 0.22 0.23 0.24 0.25
teneur en eau moyenne

Figure IV-4

Evolution des paramètres du modèle mobile-immobile en fonction de la teneur en eau moyenne dans
la colonne. On rappelle que la fraction d’eau mobile est définie par : f = θm/θ, kM est le coefficient de
transfert de masse entre les zones mobiles et immobiles et vm désigne la vitesse de pore dans la
zone d’eau mobile.

Le temps caractéristique du transfert de masse des zones mobiles vers les zones
immobiles (tM = θim/kM) est de l’ordre de 10 min. Le temps caractéristique du transport par
convection varie entre 3 et une vingtaine d’heures. Le phénomène de diffusion de soluté entre les
zones d’eau mobile et immobile n’est pas le mécanisme prépondérant dans nos conditions
expérimentales. Il faut toutefois en tenir compte pour pouvoir décrire correctement la forme des
courbes de percée.

B. MIGRATION DES RADIOELEMENTS EN COLONNES NON


SATUREES

1. PRINCIPAUX RESULTATS

L’eau synthétique de Tchernobyl (Chapitre II) a été utilisée comme eau d’alimentation des
colonnes non saturées pour l’ensemble des essais. Les essais ont été réalisés à température

200
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

ambiante (entre 20 et 25°C). Les conditions physico-chimiques des expériences de transport en


colonnes saturées et non saturées sont identiques.
Les paramètres d’injection du 134Cs et du 85Sr (volumes injectés et concentrations de
radioélément dans la solution injectée) sont indiqués dans le Tableau IV-1. Chaque essai de
migration en colonnes non saturées a été poursuivi pendant environ une centaine de volumes de
pore, quel que soit le régime d’écoulement. Nous avons enregistré un grand nombre de profils
d’activité et de teneur en eau au cours des différents essais grâce à la sonde de mesure
gammamétrique qui équipe le banc IRSN. Nous n’avons pas cherché à mesurer les courbes de
percée des radioéléments pour au moins deux raisons. D’une part la durée d’obtention de ces
courbes n’est pas compatible avec la durée d’une thèse et d’autre part nous avons montré dans le
cas des colonnes saturées en eau que les profils d’activité volumique contenaient les informations
nécessaires à la modélisation des mécanismes couplés chimie-transport.

1.1. Migration du Cs

Nous avons enregistré des profils d’activité volumique totale le long de la colonne à
intervalle de temps réguliers en cours d’expérience. La Figure IV-5 représente quelques profils
enregistrés à différentes dates depuis l’injection de 134Cs.

1e-9
74 h
234 h
8e-10 464 h
841 h
1119 h
[Cs]t (mol/mm)

6e-10

4e-10

2e-10

0e+0
5 10 15 20 25 30 35 40 45 50 55 60 65 70 75
mm
haut bas

Figure IV-5

Evolution des profils de concentration totale de Cs dans la colonne n°8 non saturée en eau
(<θ> = 0,17). Les profils sont repérés par le temps écoulé depuis le début de l’injection de Cs dans la
colonne.

Nous rappelons que la quantité mesurée par la sonde gamma correspond à une activité
totale de césium 134 par unité de volume (ou de longueur) de colonne. La concentration
représentée en ordonnées sur cette figure correspond à la quantité de césium en phase liquide et

201
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

en phase solide par unité de longueur de milieu poreux. Cette quantité notée [Cs]t (mol/mm)
s’exprime à partir de la concentration de Cs sorbé [Cs]s (mol/kg), de la concentration de Cs en
solution [Cs]aq (mol/l) de la teneur en eau, de la masse volumique sèche de la colonne et de la
section totale de la colonne S (cm²) suivant : [Cs]t = (θ[Cs]aq + ρd[Cs]s) × S/10000.
Etant donné la très forte fixation du Cs sur le sable éolien de Pripyat dans nos conditions
expérimentales, au bout de 87 Vp la totalité du Cs injecté est contenue dans les 5 premiers cm de
la colonne. Nous ne pouvons pas comparer directement les profils mesurés à saturation dans la
colonne n°1 et en non saturé dans la colonne n°8. En effet, bien que les concentrations de Cs
injectées soient équivalentes (de l’ordre de 10-7 mol/l), la composition de l’eau d’alimentation
identique et la structure de la colonne conservée, les conditions d’écoulement sont assez
différentes. Non seulement la teneur en eau varie, mais la vitesse de pore élevée en conditions
saturées (23,2 cm/h) diminue fortement en non saturé (3 cm/h environ). Le temps de séjour de
l’eau dans la colonne saturée est de l’ordre de 30 min tandis qu’il atteint 10 h dans la colonne non
saturée.
Nous avons évoqué dans le Chapitre III l’existence d’une cinétique pour la réaction de
sorption et de désorption au niveau des sites particuliers du sable. En supposant que le temps
caractéristique de la réaction ne change pas quelle que soit la valeur de la teneur en eau, ce qui
paraît raisonnable si on considère qu’il s’agit uniquement de cinétique chimique, le rapport des
temps caractéristiques de la réaction de sorption et de la convection est très différent pour les 2
colonnes saturée et non saturée. Seule la modélisation géochimique peut nous permettre de
comparer les deux situations, et de déterminer l’impact de la diminution de teneur en eau sur la
progression du front de Cs radioactif.

1.2. Migration du Sr

Nous avons enregistré des profils d’activité volumique totale le long de la colonne à
intervalle de temps réguliers pour chaque expérience en non saturé. La Figure IV-6 représente le
déplacement du pic de concentration totale de 85Sr (en mol/mm) dans la partie de colonne explorée
par la sonde gamma . La flèche indique la direction de l’écoulement.

Colonne n°11
1.8e-13
54 h

1.5e-13 98 h
250 h

1.2e-13 319 h
382 h

422 h
9.0e-14

6.0e-14

3.0e-14

0.0e+00
0 25 50 75 100 125 150 175 200
mm
haut bas

202
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

Colonne n° 14
9e-14
24 h
8e-14
92 h
7e-14 145 h
229 h
6e-14
336 h
5e-14 408 h

4e-14

3e-14

2e-14

1e-14

0e+00
0 20 40 60 80 100 120
mm
haut bas

Colonne n°15

128 h
2.5e-14
224 h
344 h
2.0e-14
416 h
512 h
1.5e-14 632 h

1.0e-14

5.0e-15

0.0e+00
0 20 40 60 80 100
mm

haut bas

Figure IV-6

Evolution des profils de concentration totale de 85Sr dans les colonnes non saturées en eau n°11
(<θ> = 0,23 et Q = 45,4 ml/h), n°14 (<θ> = 0,19 et Q = 19,8 ml/h) et n°15 (<θ> = 0,15 et Q = 4,9 ml/h). Les
profils sont repérés par le temps écoulé depuis le début de l’injection de Sr dans la colonne.

Les profils de concentration totale de 85Sr ne sont pas symétriques. Les causes de
l’asymétrie sont variées. Tout d’abord, cette « déformation » est causée en partie par la présence
d’eau immobile et l’étape cinétique de transfert de soluté entre la fraction mobile et immobile.

203
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

Nous avons vu également au chapitre précédent que la maîtrise des conditions physico-
chimiques régnant dans le système sol/solution au moment de l’injection de strontium radioactif est
déterminante. En particulier le profil initial de concentration en strontium stable fixé à la surface du
sable peut être à l’origine de la déformation des profils. C’est pourquoi il est nécessaire d’inclure
dans la modélisation l’étape de pré-conditionnement des colonnes non saturées. Grâce à
l’enregistrement en continu de la masse d’eau recueillie en sortie de colonne, nous savons que
9,8 l d’eau synthétique ont traversé la colonne n°11 avant l’injection de strontium radioactif, 2,1 l
pour la colonne n°14 et 1,7 l pour la colonne n°15.
Comme pour le Cs, seule la modélisation géochimique peut nous permettre de comparer
les deux situations : colonne complètement saturée en eau (n°2) et colonnes non saturées (n°11,
14 et 15). L’étape suivante consiste à décrire les résultats obtenus à différentes teneurs en eau à
partir du modèle de transport ajusté sur les courbes de percée du traceur de l’écoulement et du
modèle d’échange d’ions élaboré à partir des résultats obtenus en saturé.

2. MODELISATION DES PROFILS DE CONCENTRATION DES RADIOELEMENTS

L’outil utilisé pour réaliser le couplage chimie-transport est le code PHREEQC (Version 2).
Ce code de calcul ne résout pas explicitement l’équation de Richards. Cet outil n’a pas été conçu
pour le transport de soluté en milieu poreux non saturé et en régime d’écoulement transitoire.
Notre objectif est de montrer que les outils dédiés aux calculs de transport de soluté en milieu
poreux saturé peuvent nous permettre de décrire, voire de prédire le comportement de solutés
réactifs en insaturé et en régime d’écoulement permanent. Plus précisément, nous cherchons à
estimer les paramètres à prendre en compte dans les simulations de transport en non saturé
connaissant les paramètres des modèles à saturation.

2.1. Estimation des paramètres des modèles chimie-transport en non saturé

Notre démarche consiste à élaborer un modèle de transport réactif du césium et du


strontium radioactif en non saturé en utilisant les résultats obtenus lors des essais de migration
dans les colonne n°8, n°11 et n°14. Puis nous présentons un test de validation du modèle couplé
chimie-transport en non saturé à partir des résultats provenant de l’essai de migration du 85Sr dans
la colonne n°15.

2.1.1. Les paramètres du modèle de transport

Nous avons choisi d’utiliser le modèle de convection-dispersion classique pour décrire le


comportement hydrodynamique de la colonne n°8. En effet, nous avons vu que l’utilisation du
modèle mobile-immobile n’améliorait pas nettement l’adéquation entre l’expérience et la simulation
(Tableau IV-2 et Figure IV-2). En revanche, l’utilisation du modèle MIM s’impose pour décrire
correctement le comportement hydrodynamique des colonnes non saturées n°11 et n°14.
Le code de calcul PHREEQC repose sur une discrétisation de l’espace à modéliser en
cellules convectives (Chapitre III, paragraphe 3.3.1.). Il est possible d’associer à chaque cellule
convective, une cellule « stagnante ». Les volumes respectifs des fractions d’eau mobile et
immobile sont spécifiés dans le fichier d’entrée par l’utilisateur, ainsi que le coefficient de transfert
de masse kM (s-1) entre les cellules convectives et stagnantes. Le Tableau IV-3 résume les
paramètres de transport introduits dans les fichiers d’entrée des modèles pour les colonnes n°8,
n°11 et n°14 et les durées de simulations.

204
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

Nous rappelons que ces paramètres ont été optimisés de façon à ce que le produit de
convolution de la fonction d’entrée et de la fonction de transfert choisie décrive au mieux la courbe
de percée du traceur de l’écoulement mesurée en sortie de colonne. Nous rappelons également
que nous avons choisi le nombre de cellules minimum afin d’éviter la dispersion numérique et
limiter le temps de calcul.

Colonne n°8 Colonne n°11 Colonne n°14

longueur modélisée 10 cm 20 cm 13 cm
∆z (longueur d’une cellule convective) 0,1 cm 0,266 cm 0,155 cm
nombre de cellules convectives 100 75 86
vm 3,01 cm/h 12,07 cm/h 5,96 cm/h
temps de séjour dans une cellule mobile :
119,6 s 79,3 s 90,9 s
timest = ∆z/v m
dispersivité : α (disp) 0,84 cm 0,04 cm 0,04 cm
teneur en eau moyenne : <θ> 0,17 0,23 0,19
teneur en eau mobile : θm 0,17 0,19 0,17
teneur en eau immobile : θim - 0,04 0,02
coefficient de transfert de masse : kM - 5,28 10-5 s-1 5,28 10-5 s-1
temps carac. du transfert de masse :
- 12,6 min 6,3 min
tM = θim/kM
temps carac. du transport par convection :
3,32 h 1,66 h 2,18 h
tC = L/v m
durée du préconditionnement (simul 1) - 215,86 h 106,06 h
nombre de pas de temps correspondant
- 9799 4200
(shift 1)
durée d’injection du radioélément (simul 2) 18,84 h 79,3 s 181,8 s
nombre de pas de temps correspondant
567 1 2
(shift 2)
873 h 210 h 157,2 h
date d’acquisition du profil (simul 3)
87,3 Vp écoulés 52,8 Vp écoulés 29,7 Vp écoulés
nombre de pas de temps correspondant
25710 9549 6226
(shift 3)
421,7 h 407,9 h
date d’acquisition du profil (simul 3) -
ou 106 Vp écoulés ou 77,1 Vp écoulés
nombre de pas de temps correspondant
- 19144 16152
(shift 3)
Tableau IV-3
Paramètres des modèles de transport en insaturé et durée des simulations réalisées avec PHREEQC.

205
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

Les courbes de percée du traceur de l’écoulement simulées avec PHREEQC et ces


paramètres d’entrée sont confondues avec les courbes de percée calculées par le logiciel afour
(Figure IV-2).

2.1.2. Les paramètres des modèles géochimiques

2.1.2.1. Les co-facteurs

Les modèles choisis pour décrire les mécanismes de sorption/désorption du césium et du


strontium à la surface du sable éolien de Pripyat Zaton ont été élaborés à partir des résultats
obtenus en conditions statiques et dynamiques à saturation. Nous avons vu que les interactions
radioéléments/sable étaient correctement reproduites par des réactions d’échanges cationiques.
Nous savons que les variables ayant une influence prépondérante sur le transport réactif de
strontium radioactif sont en premier lieu la concentration de strontium stable dans la colonne au
moment de l’injection (sous forme SrX2 et sous forme Sr2+ en solution) et son évolution en cours
d’expérience, puis la concentration de calcium en solution sous forme Ca2+ (et dans une moindre
mesure la concentration en Mg2+).
En ce qui concerne la fixation du césium, les variables prépondérantes prises en compte
par le modèle d’échange d’ions sont la concentration en K+ et en Na+.
L’eau synthétique de Tchernobyl a servi comme eau d’alimentation des colonnes non
saturées. Nous savons (Chapitre II) que cette eau n’est pas en équilibre avec le sable éolien. La
durée des phases de pré-conditionnement des colonnes peut être dans certains cas insuffisante
pour assurer la mise en équilibre du système sol/eau synthétique au moment de l’injection du
radioélément. La composition de l’eau a donc pu varier légèrement en cours d’expérience.
Connaissant les gammes de variations probables de ces co-facteurs prépondérants en
cours d’expérience, nous aurions pu, au besoin, les considérer comme des paramètres de calage
dans les simulations. Dans un premier temps nous avons toutefois réalisé les modélisations en
supposant que le sable était en équilibre avec les concentrations théoriques de cations majeurs en
solution dans l’eau synthétique.
Nous avons également supposé que les colonnes non saturées étaient des systèmes
ouverts à l’atmosphère, les solutions d’alimentation étant elles-mêmes en équilibre avec la
pression partielle de CO2 atmosphérique.

2.1.2.2. Les constantes thermodynamiques

Dans la gamme de teneur en eau décrite dans le cadre de ces expériences (au delà de
50 % de saturation), nous faisons l’hypothèse que les constantes thermodynamiques des réactions
chimiques en phases aqueuses et les constantes de sélectivité des réactions d’échanges ne sont
pas modifiées. Les réactions d’échange ont été prises en compte à la fois dans les régions mobiles
et immobiles.

2.1.2.3. Les capacités d’échanges

Les capacités d’échange sont définies dans PHREEQC comme le nombre de sites X- (et/ou
-
Y ) disponibles par unité de volume d’eau. Considérons dans un premier temps, le cas simple où
toute l’eau participe à l’écoulement. Nous avons établi à la suite de notre étude expérimentale en
conditions statiques et en conditions dynamiques à saturation (Chapitre III), que le nombre total de

206
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

sites accessibles à Sr2+ dans nos conditions expérimentales est 10-4 mol/kg. Nous avons
également établi que le nombre total de sites réguliers (noté X-) accessibles à Cs+ est 1,25 10-2
mol/kg (c’est à dire la capacité d’échange cationique du sable mesuré par la méthode à l’acétate
d’ammonium), tandis que le nombre total de sites particuliers (notés Y-) est de l’ordre de10-7
mol/kg.
L’hypothèse la plus plausible à ce stade consiste à dire qu’au delà de 50 % de saturation, la
totalité de la masse de sable par unité de volume de milieu poreux est au contact de l’eau. En
diminuant le volume d’eau par unité de milieu poreux (en diminuant la teneur en eau volumique),
on augmente nécessairement la concentration de sites disponibles par unité de volume d’eau. La
concentration de sites d’échange introduite dans le fichier d’entrée de PHREEQC se calcule alors
suivant :
CEC X ρ d
X− = en mol.l -1 équation IV-1
θ

Reste à savoir si la concentration de sites d’échanges calculée en insaturé est la même


dans les cellules mobiles et immobiles. L’hypothèse la plus simple consiste à dire que la répartition
des sites réactifs à la surface du sol est uniforme, c’est à dire que la nature minéralogique du sol
au contact de l’eau immobile n’est pas différente de celle du sol au contact de l’eau mobile. En
d’autres termes, il n’y a pas plus de sites par unité de volume d’eau immobile, que de sites par
unité de volume d’eau mobile (c.f. Chapitre I). Nous nous appuyons sur la texture et sur la structure
du sable éolien de Pripyat pour justifier cette affirmation. Le sable mis en place dans les colonnes
est totalement désagrégé, la distribution de taille des particules est monomodale. La présence
d’une fraction d’eau immobile dans la colonne peut s’expliquer par des zones d’eau isolées de
l’écoulement par des bulles d’air par exemple. Il est probable que la régionalisation de l’écoulement
qui apparaît dans les colonnes non saturées soit un artefact expérimental lié à la mise en place du
régime d’écoulement permanent. Nous avons remarqué que le fait d’introduire des prises d’air le
long de la colonne au cours de la phase de pompage de l’eau en pied de colonne limitait ce
phénomène par rapport au cas où la seule prise d’air est à la surface supérieure de la colonne.
Dans le cadre de ces simplifications, les concentrations de sites d’échanges dans les
cellules convectives (X-m mol/l) et dans les cellules stagnantes (X-im mol/l) sont numériquement
égale à la valeur calculée suivant l’équation IV-1. Pour s’en convaincre, on peut effectuer le calcul
suivant :
− Sm
Xm = en mol.l -1
Vm
avec Sm nombre de sites au contact de l’eau mobile et Vm volume d’eau mobile. Par définition
Vm = θmVtot.
θm
Or, suivant notre hypothèse : Sm = f.CECX . Mtot et f =
θ
Par définition de la masse volumique sèche, nous pouvons dire que Mtot = ρdVtot
En combinant ces différentes équations et en simplifiant, on obtient :
− ρd
X m = CEC X en mol.l -1 équation IV- 2
θ

En effectuant le même raisonnement dans les zones immobiles, on obtient :


− ρd
X im = CEC X en mol.l -1 équation IV- 3
θ

207
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

Le Tableau IV-4 fournit les valeurs numériques des concentrations de sites calculées pour
chaque colonne non saturée. Nous rappelons également les valeurs ajustées des coefficients de
sélectivité du Cs+ et du Sr2+ pour les sites du sable éolien de Pripyat. Ces valeurs ont été
introduites dans les fichiers d’entrée de PHREEQC.

Colonne n°8 Colonne n°11 Colonne n°14

Cation transporté Cs+ Sr2+ Sr2+


ρd (g/cm3) 1,84 ± 0,01 1,80± 0,01 1,80± 0,01
<θ> 0,17 ± 0,02 0,23 ± 0,02 0,19 ± 0,02
-2 -4
CECX (mol/kg) 1,25 10 10 10-4
CECY (mol/kg) 10-7
X- (mol/l) 1,35 10-1± 1 10-3 7,83 10-4 ± 9 10-6 9,5 10-4 ± 1 10-5
Y- (mol/l) 1,08 10-6 ± 1 10-8
log KXCs/Na ou log KXSr/Na 2,3 2,6 2,6
log KYCs/K 5,6
Tableau IV-4
Concentrations de sites d’échange introduites dans les fichiers d’entrée de PHREEQC pour chaque
colonne non saturée en eau.

Le fichier d’entrée complet correspondant à la simulation du profil enregistré au bout de


157 h le long de la colonne n°14 se trouve en Annexe IV-I.

2.1.2.4. Cinétique de réactions

Nous supposons enfin que le temps caractéristique de la réaction de sorption du Cs au


niveau des sites particuliers (de l’ordre de 100 s) n’est pas modifié par la diminution de la teneur en
eau. Toutefois, les temps de séjour de l’eau dans les colonnes saturée et non saturée étant très
différents, il est évident que la prise en compte de la cinétique de réaction n’a pas la même
importance dans les deux cas.

2.2. Résultats des simulations

2.2.1. Le cas du Cs

La Figure IV-7 représente 2 profils de concentration totale de Cs mesurés après que 87 Vp


environ ont traversé les colonnes n°1 et n°8 ainsi que les simulations de chacun des profils.
Les paramètres géochimiques du modèle en insaturé sont donnés dans le Tableau IV-4.
Les concentrations de sites réguliers et particuliers dans le modèle de transport en conditions
saturées sont données par l’équation III-14.

208
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

5e-12 7e-10

saturé : 87.5 Vp
6e-10
4e-12 saturé ks = 1/100 s-1

saturé (équilibre) 5e-10

non saturé : 87.3 Vp


3e-12
4e-10
non saturé (équilibre)

non saturé ks=1/100 s-1


3e-10
2e-12

2e-10

1e-12
1e-10

0e+00 0e+00
5 15 25 35 45 55 65 75
mm

Figure IV-7

2 profils de concentration totale de Cs enregistrés respectivement en saturé (colonne n°1) et en non


saturé (colonne n°8), 87 Vp environ après l’injection de la solution marquée et simulés avec
PHREEQC.

On constate que le modèle à deux types de sites d’échanges construit sur la base des
résultats obtenus à saturation convient également pour décrire les profils de concentration de
césium radioactif enregistrés en non saturé. Le temps caractéristique du transport par convection
dans la colonne n°8 est environ 10 fois plus grand que dans la colonne n°1. Le modèle d’échange
suivant l’hypothèse de l’équilibre thermodynamique suffit pour décrire le profil enregistré en non
saturé au bout de 87 Vp écoulés. En revanche, nous devons prendre en compte la cinétique de la
réaction de sorption du césium au niveau des sites particuliers pour décrire correctement le profil
enregistré au bout de 87 Vp de long de la colonne n°1.
La bonne adéquation entre le modèle et les résultats expérimentaux signifie que dans cette
gamme de teneur en eau, les constantes de sélectivité du modèle d’échange et le nombre de sites
accessibles à Cs+ ne changent pas par rapport au cas saturé.

2.2.2. Le cas du Sr

Nous avons vu au Chapitre III, que la prise en compte du profil de concentration initial de
strontium stable dans la colonne au moment de l’injection de 85Sr était indispensable pour décrire
correctement la position et l’allure des courbes de percée du strontium radioactif mesurées en
sortie de la colonne n°2. Nous avons donc intégré à la modélisation les phases de pré-
conditionnement des colonnes non saturées.
Dans le cas de la colonne n°11, nous rappelons que 9,8 l d’eau synthétique ont traversé la
colonne avant l’injection du traceur radioactif. La Figure IV-8 représente le profil de Sr stable dans
la colonne simulé à la fin de la phase de pré-conditionnement en supposant que le sable était

209
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

initialement en équilibre avec une solution dont la composition est identique à celle de l’eau
synthétique, mais qui contient en plus 10-6 mol/l de Sr stable (c.f. Chapitre III).

état initial [Sraq] [Sr]aq après conditionnement


état initial [SrX2] [SrX2] après conditionnement
5e-10 7e-8

6e-8
4e-10
5e-8

3e-10
4e-8

3e-8
2e-10

2e-8
1e-10
1e-8

0e+00 0e+0
0 20 40 60 80 100 120 140 160 180 200
mm

Figure IV-8

Profils simulés de concentration de Sr stable dans la solution (trait fin) au contact du sable et fixé à
la surface du sable (trait épais) dans la colonne n°11 avant l’injection de la solution marquée.

Nous constatons que même après un lavage avec près de 10 l d’eau synthétique, le
système sol/solution n’est pas en état d’équilibre. Le sable va continuer à re-larguer du strontium
stable pendant la migration du strontium radioactif.

A la suite de cette phase de pré-conditionnement, nous avons simulé l’injection de la


solution marquée et la phase de lessivage de la colonne avec l’eau synthétique ne contenant pas
de strontium. La Figure IV-9 représente deux profils enregistrés le long de la colonne n°11 au bout
de 210 h et au bout de 422 h de lessivage, ainsi que les profils simulés par PHREEQC en utilisant
les paramètres listés dans les Tableau IV-3 et Tableau IV-4.

Nous avons également simulés la phase de pré-conditionnement (2,1 l d’eau synthétique)


ainsi que deux profils de concentration totale en 85Sr enregistrés le long de la colonne n°14, à une
teneur en eau moyenne plus faible que dans la colonne n°11. Les paramètres utilisés pour ces
simulations sont listés dans les Tableau IV-3 et Tableau IV-4. Nous avons également réalisé une
simulation du profil enregistré au bout de 157 heures en faisant varier la proportion d’eau immobile
(f = θm/θ). L’ensemble de ces données est présenté sur la Figure IV-10.

210
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

Colonne n°11
2.0e-13

210.4 h

1.6e-13
421.7 h

simulation
1.2e-13

8.0e-14

4.0e-14

0.0e+00
0 20 40 60 80 100 120 140 160 180 200
mm

Figure IV-9

2 profils de concentration totale de 85Sr enregistrés le long de la colonne n°11 non saturée en eau
(<θ> = 0,23) respectivement 210 h et 422 h après l’injection de la solution marquée, et simulés avec
PHREEQC.

Colonne n°14
7e-14
157.2 h
6e-14 407.9 h
simul f=0,89
5e-14 simul f= 0,84

4e-14

3e-14

2e-14

1e-14

0e+00
0 20 40 60 80 100 120
mm

Figure IV-10

2 profils de concentration totale de 85Sr enregistrés le long de la colonne n°14 non saturée en eau
(<θ> = 0,19) respectivement 157 h et 408 h après l’injection de la solution marquée, et simulés avec
PHREEQC.

211
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

Nous avons choisi d’estimer la qualité de prédiction du modèle en comparant les moments
« spatiaux » des profils expérimentaux et simulés (Tableau IV-5). Le moment d’ordre 0 correspond
à l’aire sous le profil, c’est à dire à la quantité de 85Sr contenue dans la colonne. Le moment
d’ordre 1 correspond à la distance moyenne parcourue par le 85Sr dans la colonne et le moment
d’ordre 2 correspond à la variance du profil (Srivastava et Brusseau, 1996).

Date d’acquisition Moment d’ordre 0 Moment d’ordre 1 Moment d’ordre 2


85
du profil (quantité totale de Sr) (distance moyenne parcourue) (variance)
h mol mm mm²

Colonne n°11
-12
expérimental 210,4 4,1 10 57,7 105,4
-12
simulé 210,4 4,3 10 58,5 169,5
-12
expérimental 421,7 4,1 10 127,1 151,8
-12
simulé 421,7 4,3 10 113,0 535,8
Colonne n°14
-12
expérimental 157,2 1,5 10 33,8 142,8
-12
simulé 157,2 1,5 10 31,5 99,1
-12
expérimental 407,9 1,4 10 89,4 241,0
-12
simulé 407,9 1,5 10 79,2 311,6
Tableau IV-5
Comparaison des moments d’ordre 0, d’ordre 1 et d’ordre 2 des profils enregistrés le long des
colonnes n°11 et n°14 et des profils simulés.

On constate, pour les deux colonnes que la simulation décrit correctement les niveaux de
concentrations et respecte les bilans de masse quelle que soit la date d’acquisition.
La position et l’allure des profils enregistrés dans les colonnes n°11 et n°14 aux temps
« courts » (respectivement au bout de 210 h et 157 h) sont très bien reproduits par le modèle, les
moments d’ordre 1 et 2 sont très proches.
Aux temps plus longs, simulations et résultats expérimentaux divergent légèrement. Le
modèle sous-estime globalement la distance moyenne parcourue (la distance moyenne simulée
est inférieure de 11 % à la distance moyenne parcourue réellement) et sur-estime la variance du
profil. Nous voyons au moins deux causes probables pour expliquer ces différences :
- les paramètres de transport utilisés correspondent aux propriétés hydrodynamiques
moyennes de la colonne. Or, les profils enregistrés se déplacent dans les 10 premiers
cm des colonnes, une zone généralement plus sèche que la moyenne de la colonne
(notamment pour la colonne n°11).
- les concentrations en solution des cations majeurs en compétition pour l’accès aux
sites de sorption restent constantes pendant toute la durée des simulations (sauf la
concentration en Sr stable) et sont supposées égales aux concentrations
«théoriques» dans l’eau synthétique. En, réalité, la colonne n’est pas en équilibre
avec cette composition d’eau synthétique et il est probable que les concentrations des
cations majeurs à la surface de l’échangeur et en solution varient en cours d’essai.
Nous n’avons pas assuré un suivi en continu de la composition de la solution récoltée
en sortie de colonne. Seul un enregistrement des variations du pH et de la
conductivité de la solution a été réalisé. Ces deux variables sont stables pour toutes
les colonnes et pour toute la durée des essais de migration des radioéléments.

212
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

Enfin, l’incertitude sur la capacité d’échange calculée liée aux incertitudes de mesure de la
masse volumique apparente et de la teneur en eau moyenne explique, aussi en partie, les
disparités observées. Finalement, étant donné la simplicité du modèle et les nombreuses
hypothèses concernant la distribution des sites de surface, la qualité de prédiction est
satisfaisante. Nous avons décidé de tester la validité de ce modèle en essayant de prédire
l’évolution d’un pic de concentration de 85Sr dans la colonne n°15.

3. TEST DE VALIDATION DU MODELE DE TRANSPORT REACTIF EN NON SATURE

3.1. Détermination des paramètres du modèle de transport réactif

Nous avons exploré les 10 premiers cm de la colonne n°15 à l’aide de la sonde gamma du
banc IRSN. Dans cette zone de la colonne, le profil de teneur en eau est pratiquement uniforme et
la teneur en eau moyenne est 0,16 (c.f. Figure IV-1). D’autre part, nous savons que la porosité
géométrique de la colonne vaut 0,31 et la masse volumique apparente ρd = 1,81 ± 0,01 g/cm3.
Enfin, nous connaissons la concentration de radioélément dans la solution injectée (4,5 10-10 mol/l)
et le volume injecté (1 ml) et nous savons que l’injection a eu lieu après que 1,7 l d’eau synthétique
ont traversé la colonne.
Tous les autres paramètres du modèle de transport réactif en non saturé doivent être
estimés.
Dans un premier temps, sans préjuger de la forme de la courbe de percée du traceur de
l’écoulement, nous avons décidé d’utiliser le modèle classique de convection-dispersion pour
prédire les profils de concentrations de 85Sr enregistrés respectivement 391 h et 679 h après
l’injection. Les paramètres du modèle de transport à déterminer dans ce cas sont : la vitesse de
pore et la dispersivité du milieu poreux non saturé.
Nous nous sommes servis de la courbe K(θ) (c.f. Chapitre II) du sable éolien de Pripyat
pour estimer la vitesse de pore en régime d’écoulement permanent et pour une répartition de
teneur en eau uniforme, suivant :
K (〈θ 〉 )
v= équation IV-4
〈θ 〉
avec <θ> = 0,16 et K(<θ>) = 0,2078 cm/h, on obtient v = 1,3 cm/h. On remarque que pour une
colonne de diamètre 5 cm (S = 19,64 cm²) cette vitesse de pore correspond à un débit de
4,08 ml/h.
Le modèle de Nützmann ajusté sur les valeurs α(θ) (c.f. Figure IV-3) nous permet d’estimer le
coefficient de dispersivité du milieu poreux lorsque la teneur en eau moyenne dans le milieu vaut
0,16. On obtient, α = 0,73 cm. On retrouve l’ensemble de ces paramètres, ainsi que les
caractéristiques des simulations réalisées avec PHREEQC dans le Tableau IV-6.

Dans un second temps, nous avons décidé d’utiliser le modèle mobile-immobile pour
prédire les profils de concentrations de 85Sr enregistrés respectivement 391 h et 679 h après
l’injection. Les paramètres du modèle de transport à déterminer dans ce cas sont : la vitesse de
pore dans la zone mobile (vm), la dispersivité du milieu poreux non saturé (α), la fraction d’eau
mobile (f) et le coefficient de transfert de masse (kM) de la fraction mobile, vers la fraction immobile.

213
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

Colonne n°15 Colonne n°15


Convection-dispersion Mobile-immobile

longueur modélisée 10 cm 10 cm
∆z (longueur d’une cellule convective) 0,319 cm 0,364 cm
nombre de cellules convectives 31 27
vm estimé 1,3 cm/h 1,9 cm/h
Q estimé 4,08 ml/h 5,12 ml/h
temps de séjour dans une cellule mobile :
882,35 s 703,13 s
timest = ∆z/v m
dispersivité : α (disp) 0,73 cm 0,04 cm
teneur en eau moyenne : <θ> 0,16 0,16
teneur en eau mobile : θm 0,16 0,14
teneur en eau immobile : θim - 0,02
coefficient de transfert de masse : kM - 5,1 10-5 s-1
temps carac. du transfert de masse : tM = θim/kM - 6,4 min
temps carac. du transport par convection :
7,69 h 5,37 h
tC = L/v m
durée du préconditionnement (simul 1) 416,7 h 332,0 h
nombre de pas de temps correspondant
1700 1700
(shift 1)
durée d’injection du radioélément (simul 2) 882,35 s 703 ,13
nombre de pas de temps correspondant
1 1
(shift 2)
391 h 391 h
date d’acquisition du profil (simul 3)
50,8 Vp écoulés 63,7 Vp écoulés
nombre de pas de temps correspondant
1595 2002
(shift 3)
679 h 679 h
date d’acquisition du profil (simul 3)
88,2 Vp écoulés 110,6 Vp écoulés
nombre de pas de temps correspondant
2770 3476
(shift 3)
Tableau IV-6
Paramètres des modèles de transport en insaturé et durée des simulations réalisées pour la colonne
n°15.

En nous basant sur les résultats obtenus pour les colonnes n°8, n°11 et n°14, nous
considérons que la fraction d’eau mobile dans le milieu poreux est constante quelle que soit la
teneur en eau dans la gamme décrite. La valeur moyenne de f pour 0,17 ≤ θ ≤ 0,3 est 0,86. Nous
décidons d’introduire cette valeur dans le modèle de transport réactif de la colonne n°15. Le
coefficient de transfert de masse décroît légèrement lorsque θ diminue dans la gamme de teneur

214
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

en eau explorée (Tableau IV-2). Comme nous ne pouvons confirmer cette tendance, ni prévoir la
forme de la relation kM(θ), nous avons choisi la valeur moyenne mesurée dans la gamme de teneur
en eau testée, à savoir kM = 0,184 h-1.
Enfin, nous avons estimé la valeur de la vitesse de pore dans la fraction d’eau mobile grâce
à la relation établie Figure IV-4. Nous obtenons vm = 1,9 cm/h (soit Q = 5,12 ml/h pour une colonne
de 5 cm de diamètre). On remarque qu’en utilisant l’équation IV-4, et en remplaçant au
dénominateur la valeur moyenne de θ par θm, on obtient vm = 1,5 cm/h. On retrouve également
l’ensemble de ces paramètres, ainsi que les caractéristiques des simulations réalisées avec
PHREEQC dans le Tableau IV-6 (page précédente).

3.2. Détermination des paramètres géochimiques

Enfin, le Tableau IV-7 fournit la concentration de sites calculée pour la colonne non saturée
n°15 suivant l’équation IV-1 et l’incertitude sur cette valeur liée aux incertitudes de mesures de ρd
et θ. Nous rappelons également les valeurs ajustées des coefficients de sélectivité du Sr2+ pour les
sites du sable éolien de Pripyat. Ces valeurs ont été introduites dans le fichier d’entrée de
PHREEQC.

Colonne n°15

Cation transporté Sr2+


ρd (g/cm3) 1,81 ± 0,1
<θ> 0,16 ± 0,02
CECX (mol/kg) 10-4
CECY (mol/kg)
X- (mol/l) 11,3 10-4 ± 1,3 10-5
Y- (mol/l)
log KXCs/Na ou log KXSr/Na 2,6
log KYCs/K
Tableau IV-7
Concentration de sites d’échanges introduite dans le fichier d’entrée de PHREEQC pour la colonne
non saturée n°15.

3.3. Résultats des simulations

La Figure IV-11 représente les deux profils sélectionnés, enregistrés respectivement 391 h
et 679 h après l’injection de 85Sr ainsi que les profils simulés avec chacun des modèles de
transport (CD en traits épais et MIM en traits fins).

215
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

Colonne n°15
2.1e-14
391 h

1.8e-14 CD 391 h
MIM 391 h

1.5e-14 679 h
MIM 679 h

1.2e-14 CD 679 h

9.0e-15

6.0e-15

3.0e-15

0.0e+00
0 20 40 60 80 100
mm

Figure IV-11

2 profils de concentration de 85Sr enregistrés le long de la colonne n°15 non saturée en eau
(<θ> = 0,16) respectivement 391 h et 679 h après l’injection de la solution marquée, et simulés avec
PHREEQC.

Les profils simulés avec les modèles CD ou MIM sont en « retard » par rapport aux
résultats expérimentaux comme en témoignent les valeurs des moments spatiaux des profils
présentés dans le Tableau IV-8.

Date d’acquisition Moment d’ordre 0 Moment d’ordre 1 Moment d’ordre 2


85
du profil (quantité totale de Sr) (distance moyenne parcourue) (variance)
h mol mm mm²
-13
expérimental 391 4,4 10 26,72 118,5
-13
simulé CD 391 4,4 10 23,58 177,3
-13
simulé MIM 391 4,5 10 20,92 86,8
-13
expérimental 679 4,4 10 47,67 313,6
-13
simulé CD 679 4,5 10 35,75 353,7
-13
simulé MIM 679 4,5 10 34,30 175,0
Tableau IV-8
Comparaison des moments d’ordre 0, d’ordre 1 et d’ordre 2 des profils enregistrés le long de la
colonne n°15 et des profils simulés avec chaque modèle.

On constate à nouveau que la simulation décrit correctement les niveaux de concentrations


et respecte les bilans de masse quelle que soit la date d’acquisition. Le profil enregistré dans la
colonne au temps « court » (au bout de 391 h) est mieux reproduit par le modèle que le profil
enregistré au bout de 679 h. Au temps plus long, simulations et résultats expérimentaux divergent.

216
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

Le modèle sous-estime la distance moyenne parcourue . Cette fois, l’erreur commise sur la
distance moyenne parcourue atteint 25 % pour le profil enregistré au bout de 679 h. Toutefois, on
constate Figure IV-11, que le modèle de convection-dispersion classique prédit correctement la
date d’apparition du polluant à une distance donnée. Cette valeur est au moins aussi importante
que le temps de parcours moyen du pic de polluant pour avoir une idée, par exemple, du temps
dont on dispose pour réagir en cas de pollution accidentelle à proximité d’un point de captage.
Malheureusement, ce même modèle sous-estime la concentration maximum attendue à une
distance donnée du point d’injection du polluant et sur-estime le temps d’apparition de ce
maximum.
Il semble que le modèle mobile-immobile convienne mieux pour décrire la forme des profils
de concentrations de 85Sr. Le traçage à l’eau tritiée dans la colonne n°15 non saturée confirme
l’apparition d’eau immobile dans la colonne lorsque la teneur en eau diminue (c.f. Figure IV-12). En
revanche les résultats de l’optimisation des paramètres du modèle mobile-immobile sur cette
courbe de percée montrent que le paramètre kM a été largement sur-estimé (5,1 10-5 s-1 au lieu de
6,67 10-6 s-1).

Colonne n° 15
3.0e-3
non saturé

2.5e-3 CD non saturé


MIM non saturé

2.0e-3 saturé
CD saturé

1.5e-3

1.0e-3

5.0e-4

0.0e+0
500 1000 1500 2000 2500 3000
temps depuis injection (min)

Figure IV-12

Courbes de percée du traceur de l’écoulement mesurées en sortie de la colonne n°15 à saturation


naturelle et en insaturé. Ajustement des paramètres des modèle de convection-dispersion (CD) et
mobile-immobile (MIM) pour les différentes conditions expérimentales.

colonne n° modèle r² Ts vitesse de pore teneur en eau teneur teneur dispersivité kM


testé vm = L/Ts θ en eau mobile en eau immobile α
-1
h cm/h θm θim cm h
saturée n°15 CD 0.998 30,42 0,92 0,29 0,13
non saturée n°15 CD 0,977 22,65 1,24 0,21 0,21
non saturée n°15 MIM 0,999 19,92 1,41 0,21 0,18 0,03 0,05 0,024

Tableau IV-9
Paramètres optimisés des fonctions de transfert de la colonne n°15 (modèles de convection-
dispersion et mobile-immobile) à saturation naturelle et en insaturé.

217
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

Cette forte diminution du coefficient de transfert de masse lorsque la teneur en eau


moyenne diminue de moins de 10 % par rapport à l’expérience menée dans la colonne n°8 était
impossible à prévoir et illustre la difficulté d’extrapoler les résultats fournis par un modèle.
Toutefois, on constate Figure IV-13 que l’erreur commise pour estimer ce paramètre explique
seulement partiellement la différence observée entre simulations et profils expérimentaux.

Colonne n°15
2.1e-14
kM = 6,67 10-6 s-1
1.8e-14 kM = 5,1 10-5 s-1

1.5e-14

1.2e-14

9.0e-15

6.0e-15

3.0e-15

0.0e+00
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90
mm

Figure IV-13

Influence du paramètre kM sur les simulations des 2 profils de concentration totale de 85Sr
enregistrés le long de la colonne n°15 non saturée en eau (<θ> = 0,16) respectivement 391 h et 679 h
après l’injection de la solution marquée.

Nous savons que la vitesse d’écoulement a été correctement prédite par le modèle, le débit
réel de 5ml/h imposé dans la colonne en cours d’expérience n’est pas très éloigné des estimations.
Concernant les autres paramètres du modèle : la dispersivité et la fraction d’eau immobile, on peut
supposer que les valeurs estimées ne sont pas très éloignées de la réalité. En effet, nous
rappelons que les valeurs fournies dans le Tableau IV-9 correspondent aux propriétés
hydrodynamiques de la colonne entière, et nous savons que le profil de teneur en eau n’est pas
uniforme puisque la valeur de la teneur en eau moyenne de la colonne déterminée par le traçage
est supérieure à 0,16. Ces paramètres ne reflètent donc pas les caractéristiques hydrodynamiques
d’une colonne dont la teneur en eau moyenne, uniforme serait égale à 0,16.
Le seul autre paramètre ayant une influence forte sur la position des profils est la
concentration de sites par unité de volume d’eau. Si les simulations réalisées avec la concentration
estimée figurant dans le Tableau IV-8 sont « en retard » par rapport aux profils réels, cela signifie
que le nombre de sites accessibles est sur-estimé par notre modèle pour cette valeur de la teneur
en eau. Nous avons essayé d’ajuster la concentration de sites disponibles sur nos résultats
expérimentaux. La Figure IV-14 représente le résultat de cet ajustement pour les deux profils
sélectionnés.

218
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

Colonne n°15
2.0e-14

391 h

1.6e-14 679 h

X- = 10 10-4 mol/l

1.2e-14
X- = 9 10-4 mol/l

8.0e-15

4.0e-15

0.0e+00
0 20 40 mm 60 80 100

Figure IV-14

2 profils de concentration totale de 85Sr enregistrés le long de la colonne n°15 non saturée en eau
(<θ> = 0,16) respectivement 391 h et 679 h après l’injection de la solution marquée, et différentes
simulations réalisées avec PHREEQC.

La valeur X- = 10 10-4 mol/l correspond à la limite inférieure de la gamme de concentrations


déterminée par notre modèle. Ce paramètre ayant une très forte influence sur la position des
profils, on constate qu’une faible diminution de la quantité de sites accessibles (de l’ordre de 10 %
de la valeur prédite la plus probable) permet d’améliorer notablement la qualité de la prédiction. En
restant dans « la barre d’erreur » de la concentration de sites calculée par le modèle dans un
domaine de teneur en eau non exploré auparavant, les simulations reproduisent à 10 % près la
distance moyenne parcourue par le 85Sr. Etant donné la difficulté de l’exercice de validation
proposé, qui consistait à extrapoler le modèle de transport réactif en non saturée à une teneur en
eau plus faible, on peut considérer que le résultat est assez satisfaisant.

C. DISCUSSION ET CONCLUSIONS

Les paramètres hydrodynamiques modifiés par une diminution de la teneur en eau dans le
milieu poreux, sont : la vitesse de pore et la dispersivité.
En non saturé, en régime d’écoulement d’eau permanent et uniforme la vitesse de Darcy est
égale à la valeur de la conductivité hydraulique du milieu poreux, K(θ). Ceci signifie que vitesse de
pore et teneur en eau ne sont pas des variables indépendantes. Il faut déterminer (soit
directement, soit par une technique d’estimation) la relation K(θ) du sol pour la modélisation du
transport de soluté dans le milieu poreux insaturé.
La dispersivité du milieu poreux augmente lorsque la teneur en eau diminue. La relation entre
dispersivité et teneur en eau moyenne dans la colonne de sable a pu être modélisée par une

219
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

fonction du type : α = aθ-b avec a = 30 µm, dimension caractéristique des hétérogénéités du milieu
poreux et b = -2,99.
D’autre part, nous avons montré que l’augmentation de la dispersivité du sable éolien pouvait
s’expliquer par l’apparition d’eau immobile dans la colonne lorsque la teneur en eau diminue. Dans
la gamme de teneur en eau testée : de 0,16 à 0,32, soit au delà de 50 % de taux saturation, la
fraction d’eau immobile varie peu et reste inférieure à 20 % de la teneur en eau totale. L’utilisation
du modèle mobile-immobile permet de mieux décrire l’allure des profils de concentration de
radioélément en non saturé. Le seul paramètre de ce modèle difficile à estimer reste le coefficient
de transfert de masse, kM (s-1). Toutefois, nous avons montré que le modèle de transport réactif en
non saturé n’était pas très sensible au paramètre kM. En effet nous avons vu que le temps de
séjour dans les zones immobiles est faible devant le temps caractéristique du transport par
convection. Ce mécanisme de transport par diffusion n’est pas prédominant dans nos conditions
d’écoulement.
Les paramètres du modèles chimiques ne sont pas ou peu modifiés par la diminution de la
teneur en eau moyenne dans nos conditions expérimentales. Les constantes thermodynamiques
des réactions de complexation/dissociation ou précipitation/dissolution ont été conservées et les
constantes de sélectivité des réactions d’échanges sont identiques. En supposant que la totalité
des sites d’échanges reste accessible, que la répartition des sites à la surface des particules de
sable est uniforme et par conséquent que la quantité de sites au contact de l’eau immobile est
égale à la quantité de sites au contact de l’eau mobile, nous avons montré que le modèle élaboré à
partir de résultats obtenus à saturation pouvait être utilisé pour décrire les résultats obtenus en
régime d’écoulement permanent à une teneur en eau inférieure. L’erreur commise par le modèle
sur la distance moyenne parcourue par les 2 radioéléments étudiés est alors de l’ordre de 10 %.
Nous avons montré que la quantité de sites d’échanges accessibles aux radioéléments est le
paramètre «clé» du modèle de transport réactif en non saturé. Il faut être extrêmement prudent lors
de l’estimation de ce paramètre notamment pour prédire le transport du strontium, et tenir compte
d’une incertitude d’au moins 20 % sur la concentration de sites calculée de façon à encadrer les
positions probables des profils de concentration à une date donnée. Nous avions déjà soulevé le
problème de l’estimation du nombre de sites accessibles au strontium au Chapitre III. La nature du
sol (faible effet tampon) fait que les conditions géochimiques (composition de la solution du sol,
état initial de l’échangeur) ont une très grande influence sur la valeur prise par ce paramètre du
modèle. La valeur déterminée dans nos conditions expérimentales en colonne saturée et non
saturée, ainsi qu’en réacteur ouvert (10-4 mol/kg), n’est pas directement transposable aux
conditions de terrain car les conditions physico-chimiques et notamment les concentrations de Sr
stable et de Ca sont légèrement différentes et variables dans l’espace et dans le temps.
Nous avons également montré, que l’utilisation d’un modèle élaboré pour le transport réactif
en milieu poreux saturé en eau a pu être utilisé pour décrire le transport de soluté réactif à une
teneur en eau 2 fois plus faible. En se plaçant dans des conditions d’écoulement d’eau et des
conditions géochimiques totalement identiques et constantes, le modèle nous permet de comparer
l’évolution temporelle de la concentration de 85Sr à une distance donnée du point d’injection en
fonction de la teneur en eau. Le Tableau IV-10, résume les conditions d’écoulement et les
variables géochimiques imposées pour les 2 simulations.

85
porosité teneur en eau vitesse vitesse dispersivité X- [ Sr]0 [Sr] [Ca] facteur Kd
de Darcy de pore de retard
ε θ q (cm/h) v (cm/h) α (cm) (mol/l) (mol/l) (mol/l) (mol/l) R (l/kg)
-4
0,32 0,32 0,21 0,66 0,04 5,63 10 10-9 10-6 5 10-5 134 24
-3 -9 -6 -5
0,32 0,16 0,21 1,30 0,73 1,13 10 10 10 5 10 237 21

Tableau IV-10
Conditions géochimiques et valeurs des paramètres imposés dans le modèle de transport réactif
pour la comparaison de simulations réalisées à 2 teneurs en eau différentes.

220
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

La Figure IV-15 représente les résultats obtenus. La vitesse de Darcy imposée est identique
dans les deux cas, la dispersivité du milieu poreux augmente et correspond à la valeur que nous
avons mesuré pour un taux de saturation de 50 % du sable éolien.

5.0e-13

0.32
4.0e-13
0.16

3.0e-13

2.0e-13

1.0e-13

0.0e+00
0 50 100 150 200 250 300 350 400 450 500
facteur de retard, R

Figure IV-15

Courbes de percée du 85Sr simulées à 2 teneurs en eau différentes.

On constate que dans le domaine de validité de notre modèle, le facteur teneur en eau n’a
pratiquement aucune influence sur la valeur du coefficient de distribution du 85Sr déduit de la
mesure du facteur de retard. Inversement, cela signifie que l’erreur commise par le modélisateur
sur la position du centre de gravité du panache de Sr en utilisant la même valeur du coefficient de
distribution du Sr dans l’aquifère et dans la zone non saturée du site pilote de Tchernobyl est
faible. Par contre, la dispersion du panache est beaucoup plus importante dans le milieu poreux
insaturé.

221
Chapitre IV – Migration du Cs et du Sr en colonnes non saturées en eau

222
CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES
Conclusions et perspectives

224
Conclusions et perspectives

Conclusions et perspectives.

Principales conclusions

La méthodologie mise en oeuvre dans ce travail de thèse a permis d’identifier, de


conceptualiser et de modéliser les principaux mécanismes qui gouvernent la migration des deux
éléments étudiés : le césium et le strontium, dans le sable éolien de Pripyat non saturé en eau. La
démarche choisie pour cette étude privilégie les techniques expérimentales les plus
représentatives des conditions de terrain, tout en permettant la simplification du système, le
contrôle des conditions physico-chimiques et le découplage des phénomènes grâce à l’utilisation
de traceurs de l’eau et de marqueurs des éléments réactifs étudiés.
Les expérimentations en réacteurs parfaitement agités nous ont permis de déterminer les
lois de distribution des réactions de sorption à la surface des grains de sable des deux éléments
étudiés dans des conditions données. L’utilisation d’un réacteur à flux continu nous a permis
d’étudier la cinétique et la réversibilité des réactions de sorption et de déterminer les temps
caractéristiques de ces réactions.
Les essais de traçages en colonne de sable homogène et en régime d’écoulement d’eau
permanent, nous ont permis d’observer et de caractériser les propriétés hydrodynamiques du
milieu poreux ainsi que le comportement des deux éléments en mouvement, pour différentes
valeurs de la teneur en eau.

Un mécanisme d’échange d’ions a été utilisé pour modéliser les réactions à l’interface
solide/liquide entre le césium, sous forme Cs+ dans nos conditions expérimentales, et le sable
éolien, et entre le strontium, majoritairement sous forme Sr2+ dans nos conditions expérimentales,
et le sable éolien.
La quasi-totalité des sites d’échange d’ions présents à la surface du sable, ou CEC
(mesurée indépendamment par la méthode de saturation à l’acétate d’ammonium), est accessible
au cation Cs+. L’affinité des sites pour Cs+ est très grande par rapport aux autres cations majeurs
et la fixation du Cs est très forte à la surface des grains de sable. Dans nos conditions
expérimentales, le facteur de retard du Cs par rapport au traceur de l’écoulement est supérieur à
6600. En transposant ces conditions sur site, et compte tenu de la période radioactive du 137Cs, il
semble donc que le transfert par l’eau dans le sol ne soit pas le vecteur principal du déplacement
du 137Cs dans la biosphère. La nature des phases minérales qui constituent la fraction fine du sol
(particules de taille inférieure à 2 µm), responsables de cette très forte interaction avec le Cs en
traces n’a pas pu être identifiée au cours de ce travail de thèse en raison de leur faible proportion
dans le sol.
Le nombre de sites d’échange accessibles au cation Sr2+ est de l’ordre de 1 à 10 % de la
CEC (mesurée indépendamment par la méthode de saturation à l’acétate d’ammonium) du sol . Ce
nombre, considéré dans notre modèle d’échange comme un paramètre de calage, dépend
fortement des conditions physico-chimiques qui règnent dans le système. En particulier, la
composition initiale de l’échangeur, la concentration en isotope stable du Sr sous forme Sr2+ et la
concentration en Ca2+ en solution, sont les variables prépondérantes à connaître précisément pour
déterminer le nombre de sites accessibles au strontium radioactif. En maîtrisant ces variables,
nous avons pu déterminer un jeu de paramètres pour le modèle d’échange qui nous a permis de
décrire l’ensemble des résultats obtenus en colonne de laboratoire, quelle que soit la concentration
en Sr stable et quelle que soit la teneur en eau (entre 50 et 100 % de taux de saturation).
L’influence de la concentration en Sr stable dans la solution du sol sur le facteur de retard du Sr

225
Conclusions et perspectives

90
radioactif a été démontrée et permet d’expliquer, en partie, la mobilité du Sr observée au niveau
du Site Pilote de Tchernobyl.

La caractérisation du fonctionnement hydrodynamique du sable éolien structuré a été


réalisée par ajustement des paramètres des modèles de transport sur les courbes d’élution du
traceur de l’écoulement (l’eau tritiée). A saturation du milieu poreux, le modèle de convection-
dispersion permet de décrire le transport d’un soluté inerte. Quelle que soit la colonne et la vitesse
d’écoulement, la dispersivité du milieu poreux saturé est très faible, de l’ordre de 0,04 cm. La
dispersivité du milieu poreux calculée à partir des paramètres ajustés du modèle de convection-
dispersion, augmente lorsque la teneur en eau diminue. La relation entre dispersivité (α) et teneur
en eau moyenne dans la colonne de sable (θ) a pu être modélisée par une fonction du type :
α = aθ-b, avec a = 30 µm et b = -2,99. La forme de cette relation a été déterminée théoriquement
par Nützmann et al., 2002 et utilisée par ces auteurs avec succès pour décrire la dépendance
entre dispersivité et teneur en eau d’une colonne de sable grossier. Le modèle de Nützmann fait
intervenir un paramètre de forme (b) et un paramètre d’échelle (a) correspondant à la longueur
caractéristique des hétérogénéités du milieu poreux. Dans notre cas, la dimension des
hétérogénéités ajustée sur les résultats obtenus est de l’ordre de 30 µm (soit 10 fois plus petite que
le d50 du sable éolien de Pripyat). La valeur prise par le paramètre d’échelle semble physiquement
acceptable étant donné la texture fine du sable éolien de Pripyat.
On constate également que la prise en compte d’une fraction d’eau immobile suffit pour
expliquer l’augmentation de la dispersivité et reproduire l’asymétrie des courbes de percée du
traceur de l’écoulement en non saturé. La dispersivité du milieu poreux ajustée dans le modèle
mobile-immobile (MIM) en non saturé prend des valeurs très proches de la dispersivité déterminée
par ajustement du modèle de convection-dispersion (CD) classique sur les courbes de percée
expérimentales du traceur de l’écoulement en saturé. Dans nos conditions expérimentales, la
fraction d’eau immobile contenue dans les colonnes varie peu (en moyenne 14 % de la teneur en
eau totale) et sans lien très net avec le taux de saturation. Il semblerait que le coefficient de
transfert de masse entre les régions d’eau immobile et mobile, kM, soit pratiquement constant (de
l’ordre de 0,18 ± 0,01 h-1) dans une gamme de teneurs en eau élevées (au delà de 50 % de
saturation). La comparaison des temps caractéristiques du transfert de masse des zones mobiles
vers les zones immobiles et du transport par convection nous permet de conclure que la diffusion
de soluté entre les zones d’eau mobile et immobile n’est pas un mécanisme prépondérant dans
nos conditions expérimentales. Il faut toutefois en tenir compte pour pouvoir décrire correctement
la forme des courbes de percée et des profils de concentration des radioéléments en non saturé.
Les paramètres du modèle de transport choisi en non saturé (CD ou MIM) peuvent être
assez simplement estimés à partir des résultats que nous avons obtenus. Il apparaît surtout que le
modèle couplant géochimie et transport est assez peu sensible à la valeur prise par ces
paramètres. Le modèle est beaucoup plus sensible à la valeur des paramètres du modèle
d’échange cationique. Toutefois, lorsqu’on se place dans des conditions physico-chimiques
comparables, le jeu de paramètres ajusté sur les résultats obtenus en colonne de sable saturé en
eau, permet de décrire les profils de concentrations du Cs et du Sr mesurés à une teneur en eau
inférieure (jusqu’à 50 % de saturation).
Nous avons montré dans nos conditions expérimentales, que la diminution de la teneur en
eau n’avait pas d’influence sur la position du centre de masse d’un profil de concentration, ou du
temps de séjour moyen du soluté réactif, autre que celle due à la variation de la vitesse de pore
(liée à la diminution de la section moyenne d’écoulement de l’eau dans la porosité). En revanche,
nous insistons sur le fait que la dispersion du profil, ou de la courbe de percée, augmente. Cela
signifie que dans cette gamme de teneur en eau et en régime d’écoulement permanent seuls les
paramètres hydrodynamiques sont modifiés. Le modélisateur peut utiliser des paramètres
géochimiques déterminés à saturation, tel que Kd ou toute loi empirique pour décrire l’isotherme de
sorption du soluté étudié, afin de simuler le transport de l’élément dans la zone non saturée. Les
recommandations et les précautions à prendre dans ce cas concernant la stabilité sur site des

226
Conclusions et perspectives

conditions physico-chimiques dans le cas des calculs de transport en ZNS et dans les aquifères
sont identiques.

Perspectives

Sur le plan instrumental, les perspectives de ce travail relèvent de l’utilisation et du


perfectionnement du banc d’auscultation gamma de colonne insaturée développé par
l’IRSN/DPRE. Cet outil est particulièrement bien adapté à l’observation des phénomènes
transitoires lents. Il fournit des résultats quantitatifs fiables pour l’étude de la migration d’éléments
fortement retenus. Toutefois des compléments peuvent être apportés au niveau du système de
pompage en pied de colonne en configuration « non saturé ». Notamment, pour le suivi des
écoulements d’eau transitoires à faible teneur en eau et faible flux infiltré en surface, un système
imposant une condition à la limite de type Dirichlet en bas de colonne permettrait de régler plus
précisément la dépression et de la maintenir constante tout au long de l’expérience en évitant les
problèmes de désamorçage et de réglage de la pompe d’aspiration. Mais, un tel dispositif est
difficile à réaliser et permet d’imposer des dépressions ne dépassant pas 1 m à 1 m 50 de colonne
d’eau. Ce dispositif complèterait le système actuel dédié à l’étude des écoulements d’eau en
régime permanent.
Au niveau de la programmation des séquences d’acquisition en Labview, le développement d’un
module d’acquisition à cote fixe serait souhaitable de façon à observer, par exemple, le passage
d’un front d’infiltration.
D’autre part, nous avons vu que l’utilisation du réacteur à flux continu présentait de
nombreux avantages : étude de la cinétique, étude de la réversibilité, maîtrise des conditions
imposées tout au long de l’essai, maîtrise des conditions initiales, peu de manipulations, analyse
« en temps réel » grâce à l’utilisation des traceurs... Cet outil est susceptible d’intéresser des
industriels pour l’acquisition « en routine » des paramètres de transferts après quelques
adaptations. Cette étape nécessite la mise au point d’une méthodologie opérationnelle qui passe
par la définition, pour les sites considérés, des paramètres les plus pertinents à mesurer et des
conditions physico-chimiques expérimentales significatives (domaines de validité des Kd,
classification de comportement des polluants, granulométrie des sols...).
Enfin, le protocole d’expérimentation en tubes à essais peut être amélioré de façon à
réaliser un bilan complet de la géochimie du système sol/solution au départ de l’essai et à la fin de
la durée de contact. Les espèces présentes dans le système doivent être identifiées et analysées,
en plus de l’élément étudié.

Nous avons apporté des éléments de réponse au problème du transport d’éléments réactifs
en régime d’écoulement permanent et en milieu poreux non saturé en eau. Nous nous sommes
placés dans les conditions d’écoulement d’eau les plus simples de façon à mettre en évidence
l’influence de la diminution moyenne de teneur en eau sur les paramètres effectifs du modèle de
transport et du modèle géochimique élaboré en milieu poreux saturé. Dans ces conditions, nous
avons décrit la migration d’éléments fortement retenus en non saturé en utilisant, pour l’essentiel,
des outils dédiés classiquement à la modélisation du transport de soluté en nappe.
Concernant le modèle géochimique appliqué à la zone non saturée du Site Pilote de
Tchernobyl, il serait intéressant d’étudier les variations de la composition de l’eau interstitielle dues
à la maturation de la matière organique contenue dans la tranchée, et l’impact sur la mobilité des
deux radioéléments. Concernant le strontium, il y a de fortes chances que le jeu de paramètres
ajustés sur les résultats obtenus dans nos conditions expérimentales ne soit pas transposables à
un autre jeu de conditions physico-chimiques. Il apparaît nécessaire de déterminer la CEC du
sable de Prypiat en utilisant le cation d’intérêt : Sr2+ , et en évitant de modifier fortement le pH de la
solution du sol (ce qui est le cas avec la méthode de saturation à l’acétate d’ammonium). Cette
valeur pourrait être imposée dans le modèle d’échange et non plus ajustée.

227
Conclusions et perspectives

Nous avons vu également que le transfert du césium par l’eau souterraine n’est pas le
principal vecteur de la dissémination de cet élément dans l’environnement dans nos conditions
expérimentales. En revanche, l’étude de la mobilisation du césium fixé au niveau des couches
superficielles du sol par des chélatants d’origine végétale (acides organiques et acidification de la
solution du sol) semble pertinente. Enfin, une caractérisation fine de l’environnement à l’échelle
moléculaire des deux éléments cibles (Cs et Sr), permettrait de déterminer les phases
responsables des interactions fortes mises en évidence à l’échelle du dm3. Des techniques de
spectroscopie comme l’EXAFS ont été utilisées avec succès pour identifier la spéciation globale de
nombreux éléments (notamment des métaux lourds) fixés à la surface des sols et des sédiments et
pourraient être mise en oeuvre dans notre cas.
Un couplage complet des modèles d’écoulement d’eau en milieu poreux non saturé et en
régime transitoire avec le modèle géochimie-transport élaboré au cours de ce travail, nécessiterait
l’utilisation d’outil spécifique du non saturé. Ces outils doivent être capables de calculer l’évolution
temporelle des champs de vitesses et de teneurs en eau dans le milieu poreux. En d’autres
termes, il faut utiliser un code résolvant l’équation de Richards associé à un code couplé
géochimie-transport en milieu poreux. Des outils de ce genre sont à l’heure actuelle disponibles. Il
s’agit toutefois de « codes lourds », dédiés à la recherche, qui ne sont pas totalement validés, et
qui ne sont pas adaptés à des études d’impact pour des prises de décisions rapides. Il serait très
intéressant de mener un travail proche de celui qui vient d’être réalisé afin de traduire l’influence de
cycles d’infiltrations ou de battements sur les paramètres effectifs de transport d’un polluant réparti
de façon homogène dans le sol. Les résultats de cette étude, ajoutés au travail qui vient d’être
réalisé, permettraient aux modélisateurs de faire l’économie, dans certains cas, de l’utilisation des
codes lourds que nous avons mentionnés en raisonnant sur des gamme de variations probables
pour les paramètres clés des modèles de transport dans la zone non saturée.

228
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Prédiction par un modèle analytique à base physique à partir de données texturales. Thèse de doctorat,
Université Joseph Fourier-Grenoble 1.

242
ANNEXES
244
ANNEXE I

245
Annexe du Chapitre I

246
Annexe du Chapitre I

ANNEXE I
TECHNIQUES D’ESTIMATIONS DES PARAMETRES DES COURBES
CARACTERISTIQUES DES SOLS

1. LA COURBE DE RETENTION D’EAU

Trois approches différentes ont été développées pour prédire les caractéristiques
hydrodynamiques du sol à partir des informations texturales et structurales disponibles :
− les méthodes de régression à partir de valeurs particulières du potentiel de l’eau du sol,
− l’utilisation des fonctions de pédotransfert,
− les méthodes à base semi-physique.

1.1. Les méthodes de régression à partir de valeurs discrètes du potentiel


matriciel

Cette approche ne fait aucune hypothèse sur la forme de la courbe de rétention d’eau.
Il s’agit de relier par régression multi-linéaire le potentiel de l’eau du sol à une teneur en eau
donnée à la distribution de taille de particules, la porosité, la masse volumique apparente ou la
teneur en matière organique du sol (Gupta et Larson, 1979 ou Rawls et Brakensiek, 1982).
Toutefois, cette méthode donne souvent de mauvais résultats pour l’estimation de la
courbe de rétention d’eau. En effet les coefficients de la régression multi-linéaire sont déterminés
d’après des mesures en laboratoire sur des sols remaniés. Leur applicabilité sur le terrain est
contestée (Vereecken et al., 1992).

1.2. Les fonctions de pédotransfert

Selon cette approche une forme est supposée pour la courbe de rétention d’eau. Les
paramètres de forme et d’échelle associés à la relation choisie sont déterminés par ajustement du
modèle sur des points de mesure (Clapp et Hornberger, 1978, Vereecken et al., 1989 ou Wösten
et Van Genuchten, 1988).
Parallèlement, Cosby et al., 1984 ont montré que les variations des paramètres des
modèles de courbe de rétention d’eau étaient presque complètement expliquées par la variabilité
des propriétés texturales des sols. Ces auteurs ont développé un jeu d’équation de régression pour
estimer les paramètres du modèle de Brooks et Corey pour la courbe de rétention d’eau (équation
I-20 avec θr = 0) à partir de la distribution de tailles de particules et de la porosité.
Bien qu’il existe effectivement une forte corrélation entre les paramètres des modèles
de rétention d’eau et les propriétés texturales des sols, l’application de ces équations de régression
est restreinte aux sols utilisés pour les établir. Cette approche permet l’estimation des paramètres
des modèles de façon très simple et rapide à partir d’un minimum d’information ; en outre elle est
bien adaptée à la modélisation puisqu’elle fournit une description continue de la courbe
caractéristique de rétention d’eau. Malgré ces nombreux avantages, l’extrapolation de la méthode
à d’autres sols que ceux de la base de données utilisée pour les établir reste hasardeuse.

247
Annexe du Chapitre I

1.3. Les méthodes semi physiques

Bien que les méthodes de régression fonctionnelles décrites dans le paragraphe


précédent fournissent des résultats assez peu satisfaisants pour prédire les paramètres d’échelle
des courbes de rétention d’eau, elles permettent de mettre en évidence la corrélation existant entre
les paramètres de forme de la courbe de rétention d’eau et la granulométrie du sol. La similarité de
forme entre la courbe de distribution de tailles des particules et la courbe de rétention d’eau est à
la base des modèles d’estimation semi-physique des paramètres de la courbe de rétention d’eau
(Arya et Paris, 1981, Haverkamp et Parlange, 1986 et plus récemment Zammit, 1999).

1.3.1. Le modèle de Arya et Paris, 1981

Le modèle d’Arya et Paris, 1981 impose de diviser la distribution cumulée normalisée


de la masse de particules (G(Ms)) en un nombre N de classes. La classe i contient les particules de
diamètre compris entre di-1/2 et di+1/2. Le modèle attribue à chaque classe de particules un volume
de vides et une teneur en eau volumique θi, telle que θi = εG(di).
L’estimation de la courbe de rétention d’eau θ(h) à partir de la courbe granulométrique
via l’équation de Laplace nécessite la connaissance d’une relation entre le diamètre des pores
(introduit dans l’équation de Laplace) et le diamètre des particules. Les auteurs fournissent la
relation suivante pour calculer le diamètre de pore à partir du diamètre di des particules de la
classe i :
1
 2eN1i−α AP  2
2ri = di   équation 1
 3 

e est l’indice des vides (équation I-2) de la classe i, égal à l’indice des vides de l’échantillon total
dans le modèle d’Arya et Paris.
Ni correspond au nombre de particules contenues dans la classe i.
αAP est le facteur de tortuosité d’Arya et Paris. Ce paramètre empirique a été calibré
statistiquement par les auteurs sur un ensemble de sols. La valeur de αAP fixée est αAP = 1,38.

Bien que ce modèle soit très simple à utiliser, des limitations ont été mises en évidence
(Haverkamp et al., 2000 c) :
− il est vrai que le paramètre αAP reste constant dans une large gamme de diamètres de
particule autour de dp = 100 µm. Toutefois pour les sols sableux, dans les classes
extrêmes de taille de particules, le paramètre αAP peut prendre des valeurs supérieures à
2 (Figure 1). Ces variations montrent que l’hypothèse d’indice des vides constant quelle
que soit la classe de taille de particules n’est pas vérifiée. Ce résultat est d’autant plus
gênant que la prédiction est très sensible à la valeur du paramètre αAP.
− d’autre part, le modèle fournit un ensemble discret de valeurs de h en fonction de θ, le
résultat dépend du nombre de classes de particules choisi.

248
Annexe du Chapitre I

Figure 1

Evolution du facteur de tortuosité αAP dans le modèle d’Arya et Paris, 1981 en fonction de θi/θsat
calculé pour plus de 1000 sols différents extraits des bases de données sols GRIZZLY (Haverkamp
et al., 1998b) et UNSODA (Leij et al., 1996). (Extrait de Haverkamp et al., 1998a).

1.3.2. Le modèle de Haverkamp et Parlange, 1986

Le modèle proposé par Haverkamp et Parlange, 1986 permet une estimation des
paramètres du modèle de Brooks et Corey (équation I-20, avec θr = 0) pour des sols peu structurés
(typiquement des sols sableux contenant peu de matière organique).
L’équation I-18 permet de calculer la pression de l’eau dans un pore en fonction du
rayon du pore.
2σ e−a cos(ϕ )
h= équation I-18
ρ l gr

En considérant que tous les pores de diamètre inférieur ou égal à r sont emplis d’eau à
une pression h donnée, le degré de saturation du sol, S°(r) = θ/θsat se déduit de la distribution
cumulée de taille de pores.
D’autre part supposons qu’il existe une relation linéaire entre le diamètres des pores et le
diamètre des particules (dp) :
r = γ dp équation 2

γ est un facteur “de compactage” empirique.


La combinaison de l’équation I-18 avec l’équation 2 permet de calculer la pression de
l’eau dans le sol en fonction du diamètre des particules à condition d’estimer γ.
L’équation 2 permet également d’affirmer que les fractions relatives du volume de
milieu poreux occupées par les vides et par les particules sont identiques. Finalement les auteurs

249
Annexe du Chapitre I

montrent que le degré de saturation est lié à la distribution cumulée de taille de particules suivant :
S(r) = F(dp), et ils choisissent d’ajuster une relation du type Van Genuchten sur la distribution
cumulée de taille de particules du sol.
−M
  d N 
θ  g 
= F(dp ) =  1 +    équation 3
θ sat   p  
d
 

dg est un paramètre de normalisation et les paramètres de forme de la fonction de Van Genuchten


sont liés par la condition de Mualem : M = 1-1/N.

Les auteurs utilisent le paramètre µ pour décrire le comportement de la fonction F(dp)


lorsque dp devient très petit.
m
µ= équation 4
1− m

L’expression utilisée pour décrire la branche principale en humidification (MWC) de


la courbe de rétention d’eau est la suivante :
 θ W  h λ
 =  ea  pour h ≥ h ea
θ
 sat  h  équation 5
 W
θ = θ sat pour h ≤ hea

En utilisant le modèle d’hystérésis de Parlange, 1976 et l’équation 5 et en supposant


hd = hea(θsat), on détermine l’expression suivante pour décrire la branche principale en drainage
(MDC) :

 θD  h  λ  h 
 =  ea  × 1 + λ - λ ea  pour h ≥ hea
θ
 sat  h   h  équation 6
 D
θ = θ sat pour h ≤ hea

hea représente la pression d’entrée d’air.

En réalité il existe également une pression d’entrée d’eau hew différente de hea
(c.f.Figure 2). Le modèle d’Haverkamp et Parlange, 1986 permet de prendre en compte ce
phénomène et d’estimer l’ensemble des paramètres du modèle de Brooks et Corey pour les deux
courbes enveloppes du cycle hystérétique.

250
Annexe du Chapitre I

h h

MDC MDC
MWC MWC
hea hea
hew
θr θs θ θr θs θ

(a) (b)
Figure 2

Modèle de Brooks et Corey pour décrire les branches principales en humidification et en drainage
de la famille des courbes de rétention d’eau. (a) : hew = hea et (b) hea ≠ hew.

La courbe granulométrique étant une donnée généralement disponible, on suppose


que les valeurs paramètres dg, m, n et µ sont assez facilement accessibles.
Sous l’hypothèse de similarité de forme de la courbe h(θW ) et de F(dp), les paramètre
λ et µ sont liés. Dans le cas idéal où toutes les particules du sol auraient le même diamètre, ces
deux paramètres seraient égaux. Haverkamp et Parlange établissent une relation entre µ et λ
faisant intervenir la structure du milieu poreux par l’intermédiaire du facteur ρd :
a2
λ = a1µρ d équation 7

avec : a1 = 0,0723 ± 4,2.10-3 et a2 = 3,8408 ± 0.21 (pour ρd en g/cm3). Les valeurs de a1 et a2 ont
été calculées par régression linéaire sur 10 échantillons de sol sableux (1,5 ≤ ρd ≤ 1,75 g/cm3).

De même une relation a été établie entre le coefficient de compactage γ et la valeur


correspondante estimée de λ (par régression linéaire sur les mêmes sols sableux).
γ = b1 + b2λ +b3λ2 équation 8

avec : b1 = 17,1736 ± 0,344, b2 = -4,7043 ± 0,173 et b3 = 0,1589 ± 0,0046.

Enfin, on estime hea par :


0,149γ
h ea = avec dg en cm et hea en cm. équation 9
dg

Le modèle d’Haverkamp et Parlange permet donc d’estimer les branches principales


en humidification et en drainage de la famille des courbes de rétention d’eau à l’aide du modèle de
Brooks et Corey et du modèle d’hystérésis de Parlange. Le modèle est également applicable au
cas où les pressions d’entrée d’air et d’entrée d’eau sont différentes. Toutefois, le domaine de
validité de ce modèle est restreint aux sols sableux (peu structurés) ne contenant pas de matière
organique.

251
Annexe du Chapitre I

1.3.3. Généralisation du modèle d’Haverkamp et Parlange à toute la gamme


des sols

Dans une étude récente Haverkamp et al., (2000 a, b, c, d) proposent une méthode
d’estimation des paramètres du modèle de Van Genuchten pour décrire la branche principale en
humidification (MWC) de la courbe de rétention d’eau. La méthode est basée sur le concept de
similarité de forme entre la courbe de rétention d’eau et la distribution cumulée de taille de
particules.
La première étape de la méthode consiste à établir un lien entre la branche principale
en humidification de la courbe de rétention d’eau et la distribution cumulée de taille de pores. La
deuxième étape permet de définir une relation entre la distribution cumulée de taille de pores et la
distribution cumulée de taille de particules. Enfin la dernière étape prend en compte le problème
d’hystérésis.
Les auteurs choisissent d’ajuster une relation du type Van Genuchten sur la distribution
cumulée de taille de particules du sol F(dp).
−M
  d N 
F(dp ) = 1 +   
g kM
avec M = 1 − équation 10
  dp   N
 

dg est le paramètre d’échelle, M et N sont les paramètres de forme du modèle, liés entre eux
de la même façon que les paramètres de forme du modèle de Van Genuchten pour décrire la
courbe de rétention d’eau.
−m
  n 
θ h
= 1 +    équation I-21
θ sat   h g  
 
km
m = 1− équation I-22
n

Les valeurs de km et kM ne sont pas pour autant égales. Le rapport km/kM est une
fonction de la structure du milieu poreux (notamment de la tortuosité). Zammit, 1999 montre :

a
k m = kM + MN équation 11
1+ a

La courbe granulométrique étant une donnée généralement disponible, on suppose


que les valeurs des paramètres dg, M et N sont assez facilement accessibles.

Les paramètres de forme de la courbe de rétention d’eau m et n sont calculés à partir


des valeurs de M et N grâce aux relations suivantes : M = m(1+a) et N = n

MN
ou encore, mn = équation 12
1+ a

a est le facteur de tortuosité (intervenant également dans l’équation I-30).

252
Annexe du Chapitre I

Zammit, 1999 détermine statistiquement une relation entre mn et MN permettant de calculer


le paramètre a. Une régression linéaire sur les données disponibles dans GRIZZLY fournit :
mn = 0,0895MN2 + 0,4499MN si MN < 6,14
équation 13
mn = MN si MN ≥ 6,14

Le paramètre de normalisation en pression, hg, du modèle de Van Genuchten pour la


branche principale en humidification est calculé analytiquement à partir du rayon de pore
« caractéristique » du sol rg et de paramètres liés à la structure du sol :
1+ a 1+ a
θ  2σ e−a cosϕ  θ sat  0,149
h g =  sat  =  avec hg et rg en cm équation 14
 ε  ρl grg  ε  rg

Par rapport à l’équation 9, on constate que ce modèle prend en compte des


paramètres liés à la structure du milieu poreux (notamment le facteur de correction de tortuosité
spécifique au sol étudié). Il peut théoriquement s’appliquer à tous types de sol et non plus
uniquement à des sols sans structure.

Enfin, les auteurs établissent une relation linéaire liant rg et dg (Zammit, 1999) qui
confirme l’intuition d’Haverkamp et Parlange, 1986. Toutefois les données concernant la
distribution de tailles de pores étant rares, la validité de l’expression analytique obtenue (faisant
intervenir le facteur de correction de tortuosité a, la tortuosité du milieu poreux à saturation et
l’indice des vides) n’a pas été démontrée à ce jour. Le paramètre γ, liant rg et dg, doit encore être
estimé statistiquement.
Le modèle a été testé sur la base de données GRIZZLY (Haverkamp et al, 1998b)
regroupant des données sur environ 700 sols différents. Les résultats obtenus par ce modèle sont
prometteurs.

2. ESTIMATION DES PARAMETRES DE LA COURBE DE CONDUCTIVITE HYDRAULIQUE

2.1. Estimation du paramètre de forme

Le paramètre de forme η, du modèle de conductivité hydraulique de Brooks et Corey et


Burdine (équation I-34), dépend du facteur de tortuosité a.
2
K a +2 +
=Θ λ équation I-34
K sat

2
η=a+2+ équation 15
λ

Si on choisit le modèle de Van Genuchten pour la courbe de rétention d’eau (équation


I-21), on obtient :
2
η=a+2+ équation 16
mn

253
Annexe du Chapitre I

Différentes valeurs du facteur de tortuosité a ont été choisies en fonction du modèle de


capillarité élaboré. Par exemple, Childs et Collis-George, 1950, utilisent a = 0 ; Mualem, 1976,
utilise a = 1/2. Toutefois ces valeurs basées sur l’intuition des différents auteurs ou déduites
d’analyses statistiques, doivent être considérées avec précaution. La meilleure solution consiste à
déterminer la valeur du paramètre a spécifique au sol étudié en utilisant par exemple la méthode
d’Haverkamp et al., 2000, décrite au paragraphe1.3.3.

2.2. Estimation du paramètre de normalisation Ksat

L’estimation de la valeur de la conductivité hydraulique à saturation Ksat est difficile. En


effet, ce paramètre est particulièrement influencé par la structure du milieu poreux, notamment par
les hétérogénéités du sol à l’échelle de mesure (fissures, cailloux, macropores, etc...).
En outre, c’est un paramètre de toute première importance dans les modélisations
hydrogéologiques puisqu’il contrôle la dynamique de l’écoulement.
L’estimation théorique de la conductivité capillaire peut être réalisée en utilisant des
modèles capillaires tels que ceux de Mishra et Parker, 1990 ou de Ahuja et al., 1985. Il est
également possible d’utiliser des catalogues de données (Rawls et Brakensiek, 1989) qui
permettent d’estimer statistiquement la conductivité hydraulique à saturation en la reliant à des
propriétés texturales du sol (pourcentage d’argile, de sable).
Les relations obtenues par Mishra et Parker, 1990 à partir du modèle capillaire de
Mualem, 1976 permettent d’estimer la conductivité hydraulique à saturation à partir des paramètres
des modèles de Van Genuchten et de Brooks et Corey pour la courbe de rétention d’eau.

K sat = c1
(θ sat − θr )5 2 équation 17
h 2g

hg est le paramètre de normalisation en pression de la courbe de rétention d’eau de Van


Genuchten et c1 est une constante prenant en compte des caractéristiques du fluide et du milieu
poreux (c1 = 108 cm3/s).

(θ sat − θr )5 2  λ 
2
K sat = c1   équation 18
 λ + 1
2
hbc

hbc et λ sont respectivement les paramètres de normalisation et de forme de la relation de


Brooks et Corey.

Ahuja et al., 1985 utilisent une relation semblable à celle de Kozeny-Carman (1937)
pour estimer la conductivité hydraulique à saturation en fonction de la porosité effective (ε-θr) :

K sat = c 2 (ε − θr )
c3 équation 19

Lorsque Ksat est exprimée en cm/h, c2 = 1058 cm/h et c3 varie entre 4 et 5.

254
ANNEXES II

255
Annexes du Chapitre II

256
Annexes du Chapitre II

ANNEXE II-1
CALCULS D’INCERTITUDES

Dans la plupart des calculs d’incertitudes, on utilise la loi de propagation des erreurs. Soit
une variable y, fonction de plusieurs variables indépendantes, telle que y = F(x1,...,xn). L’écart type
de y est donné par :

2
n  ∂F 
σy = ∑  σx 2
 
j =1 ∂x j 
j

où σ x j est l' écart type expérimental dû à la mesure de la quantité x j .

∑ (x kj − x j )
2

Dans le cas où la quantité xj a été mesurée n fois, σ x j = k


(on effectue une
n −1
n
correction d’échantillonnage, en effet : Espérance(σ x ) = Σ x , où Σx représente l’écart type
n −1
théorique des x, c’est à dire celui que l’on calculerait si on connaissait l’ensemble de la population).

Toutefois, il existe une différence entre les notions d’incertitude et d’écart type. Pratiquement,
lorsqu’on cherche à évaluer une incertitude sur un résultat expérimental, on veut se doter d’un
intervalle de confiance autour de la mesure, dans lequel la valeur réelle de la quantité mesurée a
une certaine probabilité d’occurrence. Dans le meilleur des cas, on a répété la mesure d’une même
quantité un certain nombre de fois, et on calcule l’écart type σ x et la moyenne x associés aux
résultats de l’échantillonnage. Puis on fait une hypothèse sur la statistique, en général on suppose
que l’ensemble des résultats suit une loi normale . Dans ce cas, l’intervalle de confiance à 95 %
autour de x se calcule par : x ± ∆x = x ± 1,96σ x .

Mais en règle générale, l’incertitude sur une quantité mesurée ne se calcule pas à partir de
l’écart type expérimental, car cette méthode nécessiterait la répétition d’un grand nombre de
mesures. On estime plutôt cette incertitude en se basant sur la précision de l’appareil utilisé. Dans
ce cas on considère généralement que la précision de l’appareil telle que le constructeur l’a
évaluée, est égale à l’écart type que l’on pourrait calculer si on effectuait un grand nombre de
répétitions.

− Estimation de l’incertitude sur les comptages N : σ N = N

− Estimation de l’incertitude sur le coefficient d’absorption massique de l’eau :

2
  Nvide  
 ln N l   2 
2 2
1  2  1  2
∆µ l = 2σ µ l = 2 −  σd +   σ Nvide +   σN
 ρ l Nvide d   ρ l N d 
2
 ρl d 
 

257
Annexes du Chapitre II

− Estimation de l’incertitude sur le diamètre intérieur de la colonne : ∆d = 0,05 mm

− Estimation de l’incertitude sur la longueur de la colonne : ∆L = 1 mm

− Estimation de l’incertitude sur le volume intérieur de la colonne :

2
 πdL  2  πd  2
22
∆V = 2σ V = 2  σ +
 d   σL
 2   4 

− Estimation de l’incertitude sur la masse volumique sèche moyenne du sable remplissant


la colonne :

2 2
 1  M
∆ ρ d = 2   σ M +  − 2  σ V2
2

 
V  V 

− Estimation de l’incertitude sur le coefficient d’absorption massique du sable sec :

2 2
  Nvide    
ln vide  
N
 ln Ns   2 
2 2
1   1    N s
∆µ s = 2σ µ s = 2 −  σd +   σ Nvide + 
2
 σ Ns +  −
2
 σ ρd
2

 ρ d Nvide d   ρ d Ns d 
2 2
 ρd d   ρd d 
   

− Estimation de l’incertitude sur la masse volumique sèche du sable remplissant la colonne


à chaque pas de déplacement :

2 2
  Nvide    
ln vide  
N
 ln Ns   2   1  2 
2 2
1  2  Ns 
∆ρd = 2σ ρ d = 2 −  σd +   σ Nvide +   σ Ns + −  σ µs
2

 µ s d 2
 µ
 s vide 
N d µ
 s s 
N d  µs d
2

   

− Estimation de l’incertitude sur la teneur en eau du sable remplissant la colonne à chaque


pas de déplacement :

2 2
  Ns    
ln s  
N
 ln N   2   1  2 
2 2
1  2  N  σ2
∆θ = 2σ θ = 2  − 2 
σd +   σ Ns +   σ N + −  µl
 µ ρ
l l d  µ ρ
 l l s 
N d µ ρ
 l l Nd   µ l
2
ρ l d 
   

258
Annexes du Chapitre II

ANNEXE II-2
ESTIMATION DES PARAMETRES DES COURBES
CARACTERISTIQUES DU SABLE EOLIEN DE TCHERNOBYL, ZATEO

Les données dont nous disposons concernant les caractéristiques physiques et


hydrodynamiques du sable éolien du Site Pilote de Tchernobyl proviennent d’une étude menée par
les partenaires Ukrainiens du projet de l’Institute of Geological Sciences (IGS). (Les objectifs du
projet IRSN « Site Pilote de Tchernobyl » sont détaillés dans Dewière, 2002 et on se reportera
également à Dewière, 2002 pour une description précise du site et des installations).
Lors de la mise en place sur site des forages, 230 échantillons de sol provenant de la zone
non saturée du site ont été prélevés (à une profondeur comprise entre 0,75 et 3 m). La masse
volumique sèche de ces échantillons a été déterminée par pesée, ainsi que la porosité (en
considérant que la masse volumique des grains de quartz est égale à 2,65 g/cm3). Les valeurs
moyennes obtenues sont (Skalskyy et Dzhepo, 2002) : ρd = 1,71 ± 0,06 g/cm3 et ε = 0,35 ± 0.02.
La distribution de taille de particules a été mesurée sur chacun des échantillons par
tamisage. La Figure 3 représente le fuseau granulométrique du sable éolien constituant la zone
non saturée au niveau du Site Pilote :

1.4 ZATEO moyen


min
1.2 max

0.8

0.6

0.4

0.2

0
0 0.1 0.2 d (mm) 0.3 0.4 0.5

Figure 3

Fuseau granulométrique du sable éolien du Site Pilote de Tchernobyl.

La première étape de l’estimation des paramètres de forme consiste à transformer la courbe


granulométrique. On trace F(1/dp) avec dp en cm, on ajuste les paramètres du modèle suivant sur
cette courbe transformée :

259
Annexes du Chapitre II

−M
  N 
 d 
F(d) =  1 +    avec M = 1-2/N et d = 1/dp (cm-1) équation I-45
  g  
d
 

La Figure 4 représente la courbe granulométrique du sol du Site Pilote transformée ainsi que
le modèle de Van Genuchten ajusté :

1.2

ZATEO
1 modèle type Van Genuchten

95 % -
0.8
95 % +

0.6
F(d)

0.4

0.2

0
10 100 1/d (cm)
d (cm-1) 1000 10000

Figure 4

Courbe granulométrique moyenne du sable éolien du Site Pilote de Tchernobyl transformée pour
l’ajustement du modèle type Van Genuchten.

Les paramètres du modèle ajustés sur la courbe de distribution cumulée de tailles de


particules par la méthode des moindres carrés sont :

dg 0,026 cm

N 3,997

M = 1-2/N 0,500

MN 1,997

r² (coefficient de corrélation) 0,999


Tableau 1
Paramètres optimisés du modèle du type Van Genuchten pour décrire la distribution cumulée de
tailles de particules du sable éolien du Site Pilote de Tchernobyl.

260
Annexes du Chapitre II

Les paramètres de forme de la courbe de rétention d’eau m et n du modèle de Van


Genuchten sont calculés à partir des valeurs de M et N grâce aux relations suivantes :
M = m×(1+a) et N = n
MN
ou encore mn = équation I-49
1+ a
a est le facteur de correction de tortuosité.
L’équation manquante pour le calcul de m, n et a (facteur de correction de tortuosité) est
fournie par Zammit, 1999 qui détermine statistiquement une relation entre mn et MN grâce aux
données disponibles dans la base de données-sols GRIZZLY :
mn = 0,0895 MN2 + 0,4499 MN si MN < 6,14
équation I-50
mn = MN si MN ≥ 6,14
En combinant les équations I-49 et I-50, on obtient les paramètres de forme du modèle de
Van Genuchten :

mn 1,255

n=N 3,997

m 0,314

km 2,742

a 0,591

On constate qu’aucune relation entre les paramètres m et n n’est présupposée. Ce choix se


justifie par le fait que la valeur de km imposée par la condition de Burdine ou Mualem repose sur le
choix d’un modèle capillaire. Une valeur de km ajustable pour chaque sol semble plus adéquate.
a est le facteur de correction de tortuosité. Lorsque a = 0, comme dans le modèle de Childs
et Collis-George,1950 la tortuosité est négligeable. Ce paramètre est également spécifique à
chaque sol.
Enfin on estime le paramètre de forme de la courbe de conductivité hydraulique dans le
modèle de Brooks et Corey, η :
K
= Θη équation I-41
K sat

On rappelle que les paramètres de forme des courbes caractéristiques sont liés par :
2
η=a+2+ équation I-53
mn

Le paramètre de forme de la courbe de conductivité hydraulique du sable éolien vaut :


η = 4,18. Cette valeur reste dans la gamme de valeur physiquement acceptable déterminée par
Zammit, 1999 (η < 40).
Le paramètre de normalisation en pression, hg du modèle de Van Genuchten pour la branche
principale en humidification est calculée analytiquement à partir du rayon de pore
« caractéristique » du sol Rg et de paramètres liés à la structure du sol :

261
Annexes du Chapitre II

1+ a 1+ a
θ  2σ e−a cosϕ  θ sat  0,149
h g =  sat  =  avec hg et rg en cm équation I-51
 ε  ρl grg  ε  rg

D’autre part on sait qu’il existe une relation linéaire liant rg et dg, du type rg = γ dg. La seule
solution à l’heure actuelle consiste à estimer γ statistiquement par exemple en utilisant la base de
données sols GRIZZLY. Malheureusement, GRIZZLY ne contient pas de données sur la
distribution de taille de pores des sols. Nous ne pouvons donc pas étudier directement la
corrélation existant entre rg et dg. Toutefois il est possible d’étudier la corrélation entre hg et dg. En
effet la base de données GRIZZLY contient les courbes granulométriques et les courbes
caractéristiques des sols, ainsi que les paramètres des modèles de Van Genuchten optimisés sur
ces données expérimentales.
Nous avons sélectionné tous les sables de la base de données (77 sols provenant du monde
entier) et récupéré les valeurs des paramètres optimisés dg et hg. Nous avons chercher à
déterminer une relation linéaire entre hg et dg-1, le coefficient directeur de cette droite de régression
permettant de calculer γ. En effet, on peut supposer dans un premier temps θsat = ε, on obtient
0,149
alors en utilisant l’équation I-51, la relation : h g = . La Figure 5 représente les résultats
γdg
obtenus :

90
paramètres optimisés de GRIZZLY
80
régression linéaire (méthode des moindres
70 carrés) y = 0.7623x
2
R = 0.5304
60

50

40

30

20

10

0
0 10 20 30 40 50 60 70 80
1/dg (cm-1)

Figure 5

Etude de la corrélation existant entre hg et dg sur l’ensemble des sables de la base de données
Grizzly.

On détermine γ par : 0,149/γ = 0,7623, on trouve γ = 0,195. En utilisant cette valeur et la


valeur de dg optimisée, on peut calculer le paramètre d’échelle de la distribution cumulée de taille
des pores rg du sable éolien de Tchernobyl, on trouve : rg = 5,07.10-3 cm.

262
Annexes du Chapitre II

Pour le sable de Tchernobyl, en supposant θsat = ε, et en utilisant la valeur de rg estimée,


l’équation I-51 nous permet de calculer le paramètre d’échelle de la courbe caractéristique de
rétention d’eau : hg = 29,4 cm. Avec une valeur plus plausible de θsat, telle que θsat/ε = 0,9 et en
utilisant la valeur estimée du paramètre a (0,591), on trouverait : hg = 24,9 cm.
L’IGS a réalisé des expériences sur des colonnes instrumentées de sable éolien provenant
du site Pilote de Tchernobyl. Nous disposons donc de quelques données expérimentales pour
s’assurer de la qualité de la prédiction de la courbe caractéristique de rétention d’eau. La Figure 6
représente les données expérimentales mesurées par l’IGS, le modèle de Van Genuchten dont les
paramètres ont été estimés par la méthode d’Haverkamp et al., 2000, le modèle de Van
Genuchten dont le paramètre d’échelle a été ajusté sur les données expérimentales (les
paramètres de forme ayant été estimés) et enfin le modèle de Van Genuchten dont les paramètres
d’échelle et de forme ont été ajustés :

490
données IGS
420
Van Genuchten estimée

350 hg ajusté

hg et n ajustés
280

210

140

70

0
0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1
θ/θsat

Figure 6

Illustration de la qualité de l’estimation des paramètres de forme et d’échelle du modèle de Van


Genuchten pour la courbe de rétention d’eau du sable éolien de Tchernobyl.

Le Tableau 2 résume les valeurs des paramètres du modèle de Van Genuchten obtenues
par estimation et/ou ajustement, le coefficient de corrélation R² est le critère retenu pour juger la
qualité de l’estimation :

263
Annexes du Chapitre II

Van Genuchten m n hg (cm) R²

estimation complète 0,314 3,997 24,86 0,90

optimisation du paramètre d’échelle 0,314 3,997 19,32 0,96

optimisation complète 0,490 3,917 24,81 0,97


Tableau 2
Paramètres de forme et d’échelle du modèle de Van Genuchten estimés et optimisés sur les données
expérimentales relatives au sable éolien de Tchernobyl. Les cases grisées indiquent les paramètres
ayant été optimisés.

D’autre part, nous avons choisi le modèle de Brooks et Corey pour décrire la courbe
caractéristique de conductivité hydraulique. Le paramètre de forme de la courbe a été estimé, on
rappelle que η = 4,18. La conductivité hydraulique à saturation du sable éolien a été déterminée
expérimentalement par l’IGS sur des échantillons prélevés sur le Site Pilote de Tchernobyl. La
valeur moyenne mesurée est : Ksat = 15 ± 2 cm/h.
L’IGS a réalisé des expériences sur des colonnes instrumentées de sable éolien provenant
du site Pilote de Tchernobyl. Nous disposons donc de quelques données expérimentales pour
s’assurer de la qualité de la prédiction de la courbe caractéristique de rétention d’eau. La Figure 7
représente les données expérimentales mesurées par l’IGS ainsi que le modèle de Brooks et
Corey dont le paramètre de forme a été estimé par la méthode d’Haverkamp et al., 2000.

20

Brooks et Corey estimée

données IGS
15
K (cm/h)

10

0
0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1

θ/θsat

Figure 7

Illustration de la qualité de l’estimation des paramètres de forme et d’échelle du modèle de Brooks et


Corey pour la courbe de conductivité hydraulique du sable éolien de Tchernobyl.

Malheureusement les données disponibles ne permettent pas vraiment de juger de la qualité


de l’estimation du paramètre de forme. La valeur du coefficient de corrélation repose presque
entièrement sur le dernier point (passant nécessairement par la courbe estimée). R² est donc très
proche de 1 pour une valeur de η comprise entre 4 et 5.

264
Annexes du Chapitre II

ANNEXES II-3
CONDITIONS DES EXPERIENCES DE SORPTION DU CS EN TUBES A
ESSAIS

Suivant le protocole décrit au chapitre II, les solutions de césium ont été préparées par
dissolution d’un sel de CsCl dans l’eau synthétique de Tchernobyl. Les solutions de césium stable
sont ensuite dopées avec la solution de traceur radioactif. L’activité des solutions de CsCl mises au
contact du sable dans les tubes à essais est de l’ordre de 370 kBq/ml ou 0,01 µCi/ml de 134Cs. La
quantité en moles de Cs (césium stable contenu dans la source étalon et césium radioactif) ajoutée
au moment du dopage est de l’ordre de 10-9 moles.
Pour l’estimation du temps de mise à l’équilibre, l’activité des solutions de CsCl mises
au contact du sable dans les tubes à essais est de l’ordre de 180 kBq/ml ou 0,05 µCi/ml de 134Cs.
La première solution ne contenait pas de césium stable, la concentration en Cs est uniquement
due à l’apport de Cs au moment du dopage, la concentration initiale en césium qui en résulte est
5.10-10 mol/l. La seconde solution a été préparée par dissolution d’un sel de CsCl dans l’eau
synthétique pour obtenir une concentration en césium dissout de 1,13.10-4 mol/l. Cette solution a
été dopée de la même façon et l’apport en Cs est totalement négligeable par rapport à la quantité
de Cs stable en solution. Nous avons choisi de déterminer le temps de mise à l’équilibre du
système sol/solution pour deux concentrations radicalement différentes de façon à mettre
éventuellement en évidence des mécanismes de sorption qui intéressent des catégories de sites
de capacités différentes (Poinssot et al., 1999).
L’activité volumique initiale introduite dans les tubes est estimée pour chaque solution par
comptage gammamétrique. Le compteur est régulièrement étalonné et la réponse du détecteur (en
nombre de coups) est une fonction linéaire de l’activité totale contenue dans l’échantillon.
Le Tableau 3 donne les valeurs des concentrations totales en césium dissout dans les
solutions préparées et mises en contact avec le sable, ainsi que les activités exprimées en nombre
de coups enregistrés par seconde et par ml.

Concentration initiale Incertitude absolue Activité volumique initiale


[Cs]0 (mol/l) mol/l A0 (coups/s/ml)
5 10-10 2 10-11 43,76
1,0 10-9 7 10-10 107,67
7,5 10-9 1 10-9 115,95
1,02 10-7 2 10-8 107,06
1,09 10-7 7 10-10 148,44
5,40 10-7 7 10-10 150,93
1,09 10-6 4 10-10 151,31
1,01 10-5 4 10-7 111,35
1,02 10-4 2 10-6 112,37
1,13 10-4 2 10-8 43,54
1,029 10-3 9 10-6 111,10
Tableau 3

Concentration totale initiale de Cs en phase aqueuse et activité volumique des solutions


préparées pour les essais en batchs (en gras les solutions préparées pour l’étude du temps de mise
à l’équilibre)

265
Annexes du Chapitre II

ANNEXE II-4
PROTOCOLE DE FABRICATION DE L’EAU SYNTHETIQUE.

Pour 10 l d’eau synthétique :


− nettoyer soigneusement le bidon de stockage de l’eau
− prélever environ 1 l d’eau ultra pure Milli-Q pour dissoudre les sels
− peser 77,4 mg de CaCO3 ; 50,8 mg de MgSO4,7H2O ; 29,4 mg de KCl; 16,9 mg de
K2SO4 et 40,1 mg de Na2SO4
− dissoudre les sels et compléter à 10 l d’eau ultra pure Milli-Q
− ajuster le pH à 6.5, avec quelques ml de H2SO4 à 0,1 mol/l
− mesurer la conductivité de la solution (de l’ordre de 40 µS/cm).

On procédera ensuite à une vérification de la composition de l’eau par dosage des ions
majeurs en électrophorèse capillaire par exemple. Les concentrations en ions majeurs doivent se
trouver dans les gammes :
− [K+] = 5,9 10-5 ± 0,5 10-5 mol/l
− [Ca2+] = 7,7 10-5 ± 1 10-5 mol/l
− [Na+] = 5,6 10-5 ± 0,5.10-5 mol/l
− [Mg2+] = 2,1 10-5 ± 0,5 10-5 mol/l
− [Cl-] = 4 10-5 ± 1 10-5 mol/l
− [SO42-] = 1,1 10-4 ± 0,1.10-4 mol/l

Les produits chimiques à utiliser pour fabriquer l'eau synthétique de Tchernobyl :

PRODUIT MARQUE CODE ARTICLE COMMENTAIRES


CaCO3 SDS 7470517 1 kg
RT Normapur pour
MgSO4 7(H2O) PROLABO 25165292 analyses (pur à 99.5 %),
1 kg
KCl CARLO ERBA 471177 Pur à 99.5 %
RT Normapur pour
K2SO4 PROLABO 26998296 analyses (pur à 99.5 %),
1 kg
Na2SO4 PROLABO 28111296 RECTAPUR (pur à 99 %)
H2SO4 CARLO ERBA 410374 96 %

266
ANNEXES III

267
Annexes du Chapitre III

268
Annexes du Chapitre III

ANNEXE III-1
ETUDE DE LA CINETIQUE DE SORPTION DU CS SUR LE SABLE
EOLIEN DE PRIPYAT ZATON

Résultats de l’étude de la fixation sur les tubes en polycarbonates :

-10
5 10 mol/l coups incertitude 1200000
sol. mère 808262 889 blanc 0.5h blanc 7h
1000000
blanc 30 min 954118 1527 blanc 4h blanc 48h
800000 blanc 1h
blanc 1h 916224 1466
sol. mère blanc 2h blanc 24h blanc 7jrs
blanc 2h 796442 876 600000
blanc 4h 803208 1285
400000
blanc 7h 867685 954
blanc 24h 796927 877 200000 5 10-10 mol/l
blanc 48h 789789 869
0
blanc 7jrs 811322 892 0 2 4 6 8 10

10-4 mol/l coups incertitude 1000000


blanc 4h
blanc 0.5h blanc 48h
sol. mère 809023 890 blanc 7h
blanc 30 min 893340 1429 blanc 1h
800000 blanc 24h blanc 7jrs
blanc 1h 910457 1457 blanc 2h
sol. mère
blanc 2h 818251 900
blanc 4h 930106 1488
blanc 7h 860732 947 600000

blanc 24h 845492 930


10-4 mol/l
blanc 48h 891063 980
blanc 7jrs 869445 956 400000
0 2 4 6 8 10

269
Annexes du Chapitre III

Activité
-10 temps Volume Concentration
C0 = 5 10 mol/l m V m/V volumique
contact prélevé résiduelle
résiduelle
échantillon (h) (g) (ml) (g/ml) (ml) A (coups/s/ml) [Cs]aq (mol/l)
(1) 30 min 0.5 10.069 9.97 1.01 5.07 0.21 1.1E-13
(2) 30 min 0.5 9.966 9.86 1.01 5.31 0.14 7.4E-14
(1) 1h 1 9.946 9.97 1.00 5.18 0.11 5.6E-14
(2) 1h 1 10.034 9.96 1.01 5.10 0.13 6.5E-14
(1) 2h 1.67 10.039 10.15 0.99 5.89 0.20 1.0E-13
(2) 2h 1.67 10.000 10.00 1.00 4.75 0.10 5.4E-14
(1) 4h 4 9.979 9.98 1.00 5.02 0.15 7.8E-14
(2) 4h 4 10.008 9.98 1.00 5.07 0.21 1.1E-13
(1) 7h 6 10.003 10.05 1.00 4.99 0.23 1.2E-13
(2) 7h 6 10.062 9.95 1.01 5.19 0.18 9.5E-14
(1) 24h 24.25 10.108 9.98 1.01 4.85 0.20 1.0E-13
(2) 24h 24.25 10.094 9.98 1.01 5.29 0.26 1.3E-13
(1) 48h 48 9.970 10.07 0.99 5.05 0.09 4.9E-14
(2) 48h 48 9.965 10.04 0.99 5.05 0.12 6.4E-14
(1) 7jrs 168 10.042 10.02 1.00 5.21 0.16 8.1E-14
(2) 7 jrs 168 10.043 9.97 1.01 5.07 0.22 1.1E-13

Activité
temps Volume Concentration
C0 = 10-4 mol/l m V m/V volumique
contact prélevé résiduelle
résiduelle
Echantillon (h) (g) (ml) (g/ml) (ml) A (coups/s/ml) [Cs]aq (mol/l)
(1) 30 min 0.5 10.021 9.94 1.01 5.03 9.08 2.36E-05
(2) 30 min 0.5 9.997 9.92 1.01 5.50 9.36 2.43E-05
(1) 1h 1 9.974 9.95 1.00 5.15 9.08 2.36E-05
(2) 1h 1 9.993 9.93 1.01 5.03 9.40 2.44E-05
(1) 2h 1.67 10.080 9.99 1.01 4.96 9.06 2.35E-05
(2) 2h 1.67 9.963 9.95 1.00 5.36 9.13 2.37E-05
(1) 4h 4 10.087 10.01 1.01 5.42 8.56 2.22E-05
(2) 4h 4 10.140 9.95 1.02 5.33 8.71 2.26E-05
(1) 7h 6 10.060 10.04 1.00 4.98 8.76 2.27E-05
(2) 7h 6 10.023 10.06 1.00 5.18 9.22 2.39E-05
(1) 24h 24.25 10.088 10.05 1.00 5.71 8.47 2.20E-05
(2) 24h 24.25 9.956 9.99 1.00 5.17 8.81 2.29E-05
(1) 48h 48 9.979 10.07 0.99 5.31 8.83 2.29E-05
(2) 48h 48 10.027 10.04 1.00 5.05 8.47 2.20E-05
(1) 7jrs 168 10.079 10.03 1.00 5.24 8.42 2.18E-05
(2) 7 jrs 168 9.977 10.01 1.00 5.27 8.25 2.14E-05

270
Annexes du Chapitre III

ANNEXES III-2
ISOTHERME DE SORPTION DU CS SUR LE SABLE EOLIEN DE
PRIPYAT ZATON

Isotherme de sorption du Cs sur le sable éolien : données chiffrées, expériences en tubes à essais

Activité
Concentration Concentration
Nom échantillon m V m/V Vprélevé volumique Kd
résiduelle fixée
résiduelle
(g) (ml) (g/ml) (ml) A (coups/s/ml) [Cs]aq (mol/l) [Cs]s (mol/kg) (l/kg)
-10
5 10 M (2) 48h 9.97 10.07 0.99 5.05 0.09 4.9E-14 2.3E-11 478
5 10-10 M (1) 48h 9.97 10.04 0.99 5.05 0.12 6.4E-14 2.3E-11 362
10-9 M (1) 9.958 9.96 1.00 6.00 0.24 2.25E-12 9.7E-10 430
-9
10 M (2) 9.919 10.05 0.99 5.88 0.26 2.41E-12 9.8E-10 406
10-9 M (3) 10.052 9.88 1.02 5.69 0.21 1.96E-12 9.5E-10 484
10-8 M (1) 10.046 10.06 1.00 6.09 0.21 1.33E-11 7.50E-09 562
10-8 M (2) 10.102 9.91 1.02 6.03 0.23 1.49E-11 7.34E-09 492
-8
10 M (3) 9.994 9.96 1.00 5.69 0.20 1.29E-11 7.46E-09 577
10-7 M (1) 10.011 10.09 0.99 5.53 0.17 1.61E-10 1.03E-07 637
10-7 M (2) 9.982 9.99 1.00 5.79 0.18 1.70E-10 1.02E-07 601
10-7 M (3) 9.996 9.95 1.00 5.58 0.22 2.06E-10 1.01E-07 492
-7
10 M (1) 9.798 10.4 0.94 7.03 1.12 8.25E-10 1.15E-07 139
10-7 M (2) 9.729 10 0.97 6.57 1.09 8.02E-10 1.11E-07 139
5 10-7 M (1) 9.7558 9.9 0.99 6.6 1.37 4.89E-09 5.43E-07 111
-7
5 10 M (2) 9.8789 9.9 1.00 6.65 1.23 4.39E-09 5.37E-07 122
10-6 M (1) 9.869 9.9 1.00 6.4 1.17 8.44E-09 1.08E-06 128
10-6 M (2) 10.099 9.8 1.03 6.7 1.15 8.31E-09 1.05E-06 126
10-5 M (1) 10.030 10.09 0.99 5.83 0.91 8.29E-08 1.01E-05 122
10-5 M (2) 10.084 10.12 1.00 5.58 1.02 9.24E-08 1.00E-05 109
10-5 M (3) 10.171 10.03 1.01 5.66 0.99 9.00E-08 9.87E-06 110
-4
10 M (1) 10.031 9.92 1.01 5.60 6.57 5.96E-06 9.50E-05 16
10-4 M (2) 10.085 10.03 1.01 5.63 6.86 6.23E-06 9.52E-05 15
10-4 M (3) 10.075 10.01 1.01 5.52 6.76 6.14E-06 9.53E-05 16
-3
10 M (1) 10.095 10.05 1.00 5.66 20.45 1.89E-04 8.36E-04 4
10-3 M (2) 10.047 9.91 1.01 5.70 20.39 1.89E-04 8.29E-04 4
10-3 M (3) 9.945 9.97 1.00 5.90 18.27 1.69E-04 8.62E-04 5

271
Annexes du Chapitre III

ANNEXES III-3
FICHIER D’ENTREE POUR LA MODELISATION DE L’ISOTHERME DE
SORPTION DU CS AVEC PHREEQC.

SOLUTION_MASTER_SPECIES
Cs Cs+ 0.0 132.905 132.905

EXCHANGE_MASTER_SPECIES
X X-
Y Y-

SOLUTION_SPECIES
Cs+ = Cs+
log_k = 0
Cs+ + Cl- = CsCl
log_k = -0.1385

EXCHANGE_SPECIES
X- = X-
log_k 0.0

X- + Cs+ = CsX
log_k 2.3

Y- = Y-
log_k 0.0

Y- + Cs+ = CsY
log_k 5.6

Y- + K+ = KY
log_k 0.0

SOLUTION 1
pH 6.4
temp 20
units mmol/kgw
Ca 0.077
C(+4) 0.07
Na 0.056
K 0.0588
Mg 0.021
Cl 0.04
S(6) 0.11

REACTION 1
Cs 1
1e-4 in 1000 steps

EQUILIBRIUM_PHASES
CO2(g) -3.5

272
Annexes du Chapitre III

EXCHANGE 1
X- 1.25e-2
Y- 2e-7
-equilibrate 1

PRINT
-reset false
-totals true
-exchange true

SELECTED_OUTPUT
-file isotherme-Cs.prn
-reset false
-step true

USER_PUNCH
-start
-headings [Cs]aq [Cs]fixé KD CsY CsX
10 PUNCH TOT("Cs") (MOL("CsY")+MOL("CsX"))
20 PUNCH (MOL("CsY")+MOL("CsX"))/TOT("Cs")
30 PUNCH MOL("CsY") MOL("CsX")
-end

END

273
Annexes du Chapitre III

ANNEXES III-4
FICHIER D’ENTREE POUR LA MODELISATION D’UN PROFIL DE
CONCENTRATION DE CS LE LONG DE LA COLONNE N°1.

Modèle à l’équilibre thermodynamique, profil enregistré au bout de 270 h :

TITLE injection de Cs dans la colonne de sable de Prypyat n°1 (profils)

SOLUTION_MASTER_SPECIES
Cs Cs+ 0.0 132.905 132.905

SOLUTION_SPECIES
Cs+ = Cs+
log_k = 0

EXCHANGE_MASTER_SPECIES
Y Y-
X X-

EXCHANGE_SPECIES
Y- = Y-
log_k = 0.0
X- = X-
log_k = 0.0
Y- + K+ = KY
log_k = 0.0
Y- + Cs+ = CsY
log_k = 5.6
X- + Cs+ = CsX
log_k = 2.3

SOLUTION 1-14 # colonne en équilibre avec l'eau d'alimentation


units mmol/l
pH 6.4
temp 25
Na 0.056
Ca 0.077
K 0.0588
Mg 0.021
Cl 0.04
S(6) 0.11

EQUILIBRIUM_PHASES
CO2(g) -3.5

EXCHANGE 1-14
X- 6.742e-2
Y- 5.4e-7
-equilibrate 1-14

274
Annexes du Chapitre III

END

SOLUTION 0 # eau d'alimentation + traceurs


units mmol/l
pH 6.4
temp 25
Na 0.056
Ca 0.077
K 0.0588
Mg 0.021
Cl 0.04
S(6) 0.11
Cs 9.75e-5

EQUILIBRIUM_PHASES
CO2(g) -3.5

TRANSPORT
-cells 14
-shifts 1
-flow_direction forward
-timest 122
-boundary_conditions flux flux
-diffc 4.1e-10
-length 0.79e-2
-disp 0.04e-2

PRINT
-reset false
END

SOLUTION 0 # eau synthétique à nouveau


units mmol/l
pH 6.4
temp 25
Na 0.056
Ca 0.077
K 0.0588
Mg 0.021
Cl 0.04
S(6) 0.11

EQUILIBRIUM_PHASES
CO2(g) -3.5

TRANSPORT
-cells 14
-flow_direction forward
-timest 122
-boundary_conditions flux flux
-diffc 4.1e-10
-length 0.79e-2
-disp 0.04e-2
-shifts 7975
-punch_frequency 7975
-punch_cells 1-14

275
Annexes du Chapitre III

-print_cells 1-14
-print_frequency 7975

SELECTED_OUTPUT
-file col-sat_Cs_p570.prn
-reset false
-step true
-time true
-distance true

USER_PUNCH
-headings V/Vp mm [Cs]tot(mol/mm) CsY CsX Cs
-start
10 PUNCH (STEP_NO + 2)/14
20 PUNCH DIST*1000
30 PUNCH (MOL("CsY")+MOL("CsX")+TOT("Cs"))*0.33*2.011/10000
40 PUNCH MOL("CsY")
50 PUNCH MOL("CsX")
60 PUNCH TOT("Cs")
-end
END

Même cas avec une cinétique de sorption sur les sites particuliers (ks = 1/100 s-1) :

TITLE injection de Cs dans la colonne de sable de Prypyat n°1 (profils)

SOLUTION_MASTER_SPECIES
Cs Cs+ 0.0 132.905 132.905

SOLUTION_SPECIES
Cs+ = Cs+
log_k = 0

EXCHANGE_MASTER_SPECIES
X X-

EXCHANGE_SPECIES
X- = X-
log_k = 0.0
X- + Cs+ = CsX
log_k = 2.3

RATES
Cs_sorption
-start
10 freesites = (5.4e-7 - M)/(5.4e-7)
20 rs = 1/100*freesites*MOL("Cs+")
30 rd = 1/(100*6.7705e9*5.4e-7)*M
40 rate = -(rs-rd)
50 moles = rate*time
60 if (M-moles) < 0 then moles = M
70 save moles
-end

SOLUTION 1-14 # colonne en équilibre avec l'eau d'alimentation

276
Annexes du Chapitre III

units mmol/l
pH 6.45
temp 25
Na 0.056
Ca 0.077
K 0.0588
Mg 0.021
Cl 0.04
S(6) 0.11

EQUILIBRIUM_PHASES
CO2(g) -3.5

EXCHANGE 1-14
X- 6.742e-2
-equilibrate 1-14

KINETICS 1-14
Cs_sorption
-formula CsCl
-m 0.0
-tol 1e-10
-step_divide 1000

END

SOLUTION 0 # eau d'alimentation + traceurs


units mmol/l
pH 6.45
temp 25
Na 0.056
Ca 0.077
K 0.0588
Mg 0.021
Cl 0.04
S(6) 0.11
Cs 9.75e-5

EQUILIBRIUM_PHASES
CO2(g) -3.5

TRANSPORT
-cells 14
-shifts 1
-flow_direction forward
-timest 122
-boundary_conditions flux flux
-diffc 4.1e-10
-length 0.79e-2
-disp 0.04e-2

PRINT
-reset false
END

SOLUTION 0 # Original solution reenters


units mmol/l
pH 6.45
temp 25
Na 0.056
Ca 0.077

277
Annexes du Chapitre III

K 0.0588
Mg 0.021
Cl 0.04
S(6) 0.11

EQUILIBRIUM_PHASES
CO2(g) -3.5

TRANSPORT
-cells 14
-flow_direction forward
-timest 122
-boundary_conditions flux flux
-diffc 4.1e-10
-length 0.79e-2
-disp 0.04e-2
-shifts 7975
-punch_frequency 7975
-punch_cells 1-14
-print_cells 1-14
-print_frequency 7975

SELECTED_OUTPUT
-file col-sat_Cs_p570.prn
-reset false
-step true
-time true
-distance true

USER_PUNCH
-headings V/Vp mm [Cs]tot(mol/mm) CsY CsX Cs
-start
10 PUNCH (STEP_NO + 1)/14
20 PUNCH DIST*1000
30 PUNCH (KIN("Cs_sorption")+MOL("CsX")+TOT("Cs"))*0.33*2.011/10000
40 PUNCH KIN("Cs_sorption")
50 PUNCH MOL("CsX")
60 PUNCH TOT("Cs")
-end
END

278
Annexes du Chapitre III

ANNEXES III-5
FICHIER D’ENTREE POUR LA MODELISATION DE LA COURBE DE
PERCEE DU CS AVEC PHREEQC.

Modèle à l’équilibre thermodynamique :

TITLE injection de traceurs dans la colonne de sable de Prypyat n°2


(courbe de percée Cs)

SOLUTION_MASTER_SPECIES
Cs Cs+ 0.0 132.905 132.905

SOLUTION_SPECIES
Cs+ = Cs+
log_k = 0
EXCHANGE_MASTER_SPECIES
X X-
Y Y-
EXCHANGE_SPECIES
X- = X-
log_k = 0.0
X- + Cs+ = CsX
log_k = 2.3
Y- = Y-
log_k = 0.0
Y- + K+ = KY
log_k = 0.0
Y- + Cs+ = CsY
log_k = 5.6

SOLUTION 1-14 # colonne en équilibre avec l'eau d'alimentation


units mmol/l
pH 6.4
temp 25
Na 0.0565
Ca 0.077
K 0.0588
Mg 0.0206
Cl 0.039
S(6) 0.109
EQUILIBRIUM_PHASES
CO2(g) -3.5
EXCHANGE 1-14
X- 6.742e-2
Y- 5.4e-7
-equilibrate 1-14
END

SOLUTION 0 # eau d'alimentation + traceurs


units mmol/l

279
Annexes du Chapitre III

pH 6.4
temp 25
Na 0.0565
Ca 0.077
K 0.0588
Mg 0.0206
Cl 0.039
S(6) 0.109
Cs 9.8e-5
EQUILIBRIUM_PHASES
CO2(g) -3.5
TRANSPORT
-cells 14
-shifts 1
-flow_direction forward
-timest 122
-boundary_conditions flux flux
-diffc 4.1e-10
-length 0.79e-2
-disp 0.04e-2

PRINT
-reset false
END

SOLUTION 0 # Original solution reenters


units mmol/l
pH 6.4
temp 25
Na 0.0565
Ca 0.077
K 0.0588
Mg 0.0206
Cl 0.039
S(6) 0.109
EQUILIBRIUM_PHASES
CO2(g) -3.5
TRANSPORT
-shifts 168000
-punch_frequency 1000
-punch_cells 14
-print_cells 14
-print_frequency 1000
SELECTED_OUTPUT
-file col-sat_Cs-cp.prn
-reset false
-step true
-time true

USER_PUNCH
-headings V/Vp [Cs]aq(mol/l)
-start
10 PUNCH (STEP_NO + 1.5)/14
20 PUNCH TOT("Cs")
-end
END

280
ANNEXES IV

281
Annexes du Chapitre IV

282
Annexes du Chapitre IV

ANNEXE IV
FICHIER D’ENTREE POUR LA MODELISATION D’UN PROFIL DE
CONCENTRATION DE SR LE LONG DE LA COLONNE N°14.

Colonne n°14 : simulation du profil de Sr enregistré au bout de 157 h :

TITLE Transport du Sr dans la colonne de sable de Prypyat n°14 (non saturée)


# prise en compte de l'echange isotopique et de la compétition avec cations en
solution
# base de données Phreeqc pour les constantes d'échanges (sauf Sr2+)
# MIM

SOLUTION_MASTER_SPECIES
Iso Iso+2 0.0 Iso 85

SOLUTION_SPECIES
Iso+2 = Iso+2
log_k = 0

Iso+2 + Cl- = IsoCl+


log_k = 0.2

Iso+2 + 2Cl- = IsoCl2


log_k = 0

Iso+2 + H2O = IsoOH+ + H+


log_k -13.290
-gamma 5.0000 0.0000

Iso+2 + CO3-2 + H+ = IsoHCO3+


log_k 11.509
delta_h 2.489 kcal
-analytic 104.6391 0.04739549 -5151.79 -38.92561 563713.9
-gamma 5.4000 0.0000

Iso+2 + CO3-2 = IsoCO3


log_k 2.81
delta_h 5.22 kcal
-analytic -1.019 0.012826

Iso+2 + SO4-2 = IsoSO4


log_k 2.290
delta_h 2.080 kcal

PHASES

SrCl2(s)
SrCl2:6H2O = Sr+2 + 2Cl- + 6H2O
log_k = -0.66

IsoCl2(s)
IsoCl2:6H2O = Iso+2 + 2Cl- + 6H2O
log_k = -0.66

EXCHANGE_MASTER_SPECIES

283
Annexes du Chapitre IV

X X-

EXCHANGE_SPECIES
X- = X-
log_k 0.0

Sr+2 + 2X- = SrX2


log_k 2.6

Iso+2 + 2X- = IsoX2


log_k 2.6

SOLUTION 0
units mmol/kgw
pH 6.4
temp 25
Ca 7.73e-2
Mg 2.06e-2
K 5.88e-2
Na 5.65e-2
Cl 4e-2
S(6) 1.1e-1

EQUILIBRIUM_PHASES
CO2(g) -3.5

END

SOLUTION 1-173
units mmol/kgw
pH 6.4
temp 25
Ca 7.73e-2
Mg 2.06e-2
K 5.88e-2
Na 5.65e-2
Cl 4e-2
S(6) 1.1e-1
Sr 1e-3

EQUILIBRIUM_PHASES
CO2(g) -3.5

EXCHANGE 1-173
-equilibrate 1-173
X- 9.47e-4 #2*Stot (Langmuir) ajusté en fonction de m/V

END

TRANSPORT
-cells 86
-shifts 4200
-time_step 90.9
-flow_direction forward
-boundary_conditions flux flux
-lengths 0.155e-2
-dispersivities 0.04e-2
-diffusion_coefficient 4.1e-10
-punch_cells 1-173
-punch_frequency 4200
-print_cells 1-173

284
Annexes du Chapitre IV

-print_frequency 4200
-stagnant 1 5.28e-5 0.17 0.02

PRINT
-reset false
-exchange true
-totals true

SELECTED_OUTPUT
-file coln°14-lessivage.prn
-reset false
-step true
-distance true

USER_PUNCH
-headings mm [Sr] [Ca] SrX2
-start
10 PUNCH DIST*1000
20 PUNCH TOT("Sr")
40 PUNCH TOT("Ca")
50 PUNCH MOL("SrX2")
-end

END

SOLUTION 0
units mmol/kgw
pH 6.4
temp 25
Ca 7.73e-2
Mg 2.06e-2
K 5.88e-2
Na 5.65e-2
Cl 4e-2
S(6) 1.1e-1
Iso 1.45e-6

EQUILIBRIUM_PHASES
CO2(g) -3.5

TRANSPORT
-cells 86
-shifts 2
-time_step 90.9
-flow_direction forward
-boundary_conditions flux flux
-lengths 0.155e-2
-dispersivities 0.04e-2
-diffusion_coefficient 4.1e-10
-punch_cells 1-173
-punch_frequency 2
-print_cells 1-173
-print_frequency 2
-stagnant 1 5.28e-5 0.17 0.02

END

SOLUTION 0
units mmol/kgw
pH 6.4
temp 25

285
Annexes du Chapitre IV

Ca 7.73e-2
Mg 2.06e-2
K 5.88e-2
Na 5.65e-2
Cl 4e-2
S(6) 1.1e-1

EQUILIBRIUM_PHASES
CO2(g) -3.5

TRANSPORT
-cells 86
-shifts 6226
-time_step 90.9
-flow_direction forward
-boundary_conditions flux flux
-lengths 0.155e-2
-dispersivities 0.04e-2
-diffusion_coefficient 4.1e-10
-punch_cells 1-173
-punch_frequency 6226
-print_cells 1-173
-print_frequency 6226
-stagnant 1 5.28e-5 0.17 0.02

PRINT
-reset false
-exchange true
-totals true

SELECTED_OUTPUT
-file coln°14.prn
-reset false
-step true
-distance true
-pH true

USER_PUNCH
-headings n°cell V/Vp [Sr_85] [Sr] [Ca] IsoX2 Iso
-start
10 PUNCH CELL_NO
20 PUNCH ((STEP_NO + 1)/96.12)
30 PUNCH (TOT("Iso") + MOL("IsoX2"))
40 PUNCH TOT("Sr")
50 PUNCH TOT("Ca")
60 PUNCH MOL("IsoX2")
70 PUNCH TOT("Iso")
-end

END

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