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dr2006 15acclassato

L'étude de Denis H. Acclassato examine l'impact des taux d'intérêt effectifs des institutions de microfinance (IMF) sur leur viabilité financière et la réduction de la pauvreté au Bénin. Les résultats indiquent que les IMF ne peuvent financer que des micro-projets avec un taux de rentabilité interne supérieur à 36%, et que la réglementation sur l'usure, fixant le seuil à 27%, pourrait compromettre leur autosuffisance opérationnelle. La recherche souligne la nécessité d'un équilibre entre l'accessibilité des services financiers et la viabilité des IMF dans un contexte de pauvreté persistante.

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L'étude de Denis H. Acclassato examine l'impact des taux d'intérêt effectifs des institutions de microfinance (IMF) sur leur viabilité financière et la réduction de la pauvreté au Bénin. Les résultats indiquent que les IMF ne peuvent financer que des micro-projets avec un taux de rentabilité interne supérieur à 36%, et que la réglementation sur l'usure, fixant le seuil à 27%, pourrait compromettre leur autosuffisance opérationnelle. La recherche souligne la nécessité d'un équilibre entre l'accessibilité des services financiers et la viabilité des IMF dans un contexte de pauvreté persistante.

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Taux d’intérêt effectif, viabilité financière et réduction

de la pauvreté par les institutions de microfinance au


Bénin
Denis H. Acclassato

To cite this version:


Denis H. Acclassato. Taux d’intérêt effectif, viabilité financière et réduction de la pauvreté par les
institutions de microfinance au Bénin. 2006. �halshs-00079019�

HAL Id: halshs-00079019


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Preprint submitted on 8 Jun 2006

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Document de Recherche
n° 2006-15

"Taux d’intérêt effectif, viabilité financière et réduction de


la pauvreté par les institutions de microfinance au bénin"

Denis H. ACCLASSATO

Laboratoire d'Economie d'Orléans – UMR CNRS 6221


Faculté de Droit, d'Economie et de Gestion, rue de Blois, B.P. 6739 – 45067 Orléans Cedex 2 - France
Tél : 33 (0)2 38 41 70 37 – 33 (0)2 38 49 48 19 – Fax : 33 (0)2 38 41 73 80
E-mail : leo@[Link] - [Link]
TAUX D’INTERET EFFECTIF, VIABILITE FINANCIERE ET REDUCTION
DE LA PAUVRETE PAR LES INSTITUTIONS DE MICROFINANCE
AU BENIN

Denis H. ACCLASSATO
Laboratoire d’Economie d’Orléans (LEO), Université d’Orléans
FASEG, Université d’Abomey-Calavi

juin 2006

Résumé

L’importance des Institutions de Microfinance (IMF) dans les pays en développement n’est
plus à démontrer. Elles ont accompli un miracle en permettant à des milliers d’exclus du
système bancaire classique d’accéder à des services financiers. Mais une polémique nait
quant aux coûts élevés associés à ces services. Cette étude a évalué, à partir d’une base de
données financée par l’Association ‘‘Consortium Alafia’’ des praticiens de la microfinance au
Bénin, le niveau de taux d’intérêt viable pour la microfinance en termes d’offre de services
financiers. Les résultats montrent que les micro-projets dont le taux de rentabilité interne
ne dépasse pas 36% ne pourraient être financés par les Institutions de Microfinance. La
réglementation sur l’usure pourrait donc être suicidaire pour les IMF si elle se bornait
simplement à obliger les IMF à se conformer à la loi qui fixe le seuil d’usure à 27%.
Quasiment aucune IMF n’assurerait son autosuffisance opérationnelle, donc sa pérennité,
en respectant ce seuil.

Abstract

Microfinance institutions (MFI) became very important in developing countries. They


carried out a miracle by allowing several thousands outcasts of the classic banking system
to reach financial services. But a controversy arose from their actions, that is the high costs
associated to these services. This study estimated, from a data base financed by
"Consortium Alafia" Association of the practitioners of the microfinance in Benin, the level of
viable interest rate for the microfinance in terms of financial service supply. Results show
that the micro-projects which rate of internal profitability does not exceed 36 % could not be
financed by microfinance institutions. The usury law should be suicidal for MFI if it
restricted simply the MFI to conform to the law which fixes the threshold of usury at 27%.
Almost, no IMF would reach operational autosufficiency and then, sustainability by
respecting this threshold.

Mots clés : Taux d’intérêt effectif, Viabilité financière, Pauvreté, Institution


de Microfinance
Classification JEL : E43, G21, I31, K42.
1. Introduction

Les institutions de microfinance (IMF) sont devenues une composante


importante de l’architecture financière dans de nombreux pays en
développement, notamment en Afrique et en particulier dans l’Union
Monétaire Ouest Africaine (UMOA) en raison de la masse d’argent
brassée :173,4 milliards FCFA1 à fin 2003 en hausse de 21,6 milliards par
rapport à 2002 et de l’ampleur de la clientèle issue de toutes les couches
sociales :plus de 3,9 millions de bénéficiaires dans l’Union en décembre
2003. L’engouement suscité par la microfinance a favorisé son
positionnement stratégique au milieu des nombreuses actions soutenues par
les bailleurs de fonds et les Etats en faveur du développement. Néanmoins,
la vulnérabilité des IMF n’a jamais été aussi évidente avec 7,2% de créances
en souffrance en Côte d’Ivoire à fin 2003, en hausse de 0,4% par rapport à
2002. Au Bénin, ces créances en souffrance ont varié entre 1 et 47% selon
les institutions en 2002. Le vent de la microfinance qui n’a pas arrêté de
souffler dans les Etats UMOA a sans nul doute ‘‘soufflé’’ des fonds à d’autres
projets capables de ‘‘mieux’’ aider les pauvres. Aujourd’hui, bon nombre de
chercheurs relativisent même la portée des effets des microcrédits (Buckley,
1997 ; Rogaly, 1996). Le fait en est la persistance de la pauvreté dans
certaines zones malgré une forte concentration de l’activité de microfinance.
Les conditions difficiles de renouvellement des microcrédits ainsi que les
limites imposées, le cycle court des crédits accordés, souvent sans délai de
grâce ou de différés les orientant essentiellement vers le commerce, etc. Ces
faits peuvent concourir en définitive à limiter l’impact de la microfinance.
Mais les critiques les plus vives sont celles portées contre les taux d’intérêt
pratiqués dans ce secteur. Ces taux d’intérêt effectifs globaux sont jugés
élevés car ils s’adressent en définitive à des pauvres. Les taux d’intérêt élevés
pratiqués par les IMF suscitent une désapprobation des décideurs politiques

1
Soit environ 264,3 millions d’euros avec 1€=655,957FCFA, (BCEAO, 2003)

1
aux niveaux national et international (CGAP, 2004)2. A leur tour, les
professionnels du secteur justifient ces taux par les charges inhérentes aux
activités de microfinancement, à la nature des fonds du secteur et aux
services non financiers fournis notamment dans la formation du capital
humain que l’Etat devrait normalement assurer. La conciliation de ces
points de vue opposés est délicate et nécessite une connaissance approfondie
du taux d’intérêt en microfinance. Cette connaissance appelle deux
questionnements : quel est le taux effectif auquel prêtent les institutions de
microfinance ? Et si toutes les institutions de microfinance étaient forcées à
un respect rigoureux de la loi sur l’usure, quel serait l’impact sur leur
viabilité financière ? Ce papier examine le niveau de taux d’intérêt viable
pour la microfinance au Bénin et en analyse les implications eu égards aux
normes en vigueur sur l’usure dans le secteur. Pour y parvenir, la section 2
discute du secteur financier et du positionnement de la microfinance au
Bénin. La section 3 expose la formation du taux d’intérêt et les niveaux de
taux observés en microfinance. La section 4 présente une brève revue de
littérature des options en matière de taux d’intérêt. La section 5 présente la
démarche méthodologique. Les sections 6 et 7 examinent la viabilité
financière et le taux d’intérêt effectif des IMF au Bénin. La section 8 et 9
examinent l’effet pervers du seuil d’usure et les conséquences d’un
plafonnement des taux. Enfin la section 10 tire les principales conclusions.

2. Le secteur financier et la microfinance au Bénin

L’architecture financière béninoise repose sur trois grands piliers : les


acteurs, les contrôleurs et les utilisateurs de services financiers.
Les acteurs sont au nombre d’une cinquantaine :12 banques ou
groupes bancaires dont trois importants la Société Générale, la Bank of
Africa et l’ECOBANK ; 2 établissements financiers et une trentaine
d’institutions ou de réseaux d’institutions de microfinance. A ceux-ci, il faut

2
Confère également, Allocution radio-télévisée en 2003 du Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du
Bénin.

2
ajouter les services financiers des chèques postaux (CNE, CCP), la Bourse
Régionale des Valeurs de l’UEMOA représentée par son antenne locale et les
acteurs de la finance informelle (banque ambulante, tontine, prêteurs
informels).
Les contrôleurs ou encore autorités monétaires comprennent la
BCEAO, la Commission Bancaire, le Conseil Régional de l'Epargne Publique
et des Marchés Financiers (CREPMF), la Cellule chargée du suivi des IMF ou
Cellule de Microfinance et le Ministère chargé des finances et de l’économie.
Enfin, les bénéficiaires des services sont les entreprises et les
ménages. Les bénéficiaires individuels sont estimés en 2004 à 2.831.000
individus actifs et le nombre de ménages à 1.292.000. Un tiers des
7.224.000 habitants3 vit en dessous du seuil de pauvreté (PNUD, 1997 ;
Consortium Alafia, 2005).
L’environnement juridique est composé de textes spécifiques à chaque
catégorie d’acteurs. Les banques sont soumises à la loi bancaire harmonisée
N°90-018 du 27 juillet 1990 et les institutions de microfinance sont régies
par la loi n°097-027 du 08 août 1997 portant réglementation des
institutions mutualistes ou coopératives d'épargne et de crédit ainsi que son
décret d’application n°96-60 du 08 février 1998. Les institutions de
microfinance non mutualistes ont l’obligation de signer une convention avec
le Ministère chargé des finances et de l’économie qui précise les conditions
d’exercice de l’activité de microfinance. Enfin, la loi sur l’usure promulguée
en juin 2004 fixe le seuil d’usure à 18% pour les banques et établissements
financiers et à 27% pour les institutions de microfinance.

La collaboration entre banques commerciales et institutions de


microfinance pour la fourniture de services financiers aux populations n’est
pas directe. Les seules relations connues sont en termes de dépôt des IMF
auprès des banques et de prêts pour les IMF. Ouattara (2003) rapporte que
les prêts des banques à quelques IMF atteignaient en 2000, 43% de leur
portefeuille de prêt. Cette relation s’intensifie de plus en plus notamment

3
Le recensement général de 2002 a donné une population de 6 769 914 avec un taux d’accroissement annuel
moyen de 3,25%.

3
entre PADME, PAPME et la Banque of Africa et entre FINADEV et la
Financial Bank4. A l’inverse, les banques commerciales ont collecté en 2000 ;
14,8 milliards FCFA5 dont 95% provenaient de la FECECAM, principal
réseau de microfinance au Bénin. En termes d’accessibilité, la faiblesse du
réseau bancaire explique la croissance rapide des IMF.

Avec environ 39 guichets bancaires, le taux de bancarisation (nombre


de guichets pour 1 million d’habitants) demeure assez faible : 4,6 en 1999 et
5,6 guichets en 2003 pour un million d’habitants contre respectivement une
moyenne de 7,1 et 9,0 dans l’espace UMOA. Le taux de pénétration bancaire
en 2003 considéré ici qui est le nombre de ménages touché par les services
bancaires sur le nombre de ménages cible est de 2,7% contre 3,1% dans
l’UMOA. Au contraire, pour les institutions de microfinance, le nombre de
points de service a évolué très rapidement. Comme le montre le tableau 1 qui
donne l’évolution du nombre de points de services des Systèmes Financiers
Décentralisés6.

Tableau 1 : Répartition et évolution du nombre de points de services


Types d’institutions 2001 2002 2003
Nombre d’institutions 214 187 315
de base
Nombre d’antennes 78 124 134
TOTAL 292 311 449
Source : BCEAO-BIT/PASMEC

Entre 2002 et 2003, le nombre de points de service a connu une


hausse de 44,4% due notamment à la création de nouvelles institutions. La
FECECAM totalise à elle seule 101 caisses et au total 156 points

4
FINADEV est une institution de microfinance constituée sous forme de société par la Financial Bank.
5
Environ 22,6 millions d’euros.
6
Le terme Système Financier Décentralisé (SFD) regroupe non seulement les IMF mais aussi les institutions de
la finance informelle. La non disponibilité de statistiques sur cette dernière conduit souvent à assimiler les termes
SFD et IMF.

4
représentant 34,7% des points de service officiels recensés par la BCEAO en
2003.

Les IMF dominent globalement la couverture spatiale en termes de


points d’accès (figure 1). Comme le montre le tableau 2, le nombre de
bénéficiaires directs des services des SFD est en progression continue
passant de 513 281 en 2001 à 690 428 en 2003 soit une augmentation de
34,5% (Consortium Alafia, 2005). Cette évolution a été moins marquée en
2003 (12,9%) qu’en 2002 (19,2%).

Tableau 2 : Répartition et évolution du nombre de bénéficiaires directs des


services des SFD
Bénéficiaires 2001 2002 2003
Femmes 179 436 (35) 227 850 (37) 274 939 (40)
Hommes 238 495 (46) 260 709 (43) 309 105 (45)
Groupements 4 847(1) 7 124(1) 13 975(2)
Microentrepreneurs 90 503(18) 115 955 (19) 92 409(13)
TOTAL 513 281 (100) 611 638 (100) 690 428 (100)
Source : BCEAO Les chiffres entre parenthèses sont des pourcentages

% guichet (Banques) % guichet (SFD)

100%
90%
% nombre de guichets

80%
70%
60%
50%
40%
30%
20%
10%
0%
1998 1999 2000 2001 2002 2003
Années

Figure 1 : Bancarisation au Bénin, Banques et SFD

5
Le tableau 3 qui suit indique une diminution du nombre moyen de
bénéficiaires directs par point de service des SFD qui passe de 1758 en 2001
à 1664 en 2003, soit une diminution de 5,3%. Cette baisse s’explique par
l’accroissement du nombre de points de services, facteur de proximité des
bénéficiaires et est confirmée par le dernier indicateur du tableau, qui reflète
une augmentation de l’offre de services financiers par les SFD. En effet, entre
2001 et 2003, le nombre d’habitants desservis par point de service a
diminué de 27,3% passant de 22 500 à 16 800.

Tableau 3 : Autres indicateurs de pénétration des IMF


Indicateurs 2001 2002 2003
Nombre de points de services 292 311 415
Nombre de bénéficiaires directs 513 281 611 006 690 428
Nombre moyen de bénéficiaires 1 758 1 965 1 664
directs/point de service
Population totale (en milliers) 6 500 6 769 6 914
Nombre moyen d’habitants par 22,5 21,8 16,8
point de service (en milliers)
Source : BCEAO

Cette large couverture des IMF rapprochée au taux de pénétration des


banques examiné plus haut montre qu’en termes d’accès des populations
aux services financiers, le nombre de guichets des IMF est dix fois plus
important que ceux des banques. Les statistiques plus fouillées de la Cellule
de Micro-Finance (CMF), institution chargée du suivi des IMF font état de
1308 guichets en 2005 avec une répartition assez égalitaire dans les
départements comme le montre la figure 2, présentant la courbe de Lorenz
qui en résulte (% population, %IMF).

6
100%
90%
80%
Coefficient de Gini
70%
G= 0,20
60%
% IMF

50%
40%
30%
20%
10%
0%
0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% 100%
% population

Figure 2 : Courbe de Lorenz de la répartition des IMF dans les départements du Bénin

Les IMF apparaissent globalement plus proches des populations en termes


de couverture spatiale malgré une différence significative entre les taux
d’intérêt nominaux, ce que nous examinons dans la section qui suit.

3. Les taux d’intérêt en microfinance

Il y a globalement trois écoles qui s’accordent difficilement sur le


niveau de taux d’intérêt applicable en microfinance.
La première constituée en particulier des ONG chrétiennes du Nord et
leurs partenaires du Sud, défend le principe que les pauvres ne peuvent
payer des intérêts au prix du marché et qu’en conséquence, il faut prêter
sans intérêt ou à des taux d’intérêt très bas (1 à 3%, quelle que soit
l’inflation). Un tel modèle ne peut fonctionner qu’avec l’aide extérieure.
La deuxième option qui est celle des caisses d’épargne et de crédit et
les mutuelles, leurs fédération et unions de type Raiffeisen, adoptent des
taux d’intérêt en dessous de ceux du marché quand les Etats dans lesquels
ils fonctionnent les y autorisent. Elles le peuvent car elles rétribuent peu ou

7
pas du tout l’épargne collectée ou alors bénéficient de ligne de crédit
subventionnées et/ou de dons de l’aide internationale (Vincent, 1999).
Enfin la troisième école est celle des organisations qui veulent gérer
autrement le microcrédit et couvrir les coûts effectifs pour pérenniser leurs
actions. Cette école opte pour la professionnalisation du secteur. Mais une
telle option justifie-t-elle des taux d’intérêts élevés ?

En général, prêter à une personne en difficulté la petite somme


nécessaire pour l’achat d’un filet de pêche plutôt que de lui donner le
poisson est le premier principe du microcrédit. Le second principe est la
couverture des coûts afin de rendre l’institution durable pour qu’elle puisse
continuer à offrir de façon pérenne les services financiers aux plus démunis
(Nowak, 2004)7. Cette logique financière adoptée par les institutions de
microfinance a été mondialement reconnue à travers le partage de
l’expérience du Dr. Yunus au Bangladesh. Mais de plus en plus, des voix
s’élèvent contre les taux d’intérêt pratiqués par les institutions de
microfinance (IMF). Les raisons en sont les suivantes (Nowak, op. cit.) :
- la première, d’ordre sémantique attache à l’usure, une image
d’oppression et de violence du 19ème siècle. Dès lors se pose la question
de savoir à partir de quel taux on peut raisonnablement parler
d’usure ;
- la deuxième, d’ordre moral renvoie à l’idée inadmissible que les
pauvres et personnes démunies paient plus cher que les autres c’est-
à-dire ceux qui ont accès au financement bancaire. Les contre
arguments généraux sont doubles : d’une part que la marge sur les
petits prêts est trop faible pour couvrir les coûts (RDP, 2002) ; d’autre
part, les activités en question ont des cycles très courts et des taux de
rentabilité souvent élevés permettant de couvrir les charges d’intérêt.
Ne vaut-il pas mieux payer quelques centaines de francs de plus par
mois pour continuer à accéder au crédit et à prospérer que de
manquer de financement et redevenir un chômeur ?

7
Allocution de Maria Nowak, Présidente de l’Adie et du Réseau Européen de Microfinance.

8
- la troisième raison, enfin, est d’ordre économique et financière : on
oublie simplement que l’offre et la demande s’ajustent par le prix. Si le
prix est bloqué à un niveau trop bas, l’offre tarit ou elle trouve des
voies pour contourner le blocage, augmentant ainsi les coûts de
transaction. Lorsqu’il est possible de contourner la réglementation à
travers l’accroissement d’autres éléments de coût, on observera un
écart important entre taux d’intérêt nominal et taux d’intérêt effectif
global. Ce dernier mesure l’ensemble des coûts lié au crédit.

Beaucoup d’observateurs sont d’accord que la microfinance peut


améliorer les revenus des ménages mais son impact sur les clients pauvres
demeure controversé (Shaw, 2004 ; Mosley, 2001 ; Todd, 2000 et Sebstad et
Chen, 1996). Ceux qui citent le taux d’intérêt comme facteur limitant
s’appuient sur deux arguments économiques : premièrement un taux
d’intérêt élevé réduit la possibilité d’accès au crédit pour les pauvres
porteurs de microprojets dont le seuil de rentabilité est en dessous du taux
d’intérêt pratiqué8. En effet, si une bonne partie des pauvres opère sur des
segments de marché qui se saturent rapidement, l’inexistence de débouchés
peut freiner l’impact de la microfinance en réduisant le nombre de
bénéficiaires ou en limitant la portée des crédits octroyés. Deuxièmement,
des taux d’intérêt élevés réduisent les profits des micro-entrepreneurs,
amenuisent leurs capitaux et en définitive affaiblissent l’activité. Si malgré
son coût, le microcrédit est toujours fortement sollicité, cela est dû sans
doute à son avantage comparatif sur le secteur bancaire d’une part et sur la
finance informelle d’autre part. Le taux d’intérêt pratiqué par les IMF se
positionne souvent entre le taux du système bancaire et le taux sur le
marché informel. Ces taux d’intérêt nominaux varient entre 2 et 4% le mois
(RDP, 2002). Les composantes du coût du microcrédit en justifient les
fondements. La toute première est la présence dans le portefeuille des IMF
de beaucoup de petits crédits d’environ 100$ géographiquement dispersés et
sans garanties réelles (Gentil et Servet, 2002). De plus et contrairement aux

8
Ce raisonnement peut être relativisé pour des populations peu instruites dont le désir d’accéder au crédit est
plus fort quel que soit le taux de rentabilité effectif de leur projet.

9
banques, le taux d’intérêt en microfinance représente plus qu’un simple
loyer d’argent. Il est le prix d’un certain nombre de services offerts qui sont :
- la formation (préalable ou pendant l’octroi de crédit) à la tenue de
documents comptables et à la gestion ;
- le suivi et l’appui-conseil apportés à l’activité génératrice de revenus
menée par le micro-entrepreneur ;
- la collecte des remboursements par des agents de crédit chez le client
(domicile ou lieu de travail). Ce service d’une part, épargne au client
les frais de déplacements qu’il supporterait s’il se chargeait lui-même
d’effectuer les remboursements aux guichets de l’IMF ; permet d’éviter
d’autre part, les risques de vol et d’agression auxquels il peut
s’exposer. Enfin, ce service réduit le coût opportunité qui aurait pu
être très élevé si le commerçant devrait abandonner étalage ou clients
pour se rendre au guichet d’une institution financière.

Dès lors et contrairement aux banques commerciales, la structure de


rémunération des crédits octroyés dans les institutions de microfinance doit
comprendre :
- le taux d’intérêt qui est le loyer de l’argent lequel intègre le coût du
risque et du crédit bancaire ;
- la commission de formation ;
- la commission de suivi-conseil ;
- la commission de recouvrement.
L’ensemble de ces éléments justifient des niveaux de taux d’intérêt
généralement plus élevés que ceux du secteur bancaire (CGAP, 2004). Wright
et Alamgir (2004) nous rapportent dans le tableau 4 qui suit les taux
annuels opérés dans certains pays d’Asie.

10
Tableau 4 : Taux d’intérêt annuels appliqués par les banques commerciales,
les institutions de microfinance et les prêteurs informels

Pays Banques Institutions de Prêteurs informels


commerciales microfinance
Indonésie 18% 28 – 63% 120 – 720%
Cambodge 18% ~ 45% 120 – 180%
11,5% (secteurs
Népal prioritaires) 18 – 24% 60 – 120%
15-18% (autres)
24 – 120%
Inde 12-15% (PME) 20 – 40% (dépend des
districts)
Philippines 24 – 29% 60 – 80% 120% et plus
Bangladesh 10 – 13% 20 – 35% 180 – 240%
Source : Extrait de Wright & Alamgir (2004).

Ces résultats placent les taux des institutions de microfinance au-


dessus des taux bancaires mais en-dessous des taux des prêteurs informels
qui représentent l’alternative pour les pauvres et micro-entrepreneurs
incapables d’accéder aux crédits bancaires et aux microcrédits des IMF.
Néanmoins, la forte divergence entre les taux des institutions de
microfinance peut justifier aux yeux des décideurs, une volonté de régulation
desdits taux.

4. Taux faibles ou taux libres : arguments théoriques

Le débat sur les niveaux de taux d’intérêt débiteur ne met pas en


opposition taux faibles et taux élevés mais plutôt porte sur l’intervention ou
non d’une autorité régulatrice sur le niveau de taux d’intérêt applicable. Les
arguments concernent l’option entre taux libre ou taux d’intérêt imposé pour
un objectif spécifique. Les taux d’intérêt libres s’insèrent dans l’argument du
‘‘laisser-faire’’ et de l’abolition des législations anti-usuraires. Le but

11
recherché est de rendre le capital plus efficient en n’orientant pas sa
destination a priori (efficacité marginale du capital). Mais ce point de vue
suppose un fonctionnement normal des marchés financiers avec l’absence
d’imperfections sur les conditions théoriques traditionnelles (transparence,
atomicité, libre entrée et sortie, parfaite mobilité des ressources, etc.). Cet
argument sur la nocivité des législations sur l’usure qui empêcheraient des
transactions mutuellement avantageuses est soutenu notamment par Blitz
et Long (1965), et la Federal Reserve Bank of Chicago (1999)9… Mais
paradoxalement, Adam Smith ne soutient pas ce point de vue. Son argument
complète celui des scolastiques sur l’asymétrie de pouvoir entre le prêteur et
l’emprunteur.
Les scolastiques font très bien la différence entre l’avantage qu’il y a à
disposer d’un bien immédiatement plutôt que d’en disposer dans le futur.
Cette doctrine recense même, selon Baudassé et Lavigne (2000), les motifs
légitimes de l’intérêt qui sont : le periculum sortis (risque sur le capital), le
lucrum cessans (coût d’opportunité résultant de l’existence d’autres
placements productifs) et le carentia pecuniae (supériorité d’une
consommation présente sur une consommation future). Mais la
préoccupation des scolastiques vient du pouvoir important de négociation
des prêteurs qui leur permet d’imposer un taux élevé ou un taux excédant le
prix ‘‘juste’’ en situation d’imperfection des marchés (concurrence
insuffisante sur l’offre de crédit). L’imperfection des marchés en absence
d’arbitrages conduirait ainsi à des taux d’intérêt élevés, notamment sur la
frange la plus risquée du marché. Les autres arguments en faveur de taux
faibles ou réglementés développés par Smith, Keynes, Avio, Glaeser et
Scheinkman reposent sur des justifications assez diverses.
L’argument de Smith, rapporté par Diatkine (2002) repose sur deux
types d’emprunteurs : ceux à faible risque qui font un usage socialement
productif de l’argent emprunté et ceux à haut risque que Smith considère
comme ‘aventuriers’ ou ‘dépensiers’. Ces derniers ne craignent pas un taux
d’intérêt élevé soit parce qu’ils sont prodigues, soit parce qu’ils anticipent
qu’ils ne rembourseront peut être pas. Smith préconise de fixer un taux

9
Cf. Baudassé et Lavigne (2000)

12
d’usure légèrement au-dessus du taux le plus bas du marché pour ne pas
exclure la frange productive à faible risque qui refuserait de payer un taux
d’intérêt élevé. Ici, Smith semble considérer que les prêteurs sont incapables
de distinguer le niveau de risque des emprunteurs et privilégieront dans leur
offre de fonds ceux qui proposent des taux d’intérêt élevés10.
Contrairement à Smith, l’argument de Keynes, repose surtout sur la
faible efficacité marginale du capital existant dans l’économie médiévale et
qui justifierait la suppression de l’usure. Cette suppression était nécessaire
pour maintenir le taux d’intérêt bas et élever le niveau de l’investissement
(Baudassé et Lavigne, op. cit.).
L’argument de Avio (1973) repose sur le rôle social d’une limitation du
taux d’intérêt. Pour Avio, le libre jeu des marchés n’amène l’économie à un
optimum que si tous les effets qui agissent sur l’utilité des agents opèrent
sur un marché, c’est-à-dire en absence d’externalités. La distribution de
crédit aux catégories les plus fragiles qui sont aussi les plus risquées du fait
que leurs revenus sont les plus faibles et les moins surs, conduirait à des
effets négatifs sur l’ensemble de la société. Ces effets sont liés au
surendettement des ménages et à l’exclusion qui en résulte. Cette exclusion
nuit à l’ensemble de la société par la fracture sociale qu’elle génère, d’où la
nécessité de limiter la distribution de crédit à cette population par
l’imposition d’un taux d’usure. L’insuffisance de cette argumentation porte
sur le niveau auquel il convient de fixer le taux d’usure qui limiterait l’accès
des pauvres au crédit.
Enfin, Glaeser et Scheinkman (1998) développent une argumentation
où la chance joue un rôle important. Il y a deux groupes d’individus dans la
société : ceux qui ont la chance, sont riches et peuvent prêter et ceux qui
n’en ont pas, sont pauvres et doivent emprunter. L’utilité marginale du
revenu étant décroissante, elle est moins élevée chez les riches que chez les
pauvres, emprunteurs. Une loi sur l’usure qui restreint le taux d’intérêt à un
niveau dit ‘‘raisonnable’’ peut être appréciée comme une redistribution du
revenu des prêteurs vers les emprunteurs. Les lois sur l’usure jouent donc

10
Il s’agit d’un effet d’anti-sélection excluant les bons risques

13
un rôle d’assurance sociale en imposant un transfert de revenu des états de
nature favorable vers les états de nature défavorable.
Le rappel de ces différents points de vue ouvre la voie à l’appréciation
des taux d’intérêt et la viabilité des institutions de microfinance à travers la
méthodologie ci-dessous.

5. Méthodologie

L’étude a retenu quatre institutions de microfinance dont nous avons


pu extraire les informations nécessaires dans la base de données constituée
en 2004 par Consortium Alafia, l’association privée des praticiens de la
microfinance. Ces institutions sont PADME, PAPME, FECECAM et MDB. Ce
choix porte sur une IMF ‘‘reconnue’’ performante (PADME), une IMF peu
performante (FECECAM) et deux IMF moyennes dont l’une (MDB) est
essentiellement basée à la capitale économique, Cotonou et l’autre (PAPME)
couvre un environnement plus étendu tout comme PADME d’ailleurs. La
démarche utilisée est organisée autour de deux méthodes : le calcul des
ratios de performance ainsi que du taux d’intérêt effectif et les tests de
sensibilité au taux d’usure en vigueur.

5.1 Calcul des indicateurs de viabilité financière

Les ratios de performance calculés sont relatifs à la rentabilité, aux


coûts opérationnels, à l’autosuffisance opérationnelle, au taux de risque sur
portefeuille, … Les procédés de calcul sont présentés en annexe. Dans une
deuxième étape, nous avons calculé le taux d’intérêt effectif encore désigné
taux effectif global.
Le taux effectif global mesure le coût total d'un crédit pour
l'emprunteur (taux d'intérêt plus frais de dossier, frais divers et assurance).
La période considérée ici est l’année. L’année 2004 a été utilisée parce qu’elle
fournit d’informations suffisantes pour l’analyse. Au cours de cette année, le
taux d’inflation a varié entre 2 et 2,5%. Le calcul du taux d’intérêt effectif

14
s’appuie sur les revenus financiers constatés en fin d’année et sur l’ensemble
des conditions de prêt. Pour ce faire, il faut estimer le capital prêté en début
de période qui produirait les revenus financiers constatés en fin d’année,
étant données les conditions de prêts. Ce capital en début de période sert de
base au calcul du taux d’intérêt effectif qui est ici le taux interne de
rentabilité qui en découle sur la base des remboursements mensuels ou
cash flows mensuels. Ce taux peut être ensuite corrigé par le taux
d’inflation. Cette démarche repose sur quatre hypothèses :
1. les revenus d’intérêt sont supposés uniformément répartis sur les 12
mois de l’année et générés par le capital prêté en début de période, lui-
même supposé uniformément réparti sur la période;
2. tous les prêts sont supposés les mêmes et les remboursements
mensuels ;
3. le taux d’intérêt débiteur est supposé unique et uniformément réparti
sur les 12 mois de l’année, période de calcul du taux d’intérêt effectif ;
4. les coûts d’opportunité ne sont pas pris en compte et les fonds de
garantie ne sont pas rémunérés.

Au taux d’intérêt nominal en vigueur (i), on estime le capital prêté en


début de période (x). Les intérêts, les frais et commissions ainsi que les
prélèvements divers opérés (c) viennent en déduction de ce capital. De ce
capital, on déduit également les prélèvements sous forme de fonds de
garantie, ou épargne préalable qui représente une proportion (r) du montant
emprunté. r varie souvent entre 10 et 20% du capital prêté et ce fonds de
garantie n’est pas, la plupart du temps, rémunéré. Dans le cas de PADME et
du PAPME, 10% du fonds de garantie est prélevé au début du prêt et un
autre 10% est prélevé sur l’ensemble des douze mensualités et à chaque
remboursement. Pour la FECECAM et la MDB, les 20% de fonds de garantie
sont retenus à la remise du prêt. Mais à la fin des remboursements,
l’emprunteur peut retirer la totalité de ses fonds de garantie lorsqu’il
n’entend plus solliciter d’autres emprunts.

A partir du mois zéro où l’emprunteur se voit remettre le montant

15
(x-rx-c). On peut calculer les cash flows mensuels successifs et déduire le
revenu financier (S) de l’institution de microfinance. Ce revenu n’est rien
d’autre que la somme des commissions et frais et des revenus d’intérêt. Ce
revenu étant calculé au taux d’intérêt affiché (i), Il est naturellement
inférieur au revenu financier constaté d’où la nécessité d’estimer le capital
prêté qui produirait aux mêmes conditions, le revenu financier constaté. A
partir de ce capital x 11 , on déduit le taux d’intérêt effectif tie étant donnée les
conditions de prêt.

Soient :
x est le capital prêté en début de période ;
c les commissions et autres frais perçus par l’IMF ;
r le taux de fonds de garantie prélevé sur le montant du prêt ;
i le taux d’intérêt affiché du prêt (il est souvent mensuel) ;
kt le cash flows au mois t (t = 0, 1, . . n ; n=12 dans ce cas-ci) ;
S est le revenu financier de l’IMF.

Cas des IMF PADME et de PAPME

Dans le cas de PADME ou du PAPME, le taux d’intérêt est dégressif.


Les cash flows sont :
Au mois zéro : k 0 = −( x − rx − c) en ce début de mois l’IMF remet le

prêt moins les prélèvements (avec r=10%).


x x(n − 0) rx
Au mois 1 : k1 = + i+
n n n
x x(n − 1) rx
Au mois 2 : k2 = + i+
n n n
x x(n − 2) rx
Au mois 3 : k3 = + i+
n n n
.. . . . .. …. . ..
.. . . . .. …. . ..

11
Ce capital octroyé en début de période est estimé à partir des produits financiers constatés à la fin de l’année
2004 et des conditions particulières d’octroi de prêts de ladite IMF.

16
.. . . . .. …. . ..
x x[n − (n − 2)] rx
Au mois n-1 : k n −1 = + i+
n n n
x x[n − (n − 1)] rx
Au mois n : kn = + i + − 2rx
n n n
Au mois n correspondant au dernier remboursement, l’emprunteur
peut retirer l’ensemble des fonds placés en garantie (2rx), ce que nous
supposons.

Le revenu financier de l’IMF n’est rien d’autre que la somme S des


cash flows.
n
S = ∑ kt
t =0

 x x ( n − 0) rx   x x(n − 1) rx   x x(n − 2) rx 
S = −( x − rx − c) +  + i+ + + i+ + + i +  +L
n n n  n n n  n n n
 x x[(n − (n − 2)] rx   x x[(n − (n − 1)] rx 
LL +  + i+ + + i +  − 2rx
n n n  n n n

x
S = − x + rx + c − 2rx + [1 + ni + r ] + x [1 + (n − 1)i + r ] + x [1 + (n − 2)i + r ] + LL
n n n
x x
LL + [1 + [n − (n − 2)]i + r ] + [1 + [n − (n − 1)]i + r ]
n n
x
En mettant en facteur et en calculant les sommes sur 1 et sur r, on
n
obtient :
x
S = − x − rx + c + [n + ni + (n − 1)i + (n − 2)i + LLL + [n − (n − 2)]i + [n − (n − 1)]i + nr ]
n
x
S = − x − rx + c + [n(1 + r )] + x [ni + (n − 1)i + (n − 2)i + LLL + [n − (n − 2)]i + [n − (n − 1)]i ]
n n
xi
S = − x − rx + c + x(1 + r ) + [n + (n − 1) + (n − 2) + LLL + 2 + 1]
n
xi  n(n + 1) 
S =c+
n  2 
L’expression entre crochets est une suite sur n entiers naturels dont la
n(n + 1)
somme des n termes est .
2
Le revenu financier S est :

17
 n +1
S = c+  xi
142243
a

Le bloc (a) est le revenu d’intérêt qui s’ajoute aux frais divers et/ou
commissions (c) pour former le revenu financier de l’institution de
microfinance.

A partir du revenu financier S observé et des commissions, on déduit


le capital x pouvant générer le revenu financier observé, étant donné le taux
d’intérêt affiché.
2 ( S − c)
x=
(n + 1) i

Cas de la FECECAM

Dans le cas de la FECECAM, les fonds boqués en garantie


correspondent à 20% du montant du crédit octroyé restituable à la fin des
remboursements. Le taux d’intérêt est dégressif.
Au mois zéro : k 0 = −( x − rx − c)

x x(n − 0)
Au mois 1 : k1 = + i
n n
x x[n − (n − 2)]
Au mois n-1 : k n −1 = + i
n n
x x[n − (n − 1)]
Au mois n : kn = + i − rx
n n
Au dernier mois de remboursement, l’emprunteur peut retirer
l’ensemble des fonds placés en garantie, soit rx. La forme de calcul du
revenu financier ne change pas, soit :
 n +1
S = c+  xi et
 2 
2 ( S − c)
x=
(n + 1) i

18
Cas de la MDB

Dans le cas de la MDB, le fonds de garantie est de 20% et le taux


d’intérêt i est linéaire constant, d’où :
Au mois zéro : k 0 = −( x − rx − c)

x(1 + i )
Au mois 1 : k1 =
n
x(1 + i )
Au mois n : kn = − rx
n
S = c + xi
S −c
x=
i
A partir du capital x, il est possible de calculer sur la base des cash
flows mensuels, le taux d’intérêt effectif mensuel tie par la méthode du taux
interne de rentabilité du crédit selon la formule :
n
− k 0 + ∑ k t (1 + t ie ) −t = 0 avec n = 12 mois
t =1

Ce taux mensuel est ensuite converti en taux annuel et corrigé de


l’inflation.

5.2 Test de sensibilité au taux d’usure en vigueur

Un deuxième exercice a consisté à tester la sensibilité de ce résultat au


seuil d’usure légal en vigueur. Dans cette démarche, on impose la contrainte
du seuil légal de 27% par an au taux effectif annuel à ne pas dépasser et on
calcule le taux d’intérêt à afficher à la clientèle étant données les conditions
de prêt et du montant de crédit réellement octroyé sur la période. En
pratique, il suffit de recalculer i à partir de S avec la contrainte tie =2,5% et
d’observer la sensibilité des ratios d’autosuffisance financière. Ce type de
calcul est facilité par un tableur. Le tableau5 qui suit présente les conditions
d’offre de crédit.

19
Tableau5 : Conditions Générales de prêt applicables en 2004 à la FECECAM, la MDB, PADME et PAPME
Taux Taux
Frais de Epargne Exigence Exigence Exigence Montants Délais de
d’intérêt d’intérêt
INSTITUTIONS dossier préalable/Fonds d’assurance Caution Garanties crédits rembour-
affiché nominal
pour crédit de garantie décès solidaire matérielles (FCFA) sement
mensuel
20% au moins du < 200.000 > 200.000 10.000- 1mois-3 2%/mois
FECECAM - - Dégressif
crédit FCFA FCFA 10.000.000 ans
2% du prêt+ 2%du crédit <150.000 >150.000 20.000- 1mois-2 15%/an
MDB 20% du crédit Linéaire
2650F >1000.000F FCFA FCFA 5.000.000 ans
10% du crédit 2%/mois
+10% à constituer 2% du < 200.000 >200.000 20.000- 1mois-2
PADME 1%du crédit Dégressif
tout au long du crédit FCFA FCFA 10.000.000 ans
remboursement
10% du crédit 2%/mois
2%du crédit
+10% à constituer 2% du 500.000- 1mois-3
PAPME + NON Obligatoire Dégressif
tout au long du crédit 40.000.000 ans
3.500FCFA
remboursement
Autres conditions spécifiques :
FECECAM : Frais d’adhésion 1200FCFA ; frais annuel de tenue de compte : 2500F-3500FCFA
MDB : Adhésion : 1150F de frais d’adhésion+10.000F de part social+10.000 de dépôt minimum sur compte ; A l’octroi de crédit : frais de
dossier 2150F ou 2650F pour les crédits supérieurs à 1000 000FCFA. Possibilité de différé de 1 mois. Remboursement journalier,
hebdomadaire ou mensuel. Pour les touts petits crédit remboursables en 3 ou 6 mois maximum, le taux d’intérêt est de 3,33% le mois.
PADME : Frais de dossier : 1% du montant du crédit ; Possibilité de différé allant de 1 à 6 mois
PAPME : Frais de dossier : 2% du crédit + 3.500 FCFA de frais d’inscription. Tous les prêts dépassent rarement 18 mois.
Source : Planet-Africa (2002) ; rapport d’activités (2004), PAPME, PADME

20
6. Viabilité financière des institutions de microfinance

Les ratios de viabilité utilisés et présentés au tableau 6 sont calculés


pour les quatre IMF caractéristiques signalées plus haut, dont nous avons
pu extraire les informations nécessaires. Bien que ces ratios ne soient pas
les seuls qui permettent d’apprécier la viabilité des institutions, nous
pouvons déjà en tirer certains résultats intéressants.
Le PADME vient en tête en termes de coût associé à l’opération de prêt.
1 franc prêté coûte à PADME 7,57 centimes de francs CFA en 2004. La
moyenne sur 5 ans (2000-2004) montre que la FECECAM vient en quatrième
position avec 28,99%, soit 28,99 centimes pour 1 franc prêté, après la MDB
et PAPME dont les coûts moyens tournent respectivement autour de 21,41%
et 9,57% contre 7,50% pour le PADME en tête. La norme maximale annuelle
admise de 15% pour le coût au niveau de la sous-région a été dépassée par
la FECECAM sur l’ensemble de la période et seulement pour les trois
premières périodes par la MDB (2000-2002). Mais dès 2002, la MDB a
entamé une amélioration de ce ratio pour se maintenir à 13,92 en 2004. On
peut noter que la faible taille de sa clientèle pourrait justifier qu’elle ne
profite pas pleinement des économies d’échelle ; 4036 clients en 2004 alors
que PAPME en compte 3,9 fois plus pour cette même année. Le ratio
d’autosuffisance opérationnelle à la colonne (4) mesure la capacité de l’IMF à
générer suffisamment de revenus pour couvrir les coûts nécessaires à son
exploitation de façon à pouvoir continuer à offrir des services financiers
durables à sa clientèle. L’évolution de ce ratio représenté par la figure 3
panel b, montre que seules la FECECAM et la MDB demeurent globalement
en dessous de la tendance moyenne. Néanmoins, on note à leur niveau une
amélioration de ce ratio dès 2002. En effet, la MDB a entamé dès 2002 une
maîtrise réelle de ses coûts, ce qui lui a permis de rapprocher très
sérieusement ses performances de celles de PAPME en 2004 (figure 3, panel
a et b). Au niveau du réseau FECECAM, l’amélioration de ce résultat fait
suite aux mesures de restructuration prises par le réseau pour contenir les

21
pertes et les impayés cumulées vers fin 199912 et de relever son taux
d’intérêt de 16% l’an à 2% le mois. PAPME en revanche, a vu son ratio de
rentabilité entamer une baisse depuis 2002. Cette baisse pourrait
compromettre sa viabilité si elle se poursuivait.
Plusieurs autres indicateurs du tableau 6 fournissent des résultats
intéressants sur la viabilité/pérennité des institutions examinées. Il s’agit du
ratio de rentabilité, du taux de remboursement, du taux de risque sur
portefeuille, du taux de perte, etc. L’examen de l’ensemble de ces ratios
montre sans nul doute que PADME, PAPME et MDB sont viables. Toutefois,
pour le demeurer, PAPME doit inverser la tendance actuelle de son ratio
d’autosuffisance opérationnelle et contenir à tout prix son taux de
remboursement dans la limite de 90%. Une chute en dessous de ce niveau
exposerait l’institution à des difficultés similaires à celles observées dans le
réseau FECECAM. C’est en demeurant viables et pérennes que les SFD
pourront continuer à offrir du crédit aux pauvres économiquement actifs et
aideront à la réduction de la pauvreté.

20,0 300,00

15,0 250,00
PAPME

10,0 200,00 PADME


MDB
PADME Tendance
Tendance moyenne
5,0 moyenne 150,00
PAPME
MDB
FECECAM
- 100,00

FECECAM
-5,0 50,00

-10,0 -
2000 2001 2002 2003 2004 2000 2001 2002 2003 2004

Panel a : Ratio de rentabilité des actifs (%) Panel b : Ratio d’autosuffisance opérationnelle (%)

Figure 3 : Ratio de rentabilité des actifs (Panel a) et autosuffisance opérationnelle


(Panel b) de quelques IMF de 2000 à 2004

12
D’un montant de 23,5 millions de F CFA en 1993, les impayés ont été multipliés par plus de 90 pour atteindre
2 118, 9 millions de FCFA en décembre 1998 pour l’ensemble des caisses du réseau FECECAM. En 1999, on a
assisté à une explosion des impayés dans le réseau avec un taux d’impayé de plus 18% à fin mars 1999
(Honlonkou, Acclassato et Quenum, 2006).

22
Tableau 6 : Ratios de viabilité de quelques IMF

INTITULES DES RATIOS

1 2 3 4 5 6 7 8
TAUX DE
RATIO DE RATIO D’AUTO- TAUX DE PROVISIONS
COUT PR 1 RATIO DE COUTS SUFFISANCE TAUX DE RISQUE SUR POUR
FR PRETE RENTABILITE OPERATIONNE OPERATIONNEL REMBOURSE- PORTEFEUILLE TAUX DE PERTE CREANCES
ANNEES INSTITUTIONS (%) DES ACTIFS (%) LS (%) LE (%) MENT (%) (%) SUR PRETS (%) DOUTEUSES (%)

PAPME 11,71 5,00 13,88 158,55 93,00 3,87 1,47 2,30


2000 FECECAM 48,38 -6,04 24,13 94,76 54,60 51,51 37,55 21,54
PADME - 11,73 15,87 206,46 - 0,21 - -
MDB 21,43 1,00 16,45 75,93 - 16,76 - -

PAPME 6,39 8,21 8,09 227,31 94,00 1,98 0,62 1,33


2001 FECECAM 39,61 -4,02 18,97 77,09 43,34 42,86 39,66 10,33
PADME - 16,88 8,51 234,02 - 0,27 - -
MDB 34,22 0,47 26,49 53,31 - 3,91 - -

PAPME 7,18 11,21 7,03 239,55 93,00 2,39 0,76 1,52


2002 FECECAM 17,82 -0,40 16,05 106,35 80,88 18,26 18,66 9,94
PADME - 12,20 10,34 198,95 99,60 0,39 - 63,82
MDB 26,45 9,59 38,82 77,65 - 1,44 - -

PAPME 9,93 6,60 8,94 160,79 95,11 2,16 1,59 1,49


2003 FECECAM 17,72 0,98 15,74 161,80 75,50 5,93 14,94 8,00
PADME 7,44 7,42 8,94 192,83 99,33 0,60 - 58,13
MDB 11,02 5,69 17,71 170,98 - 1,56 - -

23
INTITULES DES RATIOS (suite)

1 2 3 4 5 6 7 8
RATIO TAUX DE TAUX DE
RATIO DE RATIO DE COUTS D’AUTOSUFFISANCE TAUX DE RISQUE SUR TAUX DE PROVISIONS
COUT PR 1 FR RENTABILITE DES OPERATIONNELS OPERATIONNELLE REMBOURSEMENT PORTEFEUILLE PERTE SUR POUR CREANCES
ANNEES INSTITUTIONS PRETE (%) ACTIFS (%) (%) (%) (%) (%) PRETS (%) DOUTEUSES (%)

PAPME 12,64 4,21 ND 133,54 91,81 3,63 1,74 2,17


2004 FECECAM 21,40 -3,36 15,07 174,45 66,40 9,46 20,70 5,49
PADME 7,57 8,50 9,81 205,66 99,05 0,46 - 61,71
MDB 13,92 3,46 9,65 127,47 96,00 1,65 3,58 1,65

PAPME 9,57 7,05 7,59 183,95 93,38 2,81 1,24 1,76


Moyenne FECECAM 28,99 -2,57 17,99 122,89 64,14 25,60 26,30 11,06
Période PADME 7,50 11,34 10,69 207,58 59,60 0,38 - 36,73
MDB 21,41 4,04 21,82 101,07 - - - -
NORME
REGIONALE <ou=15% >ou=0,2% <ou=22% >ou=100 > ou =90% <ou=5% <ou=4% -
Calculés à partir d’estimation par moyenne sur deux périodes

Source : Calculs effectués à partir des données de Consortium Alafia (2005)

24
7. Taux d’intérêt effectif et viabilité financière des IMF

Le taux d’intérêt est au centre de la rentabilité des institutions de


microfinance et représente plus que le loyer de l’argent. Il doit permettre aux
IMF de réaliser une marge suffisante capable de rentabiliser l’activité. D’un
point de vue légal, ce taux ne doit pas excéder 27%, calculé sur la base de
taux effectif global. Le taux effectif global mesure le coût total d'un crédit
pour l'emprunteur (taux d'intérêt plus frais de dossier, frais divers et
assurance). Compte tenu de la loi sur l’usure et de l’idée préconçue sur les
‘‘usuriers’’, le taux d’intérêt nominal est un paramètre sensible que l’on ne
peut manipuler à volonté. La majorité des SFD en sont conscients, ce qui les
amène à jouer sur d’autres composantes du crédit qui en définitive,
alourdissent le taux d’intérêt effectif supporté par l’emprunteur. Ces
éléments peuvent être l’exigence d’une épargne préalable non rémunérée, les
remboursements anticipés, les frais de dossier (généralement inférieurs à
5000 francs CFA mais parfois en proportion du crédit) et parfois une prime
d’assurance (entre 1 et 2% du montant emprunté) et enfin la constitution
d’un fonds de garantie non rémunéré variant entre 10 et 20% du montant
emprunté, selon les modalités de remboursement et restituable seulement
après un remboursement intégral.

Le calcul du taux effectif global13 prend en compte l’ensemble des


éléments cités plus haut pour déterminer le taux d’intérêt effectivement
supporté par l’emprunteur. Le tableau 7 qui suit présente les taux effectifs
annuels calculés pour les institutions PAPME, FECECAM, PADME et MDB.
Les colonnes (5) et (6) présentent les taux d’intérêt effectifs mensuel et
annuel. La colonne (1) : crédit octroyé représente ce que chaque IMF devrait
octroyer comme crédit en début d’année pour obtenir les produits financiers

13
Le taux effectif global tel que calculé ici intègre l’épargne obligatoire ou caution financière de garantie. C’est
le taux pertinent à comparer aux taux de rentabilité interne des activités économiques. L’épargne-garantie n’est
pas toujours constituée de façon progressive et sur plusieurs périodes avant l’obtention du crédit. Elle est souvent
précomptée sur le montant initial de crédit alors que le taux d’intérêt est payé sur le montant global de crédit.

25
constatés à fin 200414 en colonne (4) aux taux d’intérêt affichés. Les résultats
placent tous les taux annuels pratiqués au-dessus du taux d’usure (colonne
[6] ou encore colonne [7] lorsqu’on prend en compte l’inflation) et l’écart par
rapport au taux d’usure est mesuré en colonne [8]. C’est PADME qui exprime
le taux effectif le plus bas (36,08%) qui lui permet de couvrir ses charges à
plus de 205% (colonne [9]). La FECECAM applique un taux plus faible que
PAPME, soit 40,62% contre 41,35% pour PAPME et présente un taux de
couverture des charges plus faible que celui de PAPME malgré un
prélèvement annuel des frais de tenue de compte (3€ en moyenne). La MDB
présente le taux effectif le plus élevé, soit 46,26%. En effet, la MDB exige 2%
du crédit sous forme d’assurance et retient au début 20% du crédit sous
forme de fonds de garantie pendant que PAPME en retient la moitié au
début.

Le tableau 8 présente les résultats si les SFD avaient connu une


application rigoureuse de la loi sur l’usure les forçant à respecter le seuil fixé
à 27%. Aux mêmes conditions, la colonne (3) du tableau 8 présente les taux
débiteurs mensuels à afficher par chaque institution. La MDB devrait aux
mêmes conditions, afficher un taux d’intérêt annuel de 7,56% ; plus
compétitif que celui du secteur bancaire variant entre 9 et 15% ; ce qui est
quasiment impossible à l’heure actuelle du fait même de la nature des
microcrédits. On peut donc retenir trois leçons importantes.

La première, les SFD les plus performants sont susceptibles


d’appliquer des taux effectifs globaux au-delà du seuil de 27%. La deuxième
leçon vient de ce que si une IMF pratique des taux effectifs globaux
relativement faibles, l’effort de recouvrement doit être important pour
maintenir des remboursements à bonne date. C’est le cas de PADME qui ne
ménage aucun effort pour maintenir des taux de remboursement élevés, y

14
Avec les conditions affichées, le crédit total octroyé aurait donné un revenu financier moindre que le revenu
constaté. Pour obtenir ce revenu financier constaté (4 190 992 458FCFA dans le cas PADME) aux conditions
affichées, l’IMF devrait octroyer un montant de crédit plus important, 29 017 678 492FCFA au lieu de
21 374 478 293FCFA, ce qui laisse supposer que le taux effectif est bien au-delà de 2% le mois.

26
compris par des méthodes dites de ‘‘forcing’’15. Mais l’une des conséquences
peut être une décapitalisation, ou un surendettement voire une
paupérisation de l’emprunteur.
Une alternative serait une réadaptation de la politique de crédit (mécanisme
de sélection des bénéficiaires) mais qui éliminerait désormais les pauvres et
personnes vulnérables incapables de s’insérer dans ce mécanisme (Avio, op.
cit.). Enfin, la dernière leçon est que le coût effectif global est bien plus élevé
et susceptible d’excéder le taux d’usure en vigueur. Il est possible de
généraliser ces résultats en prenant quelques précautions.
En partant de l’idée que parmi les SFD qui ont participé au test, il y a
PADME et PAPME qui sont connus pour afficher des résultats performants,
il est possible d’en déduire que des taux effectifs similaires à ceux de ces
institutions sont encours dans les autres SFD performants. Comme PADME,
les SFD qui afficheraient des taux effectifs inférieurs ou égaux à 36,08%
devraient absolument contenir leur taux d’impayés autour de 1% maximum,
ce qui est un objectif parfois difficile à atteindre. Selon un praticien de la
FECECAM, ce réseau pourrait très bien s’accommoder d’un taux d’intérêt
affiché de 2% par mois sur le capital restant dû si les remboursements se
faisaient à bonne date ou si le réseau pouvait contenir le taux d’impayés
dans les limites de 5%. Cet exercice montre que 5% n’est pas adéquat pour
atteindre ce résultat. Bien qu’on puisse et qu’on doive recommander que les
IMF accroissent leur efficience opérationnelle afin de réduire leurs taux
d’intérêt effectifs, examinons à présent les fondements qui justifient une
résistance à la baisse des taux effectifs.

15
Du fait que les agents de crédit sont sous menace de ‘cartons jaune ou rouge’’ (le rouge équivaut à une ‘mise à
pied’ temporaire, pénalisante financièrement) selon le niveau de dégradation des portefeuilles dont ils ont en
charge le suivi, ils n’hésitent pas à visiter les clients même au-delà de minuit pour les forcer à rembourser
l’échéance due.

27
Tableau 7 : Taux d’intérêt effectifs annuels appliqués par PADME, PAPME, FECECAM

Crédit Taux Taux Taux Ecart par Ratio


Crédit octroyé réellement perçu effectif d'intérêt effectif cor- rapport au actuel de
Institutions
sur la période en Commissions en début de Revenu financier perçu / effectif/ rigé de l’in- Taux couverture
FCFA (1) FCFA (2) période FCFA (3) observé FCFA (4) mois (5) an (6) flation(7) d’usure (8) charges (9)
PADME 29 017 678 492 418 694 254 25 697 216 389 4 190 992 458 3,01% 36,08% 33,58% 6,58% 205,53%
PAPME 22 515 941 008 743 522 271 19 520 824 636 3 670 594 602 3,45% 41,35% 38,85% 11,85% 127,33%
FECECAM 33 340 932 715 385 678 747 26 287 067 425 4 720 000 000 3,39% 40,62% 38,12% 11,12% 124,24%
MDB 498 695 812 9 976 566 a 488 719 246 84 780 938 3,85% 46,26% 43,76% 16,76% 158,37%
Moyenne/SFD 21 343 312 007 389 467 960 17 998 456 924 3 166 592 000 3,42% 41,08% 38,58% 11,58% 153,87%
a
Source : calculés à partir des comptes de l’exercice 2004. : Estimée sur la base des conditions affichées NB : Le Taux débiteur
annuel affiché est 15% sur l’ensemble du crédit pour la MDB et 2% mensuel sur le capital restant dû des autres SFD. Le taux d’inflation
maximal est de 2,5% sur la période

Tableau 8 : Taux d’intérêt à afficher si le taux d’usure (27%) devrait être respecté
Taux
Taux débiteur Taux Ratio actuel ratio
Institutions Crédit total débiteur mensuel Revenu Revenu financier d'intérêt de d'autosuffisance
octroyé sur la commission mensuel à corrigé de financier simulé au taux effectif/mois couverture opérationnelle au
période (1) s (2) afficher (3) l’inflation (4) observé (5) d'usure (6) (7) charges (8) taux d'usure (9)

PADME 21 374 478 293 418 694 254 1,34% 1,53% 4 190 992 458 2 284 749 209 2,25%a 205,53% 112,05%
PAPME 18 704 489 150 743 522 271 1,00% 1,19% 3 670 594 602 1 958 951 966 2,25% 127,33% 67,96%
FECECAM 24 774 886 877 385 678 747 1,19% 1,37% 4 720 000 000 2 296 551 139 2,25% 124,24% 60,45%
MDB 472 834 202 9 459 334 b 0,63% 0,81% 84 780 938 44 996 614 2,25% 158,37% 84,06%
Source : calculs sont effectués à partir des comptes de l’exercice 2004, taux d’inflation : 2,5% en 2004 a: Ce taux mensuel de 2,25% limite le taux
effectif annuel à 27%, b : Estimée sur la base des conditions affichées

28
8. L’effet pervers du seuil d’usure

Baudassé et Lavigne (2000) fournissent un cadre théorique à la


persistance de taux élevés. Bien qu’il ne soit pas exclu que la frange que
constituent les pauvres présente beaucoup de risques pour les prêteurs
étant donné la faible contrainte sur les garanties des prêts (exigence ou non
de garantie lors des prêts, faiblesse du cadre législatif et de l’Etat de droit,
etc.), on peut imaginer que la présence des IMF sur cette frange est due à
une meilleure connaissance des risques et des techniques de sélection.
L’imposition d’un taux d’usure sur ce segment de marché induit deux
options pour les IMF : globaliser le risque et faire une proposition tarifaire
qui couvrirait le risque moyen. Dans ce cas, les primes des ‘‘bons risques’’
permettent de compenser les pertes sur les ‘‘mauvais risques’’ que le plafond
légal des taux débiteurs ne peut couvrir. Les IMF qui adopteraient cette
attitude se verraient peu à peu restreintes aux franges les plus risquées de
ce segment de marché et le taux qu’elles devraient proposer, sur la base du
niveau de leur risque moyen deviendrait de plus en plus élevé justifiant ainsi
un taux au-dessus du seuil légal à moins qu’elles choisissent de disparaître.
L’alternative, la seconde option, consisterait à pratiquer une politique de
sélection des clients en fonction de leur risque a priori. Etant donné que les
diversités observées ces dernières années sur les taux nominaux au sein
d’une même IMF portent sur de faibles pourcentages (entre 0,5 et 1%) et par
secteurs d’activité ou encore structure spécifique (les ONG chez PADME par
exemple) plutôt que sur les individus, cette option tend vers une certaine
globalisation des risques par secteur même si l’option d’élimination
systématique de ‘‘mauvais risques’’ identifiés reste plausible. Dans ce cas,
des secteurs entiers où le risque est perçu comme élevé, peuvent être
délaissés ou relégués à d’autres IMF plus ‘‘outillés’’. C’est le cas du secteur
agricole qui bénéficie de peu d’engouement dans l’octroi des microcrédits
contrairement au commerce (Gentil et Servet, 2002). La FECECAM qui a une

29
forte composante rurale couvre les portefeuilles les plus dégradés des IMF en
vue au Bénin.
De même, identifier les risques individuels n’est pas toujours simple.
Cela suppose une connaissance suffisamment grande des composantes du
risque individuel de non-remboursement. Or les centrales d’échanges et
d’information destinées à appuyer les décisions d’engagement des IMF
peinent à se mettre en place16. Le choix a priori des risques individuels se
fonde beaucoup plus sur l’expérience de l’emprunteur en matière de
remboursement avec toute l’asymétrie d’information qui y est associée. En
outre, beaucoup d’IMF ne possèdent pas les instruments nécessaires pour
différencier leur taux d’intérêt en fonction des produits financiers (zone
géographique, secteur d’activité, individu, etc.), ce qui justifie des taux
uniformisés souvent proposés aux clients.

Les travaux qui justifient les niveaux élevés de taux d’intérêt observés
en microfinance insistent également sur l’erreur sémantique des critiques
qui consiste à comparer le taux d’intérêt des IMF au taux bancaire. Cette
comparaison est inadaptée pour deux raisons : la première, les banques
formelles ne sont globalement pas intéressées par les mêmes clients que
ceux des SFD. Il n’y a donc pas réellement une situation de concurrence
entre les deux systèmes pour un même groupe cible de clients. La deuxième
raison a trait aux éléments constitutifs du taux d’intérêt soulignés plus
haut, à savoir le coût de l'intérêt bancaire (y compris l'inflation), les coûts
opératoires, la concurrence mais aussi la participation à un fonds de
couverture de risque, le paiement proportionnel des appuis reçus en
formation et conseils et même des contributions à des caisses de solidarité
qui interviennent en cas de décès ou d'événements spéciaux. Ces éléments
portent le taux d'intérêt des prêts à 2 voire jusqu’à 5% par mois pour de
petits crédits à court terme, soit entre 24 et 60% l’an, voire plus. En général,
un prêt de 10 000 francs requiert le même personnel et les mêmes

16
L’Association privée des praticiens de la microfinance au Bénin, Consortium Alafia a mis en place sa centrale
de risque depuis 2004. Mais celle-ci connaît des problèmes d’approvisionnement en informations de base du fait
de la faible coopération de certaines IMF.

30
ressources qu’un prêt de 100 000 francs. Doit-on alors parler, comme
certains, de taux proches de l'usure ?

Comme on a pu le remarquer aux tableaux 7 et 8, le niveau de taux


d’intérêt d’usure en vigueur ne semble pas forcément en adéquation avec le
niveau des charges. L’exemple sur PADME montre que le taux d’intérêt
viable pourrait être limité à 27%. Mais cette situation interdirait d’exercice
tous les autres SFD. Le PADME n’aurait dans ce cas qu’une couverture de
112,05% par rapport à la norme de 100% minimum, ce qui divise quasiment
sa performance de l’année 2004 par deux et le place dans une zone de
grande fragilité. Aucune autre institution ne couvre ses charges et la
couverture la plus proche de PADME, celle de la MDB passe de 158,37% à
84,06%. Le niveau de taux d’intérêt viable pour le secteur dépend d’un
ensemble de facteurs tout autant spécifiques que généraux qui sont : les
activités spécifiques de l’institution, la destination du crédit (activités de
court terme ou non), la taille du crédit ; la rentabilité de l’activité financée,
l’efficacité de la structure, etc. Beaucoup de SFD proposent actuellement du
crédit au taux affiché de 24% mais y ajoutent subtilement d’autres frais qui
portent en définitive ce taux bien au-delà de celui annoncé. Dans une étude
récente pour le compte de la Banque mondiale, l’auteur a conclu que si la
supervision du taux d’usure avait été stricte au Bénin, cela aurait rendu
impossible la pérennisation de l’activité de microcrédit ou tout au moins,
aurait découragé l’approvisionnement des pauvres en services financiers
(World Bank, 2004).

Ces taux élevés corroborent dans la littérature empirique ceux


appliqués par d’autres institutions de microfinance. Beaucoup d’institutions
de microfinance dans les Etats UMOA affichent des taux effectifs excédant
clairement la norme admise17. Montalieu (2002), rapporte aussi des taux
d’intérêt nominaux de l’ordre de 48% en 1999 en Afrique de l’Ouest et
spécialement 84% au Mali en 1998. Mieux, cette pratique semble généralisée

17 Ouattara, K. (2003) ‘‘Microfinance Regulation in Benin: Implications of the PARMEC Law for Development
and Performance of the Industry.’’ Washington, D.C. : World Bank Africa Region Working Paper Series N°50,
June.

31
à l’échelle internationale (Wright & Alamgir, 2004, confère tableau 4). Mais la
vraie préoccupation dans ce cas concerne la capacité des pauvres à
supporter de tels niveaux de taux.

9. Un plafonnement des taux d’intérêt profite t-il aux petits


opérateurs économiques ?

Lorsqu’on examine les conditions de la demande, on comprend mieux


la persistance de taux élevés sur le marché du microcrédit. Il est clair que la
demande va continuer à croître, alimentée par la part croissante des services
dans l’économie et dopée par les nouvelles technologies qui favorisent la
création des petites unités de production et de services (Nowak, 2006). Cet
accroissement de la demande tient également fait de l’exploitation du
microcrédit comme l’une des voies de traitement du chômage et de la
réduction de la pauvreté. Cette demande et l’offre correspondante vont se
diversifier vers des prêts à caractères professionnel ou social. Dans ces
conditions, des pressions sur la demande peuvent toujours justifier le coût
élevé du microcrédit.
Plusieurs études ont montré que les bénéficiaires sont peu sensibles
au taux d’intérêt du microcrédit. Dans une étude réalisée en 2004, la cellule
de microfinance a montré que c’est l’accès au crédit qui demeure la
préoccupation majeure des bénéficiaires. Les travaux de Mahajan et Ramola
(1996) ; CGAP (2002, 2004) et Ouattara (2003) vont dans le même sens.
Autrement dit, de tels niveaux de taux semblent ne gêner outre mesure les
bénéficiaires. Avant la libéralisation financière en Afrique, cette frange de
petits opérateurs économiques a longtemps été privée d’accès au
financement. Le coût le plus important aujourd’hui dans l’accès au crédit
semble ne pas être le taux d’intérêt mais bien souvent le coût de transaction
du prêt : le temps passé à se déplacer, à attendre, à remplir des
formalités18… Ce coût serait bien souvent assez élevé chez certaines IMF.

18
Labie Marc (1999) rapporte les mêmes plaintes chez les micro-entrepreneurs d’Amérique Latine dans ‘‘La
microfinance en question : limites et choix organisationnels’’

32
Il est d’ailleurs, dans l’intérêt des pauvres de supporter des taux
d’intérêt élevés pour continuer à bénéficier de crédit sur le long terme.
Autrement, l’alternative serait des prêteurs informels avec en moyenne des
taux de 20% par jour observés dans certains marchés en Afrique
subsaharienne, ou alors le non-accès au crédit (RDP, 2002). Les taux élevés
des prêteurs informels montrent que ceux pratiqués par le secteur de la
microfinance demeurent attractifs. Les activités des petits opérateurs
économiques ont souvent un faible rendement en main d’œuvre et l’accès au
crédit/capital ou à la liquidité leur permet de relever significativement leur
rendement ou de saisir davantage d’opportunités économiques. Les
rendements obtenus de tels investissements sont de loin supérieurs aux
taux d’intérêt supportés. D’un point de vue pratique, il est plus rentable
d’emprunter $150 à 4% le mois et de payer un intérêt de $6 par mois
pendant 4 mois que d’emprunter la même somme à 10% la journée chez un
prêteur informel19. De plus, les petites activités ont en moyenne une rotation
de stock plus élevée permettant de générer plus rapidement des profits et
d’épargner en vue de rembourser les emprunts et de constituer un fonds de
roulement. Toutefois, les institutions de microfinance doivent mieux cibler
leurs clients. Il ne s’agit pas de prêter nécessairement aux très pauvres avec
une situation instable qui seront précipités dans un cercle d’endettement et
de pauvreté. La plupart des pauvres ne sont pas en mesure d’avoir accès à
des services financiers. La viabilité s’entend de la capacité d’une entité
fournissant des micro-financements à couvrir l’intégralité de ses coûts. Elle
permet la poursuite des opérations de l’IMF et la fourniture des services
financiers aux pauvres (CGAP, 2005).

19
Ce raisonnement est tiré d’une expérience réussie, vécue par une veuve au Rwanda qui avait à sa charge sept
personnes (RDP, 2002).

33
10. Conclusion et discussions

Les résultats de cette étude montrent que les IMF les plus
performantes sont susceptibles de voiler des taux d’intérêt effectifs plus
élevés que le seuil légal. Mais il est important de se rappeler que les IMF
doivent être en même temps capables de s'autofinancer pour durer. La
viabilité financière passe par la réduction des coûts de transaction, l’offre de
meilleurs produits et de services répondant aux besoins des clients ainsi que
l’adoption de nouveaux moyens de servir les pauvres qui n’ont pas accès aux
services bancaires. Un colloque d'experts, organisé par l'OCDE à Paris en
1998, concluait à la suite d’un rapprochement des expériences, que les
structures qui utilisaient les taux d'intérêts les plus élevés étaient aussi
celles qui étaient les plus performantes et les plus efficaces. Dès lors, si l’on
désire faire de la microfinance, un instrument de réduction de la pauvreté, il
faut opter pour la professionnalisation du secteur. On peut aider les pauvres
avec des prêts sans intérêt ou à intérêts subventionnés par d’autres canaux
ne relevant pas du secteur financier professionnel, mais on ne peut
continuer "à jouer les Mères Teresa" sans être conscient que l’option qui
consiste à protéger les pauvres contre des taux d’intérêt élevés n’est pas
durable et s’exerce aux dépens des IMF. Si les IMF doivent être
financièrement autonomes, elles doivent facturer les coûts financiers et ceux
de l'appui ou de la formation aux bénéficiaires. La question ne semble plus
être celle de la pauvreté, mais davantage celle de la formation nécessaire
pour que les bénéficiaires augmentent suffisamment leurs revenus pour être
non seulement capables de rembourser les intérêts, mais de rentabiliser
leurs activités économiques et de faire du profit. Dans ce cas, l’une des voies
serait de libéraliser les taux d’intérêt tout en renforçant la surveillance sur la
transparence à travers la publication régulière des taux effectifs globaux.
Certains pays ont réussi à asseoir cette transparence en imposant aux
structures de financement de mentionner sur un contrat, toutes les charges
liées à l’opération de crédit et d’en déduire par écrit sur le contrat, le taux

34
effectif global. C’est une des voies pour l’ouverture d’une concurrence qui à
terme aboutirait à une baisse des taux effectifs dans le secteur. La France a
levé en 2005, le plafonnement des taux d’intérêt sur les prêts aux
entreprises et autorisé les associations à emprunter pour prêter dans le
cadre de sa loi sur les PME. Mais comment cela peut-il se faire au sein d’une
union (UEMOA) qui a déjà établi les règles sur le taux d’usure ?

Il est en effet difficile de mettre en œuvre une politique interne


spécifique de taux d’intérêt à l’échelle nationale. D’un autre point de vue,
mettre en œuvre une surveillance rigoureuse du taux d’intérêt effectif par
rapport au seuil légal d’usure pourrait être dommageable pour le secteur de
la microfinance au Bénin. C’est sans doute pourquoi on observe une
surveillance lâche de cette mesure auprès des IMF. La réglementation
devient ainsi une incitation pour pousser les IMF à devenir efficientes.
L’objectif inavoué d’une supervision ‘‘lâche’’ du taux d’intérêt en présence
d’une politique monétaire commune et certainement l’objectif visé par les
réseaux pourrait être de permettre au secteur de se consolider à travers les
formes de concentration possibles pour réduire le coût du crédit. Il n’est
donc pas exclu que le taux effectif global descende à moyen ou long terme en
dessous du seuil d’usure.

11. Bibliographie

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Sigles et Abréviations

CLCAM : Caisse Locale de Crédit Agricole et Mutuel


FECECAM : Fédération des Caisses d’Epargne et de Crédit Agricole et
Mutuel
MDB : Mutuelle de Développement à la Base
PADME : Association pour la Promotion et le Développement des Micro-
entreprises
PAPME : Agence pour la Promotion des Petites et Moyennes Entreprise
CMF : Cellule de Microfinance
IMF : Institutions de Microfinance
SFD : Système de Financement Décentralisé

37
Annexes

Tableau A.1 : Evolution du taux des crédits à la clientèle au Bénin et dans


l’UEMOA
Indicateurs / Ratios Taux des crédits à la clientèle
31/12/96 31/12/97 31/12/98 31/12/2001 31/12/2002 31/12/2003
UEMOA 11,9% 11,3% 11,5% 12,3% 12,3% 12,3%
Bénin 16,9% 18,2% 15,9% 13,4% 13,5% 12,0%
Source: Rapports annuels de la Commission Bancaire 1998, 2003

Tableau A.2 : Méthodes de calcul des ratios de rentabilité des IMF

N° INTITULE DES RATIOS


1 COUT PR 1 FR PRETE
A MONTANT TOTAL DES CHARGES
MONTANT TOTAL DES CREDITS DECAISSES AU COURS DE LA
B PERIODE
RATIO A/B

2 RATIO DE RENTABILITE DES ACTIFS


A RESULTAT NET D'EXPLOITATION
B MOYENNE DU TOTAL DES ACTIFS
RATIO A/B

3 RATIO DE COUTS OPERATIONNELS


A COÜT OPERATIONNELS
B MOYENNE DU TOTAL DES ACTIFS
RATIO A/B

4 RATIO AUTOSUFFISANCE OPERATIONNELLE


A MONTANT TOTAL DES PRODUITS
B MONTANT TOTAL DES CHARGES
RATIO A/B

5 TAUX DE REMBOURSEMENT

6 TAUX DE RISQUE SUR PORTEFEUILLE


A MONTANT TOTAL DES CREANCES EN SOUFFRANCE (3 mois)
B MONTANT TOTAL DES ENCOURS DE CREDIT
RATIO A/B

7 TAUX DE PERTE SUR PRETS


A MONTANT TOTAL DES CREDITS PASSES EN PERTE

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N° INTITULE DES RATIOS
B MONTANT TOTAL DES ENCOURS DE CREDIT
RATIO A/B

8 TAUX DE PROVISIONS POUR CREANCES DOUTEUSES


A MONTANT TOTAL DES PROVISIONS POUR CREANCES DOUTEUSES
B MONTANT TOTAL DES ENCOURS DE CREDIT
RATIO A/B

Source : Différents rapports d’institutions de microfinance (PAPME et PADME notamment)

Notes de Fin

Microcrédit : Il n’existe pas dans la littérature une définition consensuelle du microcrédit, c’est-à-dire une
définition du montant maximum du microcrédit. Selon le CGAP (2001), la taille du crédit permet de
savoir si l’IMF cible véritablement les pauvres ou non. Ainsi, pour des montants de crédit inférieurs à
20% du produit national brut (PNB) par tête d’un pays, les bénéficiaires peuvent être considérés comme
très pauvres. Pour des montants de crédits supérieurs à 150% du PNB, les bénéficiaires sont considérés
comme relativement aisés, donc non pauvre.
Pauvreté : Elle peut être définie comme étant une privation inacceptable du bien-être de l’être humain. Ceci
peut inclure aussi bien la privation physiologique que la privation sociale. Une personne peut donc être
considérée comme pauvre quand elle ne peut pas se procurer les biens et services en quantité suffisante
pour satisfaire ses besoins matériels ou biologiques fondamentaux (alimentation, santé, éducation,
logement). La privation sociale élargit le concept pour inclure le risque, la vulnérabilité, le manque
d’autonomie, l’impuissance et le manque de respect de soi. Etre pauvre, c’est être à l’écart de
l’ensemble de la société et exclu des ressources, chances et des sources de bien-être subjectives et
objectives qui sont facilement à la portée des autres, autrement dit, être exclu du mode de vie auquel les
autres ont largement accès dans la même société et non être simplement démuni des besoins les plus
essentiels. Adam Smith endosse cette définition quand il affirme qu’être pauvre revient à devoir se
passer de ce qui est nécessaire pour être un membre « respectable » de la société.
Système Financier Décentralisé : C’est le terme de plus en plus consacré aux institutions de
microfinance. Mais en réalité, il inclut les formes de financement informel qui peuvent être aussi
considérées comme décentralisées.
Taux effectif global mesure le coût total d'un crédit pour l'emprunteur (taux d'intérêt plus frais de dossier,
frais divers et assurance).
Viabilité financière : La viabilité s’entend de la capacité d’une entité fournissant des micro-financements à
couvrir l’intégralité de ses coûts. Elle permet la poursuite des opérations de l’IMF et de la fourniture des
services financiers aux pauvres.

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