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Liquides Magnétiques Ou Ferrofluides: René Massart

Le document traite des liquides magnétiques ou ferrofluides, qui sont des suspensions colloïdales de nanoparticules magnétiques dans un liquide porteur, présentant des propriétés uniques d'interaction avec les champs magnétiques. Il aborde leur définition, leurs propriétés magnétiques, leur élaboration, ainsi que leurs diverses applications dans des domaines tels que l'imagerie médicale et les capteurs. La stabilité colloïdale est essentielle pour leur utilisation industrielle, nécessitant un équilibre entre les forces attractives et répulsives entre les particules.

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Liquides Magnétiques Ou Ferrofluides: René Massart

Le document traite des liquides magnétiques ou ferrofluides, qui sont des suspensions colloïdales de nanoparticules magnétiques dans un liquide porteur, présentant des propriétés uniques d'interaction avec les champs magnétiques. Il aborde leur définition, leurs propriétés magnétiques, leur élaboration, ainsi que leurs diverses applications dans des domaines tels que l'imagerie médicale et les capteurs. La stabilité colloïdale est essentielle pour leur utilisation industrielle, nécessitant un équilibre entre les forces attractives et répulsives entre les particules.

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01/10/2008

Liquides magnétiques ou ferrofluides


par René MASSART
Laboratoire de Physico-chimie inorganique, URA S.R.S.I. 1662
Université Pierre et Marie Curie
Jean-Claude BACRI
Laboratoire d’Acoustique et Optique de la Matière condensée
Laboratoires associés au Centre National de la Recherche Scientifique
Université Pierre et Marie Curie
et Régine PERZYNSKI
Laboratoire d’Acoustique et Optique de la Matière condensée
Laboratoires associés au Centre National de la Recherche Scientifique
Université Pierre et Marie Curie

1. Généralités................................................................................................. D 2 180 - 2
1.1 Définition d’un ferrofluide........................................................................... — 2
1.2 Propriétés magnétiques des grains ........................................................... — 2
1.3 Paramagnétisme géant d’un liquide magnétique..................................... — 2
1.4 Stabilité colloïdale d’un ferrofluide............................................................ — 3
2. Élaboration d’un ferrofluide.................................................................. — 3
2.1 Matériau magnétique .................................................................................. — 3
2.2 Liquides porteurs......................................................................................... — 4
2.2.1 Caractéristiques .................................................................................. — 4
2.2.2 Quelques solvants organiques typiques .......................................... — 4
2.2.3 Solvants polaires ................................................................................ — 4
2.2.4 Fluide métallique ................................................................................ — 4
2.3 Comment rendre les particules compatibles avec le solvant ? ............... — 4
2.3.1 Milieux non polaires........................................................................... — 4
2.3.2 Milieux polaires .................................................................................. — 4
2.4 Remarque ..................................................................................................... — 5
3. Applications des liquides magnétiques............................................. — 5
3.1 Effets microscopiques ................................................................................. — 5
3.1.1 Applications en hyperfréquence ....................................................... — 5
3.1.2 Agents de contraste en imagerie médicale ...................................... — 6
3.1.3 Applications optiques......................................................................... — 6
3.1.4 Applications viscoélastiques ............................................................. — 6
3.1.5 Conclusion........................................................................................... — 6
3.2 Effets macroscopiques ................................................................................ — 7
3.2.1 Présentation des procédés................................................................. — 7
3.2.2 Capteurs .............................................................................................. — 8
3.2.3 Remarque ............................................................................................ — 9
4. Conclusion ................................................................................................. — 9
Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. D 2 180
6 - 1995

n liquide magnétique ou ferrofluide est une suspension colloïdale de grains


U magnétiques (§ 2.1) nanométriques dans un liquide porteur (§ 2.2).
L’intérêt majeur d’un ferrofluide réside dans l’association des propriétés des
D 2 180

liquides et des propriétés magnétiques. Cela lui confère de nombreuses possi-


bilités d’applications (§ 3), dont certaines sont déjà commercialisées : bobines
de haut-parleurs, amortisseurs de vibrations, joints étanches sustentés magné-
tiquement.

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LIQUIDES MAGNÉTIQUES OU FERROFLUIDES ________________________________________________________________________________________________

Certaines applications dérivent de propriétés microscopiques des particules


individuelles comme les modulateurs de lumière ou les amortisseurs assistés.
D’autres trouvent leur origine dans des propriétés plus macroscopiques d’entraî-
nement du liquide dans son ensemble comme les capteurs accélérométriques
ou les joints magnétiquement sustentés.

1. Généralités d’agitation thermique k T ; K est la constante d’anisotropie, qui


dépend du matériau magnétique et de la forme de la particule ; k
est la constante de Boltzmann et T la température thermodynamique.
1.1 Définition d’un ferrofluide ● Pour un grain ferromagnétique (KV  kT ) le moment magné-
tique est bloqué dans une direction de facile aimantation de la
Les fluides magnétiques, encore appelés ferrofluides, sont des matrice du grain : une rotation du moment magnétique entraîne
solutions colloïdales très stables constituées de nanoparticules donc, en solution, une rotation mécanique de l’ensemble de la
solides ferromagnétiques en suspension dans un liquide porteur [1] particule.
● Au contraire, dans un grain superparamagnétique (KV  kT ),
[2] [3] [4] [5]. Par opposition, par exemple, aux suspensions magné-
tiques utilisées dans les embrayages qui ont la propriété de se struc- l’agitation thermique l’emporte et le moment magnétique est libre
turer sous l’action d’un champ magnétique, un bon ferrofluide doit de tourner par rapport à sa matrice.
conserver ses propriétés de fluide en champ magnétique élevé et
● Pour une énergie donnée KV, la température de Néel est
les particules ne doivent pas se séparer du liquide porteur. L’énergie
définie, comme la limite entre ces deux comportements. La nature
d’agitation thermique de ces particules, de taille nanoscopique, les
superparamagnétique ou ferromagnétique des grains n’a pas
maintient en suspension et donne à la solution un comportement
d’influence sur les propriétés magnétiques statiques d’un liquide
de paramagnétisme géant. La réponse magnétique d’un ferrofluide
est due à l’interaction des particules magnétiques avec les molé- magnétique mais devient importante dès lors que l’on a affaire à
des problèmes dynamiques ou que l’on considère une application
cules de solvant qui les entourent. Ces interactions sont suffisam-
optique qui nécessite une rotation mécanique du grain et non une
ment fortes pour que le comportement magnétique des particules
se transmette à l’ensemble du liquide : celui-ci acquiert donc ainsi simple rotation du moment magnétique.
un comportement magnétique global et peut se déplacer et se
déformer sous l’action d’un champ magnétique tout en restant
monophasique. 1.3 Paramagnétisme géant d’un liquide
Les ferrofluides, matériaux relativement récents, ont fait leur magnétique
apparition vers 1966 (Papell, Rosensweig). On trouve l’essentiel de
la littérature les concernant dans les actes des Conférences Inter- En champ nul, les moments magnétiques des particules sont
nationales sur les Fluides Magnétiques (ICMF). orientés au hasard, et l’aimantation du liquide est nulle. Si l’on
applique un champ magnétique H, les moments magnétiques
s’alignent statistiquement dans la direction du champ : pour un
1.2 Propriétés magnétiques des grains champ donné, l’aimantation M résulte d’un équilibre entre énergie
magnétique µ 0 µH ( µ 0 étant la perméabilité du vide) et énergie d’agi-
■ Les particules magnétiques utilisées pour élaborer un ferrofluide tation thermique kT. En champs forts, M atteint une valeur maximale
sont de taille colloïdale ; leur diamètre est typiquement compris M S , aimantation à saturation, qui est proportionnelle à la fraction
entre 3 et 20 nm. Le matériau employé présente un magnétisme volumique en particules Φ :
coopératif (ferrimagnétisme, par exemple) : on doit l’utiliser dans MS = mS Φ
une gamme de températures inférieures à sa température de Curie,
au-delà de laquelle le comportement magnétique devient un para- Le phénomène est parfaitement réversible et sans aucune
magnétisme individuel des spins du grain. hystérésis : si le champ magnétique est coupé, les moments magné-
tiques retournent à des directions aléatoires et l’aimantation est à
Le diamètre des particules colloïdales est inférieur à l’épaisseur
nouveau nulle. La courbe d’aimantation (figure 1) est de type para-
nécessaire à la formation d’une paroi de Bloch, limitant dans le maté-
magnétique et bien décrite si Φ  1, par la formule de Langevin :
riau massif deux domaines magnétiques d’orientations différentes.
1
Les grains sont donc monodomaines et portent chacun un 
M = M S  ( ξ ) = M S coth ξ – ----
ξ  (2)
moment magnétique résultant :
µ = mS V (1) où ξ = µ 0 µH /kT est le paramètre de Langevin.
On parle de paramagnétisme géant car le paramètre ξ est ici
avec m S aimantation à saturation du matériau magnétique, 10 4 fois plus élevé que celui d’un matériau paramagnétique ordi-
V volume du grain. naire, ce qui permet en particulier d’atteindre la saturation pour
des champs magnétiques raisonnables (H ≈ 800 kA/m).
µ est de l’ordre de 104 magnétons de Bohr et les grains se
comportent en solution comme des macrospins, conduisant à un ■ Dans la pratique, on doit ajouter à cette description simple les
comportement paramagnétique global de la solution. deux points suivants :
■ En présence d’un champ magnétique extérieur de faible ampli- — une dispersion des valeurs des moments magnétiques, liée à
tude, on distingue deux types de grains fins : les grains ferroma- la dispersion en taille des particules ; en effet, un ferrofluide n’est
gnétiques et les grains superparamagnétiques [6] [7]. Le mode jamais strictement monodispersé ;
d’alignement de leur moment magnétique parallèlement au champ — les interactions entre particules lorsque Φ excède quelques
appliqué dépend du rapport de l’énergie d’anisotropie KV à l’énergie pourcent.

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________________________________________________________________________________________________ LIQUIDES MAGNÉTIQUES OU FERROFLUIDES

Figure 1 – Courbe d’aimantation d’un liquide magnétique


Figure 2 – Répulsions interparticulaires

■ D’une façon générale, la courbe d’aimantation conserve l’allure de


celle de la figure 1 : réversible et sans rémanence. Deux paramètres
d’origine stérique : la couche de surfactant empêche les particules de
caractérisent les qualités magnétiques d’un bon ferrofluide :
s’approcher trop près l’une de l’autre, à une distance où les interac-
— son aimantation à saturation M S qui caractérise la réponse tions attractives entraîneraient une agglomération (figure 2 b ).
aux champs forts (ξ  1) ;
— sa susceptibilité initiale χ, pente à l’origine de la courbe ■ À ces termes énergétiques, il convient d’ajouter le terme
d’aimantation, qui caractérise la réponse linéaire aux champs faibles entropique kT.
(ξ  1).
■ La stabilité d’un liquide magnétique est donc régie par l’équilibre
Plus la fraction volumique en particules Φ est grande, plus M S entre toutes ces énergies : énergie de Van der Waals, énergie magné-
et χ sont grands. tique, répulsion interparticulaire et terme entropique. La moindre
Exemple : typiquement, un ferrofluide standard, à base de maghé- modification de l’un de ces termes (par augmentation de la force
mite ( γ-Fe 2 O3 ) et de fraction volumique de l’ordre de 5 %, possède ionique, par abaissement de la température ou par application d’un
une aimantation à saturation M S de l’ordre de 20 k A / m et une champ magnétique...) peut entraîner la déstabilisation du système
susceptibilité χ de l’ordre de quelques unités. Cette forte valeur de [5] [8] [9] : celui-ci, initialement monophasique, peut alors présenter
χ , très supérieure à celle des matériaux paramagnétiques ordinaires, une séparation de phases entre deux liquides (démixtion) ou entre
est une des caractéristiques principales de ce paramagnétisme géant. un liquide et un solide (floculation ou précipitation).

1.4 Stabilité colloïdale d’un ferrofluide 2. Élaboration d’un ferrofluide


Pour présenter des propriétés magnétiques reproductibles et être
utilisable à des fins industrielles, un ferrofluide doit être stable sur 2.1 Matériau magnétique
le plan colloïdal, même sous l’action d’un champ ou d’un gradient
de champ magnétique. En premier lieu, il faut que le diamètre moyen Parmi la grande variété de matériaux magnétiques, une faible
des particules soit suffisamment petit pour éviter la sédimentation proportion est utilisée actuellement dans les ferrofluides, à savoir
naturelle des grains sous l’effet de la gravité. Il faut, également, éviter quelques métaux et surtout des oxydes de type ferrite.
que les particules ne s’agglomèrent entre elles et ne conduisent à ■ Particules métalliques : Ni, Co, Fe, alliages Fe-Co, Fe-N
des agrégats plus gros, susceptibles de sédimenter à leur tour.
L’ensemble de ces conditions conduit, pour des grains magnétiques Ces particules sont très magnétiques, mais malheureusement très
de densité de l’ordre de 5, à une valeur maximale du diamètre moyen oxydables [10] [11] [12]. Cette oxydation se traduit généralement par
des particules en solution de l’ordre de 15 nm. une forte diminution, voire une disparition du ferromagnétisme.
Les principales méthodes de préparation de nanoparticules métal-
■ Des forces attractives de deux types différents peuvent conduire liques sont :
à la formation d’agrégats :
— la thermolyse de complexes organométalliques, principale-
— les forces de Van der Waals, attractives à courte distance et ment les métaux carbonyles, comme Co(CO)8 ;
d’autant plus importantes que les particules sont grosses ; — la réduction chimique en solution aqueuse de sels métal-
— les interactions magnétiques dipôle-dipôle, attractives lorsque liques par un réducteur énergique ;
les moments magnétiques sont colinéaires, ce qui est le cas — la condensation ménagée d’atomes métalliques gazeux.
lorsqu’un champ magnétique est appliqué.
■ Particules d’oxyde magnétique
■ Une solution colloïdale stable ne peut être élaborée que si des
répulsions interparticulaires sont introduites. La nature de ces Les oxydes utilisés sont essentiellement les ferrites à structure
répulsions est étroitement liée au choix du solvant dans lequel on spinelle de formule Fe 2 MO4 , où M est un cation bivalent d’un métal
veut transférer les particules et donc au choix de l’interface de transition (Fe, Co, Ni, Mn, Cu), ainsi que la maghémite γ Fe 2 O3 .
solide-liquide adéquate. ● Le premier procédé d’obtention de nanoparticules de ferrite
● Pour les solvants polaires tels que l’eau, l’interface est constituée (1966) consistait en un broyage prolongé, d’une durée supérieure à
d’ions adsorbés à la surface des particules magnétiques ; on parle de 1 000 h, du matériau massique dans des broyeurs à bille.
ferrofluide ionique. La répulsion interparticulaire est d’origine élec- ● Une méthode plus rapide consiste actuellement à alcaliniser un
trostatique (figure 2 a ). mélange aqueux d’ions Fe 3 + et d’ions M2+. On obtient ainsi direc-
● Pour les solvants non polaires, l’interface est constituée d’une tement les particules de ferrites de taille comprise typiquement
couche d’agents tensioactifs adsorbés à la surface des grains ; on entre 3 et 10 nm, selon les conditions expérimentales [13] [14] : pH,
appelle le ferrofluide obtenu ferrofluide surfacté . La répulsion est température, base utilisée.

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Exemple : 2.3 Comment rendre les particules


3+ 2+ – NH 3 en excès compatibles avec le solvant ?
2 Fe + Fe + 8 OH Fe 3 O 4 (magnétite) + 4 H 2 O

Les particules magnétiques solides n’ont pas d’affinité naturelle


L’aimantation à saturation de ces particules est, en général, infé- pour les liquides. Des agents dispersants doivent être utilisés pour
rieure de 20 % à celle du matériau massique. réaliser la formulation solide-liquide.

2.2 Liquides porteurs 2.3.1 Milieux non polaires

2.2.1 Caractéristiques En milieu non polaire, les agents dispersants (ou surfactants) sont
des composés tensioactifs amphiphiles ; ils sont formés d’un grou-
■ Les solvants organiques sont principalement utilisés dans les pement polaire hydrophile (appelé tête ), et d’une longue chaîne non
applications commerciales. polaire hydrophobe, dénommée queue.
● Les exigences typiques sont l’inertie chimique et une bonne Un surfactant classique est l’acide oléique C 17 H 33 COOH. Il se
stabilité dans un large intervalle de température. fixe sur la particule par sa tête polaire (COOH) et présente vers le
solvant sa queue (chaîne carbonée). Les particules ainsi surfactées
● En outre, des caractéristiques supplémentaires peuvent être
deviennent lipophiles par la formation de cette interface liante
requises dans des dispositifs spécifiques, par exemple :
solide-liquide.
— pour les joints, une pression de vapeur extrêmement basse et
une faible viscosité ; Sur le papier, le choix d’un bon surfactant est facile : il contient
— pour les dispositifs d’amortissement, une viscosité élevée ; une tête polaire ayant une forte affinité pour la surface de la particule
— pour les haut-parleurs, une forte capacité thermique. et une queue hydrophobe soluble dans le solvant. La réalité est
souvent différente : le principal problème est de réaliser un bon équi-
■ L’eau, au contraire, est utilisée dans les applications médicales. libre entre l’affinité surface-tête polaire et l’affinité solvant-queue
lipophile. Il semble que le concept HLB (hydrophile-lipophile
balance), qui est utilisé dans les émulsions eau/huile, peut être d’un
2.2.2 Quelques solvants organiques typiques bon secours dans le choix d’un surfactant.

■ Les hydrocarbures aliphatique (C n H 2n + 2 ) sont chimiquement


inertes et peuvent être mélangés à d’autres hydrocarbures. Les 2.3.2 Milieux polaires
composés de faibles masses moléculaires, comme le kérosène, sont
fluides, mais ils sont volatils alors que, lorsque la masse moléculaire Dans de tels milieux, et l’eau en est un exemple typique, la surface
croît, la tension de vapeur diminue tandis que la viscosité augmente. de la particule doit être chargée ou hydrophile. Deux principales
méthodes sont utilisées.
■ Les diesters carboxyliques possèdent des viscosités et des
températures de fusion plus basses que celles des hydrocarbures de
2.3.2.1 Couche bimoléculaire hydrophile de surfactants
même moléculaire ; un bon exemple est le dibutylphtalate, souvent
utilisé comme huile lubrifiante. Après que la surface solide soit devenue hydrophobe par une
première couche de surfactant, il est possible de poursuivre l’adsorp-
■ Les huiles de silicone (polyorganosiloxanes), utilisées fréquem- tion d’une deuxième couche, l’affinité des chaînes entre elles
ment comme fluides hydrauliques, ont une faible pression de vapeur facilitant la formation de cette couche bimoléculaire. La particule
et une température de fusion basse. ainsi bisurfactée présente vers le solvant (polaire) des groupements
■ Les polyphényléthers (ou oxydes de polyphénylène) présentent polaires, et peut être solubilisée. Cependant, la stabilité de cette
une viscosité élevée, utilisée dans les dispositifs d’amortissement. couche est sensible à des paramètres comme le pH et la concen-
tration en sels (force ionique).

2.2.3 Solvants polaires 2.3.2.2 Charges superficielles dues à des ions adsorbés
■ La surface des oxydes ferrites adsorbe facilement des protons H+,
■ L’eau, rarement employée dans des dispositifs techniques, est au en milieu acide. On obtient ainsi des particules chargées positive-
contraire le fluide porteur biocompatible. ment, la valeur de la densité superficielle de charges pouvant
■ D’autres fluides magnétiques existent avec des solvants polaires, atteindre 0,2 C /m2. La stabilité de la solution colloïdale, qui est
tels que les alcools de faibles masses moléculaires (méthanol, assurée par les répulsions électrostatiques entre particules chargées
éthanol, éthylèneglycol). de même signe, dépend fortement de la nature des contre-ions
présents en solution :
— des anions très polarisants comme les ions sulfate ( SO 2– 4 )
2.2.4 Fluide métallique s’adsorbent sur les protons superficiels, annulent les charges super-
ficielles et provoquent la floculation des particules ;
Le mercure possède des conductivités thermique et électrique — au contraire, des anions peu polarisants comme les ions
– –
élevées. Malheureusement, il devient très visqueux, même à basse nitrate (NO 3 ) ou perchlorate (ClO 4 ) , qui ne s’adsorbent pas, ne
concentration en particules magnétiques. suppriment pas les répulsions électrostatiques.
■ De façon analogue, en milieu alcalin, la surface des particules
devient négative par adsorption d’ions hydroxyde OH –. On distingue
aussi des contre-ions (polarisants) floculants, comme les cations
sodium Na + ou ammonium NH +4 , par opposition à des contre-ions
(peu polarisants) solubilisants comme le cation tétraméthylam-
+
monium N(CH 3 ) 4 . Au voisinage du pH d’inversion des signes de la
surface, compris généralement entre pH 6 et pH 9, les particules ne

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sont pas chargées et floculent. Cette zone de pH de floculation peut


être modifiée, voire annulée, par adsorption spécifique de ligands
comme les ions citrate (C6 H 5O 3–
7 ) , qui complexent les atomes de fer
superficiels. On obtient ainsi des ferrofluides stables de pH 4 à pH 13,
qui sont donc biocompatibles.

2.4 Remarque

La maîtrise actuelle des facteurs influençant la stabilité des sols


permet d’obtenir des ferrofluides concentrés. Il est courant, par
exemple, d’élaborer des ferrofluides à base de maghémite γ Fe 2 O 3
(m S = 400 kA/m) de fraction volumique Φ de l’ordre de 10 % dont
l’aimantation à saturation M S atteint 40 kA/m.

3. Applications des liquides


magnétiques
Figure 3 – Représentation schématique des variations des parties
réelle ′ et imaginaire ″ de la susceptibilité initiale  i en fonction
Les liquides magnétiques sont des produits porteurs de nom- de la fréquence
breuses applications dans des domaines très variés. Elles peuvent
comme on l’a vu dans l’introduction être liées à des propriétés
microscopiques des particules individuelles (§ 3.1) ou, au contraire, ● La relaxation de Néel est liée aux fluctuations thermiques de
à des propriétés macroscopiques d’entraînement du liquide dans son l’orientation du moment magnétique dans la matrice cristalline du
ensemble (§ 3.2). grain. Ce mécanisme est thermiquement activé et le temps caracté-
ristique de Néel s’écrit :
τN ≈ f 0–1 exp (KV/kT) (4)
3.1 Effets microscopiques
f 0 étant de l’ordre de la fréquence de Larmor du matériau.
τN dépend exponentiellement de KV / kT et peut donc varier de
Dans un ferrofluide, chaque particule porte un moment magné- façon importante.
tique qui, en présence d’un champ, se comporte comme un petit
aimant. La réponse statique ou dynamique à un champ constant, ■ Pratiquement, le plus rapide des deux processus de relaxation
alternatif ou impulsionnel, conduit à des applications multiples en l’emporte, conduisant à une fréquence de relaxation :
hyperfréquence, en optique ou en rhéologie. La principale limita- 1 –1 –1
f rel = ----------- (τ B + τ N )
tion à ces propriétés est la stabilité colloïdale des produits qui doit 2 π
être systématiquement vérifiée préalablement à toute utilisation.
Si KV / kT  1 : τ N < τ B , le matériau est superparamagnétique et
le moment magnétique tourne indépendamment de la matrice
3.1.1 Applications en hyperfréquence cristalline.
La fréquence de résonance (habituellement connue sous le nom
Schématiquement, en champs magnétiques faibles, la réponse de résonance ferromagnétique) f res dépend de la nature du maté-
des particules à un champ alternatif appliqué est donnée, dans le riau. Typiquement du même ordre de grandeur que f 0 , elle peut
cadre de la réponse linéaire par la susceptibilité initiale : varier de 1 à 30 GHz ; à plus hautes fréquences, le matériau magné-
tique ne répond plus. Pour des particules fortement superparama-
χ = M /H gnétiques, la résonance est lavée par les fluctuations thermiques et
Cette réponse des particules est de deux ordres (figure 3 ) : une se mue en une simple relaxation.
relaxation de la composante parallèle et une résonance de la ■ Un liquide magnétique a des applications hyperfréquences dans
composante perpendiculaire [15]. la réalisation :
■ Il y a deux types de relaxation magnétique. — de modulateurs : modulateur à large bande pour f < f rel et
● La relaxation brownienne correspond à une rotation d’ensemble modulateurs à haute fréquence pour f ≈ f res (figure 3 ) ;
de la particule, le moment magnétique restant bloqué dans la direc- — d’absorbeurs au voisinage de f rel et f res .
tion de facile aimantation ; on est alors dans la limite d’un dipôle Une autre direction très fructueuse du point de vue des applica-
rigide (KV / kT  1). Son temps caractéristique est : tions micro-ondes est celle de matériaux composites constitués
τ B = η V / kT (3) d’une suspension de particules non magnétiques de taille micro-
métrique comme des latex, des particules de silice ou des particules
avec η (Pa · s) viscosité du liquide porteur. métalliques dans un ferrofluide. Ces matériaux mixtes peuvent se
structurer en présence d’un champ magnétique extérieur, ce qui
Exemple : typiquement, τ B est de l’ordre de 1 µs dans l’eau et de permet d’envisager la réalisation de polariseurs et d’absorbeurs
1 ms dans le glycérol à la température ambiante. micro-ondes.

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3.1.2 Agents de contraste en imagerie médicale Pour des valeurs de champ choisies en fonction de la taille des
particules et de leur concentration, on peut réaliser des lames quart
Des sels paramagnétiques de gadolinium sont traditionnellement d’onde ou demi-onde.
utilisés en imagerie médicale par résonance magnétique nucléaire : Une modulation du champ magnétique permet aussi de réaliser
ils modifient le champ magnétique local ressenti par les protons et aisément un modulateur optique.
augmentent ainsi le contraste des images. Des particules de ferro- Une application très importante de ces propriétés optiques est
fluide, superparamagnétiques, plus grosses que les particules de l’utilisation de ces particules magnétiques comme sonde nanos-
gadolinium, remplissent ces mêmes fonctions de façon encore plus copique des propriétés rhéologiques de leur milieu porteur [17] [18] :
efficace [16]. constantes viscoélastiques dans une solution polymérique, un gel
ou un cristal liquide, vorticité dans un écoulement. On peut en effet
déterminer facilement la viscosité dynamique d’un liquide en y
3.1.3 Applications optiques diluant une faible quantité de particules magnétiques. Si celles-ci
se comportent comme des dipôles rigides, le temps de relaxation
■ Dans la plupart des cas, les particules magnétiques d’un ferro- de la biréfringence après une impulsion de champ magnétique est
fluide portent, en plus de leur moment magnétique, une anisotropie le temps de relaxation brownienne [relation (3)] facilement mesu-
optique intrinsèque dont l’origine, encore controversée, est liée soit rable (figure 4 b ) et directement proportionnel à η :
à une propriété cristalline des grains, soit à une anisotropie de forme.
L’application d’un fort champ magnétique conduit à une orientation τ B = η V /kT
des particules le long du champ et à une anisotropie globale du avec V volume de la particule magnétique.
milieu qui devient biréfringent. Cette propriété subsiste à très faible
dilution en particules magnétiques : il suffit d’une fraction volumique Cette méthode permet de mesurer des viscosités sur sept décades
de 10 – 4 pour avoir des effets sensibles sur une épaisseur de 1 cm. de variation.

■ En champ nul, un échantillon de ferrofluide est isotrope : placé Exemple : τ B peut varier de 3 µs dans le cas de l’eau (à 20 oC avec
entre analyseur et polariseur croisés, il arrête complètement un fais- η = 10 – 3 Pa · s = 1 cP ) à 30 s dans le cas du glycérol (à – 45 oC avec
ceau laser (figure 4 a ). Soumis à un champ à 45 o du polariseur et de η = 10 4 Pa · s = 10 5 P )
l’analyseur, l’intensité transmise est maintenant une fonction sinu-
Dans le cas d’un milieu viscoélastique, l’étude de la réponse en
soïdale du champ magnétique.
fréquence à un champ alternatif permet une détermination de la vis-
cosité et de la constante élastique. La conjonction de deux champs
perpendiculaires, l’un fort et constant, l’autre faible et dépendant du
temps, permet de sonder des milieux anisotropes.
Dans le même ordre d’idées, on peut mesurer la vorticité d’un
écoulement en y diluant une faible quantité de particules magné-
tiques et en déterminant l’angle d’équilibre qu’elles adoptent sous
l’action d’un champ magnétique et de la vorticité de l’écoulement.

3.1.4 Applications viscoélastiques

■ À concentrations plus importantes en particules, la viscosité d’un


liquide magnétique peut être fortement modifiée par l’application
d’un champ magnétique extérieur : la viscosité augmente lorsque le
champ gêne la rotation naturelle des grains nanoscopiques sous
l’effet de la vorticité de l’écoulement et, au contraire, la viscosité
diminue sous l’effet d’un champ alternatif ayant une action coo-
pérant à celle de l’écoulement.
■ Les applications naturelles de ces milieux magnéto-rhéologiques
sont des suspensions et des amortisseurs assistés par un asservis-
sement du champ magnétique à la nature du terrain rencontré par
un véhicule. L’utilisation de milieux composites, conduisant à des
effets plus importants, semble là aussi très prometteuse ; des struc-
turations microscopiques induisent des effets fortement non
newtoniens et permettent d’envisager la réalisation d’embrayages.

3.1.5 Conclusion

Toutes ces applications, intimement liées à la nature micro-


scopique du milieu, sont bien évidemment très sensibles à la stabilité
colloïdale du liquide magnétique. Une déstabilisation du colloïde
magnétique conduit dans le cadre des applications optiques, par
exemple, à une large diffusion de la lumière ou, dans le cadre des
applications magnéto-rhéologiques, à des effets non newtoniens
aberrants et non reproductibles.

Figure 4 – Viscosimètre à ferrofluide

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3.2 Effets macroscopiques


3.2.1 Présentation des procédés
Pour bien comprendre l’ensemble des applications potentielles
liées à des effets macroscopiques, il faut d’abord comprendre l’effet
d’un champ extérieur sur un liquide magnétique. Appliqué à un
ferrofluide homogène, un champ magnétique statique crée une force
volumique constante : un ferrofluide est attiré vers les régions où
le champ magnétique est le plus fort.
De façon générale, les applications sont liées à une compétition
entre l’énergie magnétique et une autre énergie. Nous considé-
rerons successivement l’énergie potentielle, l’énergie cinétique,
l’énergie de pression et l’énergie de surface, ainsi que les effets liés
à la température. Pour finir, nous décrirons quelques capteurs
(inclinométriques et accélérométriques). La stabilité colloïdale des
produits est là aussi importante, mais ces applications rencontrent
une autre limitation : les instabilités de surface, particulièrement
riches et originales dans le cas des ferrofluides. Selon les géo-
métries, un champ magnétique appliqué à la surface d’un liquide
magnétique peut, soit la stabiliser, soit la déstabiliser, pour former
des pics, des labyrinthes, des gouttes...
■ Énergie magnétique
L’énergie magnétique par unité de volume pour un ferrofluide
s’écrit :
Em = – µ0 M H


H
1
où M = ----- 0
M ( H )d H
H
Dans toutes les applications qui vont suivre, nous nous sommes
attachés à donner des ordres de grandeur. Exemple
Exemple : pour simplifier, on a pris :
5
M = χ H = 10 A/m
dans un champ champ extérieur d’induction B = 0,1 T et de masse
volumique ρ = 10 3 kg/m 3.
■ Énergie magnétique et énergie potentielle
Un ferrofluide dans un tube en U dont l’une des branches se
trouve dans un électroaimant EA (figure 5 a ) monte dans cette
dernière d’une hauteur :
Figure 5 – Effets d’un champ extérieur sur un liquide magnétique
∆h = µ 0 M H / ρ g ≈ 1 m

avec g accélération due à la pesanteur (≈ 9,81 m /s2).


En utilisant un asservissement entre B et le niveau, ce système ■ Énergie magnétique et pression
peut servir de manomètre. Une goutte de ferrofluide dans un tube peut supporter une
variation de pression (figure 5 c)
Exemple : avec un champ alternatif, ce système peut être utilisé
comme modulateur de pression à très basse fréquence (10 – 2 Hz à ∆p = p 2 – p 1 = µ 0 M H ≈ 4 4
10 Pa = 10 N/m
2
10 Hz).
■ Énergie magnétique et énergie cinétique Exemple : avec des géométries bien adaptées, il est possible d’obte-
nir des étanchéités de plusieurs atmosphères dans le cas de joints tour-
Un jet de fluide (figure 5 b) voit son diamètre d se réduire (de d 1 nants (cf. lévitation magnétique).
à d 2) et sa vitesse v augmenter (de v 1 à v 2 ) quand celui-ci est soumis
à un champ magnétique axial : ■ Énergie magnétique et énergie de surface
On considère une certaine quantité de ferrofluide enfermée dans
2 µ0 M H 1/ 4

 
d1
------ = 1 + -------------------- une enveloppe déformable constituée par un ballon de baudruche
d2 2
ρ v1 (figure 5 d ). Si l’on néglige la gravité, la forme du ballon est une
sphère. En présence d’un champ magnétique, ce ballon se déforme
2 2 et s’allonge dans le sens du champ. Il y a équilibre entre l’énergie
ρv 1 ρv 2
--------- = --------- – µ 0 M H magnétique et l’énergie élastique de surface qui dépendent toutes
2 2 deux de la forme.
Exemple : avec v 1 = 1 m /s, on trouve d 1 /d 2 ≈ 2 et v 2 ≈ 4 m/s. Exemple : ce système peut servir de muscle artificiel.
Ce système peut être utilisé dans une imprimante à jet d’encre : Avec un volume de 10 cm 3 et un champ d’induction B = 0,1 T, on
modulation du jet, déflexion du jet sur un gradient de champ. obtient une force de l’ordre de 1 N sur un déplacement de 1 cm.

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■ Énergie magnétique et énergie thermique 3.2.2 Capteurs


Dans ce système, on utilise la variation de l’aimantation,
c’est-à-dire la variation de l’énergie magnétique avec la température; Il existe un très grand nombre de capteurs utilisant des liquides
un ferrofluide soumis à un gradient de température et à un champ magnétiques ; si leurs principes sont innovants, bien peu ont
magnétique peut s’écouler grâce au gradient de pression ∆p qui dépassé le stade du laboratoire. Nous nous bornerons ici à en décrire
existe entre T 2 et T 1 : uniquement trois : un inclinomètre, un accéléromètre et un capteur
de pression.
∆p = µ 0 M (T 2 ) H – M (T 1 ) H 
■ Inclinomètre
Exemple : si T 1 – T 2 = 30 K, B = 0,1 T, on trouve ∆ p ≈ 2 · 10 4 Pa. Un inclinomètre est un capteur pouvant mesurer avec précision
Ce système est à la base du principe d’une pompe sans pièce mobile l’angle d’une surface plane avec l’horizontale. La méthode consiste
et peut servir comme échangeur thermique ou pour transformer à mesurer l’inclinaison de la surface d’un ferrofluide emprisonné
l’énergie thermique en énergie électrique s’il y a un alternateur dans le dans un tube en utilisant ses propriétés magnétiques [19]. Le schéma
circuit (cas de la figure 5 e ). On obtient une énergie de l’ordre de 1 J est donné sur la figure 6 :
dans l’exemple cité. — les bobines P1 et P2 sont alimentées en série par un courant
sinusoïdal (f = 3 kHz) ; ces bobines créent un champ magnétique
■ Lévitation magnétique
aux deux extrémités du tube ;
Les effets les plus spectaculaires des ferrofluides sont les effets — les bobines S1 et S2 mesurent les variations de flux qui
de lévitations magnétiques. Ces effets sont simples à comprendre : dépendent du niveau du liquide dans le tube à cet endroit.
le ferrofluide veut toujours aller là où le champ magnétique est le
Les paires de bobines (P1, S1), (P2, S2), sont suffisamment
plus intense.
éloignées pour être découplées. La tension mesurée à la sortie des
● Dans un premier cas, le sphère non magnétique va se retrouver bobines (mises en opposition) est directement proportionnelle à la
différence de niveau du ferrofluide entre les bobines S1 et S2.
dans la zone où le champ magnétique est le plus faible (figure 5f , F
Cette tension, modulée à 3 kHz, est filtrée et détectée à l’aide d’une
étant la force de lévitation) ; ce phénomène sert dans le tri de maté-
détection synchrone.
riaux non magnétiques : on peut donc ajuster la masse volumique
d’un solide non magnétique en utilisant un gradient de champ. On ● Ce système, utilisé en inclinomètre, peut mesurer des incli-
naisons de 0,1 µm sur 1 m, soit 10 – 7 radian (avec une longueur du
peut faire flotter de l’or (ρ = 19,5 · 10 3 kg /cm 3 ) à la surface d’un
tube : L = 15 cm et un diamètre ∅ = 2 cm). Ce système est linéaire
ferrofluide avec un gradient de champ de 0,4 T/m ; le seuil de
entre – 0,15 radian et + 0,15 radian. Il y a en fait un compromis entre
flottabilité est donné par :
la zone de linéarité et la sensibilité du capteur. En utilisant deux tubes
µ 0 M H > ∆ρ g en croix, les deux composantes de l’inclinaison sont mesurées.
● Ce même système, utilisé en accéléromètre, permet de mesurer
● Dans un second cas, considérons une bille aimantée plongée des accélérations de 10 – 5 g (g accélération due à la pesanteur) avec
dans un ferrofluide. Celui-ci tend à se mettre autour de l’aimant ; une bande passante de zéro à quelques hertz.
donc ce dernier est en lévitation. Ce système peut servir de véloci-
mètre si on mesure la vitesse de déplacement de la bille aimantée à ■ Accéléromètre
l’aide de bobines. La plupart des accéléromètres existant sur le marché sont basés
● Les joints magnétiques tournants et autolévitants utilisent le sur le principe d’un système mécanique oscillant amorti avec une
même principe. Suivant que l’arbre tournant est magnétique ou mesure de déplacement de type inductif, capacitif, piézoélectrique,
non, il existe deux systèmes, pour renfermer les lignes de champ : optique, ou utilisant des jauges de contraintes. Ces capteurs peuvent
— figure 5g : cas où l’axe est magnétique ; les lignes de champ être soit des oscillateurs simples, soit des systèmes à contre-réaction
se referment par l’intermédiaire de l’anneau de ferrofluide et de (servo-accéléromètres).
l’axe magnétique ; ● Le capteur accélérométrique à ferrofluide [19] entre dans la caté-
— figure 5h : cas où l’axe n’est pas magnétique ; les lignes de gorie des capteurs de type oscillateurs simples (mais sans aucune
champ se referment par l’anneau de ferrofluide, indépendamment pièce mobile) et utilise une mesure inductive du déplacement de la
de l’axe. membrane de ferrofluide. La figure 7 représente le schéma d’un tel
capteur. Le ferrofluide F est maintenu dans un tube T grâce à un
C’est de loin l’application la plus développée dans le monde, par
aimant annulaire AA. Le principe de ce capteur est basé sur celui,
exemple, pour l’étanchéité des unités de disque dur de la plupart
classique, d’un oscillateur amorti, la masse étant celle du ferrofluide
des micro-ordinateurs.
et la force de rappel étant due au gradient de champ de l’aimant
● Le ferrofluide est aussi employé dans les haut-parleurs à bobine annulaire. L’amortissement du système est directement lié à la vis-
mobile où il est positionné entre l’aimant et l’équipage mobile ; il cosité du ferrofluide. Sous l’action d’une accélération parallèle à
permet d’augmenter les puissances d’un facteur deux ou trois. l’axe du tube, la surface du ferrofluide se déforme. La mesure de
cette déformation est effectuée à l’aide des trois bobines B. La bobine
centrale crée un champ magnétique alternatif et les deux bobines
latérales, mises en opposition, détectent les variations de flux dues
à la déformation de la surface du ferrofluide.
Exemple : la bande passante du capteur va de 0 à 50 HZ, avec une
sensibilité de 50 · 10 – 6 g .
● Un autre système d’accéléromètre [20] est celui décrit sur la
figure 8. Le capteur utilise comme masse inertielle un aimant per-
manent cylindrique AP, aimanté suivant son axe. Cet aimant est
maintenu en lévitation grâce au ferrofluide F qui l’entoure ; le ferro-
Figure 6 – Inclinomètre-accéléromètre à ferrofluide fluide remplit complètement un tube cylindrique T non magnétique.
Si la masse inertielle se déplace radialement, son propre champ
magnétique induit une force de rappel dans le liquide magnétique.
Quand le système est soumis à une accélération dans la direction de

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Figure 7 – Accéléromètre à ferrofluide

Figure 9 – Déstabilisation d’une bague de ferrofluide


en une couronne de pics au-dessus d’un aimant annulaire

3.2.3 Remarque

Dans la plupart de ces applications macroscopiques, le système


présente une interface entre le liquide magnétique et un milieu
extérieur. Une limitation importante, et souvent très spectaculaire,
Figure 8 – Accéléromètre de R.L. Bailey (1983) est apportée par les instabilités conformationnelles de cette inter-
face en présence d’un champ magnétique extérieur. Une interface
plane soumise à un fort champ perpendiculaire se transforme en
son axe, l’aimant se déplace dans le tube ; son mouvement est une série de pics (figure 9 ). Dans des géométries confinées, on
détecté par les bobinages B1 qui entourent le tube. Tel que, ce peut observer des labyrinthes ou des réseaux d’aiguilles. Il est
système peut servir de vélocimètre. Mais, si la position de l’aimant toujours important de se limiter en champ à des valeurs inférieures
est asservie par deux bobines B2 placées au niveau des extrémités aux seuils de déclenchement de ces instabilités.
de l’aimant, le courant d’asservissement est alors proportionnel à
l’accélération.
Exemple : la sensibilité donnée pour un tel capteur est de l’ordre
de quelques 10 – 4 g mais la fréquence de coupure est de l’ordre de 1 Hz.
4. Conclusion
■ Capteur de pression
Les liquides magnétiques, qui n’existent pas dans la nature, sont
L’accéléromètre à ferrofluide, décrit sur la figure 7, peut être des matériaux de facture récente. Leurs applications potentielles
aisément transformé en un capteur de pression [21] en ouvrant la sont nombreuses et leurs comportements, en champ magnétique,
partie inférieure du Tube T. Une différence de pression de part et riches et parfois inattendus. Quelques exemples d’utilisation ont été
d’autre de la membrane de ferrofluide induit une déformation de présentés ici, mais la porte reste ouverte à l’imagination, nombre
cette membrane liquide et magnétique. Elle induit donc également de possibilités n’ayant pas été encore explorées en profondeur.
un signal électrique à la sortie du capteur. Ce capteur est linéaire
jusqu’à une différence de pression de 255 Pa avec une sensibilité
de 10 – 2 Pa. Contrairement aux capteurs classiques à membrane,
celle-ci s’autocicatrise en cas de surpression accidentelle.

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P
O
U
Liquides magnétiques ou ferrofluides R

E
par René MASSART N
Laboratoire de Physico-chimie inorganique, URA S.R.S.I. 1662
Université Pierre et Marie Curie
Jean-Claude BACRI
Laboratoire d’Acoustique et Optique de la Matière condensée
Laboratoires associés au Centre National de la Recherche Scientifique
S
et
Université Pierre et Marie Curie
Régine PERZYNSKI
A
Laboratoire d’Acoustique et Optique de la Matière condensée
Laboratoires associés au Centre National de la Recherche Scientifique
V
Université Pierre et Marie Curie
O
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