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EL Zone

Le poème 'Zone' de Guillaume Apollinaire, premier poème du recueil 'Alcools', explore une quête de modernité à travers une déambulation dans Paris, mêlant souvenirs et observations contemporaines. Les premiers vers expriment une tension entre le rejet de l'ancien monde et l'affirmation d'une modernité qui intègre paradoxalement des éléments du passé, notamment à travers une réflexion sur la religion. Le texte s'ouvre ensuite à la poésie de la ville moderne, célébrant la diversité et la vitalité de la vie urbaine, tout en utilisant des formes poétiques innovantes.

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EL Zone

Le poème 'Zone' de Guillaume Apollinaire, premier poème du recueil 'Alcools', explore une quête de modernité à travers une déambulation dans Paris, mêlant souvenirs et observations contemporaines. Les premiers vers expriment une tension entre le rejet de l'ancien monde et l'affirmation d'une modernité qui intègre paradoxalement des éléments du passé, notamment à travers une réflexion sur la religion. Le texte s'ouvre ensuite à la poésie de la ville moderne, célébrant la diversité et la vitalité de la vie urbaine, tout en utilisant des formes poétiques innovantes.

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EL N°3 - APOLLINAIRE, ALCOOLS: ZONE (V.

1 à 24)

Introduction:
présentation de l'auteur : Guillaume Apollinaire, poète français du début du XXème siècle, a mis quinze ans à
composer son recueil intitulé Alcools, publié en 1913. Inspiré par les innovations poétiques de son ami Blaise
Cendrars et les expérimentations cubistes, il supprime toute ponctuation et fait reposer sa poésie sur un principe de
discontinuité et de simultanéité.
présentation du texte : Lors de la parution d’Alcools, Apollinaire fait de Zone, dernier poème écrit parmi la
cinquantaine que contient l'œuvre, le poème liminaire de son recueil. C'est un texte en vers libres, évoquant une
déambulation du poète dans Paris, occasion pour lui d’un voyage imaginaire dans ses souvenirs. Nous en étudions
ici les 24 premiers vers.
projet de lecture : Nous verrons en quoi le début de zone manifeste une volonté de renouveau poétique de la part
d’Apollinaire (et ce qui caractérise ce renouveau).
Mouvement du texte : Le début de « Zone » est constitué de trois monostiches, un tercet, un huitain et enfin un
dizain, dans un mouvement d'amplification, auquel répondra un mouvement inverse à la fin du poème, qui se clôt
sur un pentasyllabe (ou pentamètre). Nous pouvons dégager dans ces 24 premiers vers 2 moments, qui débordent
cette répartition strophique :
● Les vers 1 à 10 affirment une recherche de modernité. 2 aspects de la modernité selon Apollinaire sont
perceptibles ici : elle ne peut exclure tout à fait le passé; elle repose essentiellement sur la surprise.
● Les vers 11 à 24 mettent en évidence la poésie de la ville.

Le titre:
Le mot « zônè » en grec désigne une ceinture. Ce titre désigne toute région, secteur, portion de territoire, mais aussi,
plus précisément, un espace périphérique de la ville, frontière floue entre le cœur ancien et la fin de la ville, lieu du
développement industriel. A l'époque d'Apollinaire, ce qu'on appelait « La Zone » désignait des faubourgs
misérables ayant pris la place des anciennes fortifications de Paris.
C'est donc un espace évoquant un aspect de la modernité urbaine, une certaine marginalité, un espace incertain,
mal défini... autant d'éléments qui font écho aux recherches poétiques d'Apollinaire.
De manière symbolique, ce titre peut aussi faire référence à la position du texte dans le recueil, dont les échos
entretenus avec le dernier poème, Vendémiaire (sur la ville moderne notamment) forment une boucle qui
circonscrit l'ensemble des poèmes.

[1er mouvement] L'affirmation d'une recherche de modernité - v1-10


Ce premier moment est plus réflexif : le poète semble chercher la modernité et peiner à la trouver.

Vers 1 à 4 : le rejet apparent de l'ancien monde:


Le poème débute par une série de vers isolés typographiquement.

Le 1er vers attire particulièrement l'attention.


● Apollinaire emploie dans ce 1er vers la 2ème personne du singulier au masculin. Ce « tu » énigmatique
pourrait désigner le lecteur et avoir ainsi une portée universelle, mais, de manière plus intime, il semble se
référer au poète qui s'adresse ainsi à lui-même, menant une forme d'introspection, de réflexion sur son
rapport au monde et à la poésie.Or dans ce 1er vers on a l'affirmation, nette, d'une recherche de modernité :
○ Affirmation explicite d'une lassitude vis-à-vis du « monde ancien », celui notamment de l'Antiquité
grecque et romaine, qui domine depuis des siècles la culture française; volonté de rupture.
○ Avec ce vers, le poème « Zone », et le recueil Alcools commencent paradoxalement par l'expression «
à la fin » : on peut y voir un goût très moderne pour la provocation; on peut aussi noter que cela
donne l'impression que ce recueil s'écrit au terme d'une longue expérience personnelle et poétique,
et que vont s'y affirmer des choix littéraires mûrement réfléchis : le début du recueil serait ainsi une
fin, un aboutissement (et de fait, « Zone » est tout récent, c'est le dernier texte écrit par Apollinaire),
mais aussi le début d'une expérience poétique nouvelle.
○ Enfin, si on ne fait pas la diérèse, ce vers est un hendécasyllabe, vers impair, moderne.
● Et en même temps l'affirmation de cette recherche de modernité est ambigüe, elle ne rompt pas
réellement avec le passé, puisqu'elle s'exprime dans un vers qui reprend les codes de la poésie classique: Si
on fait la diérèse, on a ici un alexandrin classique, au rythme parfaitement régulier (3 / 3 / 3 / 3), souligné par
l'homéotéleute « fin » / « ancien ».
Ce 1er vers est emblématique de la recherche de nouveauté menée par Apollinaire : On y voit qu'Apollinaire
recherche une forme de nouveauté, mais que cette modernité n'exclut pas le passé. On y voit aussi le goût de la
provocation et de la surprise qui pour Apollinaire sont indissociables de ce qu'il appelle « l'esprit nouveau ».
Vers 2:
ce vers introduit une modernité formelle et thématique qui s'oppose au « monde ancien » rejeté par le 1er vers :
● Il rompt avec le classicisme formel du v.1 et s'allonge en vers libre de 17 syllabes; il s'enchaîne sans transition
(et sans ponctuation) avec le 1er.
● Il commence par une apostrophe à l'un éléments de la modernité parisienne, célébrée par l'avant-garde
littéraire et picturale : la Tour Eiffel (voir les tableaux de Robert Delaunay, ami d'Apollinaire). Celle-ci est
personnifiée en une « bergère », dont la forme élancée suggère qu'elle veille sur la ville. L'image choisie est
une image champêtre : la Tour Eiffel est associée à une bergère, personnage traditionnel des romans
pastoraux et des comptines. L'Ancien est encore une fois associé au nouveau : la modernité, c'est peut-être
ce mélange et la surprise qu'il produit. La métaphore de la bergère se file en une métaphore animale : les
ponts qui enjambent la Seine sont assimilés à des moutons qui « bêlent ». On peut alors comprendre que ce
bêlement est le bruit des klaxons des « automobiles » qui apparaissent au v. 4: Cette métaphore est
intéressante car encore une fois elle montre comment l'ancien (la bergère) envahit toujours le moderne;
mais c'est aussi une façon de présenter la Tour Eiffel comme un guide vers la modernité (la bergère étant
celle qui guide les moutons)
● La fin du vers, qui forme une rime pauvre avec « ancien », situe temporellement le poème : celui-ci débute le
« matin ». On retrouve d'ailleurs la même expression « ce matin » à quatre reprises dans notre passage (v. 2-
10-12-15). Le poème se clora le lendemain matin avec le « Soleil cou coupé », soleil levant, rond et rougeoyant,
du vers 155. « Zone » est ainsi une sorte de déambulation dans la ville tout au long de la journée, dont nous
avons ici le début. Le matin peut également suggérer un renouveau poétique.

Vers 3: En écho au premier vers, le vers 3 reprend la même idée en la développant : on retrouve l'idée de lassitude («
tu en as assez » en echo a « tu es las ») et d'ancienneté, précisée par l'expression « antiquité grecque et romaine » : le
monde ancien qu'il déplore, c'est celui de la culture antique. mais aussi classique et neo-classique.

Vers 4: Apollinaire poursuit ici l'idée déjà présente au vers 3, le premier d'un tercet, en jouant d'un effet de surprise :
il assimile les « automobiles », symboles de modernité et de dynamisme de la ville, à cette antiquité (peut-être en
raison des lignes peu novatrices des voitures de l'époque, qui s'inspiraient de celles des voitures à cheval). Comme
aux vers 1 et 3, cette notion d'ancienneté est rejetée en fin de vers, comme si le poète, la repoussant, y était toujours
entraîné, d'ou sa lassitude.

Ainsi, dans ce début de poème, Apollinaire surprend le lecteur en représentant un monde finissant, mais à
travers des choix d'écriture qui témoignent de la permanence de l'ancien dans le moderne. La modernité ne
semble pas être une évidence : elle est affaire de quête, d'exploration.

Vers 5 à 10: L'éloge paradoxal de la religion:


Au rejet de l'antique succède un éloge paradoxal, celui de la nouveauté perpétuelle de la religion, dans laquelle le
poète semble trouver la modernité recherchée.

Vers 5-6:
● Le vers 5 est encadré par la répétition d'une même expression, « la religion », ainsi mise en valeur.
● La surprise est créée dans les vers 5-6 :
○ Par l'affirmation de la modernité de la religion, opposée à l'antiquité des automobiles. Quand les
automobiles sont rejetées du côté de l'antique, la religion, elle, symbolise la nouveauté perpétuelle
(répétition du verbe « rester »), assimilée à la simplicité. On peut comprendre que la foi renouvelée
des croyants fait que la religion est toujours moderne, ou que le Christianisme est intemporel.
○ Par l'absence de ponctuation et par le contre-rejet audacieux (entre un sujet, « le religion », et son
verbe, « est restée ») qui effacent la pause entre la 1ère proposition (« la religion seule est restée
toute neuve ») et la 2ème (« la religion / est restée simple »).
○ Par la comparaison de la religion à l'aérodrome de Port-Aviation (créé en 1909 pour des
démonstrations de vols et courses d'avion en région parisienne, à Viry-Châtillon). Durant toute la
1ère moitié du poème, Apollinaire ne cesse de rapprocher la religion et l'aviation naissante,
rapprochées par leur modernité, leur simplicité et leur élévation, spirituelle ou physique.
Vers 7-8:
● La modernité de la religion s'incarne dans son premier représentant, « le pape Pie X », apostrophé avec
respect par le poète (2ème pers.pl. de politesse).
● L'énonciation est fluctuante, car le « tu » ici employé désigne le « christianisme », alors qu'il représentait le
poète aux vers 1 et 3. Cet aspect changeant de l'énonciation est un autre élément de modernité.
● L'éloge de la religion est perceptible dans les multiples hyperboles (« seule »/ « seul », « toute », superlatif « le
plus ») et l'opposition à ce qui lasse (« tu n'es pas antique »). Cet éloge surprend le lecteur et souligne un
paradoxe inhérent au poème et au recueil : tout comme ce pape, auteur d'une encyclique contre le
modernisme avait béni le vainqueur d'une course d'avion (André Beaumont), Apollinaire, dans un
mouvement inverse, affirme sa lassitude de l'ancien tout en s'appuyant sur l'antique et la culture chrétienne
vieille de 2 000 ans (ainsi, quelques vers plus bas, il mêle héros grecs, personnages bibliques, christ
ressuscité et aviateur).
Vers 9-10:
● Les v. 9-10 reviennent au dialogue du poète avec lui-même. On le voit déambulant dans les rues d'une ville
personnifiée dont les fenêtres sont des yeux inquisiteurs (« les fenêtres t'observent »).
● Le mal-être du poète, d'abord représenté comme las, est renforcé par un sentiment de « honte ». Il ne
semble pas assumer son goût pour la religion, hérité de son enfance (cf. v. 25-32 souvenirs de piété/
religiosité enfantine). Le poète semble ainsi tiraillé entre son admiration pour la religion, et la honte qu'il
éprouve à aimer ainsi quelque chose qui peut être vu comme passéiste voire archaïque. On peut voir dans
cette hésitation une interrogation sur la modernité: l'ancien est peut-être dans le moderne (automobiles),
et le moderne dans l'ancien (la religion); en tout cas, la modernité n'est pas évidente, c'est une quête à
laquelle se livre le poète.

[2ème mouvement] L'ouverture à la poésie de la ville moderne (v. 11-24)


Dans ce second mouvement, le poète s'ouvre au spectacle de la ville et semble trouver la modernité
recherchée.

Vers. 11 à 14: La poésie dans la ville


Vers 11:
Le poète devient attentif au langage écrit de la ville (affiches, catalogues etc). Apollinaire commence en effet sa
description par des impressions visuelles: une métaphore filée assimile la ville à un livre ouvert se donnant à lire aux
yeux du promeneur « tu lis ». Cette description se présente sous forme d'énumération ”les prospectus les catalogues
les affiches”, et l’absence de ponctuation renforce l’impression d’accumulation, de simultanéité visuelle, comme un
collage cubiste.

vers 11-14:
Dans cette littérature de la ville il y a
● “la poésie”, que représentent les prospectus, affiches et catalogues, associés au verbe « chanter » (V. 11):
poésie parce que fragments composites, isolés, brefs (qui tiennent sur une page)
● “la prose”.La liste apparaît d'abord sous forme d'anaphore (« il y a »), puis simplement d'apposition (V. 14). On
voit ici la multiplicité des formes que peut prendre la littérature. La poésie d'Apollinaire va ainsi pouvoir se
renouveler en puisant son inspiration dans un quotidien ordinaire, actuel (journaux du matin) et simple
(littérature bon marché). Les pluriels et l'hyperbole « mille titres divers » renvoient au pluriel du titre du
recueil Alcools et mettent en valeur cette infinie diversité de la littérature.

Le vers 15 marque un changement fort dans l'énonciation. Du « tu », Apollinaire passe au « je » témoin de la ville («
j'ai vu »). Tout au long du poème, il alterne constamment entre « tu » et « vous », entre mise à distance et confidence,
sans que l'on puisse associer de manière systématique l'un ou l'autre au poète présent, à l'enfant qu'il a été ou à
l'adulte de ses souvenirs. « Zone » présente simultanément plusieurs identités du poète, de même que chacun des
poèmes du recueil pourra révéler une facette de sa personne. Le poème liminaire est alors à l'image de la pluralité
du recueil.

Vers 15 à 20: une poésie de la ville


Les v. 15 et 16 ouvrent l'éloge de la ville, et en particulier, celui d'une rue anonyme et quelconque : adjectifs
mélioratifs (« jolie », « neuve », « propre »), atmosphère lumineuse (« soleil) » et gaie (« clairon ») contrastent avec
l'ambiance mélancolique du début du poème. La ville s'éveille et se peuple de personnages du quotidien (évoqués
sous forme d'énumération), foule de travailleurs anonymes et symboles du dynamisme et de la modernité de la ville:
la modernité poétique passe par l'intégration d'un vocabulaire prosaïque, issu du langage courant loin de la
solennité antique: le long « sténo-dactylographes », en fin de vers, simple assonance avec « passent » au vers suivant,
ne passe pas inaperçu.

Vers 18-20 :
Le quotidien apparaît dans son organisation régulière et monotone, soulignée par la répétition de « quatre fois/ trois
fois ».
La description se clôt dans notre passage sur des notations auditives : la ville est aussi animée de sons violents, qui
font écho aux bêlements des voitures : les objets prennent vie humaine ou animale, par personnification et
métaphore : la sirène « gémit », la cloche « aboie rageusement », comme un chien, les lettres sur les murs (pourtant
muettes) « à la façon des perroquets criaillent ». La ville semble se peupler d'une faune extraordinaire. Apollinaire
surprend à nouveau par le v. 23 : « j'aime » en tête de vers : il apprécie cette « rue industrielle » sans nom,
quelconque et bruyante, mais ancrée dans un quotidien moderne, dans un réel (cf. v. 24) qu'il célèbre.

L'éloge de cette rue est caractéristique de la poésie moderne que recherche Apollinaire : une poésie foisonnante,
rythmée, surprenante, recherchant les sensations fortes, et porteuse d'un lyrisme neuf.
Conclusion:
Le poème « Zone » constitue l'affirmation, au seuil du recueil Alcools, d'une poésie moderne:
Ce poème est un dialogue du poète avec lui-même, dans lequel il exprime son aspiration à une poésie nouvelle; on
y lit une poésie libérée du carcan du vers classique, fluide, produisant des effets de sens fluctuants grâce à la
suppression de la ponctuation; enfin, « Zone » met en avant une poésie ancrée dans le quotidien et le monde urbain
et industriel, jouant sur les effets de surprise et de collage.

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