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Climatologie : Statistiques et Variations

L'étude du climat repose sur des outils statistiques pour estimer les variations climatiques et quantifier les incertitudes, comme le souligne le GIEC. Les climatologues se concentrent sur des moyennes sur de longues périodes, révélant une tendance à l'augmentation des températures depuis le XXe siècle, liée à l'activité humaine. De plus, la théorie des valeurs extrêmes est utilisée pour analyser les événements climatiques extrêmes, montrant une augmentation des vagues de chaleur et des précipitations intenses en Europe au cours du XXe siècle.

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Climatologie : Statistiques et Variations

L'étude du climat repose sur des outils statistiques pour estimer les variations climatiques et quantifier les incertitudes, comme le souligne le GIEC. Les climatologues se concentrent sur des moyennes sur de longues périodes, révélant une tendance à l'augmentation des températures depuis le XXe siècle, liée à l'activité humaine. De plus, la théorie des valeurs extrêmes est utilisée pour analyser les événements climatiques extrêmes, montrant une augmentation des vagues de chaleur et des précipitations intenses en Europe au cours du XXe siècle.

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Climatologie

et statistiques
Pascal Yiou, directeur de recherche au CEA
Philippe Naveau, chargé de recherche CNRS à l’Institut Pierre Simon Laplace

L’étude du climat et de ses variations est basée sur un grand nombre d’outils
et concepts statistiques. Ceci se reflète dans le langage employé par les diffé-
rents rapports du GIEC (Groupe International d’Experts sur le Climat), qui
mettent largement l’accent sur les incertitudes et leur quantification.

L’estimation du changement climatique Climat vs. météo


au cours des derniers siècles, et la mise
en perspective du comportement des der- La première manifestation des statistiques
nières décennies dans ce contexte pluri-mil- en climatologie se situe dans la défini-
lénaire, constituent un des grands défis tion elle-même du climat, et la différence
scientifiques actuels. Quand on regarde entre météorologie et climatologie. Pour
des courbes de températures moyennes reprendre un aphorisme célèbre, attribué à
d’observations, sur le globe ou sur chaque E.N. Lorenz, le météorologue à l’origine de
hémisphère (ou sur des sous-régions), on l’expression « effet papillon » et de l’étude
constate une augmentation générale au du chaos en sciences atmosphériques :
cours du XXe siècle, avec une accélération à « climate is what you expect, meteorology
partir des années 1970. Un grand nombre is what you get », soit « le climat est ce qui
d’arguments physiques et thermodyna- arrive en général, la météorologie est ce qui
miques, ainsi que des mesures, montrent arrive vraiment ». Climatologie et météorolo-
que cette augmentation est liée à l’activité gie utilisent et décrivent les mêmes variables
humaine, responsable du rejet de gaz à effet physiques (température, pression, vitesse
de serre dans l’atmosphère. de vent, précipitations…), mais les météo-
rologues s’intéressent à l’état des variables
à un endroit donné et à un instant donné,

Climatologie et statistiques – 113


alors que les climatologues regardent des L’évolution des températures
grandeurs moyennes, sur une saison ou une moyennes
région. Ces grandeurs moyennes peuvent
être les variables physiques habituelles (par Une question scientifique légitime est de
exemple, la température moyenne en hiver savoir si les valeurs de température obser-
sur l’Île-de-France), ou des grandeurs plus vées maintenant ont pu être vécues au
sophistiquées, comme la variance de la cours du dernier millénaire, alors que la
vitesse du vent ou l’ensoleillement moyen configuration des continents et celle de la
sur une région. En général, les variables position de la Terre autour du soleil étaient
climatiques sont définies sur des périodes assez semblables. Pour accomplir cette
de 30 ans (par exemple entre 1961 et 1990) tâche, alors qu’il n’y a pas d’enregistre-
pour des raisons heuristiques liées à l’infé- ments thermométriques avant le XVIIe siècle,
rence statistique des grandeurs moyennes. on utilise des indicateurs climatiques à base
C’est pour cette raison qu’il n’est pas raison- de cernes d’arbres, de sédiments lacustres
nable de comparer des tendances de tem- ou marins, de carottes de glace, ou encore
pérature sur une décennie ou moins, avec des témoignages écrits (comme les dates
des tendances estimées sur l’ensemble du de vendanges). La combinaison de ces
XX e siècle. enregistrements indirects se fait par des
techniques statistiques multi-variées parfois
La première manifestation des sophistiquées (par exemple des techniques
statistiques en climatologie se d’ondelettes, des modèles bayésiens hiérar-
situe dans la définition elle- chiques, des composantes principales…) qui
même du climat. permettent de reconstituer un signal inter-
prété comme une variation de température
au cours des derniers siècles. Le résultat le
plus frappant de ces études, réalisées par
une quinzaine d’équipes de recherche dans
le monde, est la robustesse de la forme des
variations de températures. Cette forme est
dite en « crosse de hockey » : on observe
une légère décroissance de la température
entre l’an Mil et 1900, puis une augmenta-
tion rapide au cours du XXe siècle (figure 1).
Cette crosse de hockey est un peu tordue,
avec un optimum médiéval climatique
chaud (entre 1000 et 1400) et un petit âge
de glace froid (entre 1500 et 1800). L’utilisa-
tion de méthodes statistiques permet d’ob-
tenir des intervalles de confiance pertinents
pour répondre à la question : « Quelle est la

114 – Mathématiques, l’explosion continue


Années

Figure 1. Recouvrement des reconstructions de températures de l’hémisphère nord depuis l’an


800. Les températures sont exprimées en différence par rapport à la moyenne de 1961 à 1990
(train pointillé). Les niveaux de gris indiquent les probabilités (en %) que les reconstructions de
température pour chaque année se trouvent dans une gamme de température. La courbe en
trait plein indique la moyenne des observations de température sur l’hémisphère nord (adapté
du rapport de l’IPCC 2007).

probabilité pour que la température actuelle Quelle est la probabilité pour


fasse partie de la gamme de températures que la température actuelle
reconstruites depuis l’an Mil ? » La réponse : fasse partie de la gamme de tem-
une probabilité excessivement faible, quelle pératures reconstruites depuis
que soit l’approche statistique utilisée dans l’an Mil ?
la reconstruction ! Autrement dit, il n’y a
aucune chance que les changements cli-
matiques actuels résultent d’une évolution
normale du climat.

Climatologie et statistiques – 115


Variations autour de l’état
moyen

Le corollaire de l’étude de l’évolution des Si on s’intéresse aux vagues de chaleur, de


températures moyennes est celle des froid ou aux précipitations intenses, le cadre
variations autour de l’état moyen : peut-on statistique qui s’impose est celui de la Théo-
dire qu’on observe de plus en plus d’évé- rie des Valeurs Extrêmes, développée par
nements extrêmes (comme des canicules, Emile Gumbel, dans les années 1940. Pour
précipitations intenses, etc.) vers la fin du une variable aléatoire continue X, l’objet de
XX e siècle ? cette théorie est de décrire la répartition
des grandes valeurs. L’enjeu principal est de
Pour répondre à cette question, les climato- décrire les extrêmes d’une loi que l’on ne
logues peuvent utiliser des modèles statis- connaît pas a priori (ce qui est le cas de la
tiques construits pour la circonstance. Cette plupart des variables que l’on mesure).
approche nécessite la disponibilité d’obser-
vations climatiques de qualité et de durée
suffisante.

Théorie des valeurs extremes

Figure 2. Densité de probabilité des lois de Fréchet (--), Weibull (-) et Gumbel (..).

Maximum de n Loi de Fréchet,


variables aléatoires Weibull ou Gumbel
n tend vers l’infini

116 – Mathématiques, l’explosion continue


Des mathématiciens des Les manières dont les pro-
années 70 ont résolu priétés de ces lois d’ex-
cette question en énon- trêmes évoluent dans le
çant que si la loi du maxi- temps sont des sujets de
mum de X converge vers recherche très actifs dans
une loi, alors cette loi est le domaine de la climato-
M-R. Fréchet une des trois lois d’ex- logie statistique. Une esti-
trêmes : les lois de W. Weibull
mation de ces extrêmes,
Gumbel, Weibull et Fréchet (qui diffèrent et des incertitudes asso-
essentiellement par la manière dont leur ciées, est indispensable pour faire des pré-
densité se comporte pour les très grandes visions climatiques dont se servent des sec-
valeurs). Pour en revenir au climat, on s’in- teurs économiques aussi variés que
téresse au type de loi de probabilité que l’énergie, l’agriculture, l’assurance et les
suivent les températures maximales à transports.
chaque saison. Dans la plupart des régions,
les lois du maximum de température
suivent des lois de Weibull, c’est-à-dire que Pour aller plus loin
la loi du maximum décroît vers 0 plus vite
qu’une loi exponentielle (ou une gaus- Jeandel C., Mosséry R., (éd.) (2011). Le Cli-
sienne). En revanche, les lois du maximum mat à Découvert : Outils et méthodes en
de précipitation suivent des lois de Gumbel recherche climatique, CNRS Éditions,
ou de Fréchet : les valeurs peuvent être très Paris.
grandes de manière relativement fréquente.

Le dernier rapport spécial


du GIEC sur les extrêmes
montre que le nombre de
vagues de chaleur en
Europe a crû au XXe siècle.
C’est aussi le cas des pré-
cipitations intenses dans
E-J. Gumbel
le sud de l’Europe, même
si cette région connaît
également une augmentation du nombre de
jours sans pluie.

Climatologie et statistiques – 117

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