Dissertation:
Sujet 1 : "En quoi l'œuvre de Victor Hugo est un plaidoyer contre la peine de mort ?”
Sujet 2 : "Le plaidoyer contre la peine de mort de Victor Hugo ne vise-t-il qu’à convaincre ?”
Sujet 3 : "En quoi la préface de Victor Hugo est un plaidoyer contre la peine de mort ?”.
Si l’objectif de Victor Hugo est bien de convaincre le lecteur de l’inhumanité de la peine capitale,
son œuvre ne se limite pas à une argumentation logique. Elle vise également à émouvoir, à élever
les consciences et à inscrire son plaidoyer dans une perspective philosophique et humaniste.
II – Un plaidoyer fondé sur la persuasion émotionnelle
Victor Hugo utilise la souffrance du narrateur pour émouvoir le lecteur et l'amener à se poser
des questions morales sur la légitimité de la peine de mort. Par des scènes poignantes et des
ré exions intenses sur l'impact émotionnel de l'exécution, Hugo cherche à faire ressentir la
douleur et l’injustice de cette pratique
Argument 1 : La souffrance du condamné humanise sa situation et provoque l’empathie du
lecteur
Hugo cherche à rendre le condamné plus humain aux yeux du lecteur, en montrant non seulement sa
souffrance physique, mais aussi sa douleur psychologique, notamment celle de savoir qu’il va
laisser ses proches dans la misère.
• « Ô ma pauvre petite lle ! encore six heures, et je serai mort ! [...] Voilà ce qu'ils vont faire
de ton père [...] Ils vont me tuer. Comprends-tu cela, Marie ? »
◦ Cette citation illustre la souffrance poignante du père qui réalise qu'il va mourir et
laisser sa lle orpheline. La douleur du narrateur est palpable, et l’émotion suscitée
chez le lecteur renforce l’injustice de la peine de mort.
• « Misérable ! quel crime j'ai commis, et quel crime je fais commettre à la société ! »
◦ Cette ré exion interne du narrateur traduit l’angoisse et la culpabilité qu’il ressent,
bien qu’il ne soit pas responsable de son destin. Ce retournement de la culpabilité, où
le condamné se rend compte que la société est également fautive, touche directement
le lecteur et l’incite à remettre en question l'injustice du système judiciaire.
• « Et alors de quel droit tuez-vous ce misérable orphelin ?... De son malheur vous faites son
crime ! Personne ne lui a appris à savoir ce qu'il faisait. Cet homme ignore. Sa faute est à
sa destinée, non à lui. Vous frappez un innocent. »
◦ Hugo montre ici que la peine capitale frappe souvent des individus que la société
elle-même a créés. Le narrateur critique l’injustice fondamentale d’une société qui
punirait un homme sans tenir compte de son passé. La peine de mort, au lieu de
prévenir le crime, ne fait qu’exercer une vengeance légale, souvent sans fondement
moral.
Argument 2 : La peine de mort détruit des vies innocentes et porte atteinte à l’humanité
Dans Le Dernier Jour d’un Condamné, Hugo montre que la peine de mort ne touche pas seulement
le condamné, mais aussi sa famille et la société dans son ensemble.
• « Tous les enfants de ton âge auront des pères, excepté toi. » (l.1494-95)
◦ Cette citation touche profondément la dimension tragique du sort de l'enfant, qui
perd son père en raison d’une décision judiciaire. Hugo met en lumière les
conséquences irréversibles et destructrices de l'exécution pour les enfants, privant
une génération de l’amour et de la protection parentale.
• « Comment te déshabitueras-tu, mon enfant, du jour de l’an, des étrennes, des beaux
joujoux, des bonbons et des baisers ? »
◦ Ce passage montre la détresse du condamné face à l’avenir de son enfant, qui devra
vivre sans lui. L’absence de ce père aimant dévastera non seulement l'enfant, mais
aussi l'ensemble de sa famille.
• « Ces innocentes, qu'ont-elles fait ? N'importe ; on les déshonore, on les ruine. C'est la
justice. »
◦ Hugo dénonce ici l’injustice de la peine de mort, qui frappe non seulement le
coupable, mais aussi les membres innocents de sa famille. Cela ampli e le sentiment
de colère chez le lecteur et l’invite à se demander si la punition est vraiment justi ée.
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• « Non. En le tuant, vous décapitez toute sa famille. Et ici encore vous frappez des
innocents. »
◦ Hugo insiste sur le fait que la peine de mort n’affecte pas uniquement le condamné,
mais qu’elle dévaste aussi les vies des proches. Ces innocents sont eux aussi touchés
par une décision judiciaire qui ne cherche pas à comprendre, mais simplement à
punir. Hugo plaide ici pour un système plus humain, qui réhabilite plutôt que de
détruire.
III- Une œuvre didactique et universelle : la condamnation de la peine de mort comme question
morale et philosophique
Idée directrice :
Dans Le Dernier Jour d’un Condamné, Victor Hugo ne se contente pas d’être un simple défenseur
du condamné. Il élargit son propos à une ré exion plus large sur la justice, la civilisation et la place
de l’humanité dans un monde qui semble souvent obsédé par le châtiment. Ce n’est pas l’histoire
d’un condamné, mais de tous les condamnés, et plus largement une plaidoirie pour l’humanité, au-
delà de la loi.
Argument 1 : Une ré exion morale sur la justice et la dignité humaine
Hugo dépasse le cadre du simple appel à l'abolition de la peine de mort pour en faire une question
éthique universelle. Le condamné n’est pas vu comme un cas isolé, mais comme un exemple de
tous ceux que la société prive de leur dignité en appliquant une justice brutale et inhumaine.
• « Se sont-ils jamais seulement arrêtés à cette idée poignante que dans l’homme qu’ils
retranchent il y a une intelligence, une intelligence qui avait compté la vie, une âme qui ne
s’est point disposée pour la mort ? Non. »
◦ Hugo questionne la déshumanisation du condamné. La société ne voit dans l’homme
qu’un acte à punir, sans considérer la personne, son histoire, ses souffrances. Le
châtiment, dans cette vision, devient une mécanique aveugle, une action qui écrase
l’humanité même du condamné. En se concentrant uniquement sur l’acte, la société
efface l’intelligence et la sensibilité de l’individu, ce qui, selon Hugo, est une
dégradation de la civilisation.
• « Se venger est de l'individu, punir est de Dieu. La société est entre deux. »
◦ Cette ré exion montre la distance morale entre vengeance et justice divine. La
vengeance est personnelle, tandis que la punition, selon Hugo, devrait être une
ré exion collective et morale. Cela fait écho à son idée que la peine de mort ne
relève pas d’une justice éclairée, mais d’un système archaïque qui ne cherche pas à
comprendre le criminel, mais uniquement à le détruire.
• « Loin d'édi er le peuple, il le démoralise. »
◦ Ce passage est une critique fondamentale du système judiciaire. Hugo insiste sur le
fait que la peine de mort, loin d'éduquer ou d'améliorer la société, la dégrade
moralement. Il dénonce ici l’effet de banalisation de la mort, qui détruit la sensibilité
des individus et les empêche de se révolter contre l'injustice. La société, au lieu
d’apprendre la justice, devient amoralement désensibilisée.
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Argument 2 : La peine de mort, une régression de la civilisation
Victor Hugo, dans Le Dernier Jour d’un Condamné, ne se contente pas d'aborder la peine de mort
d'un point de vue humain et individuel. Il la place également dans une perspective historique et
morale. L'exécution des condamnés n'est pas seulement un acte de violence ; c'est une régression
pour la civilisation, un retour en arrière, un échec de l'humanité à se réconcilier avec la justice et la
dignité humaine.
« Se sont-ils jamais seulement arrêtés à cette idée poignante que dans l’homme qu’ils retranchent il
y a une intelligence, une intelligence qui avait compté la vie, une âme qui ne s’est point disposée
pour la mort ? »
• Cette citation est frappante par son appel à la ré exion morale. Hugo suggère que la peine
de mort ignore l’essence même de l’humanité. Exécuter un homme, c’est ignorer qu'il
possède une conscience, une pensée, une vie qui vaut la peine d’être vécue, et qu’en le tuant,
on nie cette dignité fondamentale. Cela renvoie à l’idée de régression : la société revient à
une pratique archaïque, où la souffrance humaine n’est pas prise en compte, et la vie est
traitée comme une marchandise jetée sans respect.
« Ils ne voient dans tout cela que la chute verticale d’un couteau triangulaire. »
• Hugo ici critique l’inhumanité de l’acte, où l'exécution est réduite à un geste mécanique,
sans considération de la valeur humaine du condamné. La violence devient un rituel sans
âme, un simple « geste » dans une société qui se dit civilisée. Cette image fait écho à l'idée
d'un recul civilisationnel, où l'humanité est effacée par le simple besoin de vengeance, loin
des idéaux humanistes de la civilisation.
« L’exécution, la torture, la mort publique... c’est un spectacle, un acte de barbarie qui
déshumanise la société tout entière. »
• Hugo dénonce ici la banalisation de la violence, en soulignant que l'exécution n’est pas
seulement un acte contre un individu, mais une rupture de l'humanité collective. La peine de
mort fait partie d’un système qui renvoie la société à un état primitif, où la justice n’est pas
fondée sur la réhabilitation ou la compréhension, mais sur une répression brutale. C’est une
régression morale et éthique pour la société dans son ensemble, qui refuse de progresser.
Ainsi, Le Dernier Jour d’un Condamné dépasse largement la simple volonté de convaincre. Par une
construction narrative innovante, un monologue intime et une charge émotionnelle puissante, Victor
Hugo transforme son plaidoyer contre la peine de mort en une œuvre littéraire totale, où le lecteur
est invité non seulement à ré échir, mais surtout à ressentir. Son combat n’est pas seulement
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politique ou moral, il est profondément humain : il donne une voix à ceux que l’on condamne au
silence, il donne un visage à ceux que la justice anonyme efface.
Un siècle plus tard, Albert Camus reprendra cette même voix, ce même cri, dans L’Étranger, à
travers le personnage de Meursault, lui aussi confronté à l’absurdité de la peine capitale. Comme
Hugo, Camus ne cherche pas seulement à convaincre de l’inhumanité de la peine de mort : il plonge
le lecteur dans l’expérience intime du condamné, pour éveiller en lui une révolte éthique.
Ainsi, du cri romantique de Hugo à la révolte existentielle de Camus, la littérature devient le lieu
d’un combat universel : celui de la justice contre la vengeance, de l’homme contre la mort, et de la
parole contre l’oubli.
En somme, Le Dernier Jour d’un Condamné s’impose comme un plaidoyer saisissant contre la
peine de mort, non pas par la démonstration juridique ou politique, mais par la force d’une voix
intérieure, celle d’un homme réduit à l’attente de sa n. Hugo ne cherche pas seulement à persuader,
mais à faire ressentir l’insupportable. Il déplace le débat : il ne s’agit plus de juger un crime, mais
de s’interroger sur ce que la société devient lorsqu’elle se fait bourreau. À travers une prose
évreuse, une introspection sans répit et une vision profondément humaniste, Hugo transforme le
lecteur en témoin, en juge de la justice elle-même.
Ce plaidoyer est donc universel, parce qu’il ne s’adresse pas à la raison seule, mais à la conscience.
Il est l’héritier de la pensée des Lumières, de Beccaria à Voltaire, et annonce déjà l’absurde
camusien. Car un siècle plus tard, dans L’Étranger, Camus montrera à son tour qu’exécuter un
homme, c’est nier jusqu’à sa condition humaine, le condamner une seconde fois au silence. Comme
Hugo, il fait de la littérature un lieu de résistance — une tribune morale où l’écriture remplace
l’échafaud, et où la parole défend la vie.
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I. Un plaidoyer rationnel : une critique logique, juridique et politique de la peine
de mort
Idée directrice :
Dans sa préface, Victor Hugo adopte une argumentation fondée sur la logique et le droit pour
démontrer l’inef cacité et l’injustice de la peine capitale.
Argument 1 : La peine de mort est inef cace et injuste sur le plan social et politique
• Citation 1 : « Ce n’est pas le crime qui diminue là où la peine de mort est en vigueur. »
◦ 👉 Hugo démonte l’illusion selon laquelle la terreur de l’échafaud aurait un effet
dissuasif : il af rme que la violence légale ne fait pas reculer la criminalité.
• Citation 2 : « Tuer un homme en punition de ce qu’il a tué un homme, c’est un exemple
barbare. »
◦ 👉 Il souligne l’absurdité logique de la peine de mort : punir un crime par le même
acte revient à légitimer ce qu’on prétend condamner.
• Citation 3 : « Il n’y a point de justice dans la mort donnée par la loi. »
◦ 👉 La peine capitale est dénoncée comme une contradiction du droit : elle est
présentée comme la négation même de la justice.
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Argument 2 : La société se rend coupable d’un crime moral en appliquant la peine de mort
• Citation 1 : « Ce n’est plus un homme qui tue un homme, c’est une société qui tue un
homme. »
◦ 👉 La responsabilité collective est engagée : Hugo accuse la société de complicité
dans le meurtre légal.
• Citation 2 : « La loi tue froidement, avec préméditation. »
◦ 👉 La loi est ici personni ée et rendue monstrueuse : elle agit avec une froide
rationalité qui accentue la cruauté de l’acte.
• Citation 3 : « Le crime légal, voilà le véritable scandale. »
◦ 👉 Il inverse le regard du lecteur : le scandale n’est pas le crime du condamné, mais
l’acte de tuer perpétré par l’État lui-même.
II. Un plaidoyer émotionnel : toucher les consciences pour éveiller la sensibilité
du lecteur
Idée directrice :
Hugo mobilise des procédés oratoires et une mise en scène spectaculaire pour provoquer une
réaction émotionnelle.
Argument 1 : La mort judiciaire détruit toute sensibilité et pervertit la société
• Citation 1 : « L’exemple ruine en lui toute sensibilité, partant toute vertu. »
◦ 👉 L’exécution publique, loin d’éduquer, endurcit les cœurs et corrompt l’âme
collective.
• Citation 2 : « Loin d’édi er le peuple, elle le démoralise. »
◦ 👉 Jeu sur le mot : la peine capitale enlève à la fois le moral (l’espoir) et la morale
(la vertu), créant une société insensible.
• Citation 3 : « Le mardi gras vous rit au nez. »
◦ 👉 L’exécution devient un spectacle grotesque, indigne d’une société civilisée,
associée ici à un carnaval.
Argument 2 : L’image de la torture archaïque provoque l’horreur et la révolte du lecteur
• Citation 1 : « Rendez-nous Montfaucon, ses seize piliers de pierre. »
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◦ 👉 Allusion à un lieu réel d’exécution à Paris : Hugo suscite l’effroi pour montrer
l’archaïsme des châtiments.
• Citation 2 : « Ses brochettes de squelettes […] le hideux étal du bourreau. »
◦ 👉 La violence des images (allitérations, métaphores) crée une hypotypose qui glace
le lecteur et dénonce la banalisation de l’horreur.
• Citation 3 : « Voilà un système de supplice qui a quelque proportion. »
◦ 👉 Ironie amère : il fait une fausse louange pour mieux souligner l’inhumanité de ce
système d’exécution.
III. Un plaidoyer universel et humaniste : une vision morale et philosophique de
la justice
Idée directrice :
Hugo donne à son texte une portée qui dépasse le cas particulier : il écrit une plaidoirie générale et
permanente, pour l’homme, la civilisation et l’avenir.
Argument 1 : La peine de mort est un recul de la civilisation et une négation de l’humanité
• Citation 1 : « Dans l’homme qu’ils retranchent, il y a une intelligence […], une âme qui ne
s’est point disposée pour la mort. »
◦ 👉 Le condamné est montré comme un être pensant et sensible, ce qui rend son
exécution inacceptable sur le plan moral.
• Citation 2 : « Ils ne voient dans tout cela que la chute verticale d’un couteau triangulaire. »
◦ 👉 Les bourreaux sont déshumanisés : ils deviennent des machines, sourdes à la
souffrance humaine.
• Citation 3 : « Rien de si grand et de si petit ne lui sied. »
◦ 👉 Cette ré exion métaphysique montre que l’homme ne peut pas mesurer le droit
de vie ou de mort : il n’est ni Dieu ni bête.
Argument 2 : Le narrateur est une gure universelle, témoin et porte-voix des condamnés de
tous les temps
• Citation 1 : « Ce livre n’est pas la défense spéciale de tel ou tel criminel […] c’est la
plaidoirie générale et permanente. »
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◦ 👉 Dès la préface, Hugo annonce son intention universelle : parler pour tous les
condamnés, et non pour un seul homme.
• Citation 2 : « Je suis l’ombre. »
◦ 👉 Le narrateur devient un symbole, une entité intemporelle représentant l’angoisse
de tous les condamnés.
• Citation 3 : « Ce n’est point une œuvre de circonstance, c’est un cri. »
◦ 👉 Il transforme son texte en un acte de foi humaniste, un appel intemporel à la
conscience collective.
En dé nitive, la préface du Dernier Jour d’un Condamné constitue bien plus qu’une simple
introduction : c’est un manifeste humaniste d’une puissance exceptionnelle. En mobilisant à la fois
la logique, l’émotion et une portée universelle, Victor Hugo érige son texte en véritable réquisitoire
contre la peine capitale. Il y démontre l’inef cacité du châtiment, dénonce l’atrocité du supplice, et
élève la voix des oubliés au rang de vérité intemporelle. À travers ce cri de révolte, Hugo engage
l’écrivain dans une mission éthique : écrire non pour punir, mais pour éveiller, éclairer, libérer.
Plus d’un siècle avant l’abolition de la peine de mort en France, il pré gure les combats d’un Albert
Camus, dont Ré exions sur la peine capitale prolonge cette même conscience de l’absurde et de
l’inhumain. Ainsi, la préface de Hugo s’inscrit dans cette tradition de la littérature engagée, où la
plume se fait glaive, et la page, tribunal. Car pour Hugo, le devoir de l’écrivain n’est pas
d’enfermer, mais d’ouvrir : les yeux, les cœurs… et les consciences.
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