L’évaluation des processus
attentionnels et de l’impulsivité
J.M. ALBARET
La multiplicité des processus attentionnels et la diversité de leurs appellations rend
la tâche difficile. D’autant que certains outils sont, selon les auteurs, qualifiés de test
d’attention ou de test de la mémoire à court terme, comme, par exemple, l’épreu-
ve de mémoire des chiffres du WISC-III [8]. L’évaluation des processus attentionnels
est centrée, ici, sur l’attention sélective et sur l’attention soutenue. L’interprétation
des performances à ces tests ne peut être faite de façon isolée et nécessite des
informations ou des examens complémentaires portant sur l’intégrité des fonctions
sensorielles (audition, vision) et intellectuelles ainsi que sur la motivation du sujet. A
côté de ces épreuves servant au diagnostic des déficits attentionnels, des mesures
des processus attentionnels se retrouvent également dans les échelles de dépista-
ge comme la BREV.
Attention sélective Figure 1 : Exemples d’items de la planche B et de la planche C du Test de Stroop (Albaret & Migliore, 1999).
L’attention sélective peut être définie
VERT JAUNE ROUGE BLEU JAUNE
comme la capacité à maintenir l'attention sur
une cible quand des distracteurs sont présents,
ou encore à tenir compte d’une des dimensions
d’un stimulus tout en ignorant les autres.
Les tests utilisés de façon préférentielle sont
le Test de Stroop et l’épreuve Jour/nuit.
La version du Test de Stroop pour enfant [1] Jean-Michel items de chaque carte. Dans la première épreu-
se compose de trois feuilles de format A4 Albaret, ve, le sujet doit lire les mots de la carte A. La
(21x30 cm). La première, carte A comporte psychomotricien deuxième épreuve consiste à lire les mots de la
quatre noms de couleur (vert,jaune,rouge,bleu) carte B sans prendre en compte les couleurs
écrits en noir/blanc, et disposés en dix rangées d’impression. Puis, la personne doit nommer les
de cinq mots (soit cinquante mots). La deuxiè- couleurs des rectangles de la carte C. Enfin,
me, carte B, est composée des mêmes noms de l’examinateur place une nouvelle fois devant
couleur, agencés d’une autre manière que la l’enfant la carte B et lui demande de nommer les
première feuille et imprimés d’une couleur diffé- couleurs d’impression (couleur de l’encre) en
rente de la couleur qu’ils expriment. Les prenant garde de ne pas lire les mots eux-
séquences de cinq mots diffèrent selon les mêmes (condition d’interférence).
cartes. La troisième, carte C, comporte dix ran- Les scores des différentes parties sont rele-
gées de cinq rectangles de couleur (vert, jaune, vés, à savoir le nombre d’items lus ou dénom-
rouge, bleu). més en 45 secondes, de même que les scores
Il s’agit de mettre les sujets dans une condi- d’erreurs associant erreurs et hésitations com-
tion d’interférence, où ils doivent inhiber une mises au cours de chaque partie. Un score d’in-
réponse automatique, la lecture, pour donner terférence est calculé : différence entre le score
une réponse moins évidente qui est la dénomi- obtenu à la partie trois et celui obtenu à la par-
nation de couleurs, ce qui met en jeu d’une part tie quatre.
l’attention sélective et d’autre part les processus
inhibiteurs. Dans le test Jour/nuit [5], utilisé avec des
enfants de trois ans et six mois à sept ans, on
Lors de la passation, un temps fixe de 45 demande à l’enfant de dire « jour » lorsqu’on lui
secondes est donné pour lire ou dénommer les présente une carte noire sur laquelle figurent
Attention mémoire - 31 -
une lune et des étoiles, et de dire « nuit » devant Les signes sont des carrés complétés d'un
une carte blanche avec un soleil. Deux cartes trait (Fig. 3).
(damier et croisement de lignes ondulées) sont
utilisées pour la condition de contrôle. Figure 3 : Formes utilisées dans le Test des 2 barrages de Zazzo (1972).
Attention soutenue
Il s’agit de la capacité à soutenir, pendant un
temps relativement long, son niveau d’attention, Pour le barrage d'un signe, le sujet doit exa-
qualifié encore de niveau de vigilance. Les tests de miner une feuille entière de format A3 qui com-
barrages remontent à Bourdon [2] et consistent à porte quarante lignes de vingt-cinq signes, soit
discerner rapidement et à barrer certains éléments 125 de chacune des huit catégories.
(lettres, chiffres, signes, formes géométriques) à L'examinateur note le temps mis toutes les
l'exclusion des autres avec lesquels ils peuvent être quatre lignes, ce qui permettra d'établir une
confondus. Il peut y avoir un ou plusieurs signes à courbe de vitesse. Pour le barrage des deux
barrer ou encore comparaison entre deux signes, le temps est fixé à dix minutes, l'examina-
colonnes. Deux types d'erreurs sont possibles : teur note alors la position du sujet toutes les
celles par omission où un signe à barrer ne l'est pas minutes.
et celles par substitution, encore appelées confu- Divers indices sont calculés en fin d'épreuve :
sion ou addition, où un signe est barré à tort. la vitesse à chacun des barrages correspondant
au nombre de signes examinés par minute ; l'in-
Différents tests sont utilisés selon l’âge : le exactitude, soit le total du nombre d'omissions
Test de Corkum et al. [4], le Test des 2 barrages de et d'additions sur le nombre de signes à barrer
Zazzo [9], le Test d2 [3]. augmenté du nombre d'additions (le nombre de
Le Test de Corkum est constitué de quatre signes à barrer est de 125 pour le premier bar-
épreuves.La première consiste à repérer et barrer rage) ; le rendement qui est le nombre de signes
des triangles parmi d’autres figures géométriques ; correctement barrés en dix minutes ;le quotient
dans la deuxième il s’agit de chats présentés dans de vitesse. Des normes existent pour les enfants
des postures différentes ; la troisième porte sur de six à quinze ans.
des poissons de forme et d’orientation diffé- Le Test d2 [3] est constitué d'une feuille
rentes ; la quatrième épreuve ne comporte que recto verso dont l'endroit permet de noter les
des ronds identiques,ce qui permet de prendre en renseignements divers concernant le sujet et les
compte la composante graphomotrice. résultats obtenus ainsi qu'un exemple à remplir
préalablement au test pour s'assurer de la
Figure 2 : Extraits du Test de Corkum et al. (1995).
bonne compréhension des consignes. L'envers
de cette feuille constitue le test proprement dit
et comprend quatorze lignes de quarante-sept
signes disposés de façon aléatoire. Le sujet dis-
pose de vingt secondes pour chacune des lignes,
avant de passer, au signal, immédiatement à la
suivante.
Il s'agit de lettres « d » ou « p » (Fig. 4) qui
peuvent être accompagnées ou non de traits
(deux au maximum). Les traits sont placés au-
dessus ou en dessous. Seuls doivent être barrés
les « d » assortis de deux traits au total. La cota-
tion porte sur le nombre total de signes exami-
nés et le nombre d'erreurs ainsi que leur répar-
tition. Un indice de variation est également cal-
culé. Il existe un étalonnage portant sur des éco-
liers allemands de neuf à vingt ans ainsi que pour
la population adulte (Editest, Bruxelles).
Figure 4 : Extrait du Test d2 (Brickenkamp, 1969).
Le Test des 2 barrages de Zazzo [9] est divisé
en deux parties. Dans la première, un seul type
de signes est à barrer, dans la deuxième, il y en a
deux.
- 32 - Attention mémoire
Evaluation de l’impulsivité La notation tient compte du temps mis à
donner la première réponse et du nombre d'er-
Il est extrêmement difficile de séparer, dans reurs. Le but est de la trouver le plus vite pos-
les résultats des examens pratiqués,les effets liés sible sans commettre d’erreurs. Plusieurs
à l'impulsivité et ceux qui ont pour origine un mesures sont effectuées :
déficit d’attention. D’une part, les épreuves - le temps de réflexion précédant la première
mesurant l'impulsivité font partie d'un ensemble réponse ;
de tâches qui demandent également un degré - le temps total mis pour l’ensemble de l’épreuve ;
d'attention élevé pour une réalisation optimale. - le nombre total d’erreurs sur l’ensemble de
De plus, les tests d’attention continue montrent l’épreuve ;
que les erreurs par substitution (barrage d’un - le nombre total de réussites dès la première
autre élément) sont significatives des enfants réponse.
considérés comme impulsifs. Par manipulation de ces mesures, on peut alors
Le test d’appariement d’images [7], dont le obtenir deux index :
principe est similaire à celui du test de Kagan [6], - un index d’exactitude qui détermine le nombre de
est certainement la mesure de l'impulsivité la réussites à la première réponse en une minute ;
plus utilisée. On présente une image et le sujet - un index d’impulsivité ou rapport du nombre
doit trouver, parmi six autres, celle qui est iden- d’erreurs commises sur le temps total.
tique à la première. Les cinq autres images ont L’analyse des résultats permet de mettre en
subi de légères modifications (Fig. 5). évidence le type de fonctionnement cognitif uti-
lisé par le sujet, selon les deux dichotomies : lent
Figure 5 : Extrait du test d’appariement d’images (Marquet-Doléac et ou rapide, précis ou imprécis.
al., 1999). Reproduit avec l'aimable autorisation des Editions du Centre de Psychologie
Appliquée, Paris.
Pour fixer les idées
La diversité des processus attentionnels nécessite
le recours à plusieurs outils qui évaluent chacun
une dimension : le Test de Stroop pour l’attention
sélective, les tests de barrages pour l’attention
soutenue.
Dans les tests de barrages, les erreurs d’omission
renvoient au défaut d’attention, les erreurs par
substitution renvoient à l’impulsivité.
L’impulsivité peut être mesurée par un test d’ap-
pariement d’images consistant à retrouver, parmi
six autres, celle qui est identique à la première.
Pour en savoir plus
- Barkley R.A. ADHD and the nature of self-control. New York : Guilford (1997).
- Corraze J.,Albaret J.M. L'enfant agité et distrait. Paris : Expansion Scientifique Française (1996).
- Van Zomeren A.H., Brouwer W.H.Assessment of attention. In J.R.Crawford, D.M. Parker,W.W. Mc Kinlay (Eds.), A handbook of neuro-
psychological assessment (241-266). Hove : LEA (1992).
Références
1- Albaret J.M., Migliore L. Manuel du test de Stroop (8-15 ans). Paris : ECPA (1999).
2- Bourdon B.Observations comparatives sur la reconnaissance,la discrimination et l’association. Revue Philosophique,40,153-185 (1895).
3- Brickenkamp R. Manuel du test d2. Paris : ECPA (1998).
4- Corkum V., Byrne J.M., Ellsworth C. Clinical assessment of sustained attention in preschoolers. Child Neuropsychology, 1, 1, 3-18 (1995).
5- Gerstadt C.L., Hong Y.J., Diamond A.The relationship between cognition and action : performance of children 3, 5-7 years old on a
Stroop-like day-night test. Cognition, 53, 129-153 (1994).
6- Kagan J. Reflection-Impulsivity : the generality and dynamics of conceptual tempo. Journal of Abnormal Psychology, 71, 1, 17-24 (1966).
7- Marquet-Doléac J., Albaret J.M., Bénesteau J. Manuel du test d'appariement d'images. Paris : ECPA (1999).
8- Van Zomeren A.H., Brouwer W.H. Clinical neuropsychology of attention. Oxford : Oxford University Press (1994).
9- Zazzo R. Manuel pour l'examen psychologique de l'enfant (3e éd.). Neuchâtel : Delachaux & Niestlé (1972).
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