Plaute Mercator
Plaute Mercator
Théâtre complet
Nouvelle traduction par Florence Dupont
84099
NOUVELLE TRADUCTION
9782251449357
978- 2- 251- 44935-7
■
LE MARCHAND (MERCATOR)
I On sait grâce au prologue que la pièce traduite par Plaute est de Philémon et
■ appelle en grec Emporos. On ignore la date de sa représentation à Rome.
Bon, je cause, je cause. Ne vous fâchez pas contre moi. C ’est la faute à Vénus.
C ’est elle qui m ’a rendu bavard en me rendanjjbioureux.
Je reviens à nos moutons, promis. Je vais reprendre le récit là où je l ’avais
laissé. J ’avais donc juste quitté l ’enfance, j ’avais juste renoncé aux plaisirs puérils,
Scène 1 (1-110) quand je tombai fou amoureux d ’une catin de cette ville. Aussitôt l ’argent de
Diuerbium*. mon père sortit en douce de chez lui pour émigrer chez elle. Cette fille avait
un souteneur, un maquereau intraitable, qui m ettait son énergie à rafler tout ce
C h arin u s1 — J ’ai décidé de faire d ’une pierre deux coups. Je vais vous raconter qu’il pouvait.
à la fois le scénario de la pièce et mes amours. Mon père me couvrait de reproches. N uit et jour, il me répétait que les
Moi, je ne suis pas comme les autres amoureux dans les comédies auxquelles maquereaux sont des hommes sans foi ni loi, que je dilapidais ses biens pour
j ’ai assisté. Ils racontent leurs malheurs jour et nuit, au soleil et à la lune. Le engraisser un souteneur. Il me criait dessus. Ou parfois il se contentait de
Soleil et la Lune s’en balancent des pleurnicheries humaines et de ce que veulent marmonner, hochant la tête, répétant que je n ’étais pas son fils. Il parcourait les
les hommes ou de ce q u ’ils ne veulent pas. Du moins je l ’imagine. rues en proclamant haut et fort que personne ne devait me prêter de l ’argent. Il
Donc, c’est à vous que je vais raconter mes malheurs. C ette pièce est de haranguait les gens, disant que les charmes de l ’amour entraînent les hommes à
Philémon et s’appelle en grec Emporos, la même en latin est de Plaute et s’ appelle dépenser sans compter. Que j ’étais un débauché, un dépravé, un noceur qui ne
L e M archand. respectait rien. Que je le pillais et prenais tout ce que je pouvais dans la maison.
Mon père m ’a envoyé à la foire de Rhodes. Voici deux ans que je suis parti. ! Que ce q u ’il avait accumulé lui-même honnêtement, au prix de toutes sortes
Là-bas je suis tombé amoureux d ’une femme magnifique, une beauté. Mais je d ’efforts, était gaspillé malhonnêtement dans mes somptueuses amours. Que
vais vous dire comment je me suis fait piéger. À condition que vous m accordiez > voilà trop d ’années q u ’il nourrissait ce chenapan. Que, si je n ’avais ni honte ni
votre attention. Prêtez-moi l ’oreille. Ce sera tellement gentil de votre part. remords de ma conduite, je ferais mieux de renoncer à vivre.
Je reconnais, mon commencement n ’est pas conforme à la tradition. Je Il me répétait que, quand lui était sorti de l ’enfance, il n ’avait pas sombré
mélange tout. C ’est que l ’amour vous gâte le caractère. Soucis, chagrins et luxe comme moi dans l ’amour et la fainéantise. D ’ailleurs il n ’aurait pas pu, tant
ravagent les amoureux. Le luxe pour tous, et pas seulement les amoureux, c’est son père le tenait serré. Il travaillait à la ferme, dans la boue et le fiimier, et ne
la perte assurée. On se ruine jusqu’au dernier sou. L ’élégance au-dessus de sel revenait en ville que tous les quatre ans pour la fête nationale. À peine avait-il
moyens, cela ne pardonne pas. vu le manteau de la Vierge2 que son père à chaque fois le renvoyait illico à
Il faut ajouter aux ravages de l ’amour tout ce que je n ’ai pas encore dit, la campagne. Là-bas il n ’était que le premier de ses ouvriers. Il travaillait plus
L ’amoureux est insomniaque, de mauvaise humeur, il fait n ’importe quoi. Il ■ qu eux. Son père lui répétait : « C ’est pour toi que tu laboures, que tu sèmes,
peur de tout, passe son temps à se dérober. Il est stupide et niais. Il ose tout, ne que tu herses, que tu moissonnes. En un mot c ’est à toi que ton travail rappor
réfléchit à rien. Il n ’a aucune mesure, il est exubérant et passionné. Méchanceté, tera. » À la mort de son père, il avait vendu nos champs et, avec l ’argent de
paresse, cupidité, oisiveté, violence, pauvreté et humiliation, dépenses cl i la vente, il avait acquis un navire de trois cents tonneaux. Il était allé faire du
dépenses. Voilà les horreurs de l ’amour. commerce un peu partout. Je devrais faire comme lui, si j ’étais l ’homme que je
J ’ajoute que les amoureux sont des bavards creux. Ils dégoisent pour ne rien i devrais être.
dire. Ils parlent à contretemps et contre leurs intérêts. L ’amour est un mauvalB
avocat, il est incapable de défendre sa cause.
2. Il s’agit du manteau d ’Athena Parthenos offert à la déesse chaque année lors de la fête
1. Il prend le rôle du prologue*. des Panathénées
614 MERCATOR — Scène 1 (1-110) MERCATOR — Scène 2 ( X11-141) 615
Charinus Charinus
Dis-moi, connais-tu un bien dont personne puisse jouir Toi ? Ce que je t ’ordonne de faire
Sans que l ’accompagne quelque désagrément ?
Refuses-tu la peine que te vaudra la volonté d ’en jouir ? Acanthion ■**“
C ’est quoi que tu m ’ordonnes de faire ?
Acanthion
Je ne comprends pas ce que tu dis Charinus
Je n ai jamais appris la philosophie et je n ’y comprends rien Je vais te le dire
Mais un bien qui flirte avec un mal, je n ’en veux pas Acanthion
Charinus Alors dis-le
Donne-moi ta main droite, allez, Acanthion Charinus
Acanthion Du calme, rien ne presse
Voici ma main, prends-la Acanthion
Charinus Les spectateurs dorment déjà, tu as peur de les réveiller ?
Tu veux bien m ’obéir gentiment ou non ? Charinus
Acanthion Malheur à toi
Tu peux en juger sur les faits. Je me suis épuisé en courant pour toi Acanthion
Pour que tu puisses tout de suite savoir ce que je sais C ’est justement un malheur que je viens t ’apporter en venant du port
Charinus Charinus
Je t affranchirai dans quelques mois Dis-moi ce que tu apportes
Acanthion Acanthion
Tu me caresses dans le sens du poil J ’apporte la violence et la peur
Charinus J ’apporte les soucis et les supplices
J ’apporte les procès et la misère
Moi, j oserais te faire de fausses promesses et te mentir
Avant que je dise un mot, tu sais si je vais mentir ou non Charinus
Acanthion Je suis mal parti. Tu m ’apportes ici une cargaison de malheurs
Ton discours me fatigue, tu m ’asphyxies C ’est fini, je n ’existe plus
Charinus Acanthion
C ’est ainsi que tu m ’obéis ? Non, tu
Acanthion Charinus
Que veux-tu que je fasse ? Je sais ce que tu vas dire, j ’ai tout perdu
Acanthion
Je l ’ai dit sans le dire
620 MERCATOR — Scène 3 (142-224) MERCATOR — Scène 3 (142-224)
Charinus Charinus
C ’est quoi cette catastrophe ? Alors pourquoi, toute affaire cessante
T u courais à travers la ville pour me trou
Acanthion
Ne me le demande pas. C ’est la catastrophe des catastrophes Acanthion
T u passes ton temps à me couper la parole
Charinus
Je t ’en supplie, libère-moi. Voilà trop longtemps que je suis dans l ’angoisse Charinus
Je ne dis plus rien
Acanthion
Du calme, rien ne presse Acanthion
Je veux te poser quelques questions avant d ’être battu C ’est ça, tais-toi
Charinus Si je t ’annonçais une bonne nouvelle, tu insisterais tout excité
Battu, tu vas l ’être tout de suite Là tu vas devoir apprendre un malheur et tu exiges que je parle
Si tu ne parles pas ou si tu cherches à t ’échapper d ’ici Charinus
Acanthion Je t ’en supplie, tonnerre de Brest, révèle-moi la vérité sur ce malheur
Regardez comme il me caresse Acanthion
Personne n ’est plus gentil que lui quand il veut Je vais te la dire puisque tu me supplies. Ton père
Charinus Charinus
Je t ’en prie, je t ’en supplie, renseigne-moi tout de suite sur la situation Quoi mon père ?
Je constate que je dois me traîner aux pieds de mon esclavaillon
Acanthion
Acanthion
Ta chérie
Tu penses que je ne le mérite pas
Charinus
Charinus
Quoi ma chérie ?
Mais si, tu le mérites
Acanthion
Acanthion
Il l ’a vue
C ’est aussi mon avis
Charinus
Charinus
Je t ’en supplie. Le navire a sombré ? Il l ’a vue. Aïe ! Ouille
Acanthion Charinus
Non, le navire va bien, ne t ’inquiète pas Comment est-ce possible ? Comment l ’a-t-il vue ?
Charinus Acanthion
Les voiles et les cordages ? Avec ses yeux
Acanthion Charinus
Les voiles et les cordages sont sains et saufs Mais encore ?
622 MERCATOR — Scène 3 (142-224) MERCATOR — Scène 3 (142-224)
Acanthion
T u ne vas pas te taire, imbécile, crétin ? Il te croira, il m ’a bien cru, moi
Charinus
J ’ai peur de mon père. Il va avoir des soupçons et deviner la vérité
La m usique s ’a rrête.
Une question, réponds-moi. Je te demande
Acanthion Scène 4 (225-334)
Et moi, je te demande ce que tu me demandes D iuerbium*.
Charinus
Démiphon — Extraordinaire comme les dieux se jouent des êtres humains.
Il t ’a semblé soupçonner q u ’elle est ma chérie ?
Extraordinaires les messages q u ’ils leur envoient dans leur sommeil. Moi-même,
Acanthion la nuit passée, j ’ai beaucoup rêvé et ces rêves ne m ’ont pas lâché.
Apparemment non. Il croyait tout ce que je lui disais J ’ai rêvé que j ’achetais une chèvre, une chèvre superbe, et pour éviter q u ’elle
Charinus ne fasse du mal à une chèvre que j ’avais déjà chez moi ou qu’elles se battent, si
Apparemment. C ’est du moins ce qu ’il t ’a semblé elles étaient toutes les deux au même endroit, je la confiais après l ’avoir acquise
à un singe pour qu ’il la surveille.
Acanthion Le singe peu après venait me trouver pour me maudire et me couvrir d ’ injures.
Non, non, il me croyait vraiment Il prétendait que l ’arrivée de cette chèvre était un scandale et une honte, que la
Charinus chèvre avait tout ravagé. Le singe me dit que la chèvre que je lui avais donnée à
Aïe ! Ouille ! Je n ’existe plus garder avait rongé presque entièrement la dot de sa femme.
M ais pourquoi me consumer ici à gémir au lieu d ’aller au bateau ? Je trouvais bizarre que cette chèvre ait rongé la dot de l ’épouse d ’un singe. Le
Suis-moi singe insiste et finit par dire que si je n ’ emmène pas la chèvre au plus vite de chez
lui, il la conduira chez moi et la remettra à ma femme.
Acanthion Vraiment cette chèvre dans le rêve me plaisait bien, mais je n ’avais personne
Si tu sors par ici, tu vas tomber sur ton père qui va arriver à qui la confier. Je me tourmentais ne sachant que faire. C ’est alors que je rêve
En te voyant terrorisé et anéanti, il va te retenir pour t ’interroger qu’un chevreau vient me trouver. Il me dit q u ’il a emmené la chèvre, q u ’il l ’a
Il te demandera à qui tu l ’as achetée, combien tu l ’as payée reprise au singe. Et il me rit au nez.
Il profitera de ta peur pour te faire parler Je fonds en larmes, je souffre de savoir qu ’on me l ’a prise, j ’en suis malade.
Charinus Ce rêve signifie quelque chose, mais quoi ? Je ne trouve pas. Je pense pourtant
Je vais aller plutôt par là. T u crois que mon père a quitté le port ? avoir deviné qui est cette chèvre et ce qu’elle signifie.
Je me suis rendu ce matin au port au lever du jour. Quand j ’ai eu terminé ce
Acanthion
que j ’avais à y faire, j ’aperçois le bateau qui venait de Rhodes et sur lequel mon
J ’en suis même certain fils était arrivé hier. Je ne sais pourquoi, j ’ai eu envie de le voir. Je monte dans
C ’est la raison qui m ’a fait me dépêcher de venir ici avant lui une chaloupe et je me fais transporter jusqu’au bateau. Là j ’aperçois une femme
Je voulais te mettre au courant magnifique, une beauté. Mon fils la ramène pour sa mère, pour qu ’elle soit sa
Et éviter ainsi un quiproquo qui t ’aurait fait te trahir servante. Dès que je l ’ai vue, j ’en suis tombé amoureux. Non, pas un béguin
626 MERCATOR — Scène 4 (225-334) MERCATOR — Scène 4 (225-334) 627
ordinaire, le coup de foudre. J ’étais déjà tombé amoureux quand j ’étais jeune, Lysimaque — Tu es fou ? T u te prends pour un,petit garçon !
mais comme ça, jamais. J ’en suis dingue.
D ém iphon— Je te dis la vérité.
Une chose est sûre : je suis perdu, fini. Voyez vous-mêmes où j ’en suis. En
tout cas, sûr et certain, c’est elle la chèvre. Mais ce singe et ce chevreau qui me Lysimaque —J ’y suis, je viens de réaliser ce que tu veux dire. Quand un vieux a des
veulent du mal, je ne sais pas qui ils sont. absences et se met dérailler, on a l ’habitude de dire qu ’il est retombé en enfance.
Mais je ne dis plus rien, car voici le voisin qui sort de chez lui.
Démiphon — Pas du tout, au contraire, je ne me suis jamais aussi bien porté.
Lysim aque — C ’est décidé, je vais faire castrer ce bouc qui vous crée tellement
Lysim aque — Tant mieux, je m ’en réjouis.
d ’ennuis à la campagne.
Démiphon — Et si tu veux savoir, j ’y vois même beaucoup mieux q u ’avant.
Démiphon — Parole de mauvais augure. Mauvais présage. Je crains que ma
femme ne me fasse castrer comme ce bouc et qu’elle ne joue le rôle du singe. Lysimaque — Tant mieux.
Lysim aque — Retourne à la ferme et rapporte ces râteaux à Loyal, c ’est mon Démiphon — Hélas, cette belle santé me vaut des ennuis.
fermier. T u les lui donnes en mains propres. Fais dire à ma femme que des Lysimaque — Alors tant pis.
affaires me retiennent en ville. Q u’elle ne m ’attende pas, car je dois siéger au
tribunal dans trois procès. Allez, va et n ’oublie pas mon message. Démiphon — Mais oserais-je te parler en toute confiance ?
Lysim aque — Hi ! Démiphon. Bonjour. Que deviens-tu ? Comm ent cela va ? Démiphon — Aujourd’hui je suis allé pour la première fois à la petite école et
j ’ai déjà appris un trio de lettres
Démiphon — Pas terrible, terrible.
Lysimaque — Un trio de lettres ?
Lysim aque — Les dieux vont te sortir de là.
Démiphon — A M O
Démiphon — Ce sont les dieux qui m ’y ont mis.
Lysimaque — Tu es amoureux, toi ? Avec tes cheveux blancs ? Vieux dégoûtant !
Lysim aque — C ’est-à-dire ?
Démiphon — Avec des cheveux blancs, roux ou noirs, je suis amoureux.
Démiphon — Je vais te le dire, si cela t ’intéresse ou si tu as le temps.
Lysimaque — Tu me joues la comédie là ? J ’imagine, Démiphon.
Lysim aque — J ’ai beau être pris par mes affaires, si tu veux, Démiphon, je ne
suis jamais trop occupé pour ne pas prêter attention à un ami. Démiphon — Décapite-moi si je mens et je resterai là debout. Pour te prouver
que je suis amoureux, prends un couteau, coupe-moi un doigt, une oreille, le nez,
Démiphon — Je connais cette gentillesse dont tu parles. En me voyant, tu me les lèvres, ce que tu veux, si je bouge ; si je réagis à la blessure, je te permets de me
donnes quel âge ? couvrir de baisers jusqu’à ce que j ’en meure étouffé.
Lysim aque — Celui d ’un vieillard décrépit, tu as l ’âge de Mathusalem. Lysimaque — Si vous n ’aviez jamais vu un amoureux en image, en voici un, car
Démiphon — Tu as une mauvaise [Link] suis un petit garçon de sept ans, Lysimaque. à mon avis un vieux croûton décrépit a autant de vie qu ’une image peinte sur
une fresque.
628 MERCATOR — Seine 4 (225-334) MERCATOR — Scène 5 (335-364) 629
Charinus Charinus
La situation reste sous contrôle. Car je sais q u ’il ne sait rien de cette fille Exceptionnel, selon moi
S ’il savait, il me parlerait autrement Démiphon
Démiphon C ’est aussi ce que j ’ai pensé quand je l ’ai vue
Pourquoi ne prendrais-je pas l ’initiative de lui parler de cette fille ? Charinus
Charinus Quoi ? T u l ’as vue, mon père ?
Pourquoi ne pas me tirer d ’ici ? Démiphon
J ’y vais J e l ’ ai vue
Je vais faire ces commissions que j ’ai promises aux amis de mes amis Mais ce n ’est pas ce genre de servante dont nous avons besoin
Je n ’en veux pas
Démiphon
Reste. J ’ai d ’abord encore quelques petites questions à te poser Charinus
Mais pourquoi ?
Charinus
Comme tu veux. Dis-moi Démiphon
Parce q u ’elle trop belle pour notre maison
Démiphon
De quoi avons-nous besoin ?
Jusqu’ici tu n ’ as pas été malade ?
D ’une servante pour tisser, moudre la farine, couper le bois, filer la laine
Charinus Q u’elle balaie la maison, q u ’on puisse la rouer de coups
Je me portais très bien tant que j ’étais là-bas Et qu ’elle fasse la cuisine chaque jour pour les esclaves
Mais depuis que je suis revenu et que j ’ai débarqué Cette fille ne pourra rien faire de tout cela
Je ne sais pas ce que j ’ ai, ça ne va pas Charinus
Démiphon C est pourtant bien dans ce but que je l ’ai achetée afin de la donner à ma mère
Tu as le mal de mer, mais il sera bientôt passé
Démiphon
Mais puisqu’on en parle
Ne la lui donne pas, et ne lui dis pas non plus que tu l ’as ramenée
T u as bien ramené de Rhodes une servante pour ta mère ?
Charinus
Charinus Les dieux sont pour moi
Oui
Démiphon
Démiphon
Je le déstabilise progressivement
Et alors ? Comment est-elle, cette femme ?
Et ce que j ’ai omis de te dire
Charinus
Elle ne pourra pas accompagner une femme honorable comme ta mère
Elle n ’est pas mal
D’ailleurs je ne le permettrais pas
Démiphon Charinus
Et son caractère ? Mais pourquoi ?
MERCATOR — Scène 6 (365-498) MERCATOR — Scène 6 (365-498)
634 635
8. Séquence qui utilise le cadre d ’une vente aux enchères. Séquence ludique, car en
7. Une m atron a , une femme mariée, portant la stola, ne sort jamais seule en ville droit romain, \cfiUus inpotestate, sous la puissance de son père, ne possède rien par lui-même
toujours accompagnée d ’au moins une servante. comme les esclaves. v ’
636 MERCATOR — Scène 6 (365-498) MERCATOR — Scène 6 (365-498)
Charinus Démiphon
Qui que ce soit, que les dieux lui fassent un mauvais parti Du calme. Je vais régler comme il faut cette
Démiphon Charinus
Il me fait signe de la tête q u ’il est d ’accord pour que j ’ajoute six mille C ’est-à-dire
Charinus Démiphon
Sept mille pour moi Quoi c ’est-à-dire ?
Démiphon Charinus
Il ne l ’emportera pas sur moi, aujourd’hui, tonnerre de Brest Je ne l ’ai pas acquise légalement
Charinus Démiphon
Il veut acheter comptant, mon père Il l ’acquerra comme ça, laisse-moi faire
Démiphon Charinus
Il veut acheter en vain. C ’est moi qui l ’aurai Légalement tu ne peux pas la vendre
Charinus Démiphon
Il a été le premier à faire une offre On verra
Démiphon Charinus
Je m ’en moque En plus je la possède en copropriété
Je ne sais pas quelle est l ’intention de l ’autre propriétaire
Charinus
Veut-il la vendre ou non ?
Il propose cinquante mille
Démiphon
Démiphon
Moi je le sais, il veut vendre
Même à cent mille on ne la lui donne pas
Charinus
Tu peux cesser d ’enchérir contre moi ? Tu vas te faire grâce à moi un joli magot
Mais non, je pense q u ’il est du genre à refuser
Le vieillard pour qui elle est achetée est fou d ’amour
Tu en obtiendras ce que tu demanderas Démiphon
Et alors ? Q u’est-ce que ça change ?
Charinus
En tout cas le jeune homme pour qui moi je l ’achète se meurt d ’amour pour elle Charinus
Il est juste q u ’il dispose à son gré de son bien
Démiphon
Le vieux, c ’est encore pire, si tu savais Démiphon
C ’est-à-dire ?
Charinus
Ce vieux ne sera jamais aussi éperdument amoureux Charinus
Que le jeune homme pour qui j ’ agis, mon père Cette fille, nous l ’avons en commun et il est absent pour l ’instant
638 MERCATOR — Scène 6 (365-498) MERCATOR — Scène 6 (365-498) 639
Eutychus Eutychus
T a chérie Et que j ’achète la fille sublime ?
Charinus Charinus
Tu en sais trop L’excellente idée, vas-y, achète à prix d ’or
Eutychus Eutychus
Tu n ’es pas d ’accord avec cette vente Et cet or, d ’où il sortira ?
Charinus Charinus
Tu es au courant de bien des choses. Mais au point de savoir qu’elle est ma chérie ? Je demanderai à Achille de me donner la rançon payée pour Hector
Eutychus Eutychus
C ’est toi-même qui me l ’as dit hier Tu es malade ?
Charinus Charinus
J ’avais complètement oublié te l ’avoir raconté Si je n ’étais pas malade, je ne te demanderais pas d ’être mon médecin.
Eutychus Eutychus
Rien d ’étonnant Tu veux l ’acheter au prix que propose ton père ?
Charinus Charinus
Bon, je te demande un conseil Renchéris de mille deniers de plus que ce q u ’il propose
Dis-moi : quel genre de mort à ton avis dois-je choisir pour mettre fin à mes
Eutychus
jours ?
Arrête, tu dis n ’importe quoi
Eutychus Où trouveras-tu l’argent à donner quand ton père montera les enchères
Tu vas te taire ? Évite ce genre de propos
Charinus
Charinus On cherchera, on trouvera, il se passera quelque chose
Que veux-tu que je dise ? Tu me gonfles à en crever
Eutychus Eutychus
Ton père, veux-tu que je me paie sa figure ? J ’ai peur de ce « il se passera quelque chose »
Charinus Charinus
Ça, je veux bien Pourquoi ne dis-tu plus rien ?
Eutychus Eutychus
Veux-tu que j ’aille sur le port ? Tu me commandes le silence
Charinus Charinus
L ’excellente idée, vas-y, vole Ça va, ta mission est assez claire ?
642 MERCATOR - Scène 6 (365-498) & Scène 7 (499-543) MERCATOR — Scène 7 (499-543)
Eutychus Lysimaque
Je vais le faire Je ne t ’ordonnerai rien de bien fatigant
Reste à la maison et attends-moi Gracious Baby
Charinus C ’est que, mon cher vieux, je n ’ai jamais appris à porter des charges
Fais vite et reviens avec le butin À garder les troupeaux ou à nourrir les bébés
Lysimaque
Si tu veux être bonne fille, tout ira bien
Gracious Baby
Alors c ’est fichu, c ’est ma fin
La m usique change.
Lysimaque/
Comment, c ’est ta fin ?
Scène 7 (499-543)
C anticum * monomètre en septénaires iambiques. Gracious Baby
Dans le pays d ’où je viens, ce sont les mauvaises filles qui s’en sortent bien
Lysimaque
Lysimaque
En ami j ’ai donné un coup de main à mon ami
Tu as l ’air de dire qu’il n ’y a pas de bonnes filles ?
Comme mon voisin me l ’a demandé, j ’ai acheté cette marchandise
T u m ’appartiens maintenant, suis-moi Gracious Baby
Ne pleurniche pas, c’est stupide, tu t ’abîmes les yeux. De si beaux yeux Je n ’ai pas dit cela. Je n ’ai pas l ’habitude de débiter des lieux communs
T u as plus de raisons de rire que de gémir Lysimaque
Elle cause bien. Sa parole vaut plus que son prix d ’achat
644 MERCATOR — Scène 7 (499-543) MERCATOR — Scène 7 (499-543) 645
Lysimaque le loisir et faire 1 amour aussi longtemps que tu pourras. Chaque jour vécu est
Grands dieux ! Désormais il ne couchera plus avec sa femme ? autant de gagné. Je l ’ai dit, je vais le faire. 1
En attendant, cependant, je vais entrer ici, chez moi. Mon épouse m ’attend
Gracious Baby &la maison, depuis un certain temps, affamée. À peine je serai rentré q u ’elle va
Il serait marié ? Non, il ne l ’est pas, il ne le sera pas ni 'étouffer sous les injures.
Lysimaque Tonnerre de Brest, finalement, je n ’irai pas, quoi q u ’il en soit. Je vais aller
J ’aimerais mieux pas. Le bonhomme a fait un faux serment voir mon voisin avant de revenir chez moi. Je veux lui demander de louer une
maison pour moi afin d ’y loger cette fille.
Gracious Baby Le voici qui sort de chez lui.
Un garçon que j ’ aime plus que tout !
Lysimaque12 — Je te l ’amènerai tout de suite si je le rencontre.
Lysimaque
C ’est même un enfant, pauvre idiote Démiphon — Il parle de moi.
Il vient juste de perdre ses dents Lysimaque — Que dis-tu, Démiphon ?
Gracious Baby Démiphon — La fille est chez toi ?
Quoi ses dents ?
Lysimaque — À ton avis ?
Lysimaque
Laisse tomber. Suis-moi, s’il te plaît. Démiphon — Et si j ’allais la voir ?
Il m ’a demandé, mais seulement pour aujourd’hui Lysimaque — Pourquoi si vite ? Attends un peu.
De t ’héberger chez moi, car ma femme est à la campagne
Démiphon — Que dois-je faire ?
Lysimaque — Fais que tu réfléchisses à ce qu’il serait bon de faire.
Démiphon — À quoi bon réfléchir ? J ’évalue bien la situation. Ce qui est bon
de faire est d ’entrer dans la maison là-bas.
La m usique s'arrête.
[Link] — Vraiment, pauvre mouton bêlant ? Entrer dans la maison là-bas.
Scène 8 (545-587)
Démiphon — Que faire d ’autre ?
D iuerbium*.
Lysimaque — D ’abord écoute-moi, et fais bien attention. C ’est la première
Démiphon — J ’y suis enfin arrivé. À moi la débauché et la dépravation. La fill#j chose raisonnable que tu dois faire a mon avis. Bon. En effet, si tu entres dans
a été achetée à l ’insu de ma femme et de mon fils. C est sûr, je vais reprendre cette maison, tu voudras la prendre dans tes bras, bavarder avec elle et l ’embrasser.
ma vie d ’autrefois, quand j ’étais jeune. Je n obéirai qu a mes caprices. D u r a i!
Démiphon — Tu sais exactement ce que je vais faire.
les quelques années qui me restent à vivre, je vais me gaver de plaisirs, de vin a
d ’amour. Lysimaque — Tu commettras une faute.
Il est plus normal de prendre du bon temps à mon âge. Lorsque tu es jeunfll
quand tu es dans la force de l ’âge, c ’est le bon moment pour travailler et t en
richir. C ’est seulement donc quand tu seras vieux que tu dois t installer dani 12. Il s’adresse à la fille restée dans la maison.
648 MERCATOR — Scène 8 (545-587) & Scène 9 (588-666) MERCATOR — Scène 9 (588-666) 649
Démiphon — M a faute, c’est d ’être amoureux ? Ma tête aurait déjà pris feu
Je garde espoir mais j ’ ai perdu la vie 1
Lysimaque — Raison de plus. Toi, un vieux bouc à jeun, à l ’haleine fétide, tu
Va-t-elle ou non revenir ?
embrasseras la fille ? T u veux, à peine arrivé, la faire vomir ?
Si mon père écrase l ’enchère comme il l ’a dit, adieu la vie
Démiphon — Tu es sûrement amoureux pour penser à l ’avance à des trucs
Si mon camarade réussit comme il me l ’a promis, bonjour la vie
pareils. Et si je procédais de la manière suivante ? Si tu es accord, nous allons
mettre la main sur un cuisinier pour qu il prépare un repas qui soit prêt chez Mais enfin, même si Euthycus était cul-de-jatte, il devrait être déjà revenu du port
toi ce soir. C est son plus grand défaut, ce type est lent, bien trop lent à mon goût
Lysimaque — Je suis d ’accord avec ce projet. Voilà parler en amoureux Mais ce ne serait pas lui que je vois accourir ? C ’est bien lui
raisonnable. Je vais aller à sa rencontre
Bon, pourquoi s arrête-t-il ? Je suis en miettes. Son expression ne me plaît pas
Démiphon — Q u’est-ce qu’on attend debout plantés là ? Allons-y et occupons-
Il avance avec l ’air tout triste. J ’ai la poitrine en feu. Je suis paralysé
nous du repas. Soyons somptueux. Il secoue la tête. Eutychus !
Lysimaque — Je viens avec toi. Mais tu dois trouver un endroit où la caser, ce
Eutychus
serait sage. Elle ne peut pas rester plus d ’une journée chez moi. Je suis terrorisée
H il\ Charinus
à l ’ idée que ma femme en revenant demain de la campagne tombe sur elle ici.
C harinus
Démiphon — La situation est sous contrôle, viens avec moi.
Avant de reprendre haleine, un seul mot
Suis-je ici au nombre des vivants ou au nombre des morts ?
Eutychus
Ni l ’un ni l ’autre
13. La scène commence par un monologue de Charinus qui chante un petit poè
amoureux et précieux dans le style alexandrin (voir derniere scène du Pseudolus). 14. En grec dans le texte.
650 MERCATOR — Scène 9 (588-666) MERCATOR — Scène 9 (588-666)
Eutychus r Charinus L
Charinus
Eutychus
Je sais, annonce-moi plutôt quelque chose que je ne sache pas
I Je ne sais pas, je ne sais pas, je ne sais pas
Eutychus
( ¡harinus
La fille n ’est plus à toi
| C 'est ainsi que tu aides un bon camarade ?
Charinus
Eutychus
T u es en train de commettre un assassinat
I Qne veux-tu que je fasse ?
Eutychus
Charinus
Comment ça ?
( ¡omme moi, mourir
Charinus I II fallait tout faire pour savoir à quoi ressemblait le type qui l ’avait achetée ?
Tu es en train d ’étrangler un camarade, un ami de ton âge, un homme fibre, un citoyen j Ainsi on aurait pu rechercher la fille. Misère de misère
Eutychus Eutychus
Les dieux m ’en gardent ( ¡esse de pleurer comme ça
Q u’ est-ce que je t ’ai fait ?
Charinus
T u m ’as plongé une épée dans la gorge. Je suis sur le point de tomber ( ¡harinus
Eutychus Tu as fait que tu as causé ma perte et que je n ’ai plus confiance en toi
Ne rends pas l ’âme, s’il te plaît Eutychus
Charinus Les dieux savent bien que je n ’y suis pour rien, ce n ’est pas de ma faute
Je n ’ai plus d ’âme à rendre Charinus
Continue ton horrible récit Bravo ! T u prends à témoin des dieux qui ne sont pas là. Comment te croirais-ji
T u as une autre mauvaise nouvelle à m ’annoncer ?
Eutychus
Qui l ’a achetée ?
Tu as tout pouvoir de croire ce que tu veux
Eutychus J'ai tout pouvoir de dire ce que je veux
Je ne sais pas. Elle avait déjà été adjugée et emmenée quand je suis arrivé au port
I Charinus
Charinus ■ l u fais le malin quand il s’agit de répondre du tac au tac
M alheur à moi ! I Mais pour remplir une mission
T u ne cesses de m ’ensevelir sous des tombereaux de douleurs ardentes I Tu es boiteux, aveugle, muet, manchot, paralytique
Continue, torture-moi, bourreau, tu as si bien commencé | Tu m ’ avais promis de te payer la tête de mon père
Eutychus I Je croyais avoir affaire à un expert, c ’est à une larve que je m ’adresse
C et échec d ’aujourd’hui me tracasse autant que toi I Eutychus
I Que pouvais-je faire ?
652 MERCATOR — Scène 9 (588-666) MERCATOR — Scène 9 (588-666) 653
Eutychus Eutychus
On disait qu’il était athénien Pourquoi ces projets de voyage ?
Charinus ( liarinus
T u pouvais au moins chercher où il habitait Parce que l ’amour me ravage
Si tu ne pouvais pas apprendre son nom Eutychus
Eutychus Qu’est-ce que tu racontes ? Quand tu seras arrive dans le pays où tu veux repartir
T out le monde disait l ’ignorer Supposons que tu retombes amoureux et que tu sois dans la même panade
Tu vas t enfuir à nouveau et tu recommenceras si la même chose t ’arrive encore
Charinus une fois ?
Du moins tu pouvais chercher à savoir la tête qu il avait
Quand cessera ton exil ? Où finira ta fuite ?
Eutychus Dans quelle patrie, dans quelle maison t ’arrêteras-tu définitivement ?
C ’est ce que j ’ai fait i l u t imagines que, si tu quittes cette ville, l ’amour restera ici et te laissera
I tranquille ?
Charinus
■ Si tu en es convaincu au fond de toi, si tu en es sûr et certain
Et alors, à quoi il ressemble ?
I I u ferais mieux de partir à la campagne et rester vivre là-bas
Eutychus15 ! Jusqu a ce que le désir et 1 amour te donnent leur congé
Je vais te dire
Charinus
Les cheveux blancs et les genoux cagneux, un gros ventre, une grande bouche
I Tu as fini ?
U n petit bonhomme aux yeux noirâtres
Des grosses mâchoires et une démarche en canard Eutychus
J ’ai fini
Charinus
Ce n ’est pas un être humain que tu me décris mais une vraie gueule d empeig Charinus
T u sais autre chose de lui ? I I u as perdu ton temps. C ar ma décision est prise, irrévocable
Je vais à la maison saluer mon père et ma mère
Eutychus
Ensuite à l ’insu de mon père je m ’exilerai
C ’est tout ce que je sais
À moins que je change d ’avis
Charinus
Eutychus
L ’ autre, avec ses grosses mâchoires, il m ’a broyé
Il s est soudain ramasse sur lui-meme et hop il a disparu
Je serai bien malheureux s il s en va, tous diront que c ’est de ma faute
15. Comme chaque fois qu’il s’agit de faire le portrait d ’un personnage, c est le rôle, Que je suis une larve
p erson a*, qui est décrit.
654 MERCATOR — Scène 9 (588-666) & Scène 10 (667-829) MERCATOR — Scène 10 (667-829) 655
C ’est décidé, je vais louer les services de tous les crieurs publics Syra — Dorippa, ma chère Dorippa.
Pour qu’ils lancent un avis de recherche et q u ’ils trouvent la fille Dorippa — Pourquoi ces cris ? ^ ^
J ’irai ensuite immédiatement chez le préteur
Je lui demanderai q u ’il envoie un enquêteur dans chaque quartier Syra — Une femme, il y a une femme dans la maison, une femme que je ne
Je vois bien qu’il ne me reste rien d ’autre à faire connais pas.
Dorippa — Quoi une femme ?
Syra — Une traînée.
Dorippa — Vraiment ? Tu n ’es pas sérieuse.
La m usique s ’arrête. Syra — T u as eu un coup de génie en ne restant pas à la campagne. Quoique. Il
n’y avait pas besoin d ’être bien maligne pour subodorer quelque chose. Cette
Scène 10 (667-829) lemme est la chérie de ton joli mari, le galant homme.
D iuerbium*.
Dorippa — J ’en suis sûre, bon Dieu.
Dorippa — Un messager est venu chez moi à la campagne de la part de mon Syra — Viens avec moi voir sa concubine, rencontrer ton Alcmène, ma chère
mari pour dire qu’il ne viendrait pas. J ’ai pris la décision de revenir. Il me fuit ? Junon.
Je lui courrai après. Dorippa — J ’y vais aussi vite que je peux.
Mais je ne vois plus ma chère vieille Syra qui devait me suivre. Ah, la voici qui
arrive enfin. Tu te dépêches ? [Link] — Comme cela ne lui suffisait pas d ’être amoureux, Démiphon en
plus dépense à tort et à travers. S ’il avait invité dix notables au banquet, on aurait
Syra — Je ne peux pas aller plus vite, ce que je porte est d ’un lourd.
encore acheté trop. Et les cuisiniers, il les galvanise de ses discours, comme un
Dorippa — Ce que tu portes ? chef de nage en pleine mer stimule ses rameurs.
Moi, j ’ai loué les services d ’un chef cuisinier. Pourquoi n ’est-il pas là, comme
Syra — Je porte quatre-vingt-quatre années, à quoi s’ajoutent la servitude, la
je lui en avais donné l ’ordre ? M ais qui sort de chez nous ? On ouvre la porte.
sueur et la soif. Tous ces poids accumulés m ’écrasent.
Dorippa — Je suis la plus malheureuse des femmes. Jamais il n ’y en eut de plus
Dorippa — Donne-moi de quoi honorer l ’autel de notre voisin. Cette branche
malheureuses, et de plus malheureuses il n ’y en aura jamais, mariée à un mari
de laurier, donne. Entre dans la maison. -M
Aussi affreux et aussi misérable.
Syra — J ’y vais. Voilà l ’homme à qui tu confies ta vie et tes biens, à qui tu as apporté des
millions en dot. Tout cela pour assister à ces ignominies et subir ces humiliations.
Dorippa — Apollon, je te fais cette prière
Bénis notre maison [Link] — Je suis fichu, ma femme est revenue de la campagne. Elle a dû voir
Donne-lui la vie et la santé la fille dans la maison. Mais d ’ici je ne peux pas comprendre ce q u ’elle dit. Je vais
Bénis mon fils et épargne-lui les vicissitudes de la vie me rapprocher.
Syra — Je suis en miettes, je suis fichue, misère ! Dorippa — Pauvre de moi.
Dorippa — Q u’est-ce qui te prend ? Tu es malade à hurler comme ça ? Lysimaque — Non, moi, pauvre de moi.
656 MERCATOR — Scène 10 (667-829) MERCATOR — Scène 10 (667-829) 657
Dorippa — Je suis en miettes. [Link] — Je ne peux pas, tu me bouscules ; tu me harcèles comme si j ’étais
coupable. ,
Lysimaque — Misère, je suis mort et bien mort. Elle l ’a vue. Démiphon, que
tous les dieux te réduisent en bouillie. Dorippa — J ’en suis convaincue, tu es inndcênt.
Dorippa — Voilà pourquoi mon mari ne voulait pas venir à la campagne. Lysimaque — N ’aie pas peur de le dire.
Lysimaque — Que puis-je faire d ’autre maintenant que d ’aller la trouver et lui Dorippa — Donc explique-toi.
parler ? Lysimaque — Je vais le faire.
Un mari se doit de donner le bonjour à son épouse. La grossièreté de la Dorippa — Il le faut pourtant et malgré tout.
campagne aurait-elle remplacé la politesse de la ville ?
Lysimaque — Elle est... tu veux aussi savoir son nom ?
Dorippa — En tout cas les gens des champs ne sont pas débauchés comme ceux
qui sont restés en ville. Dorippa — Rien à faire. Je te prends la main dans le sac.
Lysimaque — À la campagne on ne fait jamais rien de mal ? Lysimaque — Quel sac ? Cette femme est la...
Dorippa — En tout cas moins qu’en ville, les gens de la campagne ne cherchent Dorippa — Est la quoi ?
pas les ennuis. Lysimaque — C ’est la...
Lysimaque — Q ii’ont donc fait de mal les gens de la ville ? Dis-moi. Je brûle de Dorippa — Lalalala.
l ’apprendre.
Lysimaque — Si ce n ’était pas vraiment nécessaire, je ne dirais rien.
Dorippa — Tu me questionnes, mais tu sais bien de quoi il s’ agit. À qui
appartient la fille à l ’intérieur ? Dorippa — Tu ne sais pas qui c ’est ?
Lysimaque — Tu l ’as vue ? Lysimaque Bien sûr je sais qui elle est. J ’ai été désigné comme arbitre à son
»ujet.
Dorippa — Oui, je l ’ai vue.
Dorippa — Arbitre ? Je vois. Et maintenant tu l ’as convoquée pour délibérer ?
Lysimaque — Et tu me demandes à qui elle appartient ?
Lysimaque — Mais non, elle m ’a été confiée en dépôt.
Dorippa — Je finirai bien par le savoir.
Dorippa — En dépôt ? Je vois.
Lysimaque — T u veux que je te dise à qui elle appartient, elle... elle bien sûr, aïe, |
aïe, aïe. Je ne sais pas quoi dire. Lysimaque — Mais non, ce n ’est rien de ce genre.
Lysimaque — À ce point, je n ’ai jamais vu personne. I ysim aque — L ’affaire va trop loin. Je patauge.
Dorippa — C ’est tout ce que tu dis ? Cuisinier — Allez, on se dépêche. Il faut que je prépare un banquet pour un vieil
amoureux. Quand j ’y pense, c ’est pour nous que nous allons faire la cuisine, pas
Lysimaque — Si tu me laissais parler. pour celui qui a loué nos services. C ar quand on aime, posséder notre amour
Dorippa — Tu aurais dû. nous tient lieu de nourriture. Le voir, le prendre dans nos bras, lui donner des
658 MERCATOR — Scène 10 (667-829) MERCATOR — Scène 10 (667-829) 659
baisers, lui parler. Mais nous, j ’ai bien confiance que nous reviendrons chez nous I Cuisinier — Mais si, parfaitement, ton épouse était à la campagne. Et tu me
le ventre plein. Allez, c ’est par ici. I disais que tu la détestais, une vraie vipère.
M ais voici le vieux qui nous a engagés. I Lysimaque — Moi, je t ’ai dit ça ? 4
Lysimaque — C ’est vraiment la fin. Le cuisinier est là. I Cuisinier — T u me l ’as dit, je te jure.
Cuisinier — Nous sommes arrivés. I Lysimaque — Que Jupiter me prenne en grippe, ma chère épouse, si j ’ai jamais
Lysimaque — Va-t’en. I dit cela.
Cuisinier — Pourquoi je m ’en irais ? I Dorippa — Et en plus tu nies ? C ’est de notoriété publique que tu me détestes.
Cuisinier — M ’en aller ? I Cuisinier — Non, il ne disait pas qu ’il te haïssait, toi, mais son épouse, qui
I disait-il était à la campagne.
Lysimaque — Va-t’en.
! Lysimaque — C ’est elle mon épouse. Pourquoi es-tu si pénible ?
Cuisinier — Et votre banquet ?
| Cuisinier — Parce que tu dis que tu ne me connais pas. Tu as sans doute peur
Lysimaque — Nous n ’avons plus faim.
| d'elle.
Cuisinier — Mais...
I Lysimaque — Je ne suis pas stupide, je n ’ai q u ’une seule épouse.
Lysim aque — Je suis foutu.
I Cuisinier — Tu ne veux pas m ’essayer ?
Dorippa — Q u’est-ce que tu en dis ? Ce sont aussi ceux qui t ’ont désigné
I Lysimaque — Non merci.
comme arbitre qui te font apporter ces victuailles ?
I Cuisinier — Paie-moi.
Cuisinier — Cette femme est la chérie dont tu m ’as dit à l ’instant que tu étais
amoureux quand nous étions allés au marché acheter le dîner ? I Lysimaque — Viens demain, tu seras payé. Pour l ’instant disparais.
Cuisinier — Un beau brin de fille, mais elle n ’est plus de première jeunesse. [ Lysimaque — La preuve est faite. Selon le vieux proverbe, « un mauvais
I voisinage, c ’est des ennuis en partage » .
Lysimaque — Tu vas partir, connard ?
I àiisinier — Pourquoi restons-nous plantés là ? Pourquoi on ne s’en va pas ? Si
Cuisinier — Elle n ’est pas mal.
' tu subis un contretemps, ce n ’est pas de ma faute.
Lysim aque — Et toi, tu es un affreux.
Lysimaque — En plus tu m ’épuises, je n ’en peux plus.
Cuisinier — Je pense q u ’elle doit savoir y faire dans un lit.
Cuisinier — Je sais ce que tu veux. Tu veux que je parte.
Lysimaque — Tu t ’en vas ou non ? Ce n ’est pas moi qui t ’ai engagé tout à l ’heure.
Lysimaque — Exactement.
Cuisinier — De quoi ? Mais si, c’est bien toi, en personne.
Cuisinier — Donne-moi cent balles et on s’en va.
Lysimaque — Quel malheur.
660 MERCATOR — Scène 10 (667-829) MERCATOR — Scène 10 (667-829) 661
Lysimaque — On te les donnera. Mais ma mère est revenue de la campagne, car je vois Syra debout devant la
porte de la maison. Syra ! ^ «3
C uisin ier — Si tu veux bien, ordonne q u ’on m ’apporte l ’argent. Le temps que
l ’ argent arrive, les gars vont déposer les victuailles. Syra — Qui m ’appelle ?
Lysimaque — T u ne pars pas ? Peut-on être aussi pénible ? Eutychus16 — Ton patron et ton petit.
C uisin ier — Allez, les gars, apportez les victuailles et déposez-les aux pieds du •Syra — Bonjour, mon petit.
vieux. Je ferai reprendre les paniers demain au plus tard. Venez avec moi.
Eutychus — M a mère est déjà revenue de la campagne ? Dis-moi.
Lysim aque — T u es peut-être étonnée de voir arriver ce cuisinier avec tout son
Syra — Heureusement pour elle et pour toute la maisonnée.
barda. Je t ’expliquerai.
Eutychus — C ’est quoi cette histoire ?
D orippa — Non, je ne suis pas étonnée de te voir te ruiner et te conduire
comme un voyou. C ’est un scandale que je ne supporterai pas. Moi, ton épouse, Syra Ton père, ce galant homme, a fait venir sa bonne amie dans la maison.
je devrais supporter que tu introduises une putain dans la maison ?
Eutychus — Comment ?
Syra, va chez mon père et dis-lui que je veux qu’il vienne chez moi tout de
suite avec toi. Syra — En arrivant de la campagne, ta mère est tombée sur elle.
Syra — J ’y vais. Eutychus — Nom de Dieu, je ne croyais pas mon père capable d ’une chose
pareille. La fille est encore dans la maison ?
Lysim aque — T u ne connais pas la situation, ma femme, je t ’en supplie. Je te
jurerai solennellement q u ’il ne s’est jamais rien passé entre elle et moi. Syra — Oui.
Syra est déjà partie ? Je suis mort. La voilà qui s’en va. Misère de misère. Eutychus — Viens avec moi.
Quant à toi, voisin, que les dieux et les déesses t ’écrabouillent, toi, ta bonne Syra — Vierge Marie, les pauvres femmes vivent sous une dure loi. La loi est
amie et vos intrigues amoureuses. Inégale et privilégie les hommes. C ar si un homme fréquente une pute à l ’insu de
ion epouse et si elle 1 apprend, il n arrive rien au mari. Mais quand une épouse
On me soupçonne injustement, j ’ai la guerre à la maison, mon épouse est
lort à l ’insu de son mari, le mari est en droit de la répudier. La loi devrait être la
en fureur. Je vais aller au forum et tout raconter à Démiphon. S ’ il ne la reprend
tiême pour 1 épouse et le mari, car si une femme vertueuse se satisfait d ’un seul
pas pour l’emmener où il veut mais plus chez moi, je prendrai cette fille par les
nari, qu est-ce qui empêche un homme de se satisfaire d ’une seule épouse ?
cheveux et la jetterai dehors, dans la rue.
Vierge Marie, j aimerais bien que la peine soit la même pour les hommes :
Mon épouse, hélas, bien que tu sois en colère contre moi, si tu étais raison
« Tous les maris qui fréquenteront une pute à l ’insu de leur femme seront
nable, tu ferais emporter ces victuailles dans la maison. On pourra se faire bientôt
épudiés comme les femmes coupables à leur égard. » On verrait alors plus
un petit banquet sympathique. l'hommes abandonnés que de femmes aujourd’hui.
Syra — Son père chez qui ma patronne m ’avait envoyée n ’était pas là. Ils m ’ont
dit q u ’il était parti à la campagne. Je reviens à la maison pour la prévenir.
Eutychus — J ’ai parcouru toute la ville, je suis exténué. Je n ’ai rien trouvé sur
cette fille.
16. Syra a été la nourrice d ’Eutychus, qui est son alum nus.
662 MERCATOR — Scène 11 (829-1026) MERCATOR — Scène 11 (829-1026)
663
Charinus Charinus
Qui me rappelle ? Je crains ces signes q u ’il me montre. Je vais me retirer de ce côté-là
Eutychus Eutychus
Le salut, l ’espérance et la victoire Tu es enfin raisonnable, Charinus
Fais un pas vers moi, avance le pied. Donne-moi la m ain 18
Charinus
Que me voulez-vous ? Charinus
Prends ma main. Tu me tiens ?
Eutychus
T ’accompagner Eutychus
Je te tiens
Charinus
Cherchez un autre compagnon de voyage Charinus
Ceux qui m ’accompagnent ne me lâchent pas Tiens-moi bien
Eutychus Eutychus
Qui sont-ils, ces compagnons ? Où allais-tu ?
Charinus Charinus
Le souci, la misère, le chagrin, les larmes et les plaintes J ’émigrais
Eutychus Eutychus
Renvoie ces compagnons, regarde derrière toi et reviens sur tes pas Pour faire quoi là-bas ?
Charinus Charinus
Si tu veux bavarder avec moi, il faudra me suivre Pour y être misérable
Eutychus Eutychus
Arrête-toi tout de suite Ne crains plus rien. Je vais te rendre ton bonheur de jadis
Tu vas entendre ce que tu veux entendre et crier de joie
Charinus
Reste là, je viens en ami qui te veut du bien
T u me fais du tort, tu me ralentis, alors que je dois me dépêcher, le soleil décline
Ta chère et tendre
Eutychus
Charinus
Si tu dois te dépêcher, c ’est par ici que tu dois aller et pas par là
Quoi ?
C ’est de ce côté-ci que le vent est favorable. Vire de bord
Ici souffle une douce brise, là des bourrasques de pluie
Ici la navigation est facile, là la mer est agitée
Reviens vers la terre, Charinus, reviens ici. T u ne vois pas en face de toi 18. La chorégraphie utilise un Charinus craignant de tomber en changeant de pas, comme
s’il était au bord d ’un gouffre.
666 MERCATOR — Scène 11 (829-1026) MERCATOR — Scène 11 (829-1026)
Eutychus Eutychus i
Je sais où elle est Je vais le faire
Charinus Charinus
T u sais où elle est ? Toi ? j Le temps est long pour un amoureux
Eutychus Eutychus
Et je sais qu’elle est saine et sauve Tu n ’as toujours pas confiance ? Je vais tout te faire voir
Celui qui en est le propriétaire est mon meilleur ami
Charinus Et moi, en toute justice, je lui veux le plus grand bien
Où est-elle saine et sauve ?
( 'harinus
Eutychus
Je me fiche de ton type, c ’est elle dont je veux que tu me parles
Je le sais
Eutychus
Charinus Je te parle donc d ’elle
Je préférerais le savoir moi j II m est venu à l ’esprit il y a quelques instants que
Eutychus Charinus
Tu te calmes. C ’est possible ? Dis-moi donc ! Où est-elle ?
Charinus Eutychus
Mon cœur fait des bonds, il est secoué par une tempête
Dans notre maison
Eutychus Charinus
Je vais l ’amener dans des eaux calmes, ne crains rien 0 palais, ô château
Charinus Si tu dis la vérité
Je t ’en supplie, dis-moi vite où elle est, où je peux la voir Mais comment te croire ? Tu l ’as vue ou on te l ’a dit ?
Pourquoi tu ne me réponds pas ? Eutychus
Tu me laisses mourir de douleur avec ton silence
Je l ’ai vue de mes yeux
Eutychus Charinus
Elle n ’est pas loin d ’ici, tout près de nous
Qui r a conduite chez vous ?
Charinus Eutychus
Pourquoi ne me la montres-tu pas si tu la vois ?
Question rejetée
Eutychus Charinus
Je ne la vois pas là maintenant mais je l ’ai vue à l ’instant Tu dis la vérité ?
Charinus Eutychus
Pourquoi ne la fais-tu pas apparaître sous mes yeux ?
Tu n ’as pas honte, Charinus ?
668 MERCATOR — Scène 11 (829-1026) MERCATOR — Scène 11 (829-1026)
Qu.’est-ce que cela peut te faire avec qui elle est venue pourvu qu elle soit ici Eutychus 1
C e n ’ est pas le moment d ’entrer ''
Charinus
Pour cette information tu peux me demander ce que tu veux Charinus
Tu me fais mourir d ’angoisse. J ’étouffe
Eutychus
Et si je te demande Eutychus
Tu n ’as pas besoin d ’entrer tout de suite
Charinus
Prie les dieux qu’ils te l’ accordent Charinus
Mais pourquoi ?
Eutychus
T u plaisantes Eutychus
Ce n ’est pas possible
Charinus
Tout finira bien dès que je l ’aurai vue Charinus
Bon, je vais me débarrasser de mon costume Pourquoi ?
Holà ! Quelqu’un ! Venez dehors et apportez-moi une tenue de ville19 Eutychus
Eutychus Ce serait mauvais pour elle
Bravo, c’est maintenant que tu me plais Charinus
Charinus Comment ? Ce serait mauvais pour elle qui m ’aime et que j ’aime
Tu arrives bien, mon garçon Ce gars me joue la comédie et moi, je suis assez stupide pour le croire
Tiens, prends tout de suite mon costume de voyage et ces bagages Je prends du retard. Mon manteau de voyage ! Je vais me rhabiller
Garde-les Eutychus
S ’il m ’a menti, je reprendrai mon voyage Attends un instant et écoute ce que j ’ai à te dire
Eutychus Charinus
T u ne me crois pas ? Prends mon manteau de ville, mon garçon
Charinus Eutychus
Je crois tout ce que tu me dis Ma mère est en colère contre mon père
M ais pourquoi tu ne me fais pas entrer dans la maison, que je puisse la voir
Elle croit qu il a introduit une pute dans la maison à sa barbe
Eutychus Pendant q u ’elle était absente, partie à la campagne
Attends un peu Elle la soupçonne d ’être sa bonne amie
Charinus Charinus
Pourquoi je dois attendre ? J'ai bouclé mon ceinturon20
19. P allium : manteau grec des acteurs. 20. C ’est l’ornatus du miles.
MERCATOR — Scène 11 (829-1026)
670 MERCATOR — Scène 11 (829-1026)
Charinus i
Eutychus
) 'ai exploré partout, je ne l ’ai pas trouvée
Elle enquête sur la situation dans la maison
Eutychus
Charinus
Tant pis pour ma mère et sa colère
J ’ai mon coupe-coupe à la main
Charinus
Eutychus
Je continue ma quête. Me voici arrivé à Chalcis
Je ne te laisse pas partir
Je rencontre là-bas notre ami de Zacynthie, je lui dis la raison de ma
Charinus Je lui demande qui a emmené la fille, qui en est l ’actuel propriétaire
Je prends du retard. Mon garçon, tu peux rentrer à la maison Au cas où il en aurait entendu parler
Je suis déjà sur mon char, déjà j ’ai les rênes en mains
Eutychus
Eutychus 'l’u arrêtes ces enfantillages et tu entres avec moi dans la maison ?
T u es en plein délire21
Charinus
Charinus Mon ami me répond que les figues sont excellentes à Zacynthie
Allez, mes pieds ! Sautez dans le char !
Eutychus
Droit sur Chypre ! Puisque mon père médite de me chasser
C ’est bien vrai
Eutychus
Charinus
T u es stupide, arrête de débiter ces incongruités. Je te le demande
Mais il affirme ne pas avoir entendu parler de ma bonne amie
Charinus Il me dit q u ’elle est à Athènes
Exécution. J ’entreprends ma grande quête
lutychus
Eutychus C ’est Madame Soleil, ton type de Zacynthie
Elle est chez moi
Charinus
Charinus J'embarque et je pars aussitôt. Me voici chez moi. De retour d ’exil
Car ce qu’il dit n ’est que mensonge Bonjour, Eutychus, bonjour, camarade. Comment vas-tu ?
Comment va ma famille ? Mon père ? M a mère ?
Eutychus
Tu m ’invites, c ’est gentil
Ce que je t ’ai dit est la pure vérité
Nous irons demain chez toi, aujourd’hui c ’est chez moi
Charinus Ainsi le veut le savoir-vivre, il faut s’y plier
Me voici arrivé à Chypre
Eutychus
Eutychus Coucou ! T u rêves ou quoi ?
Viens plutôt avec moi, tu verras celle que tu recherches Ce type est un grand malade
Charinus
Alors, dépêche-toi de me donner tes soins amicaux
21. Parodie tragique
672 MERCATOR — Scène 11 (829-1026) MERCATOR — Scène 11 (829-1026) 673
Démiphon [ I ntychus
C ’est vrai [ l.c cadavre parle encore
À ton âge il conviendrait que tu modères ta conduite
Lysimaque
C ’est pour toi qu’il le dit Démiphon
■J'avoue, j ’ai péché, oui, j ’ai gravement péché
Eutychus
C ’est d ’autant plus vrai. Eutychus
À ton âge il n ’aurait pas été raisonnable d ’enlever à ton fils I I.e cadavre continue à parler
Qui est jeune et amoureux sa bonne amie qu’il a achetée avec son argent | Tu devais à ton âge t ’abstenir de telles fautes
Clomme il y a des saisons dans l ’année, il y a des âges dans la vie
Démiphon
( hacun doit agir selon son âge
Que dis-tu ? Cette fille est la chérie de Charinus ?
[ Car s’il était permis aux vieux de courir la gueuse
Eutychus (lu i s’occuperait des affaires supérieures de l ’État ?
Un bel hypocrite
Démiphon
Démiphon [ C ’est la fin
Il avait prétendu qu’il l ’avait achetée comme servante pour sa mère
Lysimaque
Eutychus C ’est plutôt aux jeunes de courir les filles
C ’est pourquoi tu l ’as achetée toi-même ?
Démiphon
Vieux gamin, amoureux de la dernière pluie
C ’est bon, prenez tout, le beurre et l ’argent du beurre, je vous en prie
Lysimaque
Eutychus
Bravo, formidable, continue, je vais me reculer et me placer de l ’autre côté23
Rends-lui la fille. Q u’il la garde pour lui
On va tous les deux lui régler son compte. Il le mérite
Démiphon
Démiphon
Il peut la prendre et la garder pour lui
Je suis anéanti
Eutychus
Lysimaque
C ’est le moment, car tu n ’as pas les moyens de faire autrement
Se conduire aussi mal avec son propre fils qui ne lui avait rien fait
Démiphon
Eutychus
Qu’il me punisse comme il veut à cause du tort que je lui ai fait
Et moi qui ai dû le ramener à la maison
Je vous demande de rétablir la paix entre nous
Il voulait émigrer
QiL il cesse d ’être en colère contre moi
Démiphon
Vraiment, si j ’ avais su ou s’il m ’ avait dit en plaisantant qu ’ il était amoureux d ’ elle
Il n ’est pas parti ?
Je ne lui aurais jamais enlevé la fille qu’il aimait
Eutychus, je te le demande, tu es son camarade, viens à mon secours, sauve-moi
Démiphon Lysimaque.
Tu continues ? Tu vas m ’agresser longtemps avec cette arrogance ? Chacun pense à ses affaires
J ’espère que j ’aurai l ’occasion un jour de te rendre la pareille Réponds-moi. T u es sûr que ta mère n ’est plus en pétard contre moi ?
Lysimaque Eutychus
J ’en ai fini avec ce genre de conduite Sûr
Démiphon Lysimaque
Et moi aussi désormais Vérifie
Lysimaque Eutychus
Ç a ne fait rien, tu recommenceras, l ’habitude Je le jure
Démiphon [Link].
Je vous en supplie, vous en avez fait assez Don, ça me suffit. Mais je te le redemande, vérifie
Pourquoi pas me fouetter si cela vous chante ? Eutychus
Lysimaque Tu ne me fais pas confiance ?
T u as raison, mais c’est ta femme qui s’en chargera quand elle l ’apprendra Lysimaque.
Démiphon Si, je te fais confiance, mais je suis terrorisé
Elle n ’a pas besoin de l ’apprendre Démiphon
Eutychus Allez, on entre
Toute cette histoire ? Elle ne l’apprendra pas, ne crains rien Eutychus
Entrons dans la maison, cet endroit n est pas le bon pour parler de tes exploi Non, pas encore
Des gens pourraient passer par là et être témoins de notre dialogue Pas avant d avoir édité une loi que les vieux devront observer
Démiphon Tout homme âgé de soixante ans et plus
Tu as drôlement raison. Du même coup la piece sera plus courte Ou’ il soit marié ou même célibataire
Entrons Si nous apprenons q u ’il court la gueuse
Sera sous le coup de cette loi
Eutychus Nous le condamnerons pour sottise aggravée
Ton fils est chez nous, à l ’intérieur Et en vertu de nos pouvoirs nous taxerons jusqu’à l ’indigence
Démiphon Celui qui aura dépensé son bien à tort et à travers. Désormais
Nous passerons par le jardin pour aller chez moi Il est interdit d interdire à son fils d ’être amoureux et de courir la gueuse
678 MERCATOR — Scène 11 (829-1026)
Bonsoir
Et vous, les jeunes
Si cette loi vous convient
Et pour les vieux qui ont bien travaillé
Il serait juste que vous applaudissiez très fort