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Observations finales sur le Bénin 2020

Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels a examiné le troisième rapport périodique du Bénin et a formulé des observations finales soulignant des avancées ainsi que des préoccupations majeures concernant la mise en œuvre des droits économiques, sociaux et culturels. Parmi les recommandations, le Comité appelle à une meilleure collecte de données, à l'indépendance de la Commission des droits de l'homme et à des révisions législatives pour protéger les droits des défenseurs des droits de l'homme et des travailleurs. Le Comité insiste également sur la nécessité d'éliminer la discrimination et de garantir l'égalité des droits, notamment pour les femmes et les personnes atteintes d'albinisme.

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Observations finales sur le Bénin 2020

Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels a examiné le troisième rapport périodique du Bénin et a formulé des observations finales soulignant des avancées ainsi que des préoccupations majeures concernant la mise en œuvre des droits économiques, sociaux et culturels. Parmi les recommandations, le Comité appelle à une meilleure collecte de données, à l'indépendance de la Commission des droits de l'homme et à des révisions législatives pour protéger les droits des défenseurs des droits de l'homme et des travailleurs. Le Comité insiste également sur la nécessité d'éliminer la discrimination et de garantir l'égalité des droits, notamment pour les femmes et les personnes atteintes d'albinisme.

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Nations Unies E/C.

12/BEN/CO/3
Conseil économique et social Distr. générale
27 mars 2020

Original : français

Comité des droits économiques, sociaux et culturels

Observations finales concernant le troisième rapport


périodique du Bénin*
1. Le Comité a examiné le troisième rapport périodique du Bénin (E/C.12/BEN/3) à
ses 12e et 13e séances (voir E/C.12/2020/SR.12 et 13), les 24 et 25 février 2020, et adopté
les présentes observations finales à sa 30e séance, le 6 mars 2020.

A. Introduction

2. Le Comité se félicite de la présentation par l’État partie de son troisième rapport


périodique et des réponses écrites à la liste de points (E/C.12/BEN/RQ/3), bien que certains
renseignements demandés par le Comité n’aient pas été fournis. Par ailleurs, le Comité
accueille avec satisfaction le dialogue qu’il a eu avec la délégation de l’État partie et les
informations fournies lors de celui-ci.

B. Aspects positifs

3. Le Comité se félicite des mesures adoptées qui contribuent à la réalisation des droits
contenus dans le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels,
telles que les nombreuses lois, politiques et stratégies citées dans le rapport périodique de
l’État partie et mentionnées dans ce document, en particulier l’adoption du Programme
d’actions du Gouvernement 2016-2021, dont un des axes stratégiques vise à renforcer les
services sociaux de base et de protection sociale.

C. Principaux sujets de préoccupation et recommandations

Application du Pacte au niveau national


4. Le Comité engage l’État partie à procéder, de manière systématique, à un
examen de conformité des projets de loi à ses obligations en vertu du Pacte, qui a une
autorité supérieure à celle des lois au titre de l’article 147 de la Constitution.
Il encourage également l’État partie à faire connaître davantage le Pacte auprès des
juges et des avocats, ainsi qu’auprès de la population. Par ailleurs, le Comité invite
l’État partie à informer les membres du Parlement de leur rôle dans la mise en œuvre
du Pacte, y compris par l’introduction de recours constitutionnels, et se réfère à cet
égard à son observation générale no 9 (1998) sur l’application du Pacte au niveau
national.

* Adoptées par le Comité à sa soixante-septième session (17 février-6 mars 2020).


GE.20-04642 (F)


E/C.12/BEN/CO/3

Données statistiques
5. Le Comité regrette que des données statistiques à jour relatives à la jouissance des
droits économiques, sociaux et culturels, dont certaines sont disponibles auprès de l’Institut
national de la statistique et de l’analyse économique, n’aient pas figuré parmi les
informations fournies avant le dialogue avec l’État partie, empêchant une évaluation des
retombées des mesures récentes prises par celui-ci (art. 2, par. 1).
6. Le Comité recommande à l’État partie de collecter et de faire figurer dans son
prochain rapport périodique les statistiques comparatives annuelles nécessaires pour
évaluer les progrès accomplis, et de veiller à ce que ces données soient ventilées par
sexe, âge, région géographique, niveau socioéconomique et toute autre situation. Par
ailleurs, il lui recommande de mesurer l’effet des politiques et des programmes
économiques et sociaux en utilisant des indicateurs de mesure de la disponibilité, de
l’accessibilité, de l’acceptabilité et de la qualité des biens et services. À cet égard, le
Comité attire l’attention de l’État partie sur le document Indicateurs des droits de
l’homme : guide pour mesurer et mettre en œuvre (HR/PUB/12/5) et sur le cadre
conceptuel et méthodologique concernant les indicateurs des droits de l’homme mis au
point par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (voir
HRI/MC/2008/3).

Institution nationale des droits de l’homme


7. Le Comité regrette que la Commission béninoise des droits de l’homme n’ait pas pu
disposer d’un budget en 2019 et que certains de ses membres appartiennent à des organes
dirigeants de formations politiques, ce qui est contraire aux dispositions de la loi no 2012-36
du 15 février 2013 portant création de la Commission béninoise des droits de l’homme
(art. 2, par. 1).
8. Le Comité recommande à l’État partie de garantir l’indépendance de la
Commission béninoise des droits de l’homme et celle de ses membres, et de garantir sa
capacité à fonctionner, notamment en la dotant des ressources humaines et
budgétaires suffisantes.

Défenseurs des droits de l’homme


9. Le Comité note avec préoccupation les récentes modifications législatives apportées
par l’État partie, notamment les dispositions relatives à l’attroupement et à la diffusion de
fausses informations du Code pénal et de la loi nº 2017-20 du 20 avril 2018 portant code du
numérique en République du Bénin, qui peuvent dissuader les défenseurs des droits de
l’homme de remplir leur mission et entraver leur liberté d’action (art. 2, par. 1).
10. Le Comité demande à l’État partie de réexaminer les dispositions légales
relatives à l’attroupement et à la diffusion de fausses informations afin de permettre
aux défenseurs des droits de l’homme de travailler librement et sans crainte. À cet
égard, le Comité renvoie l’État partie à sa déclaration sur les défenseurs des droits de
l’homme et les droits économiques, sociaux et culturels (E/C.12/2016/2).

Obligation d’œuvrer au maximum des ressources disponibles


11. Le Comité est préoccupé par le fait que les avantages fiscaux accordés aux
investisseurs privent l’État partie d’importantes ressources, alors que l’État partie doit
encore garantir le contenu essentiel de certains droits du Pacte, en mobilisant à cet effet des
ressources. Il est également préoccupé par les informations selon lesquelles le mécanisme
de traitement des dossiers d’agrément aurait conduit à l’octroi, dans certains cas, de
concessions excessives (art. 2, par. 1).
12. Le Comité recommande à l’État partie : a) de réexaminer les concessions faites
aux investisseurs afin de les attirer dans le pays, en évaluant le manque à gagner qui
en résulte ; et b) de prendre les mesures correctives qui s’imposent. Le Comité enjoint
également à l’État partie de réviser le mécanisme de traitement des dossiers
d’agrément, de manière à prévenir les cas d’octroi d’avantages excessifs aux
investisseurs. Par ailleurs, le Comité rappelle que l’exercice par les entreprises de leur

2
E/C.12/BEN/CO/3

responsabilité sociale ne constitue pas un substitut à la mise en œuvre par l’État partie
des obligations que le Pacte lui impose.

Corruption
13. Tout en notant l’explication de l’État partie sur le rôle de la Brigade économique et
financière dans la répression de la corruption et le travail de l’Autorité nationale de lutte
contre la corruption, le Comité s’inquiète de l’affaiblissement de cette dernière, dont les
ressources financières ont connu une baisse considérable et dont le mandat semble avoir été
restreint à la prévention (art. 2, par. 1).
14. Le Comité recommande à l’État partie :
a) De renforcer l’Autorité nationale de lutte contre la corruption afin que
celle-ci soit beaucoup plus accessible au public pour le dépôt de plaintes, et
d’introduire des dispositions légales concernant les ressources budgétaires de
l’institution et l’obligation de collaboration avec elle ;
b) De veiller à l’effectivité de l’arsenal législatif contre la corruption,
y compris les dispositions relatives à la déclaration et au contrôle du patrimoine, le
décret no 2013-122 du 6 mars 2013 portant conditions de protection spéciale des
dénonciateurs, des témoins, des experts et victimes des actes de corruption, et le décret
no 2015-035 du 29 janvier 2015 portant Code de transparence dans la gestion des
finances publiques en République du Bénin.

Non-discrimination
15. Le Comité est préoccupé par l’incidence de la discrimination au quotidien dans la
jouissance des droits économiques, sociaux et culturels, et par le nombre de cas d’agression
subie par les personnes atteintes d’albinisme. Il s’inquiète également du fait que l’État
partie n’en a pas connaissance (art. 2, par. 2).
16. Tout en prenant note des mesures prises en matière de santé, le Comité
recommande à l’État partie : a) de mener des enquêtes complètes et approfondies sur
tous les cas signalés d’agression de personnes atteintes d’albinisme, y compris les cas
identifiés par les organisations de la société civile ; et b) de mener des campagnes
d’éducation de la population sur l’albinisme, afin de lutter contre les préjugés et les
croyances qui y sont faussement associés. Le Comité encourage également l’État
partie à prendre en compte les recommandations présentées dans le Rapport de
l’Experte indépendante sur l’exercice des droits de l’homme par les personnes
atteintes d’albinisme sur le Plan d’action régional concernant l’albinisme en Afrique
(2017-2021) (A/HRC/37/57/Add.3).

Égalité des droits des femmes et des hommes


17. Le Comité constate avec préoccupation que, malgré les dispositions législatives
établissant le droit égal à la succession et à la propriété foncière sans distinction de sexe,
des coutumes privent les femmes du droit d’héritage ou de propriété dans les départements
de l’Atlantique et du Zou, ainsi que dans les milieux ruraux. Le Comité est également
préoccupé par les dispositions discriminatoires envers les femmes contenues dans le Code
des personnes et de la famille, y compris celles relatives au nom après le mariage, au choix
du domicile conjugal et au délai de viduité (art. 3).
18. Le Comité recommande à l’État partie :
a) De renforcer l’information des femmes sur les dispositions législatives
concernant le droit égal à la succession et à la propriété foncière, afin de s’assurer
qu’elles exercent leurs droits ;
b) De sensibiliser la population sur l’égalité des droits des femmes et des
hommes, et de lutter contre les préjugés sociaux conduisant à la discrimination contre
les femmes ;

3
E/C.12/BEN/CO/3

c) D’amener les élus locaux, les agents de l’administration et les autorités


traditionnelles à prendre en compte les droits des femmes dans l’attribution et
l’exploitation des terres et, en cas d’expropriation, de procéder à des réparations ;
d) D’abroger les dispositions discriminatoires envers les femmes contenues
dans le Code des personnes et de la famille.

Droit au travail
19. Le Comité note que les conditions d’application de sanctions disciplinaires à un
fonctionnaire, dont la révocation, sont prévues dans la loi no 2015-18 du 2 avril 2015
portant statut général de la fonction publique. Il constate avec préoccupation que les
amendements apportés par la loi no 2018-35 du 5 octobre 2018 modifiant et complétant la
loi no 2015-18 favorisent le contournement des formalités de licenciement et fragilisent le
droit au travail, en plafonnant à quelques mois les indemnités de licenciement ou de
révocation abusif (art. 6).
20. Rappelant à l’État partie que l’obligation de sauvegarder le droit au travail
constitue un élément essentiel de l’article 6 du Pacte, le Comité recommande à l’État
partie :
a) De réexaminer les dispositions de la loi no 2018-35 afin d’éviter que
celles-ci puissent donner lieu à des licenciements ou révocations abusifs ;
b) De veiller à ce que tout licenciement ou révocation ait lieu pour des
motifs valables et, dans le cas contraire, donne droit à une réintégration ou à une
réparation adéquate.
21. Le Comité est préoccupé par les dispositions régressives introduites par la loi
no 2017-05 du 29 août 2017 fixant les conditions et la procédure d’embauche, de placement
de la main-d’œuvre et de résiliation du contrat de travail en République du Bénin, qui
entraînent une précarisation de l’emploi, notamment :
a) La possibilité d’un renouvellement indéfini du contrat de travail à durée
déterminée, en son article 13 ;
b) L’absence de limitation de la durée de la période d’essai, qui peut être
renouvelée mais également résiliée à tout moment, sans préavis, ni indemnités, ni
réparation, en son article 10 ;
c) Le plafonnement du montant de la réparation en cas de licenciement ou
d’inobservation des formalités de licenciement, en ses articles 29 et 30, qui a été, selon la
délégation, nécessaire à cause de la prévalence d’accords illicites entre magistrats et
employés (art. 6).
22. Le Comité engage l’État partie :
a) À amender les dispositions des articles 10, 13, 29 et 30 ainsi que toute
autre disposition pertinente de la loi no 2017-05, afin de protéger les travailleurs
contre les licenciements injustifiés et autres abus rendus possibles par cette loi ;
b) À lutter contre la corruption dans le système judiciaire.
23. Le Comité constate avec préoccupation que le chômage touche de manière
disproportionnée les zones rurales, les femmes et les jeunes en milieu urbain, et que le
nombre de personnes ayant bénéficié des services de l’Agence nationale pour l’emploi reste
très limité. Par ailleurs, il regrette l’absence de renseignements sur les mesures prises,
autres que les programmes de microcrédit, et sur leur effet (art. 6).
24. Le Comité recommande à l’État partie d’adopter une politique nationale de
l’emploi qui : a) promeut les investissements dans les secteurs à forte intensité de
main-d’œuvre ; b) renforce la capacité de l’Agence nationale pour l’emploi ; c)
renforce la formation technique et professionnelle dans les secteurs économiques
prioritaires ; et d) comprend des mesures positives en faveur des groupes les plus
touchés par le chômage. Le Comité encourage également l’État partie à exercer une
surveillance continue de l’effet des mesures prises sur la jouissance du droit au travail.

4
E/C.12/BEN/CO/3

Enfin, il attire l’attention de l’État partie sur son observation générale no 18 (2005) sur
le droit au travail.

Droit à des conditions de travail justes et favorables


25. Le Comité relève avec préoccupation que le montant du salaire minimum
interprofessionnel garanti n’a pas été révisé depuis 2014. Il s’inquiète également du fait
que, en dehors du secteur public, ce salaire n’est pas toujours respecté (art. 7).
26. Rappelant son observation générale no 23 (2016) sur le droit à des conditions de
travail justes et favorables, le Comité recommande à l’État partie :
a) De garantir, en concertation avec les partenaires sociaux, la révision
périodique du salaire minimum afin de l’indexer au coût de la vie, de manière à ce
qu’il permette aux travailleurs et à leur famille de jouir d’un niveau de vie adéquat ;
b) De faire appliquer les dispositions sur le salaire minimum dans la
pratique, en veillant à ce que tout non-respect mène à de sanctions pénales ou autres ;
c) D’allouer les moyens nécessaires au contrôle des conditions de travail,
y compris dans l’économie informelle, notamment par un renforcement des
inspections et la possibilité pour les travailleurs de porter plainte.

Liberté syndicale
27. Tout en notant les détails fournis par l’État partie, le Comité demeure préoccupé par
le fait que plusieurs dirigeants syndicaux ont fait l’objet de condamnations en justice, ce qui
peut dissuader les représentants des travailleurs d’exercer leurs fonctions (art. 8).
28. Le Comité recommande à l’État partie de veiller au libre exercice des droits
syndicaux et de mettre un terme aux pratiques qui créent un climat antisyndical.

Droit de grève
29. Le Comité est préoccupé par les restrictions au droit de grève introduites par la loi
no 2018-34 du 5 octobre 2018 modifiant et complétant la loi no 2001-09 du 21 juin 2002
portant exercice du droit de grève en République du Bénin. En particulier, le Comité est
préoccupé par les conditions de durée, l’interdiction d’exercice du droit de grève à certaines
catégories de personnel (douanes, eaux, forêts et chasse, santé, etc.), l’interdiction de la
grève de solidarité, et la définition vague du service minimum devant être assuré en cas de
grève (art. 8).
30. Le Comité recommande à l’État partie de rendre les dispositions de la loi
no 2018-34 conformes à l’article 8 du Pacte, en :
a) Révisant les catégories de personnel énumérées à l’article 2 nouveau,
afin que les agents de la fonction publique dont les services ne peuvent
raisonnablement être considérés comme essentiels puissent exercer leur droit de
grève ;
b) Établissant une liste de services, d’emplois et de catégories de personnel
strictement indispensables à la fourniture d’un service minimum en cas de grève dans
les services publics ;
c) Abrogeant les dispositions relatives aux conditions de durée qui sont
incompatibles avec la nature du droit de grève et constituent des restrictions
disproportionnées au droit de grève.

Lutte contre la pauvreté et droit à la sécurité sociale


31. Le Comité demeure préoccupé par la persistance de la pauvreté dans l’État partie.
Il rappelle que l’extension de la protection sociale ne doit pas être vue comme le terme d’un
processus de développement, mais constitue plutôt un ingrédient d’un développement
conforme aux exigences du Pacte. Tout en prenant note des initiatives envisagées pour
élargir la couverture du système de sécurité sociale, le Comité est préoccupé par le faible
taux de protection sociale dans l’État partie, notamment dans l’économie informelle. Le

5
E/C.12/BEN/CO/3

Comité constate également avec préoccupation que, malgré le lancement en 2016 du


Programme d’actions du Gouvernement 2016-2021, le projet d’Assurance pour le
renforcement du capital humain demeure au stade expérimental, couvrant seulement une
dizaine de milliers de ménages sur les 4 millions de personnes prévues (art. 9).
32. Rappelant que l’exercice du droit à la sécurité sociale est essentiel dans la lutte
contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire, le Comité recommande à l’État partie
d’accélérer le déploiement du volet d’assurance maladie universelle du projet
d’Assurance pour le renforcement du capital humain dans l’économie informelle, en
donnant la priorité aux ménages les plus défavorisés et, si nécessaire, en faisant appel
à l’assistance et à la coopération internationale. Il lui recommande également
d’élargir la portée du projet, afin de créer un socle de protection sociale assurant une
sécurité élémentaire de revenu pour tous. Le Comité renvoie l’État partie à sa
déclaration intitulée « Les socles de protection sociale : un élément essentiel du droit à
la sécurité sociale et des objectifs de développement durable » (E/C.12/2015/1).

Protection de la famille, de la mère et de l’enfant


33. Le Comité demeure profondément préoccupé par la persistance de cas d’infanticides
touchant les enfants dits « sorciers », dont les nourrissons nés avec handicap, malgré les
dispositions du Code pénal incriminant l’infanticide rituel. Le Comité est également
préoccupé par l’impunité qui prévaut en la matière (art. 10).
34. Réitérant les recommandations déjà formulées dans ses précédentes
observations finales (E/C.12/BEN/CO/2), le Comité enjoint à l’État partie :
a) D’envoyer un signal fort de volonté politique de mettre fin aux
infanticides d’enfants dits « sorciers » ;
b) D’assurer l’effectivité des dispositions légales punissant l’infanticide
rituel, en enquêtant sur tous les cas rapportés ;
c) De renforcer les mesures de sensibilisation pour lutter contre le
phénomène, notamment au sein des groupes ethniques Bariba, Peul, Gando, Yom,
Nagot et Bot ;
d) De faciliter l’accès des femmes aux services prénatals et d’accouchement,
et de sensibiliser les agents des services de santé sur la confidentialité des informations
relatives aux usagers ;
e) De favoriser la réintégration des enfants dits « sorciers » au sein de la
famille et de la communauté.

Droit à l’alimentation
35. Tout en saluant l’amélioration de la sécurité alimentaire dans l’État partie depuis la
publication de l’édition de 2013 de l’Analyse globale de la vulnérabilité et de la sécurité
alimentaire, le Comité est néanmoins préoccupé par le fait que, selon l’édition de 2018 de
ce même rapport, l’insécurité alimentaire touche 9,6 % de la population et que 14,2 % des
ménages ont une consommation alimentaire inadéquate. Le Comité s’inquiète également de
ce que le taux d’allaitement maternel demeure faible dans l’État partie (art. 11).
36. Le Comité recommande à l’État partie :
a) De renforcer la sécurité alimentaire dans les départements les plus
touchés par la faim et la malnutrition, y compris en favorisant l’accès aux installations
de transformation des produits et en améliorant leur distribution sur les marchés
locaux ;
b) De mettre en œuvre des mesures spécifiques en faveur des populations
les plus touchées par l’insécurité alimentaire, notamment les ménages vivant
principalement de l’agriculture vivrière ou de la pêche, en promouvant la
diversification des sources de revenus, et en accroissant leur résilience face aux
catastrophes naturelles et autres aléas qui ne sont pas couverts par le système de
sécurité sociale ;

6
E/C.12/BEN/CO/3

c) De renforcer les efforts de sensibilisation sur les bonnes pratiques en


matière de diversité alimentaire et d’allaitement maternel, y compris en garantissant
que les employeurs créent les conditions permettant l’allaitement sur le lieu de travail.

Droit à l’eau
37. Le Comité est préoccupé par les informations faisant état de corruption des agents
de la Société nationale des eaux du Bénin et des services d’adduction d’eau villageoise, qui
entrave la jouissance du droit à l’eau. Le Comité note que la délégation de l’État partie n’est
pas au fait de ces allégations (art. 11).
38. Le Comité recommande à l’État partie :
a) De réviser les procédures existantes de manière à réduire les risques de
corruption liée aux prestations telles que le branchement au réseau, la souscription au
programme de branchement promotionnel, la réparation des casses et la remise après
suspension de la fourniture d’eau pour défaut de paiement de factures ;
b) De veiller à ce que tous les ménages soient en mesure de pourvoir à leurs
besoins en eau et d’éviter ainsi les coupures en raison de factures impayées ;
c) De faciliter la dénonciation des pratiques de corruption, en informant les
usagers, dans les langues nationales, des coûts des prestations et des dispositifs de
dépôt de plainte.

Droit à la santé
39. Le Comité constate avec préoccupation que les pesticides destinés à la culture du
coton sont également utilisés dans la culture vivrière dans l’État partie. Il s’inquiète
également de l’effet de l’usage généralisé des pesticides sur la santé des agriculteurs et des
autres personnes travaillant dans la filière du coton (art. 12).
40. Le Comité exhorte l’État partie :
a) À lutter contre l’usage abusif des pesticides, y compris en sensibilisant la
population sur leurs effets nocifs lorsqu’ils sont utilisés dans la culture vivrière ;
b) À accompagner les agriculteurs dans la transition vers des pratiques
agroécologiques ;
c) À assurer la prise en charge des problèmes de santé liés à l’utilisation des
pesticides pour les agriculteurs et autres personnes travaillant dans le secteur du
coton.
41. Le Comité note avec préoccupation que la consommation de drogues est passible
d’emprisonnement, tout comme la détention et l’achat de drogues pour consommation
personnelle. Il s’inquiète également du fait que la politique antidrogue de l’État partie
semble se focaliser sur la répression (art. 12).
42. Le Comité recommande à l’État partie d’adopter une politique de lutte fondée
sur les droits de l’homme pour faire face aux abus de drogues, notamment : a) en
révisant la loi no 97-025 du 18 juillet 1997 sur le contrôle des drogues et des
précurseurs, afin d’envisager la dépénalisation de l’usage de drogues ; et b) en veillant
à la disponibilité et à la couverture des services de réduction des risques. Le Comité
renvoie l’État partie aux directives internationales concernant les droits de la
personne et la politique en matière de drogues, entérinées par le Programme des
Nations Unies pour le développement et le Programme commun des Nations Unies sur
le VIH/sida.

Droit à l’éducation
43. Tout en notant l’augmentation des ressources budgétaires allouées au secteur de
l’éducation, ayant permis, entre autres, le recrutement de nouveaux enseignants, le Comité
demeure préoccupé par les diverses lacunes du système d’enseignement public de l’État
partie, comme le manque d’infrastructures et d’équipements et la qualité insuffisante de
l’éducation (art. 13 et 14).

7
E/C.12/BEN/CO/3

44. Rappelant son observation générale no 13 (1999) sur le droit à l’éducation, le


Comité recommande à l’État partie d’investir davantage dans le secteur de
l’éducation afin, notamment :
a) D’améliorer les infrastructures et équipements scolaires et de veiller à ce
que tous les établissements scolaires disposent d’installations d’eau et
d’assainissement adéquates ;
b) D’améliorer la qualité de l’enseignement dispensé en investissant dans la
formation des enseignants et la production de matériels pédagogiques de qualité.
45. Tout en saluant l’atteinte d’un taux élevé de scolarisation, le Comité constate avec
préoccupation que beaucoup d’élèves abandonnent avant la fin du cycle primaire et que
l’État partie a adopté une approche punitive en ce qui concerne la scolarisation obligatoire.
Le Comité est également préoccupé par les fortes inégalités d’achèvement de la scolarité du
cycle primaire entre garçons et filles (63,51 % et 56,85 % respectivement, selon les derniers
chiffres publiés par l’Institut national de la statistique et de l’analyse économique), et par
l’absence de progrès durable dans l’achèvement de la scolarité au cours des dernières
années (art. 13 et 14).
46. Le Comité exhorte l’État partie à remédier d’urgence au décrochage scolaire
en s’attaquant à ses causes sociales et économiques, y compris le refus des parents
d’envoyer leurs enfants, surtout les filles, à l’école. Il lui recommande également de
renforcer les dispositifs en place pour la réinsertion scolaire des enfants déscolarisés,
y compris les enfants de la rue.

Droits culturels
47. Le Comité regrette le manque d’information sur le programme de valorisation des
langues nationales mis en place par l’État partie et ses effets. Il note également que
l’introduction de langues nationales dans le système éducatif est encore en phase pilote
(art. 15).
48. Le Comité demande à l’État partie de fournir dans son prochain rapport
périodique des renseignements sur l’incidence du programme national de valorisation
des langues nationales sur la jouissance des droits culturels par les groupes ethniques.
Par ailleurs, il lui recommande d’introduire l’enseignement des langues nationales
dans les programmes scolaires. Enfin, le Comité encourage l’État partie à faciliter la
mise à disposition d’informations en langues nationales par les prestataires de services
publics.

D. Autres recommandations

49. Le Comité encourage l’État partie à ratifier le Protocole facultatif se


rapportant au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.
50. Le Comité recommande à l’État partie de tenir pleinement compte des
obligations que lui impose le Pacte et de garantir le plein exercice des droits qui y sont
énoncés dans la mise en œuvre au niveau national du Programme de développement
durable à l’horizon 2030, le cas échéant avec l’aide et la coopération de la
communauté internationale. La réalisation des objectifs de développement durable
serait grandement facilitée si l’État partie établissait des mécanismes indépendants
pour suivre les progrès réalisés et s’il considérait que les bénéficiaires des
programmes publics étaient titulaires de droits qu’ils peuvent faire valoir. La mise en
œuvre des objectifs dans le respect des principes de participation, de responsabilité et
de non-discrimination permettrait de garantir que nul n’est laissé de côté. À ce
propos, le Comité appelle l’attention de l’État partie sur sa déclaration sur
l’engagement de ne laisser personne de côté (E/C.12/2019/1).
51. Le Comité prie l’État partie de diffuser largement les présentes observations
finales à tous les niveaux de la société, aux échelons national et régional, en particulier
auprès des membres de l’Assemblée nationale, des responsables publics et des

8
E/C.12/BEN/CO/3

autorités judiciaires, et de l’informer dans son prochain rapport périodique des


mesures prises pour y donner suite. Il l’encourage à associer la Commission béninoise
des droits de l’homme, les organisations non gouvernementales et les autres membres
de la société civile au suivi des présentes observations finales et au processus de
consultation nationale avant la soumission de son prochain rapport périodique.
52. Conformément à la procédure concernant la suite à donner aux observations
finales adoptées par le Comité, l’État partie est prié de fournir, dans un délai de vingt-
quatre mois à compter de l’adoption des présentes observations finales, des
informations sur l’application des recommandations faites par le Comité aux
paragraphes 26 a) et b) (salaire minimum), 30 (droit de grève) et 40 (pesticides)
ci-dessus.
53. Le Comité prie l’État partie de lui soumettre, le 31 mars 2025 au plus tard, son
quatrième rapport périodique, qui sera établi conformément aux directives
concernant les rapports que le Comité a adoptées en 2008 (voir E/C.12/2008/2). Il
l’invite aussi à mettre à jour son document de base commun conformément aux
directives harmonisées pour l’établissement des rapports à présenter en vertu des
instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme (HRI/GEN/2/Rev.6,
chap. I).

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