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Echo

Le document traite des bases physiques et technologiques de l'échographie ultrasonore, soulignant son importance croissante dans le diagnostic médical. Il aborde la propagation des ultrasons, leurs interactions avec les tissus, ainsi que les technologies des sondes et les traitements du signal échographique. Enfin, il présente les modes de visualisation des images échographiques et les artefacts courants rencontrés lors des explorations.

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Le document traite des bases physiques et technologiques de l'échographie ultrasonore, soulignant son importance croissante dans le diagnostic médical. Il aborde la propagation des ultrasons, leurs interactions avec les tissus, ainsi que les technologies des sondes et les traitements du signal échographique. Enfin, il présente les modes de visualisation des images échographiques et les artefacts courants rencontrés lors des explorations.

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 35-000-C-10

Bases physiques et technologiques


de l’échographie ultrasonore
M. Boynard

Depuis 40 ans, les explorations ultrasonores ont pris de plus en plus d’importance parmi toutes les
techniques d’explorations diagnostiques médicales. Ce sont des explorations d’utilisation simple, reposant
sur la propagation aisée des ultrasons dans le corps humain, aux fréquences habituellement utilisées,
et sur leurs interactions avec les différents tissus rencontrés. La compréhension du signal échographique
nécessaire à la formation de l’image échographique demande alors une connaissance des bases de
physique acoustique relatives, à la fois, à la production des ultrasons, à leur propagation et à leurs modes
d’interactions. Ces différents points sont présentés. Quelques notions de technologie des sondes avec les
différents types de balayage du champ acoustique sont ensuite abordées. Les traitements habituels du
signal échographique, nécessaires à la visualisation et à l’interprétation de l’image, sont également
introduits. Les différents modes conventionnels de présentation de l’information échographique sont
alors présentés ainsi que les techniques d’exploration récentes. Enfin, la sémiologie échographique de
base ainsi que la plupart des artefacts rencontrés en routine sont expliqués.
© 2015 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

Mots-clés : Physique des ultrasons ; Faisceau ultrasonore ; Interactions ultrasons ; Tissus ;


Image échographique ; Techniques ultrasonores

Plan ■ Autres techniques ultrasonores 14


Imagerie harmonique 14
■ Introduction 1 Imagerie en trois/quatre dimensions 16
Mode temps–mouvement 17
■ Bases physiques des ultrasons 2 Imageries Doppler 17
Définition 2 Élastographie 17
Description 2 Densitométrie ultrasonore 20
Nature 3 Produits de contraste 20
Célérité 3
■ Image échographique 21
Impédance acoustique 4
Intensité acoustique 4 Facteurs de qualité 21
Sémiologie échographique élémentaire et artefacts 24
■ Production des ultrasons, champ acoustique et technologie
■ Conclusion 27
des sondes 5
Piézoélectricité 5
Champ acoustique et diagramme de rayonnement 5
Constitution d’une sonde 7
Différents procédés de balayage rapide du champ ultrasonore 7  Introduction
Sondes particulières 9
■ Interactions entre une onde ultrasonore et les tissus Les techniques ultrasonores appliquées à la médecine ont été
biologiques 11 développées dans les années 1950 et ont commencé à être utili-
Généralités 11 sées vers le début des années 1970. Elles dérivent de celles qui ont
Mécanismes d’interaction 11 été mises au point pour le radar, le sonar sous-marin et le contrôle
■ Formation de l’image échographique conventionnelle non destructif des matériaux. Il s’agit essentiellement aujourd’hui
et traitements 12 de techniques diagnostiques (imagerie, mesure des flux) mais éga-
lement thérapeutiques (destruction directe de certaines tumeurs
■ Signal échographique mode A/mode B/balayage et peut-être pour demain délivrance locale de médicaments).
du champ ultrasonore 13 Cependant, en raison de leurs applications particulières au
Traitements du signal échographique 14 domaine médical, certaines d’entre elles ont été considérablement

EMC - Radiologie et imagerie médicale - principes et technique - radioprotection 1


Volume 10 > n◦ 1 > novembre 2015
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2024. Pour un usage personnel seulement. Aucune autre utilisation n´est autorisée. Copyright ©2024. Elsevier Inc. Tous droits réservés.
35-000-C-10  Bases physiques et technologiques de l’échographie ultrasonore

modifiées pour rendre leur utilisation simple et efficace. Les tech-


niques ultrasonores ont de nombreux avantages par rapport aux P (t)
autres méthodes d’exploration du corps humain : elles sont non
ionisantes, non dangereuses, peu onéreuses et faciles à mettre
en œuvre. Elles permettent, de plus, de visualiser en temps réel
des organes mobiles comme le cœur et le sang circulant, le plus
souvent sans injection de produits de contraste.
- ∆X 0 + ∆X l x
 Bases physiques des ultrasons A

Définition P (t)
po
Les ultrasons sont des ondes de pression (mécaniques, acous- Po
tiques ou sonores) se propageant uniquement dans les milieux
matériels et dont la fréquence de vibration est comprise entre t
0
20 kHz, la limite supérieure des fréquences audibles, et 200 MHz. τ B
Ces limites sont évidemment approximatives. En médecine, dans
le domaine de l’échographie et des explorations Doppler, les fré-
quences ultrasonores utilisées sont classiquement de l’ordre 1 à
15 MHz environ, le choix de la fréquence étant le résultat d’un Po
compromis entre le pouvoir de pénétration des ultrasons dans les
tissus, qui augmente lorsque la fréquence diminue, et la qualité de t
τ
l’image échographique, qui s’améliore lorsque la fréquence aug- C
mente. Il convient de rappeler que la fréquence de vibration d’une
onde, F, est le nombre de fois par seconde que celle-ci passe par
le même état ou alternance, et elle correspond à l’inverse de la Po
période, T (F = 1/T). À ces fréquences, les ultrasons se propagent
dans les milieux matériels élastiques ou viscoélastiques comme t
τ
la plupart des organes du corps humain, à l’exception de ceux D
contenant de l’air.

Po 2 Po
Description
T
Pour décrire une onde ultrasonore, nous allons nous aider de t
la Figure 1 qui représente un cylindre selon une dimension, rem- E
pli d’un fluide homogène (comme par exemple l’eau ou l’air). À
Figure 1.
une extrémité du cylindre (Fig. 1A), un piston peut se déplacer
A. Variations de la pression (P) à l’intérieur du tube en fonction du temps
longitudinalement selon l’axe des x (ou axe du cylindre), autour
(t) à la distance (l) d’un piston se déplaçant longitudinalement selon l’axe
de sa position initiale. Un manomètre est placé à la distance (l)
du cylindre.
du piston pour mesurer la pression à cet endroit. Initialement et
B. Déplacement rapide du piston vers la droite.
en absence de mouvement du piston, la pression en tout point
C. Déplacement rapide du piston vers la droite puis vers la gauche.
du milieu est la pression d’équilibre (P0 ). Un déplacement du pis-
D. Aller–retour du piston autour de sa position initiale.
ton vers la droite entraîne à son contact une surpression qui se
E. Oscillations continues du piston autour de sa position initiale.
déplace vers la droite et qui est mise en évidence au niveau du
manomètre au bout d’un temps ␶ (Fig. 1B). Un déplacement du
piston vers la droite puis vers la gauche entraîne une surpression dinale, la direction de la vibration se faisant selon la direction du
suivie d’un retour à l’équilibre du milieu qui arrive au manomètre déplacement de l’onde. La différence de pression, P (x, t) – P0 = p
au bout du même temps, ␶ (Fig. 1C). La déformation du milieu, (x, t), est appelée « pression acoustique », et p0 , « amplitude maxi-
créée par le mouvement du piston, se déplace donc le long du mum » de la pression acoustique. L’argument du sinus ([2␲/T] t –
tube à la vitesse c = l/␶, vitesse de propagation (ou célérité) de la (2␲/␭) x) est appelé « phase de l’onde » et permet de relier la célé-
déformation. Si le déplacement du piston se fait alternativement rité de l’onde (c), qui est la vitesse à laquelle une surface de phase
vers la droite puis vers la gauche pendant une seule alternance constante (ou d’amplitude de pression donnée) se déplace dans le
ou à la fréquence (F), le manomètre mesure une variation de milieu à la période T et à la longueur d’onde ␭ : ␭ = cT = c/F.
pression à la même fréquence, alternativement supérieure et infé- La relation (␭ = cT = c/F) est fondamentale, car elle montre que
rieure à la pression d’équilibre régnant initialement dans le milieu la longueur d’onde d’une onde de pression, qui reflète en fin
(Fig. 1D, E). La variation de la pression le long du tube est repré- de compte la résolution longitudinale d’un échographe, dimi-
sentée à différents instants (Fig. 2). La déformation du milieu créée nue lorsque sa fréquence augmente. Ainsi, la définition (ou
par le piston se déplace vers la droite du tube en fonction du temps qualité) d’une image échographique, directement reliée à la réso-
(Fig. 2A à C). Les Figures 1E et 2A permettent de visualiser, respecti- lution longitudinale de l’échographe (cf. « Facteurs de qualité »),
vement, la période de l’onde (T) et sa longueur d’onde (␭), qui sont s’améliore lorsque la fréquence ultrasonore croît.
respectivement le temps et la distance séparant deux alternances La relation (␭ = cT = c/F) montre aussi que, pour une fréquence
successives. ultrasonore donnée, la valeur de la longueur d’onde dépend de la
La pression existant en un endroit donné quelconque du milieu célérité dans le milieu de propagation. Ainsi, la célérité dépendant
(x) dans lequel se déplace l’onde, et à un instant t, dépend donc du milieu traversé, la longueur d’onde n’est pas la même dans tous
des deux variables : x et t. Dans le cas d’un mouvement sinusoïdal les milieux et donc la résolution longitudinale non plus.
du piston, il est possible de connaître théoriquement la valeur Dans un milieu viscoélastique comme les tissus biologiques, il
de la pression totale, P (x, t), en x et à l’instant t, à partir de existe un autre mode de déplacement de la déformation que l’on
l’expression analytique suivante : P(x, t) = P0 + p(x, t) = P0 + p0 sin appelle « mode transverse ». La vibration est alors perpendiculaire
([2␲/T] t – [2␲/␭] x). à la direction du déplacement de l’onde. Mais ce mode trans-
Cette expression qui comporte un terme continu, P0 , et un verse que l’on retrouve un peu plus loin dans la partie relative
terme oscillant, p (x, t), est celle d’une onde plane dont tous les aux techniques d’élastographie est très rapidement atténué avec
points d’une section sont en phase (ils vibrent en même temps) le déplacement de la déformation à cause de la viscosité du milieu
et qui se déplace selon la direction x. Il s’agit d’une onde longitu- et peut être négligé dans le cas de l’imagerie échographique.

2 EMC - Radiologie et imagerie médicale - principes et technique - radioprotection

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Bases physiques et technologiques de l’échographie ultrasonore  35-000-C-10

P λ λ Piston

Po 2 po to

A t1
X A
A
Suppression
P
t1 > to
Po 2 po

A + Δt
B
t1
X
Dépression Suppression
B
P
t2 > t1

Po 2 po C
A t1 + 2Δt Dépression Suppression
X
C
t3 > t2
Figure 2. Variations de la pression (P) à l’intérieur du tube en fonction
de l’abscisse (x) à différents instants : t1 (A), t1 + t (B) et t1 + 2t (C),
pour des oscillations continues du piston autour de sa position initiale.
D
Figure 3. Nature et propagation d’une déformation.
Nature A. Le piston étant au repos, des plans équidistants les uns des autres,
contenant des molécules du milieu à l’équilibre, sont définis.
On peut se demander comment une déformation de la matière B. Le déplacement du piston vers la droite entraîne un rapprochement
peut se déplacer ainsi dans un milieu matériel. La Figure 3A repré- des plans moléculaires à proximité (surpression).
sente des plans équidistants les uns des autres, contenant des C. Le déplacement du piston vers la gauche entraîne un éloignement des
molécules constituant le milieu, le piston étant dans sa position plans moléculaires à proximité (dépression) alors que la surpression pré-
initiale. Lorsque le piston se déplace, par exemple vers la droite, cédente se déplace vers la droite.
il entraîne avec lui vers la droite les molécules du milieu situées D. Quand le piston revient à sa position initiale, l’élasticité du milieu
à proximité (Fig. 3B) et, inversement, lorsqu’il se déplace vers la entraîne un déplacement de la déformation (surpression suivie de dépres-
gauche, les molécules s’éloignent les unes des autres (Fig. 3C). Et sion) vers la droite.
puisque le milieu est élastique, les molécules situées à proximité
du piston provoquent, elles aussi, de proche en proche, le dépla-
cement, soit à droite soit à gauche, des autres molécules situées un
peu plus loin. Le déplacement des molécules situées près du pis-
ton, qui oscillent alternativement vers la droite puis vers la gauche
autour de leur position d’équilibre, entraîne ainsi la déformation
du milieu qui se déplace donc progressivement dans la seule direc- a(x)
tion possible, celle située vers le manomètre (Fig. 3D). On dit que ao
la déformation se propage. Mais les molécules du milieu ne se
déplacent pas le long du tube avec la déformation. Il n’y a pas de x
déplacement net de matière dans la direction de propagation. Les A
courbes (Fig. 4A à C) montrent, au même instant, les variations le U(x)
long de la direction de propagation :
• du déplacement oscillant des molécules (ou plans moléculaires) Uo
autour de leur position d’équilibre, a(x) ; x
• de leur vitesse de déplacement, u(x) ;
B
• et de la pression acoustique, p(x).
Par comparaison, la Figure 4D montre la densité du milieu le P(x)
long du tube dans l’onde de pression. Les régions de faible densité po
de matière correspondent aux endroits où la pression est mini-
male, et les régions de forte densité correspondent aux endroits x
où la pression est maximale. C
Densité des particules
Célérité
La vitesse de propagation (ou célérité) d’une onde de pression D
longitudinale (c) dépend des propriétés mécaniques, densité et
élasticité, du milieu de propagation [1]
et s’exprime en première Figure 4. Variations du déplacement, a, des molécules du milieu par
√ rapport à leur position d’équilibre (A), de la vitesse de déplacement (u)
approximation comme : c = E/␳ où E est le module de rigidité
(ou module de Young) et ␳ la masse volumique du milieu. Tous les des molécules du milieu (B), de la pression acoustique (p) (C), de la densité
tissus biologiques n’ont pas la même célérité. La Figure 5 présente des particules du milieu le long du tube (D).

EMC - Radiologie et imagerie médicale - principes et technique - radioprotection 3


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Figure 5. Vitesse de propagation des ondes


Collagène
ultrasonores dans différents tissus biologiques
Cristallin mous. LCS : liquide cérébrospinal.
Muscle
Tête fœtale
Rate
Tissu nerveux
Reins
Sang
Foie
Seins en lactation
Membres (tissus mous)
Lait
(20 °C) Sérum physiologique (37 °C)
Solution d'hémoglobine (165 g/l, 15 °C)
Tumeurs cérébrales
Œil (vitré)
Seins (préménopausé)
Œil (humeur acqueuse)
L.C.R.
(20 °C) Eau (37 °C)
Seins (postménopausé)
Tissu adipeux m s –1

1450 1500 1550 1600 1650 1700

Tableau 1.

“ Point fort Valeurs de la densité et de l’impédance acoustique pour différents tis-


sus biologiques ; les valeurs correspondantes pour l’air sont présentées en
comparaison.
Propagation des ultrasons Tissus Masse spécifique Impédance acoustique
• Ondes de pression, ondes ultrasonores, ondes acous- (kg/m3 ) × 10−3 (kg/m2 /s ou Rayleigh) × 10−6
tiques : tous ces termes ont la même signification ; ce sont Sang 1,06 1,62
des déformations de l’espace nécessitant un support maté- Squelette 1,38–1,81 3,75–7,38
riel, mais se propagent sans transport de matière. Cerveau 1,03 1,55–1,66
• Les fréquences de vibration vont de quelques mégahertz
Tissu adipeux 0,92 1,35
à 10–15 MHz dans le domaine de l’exploration diagnos-
Reins 1,04 1,62
tique médicale ; les plus hautes fréquences sont réservées
Foie 1,06 1,64–1,68
à l’exploration des tissus superficiels et les plus basses à
Poumon 0,40 0,25
l’exploration des tissus profonds.
• Une impulsion ultrasonore est une onde de pression Muscle 1,07 1,65–1,74
limitée dans le temps et dans l’espace. Rate 1,06 1,65–1,67
Eau 1,00 1,52
Air 1,293 × 10−3 0,4 × 10−3

les valeurs de la célérité des ondes ultrasonores dans différents


organes. On peut remarquer que les valeurs de célérité dans tous caractériser la façon avec laquelle une onde de pression se propage
les organes figurant sur le schéma (excepté le squelette) ne sont dans le milieu. Elle est définie comme le rapport de la pression
pas très dispersées autour de la valeur moyenne, qui est proche acoustique (p) s’exerçant sur un tissu par la vitesse de vibration
de celle de l’eau (ceau ≈ 1530 m/s). Dans ces conditions, l’image (u) des molécules le composant : Z = p/u.
des organes est toujours repositionnée correctement dans le plan L’impédance acoustique d’un milieu de densité (␳), dans lequel
image quel que soit le trajet des ultrasons, c’est-à-dire quels que une onde ultrasonore plane se propage à la célérité (c), a pour
soient la position de la sonde sur la peau, son orientation pour expression [1] : Z = ␳c.
visualiser l’organe et les milieux traversés par les ultrasons pour Le Tableau 1 présente les valeurs d’impédances acoustiques pour
atteindre celui-ci. √ quelques tissus biologiques.
On peut également noter d’après la relation c = E/␳ que la
célérité des ondes ultrasonores, en première approximation, est
indépendante de la fréquence de vibration. Intensité acoustique
Enfin, il est important de définir l’intensité acoustique (ou
Impédance acoustique puissance acoustique par unité de surface) (I) d’une onde plane
d’amplitude de pression (p) se propageant dans un milieu de célé-
Une autre grandeur physique importante à définir pour rité (c) et de densité (␳) [1] : I = p2 /2␳c.
comprendre les mécanismes d’interactions d’une onde ultra- Dans le cas d’un échographe émettant des impulsions, la
sonore avec les tissus est l’impédance acoustique (Z) d’un milieu. puissance acoustique délivrée aux tissus est contenue dans le
L’impédance acoustique, spécifique de chaque tissu, permet de volume de l’espace déformé, appelé « volume d’occupation de

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pouvoir transformer de façon réversible l’énergie électrique en


énergie mécanique, c’est-à-dire, de pouvoir transformer une onde
électrique en onde mécanique, et inversement [2, 3] . On observe,
à la surface de ces matériaux taillés correctement, l’apparition
t de charges électriques lorsqu’ils sont soumis à des contraintes
mécaniques (Fig. 7) et, inversement, ces matériaux se déforment
SPPA lorsqu’ils sont soumis à une différence de potentiel.
SPTA & SATA Le cristal piézoélectrique le plus connu est le dioxyde de silice
ou quartz, mais ses propriétés sont assez mal adaptées aux appli-
cations des transducteurs médicaux. C’est pourquoi, d’autres
matériaux tels que les céramiques, certains polymères ou les
composites qui sont formés de l’association, à la fois, de céra-
x miques et de polymères, sont utilisés. Les matériaux les mieux
adaptés sont les céramiques et les composites qui constituent
l’élément sensible de l’« ensemble sonde » utilisé en échographie.
Figure 6. Différentes définitions de l’intensité acoustique. Spatial peak,
temporal average (ISPTA ) : intensité pic dans l’espace et moyenne dans le
temps ; spatial average, temporal average (ISATA ) : intensité moyenne dans Champ acoustique et diagramme
l’espace et moyenne dans le temps ; spatial peak, pulse average (ISPPA ) :
intensité pic dans l’espace et moyenne sur l’impulsion.
de rayonnement
Lors du fonctionnement d’une sonde ultrasonore, l’énergie
l’impulsion », qui se déplace au cours du temps à la célérité c. acoustique n’est pas émise ou reçue n’importe comment, ni dans
L’intensité acoustique est, à un instant donné, maximale au centre l’espace, ni dans le temps. Dans le temps, l’émission de l’énergie
du volume et décroît très rapidement lorsqu’on s’en écarte. Lors de acoustique se fait le plus souvent par impulsions (en dehors du
l’émission d’une impulsion par la sonde, l’énergie acoustique déli- mode Doppler à émission continue) et la réception se fait de façon
vrée à un volume de tissu donné n’est donc homogène ni dans continue à la suite de chaque impulsion. Dans l’espace, l’énergie
le temps, ni dans l’espace. C’est pourquoi, plusieurs définitions est émise dans une région bien définie : c’est ce qu’on appelle le
peuvent être utilisées (Fig. 6) : diagramme de rayonnement. Inversement, les ondes reçues par
• l’intensité I spatial peak, temporal average (ISPTA ) : intensité pic la sonde n’ont pour origine que cette région : c’est le principe de
dans l’espace et moyenne dans le temps ; réciprocité. Le diagramme de « rayonnement » à la réception est
• l’intensité I spatial average, temporal average (ISATA ) : intensité le même qu’à l’émission. On parle tout de même de diagramme
moyenne dans l’espace et moyenne dans le temps ; de rayonnement pendant la réception, car il indique alors la sen-
• l’intensité I spatial peak, pulse average (ISPPA ) : intensité pic dans sibilité spatiale de la sonde à la réponse des tissus.
l’espace et moyenne sur l’impulsion. Le diagramme de rayonnement est différent selon que l’on
Ces différentes définitions permettent de caractériser l’intensité considère une source ponctuelle, c’est-à-dire, de petite dimen-
acoustique, moyenne ou maximale, dans l’espace ou dans le sion devant la longueur d’onde de l’onde ultrasonore émise (␭) ou
temps, délivrée aux tissus, lorsqu’on s’intéresse notamment aux étendue, c’est-à-dire, de grande dimension devant ␭. Une source
effets biologiques des ultrasons. Mais la grandeur remarquable ponctuelle possède un diagramme de rayonnement sphérique
caractérisant le transfert d’énergie mécanique vers les tissus, repré- dans l’espace, l’énergie étant émise de façon identique dans toutes
sentant la quantité totale d’énergie délivrée, est le produit I.t de les directions. Mais il n’en est pas de même avec une source enten-
l’intensité acoustique (I) par la durée d’exposition (t). due pour laquelle le diagramme de rayonnement comporte, d’une
part, un lobe principal dont la direction est confondue avec l’axe
de la source et, d’autre part, des lobes secondaires dont les direc-
 Production des ultrasons, tions font un certain angle par rapport à la direction du lobe
principal (Fig. 8A). Dans le cas d’une source étendue circulaire,
champ acoustique et technologie le lobe principal et les lobes secondaires possèdent une symétrie
des sondes de révolution autour de l’axe de la sonde. La plus grande par-
tie de l’énergie acoustique est émise dans le lobe principal alors
Piézoélectricité qu’une faible quantité d’énergie est émise dans les lobes secon-
daires. Cela signifie qu’à la réception, la sensibilité de la sonde
Les ultrasons sont produits par le phénomène de la piézoélec- est plus grande au niveau du lobe principal qu’au niveau des
tricité qui est la propriété que possèdent certains matériaux de lobes secondaires. C’est le lobe principal qui permet de construire

Figure 7.
P A. Cristal de dioxyde de silice (quartz) au repos
correctement taillé. (Si+ : silice ; O2 : dioxygène)
B. Application d’une contrainte P sur les faces
Si+
supérieure et inférieure du cristal, entraînant
Si+ l’apparition d’un champ électrique et de charges
O2 - électriques de signes opposés sur ses deux faces.
O2- O2- O2-

+
E
Si+ + Si+
Si+ Si+
O2-

O2-
+++++++++++++++++++++
P
A B

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Lobes secondaires Figure 8. Source étendue.


A. Diagramme de rayonnement avec un lobe
principal et des lobes secondaires.
Lobe principal
θ B. Variation longitudinale de l’intensité ultra-
sonore émise dans le lobe principal avec la
présence d’oscillations dans une première région
proximale cylindrique (champ proche ou zone
de Fresnel) et une décroissance monotone avec
l’éloignement à l’émetteur dans une deuxième
région distale divergente (champ lointain ou zone
de Fraunhoffer).

A
a2 λ
p≈ sin θ ≈
41 2a
p
θ

Intensité

Champ proche Champ lointain B

l’image échographique et donc de positionner correctement les


interfaces situées dans les tissus, sur l’axe de la sonde. La direc-
tivité du lobe principal doit être la plus fidèle possible. Elle est
appréciée par le rapport ␭/2a, où 2a est l’ouverture (ou diamètre) L
de la source. Le faisceau est d’autant plus directif que l’ouverture
contient un grand nombre de fois la longueur d’onde. Ainsi, à fré-
quence donnée, la directivité d’une sonde est d’autant meilleure
que l’ouverture est grande. De plus, pour une dimension de sonde
donnée, la directivité est d’autant meilleure que la fréquence
est élevée. Les lobes secondaires, quant à eux, peuvent être à
l’origine de fausses images ou artefacts, donnant l’impression que
les signaux qu’ils reçoivent proviennent de la direction située sur
l’axe de la sonde, comme s’ils étaient détectés par le lobe principal,
alors qu’ils proviennent d’une direction différente.
Le faisceau ultrasonore est loin d’être parfait car il se
complique encore plus dans sa région proximale avec la présence L = τC
d’interférences. On peut schématiser le diagramme de rayonne- τ : durée de l’impulsion
ment d’une source ultrasonore étendue par deux régions : une C : célérité des ultrasons
première zone, cylindrique de longueur a2 /4␭, débutant directe-
ment au contact du transducteur et appelée champ proche dans
Figure 9. Déformation localisée de l’espace (ou cellule élémentaire)
laquelle on note la présence d’interférences, suivie d’une seconde
représentant une impulsion ultrasonore isolée se propageant dans
zone, conique divergente, d’angle de divergence ␭/2a et appe-
l’espace. L : longueur de l’impulsion ; l : largeur de l’impulsion.
lée champ lointain, dans laquelle les interférences ont disparu
(Fig. 8B). En pratique, la limite entre le champ proche et le
champ lointain est à 1 ou 2 cm de la sonde, et la plus grande
partie de l’image échographique est formée habituellement dans à la résolution latérale, et sur une longueur donnée par sa durée,
le champ lointain, c’est-à-dire dans la région du faisceau la plus celle-ci étant reliée à la résolution longitudinale (ou résolution en
régulière. profondeur).
Lorsqu’un échographe fonctionne en émission–réception, il Il faut avoir à l’esprit que plus cette déformation de l’espace
émet des impulsions de pression occupant dans l’espace un est petite, meilleures sont les résolutions du dispositif. La largeur
volume (ou cellule élémentaire) (Fig. 9). Ce sont ces impulsions d’une impulsion diminue avec la focalisation du faisceau acous-
ultrasonores ou déformations localisées de l’espace qui se pro- tique alors que sa longueur diminue par l’utilisation de sondes
pagent pour interagir avec les tissus. Les interactions se font alors « hautes fréquences » ou « très amorties » (cf. infra) (cf. « Facteurs
dans un volume de tissu donné par la largeur de l’impulsion, reliée de qualité »).

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Connecteur

Amortisseur

Connecteur
Transducteur
Transducteurs
Lame quart
d’onde Lame quart
d’onde
A B
Figure 10. Principaux éléments d’une sonde échographique.
Connecteur
A. Monosonde.
B. Sonde en une dimension pour imagerie deux dimensions (2D).
C. Sonde 2D pour imagerie trois dimensions (par clarté, l’amortisseur mécanique ne figure pas sur les
Figures 10B, C, mais est tout de même présent en réalité).

Transducteurs
C

Constitution d’une sonde


Une monosonde (ou ensemble sonde) échographique (mode A
et mode B mécanique) est constituée de différents éléments
(Fig. 10A). L’élément principal est le transducteur (matériau piézo-
électrique) qui transforme, à l’émission, une impulsion électrique
en impulsion ultrasonore et qui, à la réception, transforme le
signal acoustique en un signal électrique [2, 3] . Son impédance
acoustique doit être la plus proche possible de celle des tissus
biologiques, et son épaisseur détermine directement sa fréquence
de vibration. Ses deux faces, avant et arrière, sont métalli-
sées et reliées chacune à un conducteur électrique qui permet
d’exciter le matériau à l’émission et de transformer le signal A B
acoustique en signal électrique à la réception. La face arrière Figure 11. Balayage sectoriel mécanique transducteur oscillant (A),
est en contact d’un milieu, amortisseur mécanique, absorbant transducteurs en rotation (B).
l’énergie acoustique émise dans cette direction. Enfin, la face
avant est recouverte d’une lame d’un matériau dont l’impédance
acoustique se situe entre celle de l’élément piézoélectrique et
celle de l’eau, et d’épaisseur ␭/4. Cette lame « quart d’onde » Différents procédés de balayage rapide
a un double rôle, d’une part, adapter l’impédance acoustique du champ ultrasonore
de la sonde à celle des tissus afin d’améliorer le passage de
l’énergie acoustique vers les tissus et inversement et, d’autre Différents procédés de balayage rapide du champ ultrasonore
part, protéger la face avant du transducteur. L’ensemble de tous sont utilisés pour construire l’image échographique en temps réel :
ces éléments est enfermé dans un boîtier protecteur duquel le balayage mécanique, le plus souvent sectoriel (Fig. 11), ou bien
sortent les conducteurs électriques qui permettent la connexion à le balayage électronique, linéaire, curviligne, sectoriel, trapézoï-
l’échographe. dal, en mode composé (compound) et radial (Fig. 12). Le balayage
Les sondes multiéléments en une dimension (1D) pour ima- électronique est généralement préféré au balayage mécanique
gerie en deux dimensions (2D) (Fig. 10B) sont constituées réservé pour des sondes particulières. Des exemples d’images sont
comme les monosondes, à la différence près qu’elles comprennent obtenus à l’aide de sondes à balayage linéaire, sectoriel et curvi-
une dizaine (pour les phased array) ou une centaine (pour les ligne (Fig. 13).
barrettes ou les sondes curvilignes) de petits transducteurs jux- Le balayage mécanique est, sauf exception, uniquement secto-
taposés les uns à côté des autres, distribués de façon linéaire ou riel. Dans ce cas, le déplacement, oscillant ou circulaire du (ou
curviligne. des transducteurs), fixé(s) sur un axe oscillant ou sur un tam-
Enfin, les sondes matricielles 2D dédiées pour imagerie en bour tournant autour d’un axe de rotation, se fait à l’aide d’un
trois dimensions (3D) (Fig. 10C) comportent, quant à elles, moteur (Fig. 11). Un mouvement de rotation uniforme est en
jusqu’à plusieurs milliers de transducteurs disposés sur une petite principe plus facile à réaliser qu’un mouvement oscillant. Dans
surface. ce cas, la tête de sonde peut contenir jusqu’à trois transducteurs
Des exemples de sondes commercialisées sont présentés. qui fonctionnent les uns après les autres, lorsqu’ils sont orientés

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Linéaire Curviligne Sectoriel Trapézoïdale

A B C D
Compound Radial Figure 12. Balayage électronique. Différents types : linéaire (A), curviligne (B), sec-
toriel (C), trapézoïdal (D), composé (compound) (E) et radial (F).

E F

vers la peau, de façon à augmenter la cadence de formation des Le balayage électronique sectoriel (phased array) : le déplace-
images. À chaque fois qu’un transducteur passe devant la région ment du faisceau se fait selon un secteur angulaire d’environ 90 à
à visualiser, il forme une ligne de l’image dont la géométrie est 100◦ , à l’aide d’un seul groupement de dix transducteurs environ
un secteur angulaire. D’autres techniques de balayage mécanique formant à lui seul l’élément sensible de la sonde, et par l’utilisation
rapide du champ ultrasonore ont été développées, notamment de lignes à retard. Si on excite le groupement de transducteurs avec
par réflexion de l’onde incidente émise par une sonde fixe sur un la même impulsion électrique, mais en utilisant des lignes élec-
miroir plan oscillant ou par réflexion de l’onde sur un miroir para- troniques entraînant des retards graduels spécifiques pour exciter
bolique à partir d’une sonde oscillante placée au foyer du miroir, chacun des transducteurs, le groupement émet une onde résul-
mais elles ont presque toutes été abandonnées. Il faut signaler ici tante plane qui se propage de biais selon une direction donnée
l’existence de sondes annulaires, formées de céramiques piézo- par rapport à la surface de la sonde (Fig. 14B). Il suffit ensuite
électriques concentriques, dont le principal avantage par rapport de modifier, entre chaque impulsion, la configuration du retard
à une monosonde classique est de permettre une focalisation de introduit entre chaque ligne pour émettre les impulsions acous-
poursuite à la réception (cf. infra). tiques se propageant selon différentes directions et ainsi interroger
Le balayage électronique, d’une part, utilise le déplacement tout un secteur angulaire.
rapide du champ acoustique de façon électronique et, d’autre part, Un troisième type de balayage électronique, utilisant une sonde
repose sur la synthèse d’une onde ultrasonore à partir d’ondelettes courbe composée d’un grand nombre de transducteurs identiques
sphériques. Un transducteur de petites dimensions comparables à ceux des barrettes, est un compromis technologique entre le
à la longueur d’onde émet une onde sphérique (cf. supra). Un balayage linéaire et le balayage sectoriel (Fig. 12B). Le balayage
groupe d’une dizaine de tels transducteurs juxtaposés les uns électronique se fait, à l’aide de lignes à retard, de façon identique à
à côté des autres, excités simultanément avec la même impul- celui des barrettes, et la forme courbe de la sonde permet d’obtenir
sion électrique, émet une onde plane qui est la superposition une image « sectorielle » plus large en profondeur qu’en surface.
des ondelettes sphériques émises par chacun des transducteurs Un quatrième type de balayage électronique est le balayage en
élémentaires. C’est la synthèse d’ondes planes ou focalisées utili- mode composé (compound) (Fig. 12E) permettant de former succes-
sée aussi bien pour le balayage électronique linéaire que pour le sivement trois images à l’aide de tirs effectués dans trois directions
balayage électronique sectoriel (Fig. 14A, B). différentes (en biais à gauche, en face, en biais à droite) et dont
Le balayage électronique linéaire (linear array) : dans ce cas, le l’avantage principal est de réduire le bruit par un moyennage du
déplacement du faisceau se fait parallèlement à lui-même à l’aide signal échographique dans la partie commune des images ainsi
d’environ 100 transducteurs, juxtaposés les uns à côté des autres formées.
pour former une barrette. Une impulsion ultrasonore est émise à Enfin, les sondes à balayage radial permettent de construire une
la suite de l’excitation simultanée d’un groupement d’une dizaine image circulaire dans un plan perpendiculaire à l’axe de la sonde
de transducteurs juxtaposés, par la même impulsion électrique et sont essentiellement réservées aux explorations endocavitaires
(Fig. 14A). Au retour de l’onde, c’est le même groupement de trans- (Fig. 12F).
ducteurs qui reçoit la réponse échographique. Lors de l’impulsion L’utilisation de lignes à retards, associée ou non au balayage
électrique suivante, le groupement des transducteurs excités est électronique linéaire ou sectoriel, a également pour avantage
décalé électroniquement d’une unité d’un côté, de façon à inter- de permettre la focalisation ou concentration de l’énergie ultra-
roger une direction parallèle à la direction précédente située juste sonore (cf. « Facteurs de qualité ») (cf. l ≈ ␭ [f/D]2 , et d ≈ ␭ [f/D])
à côté. Ainsi de suite, l’image de forme rectangulaire est construite du champ acoustique dans le plan de coupe, cela de façon élec-
à l’aide du balayage de la totalité des transducteurs que compte la tronique, et donc d’améliorer la résolution latérale de ce type de
sonde. sondes. Dans le cas des sondes à balayage électronique, il suffit

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A B
Figure 13. Images échographiques de différentes formes selon le type de
balayage : linéaire (A) (flèches), sectoriel (B) et curviligne (C) (flèche). LA :
oreillette gauche ; RA : oreillette droite ; RV : ventricule droit ; LV : ventricule
gauche.

d’utiliser à l’émission, sur le groupement de transducteurs émet- techniques de focalisation permettant de réduire cette épaisseur
tant l’onde incidente, une configuration entraînant des retards et donc d’améliorer la résolution dans cette direction.
d’excitation graduels des transducteurs extrêmes vers les transduc-
teurs centraux. L’émission de l’énergie acoustique se fait alors dans
une zone focale donnée, située sur l’axe de la sonde (Fig. 14C). Sondes particulières
Ce type de focalisation électronique est également présente sur
les sondes phased array pour lesquelles la direction de tir est La miniaturisation des sondes a permis depuis quelques années
oblique, cela grâce à des retards appropriés. Dans le cas des leur introduction dans les cavités naturelles de l’organisme afin
sondes annulaires, les retards d’excitation s’appliquent directe- de les rapprocher de la zone à visualiser. La distance parcourue
ment sur les différents anneaux. Ce type de focalisation est appelé par les ondes ultrasonores dans les tissus étant alors plus courte,
« focalisation électronique à l’émission ». La zone focale concernée l’atténuation du faisceau est diminuée par rapport à l’utilisation
dépendant de la configuration des retards, il est possible d’utiliser d’une sonde échographique conventionnelle, ce qui permet de
des configurations de retard spécifiques qui permettent de focali- travailler à plus haute fréquence (HF) et donc d’obtenir des images
ser à des profondeurs différentes. Ainsi, à l’émission de l’impulsion de meilleure définition (infra). On peut noter que les sondes
ultrasonore ou à la réception du signal échographique, la distance endocavitaires utilisent en général un balayage mécanique rapide
focale peut être ajustée à la zone étudiée. En particulier, au cours du champ acoustique, linéaire, sectoriel ou radial pour former
de la réception d’une même ligne échographique, la modification l’image 2D (Fig. 15). Un déplacement du plan de coupe peut
automatique de la configuration des retards permet de recevoir le permettre en plus d’explorer tout un volume afin de faire une
signal avec une bonne focale, déjà dans les régions superficielles exploration 3D. Les organes intéressés sont le cœur par voie tran-
puis dans les régions lointaines, sans modifier la fréquence image. sœsophagienne, les ovaires et l’utérus par voie transvaginale, la
C’est ce qu’on appelle la « focalisation de poursuite » à la récep- prostate par voie transrectale, l’œsophage, l’estomac, le duodé-
tion (Fig. 14D). Une modification des configurations de retard à num et le pancréas par voie intradigestive ainsi que l’intérieur des
l’émission serait possible mais elle est en pratique exclue, car elle se grosses artères par voie intravasculaire.
ferait obligatoirement au détriment de la fréquence image, l’image Enfin, des sondes permettant de guider les ponctions biopsies
échographique étant alors plus longue à obtenir. sous échographie afin de visualiser le trajet de l’aiguille ont éga-
L’image échographique étant l’image d’une tranche de tissu (cf. lement été développées, notamment pour le foie, le rein ou la
« Formation de l’image échographique »), il existe également des thyroïde.

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Émission Impulsions retardées Onde plane


Émission Impulsions synchronisées

Onde plane

Retards identiques Transducteurs Retards Transducteurs


A B
Configurations de Impulsions de retour
Émission Impulsions retardées retard variables
Focale unique
Focales variables

F3 F2 F1

Retards Transducteurs Retards Transducteurs


C D
Figure 14. Balayage électronique : effet des lignes à retard.
A. Formation d’une onde plane se propageant dans l’axe de la sonde (émission/réception plane).
B. Formation d’une onde plane se propageant de biais (émission/réception plane avec déflexion).
C. Formation d’une onde focalisée se propageant dans l’axe de la sonde (focalisation fixe).
D. Configurations de retards variables permettant une focalisation de poursuite à la réception (focalisation variable).

A B

C D
Figure 15. Exemples de sondes endocavitaires (A à D).

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α
Mécanismes d’interaction
(dB.cm–1.MHz–1)
50 F Les mécanismes d’interaction entre les ultrasons et les tissus
Poumons biologiques sont au nombre de trois, respectivement la réflexion,
la diffusion et l’absorption.
10 Crâne
Squelette
Muscles

Reins
“ Point fort
1
Tissus mous Formation du signal et de l’image échographiques
• La formation du signal échographique mode A (1D)
nécessite l’existence d’interactions entre les ultrasons et
0,1 les tissus dues à des différences de propriétés mécaniques
Eau (15 °C) (densité, élasticité) de ceux-ci.
Solution d'hémoglobine • La réflexion renseigne sur le contour des organes.
(150 g.l–1, 15 °C)
F (MHz )
• La diffusion renseigne sur la structure interne de ceux-ci.
0,01 • La propagation des ultrasons se fait à célérité constante
0,1 1 10 100 1000 dans tous les tissus mous
Figure 16. Variations du rapport « coefficient d’atténuation/ • La formation de l’image échographique convention-
fréquence » (␣/F) en fonction de la fréquence pour différents tissus nelle (2D) nécessite en plus la présentation du signal
biologiques ; pour les tissus mous et à 1 MHz, ␣ est de l’ordre de 0,5 à échographique en mode B et un balayage dans l’espace
1 dB/cm. du faisceau ultrasonore.

 Interactions entre une onde Réflexion


ultrasonore et les tissus La réflexion se produit lorsqu’une onde ultrasonore de longueur
biologiques d’onde ␭ rencontre une grande interface (S) par rapport à la lon-
gueur d’onde séparant deux milieux d’impédances acoustiques
Généralités différentes (Z1 et Z2 ). Ainsi, une fraction de l’énergie contenue
dans l’onde incidente est réfléchie par l’interface dans une direc-
Une onde ultrasonore, qui se propage dans un milieu maté- tion symétrique de la direction incidente par rapport à la normale
riel, voit son énergie diminuer progressivement. C’est ce qu’on à l’interface (Fig. 17A). La différence entre énergies incidente et
appelle l’atténuation de l’onde. Cette atténuation a pour origine réfléchie est transmise sous forme d’une onde réfractée se propa-
les interactions entre l’onde et le milieu de propagation. geant dans une direction bien définie. Les directions des ondes
Une onde ultrasonore, d’intensité acoustique incidente (I0 ), acoustiques, incidente, réfléchie et transmise, obéissent aux lois
interagissant avec un tissu homogène, voit son intensité trans- de Snell-Descartes, identiques à celles des ondes lumineuses. On
mise, I(x), après traversée d’une épaisseur (x), diminuer au cours définit les facteurs de réflexion (R) et de transmission (T) comme
de sa propagation selon la loi exponentielle : I(x) = I0 exp (–␮x). les rapports, respectivement, de l’énergie réfléchie sur l’énergie
Le paramètre ␮ est appelé coefficient linéaire d’atténuation. Il incidente et de l’énergie transmise sur l’énergie incidente. Ces
dépend des propriétés mécaniques (élasticité, densité et viscosité) facteurs en énergie dépendent, d’une façon générale, des angles
du tissu, et augmente avec la fréquence de l’onde ultrasonore, d’incidence, de réflexion et de transmission que font les fais-
entraînant une diminution de l’intensité transmise. L’énergie ceaux, incident, réfléchi et transmis, par rapport à la normale,
contenue dans une onde ultrasonore se propageant dans un à l’interface, mais aussi des impédances acoustiques des deux
milieu homogène est donc exponentiellement décroissante, et milieux formant l’interface. En échographie, seule la réflexion
décroît d’autant plus vite que la fréquence de l’onde est élevée. normale, c’est-à-dire obtenue avec un faisceau incident faisant un
Dans la plupart des calculs d’atténuation, on est amené à angle de 90◦ par rapport à l’interface, est utile puisque l’onde réflé-
comparer deux intensités, comme par exemple, I0 et I(x). On chie doit nécessairement revenir vers l’émetteur, qui joue alors le
utilise alors le rapport I0 /I(x) que l’on exprime dans une unité rôle de récepteur. Dans ces conditions, les facteurs de réflexion et
particulière, le décibel, pour caractériser l’atténuation de l’onde de transmission à une interface plane s’expriment, simplement et
à l’aide du coefficient ␣ défini ci-après : ␣ = 10 (1/x) log (I0 /I[x]) uniquement en fonction des impédances acoustiques (Z1 et Z2 )
est le coefficient d’atténuation exprimé en décibel par unité de des deux milieux formant l’interface [1] : R = ([Z1 – Z2 ]/[Z1 + Z2 ])2 et
longueur traversée. Une relation simple (␣ = 10␮/2,3) relie alors T = 1 – R.
le coefficient d’atténuation linéaire au coefficient d’atténuation Quelques exemples numériques permettent de fixer les idées.
exprimé en décibel par unité de longueur. La Figure 16 pré- Il convient de calculer les facteurs de réflexion aux interfaces
sente les valeurs du rapport ␣/F en fonction de F pour différents suivantes : « tissu mou–air » (Rtm/a ) pour illustrer la barrière intes-
tissus. On peut remarquer que le coefficient d’atténuation tinale, « tissu mou–squelette » (Rtm/os ) pour illustrer la barrière
moyen pour les tissus mous est de l’ordre de 0,5 à 1 dB/cm à osseuse et « tissu mou–tissu mou » (Rtm/tm ) pour illustrer l’interface
1 MHz. séparant un organe mou comme par exemple le rein, des tissus
Lors de la propagation de l’onde ultrasonore dans les tissus, avoisinants comme la graisse périrénale.
l’atténuation du faisceau ne permet pas de comparer la réponse En utilisant les valeurs des impédances acoustiques données
acoustique de deux cibles identiques, chacune située à des profon- par le Tableau 1, pour l’air : Zair = 4.102 kg.m−2 .s−1 (ou Rayleigh),
deurs différentes. Les intensités acoustiques arrivant sur ces deux les tissus mous moyens (identique à celle de l’eau) : Ztm = 1,5.106
cibles sont différentes, et donc les réponses de ces deux cibles sont Rayleigh, l’os : Zos = 5.106 (Rayleigh), le parenchyme rénal :
également différentes. C’est la raison pour laquelle une amplifi- Zpr = 1,62.106 (Rayleigh), et la graisse périrénale : Zg = 1,38.106
cation du signal reçu par la sonde, fonction de la profondeur à (Rayleigh), les facteurs de réflexion à ces interfaces ont pour
laquelle les échos sont générés, est indispensable. L’écho donné valeurs : Rtm/a = 0,999 ; Rtm/os = 0,30 ; Rtm/tm = 0,01.
par la cible la plus profonde doit être plus amplifié que l’écho Ces différentes valeurs montrent que :
donné par la cible la plus superficielle afin que les deux réponses • la barrière intestinale réfléchit 99,9 % de l’énergie incidente et
soient identiques. est pratiquement infranchissable par les ondes acoustiques ;

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(i)
(r)

αi αr
S >> λ
(1) Z1 S Onde diffusée

I0 a
(2) Z2
Z1 = ρ1.c1
αt (t) Z2 = ρ2.c2
Obstacle

Onde incidente plane


A B C
Onde transmise Figure 17.
A. Réflexion d’une onde ultrasonore incidente (i) à une interface (S) séparant deux milieux (1 et 2). r : onde réfléchie ; t :
onde transmise.
B. Diffusion d’une onde ultrasonore incidente plane par un petit obstacle.
C. Onde diffusée.
D. Onde transmise.

• le squelette réfléchit 30 % de l’énergie incidente et, comme Absorption


toutes interfaces très réfléchissantes, est à l’origine d’ombres
Le troisième et dernier mécanisme d’interaction entre une
acoustiques ;
onde ultrasonore et les tissus biologiques est l’absorption par
• et très peu d’énergie est réfléchie par une interface de type « tissu
les tissus traversés d’une partie de l’énergie contenue dans
mou–tissu–mou ». Mais, ce sont ces interfaces de type « tissu
l’onde incidente. Le phénomène d’absorption correspond à une
mou–tissu–mou » qui contribuent à l’image échographique.
dégradation de l’énergie mécanique contenue dans l’onde ultra-
De plus, l’avantage d’un faible facteur de réflexion permet
sonore en énergie thermique qui est alors dissipée dans le
à l’intensité transmise, alors suffisamment élevée, d’interagir
milieu. L’absorption a deux origines : la viscosité des tissus et
avec les tissus situés plus en profondeur.
les réactions chimiques d’équilibre présentes dans l’organisme.
C’est ce qu’on appelle, respectivement, l’absorption par relaxa-
tion visqueuse et l’absorption par relaxation chimique. Une
Diffusion des conséquences du phénomène d’absorption est une éléva-
Le deuxième mécanisme d’interaction entre une onde ultra- tion de la température du milieu. Celle-ci est proportionnelle
sonore et les tissus est la diffusion des ultrasons. La diffusion se au coefficient d’absorption du milieu et à l’intensité ultrasonore
produit lors de l’interaction entre une onde de longueur d’onde ␭ incidente.
et un petit obstacle de dimension : a < ␭. Du fait de la présence Au final, la réflexion et la diffusion sont les mécanismes
même de l’obstacle sur le trajet de l’onde incidente, celui-ci vibre d’interaction nécessaires à la formation du signal échographique
et réémet dans toutes les directions de l’espace une fraction de et donc de l’image échographique, la réflexion donnant schéma-
l’énergie contenue dans l’onde incidente. Dans le cas d’un obs- tiquement l’image du contour des organes et la diffusion l’image
tacle très petit devant la longueur d’onde (Fig. 17B), la réémission de la structure interne de ceux-ci. L’absorption, en revanche, ne
est isotrope et le rapport de l’intensité diffusée sur l’intensité inci- contribue absolument pas au signal échographique, et participe
dente, Id /I0 , est donné par la loi de Rayleigh [4] : Id /I0 = k a6 F4 même à sa dégradation.
où F est la fréquence de l’onde et k est un coefficient de pro-
portionnalité qui dépend à la fois des propriétés mécaniques de
l’obstacle et du milieu environnant ainsi que de l’angle que fait
la direction de l’onde diffusée par rapport à la direction de l’onde  Formation de l’image
incidente.
La loi de Rayleigh, qui peut schématiquement être utilisée
échographique conventionnelle
ici pour évaluer l’intensité ultrasonore renvoyée vers la sonde, et traitements
montre que l’intensité diffusée par un centre diffuseur est d’autant
plus importante que la fréquence ultrasonore utilisée est élevée et L’image échographique est une image des propriétés méca-
que les dimensions de l’obstacle sont grandes (mais tout en res- niques d’une tranche de tissu dont la position et l’épaisseur sont
tant petites devant la longueur d’onde). En pratique, la diffusion déterminées, respectivement, par le plan de balayage du champ
ultrasonore se produit avec des obstacles tels que les hétérogénéi- ultrasonore, donc par la position de la sonde, et par les caracté-
tés cellulaires ou les microvaisseaux formant la structure interne ristiques géométriques du faisceau, notamment ses dimensions.
des organes, les globules rouges ou leurs agrégats, les microcalci- Une image échographique est donc caractéristique des proprié-
fications. La diffusion explique, notamment, pourquoi certaines tés de réflectivité d’une tranche de tissu, moyennées selon son
microcalcifications, donc de très petites dimensions, contenues épaisseur.
par exemple dans un rein, un foie ou une vésicule biliaire, ne L’image échographique conventionnelle est obtenue à l’aide du
sont pas suivies d’une ombre acoustique (cf. « Sémiologie écho- mode échographique B (B comme brillance), associé à un balayage
graphique élémentaire et artefacts »). du champ acoustique. Auparavant, il faut présenter le mode écho-
Cette distinction entre réflexion donnée par un gros obstacle graphique A (A comme amplitude), premier mode à avoir été
et diffusion donnée par un petit obstacle se veut volontairement utilisé en pratique et qui ne l’est plus actuellement, mais qui
schématique et a pour objectif de comprendre la formation de est à la base du mode B et qui permet de comprendre comment
l’image échographique. En pratique, des obstacles de toutes les est formé le signal. Les autres modes échographiques sont vues
tailles existent dans l’organisme et sont visualisés. ensuite.

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de Rayleigh, s’il s’agit d’une diffusion, ou par les lois de Snell-

“ Point fort Descartes, s’il s’agit d’une réflexion. La durée (t), qui s’écoule entre
l’émission de l’impulsion ultrasonore et l’apparition du pic aux
bornes de la sonde et qui correspond au temps aller–retour que
met l’onde pour parcourir deux fois la distance sonde–obstacle
Principales techniques ultrasonores utilisées en
(2p), permet de connaître l’éloignement (p) de l’obstacle par rap-
diagnostic port au transducteur, en considérant la vitesse de propagation
• En exploration tissulaire : l’échographie convention- moyenne des ultrasons dans les tissus mous (cmoy .) comme cons-
nelle, l’imagerie harmonique, l’échographie 3D/4D, tante : p = cmoy .t/2.
l’élastographie et le Doppler tissulaire. L’échographe mesure donc le temps (t) et présente l’onde réflé-
• En exploration vasculaire : les modes Doppler continu/ chie par l’obstacle sous forme d’un écho situé sur l’axe de la
pulsé, le mode Doppler couleur et le mode Doppler puis- sonde à la distance (p) de celle-ci. La Figure 19A présente un
sance/énergie. exemple d’écho mode A, obtenu aux bornes de la sonde après
réflexion de l’onde incidente sur une interface plane, et qui est
en fait le signal HF redressé et filtré (cf. infra). La Figure 19B
présente, quant à elle, un exemple de mode échographique A
obtenu in vivo après redressement et filtrage du signal HF (cf.
 Signal échographique « Redressement–filtrage »).
Le mode échographique B (Fig. 18) est la représentation, tou-
mode A/mode B/balayage jours dans l’axe de la sonde, du signal A sous forme d’un mode
du champ ultrasonore « brillance », en fonction du temps (t), ou bien, ce qui revient au
même, en fonction de la profondeur de pénétration. L’amplitude
Le mode échographique A (Fig. 18) est le signal électrique des échos module l’intensité du faisceau d’électrons arrivant sur
obtenu aux bornes de la sonde au retour de l’impulsion ultra- l’écran pour former les points « images » dont la brillance est direc-
sonore, détecté (c’est-à-dire redressé et filtré) et présenté sous tement représentative de l’amplitude du mode A. Un déplacement
forme de son amplitude en fonction du temps. Le signal écho- (ou balayage) manuel ou automatique du faisceau ultrasonore
graphique est le reflet de l’onde de pression, réfléchie ou diffusée dans un plan suffit ensuite à faire l’image de la tranche de tissu
par les obstacles situés sur l’axe de la sonde, et qui revient sur correspondante. La ligne C (Fig. 18) montre comment l’image
elle. La réponse à un obstacle ponctuel ou à une interface a la échographique mode B est obtenue à partir du mode A et d’un
forme d’un pic (ou écho) dont l’amplitude est donnée par la loi balayage plan parallèle du champ ultrasonore.

Sonde Obstacle
Mode A

Mode B Temps aller–retour τ

A B
Balayage Image Figure 18. Principe de la formation de l’image à partir du signal échogra-
phique : mode A (A) mode B (B) ; balayage linéaire du champ ultrasonore pour
former l’image mode B (C).

Profondeur = c τ /2
C

A B
Figure 19.
A. Comparaison entre signal haute fréquence (HF) (2) et signal démodulé (mode A) (1) d’un écho obtenu par réflexion à une interface plane (la démodulation
du signal HF consiste en un redressement–filtrage pour ne garder que l’enveloppe).
B. Exemple in vivo d’un signal en mode échographique A.

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35-000-C-10  Bases physiques et technologiques de l’échographie ultrasonore

Au début de l’échographie, le balayage du champ ultrasonore par la structure interne des organes, qu’aux échos provenant de
était manuel n’utilisant qu’une monosonde. La sonde était la réflexion donnée par le contour de ceux-ci.
déplacée manuellement à la surface de la peau. Ce balayage
ne pouvait qu’être lent, et il devait obligatoirement être asso- Mémoires d’image/conversion
cié à une fonction « mémoire d’image » de la machine qui analogique–numérique
enregistrait les informations mode B analogiques, au fur et à
mesure qu’elles apparaissaient sur l’écran. Actuellement, toutes Les premières mémoires utilisées étaient des mémoires analo-
les machines commercialisées sont appelées « temps réel », car giques enregistrant, au tout début de l’échographie, le signal en
elles présentent les images formées à une vitesse rapide, compa- « tout ou rien » puis en niveaux de gris. Les mémoires utilisées
rable à celle du standard vidéo, de façon à obtenir des séquences aujourd’hui sont des mémoires numériques. Elles sont capables de
d’images. Les images échographiques sont ainsi formées d’un cer- stocker un grand nombre de niveaux de gris et peuvent effectuer ce
tain nombre de lignes mode B de répartition spatiale différente qu’on appelle une « conversion de balayage », indispensable pour
selon les sondes. La formation d’une image d’environ 100 lignes présenter sur un écran vidéo dont le balayage se fait parallèlement,
sur 25 cm de profondeur doit s’effectuer en quelques dizaines de ligne par ligne, une image échographique obtenue à l’aide d’un
millisecondes et impose un balayage rapide, mécanique ou élec- balayage sectoriel du champ ultrasonore. Ces mémoires numé-
tronique, du champ ultrasonore à l’aide, le plus souvent, de sondes riques sont devenues peu onéreuses.
multitransducteurs. La conversion analogique–numérique du signal échographique
est réalisée plus ou moins précocement avant la mise en mémoire
de l’information, dès le recueil du signal à la sortie de la sonde
Traitements du signal échographique ou une fois les prétraitements effectués. Ces mémoires peuvent
être simplement représentées par une matrice de cellules élémen-
Les différents traitements du signal échographique décrits taires (ou pixel) à 2D, dont l’adresse informatique est donnée par
peuvent être effectués dans un ordre différent, d’un appareil à les coordonnées de l’écho à représenter, et dont le contenu est
l’autre. On peut distinguer les prétraitements (preprocessing) inter- l’information en mode binaire de l’amplitude de l’écho. Chaque
venant avant la mise en mémoire du signal échographique et amplitude est codée en octets de n bits de précision. Un codage
les post-traitements (postprocessing) intervenant après la mise en sur, par exemple, 64 niveaux (26 ) est fait sur 6 bits.
mémoire du signal échographique.
Traitements de gris
Redressement–filtrage
Une fois amplifié correctement, le signal échographique dont
Le signal électrique délivré par la sonde à l’échographe, et la dynamique maximum est de l’ordre de 40 dB (rapport
témoin du signal acoustique renvoyé par les tissus et modulé en d’amplitude 100 entre l’amplitude maximale et l’amplitude mini-
amplitude par ceux-ci, est un signal HF appelé radiofréquence, et male des échos détectés) doit être visualisé sur un écran vidéo à
dont la fréquence de la porteuse est la fréquence de résonance l’aide d’un signal lumineux dont la dynamique est de l’ordre de 15
de la sonde. Ce signal est alors détecté, c’est-à-dire, redressé puis à 20 dB (environ 15 à 20 niveaux de gris entre le noir et le blanc).
filtré (Fig. 19A), pour donner les signaux échographiques mode A Cette adaptation de dynamique peut se faire de façon linéaire, par
puis mode B, unidirectionnels que l’on connaît et qui sont utilisés compression régulière du signal échographique en signal lumi-
pour obtenir l’image échographique. neux, à l’aide d’une courbe dite « de contraste linéaire ». Mais la
courbe de contraste peut aussi être sigmoïde, et permettre alors de
Amplifications contraster plus les échos dans une tranche d’amplitudes données.
Afin de pouvoir représenter correctement l’image des tissus,
la visualiser et l’interpréter, plusieurs traitements sont indispen-
Autres traitements
sables : l’amplification en profondeur et l’amplification globale Afin d’augmenter artificiellement le nombre de lignes for-
du signal échographique réglables par l’utilisateur, ainsi que mant une image pour l’adoucir, une interpolation linéaire peut
l’amplification logarithmique imposée par la construction de être faite entre deux lignes échographiques vraies successives.
l’appareil. Chaque image comporte alors autant de lignes vraies que de lignes
L’amplification en profondeur a pour rôle de compenser interpolées. Par ailleurs, l’agrandissement (ou zoom) de l’image
l’atténuation en profondeur du faisceau ultrasonore de façon à ce permettant d’agrandir la zone explorée est possible sur toutes les
que deux cibles identiques situées à des profondeurs différentes machines commercialisées.
donnent naissance à deux échos identiques. Le signal échogra-
phique reçu par la sonde passe alors par un amplificateur dont le
gain augmente exponentiellement en fonction du temps que met  Autres techniques ultrasonores
l’impulsion à parcourir son trajet, ou bien, ce qui revient au même,
en fonction de la profondeur d’exploration. Lorsque le gain est
À côté de l’imagerie échographique noir et blanc convention-
correctement réglé, le signal sortant de l’amplificateur ne dépend
nelle, d’autres techniques ultrasonores ont été développées durant
plus de la position des cibles dans les tissus et est indépendant
ces 10 à 15 dernières années afin de faciliter, améliorer et augmen-
de la profondeur. Le signal entrant est plus amplifié lorsqu’il pro-
ter l’information provenant des tissus.
vient de la profondeur que de la surface. Le gain de l’amplificateur
en profondeur est réglable manuellement par l’utilisateur selon
l’importance de l’atténuation par les tissus, à l’aide d’un ou de Imagerie harmonique
plusieurs potentiomètres.
L’amplification globale a pour rôle d’amplifier tous les échos L’imagerie harmonique est fondée sur le fait que les signaux
d’un même facteur, quelle que soit leur origine, de façon à pouvoir échographiques provenant des tissus contiennent des fréquences
les visualiser correctement à l’aide de niveaux de gris. Le gain de situées autour de la fréquence nominale de la sonde, mais éga-
l’amplificateur global est également réglable manuellement. lement autour des fréquences multiples ou « harmoniques » (en
L’amplification logarithmique a pour rôle d’amplifier les échos particulier de la fréquence double) de cette fréquence d’émission.
de façon logarithmique, c’est-à-dire d’amplifier plus les échos de En effet, du fait des propriétés non linéaires des tissus, les signaux
faible amplitude que les échos de forte amplitude. L’amplitude revenant sur la sonde contiennent, d’une part, une composante
du signal sortant de l’amplificateur logarithmique est le loga- linéaire prédominant autour de la fréquence d’émission, utili-
rithme de l’amplitude du signal entrant. De cette façon, les sée pour construire l’image échographique conventionnelle et,
échos de faible amplitude, donnés par exemple par diffusion, d’autre part, une composante non linéaire provenant de la distor-
sont plus amplifiés que les échos de forte amplitude, donnés par sion du signal acoustique lors de sa propagation dans les tissus,
réflexion. C’est un moyen d’accorder sur l’image échographique située notamment autour de la fréquence double de la fréquence
plus d’importance aux échos provenant de la diffusion donnée d’émission, utilisée pour construire l’image harmonique [5, 6] .

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Filtrage en fréquence
Intensité
Fréquence
fondamentale F0

Impulsion 1
Fréquence
harmonique 2F0
Impulsion 2
inversée

Somme
des signaux
Fréquence (MHz)
Écho provenant Écho provenant
Bande passante
d'un milieu linéaire d'un milieu non linéaire
de la sonde
A B
Intensité Intensité Imagerie harmonique différentielle
Spectre sans inversion Spectre avec inversion Intensité

Fréquence Fréquence
fondamentale harmonique 2F0
F0 Fréquence Spectre
Fréquence
harmonique d’émission
fondamentale
2F0 F0

Fréquence (MHz) Fréquence (MHz)


Bande passante Bande passante F1 F2 Fréquence (MHz)
de la sonde de la sonde
C D E
Figure 20.
Intensité
A. Imagerie harmonique par filtrage en fréquence : seule la composante harmo-
nique du signal est conservée.
B à D. Imagerie harmonique par inversion de phase : après addition des réponses,
Spectre de réception les composantes linéaires du signal faisant suite aux deux impulsions se com-
pensent, et seule reste la composante non linéaire qui se traduit sur le spectre par
une composante harmonique amplifiée.
E, F. Imagerie harmonique différentielle : une impulsion à double fréquence (F1 ,
F2 ) est émise ; le signal reçu contient les fréquences 2F1 , 2F2 , F2 – F1 et F1 + F2 ;
seules les fréquences les plus basses (F2 – F1 et 2F1 ) sont contenues dans la bande
passante de la sonde.

F2 - F1 2F1 F2 F1 + F2
Bande passante Fréquence (MHz)
de la sonde
F

Plusieurs méthodes d’imagerie harmonique ont été développées développée plus récemment [9] . Avec cette méthode, deux impul-
ces dernières années. La première méthode [7] , la plus ancienne, sions ultrasonores sont émises simultanément autour de deux
utilise le filtrage en fréquence du signal revenant sur la sonde fréquences différentes (F1 et F2 ). Après interaction avec les tis-
de façon à éliminer les fréquences situées autour du pic donné sus, le spectre en fréquences du signal reçu contient plusieurs pics
par la fréquence fondamentale (F0 ), et ne conserver que les fré- (F2 – F1 , 2F1 , F1 + F2 , 2F2 ) bien découplés les uns des autres pour
quences situées autour du double de la fréquence d’émission des fréquences F1 et F2 correctement choisies (Fig. 20F). Seuls les
(2F0 ou seconde harmonique) (Fig. 20A). De cette façon, seule la deux pics F2 – F1 et 2F1 sont détectés dans la bande passante de
seconde harmonique sert à construire l’image échographique. La la sonde. L’image échographique est alors construite en utilisant
seconde méthode développée par la suite [8] , dite par « inversion l’harmonique 2F1 . L’imagerie harmonique différentielle est recon-
de phase », consiste à émettre deux impulsions successives, la nue pour associer les avantages de l’échographie conventionnelle
seconde impulsion étant inversée de 180◦ par rapport à la pre- et de l’imagerie harmonique conventionnelle.
mière, puis à additionner les deux réponses provenant des tissus Les avantages de l’imagerie harmonique par rapport à l’imagerie
(Fig. 20B). La deuxième réponse est également inversée par rap- échographique conventionnelle sont :
port à la première et elle diffère quelque peu de l’autre du fait des • une amélioration du rapport signal/bruit ;
propriétés non linéaires des tissus. De cette façon, la composante • une prépondérance des harmoniques au centre du faisceau
linéaire portée par la fréquence d’émission est éliminée, et seule conduisant à une autofocalisation et donc à une amélioration
la composante non linéaire portée par la seconde harmonique de la résolution latérale ;
est conservée pour construire l’image. Une troisième méthode, • et une amélioration de la résolution longitudinale puisque
connue sous le nom d’« imagerie harmonique différentielle », a été l’image est obtenue à plus HF [10] .

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A B
Figure 21. Comparaison entre images échographiques conventionnelle (A) et harmonique (B) par inversion de phase (flèches), pour une prostate (reproduit
avec l’aimable autorisation de GE France).

A B C D
Figure 22. Acquisitions en trois dimensions à l’aide de sondes convention-
nelles ou dédiées en une dimension. Sondes à balayage manuel (A), à balayage
mécanique (B), à balayage électronique (C), pyramidal rotationnel (D), dédiées
matricielles deux dimensions à balayage électronique (E).

L’imagerie harmonique, proposée sur la quasi-majorité des matricielles dédiées (2D) comportant jusqu’à plusieurs milliers
échographes actuels, est une technique prenant de plus en plus de transducteurs et pouvant générer directement des présen-
d’importance dans le domaine de l’imagerie ultrasonore. La tations 3D en temps quasi-réel (4D). Bien que l’utilisation de
Figure 21 présente un exemple d’images échographiques conven- sondes 2D produisant des images 3D soit la plus commode, cette
tionnelle et harmonique par inversion de phase. technologie est encore coûteuse. La majorité des échographes 3D
actuels utilisent donc la première approche.
Pour les sondes conventionnelles 1D (Fig. 22A à D), le balayage
Imagerie en trois/quatre dimensions des plans de coupe se fait automatiquement de façon mécanique,
L’imagerie échographique 3D/quatre dimensions (4D) est ou manuellement à vitesse constante mais de façon suffisam-
une imagerie mode B qui nécessite, dans un premier temps, ment précise pour pouvoir donner des images reconstruites 3D
l’acquisition du signal échographique, ligne par ligne, pro- fidèles. Dans le cas d’un balayage manuel, celui-ci peut être couplé
venant de tout un volume tissulaire et, dans un deuxième à l’utilisation de capteurs fixés sur la sonde (capteurs à ultra-
temps, la reconstruction et la présentation 3D des informations sons, à infrarouges, à champ électromagnétique) permettant une
échographiques appartenant à ce volume à partir des données connaissance exacte de sa position et de son orientation. Le rendu
obtenues [11, 12] . 3D se fait alors grâce à des logiciels spécifiques soit par présen-
L’acquisition volumique 3D/4D utilise deux types de sondes tation d’images 2D multiples, orthogonales les unes par rapport
différentes, soit des sondes conventionnelles (1D) donnant des aux autres ou parallèles (mode de visualisation permettant à
Images 2D qui sont ensuite reconstruites en présentation 3D l’utilisateur d’obtenir des plans de coupes sagittal, axial et coro-
(statiques ou dynamiques en temps différé), soit des sondes nal ou impossibles à obtenir en échographie 2D) (Fig. 23A), soit

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A B
Figure 23. Présentation d’images en trois dimensions.
A. À l’aide de multiplans orthogonaux.
B. À l’aide d’un rendu volumique après extraction de surfaces (fœtus) (reproduit avec l’aimable autorisation de Siemens http://www.healthcare.siemens.com/
ultrasound/clinical-media).

par rendu volumique après extraction de surfaces (Fig. 23B), soit mouvement. La différence de fréquences (F0 – Fd = FD ) est appelée
par rendu en mode « transparence » (probablement le moins inté- fréquence Doppler et est affectée des signes plus ou moins selon
ressant car de qualité médiocre), soit par rendu en mode Doppler la direction de l’écoulement. Lorsque l’émetteur de l’onde et le
couleur. Dans le cas des sondes dédiées, composées d’un réseau 2D récepteur sont situés au même endroit, comme dans le cas des
de petits transducteurs juxtaposés (Fig. 22E), le balayage du champ explorations ultrasonores, un double effet Doppler, à l’émission
ultrasonore dans les 2D de l’espace est obtenu électroniquement et à la réception, se produit et FD est donnée par l’expression [14] :
et la présentation des informations 3D se fait de la même façon FD /F0 = 2 v/c cos ␪ où c est la célérité moyenne des ondes ultraso-
que précédemment, l’intérêt supplémentaire étant une visuali- nores dans le milieu.
sation en temps quasi-réel alors que les sondes 1D présentent le La mesure de la fréquence Doppler ainsi que la connaissance
mouvement en temps différé. Le rendu volumique après extrac- de l’angle d’incidence permettent de déduire la vitesse du flux
tion de surfaces a plus de succès pour les structures anatomiques sanguin (v) sachant que la fréquence d’émission (F0 ) et la célé-
solides, entourées de liquide, telles que le fœtus entouré du liquide rité des ultrasons (c) sont connues. On peut noter que si l’angle
amniotique. ␪ est égal à 90◦ , il n’y a pas d’effet Doppler. Il faut donc toujours
Par ailleurs, à côté des techniques d’imagerie 3D/4D que l’on s’arranger pour que la direction du faisceau d’ultrasons ne soit
vient de décrire, il faut signaler la technique fly through déve- pas perpendiculaire à la direction de l’écoulement, rendant alors
loppée récemment, qui conduit virtuellement l’opérateur dans impossible le calcul de vitesse. Par ailleurs, le débit du sang dans les
un volume de données pour explorer en 3D et de l’intérieur les vaisseaux suffisamment gros peut également être évalué à l’aide
cavités naturelles, notamment les conduits et les vaisseaux [13] . de l’équation de continuité (débit = section × vitesse), la section
Cette technique, comparable à une endoscopie virtuelle, permet pouvant être mesurée par échographie. De plus, les fréquences
d’étudier la structure des parois, en particulier les zones de sté- Doppler données par les écoulements étudiés chez l’homme sont
nose. L’information est présentée différemment par rapport aux dans le domaine des fréquences audibles (20 Hz < FD < 20 kHz).
données de surfaces planes obtenues en imagerie 3D/4D. Une sortie audio des fréquences Doppler, en plus de la courbe
des vitesses en fonction du temps, est donc systématique.
Plusieurs modes Doppler ont été successivement développés : le
Mode temps–mouvement mode Doppler à émission continue, le mode Doppler à émission
pulsée, l’imagerie Doppler couleur et l’imagerie Doppler puissance
Le mode temps–mouvement (TM) permet de suivre le mouve- (ou énergie) pour l’exploration vasculaire, et le mode Doppler
ment des structures mobiles selon la direction d’exploration. Il tissulaire couleur essentiellement pour l’exploration cardiaque.
utilise un seul transducteur, celui d’une monosonde, ou un des Toutes ces techniques permettent de mesurer et de présenter sous
transducteurs d’une sonde 1D d’appareil en temps réel. Le mode forme de courbe, en fonction du temps, la vitesse d’écoulement
échographique B ainsi obtenu dans l’axe du faisceau est visualisé du sang dans les vaisseaux, et de faire des images du sang circulant
en fonction du temps (Fig. 24). L’avantage du mode TM est qu’il et même des tissus en mouvement.
permet de mieux apprécier les structures en mouvement, et de
calculer notamment les vitesses de déplacement. Il est essentiel-
lement utilisé pour l’exploration cardiaque.
Élastographie
Imageries Doppler L’étude des propriétés viscoélastiques des tissus mous à l’origine
d’effets non linéaires soulève de plus en plus d’intérêt dans le
Les techniques Doppler sont exposées par ailleurs, et seules les domaine de l’imagerie médicale. En effet, l’existence de diffé-
bases physiques sont reprises ici. L’effet Doppler est le change- rences significatives dans la réponse de certains tissus, normaux et
ment de fréquence que subit une onde renvoyée par un obstacle pathologiques, à des stimulations mécaniques a permis de déve-
en mouvement [14] . Les globules rouges, se déplaçant à la vitesse lopper depuis quelques années des techniques d’imagerie de leurs
(v) et recevant une onde ultrasonore incidente de fréquence (F0 ), propriétés élastiques.
réémettent l’onde à une fréquence (Fd ) qui dépend à la fois de Sur le plan physique, l’élastographie a pour but de faire une
sa vitesse de déplacement propre et de l’angle (␪) que fait la image, déjà qualitative mais surtout quantitative du module de
direction de propagation de l’onde incidente avec la direction du Young (E) (ou module de rigidité), paramètre physique reflétant la

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Figure 24. Mode échographique « temps–


mouvement » (TM) sur le cœur (A) (flèches)
direction du tir visualisée sur l’image (B)
mode TM.

A B

rigidité d’un solide. Dans le cas des tissus biologiques, cette tech- Dans ces conditions et d’une façon générale, la déformation du
nique a deux avantages : d’une part, E présentant une variation milieu qui fait suite à la vibration se propage dans le tissu selon
importante d’un tissu à l’autre, cela en fait un marqueur idéal de deux modes, le mode de compression et le mode de cisaillement.
leurs propriétés mécaniques et, d’autre part, la valeur de E reflète C’est le mode de cisaillement qui√est utilisé pour estimer la rigidité,
quantitativement la sensation du clinicien à la palpation. sa vitesse de déplacement : c = ␮/␳ (avec ␳ la masse volumique
Deux types de déformations élémentaires permettent du milieu) étant suivie par échographie afin de mesurer indirec-
d’expliquer d’une façon générale la déformation des milieux tement le module de Young (cf. supra).
élastiques et donc leur rigidité : la compression (changement Les tissus biologiques mous se comportent différemment selon
de volume sans changement de forme) qui est caractérisée par la fréquence de vibration de la déformation qui les traverse. Aux
le module de compression K et le cisaillement (changement fréquences élevées, seules les ondes de compression se propagent
de forme sans changement de volume) qui est caractérisé par de façon significative, les ondes de cisaillement étant très vite
le module de cisaillement ␮. Le module de Young du milieu atténuées. Leur vitesse de propagation ne dépend alors que du
s’exprime alors en fonction des deux modules de compres- module de compression qui n’est pas simplement relié au module
sion et de cisaillement : E = 9K␮/(3K + ␮) ≈ 3␮ avec K ≈ 109 Pa ; de Young (E = 9K␮/(3K + ␮) ≈ 3␮), et elle ne permet donc pas de
␮ ≈ 103 –107 Pa. le quantifier. En revanche, aux basses fréquences, les ondes de
Pour estimer le module de Young d’un tissu, toutes les tech- cisaillement peuvent se propager (en plus des ondes de compres-
niques d’élastographie reposent sur le même principe : une sion) et leur vitesse de propagation qui dépend uniquement du
contrainte mécanique est appliquée au tissu et le mouvement module de cisaillement
√ permet alors d’accéder au module de rigi-
résultant est détecté puis analysé. On distingue schématique- dité de Young (c = ␮/␳).
ment deux types de méthodes utilisant les ultrasons, les méthodes De plus, lors du passage d’une onde de vibration, le déplace-
statiques ou quasi statiques et les méthodes dynamiques [15, 16] . ment d’un tissu sain par rapport à un tissu pathologique est plus
Certaines sont seulement qualitatives et les autres quantitatives. important pour un cisaillement que pour une compression. En
Dans le cas de l’élastographie quasi statique [17] , une contrainte effet, le module de cisaillement peut varier de 1 à 30 entre un tissu
mécanique externe (␴) est appliquée au tissu, par exemple manuel- sain et un tissu pathologique, alors que le module de compression
lement à l’aide d’une sonde échographique (Fig. 25A, B). Le ne varie que de quelques pourcents.
déplacement du tissu (␧) est alors estimé par comparaison ou La double condition permettant alors d’estimer par ultrasons le
corrélation entre images ultrasonores successives. Mais la loi de module de rigidité est donc de provoquer des déformations dues
Hooke : ␴ = E␧ qui relie, dans un milieu purement élastique, la aux ondes de cisaillement et de ne considérer que des vibrations
contrainte au déplacement via le module de Young ne permet pas basses fréquences (50 Hz à 500 Hz).
d’accéder à E puisque la contrainte est inconnue. Cette technique, Parmi les différentes méthodes d’élastographie dynamique
simple à mettre en œuvre mais peu reproductible, ne permet donc développées, celles qui semblent les plus marquantes sont évo-
pas de quantifier le module de Young, et seul le déplacement quées. Une des premières est l’élastographie transitoire 1D [19] . Un
est imagé (élastogramme). Néanmoins, initialement implémentée piston fixé sur une monosonde ultrasonore envoie dans le milieu
sur plusieurs appareils commerciaux, elle donne des informations une petite impulsion mécanique basse fréquence qui génère à
indirectes sur la rigidité du milieu et a été validée essentielle- la fois des ondes de compression et de cisaillement. Le déplace-
ment pour les organes superficiels tels que la thyroïde et le sein ment du milieu, selon la direction de tir, est suivi par corrélations.
(Fig. 25C, D) [18] . Par détection de la phase de l’onde à différentes profondeurs,
L’élastographie dynamique utilise des ondes transverses. Une on en déduit la vitesse de phase de l’onde de cisaillement et
contrainte mécanique oscillante continue (à basse fréquence de donc √ une estimation du module de Young (E = 9K␮/(3K + ␮) ≈ 3␮
vibration, environ 50 Hz) ou une courte impulsion de contrainte et c = ␮/␳). Ce dispositif, connu sous le nom de Fibroscan® (Echo-
contenant également des basses fréquences est imposée au tissu. sens, France), permettant la quantification du module de Young

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Après
compression
Avant
compression

σ
ε

A B C
Figure 25. Élastographie statique : avant (A) et après (B) compression, une contrainte mécanique
est exercée par la sonde sur les tissus ; le déplacement des tissus, estimé par comparaison ou corré-
lation entre images échographiques, est imagé. Carcinome mammaire : image conventionnelle (C).
Carcinome mammaire : image de strain (D) (http://www.ultrasoundcases.info/).

en un petit volume donné de l’organe (ou région d’intérêt), est d’onde de choc) dans lequel les sources vibrantes se déplacent
utilisé notamment dans l’évaluation des maladies chroniques du plus rapidement que l’onde de cisaillement, créant ainsi un front
foie [20] . d’onde transverse BF quasi plan se propageant perpendiculaire-
Une deuxième technique d’élastographie dynamique, plus ment à la direction de tir (Supersonic ShearWave) (Fig. 26A). Ce
ancienne, est la sonoélastographie, développée par plusieurs type d’émission permet de séparer l’onde de compression, qui se
groupes de chercheurs [6] , et qui fait intervenir des vibrations propage rapidement, de l’onde de cisaillement, plus lente. Dans
mécaniques continues de basse fréquence. Un vibrateur est fixé une deuxième étape, la détection et le suivi dans le temps de
sur une barrette de transducteurs afin de générer une onde de ces ondes de cisaillement ainsi générées sont effectués à l’aide
cisaillement quasi plane. Le déplacement des tissus est détecté par d’un dispositif ultrasonore ultrarapide (Ultrafast Imaging, de 5000
détection Doppler et l’amplitude du déplacement est présentée sur à 20 000 images par seconde) et permettent, grâce à la même
l’image échographique (2D) en surbrillance, par exemple à l’aide barrette, de reconstruire par échographie en temps réel et par
d’un code en couleur. Cette méthode soulève de nombreux pro- intercorrélation entre images successives la propagation de l’onde
blèmes, en particulier la présence d’interactions entre les ondes de de cisaillement dans le milieu. Par inversion de l’équation d’onde,
compression et les ondes de cisaillement émises par le vibrateur, il est enfin possible, lors d’une troisième étape, de calculer la
ce qui perturbe la mesure de la vitesse des ondes de cisaillement vitesse de déplacement de l’onde de cisaillement, et ainsi de
et ne permet pas la quantification du module de Young. remonter au module de Young pour obtenir une cartographie
Une troisième méthode, très prometteuse, l’élastographie quantitative du module de rigidité du tissu. La Figure 26B pré-
impulsionnelle, initiée par Catheline [21] puis reprise, développée sente des mesures localisées du module de Young sur une prostate
et améliorée par l’équipe de Gennisson [22] et commercialisée par où la région avec un module de faible valeur est représentée en
SuperSonic Imagine (France), opère en trois temps. Dans une bleu et celle avec un module de valeur élevée est représentée en
première étape, l’utilisation de la force de radiation acoustique rouge. De nombreux organes tels que le foie, le sein, la thyroïde,
(ARFI) [23] crée une onde transverse dans le milieu. Des impul- le système cardiovasculaire, la prostate et même l’œil ont déjà été
sions successives de pression basse fréquence (ajustable entre 10 explorés par élastographie impulsionnelle [24, 25] .
et 500 Hz), délivrées de cette façon par la face avant de la sonde Les différentes techniques d’élastographie, validées en clinique,
ultrasonore, sont appliquées au milieu et focalisées à différentes permettent déjà d’évaluer de façon non invasive, sur l’image écho-
profondeurs. Les ondes sphériques ainsi créées par les sources graphique, la dureté de lésions comme les nodules bénins et
secondaires au niveau des différentes zones focales interfèrent et malins, la fibrose ou les plaques d’athérome, mais également de
génèrent un cône d’ondes supersoniques (identique à un cône quantifier la rigidité des tissus en unités absolues (kPa).

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35-000-C-10  Bases physiques et technologiques de l’échographie ultrasonore

Cône d’onde de choc


Densitométrie ultrasonore
La densitométrie osseuse ultrasonore regroupe un ensemble de
Sonde
ultrasonore techniques permettant d’évaluer la résistance du squelette et de
prédire le risque de fracture.
En échographie conventionnelle, les méthodes développées
pour les tissus mous ne sont pas adaptées à l’étude de l’os car
celui-ci réfléchit et absorbe les ondes ultrasonores. Certaines tech-
Impulsion niques acoustiques, adaptées à l’os, permettent tout de même de
de pression mesurer leurs propriétés mécaniques telles que la vitesse de propa-
gation et l’atténuation des ultrasons. Ces propriétés, intéressantes
car reliées à la densité et à la résistance de l’os, sont utilisées pour
Front de l’onde
de cisaillement prédire le risque de fracture.
Le principe de la densitométrie osseuse ultrasonore repose sur la
A transmission d’une onde ultrasonore de basse fréquence (250 kHz
à 1,25 MHz selon la technique utilisée et le site de mesure) à travers
Formation ultrarapide de l’image
l’os ou le long de sa surface corticale. Deux transducteurs, un émet-
Plan de teur et un récepteur, sont alors disposés de part et d’autre du site
balayage osseux choisi (transmission transverse), ou le long de sa surface
des ondes (transmission axiale). Il s’agit donc de mesures par transmission
ultrasonores contrairement aux autres applications diagnostiques ultrasonores
qui fonctionnent en réflexion [26–28] .
La mesure par transmission transverse s’applique surtout
aux petits os périphériques comme l’astragale au niveau du
talon ou les os des extrémités au niveau des phalanges. La
mesure de l’atténuation se fait en fonction de la fréquence
ultrasonore par comparaison du spectre de transmission à tra-
vers l’os avec le spectre de transmission à travers un milieu
de référence d’atténuation connue, habituellement l’eau. Les
B spectres sont calculés par transformée de Fourier des signaux
ultrasonores transmis, l’atténuation en fonction de la fré-
quence s’exprimant simplement comme le rapport des spectres
d’amplitude. L’atténuation dans l’os, qui varie de façon sensible-
ment linéaire avec la fréquence, est alors donnée par la pente
de la droite de régression de l’atténuation en fonction de la fré-
quence. La mesure de la vitesse de propagation est par ailleurs
obtenue simplement par mesure du temps de vol à travers l’os.
Ainsi, une image de ces paramètres peut être alors obtenue par
mesures locales lors d’un balayage du faisceau d’ultrasons.
La technique par transmission axiale exploite le phénomène
de réfraction à angle critique qui se produit lorsqu’une onde
incidente passe d’un milieu de vitesse de propagation c1 à un
milieu de vitesse de propagation c2 supérieur à c1 . C’est ce qui
se produit lorsqu’une onde ultrasonore est transmise dans l’os à
partir d’un émetteur situé à la surface de la peau (c1 = 1500 m/s ;
c2 = 4000 m/s). Une série de récepteurs est disposée à la surface de
la peau et enregistre le passage de l’onde réfractée, excitée à l’angle
critique ␪ (défini par sin ␪ = c1 /c2 ) se propageant dans l’os le long de
sa surface à la vitesse c2 . Tant que l’épaisseur de l’os est plus grande
que la longueur d’onde des ondes de compression se propageant
dans l’os, l’onde latérale est le premier signal détecté. La mesure
de la vitesse de propagation c2 permet de caractériser l’état de l’os,
la vitesse diminuant lorsque la densité de l’os diminue et la poro-
sité augmente. L’avantage d’un tel dispositif est de permettre une
évaluation multi-sites et donc l’examen de sites osseux difficiles
d’accès pour les mesures par transmission transverse.
L’ostéoporose est une maladie diffuse du squelette caractérisée
par une masse osseuse abaissée et une altération de la microar-
chitecture du tissu osseux conduisant à une fragilisation osseuse
C et une susceptibilité accrue aux fractures. D’introduction rela-
tivement récente, les méthodes ultrasonores voient leur place
Figure 26.
croître régulièrement dans cette maladie à côté des techniques
A. Cône d’onde de choc. Création par pression de radiation d’impulsions
classiques d’évaluation comme l’absorption des rayons X [27] . En
successives d’ondes ultrasonores focalisées. Mise en mouvement de
effet, il s’agit d’une technique au coût modéré, n’irradiant pas les
sources secondaires qui interfèrent et génèrent un cône d’ondes superso-
tissus et aux résultats prometteurs même si l’ostéodensitométrie à
niques créant un front d’ondes de cisaillement.
rayon X reste, à l’heure actuelle, l’examen de référence permettant
B. Formation ultrarapide de l’image. Détection et suivi dans le temps des
d’établir le diagnostic de l’ostéoporose.
ondes de cisaillement par un dispositif d’imagerie ultrarapide permettant
ainsi d’accéder à la vitesse de propagation de l’onde de cisaillement
C. Image de la prostate obtenue par élastographie impulsionnelle avec
mesures ponctuelles du module de Young (reproduit avec l’aimable auto- Produits de contraste
risation de SuperSonic Imagine, France).
La nécessité d’utiliser des agents de contraste en ultrasonolo-
gie a longtemps paru inutile, car l’échographie est une technique
atraumatique et de réalisation facile. Pourtant, le concept de

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puissances acoustiques, illustrant ainsi les séquences spécifiques.


Pression Un index mécanique (IM) (pression maximum de raréfaction en
accoustique MPa divisée par la racine carré de la fréquence en MHz) [6] supé-
rieur à 0,2 entraîne l’éclatement des bulles.
Pour une faible puissance acoustique et après injection de pro-
duit de contraste, la Figure 29A illustre une hyperéchogénicité
du sang dans la carotide primitive par rapport à l’échogénicité
du caillot intravasculaire, entraînant ainsi une inversion de
contraste. Par ailleurs, la Figure 29B montre un exemple de paren-
chymographie du foie avec des lésions hypoéchogènes au sein du
tissu hépatique hyperéchogène.
Dans certains cas, de brèves séquences à forte puissance acous-
Diamètre
tique (dites « flash ») détruisant les bulles suivies de séquences à
des bulles faible puissance permettant une recirculation progressive du pro-
duit de contraste dans son état normal permettent de donner des
informations fonctionnelles qualitatives sur l’irrigation des tissus,
notamment sur le myocarde.
Mais des informations quantitatives de l’intensité du signal en
Figure 27. Variation du diamètre des bulles soumises à l’influence d’une fonction du temps, sous forme de courbes, peuvent aussi être obte-
faible pression acoustique. nues dans certaines régions d’intérêt (myocarde, cortex rénal ou
veines sus-hépatiques) de façon à extraire et quantifier différents
paramètres physiques objectifs : délai d’apparition du contraste,
rehaussement du contraste au moyen d’agents pharmaceutiques pic de rehaussement, pente de décroissance du signal, aire sous la
s’est révélé très intéressant, initialement dans le domaine de courbe, temps de transit moyen.
l’imagerie vasculaire puis, par la suite, dans l’analyse du paren- Les perspectives de l’imagerie ultrasonore avec produits de
chyme. Le besoin d’agents de contraste s’est peu à peu développé contraste, outre les améliorations concernant le renforcement
et l’efficacité de ces produits s’est progressivement améliorée. prolongé du contraste, le développement d’outils de quantifi-
La méthodologie et les applications cliniques des produits de cation ou l’utilisation en imagerie fonctionnelle, sont surtout
contraste sont exposées par ailleurs [29] . Seules sont rappelées ici tournées vers leur utilisation thérapeutique. Les bulles conte-
les techniques physiques intéressantes pour ce type d’explorations nant un médicament viennent se fixer spécifiquement sur le site
qui devraient prendre encore de plus en plus d’importance dans cible. Une impulsion de puissance ultrasonore élevée induit alors
l’avenir. l’éclatement des bulles et provoque la diffusion sur place du pro-
Deux approches peuvent être utilisées en pratique : l’injection duit thérapeutique.
d’agents de contraste, soit demeurant dans le système vascu-
laire, soit s’accumulant dans certains organes, entraînant alors
une modification des propriétés physiques des tissus. Le prin-  Image échographique
cipal effet utilisé par la majorité des produits de contraste, qui
se présentent actuellement sous forme de microbulles de gaz Facteurs de qualité
encapsulés (air ou gaz perfluorocarboné), est, d’une part, qu’ils
restent dans le compartiment vasculaire et, d’autre part, qu’ils La qualité d’une image échographique dépend à la fois des
augmentent l’intensité ultrasonore rétrodiffusée. Les agents de résolutions spatiales et du rapport signal/bruit ou résolution en
contraste doivent avoir une taille suffisamment petite pour pou- amplitude fournis par la machine. C’est en fait la sonde échogra-
voir franchir le lit pulmonaire et arriver dans le cœur gauche et phique qui est le facteur limitant ces résolutions. Il existe enfin
la grande circulation ainsi qu’une distribution de taille la plus un autre type de résolution qui limite la qualité de l’information
monodisperse possible pour atteindre électivement leur cible. La échographique, c’est la résolution temporelle.
durée de vie des microbulles d’air étant très courte (environ 0,25 s),
leur encapsulation à l’intérieur de coques protectrices glucidiques, Résolution spatiale
protéiques ou lipidiques a permis de l’augmenter. De plus, la spé- C’est la qualité que possède l’appareil à pouvoir distinguer
cificité de certains de ces produits à se fixer sur le parenchyme l’image de deux points objets séparés dans l’espace. Elle est alors
leur confère un intérêt tout particulier. Enfin, un progrès impor- caractérisée par la distance minimale qui sépare les deux points
tant relatif au rehaussement du contraste a été l’utilisation des objets pour pouvoir séparer leurs images. Il existe en fait trois
propriétés non linéaires de ces agents, permettant ainsi de faire résolutions spatiales : une résolution en profondeur, axiale ou lon-
de l’imagerie harmonique. Les principales indications de leur uti- gitudinale, et une ou deux résolutions latérales selon les sondes.
lisation sont l’augmentation de la sensibilité en mode Doppler, un
rehaussement du parenchyme de certains organes (lésions focales Résolution en profondeur
hépatiques, lésions rénales ou myocardiques, etc.) et l’étude de C’est la distance minimum qui sépare deux points objets situés
leur disparition des organes par imagerie fonctionnelle. dans l’axe du faisceau (Fig. 30A). Elle dépend de la durée de
Cependant, lorsque l’on utilise des produits de contraste, il est l’impulsion ultrasonore émise, c’est-à-dire de la fréquence de
important de connaître les conditions d’utilisation des machines, résonance et de l’amortissement de la sonde. La résolution en
en particulier la puissance acoustique délivrée, afin de déterminer profondeur est améliorée par l’utilisation de sondes hautes fré-
la séquence spécifique de visualisation la plus informative. Une quences et bien amorties. Elle est en général de l’ordre de 0,5 à 2
faible puissance acoustique émise ne provoque pas d’effets non ou 3 mm selon la fréquence.
linéaires et l’image obtenue à la fréquence nominale du capteur Première résolution latérale
est celle des microbulles se surajoutant à l’image échographique
On l’oublie souvent, elle est liée à l’épaisseur de la coupe ana-
des tissus. La Figure 27 montre schématiquement la variation
tomique définie par le balayage du champ ultrasonore. En effet,
de la taille des bulles dans un tel champ acoustique. Lorsque la
deux points objets, situés tous les deux à la même distance de la
puissance acoustique augmente de façon modérée, les effets non
sonde dans l’épaisseur de la coupe, ne peuvent pas être distingués.
linéaires apparaissent sans altérer les bulles. L’image est obtenue
à deux fois la fréquence nominale de la sonde et est une image Deuxième résolution latérale
harmonique des bulles et des tissus. Enfin, pour une puissance Elle permet de séparer deux points objets, situés dans le plan
acoustique encore plus importante, il y a destruction des bulles par de coupe et dans la direction perpendiculaire à la direction de
les ultrasons et l’image obtenue est une image non linéaire des tis- propagation des ultrasons (Fig. 30B). Ces deux dernières résolu-
sus sans rehaussement dû aux bulles qui ont disparu. La Figure 28 tions dépendent de la largeur du faisceau ultrasonore, et donc de
présente schématiquement l’état des bulles pour ces différentes sa focalisation. Dans le cas des sondes à balayage électronique,

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Figure 28. Modifications schématiques du comportement des bulles


avec l’intensité acoustique ; au-delà d’un indice mécanique de 0,2, la
bulle est détruite (A à C).
A. Résonance de faible puissance.
B. Vibrations harmoniques : échographes commerciaux
(100 mW/cm2 )
C. Rupture de la paroi : impulsion de forte puissance (1 W/cm2 et
plus).

Rupture de la paroi
(impulsion de forte
Vibrations harmoniques puissance
Résonance (échographes commerciaux
faible puissance 1 W/cm2 et plus)
100 mW/cm2)
A B C

A B
Figure 29. Hyperéchogénicité du sang due au produit de contraste dans la
carotide primitive par rapport à l’échogénicité du caillot intravasculaire (A). Méta-
stases hypovasculaires (flèches) après injection de produit de contraste (B) par
rapport aux images hypervasculaires avant injection de produit de contraste (C).

ces deux résolutions latérales peuvent être différentes puisqu’elles Tout utilisateur d’échographe souhaiterait avoir une tache
dépendent des dimensions géométriques, longueur et largeur, focale de largeur la plus petite possible sur la plus grande pro-
des transducteurs à section rectangulaire utilisés. Dans le cas des fondeur de champ possible, de façon à obtenir la meilleure
sondes à balayage mécanique utilisant des transducteurs cylin- focalisation sur la plus grande distance possible. Mais les expres-
driques, une seule résolution latérale est définie puisqu’il existe sions l ≈ ␭ (f/D)2 et d ≈ ␭ (f/D) montrent qu’en jouant sur
une symétrie de révolution autour de l’axe du transducteur. Cette l’ouverture de la sonde (D), ou sur la distance focale (f), il est
résolution latérale est de l’ordre de 2 à 3 mm. impossible que la résolution latérale et la profondeur de champ
La focalisation du champ acoustique est donc indispensable soient toutes deux les meilleures possibles. Un compromis sur le
pour améliorer les résolutions latérales. Elle permet la concentra- choix de la distance focale et l’ouverture de la sonde est alors
tion de l’énergie acoustique émise (ou reçue) dans un petit volume nécessaire.
de l’espace pour que les réponses venant des points situés dans
cette région soient plus facilement détectables. Cette région est
Résolution en amplitude
appelée « tache ou zone focale » (Fig. 31). On la caractérise par sa
longueur (l) et son diamètre (d), qui, dans le cas d’un transduc- Le second facteur de qualité de l’image échographique est
teur cylindrique, sont donnés par : l ≈ ␭ (f/D)2 et d ≈ ␭ (f/D). D est la résolution en amplitude, donnée par le rapport signal/bruit
l’ouverture du transducteur, et f est la distance focale, c’est-à-dire ou dynamique. Plus la dynamique du signal échographique est
la distance du centre de la tache focale à la sonde. élevée, plus la quantité d’information stockée sur l’image est

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Figure 30. Images de deux points objets obte-


nues à l’aide de sondes à bonne et mauvaise
résolution longitudinale (A) (axiale ou en profon-
deur) ; à bonne et mauvaise résolution latérale
(B).

Bonne résolution

Bonne résolution
Mauvaise résolution

Mauvaise résolution
Résolution longitudinale
A Résolution latérale B

Lentille Points objets

D d

Images mode A

f
40 dB
λ (f/D)2 : longueur de la zone focale
d λ (f/D) d : diamètre de la zone focale
D : diamètre de l’émetteur
f : distance focale
λ : longueur d’onde ultrasonore
Figure 31. Définition de la zone focale d’une sonde cylindrique focali-
sée.

importante. Habituellement, la dynamique de la sonde est de


l’ordre de 20 dB et limite celle du signal échographique (100–120
dB) pouvant être visualisé. Il faut savoir aussi que le rapport Figure 32. Échos en mode A donnés par deux points objets de diffé-
signal/bruit dépend de la bande passante en fréquence de la sonde. rence de dynamique 40 dB.
D’une part, le rapport S/B est maximal pour une fréquence égale
à la fréquence de résonance propre du transducteur et décroît
lorsque celle-ci s’en éloigne et, d’autre part, S/B est plus faible
pour une sonde amortie que pour une sonde peu amortie. D’autres
d’images, sans qu’il y ait perte d’information. Actuellement, pour
facteurs comme le filtrage du signal ou le nombre de niveaux
la plupart des applications de l’échographie, les images « temps
mémoires influent également sur la dynamique du signal, mais
réel » peuvent être construites à une fréquence allant jusqu’à 25 Hz
à un moindre degré. Enfin, du fait de l’amplification en profon-
(soit 25 images/s). Cela signifie qu’à cette fréquence, une sonde de
deur d’environ 70 dB des échos provenant de la profondeur par
100 transducteurs est capable d’explorer la dynamique de la plu-
rapport à ceux provenant de la surface, la dynamique du signal
part des tissus jusqu’à environ 25 cm en profondeur. Seul, en fait,
servant à construire l’image échographique ne dépasse pas 40 dB,
le système cardiovasculaire entraîne chez l’homme des mouve-
c’est-à-dire, un rapport 100 entre les amplitudes du plus grand et
ments du cœur et des déplacements du sang et des vaisseaux plus
du plus petit écho que peut détecter la sonde (Fig. 32).
rapides. Pour que le mouvement des valves cardiaques d’un cœur
battant à 60 pulsations par minute (60 Hz) soit correctement « vu »
Résolution temporelle en échographie sans perte d’information, le théorème de Shan-
La résolution temporelle d’un échographe est le temps mini- non dit qu’il faudrait monter à une fréquence image de 120 Hz
mum qui sépare deux images successives, lors d’une séquence (soit 120 images/s).

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“ Point fort
Principaux choix et réglages d’un échographe
• Le choix de la sonde : 1
◦ la fréquence de travail dépend de la position des tissus
explorés (tissus superficiels : hautes fréquences ; tissus
profonds : basses fréquences) ; 2
◦ la forme de l’image (rectangulaire ou sectorielle)
dépend de l’organe exploré ;
◦ le type de balayage (mécanique ou électronique)
dépend avant tout de la forme d’image souhaitée.
• La puissance d’émission : l’augmentation de la
puissance d’émission permet d’améliorer le rapport
signal/bruit.
• L’amplification : l’augmentation du grain global
Figure 33. Sémiologie échographique élémentaire : tissu hépatique
entraîne une augmentation du signal sur toute la pro- échogène (solide) (1), vésicule biliaire anchogène (liquide) (2).
fondeur explorée mais également du bruit électronique ;
l’augmentation du gain en profondeur entraîne une Mais il existe parfois des tissus de structure très fine comme les
augmentation progressive du signal avec la profondeur collections sanguines qui donnent naissance à de la diffusion
d’exploration mais également du bruit. ultrasonore et qui se présentent comme anéchogènes pour les
• La focalisation : la position et la longueur des zones basses fréquences (par exemple 3,5 MHz) alors qu’ils sont écho-
focales dépendent des régions explorées. gènes à fréquence plus élevée (par exemple 5,0 MHz). Un moyen
• La profondeur d’exploration dépend de l’organe de faire véritablement la différence entre tissu liquide, donc non
échogène, et tissu solide, donc échogène, est d’utiliser des sondes
exploré mais une augmentation de la profondeur
de fréquences croissantes, la non-échogénicité persistant pour les
d’exploration peut se faire au détriment de la fréquence liquides purs à fréquences plus élevées.
image. À côté du caractère échogène ou non des tissus visualisés,
• L’agrandissement de l’image (ou zoom) permet une d’autres signes sont spécifiques à l’échographie.
exploration plus fine des tissus explorés.
• Les courbes de contraste permettent d’améliorer le Ombre acoustique
contraste de l’image de la région explorée et donc une Le cône d’ombre acoustique qui reflète l’absence de signal se
analyse plus fine des niveaux de gris. retrouve en arrière des interfaces de dimensions suffisamment
grandes et très réfléchissantes. L’énergie ultrasonore incidente est
réfléchie par de telles interfaces en quasi-totalité, et la fraction
d’énergie transmise est beaucoup plus faible, voire quasiment
Sémiologie échographique élémentaire nulle, par rapport à celle se propageant de part et d’autre de la
et artefacts structure. Ainsi, l’intensité ultrasonore revenant sur la sonde et
provenant des tissus situés en arrière de l’interface est très faible
La connaissance des interactions entre une onde acoustique par rapport à l’intensité provenant des tissus situés de part et
et les tissus biologiques permet de comprendre la sémiologie d’autre de la structure. Ce type d’interface donne ainsi une image
élémentaire rencontrée en échographie et de faire la différence d’ombre acoustique en arrière d’elle. En revanche, l’interface
entre un tissu liquide et un tissu solide. réfléchissante apparaît très intense et épaissie. Un exemple carac-
téristique est l’ombre acoustique en arrière de la base du crâne
fœtal (Fig. 34). Mais certaines calcifications (lithiases, plaques

“ Point fort
Sémiologie échographique et artefacts
• La sémiologie échographique de base renseigne sur
l’échogénicité des tissus (présence de liquides et de tis-
sus solides) et la géométrie des organes (forme, contour
et dimensions des organes).
• Les artefacts sont liés à la différence de propriétés méca-
niques ou géométriques entre tissus et à la technologie
utilisée.

On distingue schématiquement dans l’organisme les tissus ané-


chogènes et les tissus échogènes (Fig. 33). Le tissu anéchogène est

*
celui qui ne donne pas d’échos sur l’image, c’est-à-dire celui qui
a une structure que l’on peut considérer comme homogène vis-à-
vis de la longueur d’onde ultrasonore utilisée. Le tissu échogène
génère des échos. Mais cette distinction entre tissus anéchogène
et échogène est parfois difficile à faire, car elle peut dépendre
de certains paramètres technologiques. La non-échogénicité ou
l’échogénicité d’un tissu que l’on doit définir par rapport à une
longueur d’onde dépend de la fréquence ultrasonore utilisée. Figure 34. Ombre acoustique (astérisque) en arrière d’une structure
Lorsque le tissu considéré est un liquide pur, il est anéchogène. réfléchissante comme une structure osseuse (têtes de flèches).

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interagit avec l’interface suivante située plus en profondeur. Une


fraction de l’énergie transmise arrivant sur cette deuxième inter-
face est alors aussi réfléchie pour revenir vers la sonde et ainsi
de suite. Au final, la sonde reçoit successivement dans le temps
un premier écho, provenant de l’onde réfléchie par la première
interface puis un deuxième écho provenant de l’onde réfléchie
par la deuxième interface, puis un troisième écho faisant suite à
une double réflexion entre les deux interfaces puis d’autres échos
provenant de trois, voire quatre réflexions entre les mêmes inter-
faces. Chacun des échos arrivant sur la sonde est décalé par rapport
au précédent d’un retard 2e/c, e étant la distance qui sépare les
deux interfaces. Ces échos de répétition sont reconnaissables car
ils sont parallèles entre eux, équidistants les uns des autres sur
l’image, et vont en s’atténuant de la surface vers la profondeur.
On les retrouve souvent dans la vessie, donnés par la paroi anté-
rieure de celle-ci, ou au niveau de l’abdomen, donnés par les anses
intestinales (Fig. 36A).
Figure 35. Renforcement postérieur en arrière d’une structure peu Les échos de réverbération sont à rapprocher des échos de répé-
échogène comme une masse liquide. tition. Ils sont dus à des réflexions multiples de l’onde ultrasonore
entre au moins deux interfaces réfléchissantes, proches l’une de
l’autre, et situées en profondeur. Un excellent exemple est donné
vasculaires) de très petites dimensions, donnant de la diffusion, par ce qu’on appelle l’image en « queue de comète » (Fig. 36B).
peuvent ne pas être à l’origine d’ombres acoustiques, comme on
l’a déjà précisé. Image en miroir
L’image en miroir peut apparaître lorsque deux structures réflé-
Renforcement postérieur
chissantes sont positionnées à proximité l’une de l’autre, devant
Le renforcement postérieur peut être analysé comme le phé- la sonde, chacune pouvant réfléchir le faisceau vers l’autre. Par
nomène inverse du cône d’ombre acoustique. Si l’on considère exemple (Fig. 37A), un angiome, situé dans le foie à côté du dia-
une structure anatomique moins atténuante que les tissus avoi- phragme, est éclairé à la fois par une onde arrivant directement de
sinants, l’intensité ultrasonore incidente traversant la structure la sonde (od), et par une onde arrivant aussi de la sonde, mais indi-
et transmise en arrière est plus importante que l’intensité pas- rectement (oi), après réflexion sur le diaphragme. Au retour des
sant sur les côtés. L’énergie renvoyée par les tissus situés juste en échos, l’angiome est vu par le faisceau qui revient directement sur
arrière de la structure est ainsi plus importante que celle renvoyée la sonde et qui donne alors la position exacte de la tumeur, mais
par les tissus situés de part et d’autre. Le renforcement postérieur aussi par le faisceau revenant indirectement après réflexion sur
est souvent présent en arrière des cavités liquides dont le coeffi- le diaphragme. Dans ce dernier cas, l’angiome est considéré lors
cient d’atténuation est plus faible que celui des tissus avoisinants de son repositionnement dans l’image comme s’il était situé sur
(Fig. 35). l’axe du transducteur recevant le signal, à une profondeur donnée
Ensuite, un certain nombre d’artefacts liés à la différence des par le temps aller–retour que mettent les ultrasons pour parcourir
propriétés mécaniques ou géométriques des tissus peuvent être la distance entre la sonde et l’angiome, via le diaphragme. Une
distingués. fausse image de l’angiome (image en miroir) est ainsi visible, de
l’autre côté du diaphragme de façon symétrique à la précédente
Échos de répétitions (Fig. 37B).
Les échos de répétition se produisent lorsque l’onde ultrasonore
incidente traverse, perpendiculairement, deux interfaces paral- Cône d’ombre des parois latérales
lèles et réfléchissantes. À chaque interface franchie, une fraction L’interaction entre une onde ultrasonore et les bords laté-
de l’énergie incidente est transmise et une fraction est réfléchie. raux d’une structure tissulaire, arrondie et réfléchissante, entraîne
Après traversée de la première interface par l’onde incidente, une déflection du faisceau transmis (Fig. 38). L’onde acoustique
l’onde réfléchie revient vers la sonde alors que l’onde transmise n’arrive pas sur les tissus situés dans le cône, sommet de la paroi

A B
Figure 36.
A. Échos de répétition (têtes de flèches) : exemple donné au niveau d’une anse intestinale. Air (flèche).
B. Cas particulier d’échos de répétition entre interfaces réfléchissantes très proches, situées en profondeur : image en queue de comète.

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Barrette

(od)

(oi) Diaphragme
Angiome

Image en miroir

A B
Figure 37.
A. Image en miroir : principe de formation.
B. Image en miroir (flèche) : exemple donné par un angiome hépatique.

Figure 38. Cônes d’ombre dus aux parois latérales (flèche) d’une struc-
ture arrondie et réfléchissante comme un crane fœtal.
Figure 39. Déformation (flèche) de l’image due à la célérité des ultra-
sons différente d’une région à l’autre ; décrochement du diaphragme en
latérale, ouvert vers la profondeur, et ne peut donc pas interagir arrière de la structure hyperéchogène donnée par un myélolipome sur-
avec les tissus situés à cet endroit pour en faire leur image. rénalien dans lequel la célérité des ultrasons est plus faible que dans les
tissus mous avoisinants (reproduit avec l’aimable autorisation du Doc-
Effet de déformation teur D. Thoumas, Rouen). La célérité dans les tissus mous avoisinants est
La déformation de l’image par différences de célérités d’un tissu considérée par le constructeur de l’appareil comme la valeur de référence
à l’autre se rencontre lorsque le faisceau ultrasonore traverse deux pour reconstruire l’image.
régions tissulaires juxtaposées ayant des célérités différentes. C’est
ce que l’on peut retrouver, par exemple, sur une coupe de foie
lorsqu’une partie de celui-ci comporte du tissu graisseux dans lement sur les côtés, dans des lobes secondaires. À la réception,
lequel la célérité est plus faible que dans les tissus avoisinants. l’image échographique est construite comme si tous les échos
Le diaphragme, situé en arrière, apparaît alors avec un décroche- reçus par la sonde provenaient des tissus situés sur l’axe de celle-
ment à cause du calibrage de la célérité des ultrasons considérée ci, dans le lobe principal. Ainsi, les lobes secondaires peuvent
par le constructeur de l’échographe comme constante et comme tout de même détecter des échos très réfléchissants et les reposi-
étant la célérité moyenne dans les tissus (Fig. 39). tionnent dans l’image comme s’ils provenaient du lobe principal.
Enfin, certains autres artefacts sont liés à la technologie utilisée. Ils forment alors une fausse interface réfléchissante, se superpo-
sant à l’image réelle (Fig. 40).
Effet des lobes secondaires
Les lobes secondaires du champ acoustique sont habituellement Effet de volume partiel
à l’origine d’artefacts impossibles à totalement éliminer. Ces arte- L’image échographique est celle d’une coupe de tissu d’épaisseur
facts sont retrouvés avec tous les types de sondes, mais surtout donnée. Parfois, dans l’épaisseur de la coupe, des structures diffé-
avec les barrettes. À l’émission, l’énergie acoustique se propage rentes peuvent se juxtaposer : une structure solide et une structure
principalement devant la sonde, dans le lobe principal, mais éga- liquide se situant à la même distance de la sonde. On retrouve

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Sonde

Lobe
secondaire

Lobe principal

O1 I1
Lobe secondaire

I2

O2
Diaphragme
B
Figure 40. Fausse image due aux lobes secondaires.
A. Principe de formation : le diaphragme est vu à la fois par le lobe principal et les lobes secondaires situés de part et d‘autre du lobe principal, ce qui donne
pour chaque transducteur de la sonde un point image vrai (I) et deux points images artefactuels (I1 et I2 ), donnés par les deux points objets (O1 et O2 ).
B. Exemple donné par le diaphragme. Image donnée par le lobe principal (tête de flèche) et images données par les lobes secondaires (flèches).

techniques pluridisciplinaires et surtout opérateur-dépendantes,


devant être pratiquées par des médecins bien formés et compé-
tents. Dans le futur, des évolutions technologiques importantes
sont à prévoir dans le domaine des sondes utilisant de nouveaux
capteurs dont l’impédance acoustique se rapproche de celles des
tissus. Les agents de contraste devraient aussi être développés pour
des applications spécifiques comme l’étude de la perfusion tissu-
laire. De gros efforts de recherche sont en cours dont l’objectif est
d’utiliser ces microbulles pour transporter des molécules à visée
thérapeutique. Celles-ci pourraient être délivrées localement en
brisant les microbulles par un champ ultrasonore. Enfin, la carac-
térisation tissulaire in vivo devrait être également un domaine
d’investigation fondamental pour l’avenir. Au final, les recherches
en cours sur l’imagerie 3D en temps réel, la miniaturisation des
capteurs, la caractérisation tissulaire par élastographie et la théra-
pie par ultrasons ouvrent des voies nouvelles au développement
des applications médicales.

Figure 41. Dans l’épaisseur de la coupe échographique, se trouvent à Déclaration d’intérêts : l’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts en rela-
égale distance à la fois de la sonde, des tissus solide et liquide ; on retrouve tion avec cet article.
sur l’image échographique des échos artefactuels à l’intérieur de l’image
du liquide. Effet de volume (flèches).
 Références
alors, sur l’image échographique formée, les images des structures [1] Wells PN. Biomedical ultrasonics. New York: Academic Press; 1977.
solide et liquide à la même distance de la sonde. Ainsi, des échos [2] Curie P, Curie J. Contractions et dilatations produites par des tensions
provenant du tissu solide se retrouvent à l’intérieur de la structure électriques dans les cristaux hémièdres à faces inclinées. Comptes ren-
liquide (Fig. 41). dus de l’Académie des sciences, vol. XCIII, séance du 26 décembre
1881. p. 1137.
[3] Mason WP. Piezoelectricity, its history and applications. J Acoust Soc
 Conclusion [4]
Am 1981;70:1561.
Rayleigh JW. The theory of sound. New York: Dover Publications;
1945.
Au final, depuis le début de l’utilisation des ultrasons dans [5] Duck FA. Nonlinear acoustics in diagnostic ultrasound. Ultrasound
le domaine médical, des progrès très spectaculaires ont été réa- Med Biol 2002;28:1–8.
lisés, notamment ces dernières années. Actuellement, chacun [6] Szabo TL. Diagnostic ultrasound imaging: inside out. New York:
s’accorde à dire que les techniques échographiques sont relati- Elsevier-Academic Press; 2004.
vement simples, atraumatiques, peu coûteuses, devant souvent [7] Tranquart F, Grenier N, Eder V, Pourcelot L. Clinical use of ultrasound
être utilisées en première intention, et permettant d’explorer aussi tissue harmonic imaging. Ultrasound Med Biol 1999;25:889–94.
bien les organes solides, en dehors du squelette et du poumon, [8] Rosenthal SJ, Jones PH, Wetzel LH. Phase Inversion Tissue Harmo-
que l’écoulement du sang dans les vaisseaux. Ces techniques sont nic Sonographic imaging: a clinical utility study. AJR Am Roentgenol
donc d’une aide précieuse au diagnostic médical, sans pour cela 2001;176:1393–8.
donner systématiquement des diagnostics de certitude. En effet, [9] Chiou SY, Forsberg F, Fox TB, Needleman L. Comparing differential
il faut faire extrêmement attention et être très vigilant quant tissue harmonic imaging with tissue harmonic and fundamental gray
aux résultats qu’elles pourraient parfois apporter, car il s’agit de scale imaging of the liver. J Ultrasound Med 2007;26:1557–63.

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M. Boynard ([email protected]).
MAP5, Université René-Descartes, 45, rue des Saints-Pères, 75270 Paris cedex 06, France.

Toute référence à cet article doit porter la mention : Boynard M. Bases physiques et technologiques de l’échographie ultrasonore. EMC - Radiologie et imagerie
médicale - principes et technique - radioprotection 2015;10(1):1-28 [Article 35-000-C-10].

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