Rôle des instabilités électroniques de dérive dans le
transport électronique du propulseur à effet Hall.
Alexandre Ducrocq
To cite this version:
Alexandre Ducrocq. Rôle des instabilités électroniques de dérive dans le transport électronique du
propulseur à effet Hall.. Systèmes mésoscopiques et effet Hall quantique [[Link]-hall]. Ecole
Polytechnique X, 2006. Français. �NNT : �. �pastel-00002029�
HAL Id: pastel-00002029
[Link]
Submitted on 28 Jul 2010
HAL is a multi-disciplinary open access L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est
archive for the deposit and dissemination of sci- destinée au dépôt et à la diffusion de documents
entific research documents, whether they are pub- scientifiques de niveau recherche, publiés ou non,
lished or not. The documents may come from émanant des établissements d’enseignement et de
teaching and research institutions in France or recherche français ou étrangers, des laboratoires
abroad, or from public or private research centers. publics ou privés.
Thèse présentée pour obtenir le grade de
DOCTEUR DE L’ÉCOLE POLYTECHNIQUE
Spécialité: physique des plasmas
par
Alexandre DUCROCQ
Rôle des instabilités électroniques de dérive dans le transport
électronique du propulseur à effet Hall
soutenue le 7 novembre 2006 devant le jury composé de:
Président M. Dominique GRESILLON
Rapporteurs M. Fabrice DOVEIL
M. Xavier GARBET
Examinateurs M. Jean-Pierre BŒUF
Mme. Anne CADIOU
Invités M. Stéphane D’ESCRIVAN
M. Stephan ZURBACH
Directeur de thèse M. Jean-Claude ADAM
Centre de Physique Théorique (CPHT) — UMR 7644 CNRS/École Polytechnique
Remerciements
Avant que vous ne vous plongiez dans les méandres plus ou moins tortueux
de ce travail de thèse, il est de tradition de commencer par remercier les per-
sonnes sans qui rien n’aurait été possible. Ce n’est pourtant pas la conformité
aux usages qui me pousse à écrire ici quelques lignes sur ces personnes, mais
bel et bien un sentiment de profonde reconnaissance.
Tout commença par un échange de courriel avec André Bouchoule à propos
des développements récents autour de la propulsion ionique. Il me fit rapide-
ment savoir que les activités du CPHT pouvaient correspondre à ma curiosité
quant à ce domaine. Je le remercie donc pour m’avoir mis sur la piste de cette
thèse en me communiquant ces précieuses informations. Trouver le sujet de
thèse motivant et épanouissant n’est effectivement pas une chose aisée pour
un étudiant qui n’a de fait que peu de recul sur les activités de recherche.
Je remercie de même Patrick Mora en tant que directeur du Centre de
Physique Théorique de m’en avoir ouvert les portes me permettant ainsi de
bénéficier d’un environnement scientifique exceptionnel.
Bien entendu j’adresse de chaleureux et sincères remerciements à Jean-
Claude Adam qui m’a proposé cette thèse et a su diriger mon travail pendant
ces trois années avec un subtile mélange de pédagogie et d’expertise. Tout
aussi chaleureusement et sincèrement, je remercie Anne Héron qui joua le
rôle de codirectrice de thèse. Son sourire et son inébranlable bonne humeur
furent par ailleurs d’un soutien majeur. Jean-Claude et Anne (leur prénom
me vient naturellement mis bout-à-bout tant ils forment une équipe difficile-
ment dissociable) furent tous deux d’une disponibilité physique et intellectuelle
rarement mise en défaut. La qualité de mon travail leur doit beaucoup. Leur
sens de la nuance et l’acuité de leur esprit auront probablement influencé ma
démarche au delà de la simple sphère scientifique. Je n’oublie pas d’associer
à ses remerciements Guy Laval qui a été à l’origine de la plupart des déve-
loppements théoriques de par sa considérable connaissance (et aisance) de la
physique des plasmas.
Je suis reconnaissant à Fabrice Doveil et à Xavier Garbet pour avoir
consacré de leur temps en tant que rapporteur de thèse, à Dominique Gresillon
pour avoir présidé le jury de thèse ainsi qu’à Anne Cadiou, Jean-Pierre Bœuf,
Stéphane D’Escrivan et Stephan Zurbach pour avoir été membre du mon jury
de thèse.
Cette thèse fait partie d’un vaste effort de recherche dans le contexte du
Groupement de Recherche n˚ 2759 « Propulsion Spatiale à Plasma »chargé
de l’étude globale du fonctionnement du propulseur à effet Hall. SNECMA
et le CNES, tous deux parties du GdR, sont d’ailleurs à l’origine de cette
thèse puisqu’ils l’ont financé. Je les en remercie. Merci également aux équipes
expérimentales du GdR avec lesquelles j’ai pu travailler.
Je remercie Thomas Grismayer pour les innombrables discussions de Phy-
sique que nous avons pu avoir au laboratoire, dans le RER ou simplement au-
tour d’un verre. Elles ont bien souvent dépassé le cadre scientifique, et ce fut
i
un réel ravissement. Ma thèse a donc été aussi cela : l’occasion de connaître
des personnes dont on découvre la proximité intellectuelle et avec lesquelles le
plaisir de l’échange est toujours présent.
Enfin, j’adresse ma dernière pensée à mes proches qui constituent un sou-
tien fondamental et à qui je témoigne toute mon affection.
ii
Table des matières
Liste des symboles vii
Introduction générale 1
Table des figures 9
Préliminaires 13
1 Le transport anormal dans les codes hybrides . . . . . . . 13
2 Mise en évidence expérimentale de la turbulence dans le
propulseur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
3 Simulation particulaire 2D (Z, θ) . . . . . . . . . . . . . . 18
3.1 Comportement propulseur . . . . . . . . . . . . . . 19
3.2 Le champ électrique fluctuant . . . . . . . . . . . . 24
Partie I Instabilités électroniques de dérive 29
Chapitre 1 Relation de dispersion 31
1.1 Modèle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
1.2 Établissement de la relation de dispersion . . . . . . . . . 37
1.2.1 Population ionique . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
1.2.2 Population électronique . . . . . . . . . . . . . . . 38
1.2.3 Relations de dispersion . . . . . . . . . . . . . . . . 41
iii
Table des matières
1.3 Gradient de densité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
1.4 Étude analytique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
1.4.1 Hypothèse plasma froid . . . . . . . . . . . . . . . 45
1.4.2 Cas ky Vd ≈ nΩ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
1.4.3 Cas F (ky Vd ) = 0 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
Chapitre 2 Étude linéaire de l’instabilité 49
2.1 Perturbation mono-dimensionnelle . . . . . . . . . . . . . 50
2.1.1 Modes instables azimutaux . . . . . . . . . . . . . 50
2.1.2 Influence du champ magnétique . . . . . . . . . . . 54
2.1.3 Influence de la température . . . . . . . . . . . . . 56
2.1.4 Influence du gradient de densité . . . . . . . . . . . 58
2.2 Extension bi-dimensionnelle : modes obliques . . . . . . . 59
2.3 Perturbation tri-dimensionnelle . . . . . . . . . . . . . . . 63
2.4 Validation du domaine linéaire de l’instabilité . . . . . . . 65
2.4.1 Modèle particulaire explicite . . . . . . . . . . . . . 65
2.4.2 Phase linéaire de l’instabilité . . . . . . . . . . . . 66
2.4.3 Évolution de la fonction de distribution . . . . . . 70
Chapitre 3 Déformation de la fonction de distribution élec-
tronique et modes instables 73
3.1 Relation de dispersion intégrale . . . . . . . . . . . . . . . 74
3.2 Déformation de la fonction de distribution . . . . . . . . . 75
3.3 Évolution des solutions selon la forme de la fonction de
distribution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
3.3.1 Perturbation azimutale . . . . . . . . . . . . . . . . 77
3.3.2 Perturbation oblique . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
Chapitre 4 Comparaison avec les simulations 85
4.1 Simulation fortement discrétisée . . . . . . . . . . . . . . . 86
4.2 Simulation multi-mode . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
4.2.1 Système 1D . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
4.2.2 Système 2D . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
4.3 Corrélation entre l’instabilité et le transport électronique . 94
Chapitre 5 Conclusion de la première partie 99
iv
Partie II Transport électronique stochastique 101
Chapitre 6 Interaction onde-particule dans un champ magné-
tique 103
6.1 Dynamique électronique : cas d’une onde azimutale . . . . 104
6.1.1 Configuration et équations . . . . . . . . . . . . . . 104
6.1.2 Interaction onde-électron : modèle de Karney . . . 106
6.1.3 Transport électronique . . . . . . . . . . . . . . . . 111
6.2 Généralisation à une onde oblique . . . . . . . . . . . . . . 111
Chapitre 7 Validation numérique du modèle de transport
stochastique 115
7.1 Modèle numérique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115
7.2 Cas d’une onde azimutale . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117
7.2.1 Amplitude d’onde constante . . . . . . . . . . . . . 118
7.2.2 Amplitude extraite du code PIC . . . . . . . . . . 120
7.3 Cas d’une onde oblique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
7.3.1 Cas mono-mode . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
7.3.2 Cas multi-mode . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125
Chapitre 8 Conclusion de la deuxième partie 129
Limites et perspectives 131
Annexes 135
Annexe A Calcul de la densité électronique perturbée 135
Annexe B Calcul de la vitesse de diffusion axiale 141
Annexe C Mise en évidence de l’instabilité par diffusion col-
lective de la lumière 145
C.1 Diffusion de la lumière par un milieu turbulent . . . . . . 145
v
Table des matières
C.2 Détection du champ diffusé . . . . . . . . . . . . . . . . . 146
C.2.1 Détection hétérodyne . . . . . . . . . . . . . . . . . 147
C.2.2 Obtention du signal complexe . . . . . . . . . . . . 147
Bibliographie 151
Publications 157
vi
Liste des symboles
Dans ce manuscrit de thèse, la décomposition des variables parallèlement
et perpendiculairement au champ magnétique est utilisée à plusieurs reprises.
Les indices k et ⊥ correspondent respectivement à ces deux composantes.
Caractéristiques plasma
M . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . masse ionique
m = 9.1 10−31 kg . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . masse électronique
e = 1.6022 10−19 C . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . charge élémentaire de l’ion
q . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . charge électrique élémentaire
n0 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . densité du plasma
ni , ne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . densités ionique et électronique
T . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . température électronique
Vth , Vthi . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . vitesses thermiques électronique et ionique
ωpe , ωpi . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . pulsations plasma électronique et ionique
λD . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . longueur de Debye
Ω, Ωci . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . pulsations cyclotroniques électronique et ionique
rL , rLi . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . rayons de Larmor électronique et ionique
ωU H . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . fréquence hybride haute
b = k 2 Vth2 /Ω2 . . . . . . . paramètre mesurant les effets de rayon de Larmor fini
x, y, z . . . . . . . . . . . . . . . . . . coordonnées spatiales axiale, azimutale et radiale.
η = y − Vd t . . . coordonnée spatiale azimutale dans le repère dérivant à Vd .
r . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . vecteur position
vi , ve . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . vecteurs vitesse ionique et électronique
fe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . fonction de distribution électronique
t, τ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .temps
Ln , Vn . . . . . . . . . . . . . . . . . longueur et vitesse de dérive de gradient de densité
vii
Liste des symboles
Champs électrique et magnétique
B, B0 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . champ magnétique et amplitude correspondante
E, E0 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . champ électrique et amplitude correspondante
Vd . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . vitesse de dérive électrique
LB , VB . . . . longueur et vitesse de dérive de gradient de champ magnétique
Champ fluctuant, instabilité
Efluct , Ef . . . . . . . . . champ électrique fluctuant et amplitude correspondante
Φ, φ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . potentiel électrostatique et amplitude associée
ω, ωd . . pulsations de l’onde dans le repère du laboratoire et dans le repère
dérivant à Vd
ωr . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . partie réelle de la pulsation de l’onde
γ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . taux de croissance de l’onde
k . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . vecteur d’onde
λ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . longueur d’onde
VΦ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . vitesse de phase de l’onde
∆v . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . largeur de piégeage
Vσ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . vitesse limite d’interaction onde-électron
ωB . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . fréquence de piégeage ou de rebondissement
Fonctions mathématiques
Jn . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . fonctions de Bessel
In . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . fonctions de Bessel modifiées
Z . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . fonction de Fried et Conte
Divers
ε0 = 8.854 10−12 F.m−1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . permittivité du vide
kB = 1.38 10−23 J.K−1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . constante de Boltzmann
xlong, ylong . . . . . . . . . . dimensions axiale et azimutale de la simulation PIC
viii
Introduction générale
eux mille cinq cents, c’est environ le nombre de satellites qui sont en
D ce moment même en orbite autour de la Terre [CNES]. Leur nombre
augmente continûment depuis le lancement en 1957 du premier d’entre eux,
le satellite soviétique Spoutnik. D’abord symbole de la conquête de l’espace
par l’homme, les satellites, auxquels il faut ajouter les sondes spatiales, sont
maintenant présents dans de nombreux domaines économiques, scientifiques
et militaires. Les enjeux associés sont considérables et sont à l’origine des
efforts de recherche développés dans le cadre de la propulsion spatiale. Il
s’agit en outre de maîtriser parfaitement la trajectoire de l’engin une fois
celui-ci détaché de son lanceur. Dans le cas d’un satellite, il faut considérer
son changement d’orbite jusqu’à l’orbite finale, l’orientation correcte de celui-
ci par rapport à l’objectif et la correction des nombreuses perturbations de
trajectoire tout au long de son utilisation (maintien en orbite et contrôle
d’attitude). Il est donc équipé de propulseurs qui éjectent de la matière à une
vitesse élevée dans la direction choisie créant une poussée conformément au
principe de réaction.
Depuis le début de l’ère spatiale, l’un des défis majeurs de l’industrie aé-
rospatiale est de faire face à l’accroissement des besoins en charge utile. Les
satellites de technologie de plus en plus avancée, tout comme les sondes d’ex-
ploration, s’alourdissent et nécessitent par conséquent une puissance de plus
en plus importante pour pouvoir être manœuvrés. Deux possibilités s’offrent
à l’accroissement de la poussée : augmenter la vitesse d’expulsion de la ma-
tière ou augmenter le débit massique. La seconde possibilité pose problème
dans la mesure où une augmentation du débit signifie une masse de propergol
plus importante à emporter, ce qui alourdit d’autant la charge à propulser.
Or, la part de carburant dans la charge utile est déjà très importante. A
titre d’exemple, le carburant emporté par un gros satellite dont la durée de
vie en orbite excède les 10 ans, ou par un module orbital type Cassini, peut
représenter plus de 50 % de leur masse totale au décollage. Il faut donc se
concentrer essentiellement sur la vitesse d’expulsion de la matière. La propul-
sion chimique, bien au point et en position de large monopole en matière de
propulsion spatiale depuis des décennies, rencontre des limites inhérentes à
son principe. Les valeurs théoriques de vitesse d’éjection maximale n’offrent
que peu de marge pour les développements futurs. C’est dans ce cadre de
nécessaire rupture en matière de mode de propulsion que la propulsion élec-
1
Introduction générale
trique poursuit son développement. Encore loin de rivaliser avec les poussées
produites par la propulsion chimique, elle en constitue à l’heure actuelle une
alternative crédible pour maintes applications. Son atout principal réside dans
les vitesses d’éjection très élevées qu’elle permet par rapport à la propulsion
chimique (jusqu’à 20 fois supérieure). Les propulseurs électriques autorisent
ainsi un gain de charge utile important (1 tonne sur la masse au décollage
pour un satellite de 4.5 tonnes par exemple) les rendant particulièrement
compétitifs.
Parmi les différents types de propulseurs électriques existants, le propul-
seur à effet Hall présente un intérêt certain pour le contrôle d’attitude et
d’orbite. Le principe a été avancé relativement simultanément en URSS et
aux USA dans les années 1960. Rapidement mis de côté par les américains,
les soviétiques en améliorent largement le rendement et passent à l’exploi-
tation pratique du principe lors du lancement en 1971 du premier satellite
équipé d’un propulseur à effet Hall. Les performances remarquables de ce
propulseur poussent d’autres pays tels la France, le Japon ou les Etats-Unis à
s’intéresser à cette technologie dans les années 1990. Le partenariat entre l’in-
dustriel russe Fakel, détenteur des brevets sur le SPT 100 (Stationary Plasma
Thruster), et l’entreprise française SEP (maintenant partie de SNECMA du
groupe SAFRAN) soutenue par le CNES en 1992 en est l’illustration parfaite.
Les ambitions industrielles françaises iront au delà de la simple exploi-
tation des brevets du SPT 100. En 1996 est créé le Groupement de Re-
cherche GdR no 1184 « Propulsion à Plasma pour Systèmes Orbitaux »as-
sociant le CNRS, le CNES, SEP et l’ONERA afin de lever les quelques zones
d’ombre subsistantes quant au fonctionnement du propulseur. Sa forme ac-
tuelle, GdR no 2759 « Propulsion Spatiale à Plasma », regroupe le CNRS, le
CNES, SNECMA et plusieurs universités. L’objectif du GdR est de conduire
in fine à un modèle auto-consistant et surtout prédictif du comportement du
propulseur. Ce modèle limitera de manière importante le coût encore très élevé
à l’heure actuelle des qualifications expérimentales lors du développement in-
dustriel des futurs propulseurs. Pour cela, le GdR étudie le propulseur à effet
Hall tant du point de vue expérimental grâce au moyen d’essai PIVOINE
("Propulsion Ionique pour Vols Orbitaux-Interprétations et Nouvelles Expé-
riences", Laboratoire d’Aérothermique) à Orléans que du point de vue de la
modélisation théorique et numérique. Les activités expérimentales du GdR
sont menées par le Laboratoire de l’Aérothermique (AERO à Orléans), le La-
boratoire de Physique des Gaz et des Plasmas (LPGP à Orsay), le Groupe
de Recherches sur l’Energétique des Milieux Ionisés (GREMI à Orléans), le
Centre de Recherche sur les Matériaux à Hautes Températures (CRMHT à
Orléans), le Laboratoire de Physique et Chimie de l’environnement (LPCE à
Orléans), le Laboratoire de Magnétisme et d’Optique de Versailles (LMOV
à Versailles) et l’Institute of Fundamental Technological Research (IPPT à
Varsovie). Le Centre de PHysique Théorique (CPHT à Palaiseau), le Centre
de physique des Plasmas et de leurs Applications (CPAT à Toulouse) et le
Laboratoire de Physique des Milieux Ionisés et applications (LPMI à Nancy)
2
(a) Propulseur à l’arrêt (b) Propulseur en fonctionnement
Fig. 1 – Photos du propulseur à effet Hall
fournissent pour leur part une contribution théorico-numérique à la modé-
lisation générale du propulseur. En particulier, les activités du CPAT sont
orientées vers le développement de codes hybrides qui serviront de bases à la
modélisation prédictive du propulseur. La modélisation développée au CPHT
utilise quant à elle une approche particulaire en vue d’éclaircir quelques méca-
nismes spécifiques fondamentaux notamment celui du transport des électrons
au travers des lignes de champ magnétique.
Le fonctionnement en première approche du propulseur à effet Hall peut
être décrit assez simplement. La figure 2 représente le schéma d’une coupe
diamétrale de celui-ci, deux photos du propulseur en marche et à l’arrêt étant
exposées en figure 1. Il est constitué de deux anneaux diélectriques de céra-
mique. L’espace entre ces deux anneaux constitue la chambre (ou le canal)
dans laquelle se situe le plasma lorsque le propulseur est en fonctionnement.
Un champ magnétique dans la direction radiale est crée par un jeu de 5
bobines inductives. La symétrie du champ magnétique est garantie par la
carcasse métallique du propulseur qui sert de circuit magnétique. Un champ
électrique dans la direction axiale est créé par deux électrodes situées aux ex-
trémités de la chambre. L’anode, au potentiel typique de 300 V, est au fond
de la chambre et constitue la paroi par laquelle est injecté le gaz propulsif. La
cathode, au potentiel de -30 V typiquement, est située en sortie de moteur,
à l’extérieur. Le principe de fonctionnement est le suivant : à l’allumage, les
électrons émis par la cathode creuse sont attirés vers l’intérieur de la chambre
du fait de la différence de potentiel appliqué entre la cathode et l’anode. Ils
sont piégés dans la configuration de champs magnétique et électrique croi-
sés, décrivant ainsi un mouvement de rotation autour de l’axe du propulseur
à la vitesse de dérive électrique. L’énergie cinétique associée des électrons
est telle que le seuil d’ionisation du gaz injecté par ailleurs est atteint. Les
atomes sont ionisés par collisions avec les électrons. Le plasma est créé et un
3
Introduction générale
Fig. 2 – Principe de fonctionnement d’un SPT.
champ électrique axial auto-consistant s’établit du fait de la baisse locale de
la conductivité électronique en sortie de canal due au champ magnétique. Les
ions, non magnétisés du fait de leur masse importante, sont accélérés vers
l’extérieur par ce champ électrique créant ainsi la poussée. Une partie des
électrons émis par la cathode neutralise le flux d’ions vers l’extérieur.
Le gaz couramment utilisé est le gaz neutre Xénon. Le choix du gaz se
fait selon plusieurs critères [Brugova & Ermakov 1994] : le Xénon est chimi-
quement neutre évitant ainsi les éventuels problèmes de corrosion ; il possède
un seuil d’ionisation bas (12.13 eV) permettant une ionisation quantitative
importante ; et sa masse élevée (131.29 g/mol) conduit à une quantité de
mouvement éjectée élevée. Le tableau Fig.3 expose en quelques chiffres les
caractéristiques principales classiques d’un propulseur à effet Hall particulier,
le SPT 100.
Cette description succincte ne doit pas cacher les divers points de fonction-
nement encore incompris. L’un d’entre eux concerne le transport dit anormal
des électrons à travers les lignes de champ magnétique. Le qualificatif "anor-
mal" est utilisé par opposition à la diffusion dite classique qui repose sur les
collisions électron-neutre, ces dernières permettant aux électrons de progres-
ser aux travers des lignes de champ magnétique grâce au champ électrique
axial. En effet, les données théoriques [Morozov et al. 2000], numériques [Ha-
gelaar et al. 2002, Hagelaar et al. 2003] et expérimentales [Smirnov et al.
2004, Meezan et al. 2001, Zhurin et al. 1999] montrent que la densité des
atomes neutres en sortie de canal est largement insuffisante pour considérer
les collisions électron-Xénon comme seule source de conductivité. Il existe
4
Diamètre externe 100 mm
Diamètre interne 70 mm
Longueur de canal 25 mm
Poids 4 kg
Tension de décharge 300 V
Courant de décharge 4.5 A
Puissance 1350 W
Champ magnétique maximal 250 G
Poussée 80 mN
Impulsion spécifique 1500 s
Température électronique 15 eV
Vitesse des ions 15-20 km.s−1
Densité électronique 1011 ∼ 1012 cm−3
Densité des neutres 1013 ∼ 1014 cm−3
Durée de vie démontrée 7000 h
Fig. 3 – Caractéristiques d’un propulseur à effet Hall (SPT 100) [Albarède
2004, Darnon 1999, Prioul 2001].
donc un déficit théorique de courant électronique selon la théorie classique.
La compréhension théorique du transport anormal est un point crucial dans
l’élaboration des codes numériques prédictifs. Il est à l’heure actuelle intro-
duit dans la modélisation numérique par un coefficient ajusté par rapport aux
valeurs de conductivité mesurée lors des expériences [Bareilles et al. 2004] ce
qui limite l’intérêt de ces codes pour la modélisation de nouveaux propulseurs.
Il constitue par conséquent un axe majeur de recherche. Le travail de thèse
présenté dans ce manuscrit fait partie de l’effort théorique de compréhension
développé au Centre de Physique Théorique ces dernières années sur ce point.
Plusieurs hypothèses ont été avancées au cours des trente dernières an-
nées pour tenter d’apporter un cadre théorique au transport électronique
anormal dans le propulseur à effet Hall. La principale introduit les collisions
électron-paroi comme facteur responsable du surcroît de transport électro-
nique. Il s’agit de la théorie néo-classique de conductivité "Near Wall Conduc-
tivity" [Morozov et al. 2000]. Selon cette théorie, les réflexions des électrons
sur les parois de l’anneau interne ou externe du canal du propulseur font
changer les électrons d’orbite et permettent un transport électronique vers
l’anode suffisant pour expliquer le transport électronique total. Il est clair que
le problème du transport à travers les lignes du champ magnétique se pose de
manière cruciale au niveau du maximum du champ magnétique, à l’intérieur
du canal. Pour autant, le gradient de champ magnétique est faible, et la va-
leur de ce champ reste donc proche de son maximum dans une zone s’étalant
nettement en dehors du propulseur. L’hypothèse des collisions électron-paroi
devient alors caduque. De manière plus globale, les paramètres physiques
5
Introduction générale
principaux du propulseur ne semblent pas connaître de changements brutaux
entre l’intérieur et l’extérieur du propulseur (en sortie de canal) ce qui favorise
l’idée d’une certaine continuité dans le processus de transport électronique.
Enfin, de récents travaux sur les codes hybrides [Boniface 2006] démontrent
l’insuffisance de ces collisions dans le processus de transport électronique.
L’introduction d’un coefficient ad hoc et empirique de turbulence (coefficient
de Bohm) y est nécessaire à l’intérieur comme à l’extérieur du canal pour obte-
nir des résultats proches des mesures expérimentales. La piste la plus sérieuse
à l’heure actuelle considère la turbulence plasma comme source potentielle du
transport électronique anormal et fait l’objet de cette thèse.
Nous reviendrons plus précisément sur la manière dont est traité le trans-
port anormal dans les travaux du CPAT de Toulouse [Boniface 2006] dans
la partie préliminaire de ce manuscrit. L’existence de la turbulence au sein
du propulseur à effet Hall y sera ensuite démontrée en rappelant quelques ré-
sultats [Prioul 2001, Bouchoule et al. 2003, Lazurenko et al. 2005, Kurzyna et
al. 2005] de sessions expérimentales menées sur le moyen d’essai PIVOINE à
Orléans. Nous y verrons enfin que le code particulaire de géométrie 2D (Z, θ)
développé au CPHT [Adam et al. 2004] montre l’existence d’un champ élec-
trique fluctuant susceptible d’être à l’origine de ce transport. La validité de
ce modèle numérique repose sur sa capacité à reproduire un comportement
proche de celui du propulseur observé en session expérimentale. La forte cor-
rélation temporelle entre le développement du champ électrique fluctuant en
sortie de propulseur et la valeur du courant électronique sera mise en évidence.
Il s’agit donc dans cette thèse d’une part d’étudier les propriétés de l’in-
stabilité électronique à l’origine de ce champ, et d’autre part, de proposer
un processus physique par le biais duquel ce champ électrostatique crée du
transport électronique.
L’étude théorique de l’instabilité électronique de dérive fera l’objet de la
première partie de cette thèse. Le but est de mettre en évidence ses proprié-
tés en vérifiant l’accord de celles-ci avec les données apportées par les codes
Particle-In-Cell (PIC).
Nous commencerons donc, dans le chapitre premier, par établir la relation
de dispersion des perturbations électrostatiques en trois dimensions après
avoir énoncé les hypothèses théoriques utilisées. Les approximations 1D et
2D de la relation de dispersion seront aussi explicitées.
L’étude linéaire de l’instabilité par la résolution numérique de la rela-
tion de dispersion sera effectuée dans le deuxième chapitre. L’analyse se fera
pas à pas en partant des résultats obtenus pour une perturbation mono-
dimensionnelle azimutale pour ensuite prendre en compte les extensions axiale
et radiale de la perturbation.
A la vue de l’évolution de la fonction de distribution dans les simulations
particulaires, nous nous intéresserons dans le chapitre trois à l’influence de la
déformation de la fonction de distribution sur les propriétés de l’instabilité.
Celle-ci, prise arbitrairement maxwellienne pour faciliter le calcul de la rela-
tion de dispersion, se déforme sous l’effet du développement de l’instabilité
6
comme nous le verrons dans la deuxième partie du manuscrit. Cette défor-
mation introduit des effets non-linéaires sur les propriétés de l’instabilité et
joue notamment le rôle de mécanisme de saturation pour un grand nombre
de modes instables.
L’ensemble des résultats de l’étude de stabilité linéaire et non-linéaire sera
confronté dans le chapitre quatrième aux résultats des simulations particu-
laires explicites développées ad hoc.
Nous terminerons cette première partie par un cinquième chapitre qui
résume les propriétés de l’instabilité de dérive électronique étudiée.
La deuxième partie est consacrée à la mise en évidence de l’implication
de l’instabilité décrite dans la première partie dans le transport électronique
sous forme de transport stochastique.
Nous exposerons dans le sixième chapitre comment le modèle de C.F.F.
Karney [Karney 1978,Karney 1979], appliqué aux électrons dans la géométrie
du propulseur, apporte une solution au problème du transport électronique à
partir du champ électrique fluctuant dont on a parlé précédemment. L’inter-
vention de la stochasticité dans les trajectoires électroniques est abordée.
Le chapitre sept sera consacré à la résolution numérique du système dyna-
mique électronique dans la configuration de champs électrique et magnétique
croisés auxquels est ajouté le champ électrique fluctuant étudié. Nous ver-
rons à la lumière du modèle théorique du chapitre six qu’elle produit des
résultats en terme de déformation de fonction de distribution et de transport
électronique en bon accord avec les résultats des simulations particulaires.
Enfin, le chapitre huit clôturera cette deuxième partie en résumant les
avancées apportées par le modèle de transport stochastique.
7
Introduction générale
8
Table des figures
1 Photos du propulseur à effet Hall . . . . . . . . . . . . . . . . 3
2 Principe de fonctionnement d’un SPT. . . . . . . . . . . . . . 4
3 Caractéristiques d’un propulseur à effet Hall (SPT 100) [Alba-
rède 2004, Darnon 1999, Prioul 2001]. . . . . . . . . . . . . . . 5
4 Évolution du rapport α/κ en fonction du champ magnétique
[Boniface 2006], α et κ étant les coefficients ajustables des dif-
férentes mobilités dans les codes hybrides. . . . . . . . . . . . 14
5 Comparaisons des collisions pariétales ajustées avec celles d’un
modèle de gaine [Boniface 2006]. . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
6 Emplacement des antennes dans le propulseur dans l’expé-
rience de mesure de turbulence. . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
7 Évolution temporelle du signal d’une antenne et du courant de
décharge. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
8 Géométrie utilisée dans le modèle particulaire implicite. . . . . 20
9 Profil du champ magnétique radial (en Tesla) en fonction de x
(en mètre). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
10 Oscillation (temps en µs) du courant en Ampère en sortie de
propulseur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
11 Caractéristiques du comportement propulseur (Unité spatiale
en mètre). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
12 Évolution spatiale (en mètre) de la fonction de distribution
ionique le long du canal. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
13 Comparaison PIC-expérience de l’évolution spatiale de la vi-
tesse et de la dispersion ionique le long du canal. . . . . . . . . 24
14 Structure dimensionnelle (en m) du champ électrique fluctuant
(en V.m−1 ) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
15 Corrélation entre le champ accélérateur, le champ fluctuant et
le courant. Les échelles et unités ne sont pas respectées, le but
étant de mettre en avant les corrélations temporelles. . . . . . 26
16 Évolution de quelques grandeurs physiques en sortie de pro-
pulseur en fonction de la dimension axiale. . . . . . . . . . . . 27
1.1 Géométrie utilisée pour le calcul de la relation de dispersion. . 32
9
Table des figures
2.1 Solutions 1D de la relation de dispersion à petits ky . . . . . . . 51
2.2 Comparaison des solutions 1D avec les cas asymptotiques. . . 52
2.3 Enveloppe des solutions 1D de la relation de dispersion. . . . . 53
2.4 Forme 1D des lobes instables. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
2.5 Comparaison en enveloppe des solutions 1D de la relation de
dispersion en fonction du champ magnétique. . . . . . . . . . . 55
2.6 Comparaison de la structure 1D de quelques lobes en fonction
du champ magnétique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
2.7 Évolution des lobes instables 1D en fonction de la température 57
2.8 Influence du gradient de densité : taux de croissance de l’in-
stabilité 1D . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
2.9 Modes instables 2D en fonction de kx Vd et de ky Vd autour de
ky Vd /ωpe = 1.5. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
2.10 Forme bi-dimensionnelle des lobes instables. . . . . . . . . . . 61
2.11 Extension en kx du lobe n=12. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
2.12 Évolution des lobes instable 2D en fonction de kz Vd /ωpe . . . . 63
2.13 Modes instables 2D en fonction de kz Vd /ωpe et de ky Vd /ωpe
pour kx Vd = 0 autour de ky Vd /ωpe = 1.2. . . . . . . . . . . . . 64
2.14 Croissance du mode ky Vd /ωpe = 1.04 dans la simulation parti-
culaire explicite 1D ylong = 12.083 λD . . . . . . . . . . . . . . 67
2.15 Position du mode ky Vd /ωpe = 1.04 dans le lobe instable 1D
n=10 calculé par la relation de dispersion. . . . . . . . . . . . 68
2.16 Croissance du mode ky Vd /ωpe = 0.55 dans la simulation parti-
culaire explicite 1D ylong = 22.8479 λD . . . . . . . . . . . . . 69
2.17 Position du mode ky Vd /ωpe = 0.55 dans le lobe instable 1D n=5. 69
2.18 Évolutions temporelles de la fonction de distribution dans les
deux simulations PIC 1D précédentes. . . . . . . . . . . . . . . 71
3.1 Fonction de distribution typiquement observée dans les simu-
lations particulaires et utilisée dans la résolution de la relation
de dispersion intégrale. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
3.2 Évolution des solutions instables 1D en fonction de la défor-
mation de la fonction de distribution. . . . . . . . . . . . . . . 77
3.3 Évolution des lobes instables mono-dimensionnel en fonction
de la déformation de la fonction de distribution. . . . . . . . . 79
3.4 Évolution du lobe instable bi-dimensionnel n=12 en fonction
de la déformation de la fonction de distribution. . . . . . . . . 80
3.5 Évolution du lobe instable bi-dimensionnel n=6 en fonction de
la déformation de la fonction de distribution. . . . . . . . . . . 81
3.6 Évolution du lobe instable bi-dimensionnel n=3 en fonction de
la déformation de la fonction de distribution. . . . . . . . . . . 82
4.1 Croissance des modes instables et déformation de la fonction
de distribution dans la simulation PIC explicite ylong = 24.4 λD . 87
10
4.2 Saturation des modes ky Vd /ωpe = 1.03 et ky Vd /ωpe = 0.515 en
fonction de la déformation de la fonction de distribution. . . . 88
4.3 Cas multi-mode 1D (ylong = 1854 λD ) : évolution de l’éner-
gie électrostatique (a), fonction de distribution (b) et densité
spectrale (c)-(e). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
4.4 Évolution temporelle de la densité spectrale dans le cas ylong =
1854 λD . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
4.5 Cas multi-mode 1D (ylong = 1854 λD ) : évolution de l’espace
des phases dans la direction azimutale . . . . . . . . . . . . . 92
4.6 Cas multi-mode 2D (xlong = 167 λD et ylong = 460 λD ) :
évolution de l’énergie électrostatique (a) et de la fonction de
distribution (b). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
4.7 Évolution de la structure de la composante azimutale du champ
fluctuant dans le cas xlong = 167 λD et ylong = 460 λD . . . . 95
4.8 Évolution du spectre de la composante azimutale du champ
fluctuant dans le cas xlong = 167 λD et ylong = 460 λD . . . . 95
4.9 Corrélation entre l’énergie électrostatique et le courant axial
dans le cas ylong = 24.4 λD . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
4.10 Corrélation entre l’énergie électrostatique et le courant axial
pour différents cas 1D. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
6.1 Configuration de champs électrique et magnétique dans la-
quelle évoluent les électrons. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
6.2 Schéma de l’orbite d’un électron dans l’espace des phases (η, η̇). 108
6.3 Décalage Doppler dans le repère de l’onde. . . . . . . . . . . . 113
7.1 Schéma saute-mouton. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 116
7.2 Caractéristiques des cas mono-modes : ky Vd /ωpe = 0.3, 0.6 et 1.2.118
7.3 Interaction modes instables-électrons : impact sur la fonction
de distribution et transport. L’amplitude de chacune des ondes
est telle que Ef /E0 = 1. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 119
7.4 Amplitude de l’onde extraite du code PIC pour ylong = 12.083 λD ,
i.e. ky Vd /ωpe = 1.04. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121
7.5 Apparition de la stochasticité pour le cas ky Vd /ωpe = 1.04. . . 122
7.6 Valeur de l’amplitude de l’onde, de la fréquence de piégeage et
de la limite d’interaction Vσ aux différents temps pour le cas
ky Vd /ωpe = 1.04. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 122
7.7 Évolution temporelle du système 1D pour une onde 1D ky Vd /ωpe =
1.04 avec l’amplitude extraite d’une simulation PIC. . . . . . . 123
7.8 Évolution temporelle du système pour une onde 2D Ef /E0 = 1,
ky Vd /ωpe = 1.2 et kx Vd /ωpe = 0.6, comparaison avec le cas
d’une onde 1D. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
7.9 Cas multi-modes grand ky . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125
7.10 Cas multi-modes petit ky . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 126
11
Table des figures
C.1 Schéma de principe de l’expérience de diffusion collective. . . . 146
12
Préliminaires
ans cette partie préliminaire sont regroupés les éléments qui ont défini
D le travail de thèse présenté ici. Le traitement du transport électronique
anormal dans les codes hybrides du CPAT est d’une part rappelé : les conclu-
sions récentes [Boniface 2006] montrent que la modélisation du transport
anormal sous la forme de diffusion de Bohm (diffusion turbulente) se fait de
manière naturelle à l’intérieur comme à l’extérieur du canal. La mise en évi-
dence expérimentale du comportement turbulent du propulseur est d’autre
part exposée. Enfin, les principaux résultats de la modélisation particulaire
2D (Z, θ) du CPHT [Adam et al. 2004] sont présentés. Ils montrent que le
comportement global du propulseur est reproduit sans prendre en compte les
collisions pariétales en sortie de propulseur, et qu’un champ électrique fluc-
tuant susceptible d’être à l’origine du transport anormal se développe dans
cette même zone.
1 Le transport anormal dans les codes hybrides
Nous nous intéressons ici uniquement au traitement du transport électro-
nique perpendiculairement aux lignes de champ magnétique. Étant donné les
incertitudes concernant le transport anormal et l’existence de diverses expli-
cations afférentes, le CPAT de Toulouse a pris le parti de décrire le transport
anormal de manière phénoménologique. Les mécanismes de transport par col-
lisions pariétales et de transport turbulent sont décrits à l’aide de coefficients
empiriques ajustés selon le point de fonctionnement pour être en accord avec
les expériences.
Le transport anormal à l’intérieur du canal est modélisé uniquement par la
mobilité due aux collisions pariétales :
mνα
µα = (1)
eB 2
où να = α.107 s−1 est la fréquence de collision électron-paroi supposée indé-
pendante de la position du canal, avec α le paramètre ajustable, e et m la
charge et la masse électronique et B l’amplitude du champ magnétique. Elle
a une dépendance classique en 1/B 2 puisqu’il s’agit de collisions. L’aspect
"anormal" réside dans le type même de collision, à savoir les collisions avec
les parois et dans sa modélisation par un coefficient arbitraire. Ce type de
13
Préliminaires
diffusion ne peut plus être invoqué à l’extérieur du canal puisqu’il n’y a plus
de paroi. La conductivité électronique est alors assurée par la mobilité de
Bohm :
κ
µk = (2)
16B
où κ est le paramètre ajustable. Elle revient à considérer l’existence d’un mé-
canisme de transport basé sur la turbulence à l’extérieur du canal uniquement.
Cette différence de mobilité à l’intérieur et à l’extérieur est arbitraire dans sa
forme. Elle découle cependant de la nécessité d’introduire une mobilité plus
importante à l’extérieur qu’à l’intérieur du moteur pour obtenir des résultats
cohérents avec les expériences [Bareilles 2002]. Une partie du travail de thèse
de Claude Boniface [Boniface 2006] a consisté à vérifier la pertinence de cette
rupture dans la modélisation du transport anormal. Il s’est pour cela intéressé
notamment à l’évolution du rapport α/κ en fonction du champ magnétique.
La figure 4 résume cette évolution.
(a) Pour un tension fixe (b) Pour un couple tension-champ magné-
tique optimisé
Fig. 4 – Évolution du rapport α/κ en fonction du champ magnétique [Bo-
niface 2006], α et κ étant les coefficients ajustables des différentes mobilités
dans les codes hybrides.
La figure 4(a) retrace l’évolution du rapport α/κ pour le point de fonctionne-
ment SNECMA (tension de 550 V et débit de 8.3 mg.s−1 pour le PPSX000-
ML) pour diverses valeurs du champ magnétique. Il faut rappeler qu’un point
de fonctionnement expérimental est obtenu pour une tension de décharge don-
née (différence de potentiel entre la cathode et l’anode) en minimisant le cou-
rant de décharge pour maximiser l’efficacité du propulseur. Ce minimum est
atteint en faisant varier le champ magnétique. Un point de fonctionnement a
donc une tension, un débit et un champ magnétique fixés de telle sorte que le
courant de décharge soit minimal. En faisant varier la valeur du champ ma-
gnétique, nous sortons donc du point de fonctionnement. Pour chaque valeur
de champ magnétique, les paramètres α et κ sont ajustés pour obtenir un
14
1. Le transport anormal dans les codes hybrides
bon accord entre les mesures expérimentales et les résultats de la simulation.
La figure 4(a) montre que le rapport α/κ augmente en fonction du champ
magnétique. Cette tendance est confirmée par la figure 4(b) où l’évolution
du rapport α/κ se fait en fonction des couples tension-champ magnétique
optimisés (correspondant donc à des points de fonctionnement différents).
Ce rapport est proportionnel au champ magnétique excepté pour les points
de fonctionnement à basse tension correspondant aux limites d’utilisation du
moteur. Nous pouvons donc écrire :
α
≈B (3)
κ
Or, le rapport entre les mobilités anormales dues aux collisions pariétales µα
et à la turbulence µk vaut :
µα α1
=A (4)
µκ κB
16 m 107
où A = .
e
Ainsi, le rapport des mobilités anormales est quasi-constant :
µα
≈A (5)
µκ
Le rapport (4) dépend directement du choix dans la modélisation de décrire
de manière discontinue les mécanismes physiques de transport électronique à
l’intérieur (transport par collisions pariétales, mobilité en 1/B2 ) et à l’exté-
rieur du canal (transport turbulent, mobilité en 1/B). L’étude montre que la
dépendance arbitraire en 1/B du rapport des mobilités intérieure-extérieure
est compensée par l’ajustement des paramètres α et κ pour chaque point
de fonctionnement. Les mobilités à l’intérieur et à l’extérieur doivent donc
être modélisées de la même manière. Compte tenu de l’absence de collisions
pariétales à l’extérieur du moteur, le choix naturel a donc été d’introduire
une mobilité de type turbulente dans le canal. En pratique, le changement
de mobilité intérieure-extérieure nécessaire quantitativement pour retrouver
les valeurs des mesures expérimentales est conservé en introduisant une mo-
bilité de type Bohm avec un paramètre kin avant la transition et kout après
la transition.
Une autre étude récente vient confirmer ce choix de prendre en compte
le transport turbulent à l’intérieur du propulseur. Il s’agit du calcul de la
contribution des collisions pariétales à la conductivité électronique. Ce calcul
est basé sur la prise en compte de l’émission secondaire électronique au niveau
des parois dans le modèle hybride. Un modèle de gaine faisant intervenir un
coefficient d’émission secondaire calculé à partir de mesures expérimentales
permet de calculer la mobilité due aux collisions pariétales. Les résultats
obtenus avec ce modèle de gaine en terme de fréquence de collisions électron-
paroi sont comparés avec ceux du modèle empirique (α ajusté) en figure 5. La
15
Préliminaires
Fig. 5 – Comparaisons des collisions pariétales ajustées avec celles d’un mo-
dèle de gaine [Boniface 2006].
fréquence de collisions pariétales est décrite en fonction de la tension avec et
sans l’introduction du modèle de gaine. L’insuffisance des collisions pariétales
est flagrante : la fréquence de collision électron-paroi calculée par le modèle
de gaine est toujours largement inférieure à celle nécessaire pour retrouver les
résultats expérimentaux (fréquence obtenue avec l’ajustement de α).
En résumé, ces récents travaux effectués au CPAT de Toulouse montrent
que la prise en compte des collisions pariétales ne semble pas suffisante pour
atteindre les valeurs expérimentales du transport électronique dans le ca-
nal. Ils montrent aussi que la mobilité intérieure comme extérieure a une
dépendance naturelle en 1/B caractéristique de la diffusion turbulente (ou de
Bohm). Le comportement turbulent du propulseur est par ailleurs de plus en
plus mis en évidence par les résultats expérimentaux que nous allons rappeler
brièvement dans la section suivante.
2 Mise en évidence expérimentale de la turbu-
lence dans le propulseur
L’historique de la création et du développement du propulseur à effet Hall
a largement conditionné la manière de comprendre les phénomènes physiques
intervenant dans le fonctionnement de celui-ci. L’hypothèse d’une conducti-
vité électronique au travers des lignes de champ magnétique dirigée principa-
lement par les collisions pariétales [Morozov et al. 2000] a longtemps prédo-
miné. Les récents développements dans les simulations numériques montrent
l’insuffisance de cette hypothèse. Dans la section précédente, nous avons évo-
qué le rôle important que la turbulence semble jouer dans le transport élec-
tronique anormal. La présence de la turbulence au sein du propulseur est
confirmée par les travaux expérimentaux récemment menés sur le propulseur
16
2. Mise en évidence expérimentale de la turbulence dans le propulseur
Fig. 6 – Emplacement des antennes dans le propulseur dans l’expérience de
mesure de turbulence.
à effet Hall (SPT-100ML) sur le moyen d’essai PIVOINE à Orléans [Prioul
2001, Bouchoule et al. 2003, Lazurenko et al. 2005, Kurzyna et al. 2005]. Il
s’agit de mesures de micro-instabilités en sortie de propulseur à l’aide de
sondes de Langmuir et d’antennes. La disposition des antennes et des sondes
est illustrée sur le schéma 6 représentant une vue de face du propulseur au
centre ainsi qu’une vue de profil à droite sur la figure.
Les antennes peuvent transmettre des signaux jusqu’à 20 GHz et sont ca-
pable de résister à une température de 600 ˚C. Elles sont installées dans des
saignées de quelques millimètres réalisées dans la céramique externe du canal
de décharge à proximité du plan de sortie. Comme le montre le schéma, le
dispositif expérimental comporte plusieurs antennes disposées à des positions
axiales et azimutales différentes en vue de caractériser au mieux les propriétés
des micro-instabilités (décalage en azimut de la position des antennes pour
mesurer la vitesse de propagation azimutale des perturbations, position pa-
rallèle et perpendiculaire des antennes par rapport à l’axe du moteur pour
mesurer les composantes axiale et radiale du champ électrique). Les résultats
recueillis sont illustrés par la figure 7. Elle représente l’évolution temporelle
du signal de l’une des antennes, en bleu, superposée à l’évolution du courant
de décharge en vert (oscillation caractéristique autour de 20 kHz).
Elle met en évidence l’apparition d’instabilités dans la bande de fréquence
de 5 à 8 MHz sur les fronts décroissants du courant de décharge. Toutes les
antennes donnent un signal similaire : la position spatiale de l’antenne in-
troduit uniquement un léger décalage des micro-instabilités qui apparaissent
néanmoins toujours en front décroissant du courant de décharge. L’étude pré-
cise de ces micro-instabilités en fonction du temps montre un comportement
17
Préliminaires
Fig. 7 – Évolution temporelle du signal d’une antenne et du courant de dé-
charge.
imprévisible du signal : des phases d’organisation et de désorganisation se
succèdent pendant la décroissance du courant de décharge. La phase de désor-
ganisation s’apparente à une superposition de plusieurs signaux de fréquences
différentes. L’interprétation théorique de ces phénomènes est encore sujette à
débat mais ceux-ci mettent en avant le caractère turbulent du plasma au sein
du propulseur. Alors que le principe de base du fonctionnement du propul-
seur est relativement simple, l’existence de nombreuses échelles spatiales et
temporelles, le comportement non prévisible et l’apparence désordonnée du
plasma démontre une activité turbulente du propulseur. L’implication directe
de la turbulence dans le fonctionnement du moteur n’a pas à ce jour été ex-
plicitée mais de fortes corrélations ont été mises en évidence tant au niveau
expérimental qu’au niveau numérique comme cela vient d’être exposé.
Ces conclusions sont largement corroborées par le modèle particulaire bi-
dimensionnel (Z, θ) développé au CPHT à Palaiseau dont nous allons exposer
les résultats principaux.
3 Simulation particulaire 2D (Z, θ)
A partir de 1998, les travaux du CPHT sur le propulseur à effet Hall ont
été axés sur l’élaboration d’un modèle numérique particulaire. Il s’agissait
dans un premier temps d’une modélisation mono-dimensionnelle axiale qui
utilisait un schéma implicite.
La stabilité de ce schéma a été obtenue au prix d’un amortissement impor-
tant des hautes fréquences. En effet, là où dans un schéma explicite classique
de type saute-mouton cet amortissement numérique est nul, pour le schéma
utilisé, considérant une fréquence ω, on a un amortissement numérique γ/ω
de l’ordre de 0.5 (ω∆t)3 [Cohen et al. 1982, Langdon et al. 1983]. Pour les
18
3. Simulation particulaire 2D (Z, θ)
paramètres typiques du propulseur, nous avons ωpe /Ω = 10 où ωpe et Ω sont
respectivement la pulsation plasma et la pulsation cyclotronique électronique.
Dans ces conditions, si on utilise un pas de temps adéquat pour résoudre la
fréquence cyclotronique électronique, l’amortissement des ondes plasmas est,
pour un pas de temps donné, 1000 fois plus important que l’amortissement
du mouvement cyclotronique électronique. Dans ces simulations, le pas de
temps utilisé était typiquement tel que Ω∆t ∼ 0.15, ce qui se traduit par
un amortissement de l’ordre de 2 10−3 pour le mouvement cyclotronique et
de l’ordre de 2 pour l’oscillation plasma, i.e. suppression effective des ondes
plasmas.
Ce code PIC 1D implicite, qui permet donc de s’affranchir des contraintes
de stabilité numérique liées à la fréquence plasma, comporte d’autre part une
physique très riche en terme de modélisation des processus d’ionisation et de
collisions [Garrigues et al. 2001]. Il est parvenu à reproduire les oscillations
d’ionisation observées dans le moteur. L’étude de l’espace des phases ob-
tenu dans ces simulations a suggéré cependant que ces résultats 1D devaient
être instables à plusieurs dimensions : une rotation azimutale très rapide des
électrons, sans dispersion thermique, y est en effet observée, ce qui est une si-
tuation caractéristique d’instabilité en l’absence d’inhomogénéité. Le modèle
implicite a donc été étendu au cas 2D pour vérifier la stabilité de la solution
1D [Adam et al. 2004].
3.1 Comportement propulseur
Le modèle correspond maintenant à la surface d’un cylindre de plasma
située à un rayon arbitraire du canal. Cette géométrie permet de prendre en
compte la dérive azimutale des électrons. La description des populations io-
nique et électronique est particulaire. Comme le montre la figure 8, l’espace
de simulation est ramené à une boîte rectangulaire équivalente à la surface du
cylindre de plasma découpée selon la hauteur (donc selon l’axe du propulseur)
et "aplani". La flèche dans le schéma du haut indique l’axe du propulseur. La
direction azimutale est modélisée par la direction y pour laquelle les condi-
tions de bord sont périodiques. Les bords de la direction x représentant la
direction parallèle à l’axe sont ouverts et une différence de potentiel y est ap-
pliquée. Le champ magnétique, considéré comme essentiellement radial, est
porté par l’axe z et est donc perpendiculaire au plan de la simulation. Il ne
dépend que de la variable axiale. Plusieurs profils ont été utilisés dans les si-
mulations. La figure 9 en expose un typique du propulseur. Comme l’une des
restrictions du modèle 2D (Z, θ) est de fixer le champ magnétique à sa valeur
en un rayon donné alors que dans le moteur une particule explore au cours
de son mouvement radial toutes les valeurs du champ le long d’une ligne
de force, le profil pris en compte ici correspond à celui obtenu en moyen-
nant le champ sur plusieurs rayons. La population des atomes neutres de
Xénon est décrite de manière fluide et les processus de collisions (collisions
électron-Xénon, collisions pariétales) et d’ionisation sont pris en compte. Des
19
Préliminaires
Fig. 8 – Géométrie utilisée dans le modèle particulaire implicite.
Fig. 9 – Profil du champ magnétique radial (en Tesla) en fonction de x (en
mètre).
20
3. Simulation particulaire 2D (Z, θ)
considérations de coûts en temps de simulation, de précision et de stabilité
justifient l’utilisation d’un schéma implicite. La fréquence plasma n’est donc
pas résolue. La description de la fréquence cyclotronique semble cependant
suffisante pour retrouver le comportement du propulseur, une contrainte im-
portante étant la nécessité de résoudre le rayon de Larmor électronique pour
décrire correctement le transport.
Les paramètres de simulations utilisés correspondent typiquement aux
grandeurs physiques du propulseur suivantes :
Longueur du canal 3 cm
Rayon intérieur 2 cm
Rayon extérieur 4 cm
Gaz Xénon
Débit de gaz 5 mg.s−1 (dépend du volume considéré)
Température du gaz à l’anode 640 0 K
Tension de décharge 300 V
Champ magnétique maximal 170 G
L’un des points essentiels dans ce modèle est la suppression des collisions
pariétales en sortie de propulseur, entre 2.5 et 3 cm, situant ainsi l’extré-
mité du canal en x=2.5 cm. Le contrôle des collisions pariétales dans le reste
du moteur se fait au moyen d’une barrière de potentiel modélisant la gaine
qui limite les collisions aux particules les plus énergétiques. Un modèle plus
sophistiqué de gaine [Barral et al. 2003] n’est pas nécessaire ici.
Comme dans toute expérience, la première mesure permettant de caracté-
riser le fonctionnement du moteur est celle du courant traversant le système.
Ceci est illustré Fig. 10. Elle a été obtenue pour un profil de champ ma-
gnétique légèrement différent de celui représenté en figure 9 mais rend bien
compte des propriétés générales des résultats. La figure 10(a) représente le
courant ionique (positif) et le courant électronique de décharge (négatif) en
fonction du temps en sortie de propulseur. L’oscillation à 16 kHz identifiée
expérimentalement [Darnon et al. 1999, Bouchoule et al. 2001, Morozov et al.
1972, Choueiri 2001] comme une oscillation d’ionisation y est nette. La figure
10(b) représente la fraction du courant ionique par rapport au courant de
décharge. La valeur moyenne est de l’ordre de 75%, en accord avec les valeurs
expérimentales mesurées sur le SPT100. Il est à noter que ces oscillations
de courant disparaissent lorsque le nombre de particules utilisées dans les
simulations est trop petit (c’est-à-dire lorsque la proportion des collisions nu-
mériques augmente par rapport aux collisions réelles) ou lorsqu’une injection
de gaz neutre est effectuée en sortie de propulseur. Ces propriétés renforcent
l’interprétation selon laquelle ces oscillations sont liées à une conductivité
électronique insuffisante.
Ces oscillations de courant sont associées à une oscillation temporelle du
profil de Xénon en figure 11(a). La densité moyenne résiduelle du Xénon ex-
traite des simulations conduit à une fréquence de collisions νn = 5.105 s−1 en
supposant une température électronique de 10 eV. La mobilité transverse cor-
respondante est de l’ordre de 9.8 10−3 m2 .V−1 .s−1 pour B=170 G. Cette va-
21
Préliminaires
Fig. 10 – Oscillation (temps en µs) du courant en Ampère en sortie de pro-
pulseur.
(a) Oscillation temporelle (temps en s) du (b) Chute de potentiel
profil du Xénon. Densité en m−3
Fig. 11 – Caractéristiques du comportement propulseur (Unité spatiale en
mètre).
22
3. Simulation particulaire 2D (Z, θ)
Fig. 12 – Évolution spatiale (en mètre) de la fonction de distribution ionique
le long du canal.
leur est comme prévu beaucoup trop petite pour expliquer le courant observé
dans les simulations (correspondant typiquement à une mobilité transverse
de 0.394 m2 .V−1 .s−1 ).
La chute de potentiel caractéristique de la physique du propulseur à un
temps où l’ionisation est profonde dans le canal est illustrée sur la figure
11(b). Cette chute de potentiel est directement associée à l’accélération des
ions vers l’extérieur du propulseur. Cette accélération est mise en évidence
sur la figure 12 qui représente l’évolution axiale de la fonction de distribution
ionique. Le comportement de la fonction de distribution ionique est intégré
sur une oscillation basse fréquence de la décharge (≈ 50 µs). La vitesse io-
nique moyenne et la dispersion en vitesse des ions extraites de la figure 12
sont comparées à des résultats expérimentaux récents obtenus à partir de me-
sures LIF [Gawron et al. 2006] sur la figure 13. Le zéro spatial sur les deux
graphiques de cette figure correspond à la sortie du propulseur. Compte tenu
de la géométrie choisie dans le modèle particulaire, la comparaison s’arrête 5
mm après l’extrémité du canal du propulseur. Les profils de la vitesse ionique
et de la dispersion de la fonction de distribution ionique issus de la simulation
particulaire sont en bon accord avec les données expérimentales.
Le modèle particulaire bi-dimensionnel (Z, θ) semble donc bien reproduire
le comportement du propulseur : les propriétés basse et moyenne fréquence du
moteur (oscillation du courant de 10 à 30 kHz, proportion de l’ordre de 75%
du courant ionique) ainsi qu’une distribution ionique en accord avec les don-
nées expérimentales ont été trouvées et des caractéristiques courant-tension
expérimentalement raisonnables sont produites [Adam et al. 2004] malgré la
faiblesse des collisions pariétales dans le canal et leur mise à zéro en sortie de
propulseur. Il semble donc clair que l’essentiel des phénomènes physiques sont
décrits par ce modèle, dont notamment le mécanisme de transport anormal.
La suppression des collisions pariétales en sortie de moteur et donc de facto
23
Préliminaires
Fig. 13 – Comparaison PIC-expérience de l’évolution spatiale de la vitesse et
de la dispersion ionique le long du canal.
l’absence de transport associé ne semble pas perturber les mécanismes fonda-
mentaux du transport anormal nécessaire au fonctionnement du propulseur.
En revanche, nous allons voir dans le paragraphe suivant que le modèle par-
ticulaire décrit la présence d’un champ électrique fluctuant se développant en
sortie de propulseur, là où se situe le déficit de conductivité électronique, et
que le courant électronique lui est fortement corrélé.
3.2 Le champ électrique fluctuant
La zone de sortie du propulseur concentre les problèmes de compréhension
du transport électronique : le champ magnétique est maximum, la densité de
neutre est faible (collisions électron-neutre faibles) et les collisions pariétales
sont insuffisantes. C’est dans cette zone que se développe le champ électrique
fluctuant. La figure 14 décrit la composante Ey du champ électrique en fonc-
tion de la direction axiale et de la direction azimutale. Elle montre une forte
modulation transverse (λ ∼ 1mm) jusqu’au centre de la simulation. Cette
modulation, de fréquence temporelle de l’ordre du MHz, suggère l’existence
d’une instabilité au voisinage de la sortie du propulseur. Sa localisation dans
la zone de rotation maximum suggère une instabilité de dérive. Il faut no-
ter la forte déformation géométrique de la figure due aux différentes échelles
spatiales utilisées. Le rapport de l’amplitude du champ fluctuant en valeur
moyenne RMS sur celle du champ accélérateur est de l’ordre de 25%. (Ceci
semble largement suffisant pour induire une forte diffusion à travers le champ
magnétique, d’autant que les longueurs d’onde en cause sont comparables aux
rayons de Larmor des électrons). La corrélation entre ce champ électrique
fluctuant et le courant est mise en évidence par la figure 15. Il s’agit d’une
mise en parallèle de la représentation temporelle de l’évolution des champs
électriques accélérateur (axial) et turbulent (azimutal) en une position x don-
née, i.e. dans un plan d’abscisse fixé, perpendiculaire au canal du moteur et
de celle des courants électronique et ionique. Les amplitudes de champ sont
24
3. Simulation particulaire 2D (Z, θ)
Fig. 14 – Structure dimensionnelle (en m) du champ électrique fluctuant (en
V.m−1 )
moyennées sur la coordonnée azimutale et les courants ont été multipliés par
un coefficient arbitraire pour permettre une comparaison plus aisée. La figure
15 montre une forte corrélation entre les pics de courant et les pics de champ
fluctuant. La figure 15(b) met plus particulièrement en évidence une autre
corrélation : la valeur du champ accélérateur chute pratiquement systémati-
quement lorsque la turbulence se développe. Pour un potentiel accélérateur
imposé comme c’est le cas dans la simulation, cela traduit clairement une aug-
mentation de la conductivité. La diminution du champ accélérateur entraîne
une diminution de la vitesse de dérive qui est la source même de la turbu-
lence. Il en résulte une diminution extrêmement rapide du champ fluctuant.
On observe ensuite une nouvelle augmentation du champ accélérateur.
Les résultats de ce modèle suggèrent donc l’existence d’instabilités de dé-
rive se développant en sortie de propulseur. Il s’agit donc de les retrouver
de manière théorique et d’en faire l’étude la plus exhaustive possible afin de
déterminer leurs propriétés. C’est l’objet de la première partie de ce manus-
crit. Le modèle montre aussi une forte corrélation entre ces instabilités et le
transport électronique. Le mécanisme reliant les instabilités et le transport
reste à déterminer. Un modèle théorique décrivant le rôle des instabilités dans
un transport de type stochastique sera développé en seconde partie. Dans la
mesure où l’objectif premier est de retrouver théoriquement les instabilités à
l’origine du champ électrique fluctuant, il est intéressant de préciser les pro-
priétés des grandeurs physiques dans la zone d’intérêt, à savoir en sortie de
25
Préliminaires
(a)
(b)
Fig. 15 – Corrélation entre le champ accélérateur, le champ fluctuant et le
courant. Les échelles et unités ne sont pas respectées, le but étant de mettre
en avant les corrélations temporelles.
propulseur. Elles permettront d’établir le modèle théorique dans lequel sera
effectuée l’étude. Les figures 16(a) et 16(b) représentent respectivement le
champ électrique axial et la vitesse de dérive correspondante (avec le champ
magnétique de la figure 9). Leur valeur est quasi-constante en sortie de mo-
teur. La même remarque peut être faite pour le profil de densité électronique
dans cette zone. Ceci est illustré sur la figure 16(c). L’apparente variation de
la densité en fonction de la dimension axiale est due à l’échelle des ordonnées.
26
3. Simulation particulaire 2D (Z, θ)
(a) Champ électrique axial (b) Vitesse de dérive
(c) Densité électronique
Fig. 16 – Évolution de quelques grandeurs physiques en sortie de propulseur
en fonction de la dimension axiale.
En fait, la modulation de densité est inférieure à 10%. En résumé, les insta-
bilités se développent dans une zone de champ électrique quasi-constant, de
vitesse de dérive quasi-constante et de densité faible quasi-constante.
En conclusion, l’hypothèse d’un transport fondé uniquement sur les col-
lisions pariétales est remise en cause par les résultats des codes hybrides et
particulaires. Le caractère naturel de la modélisation du transport anormal
27
Préliminaires
par le transport turbulent dans les codes hybrides a été démontré et l’exis-
tence même de la turbulence au sein du propulseur semble être acquise à la
vue des dernières mesures expérimentales. Le modèle particulaire, sans col-
lisions pariétales en sortie de moteur, reproduit quant à lui correctement le
comportement du propulseur. Il met en outre en évidence l’existence d’un
champ électrique fluctuant en sortie de propulseur fortement corrélé au cou-
rant électronique. Les instabilités de dérive probablement à l’origine de ce
champ seront mises en évidence et étudiées de manière théorique en première
partie. Leur contribution dans le transport électronique anormal sous forme
de transport stochastique sera décrite en deuxième partie.
28
Première partie
Instabilités électroniques de dérive
29
Chapitre 1
Relation de dispersion
Sommaire
1.1 Modèle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
1.2 Établissement de la relation de dispersion . . 37
1.2.1 Population ionique . . . . . . . . . . . . . . . . 37
1.2.2 Population électronique . . . . . . . . . . . . . 38
1.2.3 Relations de dispersion . . . . . . . . . . . . . 41
1.3 Gradient de densité . . . . . . . . . . . . . . . . 43
1.4 Étude analytique . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
1.4.1 Hypothèse plasma froid . . . . . . . . . . . . . 45
1.4.2 Cas ky Vd ≈ nΩ . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
1.4.3 Cas F (ky Vd ) = 0 . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
e champ électrique fluctuant observé en sortie de moteur et évoqué en
L partie préliminaire est généré par la configuration de champs électrique
et magnétique croisés. Cette configuration a déjà fait l’objet de nombreuses
études de stabilité aussi bien dans le cadre du propulseur à effet Hall [Esip-
chuk et al. 1974,Esipchuk & Tilinin 1976,Litvak & Fisch 2001,Litvak & Fisch
2004] que dans un cadre plus général de plasma magnétisé [Wong 1970, Krall
& Liewer 1971, Forslund et al. 1972]. Elles sont généralement restreintes à
l’analyse du cas où la vitesse de dérive est largement inférieure à la vitesse
thermique. Dans le propulseur, en s’appuyant sur les résultats des simulations
particulaires implicites de géométrie (Z, θ) [Adam et al. 2004], nous considé-
rons la vitesse de dérive de même ordre de grandeur que la vitesse thermique
électronique. Ceci nous permet notamment de négliger les gradients de den-
sité et de champ magnétique lors de la dérivation de la relation de dispersion.
Cette dernière est établie en trois dimensions dans ce chapitre en ayant au
préalable explicité le modèle théorique dans lequel le calcul se fait. Les ap-
proximations 1D et 2D de la relation de dispersion en sont déduites.
31
Chapitre 1. Relation de dispersion
yX x
Vd
B E
Fig. 1.1 – Géométrie utilisée pour le calcul de la relation de dispersion.
1.1 Modèle
La géométrie prise en compte pour établir la relation de dispersion est
décrite en figure 1.1. Elle représente une coupe diamétrale du propulseur
modélisé par un cylindre. Le calcul de la relation de dispersion est mené en vue
de retrouver de manière théorique l’instabilité à l’origine du champ électrique
fluctuant observé dans les simulations PIC. Il est donc naturel de reprendre
ici la géométrie et les propriétés des grandeurs physiques macroscopiques
décrites dans le modèle particulaire en partie préliminaire. Les axes x, y et
z correspondent respectivement aux directions axiale, azimutale et radiale
du propulseur. La direction azimutale sera considérée plane comme cela a
été fait dans le modèle des simulations PIC. Cela ne semble pas poser de
problème compte tenu de la dimension du propulseur dans cette direction
par rapport aux longueurs caractéristiques des phénomènes étudiés ici. Le
champ électrique accélérateur est porté par l’axe x et le champ magnétique
par l’axe z. La vitesse de dérive électrique est par conséquent selon l’axe y.
Le modèle théorique utilisé pour décrire le propulseur dans le cadre du
calcul de la relation de dispersion regroupe les hypothèses suivantes :
• Plasma non collisionnel.
• Description ionique : fluide froid et non magnétisé.
• Description cinétique des électrons magnétisés.
• Champ magnétique uniforme.
• Plasma uniforme.
• Vitesse de dérive constante (i.e. champ électrique constant).
32
1.1. Modèle
• Fonction de distribution électronique maxwellienne.
• Potentiel perturbé tri-dimensionnel.
Plasma non collisionnel
Nous avons vu dans la partie préliminaire que les collisions électron-
neutre sont peu nombreuses en sortie de propulseur. La zone d’apparition
du champ électrique fluctuant correspond à de faibles densités électroniques
et de neutres. L’idée sous-jacente de l’étude de stabilité qui suit est de décrire
les propriétés des instabilités susceptibles d’être à l’origine d’un transport
anormal. Les collisions ne sont donc pas prises en compte. De plus, la fré-
quence de collisions électron-neutre est très largement inférieure aux taux de
croissance de l’instabilité comme nous le verrons au chapitre 2 (νn ≈ 5.105 s−1
pour la fréquence de collisions en supposant une température électronique de
10 eV et γ/2π ≈ 2 107 s−1 pour le taux de croissance).
Description ionique
Nous supposons les ions du plasma non magnétisés, froids et sans vitesse
moyenne. L’hypothèse de l’absence de réponse des ions au champ magné-
tique s’explique par la grande valeur de leur rayon de Larmor par rapport
aux dimensions caractéristiques du propulseur (rLi ∼ 1 m et Lcanal ≈ 3 cm
respectivement le rayon de Larmor ionique dans la zone de sortie du moteur
et la longueur du canal) due à la masse importante des ions. Le rapport des
masses entre ions et électrons s’élèvent à M/m = 240000 pour le Xénon, où
M est la masse ionique.
Considérer les ions froids revient en fait à négliger leur vitesse thermique
devant leur vitesse d’oscillation dans le champ de l’onde ce qui ne pose pas
de problème compte tenu des propriétés des instabilités étudiées ici (typique-
ment Vthi ≈ 195 m.s−1 et Vφ ≈ 1.4 104 m.s−1 pour respectivement la vitesse
thermique ionique et la vitesse de phase de l’onde).
En ce qui concerne la vitesse axiale des ions vers l’extérieur du canal,
nous verrons que les taux de croissance des instabilités peuvent être très
élevés et que celles-ci se développent sur une échelle de temps inférieure au
temps de transit de l’ion dans le canal du propulseur (le développement en
exponentielle des ondes se fait en eγ∆t = e105 pour un temps de transit des
ions typiquement de ∆t = 0.75 µs et un taux de croissance caractéristique
de l’instabilité γmax ≈ 1.4 108 rad.s−1 ). De plus, le caractère instable de la
configuration réside dans la vitesse de dérive relative des ions par rapport aux
électrons. Cette vitesse est typiquement de l’ordre de 106 m.s−1 . Il est donc
naturel de négliger en première approximation la vitesse axiale des ions qui
est de l’ordre de 104 m.s−1 .
Ces hypothèses sur les ions permettent de décrire la population ionique à
l’aide des équations fluides dans l’étude qui va suivre.
33
Chapitre 1. Relation de dispersion
Description électronique
La réserve d’énergie libre à l’origine de l’instabilité est liée à la dérive
relative des électrons par rapport aux ions induite par la configuration de
champs électrique et magnétique croisés. La vitesse de dérive électrique sera
donc prise en compte pour les électrons. Ceux-ci seront modélisés de manière
cinétique par l’équation de Vlasov afin notamment de décrire correctement les
effets de rayon de Larmor fini. L’unique restriction qu’impose l’équation de
Vlasov sur la description de la population électronique est la prédominance
des effets collectifs sur les collisions binaires. Les interactions lointaines col-
lectives sont effectivement prépondérantes par rapport aux corrélations entre
particules comme le suggère l’hypothèse de plasma non collisionnel faite plus
haut.
Cette équation traduit simplement la conservation de la fonction de dis-
tribution le long des trajectoires de particules soumises aux champs moyens
électriques et magnétique. La nécessité d’un transport anormal due à l’ab-
sence de collision justifie cette description.
Champ magnétique uniforme
Le plasma étant très peu dense (n0 ≈ 5.1011 [Link]−3 ), les courants
électriques existants ne modifient pas le champ magnétique. Celui-ci est donc
essentiellement créé par les bobines extérieures. Il est radial et varie en fonc-
tion de la position axiale. Son profil figure en partie préliminaire Fig.9. Il
croît progressivement à partir du fond du canal pour atteindre son maximum
en sortie de moteur et décroître ensuite lentement. La zone considérée pour
l’étude de la stabilité s’étend autour du maximum du champ magnétique. Le
gradient de champ magnétique y est faible et ne semble pas intervenir sur
le développement des fluctuations dans la mesure où le gradient y est tour
à tour positif, nul, puis négatif dans cette zone sans qu’il y ait de change-
ment notable dans les caractéristiques de celles-ci (Fig.14). Nous allons par
conséquent considérer le champ magnétique comme uniforme.
B = B 0 ez (1.1)
Cela revient en fait à négliger la vitesse de dérive magnétique, induite par le
gradient de champ magnétique, par rapport à la vitesse de dérive électrique.
Dans le cas général où le gradient est perpendiculaire au champ, la vitesse de
dérive magnétique s’écrit de la manière suivante :
(2vk2 + v⊥
2
) B × ∇B
VB =
2Ω B2
où vk et v⊥ sont respectivement les composantes parallèle et perpendiculaire
au champ magnétique du vecteur vitesse de l’électron et Ω la pulsation cy-
clotronique.
34
1.1. Modèle
Elle a deux composantes : une composante dépendant de vk due à la cour-
bure du champ magnétique et une composante dépendant de v⊥ due au gra-
dient. En prenant vk = v⊥ = Vth où Vth est la vitesse thermique électronique,
on obtient :
VB 3 rL 1 1 dB
= avec =
Vth 2 LB LB B dx
où rL est le rayon de Larmor électronique, LB la longueur de gradient de
champ magnétique et ||VB || = VB . Typiquement, rL /LB = 0.05 et Vd /Vth =
2, ce qui amène à un rapport VB /Vd = 0.0375 1. Ce petit calcul numérique
montre donc que nous pouvons négliger la dérive de champ magnétique par
rapport à la dérive électrique.
Plasma uniforme
La symétrie cylindrique du propulseur permet de considérer sans diffi-
culté le plasma homogène dans la direction azimutale. La dimension radiale
n’est pas prise en compte dans le modèle particulaire 2D (Z, θ) du CPHT ;
l’éventuelle inhomogénéité du plasma dans la direction radiale n’est donc pas
retenue. En revanche, le problème se pose dans la direction axiale dans la me-
sure où un gradient existe entre la zone d’ionisation où la densité est maximale
et l’extérieur du propulseur où le plasma est en expansion rapide. Nous avons
vu en partie préliminaire Fig.16(c) que le champ électrique fluctuant se dé-
veloppe en sortie de propulseur, après la zone d’ionisation, dans une zone de
faible densité de plasma. L’essentiel du gradient de densité se situe plus en
amont vers l’intérieur du canal. On considère donc dans un premier temps
que le plasma est uniforme dans la zone d’étude que l’on se fixe, à savoir la
sortie de propulseur.
n(x, y, z) = n0
La dérive due au gradient de densité est négligée par rapport à la dérive
électrique. La vitesse de dérive pour un gradient de densité selon l’axe x,
perpendiculaire au champ magnétique est définie par :
kB T ∇n
Vn = − ey
eB0 n
En introduisant la vitesse thermique et la pulsation cyclotronique, l’expression
amène :
Vn rL 1 1 dn
= avec =
Vth Ln Ln n dx
où Ln est la longueur de gradient de densité et ||Vn || = Vn . Les paramètres ty-
piques du propulseur donnent un rapport maximal rL /Ln ≈ 0.1 et Vd /Vth = 2.
D’où Vn /Vd = 0.05. La vitesse de dérive électrique est donc largement supé-
rieure à la vitesse de dérive de gradient de densité, ce qui valide l’hypothèse
de plasma uniforme. Il sera cependant utile d’introduire un gradient axial
de densité dans un second temps afin de vérifier la robustesse de l’instabilité
notamment à l’extérieur du propulseur.
35
Chapitre 1. Relation de dispersion
Vitesse de dérive constante
En partie préliminaire Fig.16(a), nous avons observé que le champ élec-
trique auto-consistant accélérateur est approximativement constant en sortie
de propulseur.
E = E 0 ex
Ayant considéré le champ magnétique constant (1.1), la vitesse de dérive
s’écrit :
E×B E0
Vd = 2
= − ey
B B0
= Vd ey
Dans la configuration choisie, la vitesse de dérive est donc négative Vd =
−E0 /B0 < 0.
Les hypothèses de champs électrique et magnétique constants sont justi-
fiées prises séparément. Cependant, elles peuvent paraître fortes dans le cadre
de la vitesse de dérive électrique dans la mesure où celle-ci est une combinai-
son des deux champs. Il est donc utile ici de rappeler que les profils de vitesse
de dérive des simulations PIC (figure 16(b)) montrent un plateau dans la
zone d’étude. Les approximations liées aux champs électrique et magnétique
semblent donc se compenser.
Fonction de distribution électronique maxwellienne
La fonction de distribution électronique est choisie maxwellienne. Cela
revient à considérer que la population électronique est à l’équilibre et donc
qu’elle a eu le temps de se relaxer par les collisions électron-neutre.
3/2
(v − Vd )2
m
f0 = n0 exp −
2πkB T 2Vth2
où v 2 = vx2 + vy2 + vz2 avec vx , vy , vz les composantes du vecteur vitesse
r
kB T
et Vth = avec kB la constante de Boltzmann et T la température
m
électronique. La maxwellienne prend en compte la dérive électrique et est
donc centrée en Vd .
Cette hypothèse arbitraire sur la fonction de distribution permet de faire
le calcul analytique de la perturbation de densité électronique. Elle ne repose
sur aucune justification physique, puisque le plasma est non collisionnel, ou
données de simulation. Des fonctions de distribution plus réalistes (mais pour
lequel le calcul analytique est impossible...) seront introduites dans le chapitre
3 qui sera dédié à l’influence de la déformation de la fonction de distribution
sur les propriétés de l’instabilité.
36
1.2. Établissement de la relation de dispersion
Potentiel perturbé : onde plane tri-dimensionnelle
Les perturbations de champ sont considérées uniquement d’un point de
vue électrostatique. On ne prend donc en compte que la perturbation du
potentiel, l’étude portant ainsi sur les instabilités purement électrostatiques.
Le potentiel perturbé a la forme d’une onde plane tri-dimensionnelle : Φ1 =
φ exp[i(kx x + ky y + kz z − ωt)] où kx , ky , kz sont les composantes du vecteur
d’onde et ω la pulsation de l’onde.
1.2 Établissement de la relation de dispersion
1.2.1 Population ionique
Comme indiqué dans la section précédente, les ions, froids et non ma-
gnétisés, sont décrits par des équations fluides. L’équation du mouvement et
l’équation de la conservation de la densité s’écrivent :
∂
M + vi .∇ .vi = −e∇Φ
∂t
∂ni
+ ∇.ni vi = 0 (1.2)
∂t
avec Φ le potentiel et vi , ni le vecteur vitesse et la densité ionique.
L’étude de la stabilité se fait en considérant un développement perturbatif
des variables vi , ni et Φ :
vi = vi0 + vi1
ni = n0 + n1i
Φ = Φ 0 + Φ1 (1.3)
En conservant les termes de premier ordre une fois les expressions (1.3) in-
troduites, le système d’équations (1.2) devient :
∂
M + vi .∇ .vi1 = −e∇Φ1
0
(1.4)
∂t
∂n1i
+ ∇.n0 vi1 = 0 (1.5)
∂t
Ce système peut être résolu classiquement par une transformation de Fourier-
Laplace, i.e. on suppose une dépendance spatio-temporelle de l’amplitude
complexe des variables f (densité, vitesses, potentiel) comme :
X
f= fk exp(ik.r − ωt) (1.6)
k
37
Chapitre 1. Relation de dispersion
Nous considérons les ions comme immobiles, vix
0 0
= viy 0
= viz = 0, non magnéti-
sés, Ωci ω. Les équations dynamiques linéarisées (1.4) et (1.5) deviennent :
−iωM vi1 + ieΦ1 k = 0 (1.7)
−iωn1i + in0 k.vi1 = 0 (1.8)
L’équation (1.7) donne l’expression des perturbations des composantes du
vecteur vitesse :
eΦ1 k
vi1 = (1.9)
Mω
Une fois l’expression (1.9) injectée, l’équation (1.8) conduit à la densité io-
nique perturbée :
n0 eΦ1 k 2
n1i = (1.10)
M ω2
où k 2 = kx2 + ky2 + kz2 est la norme au carré du vecteur d’onde.
1.2.2 Population électronique
Il s’agit ici de décrire l’évolution de la densité électronique dans une confi-
guration de champs croisés lorsque la population électronique est soumise à
la perturbation électrostatique Φ1 . La population électronique se ramène à
un faisceau de particules chaudes dérivant à la vitesse Vd à travers un champ
magnétique.
La constance de la vitesse de dérive permet une simplification importante
dans le calcul de la densité électronique perturbée. Nous pouvons effective-
ment considérer l’étude à partir du référentiel électronique puisque ce dernier
est galiléen (à l’ordre zéro). Le passage du repère du laboratoire (ou repère io-
nique puisque ceux-ci sont immobiles) à celui dérivant à la vitesse Vd (lié aux
électrons) réduit le mouvement des électrons à un mouvement cyclotronique
perturbé par Φ1 . Ce changement de repère nous permet de faire abstraction
de l’existence du champ électrique à l’origine de la vitesse de dérive.
Soit η = y − Vd t la coordonnée azimutale dans le repère dérivant à la
vitesse Vd lié aux électrons. La perturbation électrostatique s’écrit alors dans
ce repère :
Φ1 = φ exp[i(kx x + ky (η + Vd t) + kz z − ωt)]
= φ exp[i(kx x + ky η + kz z − (ω − ky Vd )t)]
= φ exp[i(kx x + ky η + kz z − ωd t)]
où ωd = ω − ky Vd .
L’équation de Vlasov s’écrit :
∂fe ∂fe e ∂fe
+ ve . − [−∇Φ1 + ve × B] . =0 (1.11)
∂t ∂r m ∂ve
38
1.2. Établissement de la relation de dispersion
La résolution de l’équation de Vlasov se fait classiquement [Krall & Book
1969] par la méthode des caractéristiques (méthode de Lagrange). Elle consiste
à considérer l’espace (r, v, t) comme paramétré par une variable τ qui varie
le long de chaque orbite. La fonction de distribution devient alors
fe (r(τ ), v(τ ), t(τ )) = fe (τ )
Les orbites des particules dans l’espace des phases sont les courbes carac-
téristiques de l’équation de Vlasov. La solution générale de l’équation peut
donc s’écrire sous la forme d’une fonction des invariants des orbites (inva-
riants du mouvement). En séparant la perturbation électrostatique du reste
de l’équation de Vlasov, l’équation (1.11) devient :
dfe ∂fe ∂fe e ∂fe e ∂fe
= + ve . − [ve × B] . = − ∇Φ. (1.12)
dτ ∂t ∂r m ∂ve m ∂ve
A l’équilibre, i.e. sans perturbation, l’équation (1.12) correspond à l’équation
de Vlasov pour un plasma homogène dans un champ magnétique constant et
un champ électrique nul. La fonction de distribution f0 solution de l’équation
est bien connue. Les invariants du mouvement sont la quantité de mouvement
parallèle à B, mvk = mvz et l’énergie cinétique transverse m(vx2 + vη2 ) = mv⊥ 2
où vη est la composante de la vitesse selon η. f0 est fonction des invariants
du mouvement :
2
f0 = f (v⊥ , vz ) (1.13)
La linéarisation de l’équation de Vlasov se fait en introduisant :
ve = ve0 + ve1
fe = f 0 + f 1
Φ = Φ 0 + Φ1
Les termes d’ordre 1 au plus sont conservés. L’équation de Vlasov (1.12) se
transforme alors :
df1 e ∂f0
= − ∇Φ1 . 1 (1.14)
dτ m ∂ve
L’intégration de l’équation (1.14) le long de chaque orbite électronique donne :
t
e ∂Φ1 ∂f0 ∂Φ1 ∂f0 ∂Φ1 ∂f0
Z
f1 = − + + dτ (1.15)
m −∞ ∂x ∂vx ∂η ∂vη ∂z ∂vz
Aucune hypothèse restrictive n’a été faite à ce stade sur la fonction de dis-
tribution électronique f0 . Pour poursuivre le calcul analytique, nous faisons
l’hypothèse d’une fonction de distribution maxwellienne,
3/2
v2
m
f0 = n0 exp − 2 (1.16)
2πkB T 2Vth
39
Chapitre 1. Relation de dispersion
où v 2 = vx2 + vη2 + vz2 .
Les dérivées partielles de f0 peuvent s’exprimer facilement :
∂f0 vx ∂f0 vη ∂f0 vz
= − 2 f0 ; = − 2 f0 ; = − 2 f0
∂vx Vth ∂vη Vth ∂vz Vth
L’équation (1.15) devient :
Z t
e 1 ∂Φ1 ∂Φ1 ∂Φ1 2
f1 = vx + vη + vz f0 (v⊥ , vz ) dτ (1.17)
m Vth2 −∞ ∂x ∂η ∂z
Il suffit alors de remarquer que
dΦ1 ∂Φ1 ∂Φ1 ∂Φ1 ∂Φ1
= + vx . + vη . + vz .
dt ∂t ∂x ∂η ∂z
pour obtenir, à partir de l’équation (1.17) :
t
e 1 dΦ1 ∂Φ1
Z
2
f1 = ( − )f0 (v⊥ , vz ) dτ
m Vth2 −∞ dt ∂t
La fonction de distribution f0 est une fonction des invariants du mouvement
(1.13). Elle ne varie pas le long des orbites et peut donc être mise en facteur
de l’intégrale. La dérivée totale s’intègre aisément :
Z t
e 1 2 ∂Φ1
f1 = f0 (v⊥ , vz ) Φ1 − (τ ) dτ
m Vth2 −∞ ∂t
On introduit une dépendance spatio-temporelle de l’amplitude complexe des
variables du type (1.6), la perturbation de la fonction de distribution devient :
Z t
e 1
f1 = f0 Φ1 + iωd φ exp (−iωd τ + i (kx x(τ ) + kη η(τ ) + kz z(τ ))) dτ
m Vth2 −∞
(1.18)
Le calcul des caractéristiques ainsi que l’intégration de f1 dans l’espace des
vitesses pour obtenir la perturbation de densité sont longs et fastidieux. Ils
figurent par conséquent en détail en annexe A à la fin du manuscrit. Ils
donnent l’expression de la perturbation de la densité électronique :
ξd+ + ξd− n ξd + ξd−
+
e n0 Φ 1 n
1
ne = 1+ Z I0 (b)e−b
m Vth2 2 2
n=∞
X oo (1.19)
+ − −b
+ Z ξd + Z ξd In (b)e
n=1
avec
ωd + nΩ ωd − nΩ
ξd+ = √ et ξd− = √
kz Vth 2 kz Vth 2
40
1.2. Établissement de la relation de dispersion
Z est la fonction de Fried & Conte [Fried & Conte 1961] :
∞ 2
1 e−α
Z
Z(ξ) = √ dα
π −∞ α−ξ
et les fonctions In sont les fonctions de Bessel modifiées :
1 π
Z
In (b) = exp (b cos θ) cos(nθ)dθ
π 0
Le choix du repère dans lequel a été fait le calcul de la densité électronique
perturbée est essentiellement une simplification du calcul. Il est plus naturel
de revenir au repère du laboratoire dans lequel les ions sont quasiment immo-
biles et les électrons animés d’une vitesse à l’ordre zéro égale à la vitesse de
dérive. Le passage du repère dérivant à la vitesse Vd à celui du laboratoire se
fait aisément étant donnée l’indépendance de la relation de dispersion vis-à-
vis des coordonnées spatiales. Il suffit d’exprimer la pulsation dans le repère
d’arrivée :
ω d = ω − k y Vd
La densité électronique perturbée est alors identique à l’expression (1.19) aux
paramètres ξd+ et ξd− près :
ξ+ + ξ− n ξ + ξ−
+
e n0 Φ 1 n
1
ne = 2
1+ Z I0 (b)e−b
m Vth 2 2
n=∞
X oo (1.20)
+ − −b
+ Z ξ +Z ξ In (b)e
n=1
avec
ω − ky Vd + nΩ ω − ky Vd − nΩ
ξ+ = √ , ξ− = √
kz Vth 2 kz Vth 2
1.2.3 Relations de dispersion
Nous avons calculé les perturbations de densité des ions et des électrons.
Nous pouvons donc remonter jusqu’au champ électrique via les équations de
Maxwell. Étant donné le caractère purement électrostatique des perturbations
étudiées ici (la perturbation du potentiel vecteur n’est pas prise en compte), le
champ électrique dérive d’un potentiel et les équations de Maxwell se ramène
à l’équation de Poisson.
ρ
∇2 Φ = −
ε0
Elle donne l’évolution du potentiel en fonction de la densité de charge. Dans
l’espace de Fourier-Laplace, l’équation de Poisson linéarisée s’écrit :
e 1
k 2 Φ1 = (n − n1e )
ε0 i
41
Chapitre 1. Relation de dispersion
La relation de dispersion s’obtient en remplaçant les perturbations de densité
ionique n1i et électronique n1e par leur expression respective (1.10) et (1.20)
calculée précédemment :
2
m ωpe
k 2 λ2D 1 − +1
M ω2
n=∞
ξ+ + ξ− n ξ + ξ−
+ X oo
−b
Z ξ + + Z ξ − In (b)e−b
+ Z I0 (b)e + =0
2 2 n=1
(1.21)
s
kB T
où ωpe est la pulsation plasma électronique, λD = 2
la longueur de
mωpe
2
k⊥ Vth2
Debye, b = et
Ω2
ω − ky Vd + nΩ ω − ky Vd − nΩ
ξ+ = √ , ξ− = √ .
kz Vth 2 kz Vth 2
L’expression (1.21) ne peut se résoudre analytiquement que pour quelques
cas asymptotiques peu utiles dans le régime d’utilisation propulseur. L’essen-
tiel de ses propriétés seront déduites par une résolution numérique dans le
chapitre suivant. La difficulté d’exposer directement les propriétés 3D étant
donné la multiplicité des paramètres nous pousse ici à faire une approxima-
tion mono-dimensionnelle, puis bi-dimensionnelle de la relation de dispersion.
Ces approximations nous permettront d’avancer pas à pas dans l’énonciation
des propriétés des instabilités dans le chapitre suivant.
Approximation 2D : modes obliques perpendiculaires à B
Compte tenu de la configuration du propulseur, notamment de la direc-
tion selon laquelle est appliqué le champ magnétique, il est naturel de faire
l’approximation bi-dimensionnelle en négligeant l’extension suivant l’axe z de
la relation de dispersion. En effet, le mouvement cyclotronique ainsi que la
dérive électrique, tous deux susceptibles d’être à l’origine des instabilités, ont
lieu dans le plan perpendiculaire au champ magnétique. Cette approximation
permet aussi la comparaison directe avec les simulations particulaires 2D dont
nous avons exposés les résultats dans la partie préliminaire.
Soit kz = 0. La perturbation du potentiel devient alors Φ1 = φ exp[i(kx x+
ky y − ωt)]. Les paramètres ξ + et ξ − divergent et la fonction de Fried & Conte
s’exprime de la manière suivante :
−1 1
Z(ξ) −→ −ξ 1+ 2
2ξ
La relation de dispersion des oscillations perpendiculaires au champ magné-
42
1.3. Gradient de densité
tique est :
2 n=∞
X 2(ω − ky Vd )2 In (b)e−b
m ωpe
2 2 −b
k ⊥ λD 1 − + 1 − I 0 (b)e + = 0 (1.22)
M ω2 n=1
(nΩ) 2 − (ω − k V )2
y d
La marque de l’extension selon x de la relation de dispersion apparaît dans la
k2 V 2
norme du vecteur d’onde k⊥ et donc dans b = ⊥ 2th . L’approximation mono-
Ω
dimensionnelle de la relation de dispersion est donc très proche de l’expression
(1.22) puisqu’elle correspond à l’hypothèse supplémentaire kx = 0.
Approximation 1D : modes azimutaux
Soit kz = kx = 0. La relation de dispersion pour des perturbations azimu-
tales pures (selon y) s’écrit :
2 n=∞
X 2(ω − ky Vd )2 In (b)e−b
m ωpe
2 2 −b
k y λD 1 − + 1 − I 0 (b)e + = 0 (1.23)
M ω2 n=1
(nΩ) 2 − (ω − k V )2
y d
ky2 Vth2
où le paramètre b dépend de ky uniquement : b = .
Ω2
1.3 Gradient de densité
Le calcul de la relation de dispersion ci-dessus n’a pas pris en compte le
gradient de densité pourtant inhérent au principe du propulseur. Nous avons
vu lors de l’énoncé des hypothèses de départ qu’il pouvait être négligé dans la
mesure où la vitesse de dérive correspondante était largement inférieure à la
vitesse de dérive électrique. L’apparition des instabilités n’est effectivement
pas liée au gradient de densité. Néanmoins, il semble intéressant de vérifier
la robustesse de celles-ci et de voir si leurs propriétés sont modifiées selon la
valeur du gradient.
Il s’agit donc d’introduire un gradient de densité dans le calcul de la
relation de dispersion. Nous avons choisi de le faire dans la configuration
mono-dimensionnelle (prise en compte de la direction azimutale uniquement)
compte tenu de l’importance toute relative de celui-ci a priori. Les résultats
de cette étude montre a posteriori qu’il n’est pas nécessaire d’aller plus loin
dans le cadre du propulseur.
Soit donc la densité du plasma définie par son développement autour de
la densité de référence n0 :
1 1 dn
n = n0 (1 + x/Ln ) avec =
Ln n0 dx
L’hypothèse d’un gradient faible est faite et le calcul de la perturbation de
la densité ionique est similaire à celui effectué dans le cadre général, section
43
Chapitre 1. Relation de dispersion
1.2.1 :
eΦ1 ky2
n1i = n0 (1 + x/Ln ) (1.24)
M ω2
Le changement dans la description électronique pose plus de difficultés. L’es-
sentiel du calcul section 1.2.2 peut être transposé ici mais plusieurs points
nécessitent d’être précisés.
En effet, la fonction de distribution va maintenant dépendre de la variable
x. Elle est définie comme suit :
2
m v⊥ (x − v⊥ /Ω)
f0 = n0 exp − 2 1+
2πkB T 2Vth Ln
Il faut rappeler que le calcul de la densité électronique est fait dans le repère
lié aux électrons (ayant donc une vitesse selon y égale à Vd ) faisant disparaître
la dérive électrique dans l’exponentielle.
Le terme supplémentaire en v⊥ /Ω est introduit pour faire en sorte que
v⊥
l’ensemble du terme x − soit un invariant du mouvement. La fonction de
Ω
distribution pourra alors être mise en facteur de l’intégrale dans le calcul de
la perturbation de la fonction de distribution électronique f1 . Ce changement
de variable est permis dans la mesure où l’intégration de ce terme donne zéro
puisqu’il s’agit d’une fonction impaire :
vy
Z Z Z
f0 dvx dvy dvz = 0
Ω
L’intégration de la perturbation de la fonction de distribution, puis le passage
à la perturbation de densité sont alors similaires au cas général et donnent :
" ( n=∞
)
2 −b
e n Φ
0 1 x X 2(ω − k V
y d ) I n (b)e
n1e = 1+ 1 − I0 (b)e−b −
m Vth2 Ln n=1
(ω − k V
y d ) 2 − nΩ)2
(n=∞ )#
−b
ky Vth2 X 2(ω − k V
y d ) I 0 (b)e
− In (b)e−b +
ΩLn n=1 (ω − ky Vd )2 − (nΩ)2 ω − ky Vd
(1.25)
La relation de dispersion est obtenue par l’intermédiaire de l’équation de
Poisson à partie de (1.24) et (1.25). Elle s’écrit :
2
ωpi
x
ky2 λ2D 1− 2 1+ =
ω Ln
( n=∞
X 2(ω − ky Vd )2 In (b)e−b
)
x
1+ I0 (b)e−b − 1 + (1.26)
Ln n=1
(ω − ky Vd )2 − nΩ)2
(n=∞ )
−b
ky Vth2 X 2(ω − k y V d ) I 0 (b)e
+ In (b)e−b +
ΩLn n=1 (ω − ky Vd )2 − (nΩ)2 ω − ky Vd
44
1.4. Étude analytique
En se plaçant en position de référence, x = 0, l’expression ci-dessus se ramène
à la relation de dispersion (1.23) à laquelle s’ajoute un terme (la troisième
ligne de l’équation (1.26)) pondéré par le coefficient :
ky Vth2 rL
∝
ΩLn Ln
Ce coefficient est proportionnel au rapport du rayon de Larmor électronique
sur la longueur de gradient. Pour que ce terme soit significatif et intervienne
dans la résolution de la relation de dispersion, il faut donc que Ln ≈ rL .
Cette condition est fausse dans le cadre du propulseur quelque soit le régime
de fonctionnement. Les longueurs de gradient typiques sont de l’ordre du
centimètre alors que le rayon de Larmor électronique en sortie de propulseur
est autour du millimètre. Le gradient de densité devrait donc peu modifier
les propriétés de l’instabilité. Nous le vérifierons dans le chapitre suivant.
1.4 Étude analytique
L’étude analytique de la relation de dispersion peut se faire dans trois
cas asymptotiques : le cas plasma froid, le cas ky Vd ≈ nΩ et un dernier cas
où ky Vd est compris entre deux harmoniques cyclotroniques successives n0 Ω
et (n0 + 1)Ω. Assez loin des régimes d’utilisation du propulseur, ces cas vont
néanmoins permettre de dégager quelques propriétés intéressantes à comparer
avec les résultats de la résolution numérique au chapitre suivant.
1.4.1 Hypothèse plasma froid
L’hypothèse plasma froid se traduit par les conditions : ξ 1 et b 1.
La fonction Z se transforme alors :
−1 1
Z(ξ) −→ −ξ 1+ 2
2ξ
ce qui nous amène à la relation de dispersion bi-dimensionnelle (1.22). En
effectuant les développements limités liés à la condition b 1, (e−b → 1 − b,
I0 → 1 et I1 → b/2) celle-ci devient :
2 2
ωpi ωpe
1− − =0 (1.27)
ω2 (ω − ky Vd )2 − Ω2
où ωpi est la pulsation plasma ionique. Cette équation ne dépend que de la
composante selon y du vecteur d’onde. Elle présenteq une racine instable, i.e.
=(ω) = γ > 0, pour Ω < ky Vd < ωU H où ωU H = ωpe 2 + Ω2 est la pulsa-
tion hybride haute. Les ondes, se développant uniquement dans la direction
azimutale, sont purement croissantes avec un taux donné par :
s
ky2 Vd2 − Ω2
γ = ωpi
ωU2 H − ky2 Vd2
45
Chapitre 1. Relation de dispersion
A la résonance ky Vd = ωU H , le taux de croissance est maximum et vaut :
√ m 1/3 ω 1/3
3 pe
γ= ωpe
2 M 2ωU H
Ces solutions ne sont valables que si b 1. En particulier, à la résonance, ceci
Vd ωU H
implique . Or, la fréquence plasma est supérieure à la pulsation
Vth Ω
cylclotronique électronique dans le plasma du propulseur (ωpe Ω), ce qui
entraîne ωU H /Ω > 1. Par conséquent, il n’existe pas de racines instables pour
Vd /Vth < 1 avec b 1.
En résumé, dans le cas limite de plasma froid (ξ 1 et b 1), la
configuration est instable lorsque les conditions suivantes sont vérifiées :
Vth /Vd 1
Ω < k y Vd < ω U H (1.28)
L’introduction du gradient de densité ne change relativement pas les pro-
priétés énoncées ci-dessus. Un terme supplémentaire s’ajoute à la relation de
dispersion (1.27) :
2
ωpi0
1 1
1 − 2 − ωpe0 2
+ =0 (1.29)
ω (ω − ky Vd )2 − Ω2 Ωky Ln (ω − ky Vd )
Le taux de croissance est donc modifié en conséquence :
s
(kVd )2 − Ω2
γ = ωpi0 (1 − β)
ωU2 H − (kVd )2
2
ωpe0 ((ky Vd )2 − Ω2 )
avec β = .
2Ωky Ln ky Vd ((ky Vd )2 − ωU2 H )
Les conditions d’existence des modes instables évoquées plus haut en (1.28)
ne sont pas remises en cause. En revanche, la valeur du taux de croissance
peut être affectée par le gradient de densité dés lors que Ln ≈ rL comme
indiqué en section 1.3.
Une remarque intéressante est à faire sur l’équation (1.27) : on retrouve la
relation de dispersion de l’instabilité de courant (ou instabilité de Buneman
[Buneman 1959]) lorsqu’on fait tendre la pulsation cyclotronique Ω vers zéro.
Cela revient à ne plus prendre en compte les effets de rayon de Larmor fini :
2 2
ωpi ωpe
1− − =0
ω2 (ω − ky Vd )2
Cette relation de dispersion correspond à l’équation que nous aurions établie
en prenant une description électronique fluide. Il est clair que celle-ci ne fait
pas apparaître les résonances entre ky Vd et nΩ qui, nous allons le voir dans
le paragraphe suivant, sont à l’origine de l’apparition des modes instables.
46
1.4. Étude analytique
1.4.2 Cas ky Vd ≈ nΩ
Un deuxième cas asymptotique peut être étudié analytiquement à partir
de la relation de dispersion bi-dimensionnelle. Il s’agit du cas correspondant
aux conditions ω ky Vd et ky Vd ≈ nΩ.
Soit ω = δω ky Vd . La relation de dispersion (1.22) devient :
2 n=∞
X 2(ky Vd )2 In (b)e−b
2 2
ωpi −b 2 2
k⊥ λD = 1 − I 0 (b)e + + k⊥ λD
δω 2 n=1
(nΩ) 2 − (k V )2
y d
= F (ky Vd )
Le terme δω est en quadrature. Les racines de l’équation sont instables dès
que F (ky Vd ) < 0.
Soit ky Vd proche d’une harmonique cyclotronique : ky Vd = n0 Ω + δ avec
δ Ω. Le terme n0 de la somme diverge et devient prépondérant par rapport
à tous les autres termes de l’équation. Le développement de la fonction F au
voisinage de l’harmonique induit :
2
ωpi n0 Ω
2 2
k⊥ λD 2
= −In0 e−b
δω δ
L’équation donne des racines instables lorsque δ > 0. Le taux de croissance
correspondant est : s
δ
γ = k⊥ λD ωpi (1.30)
n0 ΩIn0 e−b
La transition des régions stables vers les régions instables ont lieu quand
δ = 0. En résumé, autour d’une harmonique cyclotronique donnée :
Lorsque ky Vd < n0 Ω, F (ky Vd ) > 0 : les perturbations sont stables.
Lorsque ky Vd > n0 Ω, F (ky Vd ) < 0 : les perturbations sont instables, l’ampli-
tude de l’onde croît.
1.4.3 Cas F (ky Vd ) = 0
Le paragraphe précédent montre qu’il existe une transition de région stable
vers une région instable pour ky Vd croissant autour d’une harmonique cyclo-
tronique donnée. Les perturbations sont instables dés lors que leur ky Vd atteint
n0 Ω. Pour être à nouveau dans une zone stable pour ky Vd < (n0 + 1)Ω, la
fonction F doit changer de signe et passer par zéro.
Soit k0 la valeur de k tel que F (k0 Vd ) = 0.
En effectuant le développement limité de la fonction F au voisinage de k = k0
on trouve le taux de croissance correspondant :
√ 2 1/3
k0 ωpi
3 2/3
γ= (k⊥0 λD ) (1.31)
2 ∂F/∂Vd
p
avec k⊥0 = kx2 + k02 .
47
Chapitre 1. Relation de dispersion
Maintenant que la relation de dispersion a été établie, il s’agit d’en faire
l’étude pour en déduire les propriétés des ondes se développant dans le plasma.
Les cas asymptotiques pour lesquels une résolution analytique était possible
ont fourni quelques pistes : les instabilités se développent à chaque ky Vd proche
d’une harmonique cyclotronique (ky Vd ≈ nΩ) ; des régions stables et instables
se succèdent en fonction de ky Vd ; et en approximation plasma froid, les in-
stabilités ne se développent que pour ky Vd au dessous de la fréquence hybride
haute ky Vd < ωU H . L’étude analytique de l’impact du gradient de densité sur
la relation de dispersion a montré que celui-ci serait faible. La complexité des
relations de dispersion ne nous permet pas d’aller plus loin analytiquement.
L’étude de celles-ci va se poursuivre dans le chapitre suivant par le biais de la
résolution numérique. Les quelques propriétés déjà mises en évidence ici nous
permettront de valider les résultats numériques.
48
Chapitre 2
Étude linéaire de l’instabilité
Sommaire
2.1 Perturbation mono-dimensionnelle . . . . . . . 50
2.1.1 Modes instables azimutaux . . . . . . . . . . . 50
2.1.2 Influence du champ magnétique . . . . . . . . 54
2.1.3 Influence de la température . . . . . . . . . . . 56
2.1.4 Influence du gradient de densité . . . . . . . . 58
2.2 Extension bi-dimensionnelle : modes obliques 59
2.3 Perturbation tri-dimensionnelle . . . . . . . . . 63
2.4 Validation du domaine linéaire de l’instabilité 65
2.4.1 Modèle particulaire explicite . . . . . . . . . . 65
2.4.2 Phase linéaire de l’instabilité . . . . . . . . . . 66
2.4.3 Évolution de la fonction de distribution . . . . 70
es relations de dispersion établies au chapitre 1 ne dépendent pas de la po-
L sition spatiale à laquelle nous nous plaçons pour la résolution (exception
faite de la relation de dispersion prenant en compte le gradient de densité pour
laquelle nous nous placerons à une position de référence). L’étude de stabilité
peut donc être faite pour une perturbation périodique qui a une extension
infinie en espace. Ceci nous permet de considérer uniquement l’aspect tempo-
relle de l’évolution de la perturbation. Nous supposerons donc que les com-
posantes du vecteur d’onde sont réelles (k = kr ) et que la pulsation de l’onde
s’écrit sous forme complexe : ω(k) = ωr (k) + iγ(k). Les amplitudes complexes
des variables varient dans le temps en exp(−iωt) = exp(−iωr t). exp(γt). Par
conséquent, les perturbations se développent et sont instables temporellement
pour γ > 0. Il s’agit donc dans la résolution de la relation de dispersion de
déterminer les racines ω telles que γ > 0.
La résolution de la relation de dispersion est basée sur la méthode de
Broyden (variante multi-dimensionnelle de la méthode de la sécante). L’ap-
proximation plasma froid de la relation de dispersion exposée en section 1.4.1
ramène la relation de dispersion à un polynôme de degrés 4 dont il est facile
49
Chapitre 2. Étude linéaire de l’instabilité
d’extraire des racines. Ces racines sont ensuite utilisées comme racines de
départ dans la méthode de Broyden (routine broydn [Press et al. "Numerical
Recipes"]) qui calculent les zéros de la relation de dispersion générale. Ce
processus est réitéré selon les cas pour chaque valeur de kx Vd , ky Vd , kz Vd et
Vth /Vd pour lesquelles on veut étudier la stabilité du système.
Afin de simplifier la résolution de la relation de dispersion, les paramètres
sont adimensionnés. Les quantités ω, Ω et k s’exprimeront respectivement
sous la forme ω/ωpe, Ω/ωpe et kVd /ωpe . La vitesse thermique sera normalisée
par la vitesse de dérive Vth /Vd . Les paramètres fixes par défaut utilisés dans la
résolution correspondent à des paramètres typiques du propulseur : le rapport
des masses est celui du Xénon M/m = 240000, le champ magnétique fixé est
tel que Ω/ωpe = 0.1 (cela équivaut à B0 = 170 G pour n0 = 2.8 1011 cm−3 ) et
la vitesse thermique est égale à la moitié de la vitesse de dérive Vth /Vd = 0.5
(équivaut à une température T = 5.7 eV pour une vitesse de dérive de Vd =
2 106 m.s−1 ). Cette valeur est faible dans le cadre du propulseur mais nous
reviendrons sur ce choix plus loin.
L’étude de la stabilité se fera de manière progressive. Nous considérerons
d’abord l’instabilité du système pour une perturbation azimutale pure à partir
de la relation de dispersion mono-dimensionnelle. L’influence du champ ma-
gnétique, de la température et du gradient de densité seront successivement
étudiées. L’extension bi-dimensionnelle perpendiculaire au champ magnétique
du caractère instable sera ensuite établie par la résolution de la relation de
dispersion bi-dimensionnelle. Enfin, nous verrons en analysant les solutions
de la relation de dispersion tri-dimensionnelle que les ondes correspondantes,
i.e. les perturbations qui ont une extension en kx , ky et kz , ne sont pas, ou
que faiblement, instables.
2.1 Perturbation mono-dimensionnelle
La perturbation s’écrit ici Φ1 = φ exp[i(ky y − (ωr + iγ)t)]. La relation
de dispersion azimutale Eq.(1.23) est résolue. Les modes instables sont mis
en évidence et l’influence du champ magnétique et de la température sur
les propriétés de l’instabilité sont exposées. Nous étudions aussi l’impact du
gradient de densité sur ces propriétés en résolvant la relation de dispersion
Eq.(1.26) dans laquelle celui-ci a été introduit.
2.1.1 Modes instables azimutaux
La résolution numérique de la relation de dispersion mono-dimensionnelle
(1.23) est effectuée ici pour les paramètres par défaut exposés plus haut, le
but étant de montrer l’existence des instabilités et de décrire leurs proprié-
tés fondamentales. La figure 2.1 représente les solutions de la relation de
dispersion en fonction de ky Vd /ωpe . La partie réelle Fig.2.1(a) et la partie
imaginaire,i.e. le taux de croissance, Fig.2.1(b) des solutions sont exposées.
50
2.1. Perturbation mono-dimensionnelle
L’existence de plages instables, i.e γ > 0, est clairement mise en évidence.
−3
−2
10 x 10
3
2.5
−3
10 2
ωr/ωpe
γ/ωpe
1.5
−4 1
10
0.5
0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0
0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6
kyVd/ωpe kyVd/ωpe
(a) Partie réelle de la pulsation (b) Taux de croissance
Fig. 2.1 – Solutions 1D de la relation de dispersion à petits ky .
L’évolution du taux de croissance Fig.2.1(b) en fonction de ky montre très
nettement la présence de modes instables selon lesquels des perturbations
peuvent se développer. Les transitions de zones stables vers des zones instables
ont lieu dès que ky Vd est proche d’une harmonique cyclotronique ky Vd ' nΩ
comme cela a été évoqué lors de l’analyse des cas asymptotiques en section
1.4. En effet, les lobes instables apparaissent pour ky Vd /ωpe égal aux mul-
tiples de 0.1 qui est la valeur de Ω/ωpe (apparition des lobes instables pour
ky Vd /ωpe = 0.1, 0.2, 0.3, 0.4... correspondant à nΩ avec n = 1, 2, 3, 4... res-
pectivement). Entre chaque harmonique cyclotronique, le taux de croissance
atteint un maximum et décroît de manière abrupte jusqu’à zéro. Une autre
propriété trouvée de manière analytique en section 1.4 est donc vérifiée : des
zones stables et instables se succèdent en fonction de ky Vd . La partie réelle
des solutions de la relation de dispersion Fig.2.1(a) est tracée en logarithme
car sa valeur est très piquée. Celle-ci est effectivement de plusieurs ordres
de grandeur inférieure au taux de croissance sauf au voisinage du maximum.
Lorsque le taux de croissance atteint son maximum pour un lobe instable
donné, la partie réelle de la pulsation croît très brutalement et devient supé-
rieure au taux de croissance. Le taux de croissance est alors de l’ordre de 60%
de la valeur de la partie réelle de la pulsation.
Les propriétés qualitatives déduites de l’étude analytique de la relation de
dispersion en section 1.4 sont donc retrouvées numériquement ici dans le cas
général. La figure 2.2 complète la comparaison avec l’étude analytique, quan-
titativement cette fois. Elle fait la comparaison entre les taux de croissance
solutions de la relation de dispersion (en noir) et ceux obtenus dans les deux
cas asymptotiques F (ky Vd ) = 0 (expression (1.30)) et ky Vd ≈ nΩ (expression
(1.31)), respectivement en rouge et en bleu sur la figure. La superposition
des courbes noire et bleue lorsque les lobes apparaissent, i.e ky Vd ≈ nΩ, et
des courbes noire et rouge lorsque les lobes disparaissent, i.e F (ky V d) = 0,
51
Chapitre 2. Étude linéaire de l’instabilité
−3
x 10
3
relation generale
2.5 cas asymptotique F=0
cas asymptotique kyVd=nΩ
γ/ωpe
1.5
0.5
0
0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6
kyVd/ωpe
Fig. 2.2 – Comparaison des solutions 1D avec les cas asymptotiques.
montre l’accord des conclusions de l’étude analytique avec celles de la résolu-
tion numérique.
Aucun lobe instable n’apparaît avant l’harmonique cyclotronique fonda-
mentale n = 1. Le processus de développement de l’instabilité semble donc
essentiellement basé sur les résonances entre ky Vd et nΩ. Les valeurs des pics
de taux de croissance sont croissantes en fonction de ky Vd /ωpe . La figure 2.1
ne permet pas d’extrapoler la valeur de ky pour laquelle le taux de croissance
est maximal. Elle montre l’existence de modes instables mais ne permet pas
de déterminer quels modes sont susceptibles de se développer réellement. Ceci
est davantage visible sur la figure 2.3.
La figure 2.1 correspond à un agrandissement autour des petits ky de la fi-
gure 2.3 qui représente les solutions de la relation de dispersion en fonction de
ky Vd /ωpe sur un large intervalle. Par souci de clareté, les parties réelle et ima-
ginaire des solutions ne sont représentées que sous forme d’enveloppe passant
par les maxima des lobes instables (à cette échelle, les lobes instables ne pour-
raient être discernés). On voit sur la figure 2.3(b) que le taux de croissance
atteint un maximum absolu autour de ky Vd /ωpe = 1.2. Ce sont donc les ondes
correspondant à ces nombres d’onde qui vont se developper, leur amplitude
croissant plus rapidement que celles des autres ondes à taux de croissance
inférieur. Ces modes instables vont effectivement pomper l’énergie libre dis-
ponible et empêcher les autres modes ky de se développer. En définitive, les
ondes effectivement présentes dans le plasma du propulseur corresponderont
aux nombres d’onde se situant autour de ky Vd /ωpe = 1.2. On peut remarquer
que le maximum absolu du taux de croissance n’est pas très piqué. Plusieurs
modes ont des taux de croissance proches du maximum absolu. Il est donc
clair que l’instabilité va générer plusieurs modes formant un paquet de modes
dont les valeurs de ky Vd /ωpe se situeront autour de 1.2. En prenant une den-
sité électronique n0 = 2.8 1011 cm−3 , i.e. ωpe = 30 GHz, et une vitesse de
dérive Vd = 2 106 m.s−1 , les longueurs d’onde correspondantes sont de l’ordre
du dixième de millimètre (λ = 0.35 mm exactement pour ky Vd /ωpe = 1.2) et
sont de l’ordre du rayon de Larmor électronique (pour v⊥ = Vth ).
52
2.1. Perturbation mono-dimensionnelle
−3 −3
x 10 x 10
8 5
4
6
3
ωr/ωpe
γ/ωpe
4
2
2
1
0 0
0 2 4 6 8 10 12 0 2 4 6 8 10 12
k V /ω kyVd/ ωpe
y d pe
(a) Partie réelle de la pulsation (b) Taux de croissance
Fig. 2.3 – Enveloppe des solutions 1D de la relation de dispersion.
L’enveloppe de la partie réelle Fig.2.3(a) suit l’évolution de celle du taux
de croissance. Les ondulations qui y apparaissent sont dues à la difficulté
de déterminer avec précision le maximum de taux de croissance par suite
de son aspect excessivement piqué. Les fréquences correspondantes aux taux
de croissance maximaux (donc celles des ondes qui se développent) s’éche-
lonnent autour de 40 M Hz avec la valeur de la pulsation plasma électro-
nique ci-dessus. Les taux de croissance maximaux ont des valeurs allant de
107 rad.s−1 à 1.4 108 rad.s−1 , ce qui correspond à un nombre d’exponentia-
tion du potentiel de eγ∆t = e105 au maximum pendant le temps de transit
des ions (ex : temps de transit des ions ∆t ∼ 0.75 µs). Les solutions obtenues
sont donc très instables.
La figure 2.3 montre par ailleurs que les modes instables sont présents
jusqu’à de très grandes valeurs de ky . Le taux de croissance décroît lentement.
Pour ky Vd /ωpe = 10, le taux de croissance du mode est encore largement
significatif puisqu’il représente le quart du taux de croissance maximal absolu.
Pour ces valeurs de ky Vd /ωpe la forme des lobes est bien différente de
celle obtenue à petits ky . La figure 2.4 décrit l’évolution de la forme des
lobes instables en fonction de ky . La forme des lobes, tout comme celle de
l’enveloppe, dépend directement de la somme des fonctions de Bessel dans
la relation de dispersion Eq. (1.23). Les lobes ont une extension en ky qui
se réduit fortement à mesure que ky augmente (les échelles en ky Vd /ωpe ne
sont pas conservées pour la lisibilité des graphiques). Cette propriété pourrait
poser des problèmes a priori dans la discrétisation de l’espace des k dans
les simulations particulaires. En effet, les modes de très grands ky ne sont
pas décrits à moins d’un pas ∆ky très petit, i.e. une longueur de boîte de
simulation très grande (suffisante pour qu’un mode par lobe au moins soit
décrit). Le pas ∆ky minimal qu’il faudrait atteindre pour être réaliste est
défini dans la réalité du propulseur par la longueur du système en azimut :
∆ky Vd /ωpe = 1 10−3 pour un diamètre maximal du propulseur de 10 cm. Il
est inutile d’atteindre une telle valeur de ∆ky puisque nous venons de montrer
53
Chapitre 2. Étude linéaire de l’instabilité
−3 −3
x 10 x 10
2.5 4
2
3
pe
γ/ωpe
1.5
γ/ω
2
1
1
0.5
0 0
0.38 0.4 0.42 0.44 0.46 0.48 1.18 1.2 1.22 1.24 1.26 1.28
kyVd/ ωpe k V /ω
y d pe
(a) lobe n=4 (b) lobe n=12
−3
x 10
1.5
pe
γ/ω
0.5
0
2.99 3 3.01 3.02 3.03
k V /ω
y d pe
(c) lobe n=30
Fig. 2.4 – Forme 1D des lobes instables.
que les modes susceptibles de se développer effectivement se situent autour de
ky Vd /ωpe = 1.2. Pour ces valeurs de ky Vd /ωpe les lobes ont encore une grande
extension en ky , Fig.2.4(b), permettant une longueur de boîte raisonnable. Ce
rétrécissement des plages instables en fonction de ky est accompagné d’une
symétrisation géométrique de la forme du lobe par rapport à son centre.
La section suivante est consacrée à l’évolution des propriétés mises en
évidence ici en fonction de la valeur du champ magnétique.
2.1.2 Influence du champ magnétique
L’instabilité est basée sur la résonance des ky Vd avec les harmoniques
cyclotroniques nΩ. Il ne semble pas nécessaire de prendre en compte la com-
posante suivant l’axe x de la perturbation pour étudier l’influence du champ
magnétique sur les propriétés de l’instabilité puisque l’extension en kx n’in-
tervient pas dans cette résonance. L’étude de l’impact du champ magné-
tique se fait donc à l’aide de la résolution de la relation de dispersion mono-
dimensionnelle azimutale (1.23) pour plusieurs valeurs de champ magnétique.
Ceci est illustrée sur la figure 2.5. La partie réelle et la partie imaginaire des
solutions de la relation de dispersion sont tracées pour trois valeurs de la
54
2.1. Perturbation mono-dimensionnelle
−3
x 10
0.02 8
Ω/ω =0.5
pe
Ω/ωpe=0.1
0.015 6 Ω/ωpe=0.06
ωr/ωpe
γ/ωpe
0.01 4
0.005 2
0 0
0 2 4 6 8 10 0 2 4 6 8 10
k V /ω k V /ω
y d pe y d pe
(a) Partie réelle de la pulsation (b) Taux de croissance
Fig. 2.5 – Comparaison en enveloppe des solutions 1D de la relation de dis-
persion en fonction du champ magnétique.
pulsation cyclotronique Ω/ωpe = 0.5, 0.1 et 0.06 respectivement en noir, bleu
et rouge. La première remarque porte sur le maximum absolu du taux de
croissance : pour une vitesse de dérive donnée, plus le champ magnétique est
fort et plus le taux de croissance maximal est important. Dans le cadre du
propulseur, à Vd constant, un champ magnétique plus important implique un
champ accélérateur plus grand ce qui est consistant avec une baisse de la
conductivité classique puisque la chute de potentiel se fait sur une longueur
plus courte. Cette baisse de conductivité est accompagnée d’une croissance
plus rapide de l’amplitude du champ électrique fluctuant (les perturbations
qui croissent avec le taux de croissance maximum) à l’origine d’un transport
électronique anormal comme nous allons le voir dans la deuxième partie de
ce manuscrit (nous verrons que le transport électronique est d’autant plus
important que l’amplitude du champ fluctuant est grande).
La forme générale de l’enveloppe est conservée. Le maximum absolu du
taux de croissance apparaît pour une valeur fixe de ky Vd /ωpe autour de 1.2
quelle que soit la valeur du champ magnétique. Cependant, une seconde re-
marque est à faire sur l’instabilité pour les modes à petits ky . Étant donné
la nature du processus à l’origine de l’instabilité, à savoir les résonances de
ky Vd avec les harmoniques cyclotroniques, l’apparition du premier lobe in-
stable correspondant à l’harmonique fondamentale dépend directement de la
valeur de Ω. Comme cela a été dit plus haut, aucun mode instable n’apparaît
au dessous de ky Vd = Ω. Par conséquent, une augmentation de la valeur de
Ω implique une augmentation de la valeur de ky Vd pour laquelle apparaît le
premier lobe instable. La figure 2.5 montre que le maximum absolu du taux
de croissance est atteint pour une valeur quasiment fixe de ky Vd /ωpe autour
de 1.2. Ainsi, pour une valeur de Ω/ωpe > 1.2 l’apparition du premier lobe
instable se fera pour une valeur de ky Vd /ωpe supérieure à 1.2, donc après le
maximum du taux de croissance attendu en 1.2. Le maximum du taux de
croissance sera alors obtenu pour le premier lobe ky Vd /ωpe = Ω. Ceci n’a pas
55
Chapitre 2. Étude linéaire de l’instabilité
−3
x 10
8
Ω/ωpe=0.5
Ω/ωpe=0.1
6
Ω/ωpe=0.06
pe
4
γ/ω 2
0
1 1.05 1.1 1.15 1.2 1.25
kyVd/ωpe
Fig. 2.6 – Comparaison de la structure 1D de quelques lobes en fonction du
champ magnétique.
de conséquence dans le cadre du propulseur puisque le champ magnétique
n’atteint jamais de telles valeurs.
L’incidence du champ magnétique sur les lobes instables est illustrée sur la
figure 2.6 qui représente un agrandissement du taux de croissance de la figure
2.5 autour de son maximum. Les conventions de couleurs sont conservées.
L’apparition des lobes instables pour ky Vd = nΩ reste de mise quelle que
soit la valeur de Ω. L’extension en ky des lobes croît nettement en fonction
de Ω mais la zone d’instabilité sur un intervalle ky donné évolue peu. Le
différentiel dans l’épaisseur des lobes a pour conséquence un petit décalage
du maximum absolu du taux de croissance. La propriété énoncée pendant
l’analyse de l’évolution de l’enveloppe en fonction de Ω ci-dessus peut être
généralisée à chaque lobe : le maximum de chaque lobe croît en fonction du
champ magnétique.
2.1.3 Influence de la température
L’ensemble des propriétés déduites de l’étude de stabilité faite jusqu’à
maintenant a été établi pour Vth /Vd = 0.5 (soit T = 5.7 eV pour Vd =
2 106 m.s−1 ) ce qui correspond à une température électronique assez faible
pour le propulseur à effet Hall. Ce choix de température de référence n’est
qu’un exemple dans une étude approfondie de l’évolution de l’instabilité en
fonction de la vitesse thermique. La variation du paramètre Vth /Vd a été
introduite dans la résolution de la relation de dispersion azimutale (1.23).
Le résultat est présenté en figure 2.7. La partie réelle de la pulsation et le
taux de croissance sont tracés en fonction de ky Vd /ωpe en ordonnée et de
Vth /Vd en abscisse. Les modes instables s’étendent largement pour de grandes
températures puisque les taux de croissance des modes résonants ky Vd = nΩ
sont encore significatifs pour Vth /Vd = 2. Néanmoins, la largeur des plages
56
2.1. Perturbation mono-dimensionnelle
1e−2
1.3
1.2
1e−3
1.1
kyVd/ ωpe
0.9 1e−4
0.8
0.7 1e−5
0.5 1 1.5 2
V /V
th d
(a) Partie réelle de la pulsation
−3
x 10
10
1.3
1.2 8
1.1
kyVd/ ωpe
6
1
0.9 4
0.8
2
0.7
0.5 1 1.5 2
V /V
th d
(b) Taux de croissance
Fig. 2.7 – Évolution des lobes instables 1D en fonction de la température
57
Chapitre 2. Étude linéaire de l’instabilité
instables se réduit fortement en ky Vd à mesure que la température croît. La
largeur des plages stables est proche de Ω pour les grandes valeursp de Vth /Vd .
On peut noter l’absence de racines instables pour ky Vd > ωpe 2 + Ω2 =
ωU H pour de très petites températures comme cela a été évoqué lors de l’ana-
lyse du cas plasma froid en section 1.4.1.
Nous avons aussi montré dans cette section que les ondes instables sont
quasiment purement croissantes pour le cas plasma froid, i.e. b << 1. La
partie réelle de la pulsation (tracée en logarithme) est effectivement inférieure
au taux de croissance de plusieurs ordres de grandeur pour ky Vd < ωU H . La
résonance ky Vd = ωU H produit le plus fort taux de croissance comme prévu.
Mise à part la partie des solutions concernant les basses températures (qui
ne correspond pas à la physique du propulseur), la structure générale des
modes instables dépend peu du paramètre Vth /Vd . La structure des modes
instables est conservée sur une large plage de Vth /Vd allant de 0.5 à 2. Le choix
arbitraire de la température tel que Vth /Vd = 0.5 caractérise donc l’instabilité
se développant en sortie de propulseur.
2.1.4 Influence du gradient de densité
Les résultats de l’étude analytique menée en section 1.3 tendent à montrer
que la longueur de gradient de densité Ln doit être très petite, i.e. le gradient
de densité très important, pour que les propriétés de l’instabilité soient af-
fectées. La relation de dispersion (1.26) a été résolue numériquement pour en
préciser le comportement quantitativement. Les résultats sont résumés par
la figure 2.8 qui représente le taux de croissance de l’instabilité en fonction
de ky Vd /ωpe pour trois longueurs de gradient de densité. Deux courbes seule-
−3
x 10
3
sans gradient et Ln= −1 cm
2.5 Ln=−0.5 mm
2
pe
1.5
γ/ω
0.5
0
0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6
kyVd/ωpe
Fig. 2.8 – Influence du gradient de densité : taux de croissance de l’instabilité
1D
ment sont apparentes puisque les solutions de la relation de dispersion sans
58
2.2. Extension bi-dimensionnelle : modes obliques
gradient et celles pour Ln = −1 cm, longueur de gradient typique du pro-
pulseur, se superposent parfaitement. Il s’agit de la courbe en trait plein. La
courbe en pointillé représente les solutions pour un fort gradient de densité
(Ln = −0.5 mm), largement supérieur à ce qui peut être observé dans la
zone de sortie du propulseur. Les valeurs des pics de taux de croissance sont
sensiblement identiques mais les lobes instables ont tendance à s’étaler en ky .
Ces résultats corroborent parfaitement l’étude analytique de la relation
de dispersion en section 1.3 : le terme additionnel dû au gradient de densité
dans la relation de dispersion (1.26) agit sur les solutions seulement si la
longueur de gradient est du même ordre de grandeur que le rayon de Larmor
électronique (Ln ∼ rL ). L’influence du gradient de densité est alors perceptible
mais reste de toute façon peu significative. Dans le propulseur à effet Hall, la
longueur caractéristique du gradient de densité devrait donc être de l’ordre du
millimètre ce qui est largement inférieure aux valeurs de longueur de gradient
présente dans celui-ci. Les instabilités étudiées ici sont donc robustes vis-à-vis
du gradient de densité.
2.2 Extension bi-dimensionnelle : modes obliques
Des instabilités azimutales basées sur la résonance de ky Vd avec les harmo-
niques cyclotroniques ont été mises en évidence grâce à l’étude de la relation
de dispersion mono-dimensionnelle. Compte tenu du mouvement de dérive
relatif des électrons par rapport aux ions dans la direction azimutale, il était
naturel de s’intéresser en premier lieu à cette direction pour étudier la stabi-
lité du système. Nous avons vu que le mouvement cyclotronique joue un rôle
important dans l’apparition de l’instabilité. Cette giration cyclotronique, per-
pendiculaire au champ magnétique, se fait dans le plan (x, y). Il semble par
conséquent utile d’étudier l’extension bi-dimensionnelle d’une perturbation
par la résolution de la relation de dispersion (1.22). La perturbation s’écrit ici
Φ1 = φ exp[i(kx x+ky y−(ωr +iγ)t)]. La figure 2.9 décrit la pulsation et le taux
de croissance solutions de la relation de dispersion en fonction de kx Vd /ωpe en
abscisse et de ky Vd /ωpe en ordonnée. Nous savons maintenant que les modes
instables sont présents jusqu’à de larges valeurs de ky . Par souci de clarté,
la figure 2.9 ne montre que les solutions au voisinage de ky Vd /ωpe = 1.5. La
largeur des lobes en ky décroît très lentement en fonction de kx (les échelles
des abscisses et des ordonnées sont largement différentes). L’extension bi-
dimensionnelle du caractère instable est donc nette dans la mesure où les taux
de croissance restent importants pour des valeurs significatives de kx jusqu’à
kx ∼ ky . Les résultats du cas mono-dimensionnel azimutal sont retrouvés en
faisant une coupe de la figure selon le plan kx Vd /ωpe = 0 : alternance de zones
stables et instables et transitions stabilité/instabilité pour ky Vd ' nΩ.
La figure 2.10 reprend les trois lobes exposés en figure 2.4 dans le cas
mono-dimensionnel en y ajoutant leur extension en kx . Le rétrécissement des
plages instables en fonction de ky accompagné d’une symétrisation géomé-
59
Chapitre 2. Étude linéaire de l’instabilité
−3
x 10
6
1.6 5
4
kyVd/ ωpe
1.55
3
1.5
2
1.45
1
1.4 0
1 2 3 4
k V /ω
x d pe
(a) Partie réelle de la pulsation
−3
x 10
4
3.5
1.6
3
2.5
kyVd/ ωpe
1.55
2
1.5
1.5
1
1.45
0.5
1.4
1 2 3 4
k V /ω
x d pe
(b) Taux de croissance
Fig. 2.9 – Modes instables 2D en fonction de kx Vd et de ky Vd autour de
ky Vd /ωpe = 1.5.
trique de la forme des lobes par rapport à leur centre est généralisé au cas
bi-dimensionnel. Le rétrécissement en kx pour un lobe instable donné peut
être rapproché du celui en fonction de ky . En effet, nous avons dit dans la
section précédente 2.1.1 que la forme des lobes instables dépend de la somme
des fonctions de Bessel. Pour un lobe donné, à la résonance ky Vd ' n0 Ω, le
terme de somme des fonctions de Bessel est largement prépondérant dans
l’équation (1.22). Le terme résonant en n0 domine cette somme mais la forme
des lobes dépend aussi de la contribution des autres termes de la somme et
plus précisément des In (b)e−b pour n = n0 ± 1. Ces fonctions ont en argument
60
2.2. Extension bi-dimensionnelle : modes obliques
−3
x 10
4
0.47
0.46
3
0.45
kyVd/ ωpe
0.44
2
0.43
0.42
1
0.41
0.4
0
1 2 3 4
kxVd/ ωpe
(a) Lobe n=4
−3
x 10
1.27
4
1.26
1.25 3
kyVd/ ωpe
1.24
1.23 2
1.22
1
1.21
1.2
0
1 2 3 4
kxVd/ ωpe
(b) Lobe n=12
−3
x 10
4
3.06
3.05 3
kyVd/ ωpe
3.04
3.03 2
3.02
1
3.01
3
0
1 2 3 4
kxVd/ ωpe
(c) Lobe n=30
Fig. 2.10 – Forme bi-dimensionnelle des lobes instables.
61
Chapitre 2. Étude linéaire de l’instabilité
2 2
le paramètre b = k⊥ Vth /Ω2 qui dépend de k⊥ 2
= kx2 + ky2 . La forme des lobes
instables dépend donc de la valeur de k⊥ 2
, i.e. de celles de kx et de ky , ce
qu’on observe sur la figure 2.10. En section 2.1.1, le paramètre b dépendait de
ky2 . Les propriétés explicitées alors en fonction de ky pour la forme des lobes
peuvent être transposées pour k⊥ 2
. Plus k⊥
2
est grand et moins l’extension du
lobe instable en ky est importante. De même, les lobes se symétrisent en ky à
mesure que k⊥ 2
augmente.
Les modes qui se développent effectivement dans le plasma sont ceux dont
le taux de croissance est proche du maximum. La présence effective de modes
obliques (c’est-à-dire avec une composante du vecteur d’onde kx non nulle)
dans le moteur n’est donc confirmée que si les taux de croissance des modes
obliques sont très proches du maximum. La figure 2.11 est un agrandisse-
ment du lobe n=12, lobe pour lequel le taux de croissance atteint son maxi-
mum absolu, autour de la zone de maximum de taux de croissance. La zone
−3
x 10
4
1.245
3
pe
k V /ω
1.24 2
y d
1.235 1
1.23 0
0.2 0.4 0.6 0.8
kxVd/ ωpe
Fig. 2.11 – Extension en kx du lobe n=12.
de taux de croissance maximum en rouge sombre s’étend de kx Vd /ωpe = 0
(mode purement azimutal) à kx Vd /ωpe = 0.7, ce qui est clairement significatif
comparé à la valeur de ky Vd /ωpe ' 1.2. Cette extension axiale du nombre
d’onde correspond à une longueur d’onde λ = 0.6 mm pour ωpe = 30 GHz
et Vd = 2 106 m.s−1 . La valeur maximale de kx Vd /ωpe pour laquelle le taux
de croissance est maximum dépend du lobe considéré. Certains lobes, parti-
culièrement ceux à petits ky ont même un maximum de taux de croissance
pour des valeurs de kx supérieures à ky comme on peut le voir sur la figure
2.10(a). En estimant l’étendue axiale maximale de la zone de plasma dans le
propulseur à 2 cm, le nombre d’onde minimal supporté par le plasma vaut en
unité normalisée kx Vd /ωpe = 0.02, ce qui est largement inférieure à l’extension
axiale de l’instabilité.
Ainsi, les modes instables se développant en sortie de propulseur sont des
modes obliques perpendiculaires au champ magnétique. Une remarque est
à faire sur la symétrie de ces modes en kx . En effet, la composante axiale
62
2.3. Perturbation tri-dimensionnelle
du vecteur d’onde kx n’intervient que sous sa forme quadratique kx2 dans la
relation de dispersion (1.22). Le signe de kx n’a donc pas d’importance. Les
résultats exposés ci-dessus sont donc généralisables à |kx |. A chaque mode
oblique (kx , ky ) est associé son mode symétrique (−kx , ky ). Les ondes qui
se développent en sortie de propulseur ont par conséquent une composante
axiale stationnaire.
2.3 Perturbation tri-dimensionnelle
Les résultats de l’étude de la relation de dispersion ont jusqu’ici mon-
tré que des modes instables obliques perpendiculaires au champ magnétique
existent en sortie de propulseur. Dans cette section, plus aucune restriction
sur la relation de dispersion n’est considérée. La relation de dispersion tri-
dimensionnelle (1.21) est résolue. La perturbation du potentiel s’écrit donc
Φ1 = φ exp[i(kx x + ky y + kz z − (ωr + iγ)t)]. La prise en compte de la direction
parallèle fait apparaître dans la relation de dispersion (1.21) plusieurs termes
en kz , composante radiale du vecteur d’onde parallèle au champ magnétique
et donc susceptible d’être sensible à l’effet Landau. Ainsi, le caractère instable
−3 −3
x 10 x 10
4 4
1.65 1.65
3 3
1.6 1.6
pe
kyVd/ ωpe
k V /ω
1.55 1.55
2 2
y d
1.5 1.5
1 1
1.45 1.45
1.4 1.4
0 0
1 2 3 4 1 2 3 4
k V /ω kxVd/ ωpe
x d pe
(a) kz Vd /ωpe = 0.01 (b) kz Vd /ωpe = 0.03
−3 −3
x 10 x 10
4 4
1.65 1.65
3 3
1.6 1.6
kyVd/ ωpe
pe
k V /ω
1.55 1.55
2 2
y d
1.5 1.5
1 1
1.45 1.45
1.4 1.4
0 0
2 4 6 1 2 3 4
kxVd/ ωpe kxVd/ ωpe
(c) kz Vd /ωpe = 0.05 (d) kz Vd /ωpe = 0.1
Fig. 2.12 – Évolution des lobes instable 2D en fonction de kz Vd /ωpe .
63
Chapitre 2. Étude linéaire de l’instabilité
du système est susceptible de disparaître dès que la composante kz devient
significative devant les autres composantes du vecteur d’onde kx et ky . Ce
comportement est illustré par la figure 2.12.
Elle représente l’évolution des trois lobes instables n = 14, 15 et 16
en fonction de kx Vd /ωpe et ky Vd /ωpe pour quatre valeurs de kz Vd /ωpe =
0.01, 0.03, 0.05 et 0.1. Pour kz croissant, les lobes instables s’étalent rapide-
ment dans l’espace (kx , ky ) jusqu’à le remplir complètement. Cet étalement
est associé à une décroissance rapide des taux de croissance. Ces derniers de-
viennent négligeables (par rapport au taux de croissance maximum) pour des
valeurs de kz largement inférieures à celles de kx et ky . Une autre manière d’ex-
poser les résultats permet d’avoir une vision complète de cette propriété : la
figure 2.13 représente le taux de croissance de l’instabilité pour le lobe n = 12
en fonction de kz Vd /ωpe et ky Vd /ωpe pour une valeur donnée kx Vd /ωpe = 0.
L’étalement du lobe instable en fonction de kz est clair. Dans la zone de fort
−3
x 10
4
1.28
3
1.26
kyVd/ ωpe
1.24 2
1.22
1
1.2
0
0.1 0.2 0.3 0.4 0.5
kzVd/ ωpe
Fig. 2.13 – Modes instables 2D en fonction de kz Vd /ωpe et de ky Vd /ωpe pour
kx Vd = 0 autour de ky Vd /ωpe = 1.2.
taux de croissance (autour de ky Vd /ωpe = 1.24), les valeurs du taux de crois-
sance sont négligeables à partir de kz Vd /ωpe = 0.065. Cette valeur correspond
à une valeur de kz largement inférieure à celle de ky .
Les modes instables sont en résumé des modes obliques (kx , ky ) : les taux
de croissance deviennent rapidement négligeables pour des kz finis. L’analyse
que l’on vient d’effectuer porte essentiellement sur les lobes à plus forts taux
de croissance mais est représentative du comportement général de l’instabilité.
En définitive, les ondes sont peu instables dés lors qu’on considère une exten-
sion tri-dimensionnelle. Les modes instables peuvent être considérés comme
principalement obliques perpendiculaires au champ magnétique. Cette ana-
lyse est cependant à tempérer étant donnée la géométrie cartésienne simplifiée
du modèle : une analyse plus précise impliquerait de se placer en géométrie
cylindrique, ce qui représenterait un travail numérique considérable.
64
2.4. Validation du domaine linéaire de l’instabilité
2.4 Validation du domaine linéaire de l’instabi-
lité
L’étude de stabilité précédente, théorique par essence, a déterminé les pro-
priétés de l’instabilité électronique de dérive. Les fréquences spatiales et tem-
porelles impliquées sont proches de celles observées dans le code particulaire
implicite dont une partie des résultats a été exposée en partie préliminaire.
Pour autant, la complexité de ce modèle ne permet pas d’aller plus loin dans
la comparaison théorico-numérique et donc de valider les résultats théoriques.
Il a donc été utile de développer un modèle PIC explicite simplifié basé sur
les hypothèses de la relation de dispersion. Développé à l’origine pour l’étude
du régime non-linéaire de l’instabilité dont nous verrons les conclusions en
chapitre 4, ce modèle va nous permettre ici de valider le domaine linéaire de
l’instabilité.
2.4.1 Modèle particulaire explicite
Il s’agit d’un code particulaire classique [Birdsall & Langdon 1985,Tajima
1989] mono-dimensionnel en espace et bi-dimensionnel en vitesse et pério-
dique pour éviter tout problème de développement de couche électrostatique
et avoir une situation aussi claire que possible sur le plan théorique. Le sys-
tème est donc infini homogène. L’axe de simulation, noté y, correspond à la
direction azimutale et les vitesses axiale et azimutale sont prises en compte.
Ce code modélise approximativement la physique des 5 derniers millimètres
de plasma situés en sortie du moteur. La géométrie est identique à celle du
code implicite à l’exception de la dimension axiale non prise en compte ici.
Une vitesse de dérive constante est appliquée aux électrons modélisant la
configuration de champs électrique et magnétique croisés de la relation de
dispersion (champ électrique axial et champ magnétique radial constants).
Le potentiel auto-consistant est calculé par l’équation de Poisson ce qui est
naturel dans le contexte d’un modèle électrostatique. L’ionisation, les colli-
sions et les gradients de densité et de champ magnétique ne sont pas pris en
compte contrairement au modèle implicite.
L’initialisation des fonctions de distribution requiert une attention parti-
culière. En effet, nous voulons vérifier la validité de l’étude de stabilité déve-
loppée dans les sections précédentes et donc être capable de faire une mesure
du taux de croissance linéaire de l’instabilité. Il faut donc éviter d’avoir un ré-
gime transitoire mal contrôlé. Ceci implique que les fonctions de distribution
initiales des particules soient construites à partir des invariants du mouvement
explicités au chapitre 1, à savoir v⊥ .
Nous avons vu précédemment que l’instabilité se développe en paquets
de modes instables. Les lobes instables apparaissent pour chaque ky Vd proche
d’une harmonique cyclotronique. Il est par conséquent nécessaire de discrétiser
fortement le modèle afin de limiter le nombre de modes instables susceptibles
65
Chapitre 2. Étude linéaire de l’instabilité
de se développer. La longueur de la boîte de simulation est ajustée en vue de
décrire le ou les modes qui nous intéressent nous permettant de vérifier les
taux de croissance théoriques.
Soit ylong la longueur de la boîte de simulation en unité normalisée par
la longueur de Debye λD . Alors le mode fondamental décrit correspond à un
nombre d’onde :
k y Vd 2π Vd
= (2.1)
ωpe ylong Vth
A cette longueur de boîte est donc associé un mode fondamental. Cependant,
les modes dont le nombre d’onde est multiple du mode fondamental (les modes
harmoniques) peuvent aussi se développer si ils sont instables. Pour étudier la
croissance linéaire d’un mode particulier, il faut donc ajuster la longueur de
simulation et vérifier que les harmoniques ne sont pas instables (ou instables
avec un taux de croissance négligeable par rapport au taux de croissance du
mode fondamental). La structure générale des solutions instables de la rela-
tion de dispersion restreint grandement les modes que l’on peut étudier de
manière isolée. En effet, la plupart des harmoniques d’un mode donné sont
effectivement instables. Le problème se pose de manière d’autant plus impor-
tante que le mode fondamental à étudier est de grande longueur d’onde, i.e.
de petit nombre d’onde, comme nous le verrons dans le chapitre 4. La valida-
tion du domaine linéaire peut difficilement être systématique et se fera donc
au travers de deux modes caractéristiques (le nombre prohibitif de modes
instables aurait de toute façon limité la validation à quelques cas caractéris-
tiques). Il s’agit du mode ky Vd /ωpe = 1.04 et du mode ky Vd /ωpe = 0.55 qui
sont représentatifs de l’ensemble des modes instables.
2.4.2 Phase linéaire de l’instabilité
Les deux simulations présentées ici ont été effectuées avec un rapport de la
vitesse thermique à la vitesse de dérive Vth /Vd = 0.5 et un champ magnétique
tel que Ω/ωpe = 0.1.
La première simulation a été effectuée avec une longueur de boîte cor-
respondant au mode fondamental ky Vd /ωpe = 1.04. La relation de dispersion
annonce que ce mode est très instable (Fig. 2.15) et que les harmoniques cor-
respondant à ce mode (ky Vd /ωpe = 2.08, ky Vd /ωpe = 3.12...) ne sont pas ou
peu instables. Ces assertions directement issues de l’étude théorique peuvent
être aisément vérifiées à l’aide de la simulation.
La figure 2.14(a) illustre la croissance de l’énergie électrostatique en fonc-
tion du temps. Elle montre clairement que le système est instable. L’origine de
la croissance de l’énergie électrostatique est explicitée par les figures 2.14(b)
et 2.14(c). Elles correspondent respectivement à la densité spectrale de puis-
sance du champ fluctuant azimutal Ef et à l’évolution temporelle de la densité
spectrale du mode ky Vd /ωpe = 1.04. Celles-ci viennent confirmer la présence
d’un mode unique instable dans la simulation et que ce mode correspond à
celui prévu par la théorie. L’évolution de la densité spectrale de puissance du
66
2.4. Validation du domaine linéaire de l’instabilité
−2
10 0.01
−3 0.008
10
0.006
2
∝ Ef
−4
f
E
10
S
0.004
−5
10
0.002
−6
10 0
0 1 2 3 4 0 2 4 6 8 10
ω t 4 kyVd/ωpe
pe x 10
(a) Évolution temporelle de l’énergie électro- (b) Densité spectrale de puissance au temps
statique ωpe t = 3.5 103
0
10
−2
10
k
−4
E
10
S
−6
10
−8
10
0 1 2 3 4
ω t x 10
4
pe
(c) Évolution temporelle de la densité spec-
trale de puissance du mode ky Vd /ωpe = 1.04
Fig. 2.14 – Croissance du mode ky Vd /ωpe = 1.04 dans la simulation particu-
laire explicite 1D ylong = 12.083 λD .
mode fondamental permis par la simulation est parfaitement corrélée à celle
de l’énergie électrostatique. La croissance de l’énergie électrostatique est due
uniquement à la croissance du mode fondamental. Les harmoniques du mode
ky Vd /ωpe = 1.04 dont le développement est permis par la simulation en sont
absentes. Ces absences confirment leur caractère pas ou peu instable prévu
par la théorie.
Après une période de croissance forte de l’énergie électrostatique, on ob-
serve sur la figue 2.14(a) une saturation de celle-ci. Nous reviendrons sur cette
saturation dans la suite, notamment dans le chapitre 3 qui sera consacré au
mécanisme de saturation de la plupart des modes instables. Ces figures nous
montrent que l’existence du caractère instable du mode considéré est vérifiée
par la simulation. De même, il est possible de vérifier quantitativement la
validité du taux de croissance théorique obtenue par la relation de dispersion.
Les amplitudes complexes des variables varient dans le temps en exp(−iωt) =
exp(−iωr t). exp(γt). L’amplitude réelle du champ électrique mono-mode évo-
lue donc en exp(γt). La figure 2.14(a) représente plus exactement le carré de
67
Chapitre 2. Étude linéaire de l’instabilité
−3
x 10
5
pe
γ/ω
2
0
0.98 1 1.02 1.04 1.06 1.08
k V /ω
y d pe
Fig. 2.15 – Position du mode ky Vd /ωpe = 1.04 dans le lobe instable 1D n=10
calculé par la relation de dispersion.
l’amplitude du champ électrique fluctuant Ef tracé en logarithme en fonction
du temps. Nous avons vu que seul le mode fondamental se développe dans la
simulation de longueur choisie ad hoc, d’où
Ef2 ∝ e2γt
Le taux de croissance du mode considéré est donc directement déterminé
graphiquement en calculant la pente de l’énergie électrostatique à un facteur
2 près (pente = 2γ). Les erreurs graphiques et les inexactitudes numériques
nous obligent à rester prudent quant à la précision de la mesure. On peut
néanmoins établir une pente minimale et une pente maximale définissant un
intervalle dans lequel se situe le taux de croissance. Cet intervalle de taux de
croissance issu de la simulation est à comparer au taux de croissance théorique
de la figure 2.15 calculé par la relation de dispersion. Les pentes minimale et
maximale de la courbe 2.14(a) fournissent l’intervalle de taux de croissance
"PIC" suivant : γpic /ωpe ∈ [2. 10−3 ; 3.3 10−3 ]. Le taux de croissance théorique
de γth /ωpe ' 3 10−3 est compris dans cette intervalle. Cette validation du
calcul théorique de la relation de dispersion par la simulation particulaire
est confirmée par la seconde simulation, pour une longueur de simulation
correspondant au mode fondamental ky Vd /ωpe = 0.55.
Là encore, le mode fondamental est choisi de manière à ce que ses harmo-
niques ne soient pas ou peu instables théoriquement. La figure 2.16 illustre la
croissance effective (et la saturation) de l’énergie électrostatique par le déve-
loppement (et la saturation) d’un mode instable unique, le mode fondamen-
tal ky Vd /ωpe = 0.55. L’intervalle de taux de croissance déterminé graphique-
ment par les pentes minimale et maximale de l’énergie électrostatique donne :
γpic /ωpe ∈ [0.9 10−3 ; 2.5 10−3 ]. Il est à comparer avec le taux de croissance
décrit par la relation de dispersion en figure 2.17. Il vaut γth /ωpe ' 1.3 10−3 .
Les mêmes remarques que pour la simulation précédente sont à faire ici : le
68
2.4. Validation du domaine linéaire de l’instabilité
−1
10 0.01
−2
10 0.008
−3
10 0.006
∝ E2
f
f
E
S
−4
10 0.004
−5
10 0.002
−6
10 0
0 1 2 3 4 0 2 4 6 8 10
ω t 4 k V /ω
pe x 10 y d pe
(a) Évolution temporelle de l’énergie électro- (b) Densité spectrale de puissance au temps
statique ωpe t = 8 103
0
10
−2
10
k
−4
E
10
S
−6
10
−8
10
0 1 2 3 4
ω t x 10
4
pe
(c) Évolution temporelle de la densité spec-
trale du mode ky Vd /ωpe = 0.55
Fig. 2.16 – Croissance du mode ky Vd /ωpe = 0.55 dans la simulation particu-
laire explicite 1D ylong = 22.8479 λD .
−3
x 10
3
2.5
2
pe
1.5
γ/ω
0.5
0
0.48 0.5 0.52 0.54 0.56 0.58
kyVd/ωpe
Fig. 2.17 – Position du mode ky Vd /ωpe = 0.55 dans le lobe instable 1D n=5.
69
Chapitre 2. Étude linéaire de l’instabilité
caractère instable du mode fondamental ky Vd /ωpe = 0.55 et stable de ses har-
moniques valide les propriétés de l’instabilité mises en évidence par l’étude
de la relation de dispersion. Le taux de croissance théorique se situe dans
l’intervalle des taux de croissance numériques mesurés.
Une observation plus précise de l’évolution temporelle de l’énergie élec-
trostatique et de celle de la densité spectrale des modes considérés suggère
un taux de croissance non constant. La pente des courbes correspondantes
semble évoluer avec le temps. La difficulté de déterminer avec précision la
pente pour les deux modes ci-dessus, et donc l’importance de l’intervalle des
taux de croissance mesurés qu’il en résulte, n’ont pas comme seule cause les
erreurs graphiques et numériques. Nous allons voir dans le paragraphe suivant
qu’une hypothèse du calcul de la relation de dispersion s’avère être inexacte
dans le temps à la vue des résultats du modèle numérique. Il s’agit de l’hy-
pothèse maxwellienne de la fonction de distribution électronique. En d’autres
termes, la durée de vie du régime linéaire est extrêmement courte.
2.4.3 Évolution de la fonction de distribution
La croissance de l’énergie électrostatique dans les simulations particulaires
est accompagnée d’une déformation importante de la fonction de distribution
électronique. Ceci est illustré par la figure 2.18 qui représente l’évolution
temporelle des fonctions de distribution électronique pour les deux modes
étudiés jusqu’ici ky Vd /ωpe = 1.04 et ky Vd /ωpe = 0.55.
La remarque la plus évidente concerne la nette déformation de la fonction
de distribution en fonction du temps. Quel que soit le mode qui se développe,
celle-ci n’est rapidement plus maxwellienne ce qui pose évidemment problème
vis-à-vis de la théorie linéaire de la relation de dispersion puisque l’une des
hypothèses fortes est le caractère maxwellien de la fonction de distribution
électronique.
Pour le mode ky Vd /ωpe = 1.04 en figure 2.18(a), l’évolution temporelle de
la fonction de distribution est caractérisée par la superposition de celle-ci à
trois temps significatifs : à l’origine de la simulation avant que le mode ne
se développe (ωpe t = 0), en phase de croissance de l’énergie électrostatique
(ωpe t = 5 103 ) et en fin de simulation (ωpe t = 4 104 ). Un plateau dans la
fonction de distribution se crée autour de v⊥ /Vd ' 1 à mesure que l’énergie
du mode instable croît. Nous verrons dans la deuxième partie sur le transport
électronique que cette valeur est comprise théoriquement. A cette apparition
d’un plateau est associé un chauffage des électrons. L’élargissement du plateau
et le chauffage corrélé ralentissent dès que le mode instable est saturé, i.e.
l’énergie associée ne croît plus, c’est-à-dire le mode n’est plus instable (le
chauffage continue sur un rythme moindre puisque l’onde associée est toujours
présente dans le système avec une amplitude d’onde qui n’évolue plus).
L’évolution temporelle de la fonction de distribution pour le mode ky Vd /ωpe =
0.55 en figure 2.18(b) est marquée par une déformation plus importante.
Les trois fonctions de distribution noire, rouge et bleue correspondent aux
70
2.4. Validation du domaine linéaire de l’instabilité
ωpet=0 ωpet=0
3
10
0 ωpet=5.103 0
10 ωpet=9.5 10
4
ωpet=4.104 ω t=4.10
pe
−1 −1
10 10
−2 −2
10 10
−3 −3
10 10
0 2 4 6 8 0 2 4 6 8
v⊥/ Vd v⊥/ Vd
(a) Pour le mode ky Vd /ωpe = 1.04 (b) Pour le mode ky Vd /ωpe = 0.55
Fig. 2.18 – Évolutions temporelles de la fonction de distribution dans les deux
simulations PIC 1D précédentes.
points significatifs de l’énergie électrostatique déjà cité ci-dessus. Ils ne cor-
respondent pas au même temps dans la mesure où le taux de croissance du
mode considéré est différent de celui précédemment étudié. La forme de la
fonction de distribution est similaire à celle du mode ky Vd /ωpe = 1.04 au ni-
veau du début de la phase de croissance de l’énergie électrostatique : plateau
et étalement de la fonction. L’évolution diverge notablement dans la suite de
l’évolution de la fonction de distribution. Celle-ci tend à s’aplatir en fonc-
tion du temps jusqu’à atteindre une fonction de distribution plane largement
étalée (en bleu).
L’évolution temporelle des fonctions de distribution électroniques pour
ces deux modes instables est caractéristique : selon la valeur ky Vd du mode
instable considéré, la fonction de distribution électronique se déforme en fai-
sant apparaître un plateau comme pour le cas ky Vd /ωpe = 1.04 et peut aller
jusqu’à devenir plate comme pour le cas ky Vd /ωpe = 0.55. La cause de cette
différence dans l’évolution de la fonction de distribution est liée à la valeur
de l’énergie de saturation qui varie selon ky et sera traitée un peu plus loin.
D’un point de vue plus général, l’analyse de l’évolution temporelle des
fonction de distribution montre que l’hypothèse d’une fonction de distribu-
tion maxwellienne, raisonnable en début de simulation, devient fausse à me-
sure que l’instabilité se développe. La corrélation entre l’évolution de l’énergie
électrostatique et la déformation de la fonction de distribution semble mon-
trer que la fonction de distribution se déforme par des effets non linéaires de
l’instabilité sur les électrons. L’impact de l’instabilité sur la distribution élec-
tronique fera l’objet de la seconde partie de ce manuscrit ; mais auparavant,
il semble nécessaire de reprendre l’analyse de la stabilité du système avec une
fonction de distribution électronique non maxwellienne proche de celle obser-
vée dans les simulations PIC afin d’étudier l’évolution du comportement de
l’instabilité.
71
Chapitre 2. Étude linéaire de l’instabilité
En conclusion de ce chapitre, l’étude multi-dimensionnelle de la relation
de dispersion a mis en évidence l’existence d’instabilités excitées par la réso-
nance entre ky Vd et les harmoniques cyclotroniques nΩ dans la configuration
de champ électrique et magnétique croisés existante en sortie de moteur. Elles
sont peu dépendantes du gradient de densité tandis qu’elles sont d’autant plus
violentes que le champ magnétique est fort. La largeur des plages d’instabi-
lité se réduit en fonction de la température mais reste conséquente pour les
paramètres du propulseur. Ces instabilités se développent sous la forme de
paquets de modes instables obliques (dans le plan (Oxy)) perpendiculaires
au champ magnétique. Les ondes qui se développent ont une fréquence de
l’ordre de 10 à 40 MHz, des temps de croissance γ −1 de 0.1 µs à 0.05 µs
et des nombres d’ondes correspondant à des longueurs d’onde de l’ordre du
dixième de millimètre jusqu’au millimètre pour des paramètres typiques du
propulseur : n0 = 2.8 1011 [Link]−3 , B = 170G, Vd = 2 106 m.s−1 . Les
simulations particulaires 1D ont validé les propriétés extraites de l’analyse.
Cependant, elles ont aussi montré que la fonction de distribution électronique
se déforme rapidement en fonction du développement de l’instabilité. L’hypo-
thèse d’une fonction maxwellienne dans le calcul de la relation de dispersion
n’est plus valable si tôt que les modes instables croissent. Il est donc utile
de reprendre ce calcul en ne faisant pas d’hypothèse sur la fonction de dis-
tribution électronique. Le chapitre suivant sera donc consacré au calcul de
la relation de dispersion intégrale. Ce calcul rendra possible l’étude de l’in-
fluence de la déformation de la fonction de distribution sur les propriétés de
l’instabilité.
72
Chapitre 3
Déformation de la fonction de
distribution électronique et modes
instables
Sommaire
3.1 Relation de dispersion intégrale . . . . . . . . . 74
3.2 Déformation de la fonction de distribution . . 75
3.3 Évolution des solutions selon la forme de la
fonction de distribution . . . . . . . . . . . . . 76
3.3.1 Perturbation azimutale . . . . . . . . . . . . . 77
3.3.2 Perturbation oblique . . . . . . . . . . . . . . . 80
e développement des modes instables dans la configuration de champs
L électrique et magnétique croisés du propulseur s’accompagne d’une dé-
formation importante de la fonction de distribution électronique. L’hypothèse
d’une fonction de distribution maxwellienne, valable pour décrire le plasma
à l’équilibre, n’est plus justifiée dés lors que l’amplitude des modes instables
s’accroît. Le processus de déformation de la fonction de distribution par les
modes instables sera explicité dans la deuxième partie du manuscrit. Dans ce
chapitre, nous reprenons le calcul de la relation de dispersion sans faire l’hy-
pothèse d’une fonction de distribution électronique maxwellienne. Ce calcul
nous mènera à une expression intégrale de la relation de dispersion, soluble
numériquement pour une fonction de distribution quelconque. L’étude de sta-
bilité du système avec des fonctions de distribution réalistes suggérées par les
simulations particulaires s’appuiera sur ce nouveau calcul, complétant ainsi
l’étude effectuée dans les chapitres précédents.
73
Chapitre 3. Déformation de la fonction de distribution électronique et modes instables
3.1 Relation de dispersion intégrale
Nous avons vu dans le chapitre 2 que les modes plus fortement instables
étaient les modes obliques perpendiculaires au champ magnétique. Nous nous
limiterons donc à ce cas dans la suite. La perturbation considérée sera donc
bi-dimensionnelle : Φ1 = φ exp[i(kx x + ky y − ωt)].
Le calcul de la perturbation de densité ionique est inchangé par rapport au
chapitre 1 puisque nous considérons une déformation dans la fonction de dis-
tribution électronique. Les ions sont décrits de manière fluide et l’expression
de la perturbation de densité ionique (1.10) est :
2
n0 eΦ1 k⊥
n1i =
M ω2
avec k⊥2
= kx2 + ky2 .
Au contraire, le calcul de la perturbation de la densité électronique ne peut
être mené à son terme comme au chapitre 1. Le passage de la fonction de
distribution perturbée f1 à la perturbation de densité n1e par une intégration
sur les vitesses n’est plus calculable analytiquement.
On reprend le calcul de la perturbation de la densité électronique juste
avant que l’hypothèse de la fonction de distribution maxwellienne ne soit
introduite. L’intégration de l’équation de Vlasov le long de chaque orbite
électronique donne la fonction de distribution perturbée (1.15) qui s’écrit :
Z t
e ∂Φ1 ∂f0 ∂Φ1 ∂f0
f1 = − + dτ
m −∞ ∂x ∂vx ∂η ∂vη
où f0 est une fonction quelconque des invariants du mouvement (1.13). En
introduisant la vitesse perpendiculaire au champ magnétique v⊥ , les dérivées
partielles en x et en η se transforment de la manière suivante :
∂f0 ∂f0 ∂f0 ∂f0
= vx . 2
; = vη . 2
∂vx ∂(v⊥ /2) ∂vη ∂(v⊥ /2)
2
v⊥ est un invariant du mouvement. Par conséquent, étant donné que f0 est
∂f0
une fonction des invariants du mouvement, le terme (v 2 ) peut être
2
∂(v⊥ /2) ⊥
mis en facteur de l’intégrale :
Z t
e ∂f0 ∂Φ1 ∂Φ1
f1 = − 2
vx + vη dτ
m ∂(v⊥ /2) −∞ ∂x ∂η
On utilise la relation
dΦ1 ∂Φ1 ∂Φ1 ∂Φ1
= + vx . + vη .
dt ∂t ∂x ∂η
ce qui nous permet d’écrire
Z t
e ∂f0 ∂Φ1
f1 = − 2
Φ1 − (τ ) dτ
m ∂(v⊥ /2) −∞ ∂t
74
3.2. Déformation de la fonction de distribution
L’intégration le long des orbites électroniques est en tout point identique
au calcul effectué pour une distribution maxwellienne en section 1.2.2 sans
prendre en compte la composante z. Elle mène à l’expression de la perturba-
tion de la fonction de distribution :
" ∞
#
e ∂f0 X Jn2 (k⊥ v⊥ /Ω)
f1 = − Φ1 2
1+
m ∂(v⊥ /2) n=−∞
(nΩ − ωd )
La perturbation de la densité électronique s’obtient en effectuant l’intégrale
de f1 sur l’ensemble de l’espace des vitesses :
Z Z
1
ne = f1 v⊥ dv⊥ dθ
La fonction de distribution non perturbée f0 est une fonction de v⊥ 2
quel-
conque. Aucune hypothèse sur la nature de cette fonction n’a été faite à ce
stade du calcul. Sans faire l’hypothèse d’une fonction maxwellienne qui per-
met de poursuivre le calcul, l’expression de la perturbation de densité peut
s’écrire sous forme intégrale :
Z ∞ " ∞
#
2
e ∂f 0
X J n (k v
⊥ ⊥ /Ω)
n1e = −2π Φ1 dv⊥ v⊥ 2
1+
m 0 ∂(v ⊥ /2) n=−∞
(nΩ − ωd )
La relation de dispersion intégrale est calculée à partir de l’équation de Pois-
son comme cela a été fait dans la section 1.2.3.
2 2 Z ∞
m ωpe
2 2 vth ∂f0
k ⊥ λD 1 − 2
− 2π dv⊥ v⊥ 2
M ω n0 0 ∂ (v⊥ /2)
" n=∞ 2
# (3.1)
2 k v
⊥ ⊥
X
2 k v
⊥ ⊥ 2 (ω − k V
y d )
× 1 − J0 + Jn 2 2 =0
Ω n=1
Ω (nΩ) − (ω − k y V d )
où f0 est un fonction de distribution quelconque. Dans la relation de disper-
sion (3.1), la fonction de distribution f0 n’intervient que sous la forme de sa
dérivée. L’analyse de cette expression suggère qu’une variation de la pente
de la fonction de distribution modifie localement en v⊥ le poids des diffé-
rents termes de l’intégrale. Nous pouvons donc supposer que les solutions de
la relation de dispersion vont être modifiées par rapport au cas maxwellien
dès que la pente locale de la fonction de distribution s’écartera de manière
significative de celle d’une maxwellienne valable en début de développement
des modes instables.
3.2 Déformation de la fonction de distribution
La déformation de la fonction de distribution électronique a été mise en
évidence en section 2.4.3. Les déformations caractéristiques observées lors
75
Chapitre 3. Déformation de la fonction de distribution électronique et modes instables
0
10
−1
10
−2
10
−3
10
0 2 4 6 8
v⊥ / Vd
Fig. 3.1 – Fonction de distribution typiquement observée dans les simulations
particulaires et utilisée dans la résolution de la relation de dispersion intégrale.
des simulations particulaires ont été mise en avant : apparition d’un plateau
autour de v⊥ /Vd ' 1 et/ou aplatissement de la fonction de distribution. L’ex-
tension en v⊥ de la fonction de distribution ainsi que celle du plateau dépend
des modes considérés dans les simulations et du temps auquel la fonction
de distribution est observée. L’étude précise de l’influence de la déforma-
tion étant prohibitive si l’on veut être exhaustif dans les formes de fonctions
de distribution considérées, nous avons choisi deux fonctions caractéristiques
correspondant à une fonction présentant un plateau et une fonction plate
analogues à celles obtenues dans les modèles particulaires. Ces fonctions de
distribution modèles qui vont donc être introduites dans l’intégrale de la re-
lation de dispersion (3.1) sont représentées en fonction de v⊥ sur la figure 3.1.
La courbe noire correspond à la fonction de distribution maxwellienne. Les
courbes rouge et bleue seront utilisées pour décrire la réaction de l’instabilité
respectivement face à la formation d’un plateau dans la fonction de distribu-
tion et face à un aplatissement de la fonction de distribution. Les codes de
couleurs seront respectés dans la suite de ce chapitre.
3.3 Évolution des solutions selon la forme de la
fonction de distribution
La résolution de la relation de dispersion (3.1) pour des fonctions de distri-
bution non-maxwelliennes se complique notablement par rapport au cas max-
wellien. L’intégrale est effectuée numériquement par une méthode de Runge-
Kutta d’ordre 4 (routine odeint [Press et al. "Numerical Recipes"]). Une fois
l’intégrale calculée, la résolution de la relation de dispersion se fait de la même
manière que dans le chapitre 2. L’intégration numérique sur l’ensemble des
vitesses doit se faire pour chaque itération de la résolution puisque l’itération
76
3.3. Évolution des solutions selon la forme de la fonction de distribution
est effectuée pour des paramètres présents dans l’intégrale (kx Vd et ky Vd ).
3.3.1 Perturbation azimutale
La perturbation prise en compte ici est mono-dimensionnelle azimutale
(en ky uniquement). La relation de dispersion est identique à l’équation (3.1)
en posant k⊥ = ky .
L’évolution des solutions de la relation de dispersion (3.1) en fonction de
ky Vd /ωpe pour les trois fonctions de distribution de la figure 3.1 est illustrée
en figure 3.2 en enveloppe. Ces trois courbes montrent que l’instabilité per-
−3 −3
x 10 x 10
8 5
4
6
3
ωr/ωpe
γ/ωpe
4
2
2
1
0 0
0 2 4 6 8 10 0 2 4 6 8 10
k V /ω kyVd/ ωpe
y d pe
Fig. 3.2 – Évolution des solutions instables 1D en fonction de la déformation
de la fonction de distribution.
siste malgré la déformation de la fonction de distribution. Les taux de crois-
sance sont encore significatifs quelque soit la déformation prise en compte
ici. Néanmoins, une décroissance notable de la valeur des taux de croissance
est à observer ; l’instabilité est moins violente à mesure que la déformation
devient importante. Cette diminution peut être appréhendée analytiquement
vu l’expression de la relation de dispersion (3.1). Nous avons vu dans la sec-
tion 3.1 que la fonction de distribution apparaît uniquement sous sa forme
dérivée dans la relation de dispersion. Voici l’intégrale sur v⊥ à calculer dans
la relation de dispersion :
" n=∞ #
Z ∞ 2
∂f0 k v
⊥ ⊥
X k v
⊥ ⊥ 2 (ω − k V
y d )
dv⊥ v⊥ 1 − J02 + Jn2 2
0 ∂ (v 2
⊥ /2) Ω n=1
Ω (nΩ) − (ω − k y Vd ) 2
(3.2)
La dérivée de la fonction de distribution est en facteur notamment de la
somme de fonctions de Bessel qui est à l’origine de l’instabilité à la résonance
ky Vd ' nΩ. Pour une dérivée de la fonction de distribution tendant vers zéro
localement en v⊥0 , la contribution à l’intégrale de la zone autour de v⊥0 de
l’intégrande est quasiment nulle. Plus la zone de v⊥ dans laquelle la dérivée
de la fonction est nulle est importante, i.e plus le plateau est étendu, plus la
77
Chapitre 3. Déformation de la fonction de distribution électronique et modes instables
zone qui ne contribue pas à l’intégrale est grande et moins la résonance est im-
portante dans la relation de dispersion. La diminution des taux de croissance
est donc d’autant plus importante que la zone de plateau est étendue. C’est
ce qu’on observe sur la figure 3.2, la fonction de distribution plate pouvant
être considérée comme une fonction de distribution avec un plateau étendu
jusqu’au coeur de la fonction.
Les fréquences associées aux taux de croissance maximaux décroissent de
la même manière. Pour la fonction de distribution plate en bleu, la valeur
de la fréquence du mode à plus fort taux de croissance (susceptible d’être le
mode dominant dans le propulseur) a été divisée par deux par rapport au cas
maxwellien.
Outre la relative diminution des taux de croissance, un changement es-
sentiel intervient lors de la déformation de la fonction de distribution : le
maximum absolu du taux de croissance apparaît pour une valeur de ky en
diminution. La valeur maximale du taux de croissance pour la fonction avec
plateau (en rouge) est observée pour ky Vd /ωpe ' 0.6, celle pour la fonction de
distribution plate (en bleu) pour ky Vd /ωpe ' 0.3. La valeur de ky pour laquelle
le taux de croissance est maximum absolu glisse doucement de ky Vd /ωpe = 1.2
à ky Vd /ωpe = 0.3 selon l’étendue du plateau dans la fonction de distribution.
La déformation de la fonction de distribution agit également directement
sur la forme des lobes instables. La figure 3.3 représente l’évolution en fonc-
tion de la déformation de la fonction de distribution des trois lobes instables
n=3, n=6 et n=12, contenant le maximum absolu du taux de croissance res-
pectivement pour la fonction de distribution plate en bleu, pour la fonction
de distribution avec plateau en rouge et pour une fonction de distribution
maxwellienne en noir comme nous venons de le voir. La courbe en vert cor-
respond à une fonction de distribution avec un petit plateau, intermédiaire
entre les fonctions noire et rouge, afin de visualiser parfaitement l’évolution
des lobes instables en fonction de la déformation. L’émergence d’une déforma-
tion locale de la fonction de distribution réduit la largeur de la région instable
en ky Vd en la concentrant au voisinage de l’harmonique cyclotronique la plus
proche. Cette réduction n’est pas homogène en ky et peut s’accompagner d’un
accroissement local du maximum du taux de croissance. Les lobes instables
à grands ky ont une largeur de lobes qui décroît plus rapidement que ceux à
petits ky . La hiérarchie dans l’épaisseur des lobes qui existait déjà pour une
fonction de distribution maxwellienne s’accentue avec la déformation de cette
dernière.
Cette décroissance de la largeur des lobes est accompagnée d’une évolu-
tion de la valeur des taux de croissance déjà caractérisée par la figure 3.2.
Le maximum du taux de croissance du lobe n=12 ne fait que décroître en
fonction de la déformation alors que ceux des lobes n=3 et n=6 connaissent
un maximum avant de décroître en fonction de l’importance du plateau dans
la fonction de distribution. De manière générale, tous les lobes ont leur pic
de taux de croissance qui évolue en fonction de la déformation de la fonction
de distribution. Pour les lobes tels que ky Vd /ωpe ∈ [0.1; 1.2[, le pic de taux de
78
3.3. Évolution des solutions selon la forme de la fonction de distribution
−3 −3
x 10 x 10
2.5 3.5
3
2
2.5
1.5 2
pe
pe
γ/ω
γ/ω
1 1.5
1
0.5
0.5
0 0
0.3 0.32 0.34 0.36 0.38 0.58 0.6 0.62 0.64 0.66 0.68
k V /ω kyVd / ωpe
y d pe
(a) Lobe n=3 (b) Lobe n=6
−3
x 10
5
3
γ / ωpe
0
1.18 1.2 1.22 1.24 1.26 1.28
kyVd / ωpe
(c) Lobe n=12
Fig. 3.3 – Évolution des lobes instables mono-dimensionnel en fonction de la
déformation de la fonction de distribution.
croissance de chaque lobe connaît un maximum en fonction de la déformation.
Lorsque le pic d’un lobe atteint son maximum (donc pour une fonction de
distribution donnée), il constitue alors le maximum absolu du taux de crois-
sance et correspond donc au mode qui se développe le plus rapidement. Les
lobes tels que ky Vd /ωpe > 1.2 ont quant à eux leur pic de taux de croissance
maximum pour une fonction de distribution maxwellienne. En définitive, la
valeur de ky telle que le taux de croissance est maximum absolu évolue vers
les petits ky en fonction de la déformation de la fonction de distribution.
Concrètement dans le propulseur, les modes instables qui vont effective-
ment se développer seront donc fortement liés à la forme de la fonction de
distribution. Si on suppose que la fonction de distribution électronique est
réellement maxwellienne en sortie de propulseur, les modes qui vont se déve-
lopper auront un nombre d’onde autour de ky Vd /ωpe ' 1.2. Rapidement la
fonction de distribution va se déformer sous l’effet même de l’instabilité et le
nombre d’onde autour duquel les modes sortiront diminuera vers les petits ky
à mesure que la fonction de distribution deviendra plate.
La réduction de la largeur des lobes lorsque la fonction de distribution
79
Chapitre 3. Déformation de la fonction de distribution électronique et modes instables
se déforme implique aussi que les modes instables à fort taux de croissance
ont un nombre d’onde de plus en plus proche des harmoniques cyclotroniques
quel que soit le lobe concerné.
3.3.2 Perturbation oblique
L’impact de la déformation de la fonction de distribution électronique sur
l’extension en kx de l’instabilité est étudié ici. La perturbation considérée est
bi-dimensionnelle (en kx , ky ). La relation de dispersion à résoudre est donc la
relation (3.1). Les fonctions de distribution déformées caractéristiques de la
figure 3.1 modélisent celles observées dans le modèle particulaire explicite 1D.
Dans la mesure où cette étude se veut surtout qualitative de l’évolution de
l’instabilité, les interpolations des fonctions de distribution plateau et plate
peuvent être utilisées comme fonctions déformées de référence dans l’étude
de l’extension bi-dimensionnelle. Il faut préciser ici que les fonctions de dis-
tribution électroniques obtenues par les modèles particulaires 1D et 2D sont
similaires en première approche puisqu’elles ne sont fonctions que de v⊥ 2
. Les
−3 −3
x 10 x 10
4 1.26 4
1.28 1.25
3 3
1.24
pe
pe
1.26
k V /ω
k V /ω
2 2
y d
y d
1.23
1.24
1.22
1 1
1.22
1.21
0 0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 0 0.2 0.4 0.6 0.8
kxVd/ ωpe kxVd/ ωpe
(a) Distribution maxwellienne (b) Distribution avec plateau
−3
x 10
4
1.22
1.215 3
pe
k V /ω
2
y d
1.21
1.205 1
0
0 0.2 0.4 0.6 0.8
k V /ω
x d pe
(c) Distribution plate
Fig. 3.4 – Évolution du lobe instable bi-dimensionnel n=12 en fonction de la
déformation de la fonction de distribution.
80
3.3. Évolution des solutions selon la forme de la fonction de distribution
−3 −3
x 10 x 10
4 0.66 4
0.68
0.65
3 3
0.64
kyVd/ ωpe
pe
0.66
k V /ω
2 2
y d
0.63
0.64
0.62
1 1
0.62
0.61
0 0
0 0.5 1 1.5 0 0.5 1 1.5
kxVd/ ωpe kxVd/ ωpe
(a) Distribution maxwellienne (b) Distribution avec plateau
−3
x 10
4
0.625
3
0.62
pe
k V /ω
0.615 2
y d
0.61
1
0.605
0
0 0.5 1 1.5
kxVd/ ωpe
(c) Distribution plate
Fig. 3.5 – Évolution du lobe instable bi-dimensionnel n=6 en fonction de la
déformation de la fonction de distribution.
temps caractéristiques de développement des modes et de la déformation de
la fonction de distribution diffèrent notablement mais les comportements glo-
baux de la fonction de distribution électronique sont proches : émergence d’un
plateau autour de v⊥ /Vd ' 1 puis aplatissement de la fonction de distribution.
La figure 3.4 représente le taux de croissance pour le lobe n=12 en fonc-
tion de kx Vd /ωpe en abscisse et ky Vd /ωpe en ordonnée pour une fonction de
distribution maxwellienne, pour une fonction avec plateau et pour une fonc-
tion de distribution plate. Ce lobe contient le taux de croissance maximum
absolu pour une fonction de distribution électronique maxwellienne, i.e. l’un
des modes principaux qui se développent effectivement en début de simu-
lation. La remarque du cas 1D sur la réduction en ky de la plage instable
en fonction de la déformation est valable pour tous les kx . Cette réduction
de la plage instable se fait de manière moins homogène en kx pour le lobe
n=6. Ceci est illustré par la figure 3.5 qui représente le taux de croissance
pour le lobe n=6 en fonction de kx Vd /ωpe en abscisse et ky Vd /ωpe en ordonnée
pour les trois fonctions de distribution caractéristiques. La réduction ky de la
plage instable du cas 1D est visible pour kx = 0 et se généralise pour tout kx
81
Chapitre 3. Déformation de la fonction de distribution électronique et modes instables
−3 −3
x 10 x 10
4 4
0.38 0.38
3 3
pe
pe
0.36 0.36
k V /ω
k V /ω
y d
2
y d
0.34 0.34
1 1
0.32 0.32
0 0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 0 0.2 0.4 0.6 0.8
kxVd/ ωpe kxVd/ ωpe
(a) Distribution maxwellienne (b) Distribution avec plateau
−3
x 10
4
0.325
3
0.32
pe
k V /ω
0.315 2
y d
0.31
1
0.305
0
0 0.2 0.4 0.6 0.8
kxVd/ ωpe
(c) Distribution plate
Fig. 3.6 – Évolution du lobe instable bi-dimensionnel n=3 en fonction de la
déformation de la fonction de distribution.
pour une fonction de distribution très déformée (plate). Cependant, lorsque
la déformation apparaît, c’est-à-dire pour une fonction de distribution avec
un plateau encore faiblement étendu, le lobe change de forme et son taux de
croissance maximum se situe alors nettement pour un kx non nul. Cette ten-
dance disparaît lorsque la déformation de la fonction de distribution devient
importante. On retrouve alors un lobe réduit en ky quelque soit la valeur de
kx , le maximum du taux de croissance se situant autour des kx petits.
Enfin, la figure 3.6 représente l’évolution, pour les trois fonctions de dis-
tribution caractéristiques, du lobe n=3 en fonction de kx Vd /ωpe en abscisse
et ky Vd /ωpe en ordonnée. L’évolution qualitative est identique à celle du lobe
n=6, les taux de croissance résiduels pour la fonction de distribution plate
étant néanmoins plus élevés.
Les échelles de couleur sont conservées entre les figures 3.4, 3.5 et 3.6. La
comparaison de ces trois figures permet de retrouver les conclusions du para-
graphe précédent qui ne prenait en compte qu’une perturbation azimutale :
les modes les plus instables se situent dans le lobe n=12 pour une fonction de
distribution maxwellienne et glissent vers le lobe n=3 pour une fonction de
82
3.3. Évolution des solutions selon la forme de la fonction de distribution
distribution plate en passant par les lobes intermédiaires(n=11,10...,6,...4,3)
à mesure que le plateau autour de v⊥ /Vd ' 1 s’étend.
La déformation de la fonction de distribution électronique a donc une in-
fluence importante sur les propriétés de l’instabilité. Le calcul de la relation
de dispersion intégrale nous a permis de généraliser l’étude de la stabilité du
système pour des fonctions de distribution électronique déformées par rap-
port au cas maxwellien. Le principal résultat concerne les modes à taux de
croissance maximaux : la valeur du nombre d’onde ky associé aux modes
qui se développent le plus rapidement change en fonction de la déformation.
Le ky Vd /ωpe correspondant passe de 1.2 à 0.6 puis 0.3 pour une fonction de
distribution maxwellienne évoluant vers une fonction de distribution plate
par l’intermédiaire du fonction de distribution avec un plateau. Les fonctions
de distribution à la base de l’étude ont été choisies de manière arbitraire.
Par conséquent, les valeurs précisent de ky Vd /ωpe pour lesquelles le taux de
croissance est maximum ne sont à appréhender qu’à titre d’exemple afin de
caractériser l’évolution de l’instabilité. Il faut donc retenir que la déformation
de la fonction de distribution électronique diminue la valeur ky des modes
qui vont se développer. Par ailleurs, l’étude a montré également une ten-
dance générale à une réduction du taux de croissance des modes ayant un
kx fini quand il se construit une fonction de distribution plate. L’évolution
de l’instabilité converge alors vers le cas 1D dans la mesure où le kx mini-
mum supporté par le système n’est pas trop petit (cas du propulseur). Cette
double évolution est progressive en fonction de l’étendue du plateau de la
fonction de distribution. Le maximum absolu du taux de croissance situé
autour de ky Vd /ωpe = 1.2 pour une maxwellienne glisse vers les petits ky à
mesure que la fonction de distribution se déforme. Ce glissement en ky des
taux de croissance maximaux est associé à un glissement en kx pour une
petite déformation (plateau peu étendu) : les taux de croissance maximaux
correspondent alors à des kx non nuls. L’instabilité se développe de manière
de plus en plus mono-dimensionnelle lorsque le plateau s’étend de manière
importante, jusqu’à atteindre le coeur de la fonction de distribution.
L’étude de plusieurs cas types par le biais de simulations particulaires va
permettre dans le chapitre 4 de vérifier la validité de l’ensemble des proprié-
tés mises en évidence par l’étude théorique de stabilité. L’évolution de ces
propriétés en fonction de la déformation de la fonction de distribution sera
comparée avec les conclusions énoncées ci-dessus.
83
Chapitre 3. Déformation de la fonction de distribution électronique et modes instables
84
Chapitre 4
Comparaison avec les simulations
Sommaire
4.1 Simulation fortement discrétisée . . . . . . . . 86
4.2 Simulation multi-mode . . . . . . . . . . . . . . 90
4.2.1 Système 1D . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
4.2.2 Système 2D . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
4.3 Corrélation entre l’instabilité et le transport
électronique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
eux types de simulations peuvent être différenciés selon qu’elles décrivent
D ou non la multiplicité des modes instables pouvant se développer dans le
propulseur. Le nombre de modes (stables ou instables) décrit par une simula-
tion donnée dépend directement de la taille de la maille de discrétisation (pour
être bien décrite, nous considérons que la période spatiale d’une onde néces-
site un minimum de 8 points). La longueur du système détermine la longueur
d’onde maximum supporté par la simulation et définit le pas de discrétisation
de l’espace des nombres d’onde par la relation ∆ky = 2π/ylong (dans le cas
d’une simulation 2D, on a aussi ∆kx = 2π/xlong où xlong est la longueur
de la boîte en x). Vu les propriétés de l’instabilité, une petite longueur de
système, correspondant à un mode fondamental à grand nombre d’onde et à
un ∆k important, restreint la part des modes instables dans les modes dé-
crits. A l’inverse, une grande longueur de système, correspondant à un mode
fondamental à petit nombre d’onde et à un petit ∆k, favorise l’abondance de
modes instables décrits. Ainsi, selon la longueur du système, les simulations
supportent un plus ou moins grand nombre de modes instables. Les simula-
tions fortement discrétisées, dont nous avons parlé au chapitre 2, ont pour but
essentiel la validation de l’étude théorique de stabilité et la compréhension
des mécanismes de saturation de certains modes instables. La longueur de la
simulation est définie de manière à ce que un ou deux modes instables seule-
ment soient décrits, permettant ainsi une analyse théorique simplifiée des phé-
nomènes physiques présents dans le propulseur. Pour obtenir une simulation
85
Chapitre 4. Comparaison avec les simulations
plus proche de la réalité du propulseur, les dimensions de la simulation doivent
être nettement plus importantes pour s’approcher des dimensions du propul-
seur, et nécessitent par conséquent de plus gros moyens de calcul (en temps
et en puissance). La simulation est alors clairement multi-mode. Plus la boîte
est grande, plus le nombre de modes instables décrits est important et plus
la simulation est proche des conditions réelles du propulseur (dans la limite
des dimensions du propulseur, encore supérieures à celles des simulations les
plus grandes). Dans ce chapitre, nous exposons les résultats d’une simulation
fortement discrétisée décrivant deux modes instables. Ce cas simple permet
de comprendre notamment la dynamique linéaire et non-linéaire des modes
instables en comparant les résultats de simulation aux propriétés mises en
évidence de manière théorique précédemment. Deux simulations multi-modes
(un cas 1D et un cas 2D) sont présentées par la suite. Elles donnent une vision
globale de la dynamique de l’instabilité se développant dans le propulseur.
4.1 Simulation fortement discrétisée
Le modèle numérique utilisé ici correspond au modèle particulaire mono-
dimensionnel présenté en section 2.4.1. La longueur de simulation choisie est
telle que le mode fondamental et son premier harmonique soient tous les deux
instables. Il s’agit des modes ky Vd /ωpe = 0.515 (mode fondamental dont la
longueur d’onde correspond à la longueur de la simulation ylong = 24.4 λD )
et ky Vd /ωpe = 1.03 (premier harmonique). Dans cette simulation, le champ
magnétique extérieur est tel que Ω/ωpe = 0.1 et le rapport de la vitesse
thermique à la vitesse de dérive vaut Vth /Vd = 0.5.
La figure 4.1 illustre l’instabilité de ces deux modes prévue par la théorie.
L’évolution temporelle de l’énergie électrostatique Fig.4.1(a) met en lumière
l’effet de la croissance successive de deux modes instables dans le système.
Elle croît en début de simulation principalement du fait du développement
du mode ky Vd /ωpe = 1.03 comme le montre la figure 4.1(b) qui représente
l’évolution temporelle de la densité spectrale des deux modes décrits par le
système. Elle connaît ensuite un premier plateau puisque le mode harmo-
nique se sature. Ce plateau est suivi d’une seconde étape de croissance liée
à la poursuite du développement du mode fondamental ky Vd /ωpe = 0.515.
La saturation du mode fondamental coïncide avec la fin de la croissance de
l’énergie électrostatique.
Nous avons déjà indiqué au chapitre 2 que le développement d’un mode
instable dans un système donné est accompagné d’une déformation de la
fonction de distribution électronique : formation d’un petit plateau pour les
modes à grands ky et aplatissement de la fonction de distribution (c’est-à-dire
la formation d’un plateau qui atteint le coeur de la fonction) pour la plupart
des modes à petits ky . Les deux types de déformation sont ici combinées.
Ceci est illustrée par la figure 4.1(c) qui représente la fonction de distribution
électronique en fonction de v⊥ /Vd aux trois temps caractéristiques : ωpe t =
86
4.1. Simulation fortement discrétisée
−2
10
−1 10
−2
10
−4
10
∝ |Ek|2
−3
k
SE
10
−6
−4
10
10 kyVd / ωpe=1.03
kyVd / ωpe=0.515
−5
10 −8
0 1 2 3 4 10
ωpet 0 1 2 3 4
ω t
4
x 10 pe 4
x 10
(a) Énergie électrostatique (b) Évolution temporelle de la densité spec-
trale des modes ky Vd /ωpe = 0.515 et 1.03
0 t=0
10
−1
10 t=6.3 103 ω−1
pe
−2 t =1.6 104 ω−1
pe
10
−3
10
0 2 4 6 8
v /V
⊥ d
(c) Déformation de la fonction de distribu-
tion
Fig. 4.1 – Croissance des modes instables et déformation de la fonction de
distribution dans la simulation PIC explicite ylong = 24.4 λD .
0, ωpe t = 6.3 103 et ωpe t = 1.6 104 . La fonction de distribution initiale
est maxwellienne. Le temps ωpe t = 6.3 103 correspond au premier niveau de
saturation de l’énergie électrostatique, i.e. la saturation du mode harmonique.
Un petit plateau autour de v⊥ /Vd ' 1 s’est alors formé. Le temps ωpe t =
1.6 104 correspond au niveau de saturation final de l’énergie électrostatique,
i.e. la saturation du mode fondamental. La fonction de distribution est plate.
Ces fonctions de distribution sont modélisées et injectées dans la relation de
dispersion (3.1) que l’on résout pour obtenir la figure 4.2. Les lobes n=5 et
n=10 sont représentés pour ces trois fonctions de distribution. Ils contiennent
respectivement le mode ky Vd /ωpe = 0.515 et le mode ky Vd /ωpe = 1.03. La
marque en étoile sur les figures 4.2(b) et 4.2(c) situe les positions des deux
modes dans leur lobe respectif.
Au départ de la simulation, la fonction de distribution est maxwellienne
(en petits traits sur la figure 4.2(a), les lobes correspondants sur les figures
4.2(b) et 4.2(c) sont aussi en petits traits ; le code graphique est aussi conservé
pour les autres fonctions de distribution). Les deux modes sont tous deux
87
Chapitre 4. Comparaison avec les simulations
−3
x 10
3.5
0 3
10
2.5
−1 2
γ/ωpe
10
1.5
−2
10 1
0.5
−3
10 0
0 2 4 6 8 0.5 0.52 0.54 0.56 0.58
v /V
⊥ d
kyVd/ ωpe
(a) Fonction de distribution interpolée utili- (b) Lobe n=5
sée
−3
x 10
5
3
γ/ωpe
0
1 1.02 1.04 1.06 1.08
kyVd/ ωpe
(c) Lobe n=10
Fig. 4.2 – Saturation des modes ky Vd /ωpe = 1.03 et ky Vd /ωpe = 0.515 en
fonction de la déformation de la fonction de distribution.
instables mais ont une valeur de taux de croissance différente : le mode har-
monique ky Vd /ωpe = 1.03 a un taux de croissance quatre fois plus élevé que
le mode fondamental ky Vd /ωpe = 0.515 (γ1.03 /ωpe ≈ 2 10−3 et γ0.515 /ωpe ≈
5 10−4 ). Ceci est vérifié sur la figure 4.1 puisque le mode harmonique se
développe bien avant le mode fondamental. En se développant, l’onde cor-
respondant au mode harmonique interagit avec les électrons et déforme la
fonction de distribution. Un plateau autour de v⊥ /Vd ' 1 se construit ce qui
modifie la forme des lobes instables : les lobes se rétrécissent en ky . Le mode
harmonique qui était instable devient brutalement stable lorsque celui-ci sort
du lobe n=10 qui se rétrécit à mesure que le plateau s’étend. Ceci est parfai-
tement clair sur la figure 4.2(c) où nous voyons que le mode est situé juste
à l’extérieur du lobe instable pour la fonction de distribution correspondant
à la première saturation de l’énergie électrostatique. L’énergie électrostatique
cesse de croître puisque le mode à l’origine de sa croissance est saturé. L’appa-
rition du plateau et l’augmentation de sa largeur constitue donc le mécanisme
de saturation du mode harmonique ky Vd /ωpe = 1.03.
La déformation de la fonction de distribution a eu aussi pour effet d’aug-
88
4.1. Simulation fortement discrétisée
menter la valeur du taux de croissance du mode fondamental ky Vd /ωpe = 0.515
qui est donc encore plus instable comme on le voit sur la figure 4.2(b). Ce
mode continue de croître avec un taux de croissance de plus en plus grand à
mesure que la déformation de la fonction de distribution est de plus en plus
importante. L’énergie électrostatique se remet donc à croître une fois que
l’énergie correspondant au mode fondamental est significative par rapport à
l’énergie totale du système. Cette énergie croît jusqu’à ce que la déformation
soit telle que ce mode se stabilise à son tour. La forme de la fonction de
distribution au niveau de la saturation finale de l’énergie électrostatique est
plate (Fig. 4.1(c) et Fig.4.2(a) pour sa modélisation). Le lobe n=5 lui cor-
respondant Fig. 4.2(b) en trait plein n’inclut plus le mode ky Vd /ωpe = 0.515
qui est donc stable. Le mode ky Vd /ωpe = 1.03 est quant à lui toujours situé à
l’extérieur du lobe n=10 qui s’est rétréci encore un peu plus. Les deux modes
décrits ne sont plus instables et du fait de la taille de la simulation, aucun
autre mode ne peut se développer. L’énergie du système n’évolue donc plus
comme on le voit sur la figure 4.1.
Dans une simulation donnée, la position au sein du lobe du mode décrit
détermine sa saturation et la déformation maximale de la fonction de dis-
tribution. Plus il est proche de la résonance ky Vd = nΩ, plus tardive est sa
saturation et plus le niveau de saturation de l’énergie électrostatique est élevé
tout comme l’étendue du plateau de la fonction de distribution. C’est ce qu’on
observe dans le cas présenté ici. Le mode fondamental est plus proche de la
résonance ky Vd = nΩ que le mode harmonique dans leur lobe respectif. La
saturation de l’énergie électrostatique liée au mode fondamental se fait à une
amplitude supérieure à celle correspondant au mode harmonique. De même,
la déformation finale de la fonction de distribution due au mode fondamen-
tal est plus importante que lorsque le mode harmonique s’est saturé. Le cas
limite d’un mode tel que ky Vd ' nΩ aboutit à une croissance de l’énergie et
à une déformation associée considérable. Ce cas sera abordé dans la section
suivante.
Cette différence du niveau de saturation en énergie est notable, elle est
d’environ un ordre de grandeur dans cette simulation, car un second facteur
intervient dans la valeur du niveau de saturation. La dépendance de la po-
sition des modes dans leur lobe respectif est accompagnée de la dépendance
de la position générale en ky mise en avant dans la section 3.3.1. Les lobes
instables à petits ky ont une largeur en ky qui se réduit, en fonction de la dé-
formation, moins rapidement que celle des lobes à grands ky . Ainsi, les modes
contenus dans ces lobes sont plus longtemps instables que ceux à grands ky
indépendamment de leur position dans leur lobe respectif. Leur niveau de
saturation est par conséquent plus élevé. Cette tendance à un niveau de satu-
ration plus élevé se généralise donc à tous les modes à petits ky par rapport
aux modes à grands ky .
89
Chapitre 4. Comparaison avec les simulations
4.2 Simulation multi-mode
4.2.1 Système 1D
Le modèle numérique est ici identique à celui utilisé dans les simulations
fortement discrétisées. La différence réside dans la longueur de la simulation
qui est maintenant beaucoup plus importante : ylong = 1854 λD . Elle corres-
pond à une longueur dans la direction azimutale de 6.2 cm pour une fréquence
plasma ωpe = 30 GHz. Cette grande longueur de simulation permet de décrire
de nombreux modes instables (∆ky Vd /ωpe = 0.0068) et de s’approcher d’un
système réaliste. Les modes décrits sont des harmoniques du mode fondamen-
tal ky Vd /ωpe = 0.0068. Les lobes instables, étudiés de façon détaillée lors de la
résolution de la relation de dispersion, s’étendent sur une largeur de ky bien
plus grande que ∆ky . Plusieurs modes instables peuvent donc se développer à
l’intérieur d’un même lobe. Les paramètres de la simulation présentée ici sont
les suivants : le champ magnétique est tel que Ω/ωpe = 0.06 et Vth /Vd = 0.5.
La figure 4.3 illustre l’évolution de l’instabilité au cours de la simulation
ainsi que celle de la fonction de distribution électronique. L’énergie électrosta-
tique représentée sur la figure 4.3(a) croît rapidement jusqu’à des valeurs très
importantes et ne semble pas connaître de saturation bien que l’évolution du
système ait été suivie sur 8 104 ωpe−1
, soit 2.6 µs-temps grand devant le temps
de transit des ions. Cette absence de saturation est indirectement due à la
taille de la simulation. En effet, un grand nombre de modes instables sont
décrits, y compris des modes très proches de la résonance ky Vd = nΩ. Pour
ces modes, la saturation est atteinte pour un temps d’autant plus important
que le mode est proche de l’harmonique cyclotronique. Plus la longueur de
simulation est grande, plus le pas ∆ky des modes décrits est petit et donc plus
proches des harmoniques cyclotroniques sont certains modes instables décrits.
Nous avons vu que la déformation de la fonction de distribution rétrécit les
lobes instables autour des harmoniques ky Vd = nΩ. Les modes suffisamment
proches des harmoniques cyclotroniques restent donc instables même pour
une fonction de distribution trés déformée. Par conséquent, l’énergie électro-
statique liée à ces modes croît indéfiniment (sur des temps raisonnables par
rapport à la physique du propulseur).
Sa croissance est associée à une déformation de la fonction de distribution
électronique Fig.4.3(b) comme nous l’avons observé dans les simulations for-
tement discrétisées. Un épaulement de la distribution autour de v⊥ /Vd ' 1
se crée dans un premier temps, puis le plateau s’étend à mesure que l’éner-
gie électrostatique croît et atteint le coeur de la fonction de distribution. Les
figures 4.3(c), 4.3(d) et 4.3(e) rendent compte de l’origine de l’énergie électro-
statique aux trois temps correspondant aux trois fonctions de distributions
de la figure 4.3(b) : ωpe t = 2.4 103 , ωpe t = 5 103 et ωpe t = 7 103 . Elles repré-
sentent la densité spectrale du champ électrique fluctuant. Il se décompose en
un peigne de modes. Au début de la simulation, la fonction de distribution
électronique est maxwellienne. Les résultats de la relation de dispersion dans
90
4.2. Simulation multi-mode
0 ω t=2.4 103
10 pe
3
ωpet=5 10
−1
10 3
ω t=7 10
pe
−2
10
−3
10
0 2 4 6 8
v /V
⊥ d
(a) (b)
3
0.035
15
0.03 2.5
0.025 2
10
f
SE
0.02
f
f
SE
E
1.5
S
0.015
1
0.01 5
0.5
0.005
0 0 0
0 0.5 1 1.5 2 2.5 0 0.5 1 1.5 2 0 0.5 1 1.5 2
k V /ω k V /ω k V /ω
y d pe y d pe y d pe
(c) ωpe t = 2.4 103 (d) ωpe t = 5 103 (e) ωpe t = 7 103
Fig. 4.3 – Cas multi-mode 1D (ylong = 1854 λD ) : évolution de l’énergie
électrostatique (a), fonction de distribution (b) et densité spectrale (c)-(e).
le cas maxwellien indique que les modes à plus forts taux de croissance se
situent au voisinage de ky Vd /ωpe ' 1.2 comme nous l’avons vu au chapitre 2.
C’est effectivement ce que montre la figure 4.3(c).
L’évolution non-linéaire de la fonction de distribution vers une fonction
épaulée est associée à l’apparition de nombreux modes présentant des lon-
gueurs d’onde plus grandes Fig.4.3(d). Le spectre est alors centré à environ la
moitié du nombre d’onde initial. La poursuite de la déformation non-linéaire
de la fonction de distribution vers une fonction plate se traduit par un glis-
sement encore plus important de la valeur de ky des modes dominants le
spectre vers les petits nombres d’onde. Cette évolution corrélée de la fonction
de distribution et des modes instables a été mise en évidence dans l’étude
de l’influence de la déformation de la fonction de distribution sur l’instabi-
lité au chapitre 3. Ces résultats valident donc l’étude de stabilité théorique
précédemment effectuée.
La figure 4.4 apporte une vision continue de l’évolution de l’instabilité
puisqu’elle représente l’évolution temporelle de la densité spectrale des modes.
On y distingue clairement aux temps courts le peigne de modes instables prévu
par la théorie ainsi que le glissement en ky , vers les petits nombres d’onde, des
modes dominants par suite de la déformation de la fonction de distribution.
Sur des temps plus longs, on note l’apparition d’un quasi continuum dans les
91
Chapitre 4. Comparaison avec les simulations
Fig. 4.4 – Évolution temporelle de la densité spectrale dans le cas ylong =
1854 λD .
(a) ωpe t = 2.4 103 (b) ωpe t = 5 103 (c) ωpe t = 7 103
Fig. 4.5 – Cas multi-mode 1D (ylong = 1854 λD ) : évolution de l’espace des
phases dans la direction azimutale
ky Vd /ωpe petits. L’ensemble des modes à petits ky décrits par la simulation
sont alors présents dans le système. Ce phénomène non linéaire n’est pas décrit
par la théorie et semble étranger à l’instabilité électronique de dérive. Il est
associé à l’apparition de structures localisées dans l’espace des phases (y, vy )
nettement visible en figure 4.5. Ce comportement de fin de simulation, à savoir
l’apparition de la queue chaude de la fonction de distribution, la croissance
indéfinie de l’énergie électrostatique et l’émergence de structures dans l’espace
des phases, est en contradiction avec les résultats des simulations implicites
exposées en partie préliminaire [Adam et al. 2004]. L’origine de ces divergences
est sans doute d’une part liée aux pertes en énergie (ionisation, collisions
pariétales) et aux effets de longueurs finies (non périodicité, inhomogénéités...)
pris en compte dans les simulations implicites et, d’autre part, liée aux effets
bi-dimensionnels qui vont être pris en compte dans le paragraphe suivant.
92
4.2. Simulation multi-mode
4.2.2 Système 2D
Le modèle particulaire sur lequel est basé la simulation présentée ici est
une généralisation bi-dimensionnelle du modèle 1D explicite présenté en sec-
tion 2.4.1 permettant à un mode oblique de se développer. Par souci de simpli-
cité, la direction axiale du propulseur est prise périodique comme la direction
azimutale. La boîte de simulation a pour longueur dans la direction azimutale
ylong = 460 λD (environ 1.7 cm pour ωpe = 30 GHz) et xlong = 167 λD
(environ 0.6 cm) et les paramètres de simulation sont : Ω/ωpe = 0.06 et
Vth /Vd = 0.5. Ce cas 2D est plus proche de la réalité du propulseur dans
la mesure où il prend en compte l’extension bi-dimensionnelle des modes in-
stables d’une part et la multiplicité du nombre de ces modes d’autre part. La
longueur de simulation dans la direction azimutale est plus faible que dans
le cas 1D traité précédemment afin de raccourcir le temps de calcul. Les di-
vergences introduites de ce fait ne sont pas significatives et perturbent peu la
comparaison entre le cas 2D présenté ici et le cas 1D du paragraphe précédent
(une simulation 1D longue de 460 λD a été effectuée, les résultats qualitatifs
du paragraphe précédent sont identiques).
ω t=0
0 pe
10
ωpet=9.8 103
−1
10
ωpet=2.9 104
−2
10
−3
10
0 2 4 6 8
v /V
⊥ d
(a) Énergie électrostatique (b) Fonction de distribution électronique
Fig. 4.6 – Cas multi-mode 2D (xlong = 167 λD et ylong = 460 λD ) : évolu-
tion de l’énergie électrostatique (a) et de la fonction de distribution (b).
La figure 4.6 montre comme les figures 4.3(a) et 4.3(b) l’évolution de
l’énergie électrostatique et celle de la fonction de distribution électronique.
L’évolution du système est beaucoup plus lente que dans le cas 1D. La crois-
sance de l’énergie électrostatique ainsi que la déformation de la fonction de
distribution associée se fait de manière très douce en comparaison du cas 1D.
D’autres simulations avec moins de modes obliques instables ont été effec-
tuées en conservant la longueur en azimut. L’adoucissement de la croissance
de l’énergie électrostatique est directement lié au caractère bi-dimensionnel
de l’instabilité. L’augmentation du nombres de modes dans la direction axiale
en réduit effectivement la croissance. Le problème de la convergence est donc
93
Chapitre 4. Comparaison avec les simulations
posé, mais l’augmentation de la taille du système dans la direction x est pro-
blématique du fait du temps de calcul (un mois sur 8 processeurs pour 104 ωpe −1
pour la taille de simulation ci-dessus).
L’évolution de la fonction de distribution, plus lente, reste la même, pas-
sant d’une maxwellienne à une fonction plate malgré une énergie électrosta-
tique inférieure au cas 1D (de plusieurs ordres de grandeur). La diffusion du
coeur de la fonction de distribution se fait pour une énergie nettement plus
faible que dans le cas 1D et la queue d’électrons rapides du cas 1D n’apparaît
plus tout comme les structures de l’espace des phases (trous de densité) et
le continuum de modes à petits ky , ce qui coïncide avec les résultats du code
implicite.
L’évolution temporelle de la structure du champ électrique azimutal est
présentée en figure 4.7. Le champ électrique (en Volt) dans la direction azi-
mutale y est tracé dans l’espace (x/λD , y/λD ). Aux temps longs, il est très
proche de celui obtenu dans le code implicite (Fig.14). L’échelle de temps
correspondante (h 1.2µs) est de l’ordre de grandeur du temps de transit des
ions en sortie de moteur. L’évolution globale de la structure du champ suggère
que le système relaxe lentement vers un système mono-dimensionnel quand
la fonction de distribution se déforme. Ceci est confirmé par la figure 4.8 qui
retrace l’évolution du spectre du champ électrique azimutal. Au début de la
simulation (ωpe t = 9.8 103 ), le système est nettement 2D. Les modes pré-
sents, i.e les modes les plus instables, se situent autour de ky Vd /ωpe = 0.7 et
kx Vd /ωpe = ±0.3. Comme prévu par la théorie, les spectres sont quasiment
symétriques en kx si l’on tient compte des incertitudes statistiques liées au
principe des codes particulaires. La déformation de la fonction de distribution
s’accompagne d’un glissement des valeurs de kx et de ky vers les petits nombre
d’onde. En fin de simulation (ωpe t = 2.9 104 ), la situation 1D, à savoir un
système avec des modes instables à kx = 0 uniquement, n’est pas complète-
ment atteinte mais la tendance du système à devenir mono-dimensionnel est
claire. Elle l’est d’autant plus dans des simulations où le nombre de modes
obliques instables est réduit. On observe alors une relaxation rapide vers un
modèle mono-dimensionnel quand la fonction de distribution se déforme.
L’ensemble de ces résultats est conforme à la théorie présentée dans les
chapitres précédents : l’instabilité se développe en paquets de modes instables
obliques et tend à devenir 1D avec la déformation de la fonction de distribu-
tion. La section suivante met en évidence l’existence d’un transport électro-
nique axial corrélé au développement des modes instables.
4.3 Corrélation entre l’instabilité et le trans-
port électronique
Nous avons vu que la croissance de l’énergie électrostatique est toujours
accompagnée d’une déformation de la fonction de distribution électronique.
94
4.3. Corrélation entre l’instabilité et le transport électronique
(a) ωpe t = 9.8 103 (b) ωpe t = 1.7 104 (c) ωpe t = 2.9 104
Fig. 4.7 – Évolution de la structure de la composante azimutale du champ
fluctuant dans le cas xlong = 167 λD et ylong = 460 λD .
(a) ωpe t = 9.8 103
(b) ωpe t = 1.7 104
(c) ωpe t = 2.9 104
Fig. 4.8 – Évolution du spectre de la composante azimutale du champ fluc-
tuant dans le cas xlong = 167 λD et ylong = 460 λD .
95
Chapitre 4. Comparaison avec les simulations
−2
10
−4
10
k
SE
−6
10
k V / ω =1.03
y d pe
kyVd / ωpe=0.515
−8
10
0 1 2 3 4
ω t 4
pe x 10
(a) Évolution temporelle de la densité spec-
trale des modes ky Vd /ωpe = 0.515 et 1.03
4
x 10
0
−0.5
V em m.s−1
−1
x
−1.5
−2
0 1 2 3 4
ω t 4
pe x 10
(b) Évolution temporelle de la valeur
moyenne de la vitesse axiale
Fig. 4.9 – Corrélation entre l’énergie électrostatique et le courant axial dans
le cas ylong = 24.4 λD .
Ceci suggère l’existence d’une interaction importante entre les modes instables
et les électrons. Cette interaction onde-électron est confirmée par la corréla-
tion entre le développement des modes instables et l’apparition d’un courant
électronique selon l’axe du propulseur. La figure 4.9 la met particulièrement
en évidence en juxtaposant l’évolution temporelle de la densité spectrale des
modes instables et celle de la vitesse axiale moyenne des électrons du système
1D bimode présenté dans la section 4.1.
Cette simulation décrit l’évolution de deux modes azimutaux instables
uniquement. Les pics de courant apparaissent à chaque fois qu’un mode se
développe. Tant que l’énergie liée à ce mode croît, la vitesse axiale des élec-
trons croît. Une fois que le mode est saturé à cause de la déformation de la
fonction de distribution, le courant électronique cesse de croître et commence
à se réduire. Le système se stabilise et retrouve un équilibre dans la mesure
où les modes décrits par le modèle ne sont plus instables.
La valeur de la vitesse axiale instantanée est liée à la valeur de l’éner-
gie électrostatique. En phase croissante, elle est d’autant plus importante
96
4.3. Corrélation entre l’instabilité et le transport électronique
(a) Cas multi-mode 1D
(b) Cas multi-mode 2D avec peu de modes obliques
(c) Cas multi-mode 2D avec beaucoup de modes obliques
Fig. 4.10 – Corrélation entre l’énergie électrostatique et le courant axial pour
différents cas 1D.
que l’énergie électrostatique est grande. Nous avons vu que cette dernière
dépend du nombre de modes instables pris en compte ainsi que de leur ex-
tension axiale. De même, le transport électronique dans la direction x est
largement tributaire du modèle utilisé. Ceci est illustré par la figure 4.10
qui généralise la figure précédente à différents cas. La croissance de l’énergie
électrostatique, i.e. le développement de divers modes instables, est toujours
associée au passage d’un courant axial. Dans le cadre du propulseur, un cou-
rant électronique égal au courant ionique correspond à une vitesse axiale égale
97
Chapitre 4. Comparaison avec les simulations
à quelques 104 m.s−1 . Ce courant est bien trop important dans le cas multi-
mode 1D mais atteint des valeurs raisonnables lorsqu’on s’approche d’un cas
réaliste proche des conditions existantes dans le propulseur. L’énergie élec-
trostatique est beaucoup plus lente à croître dans les cas 2D et ce d’autant
plus que le nombre de modes instables obliques possibles est important. Le
courant qui y est associé suit la même évolution. Dans le cas multi-mode 2D
avec une longueur de boîte dans la direction axiale proche de celle du propul-
seur (la largeur du système 0.6 cm n’est pas très éloignée de la dimension de
la zone d’accélération des ions en sortie du moteur) correspondant à la figure
4.10(c), la valeur de la vitesse électronique moyenne est compatible avec les
résultats des simulations implicites présentées en partie préliminaire. En effet,
la vitesse axiale des électrons est environ de 6 103 m.s−1 pour ωpe t = 2 104
(ordre de grandeur du temps de transit ionique), ce qui représente un courant
électronique de l’ordre de 30% du courant ionique proportion proche de celle
mesurée en sessions expérimentales.
Les simulations numériques présentées confirment l’analyse théorique et
montrent en particulier que les déformations de la fonction de distribution ne
conduisent pas directement à une saturation de l’instabilité. Elles montrent
aussi l’importance des effets 2D sur ces déformations. Pour retrouver les résul-
tats des simulations implicites, il semble important de travailler avec des sys-
tèmes bi-dimensionnels permettant de décrire un nombre suffisant de modes
dans la direction axiale du moteur, c’est-à-dire dans la direction perpendi-
culaire à la vitesse de dérive. Cette condition étant remplie, on observe une
vitesse axiale compatible avec le fonctionnement du moteur. C’est un indice
important en faveur de l’instabilité de dérive cyclotronique pour expliquer la
conductivité anormale.
98
Chapitre 5
Conclusion de la première partie
e propulseur à effet Hall a fait l’objet de nombreuses études de stabilité
L depuis la création de son principe, tant au niveau théorique qu’au ni-
veau expérimental. Les instabilités étudiées et répertoriées [Choueiri 2001]
couvrent un large spectre en fréquence spatiale et en fréquence temporelle.
Pour autant, aucune d’entre elles n’a les propriétés requises, notamment les
nombres d’onde, pour expliquer la présence du champ électrique fluctuant mis
en évidence par les simulations particulaires implicites de géométrie (Z, θ)
évoquée en partie préliminaire. La première partie de ce manuscrit a donc été
consacrée aux instabilités électroniques de dérive à l’origine de ce champ. En
prenant une vitesse de dérive de l’ordre de la vitesse thermique électronique,
nous avons établi la relation de dispersion en trois dimensions à partir d’un
modèle simplifié du propulseur. La configuration de champs électrique et ma-
gnétique croisés est à elle seule instable, sans prendre en compte les gradients
de champ magnétique et de densité comme c’est généralement le cas [Esipchuk
& Tilinin 1976,Prioul 2001,Litvak & Fisch 2004]. Cette instabilité à fort taux
de croissance est excitée par le couplage entre le mouvement de dérive et le
mouvement cyclotronique électronique lorsque ky Vd ' nΩ. Elle se développe
en paquets de modes obliques perpendiculaires au champ magnétique dans la
gamme de fréquence 10-40 MHz pour des paramètres typiques du propulseur
(n0 = 2.8 1011 [Link]−3 , B = 170 G, Vd = 2 106 m.s−1 ). Les nombres
d’onde correspondants sont de l’ordre du rayon de Larmor (inférieur ou égal
au millimètre pour ces mêmes paramètres et Vth = 106 m.s−1 ).
Le développement de l’instabilité est accompagné d’une déformation im-
portante de la fonction de distribution électronique. Un plateau se crée autour
de la vitesse de dérive (v⊥ ' Vd ) et gagne progressivement le coeur de la fonc-
tion de distribution à mesure que l’instabilité se développe. Cette déformation
introduit des changements notables dans les propriétés de l’instabilité. Ils ont
été étudiées par l’intermédiaire de la relation de dispersion intégrale dans
laquelle des fonctions de distribution déformées ont été introduites. Pour la
composante ky du vecteur d’onde, ces effets non-linéaires consistent en une
réduction des plages instables autour des harmoniques cyclotroniques conju-
guée à une diminution progressive de la valeur de ky pour laquelle le taux de
99
Chapitre 5. Conclusion de la première partie
croissance est maximum. Dans la direction azimutale, les longueurs d’onde
des modes susceptibles de se développer augmentent donc en fonction du dé-
veloppement de l’instabilité. L’extension axiale de ces modes (composante kx )
suit quant à elle une évolution plus complexe mais tend à s’amoindrir pour
une forte déformation.
L’échelle caractéristique de l’instabilité (λ ∼ mm) ainsi que la configura-
tion matérielle du propulseur sont des obstacles de poids pour la vérification
expérimentale de ces propriétés. Les diagnostics classiquement utilisés pour
des mesures de champ comme les antennes ou les sondes de Langmuir ne pos-
sèdent pas les caractéristiques nécessaires à la détection de ce genre d’instabi-
lité (les sondes résistent mal à la température du plasma du propulseur et les
antennes ne peuvent détecter des nombres d’onde si grands k ∼ 104 m.s−1 ).
Une méthode de détection basée sur la diffusion collective de la lumière semble
dans le cas présent être capable de vérifier les propriétés énoncées dans cette
partie. Il s’agit d’une technique empruntée à la mesure de la turbulence dans
les plasmas magnétisés [Lemoine 2005, Lemoine & Gresillon 2005-2]. Elle est
exposée en annexe C. Elle ne peut malheureusement être appliquée qu’en
sortie de moteur dans une région où la configuration du champ magnétique
change rapidement, ce qui nécessite d’importants moyens tant au niveau du
laser utilisé que du montage expérimental. Après une tentative infructueuse,
elle sera prochainement mise en place sur PIVOINE à Orléans avec les moyens
adéquats grâce à l’obtention récente d’un financement ANR.
Pour autant, malgré l’absence d’études expérimentales de l’instabilité, ses
propriétés ont été largement validées par des simulations particulaires expli-
cites développées ad hoc. Les résultats de ces simulations, reprenant la géomé-
trie utilisée dans le calcul de la relation de dispersion, sont en bon accord avec
l’ensemble des conclusions de l’étude de stabilité (linéaire et non-linéaire) : le
peigne de modes instables prévu par la théorie est présent dans les simulations
de grandes dimensions ; les taux de croissance observés dans les simulations
sont quantitativement proches des taux de croissance théoriques et l’évolu-
tion non-linéaire des simulations est bien décrite par la prise en compte de
la déformation de la fonction de distribution électronique dans la relation de
dispersion.
Enfin, les simulations particulaires mettent en évidence une nette corréla-
tion entre le développement de l’instabilité et l’apparition d’un courant élec-
tronique axial. Cette corrélation est manifeste quel que soit le cas considéré
bien que la valeur quantitative du courant dépende très largement du nombre
de modes décrits par la simulation ainsi que de leurs propriétés (valeur de ky
et de kx ). La déformation de la fonction de distribution ainsi que le transport
électronique semblent directement liés au développement de l’instabilité. Le
processus d’interaction de l’onde instable avec la fonction de distribution élec-
tronique est esquissé dans la deuxième partie de ce manuscrit. Sous certaines
conditions qui seront détaillées dans cette partie, l’interaction onde-électron
est à l’origine d’un transport électronique axial qualifié de stochastique au
regard de la stochasticité des trajectoires des électrons.
100
Deuxième partie
Transport électronique
stochastique
101
Chapitre 6
Interaction onde-particule dans
un champ magnétique
Sommaire
6.1 Dynamique électronique : cas d’une onde azi-
mutale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
6.1.1 Configuration et équations . . . . . . . . . . . 104
6.1.2 Interaction onde-électron : modèle de Karney . 106
6.1.3 Transport électronique . . . . . . . . . . . . . 111
6.2 Généralisation à une onde oblique . . . . . . . 111
a corrélation mise en évidence dans la section 4.3 entre la croissance de
L l’amplitude du champ électrique fluctuant, générée par l’instabilité élec-
tronique de dérive, et le transport électronique suggère un rôle important de
l’instabilité dans le transport électronique anormal. L’un des effets les plus
remarquables mis en évidence par les simulations est notamment l’apparition
du phénomène de diffusion même pour une onde monochromatique. Il s’agit
dans ce chapitre de mettre en lumière le mécanisme fondamental par lequel
l’instabilité crée du transport électronique.
En prenant en compte le champ électrique fluctuant dans la configuration
de champs du propulseur, l’étude de la dynamique des électrons peut être
traitée en s’appuyant sur le travail de C.F.F. Karney [Karney 1978, Karney
1979] effectué à l’origine pour l’étude du chauffage ionique par une onde hy-
bride monochromatique dans les Tokamaks. Celui-ci décrit l’apparition de la
stochasticité dans les trajectoires des particules dès lors que certaines condi-
tions, notamment sur l’amplitude de l’onde et le nombre d’onde, sont véri-
fiées. L’existence du seuil de stochasticité et, par extension, la validité du
modèle ont été détaillées par Karney et ne constitue pas l’objet de ce cha-
pitre. Appliqué à la géométrie du propulseur, ce modèle théorique montre
qu’une onde monochromatique peut induire une stochasticité des trajectoires
électroniques, qui elle-même conduit à une conductivité électronique axiale.
103
Chapitre 6. Interaction onde-particule dans un champ magnétique
6.1 Dynamique électronique : cas d’une onde
azimutale
6.1.1 Configuration et équations
La première partie de ce manuscrit a montré l’existence d’une instabilité
ayant des nombres d’onde perpendiculaires au champ magnétique se dévelop-
pant dans la configuration de champs magnétique et électrique croisés. Cette
instabilité génère un champ électrique fluctuant perpendiculaire au champ
magnétique. Nous considérons dans un premier temps uniquement l’extension
azimutale de l’instabilité. Seule la composante azimutale du champ fluctuant
est prise en compte. L’existence de la composante axiale du champ électrique
fluctuant sera introduite dans la section suivante.
Le champ électrique fluctuant dérive directement du potentiel perturbé
introduit pour établir la relation de dispersion (1.23) : Φ1 = φ exp[i(ky y−ωt)].
Il s’écrit donc :
Efluct = <[−∇Φ1 ] = Ef cos (ky .y − ωt) ey
avec Ef = −φky .
Dans ce chapitre, nous allons considérer ce champ électrique fluctuant
comme imposé. Il possède les propriétés qui ont été déduites de l’étude de
la relation de dispersion mono-dimensionnelle. Il s’ajoute à la configuration
de champs prise en compte depuis le début de ce manuscrit à l’origine de
l’apparition de l’instabilité, à savoir une configuration de champs électrique
et magnétique croisés. Cette configuration est celle que l’on retrouve en sortie
de propulseur et qui a été décrite dans la section 1.1. Ainsi, en prenant en
compte le champ électrique fluctuant dû à l’instabilité, nous avons les champs :
B = B 0 ez
Eaxial = E0 ex
Efluct = Ef cos (ky .y − ωt) ey
Le champ magnétique est radial et uniforme. Le champ électrique accélérateur
est considéré en première approximation comme uniforme à l’échelle de temps
de l’interaction onde-particule. Son amplitude est définie par l’amplitude du
champ magnétique et par la vitesse de dérive électronique : E0 = −B0 Vd
(Vd < 0).
La configuration des champs dont il faut tenir compte pour l’étude de la
dynamique des électrons dans le propulseur correspond donc à la figure 6.1.
Le champ électrique accélérateur, le champ magnétique et le champ élec-
trique fluctuant forme un trièdre direct. Dans cette configuration de champs,
les équations du mouvement s’écrivent :
dv q
= (Eaxial + Efluct + v × B) (6.1)
dt m
dr
= v (6.2)
dt
104
6.1. Dynamique électronique : cas d’une onde azimutale
Fig. 6.1 – Configuration de champs électrique et magnétique dans laquelle
évoluent les électrons.
Le passage du repère du laboratoire au repère électronique dérivant à la vitesse
Vd permet à ce stade d’avoir une vision plus naturelle du mouvement des
électrons. Ce changement de repère s’effectue en posant :
η = y − Vd t − Y
vη = v y − V d (6.3)
dvη dvy
=
dt dt
où Y est la position sur l’axe y du centre guide de l’électron. L’intégration de
la composante ex de l’équation (6.1) dans le repère (x, η) donne la projection
du vecteur vitesse selon l’axe x :
vx = Ω η
Après avoir remplacé vx par son expression, l’équation du mouvement (6.1)
dans le repère électronique dérivant à la vitesse Vd est en définitive :
dvx
= Ωvη
dt
dvη qEf
= −Ω2 η + cos(ky η − ωd t) (6.4)
dt m
où ωd = ω−ky Vd est la pulsation de l’onde dans le repère électronique dérivant.
Ces équations correspondent à un mouvement circulaire uniforme dans le
plan (x,η) perturbé par le champ électrique fluctuant Efluct . C.F.F Karney a
traité un problème similaire [Karney 1978, Karney 1979] dans le cadre de la
fusion nucléaire par confinement magnétique et plus particulièrement pour le
chauffage des ions dans les Tokamaks. Son modèle apporte une interprétation
théorique convaincante de la dynamique des électrons dans cette configuration
de champs.
105
Chapitre 6. Interaction onde-particule dans un champ magnétique
6.1.2 Interaction onde-électron : modèle de Karney
Modèle de Karney
Dans ce modèle, C.F.F Karney met en évidence la possibilité d’utiliser
des ondes hybrides basses, i.e. des ondes à fréquence proche de la fréquence
hybride basse, pour chauffer les ions par l’intermédiaire d’un mécanisme de
chauffage stochastique.
La configuration considérée est simple : la population ionique est soumise
à un champ magnétique uniforme et à une onde électrostatique hybride se
propageant perpendiculairement au champ magnétique. L’échange d’énergie
entre un ion et l’onde est maximum lorsque la vitesse de l’ion dans la direction
de propagation de l’onde est égale à la vitesse de phase de l’onde v = ω/k,
i.e. à la résonance. L’interaction onde-particule est ramenée à ces résonances
en première approximation.
L’hypothèse fondamentale de l’étude concerne la fréquence de l’onde qui
est prise largement supérieure à la fréquence cyclotronique ionique ω Ωci .
Cette condition permet de considérer que l’interaction onde-particule a lieu
sur un temps caractéristique très inférieur à la période de rotation des ions au-
tour des lignes de champ magnétique. En d’autres termes, lors des résonances
onde-particule, les ions se comportent comme s’ils n’étaient pas soumis au
champ magnétique. C.F.F. Karney peut ainsi établir un seuil de stochasticité
qui fixe la valeur minimum du rapport E/B pour l’apparition de la stochas-
ticité dans le comportement des ions (où E est l’amplitude du champ élec-
trostatique et B l’amplitude du champ magnétique). Au dessous de ce seuil,
l’échange d’énergie entre l’ion et l’onde est faible et les trajectoires ioniques
sont linéairement perturbées autour de l’orbite cyclotronique. Le système,
notamment l’énergie cinétique des ions, n’évolue pas. Au delà de ce seuil,
l’échange d’énergie peut être important et les trajectoires ioniques sont sto-
chastiques. La température ionique augmente.
Nous allons dans la suite de ce chapitre voir comment ce modèle peut
être transposé au propulseur et notamment comment il répond en partie à la
question du transport électronique anormal.
Application à la géométrie du propulseur
La configuration de champs du propulseur est modélisée par la superpo-
sition de trois champs : un champ magnétique radial, un champ électrique
statique axial et un champ électrique fluctuant azimutal comme le montre la
figure 6.1. Le champ électrique statique combiné au champ magnétique crée
une vitesse de dérive électrique Vd des électrons dans la direction azimutale
du propulseur. Cette dérive des électrons est fondamentale dans l’application
du modèle de Karney au propulseur comme nous allons le voir.
La pulsation de l’onde qui doit être prise en compte dans l’analyse de
l’impact de l’instabilité sur la dynamique des électrons est, par définition,
celle que les électrons "voient". La vitesse de dérive des électrons modifie
106
6.1. Dynamique électronique : cas d’une onde azimutale
la fréquence de l’onde effectivement perçue et doit donc être introduite. Le
changement de repère effectué dans la section 6.1.1 est en ce sens plus qu’une
simple astuce en vue de simplifier les équations du mouvement des électrons.
Il permet une vision plus naturelle du problème en considérant l’évolution
dynamique du système du point de vue de l’électron, et met en évidence le
décalage Doppler en fréquence dû à la vitesse de dérive. La pulsation de l’onde
dans le repère électronique dérivant à la vitesse Vd s’écrit ωd = ω − ky Vd et
dépend donc directement du nombre d’onde pour lequel elle se développe.
Nous avons vu dans la première partie que l’instabilité apparaît pour
des valeurs de ky Vd proches des harmonique cyclotroniques et qu’elle s’étend
bien au-delà des premières harmoniques. Le maximum absolu du taux de
croissance est atteint pour ky Vd /Ω ' 12. La pulsation de l’onde dans le repère
électronique dérivant vérifie donc la condition :
ωd Ω (6.5)
Cette condition est l’une des hypothèses essentielles du modèle de Karney. Elle
autorise à considérer séparément l’interaction onde-particule et le mouvement
cyclotronique, le temps caractéristique des résonances auxquelles l’interaction
est ramenée comme nous allons le voir étant largement inférieur à la période
cyclotronique. L’importance de la vitesse de dérive est ici toute démontrée :
d’une part elle est à l’origine de l’instabilité et d’autre part elle introduit le
décalage Doppler sur la fréquence de l’onde permettant à la condition (6.5)
d’être vérifiée, et ce, bien que les modes étudiés aient une fréquence très petite
devant Ω.
Il faut cependant d’ores et déjà noter que cette condition n’est pas plei-
nement vérifiée pour tous les modes instables décrits en première partie. No-
tamment, les modes qui se développent autour des premières harmoniques
cyclotroniques ont des valeurs de ky Vd proches de Ω.
Lorsque la condition (6.5) est vérifiée, l’électron subit de nombreuses os-
cillations sous l’influence du champ électrique fluctuant pendant une giration
cyclotronique. La vitesse de phase de l’onde revêt alors une importance toute
particulière dans l’interaction de l’onde avec l’électron : elle différencie le com-
portement de l’électron en deux types. Elle s’écrit dans le repère dérivant :
ω − k y Vd
VΦ = ≈ −Vd (6.6)
ky
Lorsque la vitesse de l’électron dans la direction de propagation est supérieure
ou inférieure à celle-ci, sa trajectoire est faiblement perturbée par l’onde.
L’onde contribue peu à la dynamique électronique. La contribution principale
de l’onde au mouvement de l’électron a lieu quand celui-ci à la même vitesse
que l’onde, i.e. lorsque la vitesse de l’électron dans la direction de propagation
de l’onde est égale à la vitesse de phase de l’onde.
VΦ = v η (6.7)
107
Chapitre 6. Interaction onde-particule dans un champ magnétique
La perturbation du mouvement cyclotronique par l’onde, c’est-à-dire l’échange
d’énergie entre l’électron et l’onde, est maximum quand l’électron vérifie
l’équation (6.7). Il est alors en résonance avec l’onde. Selon la valeur de la
phase de l’onde lors de cette résonance, l’électron est accéléré ou ralenti par
l’onde dans la direction η.
Pour un électron ayant une énergie suffisante pour que vη atteigne VΦ ,
l’orbite dans l’espace des phases (η, η̇) est illustré par la figure 6.2. L’échange
impulsions
η ~Vφ
Fig. 6.2 – Schéma de l’orbite d’un électron dans l’espace des phases (η, η̇).
d’énergie entre l’électron et l’onde se résume aux impulsions que subit l’élec-
tron à chaque fois qu’il est en résonance avec l’onde. Bien qu’elles aient une
durée finie, elles peuvent être schématiquement remplacées par des impulsions
de durée infiniment courtes pendant lesquelles l’interaction onde-électron est
considérée comme ayant lieu sans champ magnétique. Étant donné la trajec-
toire circulaire de l’électron dans l’espace des phases, ces résonances ont lieu
deux fois par giration cyclotronique comme le montre la figure 6.2.
Cette vision schématique de l’orbite de l’électron de la figure 6.2 n’est
valable que si l’électron a suffisamment d’énergie pour que p sa vitesse vη at-
teigne VΦ au cours d’une giration cyclotronique. Soit v⊥ = vx2 + vη2 . Alors
l’évolution de la vitesse vη pendant un tour cyclotronique est une sinusoïde
qui varie entre ±v⊥ . Le maximum de la vitesse vη se situe lorsque vx = 0 et
vη = v⊥ . L’électron connaît donc une résonance avec l’onde lors d’une giration
cyclotronique si v⊥ ≥ VΦ (une résonance si v⊥ = VΦ et deux résonances si
v⊥ > VΦ ).
Nous avons jusqu’ici considéré que l’interaction onde-électron se limitait
uniquement aux résonances, c’est à dire lorsque (6.7) est vérifiée. C’est effec-
tivement lors de ces résonances que l’échange d’énergie est maximum. Pour
être complet, il faut tenir compte de l’énergie potentielle liée à l’onde. Dans
108
6.1. Dynamique électronique : cas d’une onde azimutale
le cadre de l’interaction onde-particule sans champ magnétique, considérant
l’interaction à partir du repère de l’onde, un électron dont l’énergie cinétique
est inférieure à l’énergie potentielle maximum sera piégé par l’onde. Il oscil-
lera dans le puits de potentiel autour d’un minimum du potentiel de l’onde.
L’énergie potentielle maximum dans le repère de l’onde définit donc la vi-
tesse maximal au dessous de laquelle l’électron est piégé par l’onde en posant
1
2
m(∆v)2 = 2eΦ. Elle s’écrit :
s
eEf
∆v = 2 (6.8)
ky m
Étant donné la présence du champ magnétique dans le système, il est difficile
de parler d’un véritable piégeage de l’électron. Il s’agit plutôt d’une modu-
lation de la trajectoire ou encore d’un piégeage temporaire jusqu’à ce que le
temps sur lequel on considère l’interaction ne soit plus négligeable par rapport
à la période cyclotronique. Pour avoir une idée de l’importance du piégeage
dans les trajectoires des électrons, il suffit de comparer la fréquence cyclotro-
nique à la fréquence de piégeage (ou fréquence de rebondissement) qui est la
fréquence à laquelle l’électron oscille dans le puits de potentiel de l’onde :
r
ky eEf
ωB =
m
Pour un champ magnétique tel que Ω/ωpe = 0.1 et une onde mono-mode
ky Vd /ωpe = 1.04 avec une amplitude telle que Ef /E0 = 0.2 (valeur arbitraire
mais typique comme on le verra dans l’étude numérique approfondie de ce
cas dans le chapitre suivant), la fréquence de piégeage ωB /ωpe = 0.1442 est
supérieure à la fréquence cyclotronique. Ce phénomène de piégeage tempo-
raire introduit donc une correction sur la condition (6.7). En remplaçant la
vitesse de phase par son expression (6.6), la condition sur la vitesse de l’élec-
tron pour qu’il y ait interaction onde-électron en tenant compte de (6.8) est
en définitive :
v⊥ ≥ −Vd − ∆v (6.9)
Les résonances parfaites (6.7) n’ont lieu au cours d’une période cyclotronique
que pour les particules qui vérifient v⊥ ≥ −Vd . Les particules telles que −Vd −
∆v ≤ v⊥ < −Vd ne connaissent pas de véritables résonances mais interagissent
suffisamment avec l’onde dans un premier temps pour en connaître ensuite.
En effet, celles-ci sont plus lentes que l’onde et gagnent de l’énergie (peu mais
suffisamment) de sorte que leur v⊥ puisse satisfaire la condition (6.7).
Seuil de stochasticité
Pour les électrons qui vérifient la condition (6.9), on peut distinguer deux
types de trajectoire. Selon la valeur de l’amplitude de l’onde Ef et du pa-
ramètre ky Vd , la trajectoire de l’électron peut être linéairement perturbée
109
Chapitre 6. Interaction onde-particule dans un champ magnétique
autour de son mouvement de giration cyclotronique ou stochastique. L’exis-
tence d’un seuil de stochasticité dans les trajectoires des particules pour une
configuration de champ proche de celle du propulseur a été mise en évidence
par C.F.F. Karney [Karney 1978, Karney 1979]. En tenant compte de la pré-
sence du champ électrique axial et donc du décalage Doppler de la pulsation
de l’onde dû à la vitesse de dérive, ce seuil de stochasticité fixe la valeur
minimale du rapport Ef /E0 pour l’apparition de la stochasticité :
E 1 Ω 1/3
f
≈ (6.10)
E0 seuil 4 ky Vd
Pour un champ magnétique et un champ électrique donnés, la condition de
stochasticité, i.e. le caractère stochastique des trajectoires électroniques, dé-
pend uniquement de l’amplitude de l’onde Ef et du nombre d’onde ky . Cette
dépendance a une interprétation physique assez claire. Nous avons vu que la
vitesse de phase de l’onde est égale à la vitesse de dérive des électrons. Cette
vitesse est constante tout comme la période cyclotronique Ω−1 . L’intervalle
de temps entre deux résonances n’évolue donc pas. Soit τ cet intervalle de
temps. Il ne dépend ni de l’amplitude de l’onde ni du vecteur d’onde. Plus
l’amplitude de l’onde est grande, plus la valeur du champ fluctuant varie vite
pendant τ et, par conséquent, plus l’échange d’énergie varie d’une résonance
à l’autre. Le caractère stochastique des trajectoires tend donc à devenir d’au-
tant plus important que l’amplitude de l’onde est grande. C’est ce qui est
illustré par le seuil de stochasticité (6.10).
Le même constat est à faire concernant le nombre d’onde. Il faut rappeler
que la présence du nombre d’onde dans le seuil de stochasticité est directement
lié au décalage Doppler de la fréquence de l’onde dû à la vitesse de dérive
électronique. Plus la valeur de ky est grande et plus la fréquence de l’onde
vue par l’électron est grande. Ainsi, une augmentation de ky correspond à
une fréquence effective de l’onde dans le repère électronique plus élevée et
donc à une valeur du champ fluctuant qui varie plus rapidement pendant τ .
L’énergie échangée varie donc d’une résonance à l’autre d’autant plus que ky
est grand. C’est ce qu’on retrouve dans l’expression 6.10 qui montre que le
seuil de stochasicité diminue avec la croissance de ky .
Dans le cadre du propulseur, le champ magnétique et le champ électrique
accélérateur sont des grandeurs qui restent constantes sur les échelles de temps
où les instabilités se développent. L’expression du seuil de stochasticité donne
donc la valeur de l’amplitude de l’onde pour un nombre d’onde donné telle
que le régime stochastique est atteint. Par exemple, pour le cas mono-mode où
le mode ky Vd /ωpe = 1.04 se développe avec Ω/ωpe = 0.1, les trajectoires des
électrons vérifiant la condition (6.9) sont stochastiques pour une amplitude
d’onde supérieure à Ef /E0 = 0.1145. Cette valeur est largement dépassée dans
la simulation particulaire correspondante. Les résonances peuvent alors être
assimilées à des collisions virtuelles (elles ont le même effet que des collisions)
et sont à l’origine d’un transport électronique axial dont nous allons parler
maintenant.
110
6.2. Généralisation à une onde oblique
6.1.3 Transport électronique
Lors de chaque résonance, la composante vη du vecteur vitesse de l’électron
est modifiée, ce qui se traduit par un changement de la direction du vecteur
vitesse d’un angle quelconque qui dépend directement de la phase de l’onde,
i.e. de l’énergie échangée. Ceci a pour conséquence que l’électron continue sa
giration cyclotronique autour d’une autre ligne de champ. La rupture de sy-
métrie causée par la présence du champ électrique statique pendant l’échange
d’énergie entre l’onde et l’électron implique l’anisotropie du transport lors
de cette "collision virtuelle". Ce mécanisme est à l’origine d’un transport
électronique vers les x négatifs. Une expression de la vitesse de diffusion Vx
peut être calculée analytiquement au prix d’un certain nombre d’hypothèses
quelque peu arbitraires, notamment l’hypothèse d’un régime stationnaire as-
socié à une fonction de distribution électronique maxwellienne. Ce calcul ne
prétend donc pas apporter une expression absolue de la vitesse de diffusion
axiale mais il met en valeur quelques tendances quant à la dépendance en
fonction de certains paramètres du transport électronique. Il est basé sur le
calcul du premier moment de l’équation de Vlasov moyennée régissant l’évo-
lution de la fonction de distribution à l’équilibre. Le calcul est détaillé dans
l’annexe B et aboutit à l’expression de la vitesse de diffusion axiale suivante :
r 3 2
π Vd Ef 1
Vx = Vth p √ (6.11)
2 Vth E0 2 b
avec b = ky2 Vth2 /Ω2 .
Cette expression est valable pour une fonction de distribution électronique
maxwellienne en régime stochastique. Nous verrons dans le chapitre suivant
que ces deux conditions sont contradictoires : le régime stochastique, atteint
lorsque les amplitudes des ondes instables sont suffisamment grandes, est à
l’origine de la déformation de la fonction de distribution. Ce calcul n’est donc
valable qu’au tout début de l’apparition du régime stochastique. Il indique
malgré tout clairement l’existence d’un transport électronique axial du même
signe que la vitesse de dérive, c’est-à-dire négatif, i.e. de signe opposé au
champ accélérateur dans le propulseur, et montre les grandes tendances de ce
transport. Il suggère notamment que la diffusion électronique axiale dépend
de l’amplitude de l’onde instable.
L’étude de la dynamique des électrons a été faite jusqu’à maintenant pour
une onde mono-dimensionnelle azimutale. La section suivante généralise les
résultats du modèle théorique à un champ électrique fluctuant oblique.
6.2 Généralisation à une onde oblique
La généralisation des conclusions du cas d’une onde azimutale à une onde
bi-dimensionnelle ne pose pas de problème théorique supplémentaire dans la
mesure où il est toujours possible de se placer dans un repère où l’axe y est
111
Chapitre 6. Interaction onde-particule dans un champ magnétique
la direction de propagation de l’onde. Le problème est alors identique au cas
mono-dimensionnel.
Dans le repère cartésien du propulseur, ex correspondant à l’axe du pro-
pulseur et ey à son azimut, il faut juste prendre garde à ne pas confondre le
module du vecteur d’onde k et sa composante ky qui intervient dans le dé-
calage Doppler de la fréquence de l’onde dû à la dérive des électrons suivant
y.
Le champ électrique dérive du potentiel Φ1 = φ exp[i(kx x + ky η − ωd t)]
où ωd = ω − ky Vd t dans le repère dérivant à la vitesse Vd :
kx
Ef cos (k.rη − ωd t) ex
Efluct = <[−∇Φ1 ] = ky
Ef cos (k.rη − ωd t) ey
où k est le vecteur d’onde et rη = x ex + η ey le vecteur position.
Dans le repère dérivant à la vitesse Vd , le mouvement est décrit par le
système dynamique :
dv q
= (Efluct + v × B)
dt m
dr
= v (6.12)
dt
L’intégration de la composante ex aboutit au système :
dvx qEf kx
= Ωvη + cos (k.r − ωd t)
dt m ky
dvη 2 qEf Ω kx
= −Ω η + cos(k.r − ωd t) + sin (k.r − ωd t)
dt m ω ky
dr
= v
dt
Dans ce repère, il consiste en un mouvement cyclotronique perturbé par une
onde se propageant dans le plan (x, η) perpendiculaire au champ magnétique.
L’étude de la dynamique des électrons dans un tel système peut s’appuyer
sur le modèle de Karney. En fait, l’ensemble des résultats du modèle 1D sont
généralisables pour une onde oblique. Pour s’en persuader, il suffit de se placer
dans un repère dont l’un des axes est la direction de propagation de l’onde.
Dans ce repère, illustré en figure 6.3, la vitesse de dérive se projette sur les
axes comme suit :
k x Vd k y Vd
Vd = Vd sin θ ej + Vd cos θ ek = ej + ek
k k
où θ est l’angle que font les axes ey et ek comme indiqué sur la figure. Quelle
que soit la direction de propagation de l’onde, la projection de la vitesse de
dérive sur l’axe de propagation est égale à Vdk = ky Vd /k. C’est la vitesse avec
laquelle les électrons dérivent dans cette direction.
112
6.2. Généralisation à une onde oblique
Fig. 6.3 – Décalage Doppler dans le repère de l’onde.
Revenons au repère dérivant à la vitesse Vd , lié aux électrons, (x, η). Le
décalage Doppler en fréquence est défini à partir de la vitesse du référentiel
"récepteur" (ici les électrons) et de la vitesse de l’onde comme :
Vonde − Velectron
ωd = ω
Vonde
ω/k − ky Vd /k
= ω
ω/k
= (1 − ky Vd /ω) ω
Par conséquent, quelle que soit la direction de propagation de l’onde, per-
pendiculairement au champ magnétique, le décalage Doppler en fréquence
introduit par la vitesse de dérive électronique induit ωd = ω − ky Vd pour la
pulsation vue par l’électron. La condition fondamentale (6.5) ωd Ω n’est
donc pas modifiée.
La condition de résonance onde-électron pour une onde oblique reste iden-
tique au cas azimutal puisque la vitesse de l’onde selon η demeure VΦ = ωd /ky :
ω − k y Vd
VΦ = ≈ −Vd = η̇ (6.13)
ky
Ce qui conserve formellement la condition sur v⊥ d’interaction onde-électron
(6.9) :
v⊥ ≥ −Vd − ∆v = Vσ (6.14)
avec cependantp un changement dans la largeur de piégeage qui s’écrit mainte-
nant ∆v = 2 eEf /k⊥ m. Une réserve est à émettre sur cette dernière consi-
dérant la difficile prise en compte théorique du piégeage 2D. Les simulations
particulaires comme la résolution du système dynamique montrent d’ailleurs
que Vσ a plutôt tendance à diminuer avec kx croissant.
113
Chapitre 6. Interaction onde-particule dans un champ magnétique
Le seuil de stochasticité, qui ne dépend pas du référentiel, est quant à lui
modifié par rapport au cas 1D :
E 1 ky Ω 1/3
f
≈ (6.15)
E0 seuil 4 k ky Vd
Dans le cas d’une onde azimutale, le quotient ky /k est égal à un. Dès lors
que l’onde a une extension axiale, ce quotient diminue ky /k < 1. Ainsi, plus
l’onde est oblique, i.e. plus kx est grand, moins le seuil de stochasticité est
élevé, et donc plus le régime stochastique est rapidement atteint à mesure que
l’amplitude de l’onde instable croît.
En définitive, le passage d’une onde azimutale à une onde oblique renforce
le phénomène décrit dans le modèle de Karney. On s’attend donc à ce que
le transport électronique stochastique mis théoriquement en évidence par le
calcul de la vitesse de diffusion axiale dans le paragraphe 6.1.3 soit d’autant
plus important que l’extension axiale de l’onde est importante.
La dynamique des électrons dans la configuration de champs du propul-
seur peut donc être étudiée par un modèle qui fait intervenir l’existence d’un
régime stochastique sous certaines conditions. Pour une onde azimutale ou
oblique, les trajectoires des électrons peuvent être effectivement classés dans
deux catégories. Elles sont linéairement perturbées autour du mouvement cy-
clotronique pour une faible amplitude d’onde. Elles sont stochastiques lorsque
cette amplitude d’onde est suffisamment grande, toute chose étant égale par
ailleurs, telle que son rapport sur l’amplitude du champ statique est supérieur
au seuil (6.15). D’autre part, le modèle a mis en évidence l’existence d’une
condition sur la vitesse perpendiculaire au champ magnétique que doit avoir
un électron pour interagir significativement avec l’onde. Le régime stochas-
tique n’est atteint que par une partie de la population électronique qui vérifie
la condition (6.14). Pour ces électrons, la stochasticité des trajectoires est
associée à un transport électronique comme le montre le calcul de la vitesse
de diffusion qui aboutit à l’expression (6.11). Il semble donc que ce modèle
apporte une explication théorique au transport électronique anormal. Cepen-
dant, le calcul de la vitesse de diffusion axiale n’est valable que pour une
fonction de distribution maxwellienne. L’étude de la dynamique de la popu-
lation électronique au delà de cette hypothèse arbitraire est impossible analy-
tiquement et nécessite par conséquent une résolution numérique du système
dynamique. C’est l’objet du chapitre suivant. Nous résoudrons les équations
du mouvement pour une onde aux propriétés variables (monochromatique 1D
et 2D, multimode...). Les résultats seront analysés à l’aide du modèle présenté
ci-dessus .
114
Chapitre 7
Validation numérique du modèle
de transport stochastique
Sommaire
7.1 Modèle numérique . . . . . . . . . . . . . . . . . 115
7.2 Cas d’une onde azimutale . . . . . . . . . . . . 117
7.2.1 Amplitude d’onde constante . . . . . . . . . . 118
7.2.2 Amplitude extraite du code PIC . . . . . . . . 120
7.3 Cas d’une onde oblique . . . . . . . . . . . . . . 124
7.3.1 Cas mono-mode . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
7.3.2 Cas multi-mode . . . . . . . . . . . . . . . . . 125
e système d’équation (6.12) valable quelles que soient les propriétés de
L l’onde considérée décrit la trajectoire d’un électron soumis à une onde
monochromatique dans une configuration de champs croisés. L’étude numé-
rique de ce système pour une population électronique va nous permettre de
vérifier l’impact de l’instabilité de dérive sur le fonctionnement du propulseur
et notamment sur le transport électronique axial à la lumière du modèle théo-
rique de Karney. Ce système sera ensuite étendu à des cas plus réalistes du
point de vue du propulseur, à savoir la prise en compte de paquets d’ondes
azimutales ou obliques.
7.1 Modèle numérique
La population électronique est décrite par une fonction de distribution
maxwellienne. Il s’agit plus précisément d’une distribution uniforme des élec-
trons dans l’espace des phases que l’on pondère de manière à obtenir une
fonction de distribution maxwellienne en début de simulation.
L’intégration des deux équations différentielles du 1er ordre du système
(6.12) est réalisée par l’intermédiaire d’un schéma saute-mouton [Birdsall &
115
Chapitre 7. Validation numérique du modèle de transport stochastique
Langdon 1985]. Le système s’écrit :
vt+∆t/2 − vt−∆t/2 vt+∆t/2 + vt−∆t/2
q t
= E + ×B
∆t m 2
rt+∆t − rt
= vt+∆t/2 (7.1)
∆t
Cette méthode permet d’avoir des résultats précis tout en ayant un coût en
temps de calcul limité. Seule la connaissance de la valeur des variables au pas
de temps précédent est nécessaire contrairement à d’autres méthodes d’ordre
supérieure (ex : Runge-Kutta). La figure 7.1 illustre le caractère centré en
temps du schéma saute-mouton. L’évolution temporelle des vecteurs position
Fig. 7.1 – Schéma saute-mouton.
et vitesse est décalée de ∆t/2 ce qui permet de les calculer au pas de temps
suivant à partir respectivement de la vitesse centrée en temps et de la force
de Lorentz, fonction du vecteur position, centrée en temps. Une attention
particulière est à porter sur l’ajustement des vecteurs v et r en sortie de
programme étant donné leur décalage temporel de ∆t/2.
Une méthode particulièrement efficace pour traiter l’incidence de la force
de Lorentz sur les trajectoires électroniques est de considérer séparément la
force électrique et la force magnétique [Boris 1970]. Cela revient à prendre en
compte d’une part la rotation pure due au champ magnétique et d’autre part
l’accélération due au champ électrique. Le module du vecteur vitesse n’est
modifié que par la partie correspondante au champ électrique de la force de
Lorentz. L’application de l’accélération est effectuée en deux fois afin d’obtenir
un schéma numérique physiquement raisonnable : une demi-accélération avant
et après la rotation cyclotronique. Ceci garantit notamment la réversibilité du
schéma. Le mouvement des électrons est décrit en définitive par le schéma :
Demi-accélération
− t−∆t/2 qEt ∆t
v =v +
m 2
116
7.2. Cas d’une onde azimutale
Rotation
v+ − v− q
v+ + v− × B
=
∆t 2m
Demi-accélération
qEt ∆t
vt+∆t/2 = v+ +
m 2
L’évolution du système sur un pas de temps se fait de la manière suivante :
la première demi-accélération est appliquée aux électrons et fait passer leur
vitesse de vt−∆t/2 à v− ; v− évolue en v+ par la rotation d’un angle égal à
θ = Ω∆t et la vitesse au pas de temps suivant v t+∆t/2 s’obtient en y ajoutant
la deuxième demi-accélération. Le calcul du vecteur position au temps t + ∆t
est effectué à partir du vecteur vitesse au temps t + ∆t/2 comme indiqué dans
le système (7.1).
Une précision sur les conditions initiales est à apporter pour la mise en
œuvre de ce schéma. Les conditions initiales en position et en vitesse sont
données au temps t = 0 alors qu’il est nécessaire de connaître la vitesse au
temps t = −∆t/2 pour amorcer le schéma. Cette dernière est déterminée en
appliquant aux électrons une rotation d’un angle θ = −Ω∆t/2 suivie d’une
"demi-décélération" (une accélération en utilisant −∆t/2) basée sur le champ
pris à sa valeur en t = 0.
L’expression du champ électrique E qui intervient dans le schéma est
quelconque. Nous définissons ce dernier comme une somme d’onde plane en
cos(k.rη − ωd t). Il correspondra tour à tour à une onde mono-mode azimu-
tale puis oblique, et à une onde multi-mode, plus réaliste dans le cadre du
propulseur puisque l’instabilité se développe en paquets de modes. Le modèle
théorique et les équations de la dynamique électronique ont été établis dans
le chapitre précédent dans le repère dérivant à la vitesse Vd . Par conséquent,
l’ensemble de l’étude qui va suivre sera faite dans ce repère. L’une des consé-
quences de ce positionnement est la faible importance du choix de la valeur de
la pulsation de l’onde par rapport à la composante ky du nombre d’onde consi-
dérée. En effet, ω n’intervient dans le système d’équation de la dynamique
(6.12) que décalé de ky Vd par effet Doppler. Or, ce décalage en fréquence
est largement supérieur à la fréquence de l’onde elle-même. La pulsation de
l’onde dans le repère dérivant s’écrit donc ωd = ω − ky Vd ' ky Vd puisque ω
est négligeable. Nous prendrons donc une pulsation arbitraire constante en
accord avec les résultats de l’étude de la relation de dispersion dans toute
l’étude qui va suivre ω/ωpe = 5.10−3 . Le champ magnétique sera fixé tel que
Ω/ωpe = 0.1.
7.2 Cas d’une onde azimutale
Le système d’équation résolu par le modèle numérique correspond au sys-
tème (6.4). La pulsation ω et le nombre d’onde ky qui définissent l’onde azi-
117
Chapitre 7. Validation numérique du modèle de transport stochastique
mutale sont issus des propriétés de l’instabilité mises en évidence dans la
première partie du manuscrit. L’amplitude de l’onde liée à la saturation du
mode correspondant en régime non-linéaire sera choisie à la lumière des ré-
sultats des simulations PIC.
7.2.1 Amplitude d’onde constante
L’amplitude de l’onde est prise constante dans un premier temps. Afin de
visualiser clairement l’effet de l’onde sur la dynamique électronique, elle est
choisie arbitrairement égale à l’amplitude du champ statique : Ef /E0 = 1.
Le choix d’introduire une telle amplitude d’onde, qui plus est constante, est
une contrainte importante mais difficile à éviter si nous voulons étudier le
principe de base du rôle de l’instabilité dans le transport électronique.
Trois cas sont mis en avant pour révéler l’impact de l’instabilité sur la
dynamique électronique. Le tableau 7.2 résume leurs caractéristiques.
ky Vd /ωpe ωd /ωpe (Ef /E0 )seuil ∆v/Vd Vσ /Vd ωB /ωpe
Cas (a) 1.2 ' 1.2 0.1092 0.5774 0.4226 0.3464
Cas (b) 0.6 ' 0.6 0.1376 0.8165 0.1835 0.2449
Cas (c) 0.3 ' 0.3 0.1733 1.1547 "-0.1547" 0.1732
Fig. 7.2 – Caractéristiques des cas mono-modes : ky Vd /ωpe = 0.3, 0.6 et 1.2.
Chaque cas vérifie la condition principale de validité du modèle de Karney
sur la pulsation de l’onde vue par les électrons, à savoir ωd /ωpe Ω/ωpe =
0.1. Ils sont donc parfaitement décrits par la théorie de Karney. L’amplitude
Ef /E0 = 1 a été choisie telle que le seuil de stochasticité défini par l’expression
(6.10) soit dépassé pour chaque cas.
La figure 7.3 représente l’évolution temporelle de la fonction de distribu-
tion en fonction de v⊥ /Vd et celle de la vitesse axiale moyenne pour chacun
de ces trois cas. La fonction de distribution à l’origine est maxwellienne (en
noir). Les courbes rouge puis bleue correspondent à la fonction de distri-
bution respectivement aux temps ωpe t = 100 et 2000. La déformation de
la fonction de distribution pour chacun des trois cas est semblable à celle
observée dans les simulations PIC dans le chapitre 2 et est en accord avec
la théorie développée dans le chapitre 6. Les électrons qui ont une énergie
telle que v⊥ ≥ Vσ = −Vd − ∆v (condition d’interaction onde-particule (6.9)
présentée dans la section 6.1.2) interagissent avec l’onde et subissent des ré-
sonances. Un échange d’énergie entre ces électrons et l’onde se produit, ce
qui est nettement visible sur les figures représentant l’évolution de la fonction
de distribution. Une droite en pointillée noir matérialise la limite d’interac-
tion Vσ . Les valeurs pour les différents cas sont regroupées dans le tableau
7.2. Dans les cas (a) et (b), cette limite coïncide parfaitement avec le point
à partir duquel la fonction de distribution change au cours du temps. Dans
le cas (c), Vσ est négatif, l’ensemble de la fonction de distribution interagit
118
7.2. Cas d’une onde azimutale
0
ω t=0
pe
10
0
ω t=100
pe
ω t=2000
pe −0.005
−1
10
〈 vx 〉 / Vd
−2 −0.01
10
−3
10 −0.015
0.4226 2 4 6 8 0 500 1000 1500 2000
v /V
⊥ d
ω t
pe
(a) ky Vd /ωpe = 1.2
0
ω t=0
pe
0 ω t=100
10 pe
ω t=2000 −0.01
pe
d
〈v 〉/V
−1
10
−0.02
x
−2
10 −0.03
−3
10 −0.04
0.1835 2 4 6 8 0 500 1000 1500 2000
v /V ω t
⊥ d pe
(b) ky Vd /ωpe = 0.6
0
ω t=0
pe
0 ω t=100 −0.02
10 pe
ωpet=2000
−0.04
d
〈v 〉/V
−1
10
x
−0.06
−2
10
−0.08
−3
10 −0.1
0 2 4 6 8 0 500 1000 1500 2000
v /V ω t
⊥ d pe
(c) ky Vd /ωpe = 0.3
Fig. 7.3 – Interaction modes instables-électrons : impact sur la fonction de
distribution et transport. L’amplitude de chacune des ondes est telle que
Ef /E0 = 1.
avec l’onde. Cette interaction concerne tous les électrons de la fonction de
distribution quelle que soit leur énergie. Outre l’accord des valeurs théoriques
de Vσ avec les résultats de la figure 7.3, la prise en compte du piégeage se
justifie par ailleurs par la valeur de la fréquence de piégeage ωB /ωpe, reportée
dans le tableau, toujours supérieure à la pulsation cyclotronique Ω/ωpe = 0.1
quel que soit le cas considéré ici.
Les électrons au-dessous de la limite Vσ n’interagissent quasiment pas
119
Chapitre 7. Validation numérique du modèle de transport stochastique
avec l’onde, la fonction de distribution reste inchangée. Au delà, les électrons
échangent de l’énergie avec l’onde. Ils peuvent gagner ou perdre de l’éner-
gie. Étant donné l’existence du seuil en v⊥ en dessous duquel il n’y a plus
d’échange, la tendance statistique de l’échange moyen est au gain d’énergie.
Les électrons sont donc globalement chauffés et la fonction de distribution
s’étale. Cependant, plus la fonction de distribution s’étend en v⊥ , i.e. plus
les électrons sont énergétiques en moyenne, moins l’échange d’énergie à la
résonance est important (dans l’espace des phases, les électrons passent plus
rapidement dans la zone de résonance et "voient" moins longtemps le poten-
tiel de l’onde autour de la résonance). La diffusion électronique tend donc à
se ralentir avec l’étalement de la fonction de distribution pour une amplitude
d’onde constante.
Comme le modèle théorique du chapitre précédent le suggère, la défor-
mation de la fonction de distribution est accompagnée d’un transport élec-
tronique axial important. Il est maximum au début de la déformation de la
fonction de distribution, lorsque les électrons gagnent beaucoup d’énergie de
l’onde. La figure 7.3 montre ensuite une stabilisation de la vitesse axiale cor-
rélée à un ralentissement du chauffage de la fonction de distribution décrit par
Karney [Karney 1978, Karney 1979]. Les valeurs atteintes ne sont pas physi-
quement pertinentes puisque ces cas, d’une utilité manifeste pour comprendre
les processus fondamentaux de transport, sont assez éloignés de la réalité du
propulseur.
L’introduction d’une amplitude constante ne tient en aucun cas compte
des effets non linéaires dus à la déformation de la fonction de distribution. Or,
nous avons vu au chapitre 3 que celle-ci modifie considérablement l’instabilité,
jusqu’à saturer la plupart des modes instables. La prise en compte de ces effets
non linéaires peut être faite dans quelques cas simples par l’introduction d’une
amplitude d’onde extraite des simulations PIC.
7.2.2 Amplitude extraite du code PIC
Le système étudié ici décrit l’interaction des électrons avec le mode ky Vd /ωpe =
1.04 dans la configuration de champ du propulseur. La simulation particu-
laire 1D présentée dans le paragraphe 2.4.2 dont la longueur de simulation
est ylong = 12.083 λD nous donne l’évolution de l’amplitude du champ élec-
trique associé ce mode. En effet, l’absence d’autres modes instables dans la
simulation permet d’identifier l’amplitude du champ électrique du système à
celui associé au mode décrit. Celle-ci contient de facto les effets non-linéaires
dus à la déformation de la fonction de distribution sur ce mode particulier.
Cette amplitude représentée sur la figure 7.4 va être introduite dans le mo-
dèle numérique décrit dans la section 7.1 avec une phase en cos(ky η − ωd t).
Il faut noter que l’amplitude d’onde extraite de la simulation particulaire est
moyennée sur plusieurs oscillations plasma ωpe −1
afin de négliger l’incidence de
celles-ci sur le transport électronique. La valeur maximale de l’amplitude de
l’onde atteint environ Ef /E0 = 0.5 ce qui rend moins arbitraire le choix de
120
7.2. Cas d’une onde azimutale
0.7
0.6
0.5
0.4
0
E /E
f
0.3
0.2
0.1
0
0 0.5 1 1.5 2
ωpe t 4
x 10
Fig. 7.4 – Amplitude de l’onde extraite du code PIC pour ylong = 12.083 λ D ,
i.e. ky Vd /ωpe = 1.04.
l’amplitude fait dans le paragraphe précédent pour les trois cas exposés.
Le seuil stochastique est matérialisé sur la figure 7.4 par une ligne rouge. Il
vaut (Ef /E0 )s = 0.25 ∗ (0.1/1.04)1/3 = 0.1145 et est donc largement dépassé.
Apparition de la stochasticité
Dans un premier temps, nous allons nous intéresser à l’apparition de la
stochasticité dans la dynamique électronique. Une étude de trajectoire d’une
population restreinte d’électrons types a pour cela été menée pour diverses
valeurs d’amplitude d’onde. Celle-ci est illustrée par la figure 7.5. Il s’agit de
sections de Poincaré [Arnold & Avez 1968, Poincaré 1899] effectuées pour une
amplitude d’onde correspondant respectivement aux quatre temps distincts
de la simulation ωpe t = 2 103 , 2.5 103 , 3 103 et 5.6 103 . A chacun de ces temps
correspond donc une valeur de l’amplitude du champ électrique pour laquelle
la section de Poincaré est tracée. Elle regroupe les trajectoires de 43 électrons
répartis de manière homogène en énergie. Les trajectoires électroniques sont
décrites par le schéma numérique du paragraphe 7.1. Ces électrons sont suivis
pendant 100 tours cyclotroniques et la valeur de v⊥ /Vd , qui caractérise leur
trajectoire, est mesurée à chaque fois qu’ils ont effectué exactement une gi-
ration cyclotronique. Cette mesure apparaît sous la forme d’un point sur les
graphiques. L’évolution temporelle des valeurs mesurées est ensuite ramenée
sur un intervalle de temps [0, 2π].
L’ensemble des points de la figure 7.5(a) forment des droites parallèles :
la valeur de v⊥ /Vd pour un électron donné n’évolue donc pas au cours du
temps. Les trajectoires électroniques sont quasiment purement cyclotroniques
puisque cette figure correspond à un temps (ωpe t = 2000) où l’amplitude de
l’onde est très faible et inférieure au seuil stochastique comme le montre le
tableau 7.6. Ce tableau associe aux différents cas de la figure 7.5 les valeurs
121
Chapitre 7. Validation numérique du modèle de transport stochastique
2 2
1.5 1.5
v⊥ / Vd
v⊥ / Vd
1 1
0.5 0.5
0 0
0 1 2 3 4 5 6 0 1 2 3 4 5 6
ωdt sur [0;2π] ωdt sur [0;2π]
(a) ωpe t = 2000 (b) ωpe t = 2500
2.5 3.5
3
2
2.5
1.5 v⊥ / Vd 2
v⊥ / Vd
1.5
1
1
0.5
0.5
0 0
0 1 2 3 4 5 6 0 1 2 3 4 5 6
ωdt sur [0;2π] ωdt sur [0;2π]
(c) ωpe t = 3000 (d) ωpe t = 5600
Fig. 7.5 – Apparition de la stochasticité pour le cas ky Vd /ωpe = 1.04.
ωpe t Ef /E0 ωB /ωpe Vσ /Vd
Cas (a) 2000 0.018 0.043 -
Cas (b) 2500 0.064 0.082 -
Cas (c) 3000 0.228 0.154 0.7039
Cas (d) 5600 0.5 0.228 0.5615
Fig. 7.6 – Valeur de l’amplitude de l’onde, de la fréquence de piégeage et de
la limite d’interaction Vσ aux différents temps pour le cas ky Vd /ωpe = 1.04.
du champ électrique, de la fréquence de piégeage et de la vitesse Vσ à par-
tir de laquelle les électrons subissent des résonances en régime stochastique
(condition (6.14)).
L’amplitude de l’onde augmente avec le temps du fait de l’instabilité du
mode ky Vd /ωpe = 1.04 et perturbe linéairement les trajectoires électroniques :
l’ensemble des points sur la figure 7.5(b) forment des courbes qui ne sont plus
horizontales mais qui peuvent encore être nettement distinguées. Le seuil de
stochasticité n’a pas encore été atteint.
La figure 7.5(c) correspond à une amplitude d’onde légèrement supérieure
au seuil stochastique. La stochasticité y est explicite : les trajectoires des élec-
122
7.2. Cas d’une onde azimutale
−5
x 10
1
3
ω t=2 10
pe
0 0
10
ω t=3 103
pe
−1
ω t=4 103
〈 vx 〉 / Vd
−1 pe
10
4 −2
ω t=2 10
pe
−2
−3
10
−4
−3
10 −5
0 2 4 6 8 0 0.5 1 1.5 2
ω t 4
v /V pe x 10
⊥ d
(a) Fonction de distribution (b) Vitesse moyenne axiale
Fig. 7.7 – Évolution temporelle du système 1D pour une onde 1D k y Vd /ωpe =
1.04 avec l’amplitude extraite d’une simulation PIC.
trons tels que v⊥ > Vσ ne peuvent pas être distinguées les unes des autres,
les valeurs successives de v⊥ sont stochastiques. Vσ vaut 0.7039 d’après l’ex-
pression (6.14), ce qui est en bon accord avec la figure 7.5(c).
Cette vitesse limite d’interaction tend à diminuer avec l’augmentation de
l’amplitude de l’onde puisque la largeur de piégeage ∆v définie par l’expres-
sion (6.8) dans le chapitre précédent est en Ef . La figure 7.5(d) le montre
p
clairement : les trajectoires électroniques linéairement perturbées mais pas
stochastiques sont localisées dans une petite zone inférieure à celle de la fi-
gure 7.5(c). On retrouve cette propriété dans le tableau 7.6 dont les valeurs
coïncident avec ce qui est visible sur la figure 7.5.
Par ailleurs, la fréquence de piégeage est toujours supérieure à la pulsation
cyclotronique en régime stochastique. Ceci justifie d’une part la séparation de
l’interaction onde-électron du mouvement cyclotronique, lors des résonances,
utilisée dans le modèle de Karney pour calculer le seuil de stochasticité ; et
confirme, d’autre part, la nécessité d’introduire la largeur de piégeage dans
l’expression de Vσ .
Incidence de la stochasticité sur la fonction de distribution et le
transport électronique axial
Maintenant que l’apparition du régime stochastique a été mis en évidence
avec l’évolution de l’amplitude du champ électrique fluctuant pour quelques
électrons, nous pouvons étendre le système à une population électronique
maxwellienne comme c’est le cas dans la simulation particulaire. Cette étude
de la stochasticité éclaircit l’évolution du système illustrée en figure 7.7. La
fonction de distribution commence à se déformer à partir du moment où
l’amplitude du champ fluctuant est supérieure au seuil de stochasticité, i.e.
au temps ωpe t = 3000 environ : courbe verte. Les résonances onde-électron
font changer les électrons d’orbites. La présence du champ électrique accéléra-
teur axial lors de ces interactions introduit une anisotropie dans le transport
123
Chapitre 7. Validation numérique du modèle de transport stochastique
électronique. La vitesse axiale moyenne devient non nulle à partir de l’en-
trée dans le régime stochastique comme on le remarque sur la figure 7.7(b).
L’augmentation de l’amplitude de l’onde, du fait de l’instabilité du mode
ky Vd /ωpe = 1.04, a deux conséquences : d’une part les trajectoires sont de
plus en plus stochastiques, les électrons gagnent de plus en plus d’énergie ;
et d’autre part, le nombre d’électrons subissant les impulsions de l’onde est
de plus en plus important puisque la largeur de piégeage grandit. Le plateau
de la fonction de distribution s’étend donc à partir de la valeur v⊥ /Vd = 1
(puisque VΦ ' −Vd ) vers le coeur de la fonction de distribution (atteint
lorsque ∆v = Vd ), la fonction de distribution s’étale et le transport électro-
nique s’accroît. Cette évolution continue jusqu’à ce que l’amplitude du champ
fluctuant soit saturée du fait des effets non linéaires dus à la déformation de
la fonction de distribution étudiés dans le chapitre 3. Le plateau ne progresse
plus vers le coeur de la distribution, le chauffage se réduit et le transport
électronique axial diminue.
7.3 Cas d’une onde oblique
7.3.1 Cas mono-mode
L’extension de l’instabilité dans la direction axiale ne change pas qualita-
tivement les résultats obtenus pour une onde azimutale mono-mode : comme
cela a été dit dans la section 6.2, celle-ci modifie essentiellement le seuil de
stochasticité (6.15).
Le système d’équation (6.12) est résolu en utilisant le modèle numé-
rique présenté plus haut pour les propriétés de l’onde suivante : Ef /E0 =
1, ky Vd /ωpe = 1.2 et kx Vd /ωpe = 0.6. L’évolution du système est caracté-
risé par la figure 7.8. Pour une telle valeur de l’amplitude d’onde, le seuil
0
ω t=0
pe
0
10 ωpet=100
ωpet=2000 −0.005
〈 vx 〉 / Vd
−1 ω t=2000 cas 1D
10 pe
−2
−0.01
10
cas onde azimutale
cas onde oblique
−3
10 −0.015
0 2 4 6 8 0 500 1000 1500 2000
v⊥ / Vd ωpet
(a) Fonction de distribution (b) Vitesse moyenne axiale
Fig. 7.8 – Évolution temporelle du système pour une onde 2D E f /E0 = 1,
ky Vd /ωpe = 1.2 et kx Vd /ωpe = 0.6, comparaison avec le cas d’une onde 1D.
de stochasticité est dépassé puisqu’il vaut (Ef /E0 )s = 0.25 ∗ (0.1/1.2)1/3 ∗
124
7.3. Cas d’une onde oblique
√
1.2/ 1.22 + 0.62 = 0.0977. Les électrons de la fonction de distribution sont
en régime stochastique : la fonction de distribution se déforme et une vitesse
axiale moyenne négative se dégage. Cette dernière est plus importante que
dans le cas de l’onde azimutale, représentée en bleu sur la figure 7.8(b). Le fait
que le seuil de stochasticité soit plus faible dans le cas 2D est probablement
à l’origine de la différence de valeur de la vitesse axiale. Pour une amplitude
d’onde donnée, la stochasticité des trajectoires électroniques est plus grande
pour une onde oblique, permettant un transport axial plus important. L’évo-
lution de la fonction de distribution est identique au cas 1D.
7.3.2 Cas multi-mode
La première partie du manuscrit a montré que l’instabilité se développe en
paquets de modes instables. En régime linéaire comme en régime non-linéaire,
les modes présents dans le propulseur sont nombreux. Il paraît donc utile de
généraliser l’étude théorique et numérique faite sur la dynamique électronique
à des cas multi-modes.
Certains cas multi-modes ont été étudiés afin de déterminer quelles sont
les tendances liées notamment au nombre de modes décrits. Les résultats
−3
x 10
0
ωpet=0
0 −0.2
10 cas 1D
cas 2D: 2 modes symetriques −0.4
et un mode azimutal
d
cas 2D multimode grand ky
〈v 〉/V
−1 −0.6
10
x
−0.8
−2 −1
10
−1.2
−3
10 −1.4
0 2 4 6 8 0 500 1000 1500 2000
v /V ωpet
⊥ d
(a) Fonctions de distribution (b) Vitesse axiale cas noir
−4 −3
x 10 x 10
0 1
−1 0
−2 −1
d
d
〈v 〉/V
〈v 〉/V
−3 −2
x
−4 −3
−5 −4
−6 −5
0 500 1000 1500 2000 0 500 1000 1500 2000
ωpet ωpet
(c) Vitesse axiale cas rouge (d) Vitesse axiale cas bleu
Fig. 7.9 – Cas multi-modes grand ky .
125
Chapitre 7. Validation numérique du modèle de transport stochastique
−3
x 10
0
ωpet=0
0
10 cas 1D −0.5
cas 2D : 2modes symetriques
et 1 mode azimutal −1
cas 2D multimode petit ky
d
〈v 〉/V
−1
10
−1.5
x
−2
−2
10
−2.5
−3
10 −3
0 2 4 6 8 0 500 1000 1500 2000
v⊥ / Vd ω t
pe
(a) Fonctions de distribution (b) Vitesse moyenne axiale cas noir
−3 −3
x 10 x 10
0 5
0
−0.5
d
d
〈v 〉/V
〈v 〉/V
−5
x
x
−1
−10
−1.5 −15
0 500 1000 1500 2000 0 500 1000 1500 2000
ω t ω t
pe pe
(c) Vitesse moyenne axiale cas rouge (d) Vitesse moyenne axiale cas bleu
Fig. 7.10 – Cas multi-modes petit ky .
qualitatifs sont proches de ceux des simulations particulaires : plus le nombre
de modes obliques décrits est important moins il est nécessaire d’introduire
une amplitude d’onde importante pour obtenir un courant réaliste. La défor-
mation de la fonction de distribution dépend du nombre de modes obliques
présents dans la simulation ainsi que de la valeur de kx choisie. Par ailleurs, la
prise en compte ou non de la symétrie en kx de la configuration du propulseur
dans les simulations a une influence importante sur ces résultats.
Les figures 7.9 et 7.10 résument ces tendances en représentant la fonc-
tion de distribution à un temps fixe ωpe t = 2000 ainsi que la vitesse axiale
moyenne pour plusieurs cas. La figure 7.9 fait la comparaison entre un cas 1D
ky Vd /ωpe = 1.2 en noir, un cas 2D où se superposent les modes ky Vd /ωpe = 1.2
avec kx = 0 et ky Vd /ωpe = 1.2 avec kx Vd /ωpe = ±0.6 (donc 3 modes en tout)
en rouge et un cas 2D multi-mode ky Vd /ωpe = 1, 1.1, 1.2, 1.3 avec pour chaque
mode une extension en kx Vd /ωpe = 0, ±0.6 (donc 12 modes en tout) en bleu.
La comparaison entre ces différents cas est effectuée à énergie constante.
√ L’am-
plitude d’onde dans le cas 1D vaut Ef /E √0 = 0.25 (Ef /E0 = 0.25/ 3 = 0.14
pour le cas 2D 3modes et Ef /E0 = 0.25/ 12 = 0.07 pour le cas 2D 12modes).
La déformation de la fonction de distribution est plus importante dans le cas
multi-mode (bleu) et la valeur de la vitesse moyenne axiale devient réaliste,
ce qui est en accord avec les simulations particulaires du chapitre 4.
126
7.3. Cas d’une onde oblique
La figure 7.10 reproduit la comparaison faite ci-dessus pour des modes à
plus petits ky . Le cas 1D correspond à ky Vd /ωpe = 0.62. Il est comparé au cas
2D 3modes ky Vd /ωpe = 0.62 avec kx = 0 et ky Vd /ωpe = 0.62 avec kx Vd /ωpe =
±0.6 en rouge et au cas 2D 12modes ky Vd /ωpe = 0.52, 0.62, 0.72, 0.82 avec
pour chaque mode une extension en kx Vd /ωpe = 0, ±0.6 (donc 12 modes en
tout) en bleu. Le coeur de la fonction de distribution est atteint dans les cas
multi-modes 2D contrairement au cas mono-mode comme nous l’avions déjà
remarqué dans les simulations particulaires.
La projection de la vitesse de phase de chaque mode sur l’axe η étant
indépendante des propriétés du mode (Vφ ' −Vd , voir la relation (6.13)), les
résonances ont toutes lieu pour vη ' −Vd quel que soit le mode. Les processus
stochastiques liés à chaque mode, dont nous avons exposé le principe dans
le chapitre précédent, se superposent et aboutissent aux résultats exposés
ci-dessus.
Une étude plus précise de cas multi-modes est difficile et dépend beau-
coup trop de paramètres arbitraires pour être pertinente quantitativement,
ce qui serait pourtant le principal intérêt d’une telle étude. En effet, pour
s’approcher de cas réalistes par rapport au propulseur, il est nécessaire de
décrire au moins une dizaine de modes dans l’axe et au moins autant dans la
direction azimutale. Étant donné la symétrie de la relation de dispersion en
kx , les modes en −kx doivent aussi être pris en compte. Au final, le nombre
de modes obliques à introduire dans le modèle numérique est considérable.
Par ailleurs, l’amplitude de chacun de ces modes est, dans ce modèle, arbi-
traire. Il faudrait donc déterminer la prédominance de tel mode par rapport
aux autres, celle-ci évoluant en fonction de la déformation de la fonction de
distribution, à l’aide de l’étude de stabilité effectuée en partie I. Pour une
étude quantitative, les simulations particulaires semblent donc plus adaptées.
Le modèle de Karney appliqué au propulseur apporte donc une grille de
lecture de l’interaction de l’instabilité avec les électrons. Il montre nettement
que cette interaction conduit à la déformation de la fonction de distribution
et à l’existence d’un transport électronique. Cependant, ce modèle ne fait
intervenir qu’une onde monochromatique alors que l’instabilité se développe
en paquets de modes instables. Les couplages entre les différents modes no-
tamment ne sont pas décrits par la théorie. Pour autant, l’évolution de la
fonction de distribution ainsi que celle du transport électronique axial ob-
servées dans les simulations particulaires est approximativement reproduite
par les équations de la dynamique faisant intervenir une onde aux propriétés
proches de celle de l’instabilité. On peut donc conclure de l’étude précédente
que l’instabilité de dérive est à l’origine de la déformation de la fonction de
127
Chapitre 7. Validation numérique du modèle de transport stochastique
distribution électronique et du transport électronique des simulations parti-
culaires du chapitre 4.
128
Chapitre 8
Conclusion de la deuxième partie
a diffusion des particules en présence d’un champ magnétique a beaucoup
L été étudiée dans le cadre de la fusion magnétique. Sa compréhension est
particulièrement importante pour l’amélioration du confinement magnétique
ou pour celle du chauffage des particules. Par ailleurs, elle fait partie à l’heure
actuelle des thèmes majeurs de recherche au sein du GdR « Propulsion Spa-
tiale à Plasma »pour améliorer la modélisation globale du fonctionnement
du propulseur à effet Hall. Il s’agit de trouver une explication théorique au
transport anormal des électrons au travers des lignes de champ magnétique.
Nous avons montré dans la première partie de ce manuscrit l’existence d’une
instabilité électronique de dérive se développant en sortie de propulseur, pré-
cisément là où le problème du transport anormal se pose.
Afin de déterminer si les fluctuations électrostatiques associées à cette
instabilité étaient susceptibles d’induire un transport anormal, nous avons
étudié, dans cette deuxième partie, la dynamique des électrons dans la confi-
guration de champs électrique et magnétique croisés à laquelle a été ajouté
un champ électrique fluctuant vérifiant les propriétés de l’instabilité électro-
nique de dérive. La simplicité des équations de la dynamique associées à cette
configuration cache la complexité des trajectoires électroniques. La résolu-
tion numérique du système dynamique des électrons est accompagnée d’une
analyse basée sur le travail de C.F.F. Karney.
Appliqué au propulseur, son modèle décrit les trajectoires des électrons
soumis à une onde monochromatique en présence d’un champ magnétique.
L’ensemble de l’étude est faite dans le repère dérivant à la vitesse Vd ce qui
simplifie les équations de la dynamique d’une part et introduit un décalage
Doppler au niveau de la fréquence de l’onde perçue par les électrons d’autre
part. Dans ce repère, la fréquence de l’onde ωd = ω − ky Vd est largement
supérieure à la fréquence cyclotronique (ky Vd Ω ω). L’interaction onde-
électron se résume alors aux résonances onde-électron que l’on peut considérer
sans champ magnétique. Selon la valeur de l’amplitude de l’onde toutes choses
étant égales par ailleurs, les trajectoires électroniques sont linéairement per-
turbées autour du mouvement cyclotronique ou stochastiques. Un seuil de
stochasticité dépendant du champ magnétique, de la vitesse de dérive, du
129
Chapitre 8. Conclusion de la deuxième partie
nombre d’onde et de l’amplitude de l’onde détermine le changement de ré-
gime pour les électrons ayant suffisamment d’énergie pour atteindre la vitesse
de l’onde (vitesse de phase).
L’apparition de la stochasticité dans les trajectoires électroniques se mani-
feste de deux manières clairement identifiées : les électrons ayant une vitesse
v⊥ supérieure à la vitesse de phase de l’onde, i.e. suffisamment d’énergie
pour atteindre lors d’un giration cyclotronique la vitesse de phase de l’onde,
gagnent en moyenne de l’énergie créant ainsi un plateau plus ou moins étendu
dans la fonction de distribution autour de cette valeur ; ce chauffage des élec-
trons est associé à un transport dans la direction axiale du propulseur.
Le développement de l’instabilité s’effectuant par paquets de modes, le
processus de diffusion électronique dans le propulseur implique l’interaction
des électrons avec chacun de ces modes simultanément. L’étude numérique de
cas multi-modes montre des tendances identiques à celles observées dans les
simulations particulaires de la première partie. L’intérêt physique de ce mo-
dèle pour apporter une explication à la conductivité anormale du propulseur à
effet Hall est évident. Il n’est cependant pas capable, en l’état, de déterminer
cette conductivité quantitativement. Les limites et les perspectives liées au
travail effectué dans cette thèse sont exposées dans la partie ad hoc suivante.
130
Limites et perspectives
es propriétés de l’instabilité de dérive cyclotronique électronique ont été
L étudiées de manière exhaustive. Celle-ci est excitée par le couplage entre
le mouvement de rotation induit par la configuration de champs électrique
et magnétique croisés et le mouvement cyclotronique électronique. Elle se
développe en paquets de modes instables perpendiculaires au champ magné-
tique dans la gamme de fréquence 10-40 MHz pour les paramètres typiques
du propulseur. Les nombres d’ondes correspondants sont de l’ordre du rayon
de Larmor électronique.
L’interaction du champ électrique généré par l’instabilité avec la popula-
tion électronique est bien comprise dans le cas mono-mode ainsi que les effets
non linéaires de cette interaction sur l’instabilité. L’apparition de la stochasti-
cité dans les trajectoires électroniques est définie par l’expression d’un seuil de
stochasticité dépendant notamment de l’amplitude de l’onde. L’entrée dans le
régime stochastique lorsque l’amplitude de l’onde instable croît suffisamment
provoque la déformation de la fonction de distribution électronique et induit
un transport électronique axial. Cette déformation prise en compte dans le
calcul de stabilité de la configuration modifie les propriétés de l’instabilité
sans pour autant la saturer.
La généralisation au cas d’une perturbation multi-mode, comme celle ef-
fectivement présente dans le propulseur, fait intervenir une superposition des
processus de diffusion stochastique liés à chaque mode, mais introduit un
couplage entre modes difficilement identifiable théoriquement. Pour autant,
le transport stochastique déterminé numériquement qui en découle possède les
caractéristiques générales du transport électronique anormal mis en évidence
par les simulations particulaires dans le propulseur à effet Hall.
Une étape supplémentaire aurait été de déterminer une expression du
coefficient de transport électronique associé à l’apparition de la stochasticité
dans les trajectoires des électrons. Plusieurs obstacles majeurs s’y opposent
malheureusement pour l’instant. Une expression de la vitesse de diffusion
axiale a effectivement été calculée dans la deuxième partie de ce manuscrit de
thèse (section 6.1.3 et annexe B) mais au prix d’hypothèses non justifiables
qu’il faudrait lever pour en obtenir une version exploitable quantitativement.
Une première restriction à lever porte sur l’approximation stationnaire
qui est faite pour pouvoir calculer cette vitesse. Les simulations montrent
que cette approximation n’est pas réaliste et qu’il est impossible de séparer
131
Limites et perspectives
plusieurs échelles de temps caractéristiques. Nous l’avons vu, la fonction de
distribution évolue rapidement, et de manière importante, dès l’entrée dans
le régime stochastique.
La seconde difficulté concerne l’hypothèse d’une fonction de distribution
maxwellienne. L’apparition de la déformation de la fonction de distribution du
fait du développement de l’instabilité contredit clairement cette hypothèse.
Une intégration numérique comme celle utilisée lors de la résolution de la
relation de dispersion intégrale est peut-être possible mais sa faisabilité reste
à étudier.
Il faut rappeler aussi que ce calcul a été fait pour une onde monochroma-
tique. Il s’agit donc pour une onde multi-mode de prendre en compte l’apport
de chacun des modes au transport global d’une part, mais aussi à la déforma-
tion de la fonction de distribution d’autre part, ce qui introduit une difficulté
supplémentaire.
Enfin, la valeur du coefficient de transport dépend de la valeur de l’ampli-
tude du champ électrique fluctuant. Or, nous avons montré que la déforma-
tion de la fonction de distribution n’est pas un mécanisme de saturation de
l’instabilité. Les résonances entre ky Vd et nΩ persistent même pour une fonc-
tion plate très étendue. La valeur saturée de l’amplitude du champ électrique
fluctuant n’est donc pas déterminée. Le modèle ne permet pas de dépasser
l’aspect qualitatif de la compréhension du processus de diffusion électronique
puisque la saturation de l’instabilité n’est pas intrinsèque au modèle théorique
exposé. Dans ces conditions, malgré la levée éventuelle des trois difficultés
précédentes, notamment celles de l’hypothèse stationnaire et celle de l’inté-
gration pour une fonction non maxwellienne, il est impossible de définir un
coefficient de transport basé sur l’étude stricte de l’interaction onde-électron.
Il semble nécessaire, pour aller plus loin dans la compréhension du transport
anormal, d’introduire dans les simulations particulaires les éléments qui sont
à la source de la saturation dans le propulseur comme l’ionisation ou encore
comme les effets de longueurs finies. Les électrons ayant gagnés suffisamment
d’énergie par l’interaction avec l’onde sont en effet susceptibles d’ioniser les
atomes neutres présents dans la zone de sortie du moteur. Ces ionisations
définissent une barrière d’énergie maximale au delà de laquelle le nombre
d’électrons décroît rapidement. La fonction de distribution électronique ne
peut donc pas s’étendre très au delà de cette barrière contrairement à ce qui
est observé dans certaines simulations. De même, le temps de transit des ions
et des électrons dans la zone d’accélération constituent une source de pertes
de particules énergétiques à considérer puisque celles-ci diffusent rapidement
vers l’extérieur de cette zone.
Malheureusement, la prise en compte de ces effets de longueurs finies, ainsi
que la nécessité de décrire une densité suffisante de modes dans les directions
azimutale et axiale conduit à des simulations coûteuses. Les simulations expli-
cites semblant confirmer la validité des simulations implicites sans apporter
d’effets significatifs, la construction d’un code implicite modélisant seulement
la sortie du moteur, a priori beaucoup plus économique qu’un code explicite
132
puisqu’il amortit la fréquence plasma et permet donc d’utiliser des pas de
temps grands, paraît constituer la voie à suivre pour continuer à progresser
dans la compréhension et la modélisation du transport anormal. Le calcul
d’une expression théorique du transport électronique stochastique utilisable
dans un modèle fluide semblant très difficile, une solution alternative pour-
rait alors consister en un couplage de code hybride et particulaire pour la
modélisation du transport.
133
Limites et perspectives
134
Annexe A
Calcul de la densité électronique
perturbée
Soit
Z t
I= φ exp (−iωd τ + i (kx x(τ ) + kη η(τ ) + kz z(τ ))) dτ (A.1)
−∞
tel que la perturbation de la fonction de distribution électronique (1.18)
s’écrit :
e 1
f1 = f0 (Φ1 + iωd I) (A.2)
m Vth2
La difficulté dans le calcul de l’intégrale (A.1) réside dans l’évaluation de
l’évolution des variables x, y, z le long des trajectoires électroniques pertur-
bées. Pour les déterminer, nous allons définir le mouvement des électrons dans
l’espace des phases. Il faut rappeler ici que ce mouvement se résume à une
giration cyclotronique perturbée.
La trajectoire électronique non perturbée dans l’espace des phases se décrit
de la manière suivante :
vx = −v⊥ sin θ
vη = v⊥ cos θ
vz = v z
où θ est la phase de Larmor. La perturbation par rapport à l’orbite non
perturbée est introduite par le paramètre Υ. Les composantes du vecteur
vitesse du mouvement perturbé s’écrivent :
vx (τ ) = −v⊥ sin(Ωτ + Υ)
vη (τ ) = v⊥ cos(Ωτ + Υ)
vz (τ ) = vz (A.3)
135
Annexe A. Calcul de la densité électronique perturbée
Les conditions aux limites pour un électron sont définies comme suit : les
caractéristiques, au sens lagrangien, des orbites perturbées sont égales aux
caractéristiques des orbites non perturbées lorsque τ = t : r(τ = t) = r et
v(τ = t) = v.
Pour les composantes du vecteur vitesse, cela se traduit par : :
vx (τ = t) = −v⊥ sin(Ωτ + Υ) = −v⊥ sin θ
vη (τ = t) = v⊥ cos(Ωτ + Υ) = v⊥ cos θ
vz (τ = t) = vz = vz
En identifiant la colonne du milieu à celle de droite, on trouve Υ = θ − Ωt.
Le système (A.3) devient :
vx (τ ) = −v⊥ sin [Ω(τ − t) + θ]
vη (τ ) = v⊥ cos [Ω(τ − t) + θ]
vz (τ ) = vz
L’intégration permet de trouver les caractéristiques x(τ ), η(τ ) et z(τ ) :
v⊥
x(τ ) = cos [Ω(τ − t) + θ] + c1
Ω
v⊥
η(τ ) = sin [Ω(τ − t) + θ] + c2
Ω
z(τ ) = vz (τ − t) + c3
où c1, c2, c3 sont les constantes d’intégration. Elles sont déterminées grâce
aux conditions limites exposées plus haut, à savoir : x(τ = t) = x(t), y(τ =
t) = y(t) et z(τ = t) = z(t).
En définitive, les trajectoires perturbées sont décrites par le système :
v⊥
x(τ ) = [cos (Ω(τ − t) + θ) − cos θ] + x(t)
Ω
v⊥
η(τ ) = [sin (Ω(τ − t) + θ) − sin θ] + y(t)
Ω
z(τ ) = vz (τ − t) + z(t)
Injectées dans l’intégrale I (A.1), on obtient :
Z 0
I= φ exp −i(kx x + kη η + kz z − ωd t) exp(−iωd (τ − t))
−∞
kx v⊥
× exp i cos [Ω(τ − t) + θ] − cos θ
Ω
ky v⊥
× exp i sin [Ω(τ − t) + θ] − sin θ
Ω
× exp i (kz vz (τ − t)) dτ
136
En posant τ 0 = τ − t, l’expression devient :
Z 0
0 kx v⊥ 0
I = Φ1 exp(−iωd τ )× exp i cos [Ωτ + θ] − cos θ
−∞ Ω
ky v⊥ 0
× exp i sin [Ωτ + θ] − sin θ
Ω
× exp i (kz vz τ 0 ) dτ 0
ky
On introduit k⊥2
= kx2 + ky2 et Ψ = arctan . L’intégrale se transforme
kx
alors :
Z 0
0 0 k⊥ v⊥ 0
I = Φ1 dτ exp(−iωd τ )× exp i (cos [Ωτ + θ − Ψ] − cos(θ − Ψ))
−∞ Ω
× exp i (kz vz τ 0 )
(A.4)
Nous pouvons écrire cos [Ωτ 0 + θ − Ψ] = sin [π/2 + Ωτ 0 + θ − Ψ] et cos(θ −
Ψ) = sin(π/2 + θ − Ψ) et utiliser la relation :
∞
X
exp(iγ sin θ) = Jn (γ) exp(inθ)
n=−∞
où les Jn sont les fonctions de Bessel :
1 π
Z
Jn (γ) = cos(nθ − γ sin θ)dθ
π 0
La relation (A.4) donne alors :
∞
X k⊥ v⊥ π
I = Φ1 Jm exp −im +θ−Ψ
m=−∞
Ω 2
∞ Z 0
X k⊥ v⊥ π
× Jn dτ 0 exp −in + θ − Ψ exp i (kz vz τ 0 − ωd τ 0 )
n=−∞
Ω −∞ 2
(A.5)
Soit Z 0
K= dτ 0 exp(−in(π/2 + θ − Ψ)) exp(iτ 0 (kz vz − ωd ))
−∞
Cette intégrale se calcule par une intégration par partie :
exp in( π2 + θ − Ψ)
nΩ
K= − K
i(kz vz − ωd ) kz vz − ω d
Ainsi,
exp (in(π/2 + θ − Ψ))
K= (A.6)
i(kz vz − ωd + nΩ)
137
Annexe A. Calcul de la densité électronique perturbée
Les fonctions de Bessel Jn sont orthogonales, on peut donc prendre n = m, ce
qui simplifie grandement l’expression de l’intégrale (A.5) lorsque est injecté
K (A.6) :
∞
X Jn2 (k⊥ v⊥ /Ω)
I = Φ1 (A.7)
n=−∞
i(k z v z − ω d + nΩ)
La perturbation de la fonction de distribution f1 (A.2) est en définitive :
" ∞
#
e Φ1 X ωd Jn2 (k⊥ v⊥ /Ω)
f1 = f0 2 1 + (A.8)
m Vth n=−∞
(k z v z − ω d + nΩ)
Elle permet de remonter à la grandeur macroscopique qu’est la densité élec-
tronique par la relation en coordonnées cylindriques :
Z Z Z
1
ne = f1 v⊥ dv⊥ dθdvz (A.9)
L’intégration sur θ est triviale et ajoute un coefficient 2π. La fonction de
distribution f0 est remplacée par son expression (1.16). Nous avons de plus :
Z ∞Z ∞ √
2
v⊥ + vz2
v⊥ exp − 2
= Vth3 2π (A.10)
0 −∞ 2Vth
La perturbation de densité électronique s’écrit donc :
3/2 h
√
2πΦ1 e m i
n1e = n0 Vth3 2π + L (A.11)
mVth2 2πkB T
avec
∞ Z ∞ ∞ 2
+ vz2
k⊥ v⊥ ωd
v⊥
X Z
L= dv⊥ dvz v⊥ Jn2 exp −
n=−∞ 0 −∞ Ω 2Vth2
(kz vz − ωd + nΩ)
(A.12)
L’intégration sur v⊥ et sur vz se fait indépendemment. Soit P l’intégrale sur
vz : Z ∞
vz2
ωd
P= dvz exp − 2
−∞ (kz vz + nΩ − ωd ) 2Vth
vz ωd − nΩ
En posant α = √ et ξd− = √ , P se transforme en :
2Vth kz Vth 2
2
ωd ∞ e−α
Z
P= dα
kz −∞ α − ξd−
On reconnaît la fonction de Fried & Conte [Fried & Conte 1961] :
∞ 2
1 e−α
Z
Z(ξ) = √ dα
π −∞ α−ξ
138
D’où,
ωd √
P= πZ(ξd− ) (A.13)
kz
On remplace l’expression de P(A.13) dans l’expression L(A.12) :
√ ∞ Z ∞ 2
ωd π X − v⊥ 2 k⊥ v⊥
L= Z(ξd ) dv⊥ v⊥ exp − 2 Jn (A.14)
kz n=−∞ 0 2Vth Ω
Cette expression est intégrable pour n > −1 [Gradshteyn & Ryzhik 1980]. On
se sert alors de la propriété des fonctions de Bessel [Abramowitz & Stegun
1972] J−n = (−1)n Jn pour obtenir L tel que n ≥ 0 :
√
ξd + ξd−
+ Z ∞ 2
ωd π n v⊥ 2 k⊥ v⊥
L= Z dv⊥ v⊥ exp − 2 J0
kz 2 0 2Vth Ω
∞ ∞ 2
v⊥ k⊥ v⊥ o
X Z
+ − 2
+ Z(ξd ) + Z(ξd ) dv⊥ v⊥ exp − 2 Jn
n=1 0 2Vth Ω
(A.15)
ωd + nΩ
avec ξd+ = √ .
kz Vth 2
On utilise la relation valable pour n ≥ 0 [Gradshteyn & Ryzhik 1980] :
Z ∞ 2
α + β2
2 2
1 αβ
exp −Q z Jp (αz)Jp (βz)zdz = exp Ip
0 2Q2 4Q2 2Q2
(A.16)
où les fonctions In sont les fonctions de Bessel modifiées.
2 2
En introduisant le paramètre b = k⊥ Vth /Ω2 proportionnel au carré du rayon
de Larmor, le résultat de l’intégrale (A.15) s’écrit :
√
ξd + ξd−
+
ωd π 2 n
L= Vth Z I0 (b)e−b
kz 2
∞
X o (A.17)
+ − −b
+ Z(ξd ) + Z(ξd ) In (b)e
n=1
La perturbation de la densité électronique dans le repère dérivant s’écrit en
définitive à partir de (A.11) et (A.17) :
ξd+ + ξd− n ξd + ξd−
+
e n0 Φ 1 n
1
ne = 1+ Z I0 (b)e−b
m Vth2 2 2
n=∞
X oo (A.18)
+ − −b
+ Z ξd + Z ξd In (b)e
n=1
avec
ωd + nΩ ωd − nΩ
ξd+ = √ et ξd− = √
kz Vth 2 kz Vth 2
139
Annexe A. Calcul de la densité électronique perturbée
140
Annexe B
Calcul de la vitesse de diffusion
axiale
La configuration utilisée correspond à celle représentée sur la figure 6.1.
Dans cette configuration, l’équation de Vlasov s’écrit :
∂fe ∂fe e ∂fe
+ ve . − [Eaxial + Efluct + ve × B] . =0
∂t ∂r m ∂ve
Le calcul est fait dans le repère dérivant à la vitesse Vd comme dans la section
1.2.2 ce qui permet d’éliminer le champ statique dans l’équation de Vlasov.
On sépare les évolutions des parties rapides et lentes au cours du temps de la
fonction de distribution fe =< fe > +f1 = f0 + f1 et on effectue la moyenne
de l’équation de Vlasov sur toutes les phases de l’onde, i.e. sur y, on obtient
alors les équations d’évolution de f0 et f1 :
∂f0 q ∂f0 q ∂f0 q ∂f1
+ B0 η̇ − B0 vx = − < Ey (t) (t) > (B.1)
∂t m ∂vx m ∂ η̇ m ∂ η̇
df1 e ∂f0
= − ∇Φ1 . 1
dt m ∂ve
Le calcul de la perturbation de la fonction de distribution f1 a été effectué
pour la calcul de la relation de dispersion dans la section 1.2.2. On trouve :
q t ∂f0
Z
f1 = −2 Ey (t0 )η̇(t0 ) 2 dt0
m −∞ ∂v⊥
avec f0 (v⊥2
, vz ).
En injectant f1 dans l’équation d’évolution de la fonction d’équilibre (B.1),
celle-ci s’écrit :
Z t
∂f0 q ∂f0 q ∂f0 q 2 ∂ ∂f0
+ B0 η̇ − B0 vx = −2 < dt0 Ey (t)Ey (t0 )η̇(t0 ) 2 >
∂t m ∂vx m ∂ η̇ m ∂ η̇ −∞ ∂v⊥
On multiplie l’équation par η̇ et pour aller plus loin, nous allons chercher un
∂f0
régime stationnaire = 0 (c’est la première hypothèse non justifiable). En
∂t
141
Annexe B. Calcul de la vitesse de diffusion axiale
intégrant sur dvx dη̇, on obtient :
2 ∂f0 ∂f0
Z Z Z Z
B0 η̇ dvx dη̇ − B0 vx η̇ dvx dη̇ =
∂vx ∂ η̇
Z t
q ∂ ∂f0
Z Z
−2 η̇ < dt0 Ey (t)Ey (t0 )η̇(t0 ) 2 > dvx dη̇
m ∂ η̇ ∞ ∂v⊥
(B.2)
Le premier terme de l’équation du membre de gauche s’annule puisque l’in-
∂f0
tégrande η̇ 2 est antisymétrique en vx .
∂vx
Le deuxième terme du membre de gauche s’intègre par parties en fonction de
η̇ et donne Z Z
B0 vx f0 dvx dη̇ = B0 Vx
De même, le membre de droite de l’équation (B.2) se calcule aussi par inté-
gration par parties et aboutit à :
t
∂f0
Z Z Z
< dt0 Ey (t)Ey (t0 )η̇(t0 ) 2
> dvx dη̇
∞ ∂v⊥
Le champ électrique fluctuant s’écrit dans le repère dérivant à Vd : Ey =
Ef cos(ky (η + Y ) − (ω − ky Vd )t). Nous savons que l’instabilité électronique de
dérive est telle que ky Vd ω, par conséquent, le champ fluctuant peut être
approximé par Ey (t) = Ef cos(ky y(t)) en utilisant (6.3). La relation (B.2)
conduit donc à l’équation définissant la vitesse moyenne de diffusion dans la
direction axiale :
qEf2 ∂f0
Z Z
Vx = 2 M 2 dvx dη̇ (B.3)
mB0 ∂v⊥
Z t
avec M =< cos(ky y(t)) dt0 cos(ky y(t0 ))η̇(t0 )>.
−∞
L’interaction onde-électron se ramène au calcul des résonances entre l’onde et
l’électron. On effectue donc l’intégrale sur le temps en supposant que seules les
portions au voisinage des résonances contribuent. Soit ηc et tc les valeurs de
η et de t lors d’une impulsion résonante. Le développement de η au voisinage
de ηc est
Ω2 ηc
η = ηc − Vd (t − tc ) − (t − tc )2
2
en ayant remplacé les dérivées première et seconde par leur expression à la
résonance : η̇(tc ) = −Vd par définition de la résonance et η̈(tc ) = −Ω2 ηc
puisqu’on intègre sur les orbites non perturbés.
kηc Ω2
La phase des cosinus s’écrit en définitive : ky y = Φc − (t − tc )2 avec
2
Φc = ky (ηc + Vd tc + Y ).
142
r
|ky ηc Ω2 | 0
En posant u = (t −tc ), l’intégrale M se transforme en l’expression :
2
Z ∞
cos Φc − sgn(kηc ) u2 du >
M =< R
−∞
k y Ω2 ηc
Vd 2
où R = p cos Φc − (t − tc ) . L’extension jusqu’à l’infini
|ky ηc Ω2 /2| 2
de la borne supérieure de l’intégrale est une hypothèse simplificatrice qui
suppose une contribution nulle des résonances à l’infini ce qui semble être le
cas compte tenu de l’étude numérique effectuée par Karney [Karney 1979].
L’intégrale
Z ∞ se calcule
Z ∞ aisément, en décomposant le cosinus, grâce aux relations
p
cos u2 du = sin u2 du = π/2 :
−∞ −∞
∞
r
π
Z
2
cos Φc − sgn(kηc ) u du = (cos Φc + sgn(kηc ) sin Φc )
−∞ 2
La somme du cosinus et du sinus donne la nouvelle expression de M :
√ π
M =< R π cos Φc + sgn(kηc ) >
4
L’expression de M est un produit de cosinus puisque le paramètre R est un
cosinus. Ce produit se transforme en la somme :
π k y Ω2 ηc
1 2
S = < cos 2Φc + sgn(kηc ) − (t − tc )
2 4 2
k y Ω2 ηc
2 π
+ cos − (t − tc ) − sgn(kηc ) >
2 4
Rappelons que la moyenne est faite sur l’ensemble des phases, c’est-à-dire sur
η. Dans l’expression de S, le cosinus qui dépend de Φc s’annule si Φc est distri-
bué de manière homogène en η, hypothèse que nous ferons pour caractériser
le régime stochastique. Par conséquent, lorsque le seuil de stochasticité (6.10)
est dépassé, S devient :
k y Ω2 ηc
1 2 π
S = cos (t − tc ) + sgn(kηc )
2 2 4
L’expression de (t − tc )2 est donnée par le développement de η̇ autour de la
résonance :
(η̇ + Vd )2
η̇ = −Vd − Ω2 ηc (t − tc ) ⇒ (t − tc )2 =
Ω4 ηc2
Elle nous conduit à
1 ky π
S = cos 2
(η̇ + Vd )2 + sgn(kηc )
2 2Ω ηc 4
143
Annexe B. Calcul de la vitesse de diffusion axiale
Ce qui donne en définitive pour la vitesse de diffusion axiale à partir de (B.3) :
√
qEf2
Vd π ky π ∂f0
Z Z
2
Vx = p cos (η̇ + Vd ) + sgn(kηc ) 2
dvx dη̇
mB0 ky < ηc > Ω2 /2 2Ω2 ηc 4 ∂v⊥
L’hypothèse d’une fonction de distribution à l’équilibre maxwellienne est ici
nécessaire pour pouvoir poursuivre le calcul de l’intégrale. Les portions de
l’intégrale qui contribuent à rendre cette intégrale non nulle sont ceux corres-
pondant aux résonances η̇ = −Vd :
√
qEf2 Vd π ∂f0
Z Z
Vx = p 2
dvx dη̇
mB0 ky < ηc > Ω 2 ∂v⊥
En prenant arbitrairement < ηc >= rL , rL étant le rayon de Larmor électro-
nique, la vitesse de diffusion axiale est, en définitive, donnée par l’expression :
r 3 2
π Vd Ef 1
Vx = Vth p √ (B.4)
2 Vth E0 2 b
avec b = ky2 Vth2 /Ω2 .
144
Annexe C
Mise en évidence de l’instabilité
par diffusion collective de la
lumière
Cette annexe est consacrée au principe du diagnostic et de la détection de
l’instabilité électronique de dérive dans le propulseur à effet Hall. La mise en
œuvre expérimentale de ce principe est intégrée à l’ANR TELIOPEH « Trans-
port Électronique et Ionique dans les Propulseurs à Effet Hall »sur la période
2007-2010 organisée autour du moyen d’essai PIVOINE à Orléans dans le
cadre du GdR « Propulsion Spatiale à Plasma ». C’est une méthode géné-
ralement utilisée pour mesurer le spectre spatial de la turbulence ou encore
la vitesse moyenne d’écoulement, aussi bien en mécanique des fluides qu’en
physique des plasmas dans les tokamaks, les stellerators ou les plasmas atmo-
sphériques. Elle est clairement exposée dans la thèse de N. Lemoine [Lemoine
2005, Lemoine & Gresillon 2005-2] dont nous rappelons un extrait ici.
C.1 Diffusion de la lumière par un milieu tur-
bulent
Soit un ensemble de particules diffusantes, chacune repérée par sa po-
sition rj (t). On éclaire ce milieu par une onde électromagnétique plane de
pulsation ω0 et de vecteur d’onde ki comme illustré sur la figure C.1 : Ei =
E0 exp (i(−ω0 t + ki .r)). La période temporelle de l’onde est prise très petite
devant les temps caractéristiques de la dynamique du milieu. Chaque parti-
cule est donc soumise à un champ oscillant Ei (rj (t)) ≈ Ei (0) exp (iki .rj (t))
et diffuse un champ s’écrivant :
E1 (r0 , t|rj (t)) = E1 exp ((ki − kd ).rj (t)) exp (i(kd .r0 − ω0 t))
Tant que la vitesse des particules est faible devant celle la lumière, la fré-
quence de l’onde diffusée est très proche de ω0 : la diffusion est élastique,
145
Annexe C. Mise en évidence de l’instabilité par diffusion collective de la lumière
Fig. C.1 – Schéma de principe de l’expérience de diffusion collective.
c’est-à-dire que ||kd || = ||ki ||. On pose k = kd − ki . Le champ total diffusé
s’écrit alors :
X
Ed (r0 , t) = E1 exp (i(kd .r0 − ω0 t)) exp (−[Link] (t)) (C.1)
j
A la limite des milieux continus, i.e. lorsque la longueur d’onde sondée est
grande devant la distance interparticulaire, la somme discrète se transforme
en intégrale :
Z
0 0
Ed (r , t) = E1 exp (i(kd .r − ω0 t)) n(r, t) exp (−ik.r(t)) d3 r (C.2)
où n(r, t) est la densité de particules au point r et à l’instant t.
On voit alors que le champ diffusé est proportionnel à la transformée de
Fourier spatiale de la densité évaluée au vecteur de l’espace réciproque k.
C.2 Détection du champ diffusé
Nous venons de voir que le champ diffusé est proportionnel à la transfor-
mée de Fourier spatiale de la densité :
Ed (r0 , t) = E1 exp (i(kd .r0 − ω0 t)) ñ(k, t) (C.3)
L’objectif pour l’expérimentateur est de construire un signal proportionnel
au champ ou plutôt à sa modulation ñ(k, t). Plusieurs problèmes se posent :
– Les détecteurs optiques sont quadratiques : s ∝ E 2 .
– Ils ont un temps de réponse beaucoup plus long (plusieurs ordres de
grandeur) que la période optique. Pour mémoire, la fréquence d’un si-
gnal optique est de l’ordre de 1013 − 1014 Hz.
– Enfin ñ(k, t) est une fonction complexe proportionnelle au champ com-
plexe. Pour l’obtenir, la mesure doit conserver les informations d’am-
plitude et de phase.
146
C.2. Détection du champ diffusé
C.2.1 Détection hétérodyne
Ces différents points sont résolus en utilisant le principe de détection hé-
térodyne. Cette méthode permet de translater le spectre temporel du signal,
initialement centré autour de la fréquence du laser (source optique), vers des
fréquences beaucoup plus basses, inférieures à la fréquence de coupure du
détecteur mais toujours plus grandes que la largeur du spectre temporel des
fluctuations de densité, de façon à éviter les phénomènes de repliement.
L’idée consiste à faire battre le faisceau diffusé avec un faisceau de réfé-
rence, appelé aussi oscillateur local ou OL, décalé en fréquence de quelques
MHz.
On fait suivre des chemins semblables aux deux faisceaux, primaires et
OL, pour des raisons à la fois pratiques et physiques. L’OL sert de ligne de
visée : le primaire viendra le croiser au niveau de la zone de mesure avec un
angle variable θ ; arrivent sur le détecteur l’OL, fixe, et la lumière diffusée du
primaire avec l’angle θ. Par ailleurs, de cette façon, la différence de chemin
optique entre les deux faisceaux est bien plus faible que la longueur de cohé-
rence du faisceau laser, ce qui permet d’éviter un élargissement spectral dû
au laser qui serait fatal à l’étude du spectre temporel du signal.
Ce faisceau de référence est obtenu en faisant passer le faisceau primaire
du laser dans un réseau acousto-optique , i.e. un réseau formé par une onde
sonore de fréquence facc dans un matériau. L’ordre zéro du réseau est une
onde à la même fréquence que l’onde incidente, en revanche l’ordre 1 (ou -1)
est une onde décalée en fréquence de facc .
C.2.2 Obtention du signal complexe
Pour obtenir un signal proportionnel à ñ(k, t), le signal hétérodyne, i.e. le
signal du détecteur débarrassé de sa composante continue et amplifiée (nous
verrons plus loin pourquoi), est séparé en deux voies. Chacune est multipliée
ensuite par un signal à la fréquence de modulation du réseau acousto-optique,
l’un étant en quadrature de l’autre (à une phase près, un cosinus et un sinus).
Les deux signaux ainsi obtenus, appelés cos et sin, correspondent respective-
ment à la partie réelle et à la partie imaginaire de la transformée de Fourier
spatiale de la densité.
Soit l’expression du champ réel, ω0 désignant la pulsation du laser :
Z
Ed (r , t) = E1 n(r, t) cos(ω0 t − kd .r0 + k.r + φ)d3 r
0
Le champ électrique total arrivant sur le détecteur s’écrit :
Et = Ed + EOL = Ed + EOL cos((ω0 + ωacc )t + φ0 )
Le signal électrique (le courant) est proportionnel à < Et2 >τd , c’est-à-dire
à la moyenne quadratique du champ électrique sur le temps de réponse du
147
Annexe C. Mise en évidence de l’instabilité par diffusion collective de la lumière
détecteur.
Et2 = Ed2 + EOL
2
cos2 ((ω0 + ωacc )t + φ0 ) + 2EOL Ed cos((ω0 + ωacc )t + φ0 )
Les deux premiers termes présentent une composante continue (l’intensité lu-
mineuse des deux faisceaux) et une composante variable dont la fréquence est
dans le domaine optique. La composante variable est éliminée par le détec-
teur lui-même et la composante continue avec un filtre passe-haut. Les deux
premiers termes ne participent donc pas au signal hétérodyne.
Le troisième terme donne plus en détail :
2Ed EOL = 2E1 EOL cos((ω0 +ωacc )t + φ0 )
Z
n(r, t) cos(ω0 t − kd .r0 + k.r + φ)d3 r
Z
= E1 EOL n(r, t) cos((2ω0 + ωacc )t − kd .r0 + k.r + φ + φ0 )
+ cos(−ωacc t − kd .r0 + k.r + φ − φ0 ) d3 r
De la même manière, le terme en 2ω0 disparaît et le signal hétérodyne, sh
s’écrit donc :
Z
sh = αE1 EOL n(r, t) cos(−ωacc t − kd .r0 + k.r + φ − φ0 ) d3 r
Le signal hétérodyne est donc bien centré sur ωacc et modulé par ñ(r, t).
Le signal complexe s’obtient comme nous l’avons déjà évoqué en séparant
le signal hétérodyne sur deux voies et en multipliant chacune d’elles par un
signal de pulsation ωacc , l’un en cosinus et l’autre en sinus. On obtient sur
chaque voie deux signaux, l’un centré sur 0, l’autre centré sur 2ωacc . Un filtre
passe-bas permet d’éliminer la seconde composante sans endommager le signal
pertinent. Les signaux obtenus sur les sorties cos et sin sont alors :
Z
sc = αE1 EOL n(r, t) cos(k.r − kd .r0 + φ − φ0 + φ00 )d3 r
Z
ss = αE1 EOL n(r, t) sin(k.r − kd .r0 + φ − φ0 + φ00 )d3 r
La quantité Z = sc + iss est bien proportionnelle à ñ(k, t). Il faut toutefois
noter que cela est vrai à une phase arbitraire prés.
L’étude de l’intensité du signal, c’est-à-dire sa moyenne quadratique tem-
porelle, permet d’étudier la structure de la turbulence via le facteur de forme
statique :
Z T /2
1
S(k) =< |ñ(k, t)|2 dt >
n0 V T −T /2
où n0 est la densité moyenne de particules, V le volume de mesure et T la
durée du signal temporel traité. L’étude du spectre temporel du signal via
148
C.2. Détection du champ diffusé
son facteur de forme dynamique S(k, ω) équivaut à l’étude de la dynamique
de la turbulence aux différentes échelles spatiales. Il s’écrit :
< |ñ(k, ω)|2 >
S(k, ω) =
n0 V T
Cette mesure à différents vecteurs d’onde donne accès au spectre spatial de
la turbulence et permet ainsi de vérifier l’existence et les propriétés des insta-
bilités électroniques de dérive dans le propulseur à effet Hall.
149
Annexe C. Mise en évidence de l’instabilité par diffusion collective de la lumière
150
Bibliographie
ABRAMOWITZ M. & STEGUN I.A. (1972), Handbook of mathematical
functions, Dover Publications, New York.
ADAM J.C, HERON A. & LAVAL G. (2004), Study of stationary plasma
thruster using two-dimensional fully kinetic simulations, Phys. Plasmas 11,
295.
ALBAREDE L. (2004), Etudes expérimentales d’un propulseur à effet
Hall-Comportement stationnaire et dynamique du flux d’électrons, Thèse de
doctorat de l’université d’Orléans.
ARNOLD V.I. & AVEZ A. (1968), Ergodic Problems of Classical Mechanics,
Benjamin, New York.
BAREILLES J., HAGELAAR G.J.M., GARRIGUES L., BONIFACE
C., BOEUF J.P. & GASCON N. (2004), Critical assessment of a two-
dimensional hybrid Hall thruster model : Comparisons with experiments,
Phys. Plasmas 11, 3035.
BAREILLES J. (2002), Modélisation 2D hybride d’un propulseur à effet Hall
pour satellites, Thèse de doctorat de l’université Paul Sabatier, Toulouse.
BARRAL S., MAKOWSKI K., PERADZYNSKI Z., GASCON N., &
DUDECK M. (2004), Wall material effects in stationary plasma thrusters.
II. Near-wall and in-wall conductivity, Phys. Plasmas 10, 4137.
BIRDSALL C.K. & LANGDON A.B. (1985), Plasma Physics via computer
simulation, McGraw-Hill, New York.
BONIFACE C. (2006), Modélisation et diagnostics d’un propulseur à effet
Hall pour satellites : configuration magnétique et nouveaux concepts, Thèse
de doctorat de l’université Paul Sabatier, Toulouse.
151
Bibliographie
BORIS J.P. (1970), Relativistic plasma simulation-optimization of a hybrid
code, Procceedings of the 4th Conference of Numerical Simulation of
Plasmas, Naval Res. Lab., Wachington D.C., 3-67.
BOUCHOULE A., PRIOUL M., LAZURENKO A., VIAL V., ADAM J.C.,
HERON A. & LAVAL G. (2003), Characterization of microinstabilities
in Hall thruster plasma : experimental and PIC code simulation results,
physical interpretation and impact on transverse electron transport, Paper
218, Proceedings of the 28th International Electric Propulsion Conference
(IEPC), Toulouse.
BOUCHOULE A., PHILIPPE-KALDEC C., PRIOUL M. et al. (2001),
Transient phenomena in closed electron drift plasma thrusters : insights ob-
tained in a French cooperative program, Plasma Sources Sci. Technol. 10, 364.
BRUGOVA A.I. & ERMAKOV Yu.A. (1994), Pulse gas feeding operating
mode of SPT on several inert gas, 3rd Russian-German Conf. On Elec.
Prop. Engines and App. Stuttgart.
BUNEMAN O. (1959), Dissipation of Currents in Ionized Media, Phys.
Rev. 115, 503.
CHOUEIRI E.Y. (2001), Plasma oscillations in Hall thrusters, Phys.
Plasmas 8, 1411.
CNES, site internet du Centre National d’Etudes Spatiales
http ://[Link]
COHEN B.I., LANGDON A.B. & FRIEDMAN A. (1982), Implicit Time
Integration for Plasma Simulation, Jour. of Comp. Phys., 46, 15-38.
DARNON F. (1999), Comportements transitoires d’un propulseur à plasma
type SPT100 : caractéristiques dynamiques de la décharge, du plasma et du
jet ionique, Thèse de doctorat de l’université d’Orléans.
DARNON F., GARRIGUES L., BOEUF J.P., BOUCHOULE A. & LYS-
ZYK M. (1999), Spontaneous oscillations in a Hall thruster, IEEE Trans.
Plasma Sci. 27, 98.
ESIPCHUK Yu., MOROZOV A.I., TILININ G.N. & TROFIMOV A.V.
(1974), Plasma oscillations in closed-drift accelerators with an extended
acceleration zone, Sov. Phys. Tech. Phys. 18, 928.
152
ESIPCHUK Yu. & TILININ G.N. (1976), Drift instability in a Hall-current
plasma accelerator, Sov. Phys. Tech. Phys. 21, 417.
FORSLUND D., MORSE R., NIELSON C. & FU J. (1972) Electron
cyclotron drift instability and turbulence, Phys. Fluids 15, 1303.
FRIED B.D. & CONTE S.D. (1961), The plasma dispersion functions,
Academic Press Inc., New York.
GAWRON D., MAZOUFFRE S., ALBAREDE L. & SADEGHI N. (2006),
Examination of Hall effect thruster acceleration layer characteristics by
laser spectroscopy and retarding potential analyzer, AIAA paper 06-4473,
Proceedings of the 42th Joint Propulsion Conference and Exhibit, 9-12 july
2006, Sacramento, California.
GRADSHTEYN I.S & RYZHIK I.M. (1980), Table of integrals, series, and
products, Academic Press, New York.
GARRIGUES L., HERON A., ADAM J.C. & BOEUF J.P. (2001), Hybrid
and particle-in-cell models of a stationary plasma thruster, Plasma Sources
Sci. Technol. 9,2.
HAGELAAR G.J.M., BAREILLES J., GARRIGUES L. & BOEUF J.P.
(2002), Two-dimensional model of a stationary plasma thruster, J. Appl.
Phys. 91, 5592.
HAGELAAR G.J.M., BAREILLES J., GARRIGUES L. & BOEUF J.P.
(2003), Role of anomalous electron transport in a stationary plasma thruster
simulation, J. Appl. Phys. 93, 67.
KARNEY C.F.F. (1978), Stochastic ion heating by lower hybrid wave, Phys.
Fluids 21, 1584 ;
KARNEY C.F.F. (1979), Stochastic ion heating by lower hybrid wave II,
Phys. Fluids 22, 2188.
KRALL N.A. & BOOK D.L. (1969), Ion Sound Instability in a collisionless
shock wave, Phys. Fluids 12, 347.
KRALL N.A. & LIEWER P.C. (1971), Low-frequency instabilities in
Magnetic Pulses, Phys. Rev. A 4, 2094.
153
Bibliographie
KURZYNA J., MAZOUFFRE S., LAZURENKO A., ALBAREDE L.,
BONHOMME G., MAKOWSKI M., DUDECK M. & PERADZYNSKI Z.
(2005), Spectral analysis of Hall-effect thruster plasma oscillations based on
the empirical mode decomposition, Phys. Plasmas 12, 123506.
LANGDON A.B., COHEN B.I. & FRIEDMAN A., Direct Implicit Large
Time-Step Particle Simulation of Plasmas, Jour. of Comp. Phys., 51,
107-138.
LAZURENKO A., VIAL V., PRIOUL M. & BOUCHOULE A. (2005),
Experimental investigation of high-frequency drifting perturbations in Hall
thrusters, Phys. Plasmas 12(1), 013501.
LEMOINE N. (2005), Transport turbulent d’un plasma à travers un champ
magnétique : observation par diffusion collective de la lumière, Thèse de
doctorat de l’Ecole Polytechnique.
LEMOINE N. & D. GRESILLON (2005), Plasma Diffusion across a
Magnetic Field Observed by Collective Light Scattering : Experimental
Evidence for Lévy Stable Distributions", Physics of Plasmas 12, 092301.
LITVAK A. A. & FISCH N. J. (2001), Resistive instabilities in Hall current
plasma discharge, Physics of Plasmas 8, 648.
LITVAK A. A. & FISCH N. J. (2004), Rayleigh instability in Hall thrusters,
Physics of Plasmas 11, 1379.
MEEZAN N.B., HARGUS W.A., CAPELLI M.A. (2001), Anomalous
electron mobility in a coaxial Hall discharge plasma, Phys. Rev. E 63,
026410.
MOROZOV A.I., ESIPCHUK Yu., KAPULKIN A.M., NEVROVSKII.A.
& SMIRNOV V.A. (1972), Effect of the magnetic field on a closed-electron-
drift accelerator, Sov. Phys. Tech. Phys. 17, 482.
MOROZOV A.I. & SAVELYEV V.V. (2000), Fundamentals of Stationary
Plasma Thruster theory, p277-299, Review of Plasma Physics n0 21 edited by
Kadomstev B.B. and Shafranov V.D., Kluwer Academic/Plenum Publisher,
New York.
PRESS W.H., TEUKOLSKY S.A., VETTERLING W.T. & FLANNERY
B.P. (1992), Numerical recipes in Fortran, Cambridge University Press,
154
Cambridge.
POINCARÉ H. (1899), Les méthodes nouvelles de la mécanique céleste, 3.
Gauthier-Villars,Paris.
PRIOUL M. (2001), Etudes expérimentales des propulseurs de type Hall :
Processus collisionnels, comportement dynamique, micro-instabilités et
phénomènes de transport, Thèse de doctorat de l’université d’Orléans.
SMIRNOV A., RAITSES Y. & FISCH J. (2004), Electron cross-field
transport in a lower power cylindrical Hall thruster, Phys. Plasmas 11, 4922.
SNECMA, photos.
TAJIMA T.(1989), Computational Plasma Physics : With Applications to
Fusion and Astrophysics, Frontiers in physics, Addison-Wesley Publishing
Compagny Inc.
WONG H.V. (1970), Electrostatic electron-ion streaming instability, Phys.
Fluids 13, 757.
ZHURIN V.V., KAUFMANN H.R. & ROBINSON R.S (1999), Physics of
closed drift thrusters, Plasma Sources Sci. Technol. 8, R1.
155
Bibliographie
156
Publications
Articles
DUCROCQ A., ADAM J.C., HERON A. & LAVAL G., High-Frequency
electron drift instability in the cross-field configuration of Hall Thrusters, Phy-
sics of Plasma 13, 102111.
DUCROCQ A., ADAM J.C., HERON A. & LAVAL G., Stochastic electron
transport in Hall effect thrusters, (en préparation pour Physics of Plasma au
moment du tirage).
Conférence
DUCROCQ A., ADAM J.C., HERON A. & LAVAL G., Theoretical analy-
sis of anomalous conductivity in Hall thrusters (2005), Paper 21, Proceedings
of the 29th International Electric Propulsion Conference (IEPC), Princeton
University, USA.
157