These
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Spécialité :
Electronique, micro et nanoélectronique, optique et laser
Cette thèse a constitué pour moi une étape importante, tant sur le plan profes-
sionnel que personnel. Elle est l’aboutissement de mes neuf années d’études à l’INSA de
Lyon, et m’a ainsi permis de développer mes connaissances et compétences, scientifiques
et humaines, au sein d’un projet qui m’a toujours motivé et tenu à cœur. Je ressors de
cette expérience grandi, et prêt à me lancer avec enthousiasme vers la prochaine étape !
J’aimerais donc remercier ici toutes les personnes qui m’ont accompagné durant
cette aventure. Je commencerai par remercier les membres de mon jury de thèse, pour
avoir étudié mon travail avec attention et avoir assisté à ma soutenance à distance
en cette période de crise sanitaire. Je tiens également à remercier mes directeurs de
thèse, Taha Benyattou et Cécile Jamois, ainsi que mon mentor expérimentateur, Lotfi
Berguiga, qui m’ont aidé à me développer et à grandir, m’ont apporté leur aide et leur
soutien durant ces quatre années parsemées d’épreuves mais aussi de succès. J’adresse
aussi mes remerciements aux partenaires du projet CLIPO, la société Avalun et le
CEA-Leti, et en particulier Mathieu Dupoy avec qui j’ai eu la chance de développer des
protocoles expérimentaux passionnants et motivants.
Je souhaite remercier également l’école doctorale EEA dirigée par Gérard Scorlet-
ti, et le laboratoire INL dirigé par Catherine Bru-Chevallier, pour m’avoir permis de me-
ner à bien mon travail de thèse. Et en particulier l’équipe i-Lum (ex-Nanophotonique),
l’équipe Nanobiotechnologies et notamment Yann Chevolot et Thomas Gehin avec qui
j’ai eu le plaisir de travailler sur l’aspect bio-chimie de ma thèse, et la plateforme Nano-
lyon. Merci également au personnel administratif, notamment Virginie Lagarde, Annie
Suslec et Sylvie Concalves au laboratoire, Patricia Langelot et Elisabeth Rey au dépar-
tement SGM de l’INSA de Lyon, et Marie-Christine Havgoudoukian à l’ED-EEA. Un
merci tout particulier également à Fabien Mandorlo, Philippe Girard et Bruno Masenelli,
Mes collègues doctorants ont occupé une place centrale dans ces quatre dernières
années, aussi je tiens à les remercier chaleureusement de s’être embarqués comme moi
sur le navire de la thèse. Un sââlut très amical et de grosses bises à Ali « Jaffar », Benoit
« Mulet », Florian « Loser », Li « Jade huā » Xiao , Michele « Trombettista », Nelly
« Moulin », Zhang « Victor you’re so annoying » Yu, et les plus nouveaux Alestair,
Ali, Éva et Jérémy (bon courage et tenez bon !), ainsi que Benjamin « le Fragile »
et Solène « Brôôôttet » malgré leur dédain manifeste pour toute forme de doctorat.
Merci également aux étudiants de SGM et mes stagiaires et PFEs : ces expériences
d’enseignement et d’encadrement ont été très fécondes pour moi, elles m’ont appris à
mieux formaliser mes idées, et m’ont apporté le plaisir du partage des connaissances
qui me tient à cœur.
Enfin je remercie tous mes amis (de l’INSA, du Sud, de Finlande et d’ailleurs...)
pour leur soutien et les moments de joie qu’ils m’ont procurés, dans les hauts comme
dans les bas. Et en vrac parmi mes sources d’inspiration et de culture : Science Éton-
nante, Mr. Phi et la Méthode Scientifique, Stephen Curry, Josef Průša, les fabricants
de puzzles, OGN, Zuppi et Rubenstock... Merci à mes deux partenaires de confinement,
ma minette Néfertiti (« Pâté ») et Émilie, pour m’avoir supporté dans tous les sens du
terme et avoir été mon refuge de bonheur. Merci enfin à ma famille, grâce à l’ADN et
l’éducation de laquelle je suis devenu celui qui écrit ces lignes avec émotion, fierté et
reconnaissance.
Introduction 9
1.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
Interférométrie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
1.5 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
2.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
2.5 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
3.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
3.3.1 Fabrication . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
3.6 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
4.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
Bibliographie 160
D’autre part, le coût de ces équipements les rend peu abordables dans les cam-
pagnes ou les pays en développement, ce qui empêche l’accès aux diagnostics, et donc
aux soins, à certaines populations [5]. De même, la disponibilité des tests de denrées
alimentaires est limitée dans les pays en développement, où les maladies liées à l’ali-
mentation sont plus courantes [6].
• Dans le premier chapitre, après avoir précisé notre champ d’étude, nous présen-
terons une revue bibliographique de la biodétection optique. Nous comparerons
les caractéristiques des différentes approches décrites dans la littérature, afin de
mettre en évidence leurs avantages et inconvénients pour la conception d’un cap-
teur portatif de type Point-Of-Care. La fin de ce premier chapitre sera consacrée
à la description de l’approche que nous avons choisi de développer dans cette
thèse, qui consiste en un dispositif d’imagerie sans lentille d’une puce de cristaux
photoniques en silicium. Notre stratégie se base sur la mesure du décalage spec-
tral de la résonance de ces structures à l’aide d’un détecteur en intensité, afin de
détecter la présence de biomolécules à leur surface.
• Le second chapitre est dédié à la description détaillée du banc optique que nous
avons développé, dans le but de caractériser les propriétés optiques de nos cristaux
photoniques en vue de leur utilisation en imagerie. Nous décrirons également les
procédures de préparation des échantillons pour des mesures spectrales en milieu
liquide, ainsi que les outils et méthodes que nous avons utilisés pour ces mesures.
Enfin, nous déterminerons les limites de détection de ce banc optique en matière
de stabilité et de reproductibilité, afin de valider sa conception pour la détection
de biomolécules visée dans cette thèse.
10
11
Sommaire
1.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.5 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
12
1.1 Introduction
Les capteurs Point-Of-Care (POC) visent à réduire le coût et le temps des ana-
lyses biomédicales, et permettre un diagnostic rapide sur le lieu d’intervention. Ces
outils pourront jouer un grand rôle en matière de santé publique, en permettant notam-
ment le dépistage précoce de maladies telles que les cancers, ou le contrôle de l’évolution
des épidémies. Ils pourront également fournir des analyses sanitaires de la nourriture,
et ainsi lutter contre les maladies d’origine alimentaire.
Pour remplir ces rôles, les capteurs POC devront répondre à de nombreuses
exigences. L’ergonomie est primordiale pour faciliter leur utilisation par des non-
spécialistes. Le caractère portable des capteurs POC est également essentiel pour assurer
leur mobilité, et ainsi permettre leur utilisation loin des centres hospitaliers et des labo-
ratoires d’analyse, comme dans les campagnes ou les pays en développement. Cependant
la portabilité ne doit pas être obtenue au détriment des performances : les capteurs POC
devront présenter une bonne sensibilité, tout en offrant une réponse rapide permettant
la prise de décision thérapeutique. Enfin la compatibilité avec les technologies de fabri-
cation de masse est importante, pour diminuer le coût des équipements et des puces
consommables et en permettre l’accès au plus grand nombre.
Parmi les différentes voies de recherche, les capteurs optiques constituent une
approche privilégiée, car leur robustesse associée à de hautes performances de détection
en font des candidats prometteurs vers les plateformes de détection POC. Ils permettent
également une intégration dense de nombreux capteurs, et donc présentent un fort po-
tentiel pour le criblage moléculaire. Dans ce chapitre, après avoir défini notre champ
d’étude, nous effectuerons une revue bibliographique des différentes techniques de biodé-
tection optique, afin de dégager les avantages et les inconvénients de chaque approche, et
ainsi évaluer leur intérêt dans le contexte du POC. Enfin nous présenterons l’approche
que nous avons choisie pour réaliser notre plateforme de détection.
13
Les capteurs de glucose sont un autre exemple très répandu de capteurs POC. La
majorité des capteurs de glucose actuels se basent sur une détection électrochimique de
type ampérométrique, et présentent une très bonne sensibilité et une bonne sélectivité,
ainsi qu’un faible coût de production. Le principe général de la détection de glucose par
ampérométrie est présenté sur la figure 1.1b : une électrode est recouverte d’une enzyme,
la glucose oxydase (GOx), qui transforme le glucose en acide gluconique et en peroxyde
d’hydrogène. Celui-ci s’oxyde ensuite et libère deux électrons qui vont circuler à travers
l’électrode. La mesure de ce courant permet alors de déterminer la concentration de
glucose dans l’échantillon [11–13].
14
(a) (b)
Les deux exemples illustrés ci-dessus sont déjà commercialisés du fait de leur sim-
plicité de mise en œuvre et leur faible coût de production. Ils sont dédiés à la détection
d’une biomolécule particulière, et peuvent être utilisés par le grand public grâce à leur
facilité d’utilisation. Cependant ces techniques ne sont pas adaptées au développement
de plateformes de biodétection POC plus génériques, pouvant détecter une large variété
d’espèces biochimiques. En effet ces plateformes doivent être multiplexées, c’est-à-dire
être capables d’effectuer un criblage moléculaire pour répondre aux besoins de diagnos-
tic de maladies chez le patient, ou de contrôle sanitaire des denrées alimentaires [17].
La transduction par voie optique est une alternative possible vers les plateformes
de biodétection POC. Elle est compatible avec les fluides physiologiques, est insensible
15
Au sein des capteurs optiques d’affinité qui nous intéressent dans ce manuscrit, il
existe deux méthodes principales pour détecter une couche de biomolécules. La première
méthode est la détection par fluorescence, qui consiste à marquer les cibles avec des
fluorophores. On mesure ensuite l’intensité de la fluorescence par imagerie, qui traduit
la présence des cibles sur la surface fonctionnalisée. Cette technique est très sensible,
et peut aller jusqu’à la détection d’une molécule unique [19]. Il est également possible
d’effectuer de nombreuses mesures en parallèle. Cependant l’analyse par fluorescence
ne permet qu’une mesure semi-quantitative, car le nombre de fluorophores attachés
aux molécules cibles ne peut pas être contrôlé avec précision [18]. De plus, la présence
des fluorophores peut perturber l’activité biochimique de la molécule et peut interférer
dans la bioreconnaissance. D’autre part, l’analyse par fluorescence requiert une étape
de préparation longue et rigoureuse de l’échantillon. Ces différentes raisons font que la
fluorescence est peu adaptée à la biodétection POC.
16
Au sein des capteurs SPR, la transduction est opérée par des plasmons de surface,
qui sont les quanta d’une onde de densité électronique à l’interface entre deux milieux
d’indices de réfraction de signes opposés, comme entre un métal (le plus souvent de
17
La sensibilité des dispositifs à SPR est très élevée, de l’ordre de quelques cen-
taines à plusieurs dizaines de milliers de nanomètres par unité d’indice de réfrac-
tion (nm · RIU−1 ) [22]. Un autre paramètre à prendre en compte est la largeur de la
résonance, quantifiée par le facteur de qualité Q, qui intervient dans les performances
de détection. Plus ce facteur est élevé, plus les résonances sont fines spectralement, et
18
donc plus petit sera le décalage spectral minimum mesurable. Pour la SPR, le facteur
de qualité est faible, typiquement de quelques dizaines.
L’intégration de puces SPR dans des dispositifs portables est donc un point
d’amélioration vers le développement de la plasmonique POC [23]. Le dispositif de
Tokel et al., illustré sur la figure 1.4, est un exemple d’intégration d’une puce SPR dans
un boitier compact de 13.5 cm × 10 cm × 5.2 cm. Dans ce dispositif, une source LED
émet un faisceau collimaté par une lentille sur la surface d’une puce fonctionnalisée. Le
faisceau est ensuite réfléchi vers une caméra CMOS qui mesure l’intensité de la lumière
en fonction de l’angle d’incidence. Ce système est compact et portatif, et a démontré
la détection de bactéries. Cependant il nécessite un liquide d’adaptation d’indice entre
la puce et le prisme, ce qui demande une manipulation lors de l’installation de la puce.
L’installation de telles puces jetables reste en effet un obstacle à l’utilisation par le
grand public de ce type de capteur. En outre, ce système ne permet pas le multiplexage
car il ne peut opérer qu’une seule mesure par puce.
La SPR classique est peu adaptée à la détection POC du fait de son faible
potentiel de miniaturisation et de multiplexage. Une des voies possibles pour contourner
ces limitations consiste à imager une matrice de capteurs indépendants à la surface de
la puce à l’aide d’une caméra : ce principe s’appelle la SPR par imagerie (SPRi) [25].
Au lieu de mesurer une variation d’angle ou de longueur d’onde, on mesure l’intensité
de la lumière réfléchie ou transmise par la puce plasmonique illuminée par une source
de fine largeur spectrale. Cette intensité varie en effet avec la variation d’indice de
réfraction. La SPRi offre intrinsèquement une plus faible résolution que les dispositifs
19
Fig. 1.4 : Exemple de dispositif de détection SPR intégré dans un boitier compact de
Tokel et al. : (a) et (b) plateforme de détection, (c) vue schématique de la plateforme
de détection plasmonique [24].
à SPR classiques [26], mais son potentiel pour le multiplexage en fait une approche
très prometteuse pour la détection POC. Nous verrons plus loin quelques exemples de
dispositifs exploitant la SPRi.
Les efforts de recherche en plasmonique POC se tournent également vers les na-
noparticules plasmoniques, plus faciles à exciter. Dans les nanoparticules, les plasmons
ne peuvent pas se propager car les dimensions sont inférieures à la longueur d’onde de
résonance. Les plasmons sont donc confinés dans les particules, comme illustré sur la
figure 1.5 : on parle alors de résonance de plasmons de surface localisés (Localized Sur-
face Plasmon Resonance, LSPR). L’utilisation de ces nanoparticules est rendue possible
par l’amélioration des techniques de nano-fabrication, car la taille des particules est cri-
tique [27]. Le champ y est concentré plus près de la surface des particules par rapport à
la SPR classique, la LSPR est donc moins sensible aux interactions avec le volume : la
sensibilité descend à quelques centaines de nm · RIU−1 . Cependant elle est plus sensible
à la présence de molécules très proches de la surface, c’est-à-dire à quelques dizaines de
nanomètres), ce qui est un avantage pour la détection de biomolécules. Les facteurs de
qualité en LSPR sont également de l’ordre de la dizaine [22].
20
Pour aller plus loin, on peut utiliser la lithographie électronique, qui permet une
plus grande maitrise des dimensions des particules (notamment de leur rapport d’aspect)
21
Fig. 1.6 : Exemple de dispositif de détection de Haes et al. utilisant la LSPR sur des
nanoparticules d’argent sur substrat [29].
22
Fig. 1.7 : Dispositif d’imagerie sans lentille par l’exploitation de la transmission op-
tique extraordinaire (EOT) proposé par Cetin et al. : (a) photographie du dispositif de
détection, (b) vue schématique, (c) image MEB (microscopie électronique à balayage)
de la puce plasmonique et (d) simulation FDTD de l’intensité du champ au voisinage
des trous [37].
un capteur individuel de 100 µm × 100 µm, qui donne lieu à une tache lumineuse sur la
caméra, dont l’intensité dépend de sa longueur d’onde de résonance. Les performances
optiques de ces capteurs sont élevées, avec une haute sensibilité de 621 nm · RIU−1 , et
un facteur de qualité de 17.
Du fait de l’absence de lentilles afin de réduire les contraintes d’alignement, les cap-
teurs diffractent la lumière, et donc les taches lumineuses recouvrent les taches voisines,
formant ainsi des figures d’interférences. Un algorithme de reconstitution d’images est
alors utilisé pour retrouver l’intensité transmise par chaque capteur individuel. Dans
ce dispositif, le couplage en incidence normale autorise ainsi un fort multiplexage. Ce
système de mesure a ensuite été amélioré par l’utilisation de deux sources [38]. Des
systèmes similaires ont permis de détecter des bactéries [39] et des antigènes [40].
23
L’approche plasmonique est déjà commercialisée pour des capteurs à haut rende-
ment, grâce à sa simplicité de fabrication et d’utilisation. Cependant l’usage de la SPR
propagative est peu adapté aux applications POC, notamment à cause de son faible
potentiel de miniaturisation et de multiplexage. Les recherches vers la plasmonique
POC évoluent donc vers des dispositifs compacts visant à utiliser des composants « sur
l’étagère » et des technologies pré-existantes (smartphones, Blu-ray), ce qui permet de
réduire les coûts.
Du côté des éléments sensibles, les nanoparticules et nanostructures plasmoniques
offrent la possibilité d’une miniaturisation grâce à l’amélioration des techniques de
fabrication de ces dernières années. Elles permettent un couplage de la lumière plus
facile, ce qui permet de les utiliser dans des boitiers compacts. Cependant leurs perfor-
mances optiques restent encore un domaine d’amélioration. En effet, la reproductibilité
des propriétés optiques est fortement dépendante des dimensions des structures, qu’il
est difficile de contrôler précisément à l’échelle de la puce [43, 44]. De plus, les struc-
tures plasmoniques présentent généralement des résonances larges, avec des facteurs
de qualité de l’ordre de la dizaine (ce qui correspond à une largeur spectrale de plu-
sieurs dizaines de nanomètres), or la finesse de la résonance joue un rôle clé dans la
détermination de la limite de détection des capteurs.
24
Interférométrie
25
Les interféromètres ont besoin d’un long chemin optique pour obtenir une grande
sensibilité, ce qui les rend difficile à miniaturiser. Par conséquent, pour améliorer for-
26
Fig. 1.10 : Exemples de structures résonantes : (a) anneau résonant [54], (b) disque
résonant [59] et (c) cavité à cristal photonique [60].
tement l’interaction avec l’analyte, on a recours à des structures résonantes, telles que
les anneaux [54–57] et disques résonants [58, 59], ou encore les cavités à cristaux pho-
toniques [60–62]. La figure 1.10 représente un exemple de chacune de ces structures.
Comme dans le cas des résonances plasmoniques, ces structures possèdent une longueur
d’onde de résonance qui varie avec l’indice de réfraction ambiant. Par ailleurs elles
peuvent fournir des résonances extrêmement fines, avec des facteurs de qualité de plu-
sieurs milliers [47]. À titre d’exemple, on peut citer les anneaux résonnants de Janz
et al. qui présentent une sensibilité de 110 nm · RIU−1 avec un facteur de qualité d’en-
viron 30 000 [63]. D’autre part, les structures résonantes ont généralement de faibles
dimensions qui les rendent compatibles avec le POC [64]. Ces avantages les placent
ainsi parmi les principaux concurrents des capteurs SPR.
Le principe des anneaux résonants est d’exciter un mode de galerie dans l’anneau
par le biais d’un guide d’onde, comme illustré sur la figure 1.10a. Le couplage avec le
guide d’onde n’a lieu que si la longueur de l’anneau est un multiple de la longueur d’onde
de la lumière. Il apparait donc des résonances à intervalles réguliers dans le spectre
de transmission du guide d’onde. Les guides d’onde sont généralement excités par un
faisceau focalisé sur un réseau de diffraction, qui assure le couplage entre l’extérieur et
le plan de la puce, comme l’illustre la figure 1.11 [56, 57].
27
Fig. 1.11 : Principe du couplage de la lumière entre l’extérieur et le plan d’une puce
de détection, à l’aide de réseaux de diffraction (illustration issue de [63]).
Une autre famille de résonateurs est celle des cristaux photoniques (CPs), et
notamment les CPs à deux dimensions tels que celui présenté sur la figure 1.10c [65]. Ils
sont généralement constitués d’un réseau périodique de trous dans une couche mince
de diélectrique de haut indice de réfraction. Les CPs possèdent plusieurs propriétés
intéressantes de contrôle de la lumière : d’une part, l’arrangement périodique de l’indice
de réfraction donne naissance à des bandes interdites de propagation de la lumière selon
certaines directions et à certaines longueurs d’onde, similairement aux bandes interdites
électroniques dans les semiconducteurs. Il est également possible de ralentir la lumière,
et donc la concentrer « temporellement » dans la structure [66, 67]. D’autre part, la
lumière est confinée dans le plan de la couche par réflexion totale interne et ne peut
pas se propager dans la troisième dimension. Enfin, l’introduction de défauts dans le
réseau périodique (par exemple en supprimant un trou ou en changeant son diamètre)
permet de confiner fortement la lumière localement [60, 68].
28
Fig. 1.12 : Puce de détection de Janz et al., constituée de 128 capteurs à anneaux
résonants adressés individuellement par des guides d’onde excités à l’aide d’un réseau
de diffraction [63].
29
Fig. 1.13 : Principe du biocapteur à cavité à cristal photonique de Lee et al. (adapté
de [69]).
(a) (b)
Fig. 1.14 : Exemples de structures résonantes dans lesquelles la lumière est fortement
concentrée à au voisinage du diélectrique : (a) cristal photonique à fente de Scullion et
al. [76] et (b) anneau résonant à cristal photonique de Lo et al [79].
du capteur de Scullion et al. [76], qui est un CP à fente d’environ 100 µm2 présentant
une très grande sensibilité de 500 nm · RIU−1 avec un grand facteur de qualité de 3000,
ce qui offre de très bonnes performances en détection.
Par la suite, toujours dans le but d’améliorer le volume d’interaction lumière-matière,
Flueckiger et al. [77] puis Lo et al. [78] ont réuni les concepts d’anneaux résonants
et de cristaux photoniques pour fabriquer des structures hybrides, dont un exemple
est donné sur la figure 1.14b. Ces structures exploitent les propriétés des CPs pour
contrôler la répartition de la lumière dans l’anneau résonant, afin d’augmenter le volume
d’interaction avec la solution pour obtenir une meilleure sensibilité. Lo et al. ont ainsi
obtenu une sensibilité de 248 nm · RIU−1 ainsi qu’un grand facteur de qualité de 1200,
avec des anneaux de 14 µm de diamètre.
30
D’autre part, pour améliorer leur capacité de multiplexage, les structures réso-
nantes peuvent être utilisées en série, avec des longueurs d’onde de résonance différentes,
que ce soit avec des anneaux résonants [80] ou des CPs [81]. Cette technique ne réduit
pas ou très peu l’encombrement des structures, mais permet de mettre en commun les
sources et les détecteurs de lumière.
Pour faciliter le couplage de la lumière dans les structures, on peut utiliser une
autre classe de cristaux photoniques, qui supportent des résonances de modes guidés
(Guided Mode Resonance, GMR). Il s’agit de modes à pertes qui ont la propriété de se
coupler avec une onde incidente dans la troisième dimension, similairement à un réseau
de diffraction. Ces structures combinent donc l’excitation en incidence oblique et la
fonction de transduction, au prix d’un facteur de qualité plus faible.
31
Fig. 1.15 : Dispositif de biodétection de Triggs et al. basé sur la résonance de mode
guidé : (a) motif résonant élémentaire, (b) matrice de motifs avec un gradient du facteur
de remplissage (FF), (c) résonances dans l’eau, (d) imagerie de la puce et (e) profil
d’intensité de l’imagerie [88].
matrice de motifs est imagée par une caméra CMOS. Un laser de large bande spec-
trale associé à un monochromateur illumine la structure en incidence normale, il n’y a
donc pas d’étape d’alignement précis. Ainsi il n’y a qu’une bande de motifs excitée à
la résonance, ce qui se traduit par une bande lumineuse sur la caméra. Puis lorsque les
motifs subissent un décalage spectral causé par la capture de biomolécules, la bande
lumineuse sur la caméra se décale spatialement, ce qui est facilement mesurable. La sen-
sibilité de ce capteur est de 137 nm · RIU−1 et son facteur de qualité est de 420, avec des
dimensions de 500 µm × 620 µm. Ces valeurs optiques relativement faibles s’expliquent
par l’utilisation du nitrure de silicium pour sa transparence dans la gamme du visible,
comme nous l’avons vu plus haut. Cette gamme de longueur d’onde est nécessaire pour
utiliser une caméra CMOS, mais limite les performances optiques du fait du plus faible
contraste d’indice de réfraction des matériaux utilisés.
Enfin, on peut citer d’autres techniques de détection qui ne sont pas détaillées
dans cette thèse, et qui pourraient constituer des voies d’amélioration de la détection
dans les dispositifs diélectriques. Un premier exemple est la détection de la phase par
spectroscopie à interférence réflectométrique [89], ou par l’excitation de structures mul-
ticouches [90]. Un autre exemple est la combinaison d’anneaux résonants avec la plasmo-
nique [91], qui combine les avantages des deux méthodes pour améliorer la sensibilité, et
également permettre une fonctionnalisation sélective facilitée par le contraste chimique
entre le métal et le diélectrique.
32
Dans cette partie, nous avons vu que les structures diélectriques permettent d’ob-
tenir des résonances très fines avec de bonnes sensibilités. De plus, elles sont en général
facilement miniaturisables du fait de leurs faibles dimensions, et offrent la possibilité
de multiplexage. Ces avantages leur permettent d’entrer en compétition avec la plasmo-
nique pour le développement de biocapteurs intégrés. Cependant les critères du POC
imposent de fortes contraintes technologiques : l’utilisation de lasers accordables et de
spectromètres est difficile à cause de leur coût et leur encombrement. On doit donc avoir
recours à des techniques alternatives pour mesurer le décalage spectral de la résonance
des structures, en préférant les détecteurs en intensité. D’autre part, la plupart des
capteurs de la littérature fonctionnent dans l’infrarouge, afin d’exploiter les bonnes pro-
priétés optiques des structures à base de silicium. Le revers de la médaille est que cela
empêche l’utilisation de détecteurs en silicium bas-coût tels que les caméras CMOS.
Nous avons vu également que le couplage de la lumière est un enjeu majeur : pour
faciliter l’utilisation d’un dispositif POC, l’excitation des structures doit nécessiter le
moins de contraintes d’alignement optique possible. De nombreux groupes utilisent des
réseaux de diffraction pour coupler la lumière, mais ceux-ci sont sensibles à l’alignement
du faisceau incident et à la longueur d’onde, ce qui complexifie leur intégration dans un
dispositif POC. Enfin, la compatibilité de la fabrication des dispositifs avec l’industrie
du silicium est un enjeu majeur, car elle permet de réduire fortement les coûts des puces.
Celles-ci doivent donc être fabriquées de préférence par photolithographie, ce qui a des
conséquences sur les dimensions critiques des structures, et donc leurs performances
optiques.
Le tableau 1.1 récapitule les caractéristiques des différentes technologies que nous
avons décrites dans les sections précédentes.
33
Technologie
Avantages Inconvénients
(références)
S ∼ 104 − 105 nm · RIU−1 Multiplexage
Résonance plasmonique
Maturité technologique Miniaturisation
de surface (SPR) [24]
Résonances dans le visible Q ∼ 10
Résonance de plasmons Densité d’intégration
de surface localisés Résonances dans le visible Q ∼ 10
(LSPR) [27, 32, 33] S ∼ 102 − 103 nm · RIU−1
Transmission optique S ∼ 102 − 103 nm · RIU−1
extraordinaire Couplage de la lumière Q ∼ 10
(EOT) [37, 38] Résonances dans le visible
Lecture du signal ambigu
Couplage de la lumière
Interférométrie [49, 50, 53] S ∼ 500 π · RIU−1
Densité d’intégration
(D ∼ 1 cm)
Q ∼ 105 Couplage de la lumière
Anneaux et disques
Densité d’intégration Résonances dans
résonants [56, 59, 63]
(D ∼ 100 µm) l’infrarouge
Multiplexage
Couplage de la lumière
Densité d’intégration
Cavité à cristal S ∼ 100 nm · RIU−1
(D ∼ 10 µm)
photonique (CP) [60, 67] Résonances généralement
Q ∼ 103 − 104
dans l’infrarouge
Robustesse de fabrication
S ∼ 500 nm · RIU−1
Cristal photonique à Couplage de la lumière
Q ∼ 103
fentes/anneaux résonants Robustesse de fabrication
Densité d’intégration
à CP [76–78] en photolithographie
(D ∼ 10 µm)
Sensibilité moyenne
(S ∼ 100 nm · RIU−1 )
Résonance de mode guidé
Couplage de la lumière Q = 100
(GMR) [86, 88]
Densité d’intégration
(D ∼ 100 − 1000 µm)
34
35
Molécules cibles
Pour aller plus loin vers l’application POC, nous proposons la réalisation d’un
spectromètre intégré sur puce, toujours en utilisant l’imageur CMOS comme détecteur.
Ce spectromètre intégré est constitué d’une série de CPs, dont chacun se comporte
comme un élément sélectif en longueur d’onde. L’implémentation d’un spectromètre
intégré présente deux avantages : d’une part elle augmente la gamme de détection, et
d’autre part elle permet d’exploiter le signal de plusieurs CPs, ce qui facilite la détermi-
nation du décalage spectral et augmente la sensibilité du dispositif. Nous espérons ainsi
parvenir à mesurer des variations d’indice de réfraction correspondant à la capture de
différentes biomolécules cibles.
36
1.5 Conclusion
Dans ce chapitre nous avons présenté le principe des capteurs optiques d’affi-
nité, visant la détection de biomolécules. En particulier, nous avons défini les critères
technologiques pour une application Point-Of-Care, à savoir les bonnes performances
optiques, la facilité d’utilisation et la compatibilité avec la production de masse. Une re-
vue bibliographique a permis d’identifier les avantages et les inconvénients de différentes
technologies, qui se divisent en deux approches principales : la résonance plasmonique
à la surface de métaux, et la résonance photonique de structures diélectriques.
Nous avons vu que les enjeux majeurs des dispositifs POC concernent différents
aspects : outre la sensibilité et la finesse des résonances, le couplage de la lumière hors
du plan de la puce est primordial pour relaxer les contraintes d’alignement. Également,
la longueur d’onde de travail détermine le type de détecteur à utiliser ; pour réduire les
coûts il est pertinent de travailler dans la gamme de sensibilité des détecteurs en silicium
tels que les caméras CMOS. Cette contrainte a des conséquences fortes sur les maté-
riaux utilisés, les dimensions critiques des structures et donc leur compatibilité avec les
technologies de fabrication bas-coût comme la photolithographie. Enfin le multiplexage
est fortement souhaitable afin d’assurer la fonction de criblage moléculaire.
L’approche que nous proposons tente de répondre à ces défis d’intégration dans
un dispositif POC. Nous avons choisi de développer une plateforme de détection sans
marquage, basée sur un système d’imagerie sans lentille d’une puce photonique. Celle-ci
supporte un réseau de cristaux photoniques en silicium, excitables en incidence normale
par un faisceau étendu, et imagés par une caméra CMOS. Nous avons également choisi
d’intégrer un système de spectrométrie sur puce, permettant d’augmenter la gamme
de détection et la sensibilité du dispositif. Notre approche permet donc d’éliminer les
contraintes d’alignement dans un système sans lentille, et d’analyser de nombreux cap-
teurs indépendants en parallèle grâce à l’imagerie. Les choix des matériaux sont compa-
tibles avec les technologies de fabrication et l’utilisation de détecteurs bas-coût. Dans la
suite de ce manuscrit, après avoir présenté notre banc et nos méthodes de caractérisation
optiques, nous étudierons les propriétés des CPs et leurs performances en biodétection,
puis nous détaillerons ensuite leur implémentation au sein du spectromètre intégré.
37
Sommaire
2.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
2.2 Banc de micro-réflectivité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
2.2.1 Présentation générale du banc . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
2.2.2 Caractéristiques du faisceau d’excitation . . . . . . . . . . . . 43
2.2.3 Collecte du signal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
2.3 Procédure expérimentale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
2.3.1 Préparation de surface . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
2.3.2 Préparation de la cellule fluidique . . . . . . . . . . . . . . . . 50
2.3.3 Mesure d’indice de réfraction . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
2.3.4 Normalisation des spectres de micro-réflectivité . . . . . . . . 54
2.4 Stabilité et reproductibilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
2.4.1 Stabilité de la résonance en milieu liquide . . . . . . . . . . . 55
2.4.2 Reproductibilité de la mesure de résonance . . . . . . . . . . 57
2.5 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
38
2.1 Introduction
Dans ce chapitre, nous décrirons le banc optique, ainsi que les outils et procédures,
développés dans le cadre de la thèse pour la caractérisation des capteurs à cristaux
photoniques (CPs) en milieu liquide. L’objectif est de mesurer le spectre de micro-
réflectivité de structures individuelles, afin d’étudier leurs propriétés de résonance et la
sensibilité à l’indice de réfraction. Ces caractérisations spectrales permettront de valider
les performances de chaque élément de notre matrice de capteurs en vue de l’application
finale dans un dispositif de détection par caméra sans lentille.
39
40
Fig. 2.2 : Schéma du banc de micro-réflectivité dans le proche infrarouge utilisé pour
la caractérisation individuelle de cristaux photoniques.
41
42
1.0
un miroir d'argent (u.a.)
Puissance réfléchie sur
0.8
0.6
0.4
0.2
0.0
(a) (b)
Fig. 2.4 : Caractéristiques du faisceau incident sur l’échantillon : (a) spectre du faisceau
de réflexion sur un miroir de référence placé sur le porte-échantillon, et (b) diagramme
de polarisation, décrivant son intensité en fonction de la direction. La polarisation du
faisceau est linéaire selon l’axe horizontal (axe X).
⃗
43
Ensuite, pour assurer le bon recouvrement spatial, la taille du faisceau doit cor-
respondre à celle de la structure (ici 100 µm), et respecter les mêmes symétries. Dans
notre cas, la structure peut être excitée par un faisceau gaussien, dont l’intensité théo-
rique est tracée sur la figure 2.5a. Dans un faisceau gaussien, l’intensité est à symétrie
axiale, elle est maximale sur l’axe de propagation du faisceau à r = 0 et décroit quand
on s’en éloigne d’un rayon |r| > 0. La taille d’un faisceau gaussien est caractérisée par
son rayon de gorge (waist), noté ω0 : il s’agit du rayon auquel l’intensité est égale à
l’intensité au centre du faisceau divisée par e2 .
( (√ ))
2 × (x − x0 )
T (x) = 0.5 × Tmax × 1 + erf + Tmin (2.1)
ω0
Le rayon de gorge est mesuré dans les deux directions orthogonales du plan (X,
⃗ Y⃗ )
pour vérifier la symétrie du faisceau. Dans l’exemple de la figure 2.6, on obtient un
faisceau de rayon de gorge ω0 ≈ 35 µm selon l’axe X, ⃗ en utilisant un objectif de gros-
sissement de 5× (ouverture numérique ON = 0.14). On obtient sensiblement le même
44
(a) (b)
Fig. 2.5 : Propriétés géométriques d’un faisceau gaussien. (a) intensité d’un faisceau
gaussien au niveau de la gorge (où sa taille est minimale), en fonction de la distance
réduite ωr0 à l’axe de propagation du faisceau. L’insert de gauche représente l’évolution
du rayon ω du faisceau le long de son axe de propagation Z.
⃗ L’insert de droite représente
l’intensité du faisceau vu en coupe au niveau de la gorge. (b) Principe de la mesure du
rayon de gorge ω0 : on déplace une lame de silicium clivée dans le faisceau, et un photo-
détecteur mesure l’intensité non occultée par la lame.
résultat selon l’axe Y⃗ , notre faisceau est donc bien symétrique. Les paramètres de l’ajus-
tement numérique La taille du faisceau peut être ajustée en changeant le grossissement
de l’objectif (O1), mais cette valeur de 35 µm convient aux mesures que nous souhaitons
effectuer.
Nous avons montré ici que le faisceau gaussien incident sur l’échantillon a les
caractéristiques requises pour permettre une bonne excitation des modes exploités des
échantillons à étudier. La section suivante décrira les méthodes de collecte du faisceau
après son interaction avec l’échantillon.
45
Axe X
⃗ Axe Y⃗
Tmax 1 1
Tmin 0.09 ± 0.01 0.10 ± 0.01
x0 (µm) 49.4 ± 0.3 47.5 ± 0.3
ω0 (µm) 36 ± 1 37 ± 1
(b)
(a)
Fig. 2.6 : Mesure du rayon de gorge du faisceau incident suivant l’axe X, ⃗ par la
technique de la « lame de couteau » : (a) puissance lumineuse transmise en fonction
⃗ et (b) paramètres de
de la position de la lame quand elle est déplacée selon l’axe X,
l’ajustement numérique par l’équation 2.1 pour les mesures de rayon de gorge suivant
les axes X
⃗ et Y⃗ .
Fig. 2.7 : Visualisation du faisceau au centre d’un CP, dont les contours sont représentés
en rouge (100 µm×100 µm).
2. Résolution : 1280×1024 pixels, taille de pixel : 5.3 µm, efficacité quantique : 35 % à 850 nm - 10 %
à 980 nm.
46
En parallèle, on collecte le faisceau réfléchi par l’échantillon dans une fibre optique
qui l’amène à un analyseur de spectre (OSA) de modèle Anritsu MS9710B avec une
résolution de 0.02 nm. Pour cela, le faisceau passe par les cubes séparateurs (BS1) et
(BS2) puis est injecté dans une fibre optique. Celle-ci est connectée à l’analyseur de
spectre, qui est interfacé sur un ordinateur par Labview pour faciliter la collecte et le
traitement des données.
(q + δ)2 + P ω − ω0
RF ano (δ) = R0 · avec δ =2· (2.2)
1 + δ2 Γ
47
2π · c ω0
λ0 = et Q =
ω0 Γ
Tab. 2.1 : Paramètres du modèle d’ajustement numérique r (λ) utilisé pour modéliser
le spectre de la figure 2.2 : la fonction « RF ano » correspond à l’équation 2.2 exprimée
en longueur d’onde. Le polynôme a · λ2 + b · λ + c permet de modéliser la réflectivité des
couches minces composant l’échantillon par une ligne de base parabolique
Cette mesure démontre ainsi la capacité du banc pour caractériser nos échan-
tillons, et valide donc sa conception et son montage. Maintenant que nous pouvons
mesurer nos spectres de résonances, nous allons décrire les procédures de préparation
les échantillons et de traitement des données.
48
Dans cette partie, nous décrirons les procédures expérimentales mises en œuvre
pour nettoyer et préparer les échantillons. Tout d’abord, nous nettoierons la puce pho-
tonique et la rendrons hydrophile. Ensuite, nous monterons une cellule fluidique sur la
puce pour permettre la caractérisation dans un milieu liquide, dont nous mesurerons
l’indice de réfraction à l’aide d’un réfractomètre. Enfin, nous détaillerons le calcul de
normalisation des spectres bruts mesurés.
Nous étudions des capteurs dont la surface est sensible à la présence de bio-
molécules. Ils sont par conséquent également très sensibles aux résidus, impuretés et
pollutions déposés lors de la fabrication ou de la manipulation. Or nous voulons assurer
une bonne reproductibilité des mesures, d’une part pour la caractérisation de plusieurs
cristaux photoniques identiques à l’échelle de la puce, et d’autre part pour des mesures
successives dans différents milieux. Il est donc essentiel de nettoyer minutieusement
les puces avant caractérisation, de manière à ce que tous les CPs se trouvent dans les
mêmes conditions. Ensuite, pour assurer la bonne pénétration de l’analyte, la puce doit
être rendue très hydrophile.
La surface des puces est initialement hydrophobe. En effet, même si l’oxyde natif
du silicium est par nature hydrophile, la surface est nano-structurée, ce qui augmente
49
fortement l’hydrophobie [95]. Or nous souhaitons travailler dans des solutions polaires,
comme l’eau ou l’éthanol.
Avant chaque utilisation d’une puce en milieu liquide, la surface est donc traitée
pour la rendre très hydrophile. Après un bain dans l’acétone puis l’éthanol, on réalise
un traitement à l’UV-ozone (120 s) qui permet de ré-oxyder légèrement la surface et
créer des liaisons pendantes qui la rendent hydrophile (figure 2.9). Ce traitement est
effectué sur la puce avant chaque mise en contact avec un liquide, si la surface n’est pas
fonctionnalisée avec des biomolécules, auquel cas un traitement UV-ozone détruirait la
fonctionnalisation. Dans ce cas, l’ajout d’un tensioactif comme le tween 20 peut être
nécessaire pour assurer la bonne pénétration de l’analyte.
Fig. 2.9 : Procédé de nettoyage avant chaque mise en milieu liquide. Un bain dans
l’acétone puis l’éthanol élimine les impuretés en surface, et un traitement UV-ozone
ré-oxyde légèrement la surface et la rend hydrophile en créant des liaisons pendantes, ce
qui permet un bon mouillage de l’analyte.
50
• offrir une surface plane et fixe propice à l’excitation des CPs et à l’imagerie, plutôt
que la surface d’une goutte de liquide courbe et oscillante.
(a) (b)
Fig. 2.10 : Cellule fluidique utilisée pour les mesures en milieu liquide : (a) coupe
schématique de la cellule remplie d’analyte, assemblée sur une puce, et (b) photographie
de la cellule sur la puce, sur laquelle on peut distinguer une zone carrée contenant les
cristaux photoniques, contenue dans l’ouverture de l’anneau de PDMS.
51
Dans ce but, il est possible d’extrapoler les valeurs prises dans des abaques.
Cependant, ces derniers sont souvent donnés à des longueurs d’onde différentes de notre
longueur d’onde de travail. De plus, les modèles d’indice de réfraction en fonction de
la composition de la solution sont parfois non linéaires et difficiles à mettre en œuvre,
notamment pour des mélanges eau-éthanol [96].
Nous avons donc préféré mesurer directement l’indice de réfraction à l’aide d’un
réfractomètre, ce qui présente l’avantage de mesurer directement la solution de travail,
et d’être insensible aux éventuelles variations de composition lors de la préparation des
solutions (erreur de dilution, pollution, évaporation de solvants dans l’eau, etc).
52
53
Pour obtenir RCP (λ), il faut donc connaitre le spectre du faisceau incident. Ce-
pendant ce dernier est difficilement mesurable par une mesure classique de réflectivité
sur un miroir de référence, car en changeant ainsi d’échantillon on change les conditions
d’alignement du banc. En effet, l’échantillon n’étant jamais parfaitement horizontal, le
faisceau réfléchi peut être très légèrement dévié de l’axe optique. Ce léger désaxement
suffit à modifier l’injection du faisceau réfléchi dans la fibre de collecte de l’analyseur
de spectre, ce qui a une influence sur le spectre mesuré. Pour surmonter cette difficulté,
nous effectuons deux mesures supplémentaires.
Imesure CP (λ)
RCP (λ) = × Rsubstrat (λ) (2.5)
Iµ substrat (λ)
Grâce à cette technique de normalisation, il est possible de mesurer avec une plus
grande rigueur la longueur d’onde de résonance de nos capteurs photoniques. Dans la
54
55
Les spectres de résonance ainsi mesurés sont présentés sur la figure 2.12. On
observe que la position de la résonance est très stable, tandis que des interférences
périodiques sur tout le spectre semblent instables. Au niveau de la résonance, les spectres
sont contenus dans une bande de ∆λgamme ≈ 0.01 nm de largeur. On n’observe aucune
dérive continue, la répartition des valeurs des résonances mesurées apparait aléatoire.
Les interférences périodiques sont dues à l’effet Fabry-Perot dans l’analyte (oscillations
de période ≈ 0.3 nm) et la lamelle de la cellule fluidique (période ≈ 1.7 nm). Leur
instabilité est attribuée aux variations de température, même minimes, qui impactent
le spectre incident et l’épaisseur des couches optiques.
56
Les mesures présentées dans cette section ont été effectuées par Mubdiul Islam
Rizu (étudiant à l’ENS Cachan) pendant son stage de Master 2 au laboratoire.
Si la reproductibilité de la mesure était parfaite, les deux spectres ainsi obtenus seraient
identiques. La comparaison des deux mesures expérimentales nous donne donc la gamme
de reproductibilité. Nous avons représenté les deux spectres d’un cristal sur la figure 2.13.
On observe un très bon recouvrement des spectres, avec un décalage spectral inférieur
à 0.004 nm.
Nous avons opéré ce protocole sur quinze CPs différents appartenant à la même
puce afin d’obtenir une information statistique. Le décalage moyen entre deux mesures
est de ∆λ ≈ 6 × 10−5 nm sur les quinze mesures, ce qui est négligeable ; l’écart-type est
de σreproductibilité = 0.03 nm. On peut ainsi estimer que l’erreur de reproductibilité du
décalage spectral est de :
57
Fig. 2.13 : Comparaison des spectres de micro-réflectivité d’un CP dans deux cellules
fluidiques successives contenant de l’eau déionisée, montrant la reproductibilité de la
mesure. Le décalage spectral entre ces deux spectres est inférieur à 0.004 nm.
Cette valeur constitue le décalage spectral minimal que l’on peut détecter sur
un cristal photonique entre deux mesures (typiquement, d’une solution par rapport à
une autre, ou avant/après mise en présence de biomolécules). Compte tenu de notre
objectif de détecter des décalages autour de 0.1 nm, notre stabilité et notre reproducti-
bilité sont suffisamment bonnes pour obtenir des résultats significatifs, ce qui valide la
fonctionnalité de notre banc de caractérisation.
2.5 Conclusion
58
Dans le chapitre suivant, nous présenterons l’étude des CPs individuels en ma-
tière de sensibilité à l’indice de réfraction effectuée sur ce banc optique. Les perfor-
mances expérimentales de nos capteurs seront comparées à l’état de l’art. L’application
à la détection de biomolécules sera également présentée.
59
Sommaire
3.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
3.2 Conception des capteurs à cristaux photoniques . . . . . . . 61
3.2.1 Caractéristiques recherchées des capteurs optiques . . . . . . 61
3.2.2 Conception des structures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
3.2.3 Comparaison avec l’état de l’art . . . . . . . . . . . . . . . . 68
3.3 Réalisation expérimentale des cristaux photoniques . . . . . 72
3.3.1 Fabrication . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
3.3.2 Caractérisation structurale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
3.4 Démonstration expérimentale de la transduction optique . . 75
3.5 Application à la détection surfacique . . . . . . . . . . . . . . 79
3.5.1 Détection d’une monocouche de BSA . . . . . . . . . . . . . . 79
3.5.2 Sensibilité surfacique théorique . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
3.5.3 Détection spécifique de streptavidine . . . . . . . . . . . . . . 88
3.6 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
60
3.1 Introduction
L’étude expérimentale des performances des capteurs a été menée sur le banc
optique qui a été présenté dans le chapitre 2, et fera l’objet des dernières parties de ce
chapitre. Deux types d’études seront présentées : nous étudierons d’abord la sensibilité
des CPs à l’indice de réfraction de l’analyte environnant, afin d’en déduire la figure de
mérite expérimentale de nos capteurs. Nous mesurerons ensuite la réponse des structures
à la présence d’une couche mince de molécules à leur surface, dans le but de démontrer
les performances de nos capteurs pour la biodétection.
61
(a) (b)
Fig. 3.1 : Illustration de l’influence du facteur de qualité dans le cas d’un décalage spec-
tral : spectres de transmission montrant une résonance à ( a) faible et ( b) haut facteur
de qualité, avant et après décalage spectral de 1 nm, et signal différentiel correspondant
(courbes bleues). Le signal différentiel maximal est de 14 % pour le faible facteur de
qualité (Q = 100), et de 82 % pour le haut facteur de qualité (Q = 1000).
De plus, les résonances doivent être les plus fines possibles pour que leur décalage
spectral se traduise en une forte variation d’intensité. Afin d’illustrer cela, nous avons
reporté dans la figure 3.1 les spectres de transmission correspondant à deux résonances,
pour un facteur de qualité de 100 (3.1a) et de 1000 (3.1b). Nous y avons superposé
les mêmes spectres décalés de 1 nm, qui pourraient correspondre à une détection de
biomolécules. Pour mieux estimer la variation de transmission liée à la biodétection,
nous avons aussi tracé la différence d’intensité entre les deux spectres pour ces deux
configurations. Pour le faible facteur de qualité, la variation d’intensité maximale est
de ∆I < 14 %, alors que pour le haut facteur de qualité, la variation d’intensité est 6
fois plus élevée. Aussi l’amplitude de la variation du signal est d’autant plus grande que
le facteur de qualité est élevé. On peut également montrer que la variation du signal
mesuré en fonction du décalage spectral est d’autant plus abrupte que le facteur de
qualité est élevé, ce qui est avantageux pour la sensibilité d’un système de mesure en
intensité.
Les cristaux photoniques sont des structures qui répondent à ces deux enjeux :
la versatilité de leur conception permet une ingénierie de la répartition du mode, lo-
calisé proche de la surface avec un très haut facteur de qualité. Cette approche est
complémentaire des structures plasmoniques, qui permettent de confiner le mode à la
surface et donc de le rendre très sensible à la présence d’analytes, mais dont le facteur
de qualité est plus faible, limité à quelques dizaines [31].
62
∆λ
Sv =
∆n
Cependant la sensibilité volumique n’est pas suffisante pour décrire les perfor-
mances optiques d’un capteur, car elle ne tient pas compte du facteur de qualité Q.
Il faut également tenir compte de la gamme de longueur d’onde de résonance λ0 : en
effet, plus la longueur d’onde est faible, et plus un décalage spectral donné est significa-
tif. Pour prendre en considération ces trois paramètres on introduit alors une nouvelle
grandeur, appelée « figure de mérite » ou F OM , exprimée en RIU−1 :
S×Q
F OM =
λ0
Cette grandeur, souvent utilisée dans la littérature [22, 31], permet de comparer
les performances de différents dispositifs optiques entre eux et d’en déduire leur potentiel
en matière de détection optique. Nous verrons dans la section suivante comment nous
avons conçu nos cristaux photoniques pour optimiser cette F OM .
La conception des structures présentées dans cette section, ainsi que les simula-
tions numériques présentées dans cette thèse, ont été effectuées par Taha Benyattou.
63
est la plus appropriée, c’est-à-dire concentrée à l’intérieur des trous, au plus près de
la surface. En outre, les résonances doivent être suffisamment fines pour maximiser la
F OM . Comme nous l’avons vu dans le chapitre 1, le mode doit également être excitable
en incidence normale.
Enfin, la conception des structures doit être compatible avec les technologies
de fabrication à bas coût basées sur le silicium, notamment la lithographie deep-UV.
Nous avons vu dans le chapitre 1 que nous avons choisi d’utiliser des plaques de SOI
(Silicon On Insulator), et de travailler à une longueur d’onde autour de 950 nm. Or ce
choix a des conséquences sur la conception : plus la longueur d’onde est faible, plus les
dimensions des CPs sont faibles, ce qui augmente les contraintes sur la lithographie. En
outre, l’épaisseur de la couche de silicium SOI doit être optimisée pour limiter les pertes
par absorption vers 950 nm tout en permettant un fort confinement du mode dans la
structure.
Pour obtenir une structure ayant les propriétés photoniques désirées, nous nous
appuierons sur un CP constitué d’un réseau carré de trous ronds, schématisé sur la
figure 3.2a. Le diagramme de bandes associé, calculé par simulation FDTD (Finite-
Difference Time-Domain) est représenté sur la figure 3.3a en traits pointillés. Celui-ci
est constitué de deux bandes : la bande rouge représente les modes « diélectriques »,
dont l’intensité est concentrée dans le silicium, et la bande verte représente les modes
« d’air », dont l’intensité est concentrée dans les trous. La zone de Brillouin de ce cristal,
délimitée par les points Γ, X et M , est également représentée en noir sur la figure 3.3b.
64
(a) (b)
Fig. 3.2 : Illustration du concept de cristal photonique à double période dans l’exemple
d’un réseau carré de trous ronds et de période a : ( a) CP « classique » à simple
période constitué de trous de rayon constant R et ( b) avec une double période obtenue
via l’alternance du rayon des trous, R1 et R2 , une rangée sur deux.
(a) (b)
65
R1 et R2 une ligne sur deux, comme schématisé sur la figure 3.2b. Cette perturbation
a pour effet de doubler la période du cristal, et donc de diviser par deux sa zone de
Brillouin, qui s’étend maintenant jusqu’au point X ′ . Celle-ci est représentée en rouge
sur la figure 3.3b. La conséquence de cette « double période » est que les bandes sont
repliées par symétrie autour du point X ′ , comme illustré sur la figure 3.3a. Le mode
d’air est ainsi replié au point Γ, et devient excitable en incidence normale.
66
En fixant la longueur d’onde de travail à 950 nm, on peut calculer les dimensions
de nos CPs. Les dimensions optimales pour obtenir un facteur de qualité voisin de 1000
sont ainsi les suivantes (pour l’architecture de la figure 3.2b) :
• période : a = 300 nm ;
Afin de valider la conception de nos structures, nous avons calculé des spectres
de réflectivité d’un CP excité par une onde plane par simulation RCWA. Le spectre
dans l’eau déionisée (neau DI = 1.328) est représenté en bleu sur la figure 3.5. On peut
y voir une résonance bien marquée avec un profil de Fano. Un ajustement numérique
permet d’extraire la longueur d’onde de résonance et le facteur de qualité :
Ce spectre confirme ainsi qu’il est possible d’exciter nos structures en milieu
aqueux en incidence normale avec une bonne finesse de résonance.
67
Fig. 3.5 : Spectres de réflectivité dans l’eau déionisée et l’éthanol d’un cristal photo-
nique à double période excité par une onde plane. Dimensions (d’après le schéma de la
figure 3.2b) : e = 58 nm, a = 300 nm, R1 = a/3 = 100 nm, R2 = 90 nm (simulations
RCWA).
∆λ
S= = 200 nm · RIU−1
∆n
F OM = 274 RIU−1
Ces valeurs seront comparées à celles d’autres dispositifs similaires décrits dans
la littérature dans la section suivante.
68
évaluer le potentiel des dispositifs pour la biodétection. En effet, au delà des perfor-
mances optiques, d’autres facteurs entrent en ligne de compte, comme la facilité d’émis-
sion, de couplage et de détection de la lumière, la densité d’intégration des structures
et la compatibilité avec la fabrication bas-coût, qui représentent les obstacles majeurs
vers le Point-Of-Care (POC). Ces différents points seront également discutés dans la
comparaison ci-dessous.
Nous avons sélectionné et répertorié dans le tableau 3.1 les références suivantes :
la revue sur la résonance plasmonique de surface (SPR) de Otte et al. [31] ; le capteur
à réseaux plasmoniques de Cetin et al. [37] ; l’anneau à cristal photonique et l’anneau
résonant conventionnel servant de témoin, développés par Lo et al. [78] ; la cavité à CP
à fente de Scullion et al. [76] ; et les réseaux à GMR de Triggers et al. [88] Ces travaux
reposent tous sur le décalage spectral d’un signal optique comme moyen de transduction,
mais ils ont adopté différentes voies vers le POC, et nous allons comparer ci-dessous
les intérêts et les inconvénients de chaque approche. Nous ne considèrerons pas ici les
capteurs interférométriques, car leur principe de fonctionnement diffère des capteurs
résonants, et leur taille limite fortement leur potentiel d’intégration et de multiplexage
malgré leur haute sensibilité.
La SPR est la technique la plus mature, elle est utilisée dans des applications
commerciales, et bénéficie de sa simplicité de fabrication et d’utilisation. Elle présente
des F OM s moyennes allant de 25 RIU−1 à 130 RIU−1 , qui reposent sur de très hautes
sensibilités jusqu’à 13 000 nm · RIU−1 , et des faibles facteurs de qualité de quelques di-
zaines. Mais le potentiel de la SPR conventionnelle pour la détection POC est fortement
limité par la taille et le coût des équipements.
69
Type de S FOM
Référence Q λ0 (nm)
structure (nm · RIU−1 ) (RIU−1 )
Otte et
SPR 1000-
al., 15-9.5 600-950 25-130
conventionnelle 13 000
2010 [31]
Cetin et
Micro-réseaux
al., 621 ∼ 30 675 28
plasmoniques
2014 [37]
Anneau résonant
Lo et al., 111 ∼ 35 000 1555 2498
témoin
2017 [78]
Anneau résonant à
248 ∼ 1200 1625 183
CP
Cavité à CP à Scullion
500 (théo-
fente (largeur et al., 3000 1550 968
rique)
120 nm) 2011 [76]
Résonance de
Triggs et
mode guidé
al., 137 ∼ 420 840 69
(GMR) dans un
2017 [88]
réseau en Si3 N4
Cavité à CP
Ce travail 200 1300 950 274
(théorique)
70
F OM de notre corpus, d’une valeur de 968 RIU−1 . La fente permet un fort recouvrement
du mode photonique et de l’analyte, et produit une grande sensibilité de 500 nm · RIU−1 ,
tout en conservant un fort facteur de qualité de 3000. De plus, la petite taille des cap-
teurs permet une intégration dense de nombreux capteurs sur puce. Mais les perfor-
mances de ce type de structure sont fortement dépendantes des dimensions des fentes
(ici 120 nm). La reproductibilité de la lithographie deep-UV est donc critique pour ob-
tenir une bonne homogénéité des performances à l’échelle de la puce.
Les transducteurs diélectriques décrits ci-dessus sont excités par des guides
d’onde, dans lesquels le couplage de la lumière est difficile, ce qui reste un verrou
technologique pour les dispositifs POC. D’autre part, ils utilisent le silicium comme
matériau guidant, ce qui impose de travailler dans sa gamme de transparence dans l’in-
frarouge. Les sources et les détecteurs de lumière dans ces longueurs d’onde sont chères
et difficilement intégrables, et constituent un autre obstacle majeur vers le POC.
Les réseaux à GMR en Si3 N4 de Triggers et al. répondent à ces enjeux. Malgré
une faible F OM de 69 RIU−1 due à sa sensibilité et son facteur de qualité moyens
(respectivement 137 nm · RIU−1 et 420), ce dispositif a l’avantage de ne pas nécessiter
d’alignement optique, et d’acquérir l’information spectrale par une caméra en silicium.
Toutefois le contraste d’indice entre le nitrure et le substrat de verre est faible, ce qui
limite les performances optiques ; et d’autre part, les structures ne sont pas suffisamment
miniaturisées pour offrir la possibilité d’un multiplexage.
Le système à cristaux photoniques que nous proposons répond à tous les enjeux
cités précédemment : sa F OM de 274 RIU−1 est bonne en comparaison avec les autres
capteurs diélectriques, et excellente comparée aux capteurs basés sur la SPR. Parmi
les trois dispositifs du corpus excitables en incidence normale (avec les micro-réseaux
plasmoniques et les réseaux à GMR), notre système possède la meilleure F OM . Par
ailleurs, on peut constater que les F OM s du corpus dépendent majoritairement du fac-
teur de qualité, tandis que la sensibilité est toujours de l’ordre de quelques centaines de
nm · RIU−1 . La tendance est donc généralement de maximiser le facteur de qualité pour
maximiser la F OM . Or dans notre approche, le facteur de qualité répond à des impéra-
tifs technologiques, et pourrait être largement augmenté en augmentant le rapport de
rayons R2/R1 des trous des CPs, ce qui augmenterait sensiblement leur F OM .
71
de fine largeur spectrale, mais il existe des solutions utilisant des sources plus larges de
type LED à très bas-coût. Le signal est mesuré avec une simple caméra CMOS sans
lentilles, en parallèle sur plus de mille capteurs, ce qui constitue un atout majeur pour
le multiplexage. Enfin, le compromis sur la gamme de longueur d’onde dans le proche
infrarouge permet d’utiliser des matériaux entièrement compatibles avec l’industrie du
silicium, et donc avec une fabrication de masse à bas-coût. Ainsi, en plus des bonnes
performances optiques essentielles pour la biodétection, notre système se positionne
comme une voie sérieuse pour répondre aux besoins du POC.
Dans cette partie, nous présentons d’abord le procédé de fabrication de nos struc-
tures, puis leur caractérisation structurale par microscopie électronique à balayage. Nous
nous concentrons sur des cristaux photoniques sur substrat de silicium afin d’étudier
leurs propriétés optiques, que nous étudierons par micro-réflectivité.
3.3.1 Fabrication
Les échantillons ont été réalisés à Grenoble par le CEA-Leti, sous la direction de
Maryse Fournier, partenaire du projet CLIPO. Certains échantillons ont été fabriqués
par photolithographie deep-UV dans le cadre du projet, afin de démontrer la compa-
tibilité de nos puces avec la fabrication à grande échelle. Mais dans ce chapitre nous
étudierons uniquement les échantillons fabriqués en lithographie électronique. Cette
technique, bien que plus coûteuse, est plus facile et rapide à mettre en œuvre pour
fabriquer des motifs de très petites dimensions, et garantit ainsi la bonne performance
des structures photoniques.
Les étapes de la fabrication sont schématisées sur la figure 3.6. Les puces sont
fabriquées à partir de plaques SOI de 200 mm de diamètre, constituées d’une couche de
silicium (couche SOI) de 220 nm d’épaisseur, sur une couche de silice enterrée (Burried
OXide, ou BOX) de 2 µm, elle-même sur un substrat épais de silicium (figure 3.6a).
72
Fig. 3.6 : Étapes de fabrication des cristaux photoniques : (a) schéma d’une plaque de
SOI (Silicon on Insulator) ; (b) amincissement de la couche SOI par oxydation thermique
et gravure chimique partielle de l’oxyde. La silice ainsi formée servira de masque dur
pour la gravure du silicium sous-jacent ; (c) dépôt de résine et transfert des motifs par
lithographie électronique (balayage d’un faisceau d’électrons) ; (d) développement de la
résine insolée ; (e) gravure sèche du masque dur et (f) gravure sèche de la couche SOI
pour former le CP. La fabrication a été réalisée avec le savoir-faire des équipes de salle
blanche et de filière du CEA-Leti (Grenoble).
La couche SOI est d’abord amincie à 58 nm par oxydation thermique (figure 3.6b). Ce
procédé permet de contrôler précisément l’épaisseur de la couche SOI restante après
oxydation. La silice ainsi formée, après réduction de son épaisseur à 80 nm par gravure
chimique, servira de masque dur pour la gravure de la couche SOI.
73
(a) (b)
Fig. 3.7 : Imagerie par microscopie électronique à balayage (MEB) de cristaux photo-
niques à double période fabriqués par lithographie électronique : (a) vue de dessus, mon-
trant l’alternance des rayons des trous R1 = 99 nm et R2 = 90 nm (période a = 300 nm)
et (b) vue en coupe inclinée à 30° illustrant la verticalité des parois des trous et leur
faible rugosité (image du CEA-Leti). La période du cristal est autour de 300 nm.
La figure 3.7b représente une image MEB d’un cristal vu en coupe inclinée à 30°.
On y voit trois couches différentes, dont deux sont gravées. La couche la plus en surface
est le résidu de masque dur en silice conservé après la gravure. La couche inférieure est
le silicium de la couche SOI, dans laquelle est gravé le CP, et qui repose sur la silice
74
BOX. On peut voir que les parois des trous sont bien verticales, et de faible rugosité.
Nous allons d’abord étudier le décalage spectral de la résonance entre l’eau déio-
nisée et l’éthanol. La figure 3.8 représente le spectre de micro-réflectivité d’un CP dans
les deux solutions. Ces spectres sont caractéristiques d’une résonance de Fano fine, avec
un facteur de qualité de Q ≈ 800. Leur minimum de réflectivité est très proche de 0, ce
qui est témoin d’un bon couplage avec le faisceau d’excitation. On peut remarquer des
oscillations sur les spectres, qui sont dues aux interférences dans la lamelle de verre de
la cellule fluidique (oscillations de période d’environ 1 nm) et dans la fine épaisseur de
solution dans la cellule (oscillations à plus haute fréquence, peu visibles).
En comparant les figures 3.5 et 3.8, on peut voir que les résonances expérimen-
tales sont décalées d’une cinquantaine de nanomètres par rapport à la simulation. Ce
décalage peut être expliqué par les variations de dimensions expérimentales par rapport
à la conception. Premièrement, l’épaisseur du silicium de la couche SOI est plus faible
que prévu ; ensuite, les rayons des trous proposés dans la section 3.3.2 sont mesurés
avec une incertitude de 5 nm correspondant à la taille du faisceau du MEB, à laquelle
s’ajoute l’incertitude due à la binarisation des images MEB par le logiciel ImageJ ;
enfin, les traitements de surface préalables aux caractérisations optiques (oxydation-
désoxydation, et UV-ozone, voir section 2.3.1 du chapitre 2) ont pour conséquence une
75
1.0
Micro-réflectivité (u.a.)
0.8
0.4
Eau déionisée
Ajustement
0.2
numérique
Éthanol
0.0 Aj. Num.
Fig. 3.8 : Micro-réflectivité dans l’eau déionisée et dans l’éthanol, et ajustements nu-
mériques permettant d’extraire les longueurs d’onde de résonance.
Tab. 3.2 : Longueurs d’onde de résonance des spectres de la figure 3.8 et indices de
réfraction des solutions mesurés au réfractomètre.
légère oxydation du silicium. Toutes ces contributions ont pour effet une diminution de
la longueur d’onde de résonance.
Le spectre dans l’éthanol a une forme très semblable au spectre dans l’eau, on
peut ainsi aisément extraire le décalage spectral entre les deux solutions. Les longueurs
d’onde de résonance de chaque spectre sont obtenues par ajustement numérique et sont
consignées dans le tableau 3.2, de même que l’indice de réfraction des solutions. Les
courbes du modèle d’ajustement numérique sont superposées aux spectres expérimen-
taux de la figure 3.8. On déduit de ces mesures une première valeur de la sensibilité
volumique du CP :
Nous avons confirmé ce résultat en effectuant des mesures similaires dans l’eau
déionisée puis dans une solution de glucose à 100 g · L−1 sur 24 autres structures : on ob-
76
serve un décalage spectral moyen de 2.83 ± 0.04 nm avec ∆n = 0.013 12 ± 0.000 08 RIU,
soit une sensibilité moyenne de :
F OM = 192 RIU−1
δλ
LOD = = 1.9 × 10−4 RIU
S
77
Cette valeur de LOD pourrait être améliorée : en effet, elle est limitée par la
reproductibilité de la mesure de décalage spectral, due au réalignement du faisceau
après changement de l’analyte dans la cellule fluidique (voir chapitre 2, section 2.4.2). En
faisant évoluer notre cellule statique vers un montage dans lequel les fluides pourraient
circuler, on éliminerait ce problème de reproductibilité car le faisceau reste dans le
cristal photonique pendant le changement de fluide. On deviendrait alors limité par la
stabilité du signal, que nous avions mesurée à δλstabilité = 0.01 nm dans le chapitre 2.
La nouvelle limite de détection deviendrait donc :
δλstabilité
LODstabilité = = 4.6 × 10−5 RIU
S
Il faut noter que la limite de détection « volumique » peut être utilisée pour com-
parer les performances de différents capteurs, au même titre que la F OM . Cependant
la définition de la résolution diffère selon les auteurs [99], et surtout elle caractérise la
performance de notre banc optique, et donc ne dépend pas uniquement des propriétés
intrinsèques du capteur, ce qui rend la comparaison difficile. C’est pourquoi nous avons
préféré utiliser la F OM pour positionner nos cristaux photoniques avec la littérature.
La sensibilité volumique que nous avons mesurée dans cette partie est une pre-
mière évaluation des performances de nos échantillons, mais ne suffit pas pour décrire
pleinement les performances en matière de biodétection. Elle permet de comparer entre
eux différents capteurs à l’aide de figures de mérite numériques simples. Elle peut éga-
lement être pertinente pour des applications visant la détection de cibles volumineuses,
comme des cellules ou des bactéries, car ces dernières modifient l’indice à grande dis-
tance de la surface. Ce n’est pas notre cas car les trous de nos CPs sont plus petits que
la plupart des bactéries, qui ne peuvent pas pénétrer dans la zone sensible. En revanche,
la détection de virus, d’une taille similaire à celle des trous, pourrait être envisagée.
Nos capteurs sont conçus pour mesurer l’adsorption de molécules à leur surface :
une caractérisation des performances de détection surfacique est donc nécessaire. Dans
la partie suivante, nous présenterons deux expériences de détection surfacique, qui ont
78
pour but de quantifier le décalage spectral des résonances induit par la présence de
molécules à la surface des capteurs. Nous évaluerons ainsi la sensibilité de nos structures
à des phénomènes d’adsorption de molécules à l’interface entre les CPs et l’analyte.
Nous souhaitons tirer parti de cette propriété pour évaluer la sensibilité de nos
cristaux photoniques. Dans une certaine gamme de concentration, la BSA forme une
monocouche relativement dense. Sa masse molaire élevée (MBSA ≈ 66 kDa) en fait une
molécule volumineuse, et son indice de réfraction en couche dense est estimé entre 1.4
79
et 1.5 RIU pour une épaisseur de l’ordre du nanomètre [100]. Elle devrait donc générer
une variation d’indice de réfraction suffisante pour être détectée par nos capteurs.
Nous avons préparé une solution de BSA dans un tampon phosphate salin (Phos-
phate Buffered Saline, PBS) de concentration standard « 1X »2 . Il s’agit d’une solution
physiologique usuelle contenant différents sels, largement utilisée pour sa compatibilité
avec les molécules biologiques. Toutefois, des tests préliminaires avaient montré que le
PBS grave lentement la surface du silicium des CPs, à une vitesse d’environ 1 nanomètre
par jour. Ces tests sont détaillés dans l’annexe B. Cette gravure du silicium a un impact
sur la longueur d’onde de résonance des CPs, qui diminue progressivement lorsque les
structures sont en contact avec le PBS (cela représenterait un décalage spectral non
négligeable de −0.125 nm sur une expérience de 180 min). Nous avons donc décidé de
protéger la surface des échantillons en y greffant une couche de molécules de silane.
80
Micro-réflectivité (u.a.)
934.6 0.8
0.6
934.5 Saturation : λsat = 934.60 nm
0.4 λi = 934.34 nm
934.4 λsat = 934.60 nm
0.2
PBS 1X seul
λi = 934.34 nm
934.3 0.0
0 30 60 90 120 150 180 928 930 932 934 936 938 940
Temps (min) Longueur d'onde (nm)
(a) (b)
Fig. 3.9 : Réponse optique d’un CP mis en présence d’une solution de BSA
de 10 mg · L−1 dans du PBS 1X : (a) suivi temporel de la longueur d’onde de résonance
et (b) spectres de micro-réflectivité dans le PBS 1X (référence, en bleu) et après satura-
tion de l’adsorption de la BSA sur la surface du cristal (à t = 172 min, en rouge). Les
ajustements numériques des spectres sont également représentés (courbes plus sombres).
Les résultats de cette expérience sont représentés sur la figure 3.9. La figure 3.9a
représente l’évolution de la longueur d’onde de résonance du CP au cours du temps. La
résonance est initialement de λi = 934.34 nm dans le PBS (points bleus), puis augmente
progressivement jusqu’à λsat = 934.60 nm après saturation de la surface (points rouges).
Le saut entre les points bleus et rouges correspond au temps nécessaire à la mise en
place de la seconde cellule fluidique et à l’alignement du banc de micro-réflectivité sur le
CP. Les spectres de micro-réflectivité avant mise en présence de BSA et après saturation
de la surface, ainsi que les ajustements numériques correspondants, sont représentés sur
la figure 3.9b.
81
Dans l’expérience ci-dessus, nous avons utilisé le PBS comme milieu de mesure,
ce qui a motivé notre choix de silaniser la surface de l’échantillon pour la protéger
de la gravure indésirable par la solution. Par la suite, nous avons souhaité réitérer
l’expérience en mettant en œuvre la BSA dans de l’eau déionisée, pour s’affranchir
complètement d’un éventuel effet de gravure du PBS. Par ailleurs, nous avons conservé
les autres paramètres identiques (même concentration de BSA et surface de l’échantillon
silanisée). La BSA est compatible avec l’eau déionisée [101], même si elle peut adopter
une différente conformation par rapport au PBS, ce qui n’est pas gênant car on ne
recherche pas de bioreconnaissance spécifique de la protéine.
Dans cette nouvelle expérience, nous avons préparé une puce dans une cellule
fluidique contenant de l’eau déionisée pure, et nous avons mesuré le spectre de micro-
réflectivité de plusieurs CPs. Nous avons ensuite installé une nouvelle cellule fluidique
remplie d’une solution de BSA à 10 mg · L−1 dans de l’eau déionisée, et avons à nouveau
procédé aux mesures optiques. Nous avons ainsi pu mesurer le décalage spectral sur
plusieurs CPs entre l’eau déionisée pure et après saturation de la BSA, et obtenir
une information statistique. Dans cette analyse, le décalage spectral est déterminé de
manière précise grâce à un algorithme de corrélation développé pour cette application,
dont le principe est détaillé dans l’annexe D. Cet algorithme compare deux spectres
de formes très similaires et décalés spectralement, et détermine le décalage spectral
par une analyse de corrélation. Seuls les spectres de micro-réflectivité parfaitement
superposables ont été conservés pour l’analyse statistique, à l’exemple des spectres
représentés sur la figure 3.10a. Les décalages spectraux ainsi mesurés sont reportés sur
la figure 3.10b, dont l’axe des abscisses représente la position des CPs sur l’échantillon
(coordonnée de la ligne).
On peut observer que tous les CPs ne montrent pas la même réponse. En par-
82
1.2
1.0
0.8
0.8
0.6
0.6
0.4
0.4
0.2
Eau déionisée (référence) 0.2
0.0 Après saturation
0.0
916 918 920 922 924 926 928 930 932 934 1 5 10 15 20 25 30
Fig. 3.10 : Mesure du décalage spectral entre l’eau déionisée (référence) et après sa-
turation d’une monocouche de BSA : (a) spectres illustrant la bonne superposition des
mesures et (b) décalage spectral de la résonance de 21 CPs silanisés. Les points bleus
de la figure (b) sont aberrants et ne sont pas pris en compte dans le calcul des valeurs
statistiques.
ticulier, les trois derniers points (représentés en bleu) ont des valeurs anormalement
élevées. Ces structures ont subi un fort décalage spectral, qui pourrait être dû à une
contamination locale de la surface, perturbant l’adsorption de la BSA. Nous n’avons
cependant pas identifié l’origine exacte de cette contamination, car cela demanderait
des analyses chimiques trop avancées. Les autres points (en rouge) sont relativement
homogènes : le décalage moyen mesuré est de ∆BSA−eau DI = 0.44 nm avec un écart-
type de 0.10 nm. L’erreur de mesure est estimée à ±0.06 nm. Ces valeurs sont obtenues
avec un algorithme de corrélation détaillé dans l’annexe D. Les faibles variations sont
attribuées d’une part à une évolution locale de l’état de surface, liée à des contamina-
tions éventuelles induites lors de la manipulation de l’échantillon ; et d’autre part à une
fluctuation de la densité de BSA adsorbée, liée à une fluctuation de la densité de silane
qui pourrait être due à des variations de la rugosité des parois.
83
précision. On peut supposer que l’adsorption est plus rapide à cause de la différence de
conformation de la molécule. Pour étudier cette cinétique, il faudrait implémenter un
montage fluidique dynamique, dans lequel on pourrait remplacer l’eau déionisée par la
solution de BSA sans perdre l’alignement optique sur le CP étudié.
Le décalage spectral mesuré dans l’eau déionisée est en moyenne plus élevé que
dans le PBS. Cela peut être l’indication de la gravure des CPs par le PBS, qui diminue
la longueur d’onde de résonance au cours du temps, et qui n’aurait pas lieu dans l’eau.
De plus, la BSA n’ayant pas la même conformation dans l’eau et le PBS, l’épaisseur et
la densité de la couche peuvent être différentes dans les deux expériences. Toutefois, le
décalage spectral mesuré dans le PBS (figure 3.9b) est compris dans la gamme des me-
sures dans l’eau déionisée, la différence de réponse peut donc être un hasard statistique,
qu’on pourrait confirmer par des mesures sur de nombreux CPs dans le PBS.
En conclusion, ces deux expériences ont montré que la sensibilité surfacique des
CPs était suffisante pour rendre possible la détection d’un décalage spectral significatif,
tout en s’assurant qu’une monocouche de BSA se forme grâce à la mesure de cinétique.
Dans la section suivante, nous mettrons en perspective cette réponse expérimentale avec
des simulations numériques.
Nous avions mesuré dans la section 3.5.1 la sensibilité volumique de nos CPs.
Bien que cette grandeur soit pratique pour comparer les performances de divers dispo-
sitifs, elle décrit le comportement du CP dans différents milieux homogènes, mais ne
caractérise pas l’aptitude du CP à détecter une couche de molécules sur sa surface.
On peut définir une nouvelle grandeur plus applicative, qui quantifie le décalage
spectral de la résonance induit par une couche de molécules greffées à la surface du
CP, d’une densité exprimée en pg · cm−2 . Cette sensibilité « surfacique » s’exprime
alors en nm · pg−1 · cm2 . Elle permet d’évaluer plus directement la performance d’un
biocapteur pour détecter des molécules. Cependant, cette grandeur n’a de sens que pour
une molécule donnée, et peut difficilement être comparée avec la sensibilité à d’autres
molécules, car de nombreux facteurs influencent la sensibilité surfacique sous une telle
définition. Parmi ces facteurs, on peut lister :
84
Fig. 3.11 : Schéma de la simulation d’une couche biologique (en rouge) à la surface
d’un cristal photonique vu en coupe. Dans la simulation, on fait varier l’épaisseur de la
couche entre 0 et 20 nm, et l’indice de réfraction entre 1.40 et 1.50 RIU.
• sa conformation, qui détermine la façon dont elle s’organise pour former une
couche en surface, et dont dépend la densité et l’épaisseur ;
Pour caractériser de manière plus générale les performances de nos structures en matière
de détection surfacique, nous avons simulé la réponse du cristal photonique à l’ajout
d’une couche mince homogène émulant la présence d’une couche de biomolécules. Une
telle simulation permet ainsi d’estimer l’amplitude du décalage spectral lorsque la sur-
face est recouverte par des molécules.
Nous avons simulé l’ajout d’une couche homogène d’une épaisseur et d’un indice
de réfraction variables. Le schéma de la structure simulée est donné sur la figure 3.11.
Les indices de réfraction choisis sont de n1 = 1.40 RIU et n2 = 1.50 RIU pour couvrir la
gamme d’indices des biomolécules, notamment la BSA et la streptavidine. L’épaisseur
de la couche simulée est variée entre 0 et 20 nm. Le milieu ambiant est l’eau déionisée,
d’indice neau DI = 1.33 RIU.
Les résultats de la simulation sont présentés sur la figure 3.12. Le décalage spec-
tral de la résonance du cristal induit par la couche de biomolécules augmente avec
l’épaisseur de la couche, et cette augmentation est d’autant plus significative que le
85
12.0
n2=1.50
11.0
Ajustement numérique linéaire
10.0 n1=1.40
Fig. 3.12 : Simulation de l’impact d’une couche biologique à la surface d’un cris-
tal photonique sur sa longueur d’onde de résonance, en fonction de l’épaisseur de la
couche. L’indice de réfraction de la couche est de n1 = 1.40 RIU pour la courbe rouge,
et de n2 = 1.50 RIU pour la courbe noire. Le milieu ambiant est l’eau déionisée, d’in-
dice neau DI = 1.33 RIU (simulation RCWA).
contraste d’indice de réfraction avec le milieu ambiant est élevé. Le décalage spec-
tral est linéaire dans la gamme d’épaisseurs étudiée, avec une pente de respectivement
a1 = 0.25 nm · nm−1 et a2 = 0.56 nm · nm−1 pour les indices n1 et n2 . On peut ainsi
considérer ces pentes comme un coefficient de sensibilité surfacique si l’épaisseur de la
couche est suffisamment faible, ce qui est le cas de nos couches de biomolécules. Pour
une biomolécule donnée, d’indice de réfraction intermédiaire entre 1.40 et 1.50 RIU, la
sensibilité surfacique attendue est donc de quelques dixièmes de nanomètres de décalage
spectral par nanomètre d’épaisseur de couche dense. Si l’arrangement des molécules est
peu dense, on peut soit calculer l’épaisseur équivalente en couche dense (en raisonnant à
volume de molécules constant), soit considérer que l’indice effectif de la couche diminue
d’autant pour se rapprocher de celui du milieu ambiant.
86
δλ 0.04 nm
δe = = = 0.16 nm (3.1)
Ssurf −min 0.25 nm · nm−1
87
La streptavidine est une molécule volumineuse, qui peut former une couche
d’épaisseur entre 2.8 et 4.1 nm dans des conditions de densité de couche optimales [102].
Comme pour l’expérience de la BSA, on cherche à former une monocouche de quelques
nanomètres d’épaisseur que l’on cherche à détecter. Mais en outre, cette expérience
vise la détection d’une molécule cible que l’on aura sélectivement capturée grâce à son
affinité avec la molécule sonde immobilisée à la surface des CPs. Il s’agira ainsi d’une
première preuve de concept en vue de l’application de criblage moléculaire visée.
La première étape est donc le greffage d’une couche de silane. On greffe ensuite
les brins d’ADN (comportant une douzaine de bases nucléiques) avec la fonction biotine
à leur extrémité libre. Ces brins d’ADN, dits « biotinylés », jouent un rôle d’espacement
horizontal pour permettre à la biotine d’être orientée vers l’opposé de la surface, et d’es-
pacement vertical pour limiter l’encombrement stérique et favoriser la disponibilité de
la biotine. Ils permettent également d’inclure un marqueur fluorescent, que nous exploi-
terons par la suite. Lorsque ce CP est mis en présence de molécules de streptavidine,
celles-ci sont capturées spécifiquement par la biotine (figure 3.13b). Certaines molécules
88
Fig. 3.13 : Schémas des tests positif et témoin de capture spécifique de streptavidine à
la surface d’un cristal photonique. Test positif : (a) CP silanisé et fonctionnalisé avec
des brins d’ADN biotinylé, (b) capture de la streptavidine et adsorption non spécifique
sur des brins d’ADN non biotinylés, et (c) rinçage et élimination de la streptavidine
adsorbée non spécifiquement ; test témoin : (d) CP silanisé et fonctionnalisé avec des
brins d’ADN simples, (e) adsorption non spécifique de la streptavidine, et (f) rinçage et
élimination de la streptavidine adsorbée non spécifiquement.
Le test négatif (témoin) que nous avons réalisé est schématisé sur la seconde
ligne : la figure 3.13d représente la surface d’un CP fonctionnalisé avec des brins d’ADN
simples. Quand le CP est mis en présence de molécules de streptavidine, celles-ci s’ad-
sorbent non spécifiquement sur sa surface (figure3.13e). Des études préliminaires avaient
montré que les brins d’ADN utilisés ont un effet de passivation de surface, empêchant
la streptavidine de rester adsorbée non spécifiquement sur la surface. Après rinçage
(figure 3.13f), la surface du CP devrait donc vierge dans le cas idéal. Selon la fonction-
nalisation de surface que l’on a élaborée, on peut ainsi capturer la streptavidine de
89
manière spécifique pour un test positif sur les CPs « biotinylés », ou garder la surface
vierge pour un témoin négatif sur les CPs non biotinylés, sensibles à une éventuelle
adsorption non spécifique.
Préparation de l’échantillon
Caractérisation optique
Pour notre expérience de détection spécifique, nous avons réalisé les tests posi-
tif et témoin schématisés sur la figure 3.13, sur deux CPs fonctionnalisés soit avec de
l’ADN biotinylé, soit avec de l’ADN simple. Dans un premier temps, nous avons im-
mergé la puce dans un tampon de PBS 1X, additionné d’un tensioactif qui garantit le
bon mouillage des trous des CPs. Nous avons mesuré les longueurs d’onde de résonance
de tous les CPs dans ce tampon, qui sert de référence. Puis, sans sécher la puce, nous
avons remplacé le tampon par une solution de streptavidine à 0.1 µM dans du PBS 1X,
et laissé incuber pendant 30 min. Nous avons ensuite rincé la puce avec le tampon de
PBS 1X additionné de tensioactif pour détacher les éventuelles molécules de strepta-
90
Fig. 3.14 : Cartographie schématique de l’échantillon étudié, sur lequel des lignes de
CPs sont fonctionnalisées soit avec de l’ADN biotinylé, soit avec de l’ADN simple par
projection de micro-gouttelettes ( spotting) : (a) après silanisation, (b) après spotting de
solutions d’ADN biotinylé (en rouge) et d’ADN simple (en bleu) et (c) après passivation
de la surface avec une solution d’ADN simple.
vidine adsorbées à sa surface, et enfin mesuré la nouvelle résonance des CPs dans ce
tampon. On obtient ainsi les spectres représentés sur la figure 3.15.
La figure 3.15a représente les spectres d’un CP fonctionnalisé avec des brins
d’ADN biotinylé, avant et après mise en présence de streptavidine. Les spectres ont
une forme très similaire, ce qui nous permet de mesurer un décalage spectral entre les
deux avec précision. Ici, on mesure un décalage spectral significatif de sa résonance
d’une valeur de ∆λcapture = 0.42 ± 0.04 nm. La figure 3.15b représente les spectres
d’un CP témoin fonctionnalisé avec des brins d’ADN simples, et le décalage spectral
mesuré est de ∆λtémoin = 0.06 ± 0.04 nm. Ce décalage est négligeable car dans la gamme
d’incertitude de mesure, et confirme l’efficacité de la passivation par les brins d’ADN
simples, qui empêchent l’adsorption non spécifique de la streptavidine sur le CP.
Ces mesures ont été répétées sur 18 CPs fonctionnalisés avec de la biotine et 16
CPs fonctionnalisés avec de l’ADN simple, répartis sur deux colonnes (voir figure 3.14).
Chaque colonne contient une variante de la même architecture des CPs, avec une période
de 304 nm pour la première et de 307 nm pour la seconde. Nous n’avons conservé que les
91
Micro-réflectivité (u.a.)
0.8 0.8
0.6 0.6
0.2 0.2
930 931 932 933 934 935 936 937 938 939 940 941 942 930 931 932 933 934 935 936 937 938 939 940 941 942
Longueur d'onde (nm) Longueur d'onde (nm)
(a) (b)
mesures sur lesquelles les spectres avant et après la mise en présence de streptavidine
sont superposables. La figure 3.16 représente le décalage spectral mesuré sur ces CPs,
en fonction de leur position sur la puce (coordonnée de la ligne, voir figure 3.14). Les
données représentées en rouge correspondent à des CPs fonctionnalisés avec de l’ADN
biotinylé (test positif), et celles en bleu correspondent à des CPs fonctionnalisés avec de
l’ADN sans biotine (témoin négatif). Nous n’avons pas noté de différence significative
entre les deux colonnes étudiées. Le décalage spectral est de ∆λpositif = 0.52 nm en
moyenne pour le test positif, dans lequel la streptavidine est capturée par les sondes de
biotine à la surface des CPs. Les valeurs obtenues s’échelonnent entre 0.29 et 0.72 nm
avec un écart-type de 0.13 nm : ces différences sont attribuées majoritairement à l’in-
homogénéité de la distribution de la streptavidine d’un CP à l’autre, comme nous le
verrons plus loin.
92
0.8
Test positif
0.7
Témoin
0.6
0.4
0.3
0.2
0.1
0.0
-0.1
1 4 7 10 13 16
Indice du CP (ligne)
Fig. 3.16 : Décalage spectral de la résonance de CPs après mise en présence d’une
solution de streptavidine à 0.1 µM pendant 30 min, par rapport à un état de référence
dans un tampon de PBS 1X. Les points rouges correspondent à des CPs fonctionnalisés
avec de l’ADN biotinylé, et les points bleus correspondent à des CPs fonctionnalisés
avec de l’ADN simple (voir figure 3.14). Le décalage spectral moyen est respectivement
de 0.52 nm et 0.03 nm. Les symboles triangulaires et carrés représentent des CPs de
période 304 nm et 307 nm respectivement.
serait alors due à la capture spécifique de la streptavidine. Une analyse par fluorescence
permet de confirmer l’absence d’adsorption non spécifique de la streptavidine sur nos
CPs, comme présenté ci-dessous.
93
ADN biotinylé
ADN simple
ADN biotinylé
300 µm 300 µm
(a) (b) (c)
Fig. 3.17 : Carte de fluorescence de (a) la biotine marquée par le marqueur Cy3
et (b) la streptavidine par (marqueur Cy5) sur une zone de 8 × 6 CPs de l’échantillon
étudié. Les trois premières lignes et les trois dernières sont fonctionnalisées avec de
l’ADN biotinylé, et les deux lignes centrales avec de l’ADN simple (voir figure 3.14).
Les échelles de couleurs sont arbitraires.
comprend une matrice de 8 × 6 éléments contenant chacun un capteur, et dont les deux
lignes centrales apparaissant noires. Les éléments de la figure 3.17a sont constitués d’un
grand disque correspondant à la gouttelette d’ADN biotinylé déposée lors du spotting,
d’un carré plus intense correspondant au CP, et d’un point très intense. La plus forte
intensité de la fluorescence dans la zone du CP peut s’expliquer par sa structuration,
offrant plus de surface et donc de sites d’accroche sur lesquels peut se greffer l’ADN
biotinylé, et par un éventuel effet d’exaltation de la structure. Le point très intense
correspond à une zone fortement concentrée en ADN biotinylé, qui s’est formée sous
l’effet de l’évaporation de la gouttelette de solution déposée au cours du processus de
fonctionnalisation, comme schématisé sur la figure 3.17c.
On peut voir en comparant les deux images que les zones riches en biotine sont
également riches en streptavidine. Les CPs fonctionnalisés avec des brins d’ADN bioti-
nylé apparaissent intenses sur la figure 3.17b, ce qui traduit le fait que la streptavidine
est effectivement capturée par la biotine. En revanche, les lignes fonctionnalisées avec
des brins d’ADN simple y apparaissent noires, car la streptavidine ne peut pas s’y adsor-
ber du fait de l’effet de passivation par l’ADN. Le rapport d’intensité de la fluorescence
94
de la streptavidine entre les CPs fonctionnalisés avec la biotine et les CPs témoins est
d’environ 50, ce qui confirme la bonne passivation des CPs témoins et l’efficacité de la
capture par la biotine. On peut ainsi conclure de cette analyse par fluorescence que le
décalage spectral des résonances des CPs est bien induit par la capture spécifique de la
streptavidine par la biotine greffée à leur surface.
On peut noter cependant que la streptavidine ne s’est pas greffée sur les points
très riches en biotine à l’intérieur des CPs. Cela peut provenir d’un encombrement
stérique de la biotine, qui empêche le greffage de la streptavidine. On peut également
remarquer que la position de ces points varie sur les différents capteurs, allant du
centre aux extrémités des structures. Cela signifie que la densité de streptavidine varie
au centre des CPs, où est effectuée la mesure optique, ce qui peut expliquer l’inhomogé-
néité du décalage spectral mesuré sur la figure 3.16. Ce problème pourrait être corrigé
en optimisant le procédé de fonctionnalisation, notamment en réduisant le temps d’in-
cubation de l’ADN biotinylé pour limiter le séchage de la goutte (figure 3.17c).
Dans cette expérience, nous avons utilisé des CPs fonctionnalisés avec des brins
d’ADN biotinylé sur une puce, pour détecter la présence de streptavidine en mesurant
un décalage spectral significatif de leurs résonances. Des CPs fonctionnalisés avec des
brins d’ADN non biotinylé ont constitué un témoin négatif, et prouvé que le signal
mesuré est dû à la capture de la streptavidine par la biotine. Les molécules cibles
ont donc été sélectivement capturées par les sondes qui leur sont spécifiques, dont le
positionnement est contrôlé par la technique de projection de micro-gouttelettes. Nous
avons ainsi démontré que nos CPs sont suffisamment sensibles à leur environnement
proche pour détecter le greffage de biomolécules à leur surface. Nos puces photoniques
sont donc bien adaptées à l’application de criblage moléculaire visée.
3.6 Conclusion
Nous avons décrit dans ce chapitre les cristaux photoniques qui constituent les élé-
ments sensibles des capteurs développés dans ce travail de thèse. À l’aide d’une architec-
ture à double période, nous avons obtenu une sensibilité importante de 200 nm · RIU−1
et un haut facteur de qualité autour de 800, qui mènent à une haute figure de mé-
rite de 192 RIU−1 . Ces résultats expérimentaux sont en accord avec les simulations
95
numériques. Nos capteurs présentent donc des performances bien supérieures aux dis-
positifs plasmoniques conventionnels, et à l’état de l’art des autres dispositifs utilisant
l’optique intégrée, tout en offrant une facilité de couplage en incidence normale. Cette
caractéristique permet d’exciter les structures et collecter le signal sans les contraintes
d’alignement propres aux autres capteurs intégrés tels que les guides d’onde ou les
anneaux résonants, et rend notre dispositif intégrable dans un système d’illumination
planaire, comme nous le verrons dans le chapitre suivant.
Un des résultats les plus importants de cette thèse est la détection sub-
monocouche de molécules par notre dispositif, que nous avons décrite dans ce chapitre.
Nous avons en effet démontré la détection d’une monocouche de BSA en mesurant
un décalage spectral de la résonance de cristaux photoniques de 0.44 nm. Ces mesures
ont permis d’évaluer une limite de détection surfacique à l’état de l’art, de l’ordre
de 10 ng · cm−2 . Nous avons ensuite démontré la capture spécifique de streptavidine sur
des CPs fonctionnalisés individuellement avec de la biotine, en réalisant une série de
tests positifs sur des CPs fonctionnalisés avec de l’ADN biotinylé, et de tests témoins
sur des CPs passivés avec de l’ADN simple. Les décalages spectraux mesurés sont res-
pectivement de 0.52 nm et 0.03 nm. La différence entre les deux tests a ainsi montré
l’absence d’adsorption non spécifique, ce qui a ensuite été confirmé par analyse de fluo-
rescence. Ce résultat clé permet de valider le potentiel de nos capteurs pour l’analyse
biomoléculaire, et d’envisager de nouvelles expériences de détection de (bio)molécules
avec ces cristaux photoniques, vers des applications concrètes dans le domaine de la
santé.
96
Sommaire
4.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
97
4.1 Introduction
Dans ce chapitre, nous allons présenter notre système de spectrométrie par ima-
gerie sans lentille, qui répond aux critères de l’application Point-of-Care (POC) que
nous visons, à savoir la portabilité, le faible coût, la facilité de mise en œuvre et la
possibilité de multiplexage. Après avoir détaillé le principe et la conception de notre
puce de spectrométrie, nous présenterons les caractérisations spectrales des différents
capteurs qui la composent, et enfin une étude préliminaire d’imagerie sans lentille vers
la détection de biomolécules.
Notre système repose sur la mesure de décalage spectral par imagerie sans len-
tille. Il est composé d’une puce en silicium intégrant un réseau de cristaux photoniques,
excités en incidence normale par une source lumineuse émettant dans le proche infra-
rouge. Une caméra CMOS mesure l’intensité transmise par chaque cristal. Le réseau de
CPs sera appelé « spectromètre intégré » dans la suite de ce chapitre.
98
Nous allons prendre ici l’exemple de l’imagerie d’un réseau de capteurs dont
les longueurs d’onde de résonance sont échelonnées entre λ1 et λ4 , comme schématisé
sur la figure 4.2. L’écart de résonance entre deux CPs consécutifs est noté λinc . Les
CPs sont illuminés en incidence normale par une source quasi-monochromatique à la
longueur d’onde incidence λi = λ3 pour l’imagerie dans l’état de référence. Dans cette
configuration, le 3e CP est donc excité à sa résonance et transmet le maximum de
lumière, tandis que les autres CPs transmettent d’autant moins de lumière que leur
résonance est éloignée de λi . On notera sur cette figure que le substrat de silicium a été
supprimé sous les cristaux, de manière à laisser passer la lumière : nous reviendrons sur
ce point par la suite.
Pour mieux comprendre l’intensité des pixels spectraux mesurée par la ca-
99
Fig. 4.2 : Schéma d’un réseau de CPs dont les résonances sont échelonnées entre λ1
et λ4 par pas de λinc , illuminés en incidence normale par une source monochromatique,
et imagés par une caméra CMOS.
méra, nous avons représenté les spectres de transmission des quatre structures sur
la figure 4.3a. Ces spectres présentent un profil de Lorentz. Sous excitation quasi-
monochromatique à λi , l’intensité transmise par chaque cristal correspond à la valeur
de leur coefficient de transmission à λi . Ainsi, dans la configuration de la figure 4.3a,
le 1er CP ne transmet pratiquement pas de lumière, car sa fenêtre de transmission ne
recoupe pas l’émission de la source. Les 2e et 4e CPs transmettent un faible signal,
tandis que le 3e CP transmet l’intégralité de la lumière, car sa résonance correspond
exactement à l’émission de la source.
100
CP 3 inc 0.8
0.8 CP 4
0.6
0.6
0.4
0.4
0.2 0.2
0.0 0.0
λ1 λ2 λ3 λ4 1 2 3 4
Longueur d'onde (nm)
Indice du pixel spectral
(a) (b)
Pour l’imagerie dans l’état final de notre expérience, on suppose que nos CPs ont
tous subi un décalage spectral de ∆λ, causé par exemple par le greffage de biomolécules.
Leurs nouveaux spectres de transmission sont donc décalés spectralement, comme re-
présenté sur la figure 4.4a. Dans cette nouvelle configuration, le 2e CP a maintenant
sa résonance le plus proche de la source. On trace à nouveau l’intensité de chaque
pixel spectral sur la courbe grise de la figure 4.3b, sur laquelle le 2e pixel spectral est
maintenant le plus intense. En superposant la courbe de la référence (courbe noire), on
constate que le pic d’intensité s’est déplacé vers la gauche et que l’intensité maximale
a diminué, passant de 1 à environ 0.7.
101
CP 3 inc 0.8
0.8 CP 4
0.6
0.6
0.4
0.4
0.2 0.2
0.0 0.0
Fig. 4.4 : Imagerie de la puce de spectrométrie dans l’état final : (a) spectres de
transmission des CPs après décalage spectral de ∆λ et (b) intensité des pixels spectraux
mesurée par la caméra.
de mesure de ∆λ, et donc la limite de détection LOD de notre dispositif d’imagerie, est
par conséquent conditionnée par la largeur spectrale des résonances des CPs : plus la
résonance est fine, et plus il est facile de mesurer de faibles valeurs de décalage spectral.
Comme nous l’avons vu dans les chapitres précédents, nous avons choisi de tra-
vailler dans le proche infrarouge, aux alentours de 950 nm. Cela nous permet tout à la
fois de fabriquer les CPs dans des plaques de SOI (Silicon On Insulator), et d’utiliser
une caméra CMOS standard pour la détection. Cependant nous souhaitons mesurer le
signal optique transmis à travers les CPs, or le substrat épais de silicium est un obstacle
à la lumière infrarouge. Nous avons donc choisi de supprimer localement ce substrat,
pour former des structures membranaires, comme schématisé sur la figure 4.5. Cette
stratégie offre plusieurs avantages :
• permettre l’imagerie en transmission des CPs à travers une puce silicium norma-
lement opaque (signal « blanc ») ;
• éliminer la transmission non désirée à travers les zones entre les CPs (fond
« noir ») ;
102
Fig. 4.5 : Vue en coupe schématique des cristaux photoniques membranaires sur la puce
de spectrométrie : un puits circulaire sous chaque CP permet à la lumière de traverser
la puce, tandis que le substrat épais de silicium élimine la transmission à travers les
zones entre les CPs.
Pour réaliser cette ouverture, un puits circulaire est gravé sous les cristaux par
un procédé de gravure ionique réactive profonde type procédé Bosch. 2 Cette opération
est effectuée par les équipes de salle blanche et de filière du CEA-Leti à Grenoble, de
même que la fabrication des CPs, qui est identique au procédé que nous avons détaillé
dans la section 3.3.1 du chapitre 3.
Maintenant que nous avons déterminé la taille optimale des structures membra-
naires, nous allons maintenant détailler la conception des cristaux photoniques pour
réaliser notre spectromètre intégré.
2. Ce procédé consiste en une gravure isotrope alternative et cyclique.
103
Paramètre
Grandeur Valeur Commentaire
technologique clé
Longueur Compatibilité avec Dimensions des
d’onde de ≈ 950 nm technologie SOI et détecteur motifs (période,
travail CMOS rayons, épaisseur)
Limité par la reproductibilité
Incrément des Décalage des petits
2 nm technologique de la position des
résonances trous s
résonances
Largeur spectrale minimale pour
Facteur de Rapport des
1000 qu’au moins un CP soit à sa
qualité rayons R2/R1
résonance
Couvre la gamme de
Gamme 920 à
reproductibilité des dimensions Période des motifs a
spectrale 970 nm
des CPs et de la source (±25 nm)
Échelonnage des résonances sur
Nombre de CPs 32 Taille de la puce
la gamme spectrale
Tab. 4.1 : Cahier des charges de la conception des cristaux photoniques composant la
puce de spectrométrie.
Nous allons dresser le cahier des charges des cristaux photoniques composant
notre puce de spectrométrie, puis nous détaillerons la stratégie mise en œuvre pour
le dimensionnement des structures. Nous nous appuierons sur les structures que nous
avions présentées dans la section 3.2.2 du chapitre 3, et nous les adapterons pour réaliser
un réseau de capteurs constituant un spectromètre intégré. Les grandeurs clés du cahier
des charges sont résumées dans le tableau 4.1, et seront détaillées dans les paragraphes
suivants.
104
L’imagerie du spectromètre intégré repose sur la maitrise des résonances des CPs,
qui doivent être espacées d’un incrément constant en longueur d’onde. Nous avons choi-
si un incrément de 2 nm, pour pouvoir mesurer des décalages spectraux de l’ordre de
quelques dixièmes de nanomètre, qui pourraient correspondre à la détection de biomo-
lécules. Le choix de cet incrément est influencé par deux facteurs : plus cet incrément
est petit, meilleure est la résolution spectrale ; mais d’autre part il est limité par le
contrôle technologique sur la position des résonances. Or nous visons dans cette thèse
un écart-type de l’ordre de 0.5 nm sur l’incrément des résonances, qui sera fonction des
aléas technologiques. C’est pourquoi nous avons choisi un incrément de 2 nm, qui offre
une bonne résolution spectrale tout en restant technologiquement réalisable.
La largeur à mi-hauteur des spectres de transmission des CPs doit être dans
l’idéal du même ordre de grandeur que l’incrément des résonances, afin qu’au moins
un pixel spectral soit allumé dans n’importe quelle configuration. D’autre part, des
résonances fines améliorent la sensibilité au décalage spectral, comme nous l’avons vu
dans la section 3.2.1 du chapitre précédent. On aboutit à un bon compromis avec un
facteur de qualité de 1000, qui produit une largeur de résonance de l’ordre du nanomètre.
105
(a) (b)
Fig. 4.6 : Architecture des CPs : (a) à double période (alternance du rayon des trous,
R1 et R2 ) et (b) avec introduction du déplacement des petits trous (paramètre s).
d’un réseau carré de trous ronds avec une alternance de rayons R1 et R2 < R1 . Les
paramètres de base sont : période a = 300 nm, grand rayon R1 = 100 nm et petit
rayon R2 = 0.9 × R1 = 90 nm. Pour modifier la longueur d’onde de résonance de
structures photoniques, on peut jouer sur les paramètres structuraux (période et taille
des motifs) en tirant parti de la loi d’échelle, conséquence des équations de Maxwell.
Celle-ci stipule que si on multiplie les dimensions des structures par un certain facteur
d’échelle, la longueur d’onde de résonance sera également multipliée par le même facteur.
On peut également trouver dans la littérature une méthode alternative qui consiste à
accorder la résonance en changeant le facteur de remplissage, c’est-à-dire le rapport
de la taille des motifs par rapport à leur période [86, 88]. La variation du facteur de
remplissage peut être obtenue soit en variant les dimensions des motifs visées, soit en
variant la dose d’exposition lors de l’étape de lithographie.
Pour lever cette limitation, nous avons adopté une stratégie originale dans la-
quelle on décale la position des petits trous pour des incréments fins, comme illustré
sur la figure 4.6b. On fait également varier la période a pour réaliser des grands in-
créments de résonance en utilisant la loi d’échelle. Afin de déterminer les dimensions
106
18 1000
16 λrés=2.56a+183 nm
Décalage spectral (nm)
8
940
6
4
λrés=7.33×10-3s² 920
2
Adj. R²=1.00 R1=a/3
0
900 R2=0.9×R1
0 10 20 30 40 50 280 290 300 310 320
Décalage s des petits trous (nm) Période a des trous (nm)
(a) (b)
Fig. 4.7 : Évolution de la résonance des cristaux photoniques en fonction des paramètres
structuraux : (a) décalage de la résonance en fonction du décalage s par rapport au
cas s = 0 (avec la période de base a = 300 nm) et (b) résonance en fonction de la
période a (avec s = 0 et en conservant les rapports rayons/période constants). Les
symboles des graphes sont issus de simulations RCWA. Les courbes bleue et rouge
représentent respectivement des ajustements numériques linéaire et polynomial d’ordre 2.
des CPs du spectromètre intégré, nous nous sommes appuyés sur les résultats de si-
mulations RCWA (Rigourous Coupled-Wave Analysis) présentés sur la figure 4.7. Ces
simulations investiguent la longueur d’onde de résonance en fonction de ces paramètres
structuraux, en conservant les rapports rayons/période constants.
La figure 4.7b représente l’évolution de la résonance des CPs sur une large gamme
spectrale en fonction la période, avec s = 0. La longueur d’onde de résonance augmente
linéairement, avec un coefficient de 2.56 nm · nm−1 . Nous allons donc procéder par incré-
ments de période de 4 nm entre 288 et 307 nm, pour obtenir des incréments de résonance
de 10 nm dans la gamme 920 à 970 nm.
107
Décalage s 0 16 23 28 33 37
(nm) →
920 922 924 926 928 930
Période 288 nm :
(A) (B) (C) (D) (E) (F)
930 932 934 936 938 940
Période 292 nm :
(G) (H) (I) (J) (K) (L)
940 942 944 946 948 950
Période 296 nm :
(M) (N) (O) (P) (Q) (R)
950 952 954 956 958 960
Période 300 nm :
(S) (T) (U) (V) (W) (X)
960 962 964 966 968 970
Période 304 nm :
(Y) (Z) (AA) (BB) (CC) (DD)
970 972
Période 307 nm : - - - -
(EE) (FF)
Tab. 4.2 : Longueur d’onde de résonance des 32 CPs du spectromètre intégré en fonction
de leur période et leur décalage s. Les lettres entre parenthèses sont les noms attribués
aux CPs.
Notre méthode d’ajustement fin de la résonance repose donc sur des leviers tech-
nologiques judicieux : il est plus facile de contrôler précisément le positionnement des
trous que de contrôler leur rayon. Combiner les variations de période et de décalage
des petits trous nous permet une maitrise précise des résonances sur une large gamme
spectrale, avec un procédé technologiquement robuste malgré les faibles dimensions des
motifs. C’est ce que nous allons contrôler dans la partie suivante grâce à des caractéri-
sations structurales, puis optiques.
108
Dans cette partie, nous présenterons les caractérisations structurales, puis les
caractérisations spectrales des cristaux photoniques constituant le spectromètre inté-
gré, afin de valider leur conception et leur réalisation expérimentale. Le procédé de
fabrication est identique à celui décrit dans la section 3.3.1 du chapitre 3, qui utilise
la lithographie électronique. Il comprend en plus l’ouverture de la face arrière sous les
CPs, afin de les mettre en membrane.
109
leur longueur d’onde de résonance visée augmente de gauche à droite pour former le
spectromètre intégré. Cette image nous permet de valider le dimensionnement de la
taille et l’espacement CPs, qui sont robustes mécaniquement, et le succès de l’ouverture
du substrat de silicium.
Nous avons ensuite observé tous les CPs d’un spectromètre intégré par microsco-
pie électronique à balayage (MEB), afin de contrôler la qualité et les dimensions des
motifs. Nous avons reporté trois images de structures représentatives sur la figure 4.10.
La figure 4.10a représente un CP de période visée aA = 288 nm avec un décalage des
petits trous de sA = 0. Cette image confirme la bonne qualité des trous des CPs, qui
sont bien définis et régulièrement espacés ; on peut noter que les trous sont toujours
légèrement polygonaux, comme nous l’avions déjà vu dans le chapitre 3.
La figure 4.10b représente une structure similaire mais agrandie d’un facteur
d’échelle d’environ 104 % : la période visée est de aS = 300 nm, avec toujours avec un
décalage sS = 0. La figure 4.10c représente un CP de même période aX = 300 nm,
avec cette fois un décalage visé sX = 37 nm, soit la valeur maximale que nous avons
utilisée. Cette image illustre le décalage de la position des trous, qui permet un réglage
fin de la résonance. On peut remarquer que même avec un paramètre s élevé, c’est-
à-dire quand les petits trous sont au plus proche des grands trous, on n’observe pas
de déformation visible liée aux effets de proximité lors de la lithographie. Enfin, la
figure 4.10d représente l’image de la figure 4.10c binarisée par le logiciel ImageJ ; nous
nous servirons de ce type d’image pour mesurer les dimensions des CPs.
110
Fig. 4.10 : Imagerie par MEB de cristaux photoniques membranaires fabriqués par
lithographie électronique : (a) CP A de période aA = 288 nm et décalage des petits
trous sA = 0, (b) CP S de période aS = 300 nm et décalage sS = 0, (c) CP X de
période aX = 300 nm et décalage visé sX = 37 nm et (d) image du CP X binarisée par le
logiciel ImageJ. Les traits pointillés rouges matérialisent des lignes régulières espacées
d’une période, et les jaunes représentent le milieu des rangées de petits trous décalés.
Nous avons mesuré les dimensions des structures à l’aide d’une analyse statis-
tiques des images MEB par le logiciel ImageJ, et les avons consignées dans les ta-
bleaux 4.3. Le tableau 4.3a contient les valeurs des rayons et de périodes : pour le
rendre plus lisible, nous avons seulement reporté les moyennes des dimensions de tous
les CPs partageant les mêmes valeurs visées, par exemple les CPs A à F qui ont une
période de 288 nm. On peut voir que les rayons mesurés sont systématiquement plus
grands que prévu dans la conception d’environ 6 nm : cet agrandissement est attribué
à une dose de lithographie trop importante, qui aurait surexposé les motifs. On note-
ra un agrandissement supplémentaire des rayons des CPs S à X qui sont plus grands
d’environ 8 nm par rapport aux dimensions visées. Nous pensons que ce défaut local est
dû à un effet d’interférences dans la résine lors de la lithographie, car il apparait uni-
quement pour la période aS−X = 300 nm sur toutes les puces étudiées ; il pourrait donc
être facilement corrigé par conception. En revanche, les rapports de rayons R2/R1 sont
conformes aux valeurs visées. On notera que les rayons sont mesurés avec une précision
minimale de 5 nm, qui correspond à la taille du faisceau du MEB, à laquelle s’ajoute
l’incertitude due à la binarisation des images MEB.
111
Tab. 4.3 : Dimensions des CPs du spectromètre intégré, mesurées par analyse statistique
d’images MEB : (a) rayons et périodes moyens des CPs de même période, et (b) moyenne
du décalage des petits trous s pour les CPs partageant le même s visé. Le s corrigé tient
compte de la légère déformation des trous par les effets de proximité.
Le tableau 4.3b contient les valeurs des décalages s des petits trous que nous
avons mesurés. Là encore, nous avons moyenné les valeurs de s de tous les CPs parta-
geant les mêmes valeurs visées. Par exemple, les CPs A, G, M, S, Y, et EE doivent avoir
un décalage nul. On peut constater que les valeurs mesurées suivent bien l’évolution pa-
rabolique visée dans la conception ; cependant elles sont toutes supérieures aux valeurs
visées d’environ 9 %. Pour expliquer cet agrandissement, nous avons étudié la forme
112
(a) (b)
Fig. 4.11 : Déformation des membranes : (a) coupe schématique d’un CP, illustrant la
relaxation des contraintes de compression internes du BOX et (b) imagerie au micro-
scope confocal réalisée par le CEA-Leti, montrant la topologie d’une membrane, avec
une flèche f = 3.3 µm.
des trous sur les images MEB par analyse statistique. Il apparait que les trous sont
légèrement allongés dans la direction verticale, comme schématisé sur la figure 4.12, et
ce d’autant plus que le décalage s est élevé. Cet allongement, difficilement visible à l’œil
nu sur les images, est attribué aux effets de proximité lors de la lithographie. En effet,
l’allongement des trous déplace leur barycentre d’une distance de s1 = (α − 1) × R1
et s2 = (β − 1) × R2 respectivement pour les grands et les petits trous, avec α et β leurs
rapports d’aspect.
Il est possible de quantifier cet allongement grâce à notre analyse d’images MEB
pour corriger les valeurs de s mesurées, en leur enlevant les contributions des effets de
proximité. Les valeurs corrigées sont consignées dans la dernière ligne du tableau 4.3b, et
correspondent bien aux valeurs visées. Cette observation permettra d’ajuster la concep-
tion des trous pour la fabrication de nouveaux lots d’échantillons, en aplatissant légè-
rement les trous pour compenser les effets de proximité.
113
Fig. 4.12 : Illustration du décalage s apparent des petits trous : l’élongation des trous
ajoute un décalage additionnel au décalage visé. α et β sont respectivement les rapports
d’aspect des grands et des petits trous.
Nous avons ensuite représenté les données similaires pour des CPs de même
période, avec différentes valeurs de s, sur la figure 4.14. La figure 4.14a représente
114
930
0.8
Résonance (nm)
920 λrés = 2.8a+74 nm
0.6 Adj. R²>0.99
Périodes visées 910
0.4 a=288 nm Exclu de
a=292 nm 900 l'aj. num.
a=296 nm
0.2 a=300 nm
a=304 nm 890
Y
G S a=307 nm
0.0 EE 880
A M
870 880 890 900 910 920 930 940 950 960 288 292 296 300 304 308
Longueur d'onde (nm) Période a expérimentale (nm)
(a) (b)
Fig. 4.13 : Évolution de la longueur d’onde de résonance dans l’eau déionisée en fonction
de la période, avec décalage des petits trous s = 0 : (a) spectres de micro-réflectivité et
(b) longueurs d’onde de résonance obtenues par ajustement numérique.
les spectres de micro-réflectivité dans l’eau déionisée des CPs M à R, tandis que
la figure 4.14b représente les longueurs d’onde de résonance en fonction du décalage
des petits trous s mesuré. Là encore, les résonances sont régulièrement incrémentées
entre 905.9 nm et 916.5 nm, ce qui correspond à un incrément moyen entre deux CPs
consécutifs de 2.1 nm, pour 2 nm visés. On constate que les incréments sont moins ré-
guliers ; nous quantifierons plus loin la régularité des incréments sur toute la gamme
du spectromètre intégré. On retrouve cependant l’augmentation parabolique de la ré-
sonance avec le décalage s sur l’ajustement numérique de la figure 4.14b, ce qui est
conforme aux simulations.
On peut remarquer que certains spectres de la figure 4.14a présentent des réso-
nances doubles, comme le spectre du CP P : nous avons attribué ce phénomène aux
imperfections géométriques des trous (forme et rugosité), ce qui a ensuite été confirmé
par une simulation FDTD. Cela montre que le dédoublement de la résonance est un
problème mineur qui peut être résolu en optimisant le procédé de fabrication.
115
1.0
M N O P Q R Expérimental
918 Ajustement numérique
Micro-réflectivité (u.a.)
914
0.6 ∆λrés = 6.5×10-3s
Q
Décalages visés 912 Adj. R²>0.98
P
0.4 s= 0 nm
910
s= 16 nm
s= 23 nm O
0.2 908
s= 28 nm N
s= 33 nm 906
0.0 s= 37 nm M
904
905 910 915 920 0 5 10 15 20 25 30 35 40
Longueur d'onde (nm) Décalage s expérimental (nm)
(a) (b)
Nous avons décrit précédemment la déformation des CPs due à leur mise en mem-
brane. Cette déformation a des conséquences sur leurs propriétés optiques. D’une part,
pour les caractérisations en micro-réflectivité avec un faisceau focalisé, la membrane se
comporte comme un miroir convexe qui change légèrement l’angle d’ouverture du fais-
ceau, comme illustré sur la figure 4.15a. Elle peut également dévier le faisceau de son
axe si celui-ci n’est pas parfaitement centré sur la membrane. Cela rend plus difficile
l’injection de la lumière réfléchie par les CPs dans la fibre optique de l’analyseur de
spectre, et surtout cela réduit la quantité de lumière reçue, et donc diminue le rapport
signal/bruit.
D’autre part, pour les futures caractérisations en imagerie où la puce sera illu-
minée en incidence normale par une source étendue, la déformation des membranes
pose un problème de couplage des CPs. En effet, comme le centre des membranes se
trouve plus haut que les bords, l’onde plane incidente atteint d’abord le centre puis
progressivement les bords avec un retard de phase, comme illustré sur la figure 4.15b.
Cela implique que l’onde n’est pas reçue en phase sur toute la surface du CP, ce qui
pourrait gêner le couplage de la lumière. Ce phénomène ne s’est cependant pas révélé
116
(a) (b)
problématique pour les premiers tests en imagerie présentés plus loin dans ce manuscrit.
Il pourrait être résolu soit en corrigeant la déformation des membranes, soit en adaptant
la conception des CPs pour optimiser le couplage.
117
B D F H J L N P R T V X Z BB DD FF
970 Visé
960 Expérimental
Extrapolation
950
Résonance (nm)
940
930
920
910
900
890
880
A C E G I K M O Q S U W Y AA CC EE
Indice CP (colonne)
Fig. 4.16 : Longueurs d’onde de résonance visées et mesurées expérimentalement sur
les CPs d’un spectromètre intégré. Les symboles en étoile représentent l’extrapolation
des résonances à partir des dimensions des CPs.
(par exemple l’incrément entre les CPs F et G n’est pas compté). La valeur expéri-
mentale est légèrement plus élevée que la valeur visée du fait des décalages des petits
trous légèrement trop grands, ce que nous avons étudié dans la section précédente (voir
tableau 4.3b).
D’autre part, l’écart-type de ces incréments est supérieur à 0.8 nm. Cependant la
répartition des incréments est irrégulière, car les résonances des CPs A à F sont moins
marquées et donc sujettes à des fluctuations plus importantes. Cela est dû à un rap-
port signal/bruit plus faible dans la gamme spectrale correspondant aux spectres des
premiers CPs, qui rend l’ajustement numérique utilisé pour déterminer les résonances
moins précis. Ainsi, si l’on exclut les CPs A à F, l’écart-type de l’incrément est réduit
à environ 0.6 nm. Cela signifie que nous avons un contrôle technologique de l’incrémen-
tation des résonances à moins d’un nanomètre près sur une large gamme spectrale de
près de 60 nm, ce qui constitue un résultat important de la thèse.
On peut observer sur la figure 4.16 que les résonances expérimentales du spectro-
mètre intégré subissent un décalage constant vers le bleu d’environ −35 nm par rapport
aux valeurs visées. Pour expliquer ce décalage, nous devons revenir aux mesures des di-
118
mensions des structures de la section précédente. Nous avons vu que les rayons des trous
sont plus grands que les valeurs visées d’environ 6 nm, et de 2 nm supplémentaires pour
les CPs S à X. Nous avons pu quantifier l’impact des variations de dimensions sur les
résonances à l’aide de lois de variations issues de simulations RCWA, similaires à celles
de la figure 4.7. Ces lois sont données dans l’annexe E, ainsi que le détail du calcul des
extrapolations. Nous avons superposé les résultats de ces extrapolations aux mesures
optiques sur la figure 4.16 (symboles en étoile). On peut y voir que les extrapolations
sont proches des mesures optiques, ce qui indique que l’agrandissement des trous serait
la cause principale du décalage de −35 nm observé. Ces extrapolations ont ensuite été
confirmées par une nouvelle simulation RCWA de la réflectivité d’une structure, dont
les motifs sont importés à partir d’une image MEB. La source du décalage de −35 nm
semble donc être la taille des trous, et une simple correction de la conception des struc-
tures ou de la dose de lithographie permettrait de rehausser les résonances aux valeurs
visées.
119
B D F H J L N P R T V X Z BBDD FF
1.0
Micro-réflectivité (u.a.)
200
0.8
Sensibilité (nm.RIU-1)
175
150
0.6 +5.5 nm
125
0.4 100
75
0.2 Eau déionisée
50
Éthanol
0.0 25
0
910 915 920 925 930 935 940 A C E G I K M O Q S U W Y AACC EE
Longueur d'onde (nm) Indice CP (colonne)
(a) (b)
Nous avons présenté les caractérisations spectrales des cristaux photoniques fa-
120
Sensibilité (nm.RIU-1)
945 175
150
940 125
100
935 75
50
930 25
0
1 6 11 16 21 26 31
Indice CP (ligne)
Fig. 4.18 : Position des résonances de la colonne EE dans l’eau déionisée et sensibilité
entre l’eau et l’éthanol.
Dans cette partie, après avoir présenté le dispositif d’imagerie sans lentille que
nous avons utilisé pour caractériser nos échantillons, nous présenterons une étude pré-
liminaire d’imagerie qui constitue une première approche de la mesure de décalage
spectral avec notre puce de spectrométrie intégrée.
121
Source
monochromatique
étendue
Puce à CPs
Einc (-45°)
ECPs (0°)
Eout (45°)
Polariseur
Analyseur
Fig. 4.19 : Schéma de principe du dispositif d’imagerie sans lentille, composé d’une
source monochromatique étendue, deux polariseurs croisés de part et d’autre de la puce
photonique, et une caméra CMOS.
Le banc de caractérisation utilisé est schématisé sur la figure 4.19. Il a été dévelop-
pé au CEA-Leti par Mathieu Dupoy. Il est composé d’une source monochromatique
émettant un faisceau étendu, qui traverse un polariseur puis illumine en incidence nor-
male la totalité de la surface de la puce photonique, placée sur un porte-échantillon
amovible. Le faisceau transmis à travers la puce passe ensuite à travers un analyseur
de polarisation perpendiculaire à celle du polariseur, et est enfin imagé par la caméra
CMOS. Les polariseurs croisés permettent de filtrer le signal de fond, et transmettre
uniquement le faisceau rayonné par les CPs : le principe du filtrage par polariseurs
croisés est détaillé dans l’annexe F.
Une photographie du dispositif est donnée sur la figure 4.20. La source utilisée
est une diode laser QLD-920-50S de Qphotonics, émettant autour de 912 nm à tem-
pérature ambiante, avec une largeur spectrale inférieure à 2 nm. La caméra est une
daA1600-60um de marque Basler, qui possède une efficacité quantique > 5 % dans
la gamme d’intérêt. La puce est placée au plus près de la caméra, à une distance d’en-
viron 3 mm limitée par l’épaisseur de la cellule fluidique. On notera que comme nous
travaillons en transmission, l’utilisation de puces à CPs membranaires transparents est
nécessaire. La taille du dispositif est d’environ 10 cm de haut pour 5×5 cm de base.
122
Cette section porte sur la validation expérimentale du banc d’imagerie sans len-
tille schématisé sur la figure 4.19. Pour cette validation, nous avons effectué plusieurs
mesures en imagerie en faisant varier l’indice de réfraction. Pour cela nous avons utilisé
des solutions de glucose de concentrations croissantes de 0 à 200 g · L−1 , et avons ima-
gé la puce pour chaque concentration. Entre chaque expérience, la cellule est remplie
avec de l’eau déionisée pour s’assurer que l’échantillon revient dans les conditions ini-
tiales avant d’utiliser la solution suivante. Nous espérons ainsi voir expérimentalement
le décalage spectral induit à l’aide de la caméra.
Les images de la puce dans les différentes solutions (de 0 à 200 g · L−1 ) sont
reportées sur la figure 4.21. On peut voir sur chaque image une matrice de taches
relativement circulaires : ce sont les pixels spectraux, que nous avons délimités par des
lignes blanches, et qui sont associés aux CPs de la puce. Chacune des 16 lignes visibles
sur l’image représente une portion d’un spectromètre intégré (entre les colonnes G
et CC), et chaque colonne est composée de CPs de conception identique. Les colonnes
présentent logiquement une intensité quasi-homogène, car les CPs baignent dans la
même solution. C’est pourquoi nous parlerons de colonne par la suite, pour désigner
tous les CPs de la puce supportant une résonance identique.
123
(a) (b)
(c) (d)
Fig. 4.21 : Imagerie de la puce dans des solutions de glucose de différentes concentra-
tions dans l’eau déionisée : (a) eau pure, (b) 50 g · L−1 , (c) 100 g · L−1 et (d) 200 g · L−1 .
Les lignes blanches délimitent les pixels spectraux correspondant aux CPs de la puce.
Sur chaque image, la colonne la plus intense contient les structures dont la réso-
nance est la plus proche de la longueur d’onde d’émission de la source. C’est le cas par
exemple de la colonne X dans l’eau déionisée (figure 4.21a). Par suite, plus la résonance
des CPs est éloignée de la longueur d’onde d’émission de la source, plus l’intensité des
pixels spectraux correspondants est faible.
On peut enfin remarquer que les pixels spectraux sont légèrement plus grands
124
que les mailles de la grille qui les délimitent, ce qui signifie que les pixels spectraux
sont perturbés par leurs voisins. Cela correspond à de la diaphotie (crosstalk) entre les
CPs. En effet, la puce est éloignée d’environ 3 mm de la caméra, or des expériences
préliminaires ont montré qu’à cette distance, le faisceau lumineux issu de chaque CP
s’élargit et devient plus grand que la période entre les CPs, ce qui cause la diaphotie.
Ce problème pourra être corrigé en optimisant l’épaisseur de la cellule fluidique.
4. pour toutes les concentrations, alors que le pic d’intensité est étalé sur son côté
gauche, il existe un fort contraste entre les colonnes X et Y, cette dernière étant
presque complètement éteinte alors que la colonne X est très intense.
Ces mesures peuvent être expliquées par les mesures spectrales présentées sur la
figure 4.23 : elle rappelle l’évolution de la résonance le long du spectromètre intégré
dans l’eau déionisée (courbe bleue), similairement à la figure 4.16. Nous y avons en plus
superposé le spectre d’excitation de la source lumineuse, ce qui permet de visualiser
le recouvrement de la gamme d’excitation avec la gamme de transmission des CPs.
Sur cette figure, on voit que le CP dont la résonance est la plus proche du spectre
d’excitation est bien le CP X dans l’eau déionisée, ce qui explique que le pic d’intensité
des pixels spectraux soit sur la colonne X.
125
1.0
0g/L
0.4
0.2
0.0
M N O P Q R S T U V W X Y Z AA
Pixel spectral (colonne)
Fig. 4.22 : Évolution de l’intensité des pixels spectraux de la ligne 2 pour chaque solution
de glucose.
920
0 g/L (exp.)
918 50 g/L
Longueur d'onde (nm)
126
Tab. 4.4 : Indice de réfraction des solutions utilisées, et décalage spectral théorique pour
une sensibilité de 186.6 nm · RIU−1 .
Nous avons consigné les indices de réfraction des solutions utilisées dans le tableau 4.4,
ainsi que les décalages spectraux attendus. Avec ces données, nous avons tracé l’extrapo-
lation de la résonance des CPs dans les différentes solutions de glucose sur la figure 4.23
(courbes en pointillés). Ainsi, plus l’indice de réfraction augmente, plus les résonances
augmentent, et tous les CPs à gauche de la colonne Y se rapprochent de la gamme
d’excitation. Cela explique le déplacement vers la gauche du pic d’intensité sur la fi-
gure 4.22. En particulier, la résonance de la colonne R constitue un décrochement et est
anormalement élevée, ce qui explique le pic d’intensité des pixels spectraux correspon-
dants. Enfin, le contraste entre les colonnes X et Y est la conséquence de l’écart élevé
entre les résonances de ces CPs. Alors que la résonance de la colonne X est proche de
la longueur d’onde d’excitation, celle de la colonne Y est éloignée, celle-ci ne transmet
donc pas de lumière. Nous avons ainsi pu interpréter qualitativement les résultats de
l’imagerie.
Après ces observations qualitatives, nous pouvons mener une analyse quantitative
de l’évolution de l’intensité d’un seul pixel spectral, afin de déterminer le décalage
spectral. Nous avons représenté l’intensité théorique du pixel spectral en fonction du
décalage spectral sur la figure 4.24 (en gris). Cette courbe, que nous appellerons « courbe
de calibration », correspond au produit de convolution du spectre d’excitation de la
source avec le spectre de transmission des CPs.3 Grâce à cette courbe, nous pouvons
retrouver l’évolution du décalage spectral à partir des mesures de l’intensité du pixel
spectral.
3. La courbe grise de la figure 4.24 a été calculée à partir du spectre de la source mesuré expérimen-
talement.
127
Fig. 4.24 : Méthode de mesure du décalage spectral à partir des variations d’intensité
d’un CP unique (exemple du CP 2X).
Parmi les différentes colonnes d’intensité non nulle, une colonne en particulier
semble la plus indiquée pour cette analyse : la colonne X. En effet, c’est la seule co-
lonne dont l’intensité décrit un pic, tandis que celle des autres colonnes est soit toujours
croissante, soit toujours décroissante (voir figure 4.22). Cela indique que le pic d’inten-
sité a été atteint entre deux solutions de glucose, ce qui nous donne une estimation de
l’intensité maximale atteignable par les pixels spectraux, et donc permet de normaliser
l’intensité expérimentale par rapport à la courbe de calibration. Dans la suite de notre
calcul, nous pourrons considérer que l’intensité maximale est atteinte dans la solution
de glucose à 100 g · L−1 . Nous avons placé les valeurs d’intensité du pixel spectral 2X sur
la courbe de calibration de la figure 4.24, et avons déduit l’écart spectral correspondant.
Il suffit ensuite de comparer entre elles les valeurs obtenues pour en déduire le décalage
spectral entre les différentes solutions. Nous avons ensuite répété la même opération
pour quinze autres CPs de la colonne X, et avons tracé le résultat de ces interpolations
sur la figure 4.25.
128
2.0
1.0
0.5
0.0
Fig. 4.25 : Mesure du décalage spectral subi par les CPs de la colonne X par rapport à
l’eau déionisée, en utilisant la technique décrite sur la figure 4.24.
maximum d’intensité des pixels spectraux était atteint pour la concentration de glu-
cose à 100 g · L−1 , ce qui n’est probablement pas le cas dans la réalité. De plus, la
diaphotie entre les CPs est source d’erreur, même si nous avons tenté de la compenser
numériquement.
Enfin, la température n’était pas contrôlée dans cette expérience, ce qui engendre
une grande incertitude sur le décalage spectral mesuré : d’une part, le spectre d’excita-
tion émis par la source se décale spectralement de 0.3 nm · ◦C−1 sous l’effet de fluctua-
tions thermiques, il est donc susceptible de varier de plusieurs nanomètres en l’absence
de contrôle de la température. D’autre part, l’indice de réfraction de l’eau déionisée
diminue de −10−4 RIU · ◦C−1 quand la température augmente [103]. Ces deux compo-
santes s’ajoutent pour sous-estimer le décalage spectral si la température augmente, ce
qui a probablement été le cas puisque le dispositif d’imagerie subit l’échauffement de
la source et celui de l’électronique de la caméra. Par exemple, une variation de 5 ◦C
engendrerait un décalage supplémentaire de −1.5 nm dû à la variation du spectre d’ex-
citation, et de −0.1 nm dû à la variation d’indice de la solution. La combinaison de
toutes ces sources d’erreur permettrait ainsi d’expliquer le trop faible décalage spectral
mesuré dans cette première expérience d’imagerie.
129
sous l’hypothèse que l’erreur de mesure est uniquement due à la variation de tempéra-
ture. Cela revient à considérer qu’on mesure un décalage spectral plus faible qu’atten-
du, mais avec la sensibilité des CPs déterminée plus haut par les mesures spectrales,
soit 186.6 nm · RIU−1 . Sous cette hypothèse, la LOD est le décalage spectral minimum
mesuré expérimentalement, soit la valeur de 0.2 nm entre l’eau déionisée et la solution
de glucose à 50 g · L−1 . Nous pouvons donc bien mesurer un décalage spectral plus faible
que l’incrément des résonances de 2 nm, grâce à l’analyse des niveaux d’intensité des
pixels spectraux.
Nous avons présenté une méthode d’analyse sur un seul CP, qui constitue un
« pixel » élémentaire de notre spectromètre intégré. Cette approche pourra être étendue
à l’analyse de l’ensemble des CPs du spectromètre intégré. En effet, il est possible de
mesurer le décalage spectral entre deux images en traçant l’intensité des pixels spectraux
en fonction de la répartition de leurs résonances. Nous avons donc représenté sur la
figure 4.26 de tels graphiques, avec les données théoriques sur la figure 4.26a et les
données expérimentales sur la figure 4.26b4 . Or on peut montrer que cette intensité suit
également la courbe de calibration, en fonction de la longueur d’onde de résonance des
CPs, et que cette courbe se déplace avec le décalage spectral.
Nous avons représenté la courbe de calibration dans l’eau déionisée (courbe conti-
nue bleue) et dans la solution de glucose à 200 g · L−1 (courbe marron). On pourrait
facilement mesurer le décalage spectral subi par les CPs entre ces deux courbes par
4. L’origine de l’axe des abscisses est arbitraire, seule l’échelle est importante. Nous avons choisi de
représenter l’incrément des résonances des CPs par rapport au premier CP.
130
1.0 1.0
Théorique Expérimental
0.8 0.8
0 g/L 0 g/L
0.6 200 g/L 0.6 200 g/L
0.4 0.4
0.2 0.2
0.0 0.0
0 4 8 12 16 20 24 28 32 0 4 8 12 16 20 24 28 32
Incrément de la résonance (nm) Incrément de la résonance (nm)
(a) (b)
ajustement numérique, qui est ici de 4.5 nm. Or ce décalage spectral est difficilement
mesurable avec les seuls points correspondant aux pixels spectraux (symboles), car ils
sont trop peu nombreux pour échantillonner correctement la courbe de calibration de
chaque solution, ce qui rendrait l’ajustement numérique imprécis. Cela est encore plus
évident sur les données expérimentales de la figure 4.26b : dans notre expérience, il
est pratiquement impossible d’associer la courbe de calibration aux courbes d’intensité
expérimentales. Les raisons principales en sont : les points de données sont trop peu
nombreux, la position des résonances est soumise à une incertitude (environ 0.6 nm,
voir section 4.3.2), et enfin la diaphotie perturbe les données.
131
raient être mises en œuvre et permettraient une lecture du décalage spectral précise.
4.5 Conclusion
Dans ce chapitre, nous avons d’abord présenté notre stratégie de mesure d’un
décalage spectral avec un dispositif d’imagerie sans lentille. Ce dispositif repose sur
l’illumination en incidence normale d’une puce de spectrométrie intégrée, comportant
un réseau de capteurs à cristaux photoniques dont les longueurs d’onde de résonance
sont échelonnées sur une large gamme spectrale dans le proche infrarouge. Nous avons
détaillé la conception des structures, qui permet un contrôle technologique précis et
robuste des incréments de résonances.
132
Nous avons enfin mis en œuvre une puce de spectrométrie intégrée dans un dis-
positif d’imagerie sans lentille. Ces mesures ont démontré l’obtention d’une information
spectrale à partir d’images prises par une caméra CMOS dans des solutions de glucose
de différentes concentrations. Elles ont permis d’extraire un décalage spectral des ré-
sonances des capteurs de 0.2 nm, avec une limite de détection LOD à l’état de l’art,
d’une valeur de 1.1 × 10−3 RIU, soit une densité de biomolécules à la surface du capteur
d’environ 50 ng · cm−2 . Néanmoins, en considérant toutes les pistes d’optimisation que
nous avons identifiées, cette LOD pourrait être largement optimisée afin de détecter des
variations d’indice de réfraction plus faibles de l’ordre de 10−4 RIU, et par conséquent
des quantités plus faibles de biomolécules. Ces études préliminaires ont ainsi validé le
principe du dispositif de détection qui fait l’objet de ce chapitre, et appellent un travail
d’optimisation vers une application dans la détection de biomolécules.
133
Conclusion
Dans cette thèse, nous avons réalisé un dispositif de biodétection par voie optique,
compatible à la fois avec une application de criblage biomoléculaire et une utilisation en
Point-Of-Care. Ce système, qui a fait l’objet d’un dépôt de brevet, intègre une puce de
capteurs à cristaux photoniques dans un dispositif compact d’imagerie sans lentille. Les
capteurs à cristaux photoniques sont basés sur un design à double période, ce qui permet
d’une part une excitation en incidence normale par un faisceau étendu, et d’autre part
des performances optiques appropriées à la biodétection. Ces performances optiques sont
obtenues grâce à la localisation du champ électromagnétique au voisinage de l’interface
avec le milieu environnant. Nous nous sommes intéressés aux deux principaux défis liés
à ce système : la démonstration des performances des capteurs pour la détection de
couches biomoléculaires, et la mise en œuvre de ces capteurs au sein d’une plateforme
optique sans lentille avec une lecture directe en intensité, par un imageur CMOS.
Nous avons montré que nos capteurs présentent une bonne sensibilité volumique
de 200 nm · RIU−1 dans différentes solutions de glucose, et un haut facteur de qualité
d’environ 800, en accord avec les simulations numériques. Ces valeurs donnent une
figure de mérite expérimentale de 192 RIU−1 , supérieure à l’état de l’art des dispositifs
optiques intégrés. Ensuite, nous avons démontré expérimentalement la détection d’une
monocouche de BSA adsorbée à la surface des CPs. Nous en avons déduit la limite
de détection surfacique de nos capteurs, qui est de 10 ng · cm−2 , ce qui est comparable
à l’état de l’art. Nous sommes allés plus loin en fonctionnalisant nos capteurs avec
des sondes de biotine, et avons démontré la capture spécifique et la détection d’une
monocouche de streptavidine grâce à des mesures spectrales couplées à un contrôle par
134
Par la suite, nous avons souhaiter mettre en œuvre ces capteurs au sein d’une
plateforme de détection sans lentille, avec lecture directe sur un imageur CMOS. Nous
avons donc proposé l’intégration de la fonction de spectrométrie sur la puce, par le biais
d’un échelonnage fin et contrôlé des longueurs d’onde de résonance des capteurs. Cet
échelonnage est obtenu en variant la période et le décalage d’une rangée de trous sur
deux, ce qui permet de balayer une grande gamme spectrale de 60 nm tout en réalisant
des incréments de résonance très fins de 2 nm. Les résultats expérimentaux de caractéri-
sation structurale et optique ont mis en évidence une très bonne reproductibilité et une
bonne homogénéité des dispositifs, ce qui valide la conception du spectromètre intégré.
Nous avons ensuite effectué des mesures au sein d’un module d’imagerie sans
lentille, dont l’encombrement d’environ 10 × 5 × 5 cm est compatible avec les critères du
Point-of-Care. Le principe de fonctionnement du système a été validé en utilisant diffé-
rentes solutions de glucose. Après une analyse de la variation d’intensité de capteurs indi-
viduels mesurée par imagerie, nous avons présenté les éléments de méthode pour mesurer
le décalage spectral avec le spectromètre intégré. Lors d’une première démonstration,
nous avons obtenu une première évaluation de la limite de détection de 1.1 × 10−3 RIU,
ce qui correspondrait à une densité de biomolécules d’environ 50 ng · cm−2 . Nous avons
montré que l’optimisation du dispositif permettrait de descendre la limite de détection
autour de 1 × 10−4 RIU. Cette valeur est à l’état de l’art des dispositifs similaires. Cette
démonstration de l’imagerie sans lentille constitue ainsi l’aboutissement de ce travail
de thèse.
Perspectives
135
Un champ important qui n’a pas été abordé dans cette thèse est l’intégration
d’un circuit microfluidique sur la puce photonique. Cette fonctionnalité permettra d’ef-
fectuer des mesures dynamiques de première importance pour la biodétection, ainsi que
d’améliorer la limite de détection. Mais elle sera surtout indispensable à terme, car
elle aura pour rôle d’acheminer les fluides biologiques depuis le lieu de collecte vers les
éléments sensibles de la puce. L’implémentation d’un circuit microfluidique constituera
ainsi une étape importante vers une application concrète de nos dispositifs.
Une des perspectives importantes de cette thèse est le criblage moléculaire. Les
puces ont été conçues pour ce criblage, via la fabrication de nombreux spectromètres
intégrés sur une faible surface. Nous avons fait un premier pas en démontrant la détec-
tion spécifique d’une protéine, la streptavidine. Il reste alors à étendre cette étude à la
détection simultanée de plusieurs marqueurs biologiques dans des milieux complexes,
qui se rapprochent des conditions d’analyse réelles. De telles démonstrations pourront
trouver un intérêt bien au-delà d’une utilisation en Point-of-Care, et pourraient toucher
des domaines allant de l’analyse environnementale à la recherche pharmaceutique.
136
Simulation de la sensibilité en
fonction de la forme des trous
Comme on peut le constater sur les images MEB de la figure A.1, la forme des
trous de nos cristaux photoniques est polygonale, en raison de la forme polygonale des
motifs programmés dans le masque de lithographie utilisé lors de la fabrication des
échantillons. Pour étudier l’impact de la forme des trous sur la sensibilité volumique,
nous avons réalisé une simulation comparative d’un CP à double période de période
a = 300 nm avec des trous carrés de côté c = 2·a/3 et des trous circulaires de diamètre c.
Les résultats de cette simulation sont représentés sur la figure A.2 : elle repré-
sente l’évolution de la longueur d’onde de résonance d’un CP en fonction de l’indice
de réfraction ambiant, dans le cas où les trous sont ronds (courbe rouge) et carrés
(courbe noire). La sensibilité autour de l’indice de réfraction de l’eau (n = 1.33 RIU) est
de S◦ = 200 nm · RIU−1 pour les trous ronds, et de S = 219 nm · RIU−1 pour les trous
carrés, soit une valeur supérieure de 10 %. Pour nos CPs, la forme des trous réelle étant
entre ces deux cas extrêmes, nous pouvons estimer que la sensibilité sera une valeur
intermédiaire.
On peut noter que l’écart constant entre les deux courbes d’environ 50 nm s’ex-
plique par la différence du taux de remplissage du milieu ambiant dans le cristal (15.8 %
pour des trous ronds, 20.1 % pour des trous carrés) : plus cette fraction est élevée, plus
la longueur d’onde de résonance est faible.
137
Fig. A.1 : Imagerie par microscopie électronique à balayage (MEB) vu de dessus d’un
cristal photonique à double période fabriqués par lithographie électronique (rayons des
trous R1 = 99 nm et R2 = 90 nm (période a = 300 nm).
Longueur d'onde de résonance (nm)
960 c
TR :
2·a
940 SO = 200 nm/RIU 15.8%
0.9c
920
c
900 TR :
2·a
S = 219 nm/RIU 20.1% 0.9c
880
1.30 1.35 1.40 1.45
Indice de réfraction ambiant (RIU)
138
Dans cette annexe, nous allons mettre en évidence la lente gravure de nos cristaux
photoniques par la solution de PBS (tampon phosphate salin) utilisée pour mettre
en solution les biomolécules. Cet effet a d’abord été observé expérimentalement en
mesurant en temps réel le spectre de micro-réflectivité d’un CP1 dans une solution de
PBS pendant 90 min. Ces spectres sont représentés sur la figure B.1, ainsi que l’évolution
de la longueur d’onde de résonance du CP au cours du temps, mesurée par un algorithme
d’ajustement numérique avec un modèle de Fano (courbe noire sur la figure B.1b).
On peut constater sur cette figure que la longueur d’onde de résonance diminue
au cours du temps, avec une vitesse d’environ −0.19 nm · h−1 . Sur cette expérience
de 90 min, on observe donc une diminution d’environ 0.3 nm. Nous avons également
mesuré le décalage spectral des spectres au cours du temps par rapport au premier
spectre mesuré, à l’aide de l’algorithme de corrélation présenté dans l’annexe D, et
cette mesure apporte des résultats similaires.
139
Fig. B.1 : Dérive de la longueur d’onde résonance d’un CP dans le PBS due à la gravure
de la structure : (a) spectres de micro-réflectivité et (b) suivi de la longueur d’onde de
résonance au cours du temps, mesurée par ajustement numérique avec un modèle de
Fano (courbe noire), et décalage spectral de la résonance par rapport au premier spectre,
mesuré par l’algorithme de corrélation détaillé dans l’annexe D (courbe rouge).
de celui-ci. Cependant, nous avons pu comparer des images MEB (Microscopie Électro-
nique à Balayage) de CPs avant et après exposition à la solution de PBS, présentées
sur la figure B.2.
140
(a) (b)
Fig. B.2 : Images MEB comparatives d’un échantillon avant et après exposition à
une solution de PBS 1X, illustrant la corrosion sous l’effet des ions contenus dans la
solution : (a) avant exposition au PBS 1X et (b) après exposition au PBS 1X pen-
dant 18 jours.
et période), qui avaient été utilisées pour déterminer le design des CPs lors de leur
conception (voir annexe E).
En première approximation, on peut estimer que la variation de longueur d’onde de
résonance devrait être d’environ −35 nm sous l’effet de l’agrandissement des trous. On
devrait donc observer une diminution d’environ 0.12 nm sur une expérience de 90 min.
Cette valeur extrapolée est certes plus faible que la valeur expérimentale de 0.3 nm, mais
nous n’avons pas d’information sur la linéarité de la gravure au cours du temps. Comme
la solution de PBS n’est pas renouvelée, la gravure de la silice peut être plus rapide au
début de l’exposition au PBS (au moment de la mesure optique) et diminuer avec le
temps, en raison de l’accumulation des produits de réaction qui ralentissent celle-ci. On
peut donc conclure que la surface des CPs a été gravée au cours de l’expérience, et cette
gravure est la cause principale de la diminution de la longueur d’onde de résonance.
Le comportement de la silice dans le PBS a été étudié dans les travaux de John
A. Rogers et al [104–106]. Ces publications étudient le comportement de la silice ther-
mique comme barrière de protection pour des dispositifs de type « électronique bio-
dégradable » (en anglais : transient electronics) implantables dans le corps humain,
et qui ont la propriété de se dissoudre en un temps contrôlé dans un milieu aqueux.
Dans la référence [105], les auteurs montrent que la silice thermique se dissout effective-
ment dans le PBS, à une vitesse de l’ordre de 10−2 nm · jour−1 à 22 ◦C dans le PBS 1X.
Cette vitesse est deux ordres de grandeur en dessous de la vitesse de gravure que nous
avons déterminée expérimentalement (environ 1 nm · jour−1 ). Cependant, notre étude
porte sur de la silice sous forme d’oxyde natif moins dense que la silice thermique, sur
141
1.0
Micro-réflectivité (u.a.)
0.8
0.6
0.4
0.2
Avant eau déionisée
0.0
Après eau déionisée
des surfaces ayant subi la gravure des trous. On peut donc supposer que la vitesse de
dissolution de notre silice est plus élevée.
Pour aller plus loin, afin de confirmer que la gravure observée est bien causée
par le PBS, nous avons également comparé la longueur d’onde de résonance d’un CP
similaire avant et après exposition à de l’eau déionisée pendant 17 jours. Les spectres
de micro-réflectivité de ce CP sont représentés sur la figure B.3. On peut voir que la
résonance est identique sur les deux spectres. D’autre part, nous avons contrôlé que
l’indice de réfraction de l’eau déionisée n’avait pas évolué entre les deux mesures, ce
qui assure qu’aucun effet de gravure n’aurait été compensé par une variation d’indice.
On peut conclure de ces deux arguments que les dimensions des CPs n’ont pas évolué,
et que l’eau déionisée n’a pas d’effet de gravure sur l’échantillon. Le PBS semble donc
responsable de la gravure mise en évidence sur la figure B.2.
On peut conclure de cette étude que le PBS a une influence sur la longueur
d’onde de résonance des CPs qui y sont exposés à cause d’un effet de gravure qui
modifie leurs dimensions. Sur des temps d’expositions assez courts, cette gravure a une
influence négligeable sur la mesure optique. Cependant, si le décalage spectral dû à la
gravure du CP est du même ordre de grandeur que le décalage spectral que l’on souhaite
142
originalement mesurer, cet effet de gravure peut être problématique. Une des solutions
possibles pour éviter ce problème est d’utiliser de l’eau déionisée à la place du PBS
quand c’est possible, ou de protéger la surface, par exemple avec une couche de silane
(voir annexe E).
143
Fonctionnalisation de surface
• l’affinité entre ces deux molécules est forte : leur interaction est une des plus
fortes interactions non-covalentes connues (constante de dissociation de la réac-
tion B − S −−−−−−−→ B + S : Kd ≈ 1 × 10−15 mol · L−1 ), le complexe biotine-
dissociation
La figure C.1 schématise les étapes successives de la fonctionnalisation, qui seront dé-
taillées dans la suite de cette annexe. Les échantillons sont d’abord nettoyés puis oxydés
144
Fig. C.1 : Procédé de fonctionnalisation des cristaux photoniques : (a) nettoyage, (b)
silanisation, (c) acidolyse, (d) activation et (e) greffage de l’ADN biotinylé.
par traitement UV-ozone, afin de préparer la surface (a). Ils sont ensuite silanisés en
phase gazeuse selon un procédé développé dans le laboratoire [107] (b). Le silane ain-
si greffé à la surface est ensuite déprotégé par acidolyse (c), puis activé par réaction
avec du N-hydroxysuccinimide (NHS) pour former l’ester de NHS (d). Enfin, des micro-
gouttelettes d’une solution contenant des brins d’ADN modifiés avec un groupe amine
et porteurs de la biotine sont projetées individuellement sur chaque CP de l’échantillon.
Le groupe amine réagit avec l’ester de NHS (e), ce qui permet aux brins d’ADN de se
greffer au silane. Les CPs sont ainsi fonctionnalisés individuellement avec de la biotine.
C.1 Silanisation
145
SUM, à la surface des puces. Cette molécule, schématisée sur la figure C.2, est un silane
monofonctionnel : à une extrémité de la chaine carbonée, un groupement silyle permet
à la molécule de réagir avec une liaison Si−OH disponible à la surface de l’échantillon,
tandis que l’autre extrémité est protégée par un groupe tert-butyle.
Nous allons maintenant décrire l’étape de greffage des molécules sondes sur un
échantillon silanisé, constituant la deuxième étape de la fonctionnalisation. Elle consiste
à modifier l’extrémité libre de la molécule de silane, protégée un groupe tert-butyle, en
remplaçant celui-ci par la molécule d’intérêt.
146
Une fois que la couche de silane est formée, son extrémité libre doit être déproté-
gée pour la rendre disponible à la réaction de greffage d’un brin d’ADN. On procède à
une acidolyse de l’ester carboxylique par un bain d’acide formique glacial pendant 7 h à
température ambiante. Le groupement de protection tert-butyle est éliminé, et la fonc-
tion acide carboxylique en bout de chaine du silane est désormais active. On effectue en-
suite une estérification du groupe carboxyle dans une solution de N-hydroxysuccinimide
(NHS) et N-N’-diisopropylcarbodiimide, pour obtenir un ester de NHS pouvant réagir
avec un groupe amine. Puis on rince l’échantillon au tétrahydrofurane puis au dichloro-
méthane.
Nous avons utilisé une solution de PBS 5X contenant 2 µmol · L−1 d’ADN bio-
tinylé, à laquelle on a ajouté 1.5 mol · L−1 de bétaïne pour ralentir l’évaporation de
la gouttelette et prolonger le temps de réaction. Le volume projeté sur chaque cristal
est d’environ 2 nl. Le groupement amine des brins d’ADN biotinylé réagit avec l’ester
de NHS présent à la surface de l’échantillon. Une incubation d’environ 2 h à tempé-
rature ambiante sous 60 % d’humidité relative permet le greffage des brins d’ADN
biotinylé. Après rinçage au PBS additionné d’un tensioactif facilitant le décrochage
des molécules adsorbées à la surface de la puce, puis à l’eau déionisée, on obtient des
cristaux photoniques fonctionnalisés avec la biotine, utilisables dans une expérience de
bio-reconnaissance de la streptavidine.
147
148
Une première méthode pour obtenir la valeur du décalage spectral est d’effectuer
des ajustements numériques successivement sur les deux spectres, avec un modèle basé
149
(q + δ)2 + P ω − ω0
RF ano (δ) = R0 · avec δ =2· (D.1)
1 + δ2 Γ
2π · c ω0
λ0 = et Q =
ω0 Γ
1. Voir chapitre 2, section 2.4.1 : ces oscillations sont dues à l’effet Fabry-Perot dans l’analyte
(oscillations de période ≈ 0.3 nm) et la lamelle de notre cellule fluidique (période ≈ 1.7 nm).
150
932 934 936 938 940 942 922 924 926 928 930 932 934
1.0 ∆λ 1.0
0.8 0.8
0.6 0.6
Micro-réflectivité (u.a.)
Micro-réflectivité (u.a.)
λ2
0.4 0.4
0.2 Expérimental 0.2 Expérimental
Spectre 2 Ajustement numérique Spectre 4 Ajustement numérique
0.0 0.0
1.0 1.0
0.8 0.8
0.6 λ1 0.6
0.4 0.4 Expérimental
0.2 Expérimental 0.2 Ajustement numérique
Spectre 1 Ajustement numérique Spectre 3
0.0 0.0
932 934 936 938 940 942 922 924 926 928 930 932 934
Longueur d'onde (nm) Longueur d'onde (nm)
(a) (b)
Nous avons donc développé une deuxième méthode de mesure du décalage spec-
tral basée sur un algorithme de corrélation, pour les cas où l’ajustement numérique ne
donne pas de résultats satisfaisants. L’algorithme se base sur la comparaison de deux
spectres de formes superposables : il décale le second spectre en cherchant à le superpo-
ser au premier, et le décalage spectral ∆λ retourné par l’algorithme est celui optimise
la superposition, comme l’illustre l’exemple de la figure D.2, qui reprend les mêmes
spectres que la figure D.1b.
Sur la figure D.2b, on peut constater que si on décale le spectre 4 de la valeur ∆λ déter-
minée par l’algorithme (spectre tracé en vert), celui-ci se superpose bien au spectre 3
dans la zone d’intérêt, c’est-à-dire au voisinage de la résonance.
151
Micro-réflectivité (u.a.)
Micro-réflectivité (u.a.)
1.0 1.0
0.8 0.8
∆λ
0.6 0.6
0.4 0.4
Spectre 3
0.2 Spectre 3 0.2 Spectre 4
Spectre 4 Spectre 4 décalé de ∆λ
0.0 0.0
922 924 926 928 930 932 922 924 926 928 930 932
Longueur d'onde (nm) Longueur d'onde (nm)
(a) (b)
Fig. D.2 : Mesure du décalage spectral entre les spectres de la figure D.1b par notre
algorithme de corrélation : (a) spectres de micro-réflectivité expérimentaux et (b) déter-
mination du décalage optimal ∆λ du spectre 4 pour correspondre au spectre 3.
152
Cette annexe récapitule les dimensions visées des cristaux photoniques compo-
sant notre spectromètre intégré. La comparaison des valeurs visées et expérimentales des
CPs permet d’extrapoler leur longueur d’onde de résonance, à l’aide de lois de variation
issues de simulations RCWA. Ces lois nous ont permis d’expliquer les caractérisations
optiques présentées dans la section 4.3.2 du chapitre 4.
L’architecture des CPs est rappelée sur la figure E.1, et les dimensions visées de
chaque CP sont répertoriées dans le tableau E.2. Comme détaillé dans la section 4.2.3 du
chapitre 4, la variation des paramètres structuraux permet d’échelonner les résonances
des CPs par incréments de 2 nm sur la gamme spectrale 920 à 972 nm.
153
154
Tab. E.3 : Dimensions des cristaux photoniques au sein du spectromètre intégré (suite).
155
Nous avons présenté une analyse statistique des images MEB des structures dans
la section 4.3.1 du chapitre 4. Nous allons détailler ici le calcul du décalage spectral
induit par les variations de dimensions, à l’aide des lois de variation de la résonance
issues de simulations RCWA, et données par les équations E.1 à E.3 :
( )
2R1
∆λR1 = −1.57 × ∆ × a0 (E.1)
a
( ) ( )
2R1 R2
∆λR2 = −0.816 × ∆ ×∆ × a0 (E.2)
a R1
Où a0 = 300 nm est la période de l’architecture de base. Ces lois ont été utilisées
dans le chapitre 4 pour extrapoler les longueurs d’onde de résonance des CPs à partir
de leurs dimensions mesurées expérimentalement (voir section 4.3.2 et figure 4.16). Un
exemple d’extrapolation pour le CP X de la figure 4.16 est donné dans le tableau E.4.
On précisera que l’impact du décalage s suit la loi d’évolution présentée dans la section
conception du chapitre 4 (figure 4.7). La résonance de ce CP est visée à 960 nm et mesu-
rée expérimentalement à 920.0 nm, soit un écart de ∆λexp = −40.0 nm. L’extrapolation
montre que cet écart est majoritairement dû au rayon R1 trop grand ; et la somme des
contributions des différents écarts de dimensions de ∆λextrap = −37.4 nm permet de
retrouver la valeur expérimentale.
156
157
Nous avons vu dans le chapitre 3 que le spectre de réflexion de nos CPs présente
un profil de Fano ; par conséquent, le spectre de transmission correspond également à
un profil de Fano, tel que celui représenté en bleu sur la figure F.1. Or dans un tel
profil, l’intensité au voisinage de la résonance varie peu par rapport à l’intensité hors
résonance, et par conséquent le contraste d’intensité entre le signal utile (autour de la
résonance) et le signal de fond est faible.
T0
TLorentz (λ) = ( )2 (F.1)
λ−λ0
1 + 2Q × λ0
158
1.0 Fano
Lorentz
0.8
Intensité (u.a.)
0.6
Signal utile
0.4
0.2
0.0
résonance. Le contraste entre le signal utile et le signal de fond est donc élevé, ce qui
est avantageux pour notre système de mesure.
159
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and Chemistry of Liquids, vol. 43, pp. 91–101, Feb. 2005.
171
[104] S.-K. Kang, S.-W. Hwang, H. Cheng, S. Yu, B. H. Kim, J.-H. Kim, Y. Huang, and
J. A. Rogers, “Dissolution Behaviors and Applications of Silicon Oxides and Ni-
trides in Transient Electronics,” Advanced Functional Materials, vol. 24, pp. 4427–
4434, July 2014.
[106] Y. K. Lee, K. J. Yu, Y. Kim, Y. Yoon, Z. Xie, E. Song, H. Luan, X. Feng, Y. Huang,
and J. A. Rogers, “Kinetics and Chemistry of Hydrolysis of Ultrathin, Thermally
Grown Layers of Silicon Oxide as Biofluid Barriers in Flexible Electronic Systems,”
ACS Applied Materials & Interfaces, vol. 9, pp. 42633–42638, Dec. 2017.
172
Prénom : Nicolas
TITRE : Réalisation et caractérisation de puces de capteurs à cristaux photoniques : vers un dispositif de biodétection intégré
RESUME : Les besoins en matière d'analyse moléculaire portative sont croissants, comme dans le cadre de la médecine
d'urgence, le dépistage médical précoce, ou encore le contrôle sanitaire des denrées alimentaires. Ces besoins mènent au
développement de biocapteurs performants répondant aux critères du « Point-of-Care » (POC), c'est-à-dire la détection sur le
lieu d'intervention, que ce soit au chevet du patient, dans un cabinet de médecin, etc. Les capteurs POC ont pour fonction
principale de réduire la durée nécessaire aux analyses, afin d'être en mesure de prendre une décision thérapeutique la plus
rapide. De plus, grâce à leur mobilité ils permettent de proposer des analyses médicales dans les zones éloignées des centres
hospitaliers et des laboratoires d’analyses.
L'objectif de cette thèse est de développer un dispositif de détection optique compatible avec les critères du POC et permettant
de répondre aux besoins en termes de criblage moléculaire dans ce type d’analyses. Afin de répondre à ces critères, ce dispositif
devra être portable, rapide, bas-coût, et capable de détecter plusieurs biomolécules en parallèle avec une puce jetable, tout en
présentant de bonnes performances de détection. L'approche présentée dans ce manuscrit consiste en un dispositif d'imagerie
sans lentille, utilisant une puce de cristaux photoniques en silicium, avec une illumination en incidence normale par une source
lumineuse bas-coût.
Les résultats phare de cette thèse sont d’une part la démonstration d’une détection spécifique de biomolécules à l'aide de nos
capteurs à cristaux photoniques, et d’autre part la démonstration de puces à cristaux photoniques intégrant une fonction de
spectrométrie pour une application de détection en imagerie sans lentille compatible avec les critères du POC.
MOTS-CLÉS : Nanophotonique, biocapteur sans marquage, Point-of-Care, cristal photonique, imagerie sans lentille.
Président de jury :
Composition du jury :
M. CASSAN, Éric Professeur des Universités Rapporteur
M. WEHRSPOHN, Ralf Professeur Rapporteur
Mme LEREU, Aude Chargée de Recherche Examinatrice
M. HADJI, Emmanuel Ingénieur CEA (HDR) Examinateur
M. DUPOY, Mathieu Ingénieur CEA Invité
M. POUTEAU, Patrick Ingénieur Avalun Invité
M. BENYATTOU, Taha Directeur de recherche Directeur de thèse
Mme JAMOIS, Cécile Chargée de recherche Co-directrice de thèse