PYRRHUS. ANDROMAQUE.
Et vous prononcerez un arrêt si cruel ?
Me cherchiez-vous, Madame ?
Est-ce mon intérêt qui le rend criminel ?
Un espoir si charmant me serait-il permis ? Hélas ! On ne craint point qu'il venge un jour
son père ;
ANDROMAQUE.
On craint qu'il n'essuyât les larmes de sa
Je passais jusqu'aux lieux où l'on garde mon
mère.
fils.
Il m'aurait tenu lieu d'un père et d'un époux ;
Puisqu'une fois le jour vous souffrez que je
voie Mais il me faut tout perdre, et toujours par
vos coups.
Le seul bien qui me reste et d'Hector et de
Troie,
Andromaque, Racine :
J'allais, Seigneur, pleurer un moment avec lui :
Après la prise de Troie, Andromaque, veuve d’Hector, et
Je ne l'ai point encore embrassé d'aujourd'hui. son fils Astyanax sont échus en partage à Pyrrhus, roi
PYRRHUS. d’Épire. Celui-ci, déjà fiancé avec Hermione, fille de
Ménélas, diffère de jour en jour son mariage parce qu’il
Ah ! Madame, les Grecs, si j'en crois leurs est épris de sa captive. Mais Pyrrhus n’a pas compté avec
alarmes, la haine des Grecs contre la race d’Hector. Irrités
d’apprendre que le roi d’Épire songe à épouser
Vous donneront bientôt d'autres sujets de Andromaque, ils envoient Oreste auprès de lui pour le
larmes. sommer de leur livrer le jeune Astyanax qu’Andromaque
a dérobé à la mort en lui substituant un autre enfant.
ANDROMAQUE.
Et quelle est cette peur dont le coeur est
frappé,
Seigneur ? Quelque Troyen vous est-il
échappé ?
PYRRHUS.
Leur haine pour Hector n'est pas encore
éteinte :
Ils redoutent son fils.
ANDROMAQUE.
Digne objet de leur crainte !
Un enfant malheureux, qui ne sait pas encor
Que Pyrrhus est son maître, et qu'il est fils
d'Hector.
PYRRHUS.
Tel qu'il est, tous les Grecs demandent qu'il
périsse.
Le fils d'Agamemnon vient hâter son supplice.