UNIVERSITE DE LOME Année universitaire 2024-2025
Faculté de droit Cours de M. Messan Agbo FOLLY
Semestre 5
T.D de Droit des régimes matrimoniaux
Séance n°3
Thème : Le logement familial
I. DOCUMENTATION
A) LÉGISLATION
1) Le Code togolais des personnes et de la famille du 06 Juillet 2012 modifié par la loi n° 2014-
019 du 17/11/ 2014
2) Le Code civil français
B) DOCTRINE
1. Ouvrages
H. Aubry et E. Naudin, Les grandes décisions de la jurisprudence civile, PUF 2011.
B. Beignier et S. Torricelli-Chrifi, Régimes matrimoniaux. Pacs. Concubinage, Montchrestien,
4e éd. 2014.
A.-S. Brun-Wauthier, Régimes matrimoniaux et régimes patrimoniaux des couples non mariés,
Paradigme, 4e éd. 2014.
R. Cabrillac, Droit des régimes matrimoniaux, Montchrestien, 8e éd. 2013.
A. Colomer, A. Karm et R. Le Guidec, Les régimes matrimoniaux, Litec, 13e éd. 2015.
I. Dauriac, Les régimes matrimoniaux et le PACS, LGDJ, coll. Manuels, 3e éd. 2012.
M. de Gaudemaris, Régime matrimonial légal et entreprise, Contribution à l'étude du choix
législatif d'un régime matrimonial légal au regard des intérêts des époux notamment
entrepreneurs, thèse dactyl. Grenoble, 1986.
Ph. Malaurie et L. Aynès, Les régimes matrimoniaux, Defrénois, 4e éd. 2013.
G. Marty et. P. Raynaud, Les régimes matrimoniaux, par P. Raynaud, Sirey, 2e éd. 1985.
N. Peterka, Régimes matrimoniaux, Dalloz, coll. HyperCours, 3e éd. 2012.
J. Revel, Les régimes matrimoniaux, Dalloz, coll. Cours, 7e éd. 2014.
R. Savatier, La communauté conjugale nouvelle en droit français, Dalloz 1970.
F. Terré et Y. Lequette, Les grands arrêts de la jurisprudence civile, Dalloz, 12e éd. 2007.
F. Terré (F.) et Ph. Simler, Les régimes matrimoniaux, Dalloz, coll. Précis, 6e éd. 2011.
2. Articles
Colomer, Droit civil, Régimes matrimoniaux, cinquième édition, Litec.
G. F. Bertrand, « La protection du logement familial », JCP G 1973, II, 480
Y. Chartier, « Le logement conjugal et vie familiale », RTD civ 1971, p. 510
F. Sauvage, « Le logement de la veuve », Droit et patrimoine 2003, p. 32
Y. Guyon, « Le statut du logement familial en droit civil », JCP 1966. I. 2041.
Grimaldi, « Le logement et la famille, Defrénois » 1983, art. 33120 et 33130
Le logement et la famille, Trav. assoc. Capitant 1982, t. 33, p. 421
Les limites de la protection du logement familial, in Colloque LERADP, Univ. Lille II,
Indépendance financière et communauté de vie, 1989, LGDJ, p. 3.
1
Rubellin-Devichi, [sous la dir. de], Droit du logement, droits au logement et stratégies familiales,
1988.
- Pul, « La famille et le droit au logement », RTD civ. 1991. 245.
- Bihr, « Le logement de la famille en secteur locatif », Dr. et patr. 1998, no 57, p. 62
C) JURISPRUDENCE
Civ. 1ère, 7 mai 1969, D. 1969, p.489 ;
Civ 3ème , 20 février 1963,RT D civ.1970, 583 ;
Civ. 3ème 2 juin 1993, Bull civ, III, n° 74, p. 49 ;
Civ.1ère , 12 juin 1992, JCP N 1992, II, 109;
Civ 1ère , 20 janvier 2004, D. 2004, p. 2178.
Civ 1ère , 14 novembre 2006, JCP G 2007, I, 142, n° 7
II. EXTRAITS
Logement familial et domicile conjugal. - Le logement de la famille est une notion de fait qu'il
convient de distinguer de la notion juridique de domicile conjugal (Civ. 1re, 22 mars 1972,
Bull. civ. I, no 93 ; JCP N 1972. II. 17182, note J.A. - Reims, 13 févr. 1978, JCP N 1979.
II. 108). Cette interprétation s'impose dès lors que l'article 108 du code civil prévoit que les
époux peuvent avoir un domicile distinct sans qu'il soit pour autant porté atteinte aux règles
relatives à la communauté de vie.
Résidence principale des époux. - En cas de difficulté, c'est au juge qu'il revient de décider
souverainement, par une appréciation in concreto, du lieu où se trouve le logement principal
des époux, en fonction de critères psychologique et matériel. On le situe a priori au lieu que les
époux ont choisi d'un commun accord (C. civ., art. 215, al. 2), lieu où ils vivent, le cas échéant
avec leurs enfants. Dès lors qu'il s'agit d'une notion de fait, le logement de la famille dépendra
de la réalité et pourra donc changer au gré des déménagements. Lorsque les époux résident
dans le même lieu, la détermination du logement familial sera aisée. La notion de logement
familial est inhérente à l'existence du mariage et dès lors tous les couples ont ou ont eu un
logement dans lequel la famille peut vivre (V. en ce sens, MALAURIE et FULCHIRON, La
famille, 4e éd., 2011, Defrénois, no 1832. - V. pour une illustration de la notion de logement
familial, Paris, 31 août 2005, Juris-Data no 2005-28.7306 ; Dr. fam. 2006, no 62, obs. Beignier,
qui considère comme faisant partie intégrante du logement familial le studio - situé dans le
même immeuble que l'appartement principal - utilisé par les époux pour se reposer,
l'appartement principal se révélant trop bruyant à cause de la spécificité des études suivies par
leurs enfants).
Exclusion de la résidence secondaire des époux. - Il convient tout de même de préciser que
seule la résidence principale des conjoints fait l'objet de la protection de l'article 215, alinéa 3,
du code civil, et que le logement doit donc avoir été affecté par les époux à la vie familiale
habituelle (« ce qu'il faut protéger, par cette disposition exorbitante du droit commun, ce sont
seulement les besoins vitaux de la famille », selon COLOMER, op. cit., no 68). C'est donc une
interprétation limitative du texte qui doit être retenue (AUBRY et RAU, op. cit., t. 8, no 28.
- Comp. PATARIN et MORIN, op. cit., t. 1, no 79. - MARTY et RAYNAUD, Les personnes,
op. cit., no 43. - Contra : CHARTIER, article préc., spéc. no 74. - Et voir l'argument par
analogie in CORNU, Le règne discret de l'analogie, Mélanges Colomer, 1993, Litec, p. 132,
note 13 : « l'interdiction, pour les époux, de disposer l'un sans l'autre des droits par lesquels le
logement de la famille est assuré devrait s'appliquer même à une résidence secondaire dans des
cas où les circonstances de la vie familiale feraient que cette résidence remplit les fonctions
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d'une résidence principale »). On exclut dès lors du champ d'application de l'article 215,
alinéa 3, la résidence secondaire (Civ. 1re, 19 oct. 1999, no 97-21.466, Bull. civ. I, no 284 ;
JCP 2001. I. 245, obs. Wiederkher ; Defrénois 2000. 437, obs. Champenois ; Dr. fam. 2000,
no 42, obs. Beignier).
Cas particulier du logement de fonction. - On exclut aussi du champ d'application de la
protection le logement de fonction dès lors que c'est le libre exercice par chacun des époux
d'une profession qui est en cause (Civ. 1re, 4 oct. 1983, Bull. civ. I, no 217 ; JCP 1984.
II. 20188, note Chartier. - Civ. 1re, 11 mars 1986, Bull. civ. I, no 62. - CHARTIER, article
préc. - RUBELLIN-DEVICHI, obs. RTD civ. 1985. 718. - CHAMPENOIS, obs. Defrénois
1983. 1595. - COLOMER, op. cit., no 69. - GRIMALDI, article préc., in Colloque LERADP,
Univ. Lille II, Indépendance financière et communauté de vie, 1989, LGDJ, p. 107, note 3. -
FLOUR et CHAMPENOIS, op. cit., no 123. - VAREILLE, in GRIMALDI [sous la dir. de],
op. cit., no 113.13. - Pour des hypothèses de logement occupé au titre d'une jouissance gratuite,
V. cep. Civ. 1re, 11 mars 1986, Bull. civ. I, no 62. - Civ. 1re, 20 janv. 2004, no 02-12.130 ,
Bull. civ. I, no 21 ; D. 2004. 2178, note Bicheron; Defrénois 2005. 710, obs. Champenois ; AJ
fam. 2004. 105, note Deis-Beauquesne). La démission ou le licenciement du titulaire du
logement de fonction ne pourrait se heurter à la disposition spécifique de l'alinéa 3 de
l'article 215 du code civil. On doit toutefois réserver l'hypothèse particulière d'un époux qui
conserverait ses fonctions tout en souhaitant renoncer seul au logement de fonction servant de
logement familial. Il est logique de penser que dans cette situation, le droit d'exercer une
profession n'étant plus en cause, l'article 215, alinéa 3, retrouve à s'appliquer et qu'une telle
renonciation ne pourra être valable sans le consentement du conjoint (V. en ce sens
CABRILLAC, Étude 105, in BEIGNIER, CABRILLAC et LECUYER [sous la dir. de],
op. cit. - VAREILLE, in GRIMALDI [sous la dir. de], op. cit., no 113.3).
Meubles meublants garnissant le logement. - La protection de l'article 215, alinéa 3, du code
civil s'étend aux meubles meublants qui garnissent le logement de la famille (V. pour une
définition des meubles meublants, C. civ., art. 534 : « les meubles destinés à l'usage et à
l'ornement des appartements »). Pour que la protection s'applique, il convient donc que les
meubles se situent effectivement dans le logement familial (ce qui posera bien évidemment des
difficultés liées à la détermination du logement familial en cas de séparation des époux). Le
texte pose donc une dérogation à l'article 222 qui prévoit une présomption de pouvoir pour les
actes relatifs aux meubles accomplis par un seul des époux (Paris, 22 janv. 1993, JCP 1993.
I. 3733, no 2, obs. Wiederkehr. - VIATTE, La sauvegarde du mobilier familial et les droits des
créanciers, Gaz. Pal. 1975. 1. Doctr. 327.). On notera qu'en pratique, c'est surtout l'article 220-1
du code civil qui peut servir à interdire le déplacement des meubles ou à en réclamer le retour,
s'ils ont été mis en gage (Nancy, 12 déc. 1968, D. 1969. 540, note Foulon-Piganiol), sans qu'il
importe alors de rechercher lequel des époux est propriétaire des meubles en question (Douai,
8 févr. 1988, Juris-Data no 1988-04.5146).
III. TRAVAIL A FAIRE : COMMENTAIRE D’ARRËT
Civ 1re, 22 mai 2019, FS-P+B, n° 18-16.666
LA COUR DE CASSATION, PREMIÈRE CHAMBRE CIVILE, a rendu l'arrêt suivant :
Attendu, selon l'arrêt attaqué, que V... D..., marié en 2003 avec Mme S..., sans contrat préalable, a,
par acte du 8 mars 2012, fait donation à ses deux enfants issus d'un précédent mariage, M. G... D...
et Mme Q... D... (les consorts D...), de la nue-propriété de biens immobiliers propres, dont l'un
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constituait le logement de la famille, en stipulant une réserve d'usufruit à son seul profit ; qu'il est
décédé le [...], au cours de l'instance en divorce engagée par son épouse ; que Mme S... a assigné
les consorts D..., sur le fondement de l'article 215, alinéa 3, du code civil, en annulation de la
donation, son consentement n'ayant pas été requis ;
Sur le moyen unique, pris en ses trois premières branches, ci-après annexé :
Attendu qu'il n'y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ces griefs qui ne
sont manifestement pas de nature à entraîner la cassation ;
Mais sur la quatrième branche du moyen :
Vu l'article 215, alinéa 3, du code civil ;
Attendu que, selon ce texte, les époux ne peuvent l'un sans l'autre disposer des droits par lesquels
est assuré le logement de la famille ; que cette règle, qui procède de l'obligation de communauté
de vie des époux, ne protège le logement familial que pendant le mariage ;
Attendu que, pour accueillir la demande de Mme S..., après avoir relevé que le décès de V... D... a
mis fin à l'usufruit, l'arrêt retient que l'acte de donation du 8 mars 2012 constitue un acte de
disposition des droits par lesquels est assuré le logement de la famille au sens de l'article 215,
alinéa 3, et en déduit que l'absence de mention du consentement de l'épouse dans l'acte
authentique justifie son annulation ;
Qu'en statuant ainsi, alors que la donation litigieuse n'avait pas porté atteinte à l'usage et à la
jouissance du logement familial par Mme S... pendant le mariage, la cour d'appel a violé le texte
susvisé ;
PAR CES MOTIFS :
CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 15 février 2018, entre les parties,
par la cour d'appel de Papeete ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l'état où elles se
trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel de Papeete,
autrement composée ;
Condamne Mme S... aux dépens ;
IV. OBSERVATIONS
Dalloz actualité 26 juin 2019
Donation en nue-propriété et protection du logement de la famille
Civ 1re, 22 mai 2019, FS-P+B, n° 18-16.666
Véronique Mikalef-Toudic
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Résumé
La protection du logement familial instaurée par l'article 215, alinéa 3, du code civil n'a vocation à s'appliquer que pendant la
durée du mariage. Ainsi, la donation de la nue-propriété du logement familial appartenant en propre à l'époux avec réserve
d'usufruit même au profit du seul donateur est conforme à ce texte.
Le droit contemporain des régimes matrimoniaux a pris le parti de conférer un véritable statut au logement familial
(v. not. J. Rubellin-Devichi, La famille et le droit au logement, RTD civ. 1991. 245 ; C. Watine-Drouin, « Le
statut du logement familial », in Études offertes au Doyen P. Simler, Dalloz 2006, p. 253 s. ; H. Bosse-Platière,
Libéralités et logement, AJ fam. 2008. 375 ). Même si le statut des différents couples tend à se rapprocher, seule
la famille fondée sur le mariage bénéficie d'une réelle protection de son logement. L'article 215, alinéa 3, du code
civil selon lequel « les époux ne peuvent l'un sans l'autre disposer des droits par lesquels est assuré le logement de la
famille ni des meubles meublants dont il est garni » ne connaît pas d'équivalent en matière de pacte civil de
solidarité ou de concubinage. Les termes de cet article étant très larges, la jurisprudence a parachevé cette protection
en déterminant quels sont les actes portant atteinte au droits assurant le logement familial.
La Cour de cassation interprète de manière extensive l'article 215, alinéa 3, du code civil et l'applique à tout acte de
nature à compromettre directement ou indirectement le maintien de la famille dans le logement pendant toute la
durée du mariage. À titre d'exemple, sans être exhaustif, la jurisprudence fait entrer dans le champ d'application du
texte, la vente ou la promesse synallagmatique de vente (Civ. 1 re, 6 avr. 1994, JCP 1994. IV. 1540 ; ibid. 1995. I.
3821, n° 1, obs. G. Wiederkehr), le bail consenti par un époux sur le logement de la famille (Civ. 1 re, 16 mai 2000,
n° 98-13.441 P, D. 2000. 192 ; RTD civ. 2001. 416, obs. B. Vareille ; ibid. 418, obs. B. Vareille ;
Defrénois 2001. 460, obs. G. Champenois ; Dr. fam. 2001, n° 2, note Beignier ; Loyers et copr. 2000, n° 264, note
Vial-Pedroletti), la constitution d'une hypothèque conventionnelle (Civ. 1 re, 17 déc. 1991, n° 90-11.908 P, JCP
1992. I. 3614, n° 1, obs. G. Wiederkehr ; Defrénois 1992. 396 [1 re esp.], obs. G. Champenois) ou encore la
résiliation d'un contrat d'assurance (Civ. 2e, 10 mars 2004, n° 02-20.275 P, D. 2004. 2257 , obs. V. Brémond ;
ibid. 2963, obs. D. Vigneau ; AJDI 2004. 370 ; AJ fam. 2004. 188, obs. F. Bicheron ; RTD civ. 2004. 270,
obs. J. Hauser ; ibid. 538, obs. B. Vareille ; JCP 2004. I. 176, n° 3, obs. G. Wiederkehr ; Defrénois 2004.
1462, obs. G. Champenois ; Dr. fam. 2004, n° 64, note Larribau-Terneyre ; RGDA 2004. 350, note Mayaux ; Civ.
1re, 14 nov. 2006, n° 05-19.402 P, D. 2007. 349 , note G. Raoul-Cormeil ; ibid. 1561, obs. J.-J. Lemouland et
D. Vigneau ; AJ fam. 2007. 89, obs. F. Chénedé ; RTD civ. 2007. 376, obs. B. Vareille ; ibid. 378, obs. B.
Vareille ; JCP 2007. I. 142, n° 7, obs. G. Wiederkehr ; RJPF 2007-2/15, note Vauvillé ; RGDA 2007. 69, note Y.
Mayaux ; LPA 25 juin 2007, note Yildirim ; ibid. 27 août 2007, note Antippas). Mais, l'article 215, alinéa 3, du code
civil n'empêche pas l'époux propriétaire du bien d'en disposer librement à cause de mort, en particulier par
testament. La question de la donation est plus délicate. Puisqu'elle suppose un dépouillement immédiat et
irrévocable, elle ne doit être possible qu'avec le consentement du conjoint mais, si l'acte prévoit une réserve
d'usufruit, peut-on considérer qu'il y a atteinte au logement de la famille pendant le mariage ? En effet, en qualité
d'usufruitier, l'époux donateur continue de jouir du bien et respecte l'article 215, alinéa 3, du code civil.
En l'espèce, un époux marié sous le régime de la communauté légale consent une donation à ses deux enfants issus
d'une précédente union. L'acte de donation porte sur la nue-propriété d'un ensemble immobilier lui appartenant en
propre et dont une partie constitue le logement familial. Il contient une clause de réserve d'usufruit au profit du seul
donateur. L'époux décède pendant l'instance en divorce intentée par son épouse. Celle-ci assigne ses beaux-enfants
en nullité de la donation sur le fondement de l'article 215, alinéa 3 in fine, du code civil qui dispose que « celui des
deux qui n'a pas donné son consentement à l'acte peut en demander l'annulation : l'action en nullité lui est ouverte
dans l'année à partir du jour où il a eu connaissance de l'acte, sans pouvoir jamais être intentée plus d'un an après
que le régime matrimonial s'est dissous ». La cour d'appel de Papeete accueille sa demande dans un arrêt du
15 février 2018. Les juges du fond considèrent, en effet, que le consentement de l'épouse n'avait pas été sollicité,
qu'elle agissait dans le délai imparti et que l'acte litigieux portait atteinte aux droits assurant le logement de la
famille. La Cour de cassation casse l'arrêt d'appel au visa de l'article 215, alinéa 3, du code civil et aux motifs que la
donation litigieuse n'avait pas privé l'épouse de « l'usage et [de] la jouissance du logement familial » pendant la
durée du mariage. Une donation contenant une clause de réserve d'usufruit constitue-t-elle un acte portant atteinte
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aux droits assurant le logement de la famille ? Autrement dit, un tel acte est-il soumis à la cogestion des époux ?
La raison d'être de la protection du logement familial inscrite à l'article 215, alinéa 3, réside dans la volonté de
s'assurer que la famille ne se retrouve pas à la rue. C'est pour cette raison que tout acte susceptible de porter atteinte
à la jouissance du logement peut être annulé s'il n'est consenti par les deux époux. La vente comme la donation en
pleine propriété portent indéniablement atteinte aux droits assurant le logement familial. Mais, l'aliénation, à titre
gratuit ou à titre onéreux, en nue-propriété avec réserve d'usufruit préserve les droits du disposant sur le logement :
en qualité d'usufruitier, il continue de jouir ainsi que sa famille du bien. Il a été admis (TGI Paris, 16 déc. 1970, Gaz.
Pal. 1971. 1. 115) que la disposition du logement avec réserve d'usufruit au profit du conjoint survivant ne portait
pas atteinte aux dispositions impératives de l'article 215, alinéa 3, du code civil. L'usufruit s'éteignant au décès du
second époux, il n'y a aucune atteinte au logement familial pendant toute la durée du mariage et même au-delà.
Mais quid juris si la réserve d'usufruit est stipulée au profit du seul disposant ? Tel était le cas en l'espèce. Faut-il
considérer qu'il s'agit d'un acte portant atteinte aux droits assurant le logement familial et nécessitant le
consentement du conjoint ? La Cour de cassation (Civ. 1re, 16 juin 1992, n° 89-17.305 P, D. 1993. 212 , obs. J.-L.
Aubert ; RTD civ. 1993. 349, obs. J. Mestre ; ibid. 636, obs. F. Lucet et B. Vareille ; Defrénois 1992. 1156,
obs. G. Champenois ; JCP N 1993. II. 109, obs. G. Wiederkehr) a eu l'occasion de se prononcer indirectement à
propos d'une vente du logement familial avec une réserve d'usufruit au seul profit de l'époux vendeur. Les
circonstances de l'espèce étaient un peu particulières. Le mari, en instance de divorce et séparé de fait, vend avec
une réserve d'usufruit à son seul profit le logement familial dans lequel vit son épouse et trois de ses enfants. Il
décède quatre jours plus tard après avoir dissipé l'argent de la vente. L'épouse et les enfants obtiennent l'annulation
de la vente sur le fondement de l'article 215, alinéa 3, du code civil. L'agence immobilière, acquéreur, est
condamnée à verser aux demandeurs la somme correspondant au prix de vente (payé en espèces et dilapidé par le
vendeur). L'agence immobilière agit en responsabilité contre le notaire et l'avocat en réparation du préjudice subi.
La cour d'appel de Pau rejette cette demande aux motifs que la faute du notaire n'était pas démontrée et que l'avocat
était celui du vendeur et non pas de l'acheteur. C'est le pourvoi formé contre cette décision que la Cour de cassation
rejette dans l'arrêt du 16 juin 1992. La Cour de cassation souligne que les juges du fond ont constaté la mauvaise foi
de l'acquéreur qui a acheté les biens en pleine connaissance des dispositions de l'article 215, alinéa 3, et « de la
précarité de l'opération frauduleuse à laquelle il s'associait ». On l'aura compris, ce qui justifie la solution retenue
tant par les juges du fond que la Cour de cassation, c'est le caractère frauduleux de l'opération réalisée. Peu importe
la réserve d'usufruit, qui plus est au profit d'un vendeur moribond, il faut requalifier la vente de pure et simple et
donc contraire à l'article 215, alinéa 3. Mais les commentateurs n'ont pas manqué de se demander ce qu'il serait
advenu de la vente si elle ne s'était pas déroulée dans un contexte de fraude (v. obs. G. Champenois, G. Wiederkehr,
F. Lucet et B. Vareille, préc.).
La question a pu diviser surtout à une époque où les droits du conjoint survivant sur le logement familial s'avéraient
particulièrement précaires. Mais il convient de garder à l'esprit que si les dispositions de l'article 215, alinéa 3, du
code civil ont vocation à s'appliquer tant que dure le mariage (soit du jour de sa célébration jusqu'à sa dissolution
par décès ou par divorce), elles ne s'appliquent que pendant le mariage. En ce sens, la vente ou la donation avec une
réserve d'usufruit même stipulée au seul bénéfice de l'époux disposant ne doit pas être considérée comme portant
atteinte aux droits assurant le logement de la famille. En qualité d'usufruitier, il conserve, ainsi que sa famille, la
jouissance du logement jusqu'à son décès, autrement dit jusqu'à la dissolution du mariage. C'est ce que rappelle la
Cour de cassation dans l'arrêt rapporté : « la donation litigieuse n'avait pas porté atteinte à l'usage et à la jouissance
du logement familial par Mme Père pendant le mariage ».
Reste la question du droit temporaire du conjoint survivant sur le logement familial. Ce droit d'ordre public institué
par l'article 763 du code civil suppose pour sa mise en œuvre que le logement soit un bien commun ou indivis aux
époux ou dépende entièrement de la succession de l'époux prédécédé. Cette condition ne sera pas remplie si l'époux
a disposé de la nue-propriété du logement de son vivant et qu'il n'a que la qualité d'usufruitier. L'usufruit s'éteint au
décès et il n'existe aucun immeuble sur lequel exercer le droit temporaire au logement dans le patrimoine
successoral.
Même si cela peut conduire à priver le conjoint survivant de son droit temporaire, la solution de la Cour de cassation
doit être approuvée au seul regard des régimes matrimoniaux. Le logement de la famille est protégé pendant tout le
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mariage mais pas au-delà. En se réservant l'usufruit, le mari n'a pas porté atteinte aux droits assurant le logement
familial, il en a conservé, comme son épouse, la jouissance jusqu'à son décès ; décès synonyme d'extinction de
l'usufruit mais aussi de la dissolution du mariage mettant ainsi un terme à la protection assurée par l'article 215,
alinéa 3.
V. ANNEXE
Document 1
Cass. 1ère, 20 janv. 2004
LA COUR,
Sur le moyen unique, pris en sa seconde branche :
Vu l'article 215, alinéa 3, du Code civil ;
Attendu que ce texte institue un régime de protection du logement familial visant les droits de
toute nature de l'un des conjoints sur le logement de la famille ;
Attendu que, par acte notarié du 22 janvier 1992, Gilberte Z..., depuis décédée, aux droits de
laquelle vient M. A..., a prêté à M. Y... une certaine somme garantie par une hypothèque sur un
immeuble appartenant en nue-propriété à l'emprunteur sous l'usufruit de sa mère, Mme B..., veuve
Y... ; que le 15 juin 1993, faute de paiement des intérêts, Gilberte Z... a fait délivrer à l'emprunteur
un commandement de saisie immobilière, la vente judiciaire étant intervenue le 24 février 1994 au
profit de M. C... ; que, le 12 septembre 1994, Mme X..., épouse Y... a assigné son mari, Gilberte
Z..., et M. C... aux fins d'annulation de l'acte de prêt et de l'adjudication, soutenant que, l'immeuble
constituant le domicile de la famille, l'hypothèque ne pouvait être donnée sans son consentement ;
Attendu que pour débouter Mme X..., épouse Y..., de sa demande en nullité de l'hypothèque,
l'arrêt attaqué retient que le logement familial était assuré, non par les droits de M. Y... en nue-
propriété sur l'immeuble, mais par l'existence de l'usufruit de Mme B..., veuve Y... dont celle-ci
prêtait manifestement la jouissance à son fils et à la famille de celui-ci et qu'en conséquence, M.
Y... n'avait pas disposé des droits par lesquels était assuré le logement de la famille ; qu'en statuant
ainsi, après avoir relevé l'existence d'un droit d'usage de M. Y... sur l'immeuble litigieux, la cour
d'appel a violé, par refus d'application, le texte susvisé ;
PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur la première branche du moyen :
CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 20 novembre 2001, entre les
parties, par la cour d'appel de Nîmes ; remet, en conséquence, la cause et les parties concernées
dans l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour
d'appel d'Aix-en-Provence.
Document 2.
Cour de cassation, chambre civile 1, du 11 octobre 1989, n° 88-13.631
LA COUR ; (…) Sur le moyen unique : - Vu l’article 215, alinéa 3 du Code civil
Attendu qu’il résulte de ce texte que le mari ne peut disposer seul des droits par lesquels est assuré
le logement de la famille ; que l’acte accompli par lui à cette fin est atteint de nullité et se trouve
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dès lors privé de tout effet ;
Attendu que le 1er octobre 1983 M. Pierre RUELLAN a vendu aux époux Collet, par
l’intermédiaire de l’agence immobilière « Cabinet Parage » le pavillon où il logeait avec son
épouse ; qu’il s’est porté fort de la ratification de cet acte par sa femme ; que Mme Michèle
RUELLAN a cependant refusé de ratifier la vente ;
Attendu que l’arrêt attaqué a estimé que la promesse de porte-fort incluse dans l’acte de vente
signé par M. RUELLAN était valable et a condamné celui-ci à payer des dommages-intérêts au
« Cabinet Parage » et aux époux Collet ;
Attendu qu’en statuant ainsi, alors que l’acte du 1 er octobre 1983 était nul en son entier et qu’il
appartenait aux acquéreurs, conseillés par l’agence immobilière, d’exiger les consentements
nécessaires à la validité de la vente, la Cour d’appel a violé le texte susvisé ;
Par ces motifs : rejette le pourvoi …
Document 3
Civ. 1re, 22 octobre 1974, N° de pourvoi: 73-12402
(Veuve Bret C. René Bret et autres)
LA COUR : Sur le moyen unique, pris en ses deux branches ;
Attendu qu'il est reproché à l'arrêt confirmatif attaqué (Paris, 1 ère ch., 7 mai 1973) d'avoir
rejeté la demande formée par dame veuve Bret en nullité, pour violation de l'article 215 du Code
civil, des dispositions testamentaires par lesquelles son défunt mari a légué à son frère, René Bret,
la propriété de l'appartement dans lequel les deux époux avaient leur logement jusqu'au décès,
alors que, selon le pourvoi, d'une part, les termes dudit article ont un caractère de généralité qui
aurait été méconnu, que, d'autre part, il résulterait de l'ensemble des dispositions légales relatives
au logement du conjoint que le législateur a voulu que le décès de celui des époux, sur la tête
duquel était né soit le droit au bail, soit le droit d'occupation du local servant de domicile conjugal,
n'entraîne pas l'expulsion du conjoint survivant et qu'il serait inadmissible d'interpréter l'article 215
du Code civil comme réservant à l'époux propriétaire de ce local plus de droits que n'en aurait un
propriétaire étranger ;
Mais attendu que l'article 215, alinéa 4, du Code civil qui protège le logement de la famille
pendant le mariage ne porte pas atteinte au droit qu'a chaque conjoint de disposer de ses biens à
cause de mort ; que le moyen n'est donc pas fondé ;
Par ces motifs, rejette.
Document 4
Cour de cassation, chambre civile 1, 22 octobre 1974, N° de pourvoi: 73-12402
(Veuve Bret C. René Bret et autres)
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LA COUR : Sur le moyen unique, pris en ses deux branches ;
Attendu qu'il est reproché à l'arrêt confirmatif attaqué (Paris, 1 ère ch., 7 mai 1973) d'avoir
rejeté la demande formée par dame veuve Bret en nullité, pour violation de l'article 215 du Code
civil, des dispositions testamentaires par lesquelles son défunt mari a légué à son frère, René Bret,
la propriété de l'appartement dans lequel les deux époux avaient leur logement jusqu'au décès,
alors que, selon le pourvoi, d'une part, les termes dudit article ont un caractère de généralité qui
aurait été méconnu, que, d'autre part, il résulterait de l'ensemble des dispositions légales relatives
au logement du conjoint que le législateur a voulu que le décès de celui des époux, sur la tête
duquel était né soit le droit au bail, soit le droit d'occupation du local servant de domicile conjugal,
n'entraîne pas l'expulsion du conjoint survivant et qu'il serait inadmissible d'interpréter l'article 215
du Code civil comme réservant à l'époux propriétaire de ce local plus de droits que n'en aurait un
propriétaire étranger ;
Mais attendu que l'article 215, alinéa 4, du Code civil qui protège le logement de la famille
pendant le mariage ne porte pas atteinte au droit qu'a chaque conjoint de disposer de ses biens à
cause de mort ; que le moyen n'est donc pas fondé ;
Par ces motifs : rejette