Cours Eco Gle Semestre 2
Cours Eco Gle Semestre 2
Semestre 2
1. Les entreprises et la production
Définition de la production, notion de secteur, branche et filière d’activité
Concentration : formes modalités et causes
Mesure de l’efficacité de la combinaison productive (facteurs de production,
fonction de production, coûts et rendements factoriels, rendements
dimensionnels, étude de l’offre, l’équilibre du producteur)
2. Les ménages et la consommation
Définition de la consommation
Fonction de consommation keynésienne : présentation, notions de propensions,
loi psychologique fondamentale
Etude de la demande : déterminants, les élasticités et coefficients budgétaires
Equilibre du consommateur
3. L’Etat et ses interventions
Rôle et fonctions de l’Etat dans les formes d’organisation de l’activité économique
(économie de marché, économie planifiée)
Le budget de l’Etat
Politiques économiques (définition, composantes et types)
4. Les marchés et les prix
Marchés : définition, types et formes
Equilibre du marché : concurrence pure et parfaite et monopole
5. Inflation, chômage, mutations industrielles
Inflation, chômage : définition, formes, causes et politiques de lutte
Mutations industrielles : causes et conséquences
INTRODUCTION GENERALE
L’activité que l’on qualifie généralement d’économique est étroitement liée à la façon dont les
hommes subviennent à leurs besoins. Comment une famille, une tribu, une Nation, un groupe de Nations
produisent-ils et répartissent-ils la nourriture, l’habillement, le logement et tous les autres biens ou
services que désirent leurs membres ? Comment accumulent-ils ou consomment-ils les richesses
matérielles ? Ces pratiques varient énormément suivant les peuples et partout les habitudes économiques
ont considérablement changé au cours des siècles.
Le mot « économie » dérive d’un mot grec « oikonomos » formé à partir de « oikia » (maison) et de
« nomos » (règle). Il signifie donc administration de la maison, du domaine. Le maître de la maison doit
veiller à ce qu’il s’y trouve suffisamment de nourriture, de vêtement, que la maison soit tenue en ordre,
que les tâches y soient bien réparties, les travaux exécutés et que leur produit soit distribué suivant les
besoins ou selon la coutume.
Lorsque le mot « économie » fut employé dans un sens plus large pour désigner l’administration de la
cité-Etat, on lui adjoignit l’adjectif « politique ». L’expression « économie politique » convient au monde
moderne dans lequel le gouvernement joue nécessairement un grand rôle. La pensée moderne qui
s’élabore depuis la Renaissance, le siècle de lumière introduit les nouveaux concepts de science et de
méthodes scientifiques. On commença à parler de sciences économiques. Celle-ci peut être définit comme
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une discipline qui permet d’étudier et de comprendre l’activité économique afin de parvenir à une
satisfaction rationnelle des besoins.
Cette activité économique permet de modeler, de transformer la nature et de mettre ainsi les biens à
la disposition de l’homme pour satisfaire ses besoins. Les biens étant rares face aux besoins toujours
croissants ou illimités, l’Homme est obligé d’avoir un comportement rationnel dans la satisfaction des ces
besoins. La Science économique implique donc nécessairement un choix, une option en faveur des
priorités ; avoir un comportement rationnel, c’est rechercher la plus grande satisfaction possible compte
tenu des moyens dont on dispose.
A- Définition
L’entreprise est une unité économique dont la fonction principale est de produire des biens ou services
s’échangeant habituellement sur un marché, c'est-à-dire destiné à la vente.
En tant que unité économique, l’entreprise dispose d’un patrimoine spécifique et est dotée d’une
personnalité juridique
B- Classification
Plusieurs critères peuvent être retenus pour classifier les entreprises.
1- Le critère juridique
- Les sociétés anonymes (SA). Ce sont des sociétés de capitaux, car les associés ne se connaissent pas
forcément, ils se réunissent généralement en considération de leur capital. Le plus souvent de grande
taille, le capital des SA est divisé en parts sociales appelés actions, lesquelles sont librement cessibles sur
des marchés boursiers. Ce sont des entreprises dotées d’une personnalité juridique ; aussi, la
responsabilité des associés se limite à leurs apports. (SABC, TOTAL, SGBC…)
- Les sociétés en noms collectifs (SNC) ou société de personnes, de taille plus réduite, le capital est
généralement détenue par une famille ; on dit que les associés se réunissent intitue personae. Ce sont des
entreprises non dotées de personnalité juridique ; aussi, la responsabilité des associés est illimitée. (Ets
KAMGA, les boutiques du quartier, les petits salons de coiffures du coin …)
- Les sociétés à responsabilité limitée (SARL). Les associés se connaissent assez souvent mais, ils se
réunissent officiellement en considération de leur capital. Le plus souvent de taille moyenne, le capital des
SARL est divisé en parts sociales cessibles avec le consentement des autres associés. Ce sont des
entreprises dotées d’une personnalité juridique ; aussi, la responsabilité des associés se limite à leurs
apports. On en déduit que ce sont des sociétés hybrides, c'est-à-dire qu’elles ont à la fois les
caractéristiques de sociétés de capitaux et de sociétés de personnes. (SARL AFRIQUE CONSTRUCTION,
- Les sociétés en commandites où il ya séparation entre ceux qui apportent des capitaux (appelés
commanditaires) et ceux qui sont chargé de la gestion de la société (appelés commandités). On distingue :
les sociétés en commandites simples (SCS) qui ont les caractéristiques des sociétés de personnes et
qui sont reconnues par OHADA ;
les sociétés en commandites par action (SCA) qui ont les caractéristiques des sociétés de capitaux et
qui sont excluent par OHADA.
2- Le critère objet de l’entreprise :
- Les sociétés civiles qui poursuivent un but non lucratif. C’est le cas des sociétés défenses des droits
d’auteurs, des syndicats, de défense des minorités,…
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- Les sociétés commerciales qui recherchent des bénéfices monétaires (BICEC, NIKI, COGENIE …)
3- Le critère branche d’activité
- Les entreprises agricoles qu’on regroupe dans le secteur dit primaire (CAPLANI…)
- Les entreprises industrielles qu’on regroupe dans le secteur dit secondaire (les brasseries, les
savonneries, les boulangeries…)
- Les entreprises de services qu’on regroupe dans le secteur dit tertiaire (les entreprises de transport, de
livraison, de construction de routes, de vente en l’état de biens, de transfert d’argent…)
4- Le critère taille de l’entreprise
- Les multinationales (ORANGE, MTN, TOTAL, SGBC…)
- Les grandes entreprises (COGELCAM, EXPRESS EXCHANGE, …)
- Les PME/PMI
Au Cameroun, la classification des entreprises par taille se fonde sur la loi n° 2015/010 du 16 juillet 2015
qui distingue :
- Les Très Petite Entreprise (TPE) : ce sont des entreprises ayant au plus 5 employés et dont le chiffre
d’affaires est de moins de 15 millions de FCFA ;
- Les Petites Entreprises (PE) : Entreprises dont l’effectif des employés est compris entre 6 et 20 et,
ayant un chiffre d’affaires compris entre 15 et 250 millions de FCFA ;
- Les Moyenne Entreprise (ME) : Entreprises dont l’effectif des employés est compris entre 21 et 100 et,
ayant un chiffre d’affaire supérieur à 250 millions et inférieur ou égal à 3 milliards de FCFA ;
- Les Grande Entreprise (GE) : Entreprises dont l’effectif des employés est supérieur à 100 et dont le
chiffre d’affaires est de plus de 3 milliards de FCFA.
5- Le critère d’appartenance des moyens de production :
- Les entreprises publiques, possédées totalement par l’Etat (CAMTEL, CAMPOST…);
- Les entreprises para publiques, possédées en partie par l’Etat et l’actionnariat privée (CAMERCO…)
- Les entreprises privées possédées totalement par l’actionnariat privé (CONGELCAM, AFRILAND
FIRST BANK…)
- Les entreprises coopératives, caractérisées par une répartition des profits selon des critères autre que le
seul apport en capital et par la mise en commun des moyens de production. (coopérative des planteurs du
Noun, CAPLANI…)
a) Les concentrations
On assiste aujourd’hui à la montée des grandes entreprises au détriment des plus petites. Il s’agit des
concentrations ou intégration. Par ce terme, on désigne deux phénomènes :
- Le poids des grandes entreprises dans la production, l’emploie ou les exportations ; on dira par
exemple que le marché de vente du poisson est très concentré au Cameroun, puisque CONGELCAM semble
être seul sur ce marché ;
- Les opérations ayant pour effet d’agrandir les dimensions d’une entreprise. A cet effet, on distingue :
La concentration horizontale : une entreprise prend le contrôle ou se regroupe avec une autre offrant
les mêmes services. Le but est d’obtenir un bon pourcentage des ventes ;
La concentration verticale : une entreprise prend le contrôle ou se regroupe avec une autre offrant les
services complémentaires. Le but est d’obtenir une meilleure maîtrise du cycle de production. C’est le cas
des complexes industriels comme la SOCAPALM qui produit de l’huile à partir des noix provenant de ses
champs.
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La concentration conglomérale ; il ya fusion entre entreprises sans lien économiques apparents. Le but
est de diversifier le risque en diversifiant les entreprises. C’est le cas du groupe FOTSO qui fait dans
l’agriculture, l’industrie, les services…
b) les fusions
C’est un procédé de concentration au cours duquel deux ou plusieurs entreprises se réunissent
volontairement en une seule société. Les fusions se distinguent des offres publiques d’achat (OPA) où une
société est rachetée contre son gré. On distingue 3 types de fusions:
- les fusion-réunion : deux ou plusieurs sociétés disparaissent pour donner naissance à une société
entièrement nouvelle. On parle aussi de trust ;
- les fusions-absorption : une société absorbe d’autres tout en gardant son identité propre.
- les cartels : fusions non définitives entre entreprises pour se partager des parts de marché.
L'entreprise qui apportera le plus de capital sera la soi-disant « société mère », plus autonome ou
autosuffisante, tandis que le reste en dépendra
c) Les causes de concentration ou fusion d’entreprises
- Les progrès technologiques : ils ont rendu possibles une production de masse à des coûts décroissants.
La concentration permet donc de réaliser des économies d’échelle, c'est-à-dire de réduire les coûts de
production unitaire du fait de la production en grande quantité. En effet, la production en masse permet :
De répartir les frais fixes de production sur un plus grand nombre de produit ;
D’obtenir des conditions plus favorables auprès des fournisseurs (délai de livraison plus court, remise
plus importante, prix plus abordable…)
La mise en place des techniques de production plus performantes
- La recherche d’un accroissement du pouvoir de négociation : l’Etat, les fournisseurs, les clients, les
banques ont plus confiances aux grandes entreprises ;
- La résistance face aux crises économiques : les crises mettent plus facilement en faillites les petites
entreprises alors que les grandes ont des capacités de résistance plus élevée.
d) Les inconvénients des concentrations
- Au niveau individuel : les concentrations entrainent souvent des pertes d’emploi, des luttes internes
entre employés pour se maintenir. C’est pourquoi nombre de tentatives de concentrations échouent, sous
l’influence des syndicats d’employés ;
- Au niveau collectif : les concentrations peuvent se traduire par des licenciements massifs qui rompent
l’équilibre national, aggravant le chômage, l’insécurité, la pauvreté,… De plus, les entreprises de grandes
tailles ont tendance à imposer leur choix aux pouvoirs publics qui sont alors fragilisés ; cela entraîne leur
perte de confiance auprès des populations pouvant aller jusqu’aux manifestations dans les rues. Enfin, les
concentrations s’accompagnent du phénomène de délocalisation, c'est-à-dire le fait de démonter une unité de
production dans un pays pour l’implanter dans un autre où les coûts de production sont les plus bas. Le pays
qui subit une délocalisation perd en impôts, en emploi,…
Vocabulaire économique : fusion – trust – concentration verticale – concentration horizontale –
économie d’échelle - concentration conglomérale – délocalisation.
Nous appelons ici producteur un agent économique qui produit et offre des biens ou services sur un
marché dans le but d’obtenir le plus grand profit possible et au moindre coût. Il a donc un comportement
rationnel.
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I— Les facteurs de production
Ce sont des ressources mises en œuvre dans la production de biens et de services. Il s’agit :
- du capital humain (travail)
- du capital physique (les machines)
- du capital financier (l’argent)
- des ressources naturelles (la terre, le soleil)
- de l’entrepreneuriat
- des informations
Nous supposerons que les producteurs dispose de deux facteurs de production, le capital (K) et le travail
(L) et que le facteur capital dépend du facteur travail.
Le calcul économique du producteur consistera à rechercher le niveau de production maximum, celui qui
permet le plus grand profit au moindre coût. Ce niveau optimal est le point de concours entre isoproduit et
isocoût.
I- Les courbes d’isoproduits
a) Généralités et définition
Toutes les combinaisons de K et L offrant le même volume de production Q peuvent être représentées
dans un repère par une courbe appelées isoproduit ou isoquant. Deux isoproduits Q1 et Q2 sont représentées
sur le graphique ci-dessous :
K
Q2
B Q1
L
Les courbes d’isoproduits ont les propriétés suivantes :
- Elles sont convexes, c'est-à-dire tournées vers l’origine :
- Le long de chaque courbe, le taux marginal de substitution entre K et L est constant ; sur le graphique,
le point A et le point B donnent le même volume de production Q1, mais avec des combinaisons de facteurs
de production différentes : L1 et K1 pour A, L2 et K2 pour B.
- Plus une courbe est éloignée de l’origine des axes, plus elle offre un plus grand volume de production.
Sur le graphique, Q2 est plus élevée que Q1 ;
b) Le taux marginal de substitution (TMS)
Lorsqu’on passe du point A au point B, on doit abandonner une certaine quantité du facteur capital (∆°K)
pour pouvoir utiliser une certaine quantité supplémentaire du facteur travail (∆°L). On appelle taux marginal
de substitution du travail au capital, noté TMS K/L la quantité du facteur travail nécessaire pour compenser
l’abandon d’une certaine quantité du facteur capital. TMS K/L = - ∆K/∆L. Le signe - est destiné à rendre
ce rapport positif puisque K et L évoluent en sens inverse. Le TMS est donc toujours positif. Pour de très
petites variations de K et L la formule devient : TMS K/L = -dK/dL
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II- Les courbes d’isocoûts
Si on appelle PL le prix de chaque unité du facteur travail et PK celui de chaque unité du facteur capital,
le budget (B) dont dispose le producteur pour acquérir x unités du facteur L et y unités du facteur K peut
s’écrire : B = xPL + yPK
Cette droite donne l’ensemble des combinaisons des facteurs de production susceptibles d’être acquis
avec le budget. cet ensemble est appelé isocoût. Sur le graphique ci-dessous, la droite AB est un isocoût:
K
Q1 Q2 Q3
L
- Q3 offre un plus grand volume de production, mais le budget du producteur ne suffit pas pour atteindre
ce niveau ;
- Q1 offre une production peu abondante, le budget du producteur lui permet d’aller plus loin ;
- Q2 offre le niveau de production compatible à la fois avec le budget du producteur et le désir de
produire la plus grande quantité possible. C’est le point d’équilibre; à ce niveau, les pentes des deux
courbes sont égales.
La pente de la courbe d’isoproduit est dK/dL et celle d’isocoût est – PL/PK
Au point d’équilibre, on a dK/dL = – PL/PK ou encore – dK/dL = PL/PK
Or nous avons dit plus haut que TMS = – dK/dL
On en déduit qu’au point d’équilibre, on a : TMS = – dK/dL = PL/PK
IV- Le sentier d’expansion
Lorsque le budget augmente au cours du temps tandis que les prix des facteurs restent constants, le
producteur atteint divers points d’équilibre comme le montre le graphique ci-après :
K
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La ligne joignant ces différents points est appelé sentier d’expansion ou isocline ou ligne d’échelle. Le
sentier d’expansion indique donc la mesure selon laquelle s’accroissent les facteurs travail et capital quand le
budget et le volume de production augmentent, donc en fait lorsque l’activité de l’entreprise augmente.
Vocabulaire économique: isoquant – isocoût, sentier d’expansion, droite de budget, TMS, isocline, ligne
d’échelle,
V- Application
EXO 1 :
Une entreprise fabrique un produit P à partir de 2 facteurs de production, le travail L et le capital K.
l’équation de la courbe d’isoproduit de cette entreprise est donnée par la relation K = 1000/L
TAF N°1 :
a) compléter le tableau ci-dessous :
K 20 12,5 6,25
L 10 25 40 100
b) représenter la courbe d’isoproduit ainsi obtenue
c) tracer sur le même graphique la courbe d’isoproduit pour un volume de production de 400 unités ;
TAF N°2. Sachant que sur le marché des facteurs, chaque unité de K coûte 300 F alors que chaque unité
de L est vendue à 120 F
a-) déterminer les quantités d’équilibre du producteur ainsi que le budget correspondant ;
b-) donner l’expression de la courbe d’isocoût et représenter la sur le même graphique que ci-dessus
c-) faire ressortir le point d’équilibre.
Solution : TAF N°1 :
a)
K 100 40 25 20 12,5 10 6,25
L 10 25 40 50 80 100 160
K
TAF N°2 :
a) Courbe d’isoproduit = 1000/L ; droite de budget = B = 300K + 120L
Pente de la courbe isoproduit = dK/dL = (1000/L)’ = - 1000/L²
Pente de la courbe isocoût = -PL/PK = - 120/300 = -0,4
A l’équilibre, - 1000/L² = -0,4 soit L = + ou – 50 ; on retient la racine positive L = 50
On en déduit que K = 1000/50 = 20
Budget d’équilibre = 300*20 + 120*50 = 12 000 F
b) Courbe d’isoproduit = 12 000 = 300K + 120L
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VI- Exercice à domicile
K = 5 000/L PL = 800 F et PK = 200 F
1- Si le producteur souhaite abandonner 30 unités du facteur de K, que faire pour maintenir le même
niveau de production
2- Déterminer algébriquement le point d’équilibre
3- Représenter les courbes d’isoproduit et d’isocoût puis conclure
Solution : point équilibre = 35,35 et 141,42 ; B = 56 564 F
EXO 2 :
Une entreprise utilise deux facteurs de production capital et travail. Le confinement imposé par la
pandémie du covic 19 a conduit à la mise en chômage technique d’une partie des employés de l’usine. Les
gestionnaires de l’entreprise souhaitent accroitre le facteur capital pour compenser la diminution du facteur
travail. Le prix de chaque unité de facteur travail est de 240 F tandis celui de chaque unité de facteur capital
est de 3 000 F. Plusieurs hypothèses de combinaison de facteurs de production sont à l‘étude conformément
au tableau suivant :
L K TMS = -
Δ° K / Δ° L
800 25
500 40
hypothèse 1 :
400 50
200 100
40 500
1 200 25
750 40
hypothèse 2
500 60
150 200
50 600
1 000 40
800 50
hypothèse 3
500 80
200 200
50 800
TAF:
1- Compléter le tableau ;
2- Déterminer le point d’équilibre ainsi que le budget adéquat ;
3- En déduire l’expression de l’équation du budget ;
4- Dans un même repère, représenter les trois hypothèses ainsi que la droite de budget ; faire apparaître le
pont d’équilibre.
Solution:
L K TMS = - Δ° K / Δ° L
800 25
500 40 20
hypothèse 1 :
400 50 10
200 100 4
40 500 0,4
1 200 25
hypothèse 2
750 40 30
500 60 0,08
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150 200 2
50 600 0,25
1 000 40
800 50 20
hypothèse 3
500 80 10
200 200 2,5
50 800
CHAP 3 : L’OFFRE
La quantité de biens offerte sur le marché par un producteur dépend non seulement de son prix de vente,
mais aussi de leur coût de production ainsi que du rendement au sein de son entreprise.
I- L’offre et les prix
L’offre est normalement une fonction croissante du prix. Mais, dans certains cas, l’offre et les prix varient
en sens inverse, pour divers raisons ;
- Il peut s’agir de biens difficiles à stocker ; cas des denrées périssables ;
- Il peut aussi s’agir de biens de premières nécessité ou ayant un caractère urgent
Pour mesurer l’ampleur de la réaction de l’offre face aux modifications du prix, on calcul le coefficient
d’élasticité de l’offre par rapport aux prix, notée eQ/P. Celui-ci est égal au rapport entre la variation relative
de l’offre (∆°Q/Q) et la variation relative des prix ((∆°P/P), soit : eQ/P = (∆Q/Q)/(∆P/P)
La valeur de eQ/P permet de distinguer 5 types d’élasticité :
a) Elasticité parfaite : eQ/P = + ∞ ; une variation du prix entraîne une variation infinie de l’offre. Le
graphique suivant en donne une illustration :
b) Offre relativement élastique : 1 < eQ/P < + ∞ : une variation du prix entraîne une variation plus que
proportionnelle de l’offre. D’où le graphique :
c) Elasticité unitaire : eQ/P = 1 ; une variation du prix entraîne une variation proportionnelle de l’offre,
soit le schéma :
d). Offre relativement inélastique : 0 < eQ/P < 1 ; une augmentation du prix entraîne une augmentation
moins que proportionnelle de l’offre, d’où le schéma :
e). Offre rigide : quelque soit le prix, l’offre est constante ; eQ/P = 0, soit le schéma :
I-2) les composantes monétaires de l’offre
Le vente d’un bien procure une recette ou chiffre d’affaires. Si nous appelons Q la quantité vendue et P le
prix de vente unitaire, on peut distinguer :
- La recette totale (RT) ; RT = P*Q ;
- La recette moyenne (RM) RM = RT/Q ;
- La recette marginale (Rm) ; Rm = (∆°RT/∆°Q),
EX1 : compléter le tableau suivant :
Q 1 2 3 4 5 6 7
RM 500 487,5 450
RT 1400 3000
Rm 550 350
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production ; c’est le cas du salaire du gardien, des amortissements des machines, des loyers, de la prime
d’assurance… on écrira donc CT = CV + CF
- Les coûts moyens ou unitaire (CM) ; on distinguera :
Le coût fixe moyen ; CFM = CF/Q
Le coût variable moyen ; CVM = CV/Q
Le coût total moyen ; CTM = CT/Q
- Le coût marginal : c’est le coût nécessaire à la production d’une unité supplémentaire du bien ; Cm =
∆°CT/∆°Q
La courbe de coût marginal coupe toujours celle de coût moyen en son minimum. Ce point de concours
constitue l’optimum technique, c'est-à-dire le niveau de production le plus élevé compte tenue des moyens
de production disponible.
Il y a quelques hypothèses de la loi des rendements décroissants que nous devons prendre en compte :
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1. Court terme : La loi des rendements décroissants s'applique uniquement à la période à court terme. Cela
signifie que le processus de production ne peut pas être modifié à court terme.
2. Intrants fixes : La loi des rendements décroissants suppose qu'au moins un facteur de production est
fixe tandis que les autres facteurs de production sont variables. Par exemple, la quantité de terre ou de capital
est fixe, tandis que la quantité de travail est variable.
3. Unités homogènes d'intrants : Les intrants utilisés dans le processus de production sont supposés être
homogènes ou de même qualité. Cela signifie que chaque unité d'intrant a le même niveau de productivité
que les autres unités.
4. Technologie fixe : La technologie utilisée dans le processus de production est supposée être fixe. Cela
signifie que le même processus de production est utilisé quelle que soit la quantité d'intrants utilisée.
EX :
Les valeurs du tableau ci-dessus proviennent d'une entreprise qui produit des barres de chocolat à court
terme. Elle commence avec un travailleur, puis ajoute continuellement un travailleur supplémentaire. Les
valeurs de TP correspondent au nombre de tablettes de chocolat produites en une heure.
Nombre de 1 2 3 4 5 6 7 8
travailleurs
Total (TP) 5 13 25 35 40 42 38 30
Produit
marginal
(PM)
TAF :
1—Compléter ce tableau
2—donner une représentation graphique de l’évolution du produit marginale en fonction du nombre de
travailleurs, puis conclure.
3—quel est le nombre optimal d’employé dans cette entreprise ?
Solution :
Nombre de travailleurs 1 2 3 4 5 6 7 8
Total (TP) 5 13 25 35 40 42 38 30
Produit marginal (PM) =ΔProduit total (PT) / ΔQuantité (Q) 5 13 25 35 40 42 38 30
En nous concentrant sur la ligne du produit marginal, nous pouvons voir qu'il augmente mais commence ensuite à
diminuer. C'est ce que dit la loi des rendements décroissants : À un certain moment, l'ajout d'un facteur de production
supplémentaire entraîne une augmentation relativement plus faible de la production.
En employant plus de main-d'œuvre (facteur de production), le nombre total de tablettes de chocolat produites a
augmenté. Mais à la marge, chaque augmentation supplémentaire de la main-d'œuvre a entraîné une augmentation plus
faible de la production.
3—A partir du septième travailleur le processus de production devient inefficace.
Il est important de se rappeler que cette loi n'est applicable qu'à court terme car la plupart des facteurs de production
sont fixes. Par exemple, il n'est pas facile d'augmenter les terres et le capital à court terme car cela prend du temps, mais à
long terme, ces facteurs sont variables (peuvent être facilement modifiés).
Thèmes de recherche à faire à domicile
Solution TD à domicile
1-- Qu'est-ce que la Loi des Rendements Décroissants ?
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La Loi des Rendements Décroissants stipule que lorsque l'on augmente la quantité d'un facteur de production, tout en
maintenant les autres constants, le rendement additionnel finit par diminuer.
2-- Pourquoi la Loi des Rendements Décroissants est-elle importante en économie ?
La Loi des Rendements Décroissants est importante car elle aide à comprendre la limite de l'efficacité dans l'utilisation
des ressources et permet de déterminer le point optimal de production.
3--Quels sont des exemples de la Loi des Rendements Décroissants ?
Exemples : rajouter des ouvriers sur une machine, augmenter les engrais sur un champ. Au début, la production
augmente, mais elle finit par stagner ou diminuer.
4--Comment la Loi des Rendements Décroissants affecte-t-elle la production agricole ?
Dans la production agricole, au bout d'un certain point, chaque unité supplémentaire d'engrais ou de travail conduit à des
augmentations de rendement de plus en plus faibles.
b2- Cas où les deux facteurs varient : les rendements d’échelle : elle décrit le fait que la dimension importe.
On ne peut produire en masse des automobiles dans un petit garage parce qu’une production de masse exige
des presses géantes et un flux de montage organisé. Cette loi stipule que ce qui est grand est souvent plus
économique (bien que ce qui est petit puisse être magnifique) dans la mesure où chaque unité
supplémentaire revient moins chère à mesure qu’on passe d’une production à faible échelle à une production
à grande échelle- du moins jusqu’à un certain point.
Vocabulaire économique : élasticité de l’offre par rapport aux prix, rendements d’échelle, loi des
rendements décroissants, déséconomies d’échelle, l’optimum technique, Elasticité parfaite, Offre rigide,
Offre relativement inélastique, Elasticité unitaire, Offre relativement élastique
I- Définitions et typologie
La consommation est la destruction par l’usage des biens ou services de la part des entreprises ou des
ménages.
On distingue 2 types de consommation :
- La consommation intermédiaire : c’est la destruction de biens ou de services par leur incorporation
dans le processus de production. Elle est faite par les entreprises;
- La consommation finale : c’est la destruction de biens ou de services par leur utilisation en vue de
satisfaire les besoins des individus. Elle est faite par les ménages.
Les biens ou services consommés par les ménages sont :
a)- Achetés sur un marché : on parle alors de biens ou services marchands, lesquels forment la
consommation individuelle ou privée, financée par les revenus des ménages.
b)- Fournis par la collectivité : ce sont des biens ou services non marchands mis à la disposition des
agents économiques par les administrations (soins dans les hôpitaux publics, service de sécurité, éclairage
public, …) ces biens ou services non marchands constituent la consommation collective financée par les
impôts et autres revenus de l’Etat.
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- La répartition du revenu : si elle est inégalitaire, profitant par exemple aux élites ou à la classe
dirigeante, la consommation sera non seulement relativement faible, mais aussi tournée vers les biens de
luxes souvent importés.
- Le patrimoine : c’est l’ensemble des biens matériels et immatériels détenus par un agent
économique. Ils procurent un revenu ;
- Le taux de l’intérêt : les variations du taux d’intérêt encourage ou décourage l’épargne, ce qui joue
sur la consommation;
- Les prix : lorsqu’ils sont abordables, la consommation est élevée.
b) Les facteurs subjectifs : ils sont d’ordre psychologique ou institutionnel et ils déterminent la
volonté ou le désir de consommer. On cite la coutume, la religion, le snobisme, le niveau d’instruction, la
publicité, les anticipations sur l’avenir…
III- Structure de la consommation
Par structure de la consommation, on entend la part relative des divers biens dans la consommation
totale et les relations entre ces différentes consommations. Elle a une influence sur la consommation lorsque
le revenu varie.
Les biens consommés par un agent économique peuvent être classé en au moins 2 groupes :
- selon leur durabilité, on distingue :
Les biens durables : voitures, maison…
Les biens semi durables : vêtements,
Les biens non durables : l’alimentation
- Selon les groupes de produits, on distingue :
Les produits alimentaires ;
L’énergie ;
Les produits industriels
Les services
IV- La fonction de consommation keynésienne
Elle a été exposée par J.M. KEYNES, auteur de la « loi psychologique fondamentale », selon laquelle
« en règle générale et en moyenne lorsque le revenu s’élève, les individus sont disposés à augmenter leur
consommation, mais dans une proportion moindre ». De cette loi découle la notion de propension à
consommer qui exprime la relation entre la consommation (C) et le revenu disponible Yd. On distingue
alors :
- La propension moyenne à consommer : PMC = C/Yd ;
- La propension marginale à consommer : PmC = ∆°C/∆°Yd ; (ou dC/dYd) ;
D’après la loi psychologique, la consommation est liée au revenu courant par la relation : C = cYd + b
où c est la propension marginale à consommer et b la consommation incompressible, c'est-à-dire celle
qui existe même en absence de revenu ou celle qui n’est pas expliquée par le revenu. De cette relation
découle la fonction d’épargne (S) dans la mesure où celle-ci est la fraction du revenu non consacrée à la
consommation :
S = Yd - C, soit S = Yd – cYd – b et S = Yd(1 – c) – b avec 1 – c = propension marginale à épargner
pouvant aussi être obtenue par le rapport ∆°S/∆°Yd.
V- Application
1- Compléter le tableau suivant:
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Yc 150 000 100 000 300 000 400 000 230 000
C 122 500 235 000 182 500
PMC 0,775
Pmc 0.75
2- retrouver les paramètres de la fonction de consommation keynésienne découlant de ce tableau ;
3- quel est le montant du revenu pour une consommation de 300 000 ?
4- retrouver la propension marginale à épargner;
5- quel est le montant de l’épargne pour un revenu de 225 000 ?
Pour tout agent économique, l’utilité procurée par la consommation de chaque unité supplémentaire
d’un bien, appelé utilité marginale décroît et peut être nulle au point de satiété.
Partant de l’hypothèse que le revenu d’un individu est limité et qu’il cherche à acquérir 2 biens A et
B, plus il achète des unités A moins il peut en acheter de B. Son calcul consistera à comparer la satisfaction
que lui procure l’acquisition des unités supplémentaires de ces biens. Il mènera donc un calcul en termes
de comparaison des utilités marginales. Son équilibre sera atteint lorsque 1 F dépensé pour l’acquisition du
bien A procurera la même satisfaction que le même franc dépensé pour l’acquisition du bien B, c'est-à-dire
au niveau où on aura l’égalité : UA/PA = UB/PB avec U = utilité marginale et P = prix.
EX : ANDRE consomme généralement 3 types de biens A, B, et C tous substituables. Le tableau ci-
dessous donne les utilités totales(UT) que lui procure la consommation de chacun de ces 3 biens:
Unité de bien
1 2 3 4 5 6 7 8
UTA 30 70 100 130 145 155 162 167
UTB 200 217 230 240 246 250 252 253
UTC 50 80 108 133 155 177 197 212
Les prix de vente unitaires sont de 500 F pour A, 1 000 F pour B et 1 500 F pour C.
1- Compléter le tableau des utilités marginales et des utilités marginales pondérées par les prix ci
après (prendre 4 chiffres après la virgule)
2- En déduire et interpréter le point d’équilibre
3- Calculer le budget correspondant ;
Unité de bien
1 2 3 4 5 6 7 8
Bien Um
A Um/P
Bien Um
B Um/P
Bien Um
14
C Um/P
Supposons que le consommateur dispose d’un revenu R qu’il souhaite consacrer à l’achat des biens X
et Y de prix respectif PX et PY. Les diverses combinaisons possibles compatibles avec ce budget sont
représentées par la droite ou ligne de budget d’équation générale R = X PX + YPY.
3- L’équilibre du consommateur
Graphiquement, Le point d’équilibre maximum est le point d’intersection entre droite de budget et
l’une des courbes d’indifférence.
Le point P est le point d’équilibre. En ce point, on a la relation : TMS = - dY/dX = Px/Py = UmX/UmY
4- La courbe d’ENGEL
Lorsque le revenu augmente alors que les prix restent constants, le consommateur atteint divers
points d’équilibre successif. La courbe reliant ces divers points est appelée courbe d’ENGEL.
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CHAP 6 : LA FONCTION DE DEMANDE
Dans tous les pays du monde, l’intervention de l’Etat en matière économique et sociale est
extrêmement importante. Elle se fait à travers la réglementation, les dépenses publiques, la maîtrise du
secteur public, …
I- Les formes d’intervention de l’Etat
L’Etat intervient plus ou moins dans l’économie en menant plusieurs types d’actions :
- Action directe sur les administrations et les entreprises nationalisées ;
- Législation : fixation d’un SMIG, des prix, de la durée du travail, des conditions de licenciement, des
règles d’urbanisme, limitation des importations, …
- Dépenses publiques : subvention accordées à l’Education, construction des routes, des hôpitaux, …
- Planification : arbitrage entre partenaires sociaux par la fixation ou l’ordonnancement des objectifs
à atteindre à long et moyen terme ;
16
- Maintient de la sécurité et de l’état de droit ;
- Entretient des relations avec l’extérieur.
- …
II- Le financement des dépenses publiques
Pour pouvoir assumer ses multiples fonctions, l’Etat a besoin de l’argent qui peut provenir :
- Des prélèvements obligatoires fiscaux (impôts et taxes, droits de douane…) ou sociaux (CNPS,
FNE…) ;
- Des emprunts auprès des autres pays ou auprès des organismes multilatéraux comme le FMI, la
BM, la BAD,
- Des activités commerciales, minières, touristiques, forestières, …
- Des dons, ou aides diverses,
17
Africains dans les bras du FMI et de la BM; on a alors assisté à la crise de l’Etat providence dont les
manifestations se font encore sentir de nos jours :
Déficit des services sociaux : eaux, écoles, sécurité, transport en commun, subventions étatiques,
électrification villageoise, …
Réduction du train de vie de l’Etat : limitation et même baisse des salaires des fonctionnaires,
diminution du parc automobile, …
Crise morale : les populations défient de plus en plus les gouvernants, la montée en puissance de la
corruption, des sectes, des trafics de tout genre,…
chômage des jeunes, …
b) les politiques d’intervention étatique
- la politique budgétaire et fiscale: c’est l’ensemble des mesures prise par l’Etat en matière de
recettes et de dépenses. Côté recettes, il s’agit d’augmenter ou de diminuer la pression fiscale selon qu’on
désire freiner ou relancer l’activité économique ; une diminution des impôts par exemple peut faire
accroître les investissements, donc la production et l’emploi. Côté dépenses, il est possible de relancer
l’activité économique par leur accroissement : une augmentation des salaires par exemple entraîne une
hausse de la consommation et donc de la production.
La politique budgétaire repose sur le principe du multiplicateur de Keynes. A un investissement
supplémentaire ∆I correspond un flux de revenu ∆Y tel que : ∆Y = k∆I où k est le multiplicateur de Keynes.
Supposons par exemple que l’Etat décide d’un investissement supplémentaire de 100 milliards à
consacrer à la construction des routes. Cette dépense va avoir des effets en vagues dans l’économie:
** 1ière phase : ∆I = 100 milliards, ce qui entraîne que ∆Y = 100 milliards. Les entreprises vont accroître
leur production de 100 milliards pour répondre à la demande d’équipement supplémentaire ;
** 2ème phase : ayant reçu les 100 milliards de revenu supplémentaire et en supposant que la
propension marginale à consommer est de 75 %, l’augmentation de la consommation globale sera de ∆C =
0,75*100 milliards = 75 milliards ; les entreprises doivent alors augmenter leur production de 75 milliards
pour répondre à la demande nouvelle ;
** 3ième phase : le processus va se poursuivre, les 75 milliards vont entraîner un nouvel accroissement
de la consommation pour un montant de ∆C = 0,75*75 milliards = 56,3 milliards, ce qui nécessite un
accroissement de la production de 56,3 milliards
** A total, l’investissement initial de 100 milliards provoquera une augmentation de la production de
100 + 75 +56,3 +….+ 0. On démontre que k = 1/(1-c) où c = propension marginale à consommer si bien
qu’on peut calculer la montant total de la production induite par la dépense initiale de 100 milliards : ∆Y =
1/(1-0,75)*100 milliards = 400 milliards.
- La politique monétaire : c’est l’ensemble des mesures visant à procurer à l’économie la quantité de
monnaie nécessaire à la poursuite de la croissance et à la réalisation du plein emploi, tout en préservant la
stabilité de la monnaie au plan interne (pas ou peu d’inflation) et au plan externe (stabilité du taux de
change). Les autorités monétaires doivent donc éviter deux difficultés :
L’excès de monnaie, source de l’inflation et de déséquilibre de la balance des paiements ;
L’insuffisance de monnaie, source de ralentissement de l’activité économique et d’augmentation des
taux d’intérêt.
Pour mettre en œuvre la politique monétaire, les autorités disposent de 2 outils complémentaires :
Action sur le volume du crédit : encadrement du crédit, modification du taux de réserve obligatoire,
open market, la politique du coefficient de liquidité qui consiste à obliger les banques à maintenir un
coefficient entre les avoirs liquides des banques et leur passif exigible (Dettes à Court Terme). Les stratégies
définies pour la Banque Centrale doivent permettre un `'équilibre monétaire'' du système
Action sur le prix du crédit : modification du taux d’intérêt ou du taux de réescompte.
- La politique sociale : c’est l’ensemble des mesures prises par l’Etat pour maintenir le consensus
social dans une logique de solidarité, de couverture minimale des besoins fondamentaux de l’Homme.
18
- La politique industrielle : c’est l’ensemble des moyens mis en œuvre par l’Etat pour favoriser le
développement industriel du pays.
Selon l’impact des mesures prises, on distingue :
- Les politiques conjoncturelles qui comprennent les mesures prises par les pouvoirs publics pour
maîtriser l’évolution à CT de l’économie. EX : blocage des prix
- La politique structurelle qui vise à modifier durablement les structures de base du fonctionnement de
l’économie. EX. libéralisation des prix.
Toutes les mesures prises par un Etat sont regroupées dans un plan. Il peut s’agir :
- D’un plan de stabilisation quand l’objectif principal est la lutte contre l’inflation. Si les mesures
prises dans ce cadre aboutissent à la réduction des salaires et de la consommation, on parlera d’un plan
d’austérité, ou plan de rigueur ;
- D’un plan de relance quand l’objectif principal est de donner une impulsion à la croissance
économique.
Vocabulaire eco : politiques conjoncturelles, politique structurelle, plan de stabilisation, open market,
taux de réserve obligatoire, inflation, plan d’austérité, plan de rigueur, multiplicateur d’investissement, Etat
providence, Etat régalien, Etat gendarme, politique budgétaire, politique monétaire
La pensée éco. dans l’antiquité et le moyen âge (a partir de 1730 av. J.-C.) est dominée par des codes
de lois ou des préceptes moraux condamnant la cupidité, le vol, l’amour des richesses matérielles ; il faut
être juste et bon dans les rapports économiques avec son prochain. L’église chrétienne qui rayonne sur
presque toute l’Europe dispute le pouvoir aux autorités temporelles et s’efforce d’imposer une règle
morale aux institutions de l’époque. Les doctrines économiques reflètent en grande partie cet état de
chose ; elles ne sont pas conçues comme un corps de doctrine indépendant, mais comme partie intégrante
d’un code moral universel.
a) L’Etat marchand
Au fur et à mesure que l’Europe s’agrandit, les propriétaires des récoltes excédentaires peuvent les
vendre et acheter en échange d’autres produits qui leur font défaut. Les cités se développent, les
marchands prospèrent et un système commercial succède peu à peu au vieux système coutumier de
production et de consommation locale.
L’augmentation de la population des villes, la fabrication accrue de biens destinés à la vente, le
développement du commerce et des transports de marchandises sur de longues distances, sont des
facteurs principaux qui déterminent l’apparition de l’Etat national, centralisateur du pouvoir qui pour
rétribuer les fonctionnaires employé doit encourager des activités lucratives et lever des impôts.
b) Un monde nouveau
Le commerce ne fleurit pas seulement à l’intérieur de l’Europe. Les marchandises sont transportées sur
de longues distances. Le Portugais VASCO DE GAMA découvre une route maritime moins onéreuse qui en
contournant l’Afrique, permet d’établir de lucratives bases commerciales sur les îles et les côtes de l’Asie ;
la découverte de l’Amérique stimule puissamment la course à la richesse.
c) Les interprètes du nouveau régime
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Bien que les penseurs n’aient pas « inventé » le nouveau régime capitaliste qui se développe, ils ont
largement contribués à son développement en élaborant des doctrines qui le revêtent de principes moraux
et lui confèrent un vernis de respectabilité. Parmi ces penseurs, nous citerons :
- Nicolas MACHIAVEL (1469-1527) : il soutient la thèse de la suprématie de l’Etat sur toutes les autres
sources de pouvoir, y compris l’Eglise.
- Jean BODIN (1530-1596) : il affirme que l’Etat est au dessus de la loi et exerce de plein droit un
pouvoir suprême sur tous ses sujets.
Ces deux penseurs expliquent pourquoi que l’Etat doit disposer d’un maximum de pouvoirs afin de
maintenir l’ordre pour faciliter la création et l’accumulation des richesses.
- Thomas Mun (1571-1641) : il est le fervent défenseur des « bullionistes » pour qui le principal
objectif de la politique nationale doit être l’accumulation des lingots (bullions en anglais = lingots) d’or et
d’argent ou, mieux encore, des signes monétaires qui en sont tirés. La monnaie n’est –elle pas la forme la
plus commode et la plus tangible de la richesse ? s’interroge t-il. Grâce à elle, il est possible d’acheter
n’importe quoi n’importe où. L’Espagne est ainsi devenue riche en accumulant de métaux précieux ;
d’autres nations ont intérêt à suivre cet exemple. Mun explique que la voie royale permettant d’accumuler
le trésor de l’Etat est le commerce extérieur; il faut toujours que la valeur des exportations soit supérieure
à celles des importations. Si cette règle est respectée, le résultat net sera de faire entrer dans le pays de
l’or et de l’argent. Il est donc le précurseur de ce que nous appelons aujourd’hui la balance des paiements.
- Colbert (1619-1693) : il a mis en pratique des idées qui seront plus tard qualifiées de
« mercantilisme ». c’est une doctrine qui préconise que la meilleure politique pour une nation est celle du
marchand qui, en vue de s’enrichir, cherche à vendre plus cher ce qu’il achète à meilleur compte.
- François QUESNAY (1694-1774) : il est le plus grand représentant des « physiocrates », ceux pour
qui la plus grande richesse est celle qui provient de l’exploitation de la terre. (et non du commerce comme
l’affirme les mercantilistes). Il soutient aussi la politique du « laissez faire » ; Les individus doivent être
libres d’agir conformément à leur intérêt, libres de se déplacer, de s’enrichir et de faire ce que bon leur
semble de leurs biens. L’Etat ne doit ni les gêner, ni les aider.
- Adam SMITH (1723-1790) : la seule source de richesse d’une nation est la production résultant du
travail et des matières premières. Pour accroître cette production, la division du travail et l’introduction
du machinisme sont les deux moyens fondamentaux.
Il attribue au fonctionnement des marchés un rôle très important dans la mesure où une saine
concurrence sur ces marchés permet d’obtenir le prix d’équilibre de chaque bien, c'est-à-dire sa valeur
réelle ou naturelle, celle qui correspond à la quantité de travail consacrer à sa fabrication.
Il est enfin l’auteur du principe de la « main invisible » qui met en avant les vertus de l’initiative privée :
lorsqu’un homme est à la tête de sa propre industrie, il la gère de manière à obtenir le plus grand profit
possible ; ce faisant, il contribue sans le vouloir – d’où l’idée de main invisible – à l’essor de toute la nation.
Le capitalisme est une organisation économique dans laquelle les moyens de production font l’objet d’une
appropriation privée. Le salariat est développé, le marché joue un rôle important dans l’orientation de la
production.
- Le profit est la récompense de l’efficacité ;
- La hiérarchie des rémunérations résulte des différences d’efficience entre les individus ;
- Les décisions sont décentralisées,
20
- l’économie de marché favorise la liberté sur le plan politique.
Le capitalisme a comme expression synonyme économie de marché. Pour qu’on puisse parler de
marché, il ne suffit pas qu’acheteurs et vendeurs se rencontrent (dans les économies centralisées, acheteurs
et vendeurs se rencontrent aussi) ; l’élément essentiel qui le caractérise est la confrontation de l’offre et de la
demande, laquelle détermine les prix d’équilibres. On dira donc qu’il ya économie de marché lorsque la
logique dominante est celle du marché.
Vocabulaire économique : mercantilisme, physiocratie, main invisible, valeur travail, laissez faire,
bullionisme, capitalisme, économie de marché.
Dans le chap précédent, nous avons passé en revue les penseurs qui ont interprété et défendu le régime
capitaliste naissant. Pour eux, la recherche du profit est une force sociale nécessaire et bienfaisante. La large
disparité des revenus est tenue pour naturelle et inévitable. Mais un autre courant de pensée se développe
rapidement, qui souligne, au contraire, les tristes aspects sociaux de cet ordre prétendu « naturel » et qui
exprime le profond désir de justice et d’égalité de la nature humaine.
I- le marxisme
Karl MARX (1818-1883) : c’est le plus grand prophète du socialisme. Pour avoir une valeur économique,
la marchandise doit avoir une valeur d’usage, c'est-à-dire qu’elle doit être utile. Marx attribue la valeur
économique, ou valeur d’échange d’une marchandise au travail qui a été dépensé pour la fabriquer. Il ajoute
que cette valeur est égale au temps de travail socialement nécessaire, c’est à dire au nombre d’heures
consacrées à la fabrication de la m’ses par un ouvrier d’habilité moyenne, travaillant normalement avec
l’outillage habituellement en usage dans la société où il se trouve.
Sans doute, la valeur d’échange d’une m’se peut-elle être mesurée en termes monétaires ; mais si on
pénètre le mystère de la monnaie et si l’on se débarrasse du fétichisme de l’argent, on s’aperçoit que le
consommateur qui achète une m’se paye simplement la quantité de travail socialement nécessaire exigée par
sa fabrication : La monnaie n’est donc qu’un intermédiaire.
Mais, le capitaliste parvient à vendre la m’se ou le produit plus cher que sa fabrication ne coûte. Le
surplus est la plus- value. Marx appelle plus- value la différence entre ce que l’ouvrier reçoit et ce qu’il
donne, c'est-à-dire ce que l’employeur empoche.
C’est cette plus-value qui permet au capitaliste d’investir à nouveau. Aussi conclue-t-il que les biens
acquis par une entreprise sont en réalité la propriété des ouvriers spoliés et exploités par l’employeur.
Le régime capitaliste finira par être aboli par ceux qui en souffrent, c'est-à-dire la classe ouvrière. D’où
cet appel de MARX : « Que les classes dirigeantes tremblent à l’idée d’une révolution communiste ! Les
prolétaires n’ont rien à y perdre que leurs chaînes, ils ont un monde à y gagner. Prolétaires de tous les pays,
unissez-vous ! »
21
- Les principaux moyens de production appartiennent à l’Etat ;
- La valeur travail est à la base de toute transaction. La monnaie n’est qu’un voile, un instrument de
mesure de la quantité de travail incorporée dans une fabrication.
VOCABULAIRE ECONOMIQUE : valeur utilité – valeur d’usage – valeur travail – valeur d’échange – plus
value – prolétaire (classe ouvrière) – planification – socialisme – économie centralement planifiée –
La confrontation des offres et demandes en vue de déterminer les prix et les quantités à vendre a lieu sur
un marché. 2 types de marchés sont généralement cités, celui de la concurrence et celui de monopole, mais il
en existe d’autres.
I- Les différents types de marché
A) Le marché de concurrence pure et parfaite
1- Définition :
Le marché de concurrence pure et parfaite existe lorsqu’il ya une multitude d’offreurs et de demandeurs
sur un marché qui obéît aux 5 conditions suivantes :
- L’atomicité : les offreurs et les demandeurs sont si nombreux qu’aucun n’a la puissance d’agir sur les
prix ou les quantités vendues.
- La fluidité ou parfaite transparence : tous les acteurs du marché sont suffisamment informé sur tous
les facteurs significatifs, EX les prix pratiqués à divers endroits ;
- L’homogénéité des produits vendus : tous les produits d’une même espèce doivent être identiques, de
façon que l’acheteur n’ai aucune préférence à acheter chez X plutôt que chez Y ;
- Libre entrée et libre sortie dans le secteur : les entreprises du secteur ne doivent ni empêcher l’entrée
de nouvelles, ni empêcher la sortie de celles qui s’y trouvent déjà.
- Une parfaite mobilité des facteurs de production, d’une entreprise à une autre.
2- La formation des prix en courte période:
En général, la demande est une fonction décroissante du prix tandis que l’offre en est une fonction
croissante. L’équilibre a lieu lorsque les quantités demandées sont égales aux quantités offertes.
Le prix d’équilibre étant imposé à l’entreprise par le marché, la seule variable sur laquelle elle peut jouer
pour maximiser son profit est la quantité vendue. On démontre que ce bénéfice est maximum à un niveau de
vente tel que Rm = Cm= P (Rm = recette marginale, Cm = coût marginale P = prix)
Graphiquement, le prix d’équilibre est le point d’intersection entre courbe d’offre et courbe de demande.
Le profit global peut être ainsi représenté :
22
2- Représenter la zone de profit ;
3- Calculer le profit total ;
4- Calculer le profit optimal
3- La formation des prix en longue période : le prix d’équilibre correspondant au minimum du coût
moyen des entreprises marginales, c'est-à-dire celles qui ne réalisent ni bénéfice ni perte, car dans le LT, les
superprofits réalisé à CT attirent de nouvelles entreprises dans le secteur, ce qui réduit la marge
bénéficiaire globale jusqu’au strict minimum.
B) Le monopole
Il ya monopole sur un marché lorsque un seul vendeur appelé monopoleur se trouve face à une
multitude de demandeurs.
1- La détermination des prix et quantités d’équilibre
Sur un marché de monopole, les quantités demandées augmentent lorsque les prix diminuent et
baissent dans le cas contraire. La demande est donc une fonction décroissante du prix. Le profit est
maximum lorsque Rm = Cm (Rm = recette marginale, Cm = coût marginale)
EX : la CDE produit et commercialise de l’eau au Cameroun. Sa fonction de demande peut être
synthétisée par P = 160 – 10Q et sa fonction de coût total par CT = 100 + 40Q.
TAF : a) - quelle est la nature du marché de la CDE ? Dire pourquoi ;
b)- déterminer le coût marginal et la recette marginale ;
c)- déterminer prix et quantité d’équilibre ainsi que le profit correspondant ;
d)- retrouver graphiquement le point d’équilibre.
2- Les autres formes de marché : elles sont regroupées dans le tableau ci-dessous :
Vendeurs Nombreux Quelques –uns Un seul
Demandeurs
Nombreux Concurrence parfaite Oligopole Monopole
Quelques uns Oligopsone Oligopole bilatéral Monopole contrarié
Un seul Monopsone Monopsone contrarié Monopole bilatéral
23
- La politique de réescompte: pour réduire la demande des biens ou services sur les marchés afin de
faire baisser leur prix, l’Etat peut élever le taux de réescompte, ce qui rend plus cher le crédit, décourageant
par là les agents économique à solliciter les crédits et donc à réduire leur consommation.
- La politique de réserves obligatoires: pour réduire les prix sur les marchés, l’Etat peut réduire la
quantité de monnaie en circulation en élevant le taux de réserve obligatoire, ce qui réduit la capacité des
banques secondaires à accorder des crédits.
- La politique de l’open market : pour réduire les prix sur les marchés, l’Etat peut aussi réduire la
quantité de monnaie en circulation en vendant les titres ; l’Etat achètera les titres si l’objectif est de faire
monter les prix.
Vocabulaire ;
I- LE CHOMAGE
Perdre un emploi ou ne pas en avoir signifie une baisse immédiate ou une absence de pouvoir d’achat, de
l’anxiété à venir et une diminution de la confiance en soi. Il n’est donc pas surprenant que les hommes
politiques en campagne électorale mettent l’accent sur l’efficacité supposée des politiques qu’ils proposent
pour aider à créer des emplois.
A- Définition et mesures
Le chômage est la période d’inactivité qui caractérise la situation d’une personne en âge de travailler,
capable, disponible et désireuse de travailler au taux de salaire courant, mais qui ne trouve pas d’emploi.
Le taux de chômage mesure le nombre de chômeurs comme un pourcentage de la population active.
Taux chômage = nbre de chômeurs * 100 / population active
La population active est le nombre total de personnes qui pourraient être employées dans l’économie à un
moment donné.
Population active = nombre total de personnes employées + nombre total de chômeurs dans l’économie
Les enquêtes sur la population active permettent entre autres de produire des données sur la participation
à la population active. Le taux de participation à la population active (ou taux d’activité) mesure le
pourcentage de la population adulte totale d’un pays qui participe à la population active.
Taux de participation à la population active (ou taux d’activité) = population active *100 / population
adulte.
EX : selon une enquête réalisée en 2017 sur la population active d’un pays donné, 2 200 000 personnes
sont employées, 1 680 000 sont en chômage, 4 105 000 sont adultes.
TAF :
1- Evaluer la population active, le taux de chômage, le taux d’activité, puis conclure.
2- Que représente la différence entre population adulte et population active.
Solution :
- population active = 2 200 000 + 1 680 000 = 3 880 000
- taux de chômage= 1 680 000 * 100 / 3 880 000 = 43,3% ;
- Taux de participation à la population = 3 880 000 * 100 / 4 105 000 = 94,51 %
- Conclusion : en 2017, 94,51% de la population adulte de ce pays participaient au marché du travail et
43,3 % de ces participants au marché du travail étaient sans emploi.
- la différence entre population adulte et population active, soit 4 105 000 - 3 880 000 = 225 000
représente ceux des adultes incapables de travailler. (vieux, retraités, adultes incapables)
B- typologie
24
le chômage frictionnel : c’est le temps nécessaire qui sépare la cessation volontaire d’une activité
et la reprise d’une autre ;
le chômage conjoncturel : c’est celui qui résulte d’un ralentissement de l’activité éco, baisse
considérable des ventes par exemple ;
Le chômage structurel : c’est celui qui résulte d’un déséquilibre durable du fonctionnement du
marché du travail (modification de la structure industrielle, inadéquation formation-emploi,
déséquilibre géographique, changement démographique, raideur des institutions, …
- le chômage volontaire : situation d’une personne en âge de travailler, capable, disponible mais
refusant de travailler. Cela peut s’expliquer par :
la nonchalance : pas de recherche active d’emploi ;
les aspirations salariales excessives;
l’existence des allocations-chômages dont se contentent certaines personnes.
2- le chômage selon son intensité :
- le chômage total : cessation totale de l’activité ;
- le chômage partiel : réduction du nombre des heures de travail ;
- le chômage déguisé : lorsque la productibilité est faible, les employés sont en chômage déguisé :
- le chômage saisonnier ou chômage technique: lié aux activités qui se déroulent par saison.
Les explications du chômage ainsi que les mesures de résorption proposées sont nombreuses, diverses et
ambigües, car elles s’insèrent dans les diverses analyses du mode de fonctionnement de l’éco.
- L’existence d’un taux de chômage naturel : Sur un marché de travail idéal, les salaires devraient
s’ajuster afin d’équilibrer la quantité offerte et la quantité demandée de travail. Cet ajustement des salaires
garantirait que tous les travailleurs soient toujours pleinement employés. Mais la réalité est loin de cet idéal ;
il ya toujours des chômeurs, même lorsque l’économie se porte bien dans son ensemble. En d’autres termes,
le taux de chômage ne tombe jamais à zéro. Il existe donc un taux de chômage naturel.
- Le ralentissement de l’activité économique due par exemple à des crises éco, à l’absence d’invention-
innovation,
- L’introduction des moyens de production automatique : les entités font de plus en plus appel à des
machines pour assurer leur production à moindre coût ; or plus l’entreprise est automatisée, moins elle a
besoin d’une main d’œuvre abondante.
- Les rigidités du marché du travail : existence du SMIG qui peut être jugé élevé par certaines entités,
existence des syndicats qui s’opposent à toute diminution des charges sociales et qui au contraire posent des
exigences de plus en plus difficile à supporter par les entités ;
- L’inadéquation formation-emploi;
- La mauvaise gouvernance.
Les politiques de lutte contre le chômage sont conduites dans le but de remédier aux disfonctionnements
du marché du travail.
- Rendre flexible ce marché par la déréglementation qui permet des emplois à temps partiel, des stages
plus ou moins long, …
- Réduire les charges sociales pour encourager les entreprises à recruter plus (« payer moins pour payer
plus de monde ») :
- Soutient de l’Etat par des mesures telles que les subventions, les travaux d’infrastructure, la protection
des entités des concurrences déloyales, le soutient des initiatives privées…
- Mettre l’accent sur l’adéquation formation-emploi
II- L’INFLATION
25
Quels sont les liens entre l’inflation et la nature de notre système capitaliste moderne ? Pourquoi est-il si
difficile de s’en débarrasser ? Les classiques décrivent l’inflation comme une situation où « trop d’argent
sont en quête de trop peu de biens » ; dans un tel contexte, les prix montent. C’est pourquoi la définition
généralement admise de l’inflation est « la hausse durable et auto-entretenue du niveau général des prix ».
A- L’EXPLICATION DE L’INFLATION
1- L’instabilité fondamentale des marchés : les systèmes de marché sont facilement troublés par les
guerres, les changements de régime politique, les nouvelles technologies, … ces évènements perturbateurs
tendent à pousser le système de marché vers une instabilité dans la production, les prix, l’emploi. L’inflation
apparaît alors comme le moyen par lequel le système capitaliste réagit à ces perturbations.
2- Les modifications de la demande : lorsque la demande augmente suite par exemple à un accroissement
des dépenses publiques, les prix ont tendance à augmenter : on parle d’inflation par la demande ;
3- La hausse des coûts de production : quand les prix des matières premières augmentent, les prix des
produits finis ont tendance à suivre le mouvement de hausse. On parle d’inflation par les coûts.
4- Le phénomène d’indexation : quand les prix d’un facteur donné (comme le carburant) augmentent de
façon subite, après quelques frémissements, les prix des autres facteurs (comme les salaires, les loyers, les
aliments…) finissent par augmenter.
5- Les anticipations des agents éco : les anticipations à la hausse des prix constituent un mécanisme
d’entretien de l’inflation. Ainsi, si les gens anticipent une hausse de 10% du prix d’un bien dans un an, ils
chercheront à acheter tout suite ce bien en grande quantité pour stocker, ce qui créera une pénurie et
garantira une hausse effective de 10% dans un an.
6- Influence de la monnaie : l’équation quantitative de la monnaie est MV = PQ (M=masse monétaire, V
= vitesse de circulation de la monnaie, P = niveau gle des prix, Q = qté de monnaie en circulation). Si on
suppose V et Q constants, on constate que toute augmentation de la masse monétaire se répercute sur les
prix.
7- Le pouvoir des syndicats et des entreprises, surtout multinationales: les syndicats sont réfractaires à
toute baisse des salaires tandis que les entreprises cherchent toujours à augmenter leur marge en augmentant
les prix.
8- Le taux de chômage : la courbe de Phillips enseigne qu’il existe une corrélation négative entre le taux
de chômage et le taux d’inflation ; moins il ya des chômeurs, plus les prétentions salariales sont élevés, ce
qui conduit à plus d’inflation et vis versa.
Taux d’inflation
Taux de chômage
B- LES MENACES DE L’INFLATION
1- La perte du pouvoir d’achat : l’inflation présente la menace d’un emballement, (c'est-à-dire d’une
accélération de son rythme) jusqu’à ce que la valeur de la monnaie finisse par être nulle et que tout se
termine par un effondrement éco et social total. Même si les inflations galopantes (ou hyperinflation) ont
été très rares dans la réalité, le spectre d’une telle possibilité est très inquiétant. C’est probablement la
principale raison pour laquelle nous ressentons l’inflation comme un danger. Le danger n’est pas tant ce
qu’il est que ce qu’il pourrait devenir.
2- La baisse de la valeur des actifs monétaires : l’inflation rogne la valeur des actifs monétaires comme
les comptes d’épargne, les polices d’assurance, les obligations d’Etat, … si bien que la plus importante des
couvertures contre l’inflation est l’or, ce métal magique recherché par tout le monde sans qu’on sache trop
bien pourquoi. La terre, les œuvres d’art sont aussi parfois et dans certaines circonstances considérés comme
couverture contre l’inflation.
26
3- L’instabilité financière : l’une des conséquences les plus perturbatrices de l’inflation tient à la façon
dont elle influence les rapports entre les entreprises et les banques. Aux époques d’inflation, il est toujours
avantageux d’emprunter de l’argent, parce que les francs seront moins chers et plus abondants quand viendra
le moment de rembourser le prêt. Dans ces conditions, les entreprises cherchent à emprunter des fonds
tandis que les banques sont réticentes à prêter, exactement pour les mêmes raisons. Il s’en suit deux
inconvénients :
- Les banques ne cessent d’élever les taux d’intérêt des nouveaux prêts pour compenser les pertes de
valeur des monnaies qu’elles recevront lors des remboursements.
- Les banques refusent de prêter à long terme. Les entreprises sont obligées contracter des emprunts à
court terme à des taux d’intérêt élevés. Mais, à mesure que les francs à CT s’accumulent, tout le
système devient vulnérable ; si une banque connait des difficultés, toute la communauté financière
sera mise en danger.
4- Le chômage : le coût réel de l’inflation est le chômage qu’elle impose, non seulement le chômage qui
provient des taux d’intérêt élevés et de la réduction de l’investissement qui en découle, mais aussi le
chômage que les gouvernements tolèrent ou encouragent délibérément pour éviter que l’inflation n’empire,
ou dans l’espoir de l’atténuer. Le plus souvent, les coûts du chômage sont supportés par une petite minorité
de la population ayant peu d’audience politique. Mais tout le monde ressent les effets de l’inflation. Le
besoin de contenir l’inflation est donc généralement plus grand que le désir de lutter contre le chômage.
Comment concilier plein emploi et maîtrise de l’inflation ? Plusieurs solutions sont envisageables.
1- L’équilibre budgétaire : lorsqu’un Etat fonctionne avec un déficit budgétaire, les dépenses plus
importantes tendent à pousser les prix vers le haut. C’est dire qu’un budget devrait être équilibré, soit en
baissant les dépenses, soit en augmentant les impôts de manière à faire baisser le niveau de la demande
global finale. Seulement, la baisse de la valeur de la demande globale réduit la marge de profit des
entreprises, les obligeant à réduire l’emploi et même les salaires. La perte vaut-elle le résultat obtenu ? c’est
la grande question à laquelle doivent répondre toutes les politiques anti-inflationnistes.
2- Le resserrement monétaire : cette méthode est la plus utilisée aujourd’hui. Elle vise à maîtriser la
quantité de monnaie en circulation M en élevant les taux d’intérêt qui à leur tour entraînerons la maîtrise du
niveau général des prix P.
3- La politique budgétaire : elle consiste à limiter les salaires ou les dividendes.
4- La politique fiscale : il est question ici de lever des impôts-sanctions sur les sociétés qui auraient
accordé des augmentations de salaire supérieur aux taux recommandés.
5- Les contrôles obligatoires : les prix ou les salaires sont plafonnés par la loi.
L'espace industriel mondial change de plus en plus rapidement ; les schémas de production classiques
volent en éclats. Fini le travail stéréotypé, l'usine familiale intégrée à la vie sociale locale. Les entreprises
industrielles sont lancées dans une course à l'intégration au système productif.
Cette nécessaire mutation s’explique par de nombreux défis et enjeux que doivent relever les entreprises :
Mondialisation, délocalisations, NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication),
hautes technologies, flexibilité, décarboner notre production industrielle, alimenter nos usines avec de
l'énergie verte, développer et accélérer l'économie circulaire, co-construire l'acceptabilité des projets de
transformation industrielle avec l'ensemble des parties prenantes territoriales…
Comment se positionner face à de telles mutations de "l'ordre" économico-industriel ?
27
Après une prise de conscience de l’importance stratégique de conserver la souveraineté sur la production
industrielle, l’heure est plutôt à la réindustrialisation. L'adage cher à certains de nos industriels "pour vivre
heureux, vivons cachés" est donc désormais révolu, car les projets ne peuvent plus advenir en faisant fi de
leur acceptabilité auprès des riverains et acteurs locaux. Il devient aujourd’hui indispensable pour les
entreprises industrielles de repenser leur stratégie de production au sens large pour anticiper ces
transformations. Afin d’éclairer la prise de décision, une approche consiste à envisager sa stratégie
industrielle en adoptant une vision élargie de la valeur fournie par la chaîne d’approvisionnement. , 6
dimensions doivent être étudiées en détail dans la redéfinition des stratégies industrielles
Coût & Capital. Les questions que les industriels doivent se poser pour prendre en compte cette
dimension incluent : comment lutter contre l’inflation au travers de programmes d’achats directs et indirects
? Comment s’assurer de la pérennité de la performance industrielle et logistique ? Comment prioriser les
besoins et transformer les pratiques d’exécution des projets d’investissement pour éviter de répéter des
erreurs passées et construire plus vite et à moindre coût ?
Service Sur cette dimension, on entend le taux de service offert à la fois par client et par produit. Dans
le cadre de la redéfinition de sa stratégie industrielle, il est impératif de balayer les questions suivantes :
quelle segmentation du portefeuille produit / client effectuer pour adapter le niveau de service par unité de
gestion des stocks et par marché ? Comment mettre en œuvre et opérationnaliser cette segmentation dans la
supply chain ?
Qualité. Cette dimension recouvre l’anticipation des besoins clients en termes de qualité et de
conformité pour adapter et mettre à niveau les capacités de production de l’entreprise. Elle implique de
soulever les questions suivantes : comment prendre en compte le renforcement des exigences qualité ?
Comment anticiper les enjeux de mise en conformité (par exemple, les nouvelles normes par marché) pour
mettre à niveau ses capacités de production ?
Résilience & Agilité. Nous l’avons vu, le manque de fiabilité des réseaux mondialisés rend
vulnérables les acteurs industriels dotés de longues chaînes d’approvisionnement. Pour y remédier, les
acteurs industriels ont tout intérêt à approfondir la question de la résilience de leur supply chain : comment
créer les conditions de la transparence en matière de risques pour l’ensemble de la chaîne de valeur
(fournisseurs de tous rangs, production, distribution) ? Comment cartographier et hiérarchiser les aléas à
travers une classification des composants / fournisseurs par niveau de risque ? Comment mettre en œuvre et
financer une stratégie d’atténuation et de couverture adéquate (redondance, nature et niveau des stocks) ?
Capital humain. De nombreux industriels sont confrontés à la difficulté de recruter des profils
techniques, du fait de l’évolution des compétences critiques et des problèmes de disponibilité de ces talents
sur leur lieu d’implantation. Il est ainsi urgent d’anticiper les questions relevant du capital humain, de son
attraction comme de sa rétention : de quels talents a-t-on besoin dans les 10 prochaines années pour faire
face à la transformation des métiers de l’Industrie 4.0 ? Quelle stratégie mettre en œuvre pour attirer, retenir,
développer, ou externaliser les talents en fonction des métiers et des localisations, sur l’ensemble de la
chaîne de valeur (fournisseur / interne / partenaires / clients) ?
ESG. (Environnement Social et Gouvernance). Cette dimension recouvre l’évaluation quantitative et
qualitative des externalités attachées à un produit ou un service sur l’ensemble de leur cycle de vie. A l’heure
où les consommateurs sont de plus en plus sensibles aux caractéristiques « invisibles » des produits, telles
que leur empreinte carbone, leur circularité ou les conditions de travail dans la chaîne, cette dimension
devient cruciale. Quelle performance ESG le réseau actuel peut-il atteindre ? Quel est l’impact carbone des
différentes configurations potentielles du réseau (transport, production interne, production externe) ?
VOCABULAIRE ECO : chômage technique (lié au dysfonctionnement temporaire de l’activité de
l’entreprise, inondation par exemple), chômage technologique (lié à la substitution du capital au travail)
chômage frictionnel (lié au temps de recherche entre deux emplois), inflation, désinflation (baisse du taux
28
de l’inflation), déflation (phénomène généralisé et auto-entretenu de baisse des prix, c’est le contraire de
l’inflation), reflation (volonté de réenclencher un mouvement de hausse des prix pour lutter contre la
déflation, c’est le contraire de désinflation), stagflation (existence simultanée de l’inflation et du chômage
dans une éco).
Cinq facteurs incitent à réviser les logiques traditionnelles qui ont présidé à bon nombre de délocalisations :
Ces cinq grandes tendances devraient se combiner dans les années à venir et entraîner des conséquences qui
toucheront l’ensemble des industries à divers degrés.
1. L’écart du coût du travail, qui constituait historiquement l’une des principales motivations de
délocalisation, se réduit entre les géographies. Le niveau de vie croissant dans les pays émergents entraîne
une augmentation des salaires, mais également du coût complet du travail, dû à la mise en place de
réglementations sociales plus importantes dans ces pays. Délocaliser sur l’unique critère du coût du travail
devient par conséquent de moins en moins avantageux. Ainsi, l’écart de compétitivité-coût entre Chine,
principale destination des délocalisations industrielles, et Europe se réduit : entre 2013 et 2023, le coût
horaire du travail dans l’industrie manufacturière en Chine a été multiplié par 2 (+106 %) et devrait
augmenter de 9,7 % par an jusqu’à 2026, tandis qu’il n’a augmenté que de 1,9 % de croissance annuelle
moyenne depuis 2013 en Europe 4.
2. L’automatisation et l’exploitation des technologies rebattent les cartes des stratégies de délocalisation de
certaines industries. Les promesses de « l’Industrie 4.0 » changent la donne en matière de compétitivité et
amenuisent le différentiel de coût entre géographies puisque ces technologies contribuent à un transfert,
dans l’équilibre des facteurs de production, du travail vers le capital. Les gains de productivité qu’elles
génèrent peuvent en effet permettre de compenser les écarts de coûts avec les productions délocalisées
vers les pays à bas coût de main-d’œuvre. Une analyse réalisée par McKinsey aux Etats-Unis sur la supply
chain automobile montre ainsi que si les industriels américains parvenaient à concrétiser le potentiel lié aux
leviers de l’Industrie 4.0, leur productivité s’en trouverait améliorée de 40 %, ce qui permettrait de rendre
économiquement viable la relocalisation de l’essentiel de la production des pièces automobiles depuis le
Mexique. Le basculement à l’échelle vers l’Industrie 4.0 exige cependant des investissements importants,
tant dans l’outil industriel lui-même, que dans l’organisation et surtout dans les compétences (dont
beaucoup sont en tension, cf. point suivant). Il requiert également du temps avant de porter ses fruits : une
étude du McKinsey Global Institute et du Forum Economique Mondial estime qu’il faut entre 5 et 7 ans aux
29
industriels pionniers pour atteindre le seuil de rentabilité de leur investissement initial dans l’Industrie 4.0 et
établir ainsi un avantage compétitif sur leurs concurrents5Fourth Industrial Revolution Beacons of
Technology and Innovation in Manufacturing", World Economic Forum et McKinsey & Company, janvier
2019.. Enfin, ces nouvelles capacités de production 4.0 devraient certes être moins pourvoyeuses d’emplois
directs, mais elles sont susceptibles de générer des emplois indirects en nombre, aussi bien sur des métiers à
haut degré de technicité (en ingénierie, R&D, maintenance prédictive…) qu’à des niveaux de qualification
moindre (logistique, transport).
3. Une nouvelle donne s’instaure en matière de localisation des compétences. De nombreux acteurs,
notamment dans les industries de pointe, font part de leurs difficultés à recruter des profils techniques pour
leurs usines. A titre d’exemple, on estime qu’il faudrait en France 60 000 ingénieurs supplémentaires par an,
alors que le pays ne compte que 44 000 nouveaux diplômés par an6. Par ailleurs, les emplois industriels de
demain seront probablement différents, avec un besoin accru de compétences dans l’automatisation et le
digital. Il sera alors critique de s’assurer de la proximité entre le lieu d’implantation des sites industriels et les
viviers de compétences (lycées techniques, universités, laboratoires de recherche, pôles de compétences
régionaux).Or, nos analyses anticipent un déficit particulier de talents dans ces domaines de compétences,
soit entre 1,7 million et 3,9 millions de personnes d’ici à 2027 pour les pays de l’UE-277Women in tech: The
best bet to solve Europe’s talent shortage", McKinsey & Company, janvier 2023.. A l’inverse, l’Europe a
incontestablement des atouts à faire valoir à travers son vivier de talents dans certaines spécialités de pointe
dont la demande ira croissant pour l’industrie – pour peu que la concurrence entre régions pour attirer les
talents ne s’intensifie pas trop. C’est par exemple le cas pour l’informatique quantique où l’UE compte 103
000 diplômés d’un niveau master, ce qui la situe loin devant la Chine (46 000) et les Etats-Unis (40
000)8Quantum Technology Monitor", McKinsey & Company, juin 2022..
4. L’incertitude affectant le prix des transports et les tarifs douaniers rend l’avantage coût des délocalisations
lointaines moins évident. Entre janvier 2019 et juillet 2022, le poids du transport dans le prix final des biens
manufacturiers a fortement augmenté : les frais de transports par conteneurs entre la Chine et l’Europe ont
ainsi été multipliés par 79 (Figure 1) et le coût du transport terrestre dans l’Union Européenne a augmenté de
70 % entre février et octobre 202210. Ces hausses soudaines sont en grande partie conjoncturelles (sur le fret
maritime entre Chine et Europe, les prix sont revenus depuis février 2023 à leur niveau pré-crise11) et
illustrent les fortes tensions qui pèsent sur les capacités de transports. Ces capacités sont également
affectées par des facteurs plus durables tels que la disponibilité des chauffeurs ou des équipages, le coût du
carburant et celui des émissions polluantes.
5. L’énergie pèse de manière croissante sur les coûts de production. Les tendances ci-dessus sont également à
analyser au regard de la récente augmentation des coûts de l’énergie. Les cours de l’énergie et des matières
premières à l’échelle mondiale sont deux fois supérieurs à leurs niveaux pré-Covid, en particulier ceux de
l’énergie (pétrole brut, charbon, gaz naturel et LNG) qui ont augmenté en moyenne de 216 % à l’échelle
mondiale entre décembre 2019 et décembre 202212Banque Mondiale, décembre 2019 – décembre 2022. Si
les entreprises chinoises ont été impactées par ces augmentations du fait de leur intensité énergétique, ce
sont les entreprises implantées en Europe qui ont vu leur compétitivité mise le plus à mal vis-à-vis de leurs
concurrentes installées aux Etats-Unis, avec notamment un différentiel du coût du gaz naturel passant de
2,38 $/mmbtu à 30,54 $/mmbtu entre les deux régions entre décembre 2019 et décembre 202213Banque
Mondiale, décembre 2019 – décembre 2022. Ces inégalités entre continents, qui ont atteint des proportions
inédites en 2021 et 2022, relèvent incontestablement d’une nouvelle composante déterminante des
stratégies industrielles à venir. L’énergie redevient ce qu’elle a été historiquement : un facteur de production
auquel disponibilité et coût confèrent un avantage compétitif.
En conséquence, les perturbations sur les chaînes d’approvisionnement dictent une part croissante des
décisions et des priorités des acteurs industriels. Si la question de la résilience des supply chains
constituait déjà une préoccupation majeure pour les industriels dans la période pré-Covid, la situation
sanitaire puis géopolitique (en particulier le risque de découplage entre la Chine et l’Occident) exacerbe le
besoin de mieux sécuriser les chaînes d’approvisionnement. L’enquête annuelle que mène notre cabinet
auprès de dirigeants mondiaux14 indique ainsi que 92 % d’entre eux souhaitent améliorer la résilience de
leur supply chain, et que 97 % ont déjà mis en place des mesures en ce sens, comme multiplier leurs
sources d’approvisionnements (80 %) ou augmenter leurs stocks pour faire face à d’éventuelles pénuries
(81 %). Par ailleurs, plus d’un an après le début de l’invasion de l’Ukraine, nos enquêtes révèlent que le
30
sujet continue de monter à l’agenda aussi bien des dirigeants d’entreprises que de leurs directeurs de
supply chain. Le manque de fiabilité des réseaux mondialisés s’affirme comme une menace économique et
opérationnelle incontournable, les longues chaînes étant plus vulnérables aux perturbations et risques de
retards. A la récurrence des sources de tensions entre forces géopolitiques se sont ajoutés d’autres types
de chocs liés à des phénomènes exogènes et parfois aléatoires, comme les pannes d’électricité en Chine
provoquées par des pénuries de charbon à la reprise de l’activité post-Covid, le blocage accidentel du canal
de Suez ou encore les congestions portuaires aux Etats-Unis pour la seule année 2021.
Jusqu’alors exceptionnelles, les ruptures de production risquent de devenir un phénomène récurrent voire
« structurel ». Selon une étude du McKinsey Global Institute15Risk, resilience and rebalancing in global
value chains", McKinsey Global Institute, août 2020., une entreprise manufacturière moyenne pourrait
connaître une perturbation de sa production pendant deux semaines tous les 2 ans, et pendant un à deux
mois tous les 3,7 ans. Tous les dix ans, cette entreprise pourrait ainsi s’attendre à perdre l’équivalent de 40
% de son EBIDTA annuel16. Notons, enfin, que les secteurs manufacturiers ne sont pas affectés de façon
uniforme par les tendances globales décrites ci-dessus. L’impact des évolutions de leur environnement
externe varie en effet en fonction de leur structure de coûts (Figure 2).
L’atténuation des avantages liés à la délocalisation n’explique qu’une partie des phénomènes qui
bouleversent les chaînes de production industrielles. De l’autre côté du spectre, l’évolution profonde des
attentes de la part des consommateurs et des investisseurs nécessite de réviser les stratégies industrielles
existantes.
Pour le B2C, les consommateurs sont de plus en plus sensibles aux caractéristiques « invisibles » des
produits, telles que leur empreinte carbone ou les conditions de travail au sein de la chaîne
d’approvisionnement. On observe notamment une pression des clients finaux en faveur de productions
locales. Ainsi, 59 % des Français indiquent regarder le pays de fabrication « souvent » ou «
systématiquement » au moment d’acheter un bien17. Si la préférence des consommateurs pour des
produits locaux était déjà bien présente depuis plusieurs années, la prise de conscience autour des circuits
courts s’est accélérée depuis la crise du Covid puis le conflit russo-ukrainien, qui ont eu pour conséquences
des pénuries majeures sur les produits importés. Accentuée par le Covid, la tendance à privilégier des
produits sains, durables et locaux devrait donc se poursuivre dans les années à venir, accompagnée
d’exigences plus élevées en matière de proximité et de traçabilité des circuits de production, en particulier
pour les biens agroalimentaires.
L’Union européenne dispose sur ce point d’atouts indéniables : elle est le deuxième marché mondial en
matière de produits bios, après les États-Unis, avec un marché qui a atteint 45 milliards d’euros en 2019
(soit une hausse de 8 % par rapport à 2018). 30 % des consommateurs européens prévoient ainsi de
dépenser davantage pour une alimentation plus saine en 2021 (Figure 3), et 24 % pour des produits plus
régionaux et locaux. Or, sur ce dernier critère de la proximité, les consommateurs français s’affirment
comme les plus enclins à le privilégier dans leur acte d’achat, à hauteur de 34 % (soit 10 points de plus que
la moyenne européenne et 14 points de plus qu’aux Pays-Bas)18The path forward for European grocery
retailers", McKinsey & Company, mars 2021..
Les critères de décisions d’investissement évoluent. Une étude récente menée par McKinsey permet
d’obtenir une compréhension fine, d’une part des arbitrages effectués par les dirigeants d’entreprises
industrielles et les investisseurs au moment de choisir la localisation de leurs activités, d’autre part de leurs
logiques comparatives entre pays. Les entretiens approfondis que nous avons menés dans ce cadre auprès
de 30 directeurs généraux et directeurs industriels de groupes internationaux présents en France, ainsi
31
qu’une enquête réalisée auprès de plus de 100 investisseurs étrangers, démontrent que si les dimensions
de coûts restent le critère premier des investisseurs, les paramètres hors coûts de la production pèsent de
plus en plus dans leurs décisions.
Pour les industriels, il ne suffit donc plus seulement de livrer le produit au meilleur coût, avec le bon niveau
de qualité et le bon service. Les organisations ont désormais aussi besoin de réseaux manufacturiers
résilients, capables de tolérer des chocs et de réagir avec souplesse face à des clients exigeants, à des
décisions d’investissements qui s’adaptent aux nouveaux besoins, et à des marchés en évolution rapide. A
ces facteurs objectifs, de nature économique et opérationnelle, s’ajoutent enfin des raisons plus
subjectives, éthiques ou personnelles : ainsi, 52 % des dirigeants de PME et ETI industrielles françaises qui
prévoient une relocalisation indiquent vouloir le faire par conviction, et 46 % pour des raisons
environnementales et climatiques19La réalité des PME et ETI industrielles face aux mouvements de
délocalisation et de relocalisation », Bpifrance, janvier 2022..
Ces défis marquent un tournant dans les politiques de délocalisations que nous avons connues. Dans
certains secteurs, les tensions citées précédemment expliquent les premières relocalisations à l’œuvre
depuis la crise du Covid-19. Les investissements directs à l’étranger ne représentent ainsi plus que 37 % des
investissements mondiaux en 2022, contre 52 % en 202120. De premiers signaux à interpréter cependant
avec prudence, puisque la récente hausse des coûts de l’énergie entraîne depuis peu une légère baisse des
relocalisations sur le territoire français.
Avec un écosystème qui s’est fragilisé depuis plusieurs années (voir Encadré), les industriels hexagonaux ne
sont pas épargnés par ces mutations. Ils se trouvent en effet confrontés à la fois à des défis structurels
spécifiques, à un sous-investissement dans l’industrie et à une fragilisation des écosystèmes industriels sur
le territoire. La France peut cependant capitaliser sur des atouts certains pour répondre aux défis posés par
la relocalisation.
32
1. Des défis structurels
Le manque de disponibilités foncières dans tous les territoires (ruraux et urbains) constitue un frein
majeur au développement des activités industrielles dans l’Hexagone : 41 % des parcs industriels seront
saturés à horizon 2025, 93 % à horizon 2030 et 28 % le sont d’ores et déjà. Faute de foncier à leur attribuer,
près de deux tiers des territoires refusent ainsi des projets d’implantation ou subissent des
déménagements d’entreprises. La pénurie porte en particulier sur les grands sites : seules 27 % des
intercommunalités (métropoles, agglomérations, communautés urbaines et communautés de communes)
peuvent accueillir une activité nécessitant une surface supérieure à 50 hectares et moins de 10 % une
activité nécessitant une surface supérieure à 100 hectares21Le foncier économique à l’heure de la sobriété
foncière », Intercommunalités de France, ANCT, Cerema, octobre 2022..
En parallèle, les délais administratifs ou ceux des recours judiciaires (notamment en matière
environnementale ou urbanistique) doivent continuer à être réduits en France : par exemple, il y faut deux
fois plus de temps22Simplifier et accélérer les implantations d’activités économiques en France », janvier
2022. pour ouvrir une usine que dans la plupart des pays comparables23. Ces dimensions constituent le
4ème des 10 grands critères les plus déterminants pour les investisseurs envisageant une implantation en
France24. Or, sur les 29 indicateurs d’attractivité de la France que nous leur avons demandé d’évaluer, celui
de la « simplicité des formalités et des relations avec les administrations » ressort parmi les trois plus
faibles en termes de niveau de satisfaction.
Enfin, l’un des défis structurels à la relocalisation industrielle en France demeure certainement celui
du coût du travail, qui reste le premier critère d’arbitrage des investisseurs au moment de choisir le lieu
d’implantation de leurs activités25. Certes, des efforts de compétitivité-coût sur ce front ont été menés en
France depuis une décennie, en particulier à travers le CICE, puis le de responsabilité et de solidarité.
Toutefois, ils ont peu profité au secteur industriel, puisqu’ils ont été largement centrés sur les bas salaires :
les allègements substantiels de cotisations sociales demeurant plafonnés à 1,6 SMIC26. Or, les salaires
moyens dans l’industrie étant sensiblement plus élevés que dans les activités tertiaires, ce sont
essentiellement les services de proximité qui en ont été les bénéficiaires. De fait, s’agissant du coût unitaire
de la main-d’œuvre manufacturière, la France occupe le 4ème rang dans l’UE à 27, avec un coût horaire à
43,6 € contre une moyenne de 34 € pour la zone Euro. Alors que ce coût était inférieur à celui de
l’Allemagne jusqu’en 2020, il est aujourd’hui repassé très légèrement devant. Si ces coûts sont plus
favorables ou comparables à ceux de certains pays voisins (le Danemark avec 50,9 €, la Belgique à 47,2 €,
l’Allemagne à 43,5 € et les Pays-Bas à 42,8 €), le différentiel reste très élevé avec d’autres pays limitrophes
ou très proches (l’Italie à 29,3 €, l’Espagne à 24,7 € ou le Portugal à 13,8 €). Par ailleurs, certains Etats de
l’UE à 27 affichent encore des niveaux de coûts très faibles (par exemple la Pologne à 11,5 € ou la
Roumanie à 8,5 €)27Rexecode sur la base des enquêtes ECMO d’Eurostat, 3ème trimestre 2022..
A l’évidence, cette dimension joue très différemment en défaveur de la France selon les filières
industrielles, leur intensité en travail, leur degré d’exposition à la concurrence internationale, leurs
impératifs de proximité avec leurs marchés, leur degré d’automatisation, leurs niveaux de gammes et de
marges. L’innovation et la montée en gamme peuvent compenser ce désavantage comparatif comme en
attestent les cas de la Norvège ou de la Suisse, qui ont solidement résisté à la désindustrialisation en dépit
d’un coût horaire de la main-d’œuvre manufacturière 50 % plus élevé qu’en France28. Par ailleurs, une
étude Bpifrance auprès de plus de 1 000 dirigeants français d’entreprises industrielles de plus de 10 salariés
souligne que c’est avant tout l’impératif de proximité qui a motivé leur installation à l’étranger. Sur les 23%
de répondants qui déclarent avoir été incités à délocaliser dans les cinq dernières années, la moitié l’a été
pour éviter une rupture de contrat avec un client. A travers leur implantation géographique, c’est avant
tout la proximité client qui est invoquée par les industriels : sur les 23 % de répondants qui déclarent avoir
été incités à délocaliser dans les cinq dernières années, la moitié l’ont été pour éviter une rupture de
33
contrat avec un client29La réalité des PME et ETI industrielles face aux mouvements de délocalisation et de
relocalisation », Bpifrance, janvier 2022..
Mais plus que le coût de la main-d’œuvre, c’est sa disponibilité qui pourrait pénaliser l’implantation
d’activités industrielles nouvelles sur le sol français. Les dirigeants industriels français sont les plus
nombreux à faire état de difficultés de recrutement : 65 % d’entre eux déclarent aujourd’hui se heurter à
cet obstacle contre 29 % seulement à la fin 202030Enquête trimestrielle de conjoncture dans l’industrie,
INSEE, données d’avril 2023.. Il s’agit là d’un plus haut historique depuis plus de deux décennies. En
conséquence, les emplois non pourvus dans l’industrie se chiffrent à plus de 61 000 au milieu de l’année
2022, soit le double de l’année 201931. Déjà patentes, ces pénuries de compétences devraient s’accentuer
avec les effets du basculement vers le « travail du futur », l’industrie étant le secteur qui va connaître la
plus forte croissance des besoins en matière de compétences technologiques de pointe selon nos
projections32. En France, à titre d’exemple, nos modélisations suggèrent que les entreprises auront besoin
de 525 000 profils dits STEM supplémentaires à horizon 2030, soit une augmentation de 26 % par rapport à
201933The Future of work in Europe", McKinsey Global Institute, 2020.. Les phénomènes de tensions sur le
marché du travail et sur l’accès aux talents clés devraient s’amplifier et affecter différemment les bassins
d’emplois. Pour les industriels, il conviendra donc de cibler au mieux la disponibilité géographique des
compétences de demain, mais aussi d’engager les programmes de requalification à grande échelle
(reskilling – upskilling) qui seuls permettront de combler les nécessités en évolution rapide de l’entreprise.
L’outil productif français a été fragilisé par des décennies de désindustrialisation, auxquelles s’ajoute un
défaut d’investissements dans la modernisation des sites de production. La France dispose ainsi d’un parc
de machines industrielles plus ancien que la moyenne européenne et plus faiblement robotisé. En effet,
pour 10 000 salariés de l’industrie, on compte en France 194 robots installés, contre 224 en Italie, 371 en
Allemagne et 932 en Corée du Sud34IFRI, septembre 2022, il est à noter que la densité de robots varie
fortement selon les filières).. Or, ces pays sont précisément ceux qui ont le mieux réussi à conserver ou
développer les activités industrielles sur leur territoire, illustrant à quel point l’équipement en robotique de
pointe peut permettre de préserver un avantage comparatif, en dépit de coûts de main-d’œuvre élevés. La
moindre modernisation de leur outil productif a entraîné un retard certain des acteurs hexagonaux sur
l’ensemble des technologies industrielles de rupture. Ainsi, parmi la liste des 132 sites identifiés par The
Global Lighthouse Network comme des industries « phares », c’est-à-dire des leaders ayant intégré des
technologies avancées (IA, robotique, cloud ou encore big data) au cœur de leurs systèmes de production,
seuls 5 sont implantés en France, alors que l’on en compte ~35-40 en Europe, et aucun nouveau site
français n’a rejoint la liste en 202235Global Lighthouse Network: Shaping the Next Chapter of the Fourth
industrial Revolution", World Economic Forum et McKinsey & Company, janvier 2023. (Figure 4).
Pourtant, depuis une dizaine d’années, l’investissement des entreprises du secteur manufacturier est plus
élevé en France que dans la plupart des autres pays européens (les dépenses d’investissement
représentaient 25,7 % de la valeur ajoutée en France contre 19 % en Allemagne en 2016), alors que les
performances économiques en matière de compétitivité et de gains de productivité ne reflètent pas cet
effort. Ce décalage soulève de nombreuses interrogations sur l’efficacité de l’investissement et les origines
d’un possible « paradoxe » de l’investissement français.
Cet écart entre l’industrie française et la moyenne de ses homologues, chiffré entre 6,7 et 8,5 milliards
d’euros annuels de formation brute de capital fixe (FBCF), tient d’après une étude de La Fabrique de
l’industrie36 L’investissement des entreprises françaises est-il efficace ? », La Fabrique de l’industrie, OFCE,
France Stratégie, 2018., à des pratiques de comptabilisation différentes entre les offices statistiques
nationaux. Les entreprises françaises investissent beaucoup plus dans l’immatériel (logiciels, bases de
34
données, R&D...) que leurs homologues européennes. En revanche, elles investissent comparativement
moins dans les machines et équipements, ce qui pourrait expliquer une moindre performance de l’outil de
production français.
Dans certains secteurs, des écosystèmes entiers se trouvent aujourd’hui fragilisés et dépendants des pays
voisins, rendant complexes et extrêmement coûteuses les relocalisations sur le territoire.
La dépendance vis-à-vis de pays non-membres de l’UE pour l’approvisionnement en composants clés pour
atteindre les objectifs de la SNBC pourrait même devenir un risque majeur, en particulier pour le solaire
photovoltaïque, les batteries ou encore l’électronique de puissance. Par exemple, la Chine domine la
production solaire photovoltaïque tout au long de la chaîne de valeur : elle fournit actuellement 95 % des
matériaux utilisés pour fabriquer ses composants microélectroniques, plus de 70 % du polysilicium et des
cellules photovoltaïques et près de 70 % des panneaux solaires (Figure 5).
La plupart des semi-conducteurs sont également produits en Asie (22 % en Chine, 19 % à Taïwan, 17 % en Corée
et 16 % au Japon), la France et l’Allemagne ne représentant conjointement, quant à eux, que 5 % de la production
mondiale. Face à ce constat, ce sont des domaines pour lesquels les Etats-Unis ont développé des plans
industriels ambitieux, visant à regagner une souveraineté stratégique sur les différents éléments de la chaîne de
valeur. De même, la main-d’œuvre qualifiée pour travailler dans les énergies renouvelables au sein de l’Union
européenne est rare, et les employeurs sont confrontés à une concurrence élevée de la part de secteurs
d’activités adjacents. Cette pénurie de main-d’œuvre devrait considérablement s’aggraver aussi bien en ce qui
concerne les ouvriers que les cadres nécessaires à la conception et à la construction des actifs éoliens et solaires
dans l’Union européenne : celle-ci devrait en effet être multipliée par un facteur de trois à quatre d’ici
203037Building resilient supply chain for the European energy transition", McKinsey & Company, octobre
2022. (Figure 6).
Si les stratégies de relocalisation en France doivent donc faire face des défis structurels, à un sous-
investissement historique dans l’industrie et à des écosystèmes fragilisés, l’Hexagone possède néanmoins
de nombreux atouts pour attirer les entreprises françaises et européennes.
Parmi eux, figure incontestablement la force de traction qu’exercent ses grands champions mondiaux. Si
l’industrie ne pèse plus que 13 % du PIB français, elle représente encore plus de 50 % des entreprises du
CAC 40. Ces géants mondiaux qu’héberge la France alimentent un tissu très solide et dynamique de filières.
Si le chaînon des 1 700 ETI demeure trop faible en France et que notre pays gagnerait à le développer selon
le modèle du Mittelstand allemand, ces acteurs ainsi que les 25 000 PME industrielles françaises
composent un vivier particulièrement riche. Or, ces entreprises délocalisent peu et représentent une part
majeure des forces vives industrielles du pays : 85 % d’entre elles ont la totalité de leurs sites de
production en France, et seules 1,5 % produisent totalement hors de nos frontières38La réalité des PME et
ETI industrielles face aux mouvements de délocalisation et de relocalisation », Bpifrance, janvier 2022.. En
développant les dynamiques écosystémiques et les logiques de partenariats entre grands groupes et PME
(mutualisation de moyens, co-investissements, formation, partage de bonnes pratiques, appui à
l’exportation…) pour aller bien au-delà du lien client-fournisseur, les filières françaises pourraient se
renforcer sensiblement39.
35
D’autres fondements très solides sont reconnus par les investisseurs étrangers parmi les principaux
facteurs d’attractivité de la France40 : l’accès aux marchés grâce à une situation géographique très
favorable au cœur de l’UE et une connexion très performante aux divers flux d’échanges transfrontaliers
(terrestres, maritimes, aériens, fluviaux), la qualité des infrastructures, le vivier des talents et en particulier
la qualité de la formation des ingénieurs et diplômés en STEM, l’excellence des foyers de recherche et
d’innovation, la possibilité de disposer d’une énergie décarbonée grâce au mix énergétique et en
particulier au parc nucléaire. Tous ces éléments alimentent sans conteste la puissance et la plus-value du «
Label France », porté aussi bien dans le domaine de l’excellence par les secteurs du luxe ou de
l’agroalimentaire haut de gamme, que sur la dimension de l’innovation par les secteurs de l’aéronautique
et défense, du spatial, de l’automobile et de la haute technologie.
Il convient également de souligner les atouts majeurs de la France au regard des perspectives de l’industrie
de demain, que notre cabinet mettait en évidence dans un récent rapport41Donner un nouveau souffle au
modèle de croissance inclusive et durable de l’Europe et de la France », McKinsey & Company, juillet 2022..
Parmi ceux-ci, on peut mentionner la force de la French Tech et de ses 27 licornes, dont plusieurs sont
positionnées sur les technologies de rupture de l’industrie du futur, mais aussi le fait que la France soit le
seul pays européen représenté dans le top 10 des clusters technologiques mondiaux. Autre ferment de
réussite dans les secteurs industriels d’avenir, la présence très marquée des grandes entreprises françaises
dans les alliances stratégiques qui ont été récemment conclues pour les méga-investissements dans la tech
et l’économie décarbonée (Stellantis – TotalEnergies – Mercedes Benz sur les moteurs électriques, Renault
– Valeo – Siemens sur le moteur électrique sans terre rare, Renault – Veolia – Solvay sur le recyclage des
batteries, Airbus – Air Liquide – Vinci Airports sur l’hydrogène aérien… pour n’en citer que quelques
exemples). Enfin, la France peut tirer parti de son positionnement très solide sur 6 des 10 domaines
technologiques transverses qui conditionneront la performance de l’industrie du futur : les biotechs,
l’informatique quantique, les cleantechs, l’internet des objets, la 5G, ou encore l’intelligence artificielle.
De fait, des évolutions positives commencent déjà à se matérialiser pour l’industrie française. Le nombre
de nouveaux projets d’investissements étrangers dans l’industrie (greenfield) a augmenté de 44 %42 entre
2018 et 2021. La France a aujourd’hui repris le 8ème rang des puissances industrielles mondiales qu’elle
avait perdu au profit du Royaume-Uni, tandis que le solde net des créations d’emplois dans l’industrie est
redevenu positif à partir de 2017, pour la première fois depuis 2000. Il s’est ainsi établi à 53 000 emplois
supplémentaires en 2021, selon l’Insee43En 2021, l’emploi augmente de façon inédite », INSEE, janvier
2023.. Les relocalisations des sites de production se sont amplifiées après la pandémie : 90 décisions de
relocalisation sont intervenues en 2021, contre 30 en 2020 et 12 en 201944.
Pour capitaliser sur ces atouts et pour répondre aux défis posés par la relocalisation, l’investissement dans
le tissu industriel et dans l’ensemble des écosystèmes est nécessaire. Celui-ci est rendu plus complexe par
le contexte inflationniste (+5,2 % sur un an en France, hors énergie45), mais des aides de l’Etat peuvent
accompagner la transformation vers l’industrie du futur. 834 M€ ont ainsi été accordés à 7 735 entreprises
en 2022 et 2,5 milliards d’euros seront investis d’ici 203046 pour préparer les compétences de demain :
maintenance prédictive, data science, supply chain et logistique, etc. Ces avancées doivent contribuer à
combler en partie l’écart avec les Etats-Unis et la Chine, et à créer entre 2 000 et 4 000 milliards d’euros de
valeur ajoutée d’ici 204047Securing Europe’s competitiveness: Addressing its technology gap", McKinsey &
Company, septembre 2022..
Avec autant d’éléments en jeu et d’incertitudes, il devient aujourd’hui indispensable pour les entreprises
industrielles françaises de repenser leur stratégie de production au sens large pour anticiper ces
transformations. Afin d’éclairer la prise de décision, une approche consiste à envisager sa stratégie
industrielle en adoptant une vision élargie de la valeur fournie par la chaîne d’approvisionnement.
36
6 dimensions à prendre en compte par les acteurs français dans la redéfinition de leur stratégie
industrielle
Pour faciliter les différents arbitrages à effectuer dans le cadre d’une nouvelle stratégie industrielle, 6
dimensions doivent être étudiées en détail : 3 traditionnelles et 3 nouvelles (Figure 7). Au-delà des 3
dimensions classiquement analysées par les acteurs industriels pour définir et optimiser leur stratégie
industrielle, à savoir le Coût & Capital, le niveau de service et la qualité, 3 nouvelles dimensions
mériteraient d’être davantage prises en compte : la résilience de la chaîne d’approvisionnement (incluant
l’impact des perturbations externes sur la disponibilité des produits), le capital humain (incluant le
recrutement, la rétention et la gestion des talents) et l’ESG (notamment l’impact carbone et l’impact de la
production locale sur la croissance).
Pour établir leur nouvelle stratégie industrielle, les acteurs du secteur doivent donc répondre à un certain
nombre de questions clefs sur chacune de ces 6 dimensions.
Les trois dimensions traditionnellement considérées par les acteurs industriels pour définir leur stratégie
restent déterminantes dans le processus de décision. La réflexion, néanmoins, mérite d’être affinée sur ces
dimensions, un certain nombre de nouveaux facteurs conjoncturels et structurels venant modifier la
donne.
Coût & Capital. Cette dimension, dont le poids n’est pas nouveau, change de nature sous l’effet combiné de
l’automatisation, de la réduction du différentiel de coût entre l’Europe et l’Asie et de l’impact de l’inflation
sur les achats directs indirects et sur les investissements (stocks, CAPEX). Les questions que les industriels
doivent se poser pour prendre en compte cette dimension incluent : comment lutter contre l’inflation au
travers de programmes d’achats directs et indirects ? Comment s’assurer de la pérennité de la performance
industrielle (par exemple, manufacturing 4.0) et logistique ? Comment prioriser les besoins et transformer
les pratiques d’exécution des projets d’investissement pour éviter de répéter des erreurs passées et
construire plus vite et à moindre coût ?
Service Sur cette dimension, on entend le taux de service offert à la fois par client et par produit. Dans le
cadre de la redéfinition de sa stratégie industrielle, il est impératif de balayer les questions suivantes : quelle
segmentation du portefeuille produit / client effectuer pour adapter le niveau de service (par exemple : taux
de remplissage, fréquence de livraison de commandes complètes et à temps) par unité de gestion des stocks
et par marché ? Comment mettre en œuvre et opérationnaliser cette segmentation dans la supply chain, en
adaptant la longueur des chaînes d’approvisionnement, les modes de transports, les points de découplages
(design, planning) ou en modifiant les stratégies de Go-to-Market et de Route-to-Market ? ? Par ailleurs, il
est important pour les industriels de développer une excellence commerciale autour des services industriels,
c’est-à-dire d’optimiser la chaîne de valeur en commençant par une compréhension parfaite de la base
installée d’un équipement industriel, et d’optimiser le taux d’extraction de services de cette base (entre
autres autour du modèle "product as a service"). En proposant un réel accompagnement aux comptes
stratégiques sur toute la durée de vie d’un équipement (proposer des pièces de rechange en ligne durant les
premières années de vie d’un produit dès la fin de garantie, assurer un service régulier de maintenance
prédictive, des améliorations d’équipements, etc.), les industriels peuvent ainsi créer une croissance
récurrente, protéger leurs marges et améliorer la satisfaction de leurs clients. Ces dimensions sont d’autant
plus cruciales que la part des prestations de services dans la valeur ajoutée industrielle est déjà considérable.
Ainsi, dans les exportations de biens manufacturés, la proportion de la valeur ajoutée issue des services
atteint 37 % en France, soit davantage qu’en Allemagne (30 %)48.
Qualité. Cette dimension recouvre l’anticipation des besoins clients en termes de qualité et de conformité
pour adapter et mettre à niveau les capacités de production de l’entreprise. Elle implique de soulever les
questions suivantes : comment prendre en compte le renforcement des exigences qualité (demande de
37
traçabilité, de produits "premium") ? Comment anticiper les enjeux de mise en conformité (par exemple, les
nouvelles normes par marché) pour mettre à niveau ses capacités de production ?
Au-delà de ces trois dimensions traditionnelles, il convient de prendre en compte trois nouvelles
dimensions primordiales pour éclairer la prise de décision dans un contexte de perturbations majeures et
amenées à se pérenniser.
Résilience & Agilité. Nous l’avons vu, le manque de fiabilité des réseaux mondialisés rend vulnérables les
acteurs industriels dotés de longues chaînes d’approvisionnement. Pour y remédier, les acteurs industriels
ont tout intérêt à approfondir la question de la résilience de leur supply chain : comment créer les conditions
de la transparence en matière de risques pour l’ensemble de la chaîne de valeur (fournisseurs de tous rangs,
production, distribution) ? Comment cartographier et hiérarchiser les aléas à travers une classification des
composants / fournisseurs par niveau de risque ? Comment mettre en œuvre et financer une stratégie
d’atténuation et de couverture adéquate (redondance, nature et niveau des stocks) ?
Capital humain. Comme évoqué précédemment, de nombreux industriels sont confrontés à la difficulté de
recruter des profils techniques, du fait de l’évolution des compétences critiques et des problèmes de
disponibilité de ces talents sur leur lieu d’implantation. Il est ainsi urgent d’anticiper les questions relevant
du capital humain, de son attraction comme de sa rétention : de quels talents a-t-on besoin dans les 10
prochaines années pour faire face à la transformation des métiers de l’Industrie 4.0 ? Quelle stratégie mettre
en œuvre pour attirer, retenir, développer, ou externaliser les talents en fonction des métiers et des
localisations, sur l’ensemble de la chaîne de valeur (fournisseur / interne / partenaires / clients) ?
ESG. Cette dimension recouvre l’évaluation quantitative et qualitative des externalités attachées à un
produit ou un service sur l’ensemble de leur cycle de vie. A l’heure où les consommateurs sont de plus en
plus sensibles aux caractéristiques « invisibles » des produits, telles que leur empreinte carbone, leur
circularité ou les conditions de travail dans la chaîne, cette dimension devient cruciale. Quelle performance
ESG le réseau actuel peut-il atteindre ? Quel est l’impact carbone des différentes configurations potentielles
du réseau (transport, production interne, production externe) ?
Les récentes perturbations sanitaires et géopolitiques ont amené l’ensemble des acteurs du secteur à
repenser leur stratégie industrielle, incluant une réflexion profonde sur la localisation des différents sites
de production et sur la chaîne d’approvisionnement associée. Définir ces stratégies à l’aune de ces 6
dimensions constitue une étape incontournable pour permettre aux acteurs de prendre des décisions
éclairées face à une équation de l’implantation industrielle optimale profondément renouvelée
38