AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page a
NOUVEAU REGARD SUR LE FINANCEMENT AGRICOLE
MEILLEURES PRATIQUES DE CREDIT
AGRICOLE
BRIGITTE KLEIN, RICHARD MEYER,
ALFRED HANNIG, JILL BURNETT, MICHAEL FIEBIG
Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)
Agence de coopération technique allemande (GTZ)
N° 3
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page b
Les appellations employées dans cette publication et la présenta-
tion des données qui y figurent n’impliquent de la part de
l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agricul-
ture aucune prise de position quant au statut juridique des pays,
territoires, villes ou zones, ou de leurs autorités, ni quant au tracé
de leurs frontières ou limites.
Tous droits réservés. Aucune partie de cette publication ne peut être
reproduite, mise en mémoire dans un système de recherche documentai-
re ni transmise sous quelque forme ou par quelque procédé que ce soit:
électronique, mécanique, par photocopie ou autre, sans autorisation
préalable du détenteur des droits d’auteur. Toute demande d’autorisation
devra être adressée au Directeur de la Division des publications,
Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, Viale
delle Terme di Caracalla, 00100 Rome, Italie, et comporter des indica-
tions précises relatives à l’objet et à l’étendue de la reproduction.
©FAO 1999
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page i
PRÉFACE
L'offre durable de crédit et de services financiers aux agriculteurs et aux
habitants des zones rurales des pays en développement s'est révélée une
tâche ardue. L'histoire des initiatives entreprises est émaillée d'échecs et
en conséquence la disponibilité de crédit agricole pour les emprunteurs
a accusé une baisse. Cette baisse contraste avec l'accroissement de la
demande qui a fait suite aux réformes d'ajustement structurel.
La présente publication étudie les moyens d'appliquer au crédit agricole
en zone rurale les nouvelles techniques de microfinancement mises en
œuvre dans les zones urbaines des pays en développement. En outre, elle
étudie en détail les problèmes spécifiques relatifs aux risques et aux
coûts du financement agricole.
Ce document fait partie de l’initiative conjointe FAO/GTZ “Nouveau
regard sur le financement agricole” qui a pour objectif d’analyser les fac-
teurs qui peuvent assurer le succès du financement agricole dans les pays
en développement. L’initiative se propose, en outre, de contribuer à la
mise au point de nouveaux concepts, techniques financières et procé- i
dures aptes à améliorer l’accès des ménages agricoles à des services
financiers de qualité.
Trois objectifs généraux ont été définis à cet effet:
• Assurer que la demande effective de financement agricole des petits
exploitants sera satisfaite par un accès adéquat à des services finan-
ciers.
• Surmonter les obstacles structurels des marchés financiers qui entra-
vent de nos jours la bonne gestion des prêts agricoles et l’utilisation
de techniques financières améliorées. La réalisation de cet objectif
permettrait de remédier aux déficiences du financement agricole.
• Contribuer aux stratégies de sécurité alimentaire mondiales par une
politique rationnelle du secteur financier agricole.
Préface
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page ii
Le financement agricole est analysé dans les domaines suivants:
1. Nouveau regard sur le financement agricole: pourquoi?
2. Le financement agricole: ajuster les politiques
3. Meilleures pratiques de crédit agricole
4. Sources de fonds du crédit agricole
5. Règles prudentielles et contrôle du financement agricole
6. Améliorer les capacités de gestion financière des ménages ruraux
“Meilleures pratiques de crédit agricole” analyse le défi des prêts agri-
coles dans les pays en développement. Le document décrit certaines pra-
tiques améliorées issues de l’évolution récente du marché financier.
Passant en revue les leçons apprises sur le microfinancement, le texte
analyse les possibilités de transférer ces pratiques au secteur agricole. Il
présente également les résultats d’une enquête menée sur trois institu-
tions financières novatrices appartenant à différentes régions. Toutes
trois ont accumulé des expériences bien documentées en matière de prêts
agricoles.
ii R.A.J. Roberts J. Lange
Chef Chef
Service de la commercialisation Division du développement
et des financements ruraux économique et de la promotion de
FAO l’emploi
GTZ
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page iii
TABLE DES MATIÈRES
Préface . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . i
Remerciements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . v
Abréviations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . vi
Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . vii
1. LE DÉFI DU CRÉDIT AGRICOLE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.1 Les marches financiers ruraux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.1.1 Du crédit agricole ciblé au financement rural . . . . . . . 1
1.1.2 Demande de crédit: les clients ruraux . . . . . . . . . . . . 5
1.1.3 Disponibilité de crédit: typologie des prêteurs ruraux . 7
1.2 Coûts et risques inhérents au crédit agricole . . . . . . . . . . . . . 11
1.2.1 Coûts du crédit agricole . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.2.2 Risques associés au crédit agricole . . . . . . . . . . . . . . 14
2. LES LEÇONS TIRÉES DU MICROCRÉDIT . . . . . . . . . . . . 19
2.1 Typologie des micropreteurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
2.2 Stratégies de réduction des coûts et de gestion des risques . . . 24
2.2.1 Réduction des coûts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24 iii
2.2.2 Gestion des risques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
2.3 Limites du micricredit pour les prêts agricoles . . . . . . . . . . . 33
3. LE CRÉDIT AGRICOLE: LES LEÇONS DU TERRAIN . . . 37
3.1 Structure institutionnelle, clientèle et fonctionnement
de trois institutions de crédit agricole . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
3.2 Gestion des coûts et risques du crédit agricole . . . . . . . . . . . 44
3.2.1 Réduction des coûts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
3.2.2 Gestion des risques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
4. CONCLUSIONS ET DÉFIS RESTANTS . . . . . . . . . . . . . . . 67
4.1 Stratégies de réduction des coûts et de gestion des risques . . . 67
4.2 Autres défis a relever dans les activités de crédit agricole . . . 72
References . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
Encadrés
Encadré 1: Accords de crédit interdépendants . . . . . . . . . . . . . 9
Encadré 2: Caractéristiques propres au crédit agricole . . . . . . 12
Table des matières
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page iv
Encadré 3: Réduction des coûts dans un système
financier décentralisé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
Encadré 4: Services financiers et non financiers . . . . . . . . . . . . 58
Encadré 5: Principes directeurs régissant
l’assurance récolte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
Tableaux
Tableau 1: Typologie des prêteurs ruraux . . . . . . . . . . . . . . . . 7
Tableau 2: Indicateurs de rendement de la BAAC,
de la Calpiá et des CMAC . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
iv
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page v
REMERCIEMENTS
Cette publication n’aurait pu être réalisée sans la collaboration d’un
grand nombre de personnes.
Nos remerciements vont en particulier à Franz-Josef Batz pour sa pré-
cieuse contribution à l’identification de certains des aspects spécifiques
du crédit agricole examinés au chapitre 3.
Nous sommes, en outre, reconnaissants pour les contributions fournies
par Elizabeth Coffey, Richard Roberts, Anthon Slangen, Klaus
Neumann, Michael Hamp, Sylvia Wisniwski et Delbert Fitchett pour
cette étude. Nous apprécions le temps et les efforts consacrés à la révi-
sion attentive des différentes versions préliminaires et les commentaires
offerts par Gabriela Braun, Sylvia Wisniwski, Michael Hamp et Andrea
Bohnstedt à la GTZ, et Richard Roberts, Anthon Slangen, Pekka Hussi,
Elizabeth Coffey et Thorsten Giehler à la FAO.
Nous tenons à exprimer notre gratitude pour l’assistance fournie par
Ursula Langkamp. Des remerciements spéciaux vont à Natascha v
Pogodda et Vittoria Zaffarano pour la mise en page ainsi qu’à Joan
Weber qui s’est chargée de la liaison entre l’OSU, la GTZ et la FAO.
Nous sommes responsables de toutes les erreurs et les omissions res-
tantes.
Remerciements
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page vi
ABRÉVIATIONS
AMPES Association salvadorienne de petits et moyens entre-
preneurs
ASA Association for Social Advancement, Bangladesh
BAAC Bank for Agriculture and Agricultural Cooperatives,
Thaïlande
BancoSol Banco Solidario, SA, Bolivia
BOT Bank of Thailand
BRAC Bangladesh Rural Advancement Committee
BRI Bank Rakyat Indonesia
CEDEP Centro de Estudios para el Desarrollo y la
Participación, Pérou
CENTA Centro Nacional de Tecnología Apropriada, El
Salvador
CMAC Cajas Municipales de Ahorro y Crédito, Pérou
COFIDE Corporación Financiera de Desarrollo, Pérou
CVECA Caisses villageoises d’épargne et de crédit autogérées,
Mali
UE Union européenne
FAO Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et
vi l’agriculture
FEPCMAC Federación Peruana de Cajas Municipales de Ahorro y
Crédito
FINACOOP Financiera de Cooperativas Agropecuarias, Honduras
FINCA Fundación Integral Campesina
PIB Produit intérieur brut
GTZ Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit
BID Banque interaméricaine de développement
FIDA Fonds international de développement agricole
KFW Kreditanstalt für Wiederaufbau
ONG Organisation non gouvernementale
PNUD Programme des Nations Unies pour le développement
USAID Agence des Etats-Unis pour le développement interna-
tional
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page vii
INTRODUCTION
L’élaboration optimale d’un bon système de financement rural est une
question qui a été longuement débattue au cours des trois décennies pas-
sées. Les stratégies de développement agricole et rural ont fait l’objet
d’une profonde évolution ces dix dernières années. Elle s’est traduite par
le passage de politiques guidées par l’offre et axées sur l’intervention à
d’autres plus libérales et orientées vers le marché. La libéralisation du
secteur financier comprend l’élimination des taux d’intérêt réglementés
et des programmes de crédit ciblé, et la restructuration ou la liquidation
des banques de développement agricole publiques.
Ces changements ont permis d’éliminer les distorsions des marchés
financiers et d’améliorer les perspectives de mettre au point un système
financier rural durable. Cependant, pour l’instant il en est résulté une
diminution de l’offre de crédit agricole et rural formel. La plupart des
banques n’ont pas de succursales rurales et manquent des compétences
en matière de crédit agricole nécessaires pour servir les petits clients pay-
sans. De ce fait, de nombreux ruraux sont encore lourdement tributaires
d’arrangements financiers informels. Certes, les transactions non offi- vii
cielles fournissent des avantages sous certains aspects mais elles ne peu-
vent remplacer des services bancaires performants.
Le manque d’accès au crédit formel et à des services d’intermédiation
financière complets freine le développement agricole et entrave les
efforts faits pour réduire la pauvreté rurale 1. Cependant, de nouvelles
initiatives ont été lancées pour satisfaire la demande de crédit rural,
notamment la réforme des banques de développement agricole qui vise
à leur permettre de suivre le jeu des mécanismes du marché lorsqu’elles
offrent des services de crédit aux petits et moyens clients.
Simultanément, certaines institutions de microfinancement tentent de
transférer leurs techniques de microcrédit urbain aux zones rurales.
Deux événements récents ont influencé ces initiatives. Le premier a été
l’adoption de l’approche axée sur le développement des “systèmes finan-
ciers” qui met l’accent sur la nécessité d’une optique intégrée du déve-
loppement du marché financier et de la fourniture de services financiers
compétitifs et durables sur les marchés financiers locaux. Il est indis-
1 Voir «Nouveau regaed sur le financement agricole: pourquoi?», AFR, N° 1, 1998.
Introduction
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page viii
pensable de bien connaître non seulement la demande des clients mais
aussi les fournisseurs de services financiers informels existants et, pour
répondre à cette exigence, des organismes de développement, des ONG,
des praticiens et des chercheurs ont accumulé, au cours des dernières
décennies, des expériences considérables en matière de services finan-
ciers destinés aux clients ruraux.
Le deuxième événement a été la naissance d’institutions de microfinan-
cement spécialisées. Des programmes de crédit destinés aux microentre-
prises ont été élaborés pour résoudre les problèmes de chômage dus à la
forte migration rurale-urbaine qui caractérise les pays en développe-
ment. Au début, ces programmes visaient à promouvoir le travail indé-
pendant et les activités rémunératrices en faveur des citadins pauvres.
L’évolution en microfinancement, comme les précédents en financement
rural, a été influencée par les principes du développement des systèmes
financiers où l’attention porte sur la création d’institutions qui peuvent
servir des clients à faible revenu tout en maintenant leur viabilité com-
merciale.
viii Les institutions de microfinancement et de financement rural les mieux
connues, telles la Grameen Bank au Bangladesh et la Bank Rakyat en
Indonésie, servent des centaines de milliers, voire des millions, de clients
dans les zones urbaines et rurales. Au fil des ans, elles sont parvenues à
réduire leur dépendance vis-à-vis des subventions. Bien qu’aujourd’hui
seules de rares institutions de microfinancement aient pu accéder à la
pleine indépendance financière, nombre d’entre elles appliquent des
techniques de crédit novatrices et ont créé des structures organisation-
nelles qui donnent de très bons résultats. Ces initiatives montrent
qu’elles ont pu surmonter les barrières financières que les banques com-
merciales rencontrent traditionnellement lorsqu’elles tentent de prêter à
des clients à faible revenu. Désormais, un certain nombre de ces banques
fournissent des services financiers aux microentreprises et aux petites
industries (Baydas, Graham et Valenzuela, 1997). En outre, de nouvelles
institutions financières ont été établies dans le but de servir les clients à
faible revenu. Toutefois, même lorsque les services sont conçus spécifi-
quement pour des clients ruraux, il est rare que les besoins des petits
producteurs agricoles soient pris en compte.
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page ix
L’objectif de cette publication est d’identifier les pratiques de prêt sus-
ceptibles de répondre aux exigences financières de ces clients agricoles
et, dans le cadre des marchés financiers ruraux, d’examiner en particu-
lier la question des prêts octroyés aux producteurs agricoles. Elle passe
en revue les leçons qui peuvent être tirées du microfinancement et éva-
lue la possibilité de transférer des pratiques de microcrédit réussies au
crédit agricole. En outre, les expériences et les stratégies de trois institu-
tions de crédit agricole novatrices sont analysées en détail.
Le document se compose de quatre chapitres. Le chapitre 1 brosse un
tableau général du financement agricole et met en évidence ses aspects
particuliers. Une analyse détaillée des caractéristiques du crédit agricole
a été déjà présentée dans la première publication de la série AFR 2. Dans
la présente étude ces mêmes aspects sont examinés par rapport à leurs
répercussions sur la gestion des coûts et des risques auxquels font face
les institutions de crédit agricole.
Le chapitre 2 résume les principales leçons tirées du microcrédit. Il décrit
les méthodes suivies par des microprêteurs qui ont su gérer avec succès
les coûts et les risques inhérents au crédit. Le chapitre conclut en souli- ix
gnant les principaux obstacles qui s’opposent à l’application du micro-
crédit au crédit agricole.
Dans le chapitre 3 sont analysées trois expériences de terrain en matière
de crédit agricole. L’objectif de ce chapitre est d’évaluer les innovations
qui ont permis aux institutions de prêt, qui font l’objet des études de cas,
de surmonter les problèmes normalement associés à l’octroi de crédit
rural et agricole. Il s’achève en mettant en évidence les facteurs qui favo-
risent une meilleure gestion des coûts et des risques associés à ce type de
crédit.
Enfin le chapitre 4 résume les conclusions et met en exergue les pro-
blèmes encore irrésolus en matière de crédit agricole.
2 Voir «Nouveau regard sur le financement agricole: pourquoi?», AFR, N° 1, 1998.
Introduction
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 1
DÉFI 1 LE
DU CRÉDIT AGRICOLE
Les prêteurs agricoles ont à relever un certain nombre de défis qui sont
liés à la nature particulière de la production agricole. Dans le présent
chapitre, les questions étudiées dans les deux premières publications de
la série AFR sont examinées à nouveau et l’accent porte sur les facteurs
qui influencent la mise en place de services de crédit agricole.
Le chapitre passe brièvement en revue, dans la première partie, les poli-
tiques de crédit agricole du passé, y compris le passage du crédit agrico-
le guidé par l’offre et ciblé au développement du marché financier rural.
Il montre comment, dans l’environnement commercial actuel des pays
en développement, davantage d’attention est accordée à l’évaluation de
la demande effective de services financiers. Il présente également cer-
taines pratiques de financement informel. Dans la deuxième partie, le
chapitre décrit les caractéristiques particuliers du crédit agricole et met
en évidence les différences existant entre les marchés financiers urbains
et les marchés financiers ruraux. Il s’attarde sur l’évaluation des bar-
rières spécifiques que doivent surmonter les prêteurs formels en matière
de coûts et de risques 3. 1
1.1 LES MARCHES FINANCIERS RURAUX
1.1.1 Du crédit agricole ciblé au financement rural.
Jusqu’au début des années 1980, les planificateurs agricoles visaient
essentiellement l’accroissement de la production de cultures vivrières.
L’adoption des nouvelles techniques de la révolution verte était relative-
ment coûteuse, et les petits agriculteurs étaient estimés trop pauvres
pour constituer des épargnes et autofinancer les investissements néces-
saires en intrants additionnels. D’importantes ressources financières
octroyées par les gouvernements et les bailleurs de fonds ont été versées
à cette fin dans les banques de développement et les projets de crédit
agricoles. Ces programmes servaient à acheminer le crédit subventionné
3 Pour un examen détaillé des caractéristiques du crédit agricole, voir le chapitre III dans
la série AFR, N° 1, 1998.
Le défi du crédit agricole
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 2
vers les petits agriculteurs, souvent pour des objectifs de production spé-
cifiques.
La fourniture de crédit subventionné et facilement accessible est l’un des
thèmes centraux des stratégies de développement agricole des années
1970 et 1980. Il était estimé qu’un meilleur accès au crédit aurait pu
accélérer l’évolution technologique, stimuler la production agricole
nationale par l’augmentation des rendements et améliorer la répartition
du revenu rural. Malheureusement, ces politiques n’ont pas donné les
résultats escomptés. Les raisons de l’échec étaient multiples et ont été
exposées en détail ailleurs 4. Ci-après sont proposées quelques explica-
tions à titre de conclusion générale.
De nombreuses banques de développement agricole ont été créées pour
des motifs politiques et n’avaient pas pour objectif d’opérer comme des
institutions financières viables. Ayant été établies pour acheminer les
fonds subventionnés versés par les bailleurs de fonds et les gouverne-
ments en faveur des agriculteurs, elles ignoraient la discipline du marché
et n’offraient pas les mêmes incitations que les banques commerciales.
2 La fourniture de crédit dépendait de décisions et d’intérêts politiques. En
outre, la disponibilité irrégulière de crédits, la fixation de plafonds de
taux d’intérêt et l’abandon périodique des prêts en retard compromet-
taient gravement leur efficacité. Il n’est donc guère étonnant que nombre
d’entre elles aient été soit restructurées soit condamnées à être liquidée 5.
Comme ces banques étaient évaluées en fonction des prêts octroyés plu-
tôt que du nombre effectif d’emprunteurs agricoles servis et du recou-
vrement des prêts, elles tendaient à allouer des crédits importants de pré-
férence à de gros exploitants bien établis. A cette pratique se conjuguait
la tendance de « rent-seeking » des agriculteurs, qui bénéficiaient de
taux d’intérêt subventionnés fixés par les gouvernements (Schmidt et
Kropp, 1987, Gonzales-Vega et Graham, 1995).
De plus, de nombreux programmes de crédit agricole étaient mal conçus
et omettaient de tenir compte des coûts élevés associés au crédit agrico-
le. En outre, du fait que les banques de développement agricoles n’of-
4 Voir, en particulier, Adams et al., 1984.
5 Parmi les exemples de banques de développement agricole réformées avec succès on
peut citer la BRI en Indonésie et la BAAC en Thaïlande. La BAAC est décrite en détail
au chapitre 3 en tant qu’étude de cas sur une institution de crédit agricole.
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 3
fraient que des prêts agricoles, elles étaient exposées à une forte concen-
tration des risques. Un rééchelonnement constant des prêts s’imposait,
ce qui abaissait encore davantage leurs efforts de recouvrement et contri-
buait à relâcher la discipline du remboursement aussi bien chez le per-
sonnel de la banque que chez les agriculteurs.
De plus, de nombreux programmes de crédit agricole étaient mal conçus
et omettaient de tenir compte des coûts élevés associés au crédit agrico-
le. En outre, du fait que les banques de développement agricoles n’of-
fraient que des prêts agricoles, elles étaient exposées à une forte concen-
tration des risques. Un rééchelonnement constant des prêts s’imposait,
ce qui abaissait encore davantage leurs efforts de recouvrement et contri-
buait à relâcher la discipline du remboursement aussi bien chez le per-
sonnel de la banque que chez les agriculteurs.
Au début des années 1980, les mauvaises expériences associées à ces pro-
grammes de crédit avaient déjà déclenché les premiers changements. En
effet, abandonnant l’octroi de crédit agricole guidé par l’offre, le systè-
me s’est tourné vers la satisfaction des besoins de différents types de dis-
positifs destinés aux clients ruraux, notamment des services de prêts à 3
des fins aussi bien agricoles que non agricoles et, élément de base, des
services de dépôt d’épargne. L’objectif était de créer des institutions
financières viables au plan commercial, agissant en qualité d’intermé-
diaires financiers à part entière et concurrençant les prêteurs informels.
Les nouvelles politiques ont entraîné la suppression des programmes de
crédit ciblé qui dépendaient des subventions continues du gouverne-
ment. On mettait désormais l’accent sur la performance des institutions
financières. Pour les prêts octroyés aux clients plus pauvres, deux indi-
cateurs de la performance ont été mis au point: la portée et la durabili-
té (Yaron, 1992, Christen et al., 1995). La portée donne la mesure dans
laquelle l’institution financière fournit des services financiers de haute
qualité à un grand nombre de petits clients. Il s’agit à la fois d’une
dimension horizontale qui indique le nombre de clients servis, et d’une
dimension verticale qui évalue leur profile de niveau de revenu. On
cherche aussi à vérifier si l’institution financière satisfait la demande
effective de services financiers de la clientèle cible. La notion de portée
comprend donc une dimension quantitative et une dimension qualitati-
ve.
Le défi du crédit agricole
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 4
En ce qui concerne la durabilité, un aspect important est l’autosuffisan-
ce financière ou la capacité de l’institution de fournir des services
durables qui couvrent ses coûts sans devoir recourir à des subventions
extérieures6. La durabilité financière se concrétise lorsque le rendement
du capital propre, au net des subventions, est égal aux coûts d’opportu-
nité du capital ou les dépasse (Krahnen et Schmidt, 1994). Cela veut dire
que l’institution financière doit couvrir les coûts des fonds prêtables et
de la gestion des prêts, ceux des provisions pour créances douteuses,
ainsi que les coûts de la protection contre l’inflation. Les institutions
financières sont considérées comme commercialement viables lors-
qu’elles génèrent des recettes qui sont supérieures aux frais de transac-
tion globaux et peuvent financer, à partir de leurs bénéfices non distri-
bués, les coûts de développement inhérents à la fourniture de nouveaux
services financiers.
S’il est vrai que l’autosuffisance financière est un préalable à la durabili-
té, d’autres facteurs entrent aussi en jeu. Ils concernent l’efficacité orga-
nisationnelle et opérationnelle des institutions. Tels sont:
4 • La mise au point de nouveaux services financiers compatibles avec
les occasions du marché.
• La fourniture de services financiers de haute qualité visant à renfor-
cer la compétitivité de l’institution. Ils assureront la confiance et la
Une structure de gestion efficace qui protège l’institution contre les
interférences politiques et les distorsions déterminées par les intérêts
des gouvernements et des bailleurs de fonds.
• La capacité d’accéder aux marchés financiers pour accroître le por-
tefeuille de prêts et pour renforcer les fonds propres de l’institution
financière.
Bien que l’approche du développement des systèmes financiers soit
acceptée et adoptée de manière croissante, le débat se poursuit quant à
la nature et à l’étendue des interventions publiques nécessaires dans le
financement rural. C’est ainsi qu’il est généralement accepté que l’Etat
intervienne dans l’établissement d’un environnement politique propice et
dans l’élaboration d’un cadre juridique et réglementaire approprié. Mais
6 L’indice de dépendebce vis-à-vis des subventions de Yaron est largement utilisé pour
évaluer la viabilité financière. Il mesure la dépendance des institutions financières à
l’égard des subventions. Voir Yaron, 1992 et Yaron et al., 1997.
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 5
les avis restent partagés quant au bien-fondé et à l’étendue d’une inter-
vention de l’Etat dans la fourniture directe de services financiers en cas
de graves défaillances du marché. Vu la limitation des ressources dispo-
nibles, l’Etat ne devrait intervenir que sur une base de rentabilité et d’ef-
ficacité opérationnelle. Suivant une règle générale, les institutions finan-
cières rurales publiques ne devraient pas bénéficier de privilèges spé-
ciaux qui créent une concurrence injuste.
1.1.2 Demande de crédit: les clients ruraux
Dans le cadre de la nouvelle approche, les utilisateurs de services finan-
ciers sont considérés comme des clients plutôt que des bénéficiaires7.
Des recherches menées récemment ont mis en évidence l’inexactitude de
certaines hypothèses formulées à l’égard des petits ménages agricoles qui
justifiaient les programmes de crédit agricole ciblé.
En effet, la recherche sur ces ménages a montré que, contrairement aux
conceptions du passé, même les petits exploitants constituent des
épargnes. De fait, l’épargne fait partie intégrante des stratégies de survie
du ménage agricole. Elle est indispensable pour surmonter la période 5
entre deux récoltes consécutives et pour couvrir les imprévus. Les éco-
nomies du ménage permettent de réaliser un grand nombre d’objectifs de
production, d’investissement et de consommation différée, à savoir la
conservation des semences, l’achat de nouveaux intrants agricoles, l’em-
magasinage des récoltes pour une consommation future et/ou la vente au
courant de l’année à des prix du marché plus lucratifs. Les économies en
espèces sont normalement conservées à la maison en raison de l’absence
de services de dépôts bancaires appropriés. Les dépôts peuvent aussi être
mobilisés en vertu d’arrangements informels par l’entremise de groupes
d’épargne et de collecteurs d’argent.
Suivant une autre erreur de jugement, les populations rurales sont inca-
pables de payer les taux d’intérêt du marché. Cependant, l’emploi géné-
ralisé du crédit informel donne à penser que même les agriculteurs qui
ont des épargnes empruntent périodiquement de l’argent à des prêteurs
informels à des taux d’intérêt effectifs élevés. C’est ainsi qu’ils préfèrent
maintenir des relations durables avec des prêteurs d’argent qui leur
octroient en temps voulu de petits prêts. Vu le caractère risqué de la pro-
7 Voir AFR Nº 2, 2000, chapitre 1, 1998.
Le défi du crédit agricole
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 6
duction agricole et l’incidence des coûts imprévus, ces agriculteurs tien-
nent à avoir accès à des sources potentielles de financement même à un
prix élevé.
La recherche a montré que les petits exploitants éprouvent en général
une aversion pour les risques et qu’ils sont prudents dans leurs prises de
décisions (Hazell, Pomareda et Valdes, 1986). Ils se protègent contre les
risques en diversifiant le revenu familial tiré des activités agricoles et non
agricoles. Ils économisent de diverses façons, accumulent des biens
matériels et font partie de réseaux consistant en relations sociales et en
arrangements d’aide mutuelle. Une analyse des flux de trésorerie des
ménages ruraux à faible revenu met en évidence l’interdépendance sou-
vent complexe qui se crée entre l’exploitation et le ménage familial. Les
activités non agricoles peuvent absorber une large part du revenu fami-
lial en zone rurale. L’emploi hors exploitation sert à générer des recettes
qui sont utilisées comme fonds de roulement ou comme épargne. Dans
le cas des ménages pauvres, elles représentent une source de revenu pour
survivre pendant les périodes de disette 8.
6 Les planificateurs agricoles orientaient autrefois leurs efforts vers l’ac-
croissement de la production vivrière sans tenir compte du rôle que
jouent les sources de revenu non agricole pour les petits exploitants.
C’est pourquoi les programmes de crédit ne prenaient pas en considéra-
tion les effets des activités diversifiées et non agricoles sur la marge d’au-
tofinancement nette des ménages ruraux. Ces planificateurs sous-esti-
maient la capacité des agriculteurs d’autofinancer leurs besoins pério-
diques d’investissement et de rembourser leurs prêts.
Reconnaître l’existence de l’épargne rurale et l’importance d’octroyer
des prêts pour les activités rurales non agricoles a accru les perspectives
de développement du marché financier rural. Les services de dépôt
d’épargne et les prêts diversifiés sont des instruments stratégiques. En
effet, leur fourniture permet de renforcer l’intermédiation financière
rurale et de satisfaire la demande effective de différents types de services
financiers. En outre, le succès des institutions financières rurales ne
8 Le crédit pourrait servir à réduire la vulnerabilité aux imprévus des petits agriculteurs
dont la production est limitée et dont les possibilités de diversification du revenu sont
rares. Les agriculteurs n’investiront dans des systèmes de production novateurs
qu’après avoir satisfait les besoins financiers du ménage (Hulme et Mosley, 1996).
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 7
dépend pas uniquement de la gamme des services qu’elles sont en mesu-
re d’offrir, mais aussi de leur capacité de concurrencer les prêteurs infor-
mels.
Les arrangements financiers informels jouent un rôle important dans
l’économie rurale. Ils ont prospéré malgré la présence de programmes de
crédit subventionné financés par les bailleurs de fonds et les gouverne-
ments. Une analyse de leurs caractéristiques est essentielle pour mieux
comprendre la situation économique des ménages agricoles et leur
demande de services financiers.
1.1.3 Disponibilité de crédit: typologie des prêteurs ruraux
Le tableau ci-dessous présente les différents types de prêteurs ruraux que
l’on rencontre dans les pays en développement.
Tableau 1
Typologie des prêteurs ruraux
7
1. Prêteurs formels
Banques de développement agricole
Succursales rurales des banques commerciales
Banques coopératives
Banques rurales/communautaires
2. Prêteurs semi-formels
Coopératives d’épargne et de crédit
Autres coopératives
Banques villageoises ou banques communautaires semi-formelles
ONG
3. Prêteurs informels
Parents et amis
Prêteurs d’argent
Associations d’épargne et de crédit tournants
4. Arrangements de prêt interdépendants
Fournisseurs d’intrants/acheteurs des récoltes
Industries de transformation
Le défi du crédit agricole
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 8
La gamme de prêteurs ruraux et agricoles existante est beaucoup plus
limitée que dans les marchés financiers urbains et ce, en raison des carac-
téristiques particulières de la production agricole, de son financement et
de l’histoire du développement du secteur financier.
Les banques commerciales ne s’occupent pas de financements ruraux.
Volontairement, elles n’ont pas établi de grands réseaux de succursales
rurales ni mis au point des services financiers spécifiques à l’intention de
la clientèle rurale pauvre. Dans certains cas, elles ont fourni des services
limités à de grandes entreprises agroindustrielles dans les zones rurales.
C’est à cause de cette situation que les gouvernements de nombreux pays
en développement ont créé les banques de développement agricole spé-
cialisées. Par la suite, ces banques ont souffert des effets des programmes
d’ajustement structurel, des réformes du secteur financier et du nouvel
environnement déterminé par la libéralisation des marchés et la privati-
sation. Un grand nombre de ces banques ont été restructurées ou ont
cessé leurs activités.
A part les prêteurs ruraux formels, il existe de nombreux petits intermé-
8 diaires financiers décentralisés, semi-formels ou informels. Parmi les
exemples de ces fournisseurs de crédit figurent les banques villageoises,
les banques communautaires, les coopératives d’épargne et de crédit et
d’autres coopératives. Normalement leur participation au crédit agrico-
le est limitée car leurs opérations de prêts se fondent sur l’épargne et ils
n’ont pas assez de ressources financières à long terme pour octroyer des
prêts agricoles. Il semble que de nombreux petits exploitants recourent
désormais à des arrangements semi-formels ou informels pour financer
leur production agricole. Cette nouvelle tendance s’est manifestée après
la suppression des programmes de crédit agricole ciblé et la liquidation
ou la restructuration des banques de développement agricole. D’une
grande importance sont les formes traditionnelles de crédit commercial
et les accords institutionnels conclus aujourd’hui avec les entreprises
agroindustrielles comme l’agriculture sous contrat (Ladman et al.,
1992). L’encadré ci-après illustre ces accords de crédit interdépendants.
Dans le passé, les prêteurs ruraux informels avaient une mauvaise répu-
tation due largement au manque de concurrence des marchés financiers
locaux et aux pratiques souvent usuraires des prêteurs d’argent. Bien
que cette réputation ne soit pas sans fondement, une meilleure connais-
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 9
Encadré 1
Accords de crédit interdépendants
Dans le cadre des politiques de crédit agricole ciblé, les gouvernements ont souvent
forcé les banques commerciales à ouvrir des succursales rurales pour octroyer des cré-
dits aux petits exploitants et à d’autres ménages ruraux. A mesure que les pays en
développement passaient d’une économie planifiée au marché libre, la plupart des
banques ont abandonné leurs activités de prêt non rentables en faveur des petits
emprunteurs agricoles, considérés comme des clients coûteux et à risque. Différents
types d’accords de crédit interdépendants opérés par des institutions non financières,
comme les crédits commerciaux, les programmes de plantations-satellites et l’agri-
culture sous contrat sont (re)apparus comme un moyen efficace de financer la pro-
duction agricole des petits exploitants. C’est ainsi que les programmes commerciaux
ou agroindustriels de plantations-satellites mis en œuvre en Zambie ont supplanté les
programmes publics de crédit agricole ciblé du passé. Ils ont aussi remplacé les insti-
tutions financières liquidées ou restructurées comme la Lima Bank (développement
agricole), la Zambian Co-operative Federation/Financial Services Ltd. et la Credit
Union and Savings Association.
Intégrer la fourniture d’intrants agricoles au crédit et à l’écoulement de la production 9
agricole est une combinaison efficace dans un système de commercialisation à circuit
unique. Elle est viable qu’elle soit ou non assortie d’une assistance technique et sou-
mise au contrôle strict de la production exercé par les commerçants ou les sociétés
agroindustrielles. Elle convient aussi dans le cas de produits agricoles qui exigent des
structures de transformation hautement spécialisées. Cependant, lorsqu’il existe
d’autres débouchés, le remboursement du prêt n’est pas toujours garanti. Il peut
devenir difficile de le recouvrer si l’emprunteur décide de vendre sa production à un
autre acheteur. Un facteur qui dissuade les agriculteurs de vendre à d’autres leur
récolte est la crainte de perdre l’accès au crédit saisonnier nécessaire à la production
de la campagne agricole suivante. Simultanément, les petits exploitants pourraient
recevoir injustement pour leurs produits des prix inférieurs aux coûts des intrants
agricoles achetés. Ils sont désavantagés par leur faible pouvoir de négociation. Dans
un environnement commercial compétitif, il convient aux entreprises agroindus-
trielles d’établir des rapports à long terme avec les agriculteurs. Il en résultera des
approvisionnements stables en matières premières et/ou des produits finals de quali-
té élevée.
Le défi du crédit agricole
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 10
sance de la dynamique des marchés financiers informels a permis d’éva-
luer les avantages particuliers qu’ils offrent.
Parmi les prêteurs informels figurent les prêteurs d’argent, les fournis-
seurs d’intrants et les commerçants. Ils prêtent pour des motifs spéci-
fiques et offrent des prêts assortis de termes et de conditions financiers
différenciés. Des transactions se concluent aussi entre membres de la
famille et entre amis mais souvent aucun intérêt n’est exigé. Les accords
de crédit de groupe prennent la forme d’associations d’épargne et de cré-
dit tournants et de coopératives de crédit. Les mécanismes d’épargne
informels sont le fait des collecteurs d’argent individuels et des sociétés
d’épargne qui se constituent entre amis, voisins et employés (Bouman,
1995).
Les fournisseurs de services financiers informels contribuent à combler
les lacunes des marchés financiers. Ils servent essentiellement des per-
sonnes à faible revenu qui sont considérées comme « non bancable » par
les institutions financières formelles, en raison de leur incapacité de four-
nir les garanties conventionnelles. Les personnes aux revenus plus élevés
10 recourent aussi au crédit informel lorsque les disponibilités de crédit
bancaire sont limitées. Les prêts informels sont utilisés pour des motifs
de consommation et assurent des avantages particuliers. Ainsi, aucune
restriction n’est imposée sur l’objectif du prêt et de très petits montants
sont alloués assez rapidement (Adams et Fitchett, 1992; Ghate, et al.,
1992).
Les prêteurs informels ont pu surmonter le problème des coûts et des
risques qu’affrontent les prêteurs institutionnels lorsqu’ils servent de
petits clients. Grâce à leur proximité, les clients ont un accès assuré et
rapide aux services financiers, leurs besoins et leur capacité de rem-
boursement sont connus et les coûts du suivi du prêt sont réduits. Du
moment qu’ils tiennent à avoir une réputation de solvabilité pour béné-
ficier de crédits continus, les clients sont fortement incités à rembourser
leurs prêts au moment de l’échéance.
Malgré leur utilité, le crédit informels et les services d’épargne ont aussi
des limites. En effet, les banques performantes offrent des avantages ins-
titutionnels à un large éventail de clients. Elles peuvent aussi fournir des
services d’intermédiation financière complets ainsi qu’une gamme éten-
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 11
due de produits financiers grâce à des contrats réglementés. Pour être
efficaces, les institutions financières rurales formelles devront rehausser
leur image par rapport au passé, et gagner et conserver la confiance de
leur clientèle. C’est une condition indispensable à laquelle elles devront
se plier si elles veulent concurrencer les prêteurs informels qui coûtent
cher mais qui sont facilement accessibles et offrent des services en temps
voulu. Notamment, les prêteurs ruraux formels devront prouver leur
viabilité et leur durabilité en réduisant les hauts coûts et risques associés
au crédit agricole.
1.2 COÛTS ET RISQUES INHÉRENTS AU CRÉDIT AGRICOLE
Les prêteurs agricoles qui servent les petits agriculteurs supportent des
coûts de transaction financière élevés lorsqu’ils octroient de petits prêts.
Ces coûts découlent de l’incapacité de la majorité des agriculteurs
emprunteurs de fournir des garanties acceptables. Les aspects particu-
liers du crédit agricole ont été examinés au chapitre 3 de la publication
AFR No.1 et sont résumés dans l’encadré ci-dessous 11
1.2.1 Coûts du crédit agricole
La présente section porte sur les défis que doivent relever les prêteurs
agricoles dans la gestion des coûts et des risques inhérents à leurs tran-
sactions financières.
Dispersion des clients
La faible densité de population conjuguée à la dispersion des clients
ruraux rend onéreuse la fourniture de services financiers formels. Les
longues distances qui séparent les communautés et le manque de moyens
de transport dans les zones rurales de nombreux pays en développement
augmentent pour le prêteur les coûts de l’appréciation et du suivi des
emprunts, ainsi que du contrôle des remboursements (Gurgand et al.
1996). L’institution de services de prêts itinérants et/ou de succursales
peut contribuer à diminuer les coûts de transaction. Mais des problèmes
de sécurité se poseront s’il est demandé au personnel de la banque de
transporter de l’argent. L’établissement d’un réseau de succursales pour-
ra réduire ces problèmes mais elles coûtent cher à maintenir et à diriger.
Le défi du crédit agricole
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 12
Encadré 2
Caractéristiques propres au crédit agricole
1. Activités de prêt dans un environnement politiquement sensible
• L’agriculture est un secteur politiquement sensible.
• L’Etat intervient souvent sur les marchés financiers ruraux
2. Risques associés au crédit agricole
• Les activités économiques similaires des emprunteurs déterminent des risques cova-
riantes dus aux fluctuations du marché et des prix, aux incertitudes des rendements
et à l’évolution des politiques nationales et internationales.
• Interventions de l’Etat (exonération du remboursement des prêts, par exemple).
• Faible discipline de remboursement des emprunts dans des programmes de crédit
financés de l’extérieur.
3. Coûts de transaction financière élevés pour les prêteurs et les emprunteurs.
• Longues distances à parcourir pour servir une clientèle rurale dispersée.
• Infrastructure de transport et de communication inadéquate.
• Manque de connaissances sur les ménages agricoles hétérogènes.
• Coût élevé de la gestion et du contrôle des réseaux de succursales de banques
rurales.
• Hauts coûts supplémentaires pour les emprunteurs: coûts d’opportunité (temps de
travail perdu, par exemple), frais de transport, pots-de-vin, charges.
12 4. Demande de crédit spécifique
• La fourniture de crédit à long terme peut créer des problèmes de concordance entre
les actifs (prêts) et les passifs (sources de financement).
• Volume réduit du portefeuille de prêts agricoles au cours de l’année.
• Caractère saisonnier de la demande de crédit agricole.
5. Incapacité de fournir les garanties exigées
•Les petits agriculteurs ont rarement des biens matériels (terres, par exemple) à offrir
comme garantie.
• Il est difficile pour les agriculteurs, notamment les femmes rurales pauvres, de four-
nir des preuves convaincantes de la propriété légale de leurs avoirs.
• Des problèmes juridiques de mise en application des contrats peuvent se poser
même s’il existe des garanties.
6. Les ménages agricoles sont des unités intégrées de production et de consommation
• La demande de prêts dépend de la capacité d’autofinancement, de l’accès aux ser-
vices de dépôt d’épargne et des compétences des emprunteurs en matière de gestion
des risques.
• Grâce à la fongibilité de l’argent, les fonds empruntés servent à couvrir des frais de
consommation et d’éducation, les imprévus d’ordre social, et les coûts de produc-
tion et de l’investissement du ménage agricole
MEJORES PRÁCTICAS
DEL FINANCIAMIENTO AGRÍCOLA
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 13
Les coûts de transaction du crédit institutionnel peuvent être aussi éle-
vés pour les emprunteurs ruraux en raison des hauts coûts d’opportuni-
té dus au temps de travail perdu. Souvent un emprunteur est obligé de
se rendre plusieurs fois à la succursale pour remplir des formalités com-
plexes et longues de demande d’emprunt. Il passera parfois beaucoup de
temps et dépensera beaucoup d’argent pour obtenir les documents
nécessaires et trouver des garants. Pour les très petits montants, ces coûts
peuvent accroître considérablement le taux d’intérêt effectif du prêt
(Klein, 1996).
Bien que, dans certains pays, la décentralisation des opérations de ter-
rain ait permis de réduire les coûts de transaction, leur succès dépend de
l’environnement local, de l’état des infrastructures et des capacités de
gestion de l’institution financière.
Caractère saisonnier et termes de l’emprunt
Le caractère saisonnier de la production agricole et les longues périodes
de gestation qui précèdent la récolte et la vente des produits se répercu-
tent directement sur les coûts de transaction à la charge de l’emprunteur.
Les montants des prêts agricoles sont généralement plus substantiels et 13
la durée du prêt est plus longue que pour les activités non agricoles. Il
est aussi plus difficile de faire concorder les actifs et les passifs. Le cré-
dit agricole est souvent remboursé en gros versements. Un ou deux rem-
boursements sont effectués au lieu des versements hebdomadaires ou
mensuels réguliers qui sont typiques du microcrédit. Ce modèle irrégu-
lier rend plus difficile le contrôle de la capacité et de la volonté de l’em-
prunteur de payer. En outre, la répartition inégale le long de l’année des
opérations de crédit agricole augmente les charges fixes de personnel.
Les gains tirés des prêts ne sont pas toujours suffisants à couvrir ces
coûts. Les besoins de liquidité pendant les périodes où la demande sai-
sonnière de crédit est élevée contribuent aussi à accroître le prix des
fonds prêtables. Lorsque la demande est faible, les liquidités excéden-
taires doivent être investies dans des biens qui ne sont guère ou pas ren-
tables, ce qui augmente les coûts d’opportunité de ces fonds. En bref, les
prêteurs doivent affronter des coûts élevés lorsqu’ils pratiquent le crédit
agricole.
Hétérogénéité de l’agriculture
La diversité des activités agricoles et non agricoles des ménages agricoles
Le défi du crédit agricole
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 14
impose une bonne connaissance de leur situation financière. Les chargés
de prêts disposent d’une abondance d’informations dans le cas de prêts
urbains mais les informations supplémentaires qui sont requises en zone
rurale peuvent allonger le temps (et accroître les dépenses) que consacre
le personnel de la banque à l’évaluation du prêt. Il pourrait être néces-
saire d’établir des conditions de prêt individuelles, ce qui accroîtra vrai-
semblablement les coûts de formation des chargés de prêts agricoles.
1.2.2 Risques associés au crédits agricole
Les institutions financières s’exposent à quatre principaux risques:
1. Risque d’insolvabilité - l’emprunteur pourrait être incapable ou refu-
ser de rembourser le capital prêté et de payer les taux d’intérêt.
2. Risque de trésorerie - il se présente lorsqu’une banque n’a pas suffi-
samment de liquidités à destiner aux prêts. La non-concordance des
échéances des actifs et des passifs du prêt (sources de fonds prêtables)
expose les banques à de hauts risques de trésorerie.
3. Risque de taux d’intérêts - risque d’une baisse de valeur du prêt en
14 cas de fluctuation des taux d’intérêt.
4. Risque de change - possibilité d’une variation du taux de change
propre aux prêts internationaux libellés en devises.
Dans cette étude sur les meilleures pratiques de crédit agricole, l’accent
porte en premier lieu sur les risques associés au crédit agricole ou aux
défauts de paiement. Les autres risques (trésorerie, taux d’intérêt et taux
de change) concernent le financement et sont examinés dans le volume
No.4 de la série AFR (Giehler, 1999).
Les risques intéressent tant les agriculteurs emprunteurs que les institu-
tions financières qui leur octroient des prêts mais une bonne gestion peut
les réduire. Ils sont associés à l’incertitude propre à la production agri-
cole, et l’on estime qu’ils sont plus graves que ceux inhérents à la plu-
part des activités non agricoles. Les pertes de production sont impos-
sibles à prévoir. Elles peuvent se répercuter très fortement sur la création
de revenu et sur la capacité de remboursement des prêts des agriculteurs
emprunteurs. Le type et la gravité des risques auxquels sont exposés les
agriculteurs varient en fonction du système d’exploitation, des condi-
tions matérielles et économiques, des politiques en vigueur, etc.
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 15
Le crédit agricole comporte des risques de trésorerie élevés dus au carac-
tère saisonnier du revenu du ménage agricole. Les excédents accroissent
la capacité d’épargne et réduisent la demande de prêts après la récolte,
alors que les déficits restreignent les possibilités d’épargne et renforcent
la demande de prêts avant les semis. En outre, d’autres risques sont
encourus par les prêteurs agricoles quand certains, voire la totalité, des
emprunteurs subissent simultanément l’impact de facteurs extérieurs. Ce
sont les risques covariantes qui peuvent compromettre sérieusement la
qualité du portefeuille de prêts agricoles. De ce fait, la fourniture de ser-
vices financiers viables et durables et la mise en place d’un système
financier rural robuste dépendent de la capacité des institutions finan-
cières d’évaluer, de quantifier et de gérer adéquatement différents types
de risques (Von Pischke, 1994)). Les risques de crédit dans les prêts agri-
coles sont résumés ci-dessous.
Risques découlant de l’évolution des politiques nationales et internatio-
nales
Risques associés à la production et aux rendements
L’incertitude des rendements causée par les aléas naturels se réfère à l’ef- 15
fet imprévisible des conditions météorologiques, des ravageurs et des
maladies, et des catastrophes, sur la production agricole (Ellis, 1988).
Particulièrement vulnérables à ces risques sont les jeunes agriculteurs
ambitieux mais encore insuffisamment établis, notamment ceux qui se
consacrent à des activités agricoles qui peuvent générer un revenu élevé
mais au prix d’une concentration des risques - comme dans le cas de la
monoculture du maïs à haut coefficient d’intrants. Les défauts de paie-
ment, qui en sont la conséquence, peuvent compromettre la réputation
de solvabilité des agriculteurs emprunteurs et, partant, leur capacité
d’obtenir de nouveaux prêts.
Risques liés au marché et aux prix
L’incertitude des prix due aux fluctuations du marché est particulière-
ment grave en cas d’absence d’informations adéquates et d’imperfec-
tions des marchés, deux caractéristiques prédominantes dans le secteur
agricole de nombreux pays en développement (Ellis, 1988). La période
relativement longue qui s’écoule entre les semis d’une culture ou le
démarrage d’une entreprise d’élevage, et la réalisation de la production
fait qu’au moment de l’octroi du prêt les prix du marché sont inconnus.
Le problème s’aggrave dans le cas de cultures arborées pérennes comme
Le défi du crédit agricole
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 16
le cacao et le café où plusieurs années s’écoulent entre la plantation et la
première récolte. Ces risques économiques ont été observés notamment
dans les pays où l’unique acquéreur de la récolte était un organisme
parapublic. Dans ce cas, le prix d’achat est annoncé avant les semis.
Nombre de ces organismes ont disparu à la suite des réformes d’ajuste-
ment structurel et de la privatisation des services de soutien agricole. Les
acheteurs privés, eux, établissent rarement un prix d’achat de référence
avant la récolte, encore que pour des cultures spécifiques différentes
transactions interdépendantes sont courantes de nos jours. Ces arrange-
ments comportent presque toujours l’établissement d’un prix ou d’un
intervalle de prix avant les semis.
Risques d’insuffisance de garanties de prêt
L’insuffisance de garanties pose des problèmes spécifiques aux prêteurs
ruraux. La terre est le bien le plus largement accepté comme garantie car
il est fixe et difficilement détruit. Il est souvent évalué par les proprié-
taires au-dessus de son prix de marché car sa rareté lui confère une haute
valeur dans les régions densément peuplées. Les petits exploitants pos-
sédant des terres de valeur limitée, ou ceux qui ne détiennent que des
16 droits d’usufruit, auront moins de chances d’obtenir des prêts bancaires.
Les biens meubles, comme le bétail et le matériel agricole, sont considé-
rés par les prêteurs comme des formes de garantie à risque plus élevé. Le
propriétaire doit prouver l’achat de ces biens et les avoir assurés, une
procédure qui est inusitée chez les ménages à faible revenu.
En outre, la mise en application des contrats de prêts soulève maints
problèmes, même quand les emprunteurs peuvent offrir les garanties
nécessaires. Les restrictions imposées sur le transfert des droits fonciers
pour des terres reçues grâce aux programmes de réforme agraire limitent
sa valeur de garantie - même lorsque les titres sont valables. Dans de
nombreux pays en développement, ce sont les pauvres, et notamment les
femmes, qui ont le plus de difficulté à démontrer clairement la proprié-
té légale de leurs avoirs. Les programmes de microcrédit font appel à des
mécanismes novateurs qui s’inspirent des pratiques des prêteurs non
officiels, et fournissent des incitations aux emprunteurs à faible revenu
à rembourser leurs prêts. Ces mécanismes sont analysés dans les cha-
pitres qui suivent
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 17
Risques subjectifs dus à une conception faussée du crédit
Les programmes de crédit ciblé mal réussis sont à l’origine de risques
potentiellement graves et compromettent la discipline du crédit. Les
emprunteurs qui ont assisté à la constitution et à la disparition des ins-
titutions de prêt ont été dissuadés de rembourser leurs prêts. En outre,
le gouvernement a distribué à maintes reprises des fonds à titre de
“prêts“. Les bénéficiaires s’attendent désormais à jouir de ces mêmes
conditions favorables pour le crédit institutionnel.
Dans ces cas, l’aléa moral est élevé et les agriculteurs et les prêteurs ont
une conception faussée du crédit. Les emprunteurs ne se sentent pas
tenus à rembourser leurs emprunts puisqu’ils ne l’étaient pas dans le
passé. Les prêteurs, pour leur part, ne disposent ni des systèmes ni de
l’expérience ni des incitations nécessaires pour contraindre les emprun-
teurs à payer leur dette. Il faudra aussi que les attitudes du personnel de
la banque changent et que l’image publique des institutions financières
des zones rurales soit rehaussée.
Un autre effet de cette conception faussée sur les prêteurs agricoles for-
mels est la priorité que donnent les emprunteurs au remboursement des 17
prêts informels. Ces sommes sont versées avant que les emprunteurs ne
s’acquittent de leurs obligations vis-à-vis du crédit institutionnel. En
effet, il est estimé que la perte d’accès au crédit non officiel est plus pré-
judiciable que le défaut de paiement des prêts bancaires (en raison de
l’avenir incertain des institutions financières rurales). Très souvent les
prêteurs informels ont des moyens d’appliquer leurs règlements qui sont
plus efficaces que ceux des banques.
Risques découlant de l’évolution des politiques nationales et interna-
tionales
Les changements survenant dans les politiques et les interventions de
l’Etat ont souvent des effets nocifs tant sur les emprunteurs que sur les
prêteurs. En ce qui concerne ces derniers, ces changements peuvent
contribuer de manière considérable aux risques covariantes. De nom-
breux pays à faible revenu soumis à des programmes d’ajustement struc-
turel ont réduit de manière draconienne leurs subventions à l’agricultu-
re. Cette réduction a eu, entre autres, un effet marqué sur les coûts des
engrais et sur leur demande. La réduction des dépenses publiques, qui
représente un élément de base des programmes d’ajustement structurel,
Le défi du crédit agricole
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 18
peut se répercuter aussi sur les possibilités d’emploi du secteur public.
Elle pourrait même entraîner une diminution des niveaux de production
agricole si les services de vulgarisation venaient subitement à manquer.
18
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 19
2 LES
LEÇONS
TIRÉES DU MICROCRÉDIT
Ces dernières années, les innovations du “microfinancement” ont per-
mis de fournir des services à un nombre croissant de personnes à faible
revenu et de petits entrepreneurs. Le microfinancement est cet élément
du secteur financier qui répond à la demande de financement des
ménages à faible revenu (Fruman/Goldberg, 1997). Jusqu’à présent, les
institutions de microfinancement ont opéré principalement dans les
zones urbaines. Elles prêtent de petits montants à court terme pour les
activités commerciales, les services et les microentreprises principale-
ment. Les leçons tirées des échecs des projets de crédit agricole ciblé du
passé, et les nouveaux principes de développement des systèmes finan-
ciers, ont exercé une forte incidence sur le microfinancement.
D’importants progrès ont été réalisés au niveau du cadre institutionnel
et organisationnel et des stratégies opérationnelles, et de nouvelles tech-
niques ont été conçues pour les clients à faible revenu.
Dans ce chapitre, nous examineront les principales leçons qui se sont
avérées être les “meilleures pratiques” en matière de microfinancement.
Le chapitre se subdivise en trois sections. La première étudie les aspects 19
de l’offre et de la demande de microcrédit. Le deuxième passe en revue
certains facteurs clés qui sont issus des expériences cumulées de micro-
crédit. Une attention particulière est accordée à l’examen des techniques
en jeu et à leur contribution à la gestion des coûts et des risques associés
aux petits prêts. La dernière section met en évidence les principales
contraintes qui pèsent sur le transfert des pratiques de microcrédit au
crédit agricole.
2.1 TYPOLOGIE DES MICROPRETEURS
Une grande variété d’organisations et d’institutions opèrent activement
en tant que fournisseurs de services de microcrédit. Elles peuvent être
groupées en trois grandes catégories: les organisations non gouverne-
mentales (ONG), les coopératives d’épargne et de crédit et les autres
coopératives, et les banques.
Les leçons tirées du microcrédit
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 20
ONG
Les ONG gèrent la majorité des programmes de microcrédit. Elles com-
prennent des organisations nationales dont un grand nombre reçoit une
assistance de bailleurs de fonds internationaux. Les ONG internatio-
nales gèrent des programmes par le biais d’institutions locales affiliées.
Elles consacrent leurs activités essentiellement aux pauvres. Les ONG
ont l’avantage de bien connaître les stratégies de survie des ménages
pauvres et la situation financière de leur population cible. Elles sont bien
établies dans les communautés locales avec lesquelles elles entretiennent
de bons rapports.
Cependant, les ONG se sont heurtées à de nombreux problèmes dans la
gestion des programmes de crédit. En tant qu’organisations dont l’ob-
jectif prioritaire est l’assistance sociale, elles sont rarement dotées des
compétences professionnelles ou la culture commerciale nécessaires pour
entreprendre efficacement des opérations de crédit. De fait, elles devront
faire l’objet d’une transformation radicale si elles veulent s’établir
comme fournisseurs spécialisés de services financiers. Pour ce faire, elles
devront changer leur image publique. Au lieu de servir des “bénéfi-
20 ciaires” elles devront établir des relations d’affaires avec leurs clients.
Depuis la moitié des années 1980, un certain nombre d’ONG se sont
établies comme institutions spécialisées de microfinancement. Certaines
ont cessé de fournir une assistance sociale alors que d’autres ont créé des
organisations indépendantes affiliées pour offrir des services financiers.
Des ONG spécialisées en microcrédit ont joué un rôle moteur dans la
création de structures institutionnelles et organisationnelles appropriées.
Elles sont à l’origine de techniques de microcrédit novatrices.
Malgré les progrès importants accomplis dans le domaine du microfi-
nancement, la majorité des ONG ne servent que quelques centaines ou
milliers de clients. La plupart d’entre elles fournissent des prêts et n’ont
habituellement qu’un ou deux produits à offrir. Bien que certaines exi-
gent de leurs clients des dépôts d’épargne, qui font partie de leur garan-
tie de prêt, quelques-unes seulement mobilisent des épargnes volon-
taires. Ces dépôts d’épargne leur servent de fonds prêtables et leur per-
mettent d’accroître les services qu’elles offrent à leurs clients.
Cependant, la mobilisation de dépôts est soumise à des restrictions car
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 21
les ONG ne font pas partie du système officiel de réglementation et de
contrôle bancaire car elles opèrent sans un permis officiel.
Ces restrictions ont amené récemment certaines ONG à se transformer
en institutions financières réglementées. Ce processus, connu sous le
terme « upgrading », termine à leur consentir la possibilité d’élargir la
gamme de leurs services financiers et augmente aussi leurs possibilités
d’obtenir des marchés financiers un surcroît de ressources prêtables.
Bancosol en Bolivie a été la première ONG à accéder au statut d’insti-
tution financière réglementée. La BRAC au Bangladesh et K-Rep au
Kenya sont aussi en train d’obtenir des licences de banque 9.
Coopératives d’épargne et de crédit et autres coopératives
Dans le passé, les coopératives d’épargne et de crédit assistaient les per-
sonnes qui avaient des difficultés à accéder aux banques commerciales.
Elles sont normalement plus structurées que les ONG, et peuvent établir
des réseaux régionaux et nationaux. L’institution de services de finance-
ment centralisés permet aussi la réallocation des fonds excédentaires
(liquidité) parmi les coopératives membres. Dans de nombreux pays, les
coopératives d’épargne et de crédit ont été classées dans une catégorie 21
particulière de la loi bancaire. Elles sont assujetties à une réglementation
et à une surveillance spéciales.
La plupart de ces coopératives ne fournissent leurs services qu’à leurs
membres dont les épargnes constituent la base financière de leurs opé-
rations de prêt. Elles peuvent ainsi sélectionner plus facilement leurs
emprunteurs éventuels et évaluer, contrôler et recouvrer leurs prêts.
Comme dans le cas des groupes d’épargne et de crédit informels, l’adhé-
sion se fait par sélection libre et le remboursement intégral et ponctuel
du prêt est contrôlé par les pairs. Ce contrôle social et les informations
9 Certaines ONG ont obtenu des prêts bancaires pour financer les emprunts de leurs
clients. L’ACCION International Bridge Fund a promu les emprunts des ONG auprès
de banques commerciales par le biais d’un programme de garantie. une banque (dans
ce cas spécifique la CitiBank) envoie à une autre (banques locales d’Amérique latine)
une lettre de crédit de réserve. L’ONG peut ainsi obtenir d’une banque locale un
emprunt qui est appuyé par la lettre de crédit de réserve. Si l’institution ne rembourse
pas, le prêteur peut faire appel à la Citibank et présenter les effets échus non rembour-
sés. Dans ce cas, la lettre représente 130 percent de la garantie fournie par l’ACCION.
Le fonds de garantie de l’ACCION qui appuie la lettre est capitalisé par des particu-
liers et des investisseurs institutionnels, souvent pour des motifs philanthropiques.
Les leçons tirées du microcrédit
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 22
fondées recueillies sur les clients membres sont des mécanismes efficaces.
Le système n’est applicable que si les membres se connaissent et que la
portée des opérations financières est de nature à être gérée.
Malgré leurs avantages, les coopératives d’épargne et de crédit et les
autres coopératives se heurtent à de graves problèmes. La fourniture de
services financiers étant réservée aux membres, leur rayon d’action et
leur potentiel de croissance sont limités. Du fait que leurs ressources prê-
tables proviennent généralement des épargnes mobilisées des membres,
elles ne peuvent satisfaire intégralement toutes les demandes effectives
de crédit. Les sommes prêtées sont souvent inférieures à celles requises.
En outre, elles ne sont disponibles qu’après le remboursement des mon-
tants exigibles. Cette situation limite les possibilités d’emprunt et, par là,
l’efficacité des prêts. L’absence de compétences en matière de gestion et
la tendance au népotisme qui se manifeste parmi les membres compro-
mettent souvent la qualité du portefeuille de prêts. En outre, lorsque les
emprunteurs exercent leur influence sur les politiques de prêt des coopé-
ratives, les taux d’intérêt tendent à s’abaisser. Cette pratique se répercu-
te négativement sur l’efficacité financière et les possibilités de croissance
22 du portefeuille de prêts.
Cependant, à part ces difficultés, les coopératives d’épargne et de crédit
et les autres coopératives ont prouvé leur utilité en tant que modèle ins-
titutionnel viable de fourniture de services de microcrédit. Pour amélio-
rer leur performance, il faudra modifier leur cadre réglementaire et de
contrôle et on devra leur fournir des services d’assistance technique par
l’entremise d’organisations de crédit et d’épargne internationales.
Banques
La participation des banques commerciales au microfinancement est
relativement récente 10. Les banques recourent à une variété de stratégies
pour servir des clients à faible revenu souvent considérés comme « non-
bancables ». Elles octroient le microcrédit soit indirectement soit direc-
tement.
Parmi les moyens indirects qu’utilisent les banques commerciales pour
prêter aux petits clients figurent les programmes de liaison avec des
10 L’Indonésie est une exception et les banques ont été crées spécifiquement pour servir les
petits clients (Baydas, Graham et Valenzuela, 1997).
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 23
ONG ou d’autres organisations intermédiaires. Dans ces cas, les
banques fournissent des ressources prêtables aux organisations intermé-
diaires qui rétrocèdent ces fonds à des membres de groupes locaux d’au-
to-promotion pour financer leurs microentreprises. Au titre de ces
accords, les banques n’ont que des contacts limités avec les emprunteurs
finals. Elles n’interviennent pas activement dans les modalités d’octroi
du prêt ni dans sa gestion. Elles laissent aux ONG la responsabilité de
tous les aspects relatifs à l’appréciation, au suivi et au recouvrement de
l’emprunt.
Bien que ce système ait facilité l’accès aux prêts bancaires des clients à
faible revenu, il n’a eu qu’un succès modéré dans la fourniture de ser-
vices bancaires durables. La banque n’est guère incitée à mettre au point
des techniques de crédit appropriées et performantes et elle s’appuie sur
des organisations dont chacune poursuit des objectifs et applique des
normes d’efficacité différents.
La participation récente de certaines banques commerciales au crédit
direct, par la création de nouveaux produits et services de prêt pour les
clients à faible revenu, s’est avérée plus intéressante. Ce processus est 23
appelé « down-scaling ». La procédure prévoit l’institution d’un secteur
de microcrédit spécialisé auprès de la banque. Cette initiative est parti-
culièrement attrayante en raison de la portée des banques commerciales
et de leur compétence. Des institutions financières bien établies jouissent
de la confiance du public qui les considère comme des structures fiables
et stables.
Grâce à leur participation au microfinancement, les banques pourront
mettre à la disposition des emprunteurs leur grande capacité d’intermé-
diation. Toutefois, les services directs offerts aux clients à faible revenu
pourraient laisser à désirer si l’efficacité des opérations bancaires est
inadéquate et si le personnel des banques ne peut modifier son approche
et ses attitudes traditionnelles. Dans ces cas, il conviendrait de créer une
nouvelle institution de microfinancement ayant une mission institution-
nelle et des objectives clairs. Cette mesure est nécessaire lorsque la
banque souffre d’une mauvaise réputation due à l’échec des programmes
de crédit ciblé, ou lorsque l’interférence du gouvernement a compromis
ses opérations.
Les leçons tirées du microcrédit
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 24
2.2 STRATÉGIES DE RÉDUCTION DES COÛTS ET DE GESTION DES RISQUES
Les microprêteurs ont mis au point des dispositifs servant à réduire les
coûts et les risques élevés associés au crédit octroyé aux microentreprises
et aux clients à faible revenu. Au fil des ans, une série de meilleures pra-
tiques et de principes directeurs ont été conçus pour accroître le rayon
d’action et la durabilité de ces institutions financières 11. La section qui
suit présente une analyse des principales leçons qui ont été tirées des pra-
tiques de microcrédit et met en évidence les procédures qui réduisent les
coûts et les risques. L’objectif final est d’évaluer si, et dans quelle mesu-
re, ces pratiques peuvent être transférées au crédit agricole.
2.2.1 Réduction des coûts
Les microprêteurs se heurtent dans leurs opérations aux coûts élevés
associés à l’octroi de petits prêts. En effet, les coûts de gestion des prêts
ne varient pas en fonction du montant prêté. Par définition, les petits
prêts sont moins rentables pour le prêteur. Souvent, les institutions
24 financières formelles n’ont pas de succursales car leur établissement et
leur gestion coûtent en général très cher. Normalement, les dépenses
découlant des opérations devraient être couvertes par les recettes géné-
rées par la succursale. En conséquence, les coûts des transactions finan-
cières sont très élevés pour les emprunteurs qui, parfois, sont obligés de
parcourir de longues distances pour se rendre à la succursale de la
banque. Malgré cela, beaucoup de microprêteurs ont conçu des méca-
nismes pour réduire les coûts inhérents à l’octroi de petits crédits. Les
différentes stratégies adoptées sont présentées ci-dessous.
Normalisation des produits et des procédures de prêt
Les microprêteurs peuvent simplifier leurs opérations en n’offrant que
quelques produits très standardisés. Ils octroient en général des prêts
pour la constitution de d’un fonds de roulement et, occasionnellement
seulement, à des fins d’investissement à des emprunteurs bien établis. Ils
ont souvent appliqué la formule du “crédit seulement” et seuls quelques
11 Les meilleures PRATIQUES et directives présentées ici sont tirées d’une série de docu-
ments parmi lesquels: Yaron, 1992b et Yaron et al., 1997; Christen et al., 1995;
Donor’s Working Group, 1995; OIT, 1996; Rhyne et Holt, 1994; Schmidt et Zeitinger,
1994; Ledgerwood, 1998.
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 25
microprêteurs fournissent en complément à leurs clients une assistance
technique ou une formation en matière de gestion des entreprises.
Certains prêteurs ont conclu des accords de collaboration avec des par-
tenaires pour la fourniture de services de soutien non financiers.
Les montants des prêts sont limités et ne sont octroyés que pour
quelques semaines ou quelques mois seulement, notamment aux nou-
veaux clients. Les emprunteurs qui remboursent ponctuellement sont
récompensés presque automatiquement par le renouvellement du prêt.
Quelques microprêteurs élèvent le montant des prêts renouvelés à l’aide
de formules préétablies. Bien que l’octroi de petits montants et de prêts
à court terme à de nouveaux emprunteurs coûte cher, les frais de tran-
saction financière peuvent être considérablement réduits pour les
emprunteurs réguliers et bien connus.
Les microprêteurs appliquent habituellement des taux créditeurs et des
charges qui sont bien supérieurs à ceux des prêteurs formels conven-
tionnels. Les taux d’intérêt doivent être positifs en termes réels afin de
protéger la valeur du portefeuille de prêts contre les effets de l’inflation.
25
Productivité des chargés de prêts
Les agents chargés des prêts servent généralement une clientèle très nom-
[Link], 200-300 emprunteurs sont assignés à un seul
cadre. Pour motiver les chargés de prêts, on a largement recours à des
primes sur le rendement du personnel. Ces incitations sont liées au volu-
me des prêts administrés, à la qualité du portefeuille et au nombre de
clients à faible revenu ou vivant dans des zones éloignées qui sont servis.
Bien que ces incitations accroissent les coûts de gestion du prêt, il est
impératif de disposer d’un personnel bien formé et motivé pour aug-
menter la productivité globale de l’institution financière. En termes rela-
tifs, les coûts de l’opération de prêt diminuent.
Prêt collectif ou prêt individuel
Les institutions de microfinancement fournissent des prêts soit par l’en-
tremise de groupes soit directement à des particuliers. Les promoteurs
des prêts collectifs soulignent les avantages en termes de réduction des
coûts que cette méthode consent. Par ailleurs, les partisans du prêt indi-
viduel mettent en évidence la souplesse de cette méthode qui permet de
mieux adhérer à la demande de prêt, d’améliorer la qualité du prêt et de
réduire les risques de crédit.
Les leçons tirées du microcrédit
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 26
Prêts collectifs
Il existe deux sortes de prêt collectif. Le microprêteur peut prêter à un
organisme comme une coopérative ou une banque villageoise qui, à son
tour, rétrocède ces fonds à ses membres. Cependant, le plus souvent, il
s’agit de responsabilité solidaire ou crédit solidaire, le prêteur octroyant
des prêts à des emprunteurs individuels organisés en groupe. Dans les
deux cas, les membres du groupe sont collectivement responsables du
remboursement intégral et ponctuel des prêts
Le prêt collectif peut avoir l’avantage d’accroître le champ d’action du
prêteur en réduisant les frais de gestion du prêt. Dans le premier type de
prêt collectif mentionné ci-dessus, un seul prêt est géré pour chaque
groupe. En outre, les coûts sont réduits par l’emploi maximisé d’infor-
mations privilégiées et par l’évaluation des pairs. Les membres du grou-
pe s’engagent aussi à surveiller le prêt et à assurer son remboursement.
Cependant, dans la plupart des cas, les coûts de formation du groupe
sont élevés, notamment pour les prêteurs qui ne traitent pas avec des
groupes constitués. Ils sont obligés de prendre en charge toute la procé-
26 dure de formation du groupe. En outre, les coûts de son maintien sont
aussi hauts car les besoins et la situation des membres varient avec le
temps, ce qui affaiblit leur cohésion. Les chargés de prêts sont parfois
obligés de participer aux réunions du groupe pour stimuler sa responsa-
bilité vis-à-vis de la gestion du prêt, et renforcer la cohésion et la solida-
rité de ses membres.
Prêts individuels
Les microprêteurs recourent à une version modifiée de la technique tra-
ditionnelle de prêt bancaire qui a été adaptée aux caractéristiques des
petits prêts à court terme octroyés à des emprunteurs à faible revenu. La
sélection des clients éventuels se fonde sur l’évaluation de leur aptitude
à rembourser le prêt et de leur volonté de le faire. Pour avoir une image
complète de la solvabilité d’un emprunteur, avant d’approuver un prêt,
certains microprêteurs novateurs évaluent le flux de trésorerie de l’en-
treprise familiale et vérifient la régularité des remboursements anté-
rieurs.
La collecte d’informations détaillées sur les clients est une procédure
coûteuse mais qui peut être rendue plus économique à l’aide d’un ques-
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 27
tionnaire standardisé. En outre, une fois que les hauts coûts de l’établis-
sement du rapport prêteur-client ont été couverts, les dépenses découlant
de la collecte d’informations supplémentaires ou de l’actualisation de
celles existantes sont beaucoup plus faibles.
Certains microprêteurs essaient d’individualiser progressivement leurs
modalités de prêt en faveur des membres des groupes à responsabilité
solidaire. L’intérêt de ces initiatives réside dans le fait que la réduction
des coûts due aux opérations collectives s’associe à la haute qualité des
services de prêts individuels fournis aux membres du groupe. Dans de
nombreux cas, le groupe et le prêteur suivent et contrôlent simultané-
ment le remboursement du prêt, ce qui peut résulter en des coûts relati-
vement élevés pour tous les participants.
2.2.2 Gestion des risques
Les microprêteurs se protègent contre les risques de crédit associés aux
emprunteurs à faible revenu en choisissant une clientèle cible spécifique.
Ces clients sont normalement des microentrepreneurs urbains dotés
d’une certaine compétence à l’égard de l’activité pour laquelle est 27
demandé le prêt. La délégation des pouvoirs de prêt à la succursale est
autorisée pour des montants spécifiques de sorte que les chargés de
prêts, qui sont en contact avec les clients, peuvent intervenir dans la
prise de décision concernant le prêt.
Un autre élément de la stratégie de gestion des risques de certains micro-
prêteurs consiste à exiger de l’emprunteur une contribution minimale de
fonds propres au montant total de l’investissement ou de l’acompte.
Dans le cas d’un emprunt individuel, la durée du prêt et les modalités de
remboursement sont établies en fonction des moyens de l’emprunteur.
Le risque de défaut de paiement est ainsi réduit. Des garanties substitu-
tives sont normalement acceptées car la clientèle cible possède rarement
le type de garantie qu’exige habituellement une banque. Pour obtenir des
prêts plus consistants, les nouveaux emprunteurs devront d’abord
démontrer la régularité de leurs paiements antérieurs. Parmi les princi-
paux mécanismes de gestion des risques qu’utilisent les microprêteurs
spécialisés figurent la bonne planification des engagements financiers et
la gestion des actifs efficace, l’application de normes comptables admises
au plan international et l’emploi de systèmes informatiques intégrés de
Les leçons tirées du microcrédit
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 28
comptabilité et d’information de gestion. Ces mécanismes permettent la
prise de décisions rationnelles en temps voulu.
Clientèle cible
Préférence accordée aux clients urbains
Les microprêteurs servent principalement des clients urbains et périur-
bains car, pour cette catégorie, la gestion des coûts et des risques des
prêts est plus aisée. En zone urbaine, l’infrastructure et les marchés des
produits sont normalement mieux développés et offrent un meilleur
environnement pour les petites entreprises rentables que les zones
rurales. Les clients urbains sont mieux alphabétisés et les relations plus
fréquentes qu’ils établissent avec le personnel de la banque diminuent les
risques de défaut de paiement.
Préférence accordée au financement des activités commerciales
Les microprêteurs fournissent de petits prêts à court terme qui devront
être remboursés en versements fréquents. Cela signifie implicitement que
le microcrédit vise le financement d’activités dont le chiffre d’affaires est
28 assez élevé et qui produisent un revenu régulier. Les activités commer-
ciales et de service répondent bien à ces critères. De fait, elles représen-
tent un grand pourcentage du portefeuille de prêts de la plupart des
microprêteurs.
Préférence accordée aux petits emprunteurs-entrepreneurs expérimen-
tés
Les microprêteurs réduisent le risque de défaut de paiement en choisis-
sant des emprunteurs ayant une réputation bien établie. Une entreprise
qui survit à la première période de démarrage est plus susceptible de
prospérer par la suite. Ces emprunteurs tendent également à prendre très
au sérieux leurs obligations de remboursement et sont, pour les micro-
prêteurs, des clients à long terme potentiels .
Réseau de succursales décentralisées
“Rapprocher la banque du client” est un principe très important dans
les stratégies de microcrédit. Il existe de nombreuses façons de réaliser
cet objectif. Elles vont de la visite régulière des chargés de prêts à leurs
clients, à la création d’unités bancaires itinérantes dans les succursales
ou les agences. La décentralisation des services financiers permet de
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 29
réduire le coût de la collecte d’informations et le risque de défaut de
paiement. Elle favorise aussi la croissance et la diversification du porte-
feuille de prêts, suscite la confiance du client et inculque à l’emprunteur
un sentiment de responsabilité. L’installation de succursales dans les
marchés, par exemple, permet de mieux intégrer les institutions finan-
cières dans leurs communautés locales. Elle facilite la fourniture de ser-
vices de haute qualité et contribue à la durabilité à long terme des insti-
tutions de microfinancement.
Prêts collectifs et prêts individuels
La gestion des risques diffère suivant que le crédit est collectif ou indivi-
duel.
Prêts collectifs
Les prêts collectifs se fondent sur la responsabilité collective des
membres d’un groupe à l’égard du remboursement des emprunts. Les
promoteurs de cette forme de prêt soutiennent qu’elle permet aux prê-
teurs d’atteindre davantage de clients à faible revenu et que les coûts
sont relativement limités. Cependant, le risque de l’emprunteur est plus 29
élevé puisque chaque membre du groupe est responsable non seulement
de son propre remboursement mais aussi de ceux de tous les autres
membres du groupe. L’éventualité de devoir payer pour un autre
membre pousse les emprunteurs à demander des prêts d’un montant égal
plutôt que d’adapter les prêts à la capacité de remboursement de chaque
membre du groupe. Il peut en résulter une “solidarité négative” où l’en-
semble du groupe devient défaillant si un seul membre ne rembourse pas
son prêt.
Normalement, pour les prêts collectifs, les conditions et modalités de
remboursement sont moins souples. Tous les membres du groupe reçoi-
vent et remboursent leurs prêts au cours de la même période. Même en
cas d’admissibilité au prêt individuel avec le temps, l’insuffisance des
informations écrites sur l’emprunteur peut compromettre l’appréciation
du prêt individuel.
Les avantages de l’information recueillie sur le groupe et de la pression
exercée par les pairs sont proportionnels à la diversité et à la proximité
des membres. Plus est forte l’hétérogénéité du groupe et/ou sont disper-
Les leçons tirées du microcrédit
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 30
sés ses membres, plus sera faible cette pression. Par ailleurs, des groupes
homogènes peuvent exposer les prêteurs à des risques covariantes plus
élevés. Il ne faut pas oublier non plus la possibilité d’abus de pouvoir et
de corruption des chefs puissants de groupes . Inversement, si un bon
chef abandonne son groupe, ce dernier pourra s’en trouver très affaibli.
Prêts individuels
Les principales différences entre le microcrédit fourni à des emprunteurs
individuels et le crédit bancaire conventionnel résident dans l’emploi de
garanties substitutives. Ces garanties comprennent les cosignataires, les
tiers garants, les avoirs ménagers et d’autres. On évalue également la
capacité de remboursement des emprunteurs éventuels.
La nature personnalisée des prêts individuels facilite l’octroi de services
adaptés au client et à sa capacité de remboursement. En outre, le crédit
personnalisé favorise l’instauration d’un rapport plus étroit entre le prê-
teur et l’emprunteur et renforce la confiance mutuelle. Il permet aussi
d’accroître le sentiment de responsabilité du client vis-à-vis de ses obli-
gations contractuelles. Ce rapport plus étroit simplifie également l’ap-
30 préciation des prêts renouvelés et réduit les risques de défaut de paie-
ment. La disponibilité d’informations cumulées sur le client améliorera
les services financiers existants et favorisera la mise au point de nou-
veaux produits 12.
Adapter les termes et les conditions du prêt
Contribution par des fonds propres
Les prêts ne devraient jamais servir à financer la totalité des coûts d’un
investissement. Normalement, les prêteurs exigent de l’emprunteur l’ap-
port de fonds propres pour compléter les ressources extérieures. Cette
contribution pousse l’emprunteur à soumettre une demande de prêt réa-
liste qui est indispensable pour le succès de son entreprise. Dans le cas
d’un petit fonds de roulement, il peut être difficile ou même arbitraire de
12 Un inconvénient potentiel du prêt individuel est le nombre plus restreint de clients ser-
vis. Bien que les prêteurs individuels recourent à la fois aux garanties conventionnelles
et aux garanties substitutives, le minimum de garantie exigé peut encore excéder les
moyens de la plupart des ménages à faible revenu. Dans ces cas, le prêt collectif serait
la seule solution.
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 31
définir les motifs de l’investissement. De ce fait, le calcul de la part de
fonds propres à verser peut s’avérer assez compliqué.
Evaluation de la capacité de rembourser un prêt
Les bons microprêteurs évaluent la solvabilité et la réputation des nou-
veaux emprunteurs. Dans cette évaluation, ils tiennent compte de toutes
les sources de revenu et de toutes les dépenses du ménage de l’entrepri-
se. Les fonds servant à rembourser le prêt ne seront pas nécessairement
le revenu dégagé de l’investissement qui est financé par le prêt. Les char-
gés de prêts qui apprécient les demandes devront être bien formés car ils
jouent un rôle clé dans le processus décentralisé de prise de décisions.
Pour vérifier la réputation et la solvabilité d’emprunteurs éventuels, les
microprêteurs se fondent souvent sur des informations obtenues à tra-
vers les réseaux locaux. Ces réseaux servent aussi à contrôler le rem-
boursement des prêts en faisant activement circuler des informations sur
les emprunteurs dont le remboursement est arriéré. Les réseaux commu-
nautaires ont prouvé leur utilité en Indonésie ainsi que dans d’autres
pays asiatiques. Dans ces pays, le système d’organisation locale et l’im-
portance de la réputation personnelle rendent cette démarche particuliè- 31
rement efficace.
Calendrier des remboursements des prêts
Des versements fréquents, souvent hebdomadaires ou mensuels, favori-
sent la surveillance étroite du relevé des remboursements. Si le bilan est
positif, la durée du prêt et les intervalles entre les remboursements de
prêts renouvelés sont souvent prolongés. Certains microprêteurs offrent
des services de plus en plus individualisés une fois que l’emprunteur a
démontré sa solvabilité. On désigne cela souvent sous le nom de “pro-
gression” jusqu’au prochain échelon du service ou du statut du client.
Garanties substitutives et incitations au remboursement
Garanties substitutives
La plupart des clients qui demandent un microcrédit ne peuvent offrir
les garanties bancaires conventionnelles; dans ces cas, les microprêteurs
acceptent des garanties substitutives (voir Prêts individuels). La valeur
personnelle qu’attribue l’emprunteur à la garantie substitutive joue un
rôle important. Vu les problèmes pratiques et juridiques associés à la sai-
Les leçons tirées du microcrédit
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 32
sie des biens en cas de non-remboursement, les microprêteurs préfèrent
vérifier à l’avance la solvabilité du client éventuel. Ils tendent aussi à
examiner de près le relevé des remboursements.
Incitations au remboursement
Les microprêteurs octroient normalement de petits prêts aux clients qui
se présentent pour la première fois. Ce n’est qu’après le remboursement
ponctuel du premier prêt que l’emprunteur a droit à un prêt légèrement
majoré. On tient compte de tous les remboursements réguliers, ce qui
réduit le risque de défaut de paiement. La possibilité d’accéder à de nou-
veaux prêts est une importante incitation à rembourser pour les emprun-
teurs de microcrédit. Les primes pour le remboursement intégral et
ponctuel d’une part, et l’obligation de payer des intérêts moratoires et
des pénalités, de l’autre, sont des moyens efficaces de promouvoir une
bonne discipline de l’emprunt.
Gestion du portefeuille de prêts
Systèmes d’information de gestion
32 Des systèmes informatiques précis et disponibles en temps voulu sont
déterminants pour la bonne gestion des opérations. Les microprêteurs
dynamiques prennent soin d’investir dans l’achat d’un logiciel bancaire
adéquat pour informatiser leur comptabilité et leurs systèmes d’infor-
mation conformément à leurs besoins spécifiques. Le perfectionnement
ultérieur qu’est l’informatisation des opérations bancaires dépend du
volume et de la portée des services financiers. Il est fonction aussi de la
structure organisationnelle et opérationnelle de l’institution financière.
Théoriquement, la surveillance du portefeuille de prêts, et le compte
rendu des décaissements et des remboursements des succursales
devraient faire partie intégrante de la gestion de trésorerie. De telle
manière la direction pourra disposer en temps voulu des informations
nécessaires.
Des systèmes informatisés et intégrés de comptabilité des prêts et d’in-
formation pour la gestion qui donnent des comptes rendus réguliers
aideront les chargés des prêts et les gestionnaires des banques à interve-
nir promptement en cas de défaut de paiement. La responsabilité de
l’analyse des raisons des retards incombe au personnel de terrain. Sur la
base de leurs rapports, une décision immédiate sera prise quant aux
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 33
mesures correctives à appliquer. Dans les cas où des prêts exigibles n’ont
pas été remboursés pour des raisons légitimes, on pourra procéder à un
rééchelonnement du prêt
Prise de décisions décentralisée
Les bons microprêteurs délèguent leur pouvoir de prêt et décentralisent
les responsabilités du personnel de l’institution financière. En même
temps, il leur faudra effectuer des contrôles et des vérifications afin de se
tenir au courant des prises de décision décentralisées. Pour encourager le
remboursement rapide des prêts, il faudra établir des primes de rende-
ment du personnel en fonction des taux de recouvrement préfixés, ainsi
que du nombre et du volume des prêts octroyés.
2.3 LIMITES DU MICROCRÉDIT POUR LES PRÊTS AGRICOLES
Malgré des progrès importants, nombre des opérations des institutions
de microfinancement font l’objet de graves contraintes, notamment lors-
qu’il s’agit d’appliquer les pratiques du microcrédit à des clients autres 33
que les petits entrepreneurs urbains œuvrant principalement dans le sec-
teur commercial. L’objectif de cette section est d’identifier certaines de
ces contraintes relativement au crédit rural et agricole. Quelques-uns des
aspects mentionnés plus haut seront examinés à nouveau.
Dépendance vis-à-vis du milieu extérieur
L’efficacité du système financier dépend, dans une large mesure, d’un
environnement macro-économique favorable et orienté vers le marché et
de politiques financières rationnelles (Yaron et al., 1997). La fourniture
de services financiers durables est le résultat de politiques macro-écono-
miques stables et d’un cadre juridique et réglementaire/de contrôle pro-
pice au développement du secteur. Notamment, la déréglementation des
taux d’intérêt permet aux microprêteurs d’appliquer des taux suffisam-
ment élevés pour couvrir entièrement les coûts élevés associés à l’octroi
de petits prêts à court terme à un grand nombre de clients à faible reve-
nu. Les déséquilibres politiques qui déterminent la discrimination d’un
secteur économique spécifique, comme l’agriculture, découragent l’inté-
rêt des institutions financières.
Les leçons tirées du microcrédit
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 34
Il n’est guère étonnant que le microfinancement ait connu l’essor le plus
rapide au Bangladesh, en Bolivie et en Indonésie. Ces pays ont joui, ces
dernières années, d’un environnement macro-économique stable et de
politiques favorables au développement des microentreprises. En outre,
dans ces pays, la clientèle urbaine et rurale du microcrédit réside dans
des zones densément peuplées et les personnes à faible revenu se consa-
crent souvent à des activités non agricoles. Les difficultés auxquelles se
heurtent les institutions de microfinancement d’autres pays peuvent être
attribuées à des conditions moins favorables, avec moins de possibilités
d’investissement dans des activités non agricoles rentables.
Les institutions de microfinancement qui ont une base de capital étroite
ont aussi du mal à se protéger contre les chocs extérieurs inattendus. On
n’a guère d’informations, par exemple, sur la manière dont les micro-
prêteurs se comportent face aux inondations fréquentes qui frappent le
Bangladesh ou les sécheresses en Afrique. Une meilleure connaissance
des moyens qu’ils adoptent dans des conditions adverses mettrait en évi-
dence les forces et les faiblesses de leur structure organisationnelle et
opérationnelle. Elle révélerait aussi la diversité de leurs sources de finan-
34 cement, leurs techniques de prêt spécifiques et leurs stratégies de gestion
des risques, et mettrait peut-être aussi en exergue l’importance de méca-
nismes de soutien extérieurs. L’appui financier des bailleurs de fonds a,
dans de nombreux cas, joué un rôle crucial aux fins d’aider ces institu-
tions à surmonter des situations de crise. Aujourd’hui, beaucoup d’ef-
forts sont accomplis pour étendre la portée des opérations de prêt à une
clientèle moins rentable et plus risquée.
Type de clientèle servie
Certains microprêteurs servent à la fois des clients citadins et des clients
ruraux mais ils tendent à concentrer leurs activités dans les zones
urbaines et périurbaines. Dans ces zones, la densité de population est
plus élevée et la fourniture de services financiers plus simple et moins
coûteuse qu’en zone rurale. Nombre de ces institutions ont pour clients
des femmes qui sont normalement plus pauvres que les hommes mais qui
s’acquittent mieux de leurs obligations de remboursement.
Bien que les institutions de microfinancement soutiennent souvent
qu’elles prêtent aux plus pauvres parmi les pauvres, en pratique, la plu-
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 35
part d’entre elles n’ont pas de clients appartenant aux groupes à revenu
le plus faible (Hulmes et Mosley, 1996). Certaines institutions exigent
que les microentreprises aient accompli un an d’opérations avant de les
considérer comme admissibles à un premier prêt. D’autres veulent des
preuves de stabilité et de continuité du ménage.
La concurrence en matière de microfinancement pourrait, à l’avenir, se
faire plus acharnée si les banques commerciales décident d’entrer dans
ce segment du marché. Dans certains cas, des clients du microcrédit dont
les entreprises sont devenues prospères demandent maintenant des prêts
plus importants. Ces demandes de financement transcendent parfois les
capacités de gestion des microprêteurs dont les techniques de prêts sont
standardisées. Cette situation a amené certains microprêteurs à procéder
à un réexamen de leur marché cible. Ils octroient maintenant des prêts
individuels et/ou servent une clientèle rurale.
Les institutions de microfinancement comme la Financiera Calpía en El
Salvador et les Cajas Municipales au Pérou ont étendu leurs opérations
de prêt au-delà des marchés urbains habituels pour atteindre les zones
rurales. Les nouveaux emprunteurs sont, pour une large part, des 35
microentrepreneurs travaillant dans de petites municipalités, mais les
institutions commencent aussi à servir de petits exploitants. Elles appli-
quent les techniques de microcrédit ordinaires pour ces nouveaux clients
et soumettent désormais à un triage rigoureux les emprunteurs éven-
tuels.
Services et techniques de crédit
Les emprunteurs de microcrédit tendent à se consacrer à des activités
commerciales, comme la vente en plein air, par exemple. Les activités
commerciales non agricoles produisent des revenus plus réguliers et
consentent le remboursement du prêt en petits versements limités et fré-
quents. Les prêts octroyés pour la première fois sont restreints et visent
à éviter que les emprunteurs, encouragés par un seul grand prêt, intro-
duisent des changements risqués dans leurs activités commerciales ordi-
naires. Rares sont les institutions de microfinancement qui octroient des
prêts exclusivement pour les activités agricoles. En effet, ces activités ont
des cycles de production longs et instables et les revenus ont souvent un
caractère fortement saisonnier.
Les leçons tirées du microcrédit
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 36
Les microprêteurs emploient une variété de stratégies pour réduire leurs
coûts et leurs risques. Ils recourent au crédit individuel aussi bien qu’au
crédit collectif afin de normaliser les coûts et risques élevés associés aux
prêts accordés aux personnes à faible revenu. Cependant, les coûts et
risques inhérents aux prêts octroyés à des groupes de microentrepre-
neurs urbains sont normalement inférieurs à ceux des prêts fournis à de
petits groupes d’agriculteurs.
36
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 37
3 LE CRÉDIT AGRICOLE:
LES LEÇONS DU TERRAIN
L’ample documentation réunie sur les institutions rurales et de microfi-
nancement et les analyses réalisées ont servi à créer un cadre d’évalua-
tion de leurs résultats. Les exemples portent sur un certain nombre de
banques de développement agricole performantes. Bien que les institu-
tions de microfinancement qui octroient aujourd’hui du crédit agricole
soient rares, certaines ont affronté de domaine. Leurs expériences méri-
tent d’être étudiées et d’importantes leçons peuvent en être tirées. Les
trois études de cas qui ont été choisies concernent la Bank for
Agriculture and Agricultural Co-operatives (BAAC) de Thaïlande; la
Financiera Calpiá d’El Salvador et les Cajas Municipales de Ahorro y
Crédito (CMAC) du Pérou.
Ces trois institutions présentent de grandes différences en ce qui concer-
ne leur appartenance, leur cadre institutionnel et organisationnel, la
durée de leurs opérations, leur taille, leurs techniques de crédit et leur
type de clientèle. Elles ont également une histoire et des mandats diffé-
rents. La BAAC est une banque de développement agricole publique qui
opère depuis plus de 30 ans. Au cours de cette période, elle a fait l’objet 37
d’une évolution marquée. Son objectif est de permettre aux ménages
ruraux d’accéder au crédit agricole et à d’autres services financiers à
l’échelon national. A la différence de la Calpiá et des CMAC, jusqu’à
très récemment, les activités de prêt de la BAAC se limitaient à la pro-
duction agricole et à des activités connexes. Ses clients sont exclusive-
ment ruraux, y compris les ménages agricoles à moyen et faible revenu.
Les visites de terrain ont eu lieu en 1997. Les changements dans les poli-
tiques de ces institutions qui ont pu se produire depuis lors ne figurent
pas dans ce texte.
La Calpiá et les CMAC ont commencé à offrir leurs services financiers
dans des zones urbaines et ce n’est que récemment qu’elles s’occupent
aussi de crédit rural et agricole. En effet, leurs opérations de crédit agri-
cole ne datent que de 1993 (Calpía seit 1995) si bien que leurs porte-
feuilles de prêts ruraux et agricoles sont encore limités. L’intérêt de leur
expérience réside dans le fait que, tout en appliquant des techniques de
prêt agricole similaires, elles se singularisent par leurs structures institu-
tionnelles et elles opèrent dans des milieux différents. Ce sont des micro-
Les leçons tirées du microcrédit
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 38
prêteurs urbains réussis qui étendent maintenant leurs opérations aux
zones rurales. Elles illustrent bien les possibilités d’adaptation de la tech-
nique de microcrédit urbain aux aspects spécifiques de la demande d’une
clientèle rurale.
La BAAC, la Calpiá et les CMAC ont élargi leur rayon d’action avec
beaucoup de succès et de manière durable. Elles sont active dans l’expé-
rimentation avec de nouvelles structures organisationnelles et opéra-
tionnelles, et ont mis au point des techniques de crédit qui leur permet-
tent de gérer les hauts coûts et risques associés au crédit fourni aux petits
ménages agricoles.
Le présent chapitre se concentre sur les facteurs inhérents à la gestion
des coûts et des risques en matière de crédit agricole. Il se compose de
deux sections. La première donne un bref aperçu du cadre institutionnel,
de la clientèle et de la performance de chaque institution faisant l’objet
des études de cas 13. La deuxième examine les stratégies adoptées pour
réduire les coûts et gérer les risques liés au crédit agricole, conformément
à l’analyse de la section 1.2.
38
3.1 STRUCTURE INSTITUTIONNELLE, CLIENTÈLE ET FONCTIONNEMENT
DE TROIS INSTITUTIONS DE CRÉDIT AGRICOLE
La BAAC (Bank for Agriculture and Agricultural Co-operatives) de
Thaïlande a été fondée en 1966 par un acte du parlement et son mandat
est d’appuyer le développement agricole. Elle opère sous la surveillance
du ministère des finances. En vertu de ses statuts initiaux, tous ses clients
devaient être des ménages d’agriculteurs, mais à la fin de 1998, la BAAC
a été autorisée à prêter à d’autres ménages ruraux.
La BAAC a étendu continuellement son rayon d’action, acquérant une
autosuffisance croissante et, en 1997, sa clientèle atteignait 3,4 millions
d’emprunteurs ruraux, soit 43 percent de tous les ménages ruraux du
pays.
La portée et le niveau d’autosuffisance de la BAAC la rangent parmi les
13 Les trois études de cas sont disponibles sur demande auprès de la GTZ et de la FAO.
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 39
principales banques de développement agricole du monde. Ses clients
sont servis grâce à un réseau de 657 succursales et sous-succursales et
plus de 850 bureaux de terrain. Les trois quarts des emprunteurs accè-
dent aux prêts par le biais de groupes à responsabilité solidaire. En
1998, la BAAC a fourni des prêts à environ 225 000 de ces groupes dans
l’ensemble du pays. Les prêts octroyés représentaient 92 percent des
prêts de la banque. La taille des groupes va de 5 à 30 membres, avec une
moyenne d’environ 15. Les emprunteurs à revenu plus élevé, qui peuvent
fournir des garanties conventionnelles, bénéficient directement de prêts
individuels.
Bien que la BAAC soit orientée vers les petits ménages ruraux, elle prête
aussi à des agriculteurs à revenu moyen et élevé. Elle applique des taux
d’intérêts supérieurs aux grands prêts octroyés à ces agriculteurs, qui
demande des prêts à la BAAC car ils n’ont pas facilement accès à
d’autres sources institutionnelles de crédit agricole. Environ 55 percent
du portefeuille de prêts consistent en montants qui dépassent les 4 000
dollars EU. Ces prêts vont aux agriculteurs moyens qui appliquent des
techniques agricoles modernes et sont en mesure d’offrir des garanties
pour leurs emprunts. Les intérêts obtenus sur ces prêts servent à couvrir 39
les coûts plus élevés des petits prêts octroyés aux ménages agricoles à
faible revenu.
En 1996, plus des deux tiers des clients de la BAAC vivaient dans les
régions les plus pauvres du pays. Cependant, rares sont les prêts dont
bénéficient les ménages les plus nécessiteux et la plupart des clients de la
BAAC sont des agriculteurs relativement stables. La taille moyenne du
prêt en 1996 était de 2 300 dollars EU. En outre, la banque fournit des
prêts aux ménages pauvres à des conditions concessionnelles dans le
cadre de programmes spéciaux du gouvernement.
Outre les services de crédit, la BAAC offre aussi des services de dépôt
d’épargne et une série de produits complémentaires, y compris des ser-
vices de commercialisation offerts aussi bien aux emprunteurs qu’à
d’autres. La BAAC accordait peu d’attention à la mobilisation des
épargnes jusqu’en 1980, année où son accès aux crédits subventionnés
du gouvernement et de la Banque de Thaïlande a cessé. Les fonds pro-
venant de la banque centrale consistaient pour l’essentiel en dépôts obli-
gatoires des banques commerciales. Depuis lors, le volume des dépôts
Le crédit agricole: les leçons du terrain
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 40
d’épargne s’est rapidement accru, augmentant ainsi le rapport entre les
dépôts et les prêts de la BAAC. Ce bon résultat a permis à la banque de
réduire sa dépendance vis-à-vis des financements du gouvernement et de
bailleurs de fonds extérieurs. Dans le cas des emprunts internationaux,
il a contribué à diminuer la vulnérabilité de la BAAC à l’égard des
risques de change. Cette nouvelle source de financement a coïncidé avec
une amélioration de la performance de la BAAC.
Les opérations de la BAAC se font en fonction des besoins de la clientè-
le et les services financiers sont impulsés par la demande. Cet aspect res-
sort du grand nombre d’emprunteurs qui renouvellent leurs demandes
de prêt et qui sont des clients de la banque depuis un grand nombre
d’années. La BAAC fournit des services de haute qualité grâce à son
réseau étendu de succursales et à la bonne gestion des prêts. L’utilisation
récente de lignes de crédit spéciales du gouvernement pour les opérations
d’urgence traduit aussi la sensibilité de la BAAC vis-à-vis des risques
auxquels sont exposés les agriculteurs en cas de catastrophes naturelles,
ou de bouleversements du marché et de fluctuations des prix extérieurs.
40 Depuis son établissement, la BAAC a bénéficié d’un grand nombre de
subventions et de privilèges gouvernementaux. Ils incluent l’accès aux
services de réescompte de la Banque de Thaïlande, l’exemption d’impôts
et l’exonération des réserves obligatoires. La BAAC jouit aussi d’un
accès privilégié aux dépôts d’épargne obligatoires des banques commer-
ciales. Bien que ces avantages aient diminué désormais, elle continue à
bénéficier de certaines ressources prêtables à des conditions favorables.
Cependant, aujourd’hui, ce sont les gains du portefeuille de prêts qui
représentent la principale source de revenu de la BAAC, preuves de son
efficacité et de son bon contrôle des coûts. Les provisions pour créances
douteuses sont également inférieures à celles des banques commerciales.
Pour la bonne performance de la BAAC, l’enjeu principal réside dans les
“programmes spéciaux” imposés par le gouvernement, qui octroient
encore du crédit agricole subventionné à des bénéficiaires ciblés. La
reconnaissance de l’effet négatif de ces programmes sur le rendement de
la BAAC a déterminé une réduction progressive de leur part dans le por-
tefeuille global de prêts. Servir les clients à faible revenu continue à
représenter un objectif principal de la BAAC. Des ajustements continus
et la mise au point de nouvelles techniques de crédit sont indispensables
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 41
pour réduire les coûts de gestion et améliorer le volume des rembourse-
ments. La BAAC a pu obtenir par ses propres efforts d’importants résul-
tats financiers, malgré la pression qu’exerce sur elle le gouvernement
pour la forcer à assumer la gestion d’un certain nombre de programmes
de prêts subventionnés.
Financiera Calpiá, El Salvador
La Financiera Calpiá a démarré comme fonds de crédit renouvelable de
l’AMPES (Association salvadorienne de moyens et petits entrepreneurs),
une association locale d’entrepreneurs. Grâce à l’appui de la GTZ,
l’AMPES a institué une division indépendante, le service du crédit, pour
gérer ses opérations de prêt. En 1995, cette organisation s’est constituée
en société par actions, devenant une institution financière réglementée,
la Financiera Calpiá.
La Calpiá est une institution financière formelle réglementée et contrô-
lée en vertu de la loi bancaire salvadorienne. Son nouveau statut et son
bon rendement lui ont permis d’accéder aux emprunts commerciaux des
banques locales, et ont réduit sa dépendance vis-à-vis du gouvernement
et des bailleurs de fonds. En outre, la Calpiá est autorisée à mobiliser des 41
dépôts. A l’avenir, ces dépôts constitueront une nouvelle source de fonds
prêtables.
Le but initial de l’AMPES était de fournir du crédit aux petites entre-
prises de la capitale, San Salvador. En 1994, son mandat de services de
prêt a été étendu aux zones rurales au titre d’un programme pilote. En
1995, l’AMPES s’est fixée l’objectif d’opérer à l’échelon national. De
fait, les petits agriculteurs d’El Salvador n’ont qu’un accès limité aux ser-
vices financiers formels. Au moment de la recherche de terrain, les opé-
rations de prêt rural et agricole de la Calpiá étaient encore relativement
limitées. En 1996, elle servait quelque 2 000 clients ruraux qui repré-
sentaient moins de 1 percent du nombre total de petits ménages ruraux
du pays. Cependant, le taux d’expansion du crédit rural octroyé aux
activités tant agricoles que non agricoles s’accroît régulièrement. A la fin
de 1997, la Calpiá administrait quelque 17 500 prêts et comptait 7 300
clients. Les prêts agricoles représentaient 92 percent du portefeuille total
de prêts ruraux, alors que les 8 percent restants allaient aux activités
commerciales, de service et agroindustrielles.
Le crédit agricole: les leçons du terrain
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 42
Pour le moment, la Calpiá vise à fournir des prêts à de “petits ménages
ruraux à faible risque“. Même si le prêt agricole en 1996 était inférieur
à 570 dollars EU en moyenne (97 percent des prêts sont inférieurs à 2
300 dollars), les clients sont des ménages agricoles relativement stables.
La plupart des emprunteurs possèdent des avoirs agricoles d’une valeur
approximative de 7 000 dollars EU, ont diversifié leurs sources de reve-
nu (y compris les remises de membres de la famille travaillant aux Etats-
Unis) et vivent dans des zones qui bénéficient d’un réseau d’infrastruc-
tures et de transport relativement bon. Bien que le but final soit d’at-
teindre les agriculteurs à faible revenu vivant dans des zones rurales plus
reculées, l’objectif à court terme de la Calpiá est d’améliorer le recou-
vrement des prêts octroyés aux emprunteurs existants.
L’AMPES a été fortement subventionnée depuis sa création et la Calpiá
continue à recevoir des fonds prêtables de donateurs et un appui au ren-
forcement de ses capacités institutionnelles et d’autres capacités. Ces
derniers temps, des banques commerciales lui ont également octroyé des
fonds à faible coût. Cette stratégie, dont l’objectif final est de réaliser
l’autosuffisance en ressources prêtables, vise à renforcer l’efficience du
42 crédit et à mobiliser l’épargne. Pour ce faire, les succursales et les ser-
vices de prêt devront couvrir intégralement leurs frais.
La qualité du portefeuille actuel est bonne pour les activités de crédit
urbain et rural. L’extension des activités aux prêts agricoles s’était soldée
initialement par un portefeuille de prêts ruraux de qualité médiocre. Ce
résultat était dû principalement à la nécessité d’ajuster les méthodes de
crédit appliquées, outre les difficultés et les coûts inhérents au service de
clients ruraux. La mentalité du crédit était insuffisante de même que la
discipline des emprunteurs ruraux, encore sous l’influence des pro-
grammes de prêts subventionnés du passé. En 1997, la Calpiá a sur-
monté ces déficiences initiales et a destiné 82 percent de ses prêts ruraux
au crédit agricole. A cette époque-là, les passations par profits et pertes
étaient inférieures à 0,7 percent des déboursements à des fins de crédit
rural.
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 43
Cajas Municipales de Ahorro y Crédito (CMAC), Pérou
Les CMAC forment un système de 12 banques d’épargne régionales
indépendantes et ont leurs sièges dans des municipalités à l’extérieur de
la capitale, Lima. Elles ont été constituées par le gouvernement péruvien
en 1980 dans le but explicite d’étendre les services financiers aux
ménages à faible revenu vivant hors de Lima. Les CMAC appartiennent
à la municipalité où elles sont situées et sont gérées par elle. La premiè-
re CMAC a été fondée à Piura en 1982. En 1987, la Federación Peruana
de Cajas Municipales de Ahorro y Crédito (FEPCMAC) a été créée
comme organisation de tutelle des CMAC. La FEPCMAC fournit une
assistance technique et des services de formation, et agit en qualité de
chambre de compensation pour la répartition des liquidités excéden-
taires parmi les différentes CMAC.
La plupart des CMAC opèrent exclusivement dans les zones urbaines et
65 percent des fonds prêtables sont alloués aux petites entreprises et aux
microentreprises. Cependant, en 1993, les CMAC de Sullana et d’Ica,
situées dans les zones rurales du Pérou, ont entrepris aussi des activités
de prêt agricole et rural. Dans la présente publication, l’analyse des
CMAC se concentre exclusivement sur ces deux banques d’épargne 43
rurales.
En 1996, 90 percent des prêts ruraux étaient affectés à l’agriculture.
Environ 80 percent des emprunteurs ruraux des CMAC sont classifié
par elles à la catégorie des agriculteurs à faible revenu dont certains sont
dépourvus de titres fonciers valables. Les 20 percent restants possèdent
des exploitations de petite ou moyenne taille. Les prêts agricoles sont
d’environ 1 600 dollars EU. Ceux qui sont alloués aux gros exploitants
produisent des gains qui servent à couvrir les coûts relativement plus éle-
vés des prêts octroyés aux agriculteurs à faible revenu.
Les CMAC sont des institutions financières formelles sujettes à la régle-
mentation et au contrôle de la Banque de réserve centrale et de la
Surintendance des banques. Bien qu’il s’agisse d’institutions financières
à but non lucratif, elles ont pour objectif la fourniture de services d’in-
termédiation financière efficaces aux districts provinciaux qu’elles des-
servent. L’Agence de coopération technique allemande (GTZ) et la
Banque interaméricaine de développement (BID) ont aidé les CMAC
dans leurs efforts de renforcer des capacités institutionnelles et d’autres
Le crédit agricole: les leçons du terrain
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 44
capacités. A l’heure actuelle, elles sont en cours de privatisation. Les
CMAC ont mobilisé depuis 1982 des dépôts d’épargne qui financent
environ 57 percent de l’ensemble de leurs prêts. Ces dépôts constituent
aussi la base d’une expansion ultérieure de leurs portefeuilles de prêts.
Bien qu’en 1993 les CMAC aient reçu de la BID des fonds assortis de
conditions concessionnelles, elles ont emprunté récemment un surcroît
de fonds à des taux commerciaux.
Les CMAC fournissent différents services: prêts à allouer aux petites
entreprises, prêts personnels et prêts sur gage. Tous les prêts sont
octroyés à des emprunteurs individuels. Les prêts aux entreprises repré-
sentent 65 percent de l’ensemble de leur portefeuille. Les CMAC ont fait
l’objet d’une expansion rapide et leurs avoirs totaux ont augmenté pas-
sant de 9,4 millions de dollars EU en 1992 à 90 millions en 1997. Cette
croissance est due au succès de leurs activités de mobilisation de
l’épargne et à leur accès à des emprunts aussi bien subventionnés que
commerciaux.
Le développement de leurs activités de prêt dans les zones urbaines et
44 rurales a accru notablement les revenus tirés des opérations financières.
L’expansion des services financiers fournis produit des économies
d’échelle et réduit les coûts de transaction financière en termes relatifs.
Les chargés de prêts servent un grand nombre de clients car ils ont
recours à des techniques de crédit appropriées. Les CMAC, comme la
Calpiá, n’ont pas encore un rayon d’action significatif dans le domaine
du crédit rural. En 1996, elles avaient servi moins de 1 percent des
ménages agricoles du pays. Bien que la qualité du portefeuille de prêts
ruraux soit parfois meilleure que celle des prêts urbains, les chargés de
prêts doivent encore surmonter chez les agriculteurs la vieille habitude
des subventions. Le tableau suivant présente un certain nombre d’indi-
cateurs clés relatifs à la portée et à la durabilité des trois institutions
financières faisant l’objet des études de cas.
3.2 GESTION DES COÛTS ET RISQUES DU CRÉDIT AGRICOLE
Dans la présente section seront évaluées les différentes stratégies qu’uti-
lisent les institutions faisant l’objet des trois études de cas pour gérer les
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 45
coûts et risques spécifiques inhérents au crédit agricole. Des principes
directeurs ou “meilleures” pratiques de crédit agricole ont été établis à
partir de ces expériences. Les auteurs sont fermement convaincus qu’il
n’existe pas de pratiques pouvant être qualifiées de “meilleures” et qui
soient applicables dans tous les cas. En effet, la mise au point de
meilleures techniques de prêt agricole et rural est un processus dyna-
mique et permanent qui oriente l’institution de crédit vers la satisfaction
des besoins spécifiques de la clientèle rurale. Les différents points exa-
minés ici concernent les catégories de coût et de risque décrites à la sec-
tion 1.2.
3.2.1 Réduction des Coûts
Dispersion de la clientèle rurale
La densité de population et le lieu de résidence des emprunteurs ruraux
ont un impact important sur la structure organisationnelle et opéra-
tionnelle d’une institution de crédit agricole. En effet, il est coûteux de
servir une clientèle rurale dispersée. Beaucoup des stratégies de réduc-
tion des coûts, comme on le verra ci-après, comportent au départ de
lourds frais généraux. Autrement dit, elles ne produisent pas des résul- 45
tats immédiats et leur efficacité devra être évaluée à long terme. Les
principales stratégies visant à réduire les coûts des transactions finan-
cières comprennent les suivantes:
Une structure décentralisée assure un taux élevé de couver-
ture des clients.
Maintenir un réseau étendu de succursales coûte davantage dans les
zones rurales que dans les zones urbaines. Les trois institutions de crédit
agricole ont mis au point différentes méthodes pour réduire ces coûts.
La BAAC a constitué un réseau national de succursales et de bureaux de
terrain à l’aide d’investissements financés par le gouvernement sur de
nombreuses années. Les opérations de prêt de la BAAC sont fortement
décentralisées. Au fil des ans, elle a créé une structure organisationnelle
efficace et un système informatique de gestion et de contrôle performant
pour son réseau étendu de succursales rurales.
Le crédit agricole: les leçons du terrain
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 46
Tableau 2
Indicateurs de rendement de la BAAC, de la Calpiá et des CMAC
PORTEE BAAC Calpiá CMAC
Nbre de succursales pratiquant 850 3 sur 6 6 sur 12
le crédit agricole (bureaux de
(1996) terrain >1 jour)
Nbre d’emprunteurs ruraux 2 435 836 1 991 4 572
(1996)
Encours des prêts octroyés à 5 589 1,4 7,3
des agriculteurs individuels
(millons $EU)
(1996)
Moyenne de l’encours des 2 286 450 1 607
prêts agricoles par
emprynteur ($EU)
(1996, 1997 pour la Calpiá)
Moyenne de l’encours des 3 024 1 909 2 545
prêts agricoles en % du
PIB par habitant)
46
DURABILITE
Encours des prêts ruraux 400-500 77-350 325-583 Sullana/
par chargé de prêts
(1996) 400 Ica
Arriérés sur les prêts 12,0% 6,2% 4,6%(>1 jour) Sullana/
agricoles/ruraux (1996) (>1 día) (<30 días) 3,7%(>30 jour) Ica
Frais de gestion des prêts en % 3,3% 20,4% 22,2%
de l’encours moyen
Dépenses financières en % de la 7,1% 9,1% 16,8%
moyenne de l’encours
moyenne des prêts
(1996)
Revenu financier en % de la 10,4% 39,4% 55,0%
moyenne de l’encours
moyenne des prêts
(1996)
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 47
Le modèle de banques régionales d’épargne auquel appartiennent les
CMAC a joué un rôle efficace en décentralisant les services financiers
vers les municipalités extérieures. Cependant, l’extension des services
financiers des CMAC vers les zones rurales est à l’origine d’enjeux
importants. En effet, les deux CMAC qui œuvrent dans le domaine du
crédit agricole n’ont pas de succursales rurales. Bien que des débats aient
été entamés sur l’établissement de sous-succursales ou de bureaux de ter-
rain, les initiatives ont été freinées par le montant élevé des frais géné-
raux et des coûts opérationnels. La CMAC de Sullana organise des
tournées de terrain de façon que les chargés de prêts puissent, par la
même occasion, rendre visite à des clients dont les paiements sont arrié-
rés et explorer des zones susceptibles d’offrir une nouvelle clientèle. La
sécurité représente aussi un grave problème au Pérou et en El Salvador
où tout déplacement d’argent par le personnel de banque est risqué,
voire dangereux.
L’efficacité des prêts en zone rurale dépend d’une bonne planification de
la charge de travail des fonctionnaires de prêts et de l’organisation des
transports. Pour économiser du temps et de l’essence, les membres du
personnel de la Calpiá ont l’habitude de transporter leur motocyclette 47
sur un camion lorsqu’ils visitent la région.
L’encadré qui suit présente l’exemple d’un système financier décentrali-
sé au Mali. Il met en évidence l’interaction d’une structure organisa-
tionnelle peu étoffée et du personnel de terrain minimal nécessaire pour
gérer les prêts et surveiller les remboursements.
La délégation du pouvoir de prêt peut réduire considéra-
blement les coûts de gestion.
Les opérations de prêt décentralisées de la BAAC favorisent une appré-
ciation fiable des prêts réalisée en temps opportun, et leur traitement et
leur gestion par le personnel de terrain. Les chargés de prêts évaluent les
demandes et recommandent les prêts qui ne dépassent pas 2 500 dollars
EU. Pour les approuver, il suffit de l’autorisation de la direction d’une
succursale. Les prêts supérieurs à 2 500 dollars sont approuvés par un
comité de prêts.
Le crédit agricole: les leçons du terrain
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 48
Les opérations de prêt décentralisées de la BAAC favorisent une appré-
ciation fiable des prêts réalisée en temps opportun, et leur traitement et
leur gestion par le personnel de terrain. Les chargés de prêts évaluent les
demandes et recommandent les prêts qui ne dépassent pas 2 500 dollars
EU. Pour les approuver, il suffit de l’autorisation de la direction d’une
succursale. Les prêts supérieurs à 2 500 dollars sont approuvés par un
comité de prêts.
Les chargés de prêt de la Calpiá doivent procéder en moins d’une semai-
ne à l’examen des demandes présentées pour la première fois. Au cours
de cette période, les demandeurs reçoivent une visite à domicile, une
appréciation du prêt est rédigée et la demande, ainsi que la recomman-
dation du chargé de prêts, est soumise pour approbation au comité des
prêts. Les prêts renouvelés sont traités encore plus rapidement, norma-
lement en deux ou trois jours. Les demandes de renouvellement sont
évaluées sur la base des informations recueillies à l’occasion du premier
prêt. Les emprunts inférieurs à 2 300 dollars sont approuvés par les
chargés de prêts et les différents niveaux des comités de prêts en fonc-
tion du montant en jeu. Les montants plus importants exigent davanta-
48 ge de temps car le financement doit être approuvé par le comité de prêts
de la commission de la Calpiá à San Salvador
Les procédures d’approbation des prêts mises au point par les CMAC
donnent au chargé de prêts l’autorité d’approuver les petits montants. Il
est secondé par un expert agricole qui agit en qualité de conseiller tech-
nique au fin de l’appréciation du prêt. Cet expert se charge aussi de la
formation des chargés de prêts. Pour les montants plus élevés, l’appro-
bation à divers niveaux du comité des prêts est nécessaire suivant l’im-
portance de l’emprunt. Les prêts ne dépassant pas 5 000 dollars EU sont
traités au niveau de la succursale.
Un personnel de terrain qualifié, bien formé et fortement
motivé renforce la productivité du crédit.
Pour assurer l’efficacité de l’évaluation et de la gestion décentralisée des
prêts, les trois institutions de crédit agricole, qui font l’objet des études
de cas, insistent sur l’importance du recrutement d’un personnel de ter-
rain approprié et de sa formation adéquate. La Calpiá, par exemple,
exige que les chargés de prêt œuvrant dans les zones rurales aient de
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 49
Encadré 3
Réduction des coûts dans un système financier décentralisé
Caisses villageoises d’épargne et de crédit autogérées (CVECA), Mali
Les caisses villageoises d’épargne et de crédit autogérées du Mali ont été constituées
en 1986 dans la région de Dogon. La CVECA du pays Dogon, qui est la plus grande
et la plus performante, servait 21 495 clients (17 percent de la population adulte de
la région) à la fin de 1996. A l’époque, son portefeuille de prêts s’accroissait de plus
de 50 percent par an, avec des crédits en retard de 2 percent seulement et un indice
de dépendance des subventions de 78 percent. La plupart des prêts étaient octroyés
pour des activités commerciales et de service, le crédit agricole étant limité à 13 per-
cent en 1996.
Réduction des coûts dans des structures institutionnelles décentralisées
Chaque CVECA établit sa structure organisationnelle, ses types de prêt, ses procé-
dures et ses conditions de crédit et les décisions se fondent sur une enquête de mar-
ché. La participation locale est très élevée car chaque CVECA appartient au village
où elle est située et est opérée par ce dernier. La transparence, la simplicité des pro-
cédures administratives et la limitation des formalités bureaucratiques sont essen-
tielles compte tenu du faible niveau d’alphabétisation des populations rurales. 49
Une structure organisationnelle dépouillée réduit considérablement les coûts. Avec un
personnel composé de deux caissiers et d’un comité des prêts, les frais généraux et les
coûts de gestion du prêt diminuent énormément. Les prêts sont approuvés par la
commission des CVECA après une évaluation du caractère du demandeur du prêt et,
dans une mesure moindre, de sa capacité de remboursement. Les activités de suivi du
prêt sont limitées et fondées essentiellement sur les informations recueillies locale-
ment. On recourt aux relations sociales traditionnelles en cas de recouvrement des
créances et application de remboursement.
Cependant, cette structure dépouillée fait que les CVECA ont du mal à apprécier et
à mettre en oeuvre les prêts efficacement. Dans certaines régions, des institutions du
deuxième niveau, qui fournissent des services de refinancement, de formation et de
vérification des comptes, ont été établies pour surmonter ces contraintes.
bonnes connaissances en matière d’agronomie et une longue expérience
de travail dans ces zones. Le personnel de terrain devrait être préparé à
servir des clients ruraux vivant dans des zones reculées et les chargés de
Le crédit agricole: les leçons du terrain
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 50
prêts doivent assumer la responsabilité de tous les stades du processus
de prêt. Ils reçoivent une formation approfondie en matière d’études de
marché, de techniques agricoles et de méthodes d’analyse financière et
d’appréciation des prêts. Le personnel nouvellement recruté travaille de
concert avec les chargés de prêts plus expérimentés qui agissent en qua-
lité de formateurs. Les résultats sont évalués pendant une période pro-
batoire de trois mois. Une fois qu’un nouvel agent de terrain a atteint le
statut de chargé de prêt, son rendement est étroitement surveillé.
Souvent des primes considérables basées sur le niveau de performance
viennent compléter le salaire.
Le roulement du personnel est un motif de préoccupation pour les insti-
tutions financières décentralisées en raison des efforts investis dans la
formation. Tant la Calpiá que les CMAC ont connu de tels problèmes
relativement à leur personnel administratif et elles les ont surmontés
grâce à des programmes d’incitations, à savoir des possibilités accrues de
promotion, la participation à des programmes de formation, le partage
des bénéfices et des visites à des projets en cours pour se familiariser avec
les opérations de terrain
50
Des procédures d’appréciation de prêt simplifiées réduisent
le temps nécessaire pour l’examen de la demande, l’appro-
bation et les déboursements relatifs.
La BAAC délègue aux chefs des groupes à responsabilité solidaire la
sélection des membres et l’examen de leurs demandes de prêt. Cette pro-
cédure réduit considérablement le temps nécessaire à la banque pour ins-
truire un dossier. En revanche, la Calpiá et les CMAC consacrent beau-
coup de temps au filtrage initial des clients et à l’appréciation des
demandes de prêts individuels. Cependant, ce processus d’examen est
très simplifié dans le cas des prêts renouvelés. L’objectif des deux insti-
tutions est d’introduire en zone rurale la technique de crédit utilisée par
la Calpiá en zone urbaine et connue sous le nom de “crédito automáti-
co“. Ce système permet aux emprunteurs, qui ont remboursé ponctuel-
lement quatre ou cinq prêts, d’éviter les procédures d’appréciation pour
les emprunts successifs. Ces mêmes clients sont évalués une fois par an
sur la base de la régularité de leurs remboursements. Cette mesure réduit
considérablement les coûts du filtrage en fixant automatiquement un
montant de prêt maximum. Plus de temps sera consacré au suivi des
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 51
remboursements des clients existants et à l’identification et à l’apprécia-
tion des nouveaux.
Des contacts étroits avec les organisations et les réseaux
locaux permettent d’obtenir des informations valables sur
les clients.
La participation active des organisations et communautés locales peut
réduire le temps et les coûts du filtrage des clients, de l’appréciation du
prêt et de son suivi. Tant la Calpiá que les CMCA ont établi un rapport
de collaboration avec les ONG et les agents de vulgarisation agricole
locaux. Ces organisations et ces agents sont en mesure de fournir des
informations précieuses sur la production locale potentielle, les risques
associés à l’agriculture et les emprunteurs éventuels.
La Calpiá et les CMAC coordonnent leurs services financiers avec les
services de soutien non financiers fournis par les ONG et les organismes
publics. La Calpiá, par exemple, échange des informations avec des ins-
titutions comme le CENTA (Centro Nacional de Tecnología
Apropriada), les agents de vulgarisation agricole du gouvernement et les 51
coopératives de producteurs. Le CENTA connaît bien l’état de la pro-
duction locale et les emprunteurs éventuels de la Calpiá.
Les CMCA collaborent aussi avec des ONG comme le CEDEP (Centro
de Estudios para el Desarrollo y la Participación) d’Ica, qui fournit des
services de vulgarisation agricole aux petits exploitants. Le CEDEP col-
labore avec les CMCA d’Ica à l’évaluation technique des demandes de
prêt. Il a également mis au point un plan conjoint de garantie des prêts
qui aide les emprunteurs victimes de difficultés réelles.
Des systèmes d’information de gestion efficaces fournissent
des renseignements valables.
La BAAC, la Calpiá et les CMCA utilisent des systèmes d’information
précis et actualisés qui facilitent la bonne gestion du portefeuille de
prêts. Ces systèmes permettent aussi de réaliser une analyse séparée des
coûts et des revenus des succursales, consentant par là le contrôle adé-
quat des coûts d’une institution financière décentralisée.
Le crédit agricole: les leçons du terrain
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 52
Caractère saisonnier de l’agriculture
Contrairement aux activités de crédit urbaines, la productivité des char-
gés de prêts agricoles est sujette aux fluctuations saisonnières.
La diversification du portefeuille de prêts ruraux, sous
l’angle de la localisation des clients et des motifs du prêt,
permet de répartir de façon plus homogène la charge de
travail du personnel.
Jusqu’à très récemment, la BAAC n’était pas autorisée à octroyer des
prêts à des fins de production non agricole. Cependant, grâce à la cou-
verture nationale et en raison de l’hétérogénéité des activités agricoles,
les fluctuations saisonnières de la demande de crédit agricole ont pu être
réduites. C’est ainsi que la charge de travail du personnel a été répartie,
au cours de l’année, de manière plus uniforme.
La Calpiá et les CMCA fournissent des prêts ruraux pour les activités
agricoles et non agricoles, ce qui permet aux chargés de prêts de servir
un grand nombre de clients et d’octroyer différents types de prêts. La
52 productivité du personnel en a bénéficié et les coûts des prêts déboursés
ont pu être réduits. Grâce à la diversification du portefeuille de prêts, les
chargés de prêts peuvent mieux organiser leur travail et s’occuper d’un
plus grand nombre de demandes.
Hétérogénéité de l’agriculture
Le caractère hétérogène de l’agriculture doit être pris en compte dans la
planification du portefeuille de prêts agricoles. Cette grande hétérogé-
néité de la production et des capacités de gestion des agriculteurs exige
un personnel de terrain spécialisé. En effet, seul un expert peut apprécier
les risques inhérents aux différentes activités agricoles et sélectionner des
agriculteurs emprunteurs éventuels.
Des connaissances solides en matière d’agronomie, de ges-
tion de l’exploitation et d’économie rurale sont indispen-
sables pour une bonne appréciation des prêts.
Les chargés de prêts doivent avoir des connaissances adéquates en matiè-
re d’agronomie et d’économie du ménage agricole pour bien apprécier
les demandes de prêts des ménages. Tant les CMAC que la Calpiá ont
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 53
accru le nombre des spécialistes agricoles travaillant dans les succursales
rurales en vue de former les chargés de prêts en matière d’appréciation
des demandes de crédit agricole.
Une évaluation réaliste de la demande de prêt agricole est
fondamentale pour bien planifier et gérer un portefeuille de
prêts.
Les CMAC et la Calpiá classent les ménages ruraux suivant leurs sys-
tèmes d’exploitation. Cette classification permet de mieux évaluer les
besoins financiers saisonniers des différentes entreprises agricoles et
d’élevage. Des études de marché sur la demande potentielle de prêts agri-
coles consentent d’améliorer la planification du portefeuille de prêts et
d’accroître le rendement de l’institution financière.
3.2.2 Gestion des risques
Risques relatifs à la production, au marché et aux prix
Evaluer les emprunteurs agricoles par type de risque.
53
Une évaluation des risques spécifiques associés aux diffé-
rentes activités de production agricole est essentielle pour
déterminer la vulnérabilité des prêteurs.
La classification des agriculteurs en fonction de leurs activités agricoles,
du type et de l’intensité d’utilisation du sol et de l’échelle des opérations
agricoles permet aux prêteurs d’évaluer les risques potentiels de diffé-
rents types d’agriculteurs emprunteurs. Les prêteurs devront identifier
les activités agricoles qui comportent les risques de crédit les plus élevés
dus à la variabilité de la production et des prix. Les risques liés à l’agri-
culteur emprunteur et, par là, les risques de crédit sont d’autant plus
grands que le revenu de l’exploitation est dégagé d’une seule activité
agricole.
L’appréciation du prêt devrait comprendre une évaluation
approfondie de la capacité de remboursement de l’emprun-
teur et de sa solvabilité; il faudra aussi tenir compte des
facteurs de risques extérieurs auxquels est exposée la pro-
duction agricole.
Le crédit agricole: les leçons du terrain
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 54
La BAAC simplifie l’évaluation de la capacité de remboursement des
membres de groupes à responsabilité solidaire en limitant la taille du
prêt à 60 percent du revenu annuel de l’emprunteur. La sélection et
l’examen des membres du groupe sont coordonnés par le chef du grou-
pe, qui assure la liaison avec le chargé de prêts de la BAAC. Les chargés
de prêts vérifient si les membres du groupe remplissent les conditions
d’admissibilité à l’emprunt. Ils doivent pour cela résider dans le même
lieu et emprunter des montants équivalents pour des activités de pro-
duction similaires. Ces conditions facilitent l’évaluation des risques de
crédit des membres du groupe.
Dans leurs procédures de prêt individuel, la Calpiá et les CMAC recou-
rent à des critères plus spécifiques pour évaluer l’admissibilité d’un
emprunteur. Elles exigent que les demandeurs de prêts: 1) possèdent au
moins un an d’expérience dans l’activité de production agricole pour
laquelle le prêt est demandé; 2) vivent dans une zone d’accès facile qui
comporte de faibles risques de production agricole (et des disponibilités
d’eau adéquates et sûres); 3) aient remboursé tous leurs emprunts pré-
cédents; 4) puissent satisfaire aux exigences de garanties des prêts
54 (consistant souvent en une combinaison de garants, de titres fonciers, de
biens ménagers); et 5) autofinancent jusqu’à 30 percent des coûts de l’in-
vestissement agricole qui sera cofinancé par les prêts demandés.
La Calpiá et les CMAC apprécient les prêts en évaluant le flux de tréso-
rerie du ménage agricole et vérifient la solvabilité ou la réputation de
l’emprunteur. Dans l’analyse du flux de trésorerie, toutes les sources de
revenu provenant des activités agricoles et non agricoles, ainsi que toutes
les dépenses du ménage, sont prises en compte. Du fait que la situation
nette de trésorerie dépend de toutes les sources de revenu, les ménages
ruraux ayant des revenus diversifiés sont plus susceptibles d’obtenir des
prêts plus élevés. Ces agriculteurs peuvent aussi rembourser leurs
emprunts en versements plus fréquents, réduisant ainsi le risque de
défaut de paiement pour le prêteur. L’analyse du flux de trésorerie per-
met au prêteur d’établir des modalités pratiques de remboursement du
prêt.
Les informations sur la solvabilité des emprunteurs éventuels occupent
une place centrale dans l’appréciation du prêt. La transparence des
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 55
affaires du client et la capacité de l’emprunteur de présenter un plan
d’investissement et une demande de prêt réalistes sont indispensables
pour le prêteur.
La Calpiá et les CMAC évaluent la compétence des agriculteurs emprun-
teurs en matière de production et de gestion et prennent en compte tous
les aspects pouvant influencer la production agricole. Les demandeurs
de prêts doivent avoir 1) un accès assuré aux facteurs de production
comme la terre et l’eau; 2) une bonne connaissance des méthodes de
réduction des risques de production; 3) des informations sur les prix du
marché et un accès facile aux intrants et aux débouchés; 4) des compé-
tences adéquates en matière de gestion de l’exploitation et de commer-
cialisation des produits agricoles; et 5) des sources de revenu multiples
pour financer leurs dépenses familiales.
La collecte d’informations détaillées sur le marché et les clients servant
à apprécier les prêts représente un investissement coûteux et payable
d’avance pour les institutions de crédit agricole. Toutefois, elle permet
d’obtenir des données de base sur les nouveaux emprunteurs.
Simultanément, la collecte facilite l’octroi successif de prêts à des clients 55
bien connus et en réduit les coûts. A mesure qu’augmentent les revenus
des emprunteurs, les chargés de prêts sont aussi à même d’estimer la
croissance de leur capacité de remboursement et de leur potentiel d’em-
prunt.
La collaboration avec des organisations qui connaissent
bien les agriculteurs permet de diminuer le coût des infor-
mations sur les clients et des risques courus par les prê-
teurs.
Les prêteurs agricoles peuvent réduire leurs risques de crédit en collabo-
rant avec les agents de vulgarisation locaux, les ONG et d’autres orga-
nisations qui fournissent des services d’appui non financiers et ont des
relations de longue date avec les agriculteurs emprunteurs. Grâce à cette
collaboration, ils peuvent obtenir des informations pertinentes sur l’état
de la production agricole, les capacités de gestion des exploitants ainsi
que leur solvabilité. Les risques seront d’autant moins grands que les
agriculteurs auront bénéficié d’une bonne assistance technique, notam-
Le crédit agricole: les leçons du terrain
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 56
ment ceux qui souhaitent étendre ou diversifier leurs activités agricoles.
Toutefois, l’adoption de nouvelles techniques peut comporter un sur-
croît de risques
Comme on l’a vu, tant la Calpiá que les CMAC collaborent avec les
ONG et les agents de vulgarisation. Ces trois types d’institutions de cré-
dit agricole ne fournissent que des services financiers mais dans l’enca-
dré ci-après figure un autre exemple. Il s’agit d’une institution financiè-
re coopérative qui a mis en œuvre une approche de “crédit-plus“.
Gestion des risques du portefeuille de prêts
Le crédit agricole devrait commencer dans les zones de
production qui présentent le moins de risques; les opéra-
tions pourront ensuite s’étendre progressivement à des
zones à risque plus élevé.
La Calpiá fournit des prêts agricoles à des zones pilotes en fonction des
critères suivants: 1) facilité d’accès et proximité d’une succursale; 2)
56 concentration d’un grand nombre de clients éventuels; 3) climat relati-
vement stable et approvisionnement en eau fiable. Une fois que la Calpiá
a consolidé ses opérations de prêt dans une zone pilote, elle les étend
progressivement à des zones présentant un risque plus élevé. C’est ainsi
que le crédit agricole passe des zones de cultures irriguées aux zones de
cultures pluviales.
La CMAC de Sullana a, elle aussi, commencé ses opérations de crédit
agricole en octroyant des prêts à des producteurs de fruits bien établis.
Ces investissements ont été estimés à faible risque. Initialement, les prêts
consistaient en des sommes relativement élevées (2 000 dollars EU) et à
long terme (jusqu’à deux ans). Les producteurs devaient fournir des
garanties de prêt conventionnelles comme une hypothèque sur leur terre.
Par la suite seulement, des prêts saisonniers à court terme pour les cul-
tures annuelles ont été octroyés, et ont rapidement constitué la part la
plus importante du portefeuille de prêts ruraux (90 percent en 1994). La
taille de l’exploitation moyenne de l’emprunteur a aussi été réduite pas-
sant de 3 à 2 hectares et le montant du prêt est tombé à 800 $EU. De
même, l’imposition de garanties s’est relâchée progressivement.
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 57
Des prêts individualisés et des calendriers de rembourse-
ment établis en fonction des moyens de l’emprunteur rédui-
sent le risque de défaut de paiement.
La BAAC applique des modalités de remboursement normalisées pour
ses groupes à responsabilité solidaire, ce qui veut dire que, par rapport
à d’autres banques, elle s’adapte avec moins de souplesse aux besoins de
crédit de chaque emprunteur. La croissance du montant prêté est aussi
beaucoup plus lente que pour les prêts individuels, en particulier si le
remboursement intégral est retardé par un défaut de paiement de la part
de certains membres du groupe.
En ce qui concerne les prêts individuels, la Calpiá et les CMAC établis-
sent des modalités de paiement compatibles avec les moyens de l’em-
prunteur et son relevé des remboursements. Le terme du prêt et les ver-
sements sont adaptés à sa capacité nette du flux de trésorerie. Les agri-
culteurs dont les activités ne portent que sur la production agricole rem-
boursent normalement leurs prêts en un seul versement après avoir
vendu leurs récoltes. D’autres, dont la base de revenu est plus diversifiée
et qui dégagent des revenus mensuels relativement plus stables d’activi- 57
tés non agricoles, de salaires ou de remises d’autres membres de la famil-
le, sont en mesure de rembourser leurs emprunts en versements pério-
diques.
Par un remboursement régulier, les agriculteurs établissent leur réputa-
tion de solvabilité et peuvent obtenir plus vite des prêts renouvelés d’un
montant accru.
Cependant, même s’ils peuvent payer régulièrement, les longues dis-
tances qui les séparent de la banque et les difficultés de transport les
poussent souvent à verser moins fréquemment des montants plus consis-
tants pour réduire le nombre des déplacements. Mais dans ces cas, les
emprunteurs ont moins d’occasions de démontrer leur régularité et le
prêteur doit prêter plus d’attention aux remboursements et à la capaci-
té du client de respecter ses engagements.
Le crédit agricole: les leçons du terrain
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 58
Encadré 4
Servicios financieros y no financieros
Financiera de Co-operativas Agropecuarias (FINACOOP), Honduras
L’Institut financier des coopératives agricoles (FINACOOP) est une institution finan-
cière autonome fondée en 1992 pour appuyer les coopératives agricoles. Ses clients
sont des producteurs agricoles et surtout de petits exploitants. A la fin de 1997, la
FINACOOP servait approximativement 15 500 agriculteurs, aussi bien directement
que par le truchement de 60 associations paysannes
Gestion des risques
Appréciation des prêts: la FINACOOP gère ses risques de crédit en soumettant les
emprunteurs à un filtrage sélectif pour vérifier leur solvabilité passée et leur capacité
de rembourser des prêts éventuels. Elle applique des critères d’évaluation stricts et
estime la capacité nette du flux de trésorerie du ménage agricole de l’emprunteur sur
une période de 15 mois. Toutes les sources de revenu et les dépenses (agricoles et non
agricoles) du ménage sont prises en compte. Elle collecte aussi les informations du
marché relatives aux prix actuels et prévus des intrants et de la production agricoles.
Du moment que la plupart des emprunteurs sont des membres d’une coopérative
agricole, cette organisation est à même de fournir des informations fiables sur les
emprunteurs éventuels.
Taux d’intérêt: La FINACOOP établit les taux de prêt sur la base du relevé des rem-
boursements et offre d’importantes incitations à rembourser rapidement les
emprunts. Aux clients qui ont des paiements arriérés seront imposés des taux d’inté-
58 rêt plus élevés pour leurs futurs emprunts. Simultanément, des taux d’intérêt plus
faibles sont appliqués aux clients qui se sont acquittés de toutes leurs obligations
contractuelles.
Promouvoir un bon remboursement du prêt: La FINACOOP fournit des prêts com-
patibles avec des besoins financiers spécifiques et avec la capacité de remboursement
de chaque emprunteur. Grâce à la haute qualité des services et au caractère person-
nalisé du prêt, les clients sont incités à rembourser et sont désireux de conserver leur
accès aux services financiers de l’institution.
Assistance technique: Une assistance technique obligatoire à la charge de l’agriculteur
non seulement améliore sa production mais réduit aussi les risques de crédit de la
FINACOOP. Bien que l’assistance technique représente un surcroît de coûts pour
l’emprunteur, ils sont compensés par les prix plus élevés payés pour des produits agri-
coles conformes aux normes internationales de qualité et susceptibles d’être certifiés.
Assurance: Les emprunteurs doivent aussi détenir une assurance sur la vie dont la
prime est fixée à 0,06 percent du montant mensuel du prêt. En cas de décès ou d’in-
firmité de l’emprunteur, l’assurance couvre le solde du prêt et les intérêts. Les
emprunteurs sont tenus également à assurer leurs garanties de prêt contre le vol, l’in-
cendie et les catastrophes naturelles pour un montant égal à 1 percent de la valeur de
ces garanties.
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 59
Un portefeuille de prêts diversifié protège les prêteurs agri-
coles contre les risques covariantes.
Les prêteurs agricoles diversifient leur portefeuille par une combinaison
de prêts à objectifs multiples ayant des échéances et un calendrier de
remboursement différenciés. Ils offrent également leurs services à des
catégories distinctes d’emprunteurs qui vivent dans des zones agroéco-
logiques différentes. Cependant, ces prêteurs devront établir un plafond
par zone pour le pourcentage et le volume du portefeuille de prêts affec-
tés à l’agriculture. Ils devront limiter l’incidence des risques dus aux
ravageurs, aux maladies et aux catastrophes naturelles sur l’ensemble du
portefeuille de prêts.
Bien que, jusqu’en 1998, la BAAC n’octroyait des prêts que pour des
activités agricoles ou des activités connexes, elle a su diversifier ses
risques de crédit de trois manières. Tout d’abord le crédit alloué au fonds
de roulement portait sur une gamme étendue de cultures et d’activités
d’élevage. Deuxièmement, elle offrait ses services à de petits et gros
exploitants exposés à différents types de risques de crédit.
Troisièmement, ses opérations de crédit agricole couvraient l’ensemble 59
du pays et sa vulnérabilité aux risques a diminué grâce à la diversité des
zones agroécologiques concernées.
Le portefeuille de prêts de la Calpiá est aussi très diversifié car les prêts
sont octroyés à des clients aussi bien urbains que ruraux. En outre, le
portefeuille de prêts ruraux couvre des activités non agricoles et agri-
coles et, pour ces dernières, les prêts ne dépassent pas 20 percent du
volume total. La couverture de différentes zones agroécologiques ayant
un climat et des systèmes d’exploitation différents a permis d’éliminer les
contraintes dues au caractère saisonnier et aux risques covariants du cré-
dit agricole. En outre, le portefeuille de prêts diversifié équilibre la char-
ge de travail des chargés des prêts, et les clients ayant des niveaux de
revenu et des besoins différents obtiennent une gamme différenciée de
produits de crédit. Pour la Calpiá, l’analyse du niveau de diversification
du revenu du ménage agricole fait partie intégrante de son appréciation
du prêt. Les agriculteurs qui ont de multiples sources de revenu peuvent
emprunter des montants plus importants.
Le crédit agricole: les leçons du terrain
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 60
Les CMAC limitent aussi la part des prêts agricoles à 30-35 percent de
l’ensemble du portefeuille, le restant étant alloué aux prêts urbains et
ruraux non agricoles. La clientèle des CMAC est plus homogène que
celle de la Calpiá. Un tiers des clients de la CMAC d’Ica ne plante qu’une
seule culture et, du fait que les CMAC sont exposées à une concentra-
tion de risques plus élevée, leurs critères d’admissibilité sont plus rigou-
reux. Ils comprennent l’obligation pour l’agriculteur de posséder un
réseau d’irrigation sur son exploitation.
Lorsque les agriculteurs sont touchés par des catastrophes naturelles, la
BAAC classe leurs défauts de paiement dans la catégorie des “arriérés
autorisés” et rééchelonne les versements sans coût additionnel pour
l’emprunteur. Cette mesure fait en sorte qu’aussi son accès futur au cré-
dit n’est pas affecté. En outre, la BAAC gère un fonds d’urgence qui est
partiellement subventionné au cas par cas par le gouvernement.
Environ le tiers de tous les prêts agricoles de la CMAC d’Ica reçoivent
l’appui d’un fonds de garantie opéré par une ONG locale. Les emprun-
teurs versent à l’ONG une redevance de 2 percent du montant prêté.
60 Dans les rares cas où le fonds de garantie a été utilisé, les prêts ont été
remboursés et le fonds a été reconstitué.
L’assurance récolte peut servir aux prêteurs pour se protéger contre un
défaut de paiement généralisé dû aux risques climatiques et à ceux du
marché. L’expérience montre que les assurances agricoles (comme les
programmes de garantie de crédit) sont difficiles à gérer. Aucune des
trois institutions de prêt étudiées ne prévoit de plans d’assurance.
L’utilisation éventuelle de ces plans comme outil de gestion des risques
de crédit agricole mérite une étude attentive. L’encadré ci-après présente
quelques principes directeurs pour une assurance récolte efficace mis au
point par la FAO.
Les incitations motivent le personnel et accroissent sa pro-
ductivité en matière de prêts.
Les trois institutions de crédit agricole recourent au système des primes
pour motiver leur personnel. La BAAC récompense les chargés de prêt
pour leurs activités de crédit et de mobilisation des épargnes. La qualité
du portefeuille de prêts est une référence importante pour les incitations
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 61
fondées sur le rendement. Celles-ci comprennent des récompenses moné-
taires (jusqu’à cinq mois du salaire de base par an) ainsi que des pro-
motions. Les succursales sont classées en fonction de leur performance
de remboursements des prêts, de la récupération des prêts retardés, du
nombre de clients servis, du montant moyen du prêt, du volume des
dépôts d’épargne et des bénéfices nets. Ces facteurs sont très importants
pour déterminer l’efficacité du personnel de terrain et établir ses niveaux
de rémunération.
Les membres du personnel de la Calpiá peuvent doubler leurs salaires
grâce aux primes qui atteignent parfois des niveaux supérieurs de 50
percent à ceux de postes comparables dans le secteur privé. Les primes
de la Calpiá et des CMAC dépendent du volume des prêts octroyés, des
caractéristiques des clients et de la qualité du portefeuille de prêts. A la
Calpiá, le personnel perd son accès aux primes si les prêts exigibles qui
dépassent 30 jours sont supérieurs à 3 percent du portefeuille. En
revanche, les chargés de prêts des CMAC perdent leurs primes si les
arriérés dépassent 5 percent
Une étroite surveillance des marchés et la connaissance des 61
risques de crédit sont essentiels pour les prêteurs agricoles.
Pour la BAAC, la Calpiá et les CMAC, la surveillance permanente des
conditions du marché fait partie intégrante de leurs systèmes de gestion
des risques et leur permet de modifier constamment leurs stratégies de
prêt. Par le biais de ses services de recherche, la BAAC surveille les mar-
chés de produits agricoles et les fluctuations saisonnières des prix. Les
CMAC n’octroient pas de nouveaux prêts pour certaines cultures en cas
d’excès de production et si une nouvelle fluctuation des prix est atten-
due. La Calpiá et les CMAC chargent leurs fonctionnaires de terrain de
surveiller le marché, mais ils devront élaborer des systèmes normalisés
de collecte des données et d’analyse des tendances du marché
Risques de type «aléa moral» dans des milieux de crédit déformés
Les emprunteurs devraient recevoir des informations
claires sur les modalités financières des prêts et l’obligation
de les rembourser.
Le crédit agricole: les leçons du terrain
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 62
La Calpiá et les CMCA doivent surmonter chez les petits agriculteurs
emprunteurs le problème de l’habitude à la subvention. Cette habitude
est le résultat des prêts subventionnés que les agriculteurs recevaient
dans le passé de banques de développement agricole publiques et, dans
certains cas, de bailleurs de fonds. Les deux institutions financières insis-
tent sur l’éducation du client et organisent régulièrement pour les nou-
veaux emprunteurs des séances d’orientation au cours desquelles ils
reçoivent des informations sur les conditions du crédit, telles que les
taux d’intérêt et les charges, les besoins de garanties et l’échéance des
prêts. On leur rappelle avec insistance leurs obligations contractuelles à
l’égard des prêts. Les différentes procédures de remboursement et les
mesures pour les y contraindre leur sont expliquées et on leur fournit des
informations sur les incitations qui récompensent un remboursement
ponctuel. L’objectif de l’éducation du client est de promouvoir une men-
talité correcte du crédit et d’instaurer un climat de respect mutuel entre
le prêteur et l’emprunteur.
La signature conjointe de contrats de prêt et la persuasion
morale sont des moyens efficaces de renforcer la discipline
62 du crédit.
Les CMAC exigent que le contrat de prêt du ménage soit signé tant par
la femme que par le mari. Cette mesure permet d’étendre le rapport prê-
teur/emprunteur à toute la famille et renforce le sentiment d’obligation
de l’emprunteur. Elle s’inspire de l’expérience du microcrédit où les
femmes emprunteurs représentent un élément de forte persuasion mora-
le.
Les contacts étroits entre le prêteur et l’emprunteur instau-
rent un climat de confiance mutuelle qui améliore la disci-
pline du crédit.
Les visites régulières des chargés de prêts améliore le rendement de l’ins-
titution financière. Le personnel de terrain de la BAAC, de la Calpiá et
des CMAC établit avec les emprunteurs un rapport personnalisé qui
favorise chez ces derniers une mentalité positive vis-à-vis de la banque.
Le caractère social de ce rapport et l’instauration d’un climat de confian-
ce réciproque sont les éléments de base d’une bonne discipline du crédit..
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 63
Encadré 5
Principes directeurs régissant l’assurance récolte
• Les programmes devront initialement être de dimensions modestes, se centrer sur
les principaux risques et ne se développer que progressivement; les nouveaux pro-
grammes devront porter au début sur des cultures dont les débouchés sont bien éta-
blis, comme le coton, les bananes, les graines oléagineuses et le tabac.
• Les programmes devront être gérés de manière efficace et se fonder sur le recou-
vrement des coûts et, si possible, établir des liens opérationnels avec les institutions
financières.
• Les contrats d’assurance volontaires tendent à attirer essentiellement les agricul-
teurs dont les investissements sont sujets à de graves risques. C’est l’une des princi-
pales raisons pour lesquelles les programmes d’assurance devraient normalement
être obligatoires.
• Les procédures d’établissement des indemnités et des primes devront se fonder sur
des principes actuariels.
• Les procédures d’évaluation des pertes et d’ajustement devront être objectives et
transparentes.
• L’accès aux réserves/réassurance est indispensable. La réassurance apporte un avan-
tage supplémentaire. Souvent, elle est la source de conseils techniques précieux 63
puisque les réassureurs contre les risques agricoles opèrent généralement à l’éche-
lon international et peuvent, dès lors, s’inspirer des expériences d’autres pays et
régions.
• Les programmes devront être adaptés continuellement aux besoins réels des agri-
culteurs emprunteurs et des prêteurs et les décisions sur les types de risques à cou-
vrir devront répondre à ces besoins.
Risques découlant de l’évolution des politiques nationales et interna-
tionales.
Les institutions de crédit agricole devraient être libres de
toute interférence politique dans leur gestion journalière.
L’appartenance à l’Etat et la structure administrative de la BAAC la ren-
dent vulnérable aux intérêts politiques. Néanmoins, elle a joui d’une
autonomie considérable dans ses opérations de prêt. Sa bonne gestion a,
dans une large mesure, neutralisé l’impact négatif d’intérêts politiques
Le crédit agricole: les leçons du terrain
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 64
éventuels. Elle a su faire face aux pressions exercées par le gouvernement
pour lui faire abaisser ses taux d’intérêt.
Le gouvernement a également insisté pour qu’elle gère des programmes
de crédit spéciaux à des conditions concessionnelles en faveur de
groupes cibles à faible revenu. Cependant, de nouveaux programmes
visant les zones défavorisées pourraient avoir un effet fâcheux sur la
situation future des remboursements.
L’appartenance de chaque CMAC à une municipalité particulière l’obli-
ge d’opérer en tant qu’institution financière strictement régionale. Les
municipalités peuvent affecter un certain pourcentage des bénéfices non
distribués accumulés par la banque d’épargne à des projets de dévelop-
pement local. Le sentiment de propriété qui en résulte renforce les res-
ponsabilités de l’administration locale vis-à-vis de la gestion de chaque
CMAC.
Dans le cadre de leur stratégie de gestion des risques, les
prêteurs agricoles sont tenus de surveiller les changements
64 intervenant dans les politiques et les marchés qui influen-
cent leur clientèle agricole.
Les expériences de la BAAC, de la Calpiá et de la CMAC montrent que
les prêteurs agricoles doivent avoir une connaissance approfondie des
marchés qu’ils servent. L’évolution des conditions de ces marchés dans
le temps pourrait se répercuter sur la production agricole et les capaci-
tés des agriculteurs de rembourser leurs prêts. Tant la Calpía que les
CMCA du Sullana soulignent le rôle important que jouent la collecte et
l’analyse des informations sur le marché dans la planification et la ges-
tion de leur portefeuille de prêts agricolesEn général, les populations
rurales à faible revenu ne possèdent pas les avoirs matériels exigés par
les banques comme garantie de prêt conventionnelle. C’est pourquoi les
prêteurs agricoles ont mis au point des systèmes novateurs et recouru à
différents types de garanties substitutives. La valeur de ces garanties est
psychologique plutôt que commerciale.
Les garanties substitutives remplacent les garanties conven-
tionnelles et peuvent représenter d’importantes incitations
au remboursement des prêts.
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 65
La BAAC, la Calpiá et les CMAC recourent à une variété de garanties
substitutives.
La garantie du groupe à responsabilité solidaire est celle privilégiée par
la BAAC pour ses opérations de prêts collectifs. Ce sont les groupes qui
sélectionnent leurs membres, des personnes résidant dans des zones voi-
sines, qui se connaissent bien et entre lesquelles règne un climat de
confiance réciproque. L’organisation du groupe est simple et son chef
assure la liaison avec la BAAC. Il n’existe pas de fonds collectif et aucu-
ne transaction financière indépendante n’est entreprise par le groupe. En
revanche, toutes les transactions financières se font directement entre la
BAAC et les membres du groupe. Cependant, la pression des pairs
s’exerce lorsque le prêt doit être remboursé, car de nouveaux prêts ne
seront octroyés que quand tous les membres auront payé intégralement
leur dette. En cas de paiements retardés, des pénalités sont imposées, et
aucun membre du groupe ne peut bénéficier de nouveaux emprunts
avant que tous les prêts soient remboursés. L’efficacité de ce mécanisme
est renforcée par le fait qu’il n’existe pas d’autres sources de crédit ins-
titutionnel disponibles pour les agriculteurs, et les emprunteurs sont
donc incités à s’acquitter promptement de leurs obligations.
65
La Calpiá et les CMAC exigent que les emprunteurs remettent des biens
en garantie de leur dette. Le type de garantie demandé est fonction de
l’importance du prêt. Dans le cas de petits montants alloués à des
emprunteurs à faible revenu, les biens nantis ont une valeur marchande
limitée mais une haute valeur aux yeux de leurs propriétaires qui auront
du mal à les remplacer. Normalement, ces biens comprennent des appa-
reils ménagers, du mobilier ainsi que du matériel agricole. L’efficacité de
la garantie se fonde davantage sur l’effet psychologique de leur cession
que sur leur valeur commerciale. Les institutions exigent des garanties
d’une valeur marchande réelle pour des montants plus élevés.
La Calpiá et les CMAC acceptent aussi des formes plus “symboliques”
de garantie de prêt. Il peut s’agir du dépôt auprès de la banque de titres
fonciers pendant la durée du prêt. Le nantissement des récoltes futures
et des épargnes familiales est aussi accepté, encore qu’il ne soit pas juri-
diquement applicable. Les garanties symboliques peuvent représenter
jusqu’à 50 percent de la valeur d’un prêt inférieur à 570 dollars EU.
Différentes garanties sont exigées en fonction du montant et des risques
perçus du prêt.
Le crédit agricole: les leçons du terrain
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 66
Les deux institutions financières recourent à des cosignataires ou des
garants pour tous les prêts, quel qu’en soit le montant, encore qu’il ne
s’agisse pas d’une exigence stricte. Elles font appel à deux types de
garants. Des “garants moraux” qui ont un rapport étroit avec la famil-
le de l’emprunteur sont exigés pour les petits montants. Leur rôle est
essentiellement de prévenir un « aléa moral ». Les “garants personnels”
sont soumis à la même évaluation que l’emprunteur et, en cas de défaut
de paiement, ils assument toutes les obligations du prêt. Les chargés de
prêts déterminent les besoins spécifiques de garanties pour chaque type
de prêt.
Pour des emprunts d’un montant moyen, il est obligatoire de fournir une
garantie enregistrée équivalent à 120 percent au moins de la valeur du
prêt, et qui peut être saisie légalement. En outre, la présence d’un garant
personnel est obligatoire. Les prêts plus importants (au-dessus de 5 500
dollars EU environ) doivent être garantis par une hypothèque, une
garantie bancaire ou des dépôts d’épargne à long terme. Les biens nan-
tis sont évalués suivant leur valeur marchande courante.
66
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 67
4 CONCLUSIONES
ET DÉFIS RESTANTS
La présente étude a examiné les défis que doivent relever les prêteurs
agricoles lorsqu’ils instituent et opèrent des services de prêt guidés par la
demande, accessibles aux petits ménages agricoles et durables. Ci-des-
sous est présenté un résumé des principales stratégies de crédit agricole
fondées sur les principes directeurs exposés au chapitre 3 . Elles servent
à réduire les coûts et risques des prêts octroyés aux petits exploitants.
Des annotations choisies sont fournies pour certains des principaux
aspects.
De nombreux problèmes restent irrésolus et cette étude s’achève en
exposant les plus importants. Ils formeront la base d’une recherche et
d’expérimentations futures en matière de crédit agricole.
4.1 STRATÉGIES DE RÉDUCTION DES COÛTS ET DE GESTION DES RISQUES
Réduction des coûts 67
Pour assurer leur portée et leur durabilité, les institutions de crédit agri-
cole devront s’employer activement à formuler des stratégies économi-
quement rentables de fourniture de crédits. En outre, elles devront
mettre au point des produits et des techniques de prêt appropriés. La
plupart des stratégies de réduction des coûts décrites ci-dessous com-
portent au départ des frais généraux élevés, ce qui veut dire qu’elles ne
donnent pas des résultats immédiats. En fait, il conviendra d’évaluer
attentivement leur rentabilité à long terme.
Stratégies visant à réduire les coûts du crédit agricole
• Utiliser une structure opérationnelle décentralisée et faire appel à des
chargés de prêts et/ou à des succursales itinérants.
• Déléguer le pouvoir de prêt au personnel de terrain.
• Recruter le personnel sur la base de ses connaissances en matière
d’agronomie, de gestion des entreprises et d’économie rurale.
• Fournir au personnel une formation adéquate et lui offrir des incita-
tions fondées sur le rendement.
• Simplifier les procédures de prêt.
• Filtrer les clients éventuels et apprécier les prêts en collaborant avec
Conclusions et défis restants
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 68
les organisations et les réseaux locaux (agents de vulgarisation agri-
cole, ONG et communautés).
• Installer un logiciel bancaire intégré pour obtenir des comptes précis
et immédiats et mettre en place un système d’information de gestion
efficace.
• Diversifier le portefeuille de prêts afin d’éliminer les déséquilibres de
la charge de travail du personnel dus au caractère saisonnier de
l’agriculture.
Annotations choisies
• Les institutions de crédit agricole nécessitent une structure opéra-
tionnelle adéquate pour répondre aux besoins de leur clientèle, à
savoir un personnel bien formé et motivé et des produits de prêt
appropriés. L’opération performante d’un réseau de succursales
rurales décentralisées dépend de la délégation du pouvoir de prêt au
personnel de terrain, de l’application d’un suivi et d’un contrôle
appropriés et de l’emploi d’un bon système d’information de gestion.
Les incitations fondées sur le rendement du personnel renforce la
motivation et la productivité des chargés de prêts. La collecte d’in-
68 formations de base sur le marché facilite l’identification de clients
éventuels. La classification des agriculteurs par système d’exploita-
tion et la description des facteurs de production et des principaux
produits agricoles facilitent la formulation de leur demande de pro-
duits de prêt. Les coûts inhérents à la collecte de renseignements spé-
cifiques sur la solvabilité et la capacité de remboursement des clients
peuvent être réduits considérablement par la collaboration avec les
organisations locales. Il est important d’établir des taux d’intérêt
conformes à ceux du marché afin de couvrir entièrement les coûts de
transaction du crédit agricole.
• L’adoption d’un logiciel bancaire intégré pour informatiser la comp-
tabilité et le système d’information est fortement recommandée. Des
données précises et disponibles en temps voulu sont indispensables
pour les prises de décisions d’une institution financière. Le système
“MicroBanking” de la FAO est un exemple de premier plan d’un tel
logiciel. A l’aide de systèmes bancaires informatisés, on peut établir
une base de données complète et unifiée à partir des dossiers des suc-
cursales. Elle contiendrait des informations pleinement intégrées sur
les clients, différents types de comptes et un grand livre. Ce type de
logiciel pourra fournir la comptabilité financière de chaque succur-
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 69
sale ainsi que la comptabilité unifiée de l’ensemble de l’institution
financière. Il serait possible, en fonction de la base de données inté-
grée, d’établir une série de rapports répondant aux besoins des usa-
gers.
Gestion des risques
Une gestion active de la part de l’agriculteur emprunteur et de l’institu-
tion financière est indispensable pour réduire les risques associés au cré-
dit agricole. Différents facteurs influencent la vulnérabilité dans ce
domaine. Le type et la gravité des risques auxquels s’exposent les agri-
culteurs varient en fonction du système d’exploitation, de la production
agricole, des conditions météorologiques et des politiques économiques
et agricoles en vigueur. Les prêteurs agricoles doivent affronter des
risques covariantes élevés de crédit et de trésorerie.
Stratégies visant à réduire les risques de crédit agricole
• Renforcer la base des informations nécessaires aux prêteurs agricoles
par les mesures suivantes:
- identifier les risques de types spécifiques d’activités agricoles;
- collecter l’information sur le relevé des remboursements et la solva- 69
bilité des clients ruraux éventuels;
- évaluer la capacité de remboursement des demandeurs de prêts;
- surveiller les politiques et les marchés des produits agricoles qui
intéressent les agriculteurs.
• Commencer les activités de crédit agricole dans des zones agroécolo-
giques qui présentent de faibles risques de crédit et étendre les opé-
rations progressivement à des zones plus à risque;
• Débuter avec de petits montants prêtés à court terme, accroître le
volume et allonger le terme du crédit pour les prêts renouvelés.
• Personnaliser les types de prêt agricoles et les modalités de rembour-
sement conformément à la capacité effective des clients agriculteurs
et à leur conduite antérieure.
• Ajuster, dans le cas de prêts collectifs, la taille et la composition des
groupes d’agriculteurs à responsabilité solidaire conformément aux
conditions locales.
• Réduire les risques de crédit agricole par une bonne diversification
des autres actifs et du portefeuille de prêts.
• Gérer les risques de crédit extérieurs par un rééchelonnement pru-
dentiel du prêt; si possible, utiliser des mécanismes d’assurance
Conclusions et défis restants
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 70
viables au plan commercial; mobiliser, dans le cas de graves catas-
trophes naturelles, une aide d’urgence pour financer des donations
destinées à remettre en état les biens endommagés des clients agri-
coles.
• Octroyer des primes au personnel pour encourager la productivité de
leurs activités de prêt et pour récompenser la bonne qualité du por-
tefeuille.
• Promouvoir une bonne culture et une discipline rigoureuse du crédit
par l’éducation des clients et la persuasion morale.
• Instaurer un climat de confiance réciproque entre le prêteur et l’em-
prunteur par l’établissement et le maintien de relations étroites entre
les chargés de prêt et les agriculteurs.
• Utiliser des garanties substitutives et fournir aux emprunteurs des
incitations qui les encouragent à s’acquitter promptement de leurs
obligations.
Annotations choisies
• La base d’une bonne gestion des risques est l’information de haute
qualité. Les prêteurs agricoles devraient recueillir des renseignements
70 sur l’incidence de la sécheresse, des inondations, des maladies végé-
tales et animales et d’autres risques relatifs à la production agricole.
Les prêteurs devraient connaître les mécanismes de réduction des
risques disponibles comme l’irrigation et l’assurance. Ils devront col-
lecter des données sur les marchés et les prix des intrants et des pro-
duits agricoles les intéressant. Ils devront se tenir au courant des poli-
tiques économiques et agricoles en vigueur ainsi que des changements
qui interviennent. Par ailleurs, les prêteurs devront récolter des infor-
mations spécifiques sur la solvabilité et la capacité de remboursement
d’agriculteurs clients éventuels. Les opérations et conditions de prêt
d’autres intermédiaires financiers et les expériences présentes et pas-
sées des programmes de crédit agricole devront aussi être surveillées.
• Une fois que les prêteurs auront une idée générale de la demande
effective de prêts agricoles et des risques de crédit, ils devront choisir
les types et les techniques de prêt les mieux adaptés à des catégories
spécifiques d’agriculteurs emprunteurs. Il est recommandé de nor-
maliser, autant que faire se peut, les conditions et les termes du prêt.
Le prêteur pourra en accroître la souplesse à mesure qu’il connaît
mieux ses nouveaux clients ruraux. Les emprunteurs qui se présen-
tent pour la première fois recevront de petits montants, même si le
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 71
coût unitaire de ces prêts est élevé. De même, les taux d’intérêt
devraient être simples et uniformes au début. Plus tard on pourra
fixer des taux différenciés en fonction du type et du montant du prêt.
La fréquence des versements effectués pour rembourser un prêt
dépend de la capacité de paiement de l’agriculteur emprunteur. Les
prêts exigibles devront être traités sans retard. On pourra utiliser les
techniques de crédit aussi bien individuel que collectif. Elles se diffé-
rencient par la méthode de filtrage du client, l’appréciation du prêt,
les garanties exigées, le suivi du prêt et son recouvrement. En géné-
ral, les prêteurs devront être disposés à ajuster leurs techniques de
prêt et être à même de le faire.
• La diversification du portefeuille de prêt sert à protéger les prêteurs
agricoles contre la concentration des risques covariantes auxquels
sont exposés les agriculteurs emprunteurs. On la réalise en octroyant
des prêts à divers types d’agriculteurs pour des motifs et avec des
termes différents. En outre, il faudra choisir les clients dans diffé-
rentes zones agroécologiques. Cependant, les prêteurs devront fixer
des plafonds pour le volume et le pourcentage des prêts agricoles. Ils
devront établir des limites par zone à leur portefeuille de prêts et
pour le portfolio globale afin de réduire la concentration des risques 71
dus aux mauvais temps, aux ravageurs, aux maladies et aux catas-
trophes naturelles.
• Souvent les institutions de crédit agricole doivent surmonter chez les
petits exploitants l’habitude aux prêts subventionnés octroyés par les
banques de développement agricole publiques, les bailleurs de fonds
et les ONG. C’est pourquoi il faudra que les institutions financières
rurales insistent sur l’éducation des clients et renseignent les emprun-
teurs éventuels quant aux procédures et conditions des prêts.
Notamment, elles devront rappeler aux agriculteurs leurs obligations
de rembourser leur emprunt et les différents mécanismes de mise en
application des dispositions contractuelles. Les incitations spéci-
fiques qui récompensent les remboursements ponctuels devront leur
être illustrées. L’objectif général de l’éducation du client est de pro-
mouvoir une mentalité positive du crédit où s’instaure un climat de
confiance et de respect mutuels entre le prêteur et l’emprunteur.
Conclusions et défis restants
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 72
4.2 AUTRES DÉFIS A RELEVER DANS LES ACTIVITÉS DE CRÉDIT AGRICOLE
L’octroi de prêts aux petits ménages ruraux reste une question épineuse.
Les coûts et risques sont élevés et variés. La dispersion des clients
ruraux, les difficultés et les hauts coûts du transport et des communica-
tions, l’hétérogénéité des activités agricoles et des compétences en matiè-
re de gestion font du crédit agricole octroyé aux petits exploitants une
entreprise coûteuse. Les risques élevés de la production agricole, conju-
gué à la nature politique de la production agricole et vivrière, explique
pourquoi le crédit agricole est risqué. Il n’existe qu’un nombre limité de
mécanismes disponibles pour réduire ces risques. De nombreux défis
demeurent et feront partie d’un programme de recherche futur.
Besoin d’un cadre directeur de financement agricole adéquat
Les programmes d’ajustement structurel ont servi à créer un environne-
ment macro-économique plus favorable dans les pays en développe-
ment. Cependant, les réformes du marché et la privatisation en cours
72 n’ont pas encore amélioré de manière appréciable la fourniture de ser-
vices de soutien à l’agriculture. Elles n’ont pas non plus accru son effi-
cacité. Au contraire, les petits exploitants ont souvent moins accès aux
services bancaires ruraux et au crédit agricole formel qu’auparavant.
Une des principales raisons de ce phénomène réside dans l’absence d’un
cadre directeur financier rural et agricole adéquat. La formulation de
politiques de financement agricole se complique aussi par le caractère
politiquement sensible de l’agriculture. Trois politiques influencent les
populations rurales et les agriculteurs: la politique macro-économique,
la politique du secteur financier et la politique du secteur agricole. Un
financement agricole réussi dépend de la bonne intégration de ces trois
domaines qui doivent traduire les points de vue de tous ceux qui parti-
cipent à la formulation des politiques, à leur mise en application, à leur
suivi et à la collecte des informations en retour. Dans une publication
précédente de la série Nouveau regard sur le financement agricole, AFR
No.2 - Le financement agricole: emprunter la voie juste ajuster les poli-
tiques, la FAO et la GTZ ont analysé cette question. Elles ont conçu un
diagnostique méthodologique servant à évaluer un système de formula-
tion de la politique agricole dans un pays donné. Cet outil peut aussi
contribuer à la mise au point d’une nouvelle politique de financement
agricole et rural au niveau national.
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 73
Hétérogénéité de l’agriculture
Les multiples aspects de la production agricole et de la gestion des
exploitations posent des contraintes mais offrent aussi des possibilités
aux prêteurs agricoles et ruraux. S’il est vrai qu’il ne serait pas réaliste
de vouloir normaliser les services et les conditions de prêt, il n’en demeu-
re pas moins que leur personnalisation accroîtra les coûts de transaction
pur les prêteurs. Les occasions d’investissements agricoles et non agri-
coles viables permettent de fournir toute la gamme des produits et des
autres services financiers dont ont besoin les agriculteurs et les clients
ruraux. Il sera ainsi possible de diversifier le portefeuille de prêts et de
réduire la concentration des risques de crédit. Les prêteurs devront être
capables de concevoir de nouveaux produits de prêts et être disposés à
le faire. Ils devront adopter des techniques de prêt compatibles avec la
capacité de remboursement des agriculteurs emprunteurs éventuels.
Pour ce faire, ils devront bien connaître les systèmes d’exploitation, les
marchés des produits agricoles et l’économie des ménages ruraux et
agricoles. Au début, il leur conviendra de servir les clients ruraux qui
présentent les risques les plus faibles.
73
Appréciation et suivi des prêts
Des techniques d’appréciation novatrices et le suivi constant des prêts
contribueront à réduire les risques de crédit. Cependant, le problème des
hauts coûts du crédit agricole demeure. Il est dû à la dispersion de la
clientèle rurale, aux coûts élevés de transport, aux frais de démarrage
d’un réseau décentralisé de succursales rurales et aux coûts de la collec-
te des informations.
La collaboration avec les organisations locales peut être extrêmement
utile pour réduire le coût de la collecte d’informations sur les clients. On
peut offrir aux agriculteurs emprunteurs des services de soutien non
financiers de base, comme la vulgarisation agricole et la formation en
matière financière et de gestion des entreprises.
Techniques de prêt
Le choix entre les prêts individuels et les prêts collectifs est étroitement
lié au type de clients qui seront servis, à la structure opérationnelle et à
la portée de l’institution financière, ainsi qu’à l’importance relative des
Conclusions et défis restants
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 74
stratégies de réduction des coûts ou des risques. Les prêteurs agricoles
qui ont affaire à des groupes à responsabilité solidaire, par exemple,
devront comprendre que l’homogénéité et la taille du groupe a un effet
direct sur la solidarité des membres et la pression des pairs. En général,
les groupes d’emprunteurs ruraux devront être plus limités que les
groupes urbains. Les coûts potentiels de la constitution et de l’organisa-
tion du groupe, de la collecte d’informations sur les membres et du suivi
du prêt par les autres membres du groupe sont très élevés. Les hauts
risques covariants des revenus agricoles et ruraux donnent à penser que
des groupes ruraux hétérogènes permettraient de réduire davantage les
risques de crédit. Cependant, une hétérogénéité excessive peut aboutir à
la diversification exagérée des services, des montants et des conditions
de prêt entre les membres du groupe. En tout état de cause, les prêteurs
devront être disposés à changer leurs techniques de prêt dans le temps.
La “progression” individuelle de l’emprunteur devra être consentie aux
membres du groupe qui avancent le plus rapidement et qui sont capables
d’administrer des montants importants.
Possibilité d’utiliser des services bancaires électroniques
74
Les nouvelles techniques d’information fournissent d’amples possibilités
d’introduire des innovations: informatisation des opérations bancaires,
traitement électronique des données et mise au point de nouveaux pro-
duits de crédit agricole. C’est ainsi qu’une banque rurale en Inde parrai-
née par la Bank of Baroda a lancé un programme de cartes de crédit. Les
agriculteurs qui disposent de ces cartes peuvent obtenir, sans formalités
additionnelles, des avances par âcre de terre jusqu’à un plafond établi.
Un autre exemple est l’emploi de cartes à mémoire qui permettent aux
agriculteurs d’obtenir des prêts des détaillants d’engrais ou d’autres
intrants agricoles. Ce type d’emprunt peut s’avérer très rentable pour le
prêteur.
Services de crédit à terme
Les prêts agricoles ont une durée relativement longue, ce qui fait que la
concordance des actifs (prêts) et des passifs (sources de fonds) est un
problème clé à affronter. La difficulté de mobiliser suffisamment de res-
sources pour les prêts à long terme, à des conditions financières raison-
nables, limite la capacité des prêteurs agricoles et ruraux de satisfaire la
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 75
demande de prêts à moyen et long terme. Pour se procurer des fonds prê-
tables à long terme, l’institution financière devra accroître ses fonds
propres en conservant ses bénéfices ou négocier des emprunts à long
terme avec des organisations de développement et des institutions mul-
tilatérales de financement pour le développement. Elle peut aussi se pro-
curer des fonds par l’émission d’obligations à moyen et long terme et par
la création d’une banque d’affaires affiliée, comme la Banque
Coopérative du Kenya (voir AFR No.4).
Gestion des liquidités
La non-concordance des échéances des actifs et des passifs expose l’ins-
titution financière à de hauts risques de trésorerie. Une bonne gestion de
trésorerie joue un rôle important dans le crédit agricole. La situation des
liquidités des prêteurs est influencée, notamment, par le caractère sai-
sonnier des activités agricoles. Une gestion de trésorerie attentive est
aussi nécessaire en cas de fluctuations importantes des prix des produits
ou de catastrophes naturelles. Dans ces cas, le retrait des épargnes
rurales et la demande de nouveaux prêts sont simultanés. Les prêteurs
agricoles ont besoin d’informations fiables sur le moment de débourser 75
le prêt et sur l’échelonnement des remboursements pour bien planifier et
gérer leurs besoins de liquidités. Il faudra disposer de suffisamment de
fonds au début de la campagne agricole et minimiser autant que possible
les hauts coûts découlant de fonds prêtables inutilisés.
Arrangements de crédit agricole interdépendants
De nos jours, suite à l’effondrement ou à la restructuration des banques
de développement agricole et au désengagement de l’Etat, des bailleurs
de fonds et des organismes de développement du financement agricole et
rural, des accords de crédit interdépendants conclus avec des institutions
non financières sont souvent, pour les petits exploitants des pays en
développement, le seul moyen de financer la production agricole. C’est
ainsi que, d’une part, les financements commerciaux traditionnels et,
d’autre part, les formes plus novatrices d’accords agroindustriels,
comme les programmes de plantations-satellites et l’agriculture sous
contrat, sont apparus ou ont réapparu récemment dans de nombreux
pays africains. Relier la fourniture d’intrants agricoles au crédit et à la
commercialisation de la production donne aux agriculteurs l’avantage
Conclusions et défis restants
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 76
d’une orientation vers le marché et de meilleurs débouchés. Les petits
exploitants, dont le pouvoir de négociation est faible, pourraient être
pénalisés par les bas prix offerts injustement pour leurs produits. Il fau-
dra mettre en place des services de soutien de base lorsque l’on élabore
des systèmes de renseignements sur le marché, afin de fournir aux agri-
culteurs de meilleures informations et des services de consultation en
matière de gestion des entreprises. Simultanément, on pourra aider les
agriculteurs à former des organisations paysannes performantes.
Beaucoup de recherche est encore nécessaire à cet égard.
Le service de la commercialisation et des financements ruraux de la FAO
a récemment envisagé la préparation d’un guide sur l’agriculture sous
contrat. Divers types d’accords contractuels, leurs avantages et désavan-
tages pour l’agriculteur et pour l’entrepreneur, les différentes sources de
fonds et les principales conditions d’un accord réussi seront examinés
dans cette étude.
76
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 77
REFERENCES
Adams, D.W. et Fitchett, D.A. (éd.). Informal Finance in Low-Income
Countries. Westview Press. Boulder, Colorado.
Adams, D.W., Graham, D.H. et Pischke, J.D. von (éd.). 1984.
Undermining Rural Development with Cheap Credit. Westview
Press. Boulder, Colorado.
Armendariz de Aghion, B. 1994. On the Design of a Credit Agreement
with Peer Monitoring, DER No. 55, Development Economics
Research Programme, London School of Economics.
Aryeetey, E. 1997. Rural Finance in Africa: Institutional Developments
and Access for the Poor. University of Ghana, Legon.
BAAC. 1997. Rapport annuel. Bangkok.
Banque mondiale. 1989. World Development Report 1989.
Washington, D.C.
Batz, F.J. 1997. Demand Patterns of Farmers and their Implications for
the Supply of Financial Services by Financial Institutions. Compte
rendu de discussions, GTZ, Eschborn.
Baydas, M., Graham, D.H. et Valenzuela, L. 1997. Commercial Banks
in Microfinance: New Actors in the Microfinance World. Document 77
préparé pour: Microenterprise Best Practices, Development
Alternatives, Inc. Bethesda, MD.
Benavides, M. 1996. Cajas Municipales de Ahorro y Crédito del Perú,
Context and Outreach. Lima.
Besley, T. et Coate, S. 1995. Group Lending, Repayment Incentives and
Social Collateral. Journal of Development Economics, Volume 46,
No.1, p. 1-18.
Biggs, T.S., Snodgrass, D.R. et Srivastava, P. 1993. On Minimalist
Credit Programs. Savings and Development 1, XV, p. 39-50.
Binswanger, H.P., Khandher, S.R. et Rosenzweig, M.R. 1993. How
Infrastructure and Financial Institutions Affect Agricultural Output
and Investment in India. Journal of Development Economics,
Volume 41, No. 3, p. 337-366.
BMZ (Bundesministerium für wirtschaftliche Zusammenarbeit). 1994.
Document d’orientation. Financial Systems Development -
Promotion of Savings and Credit. Bonn, Allemagne.
Bouman, F.J.A. 1995. Rotating and Accumulating Savings and Credit
Associations: A Development Perspective. World Development,
Volume 23, No. 3, p. 371-384.
References
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 78
Bouman, F.J.A. et Hospes, O. (éd.). 1994. Financial Landscapes
Reconstructed, The Fine Art Mapping Development. Boulder,
Oxford.
Bredenbeck, K. 1997. Savings Mobilisation: Lessons from the Peruvian
Municipal Savings Banks in Trujillo and Sullana. Savings and
Development, No. 2, vol. 21, p. 87-109.
Burnett, J. 1996. Etude de cas: Financiera Calpiá, S.A., El Salvador - an
Organizational Review, Individual Micro Lending Research Project.
Burnett, J., Cuevas, C. et Paxton, J. 1999. The Cajas Municipales de
Ahorro y Crédito. Sustainable Banking for the Poor, Washington,
D.C.
CGAP (Consultative Group to Assist the Poor). 1998. Savings
Mobilization Strategies: Lessons from Four Experiences. Focus Note
No. 13, Washington, D.C.
Christen, R.P., Rhyne, E., Vogel, R.C. et McKean, C. 1995. Maximizing
the Outreach of Microenterprise Finance: An Analysis of Successful
Microfinance Programs. USAID Program and Operations
Assessment Report No. 10. Washington, D.C.
Coffey, Elizabeth. 1998. Le financement agricole: emprunter la voie
78 juste. FAO, GTZ, Nouveau regard sur le financement agricole (AFR),
No. 2, Rome.
David, C.C. et Meyer, R.L. 1980. Mesuring the Farm Level Impact of
Agricultural Loans. In John Howell, éd. Borrowers and Lenders:
Rural Financial Markets and Institutions in Developing Countries.
Overseas Development Institute, Londres.
Donor Working Group on Financial Sector Development. 1995. Micro
and Small Enterprise Finance: Guiding Principles for Selecting and
Supporting Intermediaries. Washington, D.C.
Ellis, F. 1988. Peasant Economics. Farm Households and Agrarian
Development. Cambridge, New York, Port Chester, Melbourne,
Sidney.
Erhardt, W. 1996. Die Nachfrage von Kleinunternehmen in
Entwicklungsländern nach Finanzdienstleistungen, Kunden präferen-
zen und Bedarfsbefriedigung - dargestellt am Beispiel der Financiera
Calpiá in El Salvador. Thèse de maîtrise. University of Hohenheim.
Esguerra, E.F., Nagarajan, G. et Meyer, R.L. 1993. From Trader to
Lender in the Philippines: Interlinked Contracts from a Financial
Market Perspective.
Eswaral, M. et Kotwal, A. 1989. Credit as an Insurance in Agrarian
Economics. Journal of Development Economics. No. 31, p. 37-53.
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 79
FAO, 1991. Stratégies pour la planification de l’assurance-récolte, par
Roberts, R.A.J. et Dick, W.J. FAO Agricultural Services Bulletin 86.
Rome.
FAO, GTZ. 1998. Nouveau regard sur le financement agricole:
Pourquoi? FAO, GTZ. Nouveau regard sur le financement agricole
(AFR) No. 1. Rome.
Fiebig, M. (en préparation): Règles prudentielles et contrôle du finance-
ment agricole. FAO. GTZ Nouveau regard sur le financement agri-
cole (AFR) No. 5, Rome.
Financiera Calpiá, S.A. 1995. Reglamentación Vigente para el
Ortogamento de Créditos Agropecuarios.
Financiera Calpiá, S.A. 1995. Memoria de Labores 1995. San Salvador.
Financiera Calpiá, S.A. 1994. Financiera para La Micro y Pequeña
Empresa, Plan de Factibilidad (Resumen). El Salvador.
Fitchett, D. 1999. Bank for Agriculture and Agricultural Cooperatives
(BAAC), Thaïlande (étude de cas). In Hannig, A. et Wisniwski, S.
(éd.). Challenges of Microsavings Mobilization - Concepts and Views
from the Field. CGAP Working Group on Savings Mobilization.
BMZ, GTZ, Eschborn.
Fruman, C. et Goldberg, M. 1997. Microfinance Practical Guide. 79
Sustainable Banking with the Poor and CGAP. Banque mondiale.
Washington, D.C.
Ghate, P. et al., 1992. Informal Finance: Some Findings from Asia.
Banque asiatique de développement. Manila.
Giehler, T. 2001. Sources de fonds du crédit agricole. FAO, GTZ,
Nouveau regard sur le financement agricole (AFR) No. 4. Rome.
Gonzalez-Vega, C. et Graham, D.H. 1995. State-Owned Agricultural
Development Banks: Lessons and Opportunities for Microfinance.
GEMINI Technical Report. No. 89. Development Alternatives Inc.,
Bethesda, Maryland.
Gurgand, M., Peterson, G. et Yaron, J. 1996. Rural Finance in Sub-
Saharan Africa, Savings and Development. No. 2, 135-169.
Hannig, A. et Wisniwski, S. (éd.). 1999. Challenges of Microsavings
Mobilization - Concepts and Views from the Field. GCAP Working
Group on Savings Mobilization. BMZ, GTZ, Eschborn.
Hazell, P. Pomareda, C. et Valdes, A. 1986. Crop Insurance for
Agricultural Development: Issues and Experience. Baltimore,
Maryland, The Johns Hopkins University Press.
References
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 80
Hulme, D. and Mosley, P. 1996. Finance against Poverty, Volumes 1 et
2. Londres et New York.
Ikhide, S.I. 1996. Commercial Bank Offices and the Mobilisation of
Private Savings in Selected Sub-Saharan African Countries, The
Journal of Development Studies, Volume 33, No.1, p. 117-132.
Khalily, M.A. Baqui, Meyer, R.L. et Hushak, L.J. 1987. Deposit
Mobilization in Bangladesh: Implications for Rural Financial
Institutions and Financial Policies. The Bangladesh Development
Studies, Vol. XV, No. 4, p. 85-117.
Klein, B. 1996. Ländliches Finanzwesen und Finanzierungsverhalten
kleinbäuerlicher Farmilienwirtschaften dargestellt am Bespiel zweier
Dorfgemeinden im andinen Hochland von Boyacá, Kolumbien,
Berlin.
Krahnen, J.P. et Nitsch, M. 1987. Kredit und informeller Sektor:
Theoretische und empirische Überlegungen zur Strucktur eines ange-
passten Kreditprogramms, Studie der Interdisziplinären Projekt
Consult GmbH im Rahmen des Projektes “Förderung des Aufbaus
von kommunalen Sparkassen (Cajas Municipales de Ahorro y
Crédito) in Peru” der GTZ. Francfort, Berlin.
80 Ladman, J.R., de la Vina, J. et Liz, R. 1992. Contract Lending to Small
Farmers in the Dominican Republic. In Adams, D.W. et Fitchett, D.
éd. Informal Finance in Low-Income Countries. Westview Press.
Boulder, Colorado.
Larivière, S. et Martin, F. 1998. Innovations in Rural Microfinance: The
Challenges of Sustainability and Outreach. Version préliminaire.
Research Series No. 298, Chair in International Development.
Université de Laval.
Ledgerwood, J. 1998. Microfinance Handbook. An Institutional and
Financial Perspective. Sustainable Banking with the Poor. Banque
mondiale. Washington, D.C.
Lepp, A. 1996. Financial Products for MSEs - the Municipal Savings
and Loan Banks of Peru. Small Enterprise Development, Volume 7,
No. 2.
Maurer, K. 1997. Assessment of Linkage Projects in Asia. Case Study 3:
BAAC/GTZ: Project Linking Self-help Groups in Banking Services,
Thailand.
Meyer, R.L. et Alicbusan, A.P. 1984. Farm-Household Heterogeneity
and Rural Financial Markets: Insights from Thailand. In Adams,
D.W., Graham, D.H. et Pischke, J.D. von (éd.). Undermining rural
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 81
Development with Cheap Credit, P. 22-25. Westview Press. Boulder,
Colorado.
Meyer, R.L. et Nagarajan, G. 1997. Innovations in Financial Markets:
Implications for Rural Development. Economics and Sociology
Occasionnal Paper No. 2373, Department of Agricultural,
Environmental and Development Economics, Ohio State University,
Colombus, Ohio.
Muraki, T., Webster, L. et Yaron, J. 1998. BAAC - The Thai Bank for
Agriculture and Agricultural Cooperatives. Sustainable Banking with
the Poor, Banque mondiale. Washington, D.C.
OIT, 1996. Donor Working Group on Financial Sector Development.
Collateral, Collateral Law and Collateral Substitutes. Genève.
Pischke, J.D. von. 1986. Can Crop Insurance Address Risks? In Hazell,
P., Pomareda, C. et Valdes, A. (éd.). Crop Insurance for Agricultural
Development: Issues and Experiences, Baltimore.
Pischke, J.D. von. 1991. Finance at the Frontier: Debt Capacity and the
Role of Credit in the Private Economy. Banque mondiale.
Washington, D.C.
Pischke, J.D. von. 1994. Structuring Credit to Manage Real Risks. In
Bouman, F.J.A. et Hospes, O. (éd.). Financial Landscapes 81
Reconstructed. Westview Press. Boulder. Colorado.
Pischke, J.D. von et Adams, D.W. 1980. Fungibility and the Design and
Evaluation of Agricultural Credit Programmes. American Journal of
Agricultural Economics, 62 (4), p. 719-729.
Reardon, T., Delgado, C. et Matlon, P. 1992. Determinants and Effects
of Income Diversification Amongst Farm Households in Burkina
Faso. Journal of Development Studies, Volume 28, No. 2, p. 264-
296.
Rhyne, E. et Holt, S. 1994. Women in Finance and Enterprise
Development, ESP Discussion Paper Series No. 40, Banque mondia-
le. Washington, D.C.
Sacay, O. et Randhawa, B. 1995. Design Issues in Rural Finance. World
Bank Discussion Paper No. 293. Banque mondiale. Washington D.C.
Sacay, O., Randhawa, B. et Agabin, M. 1996. The BAAC Success Story,
Financial Sector Development Department. Version préliminaire.
Banque mondiale. Washington, D.C.
Schmidt, R.H. et Krahnen, J.P. 1994. Development Finance as
Institution Building. A New Approach to Poverty-Oriented Banking.
Westview Press. Boulder, Colorado.
References
AFR n° 3 (Fr) DTP - working 15-05-2003 16:20 Page 82
Schmidt, R.H. et Kropp, E. 1987. Rural Finance, Guiding Principles.
Bundesministerium für wirtschaftliche Zusammenarbeit (BMZ),
Gesellschaft für Technisches Zusammenarbeit (GTZ) und Deutsche
Stiftung für Internationale Entwicklung (DSE), Bonn, Eschborn,
Berlin.
Schmidt, R.H. et Zeitinger, C.P. 1994. Critical Issues in Small and
Microbusiness Finance. IPC, Francfort.
Seibel, H.D. 1997. Upgrading, Downgrading, Linking, Innovating:
Microfinance Development Strategies - A Systems Perspective.
Economic and Sociology Occasional Paper No. 2371. Department of
Agricultural Economics, Ohio State University, Colombus.
Siamwalla, A. et al., 1993. The Thai Rural Credit System: A Description
and Elements of a Theory. Rapport présenté à la Conférence de la
Banque mondiale : Agricultural Development Policies and Theory of
Rural Oragnization, Annapolis, Maryland. In Hoff, K. et al., (éd.).
The Economics of Rural Organization. Oxford University Press.
Stiglitz, J.E. et Weiss, A. 1981. Credit Rationing in Markets with
Imperfect Information. The American Economic Review, 71, 3, p.
393-410.
82 Stockhausen, J. von. 1994. Credit for Small Farmers in Developing
Countries. A Never Ending Story or Disillusion? In Fischer, B. (éd.)
Investment and Financing in Developing Countries. Vol. 1. Ed.
Baden-Baden.
Vogel, R.C. et Adams, D.W. 1997. Old and New Paradigms in
Development Finance. Savings and Development, No. 4, p. 361-282.
Yaron, J. 1992a. Assessing Development Finance Institutions - A Public
Analysis. World Bank Discussion Paper 174. Banque mondiale,
Washington D.C.
Yaron, J. 1992b. Successful Rural Finance Institutions, World Bank
Discussion Papers 150. Washington, D.C.
Yaron, J., McDonald, P.B., Jr et Piprek, G.I. 1997. Rural Finance Issues:
Design and Best Practices. Environmentally and Socially Sustainable
Development Studies and Monographs Series 14. Banque mondiale,
Washington, D.C.
Zeller, M., Schreider, G., Braun, J. von et Heidhues, F. 1997. Rural
Finance for Food Security for the Poor, Implications for Research
and Policy. Food Policy Review 4, International Research Institute,
Washington, D.C.
MEILLEURES PRATIQUES
DE CRÉDIT AGRICOLE