Séance 2-RM
Séance 2-RM
I. DOCTRINE
A. Ouvrages
B. Les articles
- Abitbol (E.), La contribution aux charges du mariage et son contentieux différé,
Mélanges Raynaud, 1985, Dalloz/Sirey, p. 1.
- Lefranc-Hamoniaux (C.), L'entraide des époux à l'épreuve du temps, Dr. fam. 1999.
Chron. 13.
- Lienhard (C.), La nouvelle procédure de droit commun devant le juge aux affaires
familiales, AJ fam. 2005. 58 .
- Parcheminal (H.), Le juge aux affaires familiales. Nouveau juge des conflits
familiaux, JCP 1994. I. 3762.
- Plassard (J.), Des clauses relatives à la contribution aux charges du ménage sous le
régime de la séparation de biens, Mélanges Capitant, 1937, Dalloz, p. 659.
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II. JURISPRUDENCE
A. ARRET A COMMENTER
LA COUR,
Faits et procédure
1. Selon l'arrêt attaqué (Versailles, 14 janvier 2020), [W] [V] est décédé le 27 août 2013, en
laissant pour lui succéder son épouse séparée de biens, Mme [Z], et ses quatre enfants, [G] et
[T], nés d'une précédente union, ainsi que [M] et [X].
2. MM. [G] et [T] [V] ont assigné leurs cohéritiers en partage de la succession.
Sur le deuxième moyen, pris en ses première et deuxième branches, et les troisième et
quatrième moyens, ci-après annexés
3. En application de l'article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n'y a pas lieu de
statuer par une décision spécialement motivée sur le quatrième moyen, qui est irrecevable, et
sur les autres griefs, qui ne sont manifestement pas de nature à entraîner la cassation.
Sur le deuxième moyen, pris en sa troisième branche
Enoncé du moyen
4. MM. [G] et [T] [V] font grief à l'arrêt de rejeter leur demande au titre de la remise, le 10
octobre 2005, de la somme de 457 000 euros par [W] [V] à son épouse, alors « qu'une
donation ne peut être considérée comme rémunératoire qu'à la condition que l'époux gratifié
ait exercé au bénéfice de son époux une activité excédant sa contribution aux charges du
mariage ; que pour dire la mise à disposition par [W] [V] de la somme de 457 000 euros à son
épouse s'analysait en une donation rémunératoire ne pouvant donner lieu à rapport, la cour
d'appel a retenu qu'il était établi par deux attestations de Mmes [E] et [J] que Mme [S] [Z],
épouse [V], avait eu le désir de monter son propre cabinet de publicité mais que son époux s'y
était opposé, qu'elle avait cessé toute activité professionnelle en 1991 et « s'[était] occupée de
manière plus intensive des enfants et de son conjoint, permettant à celui-ci de gérer ses
affaires » ; qu'en statuant de la sorte, par des motifs d'ordre général impropres à établir que les
activités accomplies par l'épouse de [W] [V] avait excédé son obligation de contribuer aux
charges du mariage, la cour d'appel a méconnu les articles 843, 893 et 894 du code civil,
ensemble l'article 214 du même code. »
3
Réponse de la Cour
5. La cour d'appel a constaté, par motifs propres et adoptés, que, lorsque son époux avait
liquidé sa société, en 1991, Mme [Z], alors âgée de 39 ans, avait cessé toute activité
professionnelle et s'était occupée de manière plus soutenue des enfants et de son conjoint,
permettant à celui-ci de gérer ses affaires.
6. Elle a relevé que celle-ci, qui disposait d'une qualification et d'une expérience
professionnelle lui permettant de faire carrière dans la publicité et de créer son propre cabinet,
avait ainsi perdu des revenus conséquents et des droits à la retraite.
7. Elle en a souverainement déduit que Mme [Z] avait apporté au ménage plus que sa simple
contribution aux charges du mariage et que la mise à sa disposition de la somme de 457 000
euros par son époux avait eu pour cause la volonté de celui-ci de compenser ses sacrifices et
son intense activité au foyer.
8. Le moyen n'est donc pas fondé.
Enoncé du moyen
9. MM. [G] et [T] [V] font grief à l'arrêt de rejeter leur demande au titre du financement des
biens immobiliers indivis sis à [Localité 15], lieudit « [Localité 14] », et à [Localité 12], de
dire que la succession de [W] [V] ne dispose d'aucune créance à ce titre à l'encontre de Mme
[Z] et de rejeter leur demande de communication des pièces justificatives du financement de
la deuxième partie de la propriété indivise de [Localité 15] et du financement de la propriété
indivise de [Localité 12], alors « que sauf convention matrimoniale contraire, l'apport en
capital effectué par un époux séparé de biens sur ses deniers personnels, pour financer la part
de son conjoint lors de l'acquisition d'un bien indivis affecté à l'usage familial, n'entre pas
dans le champ d'application de l'obligation de contribuer aux charges du mariage ; que pour
rejeter la demande de MM. [G] et [T] [V] tendant à voir juger que la succession de leur père
[W] [V] disposait d'une créance sur l'épouse survivante, Mme [S] [Z], au titre du financement
sur ses deniers personnels de la part indivise de cette dernière dans deux biens immobiliers
situés à [Localité 15] et à [Localité 12], la cour d'appel, après avoir retenu que Mme [S] [Z]
n'avait pu faire face seule au règlement de la somme de 1 785 000 francs ayant permis
l'acquisition de ses parts indivises, a considéré que le financement par [W] [V], fut-ce par le
biais d'un apport en capital, entrait dans le cadre de la contribution de ce dernier aux charges
du mariage, et n'apparaissait pas excessif au regard du patrimoine de l'époux ; qu'en statuant
de la sorte, la cour d'appel a violé l'article 214 du code civil. »
Réponse de la Cour
10. Il résulte de ce texte que, sauf convention contraire des époux, l'apport en capital de fonds
personnels par un époux séparé de biens afin de financer la part de son conjoint lors de
l'acquisition d'un bien indivis affecté à l'usage familial ne participe pas de l'exécution de son
obligation de contribuer aux charges du mariage.
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11. Pour rejeter la demande de créance de MM. [G] et [T] [V] au titre du financement des
biens immobiliers indivis sis à [Localité 15], lieudit « [Localité 14] », et à [Localité 12], dire
que la succession de [W] [V] ne dispose d'aucune créance à ce titre à l'encontre de Mme [Z]
et, en conséquence, rejeter leur demande de communication des pièces justificatives du
financement de ces biens, après avoir constaté que les immeubles avaient une destination
familiale, l'arrêt retient, d'abord, que Mme [Z] n'a pu faire face seule au règlement de la
somme de 1 785 000 francs ayant permis l'acquisition de ses parts indivises, ensuite, que le
financement par [W] [V], fût-ce par le biais d'un apport en capital, relève de sa contribution
aux charges du mariage, enfin, n'apparaît pas excessif au regard du patrimoine de l'époux.
12. En se déterminant ainsi, sans constater l'existence d'une convention entre les époux
prévoyant l'exécution par [W] [V] de sa contribution aux charges du mariage sous la forme
d'un apport en capital, la cour d'appel n'a pas donné de base légale à sa décision.
CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il rejette les demandes de MM. [G] et [T] [V]
au titre du financement des biens immobiliers indivis sis à [Localité 15] (27), lieudit «
[Localité 14] » et à [Localité 12] (44) et des pièces justificatives de ce financement et dit que
la succession de [W] [V] ne dispose d'aucune créance à ce titre à l'encontre de Mme [Z],
l'arrêt rendu le 14 janvier 2020, entre les parties, par la cour d'appel de Versailles ;
Remet, sur ces points, l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt et
les renvoie devant la cour d'appel de Versailles autrement composée ;
Condamne Mme [Z], Mme [V], épouse [F], et M. [X] [V] aux dépens ;
B. Observations
Observations n° 1
RTD Civ. 2013 p.821
Il faut partir d'une solution qui n'est pas évidente même si elle n'est pas nouvelle : l'acquisition d'un bien
immobilier peut constituer un moyen d'exécution de la contribution aux charges du mariage (V. ainsi, Civ. 1 re,
14 juin 2006, n° 05-15.980 ; AJ fam. 2006. 293, obs. P. Hilt ). Il faut ajouter que dans nombre de contrats de
séparation de biens il est stipulé que chacun est réputé avoir fourni au jour le jour sa part contributive en sorte
qu'aucun compte ne sera fait entre eux à ce sujet et qu'ils n'auraient pas de recours l'un contre pour les
dépenses de cette nature, on voit bien comment le piège peut se refermer. Ladite clause convient sans doute
fort bien pour les dépenses ordinaires et courantes (qui sont seules mentionnées par la doctrine en général, V.
ainsi, Terré et Simler, Régimes matrimoniaux, n° 51 ; Cabrillac, Régimes matrimoniaux, n° 36), elle devient
une redoutable machine quant à la charge de la preuve si l'on sort des dépenses de cette nature (V. déjà, Civ.
1re, 15 mai 2013, n° 11-26.933, D. 2013. 1208 ; ibid. 2242, obs. V. Brémond, M. Nicod et J. Revel ; AJ
fam. 2013. 383, obs. S. Blanc-Pelissier ; RTD civ. 2013. 582, obs. J. Hauser ).
5
Dans l'arrêt commenté le mari soutenait qu'il avait financé entièrement l'acquisition du logement indivis et
réclamait une indemnité en arguant que ce financement dépassait son obligation de contribution aux charges du
ménage. La cour d'appel ne l'avait pas entendu et s'était bornée à constater que la participation à l'acquisition
du logement familial pouvait entrer dans la contribution aux charges et que, compte tenu de la clause du
contrat de mariage, il ne pouvait donc y avoir de recours pour ce type de dépense. Il serait sans doute
souhaitable que les notaires qui proposent ce type de clause dans les contrats de séparation de biens avertissent
clairement les parties qu'elle risque finalement d'exclure non seulement les discussions sur les dépenses
courantes mais aussi sur des dépenses généralement beaucoup plus importantes concernant le logement
familial. Rediscuter la notion de contribution aux charges du mariage, revoir ce type de clause dans les contrats
de séparation de biens, réfléchir aux conséquences de l'acquisition en indivision du logement pour les époux en
séparation de bien et, peut-être, du choix lui-même de la séparation de biens comme régime matrimonial ?
Vaste programme mais tout ceci serait sans aucun doute utile.
Observations n° 2
RTD Civ. 2017 p.105
Premier arrêt : on se souvient de l'inquiétude causée par la jurisprudence décidant que, dans les régimes
séparatistes avec une clause excluant tout compte à propos de la contribution aux charges, il était possible de
considérer qu'un achat immobilier entrait dans cette contribution (RTD civ. 2013. 582 ; 2014. 624 et 698 obs.
B. Vareille ; 2015. 106 et 362). Depuis, comme le note très justement J. Casey (note préc.), tout se passe
comme si la Cour voulait rassurer en limitant sa jurisprudence. Il est toutefois intéressant de noter qu'en
l'espèce le régime matrimonial concerné était non un régime séparatiste mais un régime de participation aux
acquêts qui, toutefois, comportait la même clause. Il s'agissait de l'achat d'un immeuble par le mari dans le but
d'un investissement locatif destiné à constituer une épargne. La cour d'appel, pour exclure toute discussion sur
les comptes, avait relevé d'office (!) l'argument tiré d'une contribution aux charges, ce qui lui vaut la cassation.
Il n'en reste pas moins que les limites de la jurisprudence de 2013, en elles-mêmes nécessaires, demeurent
délicates à tracer. Il paraît raisonnable d'exclure a priori des comptes l'achat du logement familial, si
l'opération n'excède pas la contribution dans son principe. Au-delà (V. obs. M. Casey) la notion
d'investissement locatif ou l'extension à la résidence secondaire est risquée.
Le deuxième arrêt reprend une question classique mais jamais réglée qui est celle de la définition et des limites
de la contribution. Au milieu de nombreux moyens concernant les opérations de liquidation après divorce, dont
beaucoup sont rejetés, le mari mettait en avant qu'il avait fait une donation à l'épouse et qu'il souhaitait la
révoquer. Il avait d'abord invoqué la révocation pour ingratitude du fait d'une escroquerie de l'épouse mais, ce
délit ayant été commis non contre le mari mais contre sa société, l'argument n'avait pu prospérer. Il s'était donc
replié sur la révocation des donations entre époux, l'article 1096 du code civil, étant applicable dans sa
rédaction antérieure à la loi de 2004. La cour d'appel, pour rejeter la demande, avait constaté que l'épouse avait
participé volontairement gratuitement à l'activité de la société du mari et qu'en conséquence le fait, pour celui-
ci, de payer en lieu et place de son épouse la part qui lui incombait dans l'achat immobilier considéré ne
constituait pas une donation. Mais le raisonnement n'était valable qu'à condition que la participation de la
femme eût excédé son obligation de contribuer, c'est-à-dire qu'elle fût sans cause légale. Faute d'avoir constaté
6
cette condition, l'arrêt d'appel est donc censuré. La cassation est encore prononcée parce que, pour refuser une
prestation l'arrêt a relevé que la disparité préexistait au mariage et s'est maintenue malgré l'union, motivation
que la Cour de cassation n'admet plus (V. RTD civ. 2017. 106, préc.).
Observations n° 3
Ce nouvel arrêt témoigne tout à la fois de la fréquence depuis plus de dix ans du contentieux relatif aux charges
du mariage entre époux séparés de biens et de l'obstination dont la Cour de cassation fait preuve pour maintenir
le cap initié en 2013.
Les faits de l'espèce sont au demeurant classiques, si ce n'est que cette fois la question des comptes conjugaux
ne s'élève pas à l'occasion du divorce des époux séparés de biens, mais oppose le conjoint survivant et les
enfants du premier lit de l'époux prédécédé. La discussion porte sur le périmètre de l'actif successoral, assiette
de la concurrence de leurs droits successoraux respectifs. Les difficultés se focalisent sur deux transferts de
fonds litigieux opérés de son vivant par le de cujus au profit de son épouse, l'enjeu étant de déterminer pour ces
deux mouvements de valeurs si les sommes concernées ont ou non vocation à réintégrer la masse partageable.
La clé du litige tient chaque fois à l'étendue de la contribution aux charges du mariage que l'article 214 du code
civil impose aux époux durant l'union.
Sur le premier transfert de fonds pour un montant 457 000 €, la discorde tourne au débat de qualifications.
Cette somme était-elle représentative d'une donation conjugale dont l'épouse était comptable à la succession ou
bien s'agissait-il, comme elle le prétendait, d'une donation rémunératoire venue compenser une activité
déployée au foyer ayant excédé la contribution ?
En l'espèce, la qualification de donation rémunératoire retenue par la juridiction du fond prospère également
devant la première chambre civile. Elle sort ses effets en compensation du sacrifice professionnel consenti par
l'épouse ayant renoncé à un projet professionnel pour s'occuper de « manière plus intensive des enfants et de
son conjoint, permettant à celui-ci de gérer ses affaires ». La démarche est connue (B. Vareille, Contribution
aux charges du mariage et rémunération de la femme au foyer en régime séparatiste. La donation
rémunératoire, RTD civ. 1997. 494 ). On ne peut manquer de percevoir la coloration (à bon escient)
féministe de cette jurisprudence. Sans devoir pour cela se lier par des logiques strictement arithmétiques,
quand entre vifs les époux ont eu soin de compenser ce que leur choix de vie de couple a pu impliquer de
sacrifice professionnel et d'investissement notable dans les charges du foyer pour l'un d'eux, la donation
rémunératoire permet non seulement de corriger la rigueur séparatiste de leur régime matrimonial, mais au-
delà elle garantit au veuf de conserver ses acquis contre les appétits successoraux de ses cohéritiers. La
dimension rémunératoire éclipse la dimension libérale des mouvements de valeur opérés entre vifs et déjoue
efficacement l'ordre public successoral. Rémunératoire, la donation ne s'impute plus sur les droits légaux du
conjoint (C. civ., art. 758-6 ; Civ. 1re, 12 janv. 2022 (2 espèces), n° 20-12.232 et n° 19-25.158 , D. 2022.
71 ; ibid. 856, chron. C. Dazzan, I. Kloda, X. Serrier, S. Vitse, E. Buat-Ménard, A. Feydeau-Thieffry et C.
Azar ; AJ fam. 2022. 100, obs. J. Casey ; ibid. 62, obs. S. Paillard ; RTD civ. 2022. 437, obs. M.
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Grimaldi ). Elle n'est plus exposée à une réduction en valeur pour avoir dépassé les frontières de la quotité
disponible spéciale entre époux (C. civ., art. 1094-1 ) (I. Dauriac, obs. Defrénois 2 juin 2022 n° DEF208b4).
Tout aussi classiquement, c'est à l'occasion de l'acquisition par le couple d'immeubles indivis à usage familial
que le second mouvement de richesses s'est produit. Pour les besoins de ces acquisitions, le de cujus avait
financé la part de son épouse par un apport en capital de ses fonds personnels. Fort de la politique
jurisprudentielle engagée depuis 2013 par la première chambre civile, le conjoint survivant espérait que la
créance conjugale que lui réclamaient les enfants du premier lit serait neutralisée par la contribution aux
charges du mariage. Sans revenir sur cette finalité discutable dont la Cour a cru devoir doter l'article 214 du
code civil (A. Karm, Financement d'un bien immobilier par des époux séparés de biens : à quand le
rétablissement de la logique séparatiste ?, JCP N 2019. 1174, n° 17-18 ; C. Grare-Didier, La Cour de cassation
et l'article 214 du code civil : le miroir aux alouettes, in Les régimes matrimoniaux à l'épreuve du divorce,
Dossier spécial, direction et coordination scientifique I. Dauriac et C. Grare-Didier, Ingénierie Patrimoniale 4-
2020), l'arrêt confirme les limites déjà posées à sa propre jurisprudence (Civ. 1 re, 3 oct. 2019, n° 18-20.828 ,
FS-PBI, D. 2020. 60 , note B. Chaffois ; ibid. 901, obs. J.-J. Lemouland et D. Vigneau ; ibid. 2206, obs.
S. Godechot-Patris et C. Grare-Didier ; AJ fam. 2019. 604, obs. J. Casey ; RTD civ. 2019. 913, obs. B.
Vareille ; Defrénois 28 mai 2020, n° 160b9, p. 38, note N. Couzigou-Suhas ; ibid. 16 janv. 2020, n° 154g6,
p. 26, obs. H. Leyrat ; ibid. 9 avr. 2020, n° 159f9, p. 34, obs. B. Vareille et A. Chamoulaud-Trapiers ; ibid.
flash 21 oct. 2019, n° 152w3, p. 1 ; Civ. 1re, 18 nov. 2020, n° 19-15.353 , FS-PB, D. 2020. 2344 ; ibid.
2021. 483, chron. X. Serrier, S. Robin-Raschel, S. Vitse, Vivianne Le Gall, V. Champ, C. Dazzan, E. Buat-
Ménard et C. Azar ; ibid. 499, obs. M. Douchy-Oudot ; ibid. 819, obs. J.-J. Lemouland et D. Vigneau ;
AJ fam. 2021. 193, obs. J. Casey ; Defrénois flash 9 déc. 2020, n° 159b1, p. 12 ; ibid. 3 juin 2021, n° 201e1,
p. 30, obs. N. Couzigou-Suhas ; Gaz. Pal. 23 mars 2021, n° 400w9, p. 56, obs. S. Bernard ; ibid. 20 avr. 2021,
n° 420k5, p. 53, note A. Munck-Barraud ; Civ. 1re, 17 mars 2021, n° 19-21.463 , D. 2021. 631 ; ibid. 819,
obs. J.-J. Lemouland et D. Vigneau ; ibid. 1784, chron. V. Champ, C. Dazzan, S. Robin-Raschel, S. Vitse,
V. Le Gall, X. Serrier, J. Mouty-Tardieu, E. Buat-Ménard et A. Feydeau-Thieffry ; ibid. 2022. 528, obs. M.
Douchy-Oudot ; AJDI 2021. 383 ; AJ fam. 2021. 314, obs. J. Casey ; Ingénierie Patrimoniale 3-2021, p.
107, note I. Khayat).
Par ce nouvel arrêt le sens de la jurisprudence s'affirme et se réaffirme sans de prime abord montrer aucun
signe tangible d'affaiblissement.
La contribution aux charges du mariage neutralise les comptes entre époux chaque fois que le bien indivis dont
l'usage est réservé à la famille aura été financé au moyen d'un emprunt que l'un des époux aura remboursé au-
delà de sa part contributive.
En revanche, quand le bien indivis est financé par l'un des époux au-delà de sa part au moyen d'un apport en
capital de deniers personnels, cela fait de lui le créancier de son conjoint à due concurrence de son apport. La
limite fixée veut ainsi éviter que la contribution légale aux charges du mariage n'en vienne à transformer la
séparation de biens en régime plus communautaire que la communauté légale elle-même ; puisque dans la
même configuration financière cette dernière ménage un droit à récompense au profit de l'époux dont le
patrimoine propre s'est appauvri à son profit.
Par sa constante réitération, la jurisprudence consolide et fixe son autorité. La lassitude pourrait gagner au
point de finir par venir à bout des dernières résistances doctrinales qui s'expriment encore depuis plus de dix
ans contre cet « ordre public strictement prudentiel », sortit du lit que la loi raisonnable lui avait pourtant
assigné. Alors même que le législateur ne cesse de détendre son emprise sur le contrôle de la mutation des
conventions matrimoniales, le combat doctrinal mené pour la liberté et la sécurité des conventions
matrimoniales est-il voué à l'échec face à tant d'obstination ? L'usure gagne au point que le temps pourrait
sembler venu de s'incliner devant ce nouvel ordre imposé.
8
Et pourtant la récurrence observée trahit aussi un possible affaissement de la ligne, jusqu'à présent martelée par
la première chambre civile. À la manière d'un obiter dictum, cette dernière réitère aussi dans cet arrêt une
réserve déjà formulée : « sauf convention contraire ». Lorsque la censure de la Cour intervient non sans mettre
en valeur l'annonce d'un nouvel espace de liberté conventionnelle susceptible de s'ouvrir au pouvoir des
volontés conjugales, certains y voient un encouragement adressé à l'imagination notariale.
L'impérativité céderait-elle la place à un nouvelle espace de supplétivité, au point que le contrat de mariage
serait sollicité par le Palais en rempart à la jurisprudence ?
Cette perspective ne peut être envisagée qu'avec la plus grande prudence. En effet, quand le juge s'en remet
aux époux pour stipuler que tel apport en capital de deniers personnels opère l'exécution de la contribution des
époux aux charges du mariage ou que tel remboursement d'emprunt ne participe pas de l'exécution de ce devoir
de mariage, in fine c'est la notion légale de charges de mariage qu'il place sous l'emprise des accords
conjugaux. Or, la stipulation matrimoniale qui dirait, en vue de prémunir les époux des interprétations de la
Cour, ce qu'est ou n'est pas une charge du mariage pourrait ne pas offrir aux époux toute la sécurité attendue. Il
serait pour le moins étonnant que les époux gagnent finalement le pouvoir de stipuler sur la contribution que le
régime primaire tient pour un devoir impératif du mariage, parce que le Palais s'obstine, lui, à leur contester le
droit de se marier sous un régime strictement séparatiste. De nouvelles inquiétudes se mêlent à l'étonnement.
Car si les époux étaient véritablement habilités à transformer l'apport en capital de deniers personnels ou
propres en simples charges du mariage, alors ces stipulations engendreraient un genre nouveau d'avantages
matrimoniaux. Des avantages dont la greffe prendrait y compris sur le régime de séparation de biens ; des
avantages dotés d'une résistance à la révocation par divorce (C. civ., art. 265 ) comme pour partie à l'ordre
public successoral (sauf action en retranchement). Plutôt que de faire miroiter aux époux un espace de liberté
sans sécurité garantie, la sagesse ne pourrait-elle pas être ailleurs ? Comme envisager revenir peut-être à la
prévisibilité et la sécurité de qualifications patrimoniales éprouvées.
C. ANNEXE
Document 1
Cass. 1ère civ. 03 octobre 2019 (18-20.828)
Attendu que, sauf convention matrimoniale contraire, l’apport en capital provenant de la vente
de biens personnels, effectué par un époux séparé de biens pour financer la part de son
conjoint lors de l’acquisition d’un bien indivis affecté à l’usage familial, ne participe pas de
l’exécution de son obligation de contribuer aux charges du mariage ;
Attendu que, pour rejeter la demande de M. X... tendant à se voir reconnaître titulaire d’une
créance au titre du financement de la totalité du prix d’acquisition de la maison des Adrets-de-
l’Estérel, achetée par les époux, en indivision, pour moitié chacun, après avoir relevé que
celui-ci avait investi dans cette opération des fonds personnels, provenant de la vente de biens
acquis avant le mariage, l’arrêt retient que le patrimoine de l’époux permettait cette
acquisition, sans qu’il y ait lieu de distinguer ses disponibilités en revenus et en capital, la
notion de contribution aux charges du mariage pouvant comprendre de façon extensive toute
dépense, tout investissement réalisé dans l’intérêt de la famille, et que, dès lors qu’elle
9
PAR CES MOTIFS et sans qu’il y ait lieu de statuer sur le second moyen :
CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’il dit que M. X... ne dispose d’aucune
créance à l’égard de son épouse ou de l’indivision s’agissant de la villa des Adrets-de-
l’Estérel et fixe le montant de l’indemnité d’occupation due par M. X... à son ex-épouse au
titre du bien de Saint-Chaffrey à la somme mensuelle de 960 euros divisée par deux, soit 480
euros par mois à compter du 3 septembre 2011, jusqu’au partage, l’arrêt rendu le 6 juin 2018,
entre les parties, par la cour d’appel de Grenoble ; remet, en conséquence, sur ces points, la
cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les
renvoie devant la cour d’appel de Chambéry ;
Document 2
Civ. 1ère, 14 mars 1973 (Arrêt Piris)
LA COUR
Sur le moyen unique, pris en ses deux branches : attendu qu'il résulte des énonciations de
l'arrêt confirmatif attaqué que Jean P.. et Joséphine Z... se sont mariés le 4 aout 1945 ;
qu'après une courte période de vie commune, Jean P... a abandonné sa femme et son fils ; que
dame P..., ayant pu se procurer l'adresse de son conjoint, le fit citer devant le tribunal
d'instance, aux fins d'être condamné à contribuer aux charges du mariage ; que Jean P...
somma alors sa femme, par ministère d'huissier, de reprendre la vie commune, sommation qui
ne fut pas suivie d'effet ; que les juges du fond ont fait droit à la demande de dame P... ;
Attendu qu'il est reproché à la Cour d'appel d'avoir ainsi statué, alors, selon le moyen, que
l'article 215 du code civil oblige les époux à vivre ensemble et ne prévoit nullement que les
époux doivent régler au préalable les conditions de leur cohabitation ; que, dès lors, en
exigeant qu'une telle condition soit remplie, l'arrêt attaqué aurait ajouté à la loi et violé le texte
précité ; qu'il est également soutenu que si, aux termes de l'article 214 du code civil , le mari
est obligé de fournir à sa femme des aliments, c'est a la condition que son conjoint remplisse
réciproquement, vis-à-vis de lui, les obligations nées du mariage, dont la cohabitation est l'une
des principales ; qu'en conséquences, la femme, qui se soustrait à l'obligation de cohabitation
avec son mari, ne saurait exiger l'exécution par son conjoint de son devoir de secours ;
Mais attendu qu'ayant rappelé que Jean P..., pour s'opposer à la demande de pension de sa
femme, avait fait sommation à celle-ci de la rejoindre après vingt-cinq années d'une
séparation imputable au mari, qui s'était " dérobe systématiquement à ses obligations de
cohabitation et d'entretien de sa famille ", la cour d'appel était fondée, compte tenu de ces
circonstances particulières, et sans méconnaitre les dispositions de l'article 215 du code civil ,
à décider " qu'avant d'imposer brutalement à sa femme " une reprise de la vie commune, Jean
P... était tenu de " faire montre d'un minimum d'égards envers elle et (de) se mettre d'accord "
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avec celle-ci sur les conditions dans lesquelles cette reprise pourrait avoir lieu, et qu'en l'état il
devait payer une pension à dame P..., par application de l'article 214 du code civil ;
Qu’il s'ensuit que le moyen ne saurait être accueilli en aucune de ses branches ;
Par ces motifs : rejette le pourvoi formé contre l'arrêt rendu le 9 juillet 1971 par la cour
d'appel de Toulouse
Document 3
Civ. 1ère, Arrêt n° 1031 du 26 octobre 2011 (10-24.214)
Attendu qu’après le divorce de M. X... et de Mme Y..., mariés sous le régime de la séparation
de biens, le mari a demandé l’inscription au compte d’indivision des échéances des emprunts
ayant servi à financer l’achat d’un immeuble acquis indivisément et des taxes foncières qu’il
avait payées et le remboursement par son épouse des impôts sur le revenu qu’il avait réglés
pour le compte de celle-ci pendant la durée du mariage ;
Attendu qu’après avoir constaté qu’aux termes de leur contrat de mariage, les époux étaient
tenus de contribuer aux charges du mariage à proportion de leurs facultés respectives, la cour
d’appel a estimé, par une appréciation souveraine des éléments de preuve qui lui étaient
soumis, que, pendant plusieurs mois, le mari n’avait payé qu’une facture d’électricité alors
qu’il aurait dû assumer les deux tiers des dépenses du ménage et par là même admis que la
contribution de l’épouse avait excédé ses facultés contributives ; qu’en l’état de ces
énonciations, la cour d’appel, qui n’a pas inversé la charge de la preuve, a pu décider que les
règlements litigieux, opérés par le mari, concernant un immeuble dont elle a relevé qu’il
constituait le logement de la famille, participaient de l’exécution de son obligation de
contribuer aux charges du mariage ; que le moyen ne peut qu’être écarté ;
Attendu qu’après avoir exactement décidé que la contribution des époux séparés de biens à la
dette fiscale est déterminée au prorata de l’impôt dont ils auraient été redevables s’ils avaient
fait l’objet d’une imposition séparée, l’arrêt dit que le montant de la créance de M. X... sera
calculée sur cette base par le notaire en charge des opérations de liquidation des intérêts
patrimoniaux des époux, à partir des éléments d’information qui lui seront remis par les
parties ;
Attendu qu’en se dessaisissant et en déléguant ses pouvoirs au notaire liquidateur, alors qu’il
lui incombait de trancher elle-même la contestation dont elle était saisie, la cour d’appel a
méconnu son office et violé le texte susvisé ;
Documment 4
Civ. 1ère, Arrêt n° 578 du 25 mai 2016 (15-17.993)
Attendu, selon l’arrêt attaqué, que, par acte du 1er septembre 1991, M. Martin Y..., né le [...]
de Mme Y..., a assigné M. X... devant un tribunal en recherche de paternité, sollicitant une
expertise biologique ; qu’après le dépôt du rapport de l’expert, le tribunal, qui a rejeté la
demande de rabat de l’ordonnance de clôture, a constaté que M. Y... n’avait pas formé de
demande au fond ;
Attendu que, pour condamner M. X... à payer à Mme Y... une contribution à l’entretien et à
l’éducation depuis la naissance de son fils, l’arrêt retient que la règle « aliments ne
s’arréragent pas » est sans application en la matière ;
Qu’en se déterminant ainsi, sans rechercher, comme elle y était invitée, si la demande de
Mme Y... n’était pas prescrite, la cour d‘appel n’a pas donné de base légale à sa décision ;
CASSE ET ANNULE
Document 5
Civ. 1ère, 1 avril 2015
La Cour,
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Rennes, 17 décembre 2013), qu'après le divorce des époux X...-
Y..., qui avaient adopté le régime de la séparation de biens, des difficultés sont nées pour la
liquidation et le partage d'un immeuble indivis entre eux ;
Attendu que M. X... fait grief à l'arrêt de dire n'y avoir lieu à aucune créance à son bénéfice au
titre du financement de l'immeuble indivis, le solde du prix de vente de ce bien devant être
partagé entre les époux selon la quote-part détenue par chacun d'eux résultant de l'acte
d'acquisition, alors, selon le moyen :
1°/ que lorsque le contrat de mariage des époux séparés de biens stipule une présomption de
contribution des époux aux charges du mariage, il appartient aux juges du fond de rechercher
par une interprétation de la volonté des époux si ces derniers avaient entendu stipuler une
présomption simple ou une présomption irréfragable en s'interdisant de prouver que l'un des
conjoints ne s'est pas acquitté de son obligation ; qu'en énonçant qu'il aurait été jugé par la
Cour de cassation que la présomption selon laquelle chacun des époux « sera réputé s'être
acquitté jour par jour de sa part contributive aux charges du mariage » interdit de prouver que
l'un ou l'autre des conjoints ne s'est pas acquitté de son obligation, quand il lui appartenait de
rechercher, si en l'espèce, dans la volonté des époux, cette stipulation avait la portée d'une
présomption irréfragable, la cour d'appel a violé les articles 1134, 1537 et 214 du code civil ;
2°/ qu'en présence d'une présomption selon laquelle chacun des époux « sera réputé s'être
acquitté jour par jour de sa part contributive aux charges du mariage », il appartient à celui
des époux qui sous couvert de contribution aux charges du mariage, s'oppose au paiement
d'une créance au titre du remboursement par l'autre époux des échéances de l'emprunt réglées
pendant le mariage pour l'acquisition de l'immeuble indivis constituant l'ancien domicile
conjugal, en l'occurrence à Mme Y..., de démontrer l'existence d'un déséquilibre à son
détriment dans la contribution respective des époux aux charges du mariage ; qu'en se fondant
pour statuer comme elle l'a fait sur la circonstance que M. X... n'établit pas que sa
participation aurait compte tenu du remboursement des échéances du prêt, excédé le montant
de sa contribution aux charges du mariage ni avoir été le seul à avoir jamais contribué, la cour
d'appel a violé les articles 1315, 1537 et 214 du code civil ;
Mais attendu que, d'une part, après avoir relevé que les époux étaient convenus, par une
clause de leur contrat de mariage, que chacun d'entre eux serait réputé s'être acquitté jour par
jour de sa part contributive aux charges du mariage, et en avoir déterminé la portée, la cour
d'appel, procédant à la recherche prétendument omise, a souverainement estimé qu'il ressortait
de la volonté des époux que cette présomption interdisait de prouver que l'un ou l'autre des
conjoints ne s'était pas acquitté de son obligation ; que, d'autre part, après avoir constaté que
l'immeuble indivis constituait le domicile conjugal et retenu que les règlements relatifs à cette
acquisition, opérés par le mari, participaient de l'exécution de son obligation de contribuer aux
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charges du mariage, elle en a justement déduit, sans inverser la charge de la preuve, que M.
X... ne pouvait bénéficier d'une créance au titre du financement de l'acquisition de ce bien ;
que le moyen n'est pas fondé ;
REJETTE le pourvoi ;
Document 6
Civ. 1ère, 8 novembre 1989, N° de pourvoi: 87-19768
La Cour
Sur le moyen unique pris en sa première branche :
Attendu que la règle “ aliments ne s’arréragent pas “ est sans application en ce qui concerne la
contribution aux charges du mariage, laquelle est distincte par son fondement et par son but.
Attendu que le divorce de M. Y... et de Mme X... a été prononcé le 2 novembre 1982 ; que
Mme X... a demandé dans le courant du mois de juin 1985, à l’occasion de la liquidation de la
communauté conjugale, que soit fixé le montant de la contribution aux charges du mariage
due par son mari pour la période du 1er janvier 1980, date de la séparation des époux, au 21
octobre 1981, date de l’ordonnance de non-conciliation ; que l’arrêt attaqué a débouté Mme
X... de sa demande au motif qu’aucun texte ne permettait de fixer rétroactivement une pension
et que la nature juridique particulière de la contribution aux charges du mariage ne faisait pas
obstacle à l’application des règles habituellement suivies en matière d’aliments ;
PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les trois autres branches du moyen :
CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 17 février 1987, entre les
parties, par la cour d’appel d’Angers ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans
l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour
d’appel de Poitiers.
Document 7
Cass. 1ère civ. 03 octobre 2019 (18-20.828)
Attendu que, sauf convention matrimoniale contraire, l’apport en capital provenant de la vente
de biens personnels, effectué par un époux séparé de biens pour financer la part de son
conjoint lors de l’acquisition d’un bien indivis affecté à l’usage familial, ne participe pas de
l’exécution de son obligation de contribuer aux charges du mariage ;
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Attendu que, pour rejeter la demande de M. X... tendant à se voir reconnaître titulaire d’une
créance au titre du financement de la totalité du prix d’acquisition de la maison des Adrets-de-
l’Estérel, achetée par les époux, en indivision, pour moitié chacun, après avoir relevé que
celui-ci avait investi dans cette opération des fonds personnels, provenant de la vente de biens
acquis avant le mariage, l’arrêt retient que le patrimoine de l’époux permettait cette
acquisition, sans qu’il y ait lieu de distinguer ses disponibilités en revenus et en capital, la
notion de contribution aux charges du mariage pouvant comprendre de façon extensive toute
dépense, tout investissement réalisé dans l’intérêt de la famille, et que, dès lors qu’elle
n’apparaît pas disproportionnée au regard de ses capacités financières, lesquelles ne se
réduisent pas à ses seuls revenus, cette dépense d’investissement à affectation familiale doit
être analysée comme une participation à l’exécution de son obligation de contribuer aux
charges du mariage ;
PAR CES MOTIFS et sans qu’il y ait lieu de statuer sur le second moyen :
CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’il dit que M. X... ne dispose d’aucune
créance à l’égard de son épouse ou de l’indivision s’agissant de la villa des Adrets-de-
l’Estérel et fixe le montant de l’indemnité d’occupation due par M. X... à son ex-épouse au
titre du bien de Saint-Chaffrey à la somme mensuelle de 960 euros divisée par deux, soit 480
euros par mois à compter du 3 septembre 2011, jusqu’au partage, l’arrêt rendu le 6 juin 2018,
entre les parties, par la cour d’appel de Grenoble ; remet, en conséquence, sur ces points, la
cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les
renvoie devant la cour d’appel de Chambéry ;