ANNEE ACADEMIQUE
2024 -2025
URF / SJAP MASTER II
FACULTE / DROIT FONCIER RURAL
DROIT MINIER
THEME : L’ETAT, LA TERRE ET LES MINES EN
COTE D’IVOIRE
Présenté par :
ENSEIGNANT :
➢ KAMBIRE SIE
Dr YEO FRANCIS
Sommaire
INTRODUCTION
I- La gestion foncière par l'État en Côte d'Ivoire
A- Le cadre juridique de la gestion foncière
B- Les enjeux de la sécurisation foncière
C- L'État comme arbitre des conflits fonciers
II- L'exploitation minière et les défis juridiques en Côte d'Ivoire
A- Le cadre juridique de l'exploitation minière
B- Les impacts de l'exploitation minière sur la gestion foncière
C- La régulation et la gouvernance minière
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
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Introduction
La Côte d’Ivoire, pays riche en ressources naturelles, connaît depuis plusieurs décennies un
essor considérable dans le secteur minier. Ce développement s’inscrit dans une politique
économique visant à attirer les investisseurs et à maximiser les ressources du sous-sol national.
Cependant, ce dynamisme se heurte à une réalité incontournable : la terre est également le socle
des activités agricoles, des communautés rurales et des droits coutumiers profondément ancrés
dans la société ivoirienne. L’exploitation minière, souvent perçue comme une activité prédatrice,
suscite donc des tensions avec les populations locales, posant la question cruciale du rôle de
l’État dans la régulation de ces deux sphères vitales.
Juridiquement, l'État est une personne morale de droit public, dotée de la souveraineté sur un
territoire et sur sa population. Il dispose de pouvoirs exclusifs tels que la création de lois, la
gestion des affaires étrangères, l'administration de la justice, ainsi que la régulation et la gestion
des ressources naturelles.
Quant à la terre c’est un bien meuble ou immeuble selon les circonstances, dont la gestion, la
distribution, et l’usage sont encadrés par des régulations nationales et internationales. En droit
foncier, elle peut être privée ou publique, agricole ou non, et son statut est souvent régi par des
documents officiels tels que des titres fonciers ou des contrats de location.
Concernant les mines, elles désignent les gisements souterrains de ressources naturelles qui
peuvent être exploitées commercialement.
La problématique qui se pose est la suivante : comment l’État peut-il concilier la gestion du
domaine foncier, soumis à des droits parfois ancestraux, et le développement du secteur minier,
vital pour l’économie nationale ?
Nous verrons d’abord comment l’État encadre juridiquement la gestion de la terre et des
ressources minières (I), avant d’examiner les défis et perspectives pour une cohabitation
harmonieuse entre exploitation minière et droit foncier (II).
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I- La gestion foncière par l'État en Côte d'Ivoire
A- Le cadre juridique de la gestion foncière
La gestion foncière en Côte d'Ivoire repose sur un cadre juridique qui distingue les terres
urbaines et rurales. Le Code foncier, établi par la loi n° 98-750 du 23 décembre 1998, introduit
un régime de sécurisation des droits fonciers. Cependant, l'absence de titres fonciers clairs pour
la majorité des paysans, et la complexité des règles régissant la propriété foncière, conduisent
souvent à des conflits.
Exemple pratique : Dans le village de Kong (région du Zanzan), une communauté agricole a vu
ses terres disputées par des investisseurs privés qui ont obtenu des permis d’exploitation
foncière pour y implanter des cultures industrielles. Le manque d’enregistrement des droits
fonciers a compliqué la résolution du conflit, mettant en lumière l'inefficacité du système de
sécurisation foncière.
Références juridiques : La loi sur la sécurisation foncière rurale de 1998 (Loi n°98-750) a
introduit des mécanismes tels que l'enregistrement des droits de propriété par les autorités
foncières locales. Toutefois, l’application de cette loi reste partielle, avec seulement 30% des
terres rurales sécurisées selon un rapport de la Banque Mondiale (2016).
B- Les enjeux de la sécurisation foncière
La sécurisation foncière en Côte d'Ivoire repose sur l’idée d’enregistrer les droits fonciers et de
les rendre opposables aux tiers. L'objectif est de limiter les conflits fonciers, qui sont fréquents
dans un pays où une grande partie des terres ne sont pas enregistrées. Néanmoins, cette
démarche se heurte à des obstacles sociaux et administratifs.
Exemple pratique : La région de San Pedro, dans l'ouest du pays, a été le théâtre de nombreux
conflits entre populations rurales et autorités locales concernant l'enregistrement des terres. De
nombreux paysans ne connaissent pas leurs droits ou sont manipulés par des agents corrompus
qui leur demandent des sommes pour effectuer les enregistrements fonciers, ce qui explique
l'inefficacité de la réforme.
Analyse critique : Bien que la réforme de 1998 ait pour objectif de réduire les conflits fonciers,
elle ne prend pas pleinement en compte les réalités sociales et économiques des populations
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rurales. Le système d'enregistrement est souvent perçu comme une bureaucratie complexe et
coûteuse. De plus, la décentralisation de la gestion foncière, bien qu'introduite par la loi de 1998,
ne garantit pas une équité d’accès à la justice foncière.
C- L'État comme arbitre des conflits fonciers
L'État ivoirien joue un rôle crucial dans la résolution des conflits fonciers, mais son action est
souvent limitée par des carences dans l’application des lois. Lorsqu'un conflit foncier éclate, les
acteurs impliqués cherchent souvent à faire appel à l'État pour trancher, que ce soit via les
tribunaux ou les médiateurs administratifs. Cependant, l’accès à la justice reste limité pour les
populations rurales, en raison des coûts et de la lenteur des procédures.
Exemple pratique : En 2012, une dispute sur la gestion des terres agricoles entre les populations
Bétés et les Dioulas a dégénéré en conflit armé. Les autorités étatiques n’ont pu intervenir
efficacement, car les populations locales avaient des titres fonciers contradictoires, rendant la
médiation juridique complexe.
Références juridiques : La Loi n° 2011-1032 relative à la médiation foncière est une tentative
de l'État d’instaurer une solution rapide aux conflits fonciers. Toutefois, la loi n’a pas fait ses
preuves en raison de la faiblesse des structures un et du manque de formation des médiateurs.
II- L'exploitation minière et les défis juridiques en Côte d'Ivoire
A- Le cadre juridique de l'exploitation minière
Le secteur minier en Côte d'Ivoire est régi par la loi n° 2014-138 du 24 mars 2014, qui a instauré
un nouveau Code minier. Ce Code régit les permis d’exploitation minière, les obligations
environnementales des exploitants, ainsi que les droits des communautés locales affectées par
l'exploitation des ressources.
Exemple pratique : L’exploitation aurifère de la mine Tongon, dans le nord de la Côte d'Ivoire,
a soulevé des préoccupations concernant les impacts environnementaux et sociaux. Les
communautés locales, bien qu’affectées par la dégradation des sols et des cours d’eau, n’ont
pas été suffisamment indemnisées, ce qui a alimenté les critiques sur la gestion du secteur
minier par l'État.
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Analyse critique : Bien que la loi de 2014 prévoie des mesures strictes concernant la protection
de l’environnement, elle ne met pas suffisamment en avant les droits des populations locales.
Le système de compensation des victimes de l’exploitation minière est souvent jugé insuffisant,
et la supervision de l'État sur les pratiques des entreprises minières reste faible.
B- Les impacts de l'exploitation minière sur la gestion foncière
L’exploitation minière a un impact direct sur la gestion foncière, surtout lorsqu’elle se fait au
détriment des terres agricoles. En effet, les zones de prospection minière empiètent souvent sur
des terres agricoles, entraînant des conflits entre exploitants miniers et paysans.
Exemple pratique : Dans la région de Yamoussoukro, un projet d'exploitation minière a entrainé
le déplacement de plusieurs milliers de familles agricoles. Bien que les autorités aient promis
des compensations, les conditions de réinstallation ont été jugées insuffisantes par les
populations affectées, qui ont contesté la légalité du projet.
Références juridiques : L’Article 16 du Code minier de 2014 prévoit que les populations
affectées par des projets miniers doivent être indemnisées et réinstallées. Cependant, les
pratiques des entreprises ne respectent pas toujours ces normes, ce qui engendre des tensions
sociales.
C- La régulation et la gouvernance minière
La gouvernance minière en Côte d'Ivoire souffre de plusieurs maux, notamment la corruption,
le manque de transparence et une régulation inégale des entreprises minières. L'État a mis en
place des mécanismes de contrôle, mais leur application est entravée par des défis
institutionnels.
Exemple pratique : La mine de Bonikro, exploitée par un consortium d'entreprises, a été accusée
de ne pas respecter les normes environnementales et de ne pas reverser une part suffisante des
bénéfices à l'État et aux communautés locales. L'inefficacité des autorités dans la gestion des
ressources naturelles a alimenté la méfiance envers le secteur minier.
Analyse critique : Le secteur minier, bien qu’essentiel à l’économie, est marqué par des
pratiques de gestion opaque et des relations ambiguës entre l'État et les multinationales. Des
réformes sont nécessaires pour renforcer la transparence et l’efficacité des mécanismes de
contrôle.
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Conclusion
La gestion foncière et minière en Côte d'Ivoire est au cœur des enjeux de développement du
pays. Bien que des réformes aient été introduites pour sécuriser les droits fonciers et réguler
l'exploitation minière, les problèmes demeurent nombreux, notamment en raison des lacunes
dans l'application des lois, de la corruption et de l'inefficacité administrative. Pour réussir, l'État
doit améliorer la transparence, renforcer la régulation et garantir une meilleure prise en compte
des droits des populations locales, notamment dans le cadre de l'exploitation des ressources
naturelles.
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Bibliographie :
Ouvrages généraux sur le droit foncier et minier
1. Sall, M. (2015). Le droit foncier en Afrique de l'Ouest : Perspectives et défis. Dakar : Éditions
Clé.
2. Giraud, S. (2007). Le droit minier et ses enjeux économiques en Afrique. Paris : Presses
Universitaires de France.
3. Moulin, M. (2011). Le droit de la terre en Afrique subsaharienne : Entre modernité et
tradition. Abidjan : Editions AFRICOM.
4. Lambek, S. (2013). L’accès à la terre et les politiques foncières en Afrique. Paris : L'Harmattan.
5. Barton, B. (2010). Droit minier et durabilité : Gouvernance et conflits dans le secteur minier
en Afrique. Oxford : Oxford University Press.
Articles scientifiques et recherches
1. Koffi, N. (2019). "La réforme du droit foncier en Côte d'Ivoire : Réussites et défis". Revue
ivoirienne de droit public, 6(2), 35-52.
2. Koné, T. (2021). "Les impacts sociaux et environnementaux de l'exploitation minière en Côte
d'Ivoire". Journal of African Environmental Studies, 12(1), 112-130.
3. Coulibaly, D. (2018). "Les conflits fonciers en Côte d'Ivoire : Entre tradition et modernité".
Droit et Société, 15(3), 63-80.
4. Kouadio, F. (2020). "L'État et la régulation minière : Une analyse de la gouvernance des
ressources naturelles en Côte d'Ivoire". Africa Policy Journal, 27(4), 85-102.
5. Hilaire, A. (2017). "Les enjeux de la sécurisation foncière en Afrique de l'Ouest : Cas de la
Côte d'Ivoire". Cahiers de la Revue Internationale des Droits de l'Homme, 10(3), 155-170.
Législation et documents officiels
1. Loi n° 98-750 du 23 décembre 1998 sur la sécurisation foncière rurale, République de Côte
d'Ivoire.
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2. Loi n° 2014-138 du 24 mars 2014 portant Code minier, République de Côte d'Ivoire.
3. Banque Mondiale (2016). Le financement de la réforme foncière et la sécurisation des terres
rurales en Afrique de l'Ouest. Washington, D.C.
4. Organisation des Nations Unies (2017). Rapport sur les droits fonciers et l'exploitation
minière en Afrique de l'Ouest. New York : ONU.
Rapports et études de terrain
1. Fédération des producteurs agricoles de Côte d'Ivoire (FPA-CI) (2019). Étude sur les impacts
des projets miniers sur les communautés rurales. Abidjan : FPA-CI.
2. Transparency International (2018). Rapport sur la gouvernance des ressources naturelles en
Côte d'Ivoire. Paris : Transparency International.
3. Human Rights Watch (2020). Mining and its Social Impacts in Côte d'Ivoire. New York : HRW.
Sites web et autres ressources numériques
1. Ministère des Mines et de l’Énergie de la République de Côte d'Ivoire. www.mines.gouv.ci
(consulté le 10 mars 2025).
2. Banque Mondiale. www.worldbank.org/fr/country/ivorycoast (consulté le 5 mars 2025).
3. Organisation Internationale du Travail (OIT). www.ilo.org (consulté le 20 mars 2025).