Introduction
Introduction
Urbach, Allan
ABSTRACT
Notre projet s'inscrit dans le cadre de la lutte contre la résistance bactérienne et considère une approche
radicalement opposée à tout ce qui a été fait jusqu'à présent dans le but de créer de nouveaux
antibiotiques. En nous basant sur l'hypothèse qu'il existe d'autres façons pour obtenir un composé réactif
que d'inclure le noyau beta-lactame dans une structure bicyclique très tendue (ou de l'activer par des effets
électrocapteurs), nous avons imaginé une famille de molécules où l'adaptabilité conformationnelle pourrait
être à l'origine de l'activité antibiotique. Il s'agit de beta-lactames bicycliques pontés obtenus au départ de
l'acétoxy-azétidin-2-one commerciale, où les positions N1 et C3 sont connectées par des cycles de tailles
variables (à partir de n et m = 1), incluant éventuellement des fonctions "activantes" de type carbonyle
et/ou une double liaison C=C. La stratégie choisie fait intervenir la métathèse des oléfines (RCM) pour
la formation du cycle pontant. Nos dérivés ont fait l'objet d'évaluations théoriques grâce à des modèles
d'hydrolyses chimique et enzymatique, et expérimentales grâce à des suivis RMN-1H de l'hydrolyse en
milieu basique et à des tests in vitro sur enzymes bactériennes et mammaliennes.
Urbach, Allan. Beta-lactames bicycliques pontés (N1-C3) : synthèse et évaluations théorique, chimique et
biochimique. Prom. : Marchand-Brynaert, Jacqueline http://hdl.handle.net/2078.1/5338
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6. Conclusion....................................................................................................................... 41
1. Objectifs .......................................................................................................................... 43
2. Perspectives................................................................................................................... 222
Bibliographie..................................................................... 397
Chapitre 1
Chapitre 1
Les protéases à sérine sont des enzymes ubiquitaires (eucaryotes, procaryotes, archae-
bactéries, virus) dont la fonction est de cliver les protéines en peptides (schéma 1) (Hedstrom,
L. 2002).
O O
Protéase
R2 + RNH2
R1 N R1 OH
H H2 O
On les nomme ainsi parce qu’on distingue dans le site actif de ces enzymes une sérine,
essentielle à la catalyse, qui va jouer le rôle d’agent nucléophile. Cette classe de protéases se
caractérise par la présence d'une triade catalytique composée de résidus conservés, par
exemple Asp-His-Ser dans le cas des enzymes appartenant à la superfamille des
chymotrypsines.
Les protéases à sérine accomplissent cette action très efficacement puisque la vitesse
d'hydrolyse est de l'ordre de 1010 fois supérieure à celle de la réaction non catalysée.
1
Chapitre 1
CAVITE A OXYANION
HN NH HN NH HN NH
O O O
R NHR'
R NHR' R'NH2
O R
O
Ser 195 O H O H
H
N HN N
NH O NH O NH O
O O O
HN NH NH NH
HO R O
O
O H
R OH
HN N
NH O NH O
O O
INTERMEDIAIRE TETRAEDRIQUE
Chez l’homme, les enzymes de type chymotrypsine sont impliquées dans de nombreux
processus physiologiques tels que la digestion (trypsine), la reproduction (acroséine), la
réponse immunitaire (élastase neutrophile) ou encore l’activation séquentielle menant à la
coagulation du sang, la fixation du complément et la fibrinolyse (thrombine, plasmine).
De façon tout aussi essentielle, les protéases à sérine sont présentes dans les bactéries où elles
participent soit à la biosynthèse de la paroi, soit à la défense de l’organisme.
L'omniprésence de ces protéines leur donne une importance considérable et justifie qu'elles
soient devenues des cibles thérapeutiques.
2
Chapitre 1
D-Ala
O C
HO Ser O Ser
O C
NH
NH2
TPase TPase
3
Chapitre 1
O
O
H H H3 C
S CH3 R C H
C C
C
R N α HN α
H C N
CH3 C NH
C CH3
O
O C
H COOH
H
COOH
L’introduction des antibiotiques de type β-lactame dans notre pharmacopée représente l’une
des avancées les plus importantes faites dans le domaine de la santé, depuis plus d’un demi-
siècle. Grâce à leur grande efficacité, leur faible coût et leur sélectivité (peu d’effets
secondaires), ces molécules constituent aujourd’hui encore des armes puissantes pour lutter
contre la menace bactérienne.
Leur sélectivité provient du fait qu’aucun équivalent, fonctionnel ou structural, des enzymes-
cibles n’existe dans les cellules humaines. Ainsi, ils vont réagir de manière spécifique pour
former un complexe acyl-enzyme, covalent et stable dont l’hydrolyse lente est responsable de
l’inactivation de la protéine (schéma 4).
R R
S S
O
N HN
O O
COO Ser COO
HO Ser
TPase TPase
4
Chapitre 1
3. La résistance bactérienne
5
Chapitre 1
6
Chapitre 1
Une fois exprimées, ces enzymes sont secrétées dans le périplasme (Gram-), liées à la
membrane, ou excrétées dans le milieu extérieur (Gram+). Elles catalysent l'ouverture du
cycle β-lactame transformant ainsi l'inhibiteur en composé inactif (schéma 5).
R R
β-lactamase
O
NH
N H2 O
O OH
Si l'on sait depuis les années 70 que les protéases à sérine comme l'α-chymotrypsine,
l'élastase, ou encore la papaïne, enzyme à cysteine, forment un intermédiaire acyl(-thio)-
enzyme au cours de leur cycle catalytique, ce n'est qu'au début des années 80 que l'hypothèse
a pu être vérifiée pour les β-lactamases.
En 1980, Fisher et Knowles ont démontré que l'hydrolyse d'un substrat lent comme la
céfoxitine par la β-lactamase RTEM-2 passe par la formation d'un complexe intermédiaire lié
de façon covalente à l'enzyme et qui a les caractéristiques spectroscopiques d'un lien ester
(Fisher, J. 1980).
Dés lors, comme pour les protéases à sérine, le mécanisme de la β-lactamase a pu être décrit
par un modèle à trois étapes où [ES] représente un complexe enzyme-substrat non covalent et
[ES*], l'intermédiaire acyl-enzyme (schéma 6).
k1 k2 k3
E+S ES ES* E+P
k-1
7
Chapitre 1
Ce qui différencie les β-lactamases des D, D-peptidases face aux antibiotiques, c'est la valeur
de la constante de vitesse d'hydrolyse de [ES*] (k3). En effet, pour les D, D-peptidases, celle-
ci dépasse difficilement 0,001 s-1 (Matagne, A. 1998). L'hydrolyse lente provoque
l'accumulation de l'intermédiaire (t1/2 >10 minutes) et est ainsi responsable de l'inhibition
(Frère, J. M. 1992).
En revanche, des travaux réalisés par Frère, Matagne et Waley ont montré que le k3 des β-
lactamases de B. Licheniformis et Streptomyces albus G était supérieur à 104 s-1 ce qui
explique la redoutable efficacité de ce mécanisme de résistance (Matagne, A. 1998).
Les informations structurales fournies par des études cristallographiques ont mis en évidence
qu'au moins quatre résidus du site actif des β-lactamases de classe A intervenaient dans la
catalyse: Ser70, Lys73, Lys234 et Glu166 associé à une molécule d'eau (W1) (Herzberg, O.
1987).
Des expériences de mutagénèse dirigée menées sur cette enzyme impliquent de façon
formelle le couple Glu166/W1 dans l'étape de déacylation, W1 jouant le rôle de relais dans le
transfert de charge aboutissant à l'hydrolyse (Strydnaka, N. C. J. 1992 ; Adachi, H. 1991 ;
Escobar, W. A. 1991 ; Guillaume, G. 1997).
Si cette hypothèse est communément admise, pour l'étape d'acylation, deux écoles s'opposent
encore.
L'identité du résidu activant la sérine 70 est sujet à controverse: Glu166 ou Lys73 (schéma 7)?
R R
N N
O O
O
O
H
H
O NH2
H H
O
O
8
Chapitre 1
Selon Strydnaka et ses collaborateurs, l'hydrolyse du noyau β-lactame fait intervenir un résidu
différent pour chaque étape (Strydnaka, N.C.J. 1992). C'est la Lys 73, qui comme l'Hist 57
dans les protéases à sérine type chymotrypsine, joue le rôle d'activateur. Pour cela, le
groupement basique de la chaîne latérale doit être sous forme NH2. Or, le pKa de l'acide
aminé ne devrait pas le permettre.
D'après certains auteurs, une diminution du pKa de la lysine (5-6 unités de pH) pourrait
résulter d'un important réseau de liaisons hydrogène formé avec les résidus Ser70, Asn132 et
le carbonyle de la Ser130. Pourrait également entrer en jeu, une zone fortement
électropositive créée par le dipôle de l'hélice-α2, le groupe alkylammonium de la Lys234, et
probablement d'autres résidus basiques localisés près du site actif (Herzberg, O. 1987 ;
Strydnaka, N. C. J. 1992). Cependant de nombreux éléments viennent s'opposer à cette
hypothèse.
En effet, Gibson et ses collaborateurs ont montré que l'accumulation de l'acyl-enzyme pour
des mutants Glu166Xaa pouvait provenir d'une diminution simultanée des paramètres
cinétiques liés aux deux étapes, acylation et déacylation (Gibson, R. M. 1990).
Guillaume et son équipe ont également montré que si la mutation Glu166Asn transformait la
β-lactamase TEM-1 en PBP (k3 pour la benzylpénicilline diminué de 109), le k2/Ks était aussi
modifié d'un facteur 103 (Guillaume, G. 1997).
L'étude de Matagne et collaborateurs en 1993, vient encore affaiblir cette hypothèse. Ils ont
pu observer des constantes d'acylation très faibles avec des antibiotiques portant un
groupement méthoxy sur la face α (céfoxitine, moxalactame...). Ceci est attribué au
déplacement de la molécule d'eau W1 par la fonction méthoxy. Si la lysine intervenait dans la
formation de l'acyl-enzyme, le réseau de liaisons hydrogène entre celle-ci et la ser 70 n'étant
pas perturbé, la catalyse devrait se faire avec la même efficacité (Matagne, A. 1993).
Damblon et collaborateurs ont réalisé la titration par RMN de la Lys73 et ont pu infirmer la
diminution de pKa nécessaire à l'activation de la Ser70 (Damblon, C. 1996).
Enfin une étude cristallographique a permis d'établir que le Glu166 était sous forme acide
carboxylique à pH 8, lorsque la sérine est liée de façon covalente à un inhibiteur (Minasov, G.
2002).
Ainsi, les nombreuses études rapportées semblent privilégier l'hypothèse selon laquelle le
Glu166 interviendrait dans les deux étapes, et appuyer la voie mécanistique proposée par
Lamotte-Brasseur et collaborateurs en 1991 (Lamotte-Brasseur, J. 1991).
Les β-lactamases de classe C, initialement nommées céphalosporinases du fait de leur
9
Chapitre 1
préférence pour ce type de substrats, sont présentes à quelques exceptions près, dans la
plupart des bactéries Gram (-). Globalement, la structure tertiaire des enzymes de cette classe
ressemble à celle de la classe A. Les résidus du site actif diffèrent néanmoins. Ainsi, à la
Ser70, la Lys73, la Lys315 et la Ser130 des protéases de classe A correspondent la Ser64, la
Lys67, la Lys315 et la Tyr150. Les premières structures cristallographiques suggéraient un
mécanisme symétrique dans lequel le rôle de la base activant la Ser64 nucléophile était tenu
par la Tyr150. Celle-ci assistait ensuite l’ouverture du β-lactame, et donc l’effondrement de
l’intermédiaire tétraédrique, en transférant le proton à l’azote du cycle à quatre chaînons. Ce
même résidu intervenait ensuite dans l’étape de déacylation en activant une molécule d’eau
conservée. Cependant, ce mécanisme est aujourd’hui remis en cause car certaines données de
la littérature viennent contredire une implication aussi directe de la Tyr150 (la Tyr serait sous
forme neutre dans l’enzyme native et ne pourrait assumer son rôle de base) (Fisher, J. F.
2005).
Les aspects structuraux et mécanistiques des β-lactamases de classe D, n’ont fait l’objet
d’études que depuis peu. Ceci est lié en partie à leur apparition récente dans certaines souches
pathogènes d’intérêt, mais aussi dans une plus grande mesure, à la difficulté de les manipuler
dans des tests in vitro. La quantité de CO2 présente lors des expériences menées sur ces
enzymes, a été identifiée comme étant un paramètre critique à l’origine des problèmes de
reproductibilité. Il a été prouvé depuis que le CO2 jouait un rôle d’activateur dans l’hydrolyse
des antibiotiques à noyaux β-lactame par les protéases de cette classe. Le mécanisme
impliquerait dans les deux étapes, activation de la sérine (acylation) et de la molécule d’eau
(déacylation), une Lysine N-carboxylée formée par réaction (réversible) du CO2 présent et du
ε-NH2 de l’acide aminé (lien carbamate) (Fisher, J. F. 2005).
10
Chapitre 1
Les ESBLs dérivent principalement des classes A et D et sont généralement inhibées par les
inhibiteurs de β-lactamases classiques. Elles sont présentes dans les bactéries Gram (-) et en
particulier chez les membres des Enterobacteriaceae (E. coli et K. pneumoniae). Elles sont
résistantes aux pénicillines, aux céphalosporines de première et seconde génération aussi bien
qu’à celles de troisième, les oxyimino-céphalosporines (céfotaxime, ceftazidine, ceftriaxone).
Les monobactames (aztréoname) font également partie des molécules inactives. Au contraire,
elles sont sensibles aux céphamycines (céfoxitine, céfotétan), aux céphalosporines de
quatrième génération (céfépime, cefpirome) et aux carbapénèmes (imipénème, méropénème,
panipénème). La présence d’AmpC (en plus d’ESBL) ou la perte de porines dans ces
organismes peut aboutir selon les cas à une augmentation de la résistance vis-à-vis des
céphamycines, des céphalosporines de quatrième génération et/ou des carbapénèmes.
Les AmpC, céphalosporinases de classe C, quant à elles, ne sont pour l’instant sensibles
qu’aux céphalosporines de quatrième génération et aux carbapénèmes. Pourtant, des cas de
résistance concernant la première famille, ont déjà été observés cliniquement, et la perte d’une
porine peut également conduire à une augmentation de la résistance envers les carbapénèmes
dans les organismes producteurs des ces enzymes. Contrairement aux protéases de classe A et
aux ESBLs, leur activité n’est pas bloquée par des inhibiteurs de β–lactamases classiques.
Des activités carbapénémases ont déjà été observées dans les classes de β-lactamases A, B et
D. Le phénomène reste rare et les enzymes peuvent-être inactivées. Cependant, il a été isolé
chez Aeromonas veronii, une nouvelle enzyme, AVS-1, capable d’hydrolyser l’imipénème, et
insensible aux composés habituels du type acide clavulanique.
11
Chapitre 1
Les PBPs sont divisées en deux groupes, celles de bas poids moléculaire (BPMs) et
celles de haut poids moléculaire (HPMs). Les BPMs, solubles, n’ont pour l’instant pas été
impliquées dans des phénomènes de résistance.
Au contraire, les HPMs sont au cœur d’une forme de résistance qui s’exprime par la
modification des cibles (PBPs) elles-mêmes. Les organismes concernés (S. pneumoniae, S.
aureus, E. faecium, N. gonorrhoeae…) sont parmis les plus virulents et les plus
problématiques (Wilke, M. S. 2005 ; Poole, K. 2004).
La résistance de S. pneumoniae a débuté en 1977 en Afrique du Sud mais s’est rapidement
propagée à travers le monde. Le mécanisme implique, entre autre, le développement de PBPs
mutantes possédant une affinité réduite pour les antibiotiques à noyau β–lactame.
Par exemple le phénotype PRSP, Penicillin-Resistant Streptococcus pneumoniae, regroupe les
organismes exprimant des variants d’une enzyme, PBP2x, qui ont été intensivement étudiés.
La souche sp328 héberge le mutant Thr338Ala, le plus représenté cliniquement, pour lequel la
résistance est attribuée à la perte d’une molécule d’eau du site actif, affaiblissant le réseau de
liaisons hydrogène qui stabilise l’intermédiaire acyl-enzyme. Un plus haut niveau de
résistance peut être atteint avec une mutation supplémentaire, Met339Phe. Dans ce variant, la
sérine nucléophile 337 est réorientée et les vitesses de réaction sont diminuées de 4 à 10 fois.
Dans les mutants Ser389Leu et Asn514His de cette même souche, les interactions avec
l’antibiotique sont stériquement défavorisées, réduisant de cette manière les taux d’acylation.
Des mécanismes alternatifs ont été trouvés dans d’autres souches. Ainsi, dans la souche
sp5259, la mutation Gln552Glu introduit une charge négative à l’entrée du site actif qui
comme dans PBP5fm (E. faecium) défavorise l’interaction avec les β–lactames chargés
négativement. D’autres mutations peuvent altérer la structure, comme dans PBP2a (S.
aureus), de telle sorte que le réarrangement requis pour l’acylation soit énergétiquement
défavorisé.
Il faut cependant noter que PBP2x n’est pas la seule enzyme impliquée dans le phénotype
PRSP. S. pneumoniae possède cinq HPMs, 1a, 1b et 2a de classe A (bifonctionnelles :
transpeptidase et glycosydase) et 2x, 2b de classe B (monofonctionnelles). Chacune d’entre
elles peut être mutée en variant de faible affinité et plusieurs combinaisons peuvent ainsi être
générées au sein d’une bactérie lui conférant une résistance plus ou moins importante
(Sanbongi, Y. 2004).
12
Chapitre 1
13
Chapitre 1
La pénicilline G (P. notatum) fut découverte par hasard, par A. Fleming en 1928
(figure 3). Néanmoins, c’est la démonstration de son efficacité antibactérienne et de sa faible
toxicité par Florey et Chain en 1940 qui marqua réellement le début d’une ère nouvelle pour
la santé publique.
H H H
R N S
O
N
O
CO2H
H H
H2N S
6 5 1
2
7 4
N 3
O
CO2H
14
Chapitre 1
H H O O
O OH S
N N
O O
CO2H CO2H
La stabilité des pénames vis-à-vis des β–lactamases s’est vite révélée être le défi majeur et la
recherche de composés capables de résister aux assauts de ces enzymes a abouti avec plus ou
moins de succès. Ainsi l’introduction d’un groupement méthoxy en position 6 a fourni la
Temocilline, efficace contre les Enterobacteriacae produisant des β–lactamases.
Des modifications similaires ont permis d’obtenir des molécules dont les spectres d’activité
antibactérienne se sont étendus au point d’être comparables à ceux des céphalosporines de
3ème génération. C’est le cas du composé BRL 36 650 contenant un groupement formylamino
en position 6 déposé par Beecham (tableau 1).
15
Chapitre 1
H R2 H
R1 N S
O
N
O
CO2H
R1 R2 Nom générique/code
(R)
H Ampicilline (1962)
NH2
(R)
HO
H Amoxicilline (1971)
NH2
HO
HO (R) O
HN C N N C2 H5
NHCHO BRL 36 650 (1984)
O O
Néanmoins, malgré les améliorations obtenues, les pénicillines se sont trouvées vite
dépassées par l’évolution de la résistance. Aujourd’hui, elles sont encore utilisées dans le
traitement préventif d’infections, le plus souvent en association avec un inhibiteur de β-
lactamase (augmentin), mais ne sont plus au coeur des programmes de recherche.
16
Chapitre 1
H H H
N S
5
7 6 4
8 1 3
O N 2 OAc
H 2N O
COOH COOH
figure 6 : la céphalosporine C.
17
Chapitre 1
souches Gram (-) est de dix à cent fois plus élevée. De plus, la cefotaxime est la première
céphalosporine à posséder une activité clinique significative contre Pseudomonas (tableau 2).
H R3 H
R1 N S
O N
R2
O
COOH
R1 R2 R3 Nom générique
(R)
H2N (CH3)3
-CH2OAc H Cephalosporine C (1945)
CO2H
(R)
-CH3 H Cephalexine (1967)
NH2
(R)
-Cl H Cefaclor (1974)
NH2
N N N N
N N
S CH3
H Cefazoline (1970)
S
H2N
S -CH2OAc H Cefotaxime (1975)
N
OCH3
18
Chapitre 1
Malgré leur succès commercial, les céphalosporines de 3ème génération sont peu nombreuses à
pouvoir être administrées par voie orale (cefixime, cefdinir, ceftibuten). De plus, leur faible
caractère lipophile rend leur absorption, au niveau du tractus intestinal, difficile. Un des
facteurs contributifs est le faible pKa de la fonction acide carboxylique en position C4 du
noyau céphème. La stratégie utilisée pour remédier à ce problème est de masquer la charge
portée par l’acide, à l’aide d’un groupement lipophile qui pourra être clivé spontanément ou
enzymatiquement lors de son absorption. Ainsi des composés estérifiés ont été mis sur le
marché (cefpodoxime proxetil [Vantin]), et récemment (décembre 2004), le composé
Ceftizoxime alapivoxil a fait l’objet d’une demande d’approbation au Japon (figure 7).
O
N
Développement
H H H Asahi Kasei
N N S Découverte
HN Kyoto Pharmaceutical Ind.
O N
S
O
H 3N O
O
O O O
Ceftidoxime alapivoxil
Avec la 4ème génération, la gamme des bactéries Gram (-) sensibles aux agents antibactériens
s’est étendue du fait d’une meilleure stabilité vis-à-vis des β–lactamases mais aussi
probablement grâce à une capacité moindre à induire une résistance. Le cefepime
(Maxipime) et le cefpirome (Cefrom) sont des exemples de cette catégorie de
céphalosporines (figure 8).
19
Chapitre 1
OMe
H H H
N S
S
N O N N
O
H2N
COO
cefepime
OMe
H H H
N S
S
N O N N
O
H2N
COO H2SO4
cefpirome
Enfin, les céphalosporines anti-MRSA développées depuis le milieu des années 90,
constituent un nouveau groupe de molécules qui exhibent un plus large spectre d’activité
contre les bactéries Gram (+) et pour la première fois, contre les staphylocoques résistants à la
méticilline. Actuellement plusieurs de ces composés sont en phase de développement clinique
(tableau 3) (Page, M. G. P. 2004 ; Bryskier, A. 2005 ; Bush, K. 2004 ; Appelbaum, P. C.
2005).
20
Chapitre 1
Développement
Structure/code Découverte
Statut
N
OEt H
Développement :
N N
H H
N
Shionogi
N N S
Découverte :
S
N O N N Shionogi
H2N
O Statut :
O O S-3578 Phase I (novembre 2003)
OH
Cl N
H
N
H
S
Développement :
S
N RW Johnson
N O N Pharmaceutical
S
O
H2N Research Institute
R
O O S Découverte :
Microcide
NH3
R= H
Pharmaceuticals,
N COO
Inc. (MC-02479)
O
Statut :
Phase I (septembre 2003)
RWJ-442831
OH
N
Développement :
O
H
N
H
S O Basilea Pharmaceutica
N O
S N O Découverte :
N
N O N O Hoffmann-La Roche
H2N
O
(Ro-63-9141)
O
O O Statut :
Phase III
Ceftobiprole BAL-9141/5788, Ro 63-9141
(mars 2004)
F
Développement :
O
N
Cubist
H H Découverte :
N N S
S
HN Sandoz (CAB-175)
N O N N
N
NH Statut :
N
H2N
O Phase I stoppée
O O CB-181963 (février 2004)
21
Chapitre 1
CH3
N
Développement :
OEt
N
Peninsula
N
H
N
H
S
Pharmaceuticals, Inc.
S
N Découverte :
N O N
S S
Takeda Chemical
O
R1HN Industries
O O Statut :
TAK-599, R1 = PO(OH)2 Phase I (2005)
H H
R S
1
6 5
2 X
7 4
N 3
O
CO2H
22
Chapitre 1
OH O OH
S O
H H H H
S S NH2
S O
N N
O O
COO COO
sulopénème Ritipénème
OH
H H
S O
N
O 2,5 H2O
CO2Na
faropénème sodique
La thiénamycine, produite par S. cattleya, a été découverte à la fin des années 70. Bien
que possédant une activité antibactérienne puissante, c’est l’imipénème, un dérivé plus stable
chimiquement, qui fut utilisé contre les infections sérieuses. Malgré sa stabilité à la fois
chimique et enzymatique (stable envers les β–lactamases du fait de sa chaîne hydroxyéthyle),
il est rapidement inactivé par la déhydropeptidase (DHP) présente dans les reins des
mammifères. Son utilisation requiert donc, à la manière des premières pénicillines,
l’administration conjointe d’un inhibiteur de DHP (cilastatine) qui réduit ainsi l’accumulation
rénale de l’antibiotique néphrotoxique (figure 11).
23
Chapitre 1
OH
H
NHR
S O NH NH3
S
N -
CO2 CO2-
O
CO2-
cilastatine
R = H, Thiénamycine
R = CH=NH2, imipénème
OH
H
S O
N
O
NMe2
CO2- NH
méropénème
24
Chapitre 1
R2
OH
R1
H
N O
O
CO2-
N
L-696256 : R1= H, R2= N
N
NH2
X
OH
H
CS-023
S O
N
O O
N N
COSH H
N NH2
CH3 N
H
NH
25
Chapitre 1
OH
N
OMe
O
O
O
O O
O
H3C
Au milieu des années 70, il fut décrit dans la littérature, un nouveau genre de β-
lactames, possédant potentiellement une activité antibactérienne et ayant pour caractéristique
d’être monocyclique.
C’est l’exemple des nocardicines (N. uniformis), dérivées de l’acide 3-aminonocardicinique
(3-ANA). Bien que cette famille de composés ne présente pas véritablement d’intérêt
26
Chapitre 1
thérapeutique, la nocardicine A exhibe une activité modérée contre les souches Gram (-) et
Pseudomonas (figure 14).
H2 N
OH
N
O
H CO2H
Acide 3-aminocardicinique
H OH
N
NH2
HO2C H
N
OH
O
O
N
O
H CO2H
Nocardicine A
Des β-lactames monocycliques ayant une réelle activité antibiotique furent décrits pour la
première fois au début des années 80. Deux équipes, l’une de Takeda Chemical industries et
l’autre du Squibb Institute décrirent indépendamment cette nouvelle classe de produits
naturels (Sykes, R. B. 1981 ; Imada, A. 1981). Comme caractéristiques particulières, les
monobactames, possèdent un cycle β–lactame non substitué en position 4, un groupe
acylamido en position 3, et une fonction acide sulfonique sur l’azote du β–lactame. Dans la
plupart des composés trouvés, la chaîne acyle consiste en un di, tri ou oligopeptide bien que
des dérivés mono-acétylés aient été isolés. Les monobactames naturels possèdent quasiment
tous un groupement méthoxy- en position 3 probablement à l’origine de leur grande stabilité
envers les β–lactamases (tableau 4).
27
Chapitre 1
H X
N
R
N
O SO3
R X Nom générique/code
NH2 O
H
N
HO2C CH3 OCH3 Sulfazécine/ SQ 26 445
O
NH2 O
H
N
HO2C CH3 OCH3 Isosulfazécine
O
HO COCH3
HN
CH3 H SQ 26 700
O
HO COCH3
HN
28
Chapitre 1
Pour améliorer ses capacités d’agent antibactérien, la chaîne acylamido mais aussi le squelette
de la molécule elle-même ont fait l’objet de nombreuses modifications.
Dans ce but, l’acide 3-amino-monobactamique (3-AMA) a été synthétisé car sa production
par fermentation s’est révélée difficile (figure 15) (Cimarusti, C. M. 1982).
Les monobactames non-subtitués en position 4 du cycle ont pu être obtenus par conversion de
l’acide 7-aminodesacetoxycephalosporanique et de la pénicilline G.
En revanche, les composés substitués en C-4 n’ont pu être obtenus de cette façon et sont donc
issus de la synthèse totale.
H3N CH3
N
O SO3
aztréoname
29
Chapitre 1
S
O
N
CO2
S S
N N
O O
En effet, il a été montré qu’une réaction, quelle qu’elle soit, procède 1020 fois plus vite si elle
implique un cycle à quatre chaînons et son ouverture, que le système acyclique correspondant.
De plus, il a été estimé que la délocalisation stabilise les amides d’environ 18 kcal/mol et
donc, qu’une réaction impliquant la perte de la résonance à l’état de transition procède 1013
fois plus vite si la délocalisation est inhibée. Ainsi, une réaction ayant pour résultat
30
Chapitre 1
l’ouverture d’un β-lactame devrait se dérouler 1033 fois plus rapidement qu’avec son analogue
acyclique.
Pourtant, si les pénicillines, et céphalosporines, sont plus réactives que les amides classiques
vis à vis des nucléophiles, les différences ne sont pas flagrantes et ne reflètent pas les
contributions théoriques de ces deux facteurs (Page, M. I. 1984 et 1987).
Une façon simple d’évaluer la réactivité de composés consiste à étudier leur sensibilité
envers l’hydrolyse basique. Les comportements de divers β-lactames bicycliques,
monocycliques, et amides acycliques vis-à-vis de l’hydrolyse alcaline ont donc été analysés. Il
en ressort plusieurs informations qui soulignent les déficiences du modèle de réactivité
communément admis (Proctor, P. 1982).
La tension intrinsèque du cycle β-lactame ne constitue pas un gage de réactivité. Page et ses
collaborateurs ont ainsi montré qu’il existe des cas où l’amide acyclique correspondante est
aussi réactive (figure 17).
H3C CH3
N N
CH3
O O CH3
31
Chapitre 1
Ils ont également mis en évidence la relation qui existe entre le logarithme de la constante de
vitesse d’hydrolyse (kOH en M-1.s-1) et la basicité de l’amine formée. En effet, il semble que,
contrairement aux amides acycliques, les vitesses d’hydrolyse des β-lactames soient fortement
dépendantes du pKa des acides conjugués des amines résultantes. Cette influence diminue
néanmoins, de façon importante, pour les amines dont le pKa est supérieur à 6. La
conséquence directe de cette observation est que la différence de réactivité entre un amide et
le β-lactame correspondant sera d’autant plus grande que le pKa de l’amine est faible, c'est-à-
dire inférieur à 6. Un tel composé cyclique pourra être alors de 30 à 500 fois plus réactif vis-
à-vis de l’hydrolyse que son équivalent linéaire.
Enfin, ils ont montré que la fusion d’un second cycle au β-lactame augmente la réactivité d’un
facteur 100. Bien que ce gain soit substantiel, les auteurs soulignent que la réactivité équivaut
à peine à celle attendue, lors de l’ouverture d’un cycle à quatre chaînons ou d’un système
dans lequel la résonance de l’amide est inhibée.
Au début des années 80, sur base de l’hypothèse associant la pyramidalité de l’azote
du β–lactame et la réactivité via l’inhibition de la résonance, des composés bicycliques ont été
synthétisés. Selon Sweet et Dahl, la distorsion de la coplanarité peut être exprimée par la
hauteur h d’une pyramide dont l’atome d’azote constitue le sommet et ses trois substituants, la
base (figure 18) (Sweet et Dahl, 1970).
7
S
5
O
3
4
N
32
Chapitre 1
La première caractéristique de ces molécules a été de posséder une structure très tendue, et la
seconde, un atome d’azote très éloigné du plan défini par les atomes 3, 5 et 7. Une analyse de
la réactivité chimique et du caractère pyramidal de ces molécules révèle, une fois encore, les
lacunes du modèle utilisé pour rationaliser l’activité biologique des antibiotiques à noyaux β–
lactames (figure 19) (Pfaendler, H. R. 1981).
N N N
O O O
CO2Na CO2Na CO2Na
En effet, la réactivité vis-à-vis de l’hydrolyse basique du composé inactif III a été jugée
comparable à celle des deux autres. De plus, l’étude cristallographique des esters des trois β–
lactames a montré que la déviation de l’azote par rapport au plan de référence, explicitée par
la hauteur h (Å), était plus prononcée dans III que dans I et II, et que cette pyramidalité pour
les trois molécules était de toute façon supérieure à celle des pénicillines (PenG, h = 0,40) et
céphalosporines (céphaloridine, h = 0,24).
33
Chapitre 1
N N
O O
A B
figure 20 : 6,6-diméthyl-1-azabicyclo[2.2.2]octan-2-one.
S’il n’était plus possible d’écrire de forme mésomère de la pénicilline du fait de la position de
l’azote par rapport au plan du cycle, celle-ci devrait aussi faire preuve d’une basicité accrue.
Or, il semble que ce soit l’inverse car en présence d’acide chlorhydrique 12 M, la protonation
de l’azote n’est pas détectée ; le pKa doit être inférieur à -5 pour l’observer.
Une autre indication d’un caractère basique augmenté, pourrait être une constante d’équilibre
de coordination d’un métal entre l’acide carboxylique et l’azote du β–lactame plus
34
Chapitre 1
importante. Néanmoins, avec le Ni (II), le Zn (II), le Co (II) et le Cu (II), elle est comparable
(100-200 M-1) à celle attendue entre un amide classique et un groupe carboxyle (figure 21).
RCOHN S
N
O Mn+
O
O
figure 21 : Coordination d’un métal entre le groupe carboxyle et l’azote d’une pénicilline.
Y
Y
X N Cl
A B C
35
Chapitre 1
36
Chapitre 1
H H
R N R N
S S
CH3
O O
N N
CH3
R'
O O
COOH
COOH
pénicillines ∆3-céphalosporines
H
R N
S
O
N
R'
O
COOH
∆2-céphalosporines
37
Chapitre 1
H H
R N R N
S S
O O
N N
R' R'
O O
COOH COOH
Cette hypothèse est néanmoins contredite par la comparaison des constantes de vitesse
d’hydrolyse en milieu basique puisqu’il a été observé que les ∆3-céphalosporines sont
seulement deux à trois fois plus réactives (figure 24) (Proctor et Page, observations non
publiées).
H H
N N
S S
Ph Ph
O O
N N
CH3 CH3
O O
COOH COOH
38
Chapitre 1
des cas, traverser des membranes. C’est également mettre de côté les contraintes
conformationnelles du récepteur biologique (PBPs) et les interactions à l’intérieur de celui-ci.
La comparaison des structures 3-D des pénicillines et ∆2- et ∆3-céphalosporines n’a pas
permis de révéler de prime abord, les caractéristiques géométriques permettant de rationaliser
l’activité ou l’inactivité antibactérienne de ces molécules. La clé qui permet d’interpréter ces
différences est la flexibilité conformationnelle du noyau péname. En effet celui-ci, grâce à des
mouvements pseudo-rotatoires du cycle thiazolidine, est capable de modifier non seulement
sa forme, mais aussi l’orientation de ses substituants (schéma 11) (Cohen, N. C. 1983).
CO2H
O CO2H O
N N
S S
I II
39
Chapitre 1
Conformation
composé activité Distance (Å)
du COOH
S
N
O + 3,198
COOH
∆3-céphalosporines
N
pseudo-
O
C
O
- 2 équatoriale + 3,568
∆2-thiénamycines
S
N
O + 3,899
COOH
pénicillines
S
N
O - 4,111
COOH
∆2-céphalosporines
N
O pseudo-axiale - 4,276
CO2-
∆1-thiénamycines
S
N
O - 4,263
COOH
pénicillines
Il a été postulé à la vue de ces résultats, que la géométrie des composés inactifs est différente
de celles des molécules actives. La première se rapproche structuralement de la conformation
40
Chapitre 1
I (pseudo-axiale) du noyau péname, qui constituerait de cette manière une forme inactive des
pénicillines, et est caractérisée par une distance de plus de 4,1 Å entre l’oxygène de la
fonction lactame et le carbone de la fonction acide. Dans les β–lactames affichant une activité
biologique, et ressemblant à la conformation II du noyau péname, cette distance est plus
courte et comprise entre 3,0 et 3,9 Å (c : distance de Cohen). Cette approche a permis
d’expliquer de façon rationnelle, l’inactivité des analogues structuraux tels que les ∆2-
céphalosporines ou les ∆1-thiénamycines.
Si ce facteur est encore utilisé aujourd’hui dans l’industrie pour l’élaboration de nouvelles
substances, il faut cependant souligner le faible nombre de molécules utilisées pour l’étude de
relation structure-activité (9). Une étude plus complète (114 β–lactames issus de la CSD) a
ainsi mis en évidence les limites de ce paramètre, à savoir qu’il existe des composés actifs
pour lesquels c > 3,9 Å (acide clavulanique), et en a défini un autre résultant de l’analyse
conjointe de h et de c et donnant, selon les auteurs, de meilleures corrélations entre la
structure et l’activité biologique (Nangia, A. 1996).
Le pouvoir antibiotique d’une molécule est fortement dépendant de sa structure 3-D. Le
composé doit, s’il veut interagir efficacement avec sa cible, posséder la conformation
adéquate ou la possibilité de modifier sa forme et l’orientation de ses substituants.
6. Conclusion
41
Chapitre 1
42