Comment peut-on élaborer la cartographie des risques dans une banque islamique?
L'élaboration de la cartographie des risques dans une banque islamique suit un processus
similaire à celui d'une banque conventionnelle, mais en tenant compte des principes
spécifiques de la finance islamique, tels que la conformité à la charia, l'absence de riba
(intérêt), et l’éviction des activités haram (illicites). Voici les étapes clés pour élaborer une
cartographie des risques dans une banque islamique :
1. Identification des risques
La première étape consiste à identifier tous les types de risques auxquels la banque peut être
confrontée. Pour une banque islamique, cela inclut à la fois des risques traditionnels (tels que
les risques de crédit, de marché et opérationnels) et des risques spécifiques à la finance
islamique. Parmi les risques à identifier, on trouve :
Risques financiers classiques :
o Risque de crédit : Risque que les emprunteurs ne remboursent pas leurs prêts
ou que les garanties prises ne couvrent pas suffisamment les pertes
potentielles.
o Risque de marché : Risque de perte lié aux fluctuations des prix des actifs
financiers (par exemple, les prix de l'immobilier, des actions ou des matières
premières).
o Risque de liquidité : Risque que la banque n'ait pas suffisamment de
liquidités pour répondre à ses obligations financières à court terme.
o Risque opérationnel : Risque lié à l’échec des processus internes, des
systèmes ou des erreurs humaines.
Risques spécifiques à la finance islamique :
o Risque de non-conformité à la charia : Risque que des produits financiers ou
des pratiques bancaires ne respectent pas les principes de la charia
(interdiction de riba, d'investissements dans des secteurs haram, etc.).
o Risque de liquidité islamique : Les instruments financiers compatibles avec
la charia sont souvent moins liquides que ceux des banques conventionnelles,
ce qui peut rendre la gestion de la liquidité plus complexe.
o Risque de réputation : Risque que la banque perde la confiance de ses clients
et partenaires en raison d'une mauvaise gestion de la conformité à la charia ou
d’un produit financier jugé non éthique.
o Risque de concentration : Risque associé à la concentration des actifs sur un
certain secteur ou produit spécifique, ce qui peut exposer la banque à des
risques plus importants si ce secteur ou produit se trouve en difficulté.
2. Évaluation de la probabilité et de l'impact des risques
Une fois les risques identifiés, il est essentiel de les évaluer en termes de probabilité
d'occurrence et de gravité de l'impact potentiel sur la banque. Cette évaluation permet de
classer les risques selon leur importance et de prioriser les actions à prendre pour les gérer.
Probabilité : Évaluez la fréquence à laquelle chaque risque pourrait se matérialiser.
Impact : Évaluez l'ampleur des conséquences si le risque se réalise, en termes
financiers, opérationnels, réputationnels, etc.
Cela peut être fait en utilisant une matrice de probabilité/impact, où les risques sont classés
dans différentes catégories (faible, moyen, élevé).
3. Cartographie des risques
Une fois les risques identifiés et évalués, il est temps de créer la cartographie des risques.
Cela peut se faire sous forme de tableaux, de diagrammes ou de cartes visuelles qui
illustrent :
Les types de risques.
Leur probabilité d’occurrence et leur impact sur l'organisation.
Les mesures existantes pour gérer ces risques.
Les actions de mitigation qui doivent être prises pour réduire la probabilité ou
l'impact de certains risques.
4. Analyse des contrôles existants et des mesures de gestion des risques
Une fois les risques cartographiés, il est important d'analyser les contrôles internes existants
pour gérer ces risques et d’évaluer leur efficacité. Pour chaque risque identifié, il faut
déterminer :
Si des contrôles sont déjà en place (par exemple, des procédures d’évaluation des
risques de crédit, des audits de conformité à la charia, des processus de gestion de
liquidité).
L'efficacité de ces contrôles (sont-ils suffisants, ont-ils bien fonctionné dans le passé,
sont-ils bien appliqués ?).
Si des actions correctives ou préventives sont nécessaires pour renforcer la gestion
des risques.
5. Mise en place de mécanismes de surveillance et de reporting
La cartographie des risques ne se termine pas une fois qu'elle est réalisée. Il est essentiel de
mettre en place des mécanismes de surveillance pour suivre en temps réel l'évolution des
risques identifiés et l'efficacité des actions de gestion des risques. Cela inclut :
Suivi régulier des indicateurs clés de risque (KRI - Key Risk Indicators).
Reporting périodique à la direction et aux parties prenantes (comité de gestion des
risques, comité de conformité, etc.).
Audit interne et contrôles de conformité réguliers.
6. Révision et mise à jour continue
La cartographie des risques doit être un processus dynamique et adaptatif, car les risques
peuvent évoluer avec le temps, les conditions de marché, les changements réglementaires ou
les nouveaux produits financiers. Par conséquent, la cartographie des risques doit être révisée
et mise à jour régulièrement pour tenir compte de ces changements.
Exemple de cartographie des risques pour une banque islamique :
Risque Probabilité Impact Contrôle existant Action de mitigation
Comité de
Risque de non- Audit externe régulier
Moyen Élevé conformité à la
conformité à la charia des produits
charia
Risque de crédit Évaluation Renforcement des
(imprévoyance des Élevé Élevé rigoureuse des critères d'approbation de
emprunteurs) dossiers de crédit crédit
Risque de marché Surveillance des
Diversification du
(fluctuation des prix de Faible Moyen marchés
portefeuille de prêts
l'immobilier) immobiliers
Utilisation d'instruments
Risque de liquidité Gestion active des
Moyen Moyen liquides conformes à la
islamique réserves de liquidité
charia
En résumé, la cartographie des risques dans une banque islamique doit tenir compte des
spécificités de la finance islamique tout en abordant les risques classiques de manière
approfondie. C’est un processus continu et dynamique pour assurer une gestion efficace des
risques, tout en respectant les principes de la charia.
Plus de détails
Pour développer une cartographie des risques détaillée dans une banque islamique, il est crucial de
suivre une approche systématique et approfondie qui inclut l'identification, l’évaluation, la gestion et
la surveillance des risques en tenant compte des spécificités de la finance islamique. Voici un cadre
détaillé pour élaborer cette cartographie :
1. Identification des risques spécifiques à la banque islamique
L'identification des risques est la première étape dans le processus de gestion des risques. Une
banque islamique doit prendre en compte les risques classiques de gestion bancaire, mais aussi ceux
qui sont spécifiques aux principes de la finance islamique. Voici une liste détaillée des risques :
a. Risques classiques
1. Risque de crédit : Risque que les emprunteurs ou les contreparties ne respectent pas leurs
engagements contractuels. Ce risque est particulièrement important dans les prêts ou les
contrats financiers à long terme. La banque islamique doit s’assurer que ses contrats
respectent les principes de la charia (pas d’intérêts, par exemple).
2. Risque de marché : Risque lié à la volatilité des prix des actifs financiers (comme les actions,
les obligations, les matières premières, etc.) pouvant impacter la valeur des investissements.
3. Risque de liquidité : Risque que la banque ne puisse pas faire face à ses obligations
financières immédiates faute de liquidités disponibles. Pour une banque islamique, ce risque
est accentué par le manque d'instruments financiers islamiques liquides (par exemple, les
sukuks peuvent être moins liquides que les obligations traditionnelles).
4. Risque opérationnel : Risque de pertes dues à des erreurs humaines, des défaillances
systémiques, des fraudes internes ou externes, des problèmes dans les processus ou des
défaillances technologiques.
5. Risque systémique : Risque que des événements extérieurs ou une crise économique
affectent l’ensemble du système bancaire, pouvant impacter la stabilité financière de la
banque islamique.
b. Risques spécifiques à la finance islamique
1. Risque de non-conformité à la charia : Il s'agit du risque qu'un produit financier, un contrat
ou une opération ne respecte pas les principes de la charia, ce qui pourrait entraîner des
sanctions ou une perte de confiance de la part des clients et des régulateurs.
o Exemple : Un produit structuré comportant de l'intérêt ou investissant dans des
secteurs haram (alcool, jeux de hasard, etc.).
2. Risque de réputation : Risque que la banque perde la confiance de ses clients, investisseurs
et régulateurs en raison d’une mauvaise gestion de la conformité à la charia, de scandales,
ou d’une mauvaise communication autour de ses produits.
o Exemple : Une banque islamique qui propose un produit non conforme à la charia,
même si cela est perçu comme une erreur.
3. Risque de liquidité islamique : En raison de l'interdiction du riba, les banques islamiques ne
peuvent pas avoir recours à des instruments de financement traditionnels (comme les prêts
bancaires avec intérêt) pour répondre à des besoins de liquidité. De plus, les instruments
islamiques, comme les sukuks, peuvent être moins liquides.
o Exemple : La banque n'a pas de produits liquides compatibles avec la charia pour
équilibrer ses besoins à court terme.
4. Risque de concentration : Si la banque islamique concentre trop d’actifs dans un seul
secteur ou produit, cela peut entraîner une exposition excessive à un risque spécifique (par
exemple, la banque investit massivement dans un projet immobilier qui échoue).
o Exemple : Concentration dans un secteur spécifique, comme l’immobilier, sans
diversifier dans d'autres secteurs.
5. Risque juridique et réglementaire : Risque que des changements dans la réglementation
locale ou internationale affectent les produits financiers ou la conformité à la charia. La
réglementation des banques islamiques varie d'un pays à l'autre, ce qui peut créer des
risques juridiques spécifiques.
o Exemple : Un changement de régulation dans un pays pourrait interdire certains
types de contrats islamiques.
2. Évaluation des risques (Probabilité et Impact)
L'évaluation des risques consiste à analyser la probabilité d'occurrence de chaque risque et son
impact potentiel. Cela permet de déterminer quels risques nécessitent une attention prioritaire.
a. Probabilité d’occurrence :
Faible : Le risque est peu probable de se produire dans les conditions actuelles.
Moyenne : Le risque est possible mais pas certain.
Élevée : Le risque est très probable ou susceptible de se réaliser fréquemment.
b. Impact :
Faible : Les conséquences du risque sont mineures et peuvent être facilement gérées.
Moyenne : Le risque peut avoir des conséquences modérées qui peuvent être atténuées
avec des mesures de gestion appropriées.
Élevé : Le risque a des conséquences graves pour la banque, pouvant affecter sa stabilité
financière, sa réputation ou sa conformité à la charia.
c. Matrice de Probabilité/Impact
Une matrice est souvent utilisée pour classer les risques selon leur probabilité d’occurrence et leur
impact potentiel. Cela permet de visualiser les priorités et de déterminer les actions à prendre pour
chaque risque.
Impact / Probabilité Faible Moyen Élevé
Faible Risques mineurs Risques modérés Risques importants
Moyenne Risques modérés Risques significatifs Risques majeurs
Élevée Risques significatifs Risques majeurs Risques catastrophiques
3. Gestion des risques
Après avoir identifié et évalué les risques, la banque islamique doit définir des stratégies de gestion
des risques. Ces stratégies peuvent inclure :
Évitement du risque : Dans certains cas, la banque pourrait décider de ne pas s’engager
dans une activité ou un produit financier qui présente un risque inacceptable (par exemple,
un produit trop risqué ou non conforme à la charia).
Réduction du risque : Utilisation de mécanismes pour réduire l’impact ou la probabilité du
risque (par exemple, diversification des actifs, utilisation de contrats de couverture, contrôle
strict de la conformité à la charia).
Transfert du risque : Transfert du risque à une autre partie (par exemple, l’achat d’une
assurance, l’utilisation de produits financiers de couverture ou la sous-traitance de certaines
activités).
Acceptation du risque : Certains risques peuvent être acceptés si leur impact est faible ou si
la banque est prête à en assumer les conséquences.
4. Suivi et Révision continue
La cartographie des risques n’est pas un document statique. Il est essentiel de mettre en place des
mécanismes de suivi et de révision continue pour assurer que les risques sont correctement gérés et
que la banque reste conforme à la charia.
Indicateurs de performance des risques (KRI) : Ces indicateurs permettent de suivre les
risques en temps réel, tels que la profondeur d’analyse des crédits ou le taux de conformité
à la charia.
Rapports périodiques : Les rapports réguliers sur les risques doivent être préparés pour la
direction et les autorités de régulation.
Audits internes et externes : Des audits réguliers permettent de vérifier la gestion des
risques et la conformité à la charia.
5. Exemple d'une cartographie des risques détaillée
Voici un exemple de cartographie des risques dans une banque islamique avec des détails sur la
probabilité, l'impact, les contrôles en place et les mesures de mitigation :
Risque Probabilité Impact Contrôle existant Mesures de mitigation
Risque de non-
Comité de conformité à Audits externes réguliers,
conformité à la Moyen Élevé
la charia révision des produits
charia
Renforcement des critères de
Evaluation rigoureuse des
Risque de crédit Élevé Élevé crédit, diversification du
dossiers de crédit
portefeuille
Risque de liquidité Gestion des réserves de Diversification des instruments
Moyen Moyen
islamique liquidité liquides, recours aux sukuks
Procédures et systèmes Formation continue, tests de
Risque opérationnel Faible Moyen
informatiques robustes résilience des systèmes
En conclusion, l'élaboration de la cartographie des risques dans une banque islamique nécessite une
approche détaillée qui prend en compte non seulement les risques financiers classiques mais aussi
ceux spécifiquement liés aux principes de la charia et à la gestion éthique. Une gestion proactive et
continue de ces risques est cruciale pour maintenir la stabilité de la banque tout en respectant les
obligations religieuses et éthiques.
Pourriez-vous me donner des exemples ?
Bien sûr ! Voici des exemples concrets de cartographie des risques dans une banque islamique, en
prenant en compte à la fois les risques classiques (comme les risques de crédit, de marché, etc.) et
les risques spécifiques à la finance islamique (comme le risque de non-conformité à la charia, le
risque de liquidité islamique, etc.).
Exemple 1 : Risque de Non-Conformité à la Charia
Description du risque :
Le risque de non-conformité à la charia se produit lorsqu'une opération financière ou un produit de
la banque ne respecte pas les principes de la finance islamique, tels que l'interdiction du riba
(intérêt), la gharar (incertitude excessive), et l'investissement dans des secteurs haram (alcool, jeux
de hasard, etc.).
Scénario concret :
Imaginons que la banque lance un produit d'investissement dans des obligations qui génère des
intérêts, ce qui est interdit par la charia. Si ce produit est mal conçu et n'est pas examiné
correctement par le comité de conformité à la charia, la banque risque des sanctions juridiques, une
perte de réputation et une érosion de la confiance de ses clients musulmans.
Évaluation :
Probabilité : Moyenne (cela peut arriver si les processus de validation ne sont pas
suffisamment rigoureux).
Impact : Élevé (perte de clients, sanctions juridiques, dommages à la réputation).
Contrôles en place :
Examen préalable des produits par le comité de conformité à la charia.
Formation régulière des employés sur les principes de la finance islamique.
Mesures de mitigation :
Mise en place d'une revue continue des produits financiers par des experts en charia.
Formation régulière des équipes de conception des produits sur la conformité à la charia.
Exemple 2 : Risque de Crédit
Description du risque :
Le risque de crédit se réfère à la possibilité qu'un emprunteur ne rembourse pas son prêt ou sa
dette. Dans une banque islamique, ce risque se pose principalement dans le cadre de contrats
comme le Murabaha (vente avec marge bénéficiaire), le Ijara (location), ou le Mudaraba
(partenariat). Un emprunteur ou une contrepartie peut se retrouver dans l'incapacité de rembourser
en raison de problèmes financiers ou économiques.
Scénario concret :
La banque islamique accorde un financement à un client pour l'achat d'un bien immobilier dans le
cadre d’un contrat Murabaha. Le client rencontre des difficultés financières et ne parvient pas à
rembourser la somme due, ce qui expose la banque à une perte financière.
Évaluation :
Probabilité : Élevée (selon la solvabilité du client et la situation économique).
Impact : Élevé (perte financière et atteinte à la stabilité financière de la banque).
Contrôles en place :
Vérification approfondie de la solvabilité des emprunteurs.
Surveillance continue de la situation économique locale et des tendances du marché
immobilier.
Mesures de mitigation :
Exiger des garanties supplémentaires (par exemple, une hypothèque).
Utilisation d'un modèle d'évaluation du risque de crédit plus strict (analyse de la capacité de
remboursement du client).
Diversification des portefeuilles de prêts pour ne pas être trop exposé à un seul secteur.
Exemple 3 : Risque de Liquidité Islamique
Description du risque :
Le risque de liquidité islamique découle de la difficulté pour une banque islamique à disposer de
liquidités à court terme en raison de l'absence d'instruments financiers conventionnels comme les
prêts à intérêt. La banque ne peut pas utiliser des produits comme les prêts interbancaires à intérêt
pour couvrir un déficit de liquidité.
Scénario concret :
La banque islamique se trouve dans une situation où elle doit répondre à une demande importante
de retrait de fonds de ses clients. Cependant, ses actifs sont principalement investis dans des sukuks
(obligations islamiques) et dans des contrats de leasing (Ijara), qui sont moins liquides que les
instruments financiers conventionnels. La banque a donc du mal à obtenir rapidement des liquidités
pour satisfaire les demandes de ses clients.
Évaluation :
Probabilité : Moyenne (cela peut se produire en période de crise économique ou de
tensions sur les marchés financiers).
Impact : Élevé (perte de confiance des clients et des investisseurs).
Contrôles en place :
Suivi régulier de la position de liquidité de la banque et des flux de trésorerie.
Évaluation de la liquidité des instruments financiers dans lesquels la banque investit.
Mesures de mitigation :
Diversification des sources de liquidité (par exemple, investissement dans des actifs plus
liquides conformes à la charia, comme les tawarruq).
Mise en place d'accords avec d'autres banques islamiques pour un soutien en liquidité en
cas de besoin.
Exemple 4 : Risque de Marché
Description du risque :
Le risque de marché fait référence à la possibilité que la valeur d’un actif financier fluctue en raison
des changements dans les conditions du marché, comme les prix des matières premières, les taux de
change ou les indices boursiers.
Scénario concret :
La banque islamique investit une partie de ses fonds dans un fonds d'investissement lié aux
matières premières (comme le pétrole). En raison de la volatilité des prix du pétrole, la valeur de
l'investissement baisse fortement, ce qui entraîne une perte pour la banque.
Évaluation :
Probabilité : Moyenne à élevée (les marchés des matières premières peuvent être très
volatils).
Impact : Moyen à élevé (perte financière, surtout si l'exposition est trop importante).
Contrôles en place :
Suivi des tendances des marchés financiers et des matières premières.
Utilisation de produits de couverture (hedging) pour réduire l’exposition aux risques de
marché.
Mesures de mitigation :
Limiter l'exposition aux actifs volatils, en diversifiant davantage le portefeuille.
Utiliser des sukuks de marché et des produits financiers compatibles avec la charia pour
éviter l'impact de fluctuations extrêmes sur des actifs non conformes.
Exemple 5 : Risque Juridique et Réglementaire
Description du risque :
Le risque juridique et réglementaire concerne les changements dans la réglementation bancaire ou
la législation applicable à la finance islamique, ainsi que le risque de non-conformité à ces
règlements.
Scénario concret :
La banque islamique opère dans un pays où les autorités modifient soudainement les règles de
conformité à la charia, ce qui entraîne des ajustements dans les produits financiers proposés par la
banque. Cela pourrait affecter la capacité de la banque à offrir certains produits et services, ou
l'amener à modifier certains contrats en cours.
Évaluation :
Probabilité : Moyenne à élevée (les réglementations peuvent changer en fonction des
politiques gouvernementales ou des régulateurs).
Impact : Élevé (pouvant perturber les opérations et affecter la réputation).
Contrôles en place :
Suivi constant des évolutions réglementaires et légales dans les pays d'opération.
Consultation avec des experts juridiques et des conseillers en conformité à la charia.
Mesures de mitigation :
Mise en place de mécanismes pour ajuster rapidement les produits financiers en cas de
changement législatif.
Formation continue sur la réglementation et la conformité à la charia pour tous les employés
clés.
Conclusion
Ces exemples montrent que la cartographie des risques dans une banque islamique est un
processus dynamique et multidimensionnel. Chaque risque doit être identifié, évalué et traité
spécifiquement, en tenant compte des principes de la finance islamique tout en intégrant les risques
classiques auxquels toute banque est confrontée. Le processus de gestion des risques permet de
minimiser les pertes et d’assurer la stabilité financière tout en respectant les valeurs éthiques et
religieuses de la banque.
Les Risques de Crédit dans une Banque Islamique
Le risque de crédit dans une banque islamique correspond à la possibilité de perte financière
résultant de l'incapacité d'un client ou d'un partenaire à respecter ses obligations de paiement
dans un contrat de financement islamique. Ce risque est similaire à celui d’une banque
conventionnelle, mais il a des spécificités dues aux principes de la charia qui interdisent le riba
(intérêt) et imposent un partage des risques.
1. Sources du Risque de Crédit dans une Banque Islamique
Le risque de crédit peut survenir dans plusieurs types de contrats financiers islamiques :
Type de Financement Description Risque Principal
La banque achète un bien et le
Murabaha (Vente à Marge Défaut de paiement du client
revend au client avec une marge
Bénéficiaire) après la livraison du bien.
bénéficiaire.
Ijara (Location avec Option La banque loue un bien au client, Non-paiement des loyers ou
d'Achat) avec option d’achat. dégradation du bien loué.
Mudaraba (Partenariat La banque finance un entrepreneur Perte du capital si le projet
d’Investissement) qui gère un projet. échoue.
Musharaka (Coentreprise La banque et le client investissent Baisse de rentabilité du projet
Type de Financement Description Risque Principal
ensemble dans un projet et partagent et mauvaise gestion par le
Partagée)
les profits et pertes. partenaire.
Sukuks Islamiques Défaillance de l’émetteur des
Investissements dans des actifs
(Obligations conformes à la sukuks ou baisse de la valeur
tangibles pour générer des revenus.
charia) des actifs sous-jacents.
2. Principaux Facteurs de Risque de Crédit
A. Risque de Défaut du Client
Le client peut être incapable ou réticent à honorer ses paiements.
Exemple : Un client achète une voiture en Murabaha et ne paie pas les mensualités.
B. Risque de Liquidité
Une banque islamique ne peut pas revendre une créance Murabaha à une autre banque
avec une décote (interdit par la charia).
Exemple : Une banque accorde un Ijara sur 5 ans et ne peut pas récupérer immédiatement
les fonds en cas de besoin urgent.
C. Risque de Détérioration des Actifs
La valeur des biens financés peut diminuer avec le temps, rendant leur récupération moins
efficace.
Exemple : Une banque finance un projet immobilier en Musharaka mais l’immobilier perd de
la valeur.
D. Risque Opérationnel
Mauvaise évaluation de la solvabilité des clients ou non-respect des règles de la charia.
Exemple : Un contrat Mudaraba est mal structuré, et l’entrepreneur détourne des fonds.
3. Gestion et Atténuation des Risques de Crédit
Les banques islamiques utilisent plusieurs stratégies pour réduire l'exposition au risque de crédit.
A. Prise de Garanties Islamiques
✅ Rahn (Hypothèque islamique) : Prendre des biens physiques en garantie pour récupérer des
pertes en cas de non-paiement.
✅ Kafalah (Garantie par un Tiers) : Un garant couvre la dette en cas de défaut.
✅ Dépôt de Sécurité : Demander un acompte pour limiter le risque de fraude.
B. Évaluation Rigoureuse des Clients
✅ Analyse de la capacité de remboursement du client avant d’accorder un financement.
✅ Vérification du passé financier et de la crédibilité de l’emprunteur.
C. Diversification des Financements
✅ Ne pas concentrer tous les financements dans un seul secteur (exemple : immobilier).
✅ Investir dans plusieurs types de contrats (Murabaha, Ijara, Mudaraba, etc.).
D. Recours à la Takaful (Assurance Islamique)
✅ Utilisation de l’assurance islamique (Takaful) pour couvrir certaines pertes de crédit.
✅ Exemple : Une banque souscrit un Takaful crédit pour se protéger en cas de défaut d’un client.
E. Application de Pénalités de Retard (Conformes à la Charia)
✅ En finance islamique, une banque ne peut pas imposer des intérêts de retard (interdits par la
charia).
✅ Mais elle peut appliquer une pénalité de retard reversée à des œuvres caritatives pour inciter au
paiement.
4. Exemples Concrets de Risque de Crédit et de Gestion
Exemple 1 : Murabaha avec Défaut de Paiement
📌 Scénario :
Un client achète une machine via un financement Murabaha de 100 000 $.
Il doit payer en 12 mensualités de 8 500 $.
Après 6 mois, il cesse de payer en raison de problèmes financiers.
🛠 Mesures prises par la banque :
✅ La banque tente une renégociation des paiements avec le client.
✅ Si le client ne coopère pas, la banque revend la machine pour réduire ses pertes.
✅ Si la machine ne couvre pas le solde restant, la banque peut demander une indemnité de retard
versée à une œuvre caritative.
Exemple 2 : Mudaraba avec Risque de Gestion
📌 Scénario :
Une banque islamique finance un projet de commerce avec un entrepreneur en Mudaraba.
L’entrepreneur mauvaise gestion des fonds et le projet échoue.
La banque subit une perte sur l’investissement.
🛠 Mesures prises par la banque :
✅ Avant d’accorder le financement, la banque impose une étude de faisabilité détaillée.
✅ Elle supervise régulièrement la gestion du projet pour détecter les risques à l’avance.
✅ Si le projet échoue par négligence, la banque peut demander une compensation.
5. Différences avec la Gestion du Risque de Crédit dans une Banque
Conventionnelle
Critère Banque Islamique Banque Conventionnelle
Interdits (utilisation de Murabaha, Autorisés avec taux d’intérêt fixe ou
Prêts avec intérêts
Ijara, etc.) variable
Partage des risques (Mudaraba, La banque supporte seule le risque,
Gestion des défauts
Musharaka) sauf en cas d’assurance-crédit
Garantie de Acceptée, mais sans intérêts de
Acceptée avec pénalités d’intérêts
remboursement retard
Possibilité de vendre Interdite (la banque ne peut pas Acceptée (cession de créances à des
une créance revendre une dette) tiers)
Recouvrement des Peut inclure des pénalités
Recouvrement avec intérêts de retard
impayés reversées à des œuvres caritatives
6. Conclusion
Le risque de crédit dans une banque islamique est un défi majeur, mais il est géré différemment des
banques conventionnelles en raison des principes de la charia.
🔹 L’évaluation stricte des clients, la prise de garanties islamiques et la diversification des
financements sont essentielles pour minimiser ces risques.
🔹 Les banques islamiques doivent aussi surveiller activement la performance des projets financés
(Mudaraba, Musharaka) pour éviter des pertes importantes.
🔹 L'absence d'intérêts de retard oblige les banques islamiques à trouver d'autres moyens incitatifs
pour assurer le remboursement des financements.
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