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27/09/2008
Lutte contre la pollution des eaux
Élimination finale des boues d’épuration
par Éric GUIBELIN
Ingénieur au département technique de l’Omnium de Traitement et de Valorisation
(OTV – Vivendi Water Systems)
1. Problématique de la dévolution........................................................... G 1 451 – 2
2. Valorisation agricole ............................................................................... — 3
2.1 Réglementation............................................................................................ — 3
2.2 Démarche à accomplir ................................................................................ — 3
3. Réutilisation dans une autre industrie............................................... — 4
3.1 Quelques exemples de réutilisation........................................................... — 4
3.2 Contraintes réglementaires ........................................................................ — 4
4. Techniques d’élimination thermique .................................................. — 4
4.1 Incinération des boues « en solo »............................................................. — 4
4.1.1 Principe de fonctionnement............................................................... — 5
4.1.2 Bilans matière et énergie d’un incinérateur à boues....................... — 5
4.1.3 Traitements des fumées et des cendres ........................................... — 6
4.2 Co-incinération avec les déchets ménagers (cas des DIB)....................... — 7
4.2.1 Introduction à l’état pâteux (15 à 30 %) ............................................ — 7
4.2.2 Introduction à l’état sec...................................................................... — 8
4.3 Incinération en four de cimenterie ............................................................. — 8
4.4 Incinération des boues assimilées à des DIS ............................................ — 8
4.5 Oxydation par voie humide ........................................................................ — 8
4.6 Thermolyse .................................................................................................. — 9
5. Mise en décharge ..................................................................................... — 9
Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. G 1 452
’article G 1 450 Traitement des boues d’épuration présentait les moyens de
L produire, dans une logique industrielle, un volume minimal de boues « de
qualité » puisqu’il s’agit, au final, de payer l’évacuation, voire le stockage, d’un
déchet dont le coût à l’unité sera d’autant plus important que son potentiel de
nuisance olfactive, microbiologique ou toxique sera élevé.
Il convient à présent d’examiner quelles sont les voies qui s’offrent, à l’indus-
triel ou à son prestataire de service délégué, pour éliminer ou au mieux recycler
les boues, voire les autres déchets produits dans le cadre de ses activités et de
trouver ainsi la meilleure adéquation entre le type de boue et les débouchés pos-
sibles qui sont au nombre de quatre :
— le recyclage en agriculture ;
— le recyclage dans une autre industrie ;
— l’élimination thermique ;
— les centres d’enfouissement technique de déchets ménagers, ou déchets
industriels banals, et de déchets industriels spéciaux.
Compte tenu de sa technicité élevée et des investissements qu’elle entraîne, la
destruction thermique fera l’objet d’un développement particulier.
Cette recherche se fera en intégrant l’ensemble des contraintes techniques,
économiques, réglementaires et environnementales, ce dernier terme, à consi-
dérer dans son sens très large, incluant l’environnement humain, qui peut, dans
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certains cas remettre en question des choix pourtant optimaux au sens techni-
que, économique et écologique.
La dévolution est ici présentée dans son contexte législatif français, mais peut
être étendue, dans son esprit du moins, au cadre de l’Union européenne.
1. Problématique
de la dévolution Boue traitée
Recyclage
industrie ?
Oui Vers
industrie
En reprenant la classification détaillée dans [G 1 450] Traitements Non
des boues d’épuration, l’industriel peut déjà se faire une idée des
voies de dévolution possible en fonction des propriétés physico- Oui Non
chimiques des boues à évacuer. DIB ?
Le tableau 1 donne un aperçu de ces différentes voies, de la plus
favorable (vente ou cession du déchet à un autre industriel), à la
plus coûteuse (évacuation dans un centre de stockage de déchets Valorisable
industriels spéciaux). agriculture
Oui ? Non
Toutes boues confondues, il apparaît donc que les recyclages soit Oui
en agriculture, soit vers l’industrie (qui inclus l’utilisation de la boue
comme combustible), ainsi que l’incinération sont privilégiés par Matières
rapport à la mise en décharge. Les prévisions de l’agence Rhin- organiques ?
Meuse (tableau 2) à l’horizon 2002 illustrent d’ailleurs cette Non Oui
tendance.
En simplifiant, la boue doit être examinée selon les deux critères
majeurs : Incinération Matières
possible ? organique ?
— type minéral ou organique cette dernière qualité lui conférant
Non Oui Oui Non
un statut potentiel de combustible ;
— caractère « pollué » (ou contaminé, toxique, etc.) ou non ; une
boue « polluée » se voyant interdire toute dévolution agricole ou
Entreposage
mise en centre d’enfouissement technique (CET) avec les déchets puis
CET pour
Incinération
Incinération Inertage puis
ménagers ou industriels banals (DIB). Les polluants ultimes, éven- DIB DIS CET pour DIS
épandage
tuellement récupérés après incinération, seront quant à eux, éva-
cués dans des CET pour déchets industriels spéciaux (DIS). (Cendres)
En France, on définit [2] l’appartenance de chaque type de déchet Oui (Cendres)
à la classe DIB ou DIS. Cession
industrie ?
Exemple : une boue issue d’une station d’épuration urbaine ou
d’effluents agroalimentaires est assimilée à la classe DIB, alors que les Non
graisses récupérées sur la même station feront l’objet d’un classement
comme DIS, au même titre que d’autres déchets plus nocifs, tels que
des boues primaires issues d’un atelier de traitement de surface très Oui Cendres Non
chargé en métaux lourds. = DIB ?
La figure 1 résume, en simplifiant, l’approche à suivre.
Figure 1 – Algorithme de dévolution des boues industrielles
Tableau 1 – Dévolution des boues selon leur origine
Recyclage vers Recyclage en Destruction CET
Type de boue CET pour DIB
l’industrie agriculture thermique pour DIS
Organique hydrophile non polluée possible vers fours préférentiel possible possible, si non
(cimenteries…) MS > 30 % en masse
Organique hydrophile polluée possible vers fours interdit possible selon classe du déchet
(cimenteries…)
Huileuse hydrophile (hydrocarbures…) possible vers fours interdit préférentiel non non
(cimenteries…)
Minérale non polluée possible possible, en général non possible, si non
(type boue d’eau potable) avec ajout chaux MS > 30 % en masse
Minérale polluée par des métaux lourds… possible interdit en général non, sauf selon classe du déchet
si co-incinérées
Fibreuse possible préférentiel, possible possible, si non
si non pollué MS > 30 % en masse
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Les boues d’origine industrielle suivront les mêmes dispositions.
Nota : (1) le souci est de limiter le trafic des déchets. En effet, d’après l’ADEME [4], en
Tableau 2 – Dévolution des boues industrielles France, plus de 500 Mt de déchets/an sont transportés, essentiellement par la route, sur
sur le bassin Rhin-Meuse 50 km en moyenne.
A noter que l’obligation d’entreposer les boues plusieurs mois
Quantité entre les périodes d’épandage renchérie considérablement le coût
Dévolution du recyclage agricole.
(tMS/an) (%)
Le tableau 3 reprend les principales prescription techniques
Valorisation dans l’industrie................... 60 000 38,5 applicables aux épandages de boues sur les sols agricoles [5].
Mise en décharge .................................... 20 000 13
Incinération sur site................................. 29 000 19
Incinération et co-incinération hors site 1 000 0,5 2.2 Démarche à accomplir
Recyclage agricole .................................. 45 000 29
Total ......................................................... 155 000 100 La dévolution agricole reste donc une voie préférentielle pour de
nombreuses boues de l’agroalimentaire, de la papeterie, de la para-
pharmacie, etc., sous réserve qu’elles ne contiennent pas de subs-
tances polluantes voire présumées potentiellement dangereuses (2).
2. Valorisation agricole Ce n’est cependant qu’une condition nécessaire mais non suffisante
car, au final, les autorités locales sont seules juges. Au mieux, la
boue peut être « promue » au statut de produit selon une procédure
2.1 Réglementation d’homologation [6] et être ainsi commercialisée. En revanche, une
boue polluée sera orientée vers un incinérateur et ses résidus
probablement mis en CET pour DIS.
La récente législation française sur l’épandage des boues
urbaines [3] caractérise bien le souci croissant en Europe de Si l’innocuité est prouvée, il reste à accomplir la procédure
préserver la ressource agricole sans condamner cette voie de bon suivante auprès des autorités françaises :
sens pour la plupart des boues urbaines ou issues d’industries non — vérifier la conformité au décret [3] et au règlement sanitaire
toxiques. Les grandes lignes sont les suivantes : départemental ;
— responsabilité du producteur de boue ; — examiner les potentialités agricoles locales ;
— organiser l’opération avec les acteurs (agriculteurs, chambres
— principe d’innocuité et d’intérêt agricole (valeur agronomique
d’agricultures, bureau d’études…) afin de définir les protocoles
de N, K2O, P2O5, CaO, MgO, SO3…)
d’application et de suivi agronomique ;
— diminution des seuils admissibles pour les éléments ou com-
— instruire une procédure réglementaire : dépôt du dossier en
posés traces métalliques ou organiques ;
préfecture [la DRIRE (Direction régionale de l’industrie, de la recher-
— traçabilité de la boue, ce qui interdit le mélange de boues de
che et de l’environnement) est en France l’organisme habilité à ins-
différentes origines ;
truire le dossier] ;
— principe de proximité : les boues doivent être épandues — si l’accord est donné, assurer le suivi.
localement (1) ;
Nota : (2) ainsi l’épandage de boues issues de l’épuration d’eaux d’atelier d’équarris-
— pour certaines applications, nécessité de présenter une boue sage est à présent interdit [7] suite au doute pesant sur la transmission de l’encéphalopa-
hygiénisée (absences de salmonelles, entérovirus, œufs d’helminthes). thie spongiforme (maladie de la « vache folle »).
Tableau 3 – Seuils en éléments et composés traces définis par l’arrêté du 8 janvier 1998
Éléments ou composés traces Valeur limite dans les boues Flux maximal cumulé, apporté en 10 ans
(mg/kgMS) (g/m2)
Métaux lourds
Cadmium..................................................................... 20 (*) 0,03 (**)
Chrome........................................................................ 1 000 1,5
Cuivre .......................................................................... 1 000 1,5
Mercure ....................................................................... 10 0,015
Nickel ........................................................................... 200 0,3
Plomb .......................................................................... 800 1,5
Zinc .............................................................................. 3 000 4,5
Chrome + cuivre + nickel + zinc................................. 4 000 6
Micropolluants organiques
Cas général Pâturages Cas général Pâturages
Total des 7 principaux PCB........................................ 0,8 0,8 1,2 1,2
Fluoranthène............................................................... 5 4 7,5 6
Benzo(b)fluoranthène ................................................ 2,5 2,5 4 4
Benzo(a)pyrène........................................................... 2 1,5 3 2
(*) 15 mg/kgMS à compter du 1er janvier 2001 et 10 mg/kgMS à compter du 1er janvier 2004.
(**) 0,015 g/m2 à compter du 1er janvier 2001.
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3. Réutilisation 4. Techniques d’élimination
dans une autre industrie thermique
Un produit considéré par un industriel comme un déchet peut Ces techniques regroupent l’ensemble des procédés dégradant
devenir soit une matière première, soit un combustible. L'ANRED toute ou partie de la matière organique de la boue. Elles s‘appli-
(Agence nationale pour la récupération et l’élimination des déchets) quent donc préférentiellement aux boues organiques riches en
a ainsi créé, en collaboration avec les chambres de commerces et carbone.
d'industrie, des bourses de déchets dont la vocation est de faciliter Les boues à dominantes minérales peuvent toutefois être
ce genre de transaction. « brûlées » en présence de combustible afin de réduire leur fraction
organique résiduelle, leur teneur en eau ou encore de concentrer
leurs polluants.
3.1 Quelques exemples de réutilisation L’oxydation thermique peut avoir lieu en phase gazeuse, à haute
température (au-dessus de 850 °C selon la réglementation) avec
excès d’air, on parle alors d’incinération. Celle-ci peut se faire :
■ Boues de papeteries — dans un incinérateur spécifique implanté sur le site de la sta-
Grâce à leur forte teneur en cellulose, ce sont des boues facile- tion d'épuration (incinération « en solo »), solution à retenir pour
ment valorisables dans une autre industrie. Elles peuvent par des tonnages importants, de l’ordre de la dizaine de tMS/j ;
exemple être utilisées : — dans un incinérateur hors site, c’est-à-dire en co-incinération
— en cimenterie : cette dévolution importante est développée avec des déchets ménagers pour ce qui concerne les DIB ou dans un
dans le paragraphe 4 relatif à l’élimination thermique ; centre de traitement spécialisé si la boue est assimilée à un DIS ;
— en briquetterie : la combustion des fibres au cours de la cuis- — dans un four de cimenterie, où la boue peut devenir soit com-
son des briques permet d’améliorer leur porosité (amélioration du bustible organique, soit intrant minéral.
caractère isolant) ; Nota : (3) un four a une fonction de cuisson dans l’élaboration d’un produit. Un inciné-
— en remblai routier soit telles quelles, soit après combustion ; rateur a une fonction d’élimination d’un déchet.
— en fabrication de litières pour chat. L’oxydation par voie humide (OVH) permet de détruire les
composés organiques dans des conditions de température et de
■ Boues rouges de l’industrie de l’aluminium [1] pression telles que l’oxydation a lieu en phase liquide.
Grâce à leur texture extrêmement fines (7 à 8 µm), elles peuvent La thermolyse permet de dégrader les composés organiques
être utilisées en formulation de mortiers ou de béton, en coulis de dans des conditions de combustion réductrice et d’obtenir des sous-
rembourage en remplacement de la bentonite… produits organiques faciles à incinérer ou à réutiliser comme
■ Boues hydroxydes de décantation de traitement de surface [8] combustible, tout en limitant le volume de fumées produites.
Des boues de ce type, reprise en lagune à 20 % de siccité, ont été Le choix du mode d’élimination est à mettre en relation, d’une
déshydratées, séchées puis envoyées finalement en haut-fourneau. part, avec la texture et la siccité de la boue, d’autre part, avec son
caractère de DIS ou non, ainsi que précisé dans le tableau 4.
Exemple : 650 t de MS de boues sont ainsi devenues 37 t d’étain, Au final, le contexte local sera déterminant.
52 t de cuivre et 450 kg d’argent. La recette a permis de couvrir tous
les frais de traitement.
4.1 Incinération des boues « en solo »
3.2 Contraintes réglementaires
La plupart des incinérateurs à boues disponibles sur le marché
sont maintenant du type à lit fluidisé, les autres technologies, du type
Elles peuvent être liées : fours à sole notamment, ayant été abandonnées pour des raisons liés
— d’une part au transport sur le réseau public de déchets banals à l’usure prématurée des pièces mécaniques en partie chaude ainsi
ou dangereux [9] ; qu’à un bilan thermique moins favorable (fort excès d’air requis pour
— d’autre part à l’utilisation finale de la boue par l’industriel récep- assurer la postcombustion). Cette technologie compacte, à forte
teur. Notamment en cas d’incinération, celle-ci doit être conforme à inertie thermique grâce au lit de sable, est en effet facile à exploiter et
la législation. à automatiser. La figure 2 présente cette technologie.
Tableau 4 – Relation entre texture de la boue et type d’oxydation thermique
Incinérateur Co-incinérateur Four de Incinérateur
Classe de boue OVH Thermolyse
à lit fluidisé UIOM cimenterie pour DIS
(DIB ou DIS) (DIB) (DIB ou DIS) (DIB ou DIS) (DIB ou DIS)
Boues organiques
liquides (épaissies) X X
Boues organiques
pâteuses/solides X X X X X
Boues minérales
pâteuses/solides X
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4.1.2 Bilans matière et énergie d’un incinérateur
à boues
Carneau
Eau de Ils passent donc par la détermination de la formule brute des
refroidissement Vers le matières organiques (CHONS) et du pouvoir calorifique inférieur PCI
traitement tel que décrit dans l’article [G 1 450] Traitement des boues d’épura-
des fumées
tion (page 7).
■ Bilan matière
La boue peut-être compartimentée en trois parties :
Briquettage Foyer
— la fraction organique (MV) comburante ;
— la fraction minérale (MM) inerte, transportée par les fumées
dans un incinérateur à lit fluidisé ;
— la fraction aqueuse vaporisée.
Lit de sable
fluidisé La combustion complète, dite stœchiométrique, d’une boue type
organique dont la « formule brute » est, par exemple, C5H7O2N1S0,03
est la suivante :
Combustible Voûte
d'appoint C 5 H 7 O 2 N 1 S 0, 03 + 5,78 O 2 → 5 CO 2 + 3,5 H 2 O + 0,5 N 2 + 0,03 SO 2
Air de Les fumées de combustion ne se limitent pas cependant au CO2,
Boue pâteuse fluidisation H2O, N2, SO2 et N2 produits. En effet :
— les combustions sont du type « oxydantes » : un excès d’air
Boîte évite que l’oxygène soit le facteur limitant ;
à vent — même dans ces conditions d’excès d’air, aucune combustion
n'est totalement complète dans tout réacteur réel. Des monoxydes
Figure 2 – Schéma de fonctionnement d’un incinérateur à lit fluidisé de carbone (CO) et des oxydes d’azote (NOx) notamment sont détec-
Pyrofluid (OTV) tés dans les fumées ;
— la boue peut contenir des chlorures, voire des composés chlo-
rés et fluorés : HCl et HF sont également présents dans les fumées.
La fraction minérale se retrouve sous forme de cendres. Dans le
4.1.1 Principe de fonctionnement cas des boues de station d’épuration, la composition silico-calcaire
des cendres les apparentent aux cendres de centrales thermiques.
La granulométrie moyenne au passant 50 % est de 35 µm.
Les boues pâteuses sont poussées par une pompe à matières
épaisses au niveau d'un lit de sable en fluidisation où elles sont divi- Les espèces métalliques, et notamment les métaux lourds sont
sées et mises intimement en contact avec l'air, préchauffé ou non, généralement adsorbés sur les cendres, voire en partie sublimés
sortant de la boîte à vent via la voûte. Une postcombustion, en pour les plus volatils (mercure notamment).
partie supérieure du réacteur (le foyer) achève l'oxydation complète Le tableau 5 donne un exemple de composition de fumées, en
au-dessus de 850 °C pendant plus de 2 s, ainsi que l'exige la législa- sortie réacteur (donc avant traitement), issues de la combustion
tion. d’une boue organique hydrophile. La forte teneur en eau de ces
Une telle technologie permet d'incinérer une charge de l'ordre de boues, titrant souvent moins de 30 % de siccité, entraîne une forte
500 à 800 kW/m2 de voûte. teneur en vapeur d’eau des fumées, autour de 40 %, contre moins
de 20 % dans une UIOM (usine d’incinération des ordures ména-
Toutefois, le lit fluidisé ne peut incinérer des grossiers sans gères) brûlant des déchets ménagers à 65 % de siccité.
broyage préalable. Le lit fluidisé est donc la voie préférentielle
d’incinération des boues pâteuses obtenues après déshydratation.
En général, l’intégralité des résidus de combustion (la fraction
minérale) se retrouve sous forme de cendres entraînées par les
fumées. Les caractéristiques de ces cendres peuvent être très Tableau 5 – Exemple d’une composition
proches de celles des mâchefers (en terme de composition) obtenus d’une fumée d’un incinérateur à lit fluidisé
avec les mêmes boues mais dans un incinérateur non fluidisé, du
type four tournant ou à soles étagées. Dans certains cas, il peut être
(les compositions sont ramenées sur fumées humides)
envisagé d’extraire par purge des grossiers, non entraînés, et totale-
Composé Teneur
ment assimilables alors à des mâchefers.
Un compromis technico-économique lié aux caractéristiques Oxygène....................................... (% volume) 4 (3 à 6)
thermiques de la boue permettra d'investir ou non dans un échan- Dioxyde de carbone.................... (% volume) 7 (6 à 10)
geur fumées/air. Si tel est le cas, l’air est préchauffé à contre-courant
des fumées (boîte à vent chaude). Parfois, la chaleur dégagée par la Azote ............................................ (% volume) 47 (45 à 55)
combustion est telle (cas d'un incinérateur brûlant des boues riches Vapeur d’eau................................ (% volume) 42 (35 à 50)
en graisses) qu'il n'est pas nécessaire de préchauffer l'air, on parle
alors de boîte à vent froide. Dioxyde de soufre....................... (mg/Nm3) 500 à 2 500
Une autre solution permettant l'autocombustibilité d'une boue à Acide chlorhydrique ................... (mg/Nm3) 100 à 300
faible pouvoir calorifique consiste à sécher la boue avant de l’intro- Monoxyde de carbone................ (mg/Nm3) 10 à 100
duire dans le foyer. Une partie de l’eau de la boue étant évaporée à
100 °C, cette solution présente l’avantage de minimiser la quantité Oxydes d’azote............................ (mg/Nm3) 50 à 200
de vapeur à surchauffer et de fumées à évacuer mais au prix d’un Acide fluorhydrique .................... (mg/Nm3) 1à6
équipement plus lourd à mettre en œuvre (le sécheur amont est
alimenté par un fluide caloporteur lui-même chauffé par les fumées). Poussières ................................... (mg/Nm3) 20 000 à 50 000
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■ Bilan énergétique 4.1.3 Traitements des fumées et des cendres
Le bilan doit être équilibré, la production de chaleur dégagée par
les combustibles doit donc être égale à la consommation de chaleur [Link] Traitement des fumées
pour fournir l’enthalpie sensible et l’enthalpie de vaporisation ■ Réglementation sur l’incinération
(chaleurs sensibles et latentes) de tous les fluides entrants (boues et
air préchauffé) et compenser les pertes thermiques. Selon la technologie d’incinérateur utilisé, quatre lignes de
produits peuvent êtres générés :
S’il est positif, il faudra, par exemple injecter de l'eau dans le
— les mâchefers ou assimilés pouvant, dans la plupart des cas,
foyer. S'il est négatif, un combustible d'appoint sera nécessaire. On
être utilisés en remblais routiers ;
peut aussi jouer sur le débit d'air, mais en veillant à respecter les
normes dans les fumées de sortie (O2 > 6 % en volume suivi en — les résidus humides du traitement des fumées très chargées
continu par une sonde). en métaux lourds et devant alors faire l’objet d’une évacuation en
centre de stockage de déchets industriels spéciaux (voir § 5) ;
Le PCI des combustibles (la boue ou le déchet + le combustible — les cendres sèches de traitement des fumées qui peuvent être
d’appoint) est donc essentiel. Le tableau 6 en rappelle quelques parfois assimilés aux mâchefers ou aux cendres sous chaudière des
valeurs. UIOM et être ainsi valorisées également en technique routière ou en
■ Consommables adjuvant pour béton. En France, le critère de choix est essentielle-
En première approximation, considérer, par tonne de matières ment lié à la capacité ou non des cendres à lixivier des métaux
sèches (tMS) : lourds (NF X 31 – 151 et XP X 31-210) ;
— électricité : 200 kWh pour l’incinération seule (soufflante, pom- — les fumées qui devront satisfaire à la nouvelle réglementation
pages…), 350 kWh au total en intégrant le traitement des fumées ; européenne [13] sur l’incinération des déchets spéciaux étendue à
— lessive de soude 47 % en masse pour la neutralisation des gaz tout type de déchets (tableau 7).
acides : 100 kg.
Tableau 6 – Exemple de caractéristiques de déchets et de combustibles
Siccité Fraction volatile PCI sur sec
(% en masse) (% en masse) (kJ/kg)
Déchets :
– boues mixtes urbaines déshydratées .................................. 26 72 16 500
– graisses issues du prétraitement des eaux ......................... 50 98 37 000
– refus compacté de prétraitement......................................... 45 80 18 500
– boues primaires de papeterie............................................... 50 70 15 000
– déchets ménagers ................................................................. 65 55 12 500
Combustibles :
– fioul lourd............................................................................................................................................................................ 44 500
– gaz naturel........................................................................................................................................................................... 49 500
– biogaz de digestion ............................................................................................................................................................ 21 000
– bois sec................................................................................................................................................................................ 12 800
– charbon bitumineux ........................................................................................................................................................... 31 600
Tableau 7 – Valeurs de rejets à respecter d’après l’arrêté du 10/10/96
Composé Valeur moyenne journalière Valeur moyenne sur 1/2 h Échantillon ponctuel
CO ................................................................................. 50 100 150
Carbone organique total (COT) .................................. 10 20
Poussières.................................................................... 10 30
HCI ................................................................................ 10 60
HF.................................................................................. 1 4
SO2 ............................................................................... 50 200
Total métaux hors Zn.................................................. 0,5
Total métaux + Zn ....................................................... 5
Hg et ses composés .................................................... 0,05
Cd + TI et leurs composés .......................................... 0,05
Dioxines ....................................................................... 0,1 ng/Nm3
Les concentrations sont exprimées en mg/Nm3, sauf pour les dioxines en ng/Nm3. Le Nm3 est exprimé sur fumées sèches et ramené à 11 %
de O2 (correspond à un point de fonctionnement de référence de la combustion oxydante).
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Économiseur Dépoussiéreur
220 °C
130 °C Cheminée
550 °C
Fluide réfrigérant 70 °C
(air ou eau)
150 °C
Cendres sèches
(30 à 50 g/Nm3)
Sortie échangeur Trempe
fumées/air
Eau d'appoint
Eau d'appoint
Purge
Colonne de lavage
Figure 3 – Traitement combiné des fumées Heliol (OTV)
■ Filières proposées [Link] Traitement des effluents liquides
● La filière humide : elle consiste en un refroidissement direct et Ce traitement est inexistant pour les filières sèches. Dans les
une saturation des fumées par trempe (quench) suivi d’un passage filières humides ou combinées, il convient, en revanche, de traiter
par lavage dans une solution aqueuse piégeant les poussières et les les liqueurs de récupération des composés acides par un traitement
gaz acides. Le rendement sur les poussières est en général assez de neutralisation suivi d'une filtration. Les résidus ainsi récupérés
médiocre de telle sorte que la norme n’est généralement pas seront alors obligatoirement évacués en CET pour DIS.
atteinte. En revanche, le lavage assure une très bonne élimination
des gaz acides.
● La filière sèche : après refroidissement indirect, un produit neu-
tralisant (chaux, carbonates…) est injecté sous forme pulvérulente
4.2 Co-incinération avec les déchets
ou liquide pour piéger les gaz acides. Poussières et sels sont ensuite ménagers (cas des DIB)
filtrés sur des dépoussiéreurs à manche ou électrostatiques avec un
très bon rendement. Le principal intérêt de cette filière est de ne pas
générer de sous produits liquides. Toutefois, une forte teneur en Cette option est à examiner lorsque les conditions suivantes sont
composés acides peut conduire à des coûts rédhibitoires en réactifs. réunies :
● La filière mixte ou combinée : après refroidissement et dépous- — UIOM située à proximité ;
siérage dans des filtres à manche ou électrostatiques, les gaz acides — boues assimilables à des déchets ménagers ou DIB ;
sont éliminés par lavage des fumées saturées en eau. — technologie de l’incinérateur permettant l’implantation des
injecteurs ;
Les filières sèches et combinées permettent de piéger, par un trai-
— bilans massiques et thermiques favorables.
tement au charbon actif, le mercure et les dioxines. Quant aux
oxydes d’azote, ils peuvent être traités soit par une De-Nox cataly- La boue peut alors être introduite dans l’UIOM soit telle quelle à
tique, soit par injection d’ammoniaque dans les fumées. l’état de boue déshydratée pâteuse, soit après séchage, à partir de
La norme sera, dans la majorité des cas, respectée par un traite- l’énergie de l’UIOM, pour augmenter son pouvoir calorifique. En
ment combiné tel que précisé dans la figure 3. moyenne, les UIOM acceptent 10 % en masse de déchets non ména-
gers, avec une fourchette allant de 0 à 35 %.
[Link] Traitement des cendres
Au mieux, les cendres peuvent faire l’objet d’une utilisation dans 4.2.1 Introduction à l’état pâteux (15 à 30 %)
une autre industrie :
— valorisation sous forme de filler pour béton, sous réserve que Par extrusion ou pulvérisation de la boue dans le foyer (procédé
la concentration en chlorures n’excède pas 0,1 % ; IC850 de Degrémont, Pyromix d’OTV, Ibisoc de SGE). Cette
— valorisation dans le béton de parpaing ; solution présente l'avantage d'induire un coût d'investissement
— valorisation en cimenterie (§ 4.3). relativement faible puisque la boue pâteuse est injectée directement
Si ces cendres peuvent prétendre à la qualité mâchefer de caté- par pompage. La plupart des UIOM fonctionnant avec un fort excès
gorie V (V pour valorisables) [14], elles pourront faire l’objet d’une d’air (150 %, voire plus), l’addition de boues « humides » permet de
utilisation en remblai routier. réguler la température du foyer tout en diminuant cet excès d’air. En
Si elles ne peuvent être ainsi valorisées, elles seront évacuées en pratique, l'apport de boues pâteuses (figure 4) est généralement
CET pour DIS. limité à moins de 20 % du total exprimé en tonnages humides.
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une extrémité le cru minéral, à base de produits de carrière broyés
Air de dispersion Eau de lavage (argiles et calcaires), et à l’autre extrémité le combustible.
Le brassage se fait en milieu alcalin permettant de piéger dans la
Boues pâteuses 1 m3/h Silo de stockage masse les principaux polluants évitant un traitement complexe des
Air de fumées. La cuisson est effectuée vers 1 450 °C.
refroidissement
Pour brûler des DIS, le four doit être habilité. 22 sites en France
ont été autorisées. Les « boues » minérales peuvent être incorpo-
rées au cru (valorisation matière) et les boues organiques substi-
Incinérateur à tuées à du combustible (valorisation énergétique).
déchets ménagers Pompe à matières En 1998, 89 000 t de boues minérales et 41 000 t de boues organi-
(environ 900 °C) épaisses ques ont été ainsi valorisées.
Au total, 600 000 t de DIS ou DIB ont ainsi été détruits, dont
100 000 t d’huiles usagées.
Figure 4 – Implantation d’un injecteur à boue pâteuse Pyromix
■ Valorisation matière des boues minérales
dans une UIOM Les fours de cimenterie sont susceptibles de prendre des boues
riches en chaux, silice, alumine et fer, ces éléments devant repré-
senter au moins 80 % en masse sur cendre. En revanche, les phos-
■ Principe de fonctionnement phates ne doivent pas être trop abondants, la teneur acceptable
dépendant de la composition des autres intrants minéraux. En
Les boues sont dispersées par l'injecteur sur le tapis de déchets outre, il convient de limiter le chlore, les métaux lourds, surtout le
ménagers dans la zone de séchage de l’incinérateur. Elles ne mercure, mais aussi les hydrocarbures qui peuvent occasionner des
doivent perturber en aucun cas le bon fonctionnement de l'incinéra- coups de flammes perturbateurs dans cette partie du four. Quant à
teur, c'est-à-dire ne pas déséquilibrer le bilan thermique, ni la texture requise, les boues doivent être au moins pelletables.
augmenter la teneur en imbrûlés des mâchefers, des cendres sous
chaudière ou des REFIOM (résidus des fumées d’incinérateur Cette valorisation est envisageable à partir de quelques centaines
d’ordures ménagères). de tonnes par an. De nombreuses boues de décarbonatation
peuvent ainsi être éliminées, ainsi que certaines cendres d’incinéra-
Exemple : l’UIOM de Chambéry, d’une capacité annuelle de teur à boue.
112 500 t sur trois incinérateurs (deux de 4,5 t/h et un de 6 t/h) co-inci-
nère les boues pâteuses par le procédé Ibisoc ainsi que les déchets ■ Valorisation énergétique des boues organiques
hospitaliers. Une valorisation énergétique sur turboalternateur permet Les mêmes éléments indésirables sont à proscrire. La réquisition
en outre de produire 2 750 kW. Citons également la communauté majeure tient à l’état de la boue : celle-ci doit être sous forme de
urbaine de Bordeaux incinérant sur ses deux sites (375 000 t/an) un granulés secs (> 90 % de siccité) et non mottable.
total de 25 000 t/an de boues brutes par le procédé IC850.
Exemple : les boues séchées à 90 % de siccité de la station d’épu-
ration de Farum, près de Copenhague, sont intégralement utilisées en
4.2.2 Introduction à l’état sec tant que combustible sur le four de cimenterie voisin. La station élimine
ainsi ses 1000 t de matières sèches par an à un coût de l’ordre de
Considérant qu’une tonne d’OM correspond à la production jour- 500 FF/t.
nalière d’un milliers d’habitants et sur la base d’un PCI sur humide
de l’ordre de 8 000 kJ/kg (soit 2 200 kWh/t), 1 400 à 1 500 kWh
peuvent être récupérés sous forme d’énergie thermique dans le
cadre d’une cogénération, et 100 à 200 kWh en énergie 4.4 Incinération des boues
électrique [16]. Le « gisement » thermique est donc considérable, et assimilées à des DIS
une partie de cette énergie thermique peut être utilisée sur place
pour préchauffer la boue moyennant l’investissement d’un sécheur
à boue et des circuits connexes. Les incinérateurs utilisés pour la destruction des DIS doivent être
La boue peut être introduite à l'état sec (vers 95 % de siccité) dans polyvalents et pouvoir traiter tout type de déchets (gazeux, liquides,
la fosse de réception des déchets ménagers. Cette solution nécessite pâteux, en vrac, en fûts…), quelles que soient leur texture ou leur
un mélange aussi intime que possible dans la fosse entre les déchets teneur en matières organiques. La technologie est souvent du type
et les boues afin d’éviter des coups de feu dans le foyer. Actuelle- four tournant, surtout s’il s’agit de déchets solides ou pâteux : un
ment, la tendance est plutôt d’introduire les boues dans un état cylindre légèrement incliné (< 3 %) d’un rapport longueur/diamètre
partiellement sec, proche de celui des déchets ménagers (65 % MS) compris entre 2 et 10, tourne à faible vitesse (< 3 tr/min, pour une
dans la trémie d'alimentation du foyer. vitesse périphérique de 0,3 à 1,5 m/min). Le temps de séjour du
déchet varie de 20 min à 1 h. Une chambre de postcombustion
Exemple : l‘UIOM de Nice est constitué de trois incinérateurs achève l’oxydation des gaz de combustion.
d’une capacité de 12 t/h chacun permettant de traiter 260 000 t OM/an.
Chaque jour, cinq camions étanches amènent ainsi 125 t de boues
humides à 35 % de siccité de la station d’épuration. Ces boues sont
séchées sous forme de granulés à 65 % de siccité et sont injectées à 4.5 Oxydation par voie humide
raison d’1 t/h environ dans les trémies d’alimentation.
Quelques autres sites : Rennes, Villefranche-sur-Saône, Sète.
La technique d'oxydation humide consiste à minéraliser un
déchet par des réactions d'oxydation à chaud (250 à 300 °C), sous
pression (30 à 120 bar), en phase liquide et en présence d'un
4.3 Incinération en four de cimenterie oxydant gazeux, généralement l'oxygène.
Cette technique est appliquée dans certaines industries sur
Les fours de cimenterie, longs tubes tournants, d’un diamètre de l'effluent même, notamment dans le cas où celui-ci contient de la
2 à 7 m pour une longueur pouvant atteindre 120 m, admettent à DCO non biodégradable en abondance [1]. Elle est pratiquée de
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Évent
Réacteur
catalytique
Oxygène
Réacteur
d'oxydation
Boue épaissie
Pompe
Réchauffeur
haute pression
Solution vers Refroidisseur
tête de station
Décanteur
Solide vers
déshydratation Figure 5 – Schéma de principe
du procédé Athos (OTV)
longue date dans des pays tels que les États-Unis ou la Suisse Cette technique, encore peu développée, paraît cependant
(procédé Zympro sur des effluents industriels, procédé Granit), prometteuse pour des petites capacités, grâce notamment au faible
ou encore aux Pays-Bas sur des boues urbaines dans une variante coût du traitement des fumées et à la polyvalence du procédé
en puits profonds (procédé Vertech). permettant de traiter conjointement divers type de déchets DIB.
En France, Le procédé Athos (figure 5) permet de traiter les
boues organiques : à 240 °C, sous une pression de 50 bar et avec un
temps de séjour de 30 à 60 min ; les boues sont transformées, d'une
part en un résidu solide minéral contenant moins de 5 % de carbone
organique total (équivalent alors aux mâchefers des UIOM), d'autre 5. Mise en décharge
part, en une solution aqueuse titrant 5 à 10 g/L de DCO soluble
biodégradable pouvant être recyclée en tête de station et utilisée
pour l'élimination de l'azote. Une partie importante de ce dernier est
transféré à la phase gazeuse sous forme d’ammoniac puis trans- Le terme décharge a été remplacé par centre de stockage ou
formé en azote gazeux dans un réacteur catalytique, limitant ainsi centre d’enfouissement technique (CET) mettant ainsi en évidence
considérablement l’impact de l’azote ammoniacal retourné dans la le souci de préservation de l’environnement : dépôt des déchets en
phase liquide en tête de station. Quant aux gaz de combustion alvéole, protection du sous-sol par géomembranes, captation et
générés, ils sont sans poussières ni polluants acides. traitement du biogaz généré et des lixiviats drainés…
La réaction sous pression et à faible température permet de A noter qu’un DIS peut faire l’objet, si besoin est, d’une destruc-
limiter l'évaporation de l'eau tout en développant l'exothermicité tion préalable du potentiel organique par incinération (déchets
des réactions d'oxydation de la matière organique. pharmaceutiques, chimiques, hydrocarbures, etc.).
Pour des boues organiques, l'équilibre thermique est atteint avec La qualité du traitement exigé, ainsi que le suivi du déchet feront
des boues épaissies vers 40 g/L de MS, à la différence de l'incinéra- que la mise en décharge apparaîtra de moins en moins intéressante
tion qui requiert une déshydratation à 25 %, voire 30 % de siccité. économiquement, même par rapport à l’incinération, pour de
nombreux déchets.
Concernant les DIB, les textes stipulent que seuls les déchets dit
« ultimes » pourront être admis en centre de stockage. Cela signifie
4.6 Thermolyse non pas une minéralisation complète du déchet, mais un traitement
préalable comportant au moins une extraction de leur fraction valo-
risable (verre, plastique, papier cartons…) ou, concernant plus spéci-
La thermolyse consiste en un prétraitement thermique, à tempé- fiquement la plupart des boues, de leur fraction fermentescible [15].
rature modérée (450 à 750 °C) et en absence d’air, au cours duquel
les matières organiques sont décomposées en une phase solide Quant aux DIS, leur admission est subordonnée à une
(semi-coke à 60-65 % de cendres) et une phase gazeuse. Après « stabilisation » : un déchet est considéré « stabilisé » quant sa
condensation, cette dernière phase donne une fraction liquide cons- perméabilité à l’eau et sa fraction lixiviable ont été réduites et
tituée d’eau et d’huiles et des incondensables ; le gaz de thermolyse, quand sa tenue mécanique a été améliorée [12]. Les critères
pauvre (13 MJ/kg) est brûlé sur l’installation. Quant au résidu solide, d’acceptation sont définis dans une norme relative à la lixiviation
il peut, après traitement de criblage et tamisage, s’apparenter à un (NF X 31 – 151).
charbon de qualité médiocre (PCI = 19 MJ/kg) pouvant, par Les principaux types de décharge sont repertoriés dans le
exemple, être brûlé dans un incinérateur. tableau 8.
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Tableau 8 – Principaux types de décharge
Déchets inertes Déchets municipaux, déchets industriels Déchets industriels spéciaux ou
Type de centres de stockage
(ex classe 3) banals (ex classe 2) dangereux (ex classe 1)
● Non organiques ● Siccité > 30 % ● Tout déchet contaminé par
● Ne relarguent pas par ● Prétraitement d’extraction des métaux lourds ou radioac-
lixiviation des composés ● Provenance urbaine ou d’industries non tifs lixiviables, micropolluants
Critères d’admission indésirables organiques, toxiques, contenant
toxiques
des substances inflammables,
cancérogènes, corrosives, infec-
tieuses…
Dépôt en l’état Mise en alvéole avec récupération du bio- ● Enfouissement en alvéoles
Type de traitement gaz et des rejets liquides étanches après inertage
● Surveillance poussée
● Sites perméables ● Sites semi-perméables ● Sites imperméables particu-
Remarques ● Sans danger ● Nappe aquifère surveillée lièrement protégés, notamment
pour le sous-sol en ce qui concerne le sous-sol
● Gravats ● Boues d’ERU (eaux résiduaires urbaines) ● REFIOM
● Matériaux ● Boues d’eau potable ● Boues de traitement de sur-
de construction ● Ordures ménagères face
Exemple ● Sols non pollués ● Mâchefers d’UIOM ● Déchets agrochimiques
● Déchets ● Déchets de voiries et déchets verts ● Déchets de solutions acides
de concassage ou alcalines, etc.
● Déchets d’industries agroalimentaires,
du bois, papier…
Réglementation [10] [10], [11], [15] [10], [12]
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