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Corrigé Commentaire

Karl Jaspers examine la distinction entre la philosophie et la science, soutenant que la philosophie, bien qu'elle manque de certitude et de résultats concrets, engage l'homme dans une quête existentielle de vérité. Il avance quatre arguments pour illustrer la spécificité de la philosophie, notamment son incapacité à produire des résultats définitifs et son opposition au consensus. Malgré son absence de progrès cumulatif, Jaspers souligne que la philosophie reste essentielle pour questionner les avancées scientifiques et fournir une conscience morale.

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Karl Jaspers examine la distinction entre la philosophie et la science, soutenant que la philosophie, bien qu'elle manque de certitude et de résultats concrets, engage l'homme dans une quête existentielle de vérité. Il avance quatre arguments pour illustrer la spécificité de la philosophie, notamment son incapacité à produire des résultats définitifs et son opposition au consensus. Malgré son absence de progrès cumulatif, Jaspers souligne que la philosophie reste essentielle pour questionner les avancées scientifiques et fournir une conscience morale.

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Professeur : M.

DIENE
Cellule de Philosophie
Introduction
Dans ce texte, Karl Jaspers aborde la question de la différence de méthode entre la réflexion
philosophique et la science. La question à laquelle il s’emploie de répondre pourrait être formulée
ainsi : la philosophie, face aux certitudes scientifiques, perd-t-elle sa valeur ou relève-t-elle d’une autre
manière d’accéder à la vérité ? A cette question Jaspers soutient que contrairement à la science qui
fournit des résultats exacts, la nature de la philosophie réside dans la quête des vérités existentielles qui
engagent l’homme dans sa totalité. Pour développer son point de vue sur la valeur de la philosophie
face à la science, l’auteur avance ses idées en quatre arguments : il commence par traiter la critique
de l’absence de certitude dans la philosophie devant une science qui parvient à apporter des résultats
concrètes, Jaspers s’ensuit avec la comparaison de la progression scientifique à la stérilité de la pensée
philosophique, il poursuit avec la spécificité de la philosophie avant de terminer avec la liaison de la
philosophie avec la science.
Nous tenterons d’expliquer davantage ces quatre arguments de l’auteur avant de s’interroger sur la
portée philosophique de sa thèse en ces termes : les résultats scientifiques sont-ils une raison pour
abandonner la pratique philosophique ?
EXPLICATION
Thèse : La science se distingue de la réflexion philosophique par la méthode d’appréhender la réalité.
Dès l’entame de ses propos, l’auteur éclaire d’abord la question de l’absence de certitude dans la
philosophie qui fait que celle-ci ne parvient toujours pas à fournir des résultats concrets. En effet,
la philosophie se présente comme une discipline théorique qui ne peut pas fournir de « résultats
apodictiques » du fait qu’elle ne possède pas la certitude contrairement à la science, qui par la certitude
de sa démarche et de ses approches, parvient à produire des résultats exacts et des savoirs définis et
vérifiables. La philosophie, elle, est incapable de donner des résultats satisfaisants car dans le domaine
de la philosophie chacun croit détenir la vérité. Et lorsqu’une connaissance fondée en raison devient
certaine et unanime dans le champ philosophique, elle dérive de la philosophie vers la science. Cette
absence de certitude et d’unanimité montre que la philosophie ne progresse pas à l’opposé de la science
qui apporte des solutions immédiates et qui est perçue comme la discipline de l’unanimité, du consensus
et de la progression.
Ensuite l’auteur penche sur l’absence de progression de la philosophie. Selon Jaspers la science
se différencie de la philosophie par la progression. En effet, l’absence de certitude engendre la
stérilité de la philosophie. Le concept de progrès est dans ce sens étranger au domaine philosophique.
Ce qui montre que si la science constructiviste enregistre des avancées remarquables dans ses
recherches, la philosophie reste emprisonnée par les mêmes questions. Les scientifiques, de génération
à génération, maîtrisent leur objet d’étude alors qu’en philosophie les interrogations des premiers restent
toujours d’actualité. Si les jeunes médecins en connaissent plus qu’Hippocrate (v. 460-v. 377 av. J.-C.),
on ne peut en dire autant sur les philosophes contemporains par rapport à Platon. De son avis, on n’a
pas encore proposé des pensées plus pertinentes que celles des initiateurs de la recherche
philosophiqueesphilosophiques, et que les philosophes contemporains ne prétendent pas nécessairement
surpasser Platon. Les idées philosophiques restes statiques et immuables. Cependant cette absence de
progrès cumulatif invite l’auteur à réfléchir sur ce qui distingue fondamentalement la philosophie des
sciences, à savoir la nature même de son objet et la manière dont elle engage l’homme dans sa quête de
vérité."
Dans son troisième argument, l’auteur aborde la question de l’essence de la philosophie qui
« doit se passer du consensus. » En fait, la nature de la philosophie n’est pas comparable de celle de la
science, car contrairement à celle-ci la philosophie doit aller sans « le consensus. » Par consensus il faut
entendre l’accord des esprits compétents, c’est-à-dire l’établissement d’un savoir par l’unanimité des
parties prenantes. Or la philosophie qui se veut critique et recherche perpétuelle du savoir doit éviter
tout consensus qui n’est qu’un frein pour la recherche. Ce qui pousse Jaspers à faire résider la nature de

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la philosophie dans la quête de la « totalité de l’être. » Ainsi « En philosophie il y va de la totalité de
l’être » La philosophie, contrairement aux sciences, concerne la totalité de l’être et vise une vérité
existentielle et universelle. Elle touche profondément à l’homme en tant qu’être pensant et ne se limite
pas à l’étude d’objets spécifiques. Ce qui est recherché en philosophie, c’est un examen critique
impliquant l’homme dans sa globalité, et non une simple accumulation de connaissances objectives.
Cependant si les rapports entre la philosophie et la science sont difficiles aujourd’hui et semblent
opposer dans plusieurs domaines, force est de constater qu’ils n’en étaient pas ainsi. C’est ce qui pousse
l’auteur à soulever la question de la liaison entre la philosophie et la science.
Pour finir son argumentation et clore le problème philosophique qu’il a soulevé, Jaspers traite
la liaison de la philosophie avec la science. Même si la philosophie ne parvient à épauler la science en
donnant des résultats concrets, elle reste cependant attachée à celle-ci. Jaspers souligne que la
philosophie n’est pas cumulative comme les sciences, elle reste influencée par les avancées scientifiques
contemporaines. Mais son origine dépasse le cadre scientifique : elle surgit « là où les hommes
s’éveillent » à la réflexion, indépendamment de tout savoir préalable. Toutefois la liaison entre la
philosophie et la science peut être vue comme un contrôle que la philosophie exerce sur les avancées de
la science. Le développement inquiétant de la science interpelle la philosophie. Celle-ci essaye donc de
fournir une conscience morale aux scientifiques.
Au terme de notre explication nous constatons que l’auteur établit la spécificité de la démarche
philosophique par rapport à la science. A l’opposé de celle-ci, la philosophie ne donne pas des résultats
exacts ni des vérités définitives, ce qui traduit qu’elle ne progresse. Mais elle engage l’humanité dans
un questionnement existentiel qui se démarque du consensus. Au lieu d’être un savoir définit, elle est au
contraire une démarche critique qui présuppose les avancées scientifiques et qui accompagne l’homme
dans la quête de l’être.
Cependant la distinction que fait l’auteur entre science et philosophie est pertinente, mais elle soulève
plusieurs interrogations qui méritent d’être discutées : peut-on dire réellement que la pensée
philosophique ne progresse pas ? Son incapacité à fournir des résultats apodictiques traduit-elle
nécessairement son inutilité ? Les résultats scientifiques sont-ils une raison pour abandonner la pratique
philosophique ?

Partie critique.
Antithèse : La philosophie ne se présente pas comme une discipline qui fixe pour objectif de résoudre
concrètement ce que l’être humain rencontre.
Au début de ses propos l’auteur souligne l’idée que la philosophie est dépourvue de certitude.
Alors il est intéressant de savoir que la philosophie ne doit pas être critiquée par un manque de
certitude, car celle-ci ne répond pas aux normes de sa démarche. En effet, la certitude désigne un
état de l’esprit qui tient fermement à la vérité d’une connaissance sans donner la possibilité de la remettre
en question. Avoir la certitude revient donc à surprendre d’une manière définitive la quête de la vérité.
Or la philosophie se veut le questionnement et la continuité de la recherche du savoir. Partant de
l’absence de certitude, la philosophie retrouve le pouvoir de continuer la quête de la vérité. Elle s’efforce
ainsi de questionner tout ce qui semble certain ce qui fait qu’elle ne se soucie pas de l’absence de cette
certitude. Cest dans cet ordre d’idée qu’il comprendre les propos de Nietzsche « Les convictions sont
des ennemis de la vérité, plus dangereuses que les mensonges. » Ces propos traduisent que les
certitudes empêchent la pensée d’exercer sa liberté et sa critique qui sont les fondements de la
philosophie. Karl Popper n’en reste pas quand il dit : « La science et la philosophie doivent
commencer par le doute non par la certitude. » Pour souligner que la recherche de la vérité commence
par une remise en question.
Partant de ce qui précède, il est alors intéressant de noter que la progression de la philosophie ne doit
pas être mesurée par l’absence de certitude.

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Pourtant dans son argumentation, l’auteur insiste sur le fait que la philosophie ne progresse pas
face aux avancées de la science. Or force est de reconnaître que le progrès ne peut être appliqué à
la philosophie. Comme le souligne Antoine-Augustin Cournot dans son Essai sur les fondements de la
connaissance la philosophie est « enfermée dans un cercle de problèmes qui restent au fond
toujours les mêmes ». La progression n’est pas un donné empirique que l’on peut constater visiblement
comme les progrès de la science. Car la philosophie, elle, raisonne sur les idées et tire des conclusions
formelles. Elle est essentiellement subjective donc personnelle. Les méthodes et les résultats sont donc
différents. Il y va de même de leur orientation. En effet, la science s’intéresse à la question du Comment
des phénomènes alors que la philosophie cherche le Pourquoi des faits. En ce sens, la science est du
domaine du quantifiable et la philosophie celui du qualifiable. Autrement dit, quand la science cherche
à mesurer l’objet, la philosophie essaie d’évaluer son sens. Donc, si l’on ne peut pas parler de progrès
au sens scientifique du terme, il existe bien une évolution des concepts et des problématiques
philosophiques. La philosophie ne reste pas figée : des courants de pensée naissent, se transforment,
s’enrichissent mutuellement. Par exemple, la réflexion sur la justice a évolué de Platon à John Rawls,
intégrant des dimensions nouvelles comme les droits de l’homme et la justice sociale. De même, la
philosophie de l’esprit s’appuie aujourd’hui sur les avancées en neurosciences pour renouveler la
question de la conscience.
Étant une discipline illimitée regorgeant des valeur s qui touchent la totalité de l’être. La
philosophie ne peut être réduite à une conscience morale de la science qui ne ferait de que
d’exercer un contrôle sur celle-ci. Une telle vision semble réduire le champ de la philosophie qui
cherche pourtant à étudier la totalité de l’être. Si pour terminer son argumentation Jaspers clôt la
mission de la réflexion philosophique sur la liaison avec les sciences, cependant force est de reconnaître
que la philosophie ne dépend pas uniquement des avancées scientifiques. L’éveil philosophique, comme
le souligne est premier, car il naît de la capacité de l’homme à s’interroger sur son existence,
indépendamment de tout savoir scientifique. Pour montrer que la nécessité de philosopher ne résulte pas
par conséquent des dérives et des lacunes de la science, par contre l’obligation de philosopher s’élargit
au-delà de l’existence de toutes sciences. Selon Platon, dans République LV, le philosophe est « possédé
du désir de la sagesse, non pas tel ou tel élément, mais de la sagesse tout entière »
Pour terminer la philosophie n’est pas réflexion concrète qui répond concrètement aux besoins de
l’être humain. Sa valeur ne peut donc être mesurée empiriquement à plus forte raison être comparée par
les sciences. La valeur de la philosophie réside comme le dit Bertrand Russel dans son caractère incertain
même.
Au terme de cette réflexion, il est évident qu’il y a une distinction fondamentale entre la philosophie
et la science. La philosophie, contrairement aux sciences, ne produit pas de savoirs apodictiques et
universellement admis ; elle demeure un questionnement perpétuel sans réponse définitive. De plus, là
où les sciences connaissent un progrès cumulatif et objectif, la philosophie semble ne pas dépasser les
grandes figures du passé, comme Platon, dont la réflexion reste toujours actuelle. C’est ce que montre
la lumière du texte de Karl Jaspers. Cependant, cette opposition mérite d’être nuancée. Certes, la
philosophie ne progresse pas de la même manière que les sciences, mais elle évolue en reformulant sans
cesse ses problématiques en fonction des contextes historiques et culturels. Loin d’être figée ou inutile,
la philosophie accompagne et éclaire le développement du savoir humain dans toutes ses dimensions.
Ainsi l’étude de ce texte montre l’intérêt philosophique d’interroger la nature et le statut du savoir par
rapport au savoir scientifique. Dans un monde où la science et la technologie dominent la production
des connaissances humaines et influencent profondément les esprits, la philosophie doit être mise en
avant pour éviter la perte de l’humain.

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