Théâtre classique
Le théâtre d’une classe ou d’une exigence
. Un théâtre sous la protection du cardinal De Richelieu, de l’Académie française, …
. Un début pour un spectacle élitiste, pragmatique qui dure en dehors de son
contexte premier (mort du cardinal, la Fronde, …)
. Une source d’enrichissement développant ainsi les règles et leur contrainte
. Un spectacle de plus en plus demandé et demandeur
. Un spectacle fédérant plusieurs arts pour répondre aux besoins d’une classe et pour
son propre existence et continuité
. Un théâtre fédérant l’héritage de l’antiquité et les nouvelles règles d’une époque
cherchant l’ordre.
. D’une contrainte politique à une autre esthétique : d’instruire à plaire.
« Le poème tragique vous serre le cœur dès son
commencement, vous laisse à peine dans tout son progrès la
liberté de respirer et le temps de vous remettre, ou s’il vous
donne quelque relâche, c’est pour vous replonger dans de
nouveaux abîmes et dans de nouvelles alarmes. Il vous
conduit à la terreur par la pitié, ou réciproquement à la pitié
par le terrible, vous mène par les larmes, par les sanglots, par
l’incertitude, par l’espérance, par la crainte, par les surprises
et par l’horreur jusqu’à la catastrophe »
La Bruyère, Les Caractères ou les mœurs de ce siècle,
« Sa dignité demande quelque grand intérêt d’Etat ou
quelque passion plus noble et plus mâle que l’amour,
telles que sont l’ambition ou la vengeance, et veut
donner à craindre des malheurs plus grands que la perte
d’une maîtresse. Il est à propos d’y mêler l’amour, parce
qu’il a toujours beaucoup d’agrément, et peut servir de
fondement à ces intérêts et à ces autres passions dont je
parle ; mais il faut qu’il se contente du second rang dans
le poème, et leur laisse le premier. »
Corneille, Discours du poème dramatique
. Les moyens de la tragédie antique pour instruire : le chœur
tragique, les sentences. Quelle place dans le théâtre classique?
« (…) il en faut user sobrement, les mettre rarement en discours
généraux, ou ne les pousser guère loin, surtout quand on fait
parler un homme passionné, ou qu'on lui fait répondre par un
autre (…) ; mais enfin il est toujours bon de les réduire souvent de
la thèse à l'hypothèse; et j'aime mieux faire dire à un acteur,
l'amour vous donne beaucoup d'inquiétudes, que, l'amour
donne beaucoup d'inquiétudes aux esprits qu'il possède. »
Corneille, Discours de poème dramatique
« Je pose donc pour fondement que l’imitation en tous poèmes
doit être si parfaite qu’il ne paraisse aucune différence entre la
chose imitée et celle qui imite, car le principal effet de celle-ci
consiste à proposer à l’esprit, pour le purger de ses passions
déréglées, les objets comme vrais et comme présents (…).
Pour cela même sont les préceptes qu’ils nous ont donnés
concernant les habitudes des âges et des conditions, l’unité de la
fable, sa juste longueur, bref cette vraisemblance si recommandée
et si nécessaire en tout poème, dans la seule intention d’ôter aux
regardants toutes les occasions de faire réflexion sur ce qu’ils
voient et de douter de sa réalité. »
J. Chapelain, Lettres sur la règle des vingt-quatre heures
« L’action se passe sur la scène, ou elle est en récit. Les
choses confiées à l’oreille touchent beaucoup moins les
esprits que celles qui sont offertes aux yeux et que le
spectateur connaît ainsi par lui-même. Cependant, ce qui
doit se passer d’être vu, ne le mets pas sur la scène et ne
montre pas aux yeux ce que l’éloquence va rendre
présent. Que Médéa n’égorge pas ses enfants devant le
public, que l’exécrable Atreus ne fasse pas cuire des
entrailles humaines, que Procné ne se change pas en
oiseau et Cadmus en serpent. Tout ce que tu me montreras
de cette nature, je n’y croirai pas et je le détesterai. »
Horace, Art poétique
Les trois unités : le temps , le lieu et l’action
Le temps, l’action se referme dans la révolution du soleil. Comment le spectateur
peut-il croire qu’un spectacle de trois à quatre heures s’étend sur plusieurs jours?
Mois? Manque de vraisemblance
Comment le héros peut faire de telles choses en une seule journée?
La durée de l’action heurtait la vraisemblance
L’entracte : résoudre le problème du temps, tourner la règle du temps, endormir
l’esprit critique du spectateur
Le lieu: une contrainte inutile, comment changer de temps et ne pas changer le
lieu, comment les différents personnages se trouvent dans le même lieu?
Résolution : toute une ville, une région, un « palais à volonté »
L’action : une seule action, est-ce possible?
Action principale et épisodes, l’unité contre la pluralité
La tragédie : de l’antiquité au classicisme.
La matière de ce genre : un « réalisme »/mimesis de la condition humaine
La réalité imitée est une réalité supérieure, éloignée du monde des apparences et des
réalités tangibles observées par la société
La médiation de la fiction forge la matière : des personnages et des situations
Personnages : rois et héros (faits d’armes à la sauvegarde de l’Etat), miroir de
l’humanité (neutralise la subjectivité pour voir la condition de l’homme face au destin,
atypique -ex Phèdre-, l’universalité)
Personnages hauts : cibler l’âme et le cœur, sièges de la raison et la passion/besoins
élémentaires du corps, l’aristocratie (l’honneur et la gloire), le bien/le mal, éléments
de différenciation des genres dramatiques et narratifs
. En plus des personnages, le choix des situations, des actions particulières
« Lorsqu’on met sur la scène une simple intrigue d’amour entre des rois, et qu’il ne
courent aucun péril, ni de leur vie, ni de leur Etat, je ne crois pas que bien que les
personnes soient illustres, l’action le soit assez pour s’élever jusqu’à la tragédie »
Corneille, Discours du poème dramatique
« Son vrai sujet ne traite que de piteuses ruines des grands Seigneurs, que des
inconstances de Fortune, que bannissements, guerres, pestes, famines, captivités,
exécrables cruautés des Tyrans, et bref, que des larmes et misères extrêmes »
Jean de La Taille, De l’art de la tragédie
Les grands malheurs, situations extraordinaires
Une dynamique : le conflit (péril), affrontement entre deux système de références de
valeurs
(ex le Cid, Horace, Phèdre)
La tragédie naît quand « l’homme, consciemment ou non, se détache d’une forme
ancienne de civilisation et se trouve devant elle en état de rupture sans, pour autant, avoir
trouvé une nouvelle forme qui le satisfasse »
Schopenhauer et Hegel : le tragique est l’écrasement de l’homme par la fatalité,
l’anéantissement de la liberté et de la volonté individuelles par un pouvoir supérieur et
aveugle (liberté/fatalité)
Tragédie sans mort (différent degré)
Tragédie n’est pas continue dans l’Histoire, coïncide avec un changement de système :
Renaissance, …
Tragédie mime cette réalité : interrogation sur les valeurs nouvelles et anciennes sous forme
de conflit
La pitié et la crainte
. Émotions inséparables éprouvées par le spectateur, résultats d’une identification au
personnage :
+ Voir quelqu’un souffrir, quelqu’un qui ne mérite pas son malheur
+ Retour sur le spectateur et redouter le malheur d’autrui
De l’autrui vers soi-même
« La tragédie est donc l’imitation d’une action noble(…) qui par l’entremise de la pitié et de
la crainte, accomplit la purgation des émotions de ce genre »
Aristote, Poétique
. En plus de ces émotions pénibles et douloureuses, un sentiment de plaisir : un paradoxe
. La fiction, et la conscience d’une pièce de théâtre non la réalité : plaisir esthétique
(neutralisation de la crainte et la pitié)
…………..La catharsis
Cours prochain?
. Quel intérêt donne le théâtre au XVIIème siècle?
. Le sens du mot tragédie, le héros tragique et son potentiel identificatoire?
. Le héros de la tragédie classique?
. Jean Racine et la tragédie?