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Recueil de Textes

Le document explore la philosophie comme une quête de connaissance et de vérité, intégrant à la fois l'intelligence et la volonté. Il souligne la distinction entre philosophie et sciences, mettant en avant la profondeur de la réflexion philosophique sur l'être et la réalité. En outre, il aborde la relation entre culture et nature, ainsi que la dynamique du travail et ses implications sur l'aliénation des travailleurs.

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Recueil de Textes

Le document explore la philosophie comme une quête de connaissance et de vérité, intégrant à la fois l'intelligence et la volonté. Il souligne la distinction entre philosophie et sciences, mettant en avant la profondeur de la réflexion philosophique sur l'être et la réalité. En outre, il aborde la relation entre culture et nature, ainsi que la dynamique du travail et ses implications sur l'aliénation des travailleurs.

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Domaine I : la réflexion philosophique

Texte 1.

La philosophie est une attitude de l’intelligence et de la volonté, par laquelle nous cherchons à
connaitre les choses elle-même de façon précise et adéquate, avec certitude, autant qu’il se
peut ; c’est par l’application à ce genre de connaissance que l’homme peut obtenir de
progresser dans la voie de la perfection.
La définition de la philosophie a pour genre l’attitude de l’intelligence et de la volonté. En
effet, la philosophie ne s’occupe pas seulement de l’intelligence, mais aussi de la volonté et de
ses actes. Il s’en suit qu’ils sont dans l »erreur ceux qui définissent la philosophie aujourd’hui
comme acte de l’intelligence uniquement, en excluant les considérations d’ordre pratique. La
philosophie n’est rien d’autre que la sagesse, qui est vertu ; et la vertu consiste toujours à
s’attacher à la vérité connue, aussi d’après les anciens, la philosophie est la science des choses
Divines et humaines (Cicéron, De officiis, livre I, chapitre 43).

Antoine guillaume Amo, De l’art de philosopher avec sobriété et précision.

Texte 2.
Que contrairement aux sciences, la philosophie sous toutes ses formes, doive se passer du
consensus unanime, voilà qui doit résider dans sa nature même. Ce que l’on cherche à con
querir en elle, ce n’est pas une certitude scientifique, la même pour l’entendement ; il s’agit
d’un examen critique au sein duquel l’homme participe de tout son être. Les connaissances
scientifiques concernent des objets particuliers et ne sont nullement nécessaire à chacun. En
philosophie il y va de la totalité de l’être, qui importe à l’homme comme tel :il y va d’une
vérité qui, là où elle brille atteint l’homme plus profondément que n’importe quel savoir
scientifique.
L’élaboration d’une philosophie reste cependant liée aux sciences ; elle s’suppose tout le
progrès scientifique contemporain. Mais le sens de la philosophie a une autre origine : il
surgit, avant toute science là où des hommes s’éveillent.

Karl Jaspers, Introduction à la philosophie

Texte 3.

La philosophie, précisément parce qu’elle est la découverte du rationnel, est aussi, du même
coup, la compréhension du présent et du réel, et non la construction d’un au-delà qui serait
Dieu sait où – ou plutôt dont on peut dire où il se trouve, c’est-à-dire dans l’erreur d’une façon
de raisonner partielle et vide. Au cours de cet ouvrage, j’ai indiqué que même la République
de Platon, qui est devenue proverbialement l’exemple d’un idéal vide, n’est essentiellement
rien d’autre qu’une certaine conception de la nature de la vie éthique grecque. […]
Ce qui est rationnel est réel,
et ce qui est réel est rationnel.
C’est là la conviction de toute conscience non prévenue, comme la philosophie, et c’est à
partir delà que celle-ci aborde l’étude du monde de l’esprit comme celle de la nature.
Hegel, Principes de la philosophie du droit, p. 54.

Texte 4.

Il y a une science qui étudie l’Etre en tant qu’être, et les attributs qui lui appartiennent
essentiellement. Elle ne se confond avec aucune des autres sciences dites particulières, car
aucune de ces autres sciences ne considère en général l’Etre en tant qu’être, mais découpant
une certaine partie de l’Etre, c’est seulement de cette partie qu’elles étudient l’attribut : tel est
le cas des sciences mathématiques. Et puisque nous cherchons les principes premiers et les
causes les plus élevées, il est évident qu’il existe nécessairement quelque réalité à laquelle ces
principes et ces causes appartiennent en vertu de sa nature propre. Si donc ceux qui
cherchaient les éléments des Etres cherchaient, en fait, les principes absolument premiers, ces
éléments qu’ils cherchaient, étaient nécessairement aussi les éléments de l’Etre en tant
qu’être, et non de l’Etre par accident. C’est pourquoi nous devons, nous aussi appréhender les
causes premières de l’Etre en tant qu’être.

Aristote, La métaphysique, tome I, livre I, Trad. J. Tricot, p. 171.

Texte 5.

Ainsi, toute la philosophie est comme un arbre dont les racines sont la métaphysique, le tronc
est la physique, et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences, qui se
réduisent à trois principales, à savoir la médecine, la mécanique et la morale ; j’entends la
plus haute et la plus parfaite morale, qui présupposant une entière connaissance des autres
sciences, est le dernier degré de la sagesse.

René Descartes, Lettre préface aux principes de la philosophie, pp. 565-566.


Texte 6.

Nous pourrions définir la violence comme le fait de ne pas reconnaitre l’autonomie de l’autre
en l’obligeant à se situer par rapport à un repère que nous lui imposons. La philosophie
subirait donc une violence si elle est sommée de se situer par rapport à un discours religieux,
alors que leurs repères, leurs méthodes ne sont pas les mêmes. En effet, là où certains discours
religieux apportent des réponses in discutables, la philosophie avoue son ignorance comme un
point d’interrogation. Celle-ci demeure toujours emblématique de la démarche philosophique
qui ne doit pas craindre de reconnaitre sa propre ignorance. Là où le religieux assène des
certitudes, la philosophie se présente comme inquiétude, absence de repos, absence de
certitude quelque nature que ce soit. Enfin, là où la philosophie exige la lumière de la raison,
de manière souveraine, certains discours religieux humilient d’emblée celle-ci en disant
qu’elle ne peut pas comprendre.

Ramatoulaye Diagne, « Espace philosophie et espace religieux », in


comment philosopher en Afrique aujourd’hui ? Journée de la philosophie à l’Unesco, n2,
2006, p. 40-42.

Texte 7.

Si l’œuvre de la philosophie n’est rien de plus que la spéculation sur l’univers en tant qu’il fait
connaitre l’Artisan (je veux dire en tant qu’il est œuvre d’art, car l’univers ne fait connaitre
l’Artisan que par la connaissance de l’art qu’il révèle, et plus la connaissance de l’art qu’il
révèle est parfaite, plus est parfaite la connaissance de l’Artisan], et si la loi religieuse invite
et incite à s’instruire par la considération de l’univers, il est dés lors évident que l’étude
désignée par ce nom de philosophie est, de par la Loi religieuse, ou bien obligatoire ou bien
méritoire.

Averroès, L’accord de la religion et de la philosophie, traité décisif, trad. L.


Gauthier, pp. 12-13.

Texte 8.

Le mythe raconte une histoire sacrée ; il relate un événement qui a eu lieu dans le temps
fabuleux des « commencements ». Autrement dit, le mythe raconte le comment grâce aux
exploits des Etres surnaturels, une réalité est venue à l’existence, que ce soit la réalité totale,
le cosmos, ou seulement le fragment : une ile, une espèce végétale, un comportement humain,
une institution. C’est donc toujours le récit d’une « création » : on rapporte comment quelque
chose a été produit, a commencé à être ».

Mircea Eliade, Aspects du mythe, p. 15.

Texte 9.

Comme expérimentateur, j’évite les systèmes philosophiques, mais je ne saurais pour cela
repousser cet esprit philosophique qui, sans être nulle part, est partout et qui, sans appartenir à
aucun système, doit régner non seulement sur toutes les sciences, mais sur toutes les
connaissances humaines.
C’est ce qui fait que, tout en fuyant les systèmes philosophiques, j’aime beaucoup les
philosophes et je me plais infiniment en leur commerce. En effet, du point de vue scientifique,
la philosophie représente l’aspiration éternelle de la raison humaine vers la connaissance de
l’inconnu ; dés lors les philosophes se tiennent toujours dans des questions en controverse et
dans les régions élevées, limites supérieures des sciences. Par là, ils communiquent à la
pensée scientifique un mouvement qui la vivifie et l’ennoblit.
Claude Bernard, introduction à l’étude de la médecine expérimentale

Texte 10.

Dans le sophiste, Socrate déguisé en étranger, définit la philosophie comme une purification
de l’âme par la formation critique, sommet de l’éducation des citoyens : « de la critique, on
doit dire qu’elle est la plus importante des purifications et la plus souveraine, et il faut tenir au
contraire, l’homme qui n’aurait pas été soumis à la critique fut-ce d’aventure le grand Roi,
pour un homme atteint des plus grandes souillures.
La purification ressortit à « l’art du triade », qui sépare le bon du mauvais. Il s’agit de
séparer distinctement des autres moyens de purification celui qui a trait à l’entendement.
« Discerner, en effet la purification qui s’adresse à la pensée et à elle seule ; afin de la
distinguer de toutes les autres », voilà la « puissance purgative » propre à la philosophie.
Manuel de Dieguez, La raison et ses idoles in philosopher. Fayard p. 36.
Domaine II : la vie sociale

Leçon 1 : l’innée et l’acquis

Texte 1.

« Toute culture peut être considérée comme un ensemble de systèmes symboliques au


premier rang desquels se placent le langage, les règles matrimoniales, les rapports
économiques, l’art, la science, la religion. Tous ces systèmes visent à exprimer certains
aspects de la réalité physique et de la réalité sociale, et plus encore, les relations que ces deux
types de réalité entretiennent entre eux et que les systèmes symboliques eux-mêmes
entretiennent les uns avec les autres ».

Introduction à l’œuvre de Marcel Mauss, p. 14.

Texte 2.

Toujours la même ambigüité, mais la même tendance, la même direction de pensée : remonter
au « naturel » en l’humain, penser la coupure de la nature et de la culture, le fondement
« naturel » de la culture. Les phénomènes sociaux doivent être traités comme des phénomènes
spécifiques, mais quand on sera capable de « déterminer, au niveau biologique, les
modifications de structure et de fondement du cerveau », ils ne le seront plus.
Lévi-Strauss affirme, en effet, que la culture est en même temps le résultat naturel et le mode
social d’appréhension de ces modifications, qu’elle crée un milieu intersubjectif qu’on ne peut
plus en suite définir en se référant seulement à l’individu. C’est d’ailleurs pour cette raison
que la culture est un mode « social » d’appréhension.
Nature et Culture sont en continuité semble affirmer l’auteur, et la distinction des deux règnes
ne tient qu’a notre ignorance des processus naturels responsables de l’évolution de la Nature
en Culture. « L’émergence de l’humanité est moins novatrice qu’elle ne combine. Son
originalité réside surtout dans une reprise synthétique d’un certain nombre de choses qui
étaient déjà données. Ce n’est pas une création EX NIHILO ».

Yvan Simonis, Claude Levi-Strauss ou la « Passion de l’inceste » introduction au


structuralisme
Texte 3.

Partout où la règle se manifeste, nous avons avec certitude être à l’étage de la culture.
Symétriquement, il est aisé de reconnaitre dans l’universel le critère de la nature. Car ce qui
est constant chez tous les hommes échappe nécessairement au domaine des coutumes, des
techniques et des institutions par lesquelles leurs groupes se différencient et s’opposent. A
défaut d’analyse réel, le double critère de la norme et de l’universalité apporte le principe
d’une analyse idéal, qui permettre - au moins dans certains cas et dans certains limites d’isoler
les éléments naturels des éléments culturels qui interviennent dans les synthèses de l’ordre
plus complexe. Posons donc que tout ce qui est universel chez l’homme, relève de l’ordre de
la nature et se caractérise par la spontanéité, que tout ce qui est astreint à une norme appartient
à la culture et présente les attributs du relatif et du particulier.

Claude Lévi-Strauss, Les structure élémentaire de la parenté, p. 10.

Leçon 2 : le fait culturel : relativité et universalité des cultures

Texte 4.

En effet, le problème de la diversité ne se pose pas seulement à propos des cultures envisagées
dans leurs rapports réciproques ; il existe aussi au sein de chaque société, dans tous les
groupes qui la constituent : castes, classes, milieux professionnels ou confessionnels, etc.,
développent certaines différences auxquelles chacun d’eux attache une importance. On peu se
demander si cette diversification interne ne tend pas à s’accroitre lorsque la société devient,
sous d’autres rapports, plus volumineuse et plus homogène ; tel fut, être le cas, de l’inde
ancienne, avec son système de castes s’épanouissant à la suite de l’établissement de
l’hégémonie aryenne.
Claude Lévi-Strauss, Race et histoire, p. 16.

Texte 5.
C’est le fait de la diversité qui doit être sauvé, non le contenu historique que chaque époque
lui a donné et qu’aucune ne saurait perpétuer au-delà d’elle-même. Il faut donc écouter le blé
qui lève, encourager les potentialités secrètes, éveiller toutes les vocations à vivre ensemble
que l’histoire tient en réserve ; il faut aussi être prêt à envisager sans surprise, sans
répugnance et sans révolte ce que toute les nouvelles formes sociales d’expression ne pourront
manquer d’offrir d’inusité. La tolérance n’est pas une position contemplative, dispensant les
indulgences à ce qui fut ou à ce qui est. C’est une attitude dynamique, qui consiste à prévoir, à
comprendre et à promouvoir ce qui veut être. La diversité des cultures humaines est derrière
nous, autour de nous et devant nous. La seule exigence que nous puissions faire valoir à son
endroit (créatrice pour chaque individu des devoirs correspondants) est qu’elle se réalise sous
des formes dont chacune soit une contribution à la plus grande générosité des autres.
Claude Lévi-Strauss, Race et histoire Race et culture, Albin Michel et UNESCO, 2001, p.
120.

Leçon 3 : le travail, conceptions, processus, techniques et développement

Texte 6.
Le travail est d’abord un procès qui se passe entre l’homme et la nature, un procès dans lequel
l’homme règle et contrôle son métabolisme avec la nature par la médiation de sa propre
action. Il se présente face à la matière naturelle comme une puissance naturelle lui-même. Il
met en mouvement les forces naturelles de sa personne physique, ses bras et ses jambes, sa
tête et ses mains pour s’approprier la matière naturelle sans une forme utile à sa propre vie.
Mais en agissant sur la nature extérieure et en la modifiant par ce mouvement, il modifie aussi
sa propre nature.
Karl Marx, Le capital, livre I

Texte 7.
L’aliénation du travailleur dans son objet s’exprime, selon les lois de l’économie nationale, de
la manière suivante : plus le travailleur produit, et moins il a des choses à consommer, plus il
crée de valeurs, et plus il devient sans valeur et sans dignité, mieux son produit est formé, et
plus le travailleur est difforme, plus son travail est civilisé, et plus le travailleur est barbare,
plus le travail est devient puissant, et plus le travailleur devient impuissant, plus le travail est
riche d’esprit, et plus le travailleur devient sans esprit et esclave de sa nature.

Karl Marx, Manuscrits économico-philosophiques de 1844.

Texte 8.
Il dit à Adam :
Puisque tu as écouté ta femme et que tu as mangé du fruit de l’arbre dont je t’avais défendu de
manger, le sol est maudit à cause de toi. C’est avec beaucoup de peine que tu en tireras ta
nourriture tout au long de ta vie. Il te produira des épines et des chardons. Et tu mangeras des
produits du sol. Oui tu en tireras ton pain à la sueur de ton front jusqu’à ce que tu retourne au
sol d’où tu as été tiré, car tu es poussière et tu retourneras à la poussière.

(GENESE 3, 17-19).

Leçon 4 : Langage et pensée

Texte 9.
Cependant le langage désigne ces états par les mêmes mots chez tous les hommes ; aussi n'a-t-
il pu fixer que l'aspect objectif et impersonnel de l'amour, de la haine, et des mille sentiments
qui agitent l'âme. Nous jugeons du talent d'un romancier à la puissance avec laquelle il tire du
domaine public, où le langage les avait ainsi fait descendre, des sentiments et des idées
auxquels il essaie de rendre, par une multiplicité de détails qui se juxtaposent, leur primitive et
vivante individualité. Mais de même qu'on pourra intercaler indéfiniment des points entre
deux positions d'un mobile sans jamais combler l'espace parcouru, ainsi, par cela seul que
nous parlons, par cela seul que nous associons des idées les unes aux autres et que ces idées se
juxtaposent au lieu de se pénétrer, nous échouons à traduire entièrement ce que notre âme
ressent : la pensée demeure incommensurable avec le langage.
Bergson, Essai sur les données de la conscience

Texte 10.
Bien que Montaigne et Charon aient dit qu’il y a plus de différence d’homme à homme que
d’homme à bête, il ne s’est toutefois jamais trouvé aucune bête si parfaite, qu’elle est usé de
quelque signe, pour faire entendre à d’autres animaux quelque chose qui n’est point de rapport
à ses passions ; il n’y a point d’homme si imparfait, qu’il en use ; en sorte que ceux qui sont
sourds et muets inventent des signes particuliers, par lesquels ils expriment leurs pensées.
Ce qui me semble un très fort argument pour prouver ce qui fait que les bêtes ne parlent
point comme nous est qu’elles n’ont aucune pensée, et non point que les organes leur
manquent. Et on peut dire qu’elles parlent entre elles, ais que nous ne les entendons pas ; car,
comme les chiens et quelques autres animaux nous expriment leurs passions, ils nous
exprimeraient aussi bien leurs pensées s’ils en avaient.
Descartes, Lettre au marquis de Newcastle, in œuvres et lettres, p. 1256.

Texte 11.
Nous n’avons conscience de nos pensées, nous n’avons conscience des pensées qui sont
déterminées et réelles que lorsque nous leurs donnons la forme objective, que nous les
différencions de notre intériorité, et que par suite nous les marquons de la forme externe, mais
d’une forme qui contient aussi le caractère de l’activité interne la plus haute. C’est le son
articulé, le mot, qui seul nous offre une existence ou l’interne et l’externe sont intimement
unis. Par conséquence, vouloir penser sans les mots, c’est une tentative insensée.

Hegel, Philosophie de l’esprit, traduction de A. Vera p. 914

Texte 12.
Parce qu’on ne peut pas parler toujours, ni de tout, parce que la parole peut faire obstacle à la
communication, parfois ou la vouer au bavardage, parce qu’il faut prendre le temps d’être
vrai, parce qu’il est doux de penser à l’autre en son absence, doit-on le voir le lendemain, de
lui dire la place qu’il occupe dans notre vie, même quand il n’est pas là, dans notre cœur, dans
notre solitude, et ce que la parole ne saura jamais faire puisqu’elle l’abolit. La parole ne nous
rapproche d’autrui bien souvent, qu’en nous séparant de nous-mêmes.
André Comte-Sponville, Impromptus

La communication et ses enjeux


Texte 13.
Une des conquêtes de la linguistique actuelle est d’avoir aperçu et soigneusement distingué,
différentes fonctions du langage : sa fonction de communication interhumaine immédiate,
d’abord. Puis une fonction expressive (ou motivée par quelques auteurs, celle par laquelle le
locuteur manifeste son affectivité, volontairement, à travers ce qu’il dit – grâce au débit, à
l’intonation, au rythme de ce qu’il dit. Puis encore selon certains, une fonction appellative
(conative), distincte de la précédente, celle par laquelle le locuteur cherche à provoquer son
auditeur certaines tonalités affectives sans les partager lui-même (cas du menteur, de
l’hypocrite, de l’acteur ou de l’orateur qui jouent ou parlent « à froid », cas du « chef », etc.).
Puis encore une fonction (c’était la première aperçue depuis les grecs, mais n’est ni première
ni historiquement, sans doute, ni fonctionnement) d’élaboration de la pensée ; puis enfin une
fonction esthétique (ou poétique).
Georges Mounin, Clefs pour la linguistique segher, 1968, pp. 79-80.

Texte 14.
C’est bien pensé et raisonné, Hippias à ce qu’il me semble. Et je puisse aussi te rendre
témoignage que tu dis vrai, et que votre art s’est réellement perfectionné dans la façon de
joindre l’administration des affaires publiques à celle des affaires particulières. En effet, le
fameux Gorgias, sophistes de léontium, est venu ici avec le titre d’envoyé de sa ville, comme
le plus capable de tous les léontins de traiter les affaires d’état. Il s’est fait beaucoup
d’honneur en public par son éloquence ; et dans le cas particulier en donnant des leçons et en
conversant avec les jeunes gens, il a amassé et emporté de grosses sommes d’argent de cette
ville.
Platon, Hippias majeur, p. 4-5

Axe majeur 2 : individu et société

Texte 15.

Il est évident que la cité est du nombre des choses qui sont dans la nature, que l’homme est
naturellement un animal politique, destiné à vivre en société, et que celui qui, par nature et
non par l’effet de quelque circonstance, ne fait partie d’aucune cité, est une créature dégradée
ou supérieure à l’homme. Il mérite comme dit Homère, le reproche sanglant d’être sans
famille, sans lois, sans foyers ; car celui qui a une telle nature est avide de combats et, comme
les oiseaux de proie, incapable de se soumettre à aucun joug.
On voit d’une manière évidente pourquoi l’homme est un animal sociable à un plus haut
degré que les abeilles et tous les animaux qui vivent réunis. La nature, comme nous disons, ne
fait rien en vain. Seul, entre les animaux, l’homme a l’usage de la parole ; la voix est le signe
de la douleur et du plaisir, et c’est pour cela qu’elle a été aussi donnée aux autres animaux.

Aristote, Politique, trad. Thurot, p. 6.

Texte 16.
Les normes sociales regroupent l’ensemble des règles et prescriptions portant sur la façon de
concevoir, de penser, de sentir et d’agir. Ce sont des échelles de référence ou d’évaluation qui
définissent une marge de conduites, d’attitudes et d’opinions permises et répréhensibles.
Les normes sociales contribuent à guider notre comportement. Elles nous apportent ordre,
stabilité et, dés lors prédiction. Véritable lubrifiant social, les normes jouent un rôle
primordial dans le fonctionnement social en réduisant la confusion et l’incertitude. De fait
l’harmonie dans nos interactions dépend directement de la bonne application des normes
sociales. Nous sommes d’ailleurs très sensibles aux contrevenants. Parfois les normes sont
explicitement associées à des punitions ou à des récompenses. Si vous êtes à rouler à 180
km/h sur une route belge, il vous en coûtera plusieurs dizaine de milliers de francs. Si,
toujours en belge, vous vos impôts de manière anticipative, une réduction vous sera consentie.
Les normes n’ont toutefois pas besoin de bâton ou de la carotte pour être suivies de manière
scrupuleuse. Le plus souvent nous sommes intiment convaincus de leur bien-fondé. Si vous
rendez en voiture au Royaume Uni, vous n’hésiterez pas à rouler à gauche même si, par
manque d’habitude, vous éprouverez des difficultés à traduire cette décision dans la pratique.
Certaines normes sont à ce point inscrites dans notre organisation sociale que nous ne
songeons pas un instant à y dérober ou à les mettre en question. Inviter à diner chez des amis,
il va de soi que vous apporterez un cadeau ? On le voit, suivre les normes sociales rend la vie
facile. La vaste majorité des gens qui vous entourent manifestent la même ligne de conduite
que la votre.
Jacques Philippe Leyens et vincentYzerbyt : Psychologie sociale Mardaga. Pp 155-156.

Axe majeur 3 : conscient et inconscient

Texte 17.
Un proverbe met en garde de servir deux maitres à la fois. Le pauvre moi est dans une
situation encore pire, il sert trois maitres sévères, il s’efforce de concilier leurs revendications
et leurs exigences. Ces revendications divergent toujours, paraissent souvent incompatible, il
n’est pas étonnant que le moi échoue si souvent dans sa tache. Les trois despotes sont le
monde extérieur, le surmoi et le ça. Quand on suit les efforts du moi pour les satisfaire tous en
même temps, plus exactement pour leur obéir en même temps, on ne peut regretter d’avoir
personnifié ce moi, de l’avoir présenté comme un être particulier. Il se sent entraver de trois
cotés, menacé par trois sortes de dangers auxquels il réagit, en cas de détresse, par un
développement d’angoisse. […]
Poussé par la ça, entravé par le moi, rejeté par la réalité, le moi lutte pour venir à bout de
sa tache économique, qui consiste à établir l’harmonie parmi les forces et les influences qui
agissent en lui et sur lui, et nous comprenons pourquoi nous ne pouvons très souvent réprimer
l’exclamation : « La vie n’est pas facile ! »Lorsque le moi est contraint de reconnaître sa
faiblesse, il éclate en angoisse, une angoisse réelle devant le monde extérieur, une angoisse de
conscience devant le surmoi, une angoisse névrotique devant la force des passions logées dans
le ça.
Freud, Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, p. 107.

Axe majeur 4 : la liberté

Texte 18.
Telle est cette liberté humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste en cela que les
hommes ont conscience de leurs appétits et ignorent les causes qui les déterminent. Un enfant
croit librement appéter le lait, un jeune garçon irrité vouloir se venger et, s’il est poltron,
vouloir fuir. Un ivrogne croit dire par un libre décret de son âme ce qu’en suite, revenu à la
sobriété, il aurait voulu taire. De même un délirant, un bavard, et bien d’autres de même
farine, croient agir par un libre décret de l’âme et non se laisser contraindre.
Spinoza, Lettre LVIII, in Spinoza, Œuvres, Tome 4, p. 303.

Texte 19.
Il n’y a donc point de liberté sans lois, ni [là] où quelqu’un est au-dessus des lois : dans l’état
même de nature l’homme n’est libre qu’à la faveur de la loi naturelle qui commande tous. Un
peuple libre obéit, mais il ne sert pas : il a des chefs et non pas des maitres ; il obéit aux lois,
mais il n’obéit qu’aux lois et c’est par la force des lois qu’il n’obéit pas aux hommes.
Toutes les barrières qu’on donne dans les Républiques au pouvoir des magistrats ne sont
établies que pour garantir de leurs atteintes l’enceinte sacrée des lois : ils en sont des ministres
non des arbitres, ils doivent les garder non les enfreindre. Un peuple est libre, quelque forme
qu’est son Gouvernement, quand, dans celui qui le gouverne il ne voit point l’homme, mais
l’organe de la loi. En un mot, la liberté suit toujours le sort des lois, elle règne ou périt avec
elles ; je ne sache rien de plus certain.
Rousseau, Lettres écrites de la Montagne

Axe majeur 5 : l’État


Texte 20.
L’État […] est le rationnel en soi et pour soi : cette unité substantielle est un but propre
absolu, immobile dans le quel la liberté obtient sa valeur suprême, et ainsi ce but final a un
droit souverain vis-à-vis des individus, dont le plus haut devoir est d’être membres de l’Etat.
R : Si on confond l’Etat avec la société civile et si on le destine à la sécurité et à la
protection de la propriété et de la liberté personnelles, l’intérêt des individus en tant que tels
est le but suprême en vue duquel ils sont rassemblés et il en résulte qu’il est facultatif d’être
membre d’un État.
Mais sa relation à l’individu lui-même est tout autre ; s’il est l’esprit objectif, alors
l’individu lui-même n’a d’objectivité, de vérité et de moralité que s’il en est un membre.
L’association en tant que telle est elle-même le vrai contenu et le vrai but, et la destination des
individus est de mener une vie collective ; et leur autre satisfaction, leur activité et les
modalités de leur conduite ont cet acte substantiel et universel comme point de départ et
comme résultat.
Hegel, Principes de la philosophie du droit, p. 270, trad. A. Kaan

Texte 21.
Mais l’art va encore plus loin, en imitant cet ouvrage raisonnable, et le plus excellent, de la
nature : l’homme. Car c’est l’art qui crée ce grand LEVIATHAN qu’on appelle REPUBLIQUE ou
ÉTAT (CIVITAS en latin ), lequel n’est qu’un homme artificiel, quoique d’une stature et d’une
force plus grandes que celles de l’homme naturel, pour la défense et protection duquel il a été
conçu ; en lui, la souveraineté est une âme artificielle puisqu’elle donne la vie et le
mouvement à l’ensemble du corps ; les magistrats et les fonctionnaires préposés aux taches
judiciaires et exécutive sont les articulations artificielles ; la récompense ou le châtiment qui,
attachés au siège de la souveraineté, meuvent chaque articulation et chaque membre en vue de
l’accomplissement de sa tache, sont les nerfs, car ceux-ci jouent le même rôle dans le corps
naturel ; la prospérité et la richesse de tous les membres particuliers sont la force ; la
sauvegarde du peuple ( salus populi), est son occupation ; les conseillers qui proposent à son
attention toutes les choses qu’il lui faut connaitre, sont sa mémoire ; l’équité et les lois lui sont
une raison et une volonté artificielles ; la concorde est sa santé, les troubles civils sa maladie,
et la guerre civile sa mort. Enfin les pactes et conventions par lesquels les parties de ce corps
politique ont été produites, assemblées et unifiées ressemblent au Fiat ou au Faisons l’homme
que prononça Dieu lors de la création.
Hobbes, Léviathan, coll. « philosophie politique, p. 5.
Domaine III – épistémologie

Texte 1.

Notre connaissance dérive de deux sources, dont la première est la capacité de recevoir des
représentations (la réceptivité des impressions), et la seconde, la faculté de connaitre un objet
au moyen de ces représentations (la spontanéité des concepts). Par la première, un objet nous
est donnée ; par la seconde, il est pensé dans son rapport à cette à cette représentation
(considérée comme simple détermination de l’esprit).

Intuition et concepts, tels sont donc les éléments de toute notre connaissance, de telle sorte
que ni les concepts sans une intuition qui leur corresponde de quelque manière, ni l’intuition
sans les concepts ne peuvent fournir une connaissance. […]

Sans la sensibilité, nul objet ne nous serait donné ; sans l’entendement, nul ne serait pensé.
Des pensées sans matière sont vides ; des intuitions sans concepts sont aveugles.

Kant, Critique de la raison pure, p. 110, Germer Baillière

Texte 2.

Croyez-vous que les sciences auraient pu jamais se développer et grandir, si elles n’avaient eu
pour avant-garde les magiciens, les alchimistes, les astrologues et les sorcières dont les
promesses et les mirages devaient d’abord susciter la soif, la faim, l’agréable avant-gout des
puissances cachées et interdites ? Ne croyez-vous pas qu’il a fallu que fut promis infiniment
plus qu’il ne pouvait jamais être accompli, pour que seulement quelque chose put s’accomplir
dans le domaine de la connaissance ?

Bachelard, La formation de l’esprit scientifique, Vrin, 1983.

Texte 3.
Déjà l’observation a besoin d’un corps de précautions qui conduisent à réfléchir avant de
regarder, qui forment du moins la première vision, de sorte que ce n’est jamais la première
observation qui est la bonne. L’observation scientifique est toujours polémique, elle confirme
ou infirme une thèse antérieure, un schéma préalable, un plan d’observation ; elle montre en
démontrant ; elle hiérarchise les apparences ; elle transcende l’immédiat ; elle reconstruit le
réel après avoir reconstruit ses schémas.
Naturellement, dés qu’on passe de l’observation à l’expérimentation, le caractère
polémique de la connaissance devient plus net encore. Alors il faut que le phénomène soit trié,
filtré, épuré, coulé dans le moule des instruments, produit sur le plan des instruments. Or les
instruments ne sont que des théories matérialisées. Il en sort des phénomènes qui portent de
parts la marque théorique.
Gaston Bachelard, Le nouvel esprit scientifique, p. 16.

Texte 4.

On remarque enfin que, seules, toutes les choses où étudie l’ordre et la mesure se rattachent à
la mathématique, sans qu’il importe que cette mesure soit cherchée dans des nombres, des
figures, des astres, des sons, ou quelque autre objet.
On remarque ainsi qu’il doit y avoir quelque science générale expliquant tout ce qu’on
peut chercher touchant l’ordre et la mesure sans application à une matière particulière, et que
cette science est appelée, non pas d’un nom étranger, mais d’un nom déjà ancien et reçu par
l’usage, mathématique universelle, parce qu’il renferme tout ce pourquoi les autres sciences
sont dites des parties de la mathématique .
Ce qui fait voir combien il l’emporte en utilité et en facilité sur les autres sciences qui en
dépendent, c’est qu’elle s’applique à toutes les mêmes choses qu’elles et en plus à beaucoup
d’autres ; et que toutes les difficultés qu’elle renferme se retrouve aussi dans ces autres
sciences, accompagnées en outre de bien d’autres difficultés, qui proviennent de leurs objets
particuliers, et qu’elle ne possède pas pour sa part.
Descartes, Règles pour la direction de l’esprit, in œuvres et lettres, p. 50.

Texte 5.

En résumé, science d’où prévoyance ; prévoyance d’où action : telle est la formule très simple
qui exprime, d’une manière exacte, la relation générale de la science et de l’art, en prenant ces
deux expressions dans leur acception totale.
Mais, malgré l’importance capitale de cette relation qui ne doit jamais être méconnue, ce
serait se former des sciences une idée bien imparfaite que de les concevoir seulement comme
les bases des arts, et c’est à quoi malheureusement on n’est que trop enclins de nos jours.
Quelques soient les immenses services rendus à l’industrie par les théories scientifiques –
quoique suivant l’énergique expression de Bacon, la puissance soit nécessairement
proportionnée à la connaissance -, nous ne devons pas oublier que les sciences ont, avant tout,
une destination plus directe et plus élevée, celle de satisfaire au besoin fondamental
qu’éprouve notre intelligence de connaitre les lois des phénomènes.
Auguste Comte, Cours de philosophie positive, p. 99.

Texte 6.

Si la vérité consiste dans l’accord d’une connaissance avec son objet, il faut par là même, que
cette objet soit distingué des autres, car une connaissance est fausse quand elle ne concorde
pas avec l’objet auquel on la rapporte, alors même qu’elle renfermerait des choses valables
pour d’autres objets. Or un critère universel de la vérité serait celui qu’on pourrait appliquer à
toutes les connaissances sans distinction de leurs objets. Mais il est clair – puisqu’on fait
abstraction en lui de tout le contenu de la connaissance (rapport à son objet) et que la vérité
vise précisément ce contenu – qu’il est tout à fait impossible et absurde de demander un
caractère de la vérité de ce contenu des connaissances, et que, par conséquent, une marque
suffisante et en même temps universelle de la vérité ne peut être donnée. Comme nous avons
déjà appelé plus haut le contenu d’une connaissance sa matière, on devra dire qu’on ne peut
désirer aucun critère universel de la vérité de la connaissance quant à sa matière, parce que
c’est contradictoire en soi.

Kant, Critique de la raison pure, pp. 80-81.

Texte 7.

La connaissance et la connaissance scientifique tout particulièrement, progresse grâce à


des anticipations non justifiées (et impossibles à justifier), elle devine, elle essaie des
solutions, elle forme des conjectures. Celles-ci sont soumises au contrôle de la critique, c’est-
à-dire à des tentatives de réfutations qui comportent des tests d’une capacité critique élevée.
Elles peuvent survivre à ces tests mais ne sauraient être justifiées de manière positive : il n’est
pas possible d’établir avec certitude qu’elles sont vraies, ni même qu’elles sont « probables »
[…]
La critique de nos conjectures est déterminante : en faisant apparaitre nos erreurs, elle nous
fait comprendre les difficultés inhérentes au problème que nous tentons de résoudre. C’est
ainsi que nous acquérons une meilleure connaissance de ce problème et qu’il nous devient
possible de proposer des solutions plus concertées : la réfutation d’une théorie – c’est-à-dire
de toute tentative sérieuse afin de résoudre le problème posé – constitue toujours à elle seule
un progrès qui nous fait approcher de la vérité. Et c’est en ce sens que nos erreurs peuvent être
instructives.
Karl Popper, conjectures et réfutations, p. 9
Texte 8.

Si j’ai parlé du développement de la logique – et non de son introduction – comme apport


de la mathématique à la négritude, ce qu’il m’apparait que la logique est indépendante des
structures linguistiques qui, elles, changent souvent d’un peuple à un autre. La logique est
présente partout sous la même forme ; elle est seulement plus ou moins accentuée, plus ou
moins rayonnante suivant que la langue qui la supporte est écrite ou non. Il n’y a pas de
logique « noire », il y a simplement la logique, et elle est mathématique. Son épanouissement,
lié à celui de la mathématique, est donc plus ou moins sensible chez les peuples selon que
ceux-ci possèdent ou non une langue transcrite.
Les modes de raisonnement peuvent certes varier – et c’est heureux – mais les chainons
qui conduisent des prémisses aux conclusions, pour divers qu’ils soient, assurent toujours la
cohérence de la logique en tant qu’éléments moteurs de celle-ci. Tout système formel est
logique dés lors qu’il établit la validité d’un raisonnement.
Cela étant, la mathématique, grâce à la logique, va considérablement enrichir la négritude,
non pas en y introduisant une notion nouvelle, mais en y développant une valeur
anormalement atrophiée par l’absence d’une transcription linguistique.
Souleymane Niang, Extrait de « Négritude et Mathématique » in Présence africaine, p. 43

Texte 9.

Il importe de saisir ici les conditions d’émergence des savoirs à l’instant même de leur
constitution par la séparation du monde de la vie et du monde de la science. Plus précisément,
il faut prendre acte des enjeux d’existence liés au passage à la science dans un système de
pensée où, selon le mot de Schiller, « l’espace de newton est le vide du cœur ». En effet, dés
lors que la science oublie qu’elle est d’abord inquiétude et connaissance, souci de l’infini,
c’est-à-dire qu’elle est profondément enracinée dans le monde la vie et de ses interrogations,
la démarche quantitative corrélative au développement de la science enferme l’homme dans
sa subjectivité en le coupant des choses mêmes. Dés le XVIIe siècle, la réussite de la nouvelle
science, incarnée par les principes mathématiques de philosophie naturelle de Newton (1687),
conduit à oublier la visée spéculative ancrée dans le monde de la vie au profit d’un régime ou
d’une structure de pensée dans laquelle, pour reprendre les termes d’Alexandre Koyré, « il n’y
a plus de place pour l’homme ».

Jean-Marc ELA, Les cultures africaines dans le champ de la rationalité scientifique, livre II,
p. 10.

Texte 10.

La thèse liminaire de ce livre est que la promesse de la technique s’est inversée en menace,
ou bien que celle-ci est indissolublement liée à celle-là. Elle va au-delà du constat d’une
menace physique. La soumission de la nature destinée au bonheur humain a entrainé par la
démesure de son succès, qui s’étend maintenant également à la nature de l’homme lui-même,
le plus grand défi pour l’être humain que son faire ait jamais entrainé. Tout en lui est inédit,
sans comparaison possible avec ce qui précède […].
Toute sagesse héritée, relative au comportement juste, était taillée en vue de cette
expérience. Nulle éthique traditionnelle ne nous instruit donc sur les normes du « bien » et du
« mal » auxquelles doivent être soumises les modalités entièrement nouvelles du pouvoir et de
ses créations possibles. La terre nouvelle de la pratique collective, dans laquelle nous sommes
entrés avec la technologie de pointe, est encore une terre vierge de la théorie éthique.
Dans ce vide (qui est en temps le vide de l’actuel relativisme des valeurs) s’établit la
recherche présentée ici. Qu’est-ce qui peut servir de boussole ?
Hans Jonas, Le principe responsabilité, pp. 13, 30.
Domaine IV : esthétique

Texte 1 :

Dans la vie courante, on a coutume il est vrai, de parler d’un belles couleurs, d’un beau ciel,
d’un beau torrent, et encore de belles fleurs, de beaux animaux et même de beaux hommes.
Nous ne voulons ici nous embarquer dans la question de savoir dans quelle mesure la qualité
du beau peut-être attribuée légitimement à de tels objets et si, en général, le beau naturel peut
être mis en parallèle avec le beau artistique. Mais il est permis de soutenir dés maintenant que
le beau artistique est plus élevé que le beau de la nature. Car le beau artistique est la beauté
née et comme deux fois née de l’esprit. Or, autant l’esprit et ses créations sont plus élevés que
la nature et ses manifestations, autant le beau artistique est lui aussi plus élevé que le beau de
la nature.

Hegel, Cours d’Esthétique, trad. V Jankélévitch, Aubier

Texte 2 :

L’activité du génie ne parait pas le moins du monde quelque chose de foncièrement différent
de l’activité de l’inventeur en mécanique, du savant astronome ou historien, du maitre en
tactique. Toutes ces activités s’expliquent si l’on se représente des hommes dont la pensée est
active dans une direction unique, qui utilisent tout comme matière première, qui ne cessent
d’observer diligemment leur vie intérieure et celle d’autrui, qui ne se lassent pas de combiner
leurs moyens. Le génie ne fait rien que d’apprendre d’abord à poser des pierres, ensuite à
bâtir, que de chercher toujours des matériaux et de travailler toujours à y mettre la forme.
Toute activité de l’homme est compliquée à miracle, non pas seulement celle du génie ; mais
aucune n’est un « miracle ».

Nietzsche, Humain, Trop humain, p. 198.

Texte 3.

Il est facile maintenant de comprendre ce qui suit :


1-le génie est le talent de produire ce dont on ne peut donner de règle déterminée, et non
pas l’habileté qu’on peut montrer en faisant ce qu’on peut apprendre suivant une règle ; par
conséquent, l’originalité est sa première qualité.

2-Comme il peut y avoir des extravagances originales, ces productions doivent être
exemplaires et, par conséquent, originales elles-mêmes ; elles doivent pouvoir être proposées
à l’imitation, c’est-à-dire servir de mesure ou de règle d’appréciation.

3-il ne peut lui-même décrire ou montrer scientifiquement comment il accomplit ses


productions, mais il donne la règle par une inspiration de la nature et ainsi l’auteur d’une
production, en tant que redevable à son génie, ne sait pas lui-même comment les idées s’en
trouvent en lui ; il n’est pas en son pouvoir d’en former de semblables à son gré et
méthodiquement, et de communiquer aux autres des préceptes qui les mettent en état
d’accomplir de semblables productions. (C’est pour cela sans doute que le mot génie a été tiré
du mot genius, qui signifie l’esprit particulier qui a été donné à un homme à sa naissance, qui
le protège, le dirige et lui inspire des idées originales.)

Kant, Critique de la faculté de juger, trad. Alexis Philonenko, p. 205, Vrin, 1993.

Texte 4.

« Quel but l’homme poursuit-il en imitant la nature ? Celui de s’éprouver lui-même, de


montrer son habileté et de se réjouir d’avoir fabriqué quelque chose ayant une apparence
naturelle. […]. Mais cette joie et cette admiration de soi-même ne tardent pas à tourner en
ennui et mécontentement, et cela d’autant plus vite et plus facilement que l’imitation reproduit
fidèlement le modèle naturel. Il y a des portraits dont on a dit assez spirituellement qu’ils sont
ressemblants jusqu’à la nausée. D’une façon générale, la joie que produit une imitation réussie
ne peut être qu’une joie relative, car dans l’imitation de la nature, le contenu, la matière sont
des données qu’on a que peine d’utiliser. L’homme devrait éprouver une joie plus grande en
produisant quelque chose qui soit bien de lui, quelque chose qui lui soit particulier et dont il
puisse dire qu’il est sien. Tout outil technique, un navire par exemple ou, plus
particulièrement, un instrument scientifique doit lui procurer plus de joie, parce que c’est sa
propre œuvre, et non une imitation ; le plus mauvais outil technique a plus de valeur à ses
yeux ; il peut être fier d’avoir inventé le marteau, le clou parce que ce sont des inventions
originales, et non imitées ; l’homme montre mieux son habileté dans des productions
surgissant de l’esprit qu’en imitant la nature.
Hegel, Cours d’esthétique, Introduction, III, 3, La finalité de l’art, pp. 60-79, traduction de
Jean-Pierre Lefebvre et de veronika Von Schenck

Texte 5.

Ce qui est essentiel dans l’art, c’est parachève l’existence, c’est qu’il est générateur de
perfection et de plénitude ; l’art est essentiellement l’affirmation, la bénédiction, la divination
de l’existence…
Quel est le sens d’un art pessimiste ? ... N’y a-t-il pas là une contradiction ? Certainement.
Schopenhauer se trompe lorsqu’il place certaines parties de l’art au service du pessimisme. La
tragédie n’enseigne pas la « résignation »… Pour l’artiste, représenter les choses terribles et
problématiques, c’est déjà un signe qu’il possède l’instinct de puissance et de souveraineté : il
ne craint pas ces choses…Il n’y pas d’art pessimiste…l’art affirme.
Nietzsche, La volonté de puissance, p. 159, éd. Mercure de France

Texte 6.

C’est d’une manière mystérieuse, énigmatique, mystique, que l’œuvre d’art véritable nait « de
l’artiste ». Détachée de lui, il prend une vie autonome, devient une personnalité, un sujet
indépendant, animé d’un souffle spirituel, qui mène également une vie matérielle réelle - un
être. Ce n’est donc pas une apparition indifférente et née par hasard et qui séjournerait,
également indifférente, dans la vie spirituelle ; au contraire, comme tout être elle possède des
forces actives et créatrices. […]
La peinture est un art et l’art dans son ensemble n’est pas une vaine création d’objets qui
se perdent dans le vide, mais une puissance qui a un but et doit servir à l’évolution et à
l’affinement de l’âme humaine […]. Il est le langage qui parle à l’âme, dans la forme qui lui
est propre, de choses qui sont le pain quotidien de l’âme et qu’elle ne peut recevoir que sous
cette forme.
Si l’âme se dérobe devant cette tâche, ce vide ne pourra être comblé, car il n’existe pas
d’autre puissance qui puisse remplacer l’art. Et toujours aux moments où l’âme humaine a une
vie spirituelle plus forte, l’art revit car l’âme et l’art agissent réciproquement l’un sur l’autre
et se perfectionnent mutuellement. […]
L’artiste doit avoir quelque chose à dire, car sa tâche ne consiste pas à maitriser la forme,
mais à adapter cette forme au contenu.
Vassily Kandinsky, Du spirituel dans l’art, et dans la peinture en
particulier, Gallimard, coll. Folio Essais, pp. 197, 200, 201.
Texte 7.
Imiter est en effet, dés leur enfance, une tendance naturelle aux hommes – et ils se
différencient des autres animaux en ce qu’ils sont êtres fort enclins à imiter et qu’ils
commencent à apprendre à travers l’imitation - comme la tendance commune à tous, de
prendre plaisir aux représentations ;
La preuve en est ce qui se passent dans les faits : nous prenons plaisir à contempler les
images les plus exactes de choses dont la vue nous est pénible dans la réalité, comme les
formes d’animaux les plus méprisés et des cadavres.
Une autre raison est qu’apprendre est un grand plaisir non seulement pour les philosophes,
mais pareillement aussi pour les autres hommes – quoique les points communs entre eux
soient peu nombreux à ce sujet. On se plaît en effet à regarder les images car leur
contemplation apporte un enseignement et permet de se rendre compte de ce qu’est chaque
chose, par exemple que ce portrait là, c’est un tel ; car si l’on se trouve ne pas l’avoir vu
auparavant, ce n’est pas en tant que représentation que ce portrait procurera plaisir, mais en
raison du fini dans l’exécution, de la couleur ou d’autre chose de ce genre.
Aristote, Poétique, chap. IV, p. 88, Le livre de poche, 1990.

Texte 8.

(…) Il faut comparer le choix moral avec la création d’une œuvre d’art. (…) A-t-on jamais
reproché à un artiste qui fait un tableau de ne pas s’inspirer des règles établies a priori ? A-t-
on jamais dit quel tableau qu’il doit faire ? Il est bien entendu qu’il n’y a pas de tableau défini
à faire, que l’artiste s’engage dans la construction de son tableau, et que le tableau à faire est
c’est précisément le tableau qu’il aura fait ; il est bien entendu qu’il n’y pas de valeurs
esthétiques a priori, mais qu’il y a des valeurs qui se voient ensuite dans la cohérence du
tableau, dans les rapports qu’il y a entre la volonté de création et le résultat. Personne ne peut
dire ce que sera la peinture qu’une fois faite. Quel rapport cela a-t-il avec la morale ? Nous
sommes dans la même situation créatrice. Nous ne parlons jamais de la gratuité d’une œuvre
d’art. Quand nous parlons d’une toile de Piscasso, nous ne disons jamais qu’elle est gratuite
(…).
(…) Ce qu’il y a de commun entre l’art et la morale, c’est que dans les deux cas, nous
avons créations et invention.
J. P Sartre, L’existentialisme est un humanisme, Nagel, p. 75 – 77
Texte 9.
L’art africain est expression de la vie sociale africaine ; ses fonctions et significations, ses
préoccupations sont multiples.
Fonction magico-religieuse : cette fonction a été particulièrement analysée par les historiens
de l’art et les ethno-esthéticiens. Elle suppose que les africains croient que l’art, en particulier,
peut permettre de combler le fossé séparant le réel et l’irréel. Ce qui signifierait que l’art
africain ne serait intelligible qu’en référence à des systèmes philosophico-religieux qui
établissent des correspondances entre les êtres, les forces, les esprits, les divinités et
permettent de comprendre leur interaction et leur hiérarchie : ainsi, l’homme pourra agir sur
eux grâce à ses créations (les objets d’art, en particulier)…
Fonction thérapeutique : les œuvres d’arts, dans les cérémonies et les pratiques sociales,
peuvent contribuer à sauvegarder, à maintenir ou à rétablir l’équilibre psychologique des
individus d’une communauté, à relâcher une tension intérieure, à libérer ou à dominer les
passions destructrices ou à réinsérer un individu dans le groupe…l’art exerce ainsi une
fonction positive de délivrance et d’immunisation morale.
Fonction pédagogique : l’accumulation et la transmission des connaissances par les anciens,
les classes d’âges et les sociétés secrètes s’effectuent grâce aux objets rituels, aux
masques,…Cette dimension de l’art est encore manifeste dans l’éducation traditionnelle et
dans les différentes phases de l’initiation, et en particulier lors de la circoncision et de
l’excision.
Fonction politique : les œuvres d’art peuvent exprimer la hiérarchie sociale, représenter
symboliquement le pouvoir : les coutumes et les armes, les sceptres et les instruments de
musique, les sièges et les trônes, …sont des symboles du pouvoir politique. Chaque famille
comme chaque dynastie conservent au secret les sources de leur pouvoir, les objets de culte,
les statues et les masques. Des griots, des générations de griots sont attachés à une famille
royale dont ils magnifient les exploits guerriers.
Fonction sociale : les œuvres d’art, masques et musique et danse en particulier, sont des
moyens de divertissement des individus mais traduisent également l’organisation sociale des
hommes, évoquent les relations entre les hommes : elles maintiennent ainsi la cohésion du
groupe, le sentiment de réciprocité, de solidarité et de parenté entre tous les individus, enfin,
elles conservent et transmettent les traditions, les coutumes, les croyances et les valeurs, …
Fonction commémorative : l’art traditionnel est également un art de cour, représentant les
événements politiques, guerriers, sociaux, les figures des chefs et des rois,…Les produits de
cet art sont des témoins historiques et des témoignages ; le griot est non seulement notre
historien qui, à l’occasion des fêtes et des cérémonies ressuscite le passé, mais aussi le gardien
de la tradition et des valeurs sociales.
Fonction esthétique : est généralement reconnu que l’art africain n’est pas essentiellement et
nécessairement recherche du beau. L’artiste africain ignorerait toute préoccupation esthétique.
Ce pendant, le souci du beau ne semble pas absolument étranger aux artistes africains.
Fonction de communication : l’œuvre d’art est un moyen de transmission des connaissances et
de communications entre les individus. Les tambours et les tabalas royaux, les cornes et les
flutes, les tams-tams permettent de transmettre à distances, de village à village, les messages
et les nouvelles. Plus essentiellement, l’art musique et danse notamment permet un dialogue
vivant entre les différents membres d’un groupe. Dans les sociétés secrètes et parfois lors de
l’initiation, l’art est souvent le seul moyen de communiquer avec autrui.

Abdou SYLLA, Création et imitation dans l’art africain.

Texte 10.
« Qu’est-ce que l’artiste ? C’est un homme qui voit mieux que les autres, car il regarde la
réalité nue et sans voiles. Voir avec des yeux de peintre, c’est voir mieux que le commun des
mortels. Lorsque nous regardons un objet, d’habitude, nous le voyons pas ; parce que ce que
nous voyons, ce sont des conventions interposées entre l’objet et nous ; ce que nous voyons,
ce sont des signes conventionnels qui nous permettent de reconnaitre l’objet et de le
distinguer pratiquement de l’autre, pour la commodité de la vie. Mais celui qui mettra le feu à
toutes ces conventions, celui qui méprisera l’usage pratique et les commodités de la vie et
s’efforcera de voir directement la réalité même, sans rien interposer entre elle et lui, celui-là
sera un artiste. »
Bergson

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