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Texte 8 Baccalauréat

Le Triomphe de l'amour, une pièce de Marivaux, raconte l'histoire de Léonide qui, déguisée en homme, cherche à séduire le prince Agis pour légitimer son règne. Elle tente de convaincre le philosophe Hermocrate de ses intentions, tout en cachant son véritable désir. Le dialogue met en lumière les thèmes de l'identité, de l'amour et des conventions sociales.

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Texte 8 Baccalauréat

Le Triomphe de l'amour, une pièce de Marivaux, raconte l'histoire de Léonide qui, déguisée en homme, cherche à séduire le prince Agis pour légitimer son règne. Elle tente de convaincre le philosophe Hermocrate de ses intentions, tout en cachant son véritable désir. Le dialogue met en lumière les thèmes de l'identité, de l'amour et des conventions sociales.

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Texte n°8

Le Triomphe de l’amour, de Marivaux (1688-1763), a été représenté pour la


première fois en 1732. Léonide, héritière de Léonidas, l’usurpateur du trône de
Sparte, voudrait séduire et épouser le prince dépossédé Agis, et ainsi légitimer son
règne. Pour ce faire, elle se déguise en homme et, sous le nom de Phocion, cherche
à se faire recevoir comme élève chez un vieux philosophe nommé Hermocrate, qui
vit au côté d’Agis. Celui-ci perce cependant à jour son identité de femme et son
projet de se rapprocher du jeune homme. Léonide retourne alors la situation en
faisant croire au vieux sage que c’est de lui qu’elle est éprise.

HERMOCRATE - Moi, qui entrevois ce projet, je n'y vois cependant rien de si


convenable à l'innocence des mœurs de votre sexe, rien dont vous puissiez vous
applaudir ; l'idée de venir m'enlever Agis, mon élève, d'essayer sur lui de dangereux
appas1, de jeter dans son cœur un trouble presque toujours funeste, cette idée-là, ce
5 me semble, n'a rien qui doive vous dispenser de rougir, Madame.

PHOCION - Agis ? Qui ? Ce jeune homme qui vient de paraître ici ? Sont-ce là vos
soupçons ? Ai-je rien en moi qui les justifie ? Est-ce ma physionomie qui vous les
inspire, et les mérite-t-elle ? Et faut-il que ce soit vous qui me fassiez cet outrage ?
Faut-il que des sentiments tels que les miens me l'attirent ? Et les dieux, qui savent
10 mes desseins 2, ne me le devaient-ils pas épargner ? Non, Seigneur, je ne viens point
ici troubler le cœur d'Agis ; tout élevé qu'il est par vos mains, tout fort qu'il est de la
sagesse de vos leçons, ce déguisement pour lui n'eût pas été nécessaire ; si je l'aimais,
j'en aurais espéré la conquête à moins de frais, il n'aurait fallu que me montrer
peut-être, que faire parler mes yeux : son âge et mes faibles appas m'auraient fait
15 raison de3 son cœur. Mais ce n'est pas à lui à qui le mien en veut ; celui que je cherche
est plus difficile à surprendre, il ne relève point du pouvoir de mes yeux, mes appas
ne feront rien sur lui. Vous voyez que je ne compte point sur eux, que je n'en fais pas
ma ressource ; je ne les ai pas mis en état de plaire ; et je les cache sous ce
déguisement parce qu'ils me seraient inutiles.

20 HERMOCRATE - Mais ce séjour que vous voulez faire chez moi, Madame, qu'a-t-il
de commun avec vos desseins, si vous ne songez pas à Agis ?

PHOCION - Eh quoi ! Toujours Agis ! Eh ! Seigneur, épargnez à votre vertu le regret


d'avoir offensé la mienne ; n'abusez point contre moi des apparences d'une aventure
peut-être encore plus louable qu'innocente, que vous me voyez soutenir avec un
25 courage qui doit étonner vos soupçons, et dont j'ose attendre votre estime, quand vous
en saurez les motifs. Ne me parlez donc plus d'Agis ; je ne songe point à lui, je le
répète : en voulez-vous des preuves incontestables ? Elles ne ménageront point la
fierté de mon sexe ; mais je n'en apporte ici ni la vanité, ni l'industrie 4 : j'y viens avec
un orgueil plus noble que le sien ; vous le verrez, Seigneur. Il s'agit à présent de vos
30 soupçons, et deux mots vont les détruire. Celui que j'aime veut-il me donner sa
main ? Voilà la mienne. Agis n'est point ici pour accepter mes offres.

Marivaux, Le Triomphe de l’amour (1732), acte I, scène 8 (extrait)


fierté de mon sexe ; mais je n'en apporte ici ni la vanité, ni l'industrie 4 : j'y viens avec
un orgueil plus noble que le sien ; vous le verrez, Seigneur. Il s'agit à présent de vos
30 soupçons, et deux mots vont les détruire. Celui que j'aime veut-il me donner sa
main ? Voilà la mienne. Agis n'est point ici pour accepter mes offres.

Marivaux, Le Triomphe de l’amour (1732), acte I, scène 8 (extrait)

4 Industrie : dextérité, adresse à faire quelque chose. Par extension, finesse.

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