Propriété industrielle/ Séminaire 7
Section 3 :
Les dessins et modèles industriels
Les Dessins et Modèles Industriels présentent un enjeu économique très
important, dans la mesure où la compétitivité entre les entreprises peut avoir
comme terrain de concurrence, l’amélioration du design de ces dessins et de
ces modèles industriels.
Ils représentent de ce fait, l’un des actifs concurrentiels de l’entreprise
innovante et créatrice, vue l’impact de la forme extérieure sur le potentiel des
consommateurs. L’enjeu dans les DMI n’est pas articulé sur l’aspect technique,
mais sur l’aspect esthétique, c’est la raison pour laquelle on les considère
comme des créations ornementales.
PI : Le cadre juridique des DMI
Avant d’examiner les conditions substantielles et formelles exigées par le droit
de la propriété industrielle, un petit aperçu sur l’évolution de la réglementation
et sur la question du cumul de protection s’impose à notre étude.
A-Evolution de la réglementation et cumul de protection
Les DMI sont traités dans la loi 17.97 dans les articles 104 à 132. La loi 23.13
vient rajouter quatre articles au dispositif déjà existant, ce qui a augmenté le
nombre de dispositions juridiques.
En outre, la loi 23.13 a procédé à une large révision du dispositif légal sur les
DMI. Plusieurs articles ont fait l’objet d’amendement ou ont été complété. En
tout seize articles ont été revisités.
Dans le dahir du 23 juin 1916, les dispositions réservées aux DMI ne
dépassaient guère une dizaine d’articles (de l’art 62 à 71). La loi 17.97 avait non
seulement enrichi le dispositif juridique des DMI, mais elle avait procédé à une
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véritable mise à jour des dispositions juridiques à la fois sur le plan quantitatif
et sur le plan qualitatif.
Le droit des DMI présente cette spécificité de bénéficier du principe du cumul
de protection. Ainsi, vue le caractère hybride des DMI et leur nature à la fois
artistique et industrielle, le législateur français les avait soumis dans la loi de
1909, au nom du principe de l’unité de l’art, à la double protection. Ce qui les
fait soumettre à un double régime juridique, à savoir celui relevant du droit
d’auteur, et celui de la propriété industrielle. Ce principe a été maintenu par le
législateur français dans le Code de la Propriété Intellectuelle. De ce fait, les
DMI se trouvent ainsi protégés à la fois par les dispositions du Livre I et par les
dispositions du Livre II.
Dans le droit marocain, le principe du cumul de protection a été repris par le
dahir de 1916 à partir de la loi 1909. La loi 17.97 l’a également consacré dans
son art 123, qui dispose expressément :
« Tout créateur d’un dessin ou modèle industriel ou ses ayants-droit ont le droit
exclusif d’exploiter, vendre ou faire vendre ce dessin ou modèle industriel
conformément aux dispositions de la présente loi, sans préjudice des droits
qu’ils peuvent tenir d’autres dispositions légales et notamment de la législation
relative à la protection des œuvres littéraires et artistiques »
B- Définition et caractéristiques des DMI
Le sens des DMI a été précisé par la loi 17.97 dans l’art 104, qui dispose :
« Au sens de la présente loi, est considéré comme dessin industriel tout
assemblage de lignes ou de couleurs et comme modèle industriel, toute forme
plastique, associé ou non à des lignes ou à des couleurs, pourvu que cet
assemblage ou cette forme donne une apparence spéciale à un produit
industriel ou artisanal et puisse servir de type pour la fabrication d’un produit
industriel ou artisanal »
Cette définition n’a pas subi de modification dans la loi 23.13. Elle permet de
saisir, au sens juridique du terme, les contours de ces deux créations
industrielles à caractère ornemental.
Ainsi, DMI constituent des créations visuelles matérialisées susceptibles de
protection. Mais le dessin se distingue du modèle en ce qu’il suppose une
surface plane (il s’agit d’une forme graphique), alors que le modèle opère dans
l’espace avec un aspect tridimensionnel (il s’agit d’une forme plastique).
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Les caractéristiques que doivent avoir des créations déposées en tant que DMI,
sont déduites à partir de la définition légale. Elles doivent absolument être
satisfaites pour donner lieu à l’enregistrement. La doctrine et la jurisprudence
ont systématisé les exigences légales dans quatre caractéristiques
fondamentales, qui sont respectivement :
a. La nouveauté et l’originalité du dessin ou modèle industriel ;
b. L’extériorité, qui renvoie au caractère apparent ;
c. La matérialité, l’objet doit avoir une forme concrète visible ;
d. L’application industrielle.
1) La nouveauté et l’originalité
Ce critère vient de subir une certaine retouche de la loi 23.13. Dans l’ancienne
version de l’art 105, on liait la nouveauté à la seule question de l’accessibilité
au public (absence de divulgation). Dans la nouvelle version, on introduit en
plus de ce critère, l’appréciation de l’observateur averti (l’homme de métier).
Ainsi, aux termes de l’art 105 :
« Un dessin ou modèle industriel présente un caractère de nouveauté ou une
physionomie propre et nouvelle si l’impression visuelle d’ensemble qu’il suscite
chez l’observateur averti diffère de celle produite par tout dessin ou modèle
rendu accessible au public par une publicité ou tout autre moyen, avant la date
de son dépôt ou, le cas échéant, avant la date de priorité valablement
revendiquée »
On relève au niveau du deuxième alinéa de cet article un changement relatif au
délai de priorité, fixé à l’origine à six mois pour les DMI, il vient de passer à un
an, à l’instar du BI.
La doctrine et la jurisprudence estiment que la création doit traduire
l’empreinte de la personnalité de son auteur et être le fruit d’un effort créatif.
La création ne doit absolument pas être antériorisée. La nouveauté est
appréciée par rapport à l’ensemble, et les antériorités doivent être de toute
pièce. Ces antériorités ne sont pas limitées dans le temps et dans l’espace, mais
elles doivent avoir date certaine.
C’est au défendeur de faire la preuve de l’antériorité, le juge apprécie
souverainement la situation, éventuellement par voie d’expertise.
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2) L’extériorité
Elle s’entend dans le sens du caractère apparent de la création, de sa visibilité
puisqu’on est en face de créations visuelles. Un mécanisme non apparent,
caché dans l’objet créé ne peut prétendre à la protection par le droit des DMI
relevant de la propriété industrielle.
3) La matérialité
Elle vise à garantir la concrétisation matérielle de l’objet créé ; ce critère
renvoie à l’exigence d’une présence matérielle de l’objet et l’interdiction de se
contenter d’une présence simplement théorique.
4) L’application industrielle
Si l’objet n’est pas susceptible d’être fabriqué industriellement parlant, il ne
peut prétendre à la protection du droit de la propriété industrielle.
L’application industrielle suppose la fabrication et l’exploitation commerciale,
ce qui relève du domaine du droit des affaires. L’application industrielle est
prise dans un sens large qui englobe l’activité artisanale.
Ces quatre critères constituent des exigences propres aux DMI. Les dessins et
modèles industriels étant des créations industrielles, qui sont d’ordre
esthétique, mais qui risquent de se confondre dans certaines situations, avec
les créations industrielles à caractère technique qui sont protégées par le BI.
Lorsque dans un objet déterminé on trouve un enchevêtrement entre des
éléments esthétiques et des éléments techniques, on se pose alors la question
du droit applicable. L’art 108 vient apporter une réponse à cette question, en
disposant :
« Si un même objet peut être considéré à la fois comme une invention
brevetable et comme un DMI nouveau et si les éléments constitutifs de la
nouveauté du DMI sont inséparables de ceux de l’invention, le dit objet ne peut
être protégé que conformément aux dispositions applicables aux brevets
d’invention »
PII : La titularité des DMI
En principe, le créateur qui a procédé au dépôt est considéré comme le
titulaire. Mais le dépôt peut être fait par d’autres personnes, notamment les
ayants-droit.
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Dans le cas où le dépôt est effectué par quelqu’un d’autre que le créateur, la loi
(art 106) présume alors le premier déposant comme étant le créateur, et ce
jusqu’à preuve du contraire. Il s’agit d’une position de principe qui laisse la
place à des situations particulières.
Il faut mentionner, en premier lieu, le cas relatif aux créations des salariés régi
par l’art 18 en ce qui concerne le BI. Il faut signaler que les dispositions de l’art
18 ont été étendues aux DMI (art 107). Ainsi, lorsque la création a lieu, dans le
cadre d’une mission confiée aux salariés, la création revient de droit à
l’employeur. Une rémunération supplémentaire doit être accordée au salarié
créateur.
En second lieu, la création peut se faire dans le cadre de la collaboration entre
deux ou plusieurs personnes. Dans ce cas la titularité des DMI appartient
collectivement aux collaborateurs ou à leurs ayants-droit en fonction du dépôt
effectué (art 109). Il faut préciser toutefois, que les personnes qui ont prêté
leur concours et ont assisté les cocréateurs ne peuvent pas prétendre à la
titularité, dans la mesure où ils n’ont pas apporté de contribution créatrice.
En troisième lieu, la copropriété des DMI est soumise aux dispositions des
articles 77 à 80 régissant le BI. Le renvoi est fait à travers l’art 110. Il est à
signaler que la cocréation n’est qu’une cause parmi d’autres de la copropriété.
En quatrième lieu, le dépôt frauduleux ou fait en violation d’une obligation
légale ou conventionnelle. L’art 111 vient de transposer les solutions de l’art 19
pour le BI. Ainsi, le titulaire légitime du droit sur les DMI peut exercer en justice
l’action en revendication. En excluant la prescription spéciale en cas de
mauvaise foi du déposant, l’article se limite à une prescription de trois ans à
compter de la date de l’enregistrement.
PIII : L’enregistrement des DMI
Le fait d’être créateur ne confère pas en soi la protection découlant de de la
propriété industrielle. Cette protection se trouve intimement liée au dépôt et à
la protection. L’article 112 s’exprime dans ce sens, en disposant :
« Seuls les DMI régulièrement déposés et enregistrés par l’organisme chargé de
la propriété industrielle bénéficient de la protection accordée par la présente
loi, à compter de la date de leur dépôt »
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A-Les formalités de dépôt
Le dépôt peut être effectué par toute personne physique ou personne morale,
soit personnellement soit par mandataire. La loi 23.13 a introduit dans l’art 114
la possibilité de procéder au dépôt par voie électronique, selon les conditions
et les formalités arrêtées par voie réglementaire. Dans ce cas, la date de dépôt
est celle de la réception par l’OMPIC de la demande en ligne. Le dossier doit
comporter à la date du dépôt :
a) Une demande de dépôt de DMI mentionnant l’objet du DMI et dont le
contenu est fixé par voie réglementaire ;
b) Une reproduction graphique ou photographique en deux exemplaires du
DMI, et l’intitulé des reproductions graphiques ou photographiques qui
s’y rapportent. La reproduction peut être accompagnée d’une brève
description ;
c) La justification des droits exigibles.
A défaut de satisfaction de ces formalités, le dossier ne sera pas recevable. En
outre, un certain nombre de pièces sont à joindre et qui sont fixées par voie
réglementaire. Le dossier de dépôt satisfaisant aux formalités sera inscrit par
ordre chronologique des dépôts au registre national des DMI. Un récépissé
constatant la date de dépôt sera remis au déposant (art 116).
Il est à noter que la loi 23.13 a porté le nombre de DMI pouvant être déposés
dans un même dépôt jusqu’à 100 DMI, à condition qu’ils appartiennent à la
même classe selon la classification internationale (Convention universelle de
Genève 1952). La loi 23.13 a également introduit l’innovation des demandes
divisionnaires (art 114.1) pouvant être opérées après dépôt et avant
enregistrement. La division de la demande d’enregistrement initiale ne peut
porter que sur les DMI couverts par la demande initiale.
B- La gestion de la demande
La gestion de la demande d’enregistrement concerne les situations juridiques
suivantes :
1) La régularisation
Si à la date de dépôt, le dossier ne comporte pas certaines pièces exigées par
voie réglementaire, le déposant ou son mandataire, peut dans un délai de trois
mois à compter de la date de dépôt procéder à la régularisation de son dossier.
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Cette faculté est prévue par l’art 115. Un dossier régularisé va pouvoir
conserver sa date initiale de dépôt.
L’absence de régularisation dans le délai de trois mois met le dossier dans une
situation de retrait.
2) La rectification
Le déposant dispose également d’une faculté de rectification (art 117). Ainsi,
dans les trois mois du dépôt, et sur requête justifiée, il peut demander la
rectification des fautes d’expression ou de transcription ainsi que des erreurs
matérielles relevées dans les pièces et documents déposés, à l’exception des
reproductions graphiques ou photographiques des DMI qui ne peuvent être
modifiés. La demande de rectification doit être présentée par écrit et
comporter l’objet des rectifications.
3) Le retrait
La loi 23.13 vient remédier à la carence qui caractérisait la loi 17.97 concernant
cet aspect. Aujourd’hui, l’art 117-1 permet au titulaire d’une demande
d’enregistrement de DMI, à compter de la date de dépôt et avant la date
d’enregistrement de retirer totalement ou partiellement sa demande par une
déclaration écrite.
Si la demande de retrait est présentée par mandataire, celui-ci doit être muni
d’un pouvoir spécial. En cas d’existence des droits des tiers sur la demande, la
déclaration de retrait n’est recevable que si elle est accompagnée du
consentement écrit des tiers détenteurs des droits. En cas de copropriété,
l’unanimité des copropriétaires est exigée.
Lorsque le retrait est opéré, une mention doit être faite au registre national des
DMI détenu par l’OMPIC.
4) Le rejet
L’examen du dossier par l’Office peut entrainer une décision de rejet de la
demande d’enregistrement lorsque s’avère sa non satisfaction aux conditions
légales (art 118).
Ainsi, le rejet peut être consécutif à une absence de conformité de la demande
déposée avec les exigences spécifiques aux DMI découlant de la définition de
l’art 104.
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Le rejet peut également être consécutif à la violation des conditions de l’art 113
à savoir :
- L’atteinte à l’ordre public et aux bonnes mœurs ;
- La reproduction des effigies, signes, sigles, dénominations, décorations,
emblèmes, monnaies et poinçons officiels de contrôle et de garantie du
Royaume ou des autres pays membres de l’Union de Paris mentionnés
au Paragraphe a) de l’art 135 de la loi 17.97. Sauf autorisation des
autorités compétentes pour leur usage.
C- Les effets de l’enregistrement
La procédure d’enregistrement produit des effets en termes de titularité, de
droits exclusifs, de durée de protection, et de publicité.
1) La décision d’enregistrement
En l’absence de rejet, la demande donnera lieu à une décision
d’enregistrement du DMI, prenant en considération la date de dépôt. Cet
enregistrement qui sera inscrit au registre national des DMI se fera sans
examen préalable au fond (art 119).
L’enregistrement fait bénéficier le déposant d’une simple présomption de
titularité qui ne le met pas à l’abri d’une action en justice pouvant être exercée
contre lui par des tiers. Il ne bénéficie pas donc d’une garantie absolue de la
part de l’’Etat.
L’enregistrement donne lieu à l’établissement d’un Certificat d’enregistrement
du DMI, accompagné de la reproduction graphique ou photographique du DMI,
qui sera remis ou notifié au déposant ou à son mandataire (art 120).
2) La publication
La publication d’un DMI enregistré se fait dans un délai de six mois, à compter
de la date de son enregistrement (art 132). La publication est faite dans le
catalogue officiel des DMI.
Par rapport à la publication, la loi 23.13 a introduit la possibilité pour le
déposant de demander lors du dépôt, l’ajournement de cette publication pour
une durée maximale de 18 mois (art 132, al 2). Cet ajournement doit alors
porter sur l’ensemble des DMI objet de la demande.
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Mais à tout moment durant les 18 mois, le déposant peut requérir la
publication immédiate. Ainsi, en cas d’ajournement de la publication, l’Office
tient confidentiel le dossier de dépôt, et ce jusqu’à expiration de la période
d’ajournement.
En l’absence d’une demande d’ajournement et après publication, toute
personne intéressée peut obtenir, sur demande écrite, une copie du DMI
déposé et enregistré ou de la simple demande (art 121). La personne
intéressée peut également, après publication, se faire délivrer un extrait du
registre national des DMI (art 127).
3) La durée de protection
L’enregistrement d’un DMI confère une protection durant 5 ans, à compter de
la date de dépôt. Cependant, la loi a prévu la possibilité du renouvellement
pour quatre nouvelles périodes consécutives de 5 ans (art 122). Ce qui porte la
durée maximale à 25 ans. Par rapport à la loi 17.97, la loi 23.13 a allongé la
durée de protection, mais sans toutefois tomber dans le travers de la durée
trop longue du dahir de 1916.
Le renouvellement doit être effectué dans les six mois précédant l’expiration de
la durée de validité. Toutefois, après expiration, un délai de grâce de six mois
est accordé au déposant pour procéder au renouvellement. Lorsqu’il est
accordé, le renouvellement court à compter de l’expiration de la durée de
validité de l’enregistrement. Il doit porter sur le DMI tel qu’il figure dans
dernier état au registre national des DMI.
4) Le droit exclusif
L’enregistrement d’un DMI confère à son titulaire un droit exclusif d’exploiter,
de vendre ou de faire vendre ce DMI. Il sera protégé par le droit de propriété
industrielle, notamment par l’action en contrefaçon et par l’action en
concurrence déloyale (art 123). Il bénéficie également de la protection
supplémentaire du droit d’auteur. L’enregistrement lui facilite le
positionnement sur ces différents terrains juridiques.
Le droit exclusif d’exploitation emporte interdiction pour les tiers
d’entreprendre une série d’actes à des fins commerciales ou industrielles (art
124). Il s’agit de : a) la reproduction b) l’importation, l’offre à la vente et la
vente c) la détention du produit aux fins de l’offrir à la vente ou de le vendre.
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Contrairement à la loi 17.97 qui ne prévoyait pas d’exceptions au droit exclusif
du titulaire d’un certificat d’enregistrement, la loi 23.13 a apporté une série
d’exceptions, qui sont citées dans l’art 124-1.
5) La renonciation
L’art 130 prévoit la possibilité de renonciation à la protection pour le titulaire.
Cette renonciation peut être partielle. Elle doit être faite par déclaration écrite,
et elle est inscrite au registre national des DMI.
En cas de copropriété, l’unanimité est exigée. En cas d’existence des droits des
tiers, elle n’est recevable que si elle est accompagnée du consentement des
titulaires des droits inscrits.
6) La nullité
Un DMI enregistré peut encourir la nullité sur demande de toute personne
intéressée, ou du ministère public, lorsque l’enregistrement a été effectué en
violation des conditions légales (art 131).
PIV : La transmission des droits sur les DMI
Le titulaire d’un DMI enregistré peut transmettre, en totalité ou en partie des
droits aux tiers (art 125). Il peut ainsi opérer une cession, un apport en société,
un nantissement ou accorder une licence d’exploitation exclusive ou non
exclusive. Dans ce dernier cas, le licencié reste tenu par les termes du contrat
de licence.
Les actes passés sur un DMI enregistré doivent être constatés par écrit, sous
peine de nullité. Pour être opposables aux tiers, ils doivent faire l’objet d’une
inscription au registre national des DMI, sur demande de l’une des parties. Les
formalités à remplir et les pièces à joindre aux demandes d’inscription sont
fixées par voie réglementaire (art 126).
La saisie d’un DMI est effectuée en vertu d’une ordonnance du président du
tribunal statuant en référé et notifié au titulaire et à l’Office. A peine de nullité
de la saisie, le créancier doit se pourvoir dans les 15 jours devant le tribunal, en
validité de la saisie aux fins de la mise en vente (art 128).
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PV : Le droit international des DMI
Il est nécessaire de distinguer dans ce cadre entre les conventions générales et
les conventions spécifiques, ainsi que les conventions communautaires.
A-Les conventions générales
On peut citer à cet égard les conventions suivantes :
-La Convention d’Union de Paris du 20 mars 1883 ;
-La Convention d’Union de Berne du 9 septembre 1886
Dite pour la protection des œuvres littéraires et artistiques, et qui repose sur
trois principes fondamentaux :
Le traitement de l’étranger unioniste assimilé au national ;
L’indépendance des droits ;
La protection automatique.
Le texte initial de 1886 ne citait pas les DMI dans la liste, non limitative, des
œuvres littéraires et artistiques. Il a fallu attendre l’acte de Berlin de 1908, et
l’acte de Bruxelles de 1948 pour que sa protection fut rendue obligatoire. La
convention prévoit que les pays de l’Union ont la possibilité de les protéger en
tant que droit de propriété industrielle, en les subordonnant au principe de la
réciprocité.
-La Convention Universelle de Genève du 6 septembre 1952.
Cette convention universelle fut conclue sous l’égide de l’UNESCO.
Dans les rapports entre pays liés par les deux conventions (Berne + Genève),
seule s’applique la convention de Berne. De plus, il est interdit à un Etat
membre de la convention de Berne de quitter celle-ci au profit de la convention
de Genève, dont les dispositions sont moins contraignantes.
La structure de la convention universelle de Genève est proche de celle de
Berne avec quelques nuances. Les règles uniformes sont moins nombreuses et
moins protectrices des intérêts des auteurs. Il s’agit de la reconnaissance de
droits fondamentaux qui assurent la protection des intérêts patrimoniaux de
l’auteur. Mais, il n’existe dans la convention de Genève aucune disposition
générale relative au droit moral.
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-L’Accord ADPIC de Marrakech du 15 avril 1994
L’accord prévoit un certain nombre d’orientations devant guider la
réglementation des Etats en la matière sur les DMI protégés, et ceux qui
peuvent être exclus sur la base de considérations techniques ou fonctionnelles.
L’accord s’intéresse également aux DMI en matière de mode, et il prévoit une
durée de protection minimale de dix ans.
B- Conventions spécifiques
-L’Arrangement de Lahaye du 6 novembre 1925
Cet accord qui organise un enregistrement international des DMI a été révisé
en 1960 et en 1999 à Genève. L’accord a été approuvé par le dahir du 13 mars
2013.
Ce dépôt international est effectué auprès de l’OMPI à Genève, il dispense de
procéder à des dépôts multiples dans les Etats signataires de l’Arrangement. Le
déposant est considéré jusqu’à preuve du contraire, comme propriétaire de
l’œuvre. Mais le dépôt n’entraine pas l’application d’un régime unique dans
tous les Etats intéressés, le droit national s’applique dans chaque Etat aux
créations ayant fait l’objet de ce dépôt international.
C- Le droit communautaire
-Le Règlement communautaire du 12 décembre 2001
Ce règlement a créé un régime communautaire de protection des DMI protégés
sur tout le territoire de l’UE. Les conditions de fond sont empruntées à la
directive du 13 octobre 1998 sur la protection des DMI.
Les demandes d’enregistrement sont reçues par l’OHMI (Alicante). Quant à la
procédure, elle est détaillée dans le Règlement du 21 octobre 2002.
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