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Cours de philosophie : Violence et Paix
Le mot violence vient du latin « violentia » qui signifie abus de force et renvoie
aussi à « violare », c’est-à-dire agir contre. La violence est considérée comme un
abus de puissance, la transgression des lois les plus sacrées. Pour André Lalande,
la violence se définit comme un emploi illégitime ou du moins illégal de la force.
La violence est un degré extrême de la force pour nier l’autonomie de l’autre,
son intégrité, physique ou parfois même sa vie. Pour René Girard, la violence
chez l’homme n’est pas instinctive, elle est sociale parce que pour lui, toute
société s’instaure sur la base de la violence. Il pense d’ailleurs que la civilisation
entretient et justifie la violence. Enfin, Freud place la violence à l’origine de
l’histoire de l’humanité sous la forme du meurtre primordial du père (complexe
d’œdipe).
Approches générales
• La violence peut être légitime : La résistance à l’oppression, la réplique à
la violence ou encore la légitime défense sont des situations de violence
qui apparaissent comme non seulement des droits mais aussi et surtout
des devoirs. De tels actes de violence sont compréhensibles voire
légitimes. Faire recours à la violence peut se révéler indispensable lorsque
sa survie y dépend. Pour illustration, la légitime violence bien que violente
est un acte légitime pour se défendre ou pour se protéger contre une
agression imminente quoique proportionnelle au préjudice encouru.
• La violence est source de maîtrise de soi : L’homme en général combat
pour vivre, il lutte pour préserver sa dignité. Ce combat ou cette lutte lui
permet de faire violence sur ses pulsions, ses tendances passionnelles, les
divers vices, pour demeurer vertueux. Voilà pourquoi la non-violence peut
être considérée comme une forme de violence puisque le non-violent
lutte intérieurement ou fait violence sur lui-même pour ne pas exercer la
violence sur autrui. Héraclite déjà admettait que « le combat est père de
toute chose ».
• La violence est source de libération : Le conflit est au centre des relations
humaines et une lutte de consciences s’établit toujours dans toute
rencontre entre l’homme et son semblable en vue de la reconnaissance
de l’un comme maître et de l’autre comme esclave. C’est cette lutte
métaphysique des consciences qui nous permet de nous réaliser et
d’exister car Hegel nous rappelle que le « moi se pose en s’opposant ». Ce
n’est pas pour rien que selon Thomas Sankara « l’esclave qui n’est pas
capable d’assumer sa révolte ne mérite pas qu’on s’apitoie sur son sort.
Seule la lutte libère ». Déjà le défenseur de la non-violence Gandhi
affirmait « Là où il n’y a le choix qu’entre lâcheté et violence, je
conseillerai la violence ».
• La violence est source d’instauration de justice : La justice peut s’avérer
illusoire, enracinée par les lois injustes. Pour dire que les lois peuvent être
au service de la classe dirigeante et les gouvernés croupissent dans la
misère et ne peuvent bénéficier d’aucun droit. Si l’injustice sociale est
donc liée au mode d’organisation de la société, il devient impérieux de
remettre en cause tout l’ordre social établi et en tant que telle la violence
se désigne comme un recours légitime pour l’instauration de la justice.
Dans ces conditions les marxistes estiment que l’insurrection doit devenir
un devoir sacré. Les violences organisées par les groupes politiques brimés
permettent de recouvrer les droits fondamentaux, d’instaurer la liberté et
la justice et d’instituer un ordre social plus juste. Mao Tsé-Toung en faisant
l’apologie de la révolution déclare : « la révolution, c’est un soulèvement,
un acte de violence par lequel une classe en renverse une autre ».
Autrement dit, quand dans un Etat, le partage des ressources, biens ou
chances est inéquitable de sorte à offrir aux uns l’opulence et aux autres
la misère ; alors la violence devient bien souvent un recours probable pour
restaurer l’équilibre social : dans la logique du matérialisme historique on
parle de la lutte des classes. Cela conduit aux soulèvements, insurrections,
révolutions…
• La violence est source de changement, d’évolution : La violence joue un
rôle déterminant dans la réalisation de l’histoire. Autrement dit, l’histoire
progresse par l’accomplissement de grandes œuvres. La réalisation de ces
œuvres nécessite l’usage de la violence. Ce n’est pas pour rien que Karl
Marx considérait la lutte des classes comme le moteur de l’évolution de
l’histoire. Pour Engels : « la violence est accoucheuse de l’histoire ». La
violence n’est donc pas opposée au progrès car une situation de violence
peut susciter un développement social (ONU), une évolution politique
(démocratie), un progrès scientifique (informatique).
• La paix est source de sérénité : La paix désigne au niveau individuel, l’état
de sérénité d’un esprit qui n’est pas troublé par un sentiment négatif
comme la haine ou la colère. Une personne en paix est donc tranquille
avec elle-même et avec ses semblables. Thomas Hobbes nous rappelle
que « la nature fondamentale conseille à tout le monde de s’efforcer à la
paix ». Autrement dit, c’est le refus de la violence qui devrait engager
l’humanité vers la paix.
• La paix est source de relations entre les nations : La paix se présente
d’une part comme un état social caractérisé par une absence de guerre ou
d’hostilités. Johan Galtung parle de « la paix négative » car une simple
absence de guerre n’est pas obligatoirement une situation de paix. On
peut vivre dans une situation sociale sans conflits et ne pas pour autant
être en paix. Par exemple le cessez-le-feu est bien plus une situation de
guerre qu’une situation de paix. La paix est perçue d’autre part comme
l’union et la tranquillité qui visent à favoriser les relations durables entres
les nations. Elle est une situation positive voulue et guidée par la raison,
c’est pourquoi John Galtung l’appelle « la paix positive ». C’est le sens des
propos suivants de Spinoza : « la paix n’est pas l’absence de guerre, c’est
une vertu, un état d’esprit, une volonté de bienveillance, de confiance, de
justice ». La paix est non seulement l’absence de guerre et de conflit, mais
surtout l’état d’équilibre intérieur, d’équité, de justice dans les Etats et
dans le monde.
• La paix est l’expression d’une indépendance : Dans les cultures africaines
traditionnelles, la paix est perçue comme un état de satisfaction des
besoins élémentaires de santé physique et morale de l’individu et de la
communauté englobant la quiétude, la sérénité et l’absence de hantise.
Le Prix Nobel de la paix de 1992 Rigoberta Menchu précise en parlant de
la paix qu’elle implique « avoir de quoi manger, vivre dans une maison
descente, avoir du respect les uns pour les autres ».
Approches critiques
• La violence est immorale : La morale prône le bien, les vertus, elle exclut
la violence comme valeur. Pourtant la violence est vue comme une non-
valeur ; c’est ainsi que tout ce qui est obtenu par la violence perd
nécessairement de qualité morale, et devient sans valeur. C’est les
pourquoi les moralistes préfèrent la non-violence. Pour eux, pour
triompher de l’injustice, il faut lutter mais en restant dans les limites
strictes de la moralité. C’est le point de vue de Gandhi pour qui « La
victoire obtenue par la violence équivaut à une défaite, car elle est
momentanée ».
• La violence est source de déshumanisation : La violence est avilissante et
opposée à la raison, d’où la prohibition de son usage dans toute
organisation sociale basée sur des lois. En effet, l’homme comme être
doté de raison est appelé à vivre selon ses exigences. La vocation de
l’homme est de vivre selon le bien, le juste, le vrai et le beau. L’homme se
trahit lorsqu’il ne respecte pas ces exigences et cède à la violence.
L’homme violent n’est plus lui-même. Autrement dit, quand la violence
prend la place de la raison, l’homme perd son visage d’humain et se
transforme en insociable. La violence entraine le risque d’un « retour pur
et simple à l’absence de lois », à une sorte d’état de nature dans lequel
« les grands attaquent les petits, les forts dépouillent les faibles, les rusés
trompent les simples, les jeunes raillent les vieux » selon Thomas Hobbes.
Comme dit Fénelon « On déshonore la justice quand on n’y joint pas la
douceur, les égards, la condescendance ». Pour Gandhi, « la haine est la
forme la plus subtile de la violence. La haine blesse celui qui hait et non le
haï ».
• La violence est l’expression de l’agressivité de l’homme : La violence se
présente comme une donnée innée à l’homme qui naît avec une
propension ou une dose d’agressivité. L’hypothèse de l’état de nature
nous révèle un individu vivant dans un état de guerre généralisée, « la
guerre de tous contre tous ». pour se conserver, il est obligé d’user de
toutes ses forces notamment la force physique, c’est pourquoi Thomas
Hobbes le considère comme un loup pour l’autre : « Homo homini lupus ».
On perçoit la violence ici comme une disposition inhérente à la nature
humaine et qui révèle l’insociabilité de l’homme dont parle Emmanuel
Kant. Cette disposition qui conduit l’homme à vouloir dominer et à vouloir
affirmer sa supériorité est instinctive et naturelle selon Sigmund Freud.
Pour lui, il existe en l’homme « une bonne somme d’agressivité ».
• La violence est source de destruction : Pour se perpétuer, la société doit
nécessairement évacuer la violence. L’histoire de l’humanité regorge
d’exemples de guerres, d’atrocités, de conflits pour faire comprendre à
l’homme que la violence est absurde voire destructrice. Ainsi, le
terrorisme est un ensemble d’actes violents et illégaux commis dans
l’objectif de provoquer un climat de terreur, de psychose au sein de
l’opinion publique ou d’ébranler la force d’un gouvernement. Le but du
terrorisme est donc d’intimider la population ou de contraindre un
gouvernement ou une organisation internationale à accomplir un acte ou
à s’abstenir de le faire. Jacques Derrida nous informe en parlant du
terrorisme qu’il est « la référence à un crime contre la vie humaine en
violation des lois et impliquant à la fois la distinction entre civil et militaire
et une finalité politique »
L’Etat et la violence
L’Etat est considéré comme un appareil de soumission et d’exploitation, c’est
pourquoi Max Weber soutient qu’il est la structure qui monopolise la violence,
la justifie et la défend : « L’Etat est l’unique source du droit à la violence ». Le
pouvoir est inséparable de la force et il possède de manière continue la maîtrise
de la force qui définit le pouvoir. C’est pourquoi Machiavel soutient que la force
est indispensable à l’action du prince. Dans son ouvrage intitulé « le prince »
Machiavel écrit : « Le prince sera lion pour se défaire des loups et renards ; pour
repérer les pièges ». Pour lui, l’utilisation de la violence est indispensable et
légitime et le prince qui s’en interdit ne peut éviter sa propre perte ainsi que son
royaume. Le prince ne peut maintenir son pouvoir qu’à force de ruse et de
violence. Dans tous les cas nous enseigne Machiavel : « la fin justifie les
moyens ». Cette violence n’est cependant pas légitimée par tous les penseurs.
C’est ainsi que pour Eric Weil, la violence et le refus de la réflexion et du dialogue,
est aussi le refus de reconnaitre l’autre comme son interlocuteur, son semblable,
son ami. De même, Gandhi le Mahatma ou la Grande Ame nous enseigne
l’amour, la retenue, le respect de l’autre. Gandhi est le père de la non-violence.
Citations
✓ Georges Gusdorf : « La violence est un moyen court pour forcer
l’adhésion »
✓ Sigmund Freud : « L’homme n’est point un être débonnaire au cœur
assoiffé d’amour »
Sujets de réflexion
➢ La violence a-t-elle un rôle dans l’histoire ?
➢ La raison peut-elle vouloir la violence ?
➢ Peut-on faire la paix ?
➢ Existe-t-il des violences légitimes ?