Physique des matériaux magnétiques
Physique des matériaux magnétiques
magnétiques
champ d’induction B µ0
∫
i dl ′
A = ------- --------------------- (3)
À l’exception de quelques matériaux dits « aimantés », et dont les 4π
r – r′
propriétés constitueront le centre de ce dossier, ce sont les courants l′
électriques qui sont la source des effets magnétiques dont forces et
couples sont les manifestations tangibles. Ainsi, l’observation des La formule (3) se généralise comme la formule (1) au cas de cou-
effets associés à une circulation de courant permet de définir le rants surfaciques ou volumiques.
De manière générale, ici et dans la suite, les vecteurs position l’espace (trièdre direct ou inverse). La nature axiale de B est
affectés d’un prime concerneront les sources de champ, les ainsi révélée par la présence dans (1) de l’opérateur produit vec-
grandeurs sans prime concernant les points où l’on calcule le toriel appliqué à deux vecteurs polaires (cf. tableau 2). Une
champ. conséquence est que les règles de symétrie s’appliqueront dif-
féremment au vecteur B et au vecteur j puisque directement
L’intégrale est étendue à toute la longueur du fil. Le coefficient 0,
de valeur 4 10–7 H/m est appelé perméabilité du vide. B s’exprime conditionnées par la nature polaire où axiale des grandeurs étu-
en tesla. diées (tableau 3).
(0)
(0)
(0)
Tableau 3 – Quelques propriétés de symétries appliquées j* est une densité volumique de courant définie en tout point
aux vecteurs polaires et axiaux intérieur au matériau. K* est une densité surfacique de courant
Nature Vecteur Vecteur
Exemples définie en tout point de l’interface, n désignant le vecteur normal
de la symétrie polaire j axial B à la surface au point considéré et orienté vers l’extérieur du maté-
riau. On calcule alors le potentiel vecteur à l’aide de la relation (3)
Plan π+ Bobine plate La composante La composante
de symétrie π+ = plan tangentielle normale appliquée aux densités K* et j* et le champ d’induction à l’aide
de la bobine se conserve. se conserve. de la relation (2) ou directement à l’aide de la relation (1) appliquée
La composante La composante
normale tangentielle aux mêmes densités de courants.
change change Le recours aux densités de courant K* et j* est connu sous le
de signe de signe nom de représentation ampérienne.
Plan π– Bobine plate, La composante La composante
d’antisymétrie centre O normale tangentielle ■ Le calcul du champ B à l’intérieur de la matière aimantée pose
π– = plans se conserve. se conserve. quelques difficultés au premier rang desquelles la nécessaire remise
passant La composante La composante en cause de la description continue des propriétés magnétiques des
par O et ⊥ tangentielle normale matériaux illustrée par la notion de polarisation, puisque la contri-
au plan change change bution des moments magnétiques situés au voisinage immédiat du
de la bobine de signe de signe point où on calcule le champ nécessite a priori la prise en compte de
Symétrie Câble coaxial Composante Orthoradial leur localisation précise. Un autre point important est que le carac-
de révolution orthoradiale tère très inhomogène de la matière à l’échelle atomique entraîne des
d’axe ∆ nulle fluctuations énormes de l’induction avec la position, caractéristique
Plans passant dont la connaissance importe peu en magnétostatique. On préfèrera
par ∆ donc travailler sur des quantités « lissées » obtenues par moyen-
de symétrie nage spatial sur des volumes à l’échelle de quelques mailles
Symétrie Solénoïde Orthoradial Composante atomiques.
de révolution à section orthoradiale Les précautions adéquates étant prises, le calcul montre que le
d’axe ∆ circulaire nulle
Plans passant champ d’induction à l’intérieur de la matière aimantée dérive du
par ∆ même potentiel A – équation (9) – que le champ d’induction cal-
d’antisymétrie
culé à l’extérieur de la matière aimantée. Finalement, on peut
continuer à raisonner sur les distributions macroscopiques de cou-
En fait, le magnétisme des matériaux trouve son origine au rants K* et j* données par (10).
niveau de l’atome qui est le porteur du moment magnétique. Dès
lors que l’on considère des volumes élémentaires dont la dimension
caractéristique est au moins égale à quelques mailles atomiques, le
caractère discret de la répartition des moments s’efface au profit 1.5 Dipôle magnétique
d’une description continue qui justifie la formulation (8).
et champ d’excitation H
1.4 Calcul de B créé par le volume La formulation (6) présente une très forte analogie avec celle du
aimanté : représentation ampérienne champ électrique créé par le dipôle. On peut ainsi introduire, à partir
de la notion de moment magnétique, le dipôle magnétique
(figure 1), fait de deux charges magnétiques opposées –q et +q,
■ Pour calculer le champ B en un point extérieur, on remarque
situées en deux points respectifs A et B et reliées à ᏹ par la
que la dimension caractéristique du volume définissant le moment
relation :
élémentaire étant de l’ordre de quelques mailles atomiques, un
point extérieur au matériau est dans une situation éloignée. On peut
donc recourir à l’expression (5) appliquée à la distribution (8) pour µ 0 ᏹ = q AB (11)
calculer A . On obtient :
La charge magnétique, qui s’exprime en T ⋅ m2, n’a pas d’exis-
tence réelle : c’est par le jeu d’une équivalence formelle qu’elle a été
J ^ ( r – r ′)
∫
1 introduite. Celle-ci n’est d’ailleurs pas définie de manière unique
A = ------- - dv ′
------------------------------------
3
(9)
4π
r – r′ puisque c’est le produit q AB qui est relié au moment magnétique.
v′
Enfin, on ne rencontrera jamais une charge isolée, une charge +q
étant toujours associée à une charge –q au sein d’un dipôle. On
On obtient alors B à l’aide de (2). En fait, il est plus économique verra cependant § 2 que, à une échelle macroscopique, le matériau
de recourir à la représentations ampérienne du matériau. Quelques aimanté peut être décrit par une distribution de charges magnéti-
manipulations d’analyse vectorielle appliquées à la relation (9) per- ques quelconque. Il est donc utile de connaître les formules de base
mettent d’établir que la distribution des moments élémentaires est exprimant le champ généré par une charge élémentaire. On définit
équivalente pour le calcul de l’induction à deux distributions de cou-
alors une nouvelle grandeur, le champ d’excitation H , analogue au
rants « macroscopiques » j* et K* données par :
champ électrostatique E et défini par :
j* = rot ( J ) ⁄ µ 0
(10) q r – r′
H = --------------- ------------------------ (12)
K* = ( J ^ n ) ⁄ µ 0 4π µ 0 3
r – r′
Remarque 2
1ᏹ ⋅ r
ᐂ = ------- ---------------
3
- (16)
4π r
B = µ0 H (17)
rot ( H ) = j (18)
1 q
ᐂ = --------------- --------------------- (14)
4π µ 0 H ainsi introduit vérifie par définition le théorème d’Ampère
r – r′
bien connu, dont l’équation (18) en constitue la forme locale.
simple sommation.
Tableau 4 – Application des règles de symétrie au cas
Dans le cas de distributions continues, on obtient :
des grandeurs scalaires et pseudoscalaires
Nature
Scalaire vrai ␣ Pseudoscalaire 
∫
1 dq de la symétrie
ᐂ = --------------- ---------------------
4π µ 0
r – r′ Plan de symétrie α→α β → –β
(15)
α → –α β→β
∫
1 r – r′ Plan d’antisymétrie
H = --------------- -----------------------3- dq
4π µ 0
r – r′
ρ * = – div ( J )
(20)
σ* = J ⋅ n
ρ * est définie en tout point intérieur au matériau et σ * est définie Figure 3 – Calcul de l’énergie d’aimantation sur le cas particulier
d’un tore magnétique isotrope
en tout point de l’interface. On calcule alors ᐂ et H à l’aide des
relations générales (15) appliquées aux densités fictives σ * et ρ *.
1.7 Considérations énergétiques
Le calcul du champ d’excitation, basé sur l’éloignement du point
où on calcule le champ par rapport à la dimension du volume carac-
téristique du moment élémentaire, fait que la relation (17) reste On peut donner un sens concret aux champs B et H à l’intérieur
vraie, tant qu’il s’agit de calculer les champs en un point extérieur au de la matière aimantée en remarquant que la variation d’énergie
matériau aimanté.
volumique associée à une variation d’induction dB dans une région
■ La situation d’un point intérieur est bien différente, car certains de l’espace où règne un champ d’excitation H s’écrit :
moments situés à proximité immédiate du point où on calcule le
champ ne vérifient plus cette hypothèse. Une conséquence très d Ᏹ = H ⋅ dB (22)
importante est que vis-à-vis de ces contributions, la représentation
du moment par une spire ou par un dipôle ne sont plus équivalentes On établit facilement ce résultat sur le cas particulier d’une ron-
(figure 2), et les représentations ampérienne et coulombienne du delle de section S constituée d’un matériau isotrope sur lequel on
matériau aimanté ne le seront donc pas non plus. bobine n spires supposées non résistives, réparties de manière
homogène et parcourues par un courant électrique i obtenu sous
On montre cependant que le potentiel scalaire ᐂ , donné par (19) l’application d’une tension u (figure 3).
et son gradient restent définis à l’intérieur de la matière aimantée de Par raison de symétrie, les champs B et H sont orthoradiaux et
sorte que l’on peut continuer à utiliser les relations (15) appliquées peuvent être considérés en première approximation d’amplitude
uniforme (approximation d’autant mieux vérifiée que le rayon
aux distributions de charges (20) pour définir H . On note que, ainsi moyen du tore est grand devant la différence des rayons extérieur et
intérieur).
défini, H continue à vérifier le théorème d’Ampère.
On obtient par application du théorème d’Ampère sur le contour
On obtient alors que, à l’intérieur de la matière aimantée, champ
moyen Ꮿ de longueur l et en choisissant d’orienter B et H suivant
d’induction, champ d’excitation et polarisation sont liés par la loi :
Ꮿ :
B = µ0 H + J (21) H = ni ⁄ l (23)
Alors que la loi de Faraday donne :
Contrairement à ce qui se passait à l’extérieur du matériau, B et dB
u = –n S -------- (24)
dt
H ne sont plus équivalents.
L’énergie pour faire varier le flux par spire de la quantité SdB est
apportée par le générateur électrique qui fournit la puissance électri-
que P = ui, relation qui combinée à (23) et (24) mène à (22).
Dans le cas où le tore est constitué par un matériau magnétique,
on réécrit (22) à l’aide de (21) suivant :
2
d Ᏹ = 1 ⁄ 2 µ 0 dH + H ⋅ dJ (25)
On reconnaît dans (25) un premier terme d’énergie indépendant
de la nature du tore et qui correspond donc à l’énergie nécessaire
pour établir le champ dans l’air, l’énergie spécifiquement attachée à
l’aimantation du matériau magnétique étant représentée par le
deuxième terme.
L’existence du moment magnétique atomique est déterminée par On constate que au niveau fondamental de l’atome isolé, la
le mouvement des électrons autour de l’atome. Dans une représen- grande majorité des éléments réalisent J ≠ 0 et présentent donc des
tation où on assimile le mouvement de l’électron autour du noyau propriétés magnétiques, mais relativement peu d’entres eux restent
atomique à une spire de courant, on associe à ce mouvement un porteurs d’un moment magnétique dès lors qu’ils sont intégrés à un
moment cinétique et un moment magnétique orbitaux proportion- édifice polyatomique (molécule, cristal, composés et alliages...)
nels entre eux (cf. étude du diamagnétisme au paragraphe 3.1). Les (cf. tableau 5). Cela résulte du fait que les liaisons au sein d’un édi-
propriétés quantiques de l’atome font que le moment magnétique fice reposent sur la mise en commun sur une même orbite d’élec-
orbital est obligatoirement multiple d’une quantité élémentaire, le trons provenant d’éléments différents pour donner lieu à de
magnéton de Bohr, donné par : nouvelles orbitales, généralement non magnétiques.
Dans ces conditions, seuls les éléments dont les électrons respon-
µ B =ប e ⁄ ( 2m e ) = 9,273 × 10
– 24 2
A⋅m (26) sables du magnétisme appartiennent à des couches internes et donc
« protégées » sont capables de préserver leur caractère magnétique
avec ប = h/(2π) = 1,04 × 10–34 J ⋅ s constante de Planck divi- au sein d’un édifice. C’est le cas des éléments du groupe du fer (cou-
sée par 2π, che incomplète 3d) et des éléments de la série des Terres rares (cou-
che incomplète 4f) et c’est à leur seule étude qu’on se consacrera.
e = 1,619 × 10–19 C valeur absolue de la
charge de l’électron, On s’attend pour ces éléments à trouver des propriétés magnéti-
ques à l’état condensé proches de ce que prévoit le magnétisme des
–31
me = 9,11 × 10 kg masse de l’électron. atomes à l’état libre. Surgit alors une nouvelle difficulté : il s’agit,
pour les matériaux conducteurs du groupe du fer, du fait que la
À cette première contribution s’ajoutent les moments cinétique sous-couche 3d, comme la sous-couche 4s, forme une bande de
et magnétique de spin qui correspondent de manière imagée au conduction. On est alors amené à considérer collectivement le rem-
mouvement de rotation de l’électron sur lui-même. On note que plissage des sous-couches 3d et 4s, elles-mêmes décomposées en
dans le référentiel de l’électron, le mouvement du noyau crée un demi-bandes (3d–, 3d+, 4s–, 4s+). Le moment magnétique de
champ magnétique qui va donc interagir avec le moment magné- l’atome résulte de l’écart de remplissage des sous-couches 3d– et
tique de spin de l’électron : il s’agit du couplage spin-orbite. 3d+ lorsque tous les électrons ont été casés (tableau 6) et n’a plus
Pour les atomes présentant des orbites électroniques « pleines », rien à voir avec les propriétés de l’atome libre. Ce magnétisme est
les moments se compensent globalement. Dans certains cas liés à dénommé magnétisme itinérant et décrit dans le cadre du modèle
l’existence de sous-couches incomplètes, la compensation des de Stoner qui ne sera pas étudié ici.
moments n’est pas totale et l’atome est magnétique. Dans le cadre On ne rencontre pas la même difficulté avec les métaux de Terres
du couplage de Russel-Saunders, pertinent pour les éléments du rares, car dans ce dernier cas la conduction électrique et la cohésion
groupe du fer (couche incomplète 3d) et des éléments de la série des métallique sont assurées par des électrons qui participent peu au
Terres rares (couche incomplète 4f) qui nous concernent essentielle- moment magnétique de la substance.
ment, le moment magnétique résultant de l’atome isolé se déter-
On peut néanmoins rester dans le cadre du magnétisme localisé
mine de la manière suivante.
même avec les éléments du groupe du fer quand ceux-ci sont à l’état
Les moments cinétiques orbitaux de la sous-couche s’addition- ionique. Cela concerne par exemple les oxydes, dont la très impor-
nent pour donner le moment résultant orbital, proportionnel au tante classe des ferrimagnétiques que l’on étudiera au § 3.5. Sont
nombre quantique L. De même, les moments cinétiques de spin également concernées les Terres rares et tous leurs composés. On
s’additionnent pour donner le moment résultant de spin, propor- obtient alors les résultats regroupés dans le tableau 7.
tionnel au nombre quantique S. Le moment cinétique total résultant On constate que si l’accord entre théorie et mesure est excellent
est alors déterminé par le couplage spin-orbite en fonction de L et S pour les ions de Terres rares, il l’est beaucoup moins pour les ions
et relié au nombre quantique J à partir duquel on calcule le moment du groupe du fer pour lesquels tout se passe comme si le moment
magnétique maximal ᏹ de l’atome selon : orbital était nul. Cela provient de l’interaction électrostatique entre
les orbitales des électrons responsables du magnétisme de l’atome
ᏹ = gJ J µB et du champ électrique lié à la distribution de charges de l’environ-
nement et dénommé champ électrique cristallin. Cet effet se mani-
J(J + 1) + S(S + 1) – L(L + 1) (27) feste par l’extinction du moment orbital pour les éléments du
g J = 1 + ------------------------------------------------------------------------------
2J ( J + 1 ) groupe du fer. Le moment magnétique est alors entièrement déter-
miné par le moment de spin. Les interactions de champ cristallins
Où gJ désigne le facteur de Landé. Les règles de Hund permettent de constituent ainsi un effet d’importance primordiale pour les compo-
déterminer les configurations les plus stables, qui réalisent dans sés du groupe du fer.
l’état fondamental J = L + S si la couche est plus qu’à moitié remplie À l’inverse, les ions de Terres rares dont l’orbitale 4f est davantage
ou J = | L – S | si la couche est moins qu’à moitié remplie. On note protégée seront moins sensibles au champ cristallin. Le moment
alors que gJ(L = 0) = 2 et que gJ(S = 0) = 1. effectif reste comparable à celui de l’ion libre.
(0)
Tableau 5 – Propriétés magnétiques à basse température des éléments purs à l’état solide [4]
3. Phénoménologie
(0)
ᏹe
Ion S L J gj J(J + 1) 2 S(S + 1)
mesuré 3.1 Diamagnétisme
3+
Cr 3/2 3 3/2 0,77 3,87 3,8
Nous nous intéressons en premier lieu au comportement diama-
Mn3+ 2 2 0 0 4,90 4,9 gnétique, qui constitue la « réponse magnétique » la plus univer-
selle puisque partagée par tous les matériaux, qu’ils soient
Fe3+
et 5/2 0 5/2 5,92 5,92 5,9 intrinsèquement magnétiques ou non.
Mn2+ Plongé dans un champ d’excitation H , le matériau diamagnétique
acquiert une polarisation
Fe2+ 2 2 4 6,70 4,90 5,4
Co2+ 3/2 3 9/2 6,63 3,87 4,8 J = µ0 χd H (28)
2+
Ni 1 3 4 5,59 2,83 3,2 avec χd susceptibilité diamagnétique.
χ d possède les propriétés suivantes : il est négatif, indépendant
Pr3+ 1 5 4 3,58 2,83 3,5 de la température et de l’ordre de 10–5.
Nd3+ 3/2 6 9/2 3,62 3,87 3,5 Ce comportement s’explique par le fait que les électrons en mou-
vement autour des noyaux atomiques se comportent comme des
Sm3+ 5/2 5 5/21 0,84 5,92 1,5 spires de courant qui, plongées dans un champ magnétique, vont
Gd3+ 7/2 0 7/2 7,94 7,94 8,0 sous l’action de la loi de Lenz générer un flux opposé à la variation
3+
Dy 5/2 5 5/2 10,65 5,92 10,6 de flux occasionnée par l’application du champ H . À la différence de
ce que l’on observe sur une boucle de courant macroscopique au Les mesures de susceptibilité diamagnétique (tableau 8) sont uti-
sein d’un matériau résistif, l’effet n’est pas transitoire, car il n’y a pas lisées pour caractériser expérimentalement les orbitales
d’amortissement des mouvements de l’électron dans l’atome. électroniques.
La susceptibilité diamagnétique est un effet de très faible ampli-
tude que l’on ne peut discerner que dans les substances ne présen-
tant aucun moment magnétique intrinsèque. Dans cette logique, on
ne qualifie de diamagnétiques que les substances pour lesquelles ce 3.2 Paramagnétisme des atomes libres
caractère est discernable, celles-ci présentant obligatoirement des
couches électroniques pleines.
Du fait de la petitesse de l’effet, fort peu d’applications reposent Avec le paramagnétisme, on aborde les comportements concer-
sur les propriétés diamagnétiques des matériaux. On peut néan- nant les substances dont certains atomes, caractérisés par des cou-
moins mentionner les propriétés de lévitation associées aux corps ches électroniques incomplètes, sont porteurs d’un moment
diamagnétiques plongés dans des champs magnétiques et illustrées magnétique permanent dont l’ordre de grandeur sera celui de
au moyen de petits animaux plongés dans des champs présentant
ᒊ 0 donné par (29) et que l’on peut évaluer numériquement en
de très forts gradients. D’un point de vue plus utilitaire, les proprié-
considérant une vitesse de l’électron de l’ordre de 1 % de la vitesse
tés diamagnétiques sont mises à contribution dans les matériaux
de la lumière, et une orbitale de rayon 1 Å. On obtient alors un
supraconducteurs qui réalisent une susceptibilité égale à –1.
moment orbital de l’ordre de 10–23 A ⋅ m2 qui, en accord avec le
■ Interprétation classique : cas des électrons localisés § 2.1, est de l’ordre de grandeur du magnéton de Bohr.
On considère ici une substance dont les électrons restent localisés
Le paramagnétisme concerne la situation où les atomes magnéti-
autour des noyaux atomiques. On peut reprendre alors le modèle de
ques sont dilués au sein de la substance étudiée et donc sans inte-
la boucle de courant pour décrire les caractéristiques du mouve-
ment de l’électron autour du noyau atomique (figure 4). On définit ractions. Seront concernés par ce comportement les gaz d’atomes
pour les moments et les champs un sens arbitrairement positif vers ou molécules magnétiques, certains sels d’éléments de transition et
le haut, le sens positif de circulation sur la boucle étant déterminé de Terres rares et certains oxydes de Terres rares. On observe une loi
par la règle du tire-bouchon. Le moment orbital associé à l’électron de comportement du type :
s’écrit alors avec (figure 4) :
ᒊ 0 = – 1 ⁄ 2 ev 0 r (29) J = µ0 χp H (33)
La boucle de courant tend à s’opposer à la variation de flux À la différence de ce qui se passe avec les diamagnétiques, la sus-
induite par la variation du champ, ce qui conduit à une variation de ceptibilité paramagnétique est positive, généralement inversement
vitesse ∆v de l’électron, celui-ci restant sur la même orbite, la force proportionnelle à la température (sauf dans le cas notable des
radiale associée au champ d’induction étant compensée par la force métaux où les électrons de conduction peuvent donner lieu à un
centrifuge associée à la variation de vitesse. Tous calculs faits, on
paramagnétisme dit « de Pauli » indépendant de la tempéra-
obtient
ture). χ p est généralement comprise entre 10–3 et 10–5 à température
e2 r2 ambiante (tableau 9), bien supérieure à χ d . L’effet, encore très faible,
∆ ᒊ = – ------------ ∆B (30) est utilisé en cryogénie pour l’obtention de très basses températures
4m e
mais offre peu de possibilités d’applications en électrotechnique.
– 31
où m e = 9,11 × 10 kg désigne la masse de l’électron.
La variation de moment ∆ ᒊ est donc opposée à ∆B quel que soit
le sens de ᒊ 0, et donc additive : un atome qui par compensation ne
présente aucun moment intrinsèque acquiert un moment non nul
sous l’action du champ, lequel s’écrit finalement en fonction du
nombre total d’électrons Z :
Ze 2 < r 2 >
ᏹ a = – -----------------------------B (31)
6m e
(0)
Tableau 8 – Susceptibilité de quelques éléments purs diamagnétiques
mesurées à l’état solide [4]
C
Élément Ag Au B Bi Cd Cu Gd Ge I In
diamant
–106 χ d 25 34 20 165 22 19 11,8 23 7,25 22 51
Élément P rouge Pb S␣ S Sb Se Si Sn gris Te Tl ␣ Zn
–106 χ d 20 16 12,6 11,4 67 19 3,4 29 24 37 15
On considère une population comportant N atomes par m3 por- À température ambiante, les valeurs de ᏹ 0 B e ⁄ ( kT ) accessi-
teurs de moments magnétiques ᏹ i de normes identiques ᏹ 0 et on bles sont très petites devant l’unité. En effet, avec
– 23 – 21
se propose de caractériser le comportement de cette population ᏹ 0 = 1 µ B , B e = 1T, kT = 1,38 10 × 300 = 4,14 10 J, on
plongée dans un champ appliqué. –3
obtient ᏹ 0 B e ⁄ kT = 2,25 × 10 .
La configuration d’équilibre est celle qui minimise l’énergie libre
F = U – TS, où T désigne la température absolue, U l’énergie interne On peut dans ces conditions approximer la fonction de
du système et S son entropie. Langevin (ou Brillouin) par son développement limité au voisinage
de 0 soit ᏸ ( x ) = x ⁄ 3 de sorte que la polarisation magnétique
En l’absence de champ appliqué, les moments atomiques
s’écrit finalement :
occupent également toutes les orientations possibles pour réaliser
l’entropie maximale et le moment résultant à l’échelle de toute la
population est nul.
J = µ0 χp H
(36)
En présence d’un champ directeur Be , chaque moment acquiert χp = C ⁄ T
2
avec C = µ 0 N ᏹ 0 ⁄ ( 3k )
l’énergie potentielle U i = – ᏹ i ⋅ Be , mais l’agitation thermique
On retrouve bien le comportement annoncé au paragraphe
s’oppose à un alignement parfait des moments. Dans l’état d’éner- précédent avec une susceptibilité variant comme 1/T, loi dite de
gie libre minimale, la répartition des moments obéit à une statisti- Curie, la constante C étant dénommée constante de Curie. Préci-
que de Maxwell-Boltzmann et la loi de répartition de l’écart sons enfin que dans le cadre plus précis de la mécanique quan-
angulaire θ entre l’orientation des moments et le champ appliqué tique, le moment ᏹ 0 est à remplacer dans (36) par le moment
est régie par une densité de probabilité p(θ ) = C exp( ᏹ 0Becosθ /kT), effectif ᏹ e (cf. § 2.1) qui lui est légèrement supérieur.
où k = 1,3807 × 10–23 J/K désigne la constante de Boltzmann. En phy-
sique classique, où toutes les orientations des moments atomiques
sont possibles (0 < θ < π), on obtient une polarisation parallèle à B e
et d’amplitude :
ᏹ0 Be
J = µ0 N ᏹ0 ᏸ ( x ) avec x = ----------------- (34)
kT
où ᏸ ( x ) = coth ( x ) – 1⁄ x désigne la fonction de Langevin.
Remarque 1
(0)
Tableau 9 – Susceptibilité à température ambiante de quelques
éléments purs paramagnétiques [4]
Élément A1 Ba Ca Cs Hf Ir K La Li Mo Na Nb Os Pt Pd
106 χ p 21 6,6 20 5,2 70 38 5,8 66 14 105 8,5 232 15 278 815
Élément Rb Re Rh Ru Sc Sr Th Ti U␣ V W Y Yb Zr Ta
106 χ p 38 97 170 65 263 34 79 180 404 370 78 120 126 108 177
Dans le tableau 9 sont données les valeurs de susceptibilité à tem- Une illustration directe de cette propriété est donnée par les alliages
pérature ambiante de quelques éléments purs paramagnétiques. d’Heusler parmi lesquels on trouve Cu2MnAl, alliage ferromagnétique
de polarisation spontanée comparable à celle du nickel, constitué d’élé-
ments qui à l’état pur sont diamagnétiques (Cu), paramagnétiques (Al)
ou antiferromagnétiques (Mn) (tableau 5). En fait, le ferromagnétisme
3.3 Ferromagnétisme de l’alliage est attribué au manganèse qui au sein de Cu2MnAl réalise
des distances Mn-Mn 60 % plus grande que dans le métal pur, avec
une intégrale d’échange qui passe d’une valeur négative pour le métal
pur (cf. figure 6) à une valeur positive.
Avec le ferromagnétisme débute l’étude des comportements
associés aux matériaux magnétiquement ordonnés, caractéristique On peut proposer une alternative simplifiée à (37) en raisonnant
que l’on rencontre dans les matériaux où les distances entre atomes sur le cas d’une substance composée d’un seul élément magnéti-
magnétiques sont suffisamment petites (de l’ordre de l’angström) que. Le facteur intégrale d’échange est le même pour toutes les
pour qu’ils interagissent. paires d’atomes proches voisins et ne sera plus indicé. Par ailleurs,
Le matériau ferromagnétique présente une polarisation magné- les moments magnétiques ᏹi et ᏹj étant eux-mêmes étroitement
tique même en champ nul, polarisation qualifiée pour cela de spon-
tanée. Celle-ci est la manifestation macroscopique du fait que les liés aux moments de spins S i et S j , on exprimera finalement l’éner-
moments atomiques ont tendance à s’aligner parallèlement les uns gie d’interaction sous la forme :
aux autres, réalisant une mise en ordre que l’on peut comparer à la
mise en ordre géométrique (cristallisation) caractéristique elle aussi W ij = – E ᏹi ᏹj (38)
de l’état solide. De la même manière qu’une augmentation de tem-
pérature conduit à la destruction de l’arrangement géométrique avec E paramètre étroitement lié à l’intégrale d’échange.
(température de fusion), une augmentation de température conduit
à la destruction de l’ordre directionnel des moments magnétiques On obtient alors l’énergie d’un moment magnétique ᏹi plongé
(obtenue à la température de Curie notée Tc) pour laquelle la polari-
sation spontanée disparaît. dans un champ appliqué Be et entouré de Z proches voisins ᏹj ,
Au-delà de la température de Curie, on observe un comportement 1<j<Z:
de type paramagnétique, avec une susceptibilité inversement pro-
portionnelle à T – Tc. On parle alors de paramagnétisme de Curie- U i = – ᏹi [ Be + Z E 〈 ᏹj 〉 ] (39)
Weiss.
Dans l’approximation du champ moléculaire, on fait l’hypothèse
L’existence d’une polarisation spontanée confère aux ferromagné-
tiques (et aux matériaux de comportements macroscopiquement que 〈 ᏹj 〉 (moyenne prise sur les Z voisins de i) est identique à la
apparentés comme les ferrimagnétiques) des qualités irremplaça-
bles pour les applications. On compte finalement peu d’éléments valeur moyenne 〈 ᏹj 〉 prise sur tout le cristal.
concernés par ce comportement. Ceux-ci appartiennent aux deux
grandes familles que sont les Terres rares (Sm, Pr, Nd…) où les élec- En notant 〈 ᏹj 〉 = J ⁄ ( µ 0 N ) où N désigne le nombre d’atomes
trons responsables du magnétisme appartiennent à la couche 4f et porteurs de moments par unité de volume, on obtient :
les métaux de transition (Fe, Ni, Co) où les électrons responsables
ZE
du magnétisme appartiennent à la couche 3d. Les composés et allia- U i = – ᏹi [ Be + λ J ] avec λ = ----------- (40)
ges réalisés à partir de ces deux familles constituent donc la base µ0 N
des matériaux utilisés en électrotechnique.
Tout se passe comme si le moment ᏹi voyait en permanence,
3.3.1 Cadre du champ moléculaire outre le champ appliqué Be , un champ interne λ J proportionnel à
la polarisation du matériau. C’est ce champ interne que P. Weiss a
appelé le champ moléculaire.
L’énergie d’interaction magnétostatique entre moments magné-
tiques est bien trop faible au regard de l’énergie thermique kT pour
pouvoir imposer l’alignement des moments magnétiques caracté- 3.3.2 Comportement thermique
ristique du ferromagnétisme. En fait, l’interaction responsable est
d’origine électrostatique et liée au recouvrement des orbitales élec- Pour déterminer le comportement thermique des ferromagnétiques,
troniques entre atomes voisins. Cette interaction donne lieu à une on reprend la démarche conduite avec les paramagnétiques en rempla-
énergie dite d’échange entre les moments cinétiques de spins, et se
çant l’énergie potentielle – ᏹi Be par –ᏹi [ Be + λ J ].
présente sous la forme :
Be et J étant colinéaires, on obtient dans l’approximation classi-
W ij = – 2 ij Si S j (37) que un état d’équilibre à la température T :
ᏹ 0( B e + λ J )
où Si et S j désignent les moments magnétiques de spins associés J ⁄ J 0 = ᏸ --------------------------------- avec J 0 = µ 0 Nᏹ 0 (41)
kT
aux deux atomes, ij désignant l’intégrale d’échange entre les ato-
mes i et j. En fonction de la distance entre atomes D, ij présente un On détermine J en prenant l’intersection des deux courbes don-
caractère oscillant centré sur la valeur nulle (figure 6) et d’une façon nées par (figure 7) :
générale, la valeur de ij décroît vite avec la distance (au moins
pour les éléments 3d), de sorte que l’énergie d’échange ne s’exerce
qu’entre atomes voisins, son signe déterminant la nature de la loi de J ⁄ J0 = ᏸ ( α )
comportement de la substance : positive, ij détermine le compor-
tement ferromagnétique qui nous intéresse ici ; négative, ij déter- kT Be (42)
J ⁄ J 0 = ------------------ α – ---------
mine le comportement antiferromagnétique sur lequel on reviendra ᏹ 0 λ J0 λ J0
(§ 3.4).
2
ᏹ 0 λ J 0 ᏹ 0 ZE
T c = ------------------ = ------------------ (43)
3k 3k
3kT c J s
B mol = λ J s = ------------- ------
ᏹ0 J0
Figure 7 – Détermination de la polarisation spontanée kTc = 1,38 10–23 × 1 043 = 1,44 × 10–20 J,
dans un ferromagnétique ᏹ 0 = 2,2 µB = 2,05 × 10–23 A ⋅ m2, Js(300 K)/J0 = 0,97.
■ à très basse température, le point d’intersection entre les deux kTc = 1,38 10–23 × 1 394 = 1,92 × 10–20 J,
courbes se situe pour des grandes valeurs de α, réalisant J ≈ J0, cela ᏹ 0 = 1,72 µB = 1,60 × 10–23 A ⋅ m2, Js(300 K)/J0 = 0,95.
même en l’absence de champ appliqué : tous les moments s’ali-
gnent spontanément, parallèlement les uns aux autres. On obtient Bmol = 3,42 × 103 T.
Remarques
3.5 Ferrimagnétisme
(0)
Il s’ensuit que les polarisations s’expriment à l’aide de fonctions Dans le cas particulier où on peut négliger les interactions entre
de Langevin (ou de Brillouin) selon atomes d’un sous-réseau (α = β = 0), les températures Tc et θP
s’expriment très simplement :
ᏹ A ( B + w (α J A – J B ) )
J A = µ 0 N A ᏹ A ᏮJ ---------------------------------------------------------- wᏹ Aᏹ B
kT T c = w C A C B = ----------------------- N A N B
(46) 3k
ᏹ B ( B + w (β J B – J A ) ) (47)
J B = µ 0 N B ᏹ B ᏮJ --------------------------------------------------------- w
kT θ P = --------------------------------------------
2 ( 1 ⁄ CA + 1 ⁄ CB )
où NA et NB représentent les nombres d’atomes magnétiques par
unités de volumes pour les réseaux A et B. On obtient une polarisa- C A = µ 0 N Aᏹ A2 ⁄ ( 3k ) et C B = µ 0 N B ᏹ B2 ⁄ ( 3k ) désignent les constan-
tion spontanée Js = |JsA – JsB| dont la valeur est fonction de la tem- tes de Curie des deux sous-réseaux.
pérature. Suivant les valeurs des paramètres λ AA, λ BB, λ AB, NA ᏹA et
NB ᏹ B, une grande diversité de comportements peut être observée
(figure 11), le point essentiel étant l’existence d’une température de
3.6 Anisotropie magnétocristalline
Curie Tc (analogue à la température de Néel pour les antiferroma-
gnétiques) pour laquelle la polarisation spontanée disparaît. Au-
delà de cette température, le matériau adopte un comportement
On aborde avec l’anisotropie magnétocristalline l’étude de diffé-
paramagnétique dont l’asymptote correspond à un comportement
rents effets très importants vis-à-vis de la mise en œuvre des maté-
de Curie-Weiss avec une loi en 1/(T – θ p) où θ p est appelé point de riaux-ordonnés, ferro ou ferrimagnétiques.
Curie asymptotique (indiquée uniquement sur la figure 11a).
On a vu que le comportement des matériaux ferromagnétiques
Enfin, on note dans certains cas (figures 11b et 11f ) l’existence était fondamentalement régi par les interactions d’échange entre
d’une température de compensation Tcomp < Tc pour laquelle la proches voisins qui conduisent à un arrangement des moments
polarisation spontanée disparaît ponctuellement. parallèles les uns aux autres. On constate néanmoins que les
diverses orientations ne sont pas équivalentes en ce sens qu’il est
plus « facile » d’aligner l’aimantation sur certains axes cristallogra-
phiques appelés pour cela axes de facile aimantation que sur
d’autres. Cela est lié à l’organisation cristallographique qui fait que
les propriétés environnementales d’un atome dépendent fortement
de la direction considérée, à la différence de ce que l’on observerait
au sein d’un liquide ou un matériau amorphe.
3.6.1 Cas des systèmes cubiques Limitée à l’ordre 2, la formulation (49) coïncide avec l’expression
de la densité d’énergie magnétocristalline pour les systèmes qua-
dratiques ou rhomboédriques. Limitée au premier terme, (49) coïn-
Les axes du trièdre de référence sont les arêtes du cube décrivant
cide avec la densité d’énergie présentée par les systèmes uniaxes,
la maille. On a
généralement obtenus suite à un recuit effectué sous champ magné-
F k = K 0 + K 1 (α 12α 22 +α 22α 32 + α 32α 12 ) + K 2α 12α 22 α 32 + … (48) tique ou contraintes appliquées. On parle alors d’anisotropie
induite, ces traitements s’appliquant à des matériaux présentant
Si K1 est positif, alors les directions faciles sont les arêtes du une densité d’énergie magnétocristalline intrinsèque très faible
cube – cas du fer –, alors que pour K1 négatif, les directions faciles (Fk < 100 J/m3) tels que alliages FeNi de type Permalloys, ou amor-
sont les grandes diagonales du cube – cas du nickel – (figure 12). phes et nanocristallins doux.
On peut illustrer sur le cas particulier de l’alliage FeSi utilisé dans les De manière générale, on remarque que l’anisotropie magnétocris-
tôles de transformateurs (3 % Si, en masse) la signification concrète de talline est plus marquée dans les systèmes de basse symétrie que
cette énergie : avec K1 = 3,5 × 104 J/m3, on devra fournir pour faire passer dans les systèmes de haute symétrie.
l’aimantation de la direction facile (α 1 = 0) à la grande diagonale du cube
C’est ainsi que dans le cas du cobalt, avec K1 = 53 × 104 J/m3, on
(α 1 = α 2 = α 3 = 1/ 3 ) l’énergie volumique E = K1/ 3 = 1,17 × 104 J/m3.
devra fournir pour faire passer l’aimantation de la direction facile à une
direction difficile l’énergie volumique E = Ku = 53 × 104 J/m3, soit
3.6.2 Cas des systèmes de basse symétrie 45 fois plus que pour le FeSi. Pour parvenir à ce résultat, il a fallu appli-
quer un champ d’excitation dans la direction difficile d’amplitude
Dans le cas de systèmes à plus basse symétrie, (cas du cobalt par Hk = 2 K1/Js = 616 kA/m.
exemple qui cristallise dans le système hexagonal compact), on a un Hk est dénommé champ d’anisotropie.
axe privilégié (figure 13) et le développement s’écrit alors
F k = K 1 sin 2θ + K 2 sin 4θ + … (49)
Il s’ensuit donc que l’amplitude des effets d’anisotropie est en
où θ représente l’angle entre la direction d’aimantation et l’axe prin- premier lieu conditionnée par la catégorie à laquelle appartient
cipal. l’élément concerné (éléments de transition 3d ou 4f) et ensuite
déterminée par la symétrie présentée par le système étudié.
Le terme
0
K 1 <ε 2>, isotrope, est sans intérêt et peut être omis. Avec Cristal uniaxe n =3 n = 10
Cristal cubique n = 10 n = 21
par ailleurs une polarisation Js/J0 = | < ᏹ > | / ᏹ 0 = 1 – <ε 2>/2, on
obtient finalement pour ε petit :
0 2 3
F k = K 1 sin 〈θ 〉 ( J s ⁄ J 0 ) (51) Malheureusement, ce couplage représente souvent une source de
dégradation des propriétés magnétiques, au premier rang
T 0 n desquelles la perméabilité, quand le matériau est soumis à un état
K1 = K1 ( Js ⁄ J0 ) n = 3 (52) de contraintes mécaniques non maîtrisées. Cette situation est fré-
quemment rencontrée lors des opérations d’usinage et de mise en
La formule (52) reste vraie pour les différents types de symétries, forme des matériaux mais aussi lors de l’élaboration, spécialement
avec un exposant fonction de la symétrie et de l’ordre du monôme vis-à-vis des procédés reposant sur la mise en œuvre de trempes
concerné par le coefficient d’anisotropie calculé (tableau 12). ultrarapides, situation d’autant plus pénalisante que les matériaux
La formulation (52) illustre bien le caractère sensible de l’anisotro- élaborés selon ces techniques sont souvent destinés à l’obtention de
pie par rapport à la température et convient parfaitement dans le cas très hautes perméabilités. On procède alors à des recuits destinés à
du fer. Telle quelle, (52) ne peut cependant rendre compte du chan- relaxer les contraintes, procédures d’autant plus efficaces qu’elles
gement de signe observé par exemple sur l’évolution du coefficient s’appliquent à des matériaux présentant un couplage magnétomé-
d’anisotropie du nickel ou du cobalt : on doit alors prendre en canique aussi faible que possible. À ces conditions, on peut attein-
compte les effets associés à la dilatation thermique. Le modèle phé- dre des niveaux de perméabilités relatives de l’ordre de 106.
noménologique des paires, développé initialement par Van Vleck,
permet d’introduire ces effets et de rendre correctement compte du
changement de signe observé sur l’anisotropie (figure 15). 3.7.1 Présentation générale
∆l (0)
----- = --- λ 100 α 1β 1 + α 2β 2 + α 3β 3 – ---
3 2 2 2 2 2 2 1
l 2 3 (58)
+ 3 λ 111 ( α 1 α 2 β 1 β 2 + α 2 α 3 β 2 β 3 + α 3 α 1 β 3 β 1 )
Tableau 13 – Propriétés de magnétostriction de quelques
alliages de l’électrotechnique [9]
2B 1 2B
λ 100 = – --------------------------------
- λ 111 = – ------------
-
3 ( C 11 – C 12 ) 3C 44 Alliage 106 100 106 111 106 0
3.7.3 Effet d’une contrainte sur l’aimantation Suivant le signe de σ, la direction [1 0 0] est donc direction
d’un cristal d’aimantation facile (λ100 σ > 0) ou difficile (λ100 σ < 0). L’application
de contraintes entraîne ainsi l’apparition d’une anisotropie dont
l’effet s’ajoute à l’anisotropie d’origine magnétocristalline.
Nous venons de décrire la déformation en fonction de la direction Exemple : on peut évaluer l’amplitude de cet effet en raisonnant
d’aimantation du cristal libre de se déformer. Le matériau expéri- par exemple sur le cas du fer. Pour une contrainte de traction
mente souvent des situations où il est placé sous contraintes méca-
tot
σ = 108 N ⋅ m–2 de l’ordre de la moitié de la limite élastique, on obtient
niques σ ij. La déformation totale εij se décompose alors en une pour une aimantation selon [1 0 0] une densité d’énergie Fme + F1 < 0
me
contribution d’origine magnétostrictive εij donnée par (57) et une et de valeur absolue égale à 3 600 J/m3, correspondant donc à
el
déformation d’origine élastique εij donnée par : l’accroissement d’énergie pour passer de l’aimantation suivant [1 0 0] à
une direction perpendiculaire. Cette valeur n’est pas négligeable devant
C les 11 700 J/m3 correspondant à l’énergie d’origine magnétocristalline
el 1 12
ε ii = ------------------------ σ ii – --------------------------------------------------------------
- ( σ 11 + σ 22 + σ 33 ) pour passer de la direction facile [1 0 0] à la direction difficile [1 1 1] et
C 11 – C 12 ( C 11 – C 12 ) ( C 11 + 2C 12 ) indique que la recherche d’une perméabilité convenable passe par un
(60)
el 1 bon contrôle des contraintes appliquées.
et ε ij = --------- σ ij
C 44
Cas particulier des matériaux isotropes
En exprimant les déformations en fonction des constantes de
magnétostriction d’une part, et des contraintes élastiques d’autre En posant comme précédemment λ100 = λ111 = λ0, on obtient
part, on obtient finalement : avec (62) l’expression très simple
2
2 2 2 F me + F 1 = – 3 ⁄ 2 λ 0 σ cos θ (64)
F me + F 1 = – 3 ⁄ 2 λ 100 ( σ 11 α 1 + σ 22 α 2 + σ 33 α 3 )
(61)
– 3 λ 111 ( σ 12 α 1 α 2 + σ 23 α 2 α 3 + σ 31 α 3 α 1 ) où θ désigne l’angle entre la direction de la contrainte appliquée
et la direction d’aimantation. (64) définit un terme d’anisotropie
uniaxiale.
Pour une contrainte de compression ou d’élongation d’amplitude
σ et de cosinus directeurs γ i, (61) s’écrit :
Les notions et effets décrits dans ce paragraphe 3 sont analy-
2 2
F me + F 1 = – 3 ⁄ 2 λ 100 σ ( α 1 γ 1 + α 2 γ 2 + α 3 γ 3 )
2 2 2 2 sés à une échelle inférieure à celle du cristal, supposé uniformé-
(62) ment aimanté. À une échelle plus large dite mésoscopique, on
– 3 λ 111 σ ( α 1 α 2 γ 1 γ 2 + α 2 α 3 γ 2 γ 3 + α 3 α 1 γ 3 γ 1 ) observe la subdivision en domaines de Weiss, qui conduit à redé-
finir la notion de polarisation. À une échelle encore élargie, dite
macroscopique, on doit également considérer la nature polycris-
On peut particulariser encore en considérant le cas d’une traction
talline du matériau, à l’échelle duquel les notions d’isotropie ou
dirigée selon une arête (par exemple, [1 0 0], soit γ 1 = 1, γ 2 = γ 3 = 0).
d’anisotropie n’ont plus rien à voir avec les notions présentées au
On obtient alors avec (62) : niveau du cristal.
C’est en [D 2 081] que les propriétés des matériaux magnéti-
2
F me + F 1 = – 3 ⁄ 2 λ 100 σα 1 (63) ques à ces différentes échelles seront étudiées.
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