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Psychométrie du CVLT en français

L'étude examine la valeur psychométrique de l'adaptation française du California Verbal Learning Test (CVLT) à travers des analyses de fidélité et de validité, impliquant 309 sujets normaux et des patients ayant subi un traumatisme cranio-encéphalique. Les résultats montrent une bonne fidélité et une validité soutenue par des corrélations significatives avec d'autres tests, bien que des différences entre les versions anglaise et française soient notées. L'adaptation est recommandée pour les cliniciens et chercheurs francophones en raison de son support psychométrique.

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Psychométrie du CVLT en français

L'étude examine la valeur psychométrique de l'adaptation française du California Verbal Learning Test (CVLT) à travers des analyses de fidélité et de validité, impliquant 309 sujets normaux et des patients ayant subi un traumatisme cranio-encéphalique. Les résultats montrent une bonne fidélité et une validité soutenue par des corrélations significatives avec d'autres tests, bien que des différences entre les versions anglaise et française soient notées. L'adaptation est recommandée pour les cliniciens et chercheurs francophones en raison de son support psychométrique.

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Revue Québécoise de Psychologie, vol.

20, n° 1, 1999

ANALYSES PSYCHOMÉTRIQUES DE L’ADAPTATION


FRANÇAISE DU CALIFORNIA VERBAL LEARNING TEST
(CVLT)

Pierre NOLIN1
Université du Québec à Trois-Rivières

Résumé

Le California Verbal Learning Test (CVLT) est un instrument neuropsychologique issu


des modèles de la psychologie cognitive qui produit un portrait dynamique de l’apprentissage
verbal. Le but de la présente recherche est d’étudier la valeur psychométrique de l’adaptation
française du CVLT. Les données recueillies auprès de 309 sujets normaux âgés de 17 à 90
ans, de 25 patients ayant subi un traumatisme cranio-encéphalique (TCE) et de 22 sujets
bilingues ont permis d’apporter un soutien à cette forme du CVLT. La fidélité de la version
française est démontrée à l’aide de trois analyses de consistance interne. Les indices de
fidélité sont 0,93, 0,82 et 0,83. La validité de la version française est supportée par une
analyse factorielle démontrant qu’il s’agit d’un outil qui couvre six construits théoriques de
l’apprentissage, tel que souhaité lors de sa construction. La validité concomitante est
appuyée par de fortes corrélations entre les résultats du CVLT français et ceux du WMS-R.
Par ailleurs, les résultats démontrent également la capacité de cet instrument de détecter de
façon significative les déficits de la mémoire chez une population de sujets TCE. Enfin, des
corrélations significatives et une absence de différences sont obtenues entre les rendements
donnés dans la majorité des variables des versions anglaise et française du CVLT. Toutefois,
le nombre total de mots, le score de progression et le score de regroupements sémantiques
soulignent des différences entre les deux formes. Il semble donc prématuré de conclure en
leur équivalence. L’utilisation de l’adaptation du CVLT est néanmoins proposée aux
chercheurs et aux cliniciens qui travaillent en langue française en raison du support
psychométrique apporté par la présente étude et des biais possibles liés à la langue avec une
simple traduction mot à mot de la version anglaise.

Mots clés : CVLT, California Verbal Learning Test, mémoire, apprentissage, fidélité,
validité, traduction française, test

La capacité d’apprendre et de mémoriser du matériel nouveau est


reconnue comme déficitaire dans la majorité des pathologies
neurologiques, psychiatriques et lors du vieillissement normal (Kapur,
1989). Malgré l’importance des troubles de mémoire et d’apprentissage sur

1. Pour information : Pierre Nolin, Département de psychologie, Groupe de recherche en


développement de l’enfant et de la famille, Université du Québec à Trois-Rivières,
C.P. 500, Trois-Rivières (Québec), G9A 5H7. Téléphone : (819) 376-5085, poste 3544.
Courriel : [email protected]

43
le plan clinique, peu d’instruments de mesure permettent d’évaluer les
multiples facettes du fonctionnement mnésique et de décrire des patrons
propres à diverses pathologies sur la base des notions de la psychologie
cognitive.

Le Test d’apprentissage verbal de Californie (California Verbal


Learning Test, CVLT) a été développé par Delis, Kramer, Kaplan et Ober
(1987) afin de répondre à ces besoins. Plusieurs paramètres peuvent être
calculés à partir des réponses du sujet : 1) les totaux de chaque essai de
rappel et de reconnaissance, 2) les stratégies d’encodage sémantique et
sériel, 3) les effets de position des mots, 4) le taux d’apprentissage au
cours des essais, 5) le degré de vulnérabilité à l’interférence proactive et
rétroactive, 6) la rétention de matériel après un délai court et un délai long,
7) l’augmentation du rappel provenant des indices de catégorisation et de
la reconnaissance, 8) le nombre de fausses reconnaissances et 9) les
indices de dysfonctionnement cérébral tels que le nombre de
persévérations et d’intrusions. Ainsi, à l’aide d’aspects variés, le CVLT met
en lumière les composantes qualitatives et quantitatives de
l’apprentissage.

À l’aide du CVLT, des études supportent l’idée que l’évaluation


clinique peut être améliorée de façon considérable lorsque les tests sont
développés pour évaluer des construits issus de la psychologie cognitive.
Dans cette optique, Delis, Freeland, Kramer et Kaplan (1988) démontrent,
par une analyse factorielle faite avec 286 sujets normaux et 113 cas
neurologiques, que l’apprentissage verbal est composé de plusieurs
facteurs différents et indépendants plutôt que de n’être lié qu’à un facteur
unique, tel qu’on le rapportait antérieurement dans les études cliniques.
Ces facteurs sont les stratégies d’apprentissage, le taux d’acquisition,
l’effet de position des mots, la discrimination en tâche de reconnaissance
et l’interférence dans l’apprentissage.

Parallèlement, Crosson, Novack, Trenerry et Craig (1989) ont établi


trois catégories de déficits de mémoire verbale à l’aide de la tâche de
reconnaissance et d’autres composantes du CVLT avec 32 patients ayant
subi un traumatisme cranio-encéphalique et 33 sujets normaux. Ils
décrivent des groupes distincts selon des déficits de consolidation,
d’encodage ou de récupération. Kramer et Delis (1991), quant à eux, ont
démontré la validité de construit du CVLT en étudiant la capacité du test à
mesurer la sensibilité à l’interférence proactive et rétroactive. Les travaux
de Merin (1988), réalisés à l’aide d’une forme du CVLT pour enfant,
abondent dans le même sens en regard des construits liés aux
regroupements sémantiques et au rappel immédiat.

La validité concomitante du CVLT est également démontrée par


quelques auteurs. Delis, Cullum, Butters, Cairns et Prifitera (1988) ont
comparé le CVLT au Wechsler Memory Scale-revised (WMS-R) à partir
des résultats de 67 sujets neurologiques et de 24 sujets sains. Plusieurs
corrélations sont retrouvées entre les deux tests et elles suggèrent un haut
degré de convergence entre les deux instruments. De plus, les indices du

44 RQP, 20 (1)
CVLT qui reflètent la vulnérabilité à l’interférence proactive et rétroactive
ainsi que les types d’erreurs de rappel apparaissaient peu reliées aux
variables du WMS-R. Ceci démontre que les types d’erreurs réalisées
dans cette tâche d’apprentissage font appel à des construits qui sont
différents de ceux de la mémoire en soi. De leur côté, Schear et Craft
(1989) ont comparé les indices du CVLT avec des sous-tests sélectionnés
dans le WMS, une version du Selective Reminding Test (SRT) et le
WAIS-R à l’aide de 49 hommes âgés de 24 à 75 ans. Les corrélations
entre le CVLT et le WMS étaient majoritairement significatives. Enfin, les
faibles corrélations entre le WAIS-R et le CVLT suggéraient que le CVLT
ne mesure pas des dimensions de l’intelligence.

La revue des écrits démontre que cet instrument possède aussi une
richesse clinique remarquable. En effet, plusieurs études ont démontré sa
puissance pour identifier les troubles d’apprentissage et de mémoire chez
diverses populations neurologiques et psychiatriques. Sa capacité à cibler
des nuances cliniques facilitant le diagnostic est aussi démontrée par
certains auteurs (Delis et al., 1987; Kramer, Delis, Blussewicz, Brandt,
Ober et Strauss, 1988; Wolfe, Linn, Babikian et Knoeffel, 1990; Hoff,
Shukla, Aronson et Cook, 1990; Delis, Massman, Butters et Salmon, 1991;
Wilde, Boake et Sherer, 1995; Gage, Burns, Sellers, Roth et Mittenberg,
1995).

Les paragraphes précédents démontrent clairement que le CVLT est


un instrument valide qui repose sur des fondements reconnus de la
psychologie cognitive. C’est un outil d’une grande richesse sur le plan
clinique qui permet de décrire qualitativement et quantitativement le
fonctionnement mnésique des individus normaux tout comme celui des
individus souffrant de diverses pathologies. Plusieurs recherches ont
démontré également sa capacité à raffiner le diagnostic
neuropsychologique. Face à cet état de faits, il apparaît donc souhaitable
de fournir cet outil aux cliniciens et aux chercheurs qui travaillent en langue
française. La présente étude vise donc à présenter les résultats des
analyses psychométriques effectuées sur l’adaptation française du CVLT
1
faite par Nolin (1994) .

Les indices de fidélité sont obtenus par le biais de trois analyses de


consistance interne (méthode de split-half comparant les essais
pair/impair, les totaux de deux moitiés indépendantes de la liste et les
items pairs/impairs).

Les indices de validité, pour leur part, sont obtenus par une analyse
factorielle faite avec différentes variables du CVLT (validité de construit),
par des corrélations réalisées entre les scores du CVLT et ceux du WMS-
R (validité concomitante) et par une comparaison des résultats de sujets

1. Nous remercions les éditeurs de nous avoir autorisé à utiliser la version française du
CVLT. « CVLT » et « California Verbal Learning Test » sont des marques déposées de
The Psychological Corporation.

45
ayant subi un traumatisme cranio-encéphalique (TCE) à ceux de sujets
témoins (validité clinique).
Enfin, l’équivalence des formes anglaise et française du CVLT est
étudiée en comparant le rendement de sujets bilingues aux deux formes
du test.

MÉTHODE

Instrument

Une adaptation de l’épreuve a été réalisée en se basant sur les


principes utilisés lors de la construction originale (Delis et al., 1987). Plutôt
que de ne faire qu’une simple traduction des mots qui composent les deux
listes du test, il a été jugé préférable de modifier l’ensemble du matériel.
Les tables de fréquence de mots en langue française de Vikis-Freiberg
(1974) et de Beaudot (1989) ont été utilisées pour sélectionner des mots
de fréquences variables mais comparables entre les deux listes. La lecture
du tableau 1 permet de dégager une distribution relativement comparable
pour les mots sélectionnés selon les deux sources de référence. Toutefois,
les items 6, 12, 13 et 14 échappent à cette règle. Néanmoins, il n’a pas été
possible de sélectionner d’autres mots, car ils étaient soit manquants dans
l’une ou l’autre référence ou encore l’ensemble des items disponibles dans
l’une des catégories ciblées avait été retenu pour construire les deux listes
de mots. Les tests t démontrent globalement une équivalence des deux
listes de mots selon les tables de fréquence de Vikis-Freiberg (t(30) =
-0,06, p > 0,05) et de Beaudot (t(30) = -0,09, p > 0,05). Les résultats de
Giroux (1982) ont permis de vérifier le niveau de typicalité de chacun de
ces mots dans la langue française dans le but de répondre au critère de
regroupement sémantique nécessaire à l’analyse de la tâche
d’apprentissage. Encore ici, un test t démontre la correspondance entre les
deux listes en regard de la typicalité sémantique (t(30) = 0,32, p > 0,05).
Les mots et les catégories utilisés dans cette adaptation sont donc
différents de ceux de l’épreuve originale, mais apparaissent mieux adaptés
à la réalité de la langue française au Québec. Par ailleurs, ils répondent
aux caractéristiques de la version anglaise en ce qui a trait à l’étendue des
fréquences et du type catégoriel.

Sujets normaux et TCE

L’expérimentation a été réalisée à l’aide de 309 adultes dont les âges


vont de 17 à 90 ans avec une moyenne de 50,8 ans et un écart type de
19,9 ans. L’échantillon se compose de 149 femmes (48%) et de 160
hommes (52 %) qui sont tous caucasiens. Il s’agit de sujets qui ont
participé sur une base volontaire à ce projet de recherche et qui ont été
recrutés au Québec, dans la région de Montréal et de Trois-Rivières. Il
s’agit de personnes neurologiquement et psychologiquement saines, tel
que reflété par les résultats donnés à l’épreuve de dépistage de démence

46 RQP, 20 (1)
Tableau 1 Fréquence et typicalité des items des listes A et B du CVLT en
langue française

Fréquence Typicalité
Vikis-Freiberg Beaudot
Liste A Liste B Liste A Liste B Liste A Liste B
Item 1 3 27 4 7 3,521 2,033
Item 2 30 32 6 2 1,990 1,865
Item 3 17 4 42 1 2,326 2,448
Item 4 22 10 7 25 1,740 1,842
Item 5 2 3 4 1 3,271 2,219
Item 6 5 73 3 8 2,946 3,872
Item 7 4 3 12 2 2,167 2,875
Item 8 9 15 3 2 1,828 2,768
Item 9 1 1 1 6 3,280 3,391
Item 10 11 12 4 3 1,771 2,115
Item 11 2 2 2 4 3,217 3,125
Item 12 87 20 17 3 4,253 2,053
Item 13 1 106 2 42 3,045 1,479
Item 14 104 1 4 2 3,698 3,558
Item 15 3 5 9 8 2,128 4,449
Item 16 205 245 150 166 1,589 1,531

de Stirling Meyer (1988). Le tableau 2 présente la distribution des sujets


selon le groupe d’âge, le genre et le niveau de scolarité. Un effort
particulier a été fait afin de rendre la distribution la plus homogène
possible, mais le caractère volontaire de la participation à ce projet n’a pas
permis de répondre pleinement à cet objectif. Outre pour quelques
cellules, il apparaît néanmoins intéressant de souligner que les sous-
groupes sont bien représentés. Par ailleurs, il est aussi important de
mentionner que l’absence de sujets dans les deux cellules extrêmes est
représentative de la réalité actuelle au Québec, soit qu’il est peu fréquent
de rencontrer des sujets jeunes ayant une scolarité inférieure à huit ans,
tout comme il est peu fréquent de rencontrer des individus âgés de plus de
85 ans qui sont très scolarisés. Dans l’ensemble, la distribution des sujets
est jugée acceptable pour répondre aux critères des analyses
psychométriques.

47
Tableau 2 Distribution des sujets normaux selon le groupe d’âge, le sexe et
le niveau de scolarité (n = 309)

Groupe d’âge
16-39 40-59 60-69 70-79 80-90
H F H F H F H F H F
Scolarité
7 ans et moins -- -- 5 3 14 14 4 10 -- 6
8-12 ans 36 6 11 21 10 16 12 13 2 2
13 ans et plus 29 31 16 15 15 5 6 7 -- --

Un second groupe de sujets a été évalué dans le but d’étudier


spécifiquement la capacité du test à discriminer la pathologie par rapport à
la normalité. Ainsi, 25 patients ayant subi un TCE sévère ont été évalués à
l’aide de l’adaptation du CVLT. Il s’agit d’un groupe d’hommes dont la
moyenne d’âge est de 27,3 ans avec un écart type de 6,6 ans. La scolarité
moyenne de ce groupe est de 11.9 ans (écart type : 1,8 an). Ils ont subi un
trauma à la tête lors d’un accident de la route. La durée moyenne de
temps avant l’éveil complet est de 22,2 jours avec un écart type de 22,0
jours. Le diagnostic a été émis par un neurochirurgien et, pour la majorité,
appuyé par une scanographie cérébrale. Ils ont participé volontairement à
ce projet à la suite de leur recrutement au Centre de Réadaptation InterVal
de Trois-Rivières. Le temps moyen écoulé depuis l’accident est de 2,9 ans
avec un écart type de 19 mois. Le rendement des sujets du groupe TCE a
été comparé à celui de 50 sujets normaux du groupe précédent. Les
moyennes d’âge et de scolarité de ce groupe sont respectivement de 26,9
ans (écart type : 5,9 ans) et de 12,0 ans (écart type : 1,9 an). Ces deux
groupes sont homogènes en regard de l’âge (t(73) = -1,14, p > 0,05) et du
niveau de scolarité (t(73) = 0,00, p > 0,05). Tous les sujets sont de genre
masculin. Cet appariement des groupes permet ainsi une comparaison du
rendement mnésique.

Procédure pour les sujets normaux et TCE

L’adaptation française du CVLT a été administrée à tous les sujets de


façon individuelle selon les normes de la forme originale. Il s’agit de deux
listes d’items de magasinage regroupés en quatre catégories. La liste A
(liste du lundi) est composée de quatre mots de chacune des catégories
suivantes : des fruits, des fleurs, des poissons et des vêtements. Les items
sont placés de façon à ce qu’il n’y ait pas deux mots de la même catégorie
qui se suivent. La passation débute en évaluant l’habileté d’un individu à
rappeler la première liste de 16 mots au cours de cinq répétitions. À
chaque essai, la liste A est lue au sujet. Celui-ci doit rapporter le plus de
mots possible en rappel libre. Le nombre de bonnes réponses, le nombre
de persévérations (items répétés) et le nombre d’intrusions (items ne
faisant pas partie de la liste) sont calculés à chacun des essais. Un résultat
de regroupement sémantique est aussi obtenu à chaque essai. Un point

48 RQP, 20 (1)
de regroupement sémantique est attribué à chaque fois qu’un sujet donne
deux mots de façon consécutive qui appartiennent à la même catégorie.
Le nombre maximum de regroupements sémantiques pour un essai est de
12. Un résultat de position sérielle est également obtenu à chacun des
essais. Pour obtenir un point, le sujet doit donner deux mots de façon
consécutive en respectant l’ordre des items dans la liste. Le nombre
maximum de regroupements selon l’ordre est de 15 à chaque essai. Les
cinq essais d’apprentissage permettent également de mesurer la
progression de l’apprentissage en calculant le nombre de mots nouveaux
ajoutés par le sujet d’un essai à l’autre. Il est également possible de
calculer la constance dans le rappel en vérifiant si les mots rappelés sont
les mêmes d’un essai à l’autre. Enfin, les cinq essais d’apprentissage
permettent également de calculer un score de position selon que les sujets
rapportent davantage les mots du début de la liste (effet de primauté) ou
de la fin de la liste (effet de récence).

Immédiatement après les cinq essais d’apprentissage, la liste B (liste


du mardi), servant de matériel interférant, est présentée, puis rappelée par
le sujet. Le nombre de bonnes réponses, de persévérations, d’intrusions,
de regroupements sémantiques et de regroupements selon l’ordre est
aussi calculé pour cette partie du test. Parmi les quatre catégories des
mots de la liste B, deux sont identiques à celles de la liste A (fruits et
fleurs) et deux sont des catégories nouvelles (meubles et légumes). Cette
particularité de la liste B permet de vérifier si les mots sémantiquement
semblables causent davantage d’interférence que les mots appartenant à
des catégories différentes. Immédiatement après le rappel de la liste B, le
sujet doit rapporter le plus de mots possible de la liste A en condition de
rappel immédiat libre. À nouveau, des résultats sont calculés pour les
indices d’apprentissage comme dans les essais précédents. Par ailleurs, il
est possible d’obtenir une mesure de l’interférence proactive en comparant
le premier essai de la liste A à celui de la liste B. Dans la même lignée, il
est possible de vérifier l’interférence rétroactive en comparant le score du
rappel immédiat libre à celui du meilleur apprentissage des cinq essais,
habituellement le cinquième.

Par la suite, l’évaluateur fournit au sujet le nom des catégories des


mots de la liste A pour qu’il exécute le rappel immédiat indicé. Tous les
résultats précédents sont calculés à l’exception des types de
regroupements. La tâche de rappel indicé permet de vérifier la capacité du
sujet à tirer profit de cette aide externe de rappel de l’information. Après un
délai de 20 minutes, au cours duquel aucun test de nature verbale n’est
administré, se fait le rappel différé libre, puis le rappel différé indicé. Les
résultats sont calculés de la même façon que pour les essais précédents.

L’administration du test se termine par la tâche de reconnaissance qui


implique une présentation orale de 44 mots dont les 16 de la liste A et 28
distracteurs. Ces derniers sont regroupés selon cinq catégories : quatre
mots appartiennent à la liste B et sont de mêmes catégories sémantiques
que ceux de la liste A; quatre mots appartiennent à la liste B, mais sont de
catégories différentes de celles de la liste A; quatre mots sont de mêmes

49
catégories que celles de la liste A mais ils n’ont jamais été présentés au
sujet; quatre mots sont phonétiquement semblables à des mots de la liste
A; huit autres mots sont nouveaux et n’ont aucun lien sémantique ou
phonétique avec les mots des deux listes. Le sujet doit indiquer par oui ou
par non si chacun des 44 mots fait partie ou non des mots de la liste A.
Des résultats sont calculés pour le nombre de bonnes reconnaissances, le
nombre de fausses reconnaissances, le biais de réponses et le
pourcentage de discrimination.

Sujets bilingues

L’expérimentation a été réalisée à l’aide de 26 étudiants bilingues


(français/anglais) inscrits au baccalauréat dans un des programmes de
1
l’Université Concordia . Il s’agit de 13 femmes et 13 hommes dont la
moyenne d’âge est de 22,38 ans (écart type : 4,15 ans) et dont le niveau
de scolarité moyen est de 15,58 ans (écart type : 1,77 an). Les sujets
étaient recrutés sur une base volontaire et bénévole.

Procédure pour les sujets bilingues

Tous les sujets ont d’abord été sélectionnés à partir d’une entrevue
téléphonique réalisée à l’aide du questionnaire de bilinguisme tiré du
Bilingual Aphasia Test (Paradis, 1987). Ce questionnaire se divise en deux
parties. La première permet de décrire l’environnement linguistique au
cours de l’enfance. La seconde examine quelles langues ont été utilisées
dans le cheminement scolaire. Tous les sujets de la recherche devaient
parler français et anglais à la maison depuis leur enfance et ils devaient
également utiliser les deux langues à l’école. Le niveau de bilinguisme
était aussi estimé à l'aide des tests de fluence verbale en version anglaise
et française. Un test-t pairé démontre que les sujets peuvent produire un
nombre de mots équivalents dans les deux langues pendant un temps fixé
par l’évaluateur (t(25) = 1,18, p > 0,05). Enfin, le niveau de bilinguisme des
sujets a été estimé à l’aide du test de compréhension de lecture validé par
Herve, Kandyba, Roth et Baribeau (1994), Milovan, Baribeau, Roth et
Achim (1997) et Roth, Kandyba et Baribeau (1993). Ce test se compose
de quatre textes de complexité équivalente, soit deux textes en français et
deux textes en anglais, suivis de questions servant à vérifier la
compréhension des sujets. Tous les sujets conservés pour la recherche
devaient obtenir un score de 80 % et plus à cette épreuve.

À la suite de cette présélection, les sujets étaient rencontrés de façon


individuelle afin de leur administrer les différents tests du protocole. Dans
le but de contrôler l’effet de retest, la présentation du CVLT français et
anglais a été contrebalancée. Les sujets ont ainsi été distribués en deux
groupes, préalablement à l’expérimentation, selon qu’ils avaient à

1. Nous remercions madame Jacinthe Baribeau Ph.D., professeure au Département de


psychologie de l’Université Concordia, pour son soutien et son implication dans la
réalisation de cette étude.

50 RQP, 20 (1)
commencer par la version française ou anglaise du test. L’administration
des deux formes du test se faisait au cours d’une même demi-journée.

51
RÉSULTATS

La section des résultats se compose de trois parties. La première


porte sur les analyses de fidélité. La seconde traite des analyses de
validité. La troisième présente les analyses comparant les résultats des
sujets bilingues aux deux formes du test. La démarche est sensiblement la
même que celle utilisée par les auteurs de la version originale (Delis et al.,
1987), et le lecteur pourra se référer à cette publication afin d’approfondir
la comparaison entre les deux études.

Fidélité

La fidélité de l’adaptation française du CVLT a été vérifiée par trois


analyses de consistance interne. Comme le soulignent Delis et al. (1987),
il faut préalablement mentionner que l’estimation de la consistance interne
d’un test de mémoire pose des problèmes particuliers. En effet, en raison
de la capacité limitée de cette fonction, on observe une interdépendance
entre les items pour un même essai et aussi d’un essai à l’autre. Pour
cette raison, il est jugé préférable d’analyser les scores totaux des essais
plutôt que la réussite des items. Un indice de fidélité peut ainsi refléter la
consistance dans le nombre de mots donnés aux cinq essais
d’apprentissage et il permet aussi une estimation de la capacité de ces
cinq essais à mesurer adéquatement l’habileté de rappel libre.

De façon comparable aux auteurs du test, deux corrélations basées


sur la méthode split-half ont été réalisées en se basant sur une
comparaison des essais pair-impair (Essai 1 + Essai 3 vs Essai 2 + Essai
4; Essai 2 + Essai 4 vs Essai 3 + Essai 5). Ces corrélations sont
respectivement 0,83 et 0,86. La formule de Spearman-Brown appliquée à
la moyenne de ces deux corrélations donne un estimé de fidélité de 0,93
pour les scores totaux obtenus au cours des cinq essais. Rappelons ici
que les deux premières corrélations obtenues par Delis et al. (1987)
étaient 0,84 et 0,82, alors que l’indice de fidélité était de 0,92.

Toujours selon la procédure des auteurs originaux du test, une


seconde analyse de consistance interne a été réalisée à partir des
corrélations entre deux moitiés indépendantes du total de mots donnés.
Chaque moitié contient huit mots (quatre mots pour deux catégories). Les
catégories ont été pairées afin de balancer les scores moyens des deux
moitiés du test : les catégories « poissons » et « fruits » ont formé une
paire et les catégories « vêtements » et « outils » ont formé l’autre paire.
Cette mesure de fidélité indique la consistance du rendement pour des
ensembles différents d’items qui ne sont pas reliés sémantiquement. Cette
corrélation basée sur une méthode split-half a donné un indice de fidélité
de 0,82. Ce résultat était de 0,77 pour la version anglaise.

Enfin, un troisième indice de fidélité a été calculé à partir du score total


obtenu pour les cinq essais pour chacun des 16 items de la liste. L’estimé
de fidélité obtenu à partir des scores totaux pour les items présentés dans
l’ordre pair (items 2, 4, 6, etc.) et les items présentés dans l’ordre impair

52 RQP, 20 (1)
(items 1, 3, 5, etc.) est de 0,83. Ce résultat était de 0,70 pour la version
originale.

Validité

La validité de la version française du CVLT a été estimée à l’aide de


trois méthodes. En premier lieu, la validité de construit est vérifiée par une
analyse factorielle effectuée sur les 19 variables préalablement
sélectionnées par les auteurs originaux. En second lieu, une analyse de
validité concomitante a été réalisée en comparant les scores obtenus à la
version française du CVLT à ceux d’une épreuve de mémoire déjà
reconnue. En troisième lieu, la validité clinique de cet instrument a été
étudiée en comparant le rendement de sujets sains à celui de sujets ayant
un traumatisme cérébral.

Le tableau 3 présente les résultats de l’analyse factorielle après


rotation varimax. De façon comparable à la version anglaise, cette analyse
démontre l’existence de six facteurs indépendants. Ainsi, le CVLT couvre
une variété de construits théoriques plutôt que de n’être le reflet que d’une
composante unique de mémoire. Seulement les variables ayant un poids
de 0,40 et plus ont été conservées pour les fins de l’interprétation. Le
facteur 1 correspond à un facteur général d’apprentissage verbal. Les
sous-tests qui composent le facteur 2, soit le nombre de mots rappelés lors
des rappels libres immédiats et indicés, le nombre de bonnes
reconnaissances et le rapport réalisé entre le rappel libre immédiat et le
cinquième essai de la liste A, pourraient refléter un indice de maintien de
l’information dans le temps, c’est-à-dire la capacité d’emmagasinage en
mémoire à long terme (MLT). Le facteur 3 représenterait les stratégies
d’apprentissage en raison des poids prépondérants obtenus au niveau du
nombre de regroupements sémantiques et de regroupements sériels.
Notons ici que l’utilisation d’une stratégie se fait au détriment de l’autre et
que cela pourrait expliquer l’inversion des signes associés aux poids
factoriels des variables. Le facteur 4 fait appel à l’interférence proactive.
Sur le plan du facteur 5, il est possible de supposer qu’il reflète une
composante de dysfonctionnement dans l’apprentissage, dans la mesure
où il se compose majoritairement du nombre d’intrusions et de
persévérations effectuées au test. Ce facteur pourrait aussi représenter
une capacité de discrimination entre les bonnes et les mauvaises
réponses. Enfin, le facteur 6 représente clairement l’effet de position des
mots selon qu’ils étaient en région de primauté ou de récence.

La comparaison des résultats de la présente analyse factorielle à ceux


obtenus par les auteurs de la version anglaise permet de confirmer un
accord conceptuel pour cinq des six facteurs, soit le facteur reflétant
l’indice général d’apprentissage, la capacité de discrimination, les
stratégies d’apprentissage, l’interférence proactive et l’effet de position des
mots dans la liste. Une différence s’observe en ce qui concerne le facteur

53
Tableau 3 Analyse factorielle portant sur les variables de l’adaptation
française du CVLT

Facteur
1 2 3 4 5 6
Liste A, total 0,94 0,14 0,16 -0,00 0,00 0,01
Liste B 0,63 0,31 0,06 0,33 0,15 -0,06
Rappel immédiat libre (RIL) 0,79 0,44 0,13 0,01 -0,21 0,02
Rappel immédiat indicé 0,83 0,29 0,14 0,11 -0,12 0,08
Rappel différé libre 0,86 0,31 0,10 0,13 -0,09 0,16
Rappel différé indicé 0,85 0,30 0,12 0,22 -0,08 0,13
Ratio de regroupements 0,61 0,05 0,67 0,09 -0,15 -0,03
sémantiques
Ratio de regroupements -0,09 -0,08 -0,84 0,01 -0,00 0,01
sériels
Primauté - pourcentage -0,23 -0,34 -0,25 -0,05 0,08 0,69
Récence – pourcentage -0,26 -0,18 -0,12 0,15 0,18 -0,79
Progression 0,29 -0,33 -0,08 0,54 -0,43 0,11
Constance 0,79 -0,24 0,08 0,20 -0,04 -0,01
Persévérations 0,05 -0,06 -0,20 0,04 0,82 -0,04
Intrusions – rappel libre -0,57 0,04 0,29 0,31 0,26 -0,05
Intrusions – rappel indicé -0,41 0,18 0,32 -0,03 0,65 -0,04
Reconnaissance 0,39 0,46 0,09 0,29 0,03 0,38
Faux positifs -0,68 -0,01 0,06 0,30 0,14 0,04
Liste B vs Liste A – Essai 1 -0,03 -0,03 0,04 -0,85 -0,05 0,15
RIL vs Liste A - Essai 5 -0,27 -0,82 -0,06 0,11 0,13 0,07

qui représente le taux d’acquisition tel qu’obtenu dans la version anglaise


du test. Plus précisément, ce facteur se compose spécifiquement de la
variable « progression », soit la capacité d’ajouter des mots nouveaux d’un
essai à l’autre. Dans la présente analyse, cette variable est liée à
l’interférence proactive et ne permet pas l’identification d’un facteur
spécifique. Sur le plan conceptuel, il est intéressant de remarquer que ces
dernières variables soient reliées statistiquement. En effet, il est probable
que l’interférence proactive soit présente au cours même des cinq essais
et que cette dernière nuise à l’amélioration de la performance entre les
essais. L’inversion des signes pour les poids reliés à la progression et à
l’interférence proactive (B vs essai 1 liste A) est d’ailleurs en faveur de
cette interprétation. Par ailleurs, malgré cette différence entre les deux
analyses, nos résultats, particulièrement le facteur 2, permettent tout de
même d’identifier un indice d’acquisition que nous préférons nommer ici
facteur de maintien de l’information. Dans l’ensemble, il est donc possible

54 RQP, 20 (1)
de conclure que la validité de la version française du CVLT est supportée
par les résultats de l’analyse factorielle.

Le second moyen utilisé pour vérifier la validité de la version française


du CVLT consiste à analyser les corrélations qui existent entre les
variables de ce test et un autre test reconnu pour mesurer la mémoire. Le
tableau 4 présente les corrélations entre les variables du CVLT et celles du
WMS-R. L’analyse de ces données permet de confirmer une validité en
raison du nombre important de corrélations significatives entre les
variables des deux tests. La validité de la version française du CVLT est
également appuyée par le fait que les variables de ce test démontrent des
corrélations plus grandes avec les composantes verbales du WMS-R, ceci
en raison d’un partage de cette composante par opposition aux
composantes non verbales du WMS-R. Ces résultats sont par ailleurs
comparables à ceux obtenus dans les analyses psychométriques de la
version anglaise où l’on démontrait de nombreux liens significatifs entre les
deux mêmes épreuves.

Enfin, la validité de la version française du CVLT est également


vérifiée en analysant sa sensibilité sur le plan diagnostique dans la mesure
où ce test permet de nuancer significativement le rendement d’un groupe
de sujets normaux par rapport à celui d’individus chez qui un
dysfonctionnement mnésique est reconnu. Le tableau 5 présente la
comparaison des moyennes des sujets du groupe TCE et des sujets du
groupe témoin aux variables du CVLT. L’existence de troubles de mémoire
chez les sujets TCE est préalablement confirmée par un score nettement
inférieur à celui des sujets normaux en regard du Quotient général de
mémoire (t(73) = -7,23, p < 0,001) obtenu au WMS-R. Préalablement à
l’interprétation des résultats, une correction de Bonferroni a été effectuée
en raison du grand nombre d’analyses visant la comparaison des
moyennes des deux groupes. Celle-ci porte le niveau acceptable de
signification au seuil de 0,005. À la lecture des données, il est possible de
démontrer la capacité de cette version du CVLT à saisir le
dysfonctionnement mnésique à la lumière d’une différence nettement
significative entre les variables ayant servi à comparer les deux groupes.

Comparaison des formes anglaise et française

Dix variables représentant les principaux construits du CVLT ont été


retenues pour les fins d’analyses statistiques. Ces variables sont
regroupées en quatre catégories. Le premier regroupement reflète
l’apprentissage verbal tel que mesuré par le nombre total de mots donnés
par le sujet au cours des cinq essais, ainsi que par le nombre de mots
donnés lors des rappels immédiat et différé en condition libre. La seconde
catégorie fait appel à la qualité de l’apprentissage. Elle est formée par le
ratio de progression représentant la capacité du sujet à rapporter des mots
supplémentaires d’un essai à l’autre. La constance dans le rappel fait aussi

55
Tableau 4 Corrélations entre les variables de l’adaptation du CVLT et les
variables du WMS-R

Variable WMS-R
QM QM QM
Verbal Non verbal Global
Variable du CVLT
Liste A, total 0,66*** 0,39* 0,63***
Liste B 0,36* 0,34 0,37*
Rappel immédiat libre 0,66*** 0,55** 0,71***
Rappel immédiat indicé 0,65*** 0,59*** 0,69***
Rappel différé libre 0,50** 0,53** 0,57***
Rappel différé indicé 0,69*** 0,64*** 0,74***
Reconnaissance 0,27 0,36 0,28
Regroupements sémantiques 0,56*** 0,29 0,51**
Fausses reconnaissances -0,49** -0,28 -0,46**
Intrusions -0,37* -0,23 -0,36*
Persévérations 0,02 0,08 -0,04

* P < 0,05; ** P < 0,01; *** P < 0,001

Tableau 5 Comparaison des moyennes des sujets du groupe TCE et du


groupe témoin aux variables du CVLT

GR TCE (n=25) GR Témoin (n=50)


Moyenne (écart type) Moyenne (écart type) test-t
Variable du CVLT
Nombre total aux 5 essais 40,9 (7,2) 55,2 (9,0) -6,94***
Liste B 4,8 (1,6) 6,6 (1,8) -4,07***
Rappel immédiat libre 6,2 (3,5) 11,9 (2,5) -8,09***
Rappel immédiat indicé 8,1 (2,5) 12,6 (2,5) -7,40***
Rappel différé libre 6,5 (3,8) 12,6 (2,6) -8,23***
Rappel différé indicé 7,9 (2,8) 12,7 (2,5) -7,54***
Reconnaissances 13,1 (2,7) 15,3 (0,9) -3,96***
Faux positifs 4,2 (3,5) 0,6 (1,6) 4,75***
Nombre de regroupements 13,6 (7,8) 35,1 (15,9) -7,84***
sémantiques
Nombre d’instrusions 10,8 (9,4) 3,1 (4,3) 3,98***

*** P < 0,001

56 RQP, 20 (1)
partie de cette catégorie. Elle représente la capacité du sujet à rappeler les
mêmes mots d’un essai à l’autre. La troisième catégorie couvre les
stratégies d’apprentissage utilisées pour réaliser le test, soit le nombre de
regroupements sémantiques et le nombre de regroupements selon l’ordre
des mots. Enfin, la quatrième catégorie cible la capacité de reconnaître le
matériel mémorisé parmi des distracteurs. Elle est composée du nombre
total de bonnes reconnaissances, du score de discrimination et du biais de
réponse.

Les moyennes et les écarts types obtenus pour chacune des variables
des versions française et anglaise du test sont indiqués au tableau 6. Une
première série d’analyses visait à démontrer les corrélations entre les
mêmes variables des deux formes du CVLT. L’analyse de ces données
démontre qu’il existe des corrélations significatives pour la majorité des
variables. Seul le ratio de progression n’obtient pas de corrélation
significative. Une seconde série d’analyses visait à démontrer
l’équivalence des rendements aux variables des deux formes du test à
l’aide de tests t pairés. Ces résultats indiquent que les sujets se
comportent de façon comparable uniquement pour sept de ces dix
variables. Les résultats obtenus au nombre total de mots, au score de
progression ainsi qu’au score de regroupements sémantiques mettent en
lumière des différences significatives entre les deux formes. Cela suggère
que les sujets mémorisent un plus grand nombre de mots dans la version
française.

Tableau 6 Moyennes, écarts types et corrélations des variables de la


version française et anglaise du CVLT

Catégorie Variable Version Version r test-t


française anglaise pairé
moyenne moyenne
(écart type) (écart type)
Apprentissage Total des mots 63,8 (8,2) 60,3 (8,0) 0,69*** -2,76**
Rappel libre immédiat 12,4 (2,3) 11,8 (2,2) 0,48* -1,19
Rappel libre différé 13,2 (1,9) 12,5 (2,2) 0,39* -1,72
Qualité de Progression 1,3 (0,5) 1,7 (0,5) 0,32 3,26**
l’apprentissage Constance 89,7 (7,6) 89,2 (7,6) 0,66** -0,47
Stratégies Ratio de 2,9 (0,7) 2,3 (0,9) 0,42* -3,49**
regroupements
sémantiques
Ratio de 1,9 (1,3) 2,0 (1,9) 0,53** 0,26
regroupements selon
l’ordre
Reconnaissances Nombre de bonnes 15,0 (1,3) 15,0 (1,2) 0,53** 0,17
reconnaissances
Discrimination 97,5 (2,9) 97,5 (3,0) 0,45* -0,13
Biais de réponse -0,1 (0,2) -00,1 (0,2) 0,62*** 0,14

57
* P < 0,05; ** P < 0,01; *** P < 0,001
Également, ils progressent plus rapidement dans leur rendement d’un
essai à l’autre et ils font davantage appel à la stratégie de regroupements
sémantiques avec la version française du CVLT. Il demeure donc un doute
sur l’équivalence parfaite des deux formes.

DISCUSSION

La présente étude avait pour objectifs d’étudier la fidélité et la validité


de l’adaptation française du CVLT à l’aide des résultats obtenus par 309
sujets normaux, 25 patients ayant subi un TCE sévère et 22 sujets
normaux bilingues.

La fidélité de l’instrument est démontrée de trois façons, soit par la


démonstration d’une bonne consistance interne au cours des cinq essais
d’apprentissage, d’une bonne consistance du rendement selon des
ensembles d’items appartenant à des catégories sémantiques
indépendantes et, enfin, d’une bonne consistance interne mise en
évidence par les corrélations entre les items pairs et les items impairs. Par
ailleurs, les résultats obtenus sont comparables en tous points à ceux
obtenus dans les analyses réalisées sur la version originale anglaise.

La validité de l’instrument est aussi confirmée à l’aide de trois


méthodes. En premier lieu, une analyse factorielle supporte l’idée que le
CVLT permet d’évaluer des sous-composantes de la mémoire. Par
ailleurs, les facteurs obtenus dans la présente recherche sont comparables
à ceux de la version originale, à l’exception du facteur de progression. En
second lieu, des corrélations réalisées entre les variables du CVLT et
celles d’un test de mémoire reconnu, soit le WMS-R, confirment à nouveau
la validité de l’instrument dans la mesure où il s’agit d’un instrument qui
mesure effectivement la mémoire et l’apprentissage verbal. Ces résultats
sont similaires à ceux des auteurs d’origine (Delis et al., 1987). En
troisième lieu, la capacité de l’instrument à identifier clairement un déficit
de la mémoire chez des individus ayant subi un TCE sévère milite
également en faveur de cet outil comme mesure neuropsychologique de la
mémoire et de l’apprentissage.

Malgré la présence de résultats généralement positifs en regard du but


de la présente étude, il apparaît nécessaire de souligner quelques lacunes.
D’abord, on note une distribution non homogène de la population
normative selon le genre et le niveau de scolarité. Puisque ces variables
sont reconnues comme ayant une influence certaine sur l’apprentissage
verbal (Kramer, Delis et Daniel, 1988), il apparaît essentiel de
recommander la prudence dans l’utilisation des données normatives avec
des sujets appartenant aux sous-groupes qui sont peu représentés. Sur le
plan théorique, il apparaît intéressant de s’attarder à la variable de
progression d’un essai à l’autre qui semble se comporter différemment des
autres variables. Contrairement à l’analyse factorielle réalisée par les
concepteurs du test, cette variable se rattache à la variable d’interférence

58 RQP, 20 (1)
proactive dans la présente étude. De plus, il y a absence de corrélation
pour cette variable lorsque l’on compare le rendement de sujets bilingues.
Par ailleurs, la comparaison des versions française et anglaise du CVLT
met en lumière, pour trois variables, des différences significatives entre les
deux formes. Ceci suggère que certains aspects de la version française
seraient plus faciles que ceux de la version anglaise, ou encore que le
niveau de bilinguisme des sujets n’était pas parfait. Il semble donc
prématuré de conclure en l’équivalence des deux formes en ce qui a trait à
ces aspects de l’apprentissage.

Néanmoins, il semble approprié de recommander l’utilisation de


l’adaptation française du CVLT aux chercheurs et aux cliniciens travaillant
en langue française au Québec. Ce choix apparaît pour le moins
préférable à celui d’une simple traduction mot à mot de la forme anglaise
en raison du support psychométrique apporté par la présente recherche,
du biais culturel possible et des nuances propres aux différentes langues.

Abstract

The California Verbal Learning Test (CVLT) is a neuropsychological instrument that was
developed following the cognitive psychology models. This test gives a dynamic analysis of
learning capacities with normal subjects as well as neurological or psychiatic patients. The
goal of the present study was to analyze the psychometric properties of the French translation
of the CVLT. Three hundred and nine normal subjects, age 17 to 90 years old, 25 closed
head injury patients (CHI) and 22 bilingual (French/English) students were evaluated to
reproduce the statistical analysis preformed with the original English version. Three methods
were employed to estimate the internal reliability. The indices of reliability were 0,93, 0,82 and
0,83, respectively. The validity of the translation was supported by a factor analysis showing
that this test measured six independent domains of learning designed to assess. Criterion-
related validity was demonstrated by significant intercorrelations between the French version
of the CVLT and the WMS-R. Furthermore, results indicated that this test can capture the
existence of significant differences between normal and CHI patients. Finally, results yielded
several significant intercorrelations between the French and English versions of the test. This
notwithstanding, significant differences exist between the two forms for : total number of
words, learning slope and semantic cluster ratio. Thus, it may be premature to draw firm
conclusions as to the equivalence of the French and English forms of the CVLT. Researchers
and clinicians working with French speaking populations are, however, encouraged to use the
present translation of the CVLT.

Key words : CVLT, California Verbal Learning Test, memory, learning, reliability, validity,
French translation, test

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