LA PRÉVENTION DES CONFLITS
D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE
Guide pratique
- novembre 2021 -
AVANT-PROPOS
L a convention des Nations Unies contre la corruption du 31 octobre
2003, dite de « Merida », rappelle l’importance pour chaque État
partie d’adopter des mesures impliquant le secteur privé afin de
prévenir le phénomène corruptif, parmi lesquelles, « la promotion de
l’élaboration de normes et procédures visant à préserver l’intégrité des
entités privées concernées, y compris de codes de conduite pour que
les entreprises et toutes les professions concernées exercent leurs
activités de manière correcte, honorable et adéquate, pour prévenir
les conflits d’intérêts […] »1.
À cet égard, les activités d’appui et de contrôle de l’Agence française
anticorruption (AFA) mettent en exergue le besoin de sensibiliser les
instances dirigeantes2 des entreprises (entreprises publiques et privées,
établissements publics industriels et commerciaux, ci-après dans le Guide
« les organisations »), qu’elles soient assujetties ou non aux obligations
prévues au II de l’article 17 de la loi Sapin 23, à la nécessité de maîtriser les
liens d’intérêts qui, s’ils sont inhérents à la vie de toute organisation,
peuvent entrer en conflit et favoriser la commission d’infractions relevant
du champ de compétence de l’Agence4.
À ce titre, le guide traite des conflits d’intérêts sous l’angle du risque de
corruption5. Aussi n’y sont, par exemple, pas abordés les conflits d’intérêts
relatifs à la protection de la clientèle et des investisseurs dont la prévention
et la gestion sont déjà prévues par des dispositions législatives et
règlementaires spécifiques tant à l’échelon européen qu’à l’échelon
national.
La prévention et la gestion des risques de corruption impliquent pour une
organisation d’identifier les situations susceptibles de l’exposer à des
conséquences juridiques, humaines, économiques et financières
préjudiciables. Dans ce contexte, l’exercice de la cartographie constitue,
comme le soulignent les recommandations de l’AFA, la pierre angulaire de
tout dispositif anticorruption et doit porter une attention particulière aux
AGENCE FRANÇAISE ANTICORRUPTION
risques résultant des « liens d’intérêts » des dirigeants et collaborateurs6 de
l’organisation. Cette vigilance doit la conduire, en fonction des risques
identifiés, à définir une procédure de gestion des conflits d’intérêts, à
laquelle son code de conduite anticorruption peut utilement renvoyer7.
Différentes mesures de prévention et de détection des situations à risques
peuvent être mises en œuvre afin de se prémunir des conséquences
négatives de potentiels conflits d’intérêts, dont les premières victimes sont
LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE 3
les organisations. En cas de conflit d’intérêts avéré, il est recommandé de
mettre en œuvre des mesures de remédiation proportionnées à la gravité
du risque induit par la situation en cause. Ces mesures doivent tenir compte
du respect des droits fondamentaux des personnes visées, notamment du
droit au respect de la vie privée. Pragmatique, ce guide vise à accompagner
les organisations, leurs administrateurs, leurs dirigeants et collaborateurs,
ainsi que les professionnels de la conformité dans l’appréhension de la
problématique des conflits d’intérêts au regard du risque de corruption (I),
dans l’identification des situations à risques (II) et dans la définition de
mesures permettant de les prévenir et de les gérer (III).
À l’instar des recommandations de l’AFA sur lesquelles il s’appuie, le présent
guide ne revêt aucun caractère contraignant et ne crée pas d’obligation
juridique.
Charles DUCHAINE
Directeur de l’Agence Française Anticorruption
AGENCE FRANÇAISE ANTICORRUPTION
1
UNODC, Convention des Nations Unies contre la corruption, 31 octobre 2003, article 12
2
AFA, Recommandations du 12 janvier 2021, JORF, §93 à §95, p. 13 et 14
3
Loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie
économique, dite « Sapin 2 »
4
Tel qu’il est défini dans les Recommandations de l’AFA du 12 janvier 2021, JORF, §2, p. 3.
5
Dans la suite de ce guide, le terme général de « corruption », couvre l’ensemble des atteintes à la probité telles qu’elles sont
définies dans les Recommandations de l’Agence du 12 janvier 2021 (§2 et §3). Le guide traite également de certaines infractions qui
en constituent souvent les prémices (abus de bien social, abus de confiance, etc.) ou les conséquences (recel, blanchiment)
conformément au §88 des mêmes recommandations.
6
Dans le cadre de ce guide, le terme de « collaborateur » recouvre les catégories suivantes: les salariés, agents publics employés
dans des services publics industriels et commerciaux, apprentis, stagiaires, et collaborateurs occasionnels.
7
AFA, Recommandations du 12 janvier 2021, JORF, §173, p. 25
4 LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE
SOMMAIRE
I. Appréhender les conflits d’intérêts....................................................6
1. Définition du conflit d’intérêts au regard du risque de corruption...........7
2. Pourquoi prévenir et gérer les conflits d’intérêts dans le cadre
d’un programme de conformité anticorruption ?.........................................10
II. Identifier les situations de conflit d’intérêts.............................16
1. Cartographier les situations à risques..........................................................17
2. Exemples de situations à risques..................................................................19
III. Prévenir et gérer les conflits d’intérêts.......................................23
1. Exemples de mesures définies par le législateur........................................24
2. Définir et formaliser une politique intégrée aux processus....................26
3. Détecter les situations de conflits d’intérêts............................................29
4. Adopter des mesures de remédiation adaptées.......................................32
5. Sanctionner les manquements résultant de situations de conflit d’intérêts.....33
I
APPRÉHENDER LES CONFLITS
D’INTÉRÊTS AU REGARD
DU RISQUE DE CORRUPTION
1. DÉFINITION DES CONFLITS
D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE
Ni la loi ni la jurisprudence ne définissent le conflit d’intérêts dans le secteur
privé. Les seules définitions juridiques existantes concernent le secteur public.
La loi n° 2013-907 du 11 octobre 2013 relative à la transparence de la vie
publique définit le conflit d’intérêts comme « toute situation d’interférence
entre un intérêt public et des intérêts publics ou privés qui est de nature à
influencer ou paraître influencer l’exercice indépendant, impartial et objectif
d’une fonction » (article 2, I°).
À l’identique, l’Organisation de coopération et de développement économique
(OCDE) précise qu’un conflit d’intérêts « implique un conflit entre la mission
publique et les intérêts privés d’un agent public, dans lequel l’agent public
possède à titre privé des intérêts qui pourraient influencer indûment la façon
dont il s’acquitte de ses obligations et de ses responsabilités »8.
Dans le secteur public, d’où procède historiquement la notion, les conflits
d’intérêts sont associés au devoir de probité des agents qui doivent faire
prévaloir l’intérêt public sur leurs intérêts personnels afin d’exercer leur
fonction avec indépendance, impartialité, objectivité9.
En revanche, aucun texte juridique ne définit le conflit entre intérêts privés10.
Or, les conflits d’intérêts entre personnes privées étant tout aussi susceptibles
d’exposer à un risque de corruption l’activité d’une organisation, il convient
de ne pas restreindre l’approche aux seules relations faisant intervenir des
intérêts publics.
L’existence d’un intérêt personnel...
Il est dès lors pertinent de considérer que constitue un conflit d’intérêts
toute situation d’interférence entre la fonction exercée au sein d’une
organisation et un intérêt personnel, de sorte que cette interférence influe
ou paraisse influer l’exercice indépendant, impartial et objectif de la
fonction pour le compte de cette organisation.
ENCADRÉ N° 1 - EXEMPLES DE CONFLITS D’INTÉRÊTS
→ Constitue un conflit d’intérêts le fait, pour un individu chargé de
pourvoir un poste de travail au sein d’une organisation, d’avoir un lien
personnel (de parenté, par exemple, auquel cas on parlera de risque de
« népotisme ») avec un candidat à ce poste.
→ Constitue un conflit d’intérêts le fait, pour un administrateur, un
dirigeant ou un collaborateur de l’organisation, d’intervenir ou d’agir pour
AGENCE FRANÇAISE ANTICORRUPTION
qu’elle fasse l’acquisition de biens ou services fournis par une entité tierce
au sein de laquelle l’un de ses proches exerce des responsabilités
susceptibles d’influencer le déroulement du contrat en cause.
8
OCDE, Recommandations du Conseil sur les lignes directrices pour la gestion des conflits d’intérêts dans le service public du
28 mai 2003, p. 4
9
HATVP, Guide déontologique II du 1er février 2021, p. 17
10
Des définitions ont toutefois été proposées par différents organismes dans le cadre de leurs productions et travaux respectifs
(Service central de prévention de la corruption, Rapport 2010, p. 203, Transparency international, Guide pratique des conflits
d’intérêts en entreprise du 5 mai 2018, p. 6, réponse à la question n° 700 par l’Institut français des administrateurs.)
LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE 7
Chaque individu est lié par différents intérêts de nature très hétérogène,
économiques, politiques, syndicaux, associatifs, familiaux, amicaux, etc.
L’intérêt peut être direct ou indirect, c’est-à-dire concerner l’individu ou
l’un de ses proches11. Ainsi, la temporalité constitue également un critère
d’appréciation du conflit d’intérêts, l’intérêt pouvant être présent, passé
ou futur.
ENCADRÉ N° 2 - EXEMPLES DE LIENS PASSÉS
→ Les mandataires judiciaires ne peuvent exercer leurs fonctions
auprès d’une personne physique ou morale dont ils ont perçu,
directement ou indirectement, au cours des cinq dernières années
une rétribution ou un paiement (article L. 812-2 du Code de commerce).
→ Les commissaires aux comptes ne peuvent exercer de fonctions
de direction ou d’administration des personnes ou entités qu’ils ont
contrôlées moins de trois ans avant la cessation de leurs fonctions
(article L.822-12 du Code de commerce).
…dont l’interférence avec la fonction exercée au sein de l’organisation…
L’existence d’intérêts personnels n’est pas incompatible, en tant que telle,
avec la recherche de l’intérêt de l’organisation. Ce n’est qu’en cas
d’interférence, avérée ou apparente, entre ces intérêts que naissent le
conflit d’intérêts et le risque pour la personne concernée de faire prévaloir
ses intérêts personnels sur celui de l’organisation.
ENCADRÉ N° 3 - DÉFINITIONS
→ Un conflit d’intérêts est avéré lorsqu’un collaborateur, un
dirigeant ou un administrateur, se trouve dans une situation dans
laquelle son intérêt personnel interfère avec celui de l’organisation
qui l’emploie ou pour laquelle il exerce un mandat. À noter que
l’apparence de conflit d’intérêts est suffisante pour en caractériser
l’existence dans la mesure où il n’appartient pas à la personne
concernée d’apprécier sa capacité à juger de façon impartiale,
objective et indépendante une situation la concernant12.
→ Le conflit d’intérêts est potentiel si le collaborateur, le dirigeant
ou l’administrateur est susceptible de se retrouver, par son action ou
celle d’un tiers, dans la situation décrite précédemment en raison de
ses liens d’intérêts.
Exemple : constitue un conflit d’intérêts potentiel, le fait pour un
AGENCE FRANÇAISE ANTICORRUPTION
dirigeant ou un collaborateur de la fonction achat d’une organisation,
d’avoir un lien d’intérêts personnel avec le responsable commercial
d’une entreprise susceptible de répondre à un appel d’offres lancé
par l’organisation. Ce conflit d’intérêts devient avéré lorsque
l’entreprise décide de répondre à l’appel d’offres.
11
La notion de « proches » peut faire l’objet d’acceptions variables, selon la législation applicable et le contexte culturel et doit donc être interprétée de
manière circonstanciée et proportionnée.
12
Selon la HATVP (Guide déontologique II), « il suffit que l’interférence puisse faire naître un doute raisonnable sur l’exercice indépendant, impartial et
objectif de la fonction pour qu’un risque de conflit d’intérêts soit identifié […] l’appréciation subjective que porte [la personne concernée] sur ses intérêts
et sur ses capacités à exercer sa fonction de manière adéquate ne rentre pas en ligne de compte pour écarter une situation de conflit d’intérêts ».
8 LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE
… est de nature à influer ou paraître influer l’exercice impartial,
objectif et indépendant de la fonction pour le compte de cette
organisation.
L’interférence doit être suffisamment significative pour influencer ou
paraître influencer la personne en charge de défendre les intérêts de
l’organisation.
Pour se prémunir efficacement du risque, la prévention des conflits
d’intérêts ne doit pas se limiter aux conflits d’intérêts avérés mais doit être
étendue aux conflits d’intérêts apparents, ces derniers pouvant également
nuire à l’image de l’organisation et à la confiance qu’elle inspire.
AGENCE FRANÇAISE ANTICORRUPTION
LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE 9
2.
POURQUOI PRÉVENIR ET GÉRER LES CONFLITS
D’INTÉRÊTS DANS LE CADRE D’UN PROGRAMME
DE CONFORMITÉ ANTICORRUPTION ?
La gestion des conflits d’intérêts ne constitue pas l’une des mesures définies
au II de l’article 17 de la loi Sapin 2. Pour autant, il est recommandé de
prévenir ce risque dès lors que le conflit d’intérêts peut constituer les
prémices d’une infraction de corruption.
La prise en compte de la problématique des conflits d’intérêts dans un
programme de conformité anticorruption permet de mieux appréhender
les risques de corruption auxquels l’organisation peut être exposée et leurs
conséquences juridiques, économiques, financières et réputationnelles.
L’absence de gestion du risque de conflit d’intérêts peut en effet déboucher
sur des poursuites judiciaires en cas d’infraction pénale constituée, ou sur
la perte de confiance des partenaires, des investisseurs et des collaborateurs
de l’organisation.
Répression pénale d’atteintes à la probité nées de conflits
d’intérêts des dirigeants et collaborateurs
Si l’existence d’une situation de conflit d’intérêts dans le secteur privé ne
constitue pas en tant que telle une infraction, elle peut éventuellement y
conduire et caractériser certains des éléments constitutifs d’infractions
pénales susceptibles d’être reprochées aux organisations, à leurs dirigeants
ou à leurs collaborateurs.
Le juge pénal sanctionne ainsi, de cinq ans d’emprisonnement et 500 000 €
d’amende pouvant être portés au double du produit tiré de l’infraction, le
délit de corruption privée sous sa forme passive13, qui vise le fait pour une
personne chargée de défendre un intérêt privé, de proposer ou d’accepter
d’accomplir ou de s’abstenir d’accomplir un acte de sa fonction en échange
d’un avantage personnel quelconque. La personne fait ainsi prévaloir son
intérêt personnel au détriment de l’intérêt privé qu’elle a la charge de
défendre.
ENCADRÉ N° 4 - CORRUPTION PRIVÉE PASSIVE
Exemple tiré de l’arrêt de la Cour d’appel de Nîmes du 28 février 2019,
n° 17/00649
M. X, dirigeant salarié d’un groupe de courtage en assurances A, est
AGENCE FRANÇAISE ANTICORRUPTION
notamment chargé de mettre en relation assurés et experts lors d’un
sinistre.
Il exerce par ailleurs une activité similaire de mise en relation pour
son propre compte, par l’intermédiaire d’une holding H, en agissant
comme apporteur d’affaires de la société d’expertise B, dirigée par
M. Y.
13
Code pénal, article 445-2
10 LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE
82% du CA de la société d’expertise B est réalisé grâce à des affaires
apportées par M. X. De son côté, la holding H n’a pour seul client
que la société d’expertise B.
M. Y procède à des remises en espèces à M. X en règlement des
commissions d’apporteur d’affaires facturées à la société B par la
holding H, afin de s’assurer de la désignation de la société B en qualité
d’expert par la société A pour les sinistres déclarés par les assurés.
M. Y soustrait de la société B les espèces destinées au règlement des
commissions de M. X par l’établissement de fausses factures relatives
à des prestations fictives.
M. X est en situation de conflit d’intérêts entre ses obligations de
dirigeant salarié de la société de courtage A et son intérêt en tant
que dirigeant et bénéficiaire effectif de la holding H.
En raison de ce système de corruption caractérisé par le paiement de
commissions « occultes », M. X a été déclaré coupable de corruption
privée passive et M. Y de corruption privée active et abus de biens
sociaux.
Il en va de même pour les délits de corruption publique et de trafic
d’influence, sous leur forme passive14, lorsque l’auteur, « chargé d’une mission
de service public », est une entreprise ou l’un de ses dirigeants ou de ses
collaborateurs. Dans ce cas, la personne fait prévaloir son intérêt personnel
au détriment de l’intérêt public qu’elle a la charge de défendre. Ces délits
sont punis de dix ans d’emprisonnement et un million d’euros d’amende.
ENCADRÉ N° 5 - CORRUPTION PUBLIQUE PASSIVE
Exemple tiré de l’arrêt de la chambre criminelle de la Cour
de cassation, le 29 juin 2011, n° 10-86.77115
Un contremaître au sein d’une agence EDF fait bénéficier plusieurs
personnes de la réalisation de branchements clandestins au réseau
de distribution électrique à l’aide de matériel appartenant à EDF et
sollicite en échange une somme d’argent allant de 500 € à 1 000 € par
branchement. En agissant ainsi, l’agent EDF fait prévaloir son intérêt
personnel sur l’intérêt public qu’il est chargé de défendre.
Il est déclaré coupable de corruption passive publique, la Cour
estimant que devait être considérée comme étant investie d’une
mission de service public la personne chargée « d’accomplir des
actes ayant pour but de satisfaire l’intérêt général, peu important
qu’[elle] ne disposât d’aucun pouvoir de décision ».
AGENCE FRANÇAISE ANTICORRUPTION
14
Code pénal, article 432-11
15
Cass. crim., 29 juin 2011, n° 10-86.771
LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE 11
Répression pénale de conflits d’intérêts dans le secteur public en
relation avec le secteur privé
Les éléments constitutifs de certains manquements à la probité visant des
acteurs publics (ou des personnes privées chargées d’une mission de service
public) correspondent à des situations de conflit d’intérêts. Ces infractions
ne sont pas sans lien avec le secteur privé.
Ainsi, le délit de prise illégale d’intérêts16 sanctionne le fait, pour une personne
dépositaire de l’autorité publique, chargée d’une mission de service public ou
investie d’un mandat électif public, de prendre, recevoir ou conserver,
directement ou indirectement, un intérêt de nature à compromettre son
impartialité, son indépendance ou son objectivité dans une entreprise ou
dans une opération dont elle a, au moment de l’acte, en tout ou partie, la
charge d’assurer la surveillance, l’administration, la liquidation ou le paiement.
Ce délit est puni de cinq ans d’emprisonnement et d’une amende de 500 000 €
dont le montant peut être porté au double du produit tiré de l’infraction.
Ce comportement est apprécié de manière extensive par la jurisprudence17
afin de sanctionner le plus largement possible l’absence de prise en compte
volontaire ou par négligence d’une situation de conflit d’intérêts.
En témoignent :
→ l’extension du champ d’application de l’infraction aux personnes du
secteur privé qui participent à l’exercice d’une mission de service public ;
→ la définition souple de ses éléments constitutifs matériels et
intentionnels ;
→ la loi n° 2021-1729 du 22 décembre 2021 pour la confiance dans
l’institution judiciaire a récemment modifié l’un des éléments matériels du
délit de prise illégale d’intérêt. Le texte ne vise désormais plus un « intérêt
quelconque », mais un « intérêt de nature à compromettre l’impartialité,
l’indépendance ou l’objectivité » de l’auteur, alignant ainsi la notion d’intérêt
sur celle retenue à l’art. 2, I° de la loi n° 2013-907 du 11 octobre 2013 qui
définit le conflit d’intérêts dans le secteur public. Pour autant, l’absence de
jurisprudence ne permet pas de cerner pour le moment l’impact de cette
modification.
ENCADRÉ N° 6 - PRISE ILLÉGALE D’INTÉRÊTS
Exemple tiré de l’arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation,
le 21 novembre 2001, n° 00-87.53218
Un membre du conseil d’administration d’un port autonome,
établissement public à caractère industriel et commercial auquel a
été confiée une mission d’intérêt général, est également actionnaire
et gérant de fait d’une société de transport maritime, le plaçant dans
une situation de conflit d’intérêts potentiel.
AGENCE FRANÇAISE ANTICORRUPTION
Ce conflit est avéré lorsqu’il participe à un vote du conseil
d’administration visant à la remise gracieuse des redevances impayées
par cette société.
À ce titre, il est condamné pour prise illégale d’intérêts, la Cour estimant
l’intention coupable caractérisée par la participation au vote.
16
Code pénal, article 432-12
17
Cass. crim., 9 mars 2005, n° 04-83.615, Cass. crim., 14 décembre 2005, n° 05-83-898, Cass. crim., 22 octobre 2008, n° 08-82.068
18
Cass. crim., 21 novembre 2001, n° 00-87.532
12 LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE
Le délit de pantouflage19 vise également à appréhender les situations de
conflit d’intérêts dans lesquelles peuvent se trouver les fonctionnaires ou
les agents contractuels qui quittent la fonction publique pour rejoindre le
secteur privé. Ce délit est sanctionné de trois ans d’emprisonnement et
d’une amende de 200 000 € dont le montant peut être porté au double du
produit tiré de l’infraction.
Est ainsi sanctionné le fait, par une personne ayant été chargée, en tant
que fonctionnaire public, agent ou préposé d’une administration publique,
à raison de sa fonction, soit d’assurer la surveillance ou le contrôle d’une
entreprise privée, soit de conclure des contrats de toute nature avec une
entreprise privée, soit d’exprimer son avis sur les opérations effectuées par
une entreprise privée, de prendre ou de recevoir une participation par
travail, conseil ou capitaux dans l’une de ces entreprises avant l’expiration
d’un délai de trois ans suivant la cessation de cette fonction.
Est également sanctionnée toute participation par travail, conseil ou
capitaux, dans une entreprise privée qui possède au moins 30 % de capital
commun ou a conclu un contrat comportant une exclusivité de droit ou de
fait avec l’une des entreprises mentionnées ci-dessus.
ENCADRÉ N° 7 - PANTOUFLAGE
Exemple tiré de l’arrêt rendu par la chambre criminelle de la Cour de
cassation, le 22 octobre 2014, n° 13-86.78320
Se rend coupable du délit de pantouflage l’ancien fonctionnaire
d’une préfecture qui, moins de trois ans après avoir quitté cette
fonction, rejoint une société mandataire et interlocutrice habituelle
d’une collectivité dont il était en charge de contrôler la légalité des
projets et actes d’urbanisme se plaçant ainsi dans une situation de
conflit d’intérêts avéré. La cour précise à cette occasion que le délit
de pantouflage peut être caractérisé lorsqu’un ancien fonctionnaire
rejoint une société d’économie mixte moins de trois ans après avoir
quitté ses fonctions dans le secteur public.
Enfin, si le conflit d’intérêts n’est pas un élément constitutif du délit d’octroi
d’avantage injustifié21 (connu sous le nom de délit de favoritisme), il peut
en être la cause et expliquer l’intention de l’auteur. En effet, une personne
dépositaire de l’autorité publique, chargée d’une mission de service public
ou investie d’un mandat électif peut chercher pour satisfaire un intérêt
quelconque, « à procurer ou tenter de procurer à autrui un avantage injustifié
par un acte contraire aux dispositions législatives ou réglementaires ayant
pour objet de garantir la liberté d’accès et l’égalité des candidats dans les
marchés publics et les contrats de concession ». Ce délit est puni de deux
ans d’emprisonnement et de 200 000 € pour les personnes physiques.
AGENCE FRANÇAISE ANTICORRUPTION
19
Code pénal, article 432-13
20
Cass. crim., 22 octobre 2014, n° 13-86.783
21
Code pénal, article 432-14
LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE 13
ENCADRÉ N° 8 - FAVORITISME
Exemple tiré de l’arrêt rendu par la chambre criminelle de la Cour de
cassation, le 4 mars 2020, n° 19-83.44622
Durant plusieurs années, la société Bygmalion, dont le fondateur est
un ancien membre de la direction de la société France Télévision, a
bénéficié de contrats de prestations de services (veille internet,
accompagnement stratégique du groupe France Télévision, etc.)
accordés par la société France Télévision sans que n’ait lieu de
procédure préalable de mise en concurrence, pourtant obligatoire,
pour un total de 1 486 760 €.
Le dirigeant de la société France Télévision, société privée chargée
d’une mission de service public, a été déclaré coupable de favoritisme
en première instance. Le fondateur de la société Bygmalion a lui été
reconnu coupable de recel de favoritisme et prise illégale d’intérêts.
Les deux dirigeants se trouvaient en situation de conflit d’intérêts,
les premières commandes entre les deux sociétés ayant été passées
peu de temps après que le fondateur de Bygmalion ait quitté France
Télévision.
Conséquences pénales pour l’entreprise de la répression de
conflits d’intérêts dans le secteur public
Si les délits de prise illégale d’intérêts, de pantouflage et, dans certains cas,
de favoritisme décrits précédemment correspondent bien à des situations
de conflit d’intérêts dans le secteur public (ou dans une entreprise chargée
d’une mission de service public), ces derniers ne visent pas a priori les
entreprises, leurs dirigeants ou leurs collaborateurs. Cependant, il convient
de noter que ces personnes peuvent être poursuivies des chefs de recel23
ou de blanchiment24 de ces délits, qui sont chacun punis de 5 ans
d’emprisonnement et 375 000 € d’amende, mais aussi de complicité25 de
ces délits. Notons que le complice est susceptible d’être puni des mêmes
peines que l’auteur de l’infraction26.
ENCADRÉ N° 9 - RECEL DE PRISE ILLÉGALE
D’INTÉRÊTS
Exemple tiré de l’arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation, le
5 avril 2018, n° 17-81.91227
Il ressort de cet arrêt que Mme B, maire d’une commune, a participé à la cession
AGENCE FRANÇAISE ANTICORRUPTION
d’un terrain communal en vue de la construction d’un éco-quartier à une société
dont le dirigeant était un ami de longue date et son partenaire de golf.
Mme B a participé à toutes les étapes du processus de décision : elle a
présidé le jury formé pour désigner le cessionnaire du terrain, participé à la
22
Cass. crim., 4 mars 2020, n° 19-83.446
23
Code pénal, article 321-1
24
Code pénal, article 324-1
25
Code pénal, article 121-7
26
Code pénal, article 121-6
27
Cass. crim., 5 avril 2018, n° 17-81.912
14 LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE
délibération du conseil municipal désignant le bénéficiaire du contrat
de cession, signé personnellement l’acte de vente du terrain, participé à
la délibération du conseil municipal engageant la commune à garantir
financièrement la société. Elle a également participé à la délibération du
conseil municipal autorisant la signature d’un avenant à l’acte de vente du
terrain, supprimant la condition résolutoire obligeant la société à verser
une caution d’un montant de 500 000 € visant à garantir l’achèvement des
travaux de démolition et de construction.
Les juges du fond ont décidé de poursuivre Mme B du chef de prise illégale
d’intérêts et son ami dirigeant de société, du chef de recel de ce délit. La
maire a été déclarée coupable de ce délit aux motifs :
→ qu’elle avait pris un intérêt dans l’opération en contractant avec un ami
de longue date.
Aux termes de l’article 432-12 du Code pénal, cet intérêt peut être de
nature matérielle ou morale, direct ou indirect. Il s’agit d’un intérêt
« quelconque »28 qui n’a pas à être d’un « niveau suffisant ». Il ne suppose
pas une contrepartie financière et il n’exige pas d’être en contradiction
avec l’intérêt du service public en cause. Une simple relation amicale suffit.
Ce point de droit a été confirmé en cassation.
→ qu’elle avait participé à l’opération de cession du terrain communal en
ayant parfaitement conscience de la relation d’amitié qu’elle avait avec le
cessionnaire.
Son ami, dirigeant de la société, bénéficiaire de cette opération a, lui, été
condamné du chef de recel de prise illégale d’intérêts.
ENCADRÉ N° 10 - COMPLICITÉ DE TRAFIC
D’INFLUENCE
Exemple tiré de l’arrêt rendu par la chambre criminelle de la Cour de
cassation, le 8 janvier 1998, n° 97-80.88529
La ville de X a engagé une procédure de passation d’un marché public
portant sur des travaux d’aménagement de son port. Une filiale du
groupe Y se porte candidate à ce marché. Son dirigeant et son
responsable commercial versent des sommes à un intermédiaire qui
les reverse au premier adjoint au maire afin qu’il use de son influence
au sein de la commission des marchés publics pour favoriser la
société candidate. La filiale de Y remporte finalement le marché.
Le dirigeant et le responsable commercial ont été déclarés coupables
de complicité de trafic d’influence.
AGENCE FRANÇAISE ANTICORRUPTION
Enfin, le juge pénal sanctionne également des infractions économiques et
financières ne relevant pas de la catégorie des manquements à la probité
mais qui peuvent en constituer les prémices et dont les éléments constitutifs
correspondent à des situations de conflit d’intérêts, comme les délits
d’abus de biens sociaux30 ou d’abus de confiance31.
28
L’article 432-12 du code pénal a été modifié par la loi du 22 décembre 2021 en remplaçant « l’existence d’un intérêt
quelconque » par « l’existence d’un intérêt de nature à compromettre l’impartialité, l’indépendance ou l’objectivité ».
29
Cass. crim., 8 janvier 1998, n° 97-90.885
30
Code de commerce, article L241-3, 4° et 5° pour les sociétés à responsabilité limitée et article L242-6, 3° et 4° pour les
sociétés anonymes
31
Code pénal, article 314-1
LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE 15
II
IDENTIFIER LES SITUATIONS
DE CONFLIT D’INTÉRÊTS
1. CARTOGRAPHIER LES SITUATIONS
À RISQUES
Il est conseillé d’identifier les situations de conflit d’intérêts pouvant avoir
des répercussions sur l’activité de l’organisation, puis d’élaborer une
politique de prévention des conflits d’intérêts adaptée aux besoins et
spécificités de celle-ci (secteur d’activité, structure, gouvernance, etc.).
ENCADRÉ N° 11 - NORME ISO 37001
La norme ISO 37001 - Systèmes de management anticorruption
recommande d’identifier le « risque de conflits d’intérêts internes et
externes » afin d’aider l’organisme à « identifier les situations dans
lesquelles le personnel pourrait faciliter ou ne pas parvenir à prévenir
ou à rapporter un cas de corruption, par exemple :
a) si le dirigeant commercial de l’organisme fait partie de la famille du
responsable des achats d’un client ; ou
b) si un cadre hiérarchique de l’organisme exerce un intérêt financier
personnel dans des activités d’un concurrent. »
À noter que la certification ISO 37001 n’entraîne pas de présomption
de conformité du dispositif de prévention et de détection de la
corruption lors d’un contrôle de l’AFA. Elle témoigne néanmoins
d’un engagement clair de l’instance dirigeante en matière de
conformité anticorruption. La norme insiste sur la nécessité
d’identifier les risques de conflits d’intérêts dans le cadre de la
mise en place d’un « système de management anticorruption ».
L’identification des situations de conflit d’intérêts n’est pas un exercice
aisé dans la mesure où tous les dirigeants et collaborateurs ont des liens
d’intérêts et qu’il n’est pas possible d’anticiper, de manière systématique,
les cas dans lesquels ces derniers vont entrer en conflit avec ceux de
l’organisation. Par conséquent, le recensement des risques de conflit
d’intérêts ne saurait prétendre à l’exhaustivité.
Il convient dès lors dans une démarche proportionnée, d’identifier les
dirigeants et les collaborateurs exposés au risque de conflit d’intérêts. Il
s’agit des personnes qui, dans le cadre de leurs fonctions, ont la capacité
de prendre des décisions créant pour l’organisation des obligations à l’égard
de tiers, ou des personnes susceptibles d’avoir une influence notable sur
ces décisions, et dont les conflits d’intérêts potentiels pourraient porter
atteinte aux intérêts de l’organisation en raison de leur nature et de leur
importance.
AGENCE FRANÇAISE ANTICORRUPTION
LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE 17
L’identification des situations de conflit d’intérêts nécessite de porter une attention
particulière aux :
Il s’agit d’identifier les processus pour lesquels l’existence d’un conflit d’intérêts
porterait atteinte aux intérêts de l’organisation. Parmi les processus sensibles,
• Processus figurent notamment les achats, les ventes, les affaires publiques, les
financements (apports, emprunts, subventions, etc.), les investissements,
sensibles
l’établissement des états financiers et la gestion des ressources humaines
(recrutement, rémunération, etc.).
Il s’agit de déterminer les fonctions sensibles au sein de l’organisation puis de
• Fonctions rechercher comment les personnes en charge de ces fonctions pourraient
sensibles
favoriser leurs intérêts personnels au détriment de l’intérêt de l’organisation32.
Certaines opérations inhérentes à la vie d’une organisation (prospection,
• Opérations recherche de nouveaux marchés, opérations avec le secteur public,
sensibles croissance externe etc.) augmentent la probabilité d’exposition au risque de
corruption. La prévention des situations de conflit d’intérêts qui peuvent
émerger à l’occasion de ces opérations est susceptible de réduire le risque de
corruption.
ENCADRÉ N° 12 - LES CONFLITS D’INTÉRÊTS
DANS LE CONTEXTE D’UN DÉVELOPPEMENT
À L’INTERNATIONAL
L’accès à de nouveaux marchés, notamment à l’international, peut
inciter une organisation à avoir recours aux services d’intermédiaires,
souvent implantés localement, susceptibles d’aider à accéder à ces
marchés. Dans ce cas, le risque de conflit d’intérêts est le plus souvent
constitué par les liens entretenus par l’intermédiaire en cause avec
les autorités publiques locales. Il est recommandé qu’un tel risque
soit appréhendé dans le cadre de la cartographie des risques de
corruption d’une part, de l’évaluation de l’intégrité des tiers, d’autre
part.
En droit pénal français, un tel comportement lorsqu’il est volontaire
peut d’ailleurs caractériser l’infraction de trafic d’influence. À ce
titre, l’organisation doit être attentive aux conflits d’intérêts que
peut faire naître l’intermédiaire chez un tiers, a fortiori lorsque ce
tiers est un agent public.
Afin de formaliser cette phase d’identification, l’organisation peut dresser
une cartographie spécifique, ou si elle est assujettie au II de l’article 17 de
la loi Sapin 2, identifier les risques liés à l’existence de conflits d’intérêts
lors de l’élaboration ou de l’actualisation de sa cartographie des risques de
corruption. Cet exercice peut également s’intégrer dans une cartographie
plus large comme une cartographie des risques opérationnels.
AGENCE FRANÇAISE ANTICORRUPTION
L’identification des situations à risques permet d’apprécier de manière
objective et collégiale les possibles conflits d’intérêts et de les gérer le cas
échéant. Au titre des bonnes pratiques, l’organisation peut tenir un registre
des situations de conflit d’intérêts récurrentes, élaboré à partir des
déclarations volontaires de conflits d’intérêts ou de liens d’intérêts. Ce
registre pourra se révéler utile lors de l’actualisation de la cartographie des
risques de corruption.
32
Étant précisé que depuis la loi n° 2019-486 du 22 mai 2019 l’intérêt de l’entreprise doit prendre en compte les enjeux sociaux
et environnementaux (Code civil, article 1833) et qu’une attention particulière doit être portée à définir l’intérêt de l’entreprise
au sein des groupes de sociétés où l’intérêt des filiales ne coïncide pas toujours avec celui de la société mère.
18 LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE
2. EXEMPLES DE SITUATIONS
À RISQUES
Les situations de conflit d’intérêts peuvent concerner les collaborateurs
mais également les dirigeants et mandataires sociaux ainsi que les tiers
(apporteurs d’affaires, commissaires aux comptes, avocats, etc.).
Exemples de situation à risques impliquant un collaborateur
→ Exemple 1
Une situation de conflits d’intérêts...
... susceptible de conduire à la commission d’une infraction de
corruption
M. X accorde le marché à l’entreprise B alors que cette entreprise ne
propose pas la meilleure prestation du point de vue de l’intérêt de
l’entreprise A. En contrepartie, l’entreprise B a laissé entendre à M. X qu’elle
pourrait l’embaucher à des conditions salariales avantageuses.
M. X a fait primer son intérêt personnel sur celui de son entreprise et au
détriment de la mission qu’il doit exécuter dans le cadre de sa fonction
actuelle : acheter la meilleure prestation au meilleur prix dans les meilleurs
délais pour l’entreprise A.
AGENCE FRANÇAISE ANTICORRUPTION
Cette situation de conflit d’intérêts est susceptible d’être qualifiée par le
juge d’infraction de corruption privée. En effet, l’article 445-1 du Code
pénal incrimine la corruption active de personnes n’exerçant pas de
fonction publique tandis que l’article 445-2 du Code pénal incrimine la
corruption passive de personnes n’exerçant pas de fonction publique.
LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE 19
→ Exemple 2
Une situation de conflit d’intérêts...
... susceptible de conduire à la commission d’une infraction de
favoritisme ou de prise illégale d’intérêts
Au cours de ses fonctions d’acheteur public au sein de l’Administration C,
M. Y a délivré à l’entreprise D, qui emploie sa fille, directrice commerciale
et titulaire d’une délégation de signature, une information confidentielle
sur les conditions d’attribution d’un marché public qui lui a permis de le
remporter. Cette situation de conflit d’intérêts est susceptible d’être
qualifiée de favoritisme et de prise illégale d’intérêts, l’entreprise pouvant
être poursuivie des chefs de recel et de blanchiment de ces infractions.
Même en l’absence d’échange à ce sujet entre M. Y et sa fille, la seule
existence de ce lien de parenté constitue un conflit d’intérêts apparent de
nature à nuire à la réputation de l’entreprise.
AGENCE FRANÇAISE ANTICORRUPTION
20 LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE
Exemple de situation à risques impliquant un mandataire social
Une situation de conflits d’intérêts...
... susceptible de conduire à la commission d’une infraction d’abus
de bien social
M. Z est Président du conseil d’administration de la société anonyme E. La
société F, cliente de la société E, souhaite obtenir un abandon de créance
sans contrepartie. Or M. Z est marié à Madame Z, actionnaire majoritaire
de la société F. Dans l’hypothèse d’une intervention de M. Z, le fait de priver
la société E de recouvrer les sommes qui lui sont dues, sans contrepartie,
est contraire à l’intérêt social de la société E et conduirait M. Z à faire primer
ses intérêts personnels au détriment de l’objet de son mandat social. Cette
situation de conflit d’intérêts pourrait alors conduire à un abus de bien
social.
AGENCE FRANÇAISE ANTICORRUPTION
LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE 21
Exemple de situation à risques impliquant un tiers à l’organisation
Une situation de conflits d’intérêts...
... susceptible de conduire à la commission d’une infraction de
trafic d’influence
M. T est dirigeant de la société G, apporteuse d’affaires pour le compte de
la société H dans le pays P. La société H demande à M. T, neveu d’un
dirigeant public du pays P, d’utiliser ses relations personnelles afin que la
société H remporte un marché public dans le pays P. Cette situation de
conflit d’intérêts, que la démarche de la société H a fait naître pour le
dirigeant public du pays P en faisant appel à la société G comme apporteuse
d’affaires, est susceptible d’être qualifiée par le juge de trafic d’influence.
AGENCE FRANÇAISE ANTICORRUPTION
22 LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE
III
PRÉVENIR ET GÉRER
LES CONFLITS D’INTÉRÊTS
Les mesures visant à prévenir et gérer les conflits d’intérêts sont déterminées par l’organisation
en considération de son profil de risque, au regard des critères tenant à son secteur d’activité,
son implantation géographique, sa forme sociale, sa taille et la typologie de tiers avec laquelle
elle interagit. Ces mesures préventives peuvent être combinées entre elles et modulées selon
le niveau de risque et les spécificités de l’organisation.
1. EXEMPLES DE MESURES
DÉFINIES PAR LE LÉGISLATEUR
Il existe plusieurs textes visant à prévenir et à gérer les conflits d’intérêts
dans le secteur privé. Si ces dispositifs ne visent pas nécessairement la
prévention du risque d’atteintes à la probité, ils donnent des exemples de
modalités de gestion des conflits d’intérêts. Ces textes concernent certains
secteurs d’activité tel que le secteur de la santé ou l’exercice de certaines
professions (exemples : les commissaires aux comptes, les avocats, les
notaires, les dirigeants de sociétés, les mandataires, les agents immobiliers
etc.).
Les exemples ci-après dressent une liste non-exhaustive de mesures
préventives définies par le législateur :
ENCADRÉ N° 13 - LA PRÉVENTION DES CONFLITS
D’INTÉRÊTS DANS LE SECTEUR PHARMACEUTIQUE
L’article 2 de la loi du 29 décembre 2011 n° 2011-2012 relative au
renforcement de la sécurité sanitaire du médicament et des produits
de santé impose ainsi aux laboratoires pharmaceutiques de « rendre
publique l’existence des conventions » passées avec les différents
acteurs du système de santé.
Cette loi interdit également aux experts de se trouver en conflit avec
des membres de leur famille33.
ENCADRÉ N° 14 - LA PRÉVENTION DES CONFLITS
D’INTÉRÊTS DANS CERTAINES SOCIÉTÉS DU CODE
DE COMMERCE
Afin de prévenir les conflits d’intérêts, le Code de commerce prévoit,
pour les SA et les SARL, une procédure spécifique de contrôle des
conventions intervenant entre la société et un dirigeant ou un
actionnaire ainsi que celles conclues par la société avec une entreprise
ayant des dirigeants communs (dite « conventions réglementées »).
À ce titre, certaines conventions sont strictement interdites. Le non-
AGENCE FRANÇAISE ANTICORRUPTION
respect de cette procédure de prévention des conflits d’intérêts
peut se traduire par la nullité de l’opération ou l’engagement de la
responsabilité de la personne intéressée34.
33
Code de la santé publique, article L.1452-2
34
Dans ce contexte, l’article L225-38 alinéa 2 du Code de commerce prévoit la mise en place de conventions réglementées et
l’article L225-43 prohibe certaines conventions.
24 LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE
ENCADRÉ N° 15 - LA PRÉVENTION DES CONFLITS
D’INTÉRÊTS LORS DU RECRUTEMENT D’AGENTS
PUBLICS DANS LE SECTEUR PRIVÉ
Le départ, temporaire ou définitif, des agents publics relevant du
statut général des fonctionnaires vers le secteur privé est encadré
par des mécanismes de contrôle, modifiés par la loi n° 2019-828 du
6 août 2019 de transformation de la fonction publique, permettant
de vérifier la compatibilité de cette activité lucrative, salariée ou
non, dans une entreprise privée ou un organisme de droit privé ou de
toute activité libérale avec les précédentes fonctions exercées au
cours des trois dernières années.
Pour la très grande majorité de ces agents publics, ce contrôle
déontologique des mobilités entre les secteurs public et privé relève
du supérieur hiérarchique. C’est également lui qui prend la décision
quant à la faisabilité du projet de l’agent public (reconversion
professionnelle). En cas de doute sur le projet en cause, le supérieur
hiérarchique peut saisir le référent déontologue et si le doute persiste
la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP).
Pour certains agents des trois fonctions publiques (État, territoriale
et hospitalière), occupant un emploi dont le niveau hiérarchique ou
la nature des fonctions le justifient, ce contrôle déontologique est
assuré par la HATVP, qu’ils doivent directement saisir.
Lors du contrôle exercé tant par le supérieur hiérarchique que par la
HATVP35, il est examiné si la reconversion de l’agent dans le secteur
privé n’est pas de nature à :
→ compromettre ou mettre en cause le fonctionnement normal,
l’indépendance ou la neutralité de son ancienne administration ;
→ méconnaître les principes de dignité, impartialité, intégrité et
probité de ses précédentes fonctions ;
→ placer l’intéressé en situation de commettre l’infraction de prise
illégale d’intérêts ou celle de pantouflage.
AGENCE FRANÇAISE ANTICORRUPTION
35
Pour plus de précisions sur les contrôles réalisés, cf. HATVP, Guide déontologique II du 1er février 2021.
LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE 25
2. DÉFINIR ET FORMALISER UNE POLITIQUE
INTÉGRÉE AU PROCESSUS
Après l’étape de cartographie décrite dans la partie précédente, la mise en
place d’un dispositif de prévention et de gestion des conflits d’intérêts
repose sur la définition d’une politique formalisée, articulée avec les autres
politiques concourant à la maîtrise de ce risque, comme la politique
cadeaux et invitations, et intégrée aux processus de l’organisation.
Définir et formaliser la politique de prévention et de gestion des
conflits d’intérêts
L’instance dirigeante manifeste sa volonté de prévenir et, s’ils existent, de
maîtriser les conflits d’intérêts et s’assure de l’élaboration d’une politique
de prévention et de gestion des conflits efficace.
Les grands principes de cette politique peuvent être énoncés dans le code
de conduite anticorruption de l’organisation puis détaillés dans une
procédure dédiée (ou tout autre document pertinent pour les organisations
qui ne sont pas soumises aux obligations prévues au II de l’article 17 de la
loi Sapin 2).
L’opposabilité aux collaborateurs des règles relatives à la gestion des
conflits d’intérêts tient au fait qu’elles sont incluses dans le code de
conduite anticorruption, lui-même intégré au règlement intérieur36, y
compris pour les organisations non assujetties au II de l’article 17 de la loi
Sapin 2. Dans la mesure où l’obligation d’informer l’employeur de l’existence
d’un conflit d’intérêts relève de dispositions instituant des « règles générales
permanentes relatives à la discipline », elle doit être intégrée au règlement
intérieur et par conséquent soumise à la consultation du CSE et transmise
à l’inspection du travail. Cette dernière vérifiera le caractère justifié et
proportionné de la mesure37.
L’instance dirigeante veille à ce que cette politique fasse l’objet d’une
diffusion adéquate auprès des collaborateurs (par exemple, au moment de
l’embauche ou lors des actions de sensibilisation et de formation).
Définir et mettre en œuvre une politique relative aux cadeaux et
invitations38
L’octroi ou l’acceptation d’un cadeau, d’une invitation ou d’un avantage
peut constituer un conflit d’intérêts.
Afin de prévenir le risque de conflit d’intérêts, l’organisation définit une
politique énonçant des règles claires visant à renforcer la transparence et
AGENCE FRANÇAISE ANTICORRUPTION
la traçabilité des cadeaux et invitations reçus ou offerts (exemple : mise en
place d’un système d’autorisation ou d’un registre dédié).
36
Cass. soc. 5 mai 2021, n° 19-25.699 : les règles de conduite doivent avoir été intégrées au règlement intérieur pour être
opposables aux salariés et permettre de les sanctionner sur ce fondement, étant précisé que la circulaire DGT n° 2008-22 du
19 novembre 2008 relative aux chartes éthiques, dispositifs d’alerte professionnelle et au règlement intérieur précise que les
politiques et procédures concernant les conflits d’intérêts peuvent être intégrées au règlement intérieur même en l’absence
d’obligation légale.
37
CA de Paris, 25/06/2020, n° 20/04421
38
AFA, Guide pratique « La politique cadeaux et invitations dans les entreprises, les EPIC, les associations et les fondations »
26 LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE
Prendre en compte le risque de conflit d’intérêts dans les processus
de l’organisation
→ Des mesures visant à prévenir les conflits d’intérêts peuvent être
intégrées aux processus sensibles tels que les achats, les ventes, la croissance
externe, l’établissement des états financiers, les affaires publiques et
réglementaires, la gestion des ressources humaines (recrutement,
rémunération variable, etc.).
À titre d’exemple, l’organisation peut mettre en place une procédure
permettant aux collaborateurs de déclarer, à l’occasion du recrutement39,
d’une nomination ou d’un changement de poste, les éventuels conflits
d’intérêts ou de consulter un référent, sur le modèle de ce qui existe dans
le secteur public.
Ces déclarations peuvent être consignées dans un registre des conflits
d’intérêts en s’assurant toutefois de l’application du cadre légal et
règlementaire relatif au respect de la vie privée et à la protection des
données personnelles. La protection de la vie privée40 limite la portée de la
déclaration préalable tandis que la protection des données personnelles
nécessite de s’assurer de la conformité au RGPD41 et à la loi n° 78-17 du
6 janvier 1978 dite « Informatique et Libertés ».
→ L’incompatibilité des conflits d’intérêts avec la fonction exercée peut
faire l’objet d’une clause spécifique dans le contrat de travail. Afin d’être
opposable, cette clause doit être suffisamment précise quant à la définition
des liens interdits.
→ L’organisation peut également mettre en place des procédures de
rotation des collaborateurs sur les fonctions qu’elle a identifiées comme
sensibles et assurer la séparation physique et organisationnelle de la prise
de décision (principe de séparation des tâches, visa renforcé etc.).
ENCADRÉ N° 16 - MESURES SPÉCIFIQUES
AUX ADMINISTRATEURS ET DIRIGEANTS :
LES RECOMMANDATIONS DE L’INSTITUT
FRANÇAIS DES ADMINISTRATEURS (IFA)42
L’Institut Français des Administrateurs a identifié, dans une note
établie par sa commission de déontologie en novembre 2010, neuf
mesures visant à prévenir et à gérer les conflits d’intérêts d’une part,
et à rendre compte au conseil d’administration en cas de conflit
d’intérêts, d’autre part.
AGENCE FRANÇAISE ANTICORRUPTION
39
S’agissant de l’examen des conflits d’intérêts au stade de l’embauche, l’article L. 1132-1 du code du travail dispose que nul ne
peut être écarté d’un processus de recrutement à raison de « ses opinions politiques, des ses activités syndicales ou mutualistes,
de son exercice d’un mandat électif ». Par ailleurs, un refus de recrutement doit être fondé sur l’existence d’un trouble objectif
au fonctionnement de l’entreprise analysé à l’aune de la cartographie des risques et des obligations spécifiques qui pèsent sur
le poste convoité.
40
Il convient de noter que pour être conforme à l’article L. 1121-1 du code du travail et ne pas porter atteinte « aux droits des
personnes et aux libertés individuelles et collectives », cette procédure doit être « justifiée par la nature des tâches à accomplir
et proportionnée au but recherché ».
41
Règlement (UE) 2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes
physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données, et abrogeant la
directive 95/46/CE (règlement général sur la protection des données).
42
IFA, Charte de l’administrateur, 2015 ; Comment identifier les conflits d’intérêts entre l’administrateur et sa société ? ; IFA,
Note de synthèse de la commission de déontologie, « Administrateurs et conflits d’intérêts », Novembre 2010
LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE 27
L’IFA définit le conflit d’intérêts comme « toute situation dans
laquelle un dirigeant social, exerçant ses droits et pouvoirs, doit
choisir entre la satisfaction de l’intérêt de la société et la satisfaction
d’un intérêt personnel opposé à l’intérêt social ».
L’IFA encourage les sociétés à se doter de règles de bonne gouvernance
en complément des dispositifs législatifs et réglementaires.
Parmi les bonnes pratiques relevées, figurent :
→ l’identification et la déclaration par l’administrateur des situations
de conflit d’intérêts dans lesquelles il pourrait se trouver, pendant
toute la durée de son mandat ;
→ le devoir de vigilance des administrateurs vis-à-vis des situations
de conflit d’intérêts qui ne seraient pas révélées par leurs collègues ;
→ l’examen annuel de la situation de chacun des administrateurs.
En cas de conflit d’intérêts avéré, la Charte de l’administrateur de
l’IFA préconise d’informer le conseil et de s’abstenir de participer
aux débats ainsi qu’à toute décision sur les matières concernées.
Si l’obligation d’information procède du devoir de loyauté, cette
obligation doit être décrite dans le règlement intérieur de la société
ou dans la charte du conseil d’administration.
L’IFA préconise également d’établir une « déclaration d’intérêts sur
l’honneur » dès le moment du processus de sélection de
l’administrateur ou lors de la prise de fonction, renouvelée chaque
année. Elle « suppose la prise en compte des différentes situations
pouvant être sources de conflits d’intérêts et non pas constituer une
simple confirmation négative à caractère général ».
L’IFA recommande également de désigner une personne chargée de
recueillir les déclarations et de gérer les situations de conflit
d’intérêts, notamment en appréciant si l’acte qui tend à satisfaire
des intérêts personnels procure à l’intéressé un avantage et cause un
préjudice à la société.
Cette mission peut être confiée à un « administrateur référent ». La
nomination d’un administrateur référent constitue, selon l’Autorité
des Marchés Financiers (AMF), « une des modalités intéressantes de
prévention d’éventuels conflits d’intérêts et déséquilibres au sein du
conseil, tout particulièrement en cas de cumul des fonctions de
président du conseil et de directeur général. À cet égard, il est important
que les sociétés qui ont décidé de mettre en place un administrateur
référent lui reconnaissent des pouvoirs et moyens adaptés à ses
missions, notamment celui de convoquer un conseil, et que ceux-ci
soient formalisés et transparents. »
AGENCE FRANÇAISE ANTICORRUPTION
Enfin, l’IFA encourage la transparence en préconisant la consignation
dans les procès-verbaux du conseil d’administration de toute décision
relative à la gestion des conflits d’intérêts, comme l’abstention d’un
ou plusieurs administrateurs ou le fait que le conseil se soit prononcé
sur l’absence de conflit d’intérêts.
28 LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE
3. DÉTECTER LES SITUATIONS
DE CONFLITS D’INTÉRÊTS
Au-delà de la définition d’une politique formalisée de prévention et de
gestion des conflits d’intérêts, l’organisation se donne les moyens de
détecter les situations à risques en instaurant un climat favorable à la
révélation de ces dernières. Pour ce faire, elle donne les clés aux
collaborateurs au moyen d’actions de sensibilisation et de formation mais
aussi de ressources et d’outils, pour réagir face à une situation de conflit
d’intérêts.
Instaurer un climat favorable à la révélation des conflits d’intérêts
La prévention des conflits d’intérêts nécessite de mettre en place un
dispositif constituant un environnement favorable à leur révélation.
Le rôle de l’instance dirigeante est essentiel pour instaurer un climat de
confiance. Elle s’engage à prévenir les conflits d’intérêts et adopte une
attitude exemplaire43, en déclarant par exemple ses conflits d’intérêts et
en prenant les mesures adéquates pour y remédier.
L’instance dirigeante encourage les collaborateurs à révéler les situations
dans lesquelles un conflit d’intérêts avéré ou apparent pourrait exister en
instaurant un climat de confiance.
La prévention des conflits d’intérêts s’inscrit dans une démarche de bonne
gouvernance.
Sensibiliser et former l’ensemble des collaborateurs, des dirigeants
et des administrateurs
En toute bonne foi, un collaborateur peut ne pas avoir identifié un conflit
d’intérêts pouvant pourtant devenir problématique pour l’organisation. À
ce titre, il est important d’aborder la prévention et la gestion des conflits
d’intérêts dans les actions de formation et de sensibilisation de telle sorte
que les collaborateurs se sentent à l’aise pour échanger sur ce sujet.
L’organisation développe des actions de formation et de sensibilisation sur
les risques induits par les situations de conflit d’intérêts non maîtrisées.
Les actions de formation et de sensibilisation :
→ visent particulièrement les personnes susceptibles de se trouver dans
un cas de conflit d’intérêts. Lorsque l’entité est soumise aux obligations
prévues au II de l’article 17 de la loi Sapin 2, il est recommandé que cette
catégorie inclue a minima les personnels les plus exposés aux risques de
AGENCE FRANÇAISE ANTICORRUPTION
corruption et de trafic d’influence tels qu’ils ont été identifiés dans la
cartographie des risques de corruption.
43
Selon le Code de gouvernement d’entreprise Middlenext, Septembre 2021 : « autant le dirigeant », que les « administrateurs »
doivent être « exemplaires pour générer de la confiance » envers l’entreprise.
LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE 29
→ permettent aux collaborateurs d’être suffisamment informés pour
déclarer à leur supérieur hiérarchique ou à tout autre référent désigné les
situations de conflits d’intérêts avérés ou potentiels auxquelles ils peuvent
être confrontés dans l’exercice de leurs fonctions.
→ sont illustrées par des cas pratiques et décrivent les mesures prises afin
de maîtriser les risques identifiés.
Sensibiliser et former l’ensemble des collaborateurs, des dirigeants
et des administrateurs
→ L’organisation peut identifier un référent (le responsable conformité44
ou toute autre personne habilitée) qui pourra aider les collaborateurs, les
dirigeants et les administrateurs en cas de doute, dont les missions
pourraient s’inspirer de celles du référent déontologue dans le secteur
public.
ENCADRÉ N° 17 - LE RÉFÉRENT DÉONTOLOGUE
DANS LE SECTEUR PUBLIC
Le statut général des fonctionnaires garantit, depuis la loi n° 2016-
483 du 20 avril 2016 relative à la déontologie et aux droits et
obligations des fonctionnaires, le droit pour tout agent public de
« consulter un référent déontologue, chargé de lui apporter tout
conseil utile au respect des obligations et des principes déontologiques »
(article L 124-2 du Code général de la fonction publique). Les missions
de référent déontologue peuvent être assurées par une ou plusieurs
personnes ou par un collège.
L’article 8 du décret n° 2017-519 du 10 avril 2017 précise que « lorsque
des faits susceptibles d’être qualifiés de conflit d’intérêts lui ont été
signalés […] le référent déontologue apporte, le cas échéant, aux
personnes intéressées tout conseil de nature à faire cesser ce conflit ».
Lorsque le référent déontologue est saisi d’un potentiel conflit
d’intérêts, il doit être en mesure :
→ d’analyser si la situation qui lui est présentée est réellement
constitutive d’un conflit d’intérêts et pourrait déboucher sur la
commission de l’infraction de prise illégale d’intérêts ;
→ si la réponse est positive :
• d’apporter tout conseil utile aux personnes concernées en
vue de faire cesser la situation ;
AGENCE FRANÇAISE ANTICORRUPTION
• en particulier, de conseiller l’agent public qui le saisit en son
nom propre sur l’attitude à adopter pour éviter la commission
de l’infraction (déport, renonciation à l’intérêt, etc.).
AFA, Recommandations du 12 janvier 2021, JORF, §176, p. 25 / AFA, Guide pratique « La fonction conformité anticorruption
44
dans l’entreprise »
30 LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE
→ La déclaration préalable des conflits d’intérêts potentiels peut se justifier
pour les fonctions les plus sensibles, en particulier pour les collaborateurs
ou les dirigeants ayant le pouvoir d’engager ou de représenter l’organisation45,
a fortiori vis-à-vis de décideurs publics compte tenu du risque pour
l’organisation d’être poursuivie des chefs de recel, de blanchiment ou de
complicité de délits de prise illégale d’intérêts, de pantouflage et de
favoritisme. À titre d’exemple, un régime de déclaration préalable est
recommandé pour les collaborateurs exerçant des activités de lobbying.
Lorsqu’elle est mise en œuvre au sein de l’organisation, la déclaration
préalable des conflits d’intérêts implique certaines contraintes
opérationnelles (contrôle et gestion des déclarations permettant de
garantir leur efficacité) et doit nécessairement être effectuée dans le
respect des règles juridiques applicables à la protection de la vie privée46 et
à la protection des données personnelles notamment.
→ L’organisation peut choisir de privilégier une approche au cas par cas en
mettant à la disposition des collaborateurs, des dirigeants et des administrateurs
un formulaire de déclaration spontanée47 ou un outil d’auto-détection des
conflits d’intérêts potentiels. Les collaborateurs, les dirigeants et les
administrateurs peuvent déclarer qu’ils sont dans une situation de conflit
d’intérêts sans préciser quels sont les intérêts personnels en jeu. Ces possibilités
de déclaration peuvent faire l’objet d’une communication annuelle ou
s’inscrire dans le cadre d’une campagne annuelle de déclaration volontaire.
→ Les collaborateurs et les dirigeants peuvent également signaler une situation
de conflit d’intérêts au moyen du dispositif d’alerte interne qui couvre
l’ensemble des comportements contraires au code de conduite de l’organisation.
Compléter la procédure d’évaluation de l’intégrité des tiers par
des dispositifs ciblant la détection des conflits d’intérêts
→ L’organisation peut choisir d’insérer dans ses dispositifs contractuels
une clause faisant obligation aux tiers de déclarer leurs potentiels conflits
d’intérêts et d’éventuelles personnes politiquement exposées parmi leurs
bénéficiaires effectifs.
→ L’organisation peut sensibiliser les tiers avec lesquels elle s’engage
contractuellement à la nécessité de déclarer et de gérer d’éventuels conflits
d’intérêts par des formations appropriées portant notamment sur les
modalités pratiques de signalement de ces derniers.
→ Enfin, l’organisation peut inclure dans ses diligences la vérification de
l’existence de liens d’intérêts éventuels entre les tiers (et leurs bénéficiaires
effectifs) et ses propres collaborateurs, dirigeants, administrateurs et
bénéficiaires effectifs. Lorsque ces tiers agissent comme intermédiaires
commerciaux pour son compte (apporteurs d’affaires, importateurs,
distributeurs, etc.) ou lorsqu’ils disposent d’un pouvoir de représentation
AGENCE FRANÇAISE ANTICORRUPTION
auprès d’autorités publiques, les vérifications peuvent être étendues à
l’existence de liens d’intérêts entre ces tiers et le client final (et ses
bénéficiaires effectifs) ou l’autorité publique en question.
45
Les actions de ces collaborateurs pouvant entraîner l’engagement de la responsabilité pénale de l’entreprise sur le fondement
de l’article 121-2 du Code pénal.
46
Concernant les liens de famille, il peut être noté à ce sujet que le Conseil constitutionnel dans ses décisions n° 2013-675 DC
et 2013-676 DC du 9 octobre 2013 a considéré concernant les élus que la précision de l’activité professionnelle du conjoint
pouvait être regardée comme justifiée et proportionnée dans une déclaration d’intérêts, mais pas celle de l’activité des
enfants et des parents ou d’autres membres de la famille.
47
La circonstance que la déclaration soit spontanée ne modifie pas les obligations du responsable de traitement quant à la
protection des données personnelles.
LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE 31
4. ADOPTER DES MESURES
DE REMÉDIATION ADAPTÉES
Afin d’adopter les mesures de remédiation appropriées, il convient dans un
premier temps pour l’organisation d’analyser les situations de conflits d’intérêts
potentiels ou avérés qui sont détectées.
L’analyse vise à déterminer l’importance du conflit d’intérêts dans le but de
définir les mesures de remédiation appropriées. Le référent désigné peut
apporter son concours à l’analyse des situations complexes. L’analyse et le
traitement d’un conflit d’intérêts ne relèvent pas nécessairement de la hiérarchie
directe du collaborateur concerné, mais peuvent, au titre des bonnes pratiques,
être traités de manière collégiale par la hiérarchie, les équipes RH et conformité.
Il peut ainsi être décidé :
→ de renforcer les modalités de visa et de contrôle hiérarchique appliquées à
l’activité de l’intéressé, voire de moduler ses attributions, droits, délégations et
autorisations, par exemple :
• un administrateur devrait s’abstenir de voter ou de participer aux
délibérations du conseil d’administration portant sur un sujet sur lequel il est
en conflit d’intérêts
• un collaborateur devrait s’assurer par écrit de l’autorisation de sa hiérarchie
avant de conclure une transaction avec une organisation dont lui-même ou
un de ses proches est un bénéficiaire effectif ;
→ dans les cas les plus sensibles, d’exiger de l’intéressé qu’il mette fin à la
situation de conflit d’intérêts (en application de son obligation de loyauté ou
d’une clause explicite de son contrat de travail) afin d’éviter tout risque
d’engagement de sa responsabilité par une décision ou une action susceptible
d’être considérée comme favorisant ses intérêts personnels, par exemple :
• se déporter d’une procédure ;
• se retirer d’une commission de sélection d’un candidat ou d’un prestataire ;
• vendre ses parts ou actions48 ou en confier la gestion à un tiers (« gestion pilotée ») ;
→ de confier le dossier en cause à un autre collaborateur lorsque l’intéressé ne
peut mettre fin ou refuse de mettre fin au conflit d’intérêts en veillant à ce que
le collaborateur désormais en charge du dossier ne soit pas placé dans la ligne
hiérarchique de celui présentant un conflit d’intérêts. Cela suppose une flexibilité
dans l’organisation des équipes et la mise en place de mesures temporaires
comme la modification des habilitations pour limiter l’accès à l’information ;
→ de renforcer la collégialité afin de s’assurer que la prise de décision repose sur
des critères objectifs. Il est important de bien documenter la prise de décision.
En tout état de cause, et quelles que soient les mesures de remédiation retenues
par l’organisation, il est recommandé de documenter l’analyse de la situation et
les éventuelles mesures de remédiation retenues pour gérer le conflit d’intérêts
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afin de pouvoir par la suite justifier des décisions prises par l’organisation. Cette
analyse pourra utilement être consignée dans le registre des conflits d’intérêts.
S’il est difficile de prévoir ex ante un traitement prédéfini pour chaque type de
conflit d’intérêts, il est utile néanmoins de définir une méthodologie précisant
les critères qui tendent à retenir une solution plutôt qu’une autre afin de garantir
l’objectivité des décisions prises. Cette méthodologie peut utilement être
exposée dans la procédure de gestion des conflits d’intérêts communiquée aux
collaborateurs afin de les rassurer et de les encourager à la transparence.
48
Lorsque cela est possible (titres liquides et non soumis à une clause d’agrément ou de préemption des actionnaires existants).
32 LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE
5. SANCTIONNER LES MANQUEMENTS RÉSULTANT
DE SITUATIONS DE CONFLITS D’INTÉRÊTS
À l’exception des cas prévus par la loi présentés dans la partie I de ce
document, le profit indûment tiré de ces situations de conflit d’intérêts
n’est pas, en soi, constitutif dans le secteur privé d’une quelconque
infraction, et ne peut par conséquent être pénalement sanctionné. Pour
autant, des sanctions civiles et disciplinaires peuvent résulter d’un conflit
d’intérêts. En effet, les actes et délibérations adoptés malgré l’existence
d’un conflit d’intérêts peuvent être frappés de nullité et les situations de
conflit d’intérêts des dirigeants peuvent donner lieu à des sanctions,
notamment à leur révocation ou à l’engagement de leur responsabilité49.
Par ailleurs, l’absence de prise en compte et de gestion des situations de
conflit d’intérêts peut conduire à des sanctions disciplinaires des salariés
en cas de manquement au devoir de loyauté.
À cet égard, le Code du travail prévoit que « le contrat de travail est exécuté
de bonne foi »50. La jurisprudence en déduit un devoir de loyauté dans
l’exécution du contrat de travail et retient par exemple une obligation de
non-concurrence du salarié même en l’absence de stipulation expresse
dans le contrat de travail. En cas d’interférence entre leurs intérêts
personnels et ceux de l’organisation, le salarié - ainsi que le dirigeant - sont
tenus de privilégier les intérêts de l’organisation51.
Toutefois, l'obligation pour le salarié de mettre un terme à la situation de
conflit d'intérêts ne peut résulter que de son contrat de travail52.
La sanction disciplinaire doit être justifiée par un comportement fautif du
salarié. Le seul constat d’un conflit d’intérêts ne suffit pas à caractériser
une faute53. La personne en cause devra avoir manqué à son obligation de
loyauté, en ayant par exemple dissimulé volontairement à son employeur
l’existence d’un conflit d’intérêts54. L’existence d’une faute sera plus simple
à démontrer si l’organisation a déployé un dispositif de prévention des
conflits d’intérêts (code de conduite anticorruption, actions de
sensibilisation, clause dans le contrat de travail, etc.). Ainsi, la
méconnaissance d’un règlement intérieur comprenant un code de conduite
sur la prévention de tels conflits peut constituer une cause légitime de
sanction.55
Enfin, le juge apprécie la proportionnalité des mesures mises en œuvre
pour prévenir les conflits d’intérêts. Les règles internes ne doivent pas être
générales et imprécises.
49
Par exemple, le tribunal de commerce de Paris (T.com Paris, 10 novembre 2020, n° 2019036759) a retenu l’existence d’un
conflit d’intérêts potentiel et d’un conflit d’intérêts avéré du dirigeant ainsi qu’une violation de son devoir de loyauté,
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justifiant sa condamnation à d’importants dommages et intérêts.
Les dirigeants peuvent également être révoqués par les actionnaires ou les associés s’ils ont agi de façon contraire à l’intérêt
social en raison de conflits d’intérêts – SA (Code de commerce, article L.225-55), SARL (L.223-25), SAS (L.227-8) sociétés civiles
(Code civil, article 1851).
50
Code du travail, article L1222-1.
51
Selon la jurisprudence, un salarié ne peut réaliser des actes dans son intérêt personnel qui seraient contraires à l’intérêt de
l’entreprise (Cass. Soc. 12 janvier 2012, n° 10-20.600). De même, un dirigeant social ne peut faire prévaloir son intérêt personnel
au détriment de l’intérêt de son entreprise (Cass. Com. 15 novembre 2011, n° 10-15.049).
52
Cass. soc., 9 juin 1998, 95-45.019.
52
Cass., soc., 21 septembre 2006, 05-41.155.
53
Cass. soc., 10 février 2021, n° 19-14.315 : le manquement au devoir de loyauté d’un salarié né d’une situation de conflit
d’intérêts peut constituer une faute lourde, permettant à l’employeur d’engager la responsabilité civile du salarié.
54
Cass., soc., 31 mars 2021, 19-23.144.
LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE 33
ENCADRÉ N° 18 - LICENCIEMENT POUR FAUTE
GRAVE D’UN SALARIÉ QUI MANQUE À SON
OBLIGATION DE LOYAUTÉ EN DISSIMULANT
L’EXISTENCE D’UN CONFLIT D’INTÉRÊTS
Exemple tiré de l’arrêt rendu par la Cour d’appel de Paris, le 22 mai
2014, n° 12/05073
En l’espèce, un salarié licencié pour conflit d’intérêts avait contesté
cette mesure en faisant valoir que le seul risque de conflit d’intérêts
ne pouvait justifier un licenciement.
L’argument a été rejeté par les juges en ces termes : « les manquements
ainsi prouvés de M. X à ses obligations de loyauté, de ne pas exercer
une activité professionnelle susceptible de créer un conflit d’intérêts,
prohibé par la charte de déontologie, avec son activité au sein de Y et
de tout mettre en œuvre pour éviter de se trouver dans une situation
de conflit d’intérêts, manquements facilités par la dissimulation de son
activité extérieure qui caractérise la mauvaise foi et qui étaient de
nature à porter préjudice à son employeur, rendaient impossible son
maintien dans l’entreprise même pendant la durée du préavis. »
À toutes fins utiles, il est rappelé qu’en application du droit au respect de
la vie privée, le fait pour un collaborateur de refuser de déclarer des intérêts
détenus ne peut être sanctionné, seul un manquement au devoir de loyauté
ou une décision contraire à l’intérêt social (trouvant leur origine dans un
conflit d’intérêts) pouvant être sanctionné.
ENCADRÉ N° 19 - PRÉVENTION DES CONFLITS
D’INTÉRÊTS ET RESPECT DE LA VIE PRIVÉE
Le principe de protection de la vie privée a été posé en 1948 par
l’article 12 de la Déclaration universelle des droits de l’homme des
Nations unies. En droit français, l’article 9 du Code civil dispose que
« toute personne a droit au respect de sa vie privée ».
En l’absence de définition légale de la vie privée, sa protection est
régulièrement précisée par le Conseil constitutionnel sur le
fondement de la liberté personnelle garantie par l’article 2 de la
Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. Sont ainsi
protégés au titre du droit au respect de la vie privée, le domicile,
l’image, l’intimité ou le secret professionnel et médical.
Dans ces conditions, un point d’équilibre doit être trouvé entre la
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transparence et la loyauté attendue de la part d’un individu vis-à-vis
de l’organisation qui l’emploie et le respect de sa vie privée.
34 LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE
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Novembre 2021
LA PRÉVENTION DES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS L’ENTREPRISE 35
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