Propriété industrielle/ Séminaire 10
C- Les mesures aux frontières
Les mesures aux frontières suspendant la mise en libre circulation des
marchandises soupçonnés être de contrefaçon, constituent une nouvelle
procédure introduite par la loi 31.05, comprise dans les articles 176-1 à 176-8.
Ces dispositions ont été révisés par la loi 23.13.
On peut ainsi considérer que l’art 206 qui parle de la retenue en douanes,
prévu à l’origine dans la version initiale de la loi 17.97, se trouve en quelque
sorte abrogé tacitement par la loi 23.13. Cet article avait une autre approche
de la question. Ainsi dans le cadre des mesures aux frontières, l’art 176-1
dispose :
« L’administration des douanes et impôts indirects peut, sur demande du
propriétaire d’une marque enregistrée ou du bénéficiaire d’un droit exclusif
d’exploitation, suspendre la mise en libre circulation des marchandises
importées, exportées ou en transit soupçonnées être des marchandises de
contrefaçon portant des marques identiques ou des marques similaires à ladite
marque qui prêtent à confusion »
La demande ainsi présentée doit être corroborée de certains éléments de
preuve présumant l’atteinte à la marque et fournir également des informations
précises permettant de reconnaitre la marchandise contrefaite.
L’administration des douanes peut demander en outre tout document
nécessaire à l’instruction de la demande, ainsi que tout droit exigible.
Cette demande de suspension est valable pour une période d’un an. Lorsque la
mesure est appliquée par l’administration des douanes, le demandeur, ainsi
que le déclarant en douane ou le détenteur des marchandises sont informés.
La mesure de suspension sera levée de plein droit, à défaut pour le demandeur,
dans le délai de 10 jours à compter de la notification, de justifier auprès de
l’administration des douanes :
- Soit de mesures conservatoires ordonnées par le président du tribunal ;
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- Soit d’avoir intenté une action en justice et d’avoir constitué les garanties
fixées par le tribunal pour couvrir sa responsabilité éventuelle au cas où
la contrefaçon ne serait pas ultérieurement reconnue.
En dehors même de toute demande émanant d’un propriétaire d’une marque,
la loi autorise l’administration des douanes à procéder à la suspension d’office
de la mise en libre circulation des marchandises déterminées par elle comme
étant de contrefaçon (art 176-4). Lorsqu’elle prend une telle mesure, elle se
trouve légalement tenue d’informer le détenteur des droits, mais également le
déclarant ou le détenteur des marchandises. La mesure sera levée de plein
droit, si le détenteur des droits ne justifie pas dans les 10 jours des mesures
conservatoires ou de l’engagement de l’action en justice.
Les marchandises reconnues par la justice être de contrefaçon seront détruites,
et les frais d’entreposage et de destruction seront à la charge du contrefacteur.
La loi précise que la mesure de suspension de mise en libre circulation n’engage
pas la responsabilité de l’administration des douanes, si par la suite les
marchandises ne seraient pas reconnues contrefaites (art 176-6).
Enfin, les modalités d’application de cette procédure sont déterminées par voie
réglementaire. Il faut préciser que cette procédure ne s’applique pas aux
marchandises sans caractère commercial contenues en petites quantités dans
les bagages personnels des voyageurs ou expédiées en petits envois à usage
personnel et privé.
D- La perte des droits sur la marque
Le titulaire d’une marque risque de perdre ses droits, suite soit à une
renonciation, soit à une saisie, soit à une déchéance, soit enfin à cause d’une
annulation de la marque.
1) La renonciation
Lorsque la marque est enregistrée et tout au long de la durée de la protection,
le propriétaire peut à tout moment, par déclaration écrite, exprimer sa
renonciation, pour tout ou partie des produits ou services bénéficiant de la
protection découlant de l’enregistrement.
En cas de copropriété, il faut satisfaire à l’exigence de l’unanimité. Et lorsque
des droits réels sur la marque ont été accordés à des tiers, la demande de
renonciation n’est pas recevable en l’absence du consentement des titulaires
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de ces droits réels. Une fois la renonciation décidée, elle sera inscrite sur le
registre national des marques.
2) La saisie
Cette mesure doit être obtenue par ordonnance du président du tribunal, et
notifiée au titulaire de la marque, aux personnes possédant des droits sur la
marque et à l’OMPIC. Cette notification rend inopposable aux créancier
saisissant toute modification ultérieure des droits attachés à la marque.
La saisie ordonnée par le président du tribunal sera considérée comme nulle, si
dans les 15 jours, le créancier ne se pourvoit pas devant le tribunal, en validité
de la saisie et aux fins de mise en vente de la marque.
3) La déchéance
La déchéance est prévue dans les articles 163 à 165 de la loi 17.97. La
déchéance concerne deux cas de figure. En premier lieu, dans l’art 163, le
titulaire d’une marque peut être exposé à la déchéance, si sans justes motifs :
- Il n’en a pas fait un usage sérieux, pour les produits et services
enregistrés ;
- N’en a pas fait usage pendant une période ininterrompue de 5 ans.
La déchéance est prononcée par la justice, suite à la demande de toute
personne intéressée, et la reprise de l’usage dans les trois mois précédant la
demande ne peut faire obstacle à la décision judiciaire. Dans sa défense, le
propriétaire de la marque peut apporter par tous les moyens la preuve de son
exploitation.
Lorsque la déchéance est prononcée, la décision judiciaire doit être notifiée à
l’OMPIC et inscrite par lui au registre des marques.
Le deuxième cas de figure de la déchéance est abordé par l’art 164, qui prévoit
deux causes :
a) La déchéance d’une marque devenue du fait de son propriétaire la
désignation usuelle dans le commerce du produit ou du service.
b) La déchéance d’une marque propre à induire en erreur, notamment sur
la nature, la qualité ou la provenance géographique du produit ou du
service.
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4) L’annulation
Elle est traitée dans les articles 161, 162 et 165. L’action en vue de l’annulation
est ouverte au ministère public et à toute personne intéressée, en ce qui
concerne la violation des articles 133, 134 et 135 relatives aux exigences
propres à la marque.
Concernant la disponibilité, l’action en nullité est reconnue aux titulaires des
droits mentionnés à l’art 137. Cependant, l’action de ce titulaire n’est pas
recevable, si la marque a été déposée de bonne foi par le tiers, et s’il en a
toléré l’usage pendant 5 ans. Il faut préciser que la décision d’annulation
portant sur une marque a un effet absolu.
L’art 162 réserve une situation particulière au titulaire d’une marque notoire,
qui peut réclamer l’annulation de l’enregistrement d’une marque susceptible
de créer une confusion avec sa marque notoire. La prescription est de 5 ans à
compter de la date d’enregistrement, à moins que celui-ci ait été demandé de
mauvaise foi.
La décision judiciaire prononçant l’annulation doit être notifiée à l’OMPIC et
enregistrée par celui-ci au registre national des marques (art 165).
PV : Les marques collectives et les marques collectives
de certification
La réglementation des marques collectives et des marques collectives de
certification constitue une innovation de la loi 17.97. La réglementation de ces
types de marque a gardé sa version initiale. Ces marques sont traitées dans les
articles 166 à 175.
A-Les marques collectives simples
Une marque est considérée comme collective lorsqu’elle peut être exploitée
par toute personne qui respecte le règlement d’usage établi et déposé par le
titulaire de l’enregistrement. Ce règlement détermine les caractéristiques des
produits pouvant bénéficier de la marque collective, ainsi que les conditions de
son usage. Il s’agit le plus souvent d’une collectivité de producteurs désirant
démarquer ses produits.
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Les marques collectives sont soumises aux mêmes conditions de fond et de
formes que les marques individuelles, en ce qui concerne leur enregistrement
et leur validité. Cependant, elles sont soumises à quelques particularités au
niveau du dépôt. La demande doit préciser qu’il s’agit d’une marque collective
et le dossier doit comprendre également une copie du Règlement d’Usage qui
régit l’emploi de cette marque collective, laquelle copie doit être dûment
certifiée par le déposant.
B- Les marques collectives de certification
La marque collective de certification se présente, en quelque sorte comme une
marque collective labelisée, car elle n’est appliquée qu’au produit ou service
qui présente notamment, quant à sa nature, ses propriétés ou ses qualités, des
caractères précisés dans le Règlement d’Usage.
Ces marques collectives de certification jouent donc une fonction de qualité qui
est garantie pour le consommateur grâce à un système rigoureux d’attribution
et de vérification. Les MCC sont également soumises aux mêmes conditions de
fond et de forme en ce qui concerne la validité de l’enregistrement. Mais elles
sont soumises également à certaines conditions spécifiques.
L’organisme de certification doit déposer un cahier des charges auprès de
l’administration compétente, ainsi que le Règlement d’Usage, qui permet aux
personnes déterminées de faire usage la MCC. Le Règlement d’Usage doit
préciser les caractéristiques communes ou les qualités des produits ou services
que la marque doit désigner et les conditions dans lesquelles la marque peut
être utilisée, ainsi que les personnes autorisées à les utiliser.
La marque collective de certification ne peut être déposée que par une
personne morale, qui ne peut être ni le fabricant, ni l’importateur, ni le
vendeur des produits ou services certifiés (art 171). Il est important que
l’organisme certificateur titulaire de l’enregistrement soit totalement
indépendant des personnes physiques ou des personnes morales bénéficiaires
de l’usage de MCC.
L’organisme certificateur peut être une association professionnelle, un
syndicat, une coopérative ou un établissement public. L’habilitation à la
certification est octroyée pour une durée déterminée qui doit être renouvelée.
Les personnes souhaitant faire usage pour leurs produits ou services d’une
MCC seront soumis à un contrôle a priori et à un contrôle a posteriori.
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Conformément à l’art 173, une MCC ne peut faire l’objet ni de cession, ni de
gage, ni d’aucune mesure d’exécution forcée. Toutefois, l’administration
compétente peut autoriser la transmission de l’enregistrement d’une MCC, si le
bénéficiaire de la transmission se charge du contrôle effectif de l’emploi de la
marque. Cette transmission doit faire l’objet d’une inscription au registre
national des marques.
La nullité de l’enregistrement d’une MCC peut être prononcée sur requête du
ministère public ou à la demande de toute personne intéressée, lorsqu’elle ne
répond pas aux conditions légales (art 175). La décision d’annulation a un effet
absolu.
PVI : Le droit international des marques
A ce niveau il faut distinguer les conventions générales des conventions
spécifiques, ainsi que le droit communautaire.
A-Conventions générales
1) La Convention d’Union de Paris du 20 mars 1883
La CUP a constitué la première convention internationale fixant certaines règles
générales.
2) L’accord ADPIC du 15 avril 1994
L’accord ADPIC a repris certaines règles de la CUP et a arrêté des principes
devant se retrouver dans les législations des Etats signataires. Les marques sont
traitées dans les articles 15 à 21.
B- Les conventions spécifiques
1) L’arrangement de Madrid du 4 avril 1891
Les Etats adhérents à cet Arrangement constituent une union particulière au
sein de l’union de Paris, dans le but d’organiser et de gérer un système
d’enregistrement international des marques. Ce système bénéficie aux
ressortissants des Etats membres.
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2) L’Arrangement de Nice du 15 juin 1957
Les Etats membres forment une union restreinte, dans le but de créer et de
gérer une classification internationale des produits et services pour
l’enregistrement des marques
3) L’Arrangement de Vienne du 12 juin 1973
Il a créé une union particulière pour la classification des éléments figuratifs des
marques, afin de faciliter les recherches d’antériorités.
4) Le Traité de Genève du 27 octobre 1994
L’OMPI avait pris l’initiative d’un nouveau traité en matière de marques (Trade
mark Law Treaty). Le traité ne concerne en définitive que l’harmonisation et la
simplification des procédures administratives d’enregistrement.
C- Le droit communautaire
Le titre communautaire est créé par le Règlement du 20 décembre 1993. Il est
abrogé et codifié par le Règlement du 26 février 2009 sur la marque
communautaire. Celle-ci est administrée par l’OHMI.