Chapitre 2 :
La typologie des crédits destinés aux
entreprises et les risques associés au crédit
bancaire.
Introduction:
Le crédit bancaire est un instrument financier essential dans notre monde contemporain, offrant
aux particuliers et aux entreprises la possibilité de concrétiser leurs projets, de répondre à leurs
besoins en liquidités et de favoriser la croissance économique.
Les banques se spécialisent principalement dans l'octroi de crédits, sous diverses formes, que ce
soit pour soutenir les entreprises, financer des projets d'investissement, permettre l'achat d'un
logement, ou répondre à des besoins personnels. Cependant, cette activité expose les institutions
bancaires au risque de crédit, lequel se manifeste par la possibilité de subir des pertes en cas de
défaut de paiement ou de dégradation de la solvabilité de l'emprunteur. Par conséquent, chaque
banque doit adopter une stratégie de gestion des risques qui soit en adéquation avec la nature de
ses opérations.
Dans ce chapitre, nous visons à clarifier les principes fondamentaux du crédit bancaire et à
démontrer son rôle indispensable dans le système financier. Nous nous attacherons à détailler les
différentes formes de crédit que les institutions financières mettent à disposition de leurs clients,
tout en identifiant les risques liés à ces activités financières.
Section 1 : La typologie des crédits destinés aux entreprises :
I. Définition d’un crédit bancaire :
Le crédit bancaire peut être compris comme un arrangement dans lequel un créancier ou prêteur
accorde un certain montant d'argent à un emprunteur ou débiteur, avec l'engagement de le
rembourser à une date fixée. Dans le secteur bancaire, le crédit désigne une opération où une
banque met des fonds à disposition de ses clients, qu'ils soient des particuliers ou des entreprises.
En contrepartie, l'emprunteur s'engage à rembourser le capital emprunté dans un délai déterminé,
en réglant des intérêts ou autres frais au créancier.
1. L’objectif de crédit:
Le crédit bancaire pour les entreprises a pour objectif de fournir des financements afin de
soutenir leurs projets et investissements, tout en permettant aux banques de réaliser des bénéfices
à travers les intérêts et les commissions. Ce type de crédit joue un rôle important dans la
stimulation de la croissance économique de plusieurs manières :
Financement des investissements : Les entreprises peuvent utiliser le crédit pour financer
de nouveaux projets, améliorer leur productivité et ainsi favoriser la croissance économique,
réduire le chômage et créer de nouveaux emplois.
Gestion de la trésorerie : Le crédit bancaire aide les entreprises à gérer leur trésorerie, à
financer leurs dépenses courantes et à faire face aux imprévus, leur permettant ainsi se
concentrer sur leur développement sans être freinées par des contraintes financières
immédiates .
II. La typologie des crédits destinés aux entreprise :
L’entreprise doit rechercher des solutions de financement pour répondre à ses besoins liés au
cycle d’exploitation, et d’investissement. Dans ce contexte, les banques jouent un rôle essentiel
en tant que partenaires privilégiés pour fournir les fonds nécessaires.
1. Les crédits à court terme :
1.1 Les crédits de trésorerie:
Également appelés prêts non affectés, sont des crédits dits « en blanc ». Cela signifie que
l'emprunteur peut utiliser les fonds à sa discrétion, sans avoir à justifier de l'usage qu'il en fait
auprès de l'établissement financier. Ces crédits à court terme sont particulièrement adaptés pour
financer des besoins ponctuels et imprévus liés à l'activité de l'entreprise.
L'avantage principal de ces crédits est que l'entreprise ne paye des intérêts que pendant la période
où elle utilise réellement les fonds. En revanche, pour un crédit à moyen ou long terme, des
intérêts sont dus dès le déblocage, même si l’entreprise n’utilise pas effectivement les sommes
prêtées.
1.1.1 Classement des crédits de trésorerie selon leur durée :
a) Crédit de courrier : il s'agit d'un prêt à très court terme, d'une durée variant de 24 à 48
heures.
b) Crédit spot : ce crédit s’adresse aux grandes entreprises industrielles qui nécessitent
un financement de trésorerie important pour des durées très courtes, parfois de
quelques heures seulement. Son coût est relativement bas, proche du taux du marché
monétaire (TMM). Il est généralement accordé sous forme de billet de trésorerie émis
par l’entreprise au profit de sa banque.
c) Facilité de caisse : Ce crédit à très court terme conçu pour couvrir les écarts
temporaires entre les encaissements et les décaissements. L’utilisation de ce type de
crédit doit rester limitée à une courte période (quelques jours). Il est essentiel que
l’entreprise et la banque s’assurent que la facilité de caisse ne devienne pas un crédit
de trésorerie permanent et qu’elle ne soit pas utilisée pour financer un déficit de
trésorerie récurrent.
d) Le découvert ou avance en compte courant : ce type de crédit permet à l'entreprise
de disposer de fonds au-delà du solde disponible sur son compte bancaire, afin de
faire face à des besoins temporaires de liquidités. En général, la banque fixe un
plafond (montant maximum autorisé) basé sur plusieurs critères, et parfois un nombre
de jours limite pour le découvert.
e) Le crédit-relais ou crédit de soudure : lorsque l’entreprise attend des fonds
importants (par exemple, d’une vente d’actif, d’un emprunt ou d’une augmentation de
capital), elle peut obtenir un crédit-relais. Ce financement temporaire lui permet de
couvrir ses dépenses en attendant que ces fonds soient disponibles.
1.1.2 Les risques des crédits de trésorerie :
Les crédits de trésorerie sont risqués pour la banque, car ils ne sont pas garantis. C'est pourquoi
la banque demande souvent des garanties supplémentaires, comme une caution, un nantissement
de valeurs mobilières ou de stocks, ou encore un billet à ordre pouvant être escompté par une
autre banque.
Pour l'entreprise, ces crédits peuvent être risqués s'ils sont accordés uniquement verbalement, car
la banque peut les annuler sans préavis. Il est donc préférable d'obtenir une confirmation écrite
de la banque.
1.2 Les crédits de financement des stocks :
C’est un prêt à court terme accordé par une banque pour permettre à une entreprise de financer
l'acquisition ou le renouvellement de ses stocks. En garantie, les banques peuvent demander un
nantissement des stocks, avec ou sans dépossession.
a) Le crédit de campagne : Est un financement destiné aux entreprises dont l'activité
est saisonnière ou cyclique. (Activités agricoles, tourisme, ventes de nature
saisonnières).
Le montant de ces crédits est fixé en fonction du budget de trésorerie de l'entreprise
et de sa situation financière.
Leur durée dépend de la nature de l'activité. Ils doivent être remboursés rapidement,
dès que les fonds sont disponibles.
b) Les avances sur marchandises : Il s'agit de financements temporaires accordés aux
entreprises pour couvrir partiellement le coût de leurs stocks importants Les stocks
peuvent être utilisés comme garantie en faveur de la banque, et sont souvent déposés
soit dans un établissement spécialisé (comme des magasins généraux), soit
directement dans les locaux de l'entreprise.
1.3 Les crédits de mobilisation des créances commerciales : L’escompte des
effets de commerce.
L’escompte bancaire est une technique de financement où une entreprise remet à sa banque un
effet de commerce non encore échoué En échange de l’effet, la banque remet à l'entreprise une
somme équivalente au montant de la créance, après avoir déduit des frais appelés agios, qui
incluent des intérêts et des commissions. Cette somme correspond à la valeur actuelle de la
créance. L'entreprise peut escompter un certain montant d’effets, souvent limité par un plafond
établi par la banque.
Pour la banque, ce type de crédit présente un risque relativement faible, car l'effet est lié à
une opération commerciale, et le règlement par le client (tiré) à l’échéance permettra de
rembourser l’avance. De plus, en cas de non-paiement par le client, la banque peut se
retourner contre l'entreprise, le tireur, grâce au droit cambiaire.
Pour l’entreprise, l’escompte bancaire est une forme de crédit flexible et accessible,
notamment si les clients ont une bonne réputation et solvabilité. Lorsqu'une entreprise peut
obtenir un escompte de règlement au comptant de la part de ses clients, elle doit comparer le
coût de ce règlement avec celui de l’escompte bancaire proposé par la banque.
2. Les crédits à moyen terme :
Le financement est un élément clé pour le développement et la croissance des entreprises. En Tunisie,
diverses solutions de financement sont mises à la disposition des entrepreneurs pour les aider à
concrétiser leurs projets. Parmi celles-ci, le Crédit à Moyen Terme (CMT) se distingue comme un moyen
efficace pour soutenir les investissements.
2.1. Le crédit d’investissement à moyen terme :
Le Crédit à Moyen Terme (CMT) est une solution de financement pour les entreprises en Tunisie, visant à
soutenir la création ou l’expansion de projets professionnels. Il permet de financer le renouvellement des
équipements, l’achat de matériel et d’outils de production, ainsi que l’acquisition de véhicules
professionnels, entre autres.
Par ailleurs, Le crédit accordé peut couvrir jusqu'à 80 % du coût total de l'investissement, avec
une période de remboursement pouvant aller jusqu’à 7 ans.
La BNA propose les CMT suivants :
CMT pour matériel agricole : Financement destiné aux entreprises de commercialisation de
matériel agricole.
CMT pour biens d’équipement d’origine étrangère : Crédit financé par des lignes
étrangères, spécifique à l’acquisition de certains biens d’équipement.
CMT pour la production : Crédit pour financer la vente à crédit de biens d’équipement ou de
services à des investisseurs.
CMT FONAPRA (Fond National de Promotion de l'Artisanat et des Métiers): Soutien
financier pour la création ou l’extension d’activités artisanales et l’emploi des jeunes
diplômés, pour des projets ne dépassant pas 50 000 Dinars.
CMT pour matériel de transport : Crédit destiné à financer l’achat de matériel de transport
essentiel à l’activité de l’entreprise.
3. Les crédits à long terme :
Les crédits à long terme représentent un outil de financement essentiel pour les entreprises
souhaitant investir dans l'extension ou le renouvellement de leurs équipements de production.
3.1 Le crédit d’investissement à long terme :
Ces financements sont particulièrement adaptés aux secteurs industriels, commerciaux et de
services, permettant ainsi aux entreprises de moderniser leurs infrastructures et de renforcer leur
compétitivité à long terme.
En effet, le montant de ce type de crédit peut couvrir jusqu'à 70 % du coût total de
l'investissement. Ce financement est facilité par des lignes de crédits extérieures, proposées à des
conditions particulièrement avantageuses pour les emprunteurs. La durée de remboursement est
étendue sur une période maximale de 12 ans, offrant ainsi une flexibilité importante pour gérer
l'amortissement de l'investissement sur le long terme.
En résumé, les crédits à long terme sont une solution stratégique permettant de soutenir le
développement durable des entreprises, tout en allégeant la pression financière à court terme
grâce à des modalités de remboursement favorables.
Section 2 : La typologie des risques bancaires:
I. Définition d’un risqué bancaire :
Dans le secteur bancaire, le risque représente un défi majeur en raison de sa diversité et de ses
conséquences potentiellement graves sur la stabilité financière des institutions. Un cadre de
gestion du risque rigoureux et bien respecté est donc essentiel pour que les banques puissent
maintenir leur solvabilité et assurer la continuité de leurs opérations face à des imprévus. Le
risque peut être défini comme un danger lié à un événement ou à une série d'événements
susceptibles de se produire, mais dont l'occurrence reste incertaine. Cette définition ne permet
pas de traiter les situations d'incertitude ni de guider la prise de décision face à ces situations.
II. La typologie des risques bancaires:
Les risques bancaires sont nombreux et divers. Pour pouvoir les mesurer, suivre et maîtriser, il
est essentiel de les identifier et de les définir clairement. En général, le risque est lié aux pertes
potentielles dues à des évolutions défavorables. L'évaluation du risque repose donc sur l'analyse
de ces pertes et de leur impact sur les résultats financiers de la banque.
1. Le risque de crédit :
Le risque de crédit, également appelé risque de contrepartie, fait référence à la possibilité qu’un
emprunteur ne puisse pas rembourser un crédit accordé par une institution financière. Ce risque,
considéré comme l’un des plus anciens dans le secteur bancaire, peut résulter d'une mauvaise
évaluation du profil de risque de l'emprunteur. Il prend diverses formes, telles que le risque de
faillite ou le risque de défaut de paiement. En fonction de la qualité de l’emprunteur, le risque de
crédit peut être évalué de différentes manières. Pour les particuliers ou les petites entreprises,
cette évaluation se fait généralement par l’analyse du dossier de crédit et la prise de garanties.
Pour les grandes entreprises, les agences de notation attribuent des notations permettant une
meilleure appréciation du risque. Lorsque l’emprunteur fait défaut, les sommes non remboursées
doivent être déduites du bénéfice de la banque, ce qui peut réduire ses fonds propres et mettre en
péril la continuité de son activité.
2. Le risque de liquidité :
Le risque de liquidité correspond à l'incapacité d'une banque à répondre à ses obligations
financières immédiates en utilisant ses liquidités disponibles. Cela peut se produire lorsqu'une
banque fait face à des demandes imprévues de retrait de fonds de la part de ses clients ou
d’autres institutions financières, et que ses ressources à court terme sont insuffisantes. Ce risque
survient généralement en raison d'un décalage entre les échéances des actifs et des passifs de la
banque.
L'évaluation précise de ce risque est complexe, car les bilans bancaires ne distinguent pas les
actifs et passifs selon leur échéance. Parmi les situations courantes qui peuvent entraîner un
risque de liquidité, on peut citer :
Des retraits massifs de dépôts par les clients,
Une perte de confiance du marché envers la banque,
Une crise de liquidité générale, qui peut résulter de la défaillance d’un emprunteur ou
d’un prêteur bancaire.
En résumé, le risque de liquidité représente la difficulté pour une banque de disposer de fonds
suffisants pour honorer ses obligations financières à court terme en cas de demande imprévue.
3. Les risques de marché :
Les risques de marché sont liés aux variations défavorables des prix des actifs sur les marchés
financiers. Ces risques peuvent se diviser en trois catégories principales:
Risque lié aux taux d'intérêt, qui résulte des fluctuations des taux d'intérêt impactant la
valeur des créances et dettes de la banque.
Risque de change, qui survient lorsqu’il y a une variation défavorable des taux de
change des devises dans lesquelles la banque détient des créances ou des obligations.
Risque lié aux actions, qui découle de la baisse des cours des actions présentes dans le
portefeuille de la banque.
Ainsi, les risques de marché se manifestent à travers les pertes possibles dues aux changements
dans la valeur des actifs financiers, ce qui peut affecter la performance de la banque.
4. Le risque de taux d'intérêt :
Le risque de taux d'intérêt concerne l'impact des fluctuations des taux sur la performance
financière des banques. Ce risque est crucial pour les établissements financiers, car une grande
partie de leurs actifs et passifs génère des revenus ou des charges sensibles aux variations des
taux du marché. L'instabilité des taux affecte directement la rentabilité des banques. Ce risque
touche également tous les acteurs économiques, qu'ils soient créanciers ou débiteurs. Les
prêteurs ayant des taux variables peuvent voir leurs revenus diminuer si les taux baissent, tandis
que les emprunteurs sous taux variable peuvent être confrontés à une augmentation de leurs
paiements lorsque les taux augmentent. Ainsi, bien que ce risque puisse entraîner des pertes, il
peut également offrir des opportunités de gains en fonction des évolutions des taux.
5. Le risque opérationnel :
Le risque opérationnel fait référence aux pertes financières causées par des défaillances dans les
processus internes, les personnes, les systèmes ou des événements extérieurs. Il inclut des erreurs
humaines, des problèmes de système ou de procédure, ainsi que des événements externes comme
des pannes d'équipement, des risques liés à la technologie, ou encore des facteurs
environnementaux et climatiques.
Ce risque se traduit par des interruptions des opérations normales de la banque, pouvant entraîner
des pertes ou une baisse de la performance de l'institution.
6. Le risque de change :
Le risque de change désigne la possibilité de subir des pertes financières dues aux fluctuations
des taux de change entre une devise étrangère et la monnaie nationale. Lorsque la valeur d’une
devise étrangère varie par rapport à la devise locale, cela peut affecter les transactions
internationales, comme les achats ou ventes à l'étranger, les investissements ou les prêts libellés
dans une autre monnaie. En d’autres termes, si la valeur de la devise étrangère augmente ou
diminue de manière imprévisible, cela peut entraîner des pertes pour les entreprises ou les
banques exposées à ces fluctuations.
7. Le risque de réputation :
Le risque de réputation est lié à l'impact négatif sur l'image d'une banque. Lorsque la confiance
des clients et des partenaires est ébranlée, cela peut entraîner une hausse des coûts pour obtenir
des ressources, voire un retrait massif de fonds.
8. Le risque d'insolvabilité:
Le risque d'insolvabilité d'une banque survient lorsqu'une série de risques imprévus se
combinent, mettant en péril sa stabilité financière. Ce phénomène débute souvent par une crise
de liquidité, lorsque la perte de confiance des marchés vis-à-vis de la banque, en raison de pertes
importantes, l'empêche de se refinancer. L'évaluation de ce risque repose sur plusieurs facteurs
clés:
Solidité financière : Elle est mesurée par les fonds propres de l'établissement, qui jouent
un rôle de protection face à des évolutions financières défavorables.
Liquidité des actionnaires : La santé financière des actionnaires est un élément essentiel,
tout comme leur capacité à répondre aux attentes des régulateurs pour s'assurer qu'ils
respectent leurs obligations.
Position de la banque dans le système financier : Les grandes institutions bancaires, de
par leur taille et leur importance, présentent généralement un risque d'insolvabilité plus
faible que les petites banques.
Pour évaluer ce risque, les analystes financiers utilisent fréquemment le ratio de solvabilité.
Section 3 : les méthodes d’évaluation du risque de crédit
Le risque de crédit est l'un des principaux risques pour les banques, car il représente la
probabilité qu'un emprunteur ne soit pas en mesure de rembourser un prêt. L'évaluation de ce
risque consiste à analyser la solvabilité de la contrepartie, tant sur le plan actuel que futur, en
tenant compte de sa capacité à honorer ses obligations financières. Avant d’accorder un crédit,
les prêteurs doivent donc évaluer minutieusement le risque lié à chaque emprunteur, afin de
déterminer les conditions les plus appropriées pour le prêt, telles que le montant, la durée, le taux
d’intérêt. Cette analyse permet de réduire les risques de défaut tout en ajustant les conditions de
financement en fonction du profil de risque de l’emprunteur.
1. L’analyse financière :
L’analyse financière est une méthode de gestion qui vise à offrir une vue d'ensemble sur la
solvabilité d’une entreprise, à évaluer sa rentabilité et ses perspectives, dans le but de faciliter les
décisions d’investissement (analyse boursière) ou l’octroi de crédit.
Elle reste l'une des approches les plus simples et les plus efficaces pour identifier les forces et les
faiblesses d'une entreprise et évaluer les risques pour le créancier, afin de prendre des décisions
éclairées.
L’analyse financière repose sur l'examen des états financiers, qui fournissent des informations
essentielles pour prendre des décisions économiques concernant la situation financière, la
performance et la gestion des liquidités de l’entreprise.
Les états financiers comportent le bilan, l’état de résultat, le tableau de flux de trésorerie. Ces
documents constituent un ensemble indissociable et doivent être consultés ensemble dans le livre
d’inventaire.
a) Le bilan :
Le bilan offre une vision claire de la situation financière de l'entreprise, en mettant
particulièrement l'accent sur les ressources économiques qu'elle contrôle. Il peut être défini
comme un état de synthèse qui, à un moment donné, présente les ressources détenues (actif) et la
structure financière de l'entreprise (capitaux propres et passifs).
Il représente la situation financière de l'entreprise à une date précise, en distinguant l'actif, le
passif et les capitaux propres. Ces éléments sont classés en fonction du degré d'incertitude lié à
leur réalisation ou liquidation potentielle.
b) L'état des résultats :
L'état des résultats est un document comptable de synthèse qui présente des informations clés
pour évaluer la performance financière d'une entreprise. Il permet d'analyser la rentabilité et la
santé financière de l'entreprise. Ce document est utile à la fois pour l'entreprise elle-même et
pour les parties externes intéressées, comme les investisseurs ou les autorités gouvernementales.
Concrètement, l'état des résultats présente les revenus (ventes) et les charges (dépenses) d'une
entreprise sur une période donnée, ainsi que l'écart entre les deux. Grâce à ce document,
l'entreprise peut savoir si elle réalise un bénéfice (lorsque les revenus dépassent les charges) ou
une perte (lorsque les charges excèdent les revenus).
c) L'état des flux de trésorerie :
L'état des flux de trésorerie est un document financier qui présente de manière détaillée
l'évolution de la trésorerie d'une entreprise sur une période donnée. Il répertorie les entrées et les
sorties de fonds, permettant ainsi d'analyser comment l'entreprise génère et utilise ses liquidités.
Ce document est essentiel pour évaluer la capacité de l'entreprise à faire face à ses obligations
financières et à financer ses projets futurs. Il se divise en trois sections principales : les flux liés
aux activités opérationnelles, d'investissement et de financement.
2. L’équilibre financière :
L’évaluation du risque de crédit est primordiale pour les institutions financières, car elle permet
de juger de la solvabilité des emprunteurs et de limiter les risques de pertes.
a) Le fonds de roulement :
Le fonds de roulement (FR) représente la marge de sécurité qu'une entreprise dispose pour
assurer le remboursement de ses dettes à court terme. Le fonds de roulement net indique
l'excédent de capital permanent qu'une entreprise possède par rapport à ses immobilisations
nettes, offrant ainsi une vision claire de la manière dont ces immobilisations sont financées.
Pour le calcul, il existe deux méthodes : Soit par le haut du bilan avec la différence entre les
ressources stables (capitaux propres et dettes à long terme) moins les emplois stables (actif
immobilisé net), soit par le bas du bilan avec la différence entre l’actif circulant d’exploitation et
les dettes à court terme.
FRN = Capitaux propres + Dettes à long terme – Immobilisations nettes
FR = ressources durables – emplois stables
Selon le principe de l'équilibre financier minimal, le fonds de roulement doit être positif, car
l’entreprise doit financer ses investissements à long terme avec des ressources ayant une durée
équivalente. Un fonds de roulement fortement positif indique généralement une gestion prudente
des finances ou une rentabilité élevée.
En revanche, un fonds de roulement négatif signifie que l’entreprise finance une partie de ses
investissements avec des crédits fournisseurs ou des découverts bancaires (crédit à court terme).
Cela peut résulter de choix de financement inappropriés ou de pertes accumulées, et constitue un
risque pour l’équilibre financier de l’entreprise, menaçant sa viabilité à long terme. Le fonds de
roulement est essentiel pour financer le Besoin en Fonds de Roulement (BFR).
b) Le Besoin en Fonds de Roulement :
Le Besoin en Fonds de Roulement (BFR) représente le montant des capitaux nécessaires pour
financer les cycles d’exploitation et hors exploitation de l’entreprise. Il se divise en deux
catégories : le BFR d’exploitation, qui correspond aux fonds requis pour financer l’activité
quotidienne de l’entreprise, et le BFR hors exploitation, qui concerne les besoins liés aux actifs
et passifs non directement liés à l’exploitation. Le BFR d’exploitation découle du décalage entre
les paiements aux fournisseurs et les encaissements des clients, et se calcule comme la différence
entre les actifs d’exploitation et les dettes d’exploitation.
BFR d’exploitation = actif d’exploitation – dettes d’exploitation.
BFR Hors exploitation = Actif hors exploitation – Passif hors exploitation
Si le BFR est positif, cela indique que l’entreprise a un besoin de financement, tandis qu’un BFR
négatif génère des ressources. Un BFR positif survient généralement dans les secteurs où le cycle
de production est long, comme l'industrie, avec des stocks à faible rotation, des créances clients
importantes et des crédits fournisseurs moins élevés que les délais de rotation des stocks.
En revanche, un BFR négatif est typique des entreprises avec une rotation rapide des stocks,
comme celles du secteur de la grande distribution, où les clients paient comptant et les délais de
paiement fournisseurs sont courts.
c) La trésorerie nette :
La trésorerie nette peut être calculée directement à partir du bas du bilan, selon la formule
suivante :
Trésorerie nette = Trésorerie active – Trésorerie passive.
La trésorerie active comprend les liquidités disponibles, tandis que la trésorerie passive inclut les
concours bancaires ainsi que les dettes financières à court terme (inférieures à un an). Il est
important de souligner que la trésorerie figurant dans le bilan représente un instantané à un
moment donné, ce qui la rend très fluctuante en raison de l’enchaînement constant des
encaissements et des paiements.
La trésorerie nette peut aussi être déterminée à partir du haut du bilan, par la différence entre le
fonds de roulement et le besoin en fonds de roulement.
TN = FR – BFR
3. L’analyse par les ratios :
Pour réaliser des comparaisons entre différentes entreprises dans le cadre d’une analyse
financière, ainsi que pour évaluer la performance d’une entreprise au fil du temps, il est essentiel
de s’appuyer sur les ratios de solvabilité. Trois ratios clés permettent d’obtenir une première
évaluation de la solvabilité d'une entreprise : le ratio d’indépendance financière, le ratio
d’endettement et le ratio de solvabilité.
Les ratios financiers, en général, sont des coefficients ou des pourcentages calculés en comparant
deux éléments financiers. Ils se basent sur des données historiques ou actuelles, mais ne donnent
pas d’indication sur l’évolution future de l’entreprise.
Ces ratios offrent des informations sur différents aspects de l'entreprise, tels que sa rentabilité, la
structure de ses coûts, sa productivité, ses liquidités et son équilibre financier.
a) Le ratio d’indépendance financière :
Le ratio d’indépendance financière permet d’évaluer l’autonomie et la capacité
d’autofinancement d’une entreprise en comparant les fonds propres au total des ressources
financières disponibles pour la société. Un ratio supérieur à 50 % indique que la dette est bien
couverte par les fonds propres. Plus ce ratio est élevé, moins l’entreprise est endettée, ce qui
signifie que son niveau d’endettement est faible.
Ratio d’autonomie financière = Capitaux propres / Total du passif
b) Ratio d’endettement :
Ce ratio est un indicateur clé qui permet d’évaluer le niveau d’endettement d’une entreprise et, par
conséquent, son degré de dépendance financière à l'égard des créanciers. En d’autres termes, il mesure le
risque financier de l’entreprise.
Ratio d’endettement = (Dettes à long terme + Dettes à court terme + Provisions) /
Total du passif
ou
Ratio d’endettement = 100 % – Taux d’indépendance financière
c) Les ratios de liquidité :
Les ratios de liquidité sont utilisés pour mesurer la capacité d’une entreprise à honorer ses
obligations à court terme. Parmi ces ratios, on distingue le ratio de liquidité générale, le ratio de
liquidité réduite et le ratio de liquidité immédiate.
Le ratio de liquidité générale : Compare les actifs circulants, à l'exception des créances à
long terme, aux passifs à court terme. Il permet d’évaluer la capacité d’une entreprise à
faire face à ses obligations financières à court terme. Idéalement, ce ratio devrait être
supérieur à 1. Plus il est élevé, plus la liquidité est bonne et plus le fonds de roulement est
positif.
Ratio de liquidité générale = Actifs courants / Passifs courants
Le ratio de liquidité réduite : Est une mesure plus stricte de la liquidité. Il exclut du
current ratio les éléments les moins liquides, comme les stocks, qui représentent un actif
moins rapide à transformer en liquidités. Ce ratio prend en compte uniquement les actifs
plus rapidement réalisables. Idéalement, ce ratio devrait se situer entre 0,7 et 0,9. Plus il
est élevé, plus la liquidité de l'entreprise est importante.
Ratio de liquidité réduite = (Actifs courants – Stocks) / Passifs courants
Le ratio de liquidité immédiate : évalue la capacité de l’entreprise à régler ses dettes à
court terme uniquement avec sa trésorerie disponible, sans tenir compte de l’étalement
des échéances. Idéalement, ce ratio devrait se situer entre 0,10 et 0,25. Plus il est élevé,
plus l'entreprise est en mesure de faire face à ses engagements financiers immédiats.
Ratio de liquidité immédiate = liquidité/ Passifs courants
d) Le ratio de solvabilité :
Le ratio de solvabilité, exprimé en pourcentage, est un indicateur clé de la santé financière d'une
entreprise. Il évalue sa capacité à honorer ses obligations, notamment ses dettes à long terme et le
paiement des intérêts.
Idéalement, ce ratio doit être supérieur à 1. Cependant, un ratio inférieur à un tiers peut indiquer
un risque financier élevé. Il est particulièrement important pour les banquiers, qui comparent ce
ratio avant et après l'octroi d'un crédit.
Ratio de solvabilité = Capitaux propres / Dettes à long terme
e) Les ratios de rentabilité :
Les ratios de rentabilité permettent de mesurer la profitabilité d’une entreprise à différents
niveaux : globalement, au niveau de l’activité, ou encore de l’exploitation.
Le ratio de rentabilité commerciale : Ce ratio évalue le bénéfice que l’entreprise génère
pour chaque dinar de vente.
Ratio de rentabilité commerciale = Bénésfice net / Chiffre d’affaires
Le ratio de rentabilité économique (Return on Investment - ROI) : Il mesure
l'efficacité des capitaux investis dans l’activité de l’entreprise. Le ROI est influencé par la
politique d’endettement de l'entreprise.
Ratio de rentabilité économique = Bénéfice net / Total des actifs
Le ratio de rentabilité financière (Return on Equity - ROE) : Ce ratio mesure la
performance de l’entreprise avant le paiement des intérêts et des impôts. Le ROE indique
le rendement des fonds investis par les actionnaires.
Ratio de rentabilité financière = Résultat net / Capitaux propres
4. La méthode des « 5 C » :
La méthode des « 5 C » est un cadre utilisé par les analystes de crédit pour évaluer le risque
associé à un emprunteur. Elle repose sur l'examen de cinq éléments essentiels, permettant
d’apprécier à la fois les aspects financiers et qualitatifs du risque. Voici les cinq composantes
clés de cette méthode :
Capacity (Capacité) : Elle mesure la capacité de l’emprunteur à honorer ses
engagements financiers en comparant ses dettes et ses flux de trésorerie futurs à ses
revenus et ses dépenses.
Character (Caractère) : Elle évalue la réputation de l’emprunteur, notamment son
historique de paiement et sa volonté de rembourser, en se basant sur sa fiabilité, son
intégrité et sa bonne foi.
Capital (Capital) : Elle analyse la solidité financière de l’entreprise, en se concentrant
sur ses fonds propres et sa capacité à obtenir des financements supplémentaires si
nécessaire.
Collateral (Garanties) : Elle s’intéresse aux actifs que l’emprunteur peut offrir en
garantie pour sécuriser le crédit, ce qui permet de limiter les risques pour le créancier.
Conditions (Conditions) : Elle examine les conditions du marché et les termes du crédit
(taux d'intérêt, durée, modalités de remboursement) pour s’assurer qu’elles ne génèrent
pas un risque excessif et que le créancier peut obtenir une rémunération juste pour le
risque qu’il prend.
En prenant en compte ces cinq éléments, l’analyste de crédit peut avoir une vision complète et
équilibrée du risque lié à un prêt.
5. La méthode LAPP :
La méthode LAPP consiste à analyser quatre critères principaux, en se basant sur plusieurs ratios
et paramètres regroupés sous quatre thèmes majeurs. Elle se concentre principalement sur les
aspects financiers et inclut une analyse financière fondamentale.
Liquidité : On examine les ratios de liquidité générale ou de liquidité réduite).
Activité : L'analyse porte sur les ratios de croissance des ventes, la rotation des actifs et
la part du fonds de roulement.
Rentabilité : L'accent est mis sur l'étude de la rentabilité, c'est-à-dire les marges réalisées
par l'entreprise.
Potentiel : Ce critère, plus qualitatif, évalue le potentiel de l'entreprise en termes de
marché, de stratégie, de management, ainsi que les actifs susceptibles de servir de
garanties explicites ou implicites pour l'opération de crédit.
6. La méthode de la Valeur à Risque (VAR) :
Offre une approche simplifiée pour évaluer les niveaux de risque. Plutôt que de se baser
uniquement sur des statistiques qui peuvent parfois être peu fiables, le VAR adopte une approche
différente. En analysant la perte maximale potentielle, il permet de déterminer le niveau de
risque associé à une période donnée et un seuil de confiance spécifique. Autrement dit, le VAR
donne une estimation de la perte maximale possible sur une période précise, aidant ainsi les
investisseurs à mieux évaluer et gérer les risques.
7. La méthode de scoring:
D'après des économistes, le crédit scoring est défini comme suit :
« Le Crédit Scoring est le processus d’assignation d’une note (ou score) à un emprunteur
potentiel pour estimer la performance future de son prêt » (Flaman, 1997)
« Le Crédit Scoring constitue un ensemble de modèles de décision et les techniques sous-
jacentes qui aident dans la décision d’octroi des crédits de consommation. » (Thomas et al.2002)
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Le scoring bancaire, ou crédit scoring, permet d’évaluer la capacité d’un demandeur de crédit à
obtenir et à rembourser un prêt accordé par une banque ou un établissement financier. Cette
méthode vise à simplifier l’analyse et le traitement des demandes de financement. Concrètement,
le score résulte généralement d’une évaluation composite de plusieurs ratios, souvent présentée
sous forme de fonction. L’objectif principal est d’obtenir une variation significative du résultat
pour les entreprises à risque de défaillance, afin de mieux les distinguer de celles ayant une
bonne santé financière. Les scores attribués permettent ainsi de classer les entreprises, puis de
déterminer la probabilité de leur défaillance. Cette technique de sélection de la clientèle a vu le
jour aux États-Unis dans les années 1950, avant de se développer progressivement en France à
partir des années 1970 et de s'introduire lentement dans les banques tunisiennes.
Avantages et inconvénients de scoring
Avantages:
Grâce au crédit scoring, les banques peuvent prendre rapidement des décisions de prêt en se
basant sur des données quantifiables et des informations chiffrées. Cela permet également
d'avoir une meilleure compréhension de la situation financière de l'emprunteur.
Le crédit scoring standardise le processus d'évaluation des emprunteurs, permettant ainsi aux
banques d'appliquer des critères uniformes à tous les individus.
Inconvénients:
Le score de crédit peut restreindre l'accès au crédit pour les personnes n'ayant pas de dossier
de crédit établi.
Le processus de crédit scoring peut impliquer l'utilisation de variables qui sont illégales ou
moralement discutables, et il nécessite souvent une grande quantité de données.
Conclusion:
Le deuxième chapitre met en lumière l'importance de la gestion du risque de contrepartie dans le
secteur bancaire. Cette gestion repose sur un ensemble de techniques qui visent à minimiser
autant que possible la survenance de ces risques. La prévention des risques est considérée
comme la méthode la plus efficace, car il est souvent plus simple et moins coûteux d'éviter un
problème à l'avance que de devoir gérer ses conséquences une fois qu'il s'est produit.