Propriété industrielle/ Séminaire 9
PIII : Les conditions de validité de la marque
L’acquisition de la propriété d’une marque ne doit pas simplement satisfaire à
des conditions substantielles de validité, mais elle doit satisfaire également à
des conditions formelles de validité, en termes de titularité, de régularité de
dépôt, d’absence d’opposition et d’aboutissement de la procédure
d’enregistrement.
A-La titularité de la marque
Pour fabriquer ses produits, un industriel n’est nullement tenu d’apposer sur
eux une marque de fabrique. De même un commerçant n’est pas du tout obligé
d’apposer une marque sur ses marchandises ou ses services. L’usage d’une
marque est une faculté laissée à l’appréciation des opérateurs économiques en
fonction de l’utilité et de la nécessité d’avoir recours à cette marque (art 139).
Contrairement au dahir de 1916 qui reconnait les marques d’usage, la loi 17.97
lie obligatoirement la propriété de la marque à son seul enregistrement (art
140). Cette position est exprimée sans ambages dans la loi 17.97 et constitue
une innovation. Elle est réaffirmée par l’art 143 qui va dans le même sens
lorsqu’il affirme :
« Seules les marques régulièrement déposées et enregistrées par l’organisme
chargé de la propriété industrielle bénéficient de la protection accordée par la
présente loi à compter de la date de leur dépôt »
La titularité de la marque résultant de l’enregistrement peut être individuelle
ou collective (art 139). Ainsi, la marque peut être acquise en copropriété (art
140). Dans ce cas l’art 141 renvoie tout simplement aux dispositions des
articles 77 à 80 organisant la copropriété en matière de BI.
Sur un autre plan, les marques collectives et les marques collectives de
certification constituent une autre application des marques qui ne sont pas
détenues à titre individuel. Ces deux catégories bénéficient d’un régime
juridique spécial, aménagé à part dans les dispositions des articles 166 à 175.
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La loi 17.97 reconnait au propriétaire légitime d’une marque, la possibilité
d’exercer une action judiciaire en revendication, lorsque la demande
d’enregistrement a été faite soit en fraude, soit en violation d’une obligation
légale ou conventionnelle (art 142). Cette action en revendication se prescrit
par trois ans, à compter de la date d’enregistrement, sauf cas de dépôt
frauduleux.
B- La procédure de dépôt
La protection juridique de la marque est liée à la régularité de son dépôt et de
son enregistrement, l’art 143 est bien formel à cet égard. Il est toutefois
nécessaire de préciser que la nature du produit ou du service auquel la marque
est destinée ne peut en aucun cas faire obstacle au dépôt et à la validité de
cette marque (art 138).
Le dépôt d’une marque au nom d’une personne physique ou d’une personne
morale peut être effectuée personnellement ou par voie de mandataire. La loi
23.13 permet de le faire par voie électronique, conformément aux conditions
et formalités fixées par voie réglementaire. Dans ce cas la date de dépôt sera
celle de la réception de la demande par l’OMPIC.
1) Le dossier de dépôt
La procédure de dépôt est organisée par l’art 144 et le dossier doit
obligatoirement comporter :
a- Une demande d’enregistrement, mentionnant l’énumération claire et
complète des produits et services demandés à l’enregistrement,
conformément à la classification internationale de l’Arrangement de Nice
du 15 juin 1957 ;
b- Deux reproductions du modèle de la marque en noir et blanc ;
c- Deux reproductions en couleur, en cas de revendication de couleurs ;
d- La justification des droits exigibles.
Le dossier manquant de ces documents ne pourra pas être réceptionné. Il est à
noter, qu’il y a un certain nombre de pièces à joindre au dossier, dont la
carence peut être couverte par la faculté de régularisation. Le dépôt va être
suivi par la remise immédiate d’un récépissé soit au déposant soit à son
mandataire. Un dossier complet donnera lieu à l’inscription de la demande au
registre national des marques (art 144).
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2) La faculté de régularisation
Elle est initialement prévue dans la loi 17.97 (art 145). La loi 23.13 a complété
cet article sur certains aspects. La non régularisation entraine un retrait de
facto. Le dossier qui se trouve régularisé va garder sa date initiale de dépôt.
3) La faculté de rectification
Prévue par l’art 147, elle permet de demander la rectification des fautes
d’expression ou de transcription, ainsi que des erreurs matérielles. La demande
doit être présentée par écrit dans les trois mois de dépôt et contenir le texte
des rectifications proposées. Pour être autorisée, la rectification doit être
acceptée par le directeur.
4) La faculté de division
Il s’agit d’une innovation introduite par la loi 23.13 (art 146-1). Après le dépôt
et avant l’enregistrement, le déposant peut diviser sa demande initiale à
condition de s’acquitter des droits exigibles.
La division de la demande initiale ne peut porter que sur la liste des produits et
services couverts par la demande initiale. Les demandes divisionnaires ne sont
pas recevables en cas d’opposition ou de rejet concernant la demande initiale.
La demande divisionnaire acceptée va bénéficier de la date de dépôt initiale.
S’il s’agit d’un droit de priorité, elle va bénéficier de la date initiale de la
priorité.
5) Le retrait de la demande
Cet aspect qui a été omis dans la version initiale de la loi 17.97 a été rattrapé
par la loi 23.13 dans l’art 147-1. Ainsi, avant l’enregistrement, le titulaire de la
demande ou son mandataire, muni d’un pouvoir spécial, peut présenter une
demande de retrait total ou partiel, et ce par une déclaration écrite.
En cas de droits octroyés à des tiers, la déclaration n’est recevable que si elle
est accompagnée du consentement écrit de ces titulaires. En cas de
copropriété, le consentement de tous les copropriétaires sera exigé. Sur le plan
formel, la mention de la demande retirée sera inscrite sur le registre national
des marques.
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6) La publication de la demande
Une demande qui n’est ni rejetée ni retirée peut faire l’objet d’une publication
dans le catalogue officiel de l’OMPIC (art 148-1).
Après cette publication, toute personne intéressée peut se faire délivrer un
extrait du registre national des marques (art 158).
7) Le rejet de la demande
L’art 148 a été largement révisé par la loi 23.13. Ainsi, le rejet peut être total ou
partiel :
Si la marque ne respecte pas les conditions substantielles de validité de
la marque (articles 133, 134 et 135) ;
Si la marque a fait l’objet d’une opposition reconnue justifiée.
La décision de rejet doit être motivée et notifiée au déposant. Elle doit
également être inscrite au registre national des marques.
C- La procédure d’opposition
L’opposition à une demande d’enregistrement d’une marque n’existait pas
dans la version initiale de la loi 17.97, elle a été introduite par la loi 31.05. Cette
procédure qui est réglementée dans les articles 148-2 à 148-5 a été largement
révisée par la loi 23.13.
Ainsi, suite à la publication de la demande régulière d’enregistrement par
l’OMPIC (art 148-1) l’opposition peut être envisagée. L’art 148-2 fixe le délai
d’opposition et détermine les personnes bénéficiaires. Tandis que l’art 148-3
traite de l’instruction de la procédure d’opposition. Aux termes de cette
instruction, par la suite, l’OMPIC doit statuer par décision motivée. La décision
prise doit être inscrite sur le registre national des marques et fera l’objet d’une
publication. Les recours contre la décision de l’OMPIC relèvent de la Cour
d’Appel de Commerce de Casablanca (art 148-5).
D-L’enregistrement et ses effets
Lorsqu’une demande d’enregistrement n’a pas fait l’objet de rejet, la marque
pourra alors être enregistrée dans le registre national des marques, avec
comme date de validité, la date de dépôt (art 149). L’enregistrement donne
lieu à l’établissement d’un « Certificat d’enregistrement de marque » de
fabrique, de commerce ou de service. Ce certificat est accompagné du modèle
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de la marque enregistrée. Il est remis ou notifié au déposant ou à son
mandataire.
Après l’enregistrement, toute personne intéressée peut suite à sa publication
au catalogue officiel, obtenir sur demande écrite, une copie de la marque (art
151). L’enregistrement a une validité de 10 ans indéfiniment renouvelable. Ce
renouvellement se fait sur demande du déposant ou de son mandataire, après
acquittement des droits exigibles.
Le renouvellement doit être effectué dans les six mois précédent l’expiration de
la durée de validité. Après l’expiration, un délai de grâce de six mois a été
également prévu par la loi. Lorsque le renouvellement a été effectué, il court à
compter de l’expiration de la durée de validité. Il va alors concerner la marque
dans son état lors du dépôt initial, toute extension ou modification étant
prohibée.
PIV : Les droits sur la marque
L’enregistrement de la marque confère à son titulaire une certaine exclusivité
quant à son usage, mais il lui confère aussi un certain nombre de prérogatives
sur ce signe distinctif.
A-L’exclusivité des droits
Le titulaire d’une marque enregistrée dispose d’un droit de propriété sur cette
marque, mais uniquement sur les produits et services qu’il a désigné lors de la
demande de dépôt (art 153). Ce qui lui confère une certaine exclusivité dans
l’usage et l’exploitation commerciale de cette marque.
Par voie de conséquence, en dehors de son autorisation, une série d’actes
illicites, énumérés par les articles 154 et 155 se trouvent interdits aux tiers. En
cas de violation par les tiers, le titulaire peut agir par la voie de l’action en
contrefaçon ou par la voie de l’action en concurrence déloyale.
B- La transmission des droits
Le titulaire d’une demande d’enregistrement ou bien le propriétaire d’une
marque enregistrée ont parfaitement le droit de transmettre aux tiers leurs
droits, soit totalement soit partiellement. Ces droits peuvent faire l’objet de
tout contrat, de cession à titre gratuit ou à titre onéreux, d’apport en société,
dans le cas d’une vente d’un fonds de commerce, ou encore d’une licence
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d’exploitation exclusive ou non exclusive, ou encore être l’objet d’un
nantissement.
La transmission par le titulaire de ses droits à un tiers ne doit pas entrainer une
atteinte aux droits acquis par d’autres tiers, avant la date de transmission.
Sur un autre plan, et sur la base de l’art 230 du DOC, un licencié reste tenu par
les termes de son contrat de licence, il ne doit pas enfreindre les clauses de son
contrat, ce qui permettrait au titulaire de la marque d’invoquer ses droits à son
encontre et de lui intenter une action en justice.
Au niveau formel, tout acte comportant une transmission ou une licence, devra
à peine de nullité, être constaté par écrit. A l’exception des contrats de licence
d’exploitation, tous les autres actes, pour être opposables aux tiers, doivent
faire l’objet d’une inscription au registre national des marques. Tous les actes
affectant la propriété d’une marque enregistrée doivent être inscrits auprès de
l’OMPIC à la demande de l’une des parties à l’acte. De même pour le
changement des coordonnées du titulaire.
Les formalités à remplir et les pièces à joindre sont fixées par voie
réglementaire. Les décisions judiciaires relatives à l’existence, à l’étendue, ou à
l’exercice de droits sur la marque doivent être notifiées à l’OMPIC dans les 15
jours, et ce en vue de leur inscription au registre national des marques.