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L'Ésotérisme de L'astrologie Volguine

L'ouvrage d'Alexandre Volguine explore l'ésotérisme de l'astrologie, en mettant en lumière la psychologie de l'astrologie antique et ses différences avec la compréhension moderne. Il souligne l'importance de la pensée collective dans l'Antiquité, où l'astrologie était perçue comme une science de l'âme et une partie intégrante de l'univers, contrairement à la vision individualiste actuelle. Volguine critique également la présentation contemporaine de l'astrologie ésotérique, la qualifiant de superficielle et manquant de profondeur.

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L'Ésotérisme de L'astrologie Volguine

L'ouvrage d'Alexandre Volguine explore l'ésotérisme de l'astrologie, en mettant en lumière la psychologie de l'astrologie antique et ses différences avec la compréhension moderne. Il souligne l'importance de la pensée collective dans l'Antiquité, où l'astrologie était perçue comme une science de l'âme et une partie intégrante de l'univers, contrairement à la vision individualiste actuelle. Volguine critique également la présentation contemporaine de l'astrologie ésotérique, la qualifiant de superficielle et manquant de profondeur.

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L'Ésotérisme de l'astrologie

par Alexandre Volguine

Note P.G.: L'ouvrage d'Alexandre Volguine, devenu difficile à trouver, est paru en 1953 aux éditions
Dangles, il y a un demi-siècle. Cette réédition du CURA est sous la responsabilité de Jean-Pierre Osmont
qui en a effectué la copie. La pagination originale, ainsi que les notes, figurent entre crochets.

Introduction

I. La psychologie de l'Astrologie antique

II. Les formes planétaires

III. Les formes zodiacales

IV. Les deux courants de l'Astrologie sacrée

V. Les sept diables

VI. A propos de l'Astrolâtrie

VII. Les correspondances astrales

VIII. Le langage et l'Astrologie

IX. La Géographie astrologique

X. L'Arbre de la Vie

XI. L'Astrologie et l'Histoire

XII. Quelques aspects oubliés du symbolisme astrologique

XIII. Le processus de l'Initiation

XIV. L'Astrologie Bouddhiste

XV. La division octuple

XVI. L'éveil de Kundalini devant l'Astrologie

XVII. En guise de conclusion


Introduction

J'avoue avoir été profondément déçu quand, tout au début de ma vie de chercheur, j'eus connaissance des
ouvrages et des articles traitant d'Astrologie Esotérique. Jusqu'à maintenant, je me demande pourquoi Alan
Leo et ses continuateurs ont jugé nécessaire de présenter les quadruplicités et les triplicités, qui constituent
la base même du Zodiaque, comme appartenant à cette mystérieuse Astrologie Esotérique, alors
qu'elles doivent en réalité figurer parmi I'ABC de notre science. Autant considérer toute Astrologie comme
ésotérique.

Cette déception a été éprouvée certainement par un grand nombre d'astrologues, et je ne crois pas être
une morbide exception. Combien de mes collègues croient, par suite du même désappointement, que cette
Astrologie Esotérique n'est qu'une doctrine théosophique ou occultiste rattachée tant bien que mal à
I'Astrologie tout court.

Or, si notre science est mal présentée en général, malgré les ouvrages et journaux innombrables publics à
son sujet, I'Astrologie Esotérique I'est encore davantage. De même que la plupart des manuels de
vulgarisation ne font que recopier, d'une façon plus ou moins identique, les mêmes données sans faire un
effort personnel, de même, depuis un demi-siècle, aucun élément nouveau n'a vu le jour en Astrologie
Esotérique ; aucune production de qualité n'est venue tenter sérieusement de forcer la porte de ce
domaine. [7]

Parfois, on offre au public, sous le vocable de l'Astrologie Esotérique, des élucubrations onomantistes.
Comme il y a peu de personnes qui savent ce qui se trouve au-delà de la porte close, on peut, sans soulever
de protestations, attribuer ce nom à n'importe quoi. Je crois même que la plupart des auteurs qui se livrent
à ce subterfuge sont de bonne foi et ne supposent même pas qu'il puisse exister autre chose.

Or, cette autre chose existe indiscutablement. On la devine quand on arrive à un certain stade de
connaissance. On la palpe presque. On croit qu'elle est aussi profonde, aussi lumineuse que l'ésotérisme qui
se cache derrière les cultes populaires. Et aussi difficile à exprimer.

Ce livre n'est pas un exposé de l'Astrologie Esotérique. Il ne fait que prouver son existence en groupant
quelques données générales, quelques notes forcément sommaires, quelques indications fragmentaires et
en fixant l'attention sur certains faits. Il pose plus de problèmes qu'il n'en résout.

Le sujet est trop vierge, trop neuf, trop inexploré pour qu'il en soit autrement.

I. La psychologie de l'astrologie antique

L'ésotérisme de l'Astrologie était vivant dans l'Antiquité. Les textes et l'archéologie l'attestent, et c'est pour
cela qu'il nous faut, pour aborder ce sujet, nous tourner vers l'Antiquité.

La science intuitive des Anciens, une vraie science synthétique, était basée sur d'autres principes que la
nôtre. Mais - tout au moins à notre connaissance - on n'a donné nulle part les traits caractéristiques de
cette science. On n'a jamais expliqué les différences profondes qui existent entre la science des Anciens et
la nôtre. Essayons de donner un aperçu de cette science de l'Antiquité, du moins dans le domaine de
l'Astrologie.

Il est facile, en comparant la littérature des différents siècles, de se rendre compte d'un changement
graduel et perpétuel de la conscience et de la mentalité. Tous les écrits du Moyen Age nous paraissent
compliqués et difficiles à comprendre non parce qu'ils sont écrits d'une manière obscure, mais parce que la
mentalité change et que notre conscience n'est pas la même que celle du XIIIe siècle, par exemple. Les
scoliastes du [9] Moyen Age étaient aussi clairs pour leurs contemporains que Bergson ou Maeterlinck le
sont pour nous. Mais, comme notre conscience, notre mode de compréhension évolue sans cesse, nous
pouvons être sûrs que, dans deux ou trois siècles, n'importe quel auteur de notre temps deviendra difficile
à comprendre. Notre manière de penser n'est pas la même que celle d'il y a cinq siècles. Et si nous voulons
comprendre la science antique, en général, et l'Astrologie en particulier, nous devons surpasser notre
mode de pensée.

L'évolution humaine durant les deux derniers millénaires s'est développée surtout dans le sens individuel.
Chacun de nous voit aujourd'hui le monde avec ses propres yeux et son point de vue personnel, il n'y a
probablement pas parmi nous deux personnes ayant exactement les mêmes opinions sur tous les sujets.
Dans l'Antiquité, l'individualisme était pour ainsi dire insignifiant, et la pensée collective dominait la pensée
individuelle.

L'Antiquité était aussi collective que le monde moderne est individualiste. Ceci explique pourquoi, dans
l'Antiquité, l'Astrologie collective, mondiale, était beaucoup plus développée et poussée que l'Astrologie
généthliaque que nous pratiquons de nos jours au détriment même de sa partie mondiale.

La pensée collective était surtout d'ordre émotif, c'est-à-dire basée sur une sorte de sentiment, de
compréhension intuitive. Ce sentiment, cette compréhension intuitive n'admettait pas les limites
d'aujourd'hui. Quand un homme moderne parle de lui et des autres, il dit : " Le monde et moi " ; dans
l'Antiquité, cette limite n'était pas encore tracée d'une manière si nette. Un soi-disant primitif
d'aujourd'hui, dont la mentalité peut être comparée à l'ancienne, vous dira encore : " Moi de la tribu un tel
", c'est-à-dire qu'il se rattache à une collectivité, tandis que nous nous opposons actuellement à la
collectivité.

Ce sentiment collectif est avant tout un sentiment de solidarité qui domine toute la pensée antique. La [10]
notion du péché originel, par exemple, est caractéristique à ce point de vue. Cette notion est
complètement étrangère à la mentalité moderne, mais elle faisait partie de toutes les religions antiques,
en commençant par le bouddhisme et en finissant par le culte de Mithra, et c'était une vérité évidente.
Pour nous, les modernes, le monde apparaît comme un agencement mécanique d'atomes, de parties
différentes, tandis que pour les Anciens il était un seul TOUT homogène dont toutes les parties étaient
solidaires.

En revenant à l'Astrologie, on peut dire que pour nous les astres apparaissent comme des corps qui nous
sont étrangers et lointains, émettant des vibrations que nous subissons contre notre volonté ; pour les
Anciens, les planètes étaient des forces vivantes qui faisaient partie de l'homme, des forces qui
bourdonnaient dans leur subconscient et dont ils ressentaient les pulsations dans leur corps, dans leur être
intérieur, comme nous sentons, par exemple, les pulsations de notre cœur et les mouvements de notre
sang.

Ce sentiment de l'Astrologie a dépassé le monde antique. On le trouve encore chez quelques mystiques
des siècles derniers. Gichtel, par exemple, voit dans les planètes les démons qui nous font succomber à
tous les péchés mortels, et qui agissent sur notre caractère intérieur. Catherine Emmerich voit les planètes
comme des formes extérieures et intérieures à la fois.

Quand il s'agit d'une compréhension pareille de l'influence astrale, l'Astrologie n'est plus une science
abstraite de vibrations cosmiques comme elle le paraît aux modernes, mais une science de l'âme, une
science de tout ce qui existe, la première science humaine et la plus haute.

En étudiant l'Astrologie antique, ce sentiment de la solidarité universelle, de la solidarité d'une partie et du


Tout, ce sentiment de l'harmonie cosmique ne devrait jamais être perdu de vue. Ce sentiment fournissait
les principes mêmes de la science astrologique des Anciens, et comme ce sentiment n'existe plus chez
nous, [11] ces principes sont évidemment perdus, du moins en partie.

En voici un exemple :

On retrouve encore dans les superstitions les traces, de ces principes et de ce sentiment. Ces traces sont
particulièrement nombreuses au Moyen Age. On considérait un peu partout l'apparition de phénomènes
extraordinaires et la naissance de monstres comme le signe d'une calamité quelconque. Et il suffit de lire
sans aucun parti-pris les chroniques du Moyen Age pour voir qu'avant chaque épidémie de peste, par
exemple, la population était inquiète et angoissée. On parlait de veaux à deux têtes, d'enfants chiens, de
bébés à trois bras,. etc...

Or, les naissances de monstres supposent un état du ciel anormal. Comme la collectivité subit l'influence
courante du ciel, cet état anormal provoque l'apparition des monstres, ayant une répercussion sur la vie de
la collectivité. Malgré son apparence ridicule, cette superstition, comme bien d'autres, a une base réelle.

L'Univers était autrefois ressenti comme un seul tout, comme un organisme vivant dont les êtres en
étaient les cellules. La rupture de l'équilibre dans le ciel était inévitablement la rupture de l'équilibre
terrestre. Les. éclipses étaient toujours considérées comme signes de malheurs, car elles rompent les
rapports normaux entre le soleil et la terre.

La sensation des forces planétaires intérieures était si forte autrefois qu'on a considéré ces forces comme
les vrais fondateurs des peuples et des civilisations. Chez tous les peuples de l'Antiquité, la période
historique était précédée par une période légendaire de dynasties divines. Les périodes légendaires de
l'Egypte, de la Chaldée, et de l'ancienne Chine, sont les plus connues. Or, partout, les divinités régnantes
étaient les, personnifications des forces planétaires. Prenons, comme exemple, la période légendaire de
l'histoire chinoise.

Les anciennes chroniques qui ont établi l'histoire traditionnelle[12] de l'Empire Céleste, ont placé au
début dela civilisation chinoise cinq souverains, qui ne sont autres que les cinq planètes - Mercure, Vénus,
Mars, Jupiter et Saturne. Dans l'ancienne Chine, le soleil et la lune occupent une place à part, symbolisant
les deux polarités - Yang et Yn -, ce qui explique pourquoi ils n'entrent pas dans le nombre des forces
cosmiques qui ont présidé à la civilisation chinoise. Même les historiens officiels comme Marcel Granet,
auteur de La Civilisation chinoise, se rendent comptent de la personnification par ces souverains des forces
planétaires.

Remarquons que le Chou-King, attribué à Confucius, ne mentionne que les deux derniers de ces cinq
souverains, Yoa et Chouen, et il est possible que ces noms étaient ceux de personnages historiques avant
d'incarner dans l'esprit des générations suivantes les principes planétaires. Les peuples anciens ne se sont
guère préoccupés d'établir pour leur histoire une chronologie rigoureuse, l'envisageant non au point de
vue historique, mais au point de vue symbolique et spirituel.

Le premier de ces souverains - Houang-Ti - présidait en Chine à l'âge d'or, rôle attribué à Saturne chez les
Grecs et chez les Romains. Nous retrouvons dans son histoire toutes les choses symbolisées par cet
astre. Houang-Ti était grand, maigre, pâle, et les soucis ne le quittaient point - c'est-à-dire qu'il avait un
aspect purement saturnien. Les chroniques disent qu'il a inauguré les fonderies et autres travaux de mines
qui, comme on le sait, se trouvent sous la domination de cette planète.

Le deuxième souverain - Tchouan-Hiu - est lié surtout avec l'arbre symbolique Plan-mou ; c'est la planète
Jupiter qui régit le bois dans la théorie extrême-orientale des cinq éléments.

Si le troisième élément - Kao-Sin - est Mars, le quatrième - Yao - a donné aux hommes les vertus civiques et
appliqua au ciel la science des nombres, ce qui permet de l'identifier avec la planète Mercure, planète des
sciences et des mathématiques. Selon les [13]chroniques, Yao chargea Hz et Ho " d'observer avec attention
l'Auguste Ciel et d'appliquer la loi des nombres au Soleil, à la Lune et aux Constellations ".

Enfin, le cinquième souverain - Chouen - apprit aux hommes à façonner les vases d'argile et leur enseigna
l'art de la décoration, ce qui démontre la personnification de la planète Vénus.

Remarquons que l'histoire de la Chine fait parfois précéder l'âge des cinq Souverains par celui des trois
Augustes. Ces deux âges se confondent, se combinent et l'on peut supposer dans les trois Augustes qui
exerçaient leur règne avant les dynasties divines, les trois constellations successives qui étaient traversées
par le point de l'équinoxe du printemps.

Ces trois Augustes sont : Fou-hi, Niu-Koua et Chen-nong ou bien Fou-hi et Niu-Koua, formant un
couple. Tchou-jong et Chen-nong. Le premier de ces Augustes - Fou-hi et Niu-Koua correspond à la
constellation des Gémeaux. Selon la légende, ce couple a inventé les rites du mariage et des cadeaux. Dans
le symbolisme chinois Fou-hi et sa sœur forment un couple fraternel comme on en trouve également dans
l'ancienne Egypte, ils sont parfois représentés avec un corps de serpent et une tête humaine et plus
rarement, comme deux serpents enlacés pareils à ceux du Caducée de Mercure - symbole grec des
Gémeaux.

Le second - Chen-nong, - le souverain à tête de bœuf fabriqua la charrue et enseigna les règles de
l'agriculture, ce qui fait de cet Auguste la personnification de la constellation du Taureau qui était traversée
par le point vernal entre 4.000 et 2.000 avant J.-C. Enfin, le troisième - Tchou-jong a toutes les
caractéristiques du Bélier.

Plus loin nous donnerons d'autres exemples de ce qu'on peut appeler l'arrangement astrologique de
l'histoire. En parlant de l'Ésotérisme de l'Astrologie, il est impossible de passer sous silence cet aspect
particulier de l'histoire ancienne.

Cet exemple de la personnification des forces [14] cosmiques démontre clairement jusqu'à quel point ces
forces étaient familières aux anciens, tandis qu'elles nous paraissent étrangères. L'Univers et ses habitants
ne sont qu'un seul Tout, où toutes les parties se rattachent. Il est facile de comprendre que pour les
personnes ayant cette conscience, l'Astrologie ne peut être la même que pour nous.

Dans tous les pays anciens, certains phénomènes. atmosphériques faisaient partie de l'Astrologie. La
couleur du ciel, la visibilité des étoiles, même le climat du pays étaient pris en considération dans les
études astrologiques. Même de nos jours, les astrologues chinois disent qu'un enfant né sur l'eau ne peut
pas recevoir la même ambiance cosmique et, par conséquent, avoir le même destin qu'un enfant né au
même moment sur la terre.

Il faut reconnaître que les anciens avaient raison d'admettre les phénomènes atmosphériques en
Astrologie. Un exemple permettra de la comprendre.

La lune est un astre d'imagination, de rêverie et d'intuition. Supposons un enfant né pendant une nuit
claire et sans nuages ; son imagination et ses intuitions seront claires et profondes comme le ciel.
Admettons. maintenant une naissance dans le brouillard qui s'interpose, comme un écran opaque, entre
les rayons lunaires et nous ; l'imagination du nouveau-né sera obscurcie et ses intuitions déformées seront
plutôt les mouvements obscurs de sa nature émotive, - les mouvements semblables à ceux des flocons de
brouillard.

Les astrologues orientaux qui conservent encore quelques données de l'Astrologie ancienne, prennent en
considération les conditions atmosphériques de la naissance.
Georges Soulié de Morant dont les livres sur la Chine sont très connus, raconte le fait suivant au sujet de la
portée divinatoire des phénomènes atmosphériques :

... " Je me souviendrai toujours de l'événement qui se produisit en 1908, lors de la visite que le nouveau
vice-roi des provinces Yun-nan et Koé-tchéou venait [15] me rendre au Consulat général de Yunnan-fou. Je
descendais les degrés de la salle d'honneur au devant de mon hôte, qui s'approchait entouré des ministres,
quand, levant les yeux, j'aperçus dans le ciel transparent, le magnifique et rare phénomène d'un quadruple
parhélie : autour du vrai soleil, quatre soleils brillaient, chacun à l'extrémité d'une croix lumineuse.

" Stupéfié, je demeurai longtemps immobile. M'apercevant enfin de mon impolitesse, je me hâtai de dire
au vice-roi, en une formule fleurie : "Excusez mon silence, j'admirais les soleils qui se multiplient pour
célébrer votre arrivée en votre royaume ".

" Tous les hauts fonctionnaires levèrent alors les yeux. Je les vis pâlir. Le vice-roi me dit gravement :

- " J'ignore comment, en Europe, vous interprétez un tel phénomène. Pour nous, il ne s'est jamais produit
dans l'histoire, sans être suivi, dans l'année, par la fin d'une dynastie et de grands malheurs pour le peuple,
ou par une inondation détruisant une partie de la population ".

" Six mois plus tard, l'Impératrice Douairière et l'Empereur mouraient le même jour. Des révoltes éclataient
de toutes parts, prélude de la fondation de la République en 1911. Le nouvel Empereur (Pou-i), un bébé,
était emporté dans la tourmente "...

Ces quelques notes donnent un petit aperçu de l'Astrologie antique.

Notre Astrologie moderne a des procédés qui étaient totalement inconnus des Anciens, mais le sentiment
de la solidarité universelle leur communiquait des vues beaucoup plus larges, plus spirituelles et occultes,
lis sentaient les rythmes intérieurs de la vie, tandis que nous, astrologues du XXe siècle, nous faisons des
statistiques, nous étudions l'influence de nouvelles planètes, nous discutons les divers systèmes des
progressions, mais nous avons perdu la vision synthétique.

Pour retrouver cette vision, il nous faut reconstituer l'Astrologie antique et regagner son essor spirituel.
[16]

II. Les formes planétaires

Cyrus, fondateur de l'empire perse et vainqueur de Crésus, appelant ses astrologues, leur posa la question
suivante, ayant probablement dans l'esprit le riche butin de Babylone :

- Combien y a-t-il d'or dans le monde ? La réponse des astrologues fut précise :

-- Comme la lune fait le tour du ciel treize fois plus vite que le soleil, il y a treize fois plus d'argent - métal
lunaire - que d'or, - métal solaire…

Cette réponse montre la profonde logique des Anciens, si différente de la nôtre. Absurde aux yeux de
l'économiste moderne, cette réponse correspond pourtant à la réalité : les rapports entre l'argent et l'or
peuvent être exprimés comme treize à un. La pensée antique a trouvé cette relation dans le ciel et il est
fort probable que les paroles, transmises par les historiens, ne sont que bien peu de choses à côté des
conséquences pratiques que les astrologues de l'antiquité savaient tirer uniquement de la relation entre la
révolution solaire et le cycle lunaire. Ainsi, par exemple, comme l'ère du Verseau dans laquelle nous
entrons, contient l'abandon de l'étalon-or, la valeur de l'or tombera certainement au cours de la deuxième
partie du [17] XXe siècle, dès qu'elle ne sera plus soutenue artificiellement comme aujourd'hui, et
reviendra à cette proportion céleste de 1 à 13, c'est-à-dire l'or ne coûtera plus que treize fois plus que
l'argent.

Cette réponse des astrologues de Cyrus est un bel exemple de l'Astrologie antique.

Les Anciens " sentaient " les planètes, les " voyaient " comme des formes qui pénètrent tout, - comme les
psychomètres " voient " le passé d'un objet inconnu, - et ils représentaient ces forces sous des formes
différentes. Là où nous, astrologues d'aujourd'hui, constatons par une observation extérieure l'effet des
radiations planétaires, nos lointains ancêtres " voyaient " des formes animées. Pour nous, l'Astrologie est
une science mathématique ; pour eux, c'était la connaissance intime des forces vivantes, car ils se
rendaient compte des forces cosmiques qui animent chaque être.

Cette notion des formes planétaires est la clef de voûte de toute la pensée antique, du symbolisme, des
religions et des mythologies. Ce sont les supports de l'Astrologie vivante ,1'âme des " radiations "
cosmiques, comme les formules mathématiques et les hiéroglyphes des signes et des planètes sont des
corps. L'Astrologie antique est basée sur ces formes invisibles qui pénètrent, animent et expliquent tout.
On peut même dire qu'en ne connaissant pas ces formes il est impossible d'approfondir l'Astrologie, car la
Cosmobiologie actuelle n'est qu'un compromis entre l'Astrologie et notre science officielle, une concession
faite par la Science des Astres à la mentalité moderne que borne le matérialisme.

Pour comprendre les représentations anciennes des forces planétaires, il nous faut rejeter
l'intellectualisme, notre mode de connaissance mentale et descendre en nous-mêmes.

Fermez les yeux, videz votre cerveau d'une mentalité presque totalement faite d'amalgame de lectures, de
phrases entendues, de préjugés et plongez-vous dans [18] ce monde inconnu et obscur qui contient les
mouvements intérieurs de votre nature émotive. Méditez ou plutôt " sentez " l'Astrologie. Au bout de
quelque temps, vous commencerez à sentir les formes intérieures planétaires, les formes basées sur les
corrélations plutôt émotives que logiques et qui peuvent être comparées aux associations d'idées et
d'images en état de rêve, relevées par la psychanalyse.

Ce travail intérieur de descente en soi n'est pas une invention personnelle ; il se rencontre sous des formes
différentes dans presque toutes les écoles ésotériques, - ce qui explique pourquoi on y trouve encore des
adeptes dont le sentiment intérieur du monde se rapproche de celui des Anciens. Les méthodes analogues
existent, par exemple, chez les anthroposophes, et Rudolf Steiner était probablement celui qui a le mieux
fait ressortir en Occident, au cours du XXe siècle, les forces planétaires qui traversent notre corps comme
les rayons émis par les stations de radio.

" Les pensées abstraites et mêmes les idées, - disait-il souvent, - ne peuvent déployer en notre âme toute
leur force d'action, que si elles plongent dans cette chaleur intérieure qui permet d'approcher des régions
de la vie, non seulement par le désir de connaissance, mais aussi par le cœur et dans cette atmosphère que
nous pourrions appelée sacrée. " [Les Mystères de la Genèse, Paris, 1932, p. 7.] C'est justement la
connaissance par le cœur qui nous permet de saisir les formes planétaires vues par les Anciens.

D'abord, quelques mots sur la nécessité vitale de cette connaissance.

Les influences cosmiques sont des forces que nous tâchons de traduire en langage courant. Quand nous
disons, par exemple, que Mars est " dynamique ", que Jupiter représente l'ordre, qu'Uranus est fantasque
et bizarre, nous appliquons à l'influx une terme qui le caractérise, mais qui, par la pauvreté même de notre
langage humain, n'englobe pas, ne peut représenter [19] exactement la force cosmique, plus profonde et
occulte que tous nos mots.
Un exemple permettra mieux de saisir cette insuffisance. Vous pouvez dire que la pyramide de Chéops est
belle, majestueuse, impressionnante, la plus grande de toutes ; toutes ces épithètes seront exactes : en
donneront-elles une représentation efficace à l'homme qui ne connaît rien de l'Egypte ou qui n'aurait pas
vu l'image d'une pyramide ? Si les explications courantes des forces cosmiques sont des termes exacts, les
formes planétaires des Anciens peuvent être comparées aux photos d'un monde inconnu.

Ainsi, rejetant notre mentalité, et tout ce que nous, connaissons des planètes, en descendant en nous-
mêmes, nous voyons surgir un mode de connaissance intérieure qui est celui des Anciens.

Fixons notre volonté sur le soleil, rejetons tout ce que nous avons appris de l'astre du jour. Dans notre
esprit, il n'est pas question de distance, de masse, de rotation ; il n'y a pas de taches qui occupent tant les
cosmobiologistes, ni de plages faculaires, ni de spectro-hélioscope. Nous sommes dans le " magma "
psychique d'où nous sommes sortis, qui est nous-mêmes et que nous connaissons beaucoup moins bien
que l'analyse spectrale d'une étoile quelconque.

Notre première impression intérieure sur le soleil sera d'une boule chaude et claire qui contraste avec nos
ténèbres intérieures, d'un nuage plutôt que d'un globe net, ses limites n'étant pas tracées et donnant le
pressentiment d'être mouvantes, ce qui ne diminue nullement la netteté du contraste de clarté blanchâtre
du soleil et du monde psychique, - contraste qui donne l'image de l'Yn-Yang qui réalise à lui seul l'Unité
universelle (Pau-Hou) de la lumière et des ténèbres.

Ce contraste ne fait pas pourtant la dualité : les ténèbres sont senties comme la contre-partie de cette
boule qui fume, de ce nuage clair, comme " Ahriman ne [20] produit que la contre-partie des réalisations
d'Ahura-Mazda " [ G. de lafont : Le Mazdéisme et l'Avesta, Paris, 1897, P. 147.]

Cette boule chaude est en mouvement. Vous la sentez vous chauffer, faire corps avec vous, être votre
coeur. Ses limites n'étant pas nettes, elle vous paraît à la fois ainsi qu'une roue qui fume et pareille au
dragon blanc, le dragon céleste " qui est l'esprit de changement ".

La forme solaire (comme d'ailleurs toutes les formes planétaires) est mouvante ; une couleur blanchâtre la
domine, sorte de fumée pareille à celle qui sort des narines du dragon ou qui ferait songer aux chevaux
blancs d'Apollon. Dans le " magma" de votre conscience, Dragon, Cheval et Licorne ne sont qu'un seul être.
De même, d'ailleurs, que dans le symbolisme où la même force solaire lie ces trois animaux sacrés.

Chaque planète est " sentie " de façon différente. Saturne pèse, alourdit, refroidit, donne l'impression
d'être un morceau de charbon qui a pris des milliards d'années pour se former et qu'il est plus difficile
d'allumer que le bois attribué par les Chinois à Jupiter. Mars fait penser à la lueur rouge qu'on perçoit à
travers les paupières fermées, quand on regarde le jour ; il fait sentir le mouvement du sang
simultanément dans tout le corps. La lune donne l'impression de sortir de l'eau, encore tout humide,
d'avoir la peau lisse et légèrement froide, de sentir à la fois une impression de repos et de fatigue analogue
à celle qu'on peut éprouver après un bain prolongé.

Ces formes planétaires, comme tout ce qui appartient au monde invisible, ne peuvent être transmises par
des mots. Elles devraient être vécues et senties par chacun de ceux qui veulent suivre la voie astrologique,
en pénétrant, comme les Anciens, la vie de l'Univers.

Les écoles spirituelles d'aujourd'hui, bien qu'elles nes'occupent généralement pas de l'Astrologie, frisent
souvent dans leurs exercices ces formes planétaires etrencontrent continuellement dans l'intérieur de
l'homme des forces cosmiques, sans s'arrêter particulièrement à cette question pourtant d'importance
capitale. Swami Sivananda Sarasvati conseille même à ses disciples de les écarter et dit : " au début de la
méditation, des lumières de diverses couleurs, rouges, blanches, bleues, vertes, etc..., apparaissent dans le
front... Chaque élément... possède sa propre teinte. La terre (prithivîtattwa) est de couleur jaune ; l'eau
(âpas tattwa) est blanche ; le feu (agni) est rouge ; l'air (vâgu) est représenté par la teinte verte ; l'éther
(âkâsha) est bleu [Rappelons que les Hindous utilisent les 5 éléments au lieu des 4 de notre Astrologie
occidentale.]Les lumières colorées ne sont dues qu'à ces éléments réels (tattwas). Quelquefois un vaste
soleil, ou une lune, ou un jeu de lumière, tel qu'un éclair, apparaît devant le front pendant la méditation.
Ne vous inquiétez pas de ces faits ; écartez-les ".. [ La pratique de la méditation, Paris 1950, p. 358. ]

Ce désir des gourous d'écarter les formes planétaires et autres forces cosmiques quand elles se présentent
devant les sâdhaks (disciples), explique l'absence des données écrites au sujet de cette "Astrologie
intérieure " même en Orient. Cependant, on peut penser que les 7 ou 10 espèces de " sons inaudibles "
dont parlent les yogins hindous et tibétains, sont les " sons " planétaires.

Ces formes planétaires peuvent expliquer pas mal d'énigmes. Ainsi, par exemple, plusieurs données
historiques affirment que les Anciens connaissaient Uranus, Neptune, Pluton et la planète
transplutonienne qui fait le tour du Zodiaque en cinq siècles.

Or, ils tiraient certainement cette connaissance des formes perçues dans l'âme, non des observations.

Cela ne doit pas faire rejeter les possibilités de celles-ci mais ne les rend-il pas d'une importance
secondaire ? [22]

Nous avons émis ailleurs l'hypothèse de l'observation par les Anciens à l'œil nu des planètes
transsaturniennes (L'Astrologie chez les Mayas et les Aztèques, Nice, 1946, p. 87). Cette observation leur
donnait les positions de ces planètes et non leur nature. Celle-ci était " sentie " intérieurement.

Sans cette connaissance intérieure, les Anciens ne pouvaient construire qu'une Astronomie, alors qu'ils
nous ont légué une Astrologie qui est l'âme et le sens de l'Astronomie.

III. Les formes zodiacales

A la fin du siècle dernier l'astrologue et occultiste anglais Charubel a obtenu par clairvoyance une
description de l'influence de chaque degré zodiacal, - description que, depuis un demi-siècle, l'expérience a
confirmée. Des horoscopes pris au hasard s'éclairent souvent d'une nouvelle lumière à l'aide de ces
significations des degrés.

On peut rapprocher cet exemple moderne des dessins un peu grotesques, presque caricaturaux, donnés il
y a une vingtaine d'années en interprétation du Zodiaque par Hans Stein [Character-Typen, eine
Einfuhrung- in die astrologisch-physiognomische Betrachtungsweise , Halle ]. Bien que ce dernier ait
prétendu les avoir établis à la suite d'observations statistiques, il est évident que cette affirmation n'est
uniquement faite que pour donner à son travail un caractère scientifique au goût du jour, car ces dessins
viennent beaucoup plus de l'intuition que de la statistique.

Charubel et Hans Stein nous donnent une idée de ce que les Anciens (et, de nos jours encore, quelques
rares orientaux) arrivaient à tirer de la méditation quant aux formes et symboles zodiacaux ; le procédé
décrit dans [25] le chapitre précédent, a été employé en ce qui concerne les divisions du Zodiaque, avec
toutefois cette différence que les signes zodiacaux ne donnent pas la même impression intuitive que les
planètes : ils appartiennent exclusivement au plan intellectuel. Alors que le soleil et Mars chauffent et la
lune donne la sensation générale de l'humidité, la perception intérieure des signes zodiacaux laisse
l'individu indifférent, tel qu'il était avant son " plongeon " en soi. On " sent " qu'ils appartiennent à un
autre " monde ", à un autre plan que les planètes : l'intuition du signe du Lion, comme une sorte de
champignon brillant et rond, comme une explosion atomique, est purement intellectuelle, tandis
qu'Uranus, par exemple, est souvent " senti " comme une espèce de " spasme " plutôt douloureux suivi de
dilatation amenant un bien-être. Les images zodiacales comme la perception de cette " explosion "
léonine, laissent l'âme toujours indifférente.

Cette remarque est d'une importance capitale, car comme nous le verrons plus loin, cette différence de
perception entre les planètes et les signes a marqué par son empreinte toute l'histoire religieuse de
l'humanité.

Tout le symbolisme zodiacal, aussi vaste que celui des planètes, provient de ces images intérieures qui
peuvent être résumées ainsi :

Le Bélier se présente comme des éclairs qui se croisent ou comme les jambes de la chamelle aveugle en
course (représentation extrême-orientale). Ces éclairs forment le tourbillon d'où sortira la modulation du
son sacré, l'Omkara, qui appartient au signe suivant.

Le Taureau apparaît comme une grosse motte de terre ou d'argile. Dans le symbolisme hindou et
bouddhiste, cette motte d'argile est façonnée par le potier, - énergie divine qui ordonne les éléments
grossiers.

Les Gémeaux se voient comme une mandragore ou un singe qui s'agite, autrement dit comme l'aspiration
des règnes végétal et animal à la condition humaine,[26]ou comme la force qui pousse l'inférieur vers le
supérieur.

Le Cancer donne une forme arrondie comme un bateau ou une arche qui flotte immobile sur les eaux.
Nettement séparé et différencié de l'ambiance environnante, ce navire symbolique apparaît comme
principe de la limitation et du repliement sur soi.

Le Lion donne une sorte d'éclatement lumineux centrifuge ou du feu d'artifice. Les Orientaux le voient sous
la forme d'un masque qu'un acteur porte pour représenter un personnage au-dessus de lui ,ou encore
quelquefois sous l'aspect d'une maison vide (c'est-à-dire qui, d'apparence, ne contient pas ce qu'elle doit
contenir) .

La Vierge exprime presqu'exclusivement l'idée de semence et de fécondation. Elle apparaît, de ce fait,


comme un laboureur avec une charrue, comme une femme qui balaie ou, encore, comme un couple enlacé
(c'est-à-dire l'homme fécondant la femme).

La Balance souligne l'acuité des sensations par l'image de la flèche frappant l'œil ou du javelot planté dans
le dos. Toutes ces images peu connues en Occident sont familières à chaque astrologue oriental, car elles
appartiennent à la roue de la vie, symbole le plus répandu de toutes les images religieuses de l'Asie, dont
nous parlerons plus loin dans un chapitre consacré à l'Astrologie bouddhiste.

Le Scorpion se présente comme un antre d'où partent les flèches du désir et de la passion. C'est
uniquement comme l'emblème de la concupiscence que les Orientaux le voient soit comme une femme
offrant un fruit (image tout à fait semblable à la tentation d'Adam par Eve de l'iconographie populaire de
l'Europe), soit comme un ivrogne ou un joueur.

Le Sagittaire produit une image assez semblable à celle des Gémeaux en mouvement perpétuel, mais ce
mouvement est moins désordonné, plus large et plus libre que l'agitation du signe opposé. L'Orient le [27]
représente par un homme cueillant des fruits ou moissonnant le riz.

Le Capricorne donne une forme moins arrondie et plus droite que celle du Cancer : alors que cette dernière
est en largeur (ce qui donne justement l'idée d'un bateau ou d'une arche), la forme du Capricorne est en.
hauteur, mais elle est aussi différente du milieu qui l'entoure que celle du Cancer. Si, dans l'ordre
temporel, cette dernière se rattache au passé, l'image créée dans le subconscient par le Capricorne se
projette dans l'avenir. C'est pourquoi ce signe est, avant tout, pour les Orientaux le symbole du devenir : le
couple enlacé ou, plus souvent, la femme enceinte aux seins démesurément gonflés de lait, qu'ils voient
dans le Capricorne, exprime l'idée de l'être qu'on engendre ou qui bientôt va venir au monde.
Cette naissance correspond au Verseau qui apparaît comme un accouchement ou, plutôt comme une
déchirure irrégulière permettant l'apparition du nouveau-né. Dans la roue de la vie c'est l'image d'un être
(pas toujours un être humain, souvent un monstre ou un dieu) qui porte l'enfant à sa mère.
Les Poissons se présentent comme quelque chose de mou et de plastique qui semble être sur le point de
se dissoudre dans l'ambiance environnante. Les Orientaux les voient généralement comme un cadavre sur
une civière que l'on conduit au bûcher afin de rendre ses parties constituantes à la matière d'où elles sont
tirées.
Ce qu'il faut surtout retenir de cette série des perceptions intérieures des signes zodiacaux, c'est leur
caractère intellectuel, " abstrait " et " objectif " qui diffère nettement du caractère " subjectif " et "
sentimental " des formes planétaires. Comme nous le verrons plus loin, cette différence entre les signes et
les planètes a des conséquences incalculables. [28]

IV. Les deux courants de l'astrologie sacrée


C'est devenu un lieu commun parmi les historiens des religions de dire que les dieux d'hier sont les démons
d'aujourd'hui et que les dieux d'aujourd'hui seront les diables de demain.
En effet, chaque nouvelle religion refoule dans le monde infernal les divinités qu'elle remplace, et installe
dans le ciel les dieux nouveaux qui quelques années, siècles ou millénaires plus tard seront relégués à leur
tour parmi les forces diaboliques.
Or, comme toutes les divinités se rattachent soit aux planètes, soit au Zodiaque, nous voyons au cours de
l'histoire successivement les sept planètes élevées et divinisées, tandis que les signes zodiacaux sont
abaissés et rejetés au second plan, puis l'immuabilité et la stabilité du Zodiaque considérées comme
l'expression de la divinité, alors que les planètes deviennent des agents perturbateurs d'origine diabolique.
Ainsi, par exemple, les Juifs reprochaient souvent à. leurs compatriotes de tomber dans l'idolâtrie des
Philistins qui adoraient Bel-Zib-Bel - le dieu-déesse Poissons ; or c'est ce Bel-Zib-Bel, une sorte de Jupiter
[29] philistin ,- divinité de justice et de fécondité, qui est devenu plus tard Beelzébuth, prince des démons
et presque l'incarnation parfaite du Diable lui-même.
Parfois, par une sorte de " réforme " intérieure, la même divinité était déplacée du plan zodiacal au plan
planétaire (ou vice versa) afin de la faire cadrer avec la primauté accordée à un de ces plans. Ainsi, aux
Indes, les Adityas (ou les invisibles) furent d'abord les sept divinités planétaires dirigées par Varuna, dieu
du ciel, avant de devenir les douze Adityas attachés aux signes du Zodiaque.
Cette rivalité des planètes et des signes pour la première place comme d'ailleurs plusieurs autres indices
purement astrologiques (encore de nos jours les astrologues sont partagés, par exemple, entre ceux qui
attribuent la prédominance dans un thème au signe Ascendant, et les partisans de la prééminence du signe
solaire !), suggère une double origine de la Science des Astres qu'on peut supposer avec beaucoup de
raison atlantéenne et hyperboréenne. En effet, l'Astrologie sacrée, inséparable de la religion extérieure et
de l'Ésotérisme, apparaît dans le recul de l'histoire comme provenant de deux courants d'idées aussi
distincts que les formes planétaires et zodiacales :
1) courant calme, intellectuel, presque rationnel dont la principale place est occupée par le Zodiaque et les
étoiles fixes ;
et 2) courant ardent, sentimental, mystique, provenant du souvenir d'une catastrophe soudaine et
donnant, de ce fait, la première place au Soleil. Sa disparition brusque correspondant à un changement
brutal d'inclinaison de l'axe de la Terre, repousse au second plan tous les autres facteurs célestes et aboutit
à son adoration. Les compagnons du soleil, c'est-à-dire les planètes, occupent à sa suite la place
prépondérante.
René Guénon a imposé l'idée de l'antériorité de la tradition hyperboréenne sur la tradition atlantéenne,
mais cette opinion est très discutable et vraisemblablement fausse. Son erreur a été de prendre le pôle
[30] métaphysique et symbolique dont parlent certaines traditions, pour le pôle boréal du globe terrestre.
C'est comme si, sachant qu'Eleusis est le " centre du monde ", on voulait y voir le centre géographique de
l'Europe ou de tous les continents. Il suffit de lire certains écrits de ses disciples pour voir à quel
point va cette obsession de la tradition polaire, alors que l'apport atlantéen est le seul qu'on peut
démontrer d'une manière presque scientifique. En effet, les savants sont d'accord pour situer la disparition
du climat subtropical en Alaska, Groenland et Sibérie entre 8.000 et 15.000 ans seulement ; les derniers
mammouths, chats-lions, chameaux et antilopes qui habitaient ces régions, ainsi que les rhinocéros laineux
de Pologne, ont donc disparu après la construction de certains monuments préhistoriques (menhirs, allées
couvertes ,etc.) qui paraissent avoir une signification astronomique, tandis que dans tous les systèmes
uranographiques d'Europe et d'Asie, l'ouest a une importance autrement plus grande que le nord et le
pôle, - ce qui indique nettement la direction d'où est venue la principale lumière de l'Astrologie.
Ce n'est point au hasard que le premier et le plus grand des bodhisattvas, - ces êtres secourables qui
apportent aux hommes la grande lumière, - Avalokiteçvara, trône sur la terre pure de l'Ouest. Ce n'est
point au hasard que les Grecs plaçaient à l'ouest l'Ile des Bienheureux. Ce n'est point au hasard que l'ouest
est pour les astrologues le lieu de contact de l'individu avec l'universel, tandis que le nord est la maison
horoscopique de la fin des choses. Ce n'est point au hasard que pour l'Egypte, la Babylonie et l'Assyrie la
principale Etoile-Repère du Zodiaque était Spica, L'Epi de la Vierge, située à l'ouest et non une étoile de
l'est ou du nord [Voir Les Cahiers Astrologiques, n° 32, p. 97.]. Même dans l'Astrologie équatoriale des
Chinois où le pôle est le symbole de l'immutabilité du ciel et du divin, l'ouest est le point cardinal le plus
important, plus important que [31] dans notre Astrologie occidentale ; c'est la raison pour laquelle le point
vernal est marqué chez eux non pas par la rentrée du soleil dans le signe du Bélier, mais par la pleine lune à
l'ouest ; c'est également la raison pour laquelle les éphémérides chinoises traditionnelles ont toujours été
dressées pour 6 h. du soir (et non, comme chez nous, pour midi ou pour 0 h.) [La Chine n'est pas une
exception à ce point de vue, car la plupart des pays d'Orient utilisaient 6 heures du soir comme point de
départ de leurs calculs astronomiques. De nos jours encore, à Djeddah, en Arabie Séoudite, tout le monde
observe, l'été comme l'hiver, le coucher du Soleil dans la Mer Rouge et, dès qu'on ne voit qu'un petit arc
de cercle cramoisi, tout Djeddah met sa montre à 6 heures (voir le reportage de James de coquet : En
Arabie Séoudite dans Le Figaro du 22 mars 1951). Notons à ce propos que le mot hébreu qui
signifie Arabie veut dire aussi le soir. ]
En Chine également, l'antique Mère Divine qui règne sur la montagne de Jade où pousse le pêcher
d'immortalité, porte le nom de la Dame Reine de l'Ouest (Si-Wang-Mou). C'est également à l'occident que
la tradition celtique situe la Terre des Jeunes ou la Terre des Vivants. Chez les Annamites l'Être Suprême
Ngoc Hoang, l'Empereur de Jade, a deux secrétaires d'État - l'Étoile du Sud et l'Étoile du Nord, mais tandis
que l'Étoile du Sud a les yeux fixés sur les vivants dont elle enregistre les faits et les gestes, l'Étoile du Nord
ne s'occupe que des trépassés ; on peut voir dans cette association du Nord et de la mort la survivance
lointaine de la catastrophe mettant fin à la vie dans les régions boréales.
Donc, le courant zodiacal est incontestablement atlantéen, alors que la prédominance soli-planétaire est
d'origine boréale ou hyperboréenne pour employer ce terme plus courant.
Le premier est caractérisé par la régularité du mouvement du ciel stellaire, - régularité exprimant
l'immutabilité de l'Acte divin. Si le soleil y joue le rôle d'un calendrier naturel, de l'aiguille de l'horloge de
[32] l'année, il n'est pas le dieu principal. [ Les peuples les plus influencés par les Atlantes, ont même connu
des calendriers où le ciel jouait un rôle bien secondaire (comme la grande année égyptienne de Sothis-
Sirius) ou n'y participait même pas (comme dans l' " année " mexicaine réglée par la révolution synodique
de Vénus).] Le souvenir de ce système persiste chez les peuples où le principal dieu n'est pas une divinité
solaire comme Zeus-Jupiter de notre antiquité classique. D'ailleurs, ce dernier est lui-même un des douze
grands dieux symbolisant les douze signes du Zodiaque, - ce qui dénote clairement son origine zodiacale (et
non planétaire).
Ce rôle secondaire du soleil dans le système atlantéen peut être illustré par plusieurs exemples. Citons
celui qui ressort clairement des travaux de l'astronome anglais Sir Norman Lockyer mort en 1920. Il avait
été intrigué par le mystère des pierres géantes, rangées en hémicycle de Stonehenge, pierres analogues
aux monuments mégalithiques de Karnac. Au cours d'un voyage qu'il fit en Grèce, il vit au Parthénon une
statue qu'on dit être éclairée par le soleil un seul jour par an. Il reconnut, par des calculs compliqués, qu'en
effet, le 21 juin seulement, les rayons du couchant pouvaient atteindre cette statue, après quoi il découvrit
que les pierres géantes de Stonehenge étaient aussi disposées de manière à recevoir successivement les
rayons du soleil aux équinoxes et aux solstices, c'est-à-dire qu'elles étaient un gigantesque almanach.
Comme dans le cas de la statue du Parthénon, le rôle du soleil dans l'hémicycle des pierres préhistoriques
de Stonehenge se réduit clairement à l'indication des points cardinaux, c'est-à-dire en somme au repérage
du Zodiaque.
Le culte du ciel chinois est l'héritier de l'astrologie atlantéenne malgré les distances énormes qui séparent
la patrie-mère disparue et l'Empire du Milieu. Jusqu'au dernier jour de la Chine impériale, il a été célébré
avec un éclat tout particulier, et ses cérémonies sont très significatives à notre point de vue. [33]
Rappelons que de tous les sacrifices offerts au ciel en Chine, le plus important et le plus solennel était celui
qui avait lieu la nuit du solstice d'hiver, - moment qui, au premier abord, fait penser au culte solaire, mais,
comme nous le verrons plus loin, n'a aucun rapport avec celui-ci. Il s'agit uniquement d'un moment
important zodiacal et non de la célébration particulière du soleil.
Ce sacrifice se célébrait sur l'Autel du Ciel - T'ien Tan -, connu également sous le nom d'Éminence Ronde
- Yuen-Kiu - qui se trouve à l'extrémité méridionale de Pékin. L'autel, à ciel ouvert, se compose de trois
terrasses rondes en marbre, de tailles différentes. superposées, faisant penser à une réplique extrême-
orientale du ziggourat babylonien. Chaque terrasse est garnie de balustrades. On y accède par des escaliers
de marbre qui font exactement face aux quatre points cardinaux. L'autel lui-même représente la sphère
céleste. Un immense espace qui renferme un parc avec d'énormes arbres séculaires, entoure cet autel du
ciel, le plus grand du monde. Le tout est clôturé par de hautes murailles dont l'enceinte pourrait contenir
une ville de quarante ou cinquante mille habitants.
Au solstice d'hiver, l'Empereur, le Fils du Ciel, se rendait à l'autel, escorté des princes, des dignitaires, des
officiers et des serviteurs par centaines. D'autres, encore plus nombreux, s'assemblaient sur l'autel pour le
recevoir. A la clarté des torches, le spectacle était réellement imposant.
Sur la terrasse supérieure est dressée, perpendiculairement, face au sud, une grande pancarte ; " Ciel
Impérial - Empereur Suprême ". Sur deux rangs, face à l'est et à l'ouest, s'alignent d'autres châsses
consacrées aux ancêtres de l'Empereur ; elles montrent que le Fils du Ciel adore le ciel comme le plus
ancien, comme le premier ancêtre de sa maison incarnant la Chine éternelle. [34] [Voir ce que nous avons
dit au cours du Chapitre 1er au sujet des forces cosmiques envisagées comme fondatrices de la civilisation
chinoise.]
C'est sur la seconde terrasse que se trouvent les tablettes en l'honneur du soleil et de la lune, de la Grande
Ourse (en tant que chef de file de toutes les constellations), des cinq planètes, des vingt-huit sieou ou
demeures lunaires [ Voir notre ouvrage sur l'Astrologie Lunaire (3e édition 1947 ], et de la multitude des
étoiles. Cet emplacement est significatif au plus haut point : alors que la terrasse supérieure contient la
sphère céleste, c'est-à-dire le Zodiaque, les planètes sont reléguées sur la seconde au même niveau que les
constellations. La primauté du Zodiaque sur les planètes, y compris le soleil, est évidente.
Il est inutile de continuer à décrire la cérémonie du solstice d'hiver en Chine impériale. Elle sort des cadres
de notre sujet [Le lecteur la trouvera dans plusieurs ouvrages spécialisés, notamment dans Les dieux du
Ciel, de J.G. Frazer, p.94 et ss. (Paris, 1927) ] ; nous l'avons citée uniquement comme la dernière survivance
de la religion astrologique calme et bien équilibrée des Atlantéens. Son dieu était la Sagesse cosmique et
l'Astrologie était la clef de cette Sagesse, comme l'Univers était son temple, car il n'y a qu'une seule
religion qui n'ait vraiment pas été inventée par l'homme et c'est l'Astrologie.
Le courant hyperboréen est né pendant une catastrophe qui se passe probablement au temps de la
destruction de l'Atlantide [Certains auteurs, par exemple, Rudbeck olaus (Atlantica, sive Manheim, vera
Japheti posterorum series et patria. Upas-salla, 1675 et 1689, Bailly (Lettres sur l'Atlandide de
Platon. Debure, Paris (1779), etc.. ont même assimilé le continent hyperboréen à l'Atlantide.] L'île
hyperboréenne, placée aux régions polaires, jouissait d'un climat subtropical qui lui fit donner le nom de
paradis terrestre, -- les Champs élyséens, l'Eden, - mais à la suite d'un changement [35] de position de l'axe
de la terre, ce pays devient froid et éclairé par le soleil pendant six mois de l'année seulement comme il
l'est encore de nos jours. " Si la mort du soleil ", dit R.-M. Gattefossé , " laissa une telle épouvante dans la
mémoire des hommes, c'est qu'elle dut être une surprise et une véritable catastrophe pour ceux qui en
furent victimes. " " Pan est mort ", clamait une voix dans l'obscurité, et en effet la mort de toute vie
végétale et animale par le froid et la nuit sans fin laissa des souvenirs impérissables. " [La vérité sur
l'Atlantide, p.53-54, Lyon,1923. ]
Cette catastrophe nous a laissé les religions du soleil agonisant et disparu, les poèmes et les rites isiaques,
les cérémonies bacchiques, etc..., et c'est en cherchant le soleil que les hommes émigrèrent vers le sud,
dont le climat devenait agréable. " Ils s'aperçurent ", continue "R.-M. Gattefossé [ Ibid., p.58.] , " qu'ils
étaient nus, comme le dit l'Ancien Testament, à cause du froid, probablement. Les prêtres attribuèrent ce
changement à une punition "céleste... "
Cette fuite panique vers le sud, cette terreur de la disparition du soleil a créé un courant religio-
astrologique, sentimental, agonique (agonia == lutte == vie), ardent, - courant de foi, mais non de raison.
Ce courant passa dans le monde préhistorique et se mélangea aux religions dérivées du courant atlantéen.
Le soleil 'et ses compagnons les planètes ont pris la première place dans l'Astrologie. La divinité fut
représentée chez les survivants de la catastrophe et leurs descendants par les mouvements irréguliers,
capricieux des planètes, et les conséquences de cette véritable révolution sont incalculables.
Ensuite, ces deux conceptions astrologico-religieuses ont régné sur l'antiquité ; elles ont gravé à travers les
âges les croyances, les superstitions et les dogmes et l'unité ancienne de l'Astrologie fut brisée pour [36]
toujours. Au fur et à mesure que nous descendons l'échelle des temps, le symbolisme astrologique de
chaque facteur religieux devient de plus en plus complexe, car il participe à la fois du courant atlantéen et
du courant hyperboréen. [37]
V. Les sept diables
La littérature au sujet des dieux planétaires est relativement grande, et nous ne croyons pas utile de nous
arrêter sur cette question, bien qu'elle se rattache directement à l' Ésotérisme de l'Astrologie.
" Les êtres célestes sont tous des dieux ", dit Jamblique [ Le livre de Jamblique sur les Mystères, 1, 18 ] " et
sont en quelque sorte incorporels. Tu demandes ensuite comment il se fait que parmi les dieux les uns sont
bienfaisants, les autres malfaisante. Cette opinion, empruntée aux faiseurs d'horoscopes, est tout à fait
erronée. Car tous les dieux sont bienfaisants et causes de biens et ils ne regardent que vers le bien seul et
ils évoluent uniquement autour du beau et du bien... " Et Jamblique explique ensuite que la malfaisance ne
provient que de notre réception. " Par exemple, l'influence de Kronos est condensatrice et celle d'Ares
cause des mouvements ", dit-il : " mais en ce sens que dans les êtres matériels le récepteur passible et créé
reçoit l'une selon le mode de la congélation et du froid et l'autre selon le mode d'une chaleur démesurée.
La corruption et le désordre ne proviennent-ils [39] pas alors de l'altération différente, matérielle et
passible des récepteurs ? "
Ce passage de Jamblique résume admirablement la question des dieux planétaires et les croyances
universelles qu'il était dangereux de nier. Rappelons qu'Anaxagore, au temps de Périclès, fut condamné à
mort pour avoir affirmé que les astres ne sont pas des dieux.
Penchons-nous donc sur un sujet plus vierge, celui des dieux déchus ou des diables. L'Astrologie est
un. moule qui façonne toute la pensée religieuse, et les anges des ténèbres n'échappent pas à cette règle.
Le diable est l'esprit d'erreur, de fatalité, d'ignorance volontaire, de vertige, de mensonge, d'injustice, etc.
C'est le mal moral et physique. Astrologiquement, c'est l'influence mauvaise des planètes. Si les planètes
sont les aspects de la divinité, il n'y a pas d'autre diable que Dieu lui-même figuré en noir. Le diable est
l'ombre ou le côté ténébreux de Dieu. Le diable est inséparable de Dieu, comme le côté " maléfique " d'une
planète est inséparable de son côté " bénéfique ". Suivant une énergique expression d'un écrivain
catholique, le diable peut appeler Dieu le Dieu du diable en se donnant lui-même comme un diable de Dieu
! . " La gloire de Satan est l'ombre du Seigneur, le trône de Satan est le marchepied d'Adonaï " [A. Kingsford
: Perfect way]. Et Charles Baudelaire s'écrie dans une intuition géniale : " Ormuz et Arimane, vous êtes le
même ! "
Si Dieu (ou la divinité) régit le monde par l'intermédiaire de sept forces créatrices, ces forces ont leurs
correspondances dans les planètes, et les planètes dans les sept lettres doubles de l'alphabet hébraïque.
Cette nomination double est tout à fait remarquable, car elle porte en elle-même la qualité et le défaut, le
plus et le moins. Dieu et le diable.
Donc, pour nous, les humains, les planètes paraissent tantôt comme la Providence divine, tantôt comme la
force diabolique, et il est intéressant de noter qu'aux [40] yeux du voyant et du mystique, les puissances
planétaires supérieures apparaissent sous deux aspects :sous l'aspect subjectif - comme influence -, et sous
l'aspect objectif - comme des formes divines ou diaboliques. Souvent une même puissance planétaire est
représentée par plusieurs formes, parfois opposées l'une à l'autre et contradictoires. " Bel et le Dragon,
Apollon et Python, Krishna et Kâliya, Osiris et Typhon, ne sont que les divers noms d'un seul et même Dieu,
dont les derniers noms sont Michel et le Dragon rouge, saint Georges et son Dragon ", dit H.-P. Blavatsky
[ La doctrine secrète, vol III de l'édition franç., p. 474] , et elle ajoute : " Seth, considéré comme ancêtre
d'Israël,. n'est qu'un travestissement juif d'Hermès, le Dieu de la Sagesse, appelé aussi Thoth, Tat, Seth, Set
et Satan. C'est aussi Typhon, le même qu'Apophis, le Dragon tué par Horus, car Typhon aussi était appelé
Set. Il représente simplement le côté ténébreux d'Osiris, son frère, de même qu'Angra Mainyu est l'ombre
noire d'Ahura Mazda. " [Id., p. 476. Seulement elle ajoute qu'au point de vue astronomique, toutes ces
allégories " se rapportent aux éclipses du Soleil et de la Lune, dont nous trouvons jusqu'à présent les
explications mythiques aux Indes et à Ceylan, où toute personne peut étudier les narrations et traditions
allégoriques, qui sont restées inchangées durant des milliers d'années "... (p. 476). Les astrologues
occidentaux, ne connaissent pas, malheureusement, ces explications mythiques, et ces rapports nous
échappent. Nous pouvons même affirmer que ce côté ténébreux de la divinité se rattache
astrologiquement à l'influence néfaste des Planètes et non aux éclipses.]

La dépendance du diable (ou des diables) des sept planètes est affirmée avant tout par l'Apocalypse par
l'image d'un monstre à sept têtes. Ensuite, elle est précisée par plusieurs mystiques et théosophes. " Le
diable émeut la colère ", dit J.-G. Gichtel [ Dans Le Voile d'Isis, n° 29, mai 1912, p150] : " selon les sept
formes de la nature dans l'homme : tantôt en Vénus, par des pensées impures, tantôt en la Lune en nous
insinuant que la perfection n'est pas de ce monde, soit [41] en faisant se dresser l'âme dans la propriété de
Mars, par le feu du Moi, soit par Jupiter, de sorte que l'âme s'empoisonne elle-même ; avec le Soleil, il
l'occupe d'imaginations et de fantaisies étrangères ; avec Saturne, elle doute de Dieu et par Mercure il lui
donne une fausse confiance en lui... "
Cette idée a été comprise par de nombreux écrivains, y compris Louis Rougier, qui a fait paraître une étude
sur L'Astronomie et l'histoire des idées [ Dans La revue de Paris, n° 12 du 15 juin 1929 (p.873) ]. " Le
christianisme ", dit-il, " tient le milieu entre la conception de la vision religieuse et l'eschatologie des
mystères orientaux : Gnosticisme, Mithracisme, Astrolâtre, etc. et la conception homérique et biblique du
monde. Il n'admet qu'un Dieu unique ; mais, au principe du mal correspondent les anges déchus et la
matière souillée par la terre originelle, que seul a pu laver, par un acte divin de compensation, le sacrifice
du Rédempteur. Les astres ne sont plus des dieux (comme les considéraient les Orientaux et les
philosophes grecs), mais ils sont habités par des démons si leur influence est pernicieuse, ou guidés dans
leur carrière céleste par des anges de lumière qui remplacent, chez les Arabes et chez les scholastiques
d'Occident, les moteurs immobiles d'Aristote. Christianisant le Songe de Scipion, Dante Alighieri domicilie,
dans les sept cieux des orbes planétaires, les bienheureux qui ont pratiqué les vertus propres à chacun des
sept astres errants [ Remarquons que les neuf divisions de l'enfer du Dante sont les complémentaires des
neufs cieux et des sept sphères du Purgatoire, étant la personnification des trois genres de l'influence
astrale (bonne, neutre ou moyenne et mauvaise). La huitième sphère est celle des étoiles fixes et la
neuvième celle du Ciel spirituel. " Son Ciel " (du Dante), dit Eliphas lévi (Histoire de la Magie} se compose
d'une série de cercles kabbalistiques divisés par une croix comme le pantacle d'Ezéchiel ; au centre de
cette croix fleurit une rose, et nous voyons apparaître pour la première fois, exposé publiquement et
presque catégoriquement expliqué, le symbole des Rose-Croix... ] [42] De l'antique croyance à
l'immortalité stellaire, maintes croyances populaires ont subsisté... "
Le mal étant une nécessité de l'Univers, dont il est l'un des soutiens, il nous faut approfondir la question de
l'influence maléfique des planètes, - influence qui prend, chez les croyants, la forme du diable.
" Il faut poser d'abord en principe qu'aucune des sept Puissances que nous avons à définir ici (les sept
planètes connues par les Anciens) ne peut être, et n'est en effet, génératrice de mal d'aucune sorte ", écrit
F.-Ch. Barlet [La Science Astrale, dans Le Voile d'Isis, n° 2, février 1920, P. 111-112. Cette étude a paru plus
tard sous le titre Les génies planétaires. ] : " elles sont les créatures célestes, les sept ministres du Verbe
créateur, les premières auxiliaires de son œuvre divine. Le mal n'est pas en elles, il est dû exclusivement à
l'abus que fait la créature de la liberté à elle donnée par le Créateur, de se prononcer et même d'agir
contre sa volonté, contre le plan universel ; le mal est la conséquence nécessaire, fatale, du refus par la
créature libre, mais limitée, d'accepter le plan cosmique de son Créateur éternel et parfait.
" Par conséquent, au point de vue astrologique, les sept Puissances planétaires, êtres célestes, participant
de la nature de leur Créateur, agents réalisateurs de sa pensée, n'engendrent que du bien, tant qu'elles
sont considérées dans leur état diurne, représentatif de leur état céleste, propre [ Théoriquement, la
question des planètes diurnes et nocturnes est très simple, mais pratiquement elle est loin d'être claire et
résolue. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle elle est presque totalement abandonnée par les astrologues
d'aujourd'hui. ]
" Il ne peut se trouver de souffrance, de faute, de maléfice, que dans leur état nocturne, qui représente les
facultés des sept Puissances du Verbe, en tant que confiées à la créature individuelle et volontaire, capable
d'en abuser ou de les méconnaître.
" Soyons donc assurés qu' aucune planète en état diurne n'a de caractère maléfique ; il faudra tout au[43]
plus la considérer dangereuse pour nous, à cause de la responsabilité à laquelle elle nous engage. C'est ce
que l'on va comprendre par un exemple ; il nous éclairera en même temps sur l'une des causes du
caractère maléfique.
" La planète Mars, comme on va le voir tout à l'heure, est celle du dévouement chevaleresque, dont l'un
des effets est d'exiger de nous le sacrifice pour le Bien ou la Vérité, et le sacrifice jusqu'à la mort ; c'est un
des facteurs les plus beaux et les plus fructueux pour le progrès spirituel et l'immortalité de la créature ;
nous venons d'en sentir tout le prix dans la terrible lutte (de 1914-1918) où tant de patries en danger
viennent d'être sauvées par leurs enfants.
" Mais la créature peut avoir la faiblesse de reculer devant l'horreur de ce sacrifice de la vie. Alors
l'influence de Mars devient pour elle la source d'une terreur insurmontable, un maléfice affreux.
" Il sera pire encore, si, malheureux, affligé par Mars, il abuse de cette influence pour profiter du sacrifice
des autres, soit en exploitant les conséquences à son profit, soit même en les vendant dans l'ignominie de
la trahison... "
Cette explication de F.-Ch. Barlet, très philosophique, peut être formulée d'une façon plus claire et même
plus " scientifique ". N'est-il pas beaucoup plus simple de dire que les planètes soi-disant " maléfiques " et
les planètes affligées produisent une " pression " cosmique trop forte pour nous, un courant d'influence
trop intense ?
" Il est inexact de dire que les étoiles et les planètes changent leur nature par changement de position ou
de configuration ", dit Henrich Drath [ L'Astrosophie, vol. 1, n°5, de juillet 1929, p. 204 ], " ni que les unes
sont en elles-mêmes bénéfiques, les autres maléfiques. Ce qui arrive est vraiment une polarisation
nouvelle, un autre arrangement des rayons énergiques. Mais l'organisme humain souffre par la réception
des [44] rayons venant des aspects maléfiques, et on est forcé d'accepter une division de " maléfiques " et
" bénéfiques ", car elles possèdent une adaptabilité particulière pour le transfert de ces influences... "
On sait que les Sept Archanges du Christianisme correspondent aux sept planètes des Anciens.
Maintenant, il nous faut préciser que les archanges n'incarnent que le côté " bénéfique " de l'influence
astrale, et le côté " maléfique " est représenté par les diables. Il ne faut pas s'étonner de cette
représentation : l'influence de chaque planète peut être considérée comme une échelle, dont le degré
inférieur est occupé par le diable, et les degrés supérieurs par les esprits lumineux (archanges, anges,
génies, etc.). Le nombre sept paraît comme un nombre d'extrême importance dans toute l'Antiquité, mais
il ne faut pas penser que tous les symboles se rapportant à une planète quelconque sont identiques ;
souvent ils reflètent les degrés différents de l'échelle astrale.
Un exemple nous permettra de saisir cette idée. " D'après certaines traditions ", dit Beuchat, [ Le manuel
d'archéologie américaine.] " les tribus nahuas étaient originaires d'un lieu nommé Chicomoztoc, les sept
cavernes. " On sait que la caverne est un symbole de l'Arche, laquelle n'est elle-même qu'un aspect
particulier du Centre du Monde. Ainsi, il n'y a eu de sauvés du déluge, au Pérou, que sept hommes, à
Cholula, que sept géants qui s'étaient réfugiés dans les grottes ; c'est ainsi également que les Kymris
donnaient à certaines cavernes le nom d'Arches de pierre (Maen Arches). Les sept dormeurs enfermés
dans une caverne près d'Éphèse étaient probablement, à l'origine, les sept Sages, qui correspondent eux-
mêmes aux sept rishis enfermés dans l'Arche avec Manou Vaivaswata.
Il est certain que ces sept cavernes, sept hommes, sept géants, sept dormeurs, sept sages et sept rishis se
rapportent aux sept planètes, mais il est plus que [45] douteux que tous ces symboles envisagent les astres
d'un même point de vue et visent le même degré de l'échelle d'influence. " Le temps se meut sur sept
roues ; il a sept nerfs ", dit Atharva-Veda, mais une partie de chaque roue est semblable, mais non pareille
aux autres. Si le Septénaire planétaire est un arc-en-ciel, la largeur de cet arc comprend plusieurs degrés de
luminosité. [ Je crois erronée la conception du Dr Allendy (Le Symbolisme des nombres, Paris, 1921, p. 178)
qui dit que " le Septénaire est comme l'étoile à 6 branches montée sur un pivot ; le septième terme est
comme la porte ouverte entre la terre et le ciel, et c'est pourquoi les sept couleurs de l'arc-en-ciel brillant
après le déluge de Noé furent considérées comme le signe d'alliance entre la terre et le ciel ". ]
Il est intéressant de remarquer que certains peuples de l'Antiquité attribuaient à leurs dieux (personnifiant
une parcelle de notre échelle) une gradation semblable à l'échelle de l'influence astrale. Ainsi les Mazdéens
croyaient à " Fravarshi " ou " Férouer ", une partie supérieure et immortelle de l'individu, être interne,
contre-partie spirituelle, élément le plus pur, véritable essence, etc., dont non seulement les hommes et la
nature sont pourvus, mais aussi les dieux.
" Les catholiques romains se sont emparés de ce prototype divin et éthéré (" Fravarshi " ou " Férouer "), dit
H.-P. Blavatsky [ La doctrine secrète, vol. 4, pp. 42-43. ] , " pour établir une prétendue différence entre leur
Dieu et ses anges et la divinité et ses aspects, c'est-à-dire les dieux des religions antiques. Ainsi, tout en
qualifiant de diables Mercure, Vénus, Jupiter (tant comme dieux que comme planètes), ils font en même
temps de Mercure le Férouer de leur Christ. Ce fait est indéniable. Vossius [ De Idol, II, 373 ] prouve que
Michel est le Mercure des païens ; Maury, ainsi que d'autres écrivains français, appuient cette opinion et
ajoutent que, suivant les grands théologiens. Mercure et le Soleil ne font qu'un ; il n'est pas étonnant,
pensent-ils, que Mercure, qui est si proche de la Sagesse [46] et du Verbe (le Soleil, doit être absorbé par
lui et confondu avec lui [ DE MIRVILLE , Pneumatologie, p.515 ]
" Cette manière de voir païenne fut acceptée dès le premier siècle de notre ère, comme le prouve l'original
des Actes des Apôtres. Michel est si bien le Mercure des nations grecque et autres, que lorsque les
habitants de Listra prirent Paul et Barnabé pour Mercure et Jupiter et s'écrièrent : " Les dieux sont
descendus parmi nous sous la forme humaine ", le texte ajoute : " Et ils appelèrent Barnabé Zeus, et Paul,
Hermès, parce qu'il était le conducteur du Verbe (logos). " " Michel est l'ange de la vision de Daniel, le Fils
de Dieu, " qui était semblable à un fils de l'homme ". C'est l'Hermès-Christos des Gnostiques, l'Anubis-
Syrius des Égyptiens, le Conseiller d'Osiris dans l'Amenti, le Léontoïde-Michel-Ophiomorphos des Ophites,
qui, sur certain" bijoux gnostiques, porte une tête de lion comme son père Ildabaoth. "
Les dieux et les démons [ Dans l'initiation hellénique le mot démon (ou plutôt, daïmôn) avait le sens noble
et hautain de " Moi supérieur ". Ce mot démon a pris avec l'Eglise romaine le sens d'esprit inférieur et
d'esprit du mal, tandis que pour le grec daïmôn avait le sens de génie divin et bienfaisant. Pour éviter toute
confusion je préfère employer pour le sens infernal le mot diable. Le changement du sens de ce mot est
une preuve que les dieux d'hier sont les diables d'aujourd'hui et que les dieux d'aujourd'hui deviendront
les diables à la prochaine révolution religieuse. ], les saints et les diables sont les faces différentes des
mêmes forces planétaires. " Hadès et Dionysos sont un seul et même Dieu ", proclamait Héraclite d'Éphèse
(535 et 475 av. J.-C.). " Le véritable nom de Satan est celui de Jéhovah retourné ", disent les Kabbalistes.
Enfin, le Christ (qui, dans l'ordre planétaire, est le Soleil), doit, d'après l'Évangile, descendre sur la terre "
comme l'éclair sort de l'Orient " [ MATHIEU, XXIV, 27 ], précisément sons la même forme et sous le même
symbole que Satan (qui est le diable ou [47] le côté ténébreux du même Soleil) que l'on voit tomber
comme l'éclair du ciel [ LUC, X, 18 ]
Les écrivains chrétiens se rendaient aussi compte des différents degrés de l'échelle de l'influence astrale.
Dans un travail de Damascius (VIe siècle) sur les Oracles chaldéens, il dit : " Dans ces oracles les sept
Cosmocrates du Monde [ Les Maîtres du Monde] dont saint Paul parle aussi, sont doubles : une partie est
préposée au gouvernement des Mondes supérieurs, les Mondes spirituels et sidéraux, et l'autre surveille le
Monde de la matière... " Évidemment, dans la matière les Cosmocrates sont, en quelque sorte, les "
Princes de ce Monde ".
L'échelle de l'influence astrale est le rayonnement du principe planétaire dans les différents plans de
l'existence universelle. " Tout principe naturel d'activité produit, dans sa durée d'action, une multiplication
de lui-même, comme le feu communiqué au bois, extrait de ce bois une plus grande quantité de feu ", dit
saint Thomas d'Aquin [ Traité de la Pierre Philosophale (Bibl. Rosicrucienne n° 6 Paris,1898, p.40]
Selon Saturnon, un des maîtres du Gnosticisme, le monde est l'œuvre de sept anges associés aux sept
planètes. L'échelle de l'influence de chaque planète a obligé l'Église d'ajouter à ces sept anges, incarnant
les plus hautes vibrations planétaires, d'autres êtres, correspondant à chaque nuance de l'effluve astrale.
Les sept planètes, sous leurs différents aspects, nous paraissent tantôt comme les créateurs, tantôt comme
les régénérateurs, tantôt comme les destructeurs, incarnant tous les aspects possibles de la divinité et des
forces secrètes de la nature et de l'inconnu. Pendant les mystères de la Passion d'Osiris en ancienne
Egypte, " dans certains temples ", dit A. Moret [A. MORET, Rois et dieux d'Egypte, Paris, 1923, p. 91 ], " on
déposait la statue (du dieu assassiné), sept jours durant, sur les branches de sycomore. Les gloses des
textes sacrés expliquent que c'est pour rappeler les sept mois passés par Osiris, avant sa naissance, dans le
sein de sa mère Nout, la déesse du sycomore : un jour compte pour un mois ; les sycomores sont pour
Nout... " Ici le nombre planétaire sept nous apparaît comme le nombre créateur non seulement de choses
terrestres, mais de dieu lui-même. Il faut rappeler qu'il exista parmi les chrétiens des premiers siècles la
tendance à faire naître la Vierge Marie après sept mois de gestation. Un passage du canon d'André de
Crète réfute cette tendance, qui se plaçait dans le même ordre d'idées que la naissance et la résurrection
d'Osiris.
L'histoire nous démontre que la connaissance de l'échelle de l'influence astrale était jadis universelle, mais
qu'au cours des âges, des pays et des religions, les hommes perdaient souvent les notions de ces
différentes gradations dans la structure métaphysique des corps célestes et considéraient les planètes
tantôt comme des anges, tantôt comme des diables. Il est intéressant de citer ici un texte mazdéen à ce
sujet.
" Tout bonheur et toute adversité qui atteignent les hommes et les autres créatures proviennent des sept
et des douze. Les douze signes du Zodiaque sont, la religion nous l'apprend, douze généraux aux côtés
d'Ormuzd. Les sept planètes sont, comme il est dit, sept généraux aux côtés d'Ahriman. Ces sept planètes
violentent toutes les créatures et les livrent à la mort et à toutes sortes d'afflictions. Des sept planètes
aussi bien que des douze signes du Zodiaque dépendent le sort et le gouvernement de ce monde-ci... " [ J.
Marqués-Rivière, Un texte Mazdéen inédit sur la Création dans Le Voile d'Isis, N° 130 d'octobre 1930, p.
741. ]
C'est une croyance générale des Mazdéens : la régularité du mouvement apparent suggère l'idée de l'ordre
et du bien, l'irrégularité, celle du désordre et du mal. D'après le Minokhired des Perses, tout le bien
provient les douze signes du Zodiaque munis d'un mouvement [49] régulier et considérés comme une
création d'Ahura-Mazda ; le mal proviendrait des sept planètes -œuvre d'Agna-Maynius,- affectées d'un
mouvement irrégulier [Une certaine vérité dénaturée réside dans cette croyance, car il y a une relation peu
soupçonnée aujourd'hui entre la nature d'un facteur astrologique quelconque et celle de son orbite. Les
astrologues négligent cette partie de la science, quoique de temps en temps, on signale cette relation dans
la presse astrologique. Ainsi, en 1922, Sepharial a fait, dans The British Journal of Astrology (N° de
novembre) quelques remarques intéressantes à ce point de vue : on sait que Vénus est le symbole de
l'harmonie, de la symétrie et de la beauté, or la nature a légué ces qualités à la planète dans sa trajectoire
circumsolaire, et Sepharial attire l'attention notamment sur la faible excentricité de l'orbite de Vénus,
quand on la compare à celle de Mercure et de Mars. Les mercuriens ont l'intelligence vive ; la pensée est
un élément souple, malléable comme le métal appelé " mercure " : l'excentricité de l'orbite est très
marquée en ce qui concerne Mercure ; Mars vient en deuxième lieu. Les personnes de ces deux planètes "
se déploient " en quelque sorte, les unes, surtout, dans le domaine mental, les autres particulièrement sur
le plan physique, tandis que Vénus est étrangère à ces deux extrêmes : son orbite est un cercle presque
parfait.]
Aux Indes, Nârada dit dans Anugîta : " Ainsi ces sept sens planétaires : l'odorat, le goût, la couleur, le son,
etc., symbolisés comme des Hâtris ou Prêtres, sont les causes de l'émancipation (de la matière) " ; et son
traducteur anglais ajoute : " C'est de ces sept que le Soi doit s'émanciper. " [ Le Brâhmana parlant de
l'institution des sept Prêtres sacrificateurs (les Hôtris),, dit " le nez, l'œil, la langue, la peau, l'oreille comme
cinquième (ou l'odorat, la vue, le toucher, le goût et l'ouïe), le mental et la compréhension, sont les sept
prêtres sacrificateurs, qui se tiennent séparément ", et qui " habitant dans un tout petit espace, ne
s'aperçoivent pourtant pas l'un l'autre ", sur ce plan des sens, - à l'exception du mental (Cf La Doctrine
Secrète-, de H.-P. Blavatsky, vol. 1, p. 76, 4" édition, franc. 1924. ]
Donc, pour les brahmanistes, l'élévation spirituelle est la sortie de " Soi " du joug de sept planètes,
considérées, en quelque sorte, comme les diables. Les brahmanistes orthodoxes croient également à
l'existence de sept enfers froids et de sept [50] enfers chauds (ce qui peut être mis en parallèle avec les
sept péchés capitaux).
L'ancienne Egypte a connu sept dieux de lumière et sept de ténèbres [ XVIe chap. du Livre des Morts, trad.
franç. de Pierret], prototypes des sept Esprits, de la Présence et des sept diables des Chrétiens. Les Anciens
semblent d'ailleurs avoir une notion plus nette que nous de l'échelle planétaire, et aussi de l'unité foncière
des êtres représentant les différents échelons de l'influence planétaire. Alors que les Chaldéens ont vécu
entourés de milliers d'esprits bénéfiques et maléfiques de toutes sortes, leurs hymnes clament :
... Sept ils sont sept
Ils ne sont pas mâles
Ils ne sont pas femelles,
Ils n'enfantent pas d'enfants... etc.
Cette échelle planétaire explique également pourquoi le même astre est paré des caractéristiques et des
qualités contradictoires. Ainsi, par exemple, les Polynésiens et les Indiens de l'Amérique du Sud placent
leur paradis dans la Lune - croyance qui a été partagée par les Grecs comme le témoigne Plutarque, qui,
dans son opuscule sur le Visage qu'on voit dans la Lune, mentionne l'opinion d'après laquelle cette planète
renferme les Champs-Elysées, alors que les Hindous la rattachent à la fois à un de leurs paradis et à un de
leurs enfers, les Kirghiz n'y voient que le principe tentateur, les Dayaks la prennent pour le principe du mal,
les Samoyèdes la considèrent comme le " mauvais œil du Ciel ", etc…-
Mais revenons à notre sujet.
Les livres sacrés du Christianisme, englobant les écrits de plusieurs siècles, renferment les traces de
plusieurs gradations de sept planètes. Le nombre sept se répète presque à chaque page de la Bible et il
est intéressant de noter que le mot hébraïque qui désigne ce [51] chiffre, signifie en même temps : " Faire
serment " [ Genèse, XXI -30 ] et, pour cela, le Septénaire avait un rapport avec la "conclusion des pactes
(Abraham, par exemple, donne sept agneaux à Abimelech). Fabre d'Olivet en rattache l'étymologie au sens
de : cycle, achèvement, conclusion, consommation.
" C'est chez les Juifs qu'il faut chercher une interprétation rationnelle du Septénaire ", dit le docteur R.
Allendy [ Le symbolisme des nombres, pp. 219-222] ; " il figure avec une fréquente toute particulière dans
les textes sacrés judéo-chrétiens, revêtant des significations quelque peu distinctes, mais toutes en rapport
avec l'idée d'évolution et de perfectionnement.
" C'est d'abord le nombre de la purification. On arrosait sept fois le lépreux du sang d'un passereau ; on se
lavait sept fois dans le Jourdain pour être guéri [ IV Reg., V - 10. ]. ; celui qui avait touché un cadavre était
impur pendant sept jours. C'est aussi le nombre de la pénitence, de l'expiration, de la vengeance :
le Lévitique prescrit une pénitence de sept ans pour chaque péché ; les esclaves étaient libérés la septième
année ; Jacob servit sept ans pour Rachel. Le crime de Caïn sera vengé sept fois ; le deuil durait sept jours
et le peuple d'Israël pleura sept jours la mort de Jacob [ Gen., I, 10 ; Judith, XVI, 29 ; Eccl., XXII, 13 ;
Ezechiel, III,15. ]Le Seigneur prescrivit de manger pendant sept jours le pain sans levain [ Exod., XII, 15. ] . Il
y a sept pardons à accorder soixante-dix-sept fois [ Matth., XVIII, 22 ; Luc. XVII, 4. ] ; l'infidélité reçoit un
septuple châtiment [ Is., XI, 2-3. ] ; il y a les sept douleurs, les sept temps de la pénitence, les sept démons
de Madeleine [ Marc, XVI, 9. Jusqu'à ce moment, cette nomenclature se trouve en rapport avec le côté
ténébreux de l'influence astrale, c'est-à-dire concerne nos sept diables. ]
Le Septénaire est en [52] honneur dans les sacrifices, les consécrations, les prières ; on immole
généralement sept animaux de la même espèce (1) ; les aspersions se répètent sept fois (2) ; il faut sept
jours pour la consécration d'Aaron et de ses fils (3) et pour la consécration de l'autel (4) ; Balaam dressa
sept autels (5) ; sept trompettes firent sept fois le tour de Jéricho, le septième jour (6) ; il faut adresser sept
louanges quotidiennes à Dieu (7) (ce qui servit de base à la règle des Bénédictins) ; le septième jour est
consacré au Seigneur (8) ; Moïse resta sept jours en prière ; il y a sept jours des Azimes (9) et sept jours de
fêtes des Tabernacles (10) ; Jésus crucifié prononça sept paroles ; sept Macchabées furent suppliciés. Le
nombre sept apparaît enfin comme agent d'évolution, comme type de période, comme règle du monde
intelligible ; il y a sept esprits devant le trône de Dieu (11), sept anges qui se tiennent en face du Seigneur :
Raphaël, Gabriel, Michaël, Camaël, Hamaël, Zadkiel et Zaphkiel. Il y a sept patriarches : Abraham, Isaac,
Jacob, Moïse, Aaron, Joseph et David ; Zacharie vit sept lames, et dans l'Apocalypse, il y a sept candélabres
(12), sept étoiles (13), sept esprits (14), sept
____________________________________________
(1) Lév., XXIII, 18; Num., XXIII, 1; XXVIII, 11; Job., XLII, 8.
(2) Lév., IV, 6 ; XIV, 7 ; XV, 14 ; Num. XIX, 4.
(3) Exod., XXIX, 35.
(4) Exod., XXIX, 37.
(5) Num., XXIII, 4.
(6) Josué, VI, 4-16.
(7) ps., CXVIII, 164.
(8) Exod., XX, 10.
(9) Exod., XII, 15.
(10) Lév., XXIII, 34.
(11) Tobie, XII, 15. A partir de ce moment la nomenclature passa dans le plan mystique.
(12) Apoc., I, 12.
(13) I, 16.
(14) III, 1. [53]
______________________________________________________
lampes (1), sept sceaux (2), sept cornes et sept yeux (3), sept anges et sept trompettes (4), sept tonnerres
(5). sept têtes et sept diadèmes (6), sept anges et sept plaies (7), sept montagnes et sept rois (8), etc., etc.
La création a eu lieu en sept jours (9) ; le déluge arriva le septième jour ; Noé introduit dans l'Arche sept
couples d'animaux purs et impurs et sept couples d'oiseaux du ciel (10) ; il eut sept fils qui reçurent chacun
un don particulier du Créateur. Joseph explique les sept vaches et les sept épis du songe (11) ; il y eut sept
ans de fertilité et sept ans de stérilité ; sept nations furent exterminées devant Israël (12) ; dans le
Deutéronome, sept peuples avaient la Terre de promission ; il y a sept semaines entre Pâques et la
Pentecôte (13) ; le juste fait sept chutes (14) ; il y a sept démons de la rechute, mais il y a aussi sept dons
du Saint-Esprit (15). Jésus distribue sept pains (16). Il y a sept églises auxquelles écrit saint Jean (17) ; sept
diacres (18). Les sept étoiles vues dans la main du Christ à la Rédemption sont considérées comme un
symbole des sept principes de l'homme. Il faut voir également dans le chandelier à sept branches (19) un
symbole des sept formes de l'énergie créatrice... "
___________________________________________
(l) IV, 5.
(2) V, l.
(3) V, 6.
(4) VIII, 2.
(5) VIII, 8.
(6) XII, 3.
(7) XV, 1.
(8) XVII, 9.
(9) Gen., I, 5-31 ; II, 2 ; Ex., XX, 10.
(10) Gen., VII, 2-3.
(11) Gen., XLI, 26.
(12) Deut., VII, 1.
(13) Lév-, XXIII, 15.
(14) Prov., XXIV, 10.
(15) Is., XI, 2-3.
(16) Marc., VII, 12.
(17) Apoc., I, 4.
(18) Act., VI, 3.
(19) Exod., XXV, 31. [54]
____________________________________________________
Cette longue nomenclature n'épuise pas toutes les allusions judéo-chrétiennes aux différentes gradations
des planètes. L'Église se sert beaucoup du septénaire planétaire dans la liturgie et ses enseignements,
notamment avec les messes des défunts au septième jour" les heures canoniales" les ordres de la prêtrise,
les psaumes de la pénitence, etc.
Bien que Jésus ait extrait de Marie la Gamaléenne les sept diables et qu'ils soient définitivement entrés
dans le Christianisme, l'Église n'a jamais pris de décisions dogmatiques dont la définition du diable (ou des
diables) ait été l'objet. Cependant, il est permis d'associer :
le Soleil avec Satan - l'opposé de Dieu
Mercure avec Bélial - esprit de la perfidie ;
Vénus avec Lucifer-- esprit de la lumière astrale ;
Mars avec Asmodée - ange exterminateur ;
Jupiter avec Beelzébuth - prince des démons ;
et Saturne avec Samael - prince des airs et ange du jugement.
Ces sept diables s'associent avec les sept archanges dont ils sont les complémentaires. Les uns, comme les
autres, sont les polarités d'une seule chose : les planètes. Les vertus capitales dirigées par les archanges
s'opposent aux péchés capitaux influence diabolique - ; mais les vertus et les vices sont les modalités
différentes d'une même essence sidérale. Les diables et les péchés sont la. suite logique des archanges et
des vertus, leur prolongation ténébreuse, pour ainsi dire, comme on le voit dans ce tableau.

Michaël Foi SOLEIL Orgueil Satan

Gabriel Espérance LUNE Envie Python

Raphaël Charité MERCURE Avarice Bélial

Anaël Tempérance VÉNUS Luxure Lucifer

Samuel Force MARS Colère Asmôdée

Zadkiel Justice JUPITER Gourmandise Beelzébuth

Cassiel Prudence SATURNE Paresse Samael

[55]
L'association des archanges avec les diables n'est pas de notre invention, comme certains pourraient avoir
tendance à le croire. La légende judéo-chrétienne elle-même associe parfois les génies planétaires avec les
diables. " Comprenez-vous maintenant la fable de Satan disputant à Michaël [ Le génie solaire.
Remarquons que les Ophites grecs avaient identifié St-Michel avec leur Ophiomorphos, esprit rebelle et
contraire. ] le corps de Moïse ? " demande Éliphas Lévi dans sa LXXXVe lettre au baron Spédaliéri [ Le Voile
d'Isis, N° 32-33, août-septembre 1922, p. 593.] , et il raconte la fin de cette légende : " Michaël n'osa pas
maudire Satan, mais il lui dit : " Que le Seigneur te commande. "
" Satan alors s'arrêta et dit : " Quel commandement veux-tu qu'il me fasse ? ". Michaël, cependant, avait
soulevé le grand corps du prophète en le prenant par le buste, sous les bras, mais il ne pouvait le soulever
de terre, car il était d'un poids supérieur à la force d'un ange.
" Que Dieu te commande, dit Michaël, de prendre ce corps par les pieds et de m'aider à l'enlever au Ciel. "
Et Satan obéit à la parole de l'ange parce que l'ange ne l'avait pas maudit... "
C'est l'activité commune des effluves " bonnes " et " mauvaises " constituant la nature astrologique du
Soleil qui permet cette coordination des efforts de Michaël incarnant la bonne influence, et de Satan
personnifiant la mauvaise. L'ange, principe supérieur (par rapport au diable), prend la tête, siège de l'esprit
; Satan, principe inférieur, prend les pieds. Un profond symbolisme est caché dans ce récit.
Les recherches historiques ont prouvé que le Livre de l'Ascension de Moïse contenant cette légende, est
d'inspiration essénienne et il est bien possible que les relations de Jésus, en tant que symbole solaire, et de
Satan, ont été de même nature : cet épisode de la légende chrétienne n'était, peut-être, que calqué sur le
[56] modèle fourni par le Livre des Jubilés racontant la lutte entre Moïse et Satan, et par l'Ascension de
Moïse [ Le livre des Jubilés est l'un des plus vieux textes qui nous renseignent sur l'animosité qui règne
entre Satan " l'accusateur " et les bons anges. Voir Moïse dans l'histoire et dans la légende de M.-A. Halévy
(Paris, 1927, pp. 91 et suiv.). ]
Ce rapport entre Michaël, Soleil et Satan est confirmé par l'ésotérisme juif : selon la Kabbale, les armées de
Dieu sont au nombre de deux : dans le ciel, les légions de Michaël - ange solaire - ; dans l'abîme, les légions
de Satan - démon solaire.
Les attributs et les symboles de Satan sont purement solaires. Le serpent, par exemple, paraît tantôt
comme le symbole du Christ (serpent de vie), tantôt comme celui de Satan (serpent qui représente la
mort), et nous les trouvons unis dans la curieuse figuration de l' " amphisbène " ou serpent à deux têtes,
dont l'une représente le Christ et l'autre Satan. Le corps de serpent gnostique, dans la Pistis Sophia [ Il est
possible que la Pistis Sophia attribuée arbitrairement par certains à Valentin, soit un ouvrage pré-chrétien
en. ce qui concerne son original. Dans le texte, la paternité du livre est attribuée à l'apôtre Philippe. ] , est
partagé suivant le Zodiaque - ce que figure donc l'ensemble des cycles de la manifestation universelle. Le
double symbolisme du serpent peut provenir en partie de l'échelle de l'influence planétaire.
Toutes ces " formes " sont évidemment symboliques, car elles se rapportent aux mondes invisibles dont
quelques-uns sont " sans formes " . Les grands voyants " voient " et " sentent " les différentes gradations
de l'influence astrale et, selon la tendance commune à tous les mystiques, les décrivent comme des êtres
indépendants les uns des autres. Catherine Emmerich, par exemple, a eu la vision suivante :
" Chacun des trois archanges Michel, Gabriel, Raphaël [c'est-à-dire les génies du Soleil, Lune et
Mercure.] avait au-dessous de lui trois des neuf chœurs [57] d'anges. En outre, quatre grands anges
lumineux [Quatre autres planètes connues par les Anciens ], entièrement voilés par leurs ailes, se
mouvaient continuellement en cercle autour de ces trois... Ce sont les Elohims et... ils sont les
administrateurs et les distributeurs des grâces surabondantes de Dieu et les répandent vers les quatre
points cardinaux du monde...
" ...J'ai vu souvent que trois chœurs d'anges, qui étaient plus élevés que les archanges, tombèrent tout
entiers, mais que tous pourtant ne furent pas précipités dans l'enfer, et qu'une partie qui éprouvait une
espèce de repentir resta hors de l'enfer. Ce sont les esprits des planètes qui viennent sur la terre pour
égarer les hommes...
" ...Ils agissent sur tout ce qui vit sur la terre et sur les hommes au moment de leur naissance... Je vis
dans leurs planètes des formes ressemblant à des végétaux et à des arbres... Il me semble aussi que chacun
de ces corps planétaires a quelque chose d'un métal... [Une curieuse perception des correspondances
planétaires des plantes et métaux faite par clairvoyance. ]
" ...Ces esprits ne sont pas diaphanes et attrayants comme des anges ; ils reluisent à la vérité, mais c'est
une lueur extérieure et trouble, c'est comme un reflet. Les uns sont paresseux, languissants, rêveurs,
mélancoliques, les autres violents, irascibles, farouches, obstinés, pleins de raideur, ou bien encore fertiles
en jongleries, etc. C'est comme s'ils étaient des passions... Ces esprits s'attachent avec une ténacité
extraordinaire à l'âme humaine. Ils provoquent dans l'homme des convoitises et des pensées de toute
espèce. Toute leur personne est pleine de rayonnements et d'amours attrayants, comme d'aiguillons
subtils ; ils ne produisent par eux-mêmes aucun acte, mais ils soustraient l'homme aux influences divines ;
ils l'ouvrent au monde, l'enivrent de lui-même, le lient, l'attachent à la terre de diverses manières ; quand il
leur cède, il entre dans les [58 ] ténèbres. J'ai vu comment la macération et le jeûne affaiblissent beaucoup
l'influence de ces esprits.
" J'ai vu que certaines inclinations et antipathies des hommes, certains désirs et dégoûts involontaires
dépendent de ces influences... " [Cité d'après Le Voile d'Isis, N° 132, décembre 1930, pp. 901 et 902. ]
Telles sont les visions de la grande mystique catholique. Elles paraîtront peut-être vagues aux yeux de la
mentalité actuelle qui réclame des contours nets et des formules définies, mais elles sont infiniment
précieuses pour nous. Tout ce qui concerne le caractère des personnages chrétiens dans leurs rapports
avec les planètes ou les signes du Zodiaque, est très vague et imprécis dans renseignement de l'Eglise.
Ainsi, par exemple, au point de vue strictement hagiographique, nous ne savons pas grand chose de
Michaël, Micaël ou Michel, le vainqueur des anges rebelles dont le nom signifie " qui est semblable à Dieu
". Les Hébreux l'appelaient " le Grand Scribe ", car selon les croyances populaires, il tenait au Ciel le registre
des mérites des Élus et en marquait la chronologie, comme le Soleil par ses révolutions marque le temps.
Dans les textes sacrés [ Daniel, X, 13-21 ; XII, 1 ; Ep. de St Jude, 9 ; Apocalypse, Xn, 7 et 9. ] , il est considéré
comme le chef des Hiérarchies célestes, comme le Soleil est le chef des planètes. Si les Pères de l'Église ne
sont point très prolixes à son sujet, les traditions rabbiniques sur Michaël sont, par contre, nombreuses et,
comme nous l'avons dit plus haut, elles l'opposent souvent à Satan et à Samaël, accusateur et ennemi
d'Israël, associant par cette opposition la bonne (Michaël) et la mauvaise (Satan) influence du Soleil.
Nous devons faire ici une remarque à propos de Samaël : souvent, par confusion et incompréhension, on
applique le nom de Satan aux autres diables planétaires, en faisant du Soleil noir non pas un nom [59]
propre, mais en quelque sorte un nom commun, comme le démon ou le diable. Surtout, on confond Satan
avec l'ange ténébreux de Saturne - Samaël - ce qui explique l'opposition de Michaël et Samaël dans la
tradition rabbinique.
Mais revenons aux personnages solaires. Selon l'hypothèse de Saintyves, exposée dans Les Saints
Successeurs des Dieux, les théologiens et les Pères de l'Église, mus par un sentiment louable, ont cherché à
concilier les croyances populaires issues du paganisme, avec les idées chrétiennes dont ils cherchaient à
faciliter la rapide diffusion. Saintyves assimile saint Michel, vainqueur du dragon, à Hercule terrassant
l'Hydre de Lerne, et nous savons depuis longtemps qu'Hercule symbolise le Soleil [ et non Mercure, comme
affirme H.-P. Blavatsky. ] , et ses douze travaux le cycle zodiacal que parcourt l'astre du jour dans sa
révolution annuelle.
Les auteurs de la littérature talmudique et rabbinique ont remplacé souvent le nom de Satan par celui de
l'Ange de la Mort. " On préférait cependant la qualification d'ange de la mort, afin de faire de cet être
céleste un subordonné de Dieu, et d'éviter de la sorte la croyance au dualisme divin qu'impliquait l'idée
deSatan ", dit M. A. Halévy [ Moïse, p.136. ].
Cela peut nous mener bien loin. Il existe dans toutes les religions une tradition sur le " Soleil des morts ", "
Soleil sombre ", et " les dieux solaires aux visages noirs " ayant un rapport direct avec le domaine de la
mort (Hadès, Osiris, etc.). On peut voir dans ce remplacement du nom de Satan par celui de l'Ange de la
Mort encore une allusion à la nature solaire de Satan.
Les premiers gnostiques enseignaient ouvertement, que " le Soleil de ce monde est double... Soleil blanc et
Soleil noir, Michaël et Samaël ", dit T. Basilide [ Doctrine des premiers Gnostiques dans Le Voile d'Isis N°
128-129, août-septembre 1930, p. 668. ] donnant la preuve de la confusion entre le diable du Soleil et celui
de Saturne.
" Les occultistes savent ", répète H.-P. Blavatsky, " que le Soleil... était l'emblème astronomique et
cosmique des deux lumières opposées et des deux serpents des Gnostiques, le bon et le mauvais... " [La
Doctrine Secrète, vol. IIIe, p. 260. ]
" Dans les effets karmiques qui se déroulent sur laterre se manifestent ces influences cachées du Soleil ",
dit de son côté Rudolf Steiner dans une de ses conférences [ 7° conférence sur 1' " Evolution Spirituelle et
Physiquedu Monde et de l'Humanité " dans La Science Spirituelle, N° 6-7 de 6- année, Eté 1927, p. 314.]
Et voici dans quels termes résume son credo à ce sujet un groupe occultiste moderne :
" Satan et le Fils, le second terme de la Trinité, sont un. Deux contraires en un seul, deux pôles du même
axe. Celui qui s'incline devant le Fils s'incline devant son ennemi Satan, et celui qui va à la messe noire croit
prier Satan, mais prie le Christ, et dans la pénombre des âmes le Noir et le Blanc se retrouvent en un seul
enlacement... " [La Flèche, organe d'action magique, Paris, N° 2 du 16-novembre 1930. ]
Ce mystère de Satan est un des plus dangereux, car c'est un des chemins qui mènent directement au
satanisme. Il faut regarder avec calme " l'enlacement " du Christ et de Satan, l'enlacement des bons et
mauvais rayons du Soleil pour ne pas être séduit par le désir d'adorer le Noir et l'identifier au Blanc, car
leurs gradations et plans ne sont pas les mêmes. La géométrie symbolique nous aidera peut-être à
comprendre cette idée : si le triangle représente le Christ solaire des Kabbalistes, ce même triangle inversé
(c'est-à-dire la pointe en bas) est l'idéogramme de l'Ombre solaire, de la chute de la spiritualité ou de
Satan. Le sceau de Salomon - deux triangles entrelacés - sera l'image du vrai Soleil englobant la bonne et la
mauvaise influence. [61] Le dieu et le diable sont nécessaires tous les deux pour créer l'harmonie de
l'Unité. C'est pourquoi, au Xe siècle, " on racontait qu'il arrivait au Pape (Jean XII, 956-964), de boire à la,
santé du diable " [D'après Mgr. Duchesne. Cité par F. Sartiaux, Foi et Science au Moyen Age, Paris, 1926, p.
40. ]
C'est à ce Soleil ténébreux et noir que se rattache la Bête de l'Apocalypse dont le nombre est 666. Selon E.-
H. Moggridge [ The Antichrist. Personal Future (1914), ] " comme le livre de la Révélation fut écrit en
langue grecque, c'est par le grec qu'il faut réduire le nombre. Or, 66 peut se ramener à 600, 60 et 6,
correspondant respectivement aux lettres Khi, Xi et au caractère Stigma (ne pas confondre avec la lettre
Sigma), caractère qui. est encore employé pour six. Nous avons donc la lettre Khi, dont ta valeur est 600 et
qui est le nombre mystique ancien du Soleil " la lettre Xi, dont la valeur est 60, dont la signification
mystique est le Serpent [ Dont le symbolisme est lié dans le plan cosmosophique avec le cercle zodiacal. ];
le caractère Stigma dont la valeur est six et la signification Seth, l'homme. Et ici il y a lieu de remarquer que
six en hébreu se dit Seth , Sesh, en chaldéen ou araméen ; Set en égyptien ; Shash en persan, etc. Ainsi le
titre de la bête est 600-60-6, ou Xi-Stigma ou Soleil-Serpent-Seth, ou en langue de Chanaan ou d'Egypte Ra-
Ab-Seth.
" Et ce nom, continue l'auteur, n'est pas sans rapport avec l'Ab-Ra-Shch ou l'Abraxas de certaines sectes
gnostiques. " [ ARGOS, D'un livre curieux sur les Derniers Temps dans Le Voile d'Isis, n°139 de juillet 1931,
p.418 ]. Donc, Soleil-Serpent-Seth ou l'Homme du Soleil zodiacal (car c'est ainsi qu'on peut traduire cette
expression mystique), est le côté noir de l'Abraxas qui est le reflet terrestre du Divin Soleil christique. En
somme, dans Satan et la Bête de l'Apocalypse, noua avons la continuation des gradations lumineuses du
Christ - gradations qui peuvent être réduites au schéma suivant :
[ 62] Lumière : Soleil spirituel, la plus haute conception du Christ.
Premier obscurcissement : Lion solaire, la plus haute lumière dans le plan zodiacal. Jésus comme
personnalité.
Lumière sur la Terre : Christ terrestre, lumière dans le monde physique [ Dont Melchissédec est le
symbole préchrétien. ]. - Abraxas, un des aspects du Christ terrestre assujetti au cycle de l'orbite de notre
Terre.
Ténèbres sur la Terre : Bête de l'Apocalypse, Homme du Soleil noir. Le reflet de Satan métaphysique dans
la vie humaine.
Ténèbres : Satan, le Soleil noir.
Le nombre 666 peut être appliqué à presque toutes ces gradations, mais le Christianisme n'y voit qu'un
seul des aspects de ce nombre, qui est un des principaux du Soleil. " C'est ici la sagesse ", dit l'Apocalypse
[XIII,18] : " Que celui qui a de l'intelligence calcule le nombre de la bête : car c'est un nombre d'hommes, et
son nombre est 666. "
L'aspect ténébreux de ce nombre explique pourquoi on voyait ses incarnations dans Néron ou dans les
gnostiques [" Jean nous pose l'énigme de 666 ", dit Dr P. nommés dans Mélanges de Kabbale : " chiffre qui
ressort du sixième sceau, celui du Soleil noir,, jour de Colère.. L'on a résolu le problème par NRFN
306 + QSR 360 (Sh TNA,). Sattan = 668, l'empereur Néron. Il est remarquable qu'en grec précisément
Panthéismos = 665 + 1,1' ensemble = 666. Panathéismos et Panathesmios, au-dessus de toute loi, comme
Antiochus, le type daniélite de l'Antéchrist. L'Apocalypse, serait-elle dirigée contre le Panthéisme gnostique
identique au Panathéisme ? ". ], mais "il est à remarquer", dit [Link]énon [Sheth dans Le Voile d'Isis, n°142
d'oct. 1931, p.591-592.], "que le nombre 666… n'a pas une signification exclusivement maléfique; s'il est
"le nombre de la Bête", il est tout d'abord un nombre solaire et… il est celui d'Hakathriel ou l' " Ange de la
Couronne ".
D'autre part, ce nombre est également donné par le nom de Sorath, qui est, suivant les Kabbalistes, le
démon solaire, opposé comme tel à l'archange Mikaël, et ceci se rapporte aux deux faces de Metraton
; Sorath est en outre l'anagramme de Sthur, qui signifie "chose cachée ", est-ce là le " nom de mystère "
dont parle l'Apocalypse ? Mais, si sathar signifie " cacher ", il signifie aussi " protéger " ; et, en arabe, le
même mot satar évoque presque uniquement l'idée de protection, et même souvent d'une protection
divine et providentielle... " Et dans une note marginale, R. Guenon ajoute : " Pourrait-on, sans trop de
fantaisie linguistique, en rapprocher le grec sôter, " sauveur " ? Et faut-il dire à ce propos qu'il peut et qu'il
doit même y avoir, entre les désignations du Christ (El-Messiah) et celles de l'Antéchrist (El-Messikh), une
singulière ressemblance ? "
La littérature consacrée au " nombre de la Bête " est immense et nous ne pouvons nous y arrêter. Notons
seulement que " la merveilleuse Loi des correspondances, le deuxième des principes hermétiques, nous
permet de comprendre que le 666 ne se rapporte pas seulement au nom d'un ou de plusieurs personnages
humains, mais aussi à de profondes vérités cosmologiques et métaphysiques ", comme dit la princesse
Karadja (1), dont l'article [64] fournit quelques nouvelles preuves de ce que nous avançons. " La Mitre
papale porte cette inscription remarquable VICARIUS FILII DEI (le substitut du Fils de Dieu), laquelle par
Gematria latine donne 666 ", affirme-t-elle par exemple, et cette traduction rattache ce nombre au
symbolisme du Lion solaire.
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(1) " La Bête de l'Apocalypse " dans " l'Astrosophie ", vol. VI, N° 1 de septembre 1931. Voici un passage des
plus intéressants, quoique personnel et discutable :
" La Bête " THERION " = T R I 0 N
400 + 200 + 10 - 6 + 50 = 666
correspond à l'Antéchrist. Il est le rejeton du " Dragon " et du " Serpent ". Le Dragon était censé avoir son
siège dans l'étoile polaire. Sa mauvaise influence affecta toutes les constellations. Il est écrit dans
l'Apocalypse (XII, 4) que " sa queue entraîna le tiers des étoiles du ciel et les jeta sur la terre ". En d'autres
termes... pareilles à d'immenses ampoules électriques, ces étoiles s'éteignirent immédiatement. Des soleils
radieux furent ainsi transformés en sombres planètes... Un vague souvenir de cette immense catastrophe
cosmique subsiste encore sur la terre et a donné naissance aux légendes de Dieux Solaires " tués " par un
ennemi traître : Osiris, Balder, etc... Le nom de la Divinité Solaire HO SERAPIS produit le chiffre 666, si on
se' sert de la Gematria grecque.
OSERAPIS = 70 + 200 + 5 + 100 + 1+ 80 + 10 + 200 = 666
Le nom hébreu du Soleil était SVRT. Ici aussi le nombre fatal réapparaît :
SVRT = 60 + 6 + 200 + 400 = 666
Ceci nous aide à comprendre pourquoi l'adoration de la Divinité Solaire déchue fut strictement défendue
par Moïse "...
Ce rapport entre Dragon siégeant dans l'étoile polaire et le nombre de la bête nous ramène au courant
hyperboréen dont nous avons parlé dans le chapitre précédent, - courant qui a détruit la hiérarchie
naturelle des facteurs astrologiques et produit la confusion qui marque le symbolisme de l'époque
historique.
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Nous avons fourni suffisamment de preuves pour convaincre le lecteur de la signification solaire de Satan.
Comme le Soleil est le chef des sept planètes, ainsi, selon certains kabbalistes, Satan est le seigneur des
sept demeures de l'Hadès, et ces sept demeures peuvent être comparées aux sept " climats " des Anciens,
avec lesquels elles sont en correspondance évidente (1). Les sept demeures de l'Hadès sont, en quelque
sorte, les sept " climats " terrestres transportés dans le plan infernal, chacune dirigée par un diable
planétaire sous l'obédience générale de Satan. [65]
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(1) Ces " climats " sont peu connus actuellement et il me semble utile de rappeler leurs principes.
Au solstice d'été, le Soleil de midi est au zénith, darde des rayons verticaux, supprime les ombres, au-
dessus du Tropique du Cancer. Au solstice d'hiver, c'est le Tropique du Capricorne. Des anciens,
probablement des Chaldéens ou peut-être des Atlantes, avaient imaginé de diviser la zone de verticalité du
Soleil en six parties égales correspondant chacune en moyenne au déplacement de l'aplomb solaire
pendant un mois. Cela faisait six régions, donc sept si l'on ajoutait tout l'espace compris entre le Tropique
du Cancer et le Pôle Nord. C'est ce qui fût appelé les sept " climats " et nullement dans le sens que nous
attachons à ce mot : le premier " climat " est gouverné par Saturne, le deuxième - par Jupiter, le troisième
par Mars, le quatrième - par le Soleil, le cinquième - par Vénus, le sixième - par Mercure et le septième -
par la Lune (qui correspond au Tropique du Cancer). Les Chinois avaient adopté ce système bien avant
notre ère. Chez les Hindous, ces climats sont devenus des îles, dont la centrale, au milieu de laquelle
s'élevait le Mont Méru, cône fiché en Terre, par sa pointe, était circulaire et se nommait Jambu-Dvipâ, l'île
de l'arbre aux pommes roses. Tout autour d'elle se rangeaient six îles annulaires que séparaient des
océans.
Nous retrouvons la même conception chez les anciens Mexicains qui représentaient la Terre entourée de
sept atmosphères ou sept mondes aériens ayant chacun son centre et son habitacle particuliers.
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La tradition judéo-chrétienne n'est pas seule à parler de ces sept diables planétaires. Cette doctrine est
vraiment universelle. Citons comme un exemple connu les sept tours du diable des Yézidis - objet de la
terreur superstitieuse des autres peuples de la Mésopotamie et du Kurdistan.
En ce qui concerne tout particulièrement le double Soleil blanc et noir, divin, et diabolique, il existe dans
l'Hindouisme. Rig-Vêda Samhita dit que son " ombre protectrice est à la fois celle de la vie et celle de la
mort" [X, 121, 2 ], la vie étant universellement liée à la lumière et à la mort, aux forces supérieures et aux
forces des ténèbres. Atharva-Vêda dit que le Soleil tu" et vivifie à, la fois [XIII, 3, 3 ], et ces citations
peuvent être multipliées à l'infini.
Pour Julien l'Apostat, un des empereurs les plus instruits en matière ésotérique, Hadès et Hélios (qu'il
identifiait avec Dionysos), étaient un seul et même dieu [ P. Morizot, Julien l'Apostat dans La
Science Spirituelle, N° de mars 1934, p. 244 et 245. ] . Il avait même fait allusion dans ses écrits [66] aux
trois soleils : Soleil de l'au-delà, somme de toute existence prénatale ; Soleil des forces
cosmiques, accomplissement de toute sagesse, et Soleil d'en deçà, plénitude de la divinité. Aucun de ces
trois Soleils n'est, il est vrai, l'équivalent de Satan chrétien, qui est la plus sombre expression des forces
diaboliques qui existent dans le Monde ; pour Julien l'Apostat, c'est évidemment le Soleil des forces
cosmiques qui est la manifestation solaire la plus basse, et il est opportun de se rappeler que la plupart des
occultistes, y compris Stanislas de Guaïta, lient la création de l'Univers matériel avec la chute des anges,
c'est-à-dire avec l'apparition des diables. " Cette chute des anges a une portée colossale en cosmogonie,
portée d'ailleurs insoupçonnée assez communément ", dit-il [Le problème du Mal, 1949,p.43 ] ; " il ne s'agit
de rien moins que de la création des tourbillons d'astres qui constituent l'univers sensible. "
Toutes les entités diaboliques n'ont pas une physionomie planétaire aussi déterminée et nette que Satan.
Les démonologues ont accumulé les descriptions fantaisistes de l'aspect physique des diables, en oubliant
fréquemment leur principe planétaire. Ainsi, l'on présente Asmodée, ange exterminateur, comme
surintendant aux enfers des maisons de jeu, on le dépeint comme ayant trois têtes, une de bélier, une de
taureau et une d'homme, une queue de serpent et des pieds d'oie, il monte un cheval ou un dragon ; on
fait parfois de lui le diable de la Lune au lieu de celui de Mars. Ses trois têtes sont visiblement une réplique
moyenâgeuse de la triple Hécate [ Voir notre Astrologie Lunaire. ] . Le fait que Asmodée se transcrit
Ashmodai (ASHMDI), et donne, selon les kabbalistes, le nombre 355, c'est-à-dire celui de l'année lunaire
[Dr A. nommés, Le sceau du, Septénaire dans l'Evangile, reproduit par Le Voile d'Isis, 1933, N° 158, p. 86.] ,
semble avoir contribué à cette confusion.
Chacun de ces sept diables a sa mythologie souvent [67] curieuse et révélatrice, mais nous ne pouvons pas
transformer ce livre sur l'Esotérisme de l'Astrologie en un essai interprétatif de la démonologie. En ce qui
concerne Asmodée, mentionné pour la première fois au Livre de Tobie où il fait mourir successivement les
sept maris de Sara, fille de Raguel, on a fait de lui le fils incestueux de Tubal Caïn (une figure éminemment
martienne) et de sa sœur Noéma. En 1633, dans le procès d'Urbain Grandier, il comparut devant l'évêque
de Poitiers comme un des principaux incubes des Ursulines de Loudun. Faut-il rappeler que la sexualité
active, masculine, des incubes, se rattache à Mars et exclut, de ce fait, la prétendue correspondance
d'Asmodée avec la Lune ?
Le diable qui, après Satan, occupe une place particulièrement importante dans le Christianisme est celui de
Vénus - Lucifer -, démon de l'ivresse érotique et de la passion amoureuse. La condamnation de la luxure
par l'Église est certainement pour beaucoup dans cette mise en relief de Lucifer. L'Anthroposophie de
Rudolf Steiner a fait même de ce diable la pierre angulaire de son enseignement, mais il nous est
impossible de le suivre dans ses développements purement personnels.
Rappelons que le centre de l'enfer du Dante est occupé par les parties sexuelles de Lucifer. Comme planète
" bénéfique ", Vénus, même sous son aspect infernal et diabolique, indique la stabilité, - voici pourquoi on
a placé dans le centre de l'enfer le phallus du diable vénusien. Remarquez bien qu'on a choisi Lucifer et non
Satan, Belzébuth ou autre, car il n'y a que deux planètes nettement " sexuelles " dans le ciel, Vénus et
Mars, la première passive et la seconde active, et pour l'Initiation christique la sexualité passive, l'abandon
sexuel est encore plus dangereux que la sexualité active et vigoureuse de Mars.
" Toute l'antiquité... a représenté dans ses tables astronomiques Vénus par un globe posé au-dessous
d'une croix, et la Terre par un globe sous une croix ", dit [68] H.-P. Blavatsky [ La doctrine secrète, vol. III de
l'édition franc., p. 38. ] ; " la signification ésotérique de ceci, c'est la chute de la Terre dans la génération ou
dans la reproduction de ses espèces au moyen de l'union sexuelle [ou le péché originel qui est la chute
dans le cosmisme et qui se répand non seulement sur l'humanité, mais sur la Terre; toute entière ].
Toutefois les nations occidentales venues après n'ont pas manqué de donner à cela une signification toute
différente. Par la bouche de leurs mystiques. - guidés par les lumières de l'Église latine - ils interprétèrent
ce signe comme voulant dire que notre Terre, avec tout ce qui se trouvait sur elle, avait été sauvée par la
Croix, tandis que Vénus - autrement dit. Lucifer... - la foulait aux pieds... "
Vénus, comme planète inférieure (par rapport à l'orbite de la Terre), présente les mêmes phases que la
Lune. Il existe de rares personnes qui voient les phases. vénusiennes à l'œil nu. Donc, le croissant lunaire
peut être attribué, à ce point de vue, à cette planète et, en effet, nous le trouvons dans les cornes de
Lucifer mystique, tel qu'il est représenté par l'Église. " Athénaeus nous montre que la première lettre du
nom de Satan était représentée, au temps jadis, par un arc et un croissant ", dit H.-P. Blavatsky [ La
doctrine secrète, vol. III de l'édition franc., p. 38.,] " et certains catholiques romains, braves et bonnes gens,
voudraient persuader le public que c'est en l'honneur des cornes en forme de croissant de Lucifer, que les
Musulmans ont choisi le croissant pour leurs armes nationales. [ Historiquement le croissant lunaire n'a
aucun rapport avec l'Islam. C'était depuis la plus haute Antiquité l'emblème de Constantinople vu que
cette ville est gouvernée par le signe lunaire du Cancer. Les Turcs ne l'ont adopté qu'après la prise de
Constantinople par le sultan Mahomet II en 1453, c'est-à-dire; il y a à peine cinq siècles. ]
Vénus, depuis l'établissement du dogmatisme catholique romain, a toujours été identifiée à Satan et
à Lucifer... " Ici, comme dans plusieurs endroits de ses ouvrages, la [69] fondatrice de la théosophie
moderne ne sépare pas, tout en se rendant parfaitement compte de la transformation des planètes en
diables, Satan, Lucifer, Belzébuth ou autre démon planétaire. C'est pourquoi le mot Satan, que nous avons
souligné deux fois dans le dernier passage cité, doit être remplacé par le mot diable, car il n'est pas
employé comme nom propre. Les écrivains chrétiens sont d'accord pour attribuer l'Islam à Vénus, mais,
comme toutes les religions non chrétiennes sont pour eux l'œuvre du diable, la religion de Mahomet est
attribuée à Vénus-Lucifer. Ce terrible nom diabolique ne signifie cependant que le porte-flambeau ou
le porte-lumière, et les Chrétiens le savaient bien jadis, puisque l'un des premiers papes de Rome est
connu, comme pontife, sous le nom de Lucifer.
Des volumes entiers ont été écrits sur le diable vénusien, et son rôle au point de vue métaphysique se
résume ainsi :
" Pour qu'il y ait mouvement, passage du courant, il faut une différenciation, une rupture d'équilibre. Elle
est causée par le principe féminin...
" L'équilibre ne se rétablit que par l'action du principe positif, mâle, après une série d'oscillations...
" C'est Lucifer, l'archange de la sphère de Vénus, qui cause la chute des anges, la rupture d'équilibre (qui
est rétabli par le complémentaire, la sphère de Mars, le feu) et le Créateur renvoie dans le néant sept
créations successives... " [ L'Initiation rosicrucienne de [Link] dans le Voile d'Isis, n°137, mai 1931,
pp.315-316. ]
Malgré son langage mystique et obscur, ce passage contient non seulement la connaissance, mais l'origine
des sept diables planétaires du Christianisme : selon T. Basilide, c'est la rupture de l'équilibre en vue du
progrès produit par Vénus qui a provoqué le renvoi dans le néant des sept créations, c'est-à-dire la
création de la série ténébreuse des influences planétaires. On peut même supposer que
jadis toute l'influence vénusienne a [70] été symbolisée par Lucifer et certains textes gnostiques appuient
cette supposition ; ce n'est qu'après la condamnation du gnosticisme qu'eut lieu la séparation de Lucifer et
d'Anaël, du côté maléfique de l'influence vénusienne et de son côté bénéfique.
Les diables, comme les dieux planétaires de toutes les religions, se rattachent à ces mystérieuses formes
planétaires dont nous avons parlé plus haut. C'est de son psychisme, de l'intérieur de lui-même, que
l'homme a tiré ces formes hideuses, terrifiantes qui personnifient les bas-fonds de l'influence astrale. La
réalité des diables ne provient que de la réalité de ces influences planétaires ténébreuses, - ce qui n'exclut
nullement l'existence des entités infra-humaines. [71]
VI. A propos de l'astrolâtrie
Les tendances naturalistes et matérialistes de notre époque ont répandu la notion de l'Astrolatrie, c'est-à-
dire de l'adoration des astres. Appliqué d'abord aux mystérieux Sabéens du Yémen, dont les principales
divinités étaient la déesse solaire Shams, chez les Hamdânites et le dieu solaire Athtar chez les Minéens
accompagnés par Almakah-Vénus, ce terme fut ensuite donné à tous ceux dont le culte et les prières
s'adressent à un dieu planétaire ou zodiacal quelconque.
Or, sauf quelques individus arriérés, aucun de ceux que les historiens et les ethnographes traitent
d'astrolâtres, n'adore le Soleil ou les étoiles physiques. Ceux-ci ne sont que les corps visibles du principe
divin, exactement de même qu'une icône ou un crucifix est la représentation d'une force supérieure et non
un dieu en lui-même. Le mythe solaire est avant tout la méconnaissance de cette règle ; incapables de voir
en l'astre du jour autre chose qu'un globe de feu, ses créateurs ont attribué leur propre incapacité aux
fidèles de presque toutes les religions.
Frazer raconte que le Père Liétard, un missionnaire catholique chez les Lo-lo-P'o, une tribu du Yunnan
honorant le Ciel, a demandé à se faire expliquer ce qu'ils [73] entendaient par le Ciel. Les membres les plus
intelligents de cette peuplade lui ont répondu que le Ciel (Meunyi mo) qu'ils adorent est pareil au Dieu des
Chrétiens [Les dieux du Ciel, Paris, 1927, p. 98. ]
De même les nègres Twi, Ewés et Yorubas de la Côte d'Or conçoivent le ciel comme le corps ou la demeure
de la divinité qui est son âme, tout en appelant le ciel et son dieu par le même nom [. id., p. 117.]
Dans une réunion d'indigènes, on a entendu un indigène dire : " Je me suis toujours tourné vers le ciel
visible comme vers Dieu. Quand je parlais de Dieu, je parlais du Ciel, et quand je parlais du Ciel, je pensais à
Dieu. " [id., p. 123.]. Cette phrase marque nettement la distinction, et il est navrant de constater qu'ici un
nègre illettré peut donner des leçons aux savants créateurs et vulgarisateurs du mythe solaire.
Chez les tribus païennes de la Nigeria septentrionale, on fait une distinction bien nette entre le Soleil et le
Dieu suprême, puisqu'on considère ce dernier comme père du Soleil, tout en les confondant [ Id., p. 142-
143]. Les Bantoues, du Haut-Zambèze personnifient le Dieu par le Soleil, mais précisent que le Soleil n'est
le Dieu lui-même, mais sa demeure [id, p.195], et ces exemples peuvent être multipliés à l'infini à travers
les cinq continents.
L'accusation d'Astrolâtrie semble surtout provenir du fait que le ciel physique et le Ciel spirituel, le soleil
physique et le Soleil dans toute sa gamme des significations astrologiques et autres, portent généralement
le même nom. Mais cette habitude d'employer le même mot pour désigner un facteur physique et ce
même facteur englobant les principes supérieurs est infernaux, n'est pas universelle. Même chez les
peuples primitifs on rencontre fréquemment deux appellations différentes. [74] Ainsi, par exemple, les
Kassunas-Buras, tribu nègre de la Côte d'Or, appellent le firmament Kunkualu ou Kongkuanu, alors que la
voûte céleste divinisée porte le nom d'Oué. Même chose chez les Habés du Haut-Sénégal : le ciel est
appelé ana-kala et le dieu du Ciel Anima ou Amba.
D'ailleurs, ne peut-on pas réduire l'adoration des astres uniquement à leur " corps physique " quand, se
plongeant en soi-même, chaque fidèle peut expérimenter les formes planétaires dont nous avons
longuement parlé plus haut, et retrouver les facteurs cosmiques dans l'intérieur de lui-même ?... [75]
VII. Les correspondances astrales
C'est de cette perception vivante, intérieure, des planètes que découlent les rapports entre chaque astre
et tout ce qui existe dans ce monde.
L'Hermétisme, devenu de nos jours l'Occultisme, est basé avant tout sur une série de correspondances qui
lient les entités invisibles (les génies planétaires et zodiacaux), les astres, les métaux, les plantes, les
animaux, les couleurs, les sons, les nombres, etc., transformant ainsi tout ce qui se trouve dans l'univers en
compartiments allant du plus petit au plus grand à travers les espèces, phénomènes et divisions par genre
naturel. Comme l'Astrologie est, par excellence, la science des correspondances et des analogies
(conservées même dans l'Astrologie dite scientifique qui prétend cependant n'avoir rien de commun avec
l'Occultisme), il me semble indispensable d'essayer d'approfondir le principe même de quelques-unes de
ces correspondances que l'Astrologue manie le plus souvent .sans réfléchir.
Les Anciens avaient visiblement une sorte de " sixième sens " qui leur permettait la vision directe et, [77]
probablement, infaillible de ces " correspondances " et " affinités ". Ce sont eux qui nous ont légué ces
listes parfois contradictoires des rapports entre les planètes et les signes du Zodiaque, d'un côté, et toutes
les choses terrestres de l'autre côté. Les modernes répètent les données anciennes sans les expliquer, ou
essaient empiriquement de les élargir et de les compléter, parfois en les déformant (Les trente-trois Voies
de la Sagesse, de Th. Terestchenko, est la dernière tentative en date de revoir ces correspondances) [Voir
surtout le tableau de la p. 67-68. ]
Plus on s'approche de notre époque ou, autrement dit, plus on s'éloigne du temps où la perception
intérieure des planètes était courante, plus les erreurs deviennent faciles et les attributions sujettes à
caution. Ainsi, nous sommes obligés aujourd'hui de réfléchir sur chaque correspondance, de l'examiner à
l'aide de tout notre savoir, de passer des heures à vérifier les choses que les Anciens pressentaient
spontanément comme de" personnes fortement intuitives " sentent " leurs nouvelles connaissances.
Prenons pour exemple les correspondances astrale" de notre alphabet.
On lit souvent que la lettre A appartient au Soleil et au signe du Lion, que B correspond à la Lune et au
signe du Cancer, que C se trouve sous l'influx de Mercure dans le signe des Gémeaux, que D est influencé
par Vénus ou le Taureau, que E est gouverné par Jupiter ou Sagittaire, et ainsi de suite, bien que les Arabes
ne rattachent aux planètes que les voyelles, réservant les consonnes aux signes du Zodiaque et aux étoiles
fixes [ Voir plus loin Le langage et l' Astrologie], tandis qu'Agrippa attribue A à Saturne,. les trois lettres
suivantes aux trois premiers signes du Zodiaque, E à Jupiter, F au Cancer, G au Lion, H à l'Esprit, I à Mars, J à
Mercure, K à la triplicité de Terre, L à la Vierge, M à la Balance, N au Scorpion, 0 au Soleil, P au Sagittaire, Q
à la triplicité d'Eau, R [78]au Capricorne, S au Verseau, T aux Poissons, U à Vénus, Y à la Lune, X à l'élément
d'Air et Z à celui de Feu [ La Philosophie Occulte, La Haye, MDCCXXVII, tome 1, p. 208. Dom Pernetty dans
son Dictionnaire mytho-hermétique (1787) donne une toute autre liste, en plaçant A sous l'influence des
Poissons, B sous Jupiter, C sous le Verseau, D sous l'élément d'Eau, E sous le Capricorne, F sous le
Sagittaire, etc. Son point de vue différent s'explique peut-être par le fait qu'il se place uniquement au point
de vue alchimique.]
Je crois que personne n'a essayé d'apporter une explication à ces correspondances. S'agit-il des affinités
entre les sons et les lettres, leur valeur numérique ou leurs formes graphiques et les facteurs astrologiques
? C'est une question d'autant plus importante à résoudre que l'histoire des écritures ne correspond pas
toujours à celle des langues parlées. Il est évident que les premières lettres de l'humanité n'étaient
évidemment que de simples aides-mémoire, et que, d'autre part, le tracé des lettres (et autres signes),
était toujours considéré comme une opération magique répétant le geste initial du Démiurge [ Les
astrologues de la Renaissance croyaient, par ex., que l'hiéroglyphe de Saturne tracé d'en haut en bas
éveille le bon côté de cette planète, tandis que celui dessiné de bas en haut fait appel au côté sombre de
cet astre. Si ce dernier tracé a été précédé par celui de la ligne horizontale, ce dernier geste a une
signification vraiment satanique, car il symbolise les forces infernales, infra-humaines qui traversent la
ligne de la. manifestation terrestre pour se répandre dans le monde. Certains Orientaux ont encore
conscience de cette magie graphique et l'utilisent dans la confection des pentacles. ]
On admet généralement aujourd'hui que les premières idées exprimées par l'écriture durent être des idées
de nombre et de temps. Les calendriers rudimentaires, les cordes nouées ont visiblement précédé
l'écriture telle que nous la connaissons aujourd'hui. De ce fait, il est logique que les deux premières lettres
de l'alphabet soient consacrées aux luminaires qui règlent le calendrier [Ceci peut ne pas être exact pour
tous les alphabets, car chaque civilisation tend à créer son propre système. Notons à ce sujet
que A commence tous les alphabets du sanscrit (l'écriture dévanagari lui donne un rang privilégié) aux
écritures grecques et italiotes. Seul, en éthiopien le Alefn'est pas la première lettre, mais la treizième. ],
mais il est presque certain qu'il s'agit des [79] lettres en tant qu'images et non de sons. D'ailleurs, le son A,
comme celui de toutes les lettres, n'est pas invariable non seulement dans les langues différentes, mais
même dans l'intérieur d'une même langue : l'a de flamme n'est pas celui de hâte, par exemple. En parlant
des rapports entre l'alphabet et les facteurs cosmiques, la tradition parle certainement des caractères
graphiques et non des sons qui leur sont attribués. Il s'agit ici essentiellement de l'ésotérisme graphique et
non de ce qu'on nomme en Orient les Mantrams. Agrippa, que nous avons mentionné plus haut et qui
était, même aux dires des historiens profanes et adversaires de tout ésotérisme, un des esprits les plus
étonnants du xvi° siècle, donne une page entière de lettres sacrées ou caractères particuliers des planètes,
- caractères qui n'ont rien de commun avec nos lettres, mais qui, d'après lui, doivent représenter des
graphiques parfaits correspondant à l'influence de chaque astre [ Livre 1, chapitre XXXIII.].
Mais revenons à notre alphabet.
La lettre A est celle qui a subi le moins de transformations et d'arrangements au cours des âges, du
phénicien à nos jours. Son prototype égyptien (car il est généralement admis aujourd'hui que l'alphabet
phénicien est dérivé des hiéroglyphes égyptiens), symbolise l'homme ou l'enfant naissant, ses deux
jambages représentant les deux jambes. C'est peut-être parce que son prototype égyptien représentait
l'enfant naissant que le A a été placé en tête de la plupart des alphabets. tandis que le caractère masculin
de ce prototype confirme sa correspondance solaire.
Faire le même raisonnement pour les autres lettres de notre alphabet est souvent plus difficile, mais
[80]indispensable si nous ne voulons pas répéter les listes des correspondances astrales sans les
comprendre.
Notre B, beth, bêta, est à la fois le chiffre deux qu'on donne souvent à la Lune, et unité féminine (comme A
est unité masculine), ainsi que le symbole de la main gauche (qui est le côté lunaire) et de l'enceinte, de la
maison, du lieu secret, de la bâtisse, du repos de la nuit, de la bouche, - en un mot, toutes les attributions
de la IVe maison horoscopique et du signe du Cancer. Dîodore nous apprend qu'en Ethiopie, la main
gauche fermée était l'image d'une possession tranquille [LIVRE III] qui semble être le sens originel de cette
partie du ciel. Notre graphisme de la lettre B ne montre-t-il pas l'image d'une armoire à deux portes
bombées vue d'en haut ? Dans l'ésotérisme islamique, alif correspond au Seigneur et bâ aux eaux,
universellement attribuées à la Lune.
Quant au C, son attribution à Mercure paraît plus douteuse (même si on laisse de côté son caractère
guttural qu'il avait déjà chez les Grecs ; comme nous l'avons souligné plus haut, ces correspondances sont,
à notre avis, uniquement celles de l'ésotérisme graphique et non des sons). Les Phéniciens l'avaient
certainement tiré d'un idéogramme égyptien, mais en l'altérant tellement que la parenté est
méconnaissable. Le Ghimel, qui est sa forme hébraïque, contient surtout, à côté de l'idée de la main
tendue, celle de grâce, faveur, beauté, etc., et de ce fait, cette lettre, comme aussi le nombre 3, qui est son
équivalent numérique, convient mieux à Vénus qu'à Mercure. Sa signification de la main tendue qui prend
ou qui retient semble être surtout celle du salut, de la caresse, mais nullement un rapport anatomique.
Cette main est aussi peu mercurienne que la main gauche symbolisant la lettre B. D'autre part, la forme
même du C ne ressemble-t-elle pas au début du tracé de l'hiéroglyphe de Vénus, - tracé qui reste inachevé
? [81]
En accord avec Agrippa qui attribue la lettre D aux Gémeaux, on peut la placer sous l'influence certaine de
Mercure, car le Daleth, selon M. de Paravey [ Essai sur l'origine unique et hiéroglyphique, des chiffres et
des lettres, Paris, 1826, p. 18.] est " littéralement traduit par ostium, Janua, porta fores, et encore par une
idée toute voisine, par folium, pagina, Ubri ; et le d Runique, le d Illyrien, offrent exactement la forme du
caractère des portes à deux battants de l'écriture hiéroglyphique conservée en Chine, soit que ces portes
soient représentées entr'ouvertes seulement, ou entièrement ouvertes, et leurs battants tournés en
dehors ; et l'on voit nos D divers, comme le Delta grec, comme le Daleth hébraïque lui-même, n'en être
que des abréviations toutes naturelles "... Notons aussi que cette lettre représente en musique la note ré
dans l'alphabet dit de Boèce, et qu'on donne généralement cette note à Mercure ; c'est justement à cause
du caractère " réversible ", " hermaphrodite " de cette planète" qu'elle n'avait pas de clef comme l'ut et le
fa.
Chaque astrologue peut continuer ces réflexions, car l'analyse complète de l'alphabet demanderait la
moitié de ce livre. Il n'est généralement pas nécessaire d'épuiser un sujet ; il suffit d'éveiller la pensée.
Mais de la même manière il nous faudra raisonner toutes les attributions planétaires et zodiacales (et non
seulement les lettres alphabétiques) afin d'enlever l'alluvion déposée par les siècles d'obscurcissement du
" sixième sens ". [82]

VIII. Le langage et l'astrologie


Si les correspondances astrales de l'Alphabet sont celles du graphisme, que dire du langage ?
Il y a évidemment des rapports entre les sons et les facteurs cosmiques, - des rapports comparables à ceux
de la Musique et de l'Astrologie que plusieurs auteurs ont fait ressortir, mais le domaine du langage
appelle quelques remarques particulières.
Les astrologues se complaisent souvent à énumérer les mots de provenance astrologique, comme
: jovial (de Jupiter) martial (de Mars), désastre, mercanti (de Mercure, dieu et astre des commerçants et
des fripons à la fois), héliotrope (plante d'Hélios, c'est-à-dire du soleil), sélénite : les expressions
comme mal luné, caractère lunaire, et les nom" propres reflétant le monde astral et ses influences,
comme Montmartre (Mont de Mars), Venise (dérivé de Vénus), Marseille (dérivé de Mars), etc.
Mais les rapports du langage et de l'Astrologie sont beaucoup plus intimes et profonds que tous ces mots
et expressions dont la plupart ne font que refléter la croyance à l'influence des astres qui jadis était aussi
universelle que la croyance au monde invisible et supérieur à notre sphère terrestre.
Chaque langue, tout en formant un système [83] cohérent et ordonné, doit avoir des correspondances
astrologiques qui l'ordonnent en quelque sorte et la mettent en harmonie avec l'univers tout entier, mais
si ces correspondances sont oubliées en Occident, elles sont encore vivaces en Orient. En arabe, par
exemple, chaque voyelle est rattachée à une planète, tandis que les consonnes sont en rapport avec les
signes du Zodiaque et les étoiles fixes. " Une racine arabe, dit Meillet [ Introduction à l'étude comparative
des langues indo-européennes, 4° édition, Paris, p.133] , n'est caractérisée que par ses consonnes ; quant
aux voyelles, chaque consonne de chaque racine peut être suivie de à, a, î, i, ù, u ou zéro, soit en tout sept
formes, et chacune de ces sept formes sert à caractériser la fonction grammaticale. ... " De ce fait, la
grammaire arabe a un caractère astrologique évident. Sur le fond immuable des consonnes zodiacales, les
voyelles planétaires jouent une mélodie comparable à la musique des .sphères. " La propriété qu'ont les
langues sémitiques" d'exprimer le fond de l'idée par les consonnes et les modifications accessoires de
l'idée par les voyelles, note E. Renan [ Grammaire générale et comparée des langues sémitiques.], fait
qu'on peut dire que les flexions s'y font par l'intérieur des mots ". Chaque mot arabe, par conséquent, peut
revêtir une forme planétaire déterminée, ce qui nous amène bien loin des timides allusions aux rapports
entre une lettre et un facteur astral auxquelles se bornent généralement les occultistes et astrologues
occidentaux.
En Chine où le système astrologique est très différent du mésopotamien qui est le nôtre, tout ce qui existe
est avant tout polarisé d'après Yang et Yin, et soumis aux principes solaire et lunaire. La grammaire ne fait
pas exception et tous les mots sont divisés en pleins d'essence positive et solaire) et vides (féminins et
lunaires) . Les premiers sont les sémantèmes et les seconds les morphèmes de nos linguistes [ On entend
par sémantèmes les mots exprimant les idées, et par morphèmes ceux qui expriment les rapports entre les
idées. Dans la phrase L'Astrologie est une belle science, les sémantèmes ou les mots pleins, selon la
terminologie chinoise, seront Astrologie et belle science, tandis que est sera un morphème. ]
Comme la lune [84] dépend du soleil (en ce qui concerne sa lumière) et représente dans l'univers le
principe passif, les mots vides ne sont jamais accentués ; l'accent qui est " l'âme " du mot, selon les
grammairiens anciens, est. réservé uniquement aux mots pleins.
Remarquons en passant qu'on peut voir les traces de la même polarisation dans la division
de nos mots en deux genres : masculin et féminin, mais alors qu'en Extrême-Orient les
textes proclament les rapports entre la grammaire et l'Astrologie, je ne connais aucune
allusion semblable en Europe. Nos linguistes sentent seulement que la cause de cette
division devrait être cherchée en dehors du domaine du langage. " Le genre, dit par exemple
J. Vendryes , représente une tentative faite par l'esprit pour classer les notions si variées qui
s'expriment au moyen des noms. Le principe de ce classement répond sans doute à la
conception. que nos lointains ancêtres se faisaient du monde ; des motifs mystiques et
religieux ont contribué à le fixer. La tradition s'en est maintenue même après qu'onacessé
d'en comprendre la raison d'être "... [Le Langage, Paris,1921,p.114.]
La distinction des verbes actifs et passifs dans la plupart des langues indo-européennes peut être
également rattachée à la manifestation des principes solaire et lunaire dans le domaine du langage. Le
même J. Verdryes, que nous venons de citer, traite cette distinction d' " illusoire " parce que le passif n'est
" presque jamais l'inverse de l'actif " [ Idem, p122.] Ici, comme dans l'exemple du genre, nous sommes en
présence d'une tradition dont la raison d'être qui, pour nous, ne peut être qu'astrologique (ou plutôt
astrosophique), est perdue depuis longtemps.

La plupart des divinités du Vieux et du Nouveau Mondes (Hermès, Osiris et Quetzalcoatl, pour ne parler
que des plus connus), à qui les Anciens ont attribué l'introduction de l'Astrologie, sont en même temps les
dieux de l'alphabet. Ceci confirme d'une manière lumineuse les rapports entre les astres et les règles du
langage. La grammaire, comme l'organisation de l'état dans l'Antiquité, était basée sur les
correspondances cosmiques. [86]
IX. La géographie astrologique

La pensée et la vie de l'Antiquité étaient entièrement dominées par l'Astrologie, poussée à des
développements et subtilités de raisonnement ou d'intuition dépassant nos moyens actuels.

Cette vérité a besoin d'être répétée afin de l'avoir présente à l'esprit, car elle explique plusieurs problèmes
sociaux, économiques et même politiques de l'Antiquité.

Même un domaine si typiquement terrestre comme la géographie doit tout à l'Astrologie. On attribue
généralement à Hipparque la fondation de la géographie, mais même chez lui la dépendance de la
géographie de la Science du Ciel est manifeste, car il ne fait qu'appliquer à la terre les longitudes et les
latitudes célestes connues bien longtemps avant lui.

Il nous est parvenu une carte du monde remontant à l'époque de Sargon d'Agadé (2.750 avant -J.-C.
environ) montrant nettement que la topographie céleste précède la topographie terrestre. Cette carte [
Voir sa reproduction dans l'ouvrage de CONTENAU : La Civilisation d'Assur et de Babylone, 1937, p.21-22.]
prend la capitale de Sargon comme centre de la terre et est [87] dressée par cercles concentriques
absolument analogues aux cercles planétaires, au-delà desquels se trouve une zone extérieure comme la
zone des étoiles fixes se place au-delà des cieux des planètes.

Autant que les fouilles archéologiques permettent de le supposer, Babylone était construite d'après les
données astrologiques et n'était autre chose qu'une gigantesque carte du ciel. L'énorme quadrilatère de
cette ville magnifique était entouré d'une muraille extérieure dont les faces se hérissaient de larges tours
carrées, distantes de 44 mètres l'une de l'autre ; il y en avait quatre-vingt-dix en tout sur chaque côté, donc
en tout trois cent soixante, [ D'après KOLDEWEY, The excavations at Babylon, p.1 et suivantes. ], et il est
difficile de ne pas y voir l'image des 360° du Zodiaque.

Cette disposition semble être commune à toute l'antiquité. Tout dernièrement, René Guénon a rappelé
qu'à l'intérieur de l'enceinte quadrangulaire ou circulaire des cités hindoues orientées aux quatre points
cardinaux, les Brahmanes occupaient le Nord considéré comme le point de départ de la tradition ; les
Kshatriyas, l'Est (ce qu'on doit mettre en parallèle, avec le caractère solaire de la caste royale) ; les
Vaishuas, le Sud (porte les hommes), et les Shûdras, l'Ouest, qui est regardé partout comme le côté de
l'obscurité spirituelle [ Le Zodiaque et les points cardinaux dans Etudes Traditionnelles, n° 247 d'oct-nov.
1945, p. 35 et suivantes. ]

" Pour justifier plus complètement le caractère " zodiacal " du plan traditionnel des villes, dit-il, nous
citerons maintenant quelques faits qui montrent que, si la division de celles-ci répondait principalement à
la division quaternaire du cycle, il y a des cas où une subdivision duodénaire est nettement indiquée. Nous
en avons un exemple dans la fondation des cités suivant le rite que les Romains avaient reçu des Etrusques
: l'orientation était marquée par deux voies [88] rectangulaires, le " cardo ", allant du Sud au Nord, et - le "
decumanus ", allant de l'Ouest à l'Est ; aux extrémités de ces deux voies étaient les portes de la ville, qui se
trouvaient ainsi exactement situées aux quatre quartiers... A cette division en quartiers se superposaient
une division en " tribus ", c'est-à-dire, suivant le sens étymologique de ce mot, une division ternaire
;chacune des trois " tribus " comprenait quatre " curies " réparties dans les quatre quartiers, de sorte qu'on
avait ainsi en définitive une division duodénaire.

Un autre exemple est celui des Hébreux qui vraisemblablement se sont inspirés du modèle babylonien.

Leurs douze tribus territoriales étaient réparties en quatre groupes de trois tribus, dont une principale,
Juda, la tribu royale, comptait à l'Est ; Ruben au Sud Ephraim à l'Ouest et Dan au Nord [ Nombres, II et III. ]

Mais si ces exemples de la géographie astrologique peuvent s'expliquer aux yeux des sceptiques par le
rayonnement de la Mésopotamie (les rapports suivis entre celle-ci et la civilisation de l'Indus, par exemple,,
sont historiquement prouvés), il ne s'agit nullement d'une invention chaldéenne. Les documents
préhistoriques sont trop nombreux pour afficher leur ancienneté et leur universalité, et parmi ceux-ci un
des plus connus est certainement l'immense " temple stellaire " de Glastonbury, qui est loin d'être unique
en Grande-Bretagne [ Voyez à ce sujet la série d'articles de John Bowland : Ancient British Sun-
Temples dans Modern Astrology, 1936-1937.]. Glastonbury et la région avoisinante du Somerset
constituaient, à une époque fort reculée (au moins trois mille ans avant l'ère chrétienne), une sorte de
gigantesque carte du ciel déterminée par le tracé sur le sol d'effigies représentant les constellations et
disposées en une figure circulaire qui est comme une image de la voûte céleste projetée sur la surface de
la terre.

" Il y aurait là un ensemble de travaux qui rappelleraient en somme ceux des anciens mound-builders de
l'Amérique du Nord ", dit René Guénon [ La Terre du Soleil, dans Etudes Traditionnelles, N°193 de janvier
1936, p.32 et suivantes.] : " La disposition naturelle des rivières et des collines aurait d'ailleurs pu suggérer
ce tracé, ce qui indiquerait que l'emplacement ne fut pas choisi arbitrairement, mais bien en vertu d'une
certaine " prédétermination " ; il n'en est pas moins vrai, qu'il fallut pour compléter et parfaire le dessin...
un art fondé sur les principes de la géométrie. Si ces figures ont pu se conserver de façon à être encore
reconnaissables de nos jours, c'est suppose-t-on, que les moines de Glastonbury, jusqu'à l'époque de la
Réforme, les entretinrent soigneusement, ce qui implique qu'ils devaient avoir gardé la connaissance de la
tradition héritée de leurs lointains prédécesseurs, les Druides, et sans doute d'autres encore avant ceux-
ci... "

Le " temple stellaire " de Glastonbury (gardons ce nom qu'on lui a donné, bien qu'il désigne mal ce dont il
s'agit), dessine un immense Zodiaque dont la constellation de la Balance semble être absente comme
d'ailleurs dans plusieurs sphères zodiacales très anciennes, cette constellation est indiscutablement la
dernière venue dans le cercle zodiacal. Dans ce " temple stellaire ", elle est remplacée par l'image d'un
oiseau fabuleux portant une coupe qu'on peut identifier avec le Phénix et avec le " Garuda " de la
mythologie hindoue, peut être avec l'aigle de Zeus qui a enlevé Ganymède. Vu certains rapports
symboliques qui existent entre Garada et soma, d'un côté, et Ganymède et l'ambroisie, de l'autre, on peut
se demander si cette coupe (ainsi que l'urne de notre représentation habituelle du Verseau) ne contient
pas le " breuvage de l'immortalité ", symbolisant, en outre, la plus haute connaissance initiatique.

Mais abandonnons l'Angleterre pour la Chine.

Encore au début du XXe siècle, avant la Révolution chinoise, Pékin, la capitale quadrangulaire de l'empire,
présentait manifestement un plan d'ensemble astrologique semblable à celui de Babylone, dont nous
avons parlé plus haut. Orientée vers les quatre points cardinaux avec le palais impérial et la salle du trône
regardant vers le Sud, la capitale chinoise demeure comme encadrée entre le Temple du Ciel, celui de la
Terre, 'celui de l'Agriculture et celui des Ancêtres de la dynastie impériale ; ces quatre temples symbolisant
les quatre éléments cosmiques extérieurs et les quatre " palais célestes " - le Palais Impérial étant l'image
terrestre du cinquième élément et du " Palais du centre de la cosmographie chinoise ", et la salle du trône
représentant le pôle Nord, d'où " l'Etoile Polaire regarde vers le Sud ".

On peut multiplier ces exemples presqu'à l'infini.

Cette conception de l'arrangement terrestre selon les lois du ciel est universelle et se rencontre dans tous
les continents. A Madagascar, par exemple, tout autour des trois cimes, sur lesquelles se dresse
Tananarive, se découpe une chaîne de collines qui entoure la capitale qui, comme on le sait, était le centre
d'une puissance locale, d'un Etat analamanga. Douze de ces collines ont conservé encore chez les
Malgaches modernes, le titre de " douze Montagnes Royales " " en souvenir des petits Etats qu'elles
constituaient ", dit Urbain-Faurec et Georges Lavau [ Les Sites historiques malgaches, dans la Revue de
Madagascar, N° d'avril 1935, p.85 et suivantes] : " Quelques auteurs les désignent sous le nom des " Douze
Collines Sacrées ", pour rappeler l'hommage du peuple à ces royautés disparues et parce qu'elles furent
vénérées jusqu'aux derniers règnes, comme étant une partie de la gloire et de l'honneur de la puissance
hova qui avait établi son autorité sur leur propre défaite.

" Plus habituellement, on les nomme aujourd'hui " Les Douze Collines de l'Imerina ".

" D'autres ont prétendu qu'elles pouvaient bien [91] point être douze à l'origine et que leur nombre aurait
été poussé jusqu'à douze pour arriver à ce chiffre fatidique qui, dans les civilisations judaïques et orientales
anciennes, correspondait à la plénitude, à l'achèvement et à l'intégralité d'une chose. A l'appui de cette
opinion, il est cité le fait que l'on parle communément des " douze femmes du roi ", alors que les sujets
n'en. avaient guère que deux ou trois, et que les ancêtres. royaux sont toujours dénommés, dans l'histoire
du peuple hova, les " douze souverains " et jamais un de plus... "

Ce que ces auteurs ne savent certainement pas, c'est que ces déformations historiques ne sont autre chose
que l'adaptation de l'histoire locale aux cycles cosmiques dont nous parlerons en détail plus loin. Il y a des
rapprochements curieux à faire entre les noms et les caractères de ces collines et les signes zodiacaux,
mais ceci nous entraînerait bien au-delà de notre sujet. Notons seulement qu' " Ambohimanjaka ",
montagne située au Nord-Ouest et correspondant au signe du scorpion, était le lieu des sacrifices qui
précédaient les décisions graves ; que la colline " Ambohimanambola ", qui est à l'Est et correspond au
signe du Bélier, est marquée par la fameuse idole " Kelimalaza " et qu' " Antsahadinta ", correspond au
Lion, est l'endroit des tombeaux royaux.

Aux Etats-Unis, les Indiens Winnebago du Wisconsin se divisent en deux groupes : un est appelé ceux d'en
haut et l'autre - ceux de la Terre [ Robert Lowie, Traité de sociologie Primitive, p.125.]. Le premier se
subdivise en quatre et le second en huit sous-groupes, de sorte que l'ensemble forme un tout zodiacal.
Ces, noms sont d'ailleurs remarquablement symboliques : ceux d'en haut suggèrent évidemment l'idée du
ciel, et l'ensemble des noms de ces deux groupes - l'union du ciel et de la Terre, c'est-à-dire l'organisation
terrestre en harmonie parfaite avec le ciel. L'ethnographie de tous les continents garde encore de nos jours
pas mal de survivances semblables de l'organisation astrosophique de l'Antiquité.

Même chose chez les Indiens Crow divisés en treizeclans (12 + la zone " mystique " centrale) [Id, p.153].

Que prouvent tous ces exemples ?

Ils prouvent l'existence d'une géographie astrologique dont les bases semblent être aujourd'hui
complètement perdues et qui consistait à mettre la terre en harmonie parfaite avec les influences astrales.
Depuis des temps immémoriaux, il n'y a que sept ponts de bois à Sriganar, capitale de Cachemire, et ces
ponts sont dédiés aux sept planètes sans que personne sache aujourd'hui pourquoi.

Mais il est certain que cette science a été bien vivante dans l'Antiquité qui savait manier les rythmes
planétaires et zodiacaux comme nous savons manier les poisons dans notre pharmacopée. Toute la Magie
atteste cette connaissance, et de même que tous ceux qui .sont au courant de l'Astrologie ne peuvent la
considérer comme une superstition, il n'y a aucune raison de penser que la géographie astrologique n'ait
pas autrefois constitué une science véritable.

Les correspondances astrales, les bases astrosophiques des langues mortes ou vivantes, les traces de la
géographie astrologique sont les vestiges grandioses, mais fragmentaires de l'Astrologie Esotérique
autrement plus vaste que notre horoscopie généthliaque. Elle englobe non seulement le domaine
terrestre, mais comme nous le verrons plus loin, la vie spirituelle.

C'est d'ailleurs dans celle-ci que ses traces sont les plus tangibles. [93]
X. L'arbre de la vie

De même que la plupart des vestiges de la Géographie astrologique sont d'ordre zodiacal, de même c'est le
Zodiaque qui a inspiré à tous les peuples anciens leur représentation symbolique du monde, du centre
spirituel et du paradis (les trois se confondent d'ailleurs) . La Géographie légendaire obéit aussi avant tout
aux lois astrologiques. Prenons pour exemple la représentation du centre du monde la plus caractéristique,
" classique " pour ainsi dire, qui est celle du Mérou hindou.

Ce vocable signifie, d'après E. Burnouf, qui a un lac, et il semble que ce lac mythique marque le centre du
Zodiaque. Il est formé par l'eau de la divine Gangâ, et porte le nom de l'excellent lac de l'esprit - Mânasa-
Sarôvara. C'est Brahma qui l'a créé de sa pensée.

Le mont Mérou où il se situe, est le plus haut point de la Terre, celui où l'on atteint le ciel, c'est-à-dire qui
canalise les plus hautes forces astrales. Il est le pôle immuable autour duquel tournent les signes
zodiacaux. C'est cette immobilité qui le fait identifier avec le pôle nord terrestre, tandis qu'on fait
descendre l'eau du lac des sept Ours, Sages ou Rishis de la Grande Ourse, la principale constellation
circompolaire. [95] Cette eau fait sept fois le tour du Mérou (c'est-à-dire descend par le canal des sept
planètes), et va ensuite se déverser dans quatre autres lacs qui servent de centres aux quatre régions de
l'espace et se situent aux points cardinaux. L'ensemble du Mont Mérou et de ses quatre hauteurs
secondaires forme un schéma absolument identique à celui des cinq " palais " de l'uranographie chinoise :
le " palais " central qui est la région circompolaire du ciel, et les quatre " palais " qui l'entourent, dans
lesquels se placent les signes du Zodiaque, les demeures lunaires [ Voir notre ouvrage sur l'Astrologie
Lunaire (3e édition, 1948). ] et les planètes. Si l'Astrologie hindoue qui a cependant beaucoup emprunté à
l'Astrologie Chinoise, n'a pas conservé ou retenu cette représentation extrême-orientale du ciel, c'est sa
tradition religieuse qui a fixé l'image des cinq " palais " chinois en ce schéma du Mont Mérou. Les Hindous
ont transposé sur le plan métaphysique de l'origine de notre Manvantara ce qui est pour les Chinois la
carte du ciel physique.
Dans chacun de ces quatre monts-soutiens ou hauteurs secondaires s'élève un jardin paradisiaque
contenant près du lac un arbre merveilleux qui porte le nom de Kalpavrikcha ou Kalpadrouma (arbre des
désirs, c'est-à-dire qui satisfait tous les désirs) ou, encore, Kalpatarou (arbre des périodes). Quant aux lacs,
ils donnent naissance à quatre neuves terrestres qui s'échappent par la gueule de quatre animaux divins. Il
est certain que deux de ces fleuves doivent être assimilés à Veau de vie et à Veau de mort dont parlent les
contes de fées de tous les pays. Ces contes millénaires les placent toujours ensemble au bout du monde
[ Dans plusieurs contes, comme par exemple dans le conte breton " Trente de Paris ", (voir Ogam, N° 15,
1951, p. 149), les fontaines d'où coulent l'eau de vie et l'eau de mort, sont gardées par quatre lions (ou
monstres), - ce qui souligne encore davantage le caractère paradisiaque du lieu " au bout du monde " et
son identité avec le Mérou.], et n'en doutons pas, c'est le fleuve qui coule au nord de chacun de ces
paradis qui représente l'eau de mort ; même dans une représentation " polaire " [98] du cosmos comme
celle des Hindous, le nord est toujours la région de l'obscurité et de la mort (et non de la lumière physique
ou spirituelle).

" Ces quatre fleuves à leur tour arrosent les quatre grandes régions de l'étendue, envisagées comme des
îles-continents (mahâ-dvipas = grandes îles, grands. continents) ", résume Pierre Gordon [ L' Image
du monde dans l'Antiquité, Paris, 1949, p.30] : " Ils ont leur embouchure dans quatre mers ; à l'est, au sud,
à l'ouest et au nord du Mérou. Chacune des quatre montagnes, et chacun des animaux sacrés qui donnent
issue aux fleuves, sont faits d'un métal différent et possèdent une couleur spéciale (ces couleurs sont les
mêmes que celles qui caractérisaient au début les quatre castes de l'Inde) ; à l'est, blanc ou argent, ce qui
correspondaient aux bramanes ; - au sud, rouge ou cuivre : Kshatriyas ; - à l'ouest, jaune, couleur d'or :
Vaicyas ; - au nord, brun, noir, ou de fer ; Çudras [Notons en passant que le fait d'avoir placé au nord la plus
basse caste doit faire réfléchir ceux qui nient la tradition atlantéenne au profit de la tradition polaire.
Comme nous l'avons dit au cours du chap. IV, Les deux courants de l'Astrologie sacrée, l'apport
hyperboréen se présente surtout comme un élément perturbateur détruisant la cohérence et l'harmonie
du système établi précédemment et qu'on a toutes les raisons de croire Atlantéen.] D'autre part, les quatre
lacs, les quatre fleuves et les quatre océans comportent des liquides divers, en rapport, eux aussi, avec les
quatre castes ; celles-ci, auxquelles se rattachent tous les peuples de la terre, proviennent d'ailleurs des
quatre rivières issues du Mérou ".

Ces couleurs, métaux et liquides différents soulignent encore l'identité avec les cinq " palais " de la
cosmologie chinoise où chaque " palais " est rattaché à un élément. Il est vraiment étonnant que personne
ne se [99] soit aperçu encore de ces rapports entre le Mérou hindou et les divisions de l'espace sidéral en
Chine. Rappelons que les " palais " septentrional et méridional ont les mêmes couleurs que les monts-
soutiens correspondants ; les deux autres couleurs de l'Uranographie chinoise diffèrent. L'est étant vert en
Chine et l' ouest - blanc. L'est étant marqué en Chine par la pleine lune "dans l'équinoxe d'automne,
l'inversion de sa couleur devient facilement explicable. Quant à la couleur jaune attribuée par le Chinois à
Saturne, planète du " palais " central, elle devrait être donnée à la région polaire, bien que la tradition
n'affecte aucune couleur à cette partie du ciel.

Ces rapports intimes entre la représentation du ciel des Chinois et le Mérou hindou prouvent que ce
dernier appartient avant tout au domaine de l'Astrologie, plus exactement à son Esotérisme, et que notre
tentative d'y voir un symbolisme astrologique est légitime.

Reprenons donc la description de l'omphalos du cosmos selon les Hindous, - schéma dont tous les autres
paradis de l'humanité sont apparentés.

Nous avons mentionné plus haut l'arbre merveilleux qui se trouve au centre de chaque mont. Un de ses
noms - arbre des périodes a une consonance cosmologique, même astrologique. Les arbres des quatre
monts- soutiens sont, en quelque sorte, les émanations de l'arbre cosmique primordial qui pousse sur le
Mérou central et qui est le pommier-rose. Bien que la Bible soit muette sur la nature de l'arbre de son
paradis, c'est le pommier du Mérou qui est à l'origine de l'imagerie populaire montrant Eve tenant une
pomme.

La tradition hébraïque identifie l'arbre du paradis terrestre - réplique du Mérou central sans ses quatre
monts-soutiens cardinaux - avec l'arbre séphirothique, - ce qui est logique et normal, car nous sommes en
présence d'un lieu - état symbolique et non d'un endroit physique, d'un exposé métaphysique et non d'une
description géographique. L'arbre de la vie est donc cet arbre métaphysique qui descend d'Aïn-Soph [100]
à travers les trois mondes - Aziluth (monde des émanations), Briah (monde des créations), Iesirah (monde
des formations) vers le plan inférieur, le monde des formes. C'est cet arbre, reliant le ciel et la terre, qui est
à l'origine des cultes sylvestres qu'on trouve encore partout et, tout particulièrement, en Afrique.

Bien que le Sepher Yetzirah (livre de la Création) donne aux Séphiroth les correspondances d'ordre zodiacal
en considérant la première Séphira comme l'Esprit du Dieu Vivant, la 2e - comme l'air et le souffle, la 3e -
l'eau, la 4e - le feu, la 5e - le zénith, la 6e - le nadir, la 7e - l'Orient, la 8e - l'Occident, la 9e - le Midi, et la 10e -
le Nord, ce sont les correspondances planétaires qui ont prévalu au cours des siècles. Tous les auteurs ne
sont pas d'accord sur ces correspondances (y a-t-il un problème dans ce bas monde sur lequel existe
l'unanimité ? !), mais on donne le plus souvent : aux deux premières Séphiras - les facteurs non planétaires
(comme le Ciel de l'Empyrée et le Ciel du premier mobile, ou encore, l'Espace et le Mouvement) ;

à la troisième -- Saturne
à la quatrième -- Jupiter
à la cinquième -- Mars
à la sixième -- Soleil
à la septième -- Vénus
à la huitième -- Mercure
à la neuvième -- Lune
à la dixième -- la Terre

Comme toute représentation symbolique du monde place au-dessous de la terre les enfers, cette échelle
planétaire continue chez les Hébreux par le royaume sombre des Qliphoths, des Siphiroth noires et de
l'Arbre de la Mort. En descendant plus bas que le paradis. on pénètre dans le monde renversé des 7 diables
dont nous avons longuement parlé plus haut. Les influences planétaires ne s'arrêtent pas à la Terre.

Nous avons vu d'autre part que l'eau du lac suprême [101] du Mérou fait sept fois le tour de la montagne
sacrée, ou que, autrement dit, les forces astrales descendent par le canal des sept planètes. Même idée de
descente exprimée par l'Arbre de la Vie. Alors que le schéma zodiacal se place quand même malgré les
différents niveaux du mont Mérou et de ses quatre hauteurs secondaires, sur le plan horizontal, les
symboles planétaires se dressent verticalement. Si on ajoute les mondes souterrains des enfers, cette
descente continue en formant une croix et les planètes la ligne verticale. L'image du Mérou nous amène
donc au symbolisme de la croix. L'application de la clef astrologique ouvre toujours des perspectives
insoupçonnées et découvre l'enchaînement des symboles le plus inattendu.

Cet Arbre de la Vie se rencontre dans toutes les traditions au même titre que le souvenir nostalgique du
paradis. Chez les Scandinaves la déesse de la vie immortelle - Idhuna ou Iduh s'identifie avec un pommier.
Dans Phérécyde, l'essence du cosmos est représentée par un chêne ailé flottant dans l'espace ; sur ce
chêne, Zéus a étendu les continents et les mers. Chez les Celtes c'est le frêne Yggdrasill qui relie le monde
infernal au ciel à travers les trois plans. C'est aussi le frêne cosmique de l'Edda
nommé Heimdallr ou bouton céleste. C'est la plante de la vie que Gilgamesh alla chercher au milieu de
l'Océan.
La mémoire de cet Arbre de la Vie s'est perpétuée dans les mots totémiques des Peaux-Rouges. En Chine
nous trouvons même la réplique exacte de l'arbre séphirothique : c'est un arbre lumineux 1'Arbre-du-bout-
du-monde dont le tronc est haut de cent lieues et dans les branches duquel sont suspendu dix soleils ;
comme l'imagerie chinoise a créé dix enfers, ces dix soleils se prolongent par dix lieux ténébreux
correspondants.

Quant à l'idée de la descente des influences spirituelles à travers les sept planètes, nous la trouvons
également partout, en commençant par les sept degrés de l'initiation mithraïque et les sept degrés de la
[102] Franc-Maçonnerie Suédoise et en terminant par l'échelle à sept marches planétaires des Kadosh de
l'Ecossisme.

Notons pour terminer que les autres peuples ont simplifié considérablement l'image de leur montagne
paradisiaque en la réduisant généralement à une seule, c'est-à-dire eu supprimant les quatre monts-
soutiens de la tradition hindoue. Néanmoins, aussi bien dans le Harâ-Berezaiti ou Airyana.
Vaêdja zoroastréen que dans la Montagne chaldéenne du ciel et de la terre et l'Albordj des Parsis modernes
on retrouve la même topographie zodiacale. En Mésopotamie, par ex., en face de la Montagne Centrale se
trouvent aux deux bouts du monde deux portes du ciel, une à l'est et l'autre à l'ouest, de caractère
nettement zodiacal. Il est très probable que ces deux portes sont devenues la porte des hommes et la porte
des dieux des Grecs qui en ont changé l'emplacement, en les situant aux solstices au lieu des équino-xes.
Remarquons à ce sujet que le nom de Babylone (Ka-Dingir-ra en sumérien et Bab-ilu en akkadien) veut dire
aussi la porte du Dieu. [103]

XI. L'astrologie et l'histoire

Les historiens et les archéologues sont souvent troublés par les descriptions symbolistes des faits et par les
narrations qui obéissent à d'autres soucis que celui de la " vérité historique ". Ils oublient que de Platon. et
Démocrite jusqu'à Roger Bacon et Raymond Lulle, on n'eut jamais imaginé qu'une physique, une
métaphysique, une éthique et une histoire pussent se passer d'un fondement cosmologique. La réalité
historique était à leurs yeux plus dans le déroulement cyclique, céleste, astrologique que dans les petits
faits qui attirent nos historiens rationalistes d'aujourd'hui.

Nous avons aujourd'hui plusieurs manières de présenter l'histoire, mais si les auteurs contemporains
trouvent tout naturel que le point de vue économique, par ex., ne coïncide pas toujours avec l'histoire
militaire ou des institutions, ils n'imaginent plus qu'on puisse présenter le développement de l'humanité
ou d'une de ses parties par des raccourcis astrologiques. Pourtant, ce dernier point de vue, plus
synthétique, était celui de toute l'Antiquité.

Pourquoi, par ex., les principales listes bouddhistes en sanscrit des rois de Magadha (Behar Sud) omettent-
elles [105] de mentionner Chandragutta ou Chandragupta, le grand-père d'Açoka, que les auteurs grecs et
romains appellent Sandracottos ? Mais tout simplement pour réduire le nombre des rois entre Bimbisâra
qui a reçu les renseignements de Bouddha, et Açoka qui représente le sommet de la civilisation
bouddhiste, à 28, au cycle lunaire [Ces souverains sont : Bimbisâra, Ajâtasattu qui régnait au moment de la
mort de Bouddha, Udâyibhadda, Anuruddha, fondateur d'Anurâdhapoura, ancienne capitale de Ceylan, et
Manda, Nâgadâsaka, Susunâga, Kâlâsoka et ses 10 fils, 9 Nanda et Bindusâra. ] . Les historiens considèrent
plusieurs de ces rois comme très hypothétiques, alors que l'existence de Chandragutta est, au contraire, la
seule qui soit la plus certaine, mais les noms des rois figurant sur ces listes révèlent leur rattachement au
Zodiaque lunaire [ auquel nous avons consacré notre astrologie lunaire] : Udaya se dit, par ex., encore
aujourd'hui pour un facteur astrologique qui se lève (Udaya Lagna - Ascendant) et a donné le nom
d'Udâyibhadda ; Nandi est le nom de monture de Shiva, roi des quadrupèdes, et aussi celui du Taureau
céleste, et sa parenté avec les rois Nanda est évidente ; le nom du roi Anuruddha dérive d'Anurâdîm, nom
indien du Scorpion, etc...

D'autre part, chez les peuples qui ont vécu principalement ou exclusivement sur la tradition orale, cet
arrangement astrologique de l'Histoire avait, peut-être, pour but de ressortir les causes astrales du
développement humain, sans pour cela nuire à la vérité historique. L'Esotérique savait toujours concilier
cette dernière avec la vérité symbolique, - les deux étant complémentaires et non antagonistes. C'est ainsi
que lorsque les populations montagnardes du Sud-Indochinois chantent le rôle civilisateur de Sorden, leur
initiateur et le fils du Soleil, cela n'exclue point la probabilité de son existence physique d'organisateur de
la civilisation pémsienne, mais met l'accent sur son rôle [106] solaire et " appolonien " [ dam Bo, Les
populations montagnardes du Sud-Indochinois, Lyon, 1950 ]

Pour celui qui sait manier les grands cycles planétaires, cet arrangement permet, d'autre part, de " dater "
ces événements mieux que toutes les chroniques humaines et conventionnelles.

De même que tous les livres sacrés ont adopté la forme " poétique " afin d'être plus facilement retenus par
la mémoire, de même l'arrangement astrologique de l'histoire qui est un phénomène universel, qui peut
être dicté en partie par des soucis de même sorte : la clef astrologique, le " monde astral " permet à celui
qui connaît la succession des signes et des planètes, de retenir mieux l'enchaînement des faits historiques.

Enfin, si dans certains cas (comme la liste des rois de Magadha citée plus haut), cet arrangement est voulu,
dans bien d'autres il s'agit tout simplement des rythmes astro-historiques mis en relief. Tout dernièrement,
Gaston Georgel a publié un passionnant livre sur Les Rythmes dans l'Histoire [ Besançon, 1947], mais
n'étant pas astrologue et cherchant surtout des répétitions historiques, il n'a pas fait ressortir certaines "
bizarreries ", car le déroulement de l'histoire humaine présente parfois des phénomènes si étranges qu'on
les croirait " arrangés ". N'est-il pas curieux de constater par ex., que toutes les 12e années sont sanglantes
pour la Russie ?... En effet, pour ne citer que notre siècle, 1905 est l'année de la première révolution
avortée, 1917 voit la chute du tsarisme et l'avènement du bolchevisme, 1929 - le paroxysme des " grandes
purges " et 1941 - l'invasion hitlérienne...

Au cours de notre premier chapitre nous avons cité comme exemple de l'arrangement astrologique
l'ancienne histoire de la Chine. Traversons l'océan et abordons le Nouveau-monde.

Garcilase de la Vega, historien, du XVIe siècle, fils d'un espagnol et d'une princesse inca de sang royal, nous
[107] a conservé les noms et les faits des 12 empereurs qui ont régné sur le Pérou.

Ces 12 empereurs correspondent exactement aux 12 signes du Zodiaque. En effet, le premier Manco est
l'initiateur et le fondateur qui commence la série comme le Bélier commence la roue zodiacale. Son fils
aîné Sinchi Roca par sa douceur, sa persuation et sa ténacité (ne sont-elles pas les qualités du Taureau,
deuxième signe ?) agrandit l'empire vers le midi, Loque Yupangué qui lui succéda, continua l'accroissement
du pays vers les quatre points cardinaux, en forçant la soumission de ses voisins sans verser leur sang (le
troisième signe, celui des Gémeaux n'est-il pas celui des voisins)

Le quatrième roi Maita Capac fut obligé de combattre pour conquérir le pays de Cunti Suyu. Le cours du
soleil a changé depuis le solstice et avec lui les méthodes. Néanmoins, on le représente comme un
souverain clément qui se fait aimer par les peuples vaincus.

La tradition affirme que son successeur, le fils aîné du précédent, Capac Yupangué fit des conquêtes
beaucoup plus grandes que ses prédécesseurs (en analogie certaine avec le signe royal et expansif du Lion).
Il élargit l'empire jusqu'à la mer au couchant ; jusqu'à Tarira, au pays des Charcas au midi ; jusqu'au pied de
la montagne des Antis à l'orient, et jusqu'à Racuna, dans la province de Chinca, au nord. On le représente
comme un des plus grands souverains incas et son retour à Cuzco fut le plus beau triomphe.
Il semble qu'à partir du sixième inca - Roca surnommé Pleure-Sang, l'empire entre dans une époque de
décadence. L'agrandissement cesse (d'ailleurs, le signe de la Vierge n'est pas celui de l'expansion).

Le septième Viracocha est représenté comme un roi juste comme le signe de la Balance, sans que nous
connaissions grand chose de son règne.

Le huitième Pachacutec est en lutte avec des révoltes caractéristiques du signe du Scorpion.

Le neuvième porte le nom de Yupangué (commele [108] troisième dont le signe correspondant est opposé
au Sagittaire, et comme le cinquième dont le signe zodiacal appartient à la même triplicité que la
neuvième).

Le dixième est Tupac Yupangué dont nous ne connaissons pas les faits (ne dit-on pas que les peuples
heureux n'ont pas d'histoire ? - le dixième signe est celui de Zeuith), mais sous le règne du onzième Inca
- Huina Capac - le plus doux et le plus juste des rois (ne sont-ce pas les caractéristiques du Verseau ?), trois
révoltes formidables embrasent tout l'empire. En analogie avec la nature réformatrice et même
révolutionnaire du signe correspondant, ce souverain, en mourant, partage le pays entre ses deux fils afin
de pouvoir surveiller davantage leurs sujets. Ces derniers étaient en pleine guerre fratricide quand les
conquistadors de Pizarre touchaient le sol du Pérou. Ce double pouvoir semblable au deux poissons du
douzième signe du Zodiaque a terminé l'empire des Incas, comme les Poissons terminent la roue zodiacale.

Il est difficile de dire si nous sommes ici en présence de l'arrangement astrologique de l'Histoire ou d'un
déroulement cyclique étonnant par sa netteté. Des exemples analogues peuvent être facilement trouvés
dans l'histoire de chaque pays. Gaston Georgel a publié [ Les rythmes dans l'histoire, 1947, p.92.] le
schéma du cycle des douze rois Louis sans en tirer toutes les correspondances zodiacales. Dans ce schéma,
Louis IV correspond au Bélier, Louis V, le fainéant, au Taureau, Louis VIII, le lion, au Lion, Louis XIII, le juste,
au Sagittaire, Le Roi-Soleil au Capricorne (et à la Xe Maison), Louis XV, le bien-aimé, au Verseau, et ainsi de
suite.

Ces " bizarreries " ne doivent pas nous faire oublier que le déroulement astrologique de l'Histoire est la
conséquence non seulement de la pensée synthétique des Anciens, mais aussi de l'organisation sociale
traditionnelle qui était également inspirée par l'Astrologie. Cette dernière est, par exemple, le fondement
même de [109] l'institution des castes qui, sans porter ce nom devenu péjoratif de nos jours, se
rencontrent dans toutes les anciennes civilisations. Rappelons que le Manava-Dharma-Sastra ou les Lois de
Manou divisent les humains en quatre groupes fondamentaux en accord avec les quatre triplicités.

L'homme de pensée qui est l'incarnation de l'élément d'Air ; l'homme d'action figurant l'élément de Feu
; l'homme de désir dépendant de l'élément d'Eau ; et un quatrième type, indéterminé, donnant naissance
à la quatrième caste des Soudras, serviteurs et artisans, et traduisant les influences de la triplicité de Terre.

Comme le Zodiaque est l'image idéale par excellence d'un cycle, " la même division se retrouve dans les
cycles de vie individuelle que constituent les quatre ashramas ", dit Paul Thorin [ Considérations de
politique synthétique dans Le Lotus Bleu N° d'oct. 1935, p.290 et 291. ] :

" L'enfant et l'étudiant sont les correspondants du Soudra, bien que l'étudiant participe au sort de son
instructeur Brahmane. C'est l'état de Brachmacharya. Puis vient la phase où satisfaction est donnée au
désir - désir de foyer, désir de richesse, désir de procréer. C'est le Grahasta Ashrama, celui du chef de
famille correspondant au Vaishya. Quand ses cheveux blanchissent et que l'homme a un petit-fils, il cède
son négoce à son fils et entre dans le Vanprastha Ashrama correspondant au Kshatrya. Sa préoccupation
est alors le bien de la collectivité, et il s'occupe des affaires publiques. Enfin, dans un quatrième cycle, le
Sannyasa Ashrama, l'homme, n'ayant plus que des intérêts spirituels, se retire en ermite dans la forêt et se
prépare à bien mourir par la méditation et les austérités. Cette phase correspond à la caste des
Brahmanes... "

Ainsi, le cycle de la vie individuelle rejoint l'Astrologie sociale. [110]

" Mais où est l'Ésotérisme de l'Astrologie ? " peut demander le lecteur.

On le pressent à travers tous ces faits. Lui seul peut les expliquer et les faire comprendre. Il est comme le
principe qui ordonne ces jeux infinis et multiples qui sont le fondement de la vie et de l'histoire humaines.
[111]

On lit souvent que la lettre A appartient au Soleil et au signe du Lion, que B correspond à la Lune et au
signe du Cancer, que C se trouve sous l'influx de Mercure dans le signe des Gémeaux, que D est influencé
par Vénus ou le Taureau, que E est gouverné par Jupiter ou Sagittaire, et ainsi de suite, bien que les Arabes
ne rattachent aux planètes que les voyelles, réservant les consonnes aux signes du Zodiaque et aux étoiles
fixes [ Voir plus loin Le langage et l' Astrologie], tandis qu'Agrippa attribue A à Saturne,. les trois lettres
suivantes aux trois premiers signes du Zodiaque, E à Jupiter, F au Cancer, G au Lion, H à l'Esprit, I à Mars, J à
Mercure, K à la triplicité de Terre, L à la Vierge, M à la Balance, N au Scorpion, 0 au Soleil, P au Sagittaire, Q
à la triplicité d'Eau, R [78]au Capricorne, S au Verseau, T aux Poissons, U à Vénus, Y à la Lune, X à l'élément
d'Air et Z à celui de Feu [ La Philosophie Occulte, La Haye, MDCCXXVII, tome 1, p. 208. Dom Pernetty dans
son Dictionnaire mytho-hermétique (1787) donne une toute autre liste, en plaçant A sous l'influence des
Poissons, B sous Jupiter, C sous le Verseau, D sous l'élément d'Eau, E sous le Capricorne, F sous le Sagittaire,
etc. Son point de vue différent s'explique peut-être par le fait qu'il se place uniquement au point de vue
alchimique.]

Je crois que personne n'a essayé d'apporter une explication à ces correspondances. S'agit-il des affinités
entre les sons et les lettres, leur valeur numérique ou leurs formes graphiques et les facteurs astrologiques
? C'est une question d'autant plus importante à résoudre que l'histoire des écritures ne correspond pas
toujours à celle des langues parlées. Il est évident que les premières lettres de l'humanité n'étaient
évidemment que de simples aides-mémoire, et que, d'autre part, le tracé des lettres (et autres signes),
était toujours considéré comme une opération magique répétant le geste initial du Démiurge [ Les
astrologues de la Renaissance croyaient, par ex., que l'hiéroglyphe de Saturne tracé d'en haut en bas
éveille le bon côté de cette planète, tandis que celui dessiné de bas en haut fait appel au côté sombre de
cet astre. Si ce dernier tracé a été précédé par celui de la ligne horizontale, ce dernier geste a une
signification vraiment satanique, car il symbolise les forces infernales, infra-humaines qui traversent la
ligne de la. manifestation terrestre pour se répandre dans le monde. Certains Orientaux ont encore
conscience de cette magie graphique et l'utilisent dans la confection des pentacles. ]

On admet généralement aujourd'hui que les premières idées exprimées par l'écriture durent être des idées
de nombre et de temps. Les calendriers rudimentaires, les cordes nouées ont visiblement précédé
l'écriture telle que nous la connaissons aujourd'hui. De ce fait, il est logique que les deux premières lettres
de l'alphabet soient consacrées aux luminaires qui règlent le calendrier [Ceci peut ne pas être exact pour
tous les alphabets, car chaque civilisation tend à créer son propre système. Notons à ce sujet
que A commence tous les alphabets du sanscrit (l'écriture dévanagari lui donne un rang privilégié) aux
écritures grecques et italiotes. Seul, en éthiopien le Alefn'est pas la première lettre, mais la treizième. ],
mais il est presque certain qu'il s'agit des [79] lettres en tant qu'images et non de sons. D'ailleurs, le son A,
comme celui de toutes les lettres, n'est pas invariable non seulement dans les langues différentes, mais
même dans l'intérieur d'une même langue : l'a de flamme n'est pas celui de hâte, par exemple. En parlant
des rapports entre l'alphabet et les facteurs cosmiques, la tradition parle certainement des caractères
graphiques et non des sons qui leur sont attribués. Il s'agit ici essentiellement de l'ésotérisme graphique et
non de ce qu'on nomme en Orient les Mantrams. Agrippa, que nous avons mentionné plus haut et qui
était, même aux dires des historiens profanes et adversaires de tout ésotérisme, un des esprits les plus
étonnants du xvi° siècle, donne une page entière de lettres sacrées ou caractères particuliers des planètes,
- caractères qui n'ont rien de commun avec nos lettres, mais qui, d'après lui, doivent représenter des
graphiques parfaits correspondant à l'influence de chaque astre [ Livre 1, chapitre XXXIII.].

Mais revenons à notre alphabet.

La lettre A est celle qui a subi le moins de transformations et d'arrangements au cours des âges, du
phénicien à nos jours. Son prototype égyptien (car il est généralement admis aujourd'hui que l'alphabet
phénicien est dérivé des hiéroglyphes égyptiens), symbolise l'homme ou l'enfant naissant, ses deux
jambages représentant les deux jambes. C'est peut-être parce que son prototype égyptien représentait
l'enfant naissant que le A a été placé en tête de la plupart des alphabets. tandis que le caractère masculin
de ce prototype confirme sa correspondance solaire.

Faire le même raisonnement pour les autres lettres de notre alphabet est souvent plus difficile, mais
[80]indispensable si nous ne voulons pas répéter les listes des correspondances astrales sans les
comprendre.

Notre B, beth, bêta, est à la fois le chiffre deux qu'on donne souvent à la Lune, et unité féminine (comme A
est unité masculine), ainsi que le symbole de la main gauche (qui est le côté lunaire) et de l'enceinte, de la
maison, du lieu secret, de la bâtisse, du repos de la nuit, de la bouche, - en un mot, toutes les attributions
de la IVe maison horoscopique et du signe du Cancer. Dîodore nous apprend qu'en Ethiopie, la main
gauche fermée était l'image d'une possession tranquille [LIVRE III] qui semble être le sens originel de cette
partie du ciel. Notre graphisme de la lettre B ne montre-t-il pas l'image d'une armoire à deux portes
bombées vue d'en haut ? Dans l'ésotérisme islamique, alif correspond au Seigneur et bâ aux eaux,
universellement attribuées à la Lune.

Quant au C, son attribution à Mercure paraît plus douteuse (même si on laisse de côté son caractère
guttural qu'il avait déjà chez les Grecs ; comme nous l'avons souligné plus haut, ces correspondances sont,
à notre avis, uniquement celles de l'ésotérisme graphique et non des sons). Les Phéniciens l'avaient
certainement tiré d'un idéogramme égyptien, mais en l'altérant tellement que la parenté est
méconnaissable. Le Ghimel, qui est sa forme hébraïque, contient surtout, à côté de l'idée de la main
tendue, celle de grâce, faveur, beauté, etc., et de ce fait, cette lettre, comme aussi le nombre 3, qui est son
équivalent numérique, convient mieux à Vénus qu'à Mercure. Sa signification de la main tendue qui prend
ou qui retient semble être surtout celle du salut, de la caresse, mais nullement un rapport anatomique.
Cette main est aussi peu mercurienne que la main gauche symbolisant la lettre B. D'autre part, la forme
même du C ne ressemble-t-elle pas au début du tracé de l'hiéroglyphe de Vénus, - tracé qui reste inachevé
? [81]

En accord avec Agrippa qui attribue la lettre D aux Gémeaux, on peut la placer sous l'influence certaine de
Mercure, car le Daleth, selon M. de Paravey [ Essai sur l'origine unique et hiéroglyphique, des chiffres et
des lettres, Paris, 1826, p. 18.] est " littéralement traduit par ostium, Janua, porta fores, et encore par une
idée toute voisine, par folium, pagina, Ubri ; et le d Runique, le d Illyrien, offrent exactement la forme du
caractère des portes à deux battants de l'écriture hiéroglyphique conservée en Chine, soit que ces portes
soient représentées entr'ouvertes seulement, ou entièrement ouvertes, et leurs battants tournés en
dehors ; et l'on voit nos D divers, comme le Delta grec, comme le Daleth hébraïque lui-même, n'en être
que des abréviations toutes naturelles "... Notons aussi que cette lettre représente en musique la note ré
dans l'alphabet dit de Boèce, et qu'on donne généralement cette note à Mercure ; c'est justement à cause
du caractère " réversible ", " hermaphrodite " de cette planète" qu'elle n'avait pas de clef comme l'ut et le
fa.
Chaque astrologue peut continuer ces réflexions, car l'analyse complète de l'alphabet demanderait la
moitié de ce livre. Il n'est généralement pas nécessaire d'épuiser un sujet ; il suffit d'éveiller la pensée.

Mais de la même manière il nous faudra raisonner toutes les attributions planétaires et zodiacales (et non
seulement les lettres alphabétiques) afin d'enlever l'alluvion déposée par les siècles d'obscurcissement du
" sixième sens ". [82]

VIII. Le langage et l'astrologie

Si les correspondances astrales de l'Alphabet sont celles du graphisme, que dire du langage ?

Il y a évidemment des rapports entre les sons et les facteurs cosmiques, - des rapports comparables à ceux
de la Musique et de l'Astrologie que plusieurs auteurs ont fait ressortir, mais le domaine du langage
appelle quelques remarques particulières.

Les astrologues se complaisent souvent à énumérer les mots de provenance astrologique, comme
: jovial (de Jupiter) martial (de Mars), désastre, mercanti (de Mercure, dieu et astre des commerçants et
des fripons à la fois), héliotrope (plante d'Hélios, c'est-à-dire du soleil), sélénite : les expressions
comme mal luné, caractère lunaire, et les nom" propres reflétant le monde astral et ses influences,
comme Montmartre (Mont de Mars), Venise (dérivé de Vénus), Marseille (dérivé de Mars), etc.

Mais les rapports du langage et de l'Astrologie sont beaucoup plus intimes et profonds que tous ces mots
et expressions dont la plupart ne font que refléter la croyance à l'influence des astres qui jadis était aussi
universelle que la croyance au monde invisible et supérieur à notre sphère terrestre.

Chaque langue, tout en formant un système [83] cohérent et ordonné, doit avoir des correspondances
astrologiques qui l'ordonnent en quelque sorte et la mettent en harmonie avec l'univers tout entier, mais
si ces correspondances sont oubliées en Occident, elles sont encore vivaces en Orient. En arabe, par
exemple, chaque voyelle est rattachée à une planète, tandis que les consonnes sont en rapport avec les
signes du Zodiaque et les étoiles fixes. " Une racine arabe, dit Meillet [ Introduction à l'étude comparative
des langues indo-européennes, 4° édition, Paris, p.133] , n'est caractérisée que par ses consonnes ; quant
aux voyelles, chaque consonne de chaque racine peut être suivie de à, a, î, i, ù, u ou zéro, soit en tout sept
formes, et chacune de ces sept formes sert à caractériser la fonction grammaticale. ... " De ce fait, la
grammaire arabe a un caractère astrologique évident. Sur le fond immuable des consonnes zodiacales, les
voyelles planétaires jouent une mélodie comparable à la musique des .sphères. " La propriété qu'ont les
langues sémitiques" d'exprimer le fond de l'idée par les consonnes et les modifications accessoires de
l'idée par les voyelles, note E. Renan [ Grammaire générale et comparée des langues sémitiques.], fait
qu'on peut dire que les flexions s'y font par l'intérieur des mots ". Chaque mot arabe, par conséquent, peut
revêtir une forme planétaire déterminée, ce qui nous amène bien loin des timides allusions aux rapports
entre une lettre et un facteur astral auxquelles se bornent généralement les occultistes et astrologues
occidentaux.

En Chine où le système astrologique est très différent du mésopotamien qui est le nôtre, tout ce qui existe
est avant tout polarisé d'après Yang et Yin, et soumis aux principes solaire et lunaire. La grammaire ne fait
pas exception et tous les mots sont divisés en pleins d'essence positive et solaire) et vides (féminins et
lunaires) . Les premiers sont les sémantèmes et les seconds les morphèmes de nos linguistes [ On entend
par sémantèmes les mots exprimant les idées, et par morphèmes ceux qui expriment les rapports entre les
idées. Dans la phrase L'Astrologie est une belle science, les sémantèmes ou les mots pleins, selon la
terminologie chinoise, seront Astrologie et belle science, tandis que est sera un morphème. ]
Comme la lune [84] dépend du soleil (en ce qui concerne sa lumière) et représente dans l'univers le
principe passif, les mots vides ne sont jamais accentués ; l'accent qui est " l'âme " du mot, selon les
grammairiens anciens, est. réservé uniquement aux mots pleins.

Remarquons en passant qu'on peut voir les traces de la même polarisation dans la division
de nos mots en deux genres : masculin et féminin, mais alors qu'en Extrême-Orient les
textes proclament les rapports entre la grammaire et l'Astrologie, je ne connais aucune
allusion semblable en Europe. Nos linguistes sentent seulement que la cause de cette
division devrait être cherchée en dehors du domaine du langage. " Le genre, dit par exemple
J. Vendryes , représente une tentative faite par l'esprit pour classer les notions si variées qui
s'expriment au moyen des noms. Le principe de ce classement répond sans doute à la
conception. que nos lointains ancêtres se faisaient du monde ; des motifs mystiques et
religieux ont contribué à le fixer. La tradition s'en est maintenue même après qu'onacessé
d'en comprendre la raison d'être "... [Le Langage, Paris,1921,p.114.]
La distinction des verbes actifs et passifs dans la plupart des langues indo-européennes peut être
également rattachée à la manifestation des principes solaire et lunaire dans le domaine du langage. Le
même J. Verdryes, que nous venons de citer, traite cette distinction d' " illusoire " parce que le passif n'est
" presque jamais l'inverse de l'actif " [ Idem, p122.] Ici, comme dans l'exemple du genre, nous sommes en
présence d'une tradition dont la raison d'être qui, pour nous, ne peut être qu'astrologique (ou plutôt
astrosophique), est perdue depuis longtemps.

La plupart des divinités du Vieux et du Nouveau Mondes (Hermès, Osiris et Quetzalcoatl, pour ne parler
que des plus connus), à qui les Anciens ont attribué l'introduction de l'Astrologie, sont en même temps les
dieux de l'alphabet. Ceci confirme d'une manière lumineuse les rapports entre les astres et les règles du
langage. La grammaire, comme l'organisation de l'état dans l'Antiquité, était basée sur les
correspondances cosmiques. [86]

IX. La géographie astrologique

La pensée et la vie de l'Antiquité étaient entièrement dominées par l'Astrologie, poussée à des
développements et subtilités de raisonnement ou d'intuition dépassant nos moyens actuels.

Cette vérité a besoin d'être répétée afin de l'avoir présente à l'esprit, car elle explique plusieurs problèmes
sociaux, économiques et même politiques de l'Antiquité.

Même un domaine si typiquement terrestre comme la géographie doit tout à l'Astrologie. On attribue
généralement à Hipparque la fondation de la géographie, mais même chez lui la dépendance de la
géographie de la Science du Ciel est manifeste, car il ne fait qu'appliquer à la terre les longitudes et les
latitudes célestes connues bien longtemps avant lui.

Il nous est parvenu une carte du monde remontant à l'époque de Sargon d'Agadé (2.750 avant -J.-C.
environ) montrant nettement que la topographie céleste précède la topographie terrestre. Cette carte [
Voir sa reproduction dans l'ouvrage de CONTENAU : La Civilisation d'Assur et de Babylone, 1937, p.21-22.]
prend la capitale de Sargon comme centre de la terre et est [87] dressée par cercles concentriques
absolument analogues aux cercles planétaires, au-delà desquels se trouve une zone extérieure comme la
zone des étoiles fixes se place au-delà des cieux des planètes.

Autant que les fouilles archéologiques permettent de le supposer, Babylone était construite d'après les
données astrologiques et n'était autre chose qu'une gigantesque carte du ciel. L'énorme quadrilatère de
cette ville magnifique était entouré d'une muraille extérieure dont les faces se hérissaient de larges tours
carrées, distantes de 44 mètres l'une de l'autre ; il y en avait quatre-vingt-dix en tout sur chaque côté, donc
en tout trois cent soixante, [ D'après KOLDEWEY, The excavations at Babylon, p.1 et suivantes. ], et il est
difficile de ne pas y voir l'image des 360° du Zodiaque.

Cette disposition semble être commune à toute l'antiquité. Tout dernièrement, René Guénon a rappelé
qu'à l'intérieur de l'enceinte quadrangulaire ou circulaire des cités hindoues orientées aux quatre points
cardinaux, les Brahmanes occupaient le Nord considéré comme le point de départ de la tradition ; les
Kshatriyas, l'Est (ce qu'on doit mettre en parallèle, avec le caractère solaire de la caste royale) ; les
Vaishuas, le Sud (porte les hommes), et les Shûdras, l'Ouest, qui est regardé partout comme le côté de
l'obscurité spirituelle [ Le Zodiaque et les points cardinaux dans Etudes Traditionnelles, n° 247 d'oct-nov.
1945, p. 35 et suivantes. ]

" Pour justifier plus complètement le caractère " zodiacal " du plan traditionnel des villes, dit-il, nous
citerons maintenant quelques faits qui montrent que, si la division de celles-ci répondait principalement à
la division quaternaire du cycle, il y a des cas où une subdivision duodénaire est nettement indiquée. Nous
en avons un exemple dans la fondation des cités suivant le rite que les Romains avaient reçu des Etrusques
: l'orientation était marquée par deux voies [88] rectangulaires, le " cardo ", allant du Sud au Nord, et - le "
decumanus ", allant de l'Ouest à l'Est ; aux extrémités de ces deux voies étaient les portes de la ville, qui se
trouvaient ainsi exactement situées aux quatre quartiers... A cette division en quartiers se superposaient
une division en " tribus ", c'est-à-dire, suivant le sens étymologique de ce mot, une division ternaire
;chacune des trois " tribus " comprenait quatre " curies " réparties dans les quatre quartiers, de sorte qu'on
avait ainsi en définitive une division duodénaire.

Un autre exemple est celui des Hébreux qui vraisemblablement se sont inspirés du modèle babylonien.

Leurs douze tribus territoriales étaient réparties en quatre groupes de trois tribus, dont une principale,
Juda, la tribu royale, comptait à l'Est ; Ruben au Sud Ephraim à l'Ouest et Dan au Nord [ Nombres, II et III. ]

Mais si ces exemples de la géographie astrologique peuvent s'expliquer aux yeux des sceptiques par le
rayonnement de la Mésopotamie (les rapports suivis entre celle-ci et la civilisation de l'Indus, par exemple,,
sont historiquement prouvés), il ne s'agit nullement d'une invention chaldéenne. Les documents
préhistoriques sont trop nombreux pour afficher leur ancienneté et leur universalité, et parmi ceux-ci un
des plus connus est certainement l'immense " temple stellaire " de Glastonbury, qui est loin d'être unique
en Grande-Bretagne [ Voyez à ce sujet la série d'articles de John Bowland : Ancient British Sun-
Temples dans Modern Astrology, 1936-1937.]. Glastonbury et la région avoisinante du Somerset
constituaient, à une époque fort reculée (au moins trois mille ans avant l'ère chrétienne), une sorte de
gigantesque carte du ciel déterminée par le tracé sur le sol d'effigies représentant les constellations et
disposées en une figure circulaire qui est comme une image de la voûte céleste projetée sur la surface de
la terre.

" Il y aurait là un ensemble de travaux qui rappelleraient en somme ceux des anciens mound-builders de
l'Amérique du Nord ", dit René Guénon [ La Terre du Soleil, dans Etudes Traditionnelles, N°193 de janvier
1936, p.32 et suivantes.] : " La disposition naturelle des rivières et des collines aurait d'ailleurs pu suggérer
ce tracé, ce qui indiquerait que l'emplacement ne fut pas choisi arbitrairement, mais bien en vertu d'une
certaine " prédétermination " ; il n'en est pas moins vrai, qu'il fallut pour compléter et parfaire le dessin...
un art fondé sur les principes de la géométrie. Si ces figures ont pu se conserver de façon à être encore
reconnaissables de nos jours, c'est suppose-t-on, que les moines de Glastonbury, jusqu'à l'époque de la
Réforme, les entretinrent soigneusement, ce qui implique qu'ils devaient avoir gardé la connaissance de la
tradition héritée de leurs lointains prédécesseurs, les Druides, et sans doute d'autres encore avant ceux-
ci... "
Le " temple stellaire " de Glastonbury (gardons ce nom qu'on lui a donné, bien qu'il désigne mal ce dont il
s'agit), dessine un immense Zodiaque dont la constellation de la Balance semble être absente comme
d'ailleurs dans plusieurs sphères zodiacales très anciennes, cette constellation est indiscutablement la
dernière venue dans le cercle zodiacal. Dans ce " temple stellaire ", elle est remplacée par l'image d'un
oiseau fabuleux portant une coupe qu'on peut identifier avec le Phénix et avec le " Garuda " de la
mythologie hindoue, peut être avec l'aigle de Zeus qui a enlevé Ganymède. Vu certains rapports
symboliques qui existent entre Garada et soma, d'un côté, et Ganymède et l'ambroisie, de l'autre, on peut
se demander si cette coupe (ainsi que l'urne de notre représentation habituelle du Verseau) ne contient
pas le " breuvage de l'immortalité ", symbolisant, en outre, la plus haute connaissance initiatique.

Mais abandonnons l'Angleterre pour la Chine.

Encore au début du XXe siècle, avant la Révolution chinoise, Pékin, la capitale quadrangulaire de l'empire,
présentait manifestement un plan d'ensemble astrologique semblable à celui de Babylone, dont nous
avons parlé plus haut. Orientée vers les quatre points cardinaux avec le palais impérial et la salle du trône
regardant vers le Sud, la capitale chinoise demeure comme encadrée entre le Temple du Ciel, celui de la
Terre, 'celui de l'Agriculture et celui des Ancêtres de la dynastie impériale ; ces quatre temples symbolisant
les quatre éléments cosmiques extérieurs et les quatre " palais célestes " - le Palais Impérial étant l'image
terrestre du cinquième élément et du " Palais du centre de la cosmographie chinoise ", et la salle du trône
représentant le pôle Nord, d'où " l'Etoile Polaire regarde vers le Sud ".

On peut multiplier ces exemples presqu'à l'infini.

Cette conception de l'arrangement terrestre selon les lois du ciel est universelle et se rencontre dans tous
les continents. A Madagascar, par exemple, tout autour des trois cimes, sur lesquelles se dresse
Tananarive, se découpe une chaîne de collines qui entoure la capitale qui, comme on le sait, était le centre
d'une puissance locale, d'un Etat analamanga. Douze de ces collines ont conservé encore chez les
Malgaches modernes, le titre de " douze Montagnes Royales " " en souvenir des petits Etats qu'elles
constituaient ", dit Urbain-Faurec et Georges Lavau [ Les Sites historiques malgaches, dans la Revue de
Madagascar, N° d'avril 1935, p.85 et suivantes] : " Quelques auteurs les désignent sous le nom des " Douze
Collines Sacrées ", pour rappeler l'hommage du peuple à ces royautés disparues et parce qu'elles furent
vénérées jusqu'aux derniers règnes, comme étant une partie de la gloire et de l'honneur de la puissance
hova qui avait établi son autorité sur leur propre défaite.

" Plus habituellement, on les nomme aujourd'hui " Les Douze Collines de l'Imerina ".

" D'autres ont prétendu qu'elles pouvaient bien [91] point être douze à l'origine et que leur nombre aurait
été poussé jusqu'à douze pour arriver à ce chiffre fatidique qui, dans les civilisations judaïques et orientales
anciennes, correspondait à la plénitude, à l'achèvement et à l'intégralité d'une chose. A l'appui de cette
opinion, il est cité le fait que l'on parle communément des " douze femmes du roi ", alors que les sujets
n'en. avaient guère que deux ou trois, et que les ancêtres. royaux sont toujours dénommés, dans l'histoire
du peuple hova, les " douze souverains " et jamais un de plus... "

Ce que ces auteurs ne savent certainement pas, c'est que ces déformations historiques ne sont autre chose
que l'adaptation de l'histoire locale aux cycles cosmiques dont nous parlerons en détail plus loin. Il y a des
rapprochements curieux à faire entre les noms et les caractères de ces collines et les signes zodiacaux,
mais ceci nous entraînerait bien au-delà de notre sujet. Notons seulement qu' " Ambohimanjaka ",
montagne située au Nord-Ouest et correspondant au signe du scorpion, était le lieu des sacrifices qui
précédaient les décisions graves ; que la colline " Ambohimanambola ", qui est à l'Est et correspond au
signe du Bélier, est marquée par la fameuse idole " Kelimalaza " et qu' " Antsahadinta ", correspond au
Lion, est l'endroit des tombeaux royaux.
Aux Etats-Unis, les Indiens Winnebago du Wisconsin se divisent en deux groupes : un est appelé ceux d'en
haut et l'autre - ceux de la Terre [ Robert Lowie, Traité de sociologie Primitive, p.125.]. Le premier se
subdivise en quatre et le second en huit sous-groupes, de sorte que l'ensemble forme un tout zodiacal.
Ces, noms sont d'ailleurs remarquablement symboliques : ceux d'en haut suggèrent évidemment l'idée du
ciel, et l'ensemble des noms de ces deux groupes - l'union du ciel et de la Terre, c'est-à-dire l'organisation
terrestre en harmonie parfaite avec le ciel. L'ethnographie de tous les continents garde encore de nos jours
pas mal de survivances semblables de l'organisation astrosophique de l'Antiquité.

Même chose chez les Indiens Crow divisés en treizeclans (12 + la zone " mystique " centrale) [Id, p.153].

Que prouvent tous ces exemples ?

Ils prouvent l'existence d'une géographie astrologique dont les bases semblent être aujourd'hui
complètement perdues et qui consistait à mettre la terre en harmonie parfaite avec les influences astrales.
Depuis des temps immémoriaux, il n'y a que sept ponts de bois à Sriganar, capitale de Cachemire, et ces
ponts sont dédiés aux sept planètes sans que personne sache aujourd'hui pourquoi.

Mais il est certain que cette science a été bien vivante dans l'Antiquité qui savait manier les rythmes
planétaires et zodiacaux comme nous savons manier les poisons dans notre pharmacopée. Toute la Magie
atteste cette connaissance, et de même que tous ceux qui .sont au courant de l'Astrologie ne peuvent la
considérer comme une superstition, il n'y a aucune raison de penser que la géographie astrologique n'ait
pas autrefois constitué une science véritable.

Les correspondances astrales, les bases astrosophiques des langues mortes ou vivantes, les traces de la
géographie astrologique sont les vestiges grandioses, mais fragmentaires de l'Astrologie Esotérique
autrement plus vaste que notre horoscopie généthliaque. Elle englobe non seulement le domaine
terrestre, mais comme nous le verrons plus loin, la vie spirituelle.

C'est d'ailleurs dans celle-ci que ses traces sont les plus tangibles. [93]

X. L'arbre de la vie

De même que la plupart des vestiges de la Géographie astrologique sont d'ordre zodiacal, de même c'est le
Zodiaque qui a inspiré à tous les peuples anciens leur représentation symbolique du monde, du centre
spirituel et du paradis (les trois se confondent d'ailleurs) . La Géographie légendaire obéit aussi avant tout
aux lois astrologiques. Prenons pour exemple la représentation du centre du monde la plus caractéristique,
" classique " pour ainsi dire, qui est celle du Mérou hindou.

Ce vocable signifie, d'après E. Burnouf, qui a un lac, et il semble que ce lac mythique marque le centre du
Zodiaque. Il est formé par l'eau de la divine Gangâ, et porte le nom de l'excellent lac de l'esprit - Mânasa-
Sarôvara. C'est Brahma qui l'a créé de sa pensée.

Le mont Mérou où il se situe, est le plus haut point de la Terre, celui où l'on atteint le ciel, c'est-à-dire qui
canalise les plus hautes forces astrales. Il est le pôle immuable autour duquel tournent les signes
zodiacaux. C'est cette immobilité qui le fait identifier avec le pôle nord terrestre, tandis qu'on fait
descendre l'eau du lac des sept Ours, Sages ou Rishis de la Grande Ourse, la principale constellation
circompolaire. [95] Cette eau fait sept fois le tour du Mérou (c'est-à-dire descend par le canal des sept
planètes), et va ensuite se déverser dans quatre autres lacs qui servent de centres aux quatre régions de
l'espace et se situent aux points cardinaux. L'ensemble du Mont Mérou et de ses quatre hauteurs
secondaires forme un schéma absolument identique à celui des cinq " palais " de l'uranographie chinoise :
le " palais " central qui est la région circompolaire du ciel, et les quatre " palais " qui l'entourent, dans
lesquels se placent les signes du Zodiaque, les demeures lunaires [ Voir notre ouvrage sur l'Astrologie
Lunaire (3e édition, 1948). ] et les planètes. Si l'Astrologie hindoue qui a cependant beaucoup emprunté à
l'Astrologie Chinoise, n'a pas conservé ou retenu cette représentation extrême-orientale du ciel, c'est sa
tradition religieuse qui a fixé l'image des cinq " palais " chinois en ce schéma du Mont Mérou. Les Hindous
ont transposé sur le plan métaphysique de l'origine de notre Manvantara ce qui est pour les Chinois la
carte du ciel physique.
Dans chacun de ces quatre monts-soutiens ou hauteurs secondaires s'élève un jardin paradisiaque
contenant près du lac un arbre merveilleux qui porte le nom de Kalpavrikcha ou Kalpadrouma (arbre des
désirs, c'est-à-dire qui satisfait tous les désirs) ou, encore, Kalpatarou (arbre des périodes). Quant aux lacs,
ils donnent naissance à quatre neuves terrestres qui s'échappent par la gueule de quatre animaux divins. Il
est certain que deux de ces fleuves doivent être assimilés à Veau de vie et à Veau de mort dont parlent les
contes de fées de tous les pays. Ces contes millénaires les placent toujours ensemble au bout du monde
[ Dans plusieurs contes, comme par exemple dans le conte breton " Trente de Paris ", (voir Ogam, N° 15,
1951, p. 149), les fontaines d'où coulent l'eau de vie et l'eau de mort, sont gardées par quatre lions (ou
monstres), - ce qui souligne encore davantage le caractère paradisiaque du lieu " au bout du monde " et
son identité avec le Mérou.], et n'en doutons pas, c'est le fleuve qui coule au nord de chacun de ces
paradis qui représente l'eau de mort ; même dans une représentation " polaire " [98] du cosmos comme
celle des Hindous, le nord est toujours la région de l'obscurité et de la mort (et non de la lumière physique
ou spirituelle).

" Ces quatre fleuves à leur tour arrosent les quatre grandes régions de l'étendue, envisagées comme des
îles-continents (mahâ-dvipas = grandes îles, grands. continents) ", résume Pierre Gordon [ L' Image
du monde dans l'Antiquité, Paris, 1949, p.30] : " Ils ont leur embouchure dans quatre mers ; à l'est, au sud,
à l'ouest et au nord du Mérou. Chacune des quatre montagnes, et chacun des animaux sacrés qui donnent
issue aux fleuves, sont faits d'un métal différent et possèdent une couleur spéciale (ces couleurs sont les
mêmes que celles qui caractérisaient au début les quatre castes de l'Inde) ; à l'est, blanc ou argent, ce qui
correspondaient aux bramanes ; - au sud, rouge ou cuivre : Kshatriyas ; - à l'ouest, jaune, couleur d'or :
Vaicyas ; - au nord, brun, noir, ou de fer ; Çudras [Notons en passant que le fait d'avoir placé au nord la plus
basse caste doit faire réfléchir ceux qui nient la tradition atlantéenne au profit de la tradition polaire.
Comme nous l'avons dit au cours du chap. IV, Les deux courants de l'Astrologie sacrée, l'apport
hyperboréen se présente surtout comme un élément perturbateur détruisant la cohérence et l'harmonie
du système établi précédemment et qu'on a toutes les raisons de croire Atlantéen.] D'autre part, les quatre
lacs, les quatre fleuves et les quatre océans comportent des liquides divers, en rapport, eux aussi, avec les
quatre castes ; celles-ci, auxquelles se rattachent tous les peuples de la terre, proviennent d'ailleurs des
quatre rivières issues du Mérou ".

Ces couleurs, métaux et liquides différents soulignent encore l'identité avec les cinq " palais " de la
cosmologie chinoise où chaque " palais " est rattaché à un élément. Il est vraiment étonnant que personne
ne se [99] soit aperçu encore de ces rapports entre le Mérou hindou et les divisions de l'espace sidéral en
Chine. Rappelons que les " palais " septentrional et méridional ont les mêmes couleurs que les monts-
soutiens correspondants ; les deux autres couleurs de l'Uranographie chinoise diffèrent. L'est étant vert en
Chine et l' ouest - blanc. L'est étant marqué en Chine par la pleine lune "dans l'équinoxe d'automne,
l'inversion de sa couleur devient facilement explicable. Quant à la couleur jaune attribuée par le Chinois à
Saturne, planète du " palais " central, elle devrait être donnée à la région polaire, bien que la tradition
n'affecte aucune couleur à cette partie du ciel.

Ces rapports intimes entre la représentation du ciel des Chinois et le Mérou hindou prouvent que ce
dernier appartient avant tout au domaine de l'Astrologie, plus exactement à son Esotérisme, et que notre
tentative d'y voir un symbolisme astrologique est légitime.

Reprenons donc la description de l'omphalos du cosmos selon les Hindous, - schéma dont tous les autres
paradis de l'humanité sont apparentés.

Nous avons mentionné plus haut l'arbre merveilleux qui se trouve au centre de chaque mont. Un de ses
noms - arbre des périodes a une consonance cosmologique, même astrologique. Les arbres des quatre
monts- soutiens sont, en quelque sorte, les émanations de l'arbre cosmique primordial qui pousse sur le
Mérou central et qui est le pommier-rose. Bien que la Bible soit muette sur la nature de l'arbre de son
paradis, c'est le pommier du Mérou qui est à l'origine de l'imagerie populaire montrant Eve tenant une
pomme.

La tradition hébraïque identifie l'arbre du paradis terrestre - réplique du Mérou central sans ses quatre
monts-soutiens cardinaux - avec l'arbre séphirothique, - ce qui est logique et normal, car nous sommes en
présence d'un lieu - état symbolique et non d'un endroit physique, d'un exposé métaphysique et non d'une
description géographique. L'arbre de la vie est donc cet arbre métaphysique qui descend d'Aïn-Soph [100]
à travers les trois mondes - Aziluth (monde des émanations), Briah (monde des créations), Iesirah (monde
des formations) vers le plan inférieur, le monde des formes. C'est cet arbre, reliant le ciel et la terre, qui est
à l'origine des cultes sylvestres qu'on trouve encore partout et, tout particulièrement, en Afrique.

Bien que le Sepher Yetzirah (livre de la Création) donne aux Séphiroth les correspondances d'ordre zodiacal
en considérant la première Séphira comme l'Esprit du Dieu Vivant, la 2e - comme l'air et le souffle, la 3e -
l'eau, la 4e - le feu, la 5e - le zénith, la 6e - le nadir, la 7e - l'Orient, la 8e - l'Occident, la 9e - le Midi, et la 10e -
le Nord, ce sont les correspondances planétaires qui ont prévalu au cours des siècles. Tous les auteurs ne
sont pas d'accord sur ces correspondances (y a-t-il un problème dans ce bas monde sur lequel existe
l'unanimité ? !), mais on donne le plus souvent : aux deux premières Séphiras - les facteurs non planétaires
(comme le Ciel de l'Empyrée et le Ciel du premier mobile, ou encore, l'Espace et le Mouvement) ;

à la troisième -- Saturne
à la quatrième -- Jupiter
à la cinquième -- Mars
à la sixième -- Soleil
à la septième -- Vénus
à la huitième -- Mercure
à la neuvième -- Lune
à la dixième -- la Terre

Comme toute représentation symbolique du monde place au-dessous de la terre les enfers, cette échelle
planétaire continue chez les Hébreux par le royaume sombre des Qliphoths, des Siphiroth noires et de
l'Arbre de la Mort. En descendant plus bas que le paradis. on pénètre dans le monde renversé des 7 diables
dont nous avons longuement parlé plus haut. Les influences planétaires ne s'arrêtent pas à la Terre.

Nous avons vu d'autre part que l'eau du lac suprême [101] du Mérou fait sept fois le tour de la montagne
sacrée, ou que, autrement dit, les forces astrales descendent par le canal des sept planètes. Même idée de
descente exprimée par l'Arbre de la Vie. Alors que le schéma zodiacal se place quand même malgré les
différents niveaux du mont Mérou et de ses quatre hauteurs secondaires, sur le plan horizontal, les
symboles planétaires se dressent verticalement. Si on ajoute les mondes souterrains des enfers, cette
descente continue en formant une croix et les planètes la ligne verticale. L'image du Mérou nous amène
donc au symbolisme de la croix. L'application de la clef astrologique ouvre toujours des perspectives
insoupçonnées et découvre l'enchaînement des symboles le plus inattendu.

Cet Arbre de la Vie se rencontre dans toutes les traditions au même titre que le souvenir nostalgique du
paradis. Chez les Scandinaves la déesse de la vie immortelle - Idhuna ou Iduh s'identifie avec un pommier.
Dans Phérécyde, l'essence du cosmos est représentée par un chêne ailé flottant dans l'espace ; sur ce
chêne, Zéus a étendu les continents et les mers. Chez les Celtes c'est le frêne Yggdrasill qui relie le monde
infernal au ciel à travers les trois plans. C'est aussi le frêne cosmique de l'Edda
nommé Heimdallr ou bouton céleste. C'est la plante de la vie que Gilgamesh alla chercher au milieu de
l'Océan.

La mémoire de cet Arbre de la Vie s'est perpétuée dans les mots totémiques des Peaux-Rouges. En Chine
nous trouvons même la réplique exacte de l'arbre séphirothique : c'est un arbre lumineux 1'Arbre-du-bout-
du-monde dont le tronc est haut de cent lieues et dans les branches duquel sont suspendu dix soleils ;
comme l'imagerie chinoise a créé dix enfers, ces dix soleils se prolongent par dix lieux ténébreux
correspondants.

Quant à l'idée de la descente des influences spirituelles à travers les sept planètes, nous la trouvons
également partout, en commençant par les sept degrés de l'initiation mithraïque et les sept degrés de la
[102] Franc-Maçonnerie Suédoise et en terminant par l'échelle à sept marches planétaires des Kadosh de
l'Ecossisme.

Notons pour terminer que les autres peuples ont simplifié considérablement l'image de leur montagne
paradisiaque en la réduisant généralement à une seule, c'est-à-dire eu supprimant les quatre monts-
soutiens de la tradition hindoue. Néanmoins, aussi bien dans le Harâ-Berezaiti ou Airyana.
Vaêdja zoroastréen que dans la Montagne chaldéenne du ciel et de la terre et l'Albordj des Parsis modernes
on retrouve la même topographie zodiacale. En Mésopotamie, par ex., en face de la Montagne Centrale se
trouvent aux deux bouts du monde deux portes du ciel, une à l'est et l'autre à l'ouest, de caractère
nettement zodiacal. Il est très probable que ces deux portes sont devenues la porte des hommes et la porte
des dieux des Grecs qui en ont changé l'emplacement, en les situant aux solstices au lieu des équino-xes.
Remarquons à ce sujet que le nom de Babylone (Ka-Dingir-ra en sumérien et Bab-ilu en akkadien) veut dire
aussi la porte du Dieu. [103]
XI. L'astrologie et l'histoire

Les historiens et les archéologues sont souvent troublés par les descriptions symbolistes des faits et par les
narrations qui obéissent à d'autres soucis que celui de la " vérité historique ". Ils oublient que de Platon. et
Démocrite jusqu'à Roger Bacon et Raymond Lulle, on n'eut jamais imaginé qu'une physique, une
métaphysique, une éthique et une histoire pussent se passer d'un fondement cosmologique. La réalité
historique était à leurs yeux plus dans le déroulement cyclique, céleste, astrologique que dans les petits
faits qui attirent nos historiens rationalistes d'aujourd'hui.

Nous avons aujourd'hui plusieurs manières de présenter l'histoire, mais si les auteurs contemporains
trouvent tout naturel que le point de vue économique, par ex., ne coïncide pas toujours avec l'histoire
militaire ou des institutions, ils n'imaginent plus qu'on puisse présenter le développement de l'humanité
ou d'une de ses parties par des raccourcis astrologiques. Pourtant, ce dernier point de vue, plus
synthétique, était celui de toute l'Antiquité.

Pourquoi, par ex., les principales listes bouddhistes en sanscrit des rois de Magadha (Behar Sud) omettent-
elles [105] de mentionner Chandragutta ou Chandragupta, le grand-père d'Açoka, que les auteurs grecs et
romains appellent Sandracottos ? Mais tout simplement pour réduire le nombre des rois entre Bimbisâra
qui a reçu les renseignements de Bouddha, et Açoka qui représente le sommet de la civilisation
bouddhiste, à 28, au cycle lunaire [Ces souverains sont : Bimbisâra, Ajâtasattu qui régnait au moment de la
mort de Bouddha, Udâyibhadda, Anuruddha, fondateur d'Anurâdhapoura, ancienne capitale de Ceylan, et
Manda, Nâgadâsaka, Susunâga, Kâlâsoka et ses 10 fils, 9 Nanda et Bindusâra. ] . Les historiens considèrent
plusieurs de ces rois comme très hypothétiques, alors que l'existence de Chandragutta est, au contraire, la
seule qui soit la plus certaine, mais les noms des rois figurant sur ces listes révèlent leur rattachement au
Zodiaque lunaire [ auquel nous avons consacré notre astrologie lunaire] : Udaya se dit, par ex., encore
aujourd'hui pour un facteur astrologique qui se lève (Udaya Lagna - Ascendant) et a donné le nom
d'Udâyibhadda ; Nandi est le nom de monture de Shiva, roi des quadrupèdes, et aussi celui du Taureau
céleste, et sa parenté avec les rois Nanda est évidente ; le nom du roi Anuruddha dérive d'Anurâdîm, nom
indien du Scorpion, etc...

D'autre part, chez les peuples qui ont vécu principalement ou exclusivement sur la tradition orale, cet
arrangement astrologique de l'Histoire avait, peut-être, pour but de ressortir les causes astrales du
développement humain, sans pour cela nuire à la vérité historique. L'Esotérique savait toujours concilier
cette dernière avec la vérité symbolique, - les deux étant complémentaires et non antagonistes. C'est ainsi
que lorsque les populations montagnardes du Sud-Indochinois chantent le rôle civilisateur de Sorden, leur
initiateur et le fils du Soleil, cela n'exclue point la probabilité de son existence physique d'organisateur de
la civilisation pémsienne, mais met l'accent sur son rôle [106] solaire et " appolonien " [ dam Bo, Les
populations montagnardes du Sud-Indochinois, Lyon, 1950 ]

Pour celui qui sait manier les grands cycles planétaires, cet arrangement permet, d'autre part, de " dater "
ces événements mieux que toutes les chroniques humaines et conventionnelles.

De même que tous les livres sacrés ont adopté la forme " poétique " afin d'être plus facilement retenus par
la mémoire, de même l'arrangement astrologique de l'histoire qui est un phénomène universel, qui peut
être dicté en partie par des soucis de même sorte : la clef astrologique, le " monde astral " permet à celui
qui connaît la succession des signes et des planètes, de retenir mieux l'enchaînement des faits historiques.

Enfin, si dans certains cas (comme la liste des rois de Magadha citée plus haut), cet arrangement est voulu,
dans bien d'autres il s'agit tout simplement des rythmes astro-historiques mis en relief. Tout dernièrement,
Gaston Georgel a publié un passionnant livre sur Les Rythmes dans l'Histoire [ Besançon, 1947], mais
n'étant pas astrologue et cherchant surtout des répétitions historiques, il n'a pas fait ressortir certaines "
bizarreries ", car le déroulement de l'histoire humaine présente parfois des phénomènes si étranges qu'on
les croirait " arrangés ". N'est-il pas curieux de constater par ex., que toutes les 12e années sont sanglantes
pour la Russie ?... En effet, pour ne citer que notre siècle, 1905 est l'année de la première révolution
avortée, 1917 voit la chute du tsarisme et l'avènement du bolchevisme, 1929 - le paroxysme des " grandes
purges " et 1941 - l'invasion hitlérienne...

Au cours de notre premier chapitre nous avons cité comme exemple de l'arrangement astrologique
l'ancienne histoire de la Chine. Traversons l'océan et abordons le Nouveau-monde.

Garcilase de la Vega, historien, du XVIe siècle, fils d'un espagnol et d'une princesse inca de sang royal, nous
[107] a conservé les noms et les faits des 12 empereurs qui ont régné sur le Pérou.

Ces 12 empereurs correspondent exactement aux 12 signes du Zodiaque. En effet, le premier Manco est
l'initiateur et le fondateur qui commence la série comme le Bélier commence la roue zodiacale. Son fils
aîné Sinchi Roca par sa douceur, sa persuation et sa ténacité (ne sont-elles pas les qualités du Taureau,
deuxième signe ?) agrandit l'empire vers le midi, Loque Yupangué qui lui succéda, continua l'accroissement
du pays vers les quatre points cardinaux, en forçant la soumission de ses voisins sans verser leur sang (le
troisième signe, celui des Gémeaux n'est-il pas celui des voisins)

Le quatrième roi Maita Capac fut obligé de combattre pour conquérir le pays de Cunti Suyu. Le cours du
soleil a changé depuis le solstice et avec lui les méthodes. Néanmoins, on le représente comme un
souverain clément qui se fait aimer par les peuples vaincus.

La tradition affirme que son successeur, le fils aîné du précédent, Capac Yupangué fit des conquêtes
beaucoup plus grandes que ses prédécesseurs (en analogie certaine avec le signe royal et expansif du Lion).
Il élargit l'empire jusqu'à la mer au couchant ; jusqu'à Tarira, au pays des Charcas au midi ; jusqu'au pied de
la montagne des Antis à l'orient, et jusqu'à Racuna, dans la province de Chinca, au nord. On le représente
comme un des plus grands souverains incas et son retour à Cuzco fut le plus beau triomphe.

Il semble qu'à partir du sixième inca - Roca surnommé Pleure-Sang, l'empire entre dans une époque de
décadence. L'agrandissement cesse (d'ailleurs, le signe de la Vierge n'est pas celui de l'expansion).

Le septième Viracocha est représenté comme un roi juste comme le signe de la Balance, sans que nous
connaissions grand chose de son règne.

Le huitième Pachacutec est en lutte avec des révoltes caractéristiques du signe du Scorpion.

Le neuvième porte le nom de Yupangué (commele [108] troisième dont le signe correspondant est opposé
au Sagittaire, et comme le cinquième dont le signe zodiacal appartient à la même triplicité que la
neuvième).

Le dixième est Tupac Yupangué dont nous ne connaissons pas les faits (ne dit-on pas que les peuples
heureux n'ont pas d'histoire ? - le dixième signe est celui de Zeuith), mais sous le règne du onzième Inca
- Huina Capac - le plus doux et le plus juste des rois (ne sont-ce pas les caractéristiques du Verseau ?), trois
révoltes formidables embrasent tout l'empire. En analogie avec la nature réformatrice et même
révolutionnaire du signe correspondant, ce souverain, en mourant, partage le pays entre ses deux fils afin
de pouvoir surveiller davantage leurs sujets. Ces derniers étaient en pleine guerre fratricide quand les
conquistadors de Pizarre touchaient le sol du Pérou. Ce double pouvoir semblable au deux poissons du
douzième signe du Zodiaque a terminé l'empire des Incas, comme les Poissons terminent la roue zodiacale.

Il est difficile de dire si nous sommes ici en présence de l'arrangement astrologique de l'Histoire ou d'un
déroulement cyclique étonnant par sa netteté. Des exemples analogues peuvent être facilement trouvés
dans l'histoire de chaque pays. Gaston Georgel a publié [ Les rythmes dans l'histoire, 1947, p.92.] le
schéma du cycle des douze rois Louis sans en tirer toutes les correspondances zodiacales. Dans ce schéma,
Louis IV correspond au Bélier, Louis V, le fainéant, au Taureau, Louis VIII, le lion, au Lion, Louis XIII, le juste,
au Sagittaire, Le Roi-Soleil au Capricorne (et à la Xe Maison), Louis XV, le bien-aimé, au Verseau, et ainsi de
suite.

Ces " bizarreries " ne doivent pas nous faire oublier que le déroulement astrologique de l'Histoire est la
conséquence non seulement de la pensée synthétique des Anciens, mais aussi de l'organisation sociale
traditionnelle qui était également inspirée par l'Astrologie. Cette dernière est, par exemple, le fondement
même de [109] l'institution des castes qui, sans porter ce nom devenu péjoratif de nos jours, se
rencontrent dans toutes les anciennes civilisations. Rappelons que le Manava-Dharma-Sastra ou les Lois de
Manou divisent les humains en quatre groupes fondamentaux en accord avec les quatre triplicités.

L'homme de pensée qui est l'incarnation de l'élément d'Air ; l'homme d'action figurant l'élément de Feu
; l'homme de désir dépendant de l'élément d'Eau ; et un quatrième type, indéterminé, donnant naissance
à la quatrième caste des Soudras, serviteurs et artisans, et traduisant les influences de la triplicité de Terre.

Comme le Zodiaque est l'image idéale par excellence d'un cycle, " la même division se retrouve dans les
cycles de vie individuelle que constituent les quatre ashramas ", dit Paul Thorin [ Considérations de
politique synthétique dans Le Lotus Bleu N° d'oct. 1935, p.290 et 291. ] :

" L'enfant et l'étudiant sont les correspondants du Soudra, bien que l'étudiant participe au sort de son
instructeur Brahmane. C'est l'état de Brachmacharya. Puis vient la phase où satisfaction est donnée au
désir - désir de foyer, désir de richesse, désir de procréer. C'est le Grahasta Ashrama, celui du chef de
famille correspondant au Vaishya. Quand ses cheveux blanchissent et que l'homme a un petit-fils, il cède
son négoce à son fils et entre dans le Vanprastha Ashrama correspondant au Kshatrya. Sa préoccupation
est alors le bien de la collectivité, et il s'occupe des affaires publiques. Enfin, dans un quatrième cycle, le
Sannyasa Ashrama, l'homme, n'ayant plus que des intérêts spirituels, se retire en ermite dans la forêt et se
prépare à bien mourir par la méditation et les austérités. Cette phase correspond à la caste des
Brahmanes... "

Ainsi, le cycle de la vie individuelle rejoint l'Astrologie sociale. [110]

" Mais où est l'Ésotérisme de l'Astrologie ? " peut demander le lecteur.

On le pressent à travers tous ces faits. Lui seul peut les expliquer et les faire comprendre. Il est comme le
principe qui ordonne ces jeux infinis et multiples qui sont le fondement de la vie et de l'histoire humaines.
[111]

[Notons cependant que l'unanimité n'existe pas au sujet de ces correspondances et que parfois on
considère le vieillard comme l'incarnation de l'élément d'Eau (peut-être parce que le Scorpion est un signe
automnal), le malade - comme le symbole de l'élément de Feu, le cadavre - celui de Terre et le moine -
celui d'Air. Les partisans de ces correspondances placent donc ces visions faites, d'après la légende, en 4
jours successifs, contre le sens du Zodiaque si on rattache ces quatre images aux signes fixes comme pour
souligner qu'au point de [130] vue de l'évolution spirituelle il faut aller contre l'ordre normal du zodiaque.
Enfin, certains placent ces quatre images dans l'ordre des signes du Scorpion au Verseau.]

De même que l'histoire du Christ, en commençant par sa naissance au solstice d'hiver, s'inscrit dans le
cercle zodiacal, de même les quatre grands miracles de Bouddha, c'est-à-dire :
sa naissance,
son illumination,
son premier sermon
et sa mort,
s'associent étroitement avec l'idée du cycle journalier qui est en Orient l'image courante d'une incarnation.
C'est l'Est où se lève le soleil qui marque sa naissance, c'est le Sud, le Midi qui est le moment le plus clair de
la journée et auquel se rattache le symbole du figuier qui préside à son illumination ; c'est l'Ouest,
correspondant à la VIIe maison horoscopique, symbole de la vie sociale, qui vit son premier sermon, et de
ce fait, l'Ouest est généralement représenté sur les monuments bouddhiques par la Roue de la Loi ; et c'est
le Nord, figuré par le stupa, qui marque sa mort, comme la IV maison gouverne les monuments funéraires
[Voir le chapitre XIII ]. D'ailleurs, d'après les Écritures, Bouddha mourut la tête au Nord au milieu de la nuit
[Voir Les écrits primitifs du Bouddhisme, Paris, 1949, ch. XII. ]. Aux yeux des fidèles, ces correspondances
soulignent l'universalisme de la doctrine de Bouddha, qui est valable pour tout ce qui vit (et pas seulement
pour le genre humain) comme le jour luit pour tout ce qui se trouve sur la Terre.

De même que dans le Christianisme, le Christ apparaît comme l'agglomérat de plusieurs symboles (comme
le Soleil sur le plan planétaire, comme la constellation des Poissons en tant que représentant de son
époque, comme le signe du Lion en tant que Roi de Judas, [131] comme le signe du Bélier en tant que
Rédempteur, etc.), de même le cycle basique du Bouddhisme n'exclut point d'autres correspondances
astrales. Il n'est rien dit, par exemple, dans les Écritures au sujet de la vie de Bouddha entre sa naissance et
l'âge de vingt-neuf ans, quand il quitta le monde. Dans toutes les traditions, un an et un jour sont
symboliquement équivalents, et ce nombre est celui de la révolution de la Lune. Donc, la vie du Bouddha
durant le premier cycle lunaire suit un cours " normal " ou terrestre, et c'est le deuxième cycle lunaire qui
le sort de notre monde sub-lunaire.

Nous ne pouvons pas nous arrêter longuement sur les correspondances astrologiques de la vie du
Bouddha, qui est un sujet aussi vaste que le symbolisme cosmosophique du Christ. Rappelons brièvement
qu'à sa naissance les trente-trois dieux de notre ciel inférieur exultaient et que ce nombre est celui du cycle
solaire ;qu'il a été reçu par les Déités Gardiennes des quatre points cardinaux (symbole de son rôle
universel), qu'il a pris pied sur le sol et fait sept pas (image de la prise de possession des qualités des sept
planètes), et que le même jour naissent les sept " connaturels " (c'est-à-dire les véhicules planétaires
permettant à Gautama Siddhârta de s'exprimer), parmi lesquels il faut distinguer sa future épouse, son
disciple Ananda et son cheval devenu plus tard le dieu Kanthaka. Ces nombres quatre et sept se retrouvent
tout le long de la légende de Bouddha. A l'âge de seize ans (quatre fois quatre), il perce d'une seule flèche
sept arbres au cours d'un concours de tir à l'arc. Comme nous l'avons rappelé plus haut, en quatre jours il
fait connaissance d'un vieillard, d'un malade, d'un cadavre et d'un moine. Il reste sept semaines à l'ombre
du banyan où il reçoit la suprême illumination. Il meurt à l'âge de quatre-vingts-quatre ans (quatre fois
vingt et un, soit trois fois sept). Subhadda, le dernier disciple instruit par Bouddha avant sa mort, a cent
vingt ans (quatre fois 30), etc.

Sa doctrine est essentiellement " zodiacale ", si on peut s'exprimer ainsi, - ce qui est logique, vu que [132]
le Bouddhisme, comme d'ailleurs l'Islamisme, est une religion profondément déterministe. Ce caractère
déterministe qui frappe tous les orientalistes, le fait mieux s'accorder avec l'Astrologie que, par exemple, le
Christianisme et le Brahmanisme qui, tous les deux, admettent le libre arbitre. De ce fait, contrairement à
la papauté dont l'attitude vis-à-vis de l'Astrologie a souvent varié selon les opinions personnelles du
pontife, le Bouddhisme a toujours eu une attitude de bienveillance envers l'Astrologie et l'a encouragée ;
aucune autorité bouddhiste n'a jamais pris position contre cette science. La défense faite aux moines
par Sâmânnâ-phala-suttade dire la bonne aventure et de pratiquer l'Astrologie est interprétée
unanimement comme l'interdiction de gagner de l'argent par les consultations afin de ne pas transgresser
la prescription de la pauvreté, et non comme l'interdiction de l'Astrologie elle-même.

La doctrine du Bouddha se résume avant tout aux :


Quatre Vérités principales,

Quatre Attentions fondamentales,

Quatre Voies spirituelles ou quatre bases de pouvoir psychique,

Cinq Pouvoirs ou Facultés,

Cinq Forces ou Pouvoirs [ Les termes varient suivant les auteurs),

Sept branches de l'Illumination, Noble Sentier Octuple.

De même que les quatre grands miracles, les Quatre Vérités principales, les Quatre Attentions
fondamentales (ou Quatre stades de concentration décrits notamment dans le Satipatthâna), les Quatre
Efforts Suprêmes, les Quatre sortes du Karma, les Quatre Voies spirituelles et les Quatre Demeures du
Bouddha se rattachent aux quatre points cardinaux dont ils expriment les qualités et les caractéristiques ;
les Cinq Facultés et les Cinq Forces, comme d'ailleurs les cinq premiers disciples du Bouddha convertis à
Bénarès, représentent [133] les puissances des cinq éléments [ Rappelons que tout l'Orient connaît, en
plus de nos quatre éléments, le cinquième, comparable à la quintessence de nos hermétistes
occidentaux. ] ; les Sept branches de l'Illumination correspondent aux sept planètes, tandis que, comme
nous le verrons plus loin, le Noble Sentier Octuple est aussi l'expression des quatre points cardinaux.

Bien que le Noble Sentier Octuple soit mieux connu que toutes les autres divisions par tous ceux qui ont
une notion superficielle du Bouddhisme, c'est la division quadripartite qui est indiscutablement la plus
importante de toutes, car elle forme la base même de la doctrine et, par extension, le Zodiaque complet de
la vie spirituelle.

" Le Bouddhisme n'est pas seulement une doctrine ou une suite de doctrines auxquelles il faut croire, mais
c'est un mode de vie qui tend vers un certain but ", dit Edward-J. Thomas [ Les écrits primitifs du
Bouddhisme, p. 63.] : " C'est cette vie religieuse qui donne cohérence aux doctrines... Dans tous les plans,
nous trouvons une triple division : une instruction préliminaire de morale, puis un entraînement mental qui
consiste à obtenir la concentration du mental par certaines pratiques et à le détacher des choses
sensuelles ; ceci conduit finalement à la connaissance des Vérités. "

Cette triple division, en rapport avec les trois gunas hindous et, en Astrologie, avec les trois modes
d'expression cardinal, fixe et mutable, appliquée aux quatre stades principaux de l'ascèse, fait de la
discipline bouddhiste une sorte de Zodiaque spirituel de la vie religieuse, un chemin intérieur se trouvant
en parfaite harmonie avec les forces cosmiques. L'accent est mis sur les qualités des points cardinaux, mais
celles de tous les signes zodiacaux doivent être vécues par celui qui veut obtenir la libération. Rappelons
que le Bouddhisme enseigne que l'ignorance est la racine de tout [134] mal et que la cessation seule de
cette ignorance libère du Samsara. Il proclame l'enchaînement des mondes de souffrance et le classe en
douze liens ou causes appelés les douze Nidânas, correspondant aux douze signes du Zodiaque. C'est la
doctrine de Paticca Samuppada ou, littéralement " des causes originelles ".

Le Zodiaque apparaît donc à la fois aux yeux du Bouddhisme comme une route à suivre et comme les
douze chaînons causals déterminant la renaissance future et les liens karmiques. Cette chaîne des causes
qu'il faut cesser, ce cycle duodénaire de l'enchaînement des conditions de l'existence, prend le :

Bélier pour le symbole de l'ignorance, c'est-à-diredel'erreur qui fait supposer permanent ce qui est
transitoire
Taureau pour le symbole des agrégats ;
Gémeaux pour le symbole de la conscience ou plutôt de la connaissance distinctive ;
Cancer pour le symbole du mental et du corps ;
Lion pour le symbole des six organes sensoriels ;
Vierge pour le symbole du contact ;
Balance pour le symbole du sentiment ;
Scorpion pour le symbole du désir et de la soif corporelle ;
Sagittaire pour le symbole de la convoitise ;
Capricorne pour le symbole du désir d'être ;
Verseau pour le symbole de la renaissance ;
Poissons pour le symbole de la vieillesse et de la mort, du chagrin, des lamentations, de la douleur, la
dépression et le désespoir.

Dans cette dernière correspondance, on voit davantage la nature de la XIIe maison horoscopique que celle
du douzième signe.

" Les douze Nidânas ", dit Frithjof Schuon [Prajnâpâramitâ dans Etudes Traditionnelles, N° 284, p 166.]"
sont conçus comme un développement embryonnaire allant de l'ignorance (1er nidâna), racine "
subjective " [135] de l'illusion, à la vieillesse et à la mort (12e nidâna), en passant notamment par la " soif
d'existence " (8° nidâna), racine de l'illusion " objective ". L'ignorance [avidyâ) et la
soif (trishnâ), expliquent les commentaires bouddhistes, sont les deux nidânas fondamentaux. Ils
correspondent respectivement, parmi les douze signes du Zodiaque, aux deux signes associés aux idées de
vie et de mort : le Bélier (1" signe) et le Scorpion (8° signe), qui sont les deux " domiciles " de Mars... "

D'autre part, chaque signe zodiacal représente un état de conscience dans l'ordre ascendant. " Aussi
longtemps ", dit Bouddha au sujet des Quatre Vérités principales [V. 420. Cité dans Les écrits primitifs du
Bouddhisme, p. 41.] , " que ma juste connaissance et ma vue intérieure, avec les trois sections [Ce sont les
trois manières dont chaque vérité est traitée, manières semblables aux gunas hindous et représentées
astrologiquement par les quadruplicités.] et les douze divisions [zodiacales] n'ont pas été bien purifiées en
ces quatre nobles vérités, aussi longtemps, moines, dans le monde avec ses dieux, Mâra, Brahma, ses
créatures avec les ascètes, les brahmans, les dieux et les hommes, je n'avais pas atteint le sommet de la
plus complète illumination, j'ai reconnu ceci. Et lorsque, moines, ma juste connaissance et ma vue
intérieure, avec ses trois sections et ses douze divisions ont été bien purifiées en ces quatre nobles vérités,
alors, moines... j'atteignis le sommet de la complète illumination... "

Autrement dit, c'est la sublimation des qualités zodiacales qui amène l'adepte à la sortie du joug astral et à
" la rupture du Zodiaque ", et il est dit que Bouddha obtient l'illumination en parcourant indéfiniment le
cycle duodénaire dans les deux sens, évolutif et involutif.

Il est inutile de donner les noms sanscrits de cesdouze états de conscience, car souvent ils n'ont pas leur
équivalence en français et leur nomenclature [136] n'intéressera que le spécialiste. Il suffit de dire que ces
états sont comparables à ceux que donne Ad. Ferrière dans Le Mystère Cosmique, et Vers une classification
naturelle des types psychologiques, mais qu'ils sont plus " métaphysiques " que ces derniers, si on peut
s'exprimer ainsi.

Ces douze états ne sont, dans la pensée bouddhiste, que l'extension des quatre principes cardinaux
énumérés dans le " Sâmannaphalasutta " et autres livres sacrés, à savoir : les règles morales rattachées à la
triplicité de Feu et, principalement, au Bélier ; la garde des sens, dépendant de l'élément d'Eau et du
Cancer ; l'attention et maîtrise de soi attribuées à Air et Balance, et l'acquisition du
contentement correspondant à Terre et Capricorne. Les quatre transes ou contemplations qui sont les
accès du monde informel, les quatre efforts suprêmes et autres divisions quaternaires de la discipline
bouddhiste sont la prolongation de ces quatre principes et se rattachent tous aux points cardinaux.

Même chacune de ces divisions quaternaires forme à elle seule un Zodiaque complet, si l'on peut
s'exprimer ainsi. Comme on sait, les Quatre Stades de l'Attention, par exemple, consistent dans les
méditations sur le corps (domaine de la triplicité de Terre), les sensations (correspondant à l'élément
d'Eau), le mental (appartenant à la triplicité d'Air) et les pensées (Feu). Or, l'un des entraînements
communs à toutes les écoles bouddhistes consiste à réfléchir sur chacun de ces sujets successivement
d'une manière différente : d'abord, intérieurement (c'est-à-dire en mode cardinal), puis extérieurement
(en mode fixe) et enfin, intérieurement et extérieurement à la fois (en mode mutable).

Il serait fastidieux de passer en revue toutes les divisions quaternaires bouddhistes et faire la
démonstration de leurs correspondances avec la nature des points cardinaux. Dans chaque cas particulier
ces correspondances sont évidentes.

Cette idée des douze états zodiacaux de conscience ou du Zodiaque spirituel n'appartient pas uniquement
[137] au Bouddhisme, mais semble, au contraire, universelle. Avicenne (Abou al-Hosain ben Abdallah ben
Sinâ) dit aussi, par exemple, que la connaissance intime du Dieu par l'homme passe par onze étapes dont
les correspondances zodiacales sont évidentes et qu'étant astrologue, il s'en est aperçu certainement.
Voici les étapes d'Avicenne :

La première s'appelle volonté (caractéristique du Bélier) et durant cette étape l'homme se maîtrise par la
foi ou par la science théologique.

La deuxième purifie les sens par l'abstinence [ Le Taureau étant le signe d'appétits puissants, on trouve ici
la même antithèse que l'image du malade dont nous avons parlé plus haut.] et par la musique (une des
propriétés du Taureau).

La troisième, durant laquelle l'initié reçoit les éclairs de la Lumière (mentale des Gémeaux),
s'appelle Temps. C'est l'étape de l'errement entre la conscience de soi et Dieu, reflétant le dualisme des
Gémeaux.

Dans la quatrième, il voit en toute créature l'image de Dieu (comme la lune reflète la lumière du soleil) [
Toutes les notes entre parenthèses sont de nous.], quoique ses divisions puissent lui donner de
l'inquiétude et du tremblement du corps, ce qui cesse peu à peu dans la cinquième étape.

La sixième amène la tranquillité parfaite (le signe de la Vierge étant par sa nature beaucoup plus tranquille
et calme que les trois signes précédents), et l'extase permanente.

Au septième état il est emporté hors de lui-même et son être est comme absent (n'oublions pas que la
Vierge clôture l'arc individuel du Zodiaque et la Balance commence l'hémicycle universel).

Au huitième, l'homme peut à volonté monter versDieu.

Au neuvième état, il perd sa volonté, pour devenir, au dixième, le miroir de la divinité en passant sans
[138]cesse de son âme à Dieu et de Dieu à son âme (le Capricorne étant " la porte des dieux ").

Enfin, au onzième, contemplation permanente, il perd la connaissance de son propre être. C'est le degré
du pouvoir normal de faire des miracles.

Avicenne ne parle pas du douzième état, qui est évidemment celui de l'union complète avec le Dieu,
appelé par lui le Vigilant, et décrit exactement de la même manière que les Hindous décrivent Parabram et
les Chrétiens, Dieu le Père.

Notons que les douze règles, les douze armes et les douze conditions pour le combat spirituel données par
J. Pic de la Mirandole reflètent également les douze signes du Zodiaque [Voir la traduction publiée par
Marc Haven dans Initiation, N° de janvier 1906.]
Mais revenons au Bouddhisme.

Ce Zodiaque spirituel forme la fameuse Roue de la Vie qui est le principal symbole de toutes les écoles
bouddhistes. Presque partout, en Indonésie comme en Chine et au Thibet, cette Roue consiste en quatre
cercles concentriques dont le central est soit vide, soit contenant une image de Bouddha (Vairocana), celui
qui occupe le centre immobile du tourbillon de l'existence. Le deuxième cercle, divisé en trois parties
égales, est celui des Trois filles du désir et de la mort, qui sont représentées par le Coq (symbolisant la
luxure, l'orgueil et la vanité), le Serpent (la haine, la colère et la trahison) et le Porc (l'ignorance, la paresse
et la gloutonnerie). Le troisième cercle, divisé en six parties, est celui des différents " mondes " (lokas), le
monde des dieux en haut, voisinant avec celui des hommes (à gauche) et celui des titans (à droite) ; les
enfers en bas entre le monde des revenants (à gauche) et celui des animaux (à droite).

Bien qu'il y ait souvent des symboles zodiacaux dans ces deux cercles (les dessins thibétains montrent
souvent, par exemple, dans le monde des titans l'image [139] des cent-huit guerriers correspondant aux
cent-huit navamsas du Zodiaque [ Notons à ce propos qu'on peut supposer que si les astrologues hindous
ont préféré le Zodiaque lunaire des 27 demeures aux 28 nakchatras traditionnels, c'est pour faire
correspondre chaque demeure lunaire aux 4 navamsas. Ces derniers sont aussi représentées par les 108
grains du chapelet bouddhiste. ] comme pour souligner que les influences astrales s'étendent sur tous les "
mondes " et pas seulement sur le nôtre ; c'est le quatrième cercle de la Roue de la Vie qui nous intéresse
tout particulièrement, car il est divisé en douze signes et douze nidânas. Ceux-ci commencent en haut et
suivent le sens des aiguilles d'une montre. Bien que les images varient d'un pays à l'autre, voici les dessins
les plus courants :

Bélier : une chamelle aveugle ou un guerrier ignorant qu'un serpent s'apprête à mordre par derrière ;
Taureau : un potier modelant des objets en terre ;
Gémeaux : un singe dans un arbre ;
Cancer : un bateau traversant une rivière ou la mer ;
Lion : une maison vide ou un masque humain ;
Vierge : un homme avec une charrue, ou un couple s'embrassant ;

Balance : une flèche qui perce un œil ou un javelot planté dans le dos ;
Scorpion : un ivrogne ou un joueur ;
Sagittaire : un moissonneur ;
Capricorne : une femme enceinte avec des seins démesurés ;
Verseau : un être qui porte un enfant à sa mère ;
Poissons : un cadavre ou un squelette.

Et autour de la Roue se trouve toujours un monstre qui est le Destin qui règne aussi bien sur cette
caricature des douze états zodiacaux de conscience que sur les six mondes et les trois filles du désir et de la
mort.

De même que la division quaternaire de la doctrine aboutit au Zodiaque complet des douze états de
conscience, de même le Noble Sentier Octuple n'est que l'extension des quatre vérités qui sont restées
[140] fondamentales à travers tout le Bouddhisme, comme les huit directions de l'espace ne sont que
l'extension des quatre points cardinaux. Il est très possible que l'ancienne division de l'horoscope en huit
maisons, qui a existé dans l'antiquité gréco-latine, est l'équivalent horoscopique exact du Noble Sentier
Octuple.

Quoi qu'il en soit, ce dernier est divisé surtout en quatre étapes ou stages principaux correspondant
évidemment aux points cardinaux, et les quatre ascètes qu'on trouve souvent dans les écritures [ Voir
notamment Mahâparinibbânas, Digha, II, 137, cité par Edward J. Thomas, op. cit., p. 55.] , sont considérés
comme représentant ces étapes [ Ce nombre apparaît comme l'armature même de la doctrine bouddhiste
et ses applications sont innombrables. Ainsi, par ex., le postulant qui désire l'admission dans un monastère
bouddhiste, doit, d'après Mahâparinibbâna-sutta, attendre 4 mois avant d'être admis.]. Les quatre autres
stages sont, en quelque sorte, secondaires et dépendent de ces étapes principales. Ainsi, la parole juste
paraît la conséquence de l'idée juste, l'action juste semble découler de l'intention juste, le juste mode de
subsistance et l'effort juste forment un couple, comme un autre est formé par l'attention juste et la juste
concentration.

Notons en passant que la Noble Voie Octuple est rattachée souvent au Chakra Vishuddha, celui du Chakra
de la Gorge qui possède seize pétales (deux fois huit) et dont les tantriques disent qu'il est la porte de la
grande libération.

Les cinq éléments que nous retrouvons incarnés en Cinq Entraves, Cinq Facultés, Cinq Pouvoirs et autres
divisions quinaires du Bouddhisme, présentent un autre aspect de l'arrangement astrologique de la
doctrine. Le nom des Cinq Entraves lui-même montre que les forces astrales doivent être surmontées pour
obtenir la libération. Ces cinq entraves sont :

Le désir du monde incarnant l'élément de Feu ;


La malice qui est l'élément de Terre ; [141]
La paresse et l'indolence ou la torpeur dues à l'Eau ;
La distraction et l'agitation se rattachant à l'élément d'Air ;
Le Doute représentant l'élément d'Ether .

[Ces correspondances sont encore plus nettes et évidentes si, au lieu des 5 éléments hindous, nous
rattachons ces divisions quinaires aux 5 éléments chinois comme le font les Bouddhistes chinois. Comme
on sait ces éléments, comme toutes les divisions quinaires, ont un rapport direct avec les 5 sens.]

Notons ici que certaines divisions quinaires " doublent " ou répètent les listes d'entraînement en quatre
stades, comme si à l'époque de la composition des livres bouddhistes la théorie des quatre éléments (qui
semble être d'origine mésopotamienne) coexistait aux Indes avec celle des cinq éléments (d'origine
chinoise), comme cela s'est vu beaucoup plus tard en Perse ; on dirait que les partisans des quatre et des
cinq éléments. tout en étant d'accord entre eux sur la nécessité de rattacher l'ascèse bouddhiste au
Zodiaque, ont influencé la rédaction de ces listes. Ceci est évidemment une hypothèse qui ne sera
vraisemblablement jamais résolue.

Mais cette supposition est confirmée par certains textes bouddhistes présentant chaque division quinaire
comme une étendue semblable au palais de la cosmographie chinoise. Samyutta [V. 217 cité par Les écrits
primitifs, p. 100.] dit, par exemple : " Il y a cinq facultés, ô Gautama, de sphères et d'étendues différentes
et le rayon de l'une n'empiète pas sur celui des autres. Quelles sont ces cinq facultés ? Les facultés de la
vue, de l'ouïe, de l'odorat, du goût et du toucher. Or, ces cinq facultés ont des sphères et des étendues
différentes et n'agissent chacune que dans sa sphère propre... "

Ces Cinq Facultés et les pouvoirs qui en découlent, correspondent à :

la Faculté de la foi qui se manifeste par la fidélité à l'élément d'Eau ; [142]


la Faculté de l'énergie qui se manifeste par la pratique, à l'élément de Terre ;
la Faculté de l'attention, qui donne de l'habileté dans l'attention, à l'élément d'Air ;
la Faculté de la concentration, qui amène la fixation du mental, à l'élément de Feu ;
et la Faculté de la pleine connaissance, qui est la synthèse des quatre premières Facultés, à
l'élément d'Ether.

Notons que toutes ses divisions quinaires peuvent être rapprochées des enseignements de Maître Eckhart
qui dit que les Apôtres symbolisent respectivement les douze puissances de l'âme, à savoir cinq sens
internes, cinq externes, la raison et la volonté (ces deux dernières étant saint Pierre et saint Jean - les deux
piliers du Christianisme).

Les Sept branches de l'illumination ne présentent aucune originalité, car la même idée des qualités
planétaires se retrouve partout, en commençant par les sept degrés du Mithraïsme et en finissant par les
sept grades de la Franc-Maçonnerie suédoise. Dans le Bouddhisme, ces Sept parties de l'illumination sont :

l'attention : stade lunaire [Qui devrait être appelée plutôt la partie de la mémoire fidèle,
car Abhishamma dit à ce sujet que le moine " se souvient et rappelle à son esprit ce qui a été fait et ce qui
a été dit longtemps auparavant " (la mémoire étant la qualité lunaire par excellence). ] ;

l'investigation de la doctrine : stade mercurien ;

l'énergie : propriété de Mars ;

la joie (qui comporte la libération de tout ce qui est sensuel) : apanage de Vénus ;

le repos : degré de Jupiter ;

la concentration : qualité de Saturne ;

et l'équanimité : correspondant au Soleil.

Comme dans d'autres systèmes spirituels, ces sept branches de l'illumination sont nettement successives
et ne peuvent, d'aucune manière, être considérées [143] comme coexistant simultanément (comme les
divisions quinaires assimilées aux étendues de l'espace). C'est ce caractère temporel qui est souligné, par
exemple, dans la parabole suivante :

" Supposez que, tandis que Pasenadi, le roi de Kosala, habitait Sâvatthi, une affaire urgente soit survenue à
Sâketa et qu'entre Sâvatthi et Sâketa on ait établi pour lui sept relais de chariots. Le roi, partant de la porte
de son palais de Sâvatthi, serait monté dans le premier chariot, et du premier chariot serait passé dans le
second, du second dans le troisième, et ainsi jusqu'au septième et, avec ce septième chariot, il aurait
atteint la porte de son palais de Sâketa... " [Rathavinita-sutta, Majjhima, I, 146.]

Ceci établit nettement, comme d'ailleurs d'autres traditions, une certaine hiérarchie des planètes au point
de vue spirituel et initiatique, mais cette hiérarchie n'est pas partout identique, bien qu'elle commence
presque toujours par la Lune, l'astre le plus proche de la Terre. Il y a beaucoup de choses à dire au sujet de
l'ordre des planètes, mais ceci nous amènerait loin de notre sujet.

Une autre hiérarchie se dessine entre toutes ces divisions en quatre, huit, douze, cinq et sept, - hiérarchie
qui se rattache à l'universel symbolisme des nombres. La division en quatre est avant tout le symbole du
monde terrestre et, par conséquent, de la base tangible d'où part le travail intérieur de chaque homme. La
division en huit, qui envisage, en plus des quatre points cardinaux, les quatre points intermédiaires
formant avec eux les huit directions, symbolise un monde intermédiaire entre la Terre et le Ciel, - monde
semblable à celui des douze divisions qui représentent, aupoint de vue métaphysique, la totalité ou la
plénitude de la manifestation cosmique [ Ces lignes étaient déjà écrites depuis plusieurs mois quand René
Guénon a publié dans les Etudes Traditionnelles, N° 227 de 1949, un article sur l'Octogone qu'il considère
comme un stade [144] intermédiaire entre le carré, symbole de la Terre, et le Cercle, symbole du Ciel. Il y
remarque avec justesse que la rosé des vents est un symbole rosicrucien, et note que " lorsque les points
cardinaux sont mis en correspondances avec les éléments corporels, les points intermédiaires
correspondent aux qualités sensibles : chaud et froid, sec et humide " (p. 229).] La division en cinq
représente en tout premier lieu l'effort volitif de tous les éléments constituant l'homme, tandis que
l'échelle septénaire des planètes se rattache au monde céleste.

Toutes ces idées sont communes à tout le Bouddhisme, de Java aux steppes de l'Asie centrale et de Ceylan
au Japon. Il semble d'ailleurs que c'est justement l'Astrologie bouddhiste qui a été apportée dans ce
dernier pays, car si une certaine Astrologie, probablement d'inspiration chinoise, a existé aux îles du Soleil
Levant avant l'introduction du Bouddhisme en 558 (comme il y a eu l'Astrologie en Grèce avant Bérose),
c'est néanmoins surtout de 602 que date la tradition astrologique japonaise : en cette année, un prêtre
coréen enseigna aux Japonais les éléments de l'Astrologie et la chronologie .

[La plus ancienne reproduction du Zodiaque au Japon ne date malheureusement que du XIIIe siècle, quand
un peintre représenta les signes par des figures ayant un œil de face dans un visage de profil (c'est-à-dire
regardant vers l'autre monde) - représentation essentiellement symbolique si on se remémore le
symbolisme universel de l'œil et ses propriétés magiques.]

Sur ce fonds commun, chaque école bouddhiste a développé d'autres idées astrologiques, d'autres
rapprochements, souvent curieux et originaux (sans parler évidemment des systèmes comme les pratiques
numérologiques de l'Indonésie, qui, bien qu'ayant pris naissance et s'étant développées dans le milieu
bouddhiste, n'ont aucun rapport avec la religion elle-même). Comme exemple de ces rapprochements,
citons le symbolisme tibétain de la cloche, qui voit dans le rebord circulaire de celle-ci l'image du cercle
zodiacal, dans le haut : le symbole de l'Unité (avec laquelle le Zodiaque communique par le corps même de
la cloche, de sorte que le Zodiaque est la dernière expression de [145] celle-ci), et dans le battant : la
représentation de l'arbre du monde, du mont Méru et du centre du monde manifesté. Le son de la cloche
apparaît donc comme l'émission venant de ce centre spirituel et propagé dans la sphère zodiacale. La
cloche inspire bien d'autres considérations métaphysiques aux Tibétains, qui croient que les grandes
cloches sont masculines et les petites féminines.

La même signification " zodiacale " est rattachée aux " moulins à prières " imitant dans leur mouvement
circulaire le mouvement du ciel. Ces " moulins " sont, à ce point de vue, les images des Zodiaques
déversant sans arrêt dans l'espace les influences spirituelles qu'ils représentent.

L'Astrologie tibétaine ou lamaïste, à peu près complètement inconnue en dehors des frontières de ce pays,
exige à elle seule une étude à part, car c'est le seul pays où la cérémonie de lecture des horoscopes par le
concile bouddhiste sous la présidence du Dalaï Lama revêt un caractère religieux et politique à la fois.
Rappelons que cette cérémonie de 1948 a donné lieu à l'interdiction pour trois ans de l'entrée au Thibet
aux étrangers, tandis que celle de 1949 a abouti à une véritable déclaration de guerre au communisme.

On ne peut même pas songer de réunir ici toutes les idées astrologiques répandues dans le monde
bouddhiste, car il nous faudrait examiner toutes les coutumes locales, des cérémonies lamaïstes aux garde-
temps chinois constituée par des cierges en spirale portant douze divisions zodiacales [Ces derniers,
comme aussi plusieurs éléments du lamaïsme, semblent être d'origine pré-bouddhiste.]

Pour terminer ces notes brèves et désordonnées sur l'Astrologie bouddhiste, notons que chez les Kalmouks
de la Mongolie, dont le Bouddhisme est fortement teinté de Shamaïsme, les prêtres sont des astrologues
et déterminent le mode de sépulture, selon que l'individu est né dans l'année du Tigre, du Chacal ou du
Dragon ou, [146] autrement dit, sous l'influence prédominante de l'élément d'Eau, de Feu ou de Terre. Par
suite de sa décision, le corps du défunt sera exposé en plein air, enseveli dans la terre, dans l'eau (ou si
l'eau est rare, simplement aspergé), sous les arbres, sous les pierres ou brûlé .

[A une tradition analogue se rattache la coutume des Chinois de tourner le lit d'un mourant de façon que
sa tête soit dirigée vers l'Est, car il commencera dans l'au-delà une nouvelle existence comme le signe du
Bélier commence le Zodiaque.]
Que prouvent toutes ces correspondances ? Un matérialiste du siècle dernier dirait que les mystiques
s'inspirent tout simplement des divisions et des facteurs célestes, mais cette explication simpliste, niant
tout ésotérisme, ne saurait satisfaire l'homme de nos jours, comme le " mythe solaire " de J. Dupuis et de
ses continuateurs ne saura pas convaincre le croyant de la vanité de sa religion. Le problème est autrement
plus profond et correspond à une utilisation savante des forces cosmiques en vue de les surmonter. La
nature même de l'ésotérisme fait que ces choses sont difficiles à exprimer (sans quoi le symbolisme serait
inutile), et, en parlant de " la rupture du Zodiaque ", à laquelle tendent toutes ces traditions, nous
touchons, un des plus grands mystères de l'homme. [147]

XV. La division octuple

En parlant du noble Sentier Octuple du Bouddhisme, nous avons mentionné l'ancienne division de
l'horoscope en huit maisons. Elle est suffisamment intéressante et importante (non seulement
symboliquement, mais aussi par des précisions apportées dans l'interprétation pratique d'un thème
horoscopique), pour lui consacrer quelques pages.

Ésotériquement, le nombre huit, l'octonaire, " représente l'équilibre final qui est le résultat de l'évolution "
[Dr R. Allendy, Le Symbolisme des nombres, Paris, 1921,. p. 241.], c'est-à-dire l'état de l'affranchissement
de la répercussion fatale des actes, et c'est la raison de son importance dans le Bouddhisme et ailleurs. En
Chine, par exemple, ce nombre devient les huit règles de conduite de Chou-King, les huit ministres de
l'Empire et, évidemment, les huit trigrammes fondamentaux de Fo-Hi [Voir à ce sujet Méthode pratique de
divination chinoise: par le Yi-King du Maître Yuan-Kuang, Paris, 1950. ]. En Iran, il s'incarne en huit
catégories de prêtres de Zoroastre. Dans le Christianisme, il inspire les huit catégories des bienheureux
[Matth., V, 3-11. ]. Comme un exemple de son importance dans les systèmes initiatiques, citons le rite
templier comportant les huit grades.
Les astrologues d'aujourd'hui ont oublié cette division de l'horoscope en huit parties, mais dans tous les
pays et jusqu'à nos jours, le symbolisme religieux en a perpétué le souvenir, car dans toutes les religions, y
compris l'Islam et le Christianisme, existe l'image de la roue à huit rayons et, comme la roue, par sa forme,
symbolise le monde manifesté, le Cosmos et l'Univers, cette image ne peut être interprétée, au point de
vue astrologique, que comme la division du Zodiaque en huit parties.

L'explication de ce système est simple : si les angles de l'horoscope correspondent aux points cardinaux qui
marquent les saisons, chacune de ces huit maisons représente dans l'horoscope ce que les demi-saisons
sont dans l'année. Comme la nature astrologique de chaque quart du ciel reflète la nature de la saison
correspondante, ainsi chacune de ces huit divisions traduit les caractéristiques de la demi-saison. La
troisième division, en comptant à partir de l'équinoxe du printemps, est, par exemple, nettement plus "
claire " en ce qui concerne la réussite finale dans la vie que toutes les , autres, et les planètes qui s'y
trouvent, donnent des précieuses indications à ce point de vue dans chaque cas particulier.

Bien que nous l'ayons déjà dit plus haut, répétons encore une fois qu'en Chine le ciel était divisé en cinq "
palais " célestes, dont quatre correspondant aux saisons et aux points cardinaux, et le " palais " central
(ayant pour centre le pôle) représentant le Principe Immuable des choses. D'autre part, la polarité
universelle d'actif et de passif, du jour et de la nuit, du Soleil et de la Lune, forme la base même de
l'Astrologie et de la Cosmographie chinoises. Les " palais " (qui ne sont autre chose que la localisation des
cinq éléments planétaires de l'Extrême-Orient), sont pénétrés par ces deux principes : Yang, symbole de
l'unité et de l'actif, et Yn, symbole de la dualité et du passif. [150] Seul le " palais " central échappe à cette
pénétration. Chacun des " palais " cardinaux est, pour ainsi dire, scindé en deux parties par les équinoxes
et les solstices, et dans chacun de ces huit demi-palais (ou demi-saisons), la proportion de Yang et de Yn se
trouve inversée.
Donc, la division en huit du Zodiaque chinois se présente de la manière suivante :

I. - De l'équinoxe du printemps à la moitié du signe zodiacal du Taureau - Palais Occidental [Rappelons que
les " palais " portent le nom des points cardinaux opposés. Pour nous, les occidentaux, le trait
caractéristique du printemps est la position du Soleil au point vernal, alors que pour les Chinois, cette
saison est surtout marquée par la pleine lune dans l'équinoxe d'automne.] - Yang, période active du Tigre
Blanc. C'est le trigramme Lî symbolisant le feu solaire et la flamme qui monte, et dont les correspondances
astrologiques sont : la beauté (ou, plutôt, l'aspect physique), l'intelligence, la sociabilité, la vivacité et
l'appétit (autrement dit : les tendances naturelles de l'individu).

II. - De la moitié du signe du Taureau au solstice d'été - Palais Septentrional - Yn, période passive de
la Tortue Noire. C'est le trigramme Tui symbolisant l'eau stagnante et indiquant : la satisfaction, la décision,
l'obstination, les plaisirs de la bouche et de la chair, le concubinage.

III. - Du solstice d'été à la moitié du signe du Lion - Palais Septentrional - Yang, période active de la Tortue
Noire. C'est Khien, le père des trigrammes et le trigramme du père, symbole du ciel, de l'air, de la force, de
l'ascension dans la vie, de la fortune héréditaire.

IV. - Du milieu du signe du Lion à l'équinoxe d'automne - Palais Oriental - Yn, période passive du Dragon
Vert. C'est le trigramme Soun, celui du vent[151] inclinant les arbres, de la flexibilité, de la pénétration (de
la pluie dans la terre obéissante), de la fécondité et du travail habituel et monotone apportant ou
promettant un bénéfice certain.

V. - De l'équinoxe d'automne au milieu du signe du Scorpion - Palais Oriental - Yang, période active
du Dragon Vert. C'est le trigramme Khan, celui de la pluie et de la rivière en crue, donc des périls et des
difficultés venant de l'extérieur (et non de l'individu lui-même).

VI. - Du milieu du signe du Scorpion au solstice d'hiver - Palais Méridional - Yn, période passive de l'Oiseau
Rouge. C'est le trigramme Kên, celui de la montagne, de la chasse, du sentier droit et du repos ou de l'arrêt
(du travail dans les champs).

VII. - Du solstice d'hiver au milieu du signe du Verseau - Palais Méridional - Yang, période active de l'Oiseau
Rouge. C'est Khouen, la mère des trigrammes et le trigramme de la mère et de la Terre nourricière, ainsi
que de la soumission au destin, de l'apparence dans la vie, de l'économie et de l'obscurité. A première vue,
il y a une incompatibilité entre le caractère actif de cette demi-saison et la nature passive de ce trigramme,
mais sa passivité est celle d'une matrice qui accomplit l'action prédéterminée.

VIII. - Du milieu du signe du Verseau à l'équinoxe du printemps - Palais Occidental - Yn, période passive
du Tigre Blanc. C'est le trigramme Tshen, celui du tonnerre et de la foudre, du pouvoir excitant de la nature
(qui amènera la poussée printanière), du retour à la vie, du rythme, du mouvement des pieds, du grand
chemin et de la précipitation.

Chacune de ces divisions est symbolisée par une image principale. La huitième, par exemple, est
représentée par un bourgeon fermé, tandis que la première est représentée par un bourgeon ouvert. Ce
symbolisme du printemps est trop clair pour le commenter. D'autres images secondaires sont données par
les trigrammes[152] dont les indications corroborent en général celles de notre tradition occidentale. Par
exemple, la huitième division contient le signe des Poissons, celui des pieds, et le trigramme correspondant
symbolise le mouvement rythmique des pieds ; la cinquième division renferme la Balance, signe initial de la
VIIe maison horoscopique dont une des significations est : la guerre, les ennemis et les procès, et le
trigramme de cette demi-saison révèle les périls et les difficultés venant de l'extérieur, etc
Nous nous sommes permis de nous arrêter longuement à cette division octuple du ciel parce qu'elle est
très peu connue et parce que, comme nous le verrons plus loin, elle a des rapports certains avec
l'Ésotérisme. Comme toutes les divisions du Zodiaque, elle n'appartient évidemment pas elle-même à
l'Ésotérisme de l'Astrologie [C'est Alan Léo et ses continuateurs qui, ne pouvant pas trouver ailleurs
l'Astrologie Ésotérique, attribuaient à celle-ci les triplicités, les quadruplicités, les décans, les navamsas et
autres divisions du Zodiaque qui n'ont rien d'ésotérique ]. Autant dire que les saisons sont ésotériques,
bien qu'elles soient susceptibles d'avoir certains développements d'ordre ésotérique. Mais, avant
d'aborder le domaine sacré de l'Ésotérisme en ce qui concerne cette division octuple, revenons encore une
fois à l'uranographie chinoise.

Ajoutons, pour être précis, que quelquefois on divise également le Palais Central en deux pour créer une
série denaire en attribuant à Yn la plaine et à Yang la montagne, mais ceci n'a aucun rapport avec le ciel et
ne détruit pas le système de huit divisions zodiacales qui ne sont pas autre chose que les huit trigrammes
de Fo-hi. On peut supposer que cette division du Palais Central en deux parties provient de l'habitude de
représenter les trigrammes dans un cercle autour du symbole de Yn-Yang.

" Cette disposition de huit secteurs rangés autour d'un centre ", dit Léopold de Saussure [Les Origines de
l'Astronomie chinoise, Paris, 1930,p.227], " se rencontre également dans la division du firmament en neuf
deux, qui ne sont pas des cieux concentriques suivant l'idée grecque, mais bien les régions équatoriales
groupées autour du pôle... "

Il est impossible de résumer ici tous les développements de huit tsie-ki du contour du ciel en Chine. Son
auteur présumé est Chein-noug, et la légende des huit officiers de Chao préposés aux huit dates tropicales,
les huit cieux et les huit ouvertures des esprits peuvent donner l'idée de l'importance de cette division
dans la pensée chinoise. De même que les douze signes du Zodiaque ont donné naissance aux douze
maisons horoscopiques, ces huit demi-saisons peuvent et doivent être transposées sur le plan terrestre, les
deux premières divisions se plaçant entre l'Ascendant et la Fin du Ciel, les deux suivantes entre la Fin du
Ciel et le Descendant, et ainsi de suite.

Dans la tradition grecque, ces huit divisions du ciel se retrouvent dans les huit " lieux " de Manilius.

Le premier de ces " lieux " correspond à la période active du Tigre Blanc et porte le nom de Typhon, dieu
du Feu. Le symbolisme du Tigre (vivacité des réflexes, besoin d'agir, cruauté inconsciente, etc.) et celui de
Typhon (impulsion, instinct, désir hâtif, égoïsme, etc.) sont complémentaires, pour ne pas dire identiques.
Tous les deux ils expriment la même force ignée, personnelle et souvent irraisonnée.

Le deuxième de ces " lieux " est la période passive de la Tortue Noire et est lié par Manilius avec
la Lune, planète féminine, c'est-à-dire négative. Si la division précédente est celle de l'acte, de ce qu'on fait
par soi-même, celle-ci est celle de ce que l'on subit.

Le troisième de ces " lieux " n'est autre que la période active de la Tortue Noire et s'appelle La
Fortune. C'est de nouveau un principe d'extériorisation par lequel l'individu agit sur son entourage et sur sa
[155]condition natale. La carapace de la Tortue symbolise un cercle restreint, fermé, c'est-à-dire la fortune
circonscrite dans le foyer, le home, la famille.

Le quatrième de ces " lieux " est La, Porte du Travail des Grecs correspondant à la période passive
du Dragon Vert des Chinois. C'est le symbole du destin difficile à modifier.

Le cinquième est de nouveau Typhon, correspondant à la période active du Dragon Vert. Le


complémentarisme des signes et des maisons opposés est souligné dans la tradition grecque par le
patronage de Typhon associé à la première et la cinquième de ces divisions.

Le sixième " lieu " de Manilius est le Soleil, qui occupe la période passive de l'Oiseau Rouge. Ce
rattachement d'un astre positif et masculin à la partie passive du ciel peut étonner à première vue, mais il
était certainement dicté par l'analogie entre Deus Solus, d'un côté, et la nature religieuse, prophétique et
initiatique du signe du Sagittaire et de la IX° maison horoscopique, qui occupent les deux tiers de cette
division, d'autre côté. Sa passivité dans le système chinois exprime surtout l'extrême difficulté de
détournerledestin personnel. Les diverses traditions se complètent toujours, même quand elles paraissent
se contredire, comme dans le cas présent.

Le septième " lieu " de Manilius est La Gloire et La Fortune, dont l'analogie avec la Xe maison horoscopique
et son signe initial, le Capricorne, est évident. Ceci correspond à la période active de l'Oiseau Rouge dans
l'Astrologie de l'Extrême-Orient. Le symbolisme des oiseaux consiste principalement dans l'envol,
l'élévation et l'aspiration vers le ciel ; ils représentent les états supérieurs de l'être, et la caractéristique de
cette division est le libre-arbitre dominant ou modifiant le destin.

Enfin, le huitième " lieu " est de nouveau La Porte du Travail, qui correspond à la période passive du Tigre
Blanc.

Certains astrologues prêtent une grande attention à [156] la répartition des planètes d'un horoscope entre
les signes actifs et passifs (pratique qu'Alan Léo a également attribuée à l'Astrologie Ésotérique, on ne sait
trop pourquoi), ce qui n'indique nullement la force ou la faiblesse de l'individu, mais une direction
différente (les signes actifs [ Rappelons que les signes actifs, masculins ou positifs sont : Bélier, Gémeaux,
Lion, Balance, Sagittaire et Verseau, tandis que les signes passifs, féminins ou négatifs sont : Taureau,
Cancer,Vierge, Scorpion, Capricorne et Poissons.] prédisposent à l'action indépendante, alors que les
signes passifs rendent davantage tributaire des autres). Or, en remplaçant les signes actifs et passifs par les
quatre divisions actives et les quatre divisions passives, on obtient des résultats nettement supérieurs. La
prédominance des planètes dans les demi-saisons passives se traduit toujours par une "trop grande
réceptivité du sujet par rapport à l'entourage (ou à autrui, en général).

Tous ceux qui me connaissent, savent bien que je n'avance jamais quelque chose sans l'avoir expérimenté.
Par conséquent, ce plaidoyer en faveur de la renaissance de la division octuple en Astrologie n'a rien d'une
" vue de l'esprit ". Il nous semble d'ailleurs que le retour à la tradition (ou aux traditions perdues) est
nettement préférables aux tentatives actuelles de " repenser " l'Astrologie en partant de table rase.

Quoi qu'il en soit, ce système octonaire était déjà abandonné au temps de Ptolémée, mais une division
en seize, qui n'est pas autre chose qu'une fragmentation de ce système, était encore usitée. Dans
l'aphorisme 60 de son Centiloque, C. Ptolémée dit, par exemple : " En cas de maladie, observez les jours
critiques et la progression de la Lune dans une figure horoscopique à seize côtés. Si les angles sont bien
influencés, ce sera bon signe pour le malade ; s'ils se trouvent mal influencés, ce sera un mauvais présage...
" Tout nous porte à croire que les seize cases de la Géomancie proviennent de ce dernier système. [157]

Comme nous l'avons dit, l'abandon de cette division du thème en huit parties ne signifie pas la non-valeur
de ce système. Il semble, au contraire, qu'il peut donner de bons résultats étant employé simultanément
avec la domification duodénaire courante.

En envisageant les douze maisons horoscopiques en rapport avec la division en huit, nous trouvons que :

La première maison (aptitudes, personnalités) et la première moitié de la IIe sont marquées comme actives
- ce qui est facilement compréhensible, étant donné que la I" maison, celle du caractère, influence
fortement l'activité (comme le caractère influence la destinée), et la IIe est, en quelque sorte, la maison des
résultats pratiques de cette activité.

La deuxième partie de la IIe maison horoscopique a, selon la tradition astrologique, une nature beaucoup
moins caractérisée en ce qui concerne les gains par les propres efforts que la première moitié - ce qui peut
être attribué justement à la division passive.

En effet, le seizième degré de la IIe maison se rattache, selon la tradition, aux prêts ; le dix-septième, aux
pertes par la loi ; le dix-huitième, aux suites financières des accidents ; le dix-neuvième, aux rapports
pécuniaires avec des amis ; le vingtième, aux commissions ;

le vingt et unième, à la richesse du pays du sujet ; le vingt-deuxième, aux maladies du cou et de la gorge,
etc. La " passivité " de la IIIe maison horoscopique, celle de l'ambiance générale du sujet, de ses frères,
sœurs, voisins, etc., est évidente.

Le même raisonnement peut être facilement fait pour les trois autres cadrans du thème horoscopique. Il
est certain que ce système archaïque est susceptible de préciser dans l'interprétation les choses que le
sujet détermine lui-même ou qu'il est obligé de subir plus ou moins passivement à cause de la présence
des planètes en secteur Yn.

Après cette longue digression de caractère purement technique et pratique, passons aux considérations se
rattachant directement au but de cet ouvrage. [158]

Cette division octuple fait qu'après la croix des points cardinaux dont nous vous avons longuement parlé,
ce sont les signes fixes du Zodiaque : le Taureau, le Lion, le Scorpion et le Verseau où se situent les demi-
saisons, qui ont une importance toute particulière. Leur rôle, comme quatre animaux de l'Apocalypse où le
Scorpion prend le nom d'Aigle [ Dans le symbolisme, le signe du Scorpion est fréquemment associé à la fois
avec le serpent, symbole sexuel de la Terre, et avec l'aigle qui personnifie l'Air ou le Ciel et le côté élevé de
ce signe, dont l'ésotérisme consiste dans la sublimation de l'énergie sexuelle. La réunion de ces deux
images dans celle de l'aigle tenant dans ses serres ou dans/son bec un serpent est vraiment universelle, car
elle se rencontre aussi bien en Amérique précolombienne où on la trouve même dans les armoiries du
Mexique, que sur un chapiteau de la basilique romane de St-Benoît-sur-Loire (XIIe siècle) et au revers de
plusieurs monnaies carnutes]. - un des noms de ce signe - il y a deux mille ans, est trop connu pour en
parler, mais l'importance de ces signes serait inexplicable sans cette division en huit. N'oublions pas que
ces signes représentent aussi les quatre Évangélistes, c'est-à-dire la base même de l'enseignement du
Christianisme, le pivot de l'Église, le fondement de la foi.

Les signes fixes symbolisent la stabilité, la fixité (comme leur nom même l'indique), la condensation et la
matérialisation, et ce sont ces qualités qui présidaient également, sur un autre plan, au choix de ces signes
comme base d'un système religieux. [ Les astrologues hindous et, à leur suite, certains auteurs occidentaux
ont assimilé ces signes au principe tamasique des Gunas, ce qui n'est difficilement compréhensible que si
on sublimise " fortement les significations de tamas, c'est-à-dire l'obscurité, le mal, la paresse, l'ignorance,
l'inertie, la lourdeur, l'épaisseur, la passivité absolue et la mort. Nous croyons personnellement que cette
attribution, semblable à plusieurs autres spéculations hindoues, n'a aucun rapport avec l'Astrologie
véritable. D'ailleurs, toute religion étant rajasique par sa nature, cette attribution
philosophique_de tamas aux signes fixes exclut d'avance une construction spirituelle quelconque sur cette
base, alors que l'histoire des religions nous la montre fréquemment.]

Alors que nous [159] ne voyons aucune discipline spirituelle fondée sur les signes mutables [ Gémeaux,
Vierge, Sagittaire et Poissons auxquels les Hindous et leurs disciples occidentaux attribuent cependant la
qualité sattvique, la plus haute des trois Gunas. C'est Alan Léo qui a introduit en Europe cette assimilation
des Gunas aux signes. et nous la retrouvons depuis chez tous les auteurs essayant de faire de l'Astrologie
Esotérique, en commençant par Somma Astrologicae de Fr. rolt-wheeler et en terminant par Le
Zodiaque de M. Sénard (Lausanne, 1948).], l'histoire nous en montre plusieurs basées sur la croix des
signes fixes. A ce point de vue, celle-ci rivalise visiblement avec celle des équinoxes et des solstices, mais
alors que cette dernière a un caractère solaire évident, la croix des signes fixes le possède à un degré bien
moindre.

Comme exemple de la matérialisation spirituelle de ces signes des demi-saisons, citons la religion celtique.
Les quatre fêtes des Celtes se situent aux environs du 1er mai, du 1er août, du 1er novembre et du 1er
février. On sait que le calendrier celtique était un calendrier soli-lunaire, c'est-à-dire contenant les douze
mois lunaires de vingt-neuf et trente jours, auxquels on ajoutait certaines années un mois intercalaire pour
rattraper le retard par rapport à la révolution Solaire [Selon Pline le Naturaliste, les Druides comptaient par
des " siècles " de 30 ans qui est la moitié du fameux cycle de 60 ans, - la base de la chronologie chinoise et
mésopotamienne. Cette indication de Pline permet des rapprochements intéressants auxquels n'a encore
pensé aucun auteur étudiant le calendrier celtique ] ; donc, les dates de ces quatre fêtes variaient d'une
année à l'autre, tout en se plaçant pendant le passage du Soleil dans les signes fixes.

La première fête - Beltene, Lunade ou Cêtsamain irlandais - semble marquer le début de l'année celtique.
C'est essentiellement une fête du mariage, de la fécondation et de l'amour en accord avec la nature
vénusienne du signe du Taureau. C'est la fête de la Terre-Mère qu'on peut rapprocher aux cérémonies de
ce mois des Tâmâchâris, adorateurs du culte phallique de [160] Durgâ, la déesse hindoue du Taureau (les
Tâmâchâris voient dans la Shakti de Shiva non la terrible Kâli, mais la Mère Universelle qui engendre). C'est
la fête chtonienne de la puissance maternelle et fertile de la nature et de la sève qui monte.

La fête du 1er août, associée au signe solaire du Lion, est Lugnasad, Gwyl, Awst du pays de Galles,
ou Lammas, fête de la miche de pain. C'est la fête de la naissance, de la moisson, de l'abondance et de la
richesse. C'est la réalisation de toutes les promesses faites par la Terre-Mère en avril-mai, et c'est pour cela
qu'aux Indes, le Lion est la monture de Durgâ, déesse du signe du Taureau. Le signe du Lion est aussi celui
du pouvoir, de l'organisation et de l'administration, et cette fête était la date de la principale assemblée
druidique.
La fête du 1er novembre, qui a donné naissance à notre jour des morts, est Samain, dont la signification
est l'opposé exact de celle de Beltene ou Gêtsamain, c'est-à-dire la victoire de l'obscurité et de la stérilité
sur la lumière et la fécondité, donc le deuil, la fin du cycle annuel de la végétation et, par analogie, la fête
des morts. La nature s'endort ici pour l'hiver, et aux Indes, c'est le signe zodiacal de Kundalini, serpent du
sexe endormi et invisible. Très souvent, on représente le signe du Scorpion par l'image d'un serpent, et les
cobras ne sont-ils pas les compagnons de Durgâ ?...

Enfin, la quatrième fête celtique, celle du 1er février, est Imbolc, fête des métiers et, peut-être, de la
purification. Elle célèbre toutes les occupations humaines autres que celles liées au cycle agricole et
saisonnier ; c'est pour cela qu'on la représente comme une fête des charpentiers, des bardes, des
forgerons, des médecins, etc. C'est la fête du signe zodiacal du Verseau - symbole d'ingéniosité,
d'invention, de progrès et de la collectivité - et il semble que les Celtes y voyaient surtout l'image de la
Sagesse divine.

Cette utilisation de la croix des signes fixes comme base d'un cycle religieux est relativement plus rare que
celle des points cardinaux, bien qu'elle se rencontre aussi bien en Asie qu'en Amérique, et quelques
celtisants ont voulu à tout prix y voir les points cardinaux décalés. Un d'entre eux est allé même jusqu'à
affirmer très sérieusement qu'il y a " un décalage progressif des saisons " et que, d'après ses calculs,
environ trente siècles avant J.-C., le 1" novembre était la date du solstice d'hiver [Samelinos dans Les Axes
du Festiaire celtique (Ogam, bulletin des amis de la tradition celtique, N° 15 d'août 1951, p. 152).] La
division octuple du ciel et le symbolisme des signes fixes rendent inutiles des fantaisies pareilles. Les fêtes
celtiques, comme celles de quelques autres religions, se placent aux points de séparation entre les " palais
" célestes chinois.

XVI. L'éveil de Kundalini devant l'astrologie

" La loi pour l'homme, c'est une existence dans le cercle des influences mécaniques, c'est l'état d' " homme-
machine ", disait G. Gurdjieff, ce personnage énigmatique en qui certains voyaient un grand maître
spirituel, d'autres un mage noir, et quelques-uns un vulgaire aventurier de l'Occulte, mais dont les
connaissances profondes étaient évidentes : " la voie du développement des possibilités cachées est une
voie contre la nature, contre Dieu. " [ P.-D. Ouspensky, Fragments d'un enseignement inconnu, Paris, 1950,
p. 79.]

Ces paroles, si discutables qu'elles soient, font justement ressortir le sens du mouvement général du
monde et le sens contraire de ceux qui prennent " un raccourci " spirituel, qui refusent de suivre la foule et
s'engagent dans les sentiers abrupts de la réalisation intérieure.

Nous avons déjà longuement exposé ici ce sens du mouvement général qui est celui de l'arène du cirque,
des danses vaudouesques et des Derviches tourneurs, [163] des astres, du Zodiaque [ Voir les
chapitres, Quelques aspects oubliés du Symbolisme Astrologique, Le processus de l'Initiation et L'Astrologie
Bouddhiste.]

Le mouvement visible des chevaux qui courent, et celui des planètes, symbolisent le mouvement invisible
du monde entier vers son destin prédéterminé de l'éternité. Raymond Abellio, un des écrivains ésotériques
français d'aujourd'hui les plus en vue, a représenté la manifestation universelle par un cône en rotation
dont le sommet est Dieu et le centre du cercle inférieur est Lucifer [Vers un nouveau
prophétisme, 2e édition, Paris, 1950. ] ; et il est significatif qu'un penseur, même étranger aux idées
astrologiques comme Raymond Abellio, aboutit à la déduction que le passage de l'involution à l'évolution
doit fatalement entraîner le changement du sens de rotation [ p. 39. Il semble toutefois que la
représentation du cône en rotation autour de l'axe Dieu-Lucifer qui est l'Arbre de la Vie, est un peu
simpliste, car tous les hippodromes anciens, en commençant par celui de Constantinople et en finissant par
la place de Santa Maria Novella à Florence, avaient deux centres marqués par les colonnes symbolisant
deux luminaires, deux polarités et deux sexes. L'oubli de ce symbolisme a réduit ces colonnes au rôle de
simples bornes..]

Dans la Franc-Maçonnerie anglaise, tous les voyages symboliques se font toujours dans le même sens
zodiacal. Dans la Franc-Maçonnerie latine, on voit dans les voyages du deuxième grade le changement de
sens du mouvement symbolisant que les compagnons vont contre la nature dans leur travail intérieur,
qu'ils ont pris le " raccourci spirituel ". Bien que la Franc-Maçonnerie anglaise ait conservé en général les
notions du Symbolisme plus que sa sœur latine, c'est cette dernière qui semble être dans le vrai, bien que
ses adeptes aient complètement perdu la signification de ce changement du sens de mouvement [ Edouard
E. Plantagenet (Causeries Initiatiques, Paris, 1929) et la plupart des auteurs maçonniques ne le
mentionnent même pas.] [164]

Ce changement du sens de mouvement est quelque chose de réel, comme nous le verrons plus loin.

Au cours des chapitres précédents, nous avons longuement parlé des rapports entre le Zodiaque et le
développement spirituel. Si on examine un signe du Zodiaque l'un après l'autre, on constate une certaine
graduation dans le niveau de chaque signe en partant du Bélier (que les Hindous considèrent comme le
symbole d'Avidya, c'est-à-dire de l'Ignorance), et en terminant par les Poissons, symbole de la fusion dans
la divinité. La route normale de l'Humanité, longue comme la durée totale de l'Univers, est le
cheminement de chacun dans le sens du Zodiaque.

Mais la " rupture " individuelle du Zodiaque, la " sortie du Cosmos " dont parlent toutes les traditions, peut
se faire également par le mouvement inverse.

On sait que l'anatomie subtile de l'homme, celle du " double éthérique " d'après la terminologie
théosophique, comporte un système complexe des nâdis (" tubes " où circule le prâna, le souffle de la vie)
et des chakras (centres de force), que les Thibétains appellent les khorlos [Voir notamment Les Centres de
Force dans l'homme de C. W. leadbeater (Paris, 1927), J. marques-riviere, le Yoga tantrique hindou et
thibétain (Paris, 1938) et, en anglais. The Serpent Power d'A. Avalon.] Le nombre de ces derniers varie
suivant l'auteur, mais parmi la cinquantaine de centres, on fait ressortir généralement six, sept ou huit
principaux, dont le plus haut est Soma-chakra, le centre du sommet de la tête, et le plus bas est Mûlâdhara
Chakra, celui du bas-ventre. Le premier correspond dans le Zodiaque à 0° du Bélier et le dernier à la fin du
Scorpion [Les partisans des 7 chakras les attribuent généralement aux 7 planètes en se basant sur une
figure de Theosophia Practica de Gichtel, mais il ne semble pas que ce rattachement soit traditionnel, ni
courant aux Indes. D'autres correspondances astrologiques ont été également proposées en quoi il faut
voir plutôt des " jeux d'esprit " que quelque chose de plus profond. Le [165] prof. J.-E. Marcault a proposé,
par ex., dans le N° de juin 1930 de l'Astrosophie, de rattacher le chakra cardiaque aux 12 maisons
horoscopiques, le chakra coronal - aux 12 signes et les autres centres - aux aspects, voyant dans
le chakra de la gorge - celui du carré, dans le chakra ombilical - la base de l'aspect quintile de 36" et dans
le chakra splenique l'image du sextile et du trigone.]

" Il y a une polarité générale qui est d'ordre proprement cosmique ou spirituel ", dit le Dr E. Janet [La
Science du souffle en Orient et en Occident dans Le Lotus Bleu,, N° de décembre 1936, p. 363.], " dont les
deux pôles sont au sommet du cerveau et à la base de la colonne vertébrale, et concernent des forces
encore soustraites à la maîtrise de l'homme ordinaire, celles de l'univers solaire individualisées dans l'ego
spirituel humain et celles de la Terre présentes en lui sous le nom de Kundalini, la force serpentaire base de
toute force physique, assoupie dans la région " sacrée "... "
Kundalini est " le véritable centre occulte du corps humain " [J. Marqués-Rivière, Le Yoga Tantrique, Paris,
1938, p. 44.]. C'est l'énergie qui fait que le monde existe. C'est la force sexuelle. C'est le libido. C'est le
siège de toute une série d'autres puissances latentes en l'homme.

Pour G. Gurdjieff cité plus haut [idem, p. 312 ], " Kundalini est une force qui a été introduite chez les
hommes pour les maintenir dans leur état actuel. Si les hommes pouvaient vraiment se rendre compte de
leur situation, s'ils pouvaient en réaliser toute l'horreur, ils seraient incapables de demeurer tels qu'ils sont,
même pour une seconde. Ils commenceraient aussitôt à chercher une issue, et ils la trouveraient très
rapidement, parce qu'il y a une issue ; mais les hommes manquent de la voir, simplement parce qu'ils sont
hypnotisés. Kundalini est cette force qui les maintient dans un état d'hypnose. S'éveiller, pour l'homme,
signifie être " deshypnotisé "... "

On situe ce serpent endormi entre l'anus et les organes génitaux et, de son éveil, Kundalini s'engouffre
dans la principale nadi de l'homme - la Sushumnâ - qui peut être localisée comme suivant la moelle
épinière.

Si on dessine sur un Zodiaque la montée du serpent Kundalini de son endroit zodiacal (la fin du Scorpion) à
travers tous les centres jusqu'au chakra du sommet de la tête et au-delà, nous obtenons le mouvement en
sens inverse dont nous avons vu l'image dans le changement du sens de mouvement des compagnons
maçonniques et dont la trace est visible dans certaines cérémonies lamaïques. Alors que le sens normal du
Zodiaque va du Bélier, Taureau, Gémeaux... au Scorpion, Kundalini le parcourt à l'envers.

Le passage du serpent de feu à travers le Soma-chakra, le centre coronal, est justement la " sortie du
Cosmos ", la réalisation totale de la Grande Œuvre des alchimistes et le but de tous les Yogas.

Il semble d'ailleurs que celle-ci ne peut se faire qu'à un seul point du Zodiaque : entre les signes du Bélier
et des Poissons, ce qui projette une nouvelle lumière sur le symbolisme de l'équinoxe du printemps.

XVII. En guise de conclusion

Il est temps de nous arrêter, car autrement ce livre prendrait des proportions imposantes, ce qui ne
servirait guère, notre sujet étant inépuisable.

Deux conclusions principales ressortent de cette étude :

L'Ésotérisme de l'Astrologie se base sur les mêmes facteurs (planètes et signes) que les rudiments de cette
science. Il résulte de l'étude approfondie de ces facteurs. Au bout d'un certain temps, chaque astrologue
s'aperçoit soudain qu'il a quitté le domaine exotérique et se trouve au-delà de la triple enceinte de
l'Ésotérisme. On passe la porte étroite séparant ces deux régions sans s'en rendre compte, exactement
comme les gens qui se glissent imperceptiblement sur le chemin du vice ou de la sainteté. La frontière
entre l'Exotérisme et l'Ésotérisme astrologiques ne peut être tracée.

Le moyen de venir à bout des arcanes de l'Astrologie, ce n'est pas de les déchiffrer, pour ainsi dire, du
dehors. Le meilleur moyen de pénétrer un fruit, ce n'est pas de le peser ou l'étudier au microscope, mais
de le manger. Pour l'Astrologie, c'est la même chose. Il faut la manger et la digérer. Il faut la vivre
quotidiennement, la méditer jour et nuit, et celui qui s'adonne à elle de tout son être, saisit son Ésotérisme
comme un initié saisit le secret incommunicable.

L'Esotérisme de l'Astrologie se confond avec l'Ésotérisme tout court. Il n'y a qu'un seul Ésotérisme, comme il
n'y a qu'une seule Initiation et un seul Principe. Le bagage astrologique, fruit de longues études permet
d'aborder cet unique Ésotérisme par un autre chemin que, par exemple, l'Alchimie, mais il n'y a et ne peut
pas y avoir un ésotérisme astrologique particulier. La formation astrologique fait découvrir les nuances et
le sens caché des symboles qui échappent aux personnes entrant dans l'Ésotérisme par d'autres chemins,
mais ce sont les vieux symboles millénaires que l'humanité connaît depuis son enfance. L'Astrologie
confirme seulement ce vieil adage devenu banal qu'on répète sans cesse dans les loges maçonniques :
chacun interprète les symboles à sa façon.

L'interprétation astrologique vaut la peine qu'on s'y arrête longuement. Je crois même qu'elle est
autrement plus vaste et plus profonde que l'interprétation alchimique, par exemple, car à côté de
l'universelle Science des Astres, l'Alchimie fait figure d'une petite science de la matière, aussi petite que
notre Terre par rapport à l'immensité stellaire...

Référence de la page :
Alexandre Volguine: L'Ésotérisme de l'astrologie
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