Le professeur Rachid HAMDI
Par Rachid Elhaddaouy
Année universitaire : 2022-2023
III. Principes de la phonologie fonctionnelle
1.Commutation, permutation et identification
La phonologie procède à l'étude et au classement des faits phoniques relatifs à une langue, en établissant partout une
hiérarchie fonctionnelle, fondée sur le rôle ou la valeur de chaque élément dans la langue à l'étude.
Selon P. MARTIN « la phonologie a pour tâche de dégager ces unités au moyen de la commutation, puis de les
identifier et de les classer selon leur rôle oppositif dans chaque langue. Ces unités constituent le support essentiel de la
communication. »
P. MARTIN, « Manuel de Phonologie fonctionnelle », P. 9
❖ L'analyse fonctionnelle phonématique est basée sur les techniques de substitution et de commutation, pour
déterminer le système phonologique. Des sons différents sont considérés comme des phonèmes différents si et
seulement si, dans le même contexte phonique, leur substitution change le sens du message.
À cet égard, Pierre MARTIN affirme que : « La procédure à suivre pour dégager les unités fonctionnelles est
la commutation.
❖ Il s'agit, dans un contexte donné, de la mise en correspondance d'unités ou de combinaisons d'unités, ou mieux, de la
substitution d'un élément par un autre, entrainant la réalisation d'unités significatives distinctes.
P. MARTIN, « Manuel de Phonologie fonctionnelle », P.15
❖ L’inventaire s’opère par l’épreuve de commutation. Le principe est d’extraire un élément de la chaîne, de le
substituer par un autre, sans modifier le contexte. Ceci permet de chercher en quoi un élément est différent de tous
les autres pouvant figurer à sa place.
❖ La commutation s’opère sur l’axe paradigmatique. Elle doit être distinguée de la permutation qui s’effectue sur
l’axe syntagmatique.
❖ Ce procédé permet l’identification et la distinction des unités dégagées les unes des autres : « La véritable solution
consiste à identifier les unités dégagées par commutation, non pas du fait de l'analogie de leur structure phonique
qui frappe du fait de leur comparaison deux à deux, d'une série commutative à une autre, mais sur la base des traits
distinctifs qui les distinguent des autres phonèmes d'une même série »
A. MARTINET, « La Linguistique Synchronique », P.72
✓ Par conséquent, « Nous résumerons les données en ces termes : par la commutation, nous arrivons à isoler des
unités distinctives dans des positions bien déterminées ; en français, le rapprochement des mots banc, pan, dan,
faon, dent, temps, zan, sang, gens, champ, gant, camp, lent, rang, ment, permet de distinguer 15 unités distinctives
que nous sommes tentés de noter au moyen des lettres b, p, d, f, etc. »
A. MARTINET, « La Linguistique Synchronique », P.69
2. Principe de Pertinence (A. Martinet)
❖ Le principe de pertinence est fondamental. Il permet de distinguer ce qui est essentiel, parce que distinctif, dans
chaque langue ou chaque usage, et ce qui est accessoire, c’est-à-dire déterminé par le contexte ou certaines
circonstances.
❖ À cet égard, Martinet affirme que : « Le principe de pertinence nous permet de distinguer ce qui, dans chaque
langue ou chaque usage, est essentiel parce que distinctif, et ce qui est contingent, c'est-à-dire déterminé par le
contexte ou diverses circonstances. Ce qui est essentiel et ce qui est contingent varie beaucoup d'une langue à une
autre. En français, le début de kilo et celui de courage s'articulent de façon très différente, le premier vers l'avant de
la bouche contre le palais dur, le second vers l'arrière contre le voile du palais. »
A. MARTINET, « La Linguistique Synchronique », P.45
❖ La phonologie dégage tous les faits phoniques à partir du critère de pertinence. Elle les hiérarchise selon leur
fonction dans la langue. Ainsi, le contingent ne s’impose jamais au détriment de l’essentiel.
❖ Selon Martinet : « La pertinence permet de compter le nombre de phonèmes distincts dans la langue ou l'usage
considéré, et, de ce fait, elle fonde sur des bases solides la statistique linguistique. Elle permet également de
compter le nombre de phonèmes successifs dont se compose un mot donné. »
A. MARTINET, « La Linguistique Synchronique », P. 47
❖ Décrire une langue, ce n’est pas dégager tous les traits physiques, mais dégager la pertinence. Cette dernière permet
de :
▪ Compter le nombre de phonèmes distincts dans la langue ou l’usage considéré ;
▪ Compter le nombre de phonèmes successifs dont un mot est composé. Ainsi, les locuteurs de langues
comportant des diphtongues ou des affriquées les traitent comme une seule unité sonore là où les Français
perçoivent deux sons successifs : comme dans le mot anglais flight ou espagnol mucho;
▪ Établir une hiérarchie des faits phoniques selon leur rôle dans le système.
❖ De manière générale, le principe est de dégager les caractéristiques constantes des phonèmes. Quelles sont celles qui
sont pertinentes, autrement dit qui permettent de distinguer ce phonème de tous les autres phonèmes du système.
❖ La phonologie fonctionnelle considère le terme « distinctif » comme équivalent de « pertinent ». Effectivement P.
MARTIN affirme que : « Dans l'optique fonctionnelle qui est la nôtre, lorsqu'on parle de systèmes phonologiques,
on parle nécessairement de traits pertinents. […]. Pour nous, les termes pertinent et distinctif sont synonymes. ».
P. MARTIN, « Manuel de Phonologie fonctionnelle », P.P. 55. 56
3. Classification logique des oppositions phonologiques (N. S. Troubetzkoy)
❖ Les phonèmes se caractérisent par leur capacité à s’opposer les uns aux autres par des traits que l’on appelle traits
distinctifs. Les oppositions entre les phonèmes forment un système à l’intérieur duquel il est possible d’identifier
des phénomènes de régularité, de parallélisme, qui contribuent à la cohésion de l’ensemble.
❖ Les particularités communes aux deux termes de l’opposition sont appelées, selon N. Troubetzkoy, « base de
comparaison ». Deux termes qui ne possèdent aucune particularité commune, c’est-à-dire aucune base de
comparaison, ne forment pas une opposition.
A. D’après leurs rapports avec tout le système des oppositions : Oppositions bilatérales vs oppositions
multilatérales ; oppositions proportionnelles vs oppositions isolées ; structure du système de phonèmes reposant
sur elles.
a. Oppositions bilatérales vs oppositions multilatérales
❖ Selon N. Troubetzkoy « dans les oppositions bilatérales la base de comparaison (c’est-à-dire l’ensemble des
particularités que les deux termes de l’opposition possèdent en commun) n’est propre qu’à ces deux termes et
n’apparaît dans aucun autre terme du même système. Au contraire la base de comparaison d’une opposition
multilatérale ne se limite pas exclusivement aux deux termes de l’opposition en question, mais s’étend aussi à
d’autres termes du même système. »
N.S. Troubetzkoy, « Principes de phonologie », 1986, P. 70
❖ « Il y a opposition bilatérale lorsque la base de comparaison est propre aux deux termes de l'opposition seulement.
Ainsi, en français, /k/ et /g/ sont les seules vélaires du système. Il y a opposition multilatérale dans les autres cas :
en français, /k/ et /p/ n'ont rien qui ne caractérise pas également /t/, leur base commune ne leur étant pas propre.
Les oppositions bilatérales impliquent un rapport privilégié, les oppositions multilatérales, un rapport partagé. »
P. MARTIN, « Manuel de Phonologie fonctionnelle », P.83
❖ On parle d’oppositions bilatérales quand la base de comparaison est propre aux deux segments de l’opposition
seulement. Dans ce cas, les deux segments en question constituent un rapport dit privilégié ou exclusif.
Par exemple : k/g sont les deux vélaires en français.
❖ Par contre, on parle d’oppositions multilatérales lorsque la base de comparaison se trouve ailleurs. Les segments
en question constituent donc un rapport partagé, par exemple : /p/, /t/ et /k/.
b. Oppositions proportionnelles vs oppositions isolées
✓ Oppositions proportionnelles
Selon P. MARTIN : « Dans les oppositions proportionnelles, le rapport entre les termes est identique au rapport entre
les termes d'une autre opposition du système. »
P. MARTIN, « Manuel de Phonologie fonctionnelle », P.84
❖ En français, par exemple, toute une longue série de phonèmes consonantiques s’opposent sur la base du trait de
sonorité (sourd ~ sonore).
❖ Considérons ces oppositions : p/b = t/d = k/g = f/v = s/z = ʃ/ʒ
❖ On peut dire ici que /p/ est à /b/ comme /t/ est à /d/ ; en d’autres mots, que la relation entre /p/ et /b/ est la même
que celle qui existe entre /t/ et /d/. C’est une relation proportionnelle.
❖ Bref, le système phonologique peut contenir des oppositions dites proportionnelles, parce qu’on peut les regrouper
sur la base d’un même trait distinctif.
❖ Selon A. Martinet, « Une classe de phonèmes consonantiques caractérisés par un même trait, comme / p f t s š k / en
français, qui s'ordonnent le long du chenal expiratoire est dite série ; les consonnes comme / t d n / ou /š ž /, qui
s'articulent au même point de ce chenal, et au moyen du même jeu du même organe, forment ce qu'on appelle un
ordre. On distingue, en français, entre une série sourde, une série sonore et une série nasale, entre les ordres bilabial,
labio-dental, apical, sifflant, chuintant, palatal et dorso-vélaire. Deux séries comme / p f t s š k/ et / b v d z ž g / forment
ce qu'on appelle une corrélation. Ce terme implique que chacune des deux séries n'existe en tant que telle que du fait
de l'existence de l'autre. Le trait pertinent qui distingue les deux séries s'appelle la marque. Ici la marque est la «
sonorité ».
A. MARTINET, « Eléments de Linguistique Générale », P.74
✓ Oppositions isolées
❖ Un système phonologique peut avoir des oppositions complètement isolées, c’est-à-dire des oppositions qui sont les seules
dans tout le système à reposer sur un certain trait.
❖ Pour donner un exemple d’oppositions isolées, on peut recourir aux deux liquides /ʀ/ et /l/. Le phonème /ʀ/ est nécessairement
une liquide vibrante. Dans le système des consonnes du français, il n’existe qu’une autre liquide, à savoir la latérale /l/. On dira
donc que l’opposition entre la liquide latérale et la liquide vibrante est isolée, puisqu’il n’y a évidemment aucune autre paire de
phonèmes en français qui s’opposerait sur la base d’une différence latérale ≠ vibrante.
B.Classification des oppositions d’après le rapport existant entre les termes de l’opposition : oppositions
privatives, graduelles et équipollentes.
Les oppositions phonologiques peuvent être classées sans égard du système selon dont il s’agit, mais selon des
rapports purement logiques existant entre les deux termes de l’opposition. Cela a une grande importance concernant
le fonctionnement du système des phonèmes.
Oppositions privatives :
• Les oppositions privatives sont basées sur l’absence ou la présence d’une marque, d’un même trait. Autrement
dit, deux segments sont en opposition privative lorsqu’il y a la présence d’un trait dans l’un et l’absence de ce même
trait dans l’autre segment. Par exemple : p/b
• N. Troubetzkoy affirme à ce même égard que : « les oppositions privatives sont celles dans lesquelles un des
termes de l’opposition est caractérisé par l’existence d’une marque, l’autre par l’absence de cette marque. […].
Le terme de l’opposition caractérisé par la présence de la marque s’appellera « terme marqué » et celui qui caractérisé
par l’absence de la marque « terme non marqué ». »
N.S. Troubetzkoy, « Principes de phonologie », P. 77
Oppositions graduelles :
• Ce type d’oppositions ne concerne en français que les voyelles. Selon N. Troubetzkoy : « les oppositions
graduelles sont celles dont les termes sont caractérisés par différents degrés de la même particularité. »
(N.S. Troubetzkoy, « Principes de phonologie », P. 77).
• En effet, les oppositions graduelles reposent sur le degré plus ou moins grand d’un seul et même trait. Dans le
cas des voyelles, le trait en question est l’aperture, c’est-à-dire le fait pour une voyelle d’être prononcée avec un
espacement plus ou moins grand entre la langue et le palais.
• Plusieurs séries de phonèmes vocaliques en français illustrent le phénomène des oppositions graduelles :
Série antérieure non-arrondie : /i/ ~ /e/ ~ /ɛ/ ~ /a/
Série antérieure arrondie : /y/ ~ /ø/ ~ / œ/
Série postérieure : /u/ ~ /o/ ~ /ɔ/ ~ /ɑ/
Oppositions équipollentes :
• Certaines paires de phonèmes ont tous leurs traits en commun, sauf l’un d’entre eux qui les distingue, sans
toutefois que l’on puisse parler de la présence ou de l’absence de ce trait, mais tout simplement de l’existence de deux
(ou trois) traits différents.
• N. Troubetzkoy considère que « les oppositions équipollentes sont celles dont les deux termes sont logiquement
équivalents, c’est-à-dire ne peuvent être considérés ni comme deux degrés d’une particularité, ni comme la négation et
l’affirmation d’une particularité. »
N.S. Troubetzkoy, « Principes de phonologie », P. 77
• Il y a de nombreuses oppositions équipollentes dans le système consonantique du français :
Série des occlusives, sourdes : /p/ ~ /t/ ~ /k/
Série des occlusives, sonores : /b/ ~ /d/ ~ /g/
Série des constrictives, sourdes : /f/ ~ /s/ ~ /ʃ/
Série des constrictives, sonores : /v/ ~ /z/ ~ /ʒ/
Série des nasales : /m/ ~ /n/ ~ /ɲ/
• De manière générale, ce qui distingue les oppositions équipollentes des oppositions privatives n’est pas le
nombre de traits, mais le fait qu’il s’agisse de l’absence / présence de ce trait pour les privatives, et d’un trait de
nature différente pour les équipollentes.
C. Classification des oppositions par rapport à l’étendue de leur pouvoir distinctif : oppositions constantes et
neutralisables.
➢ Oppositions constantes vs oppositions neutralisables
• On peut distinguer, à l’intérieur d’un système phonologique, les oppositions constantes des oppositions
neutralisables. Dans toutes les langues du monde, on peut distinguer des oppositions qui ne sont jamais touchées par
la neutralisation, et d’autres en revanche qui se neutralisent.
• Selon P. Martin : « Les oppositions neutralisables sont celles qui cessent d'être pertinentes dans certains contextes.
Dans le cas contraire, il s'agit d'oppositions constantes. […]. En français, l'opposition entre /p/ et /b/, /t/ et /d/, /k/ et
/g/ est neutralisée après /s/ initial, où l'on doit poser alors un archiphonème. »
P. MARTIN, « Manuel de Phonologie fonctionnelle », P.84
• L’opposition constante est une opposition attestée entre deux termes dans toutes les positions, c’est-à-dire en position
initiale, en position médiane et en position finale.
Voyons d’abord des exemples d’oppositions constantes en français :
/i/ ~ /u/ : peu importe la structure syllabique (syllabe ouverte ou fermée), la position par rapport à l’accent
(tonique ou atone) et la nature de la consonne qui suit, l’opposition entre la voyelle fermée antérieure et la voyelle
fermée postérieure du français est constante.
/p/ ~ /t/ ~ /k/ : peu importe l’environnement phonétique ces trois phonèmes sont toujours opposables en
français.
• L’opposition est dite neutralisable quand l’opposition est attestée dans une position et annulée dans les autres.
/e/ ~ /ɛ/ : cette opposition n’est effective qu’en syllabe ouverte finale ; dans tous les autres contextes
phonétiques, elle est neutralisée ;
/p/ ~ /b/ : cette opposition se neutralise en position implosive (c’est-à-dire, en fin de syllabe) intérieure, c’est-
à-dire devant consonne ; on constate en effet qu’un mot comme ‹ obscur › peut se prononcer tout aussi bien [ɔbskyʁ]
que [ɔpskyʁ].
/s/ ~ /z/ : cette opposition se réalise dans tous les contextes en français, sauf devant consonne autre que [l].
IV. Fonctions des éléments phoniques
La méthode praguoise peut être schématisée ainsi : on attribue à l’objet langue -par hypothèse- des
caractéristiques fonctionnelles dont découlent des propriétés structurales. Une telle conception de la langue confère à la
théorie linguistique un objet concret. Troubetzkoy définit l’objet linguistique non isolément, mais en l’associant à ses
propriétés fonctionnelles.
Martinet précise que les éléments phoniques peuvent assumer trois fonctions essentielles : fonction distinctive,
fonction contrastive et fonction expressive.
1. Fonction distinctive ou oppositive :
« L'analyse phonologique vise à identifier les éléments phoniques d'une langue et à les classer selon leur fonction dans
cette langue. Leur fonction est distinctive, ou oppositive, lorsqu'ils contribuent à identifier, en un point de la chaîne
parlée, un signe par opposition à tous les autres signes qui auraient pu figurer au même point si le message avait été
différent : dans l'énoncé c'est une bonne bière, le signe bière /bier/ est identifié comme tel par ses quatre phonèmes
successifs, chacun d'eux jouant son rôle par le fait qu'il est distinct de tous les autres phonèmes qui pourraient figurer
dans ce contexte. »
A. MARTINET, « Eléments de Linguistique Générale », P.61
« La substance phonique joue un rôle distinctif, ou oppositif, ou pertinent (termes synonymes), à partir du moment où
elle constitue directement le support d’une opposition entre monèmes. En français, pour plusieurs consonnes, la
sonorité est distinctive : « gens » et « champ ». P. MARTIN, « Manuel de Phonologie fonctionnelle », P. 9
La substance phonique remplit une fonction distinctive lorsque sa présence ne s'explique pas par le contexte et permet
une opposition significative. À titre d’exemple, le français oppose des consonnes sourdes à des consonnes sonores. En
français la sonorité est phonologique : elle permet de distinguer des messages sur le plan de la signification.
2. Fonction contrastive :
« Les éléments phoniques d'une langue peuvent assumer des fonctions contrastives lorsqu'ils contribuent à faciliter,
pour l'auditeur, l'analyse de l'énoncé en unités successives. »
A. MARTINET, « Eléments de Linguistique Générale », P.61
3. Fonction expressive
« Une autre fonction phonologique est la fonction expressive qui est celle qui renseigne l'auditeur sur l'état d'esprit du
locuteur sans que celui-ci ait recours, pour cette fin, au schéma de la double articulation. C'est ainsi qu'en français, un
allongement et un renforcement du /p/ d'impossible dans cet enfant est impossible peut être interprété comme
l'indication d'une irritation réelle ou feinte. »
A. MARTINET, « Eléments de Linguistique Générale », P.62
V. Les variations et la neutralisation
1. Les variations
▪ Variante libre
▪ Les variantes du phonème /ʁ/ en français ne doivent rien à l’entourage phonétique ; c’est le cas des
vibrantes uvulaires et apicales qui caractérisent la diction de certains chanteurs :
➢ Le [ʀ] uvulaire roulé d’Edith Piaf, de Jacques Brel ou de Mireille Mathieu.
➢ Le [r] apical roulé de Dalida, ou des chanteurs d’Opéra.
On dit dans ce cas que les variantes sont en distribution libre ; on les appelle simplement variantes libres, et
on considère que les facteurs qui déterminent leur apparition relèvent de la variation linguistique, qu’elle soit
diachronique (prononciations anciennes), diatopiques (prononciations régionales), diastratique (prononciations
populaires ou affectées) ou diaphasiques (prononciations propres à un genre, comme l’opéra, qui exige
pratiquement le [r] apical).
Quand il s’agit d’une variante libre, on constate qu’il n’y a ni de changement de contexte ni de sens, par
exemple dans le les unités [kaʁ] et [kar], les segments [ʁ] et [r] ne sont pas des phonèmes distincts mais seulement
des variantes libres d’une même phonème.
▪ Variante combinatoire
On appelle « variantes combinatoires » les formes différentes que peut prendre une même unité, et qui
dépendent nécessairement du contexte où se rencontre l'élément considéré. Les formes ainsi identifiées s'excluent
mutuellement dans un environnement donné.
Ex : sa b as (mon arbre) sap (arbre) ta b as (ma maison) tap (maison)
On constate dans cet exemple que le [p] figure toujours en position finale, alors que le [b] se trouve en position
intervocalique. On dit que les deux segments sont des allophones (variantes combinatoires) d’un même phonème.
2. Neutralisation et archiphonème
On appelle neutralisation le fait que dans certaines positions de la chaîne parlée, une opposition
phonologique n’est plus pertinente. Troubetzkoy souligne que : « La neutralisation se produit en certaines positions
et par suite le nombre des phonèmes qui peuvent se présenter dans ces positions et plus petit que les autres. ».
Martin dans son ouvrage « Manuel de phonologie fonctionnelle » souligne que : « le concept de
neutralisation fait suite au concept de variante en ce qu’il implique lui aussi, une absence d’opposition. Mais,
contrairement aux variantes, la neutralisation implique par ailleurs qu’il y a opposition quelque part dans la chaîne.
Il s’agit donc d’une suspension d’opposition distinctive, en un point de la chaîne, touchant des phonèmes qui ont un
ou plusieurs traits en commun. »
(P. Martin, « Manuel de phonologie fonctionnelle », p 32)
Lorsqu’une opposition a pu être établie, c’est grâce à un nombre important de paires minimales qui
illustrent l’occurrence de deux phonèmes dans une distribution donnée. Mais la conclusion à laquelle on peut
aboutir n’est pas nécessairement valable pour toutes les distributions.
Prenons l’allemand. Il connaît l’opposition /k/ /ɡ/ à l’initiale ou en position intervocalique, comme dans
kraus (crépu) et graus (effroyable), hake ((j’) accroche) et Hage (buissons).
Mais, en position finale, il n’y a plus de distinction : on ne trouve que le son [k] : Tag [taːk], sag [zaːk]
ou Sack (sac) [zak]. L’opposition est alors neutralisée.
La neutralisation se fait au profit de la consonne sourde /k/, qui devient l’archiphonème /K/.
L’archiphonème est le produit de la neutralisation d’une opposition, et il signale que, dans une distribution
donnée, une distinction entre deux phonèmes perd son caractère distinctif.
Conclusion
➢ A partir de ce travail consacré à la phonologie fonctionnelle, nous avons présenté succinctement des
différences essentielles entre phonétique, qui est du côté de la parole, et phonologie qui s’intéresse aux fonctions des
unités phoniques à l’intérieur d’une langue donnée.
➢ La phonologie fonctionnelle, qui s’est développé à partir des travaux des linguistes du Cercle de Prague, entre
autres, Troubetzkoy, Jakobson et Martinet, procède à l'étude et au classement des faits phoniques relatifs à une
langue, en établissant partout une hiérarchie fonctionnelle, fondée sur le rôle ou la valeur de chaque élément dans la
langue à l'étude.
L'analyse fonctionnelle phonématique se base sur les techniques de substitution et de commutation,
pour déterminer le système phonologique, d’une part, et sur le principe de pertinence d’autre part. Ce principe, établi
par Martinet, est fondamental dans la mesure où il permet de distinguer ce qui est essentiel et ce qui est accessoire.
➢ Les phonèmes, objet d’étude de la phonématique, se caractérisent par leur capacité à s’opposer les uns aux
autres par des traits que l’on appelle traits distinctifs. Les oppositions entre les phonèmes forment un système à
l’intérieur duquel il est possible d’identifier des phénomènes de régularité, de parallélisme, qui contribuent à la
cohésion de l’ensemble.
Le phonème ne se définit pas isolément, mais par rapport à ses propriétés fonctionnelles et sa valeur
dans la langue.