Liquides Magnétiques Ou Ferrofluides: René Massart
Liquides Magnétiques Ou Ferrofluides: René Massart
DOCUMENTATION
01/10/2008
1. Généralités................................................................................................. D 2 180 - 2
1.1 Définition d’un ferrofluide........................................................................... — 2
1.2 Propriétés magnétiques des grains ........................................................... — 2
1.3 Paramagnétisme géant d’un liquide magnétique..................................... — 2
1.4 Stabilité colloïdale d’un ferrofluide............................................................ — 3
2. Élaboration d’un ferrofluide.................................................................. — 3
2.1 Matériau magnétique .................................................................................. — 3
2.2 Liquides porteurs......................................................................................... — 4
2.2.1 Caractéristiques .................................................................................. — 4
2.2.2 Quelques solvants organiques typiques .......................................... — 4
2.2.3 Solvants polaires ................................................................................ — 4
2.2.4 Fluide métallique ................................................................................ — 4
2.3 Comment rendre les particules compatibles avec le solvant ? ............... — 4
2.3.1 Milieux non polaires........................................................................... — 4
2.3.2 Milieux polaires .................................................................................. — 4
2.4 Remarque ..................................................................................................... — 5
3. Applications des liquides magnétiques............................................. — 5
3.1 Effets microscopiques ................................................................................. — 5
3.1.1 Applications en hyperfréquence ....................................................... — 5
3.1.2 Agents de contraste en imagerie médicale ...................................... — 6
3.1.3 Applications optiques......................................................................... — 6
3.1.4 Applications viscoélastiques ............................................................. — 6
3.1.5 Conclusion........................................................................................... — 6
3.2 Effets macroscopiques ................................................................................ — 7
3.2.1 Présentation des procédés................................................................. — 7
3.2.2 Capteurs .............................................................................................. — 8
3.2.3 Remarque ............................................................................................ — 9
4. Conclusion ................................................................................................. — 9
Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. D 2 180
6 - 1995
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2.2.1 Caractéristiques En milieu non polaire, les agents dispersants (ou surfactants) sont
des composés tensioactifs amphiphiles ; ils sont formés d’un grou-
■ Les solvants organiques sont principalement utilisés dans les pement polaire hydrophile (appelé tête ), et d’une longue chaîne non
applications commerciales. polaire hydrophobe, dénommée queue.
● Les exigences typiques sont l’inertie chimique et une bonne Un surfactant classique est l’acide oléique C 17 H 33 COOH. Il se
stabilité dans un large intervalle de température. fixe sur la particule par sa tête polaire (COOH) et présente vers le
solvant sa queue (chaîne carbonée). Les particules ainsi surfactées
● En outre, des caractéristiques supplémentaires peuvent être
deviennent lipophiles par la formation de cette interface liante
requises dans des dispositifs spécifiques, par exemple :
solide-liquide.
— pour les joints, une pression de vapeur extrêmement basse et
une faible viscosité ; Sur le papier, le choix d’un bon surfactant est facile : il contient
— pour les dispositifs d’amortissement, une viscosité élevée ; une tête polaire ayant une forte affinité pour la surface de la particule
— pour les haut-parleurs, une forte capacité thermique. et une queue hydrophobe soluble dans le solvant. La réalité est
souvent différente : le principal problème est de réaliser un bon équi-
■ L’eau, au contraire, est utilisée dans les applications médicales. libre entre l’affinité surface-tête polaire et l’affinité solvant-queue
lipophile. Il semble que le concept HLB (hydrophile-lipophile
balance), qui est utilisé dans les émulsions eau/huile, peut être d’un
2.2.2 Quelques solvants organiques typiques bon secours dans le choix d’un surfactant.
2.2.3 Solvants polaires 2.3.2.2 Charges superficielles dues à des ions adsorbés
■ La surface des oxydes ferrites adsorbe facilement des protons H+,
■ L’eau, rarement employée dans des dispositifs techniques, est au en milieu acide. On obtient ainsi des particules chargées positive-
contraire le fluide porteur biocompatible. ment, la valeur de la densité superficielle de charges pouvant
■ D’autres fluides magnétiques existent avec des solvants polaires, atteindre 0,2 C /m2. La stabilité de la solution colloïdale, qui est
tels que les alcools de faibles masses moléculaires (méthanol, assurée par les répulsions électrostatiques entre particules chargées
éthanol, éthylèneglycol). de même signe, dépend fortement de la nature des contre-ions
présents en solution :
— des anions très polarisants comme les ions sulfate ( SO 2– 4 )
2.2.4 Fluide métallique s’adsorbent sur les protons superficiels, annulent les charges super-
ficielles et provoquent la floculation des particules ;
Le mercure possède des conductivités thermique et électrique — au contraire, des anions peu polarisants comme les ions
– –
élevées. Malheureusement, il devient très visqueux, même à basse nitrate (NO 3 ) ou perchlorate (ClO 4 ) , qui ne s’adsorbent pas, ne
concentration en particules magnétiques. suppriment pas les répulsions électrostatiques.
■ De façon analogue, en milieu alcalin, la surface des particules
devient négative par adsorption d’ions hydroxyde OH –. On distingue
aussi des contre-ions (polarisants) floculants, comme les cations
sodium Na + ou ammonium NH +4 , par opposition à des contre-ions
(peu polarisants) solubilisants comme le cation tétraméthylam-
+
monium N(CH 3 ) 4 . Au voisinage du pH d’inversion des signes de la
surface, compris généralement entre pH 6 et pH 9, les particules ne
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2.4 Remarque
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3.1.2 Agents de contraste en imagerie médicale Pour des valeurs de champ choisies en fonction de la taille des
particules et de leur concentration, on peut réaliser des lames quart
Des sels paramagnétiques de gadolinium sont traditionnellement d’onde ou demi-onde.
utilisés en imagerie médicale par résonance magnétique nucléaire : Une modulation du champ magnétique permet aussi de réaliser
ils modifient le champ magnétique local ressenti par les protons et aisément un modulateur optique.
augmentent ainsi le contraste des images. Des particules de ferro- Une application très importante de ces propriétés optiques est
fluide, superparamagnétiques, plus grosses que les particules de l’utilisation de ces particules magnétiques comme sonde nanos-
gadolinium, remplissent ces mêmes fonctions de façon encore plus copique des propriétés rhéologiques de leur milieu porteur [17] [18] :
efficace [16]. constantes viscoélastiques dans une solution polymérique, un gel
ou un cristal liquide, vorticité dans un écoulement. On peut en effet
déterminer facilement la viscosité dynamique d’un liquide en y
3.1.3 Applications optiques diluant une faible quantité de particules magnétiques. Si celles-ci
se comportent comme des dipôles rigides, le temps de relaxation
■ Dans la plupart des cas, les particules magnétiques d’un ferro- de la biréfringence après une impulsion de champ magnétique est
fluide portent, en plus de leur moment magnétique, une anisotropie le temps de relaxation brownienne [relation (3)] facilement mesu-
optique intrinsèque dont l’origine, encore controversée, est liée soit rable (figure 4 b ) et directement proportionnel à η :
à une propriété cristalline des grains, soit à une anisotropie de forme.
L’application d’un fort champ magnétique conduit à une orientation τ B = η V /kT
des particules le long du champ et à une anisotropie globale du avec V volume de la particule magnétique.
milieu qui devient biréfringent. Cette propriété subsiste à très faible
dilution en particules magnétiques : il suffit d’une fraction volumique Cette méthode permet de mesurer des viscosités sur sept décades
de 10 – 4 pour avoir des effets sensibles sur une épaisseur de 1 cm. de variation.
■ En champ nul, un échantillon de ferrofluide est isotrope : placé Exemple : τ B peut varier de 3 µs dans le cas de l’eau (à 20 oC avec
entre analyseur et polariseur croisés, il arrête complètement un fais- η = 10 – 3 Pa · s = 1 cP ) à 30 s dans le cas du glycérol (à – 45 oC avec
ceau laser (figure 4 a ). Soumis à un champ à 45 o du polariseur et de η = 10 4 Pa · s = 10 5 P )
l’analyseur, l’intensité transmise est maintenant une fonction sinu-
Dans le cas d’un milieu viscoélastique, l’étude de la réponse en
soïdale du champ magnétique.
fréquence à un champ alternatif permet une détermination de la vis-
cosité et de la constante élastique. La conjonction de deux champs
perpendiculaires, l’un fort et constant, l’autre faible et dépendant du
temps, permet de sonder des milieux anisotropes.
Dans le même ordre d’idées, on peut mesurer la vorticité d’un
écoulement en y diluant une faible quantité de particules magné-
tiques et en déterminant l’angle d’équilibre qu’elles adoptent sous
l’action d’un champ magnétique et de la vorticité de l’écoulement.
3.1.5 Conclusion
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H
1
où M = ----- 0
M ( H )d H
H
Dans toutes les applications qui vont suivre, nous nous sommes
attachés à donner des ordres de grandeur. Exemple
Exemple : pour simplifier, on a pris :
5
M = χ H = 10 A/m
dans un champ champ extérieur d’induction B = 0,1 T et de masse
volumique ρ = 10 3 kg/m 3.
■ Énergie magnétique et énergie potentielle
Un ferrofluide dans un tube en U dont l’une des branches se
trouve dans un électroaimant EA (figure 5 a ) monte dans cette
dernière d’une hauteur :
Figure 5 – Effets d’un champ extérieur sur un liquide magnétique
∆h = µ 0 M H / ρ g ≈ 1 m
d1
------ = 1 + -------------------- une enveloppe déformable constituée par un ballon de baudruche
d2 2
ρ v1 (figure 5 d ). Si l’on néglige la gravité, la forme du ballon est une
sphère. En présence d’un champ magnétique, ce ballon se déforme
2 2 et s’allonge dans le sens du champ. Il y a équilibre entre l’énergie
ρv 1 ρv 2
--------- = --------- – µ 0 M H magnétique et l’énergie élastique de surface qui dépendent toutes
2 2 deux de la forme.
Exemple : avec v 1 = 1 m /s, on trouve d 1 /d 2 ≈ 2 et v 2 ≈ 4 m/s. Exemple : ce système peut servir de muscle artificiel.
Ce système peut être utilisé dans une imprimante à jet d’encre : Avec un volume de 10 cm 3 et un champ d’induction B = 0,1 T, on
modulation du jet, déflexion du jet sur un gradient de champ. obtient une force de l’ordre de 1 N sur un déplacement de 1 cm.
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3.2.3 Remarque
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P
O
U
Liquides magnétiques ou ferrofluides R
E
par René MASSART N
Laboratoire de Physico-chimie inorganique, URA S.R.S.I. 1662
Université Pierre et Marie Curie
Jean-Claude BACRI
Laboratoire d’Acoustique et Optique de la Matière condensée
Laboratoires associés au Centre National de la Recherche Scientifique
S
et
Université Pierre et Marie Curie
Régine PERZYNSKI
A
Laboratoire d’Acoustique et Optique de la Matière condensée
Laboratoires associés au Centre National de la Recherche Scientifique
V
Université Pierre et Marie Curie
O
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