Théâtre classique
Le théâtre classique : de l’analyse du texte à sa mise en scène
Biographie de Racine: d’où vient cette personne qui a dépassé celui qui était
au sommet alors que lui est un petit? Il est orphelin légué aux jansénistes, au
Port Royal, il échappe au métier d’un homme de religion
Première pièce La Thébaïde ou les frères ennemis 1664, une pièce de jeune et
Racine est conscient de ses limites, mais dès le début Racine utilise un
vocabulaire limité mais tellement efficace, c’est pas une faiblaisse mais une
force
La deuxième pièce est Alexandre le Grand 1665, une pièce pour flatter Louis
XVI et c’est un grand succès qui va le rapporocher du roi, une pièce légué à
deux troupes celle de Molière et à ses rivaux le théâtre de Bourgone, une
pièce source de conflit entre les deux
Andromaque est le second succès de Racine (1667) et son premier chef d’œuvre
Racine a fait la comédie aussi la seule, Les Plaideurs 1668, une pièce avec un rire qui
ne se mêle pas de politique, une anecdote banale pour ne pas embêter son image,
l’histoire d’un juge qui n’est plus apte mais veut juger malgré tout, Racine a un génie
pour la comédie et renonce à ce genre et se consacre à la tragédie qui est plus
importante c’es sérieux
Britannicus 1669
Bérénice 1670
Bajazet 1672
Mithridate 1670
Iphigénie 1674
Phèdre 1677
Esther 1689 commande pour Mme De Maintenant
Athalie 1691 commande pour Mme De Maintenant
Racine historiographe du Roi : quel sort pour son écriture perdue?
Un théâtre de cour : une étroite symbiose entre le théâtre de Racine et la cour
de Louis XVI
Les aventures de la cour et les relations amoureuses qui échappent aux
lecteurs d’aujourd’hui, mais les pièces donnes des allusions
La représentation s’ordonne comme un véritable rituel :1 les acteurs portent le
costume de cour (pour mieux s’identifier), 2 ils parlent bougent en respectant
les règles de l’étiquette, 3 leur langue est celle de la cour, 4 un théâtre de
mise en abyme puisque la cour se reconnait dans les pièces, les spectateurs
des rois des princes des enjeux politiques et des conflits entre aristocrates
Si Corneille opte pour l’action et la rhétorique, Racine opte pour la stabilité
(acteur figé) qui opte pour le lyrisme
Préface (de Phèdre, 1677)
Voici encore une tragédie dont le sujet est pris d'Euripide. Quoique j'aie suivi une route un peu
différente de celle de cet auteur pour la conduite de l'action, je n'ai pas laissé d'enrichir ma pièce
de tout ce qui m'a paru le plus éclatant dans la sienne. Quand je ne lui devrais que la seule idée du
caractère de Phèdre, je pourrais dire que je lui dois ce que j'ai peut−être mis de plus raisonnable sur
le théâtre. Je ne suis point étonné que ce caractère ait eu un succès si heureux du temps
d'Euripide, et qu'il ait encore si bien réussi dans notre siècle, puisqu'il a toutes les qualités qu'Aristote
demande dans le héros de la tragédie, et qui sont propres à exciter la compassion et la terreur. En
effet, Phèdre n'est ni tout à fait coupable, ni tout à fait innocente. Elle est engagée, par sa destinée
et par la colère des dieux, dans une passion illégitime, dont elle a horreur toute la première. Elle fait
tous ses efforts pour la surmonter. Elle aime mieux se laisser mourir que de la déclarer à personne, et
lorsqu'elle est forcée de la découvrir, elle en parle avec une confusion qui fait bien voir que son
crime est plutôt une punition des dieux qu'un mouvement de sa volonté.
J'ai même pris soin de la rendre un peu moins odieuse qu'elle n'est dans les tragédies des Anciens,
où elle se résout d'elle−même à accuser Hippolyte. J'ai cru que la calomnie avait quelque chose
de trop bas et de trop noir pour la mettre dans la bouche d'une princesse qui a d'ailleurs des
sentiments si nobles et si vertueux. Cette bassesse m'a paru plus convenable à une nourrice, qui
pouvait avoir des inclinations plus serviles, et qui néanmoins n'entreprend cette fausse accusation
que pour sauver la vie et l'honneur de sa maîtresse. Phèdre n'y donne les mains que parce qu'elle
est dans une agitation d'esprit qui la met hors d'elle−même, et elle vient un moment après dans le
dessein de justifier l'innocence et de déclarer la vérité. Hippolyte est accusé, dans Euripide et dans
Sénèque, d'avoir en effet violé sa belle−mère : vim corpus tulit. Mais il n'est ici accusé que d'en avoir
eu le dessein. J'ai voulu épargner à Thésée une confusion qui l'aurait pu rendre moins agréable aux
spectateurs.
Pour ce qui est du personnage d'Hippolyte, j'avais remarqué dans les Anciens qu'on reprochait à
Euripide de l'avoir représenté comme un philosophe exempt de toute imperfection ; ce qui
faisait que la mort de ce jeune prince causait beaucoup plus d'indignation que de pitié. J'ai cru
lui devoir donner quelque faiblesse qui le rendrait un peu coupable envers son père, sans
pourtant lui rien ôter de cette grandeur d'âme avec laquelle il épargne l'honneur de Phèdre, et
se laisse opprimer sans l'accuser. J'appelle faiblesse la passion qu'il ressent malgré lui pour Aricie,
qui est la fille et la sœur des ennemis mortels de son père.
Cette Aricie n'est point un personnage de mon invention. Virgile dit qu'Hippolyte l'épousa, et en
eut un fils, après qu'Esculape l'eut ressuscité. Et j'ai lu encore dans quelques auteurs qu'Hippolyte
avait épousé et emmené en Italie une jeune Athénienne de grande naissance, qui s'appelait
Aricie, et qui avait donné son nom à une petite ville d'Italie.
Je rapporte ces autorités, parce que je me suis très scrupuleusement attaché à suivre la fable.
J'ai même suivi l'histoire de Thésée, telle qu'elle est dans Plutarque. C'est dans cet historien que
j'ai trouvé que ce qui avait donné occasion de croire que Thésée fût descendu dans les enfers
pour enlever Proserpine, était un voyage que ce prince avait fait en Epire vers la source de
l'Achéron, chez un roi dont Pirithoüs voulait enlever la femme, et qui arrêta Thésée prisonnier,
après avoir fait mourir Pirithous. Ainsi j'ai tâché de conserver la vraisemblance de l'histoire, sans
rien perdre des ornements de la fable, qui fournit extrêmement à la poésie ; et le bruit de la mort
de Thésée, fondé sur ce voyage fabuleux, donne lieu à Phèdre de faire une déclaration
d'amour qui devient une des principales causes de son malheur, et qu'elle n'aurait jamais osé
faire tant qu'elle aurait cru que son mari était vivant.
Au reste, je n'ose encore assurer que cette pièce soit en effet la meilleure de mes tragédies. Je
laisse aux lecteurs et au temps à décider de son véritable prix. Ce que je puis assurer, c'est que
je n'en ai point fait où la vertu soit plus mise en jour que dans celle−ci. Les moindres fautes y sont
sévèrement punies ; la seule pensée du crime y est regardée avec autant d'horreur que le crime
même ; les faiblesses de l'amour y passent pour de vraies faiblesses ; les passions n'y sont
présentées aux yeux que pour montrer tout le désordre dont elles sont cause ; et le vice y est
peint partout avec des couleurs qui en font connaître et haïr la difformité.
C'est là proprement le dut que tout homme qui travaille pour le public doit se proposer, et c'est
ce que les premiers poètes tragiques avaient en vue sur toute chose. Leur théâtre était une
école où la vertu n'était pas moins bien enseignée que dans les écoles des philosophes. Aussi
Aristote a bien voulu donner des règles du poème dramatique, et Socrate, le plus sage des
philosophes, ne dédaignait pas de mettre la main aux tragédies d'Euripide. Il serait à souhaiter
que nos ouvrages fussent aussi solides et aussi pleins d'utiles instructions que ceux de ces poètes.
Ce serait peut−être un moyen de réconcilier la tragédie avec quantité de personnes célèbres
par leur piété et par leur doctrine, qui l'ont condamnée dans ces derniers temps et qui en
jugeraient sans doute plus favorablement, si les auteurs songeaient autant à instruire leurs
spectateurs qu'à les divertir, et s'ils suivaient en cela la véritable intention de la tragédie.
Texte 1
HIPPOLYTE.
Le dessein en est pris, je pars, cher Théramène, Qui sait même, qui sait si le roi votre père
Et quitte le séjour de l'aimable Trézène. Veut que de son absence on sache le mystère ?
Dans le doute mortel dont je suis agité, Et si lorsque avec vous nous tremblons pour ses jours,
Je commence à rougir de mon oisiveté. Tranquille, et nous cachant de nouvelles amours,
Depuis plus de six mois éloigné de mon père, Ce héros n'attend point qu'une amante abusée...
J'ignore le destin d'une tête si chère. HIPPOLYTE.
Cher Théramène, arrête, et respecte Thésée.
J'ignore jusqu'aux lieux qui le peuvent cacher.
De ses jeunes erreurs désormais revenu,
THÉRAMÈNE.
Par un indigne obstacle il n'est point retenu ;
Et dans quels lieux, Seigneur, l'allez-vous donc
chercher ? Et fixant de ses voeux l'inconstance fatale,
Déjà pour satisfaire à votre juste crainte, Phèdre depuis longtemps ne craint plus de rivale.
Enfin en le cherchant je suivrai mon devoir,
J'ai couru les deux mers que sépare Corinthe.
Et je fuirai ces lieux que je n'ose plus voir.
J'ai demandé Thésée aux peuples de ces bords
THÉRAMÈNE.
Où l'on voit l'Achéron se perdre chez les morts.
Hé depuis quand, Seigneur, craignez-vous la présence
J'ai visité l'Élide, et laissant le Ténare,
De ces paisibles lieux, si chers à votre enfance,
Passé jusqu'à la mer, qui vit tomber Icare.
Et dont je vous ai vu préférer le séjour
Sur quel espoir nouveau, dans quels heureux climats
Croyez-vous découvrir la trace de ses pas ?
Au tumulte pompeux d'Athènes et de la cour ? THÉRAMÈNE.
Quel péril, ou plutôt quel chagrin vous en chasse ? Quoi ! vous-même, Seigneur, la persécutez-vous ?
HIPPOLYTE. Jamais l'aimable sœur des cruels Pallantides
Cet heureux temps n'est plus. Tout a changé de face Trempa-t-elle aux complots de ses frères perfides ?
Depuis que sur ces bords les dieux ont envoyé Et devez-vous haïr ses innocents appas ?
La fille de Minos et de Pasiphaé. HIPPOLYTE.
THÉRAMÈNE.
Si je la haïssais, je ne la fuirais pas.
J'entends. De vos douleurs la cause m'est connue,
THÉRAMÈNE.
Phèdre ici vous chagrine, et blesse votre vue.
Seigneur, m'est-il permis d'expliquer votre fuite ?
Dangereuse marâtre, à peine elle vous vit,
Pourriez-vous n'être plus ce superbe Hippolyte,
Que votre exil d'abord signala son crédit.
Implacable ennemi des amoureuses lois,
Mais sa haine sur vous autrefois attachée,
Et d'un joug que Thésée a subi tant de fois ?
Ou s'est évanouie, ou s'est bien relâchée.
Vénus par votre orgueil si longtemps méprisée,
Et d'ailleurs, quels périls vous peut faire courir
Voudrait-elle à la fin justifier Thésée ?
Une femme mourante, et qui cherche à mourir ?
Et vous mettant au rang du reste des mortels,
Phèdre atteinte d'un mal qu'elle s'obstine à taire,
Vous a-t-elle forcé d'encenser ses autels ?
Lasse enfin d'elle-même, et du jour qui l'éclaire,
Peut-elle contre vous former quelques desseins ? Aimeriez-vous, Seigneur ?
HIPPOLYTE. HIPPOLYTE.
Sa vaine inimitié n'est pas ce que je crains. Ami, qu'oses-tu dire ?
Hippolyte en partant fuit une autre ennemie. Toi qui connais mon cœur depuis que je respire,
Je fuis, je l'avouerai, cette jeune Aricie, Des sentiments d'un cœur si fier, si dédaigneux,
Reste d'un sang fatal conjuré contre nous. Peux-tu me demander le désaveu honteux ?
Texte 2 PHÈDRE.
PHÈDRE. Noble et brillant auteur d'une triste famille,
N'allons point plus avant. Demeurons, chère Oenone. Toi, dont ma mère osait se vanter d'être fille,
Je ne me soutiens plus, ma force m'abandonne. Qui peut-être rougis du trouble où tu me vois,
Mes yeux sont éblouis du jour que je revois, Soleil, je te viens voir pour la dernière fois.
Et mes genoux tremblants se dérobent sous moi. OENONE.
Hélas !
Quoi ! vous ne perdrez point cette cruelle envie ?
Elle s'assied.
Vous verrai-je toujours, renonçant à la vie,
OENONE.
Faire de votre mort les funestes apprêts ?
Dieux tout-puissants ! Que nos pleurs vous apaisent.
PHÈDRE.
PHÈDRE.
Dieux ! Que ne suis-je assise à l'ombre des forêts !
Que ces vains ornements, que ces voiles me pèsent !
Quelle importune main, en formant tous ces noeuds, Quand pourrai-je au travers d'une noble poussière
A pris soin sur mon front d'assembler mes cheveux ? Suivre de l'oeil un char fuyant dans la carrière ?
Tout m'afflige et me nuit, et conspire à me nuire. OENONE.
OENONE. Quoi, Madame !
Comme on voit tous ses voeux l'un l'autre se détruire ! PHÈDRE.
Vous-même condamnant vos injustes desseins, Insensée, où suis-je ? et qu'ai-je dit ?
Tantôt à vous parer vous excitiez nos mains. Où laissé-je égarer mes voeux, et mon esprit ?
Vous-même rappelant votre force première, Je l'ai perdu. Les dieux m'en ont ravi l'usage.
Vous vouliez vous montrer et revoir la lumière ; Oenone, la rougeur me couvre le visage,
Vous la voyez, Madame, et prête à vous cacher, Je te laisse trop voir mes honteuses douleurs,
Vous haïssez le jour que vous veniez chercher ? Et mes yeux malgré moi se remplissent de pleurs.
OENONE. PHÈDRE.
Ah ! s'il vous faut rougir, rougissez d'un silence, Ah dieux !
Qui de vos maux encore aigrit la violence. OENONE.
Rebelle à tous nos soins, sourde à tous nos discours, Ce reproche vous touche.
Voulez-vous sans pitié laisser finir vos jours ? PHÈDRE.
Quelle fureur les borne au milieu de leur course ? Malheureuse, quel nom est sorti de ta bouche ?
Quel charme ou quel poison en a tari la source ? OENONE.
Les ombres par trois fois ont obscurci les cieux, Hé bien, votre colère éclate avec raison.
J'aime à vous voir frémir à ce funeste nom.
Depuis que le sommeil n'est entré dans vos yeux ;
Vivez donc. Que l'amour, le devoir vous excite.
Et le jour a trois fois chassé la nuit obscure,
Vivez, ne souffrez pas que le fils d'une Scythe,
Depuis que votre corps languit sans nourriture.
Accablant vos enfants d'un empire odieux,
À quel affreux dessein vous laissez-vous tenter ?
Commande au plus beau sang de la Grèce, et des dieux.
De quel droit sur vous-même osez-vous attenter ?
Mais ne différez point, chaque moment vous tue.
Vous offensez les dieux auteurs de votre vie.
Réparez promptement votre force abattue,
Vous trahissez l'époux à qui la foi vous lie,
Tandis que de vos jours prêts à se consumer
Vous trahissez enfin vos enfants malheureux,
Le flambeau dure encore, et peut se rallumer.
Que vous précipitez sous un joug rigoureux.
PHÈDRE.
Songez qu'un même jour leur ravira leur mère,
J'en ai trop prolongé la coupable durée.
Et rendra l'espérance au fils de l'étrangère, OENONE.
À ce fier ennemi de vous, de votre sang, Quoi ! de quelques remords êtes-vous déchirée ?
Ce fils qu'une Amazone a porté dans son flanc, Quel crime a pu produire un trouble si pressant ?
Cet Hippolyte... Vos mains n'ont point trempé dans le sang innocent ?
Pour Racine la conception janséniste du monde :1 où « les moindres fautes
sont sévèrement punies », la fatalité vous guète, 2 où les créatures sont épiées
par un Dieu caché qui ne pardonne rien, 3 où la vie intérieure est marquée
par la culpabilité, 4 où l’amour est péché, 5 où l’homme déchu, misérable,
promis au malheur et à la mort
Théâtre de Racine est de la passion amoureuse : 1 désir tyrannique, 2 force
irrationnelle, 3 valeur absolue, 4 véritable aliénation (pas d’amour heureux), 5
maladie physiologique aussi bien que psychologique, 6 délire ou folie
Un théâtre de la cruauté : 1 conflits impitoyables, 2 affrontements d’une
extrême dureté, 3 perversion féroces, 4 meurtres et crimes.
Pour Racine (le contraire de Corneille) : la tragédie de la chute, le héros est
condamné dès le début, aucun espoir d’échapper au sort, sans issue c’est
impossible de na pas penser aux jansénistes, si l’honneur gagne chez Corneille
chez Racine c’est l’amour qui gagne
Les contraintes esthétiques se révèlent de véritables instruments de torture :
La règle du temps enferme les personnages dans un lieu fermé, la règle du
temps rend les choses accélérées et pas moyen d’échapper, ce rythme
effréné, la règle de l’action empêche les personnages de faire autre chose
d’une seule action, la bienséance pour ne pas dire ce qu’il veulent… le tout
amplifie la tragédie et la rend torture